3 janvier Sainte Geneviève, vierge, patronne de Paris

Dom Guéranger ~ L’Année liturgique
3 janvier, Sainte Geneviève, vierge, patronne de Paris

Le martyrologe de l’Église romaine nous présente aujourd’hui le nom d’une sainte vierge dont la mémoire est trop chère à l’Église de Paris, et à toutes celles de la France entière, pour qu’il nous soit possible de passer sous silence ses glorieux mérites. Dans la compagnie des martyrs, et du confesseur et pontife Silvestre, la vierge Geneviève brille d’un doux éclat à côte de la veuve Anastasie. Elle garde avec amour le berceau de l’Enfant divin dont elle imita la simplicité, et dont elle a mérité d’être l’épouse. Au milieu des mystères de l’enfantement virginal, il est juste de rendre de solennels honneurs aux vierges fidèles qui sont venues après Marie. S’il nous était possible d’épuiser les fastes de la sainte Église, quelle magnifique pléiade d’épouses du Christ n’aurions-nous pas à glorifier, dans ces quarante jours de la naissance de l’Emmanuel !

Déjà nous avons nommé la grande martyre Eugénie ; nous aimerions à célébrer Colombe de Sens, Euphrosyne d’Alexandrie, Emilienne de Rome, Macra de Reims, Synclétique d’Alexandrie, Véronique de Binasco, Brigitte d’Ecosse, Viridiana de Vallom­breuse, et tant d’autres ; mais les bornes de notre plan nous contraignent à ne dépasser que rarement les limites tracées par le cycle lui-même. Toutefois, empruntant les belles paroles de saint Augustin dans son huitième sermon pour la fête de Noël, nous dirons à toutes ces amantes du Dieu nouveau-né : « Saintes Vierges, qui avez méprisé les noces terrestres, célébrez avec allégresse l’enfantement de la Vierge. Celui qui vient combler vos désirs n’a point enlevé à sa Mère cette pureté que vous aimez. Il a guéri en vous la blessure que vous aviez contractée par Ève : il ne pouvait altérer ce qui vous plaît en Marie. Mais ce Fils que vous n’avez pu, comme elle, enfanter selon la chair, vous l’avez senti votre Époux dans votre cœur. Vous n’avez pas été stériles ; car la pureté de la chair est le principe de la fécondité de l’âme. »

Geneviève a été célèbre dans le monde entier. Elle vivait encore en cette chair mortelle, que déjà l’Orient connaissait son nom et ses vertus ; du haut de sa colonne, le stylite Siméon la saluait comme sa sœur dans la perfection du christianisme. La capitale de la France lui est confiée ; une simple bergère protège les destinées de Paris, comme un pauvre laboureur, saint Isidore, veille sur la capitale des Espagnes.

L’élection que le Christ avait daigné faire de la jeune fille de Nanterre pour son épouse, fut déclarée par l’un des plus grands évêques de la Gaule au Ve siècle. Saint Germain d’Auxerre se rendait dans la Grande-Bretagne où le pape saint Boniface Ier l’envoyait pour combattre l’hérésie pélagienne. Accompagné de saint Loup, évoque de Troyes, qui devait partager sa mission, il s’arrêta au village de Nanterre ; et comme les deux prélats se dirigeaient vers l’église où ils voulaient prier pour le succès de leur voyage, le peuple fidèle les entourait avec une pieuse curiosité. Éclairé d’une lumière divine, Germain discerna dans la foule une petite fille de sept ans, et il fut averti intérieurement que le Seigneur se l’était choisie. Il demanda aux assistants le nom de cette enfant, et pria qu’on l’amenât en sa présence. On fit donc approcher les parents, le père nommé Sévère et la mère appelée Geruntia. L’un et l’autre furent attendris à la vue des caresses dont le saint évêque comblait leur fille. — « Cette enfant est à vous ? » leur dit Germain. — « Oui, seigneur, » répondirent-ils. — « Heu­reux parents d’une telle fille ! » reprit l’évoque. « À la naissance de cette enfant, sachez-le, les anges ont fait grande fête dans le ciel. Cette fille sera grande devant le Seigneur et, par la sainteté de sa vie, elle arrachera beaucoup d’âmes au joug du péché. » Puis, se tournant vers l’enfant : « Geneviève, ma fille ? » lui dit-il. — « Père saint, répondit-elle, votre servante écoute. » Alors, Germain : « Parle-moi sans crainte : voudrais-tu être consacrée au Christ dans une pureté sans tache, comme son épouse ? — « Béni soyez-vous, mon Père ! » s’écria l’enfant ; « ce que vous me demandez est le plus cher désir de mon cœur. C’est tout ce que je veux ; daignez prier le Seigneur qu’il me l’accorde. » — « Aie confiance, ma fille, » reprit Germain ; « sois ferme dans ta résolution ; que tes œuvres soient d’accord avec ta foi, et le Seigneur ajoutera sa force à ta beauté. »

Les deux évêques accompagnés du peuple entrèrent dans l’église, et l’on chanta l’office de none, qui fut suivi des vêpres. Germain avait fait amener Geneviève auprès de lui, et durant toute la psalmodie il tint ses mains imposées sur la tête de l’enfant. Le lendemain, au lever du jour, avant de se mettre en route, il se fit amener Gene­viève par son père. « Salut, Geneviève, ma fille ! » lui dit-il ; « te souviens-tu de la promesse d’hier ? » — « Ô Père saint ! » reprit l’enfant, « je me souviens de ce que j’ai promis à vous et à Dieu ; mon désir est de garder à jamais, avec le secours céleste, la pureté de mon âme et de mon corps. » À ce moment, Germain aperçut à terre une médaille de cuivre marquée de l’image de la Croix. Il la releva, et, la présentant à Geneviève, il lui dit : « Perce-la, mets-la à ton cou, et garde-la en souvenir de moi. Ne porte jamais ni collier, ni bague d’or ou d’argent, ni pierre précieuse ; car si l’attrait des beautés terrestres venait à dominer ton cœur, tu perdrais bientôt ta parure céleste qui doit être éternelle. » Après ces paroles, Germain dit à l’enfant de penser souvent à lui dans le Christ, et l’ayant recommandée à Sévère comme un dépôt deux fois précieux, il se mit en route pour la Grande-Bretagne avec son pieux compagnon.

Nous nous sommes complu à retracer cette gracieuse scène, telle qu’elle est racontée dans les Actes des saints, dans le but de montrer la puissance de l’Enfant de Bethléhem, qui agit avec tant de liberté dans le choix des âmes qu’il a résolu de s’attacher par un lien plus étroit. Il s’y conduit en maître, rien ne lui fait obstacle, et son action n’est pas moins visible en ce siècle de décadence et d’attiédissement qu’aux jours de saint Germain et de sainte Geneviève. Quelques-uns, hélas ! s’en irritent ; d’autres s’étonnent ; la plupart ne réfléchissent pas : les uns et les autres sont cependant en face d’un des signes les plus frappants de la divinité de l’Église.

Nous donnerons ici la leçon que le bréviaire de Paris de 1680 a consacrée à sainte Geneviève, et qui a été conservée dans les éditions suivantes.

Lecture de matines

Geneviève, née à Nanterre, au territoire de Paris, fille de Sévère et de Géruntia, fit briller dès ses plus tendres années l’éclat d’une rare vertu. L’évêque Germain d’Auxerre, allant en Bretagne avec Loup de Troyes, pour extirper les restes de l’hérésie Pélagienne, ayant aperçu Geneviève, reconnut et prophétisa qu’elle serait agréable à Dieu et illustre par la sainteté de sa vie. Lui ayant demandé si elle voulait consacrer à Dieu sa virginité, Geneviève répondit avec un visage plein de modestie qu’elle le désirait vivement et uniquement. Germain entrant donc dans l’Église, avec un nombreux cortège de peuple, imposa les mains à la jeune fille et la consacra vierge, au milieu du chant des psaumes et des plus solennelles oraisons. Le lendemain, lui ayant demandé si elle se souvenait encore du vœu qu’elle avait fait, elle l’assura qu’elle s’en souvenait, et qu’avec l’aide de Dieu elle persévérerait dans son propos. Alors, l’évêque aperçut à ses pieds, non sans une volonté de Dieu, une pièce de cuivre marquée d’une croix ; il la ramassa, la donna à la vierge, et lui ordonna de la porter à son cou, et de ne plus désormais souffrir la parure d’un collier qui ne sied point à une Épouse du Christ.

Elle excella par le don et l’abondance des miracles, surtout à l’égard des énergumènes qu’elle délivrait de la tyrannie des démons, en les oignant d’une huile bénite. Elle fit plusieurs prophéties, entre autres à l’approche d’Attila, roi des Huns. Elle exhorta les habitants de Paris à ne point abandonner leurs foyers, et à ne pas transporter ailleurs leurs biens, promettant que la ville tiendrait debout, tandis que d’autres cités plus fortes étaient renversées. L’événement prouva la vérité de la promesse ; et on l’attribua à la protection de Geneviève. Pendant une famine, et dans une grande cherté de vivres, elle fournit à la ville une grande quantité de blé, et distribua des pains à d’innombrables pauvres. Toutefois, malgré tant de miracles, elle ne put échapper à la haine et aux insultes des malveillants. Germain, se rendant une seconde fois en Bretagne, l’alla trouver, et par ses divines paroles la consola de toutes ces calomnies ; puis, adressant au peuple une grave remontrance, il fit voir le grand mérite de Geneviève devant Dieu, et montra le lieu où elle répandait ses prières, tout arrosé de ses larmes.

De la quinzième à la cinquantième année de son âge, elle ne rompit le jeûne que le dimanche et le jeudi, par un peu de pain d’orge et quelques mets cuits quinze jours à l’avance, afin qu’ils fussent moins succulents : sans autre breuvage que l’eau fraîche. Après ce temps, à la persuasion des Évêques, auxquels elle eût jugé un grand crime de ne pas obéir, elle usa de petits poissons et de lait. Une si grande vertu ne put être longtemps sans franchir les limites de la Gaule. Siméon le Stylite, ayant ouï le bruit de ses miracles, voulut se recommander à ses prières. Enfin ses admirables vertus, comme l’écrit Bède, éclatèrent au loin, et elle vieillit dans le service du Christ jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans. Grégoire de Tours dit encore d’elle : « Sainte Geneviève qui, dans son corps mortel, fut si puissante qu’elle ressuscita un mort, fut ensevelie à Paris dans la basilique des saints Apôtres Pierre et Paul ; les prières faites à son tombeau obtiennent souvent d’être exaucées ; et surtout les fièvres les plus opiniâtres cèdent souvent à la vertu de son intercession ».

Nous donnons ici un chœur de gracieuses antiennes extraites des anciens livres d’offices de l’Église de Paris. Ces chants antiques sont purs et naïfs comme la vie de l’humble et sainte bergère.

Antienne

La vierge Geneviève, lorsqu’elle était encore jeune, ne fit cependant rien paraître de puéril dans ses actions ; mais, pour trouver la solitude, elle fuyait la compagnie des hommes.

Le Seigneur la prit pour lui dès l’enfance, et il parla à son cœur.

Au dehors, elle paissait les brebis de son père ; mais au dedans, le Seigneur était son pasteur.

Elle trouva un grand repos dans la garde de son troupeau ; et la solitude de son cœur était comme un jardin de délices devant Dieu.

Félicitez-moi, vous tous qui aimez le Seigneur, de ce qu’étant petite, j’ai plu au Très-Haut.

Depuis que le saint Pontife m’a donné une pierre céleste, je me suis délectée en Jésus-Christ seul, comme en la plénitude des richesses.

J’ai servi le Seigneur dans la simplicité de mon cœur, lorsque je gardais les brebis du pâturage de mon père.

Ô heureuse servante de Dieu ! déchargez-nous du poids qui nous accable, et dépouillez-nous de ces fautes mortelles qui nous fatiguent, afin que, par vos supplications, la porte du ciel nous soit ouverte.

Ô miséricordieuse Épouse de Dieu ! qui êtes l’aurore du jour pour les cœurs tristes : vierge fille de France, vierge pleine de douceur, écoutez ceux qui crient vers vous, ne méprisez point leurs prières.

Geneviève, vierge clémente, regardez ceux qui vous implorent, enlevez le fardeau de nos fautes, repoussez nos ennemis, rendez la santé à notre corps malade et à notre cœur gémissant.

Ô Geneviève ! regardez-nous d’un œil de bonté ; vous qui participez à la lumière angélique, qui brillez d’un titre céleste, qui êtes en présence du souverain Roi, réconciliez-nous avec lui ; donnez-nous de jouir de votre Époux, vous qui êtes l’Épouse et la fille de l’Époux.

Voici maintenant quelques répons empruntés à la même liturgie. Le premier est imité du beau répons de Fulbert pour la Nativité de la sainte Vierge : Stirps Jesse, etc.

Répons

R/. Une fleur distillant la rosée est descendue pour la gloire de la cité ; * Et sur cette fleur, Dieu a inspiré un parfum. V/. La fleur, c’est la vierge ; la rosée, c’est l’heureuse guérison ; le parfum, c’est le souffle du salut. * Et sur cette fleur, Dieu a inspiré un parfum.

R/. L’Ange du Seigneur est descendu du ciel, et s’approchant du saint Prélat, lui a donné une pierre céleste, qu’il a pendue à mon cou, disant : Reçois ce gage, ma très chère fille, et ne donne accès à nul amant, si ce n’est * Le Seigneur Jésus-Christ, V/. Je donnerai au vainqueur une pierre blanche, et sur cette pierre sera écrit un nom nouveau que nul ne connaît, sinon celui qui aime * Le Seigneur Jésus-Christ.

R/. Le Seigneur a inventé de nouveaux combats ; une femme craignant Dieu garde la cité ; * Et tandis que la vierge combattait seule, les étoiles combattirent contre Attila, V/. Par la foi d’une seule, tous ont été rendus courageux dans la guerre, et ont renversé le camp des étrangers. * Et tandis que la vierge combattait seule, les étoiles combattirent contre Attila.

R/. Cette vierge pauvre sera bénie du Seigneur ; car elle a donné de ses pains au pauvre. * Et, par ses mérites, nos vallées ont abondé en froment, V/. Grâces nous vous rendons, Seigneur, de ce que, par votre servante, nos campagnes ont été remplies de fertilité. * Et par ses mérites nos vallées ont abondé en froment.

R/. Geneviève a été agrandie par l’éclat de ses merveilles ; * Et elle s’est acquis une grande gloire en vivant au milieu de son peuple. V/. Elle a guéri sa nation et l’a délivrée de douleurs enflammées. * Et elle s’est acquis une grande gloire en vivant au milieu de son peuple.

R/. Le Seigneur a élevé la jeune fille humble et pauvre sur la Montagne sainte, au milieu de l’Université, pour confondre la sagesse du monde, * Et pour apprendre à tous que la sagesse du siècle est folie devant Dieu. V/. Dieu a choisi ce qu’il y a de faible dans le monde, pour confondre ce qui est fort. * Et pour apprendre à tous que la sagesse du siècle est folie devant Dieu.

Il est juste de faire entendre ici la voix d’Adam de Saint-Victor, à qui appartient de droit l’honneur de chanter la noble vierge, patronne de l’Église de Paris, qui fut redevable à ce grand poète d’une si riche collection d’admirables séquences.

Séquence

De Geneviève la fête solennelle nous amène une solennelle joie.

Que la pureté du cœur éclate en un sacrifice de louange.

Heureuse fut la naissance de cette enfant, témoin le Pontife Germain.

Ce qu’il prévit en esprit est justifié par l’événement.

Sur la poitrine de la vierge, pour indice de pudeur,

Il suspend une médaille d’airain marquée du signe de la croix.

À Geneviève, il offre une dot venue de la main de Dieu,

La consacrant comme un temple du Saint-Esprit, sous l’alliance du Christ.

La mère de cette innocente enfant ose la frapper : elle est privée de la lumière.

Compatissant à sa mère, la vierge lui rend l’usage de la vue.

Geneviève au grand cœur, mortifie sa chair par le jeûne ; elle arrose la terre de ses larmes, et se réjouit dans un continuel martyre.

Sur les pas du céleste guide, elle parcourt les cieux et les enfers ; par l’ardeur de ses prières, elle sauve sa ville de l’invasion d’un peuple barbare.

Par un prodige divin, elle apaise longtemps la soif des travailleurs. Elle rend à une mère désolée son fils unique, qu’une chute a brisé.

À peine la vierge a‑t-elle prié, les démons frémissent, la paix est rendue aux énergumènes, l’espoir aux infirmes, le pardon aux coupables.

En sa main, des flambeaux se rallument d’une manière céleste ; par elle, un fleuve au vaste lit rentre docilement dans ses rives.

Après sa mort, vivant encore par ses mérites, elle calme les ardeurs du feu sacré ;

Elle qui, dans ce monde, avait vaincu en elle-même les feux de la concupiscence.

La mort, les maladies, les démons, les éléments, obéissent à ses ordres.

Ainsi Geneviève, par ses prières, domine les lois de la nature.

Ainsi la vertu du Christ opère de grandes choses dans les plus petites.

Au Christ donc pour tant de merveilles, louange assidue, gloire éternelle !

Amen.

Vierge fidèle, ô Geneviève ! nous vous rendons gloire pour les mérites que le divin Enfant s’est plu à réunir en vous. Vous avez apparu sur notre patrie comme un Ange tutélaire ; vos prières ont été longtemps l’objet de la confiance des Français ; et vous vous êtes fait gloire, au ciel et sur la terre, de protéger la capitale du royaume de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis. Des temps dignes d’exécration sont venus, durant lesquels votre culte a été sacrilègement abrogé, vos temples fermés, vos précieuses reliques profanées. Cependant, vous ne nous avez pas abandonnés ; vous avez imploré pour nous des jours meilleurs ; et nous pouvons reprendre quelque confiance, quand nous voyons votre culte refleurir parmi nous, malgré des profanations plus récentes ajoutées aux anciennes.

En cette époque de l’année qu’embellit et consacre votre nom, bénissez le peuple chrétien. Ouvrez nos cœurs à l’intelligence du mystère de la Crèche. Retrempez cette nation qui vous est toujours chère aux pures sources de la foi, et obtenez de l’Emmanuel que sa naissance, renouvelée chaque année, devienne enfin une époque de salut et de vraie régénération. Nous sommes malades, nous périssons, parce que les vérités sont diminuées chez nous, selon la parole de David ; et la vérité s’est obscurcie, parce que l’orgueil a pris la place de la foi, l’indifférence celle de l’amour. Jésus connu et aimé dans le mystère de son ineffable Incarnation peut seul nous rendre la vie et la lumière. Vous qui l’avez reçu, qui l’avez aimé, durant votre longue vie si pure, menez-nous à son berceau.

Veillez, ô puissante bergère, sur la ville qui vous est confiée. Gardez-la des excès qui semblent quelquefois la rendre semblable à une grande cité païenne. Dissipez les tempêtes qui se forment dans son sein ; d’apôtre de l’erreur, qu’elle consente enfin à devenir disciple de la vérité. Nourrissez encore son peuple qui meurt de faim ; mais soulagez surtout ses misères morales. Calmez ces fièvres ardentes qui brûlent les âmes, et sont plus terribles encore que ce mal dévorant qui ne brûlait que les corps. Près de votre sépulcre vide, du haut de la Montagne que domine le vaste temple qui s’élève sous votre nom et reste vôtre de par l’Église et nos pères, en dépit des entreprises répétées de la force brutale, veillez sur cette jeunesse de France qui se presse autour des chaires de la science humaine, jeunesse si souvent trahie par les enseignements mêmes qui devraient la diriger, et assurer à la patrie des générations chrétiennes. La croix brille toujours, malgré l’enfer, sur la coupole de votre sanctuaire profané ; ne permettez pas qu’elle en soit descendue. Que bientôt cette croix immortelle règne de nouveau pleinement sur nous ; qu’elle plane du sommet de votre temple sur toutes les habitations de la cité maîtresse, rendue à son antique foi, à votre culte, à votre ancienne protection.

3 janvier
Octave de saint Jean l’Évangéliste

Dom Guéranger ~ L’année liturgique
3 janvier, Octave de saint Jean, apôtre et évangéliste.

Dom Guéranger profite des notices qu’il rédige sur les saints pour éclairer l’actualité et apporter des réponses à la crise qui sévissait déjà à son époque. Nous en publierons quelques unes, à l’occasion. Bonne lecture ! Abbé François Pivert.

L’octave de saint Jean achève aujourd’hui son cours : nous avons un dernier tribut d’hommages à rendre au Disciple bien-aimé. Le cycle sacré nous ramènera encore sa glorieuse mémoire, au six du mois de Mai, lorsque, parmi les joies de la résurrection de son Maître, nous célébrerons sa courageuse confession dans Rome, au milieu des feux de la Porte Latine ; aujourd’hui, acquittons notre reconnaissance envers lui pour les faveurs qu’il nous a obtenues de la miséricorde du divin Enfant, en repassant encore quelques-unes des faveurs qu’il a reçues de l’Emmanuel.

L’apostolat de Jean fut fécond en œuvres de salut pour les peuples vers lesquels il fut envoyé. La nation des Parthes reçut de lui l’Évangile, et il fonda la plupart des Églises de l’Asie-Mineure : entre lesquelles sept ont été choisies avec leurs Anges par le Christ lui-même dans la divine Apocalypse, pour figurer les diverses classes de pasteurs, et peut-être, comme plusieurs l’ont pensé, les sept âges de l’Église elle-même. Nous ne devons pas oublier que ces Églises de l’Asie-Mineure, encore toutes remplies de la doctrine de saint Jean, députèrent des Apôtres dans les Gaules, et que l’illustre Église de Lyon est une des conquêtes de cette pacifique expédition. Bientôt, dans ce saint temps de Noël lui-même, nous honorerons l’héroïque Polycarpe, l’Ange de Smyrne, disciple de saint Jean, et dont fut disciple lui-même saint Pothin, qui fut le premier évêque de Lyon.

Mais les travaux apostoliques de saint Jean ne le détournèrent pas des soins que sa tendresse filiale et la confiance du Sauveur lui imposaient à l’égard de la très pure Marie. Aussi longtemps que le Christ la jugea nécessaire à l’affermissement de son Église, Jean eut l’insigne faveur de jouir de sa société, de pouvoir l’environner des marques de sa tendresse, jusqu’à ce que, après avoir habité Éphèse avec lui, elle retourna dans sa compagnie à Jérusalem, d’où elle s’éleva du désert de ce monde jusqu’au ciel, comme chante l’Église, semblable à un léger nuage de myrrhe et d’encens. Jean eut encore à survivre à cette seconde séparation, et attendit, dans les labeurs de l’apostolat, le jour où il lui serait donné à lui-même de monter vers cette région fortunée où son divin Ami et son incomparable Mère l’attendaient.

Les Apôtres, ces vives lumières établies sur le chandelier parla main du Christ lui-même, s’éteignaient successivement par la mort du martyre ; et lui restait seul debout dans l’Église de Dieu. Ses cheveux blancs, comme nous l’apprennent les anciens, étaient ceints d’une lame d’or pour marquer sa qualité de Pontife ; les Églises recueillaient les paroles de sa bouche inspirée comme la règle de leur foi ; et sa prophétie de Pathmos montrait que les secrets de l’avenir de l’Église étaient dévoilés à ses yeux. Au milieu de tant de gloire, Jean était humble et simple comme l’Enfant de Bethléhem, et l’on se sent attendri par ces antiques récits qui nous le montrent pressant dans ses mains sacrées un oiseau qu’il caressait avec tendresse.

Ce vieillard qui, dans ses jeunes années, avait reposé sur la poitrine de Celui dont les délices sont d’être avec les enfants des hommes ; lui, le seul des Apôtres qui l’avait suivi jusqu’à la Croix, et qui avait vu ouvrir parla lance ce Cœur qui a tant aimé le monde, se plaisait surtout à parler de la charité fraternelle. Sa miséricorde pour les pécheurs était digne de l’ami du Rédempteur, et l’on connaît cette poursuite évangélique qu’il entreprit contre un jeune homme dont il avait aimé l’âme d’un amour de père, et qui s’était livré, pendant l’absence du saint Apôtre, à tous les désordres. Malgré son grand âge, Jean l’atteignit dans les montagnes, et le ramena pénitent au bercail. Mais cet homme si merveilleux dans la charité, était inflexible contre l’hérésie qui anéantit la charité dans sa source, en ruinant la foi. C’est de lui que l’Église a reçu sa maxime de fuir l’hérétique comme la peste : Ne lui donnez pas même le salut, dit cet ami du Christ dans sa seconde épître ; car celui qui le salue communique à ses œuvres de malice. Un jour, étant entré dans un bain public, il sut que l’hérésiarque Cérinthe s’y trouvait avec lui, et il en sortit à l’instant comme d’un lieu maudit. Aussi les disciples de Cérinthe tentèrent-ils de l’empoisonner dans une coupe dont il se servait ; mais le saint Apôtre ayant fait le signe de la croix sur le breuvage, il en sortit un serpent qui témoigna de la malice des sectaires et de la sainteté du disciple du Christ. Cette fermeté apostolique dans la garde du dépôt de la foi le rendit la terreur des hérétiques de l’Asie, et, par là, il justifia ce nom prophétique de Fils du Tonnerre que le Sauveur lui avait donné, ainsi qu’à son frère Jacques le Majeur, l’Apôtre du Royaume catholique.

En mémoire du miracle que nous venons de rapporter, la tradition des arts catholiques a donné pour emblème à saint Jean un calice duquel sort un serpent ; et, dans plusieurs provinces de la chrétienté, en Allemagne principalement, le jour de la fête de cet Apôtre, on bénit solennellement du vin avec une prière qui rappelle cet événement. On a aussi, dans ces contrées, l’usage de boire, à la fin du repas, un dernier coup qu’on appelle le coup de saint Jean, comme pour mettre sous sa protection la réfection qu’on vient de prendre.

La place nous manque pour raconter en détail diverses traditions sur notre Apôtre, auxquelles il est fait allusion dans plusieurs des pièces liturgiques du moyen âge que nous avons citées : on peut les voir dans les légendaires ; nous nous bornerons à dire ici quelque chose au sujet de sa mort.

Le passage de l’Évangile qu’on lit à la messe de saint Jean a été souvent interprété dans ce sens que le Disciple bien-aimé ne devait pas mourir ; cependant il faut bien reconnaître que le texte s’explique sans recourir à cette interprétation. L’Église grecque, comme nous l’avons vu dans ses offices, professe la croyance au privilège de l’exemption de la mort accordé à saint Jean ; et ce sentiment de plusieurs anciens Pères est reproduit dans quelques-unes des séquences ou hymnes des Églises d’Occident que nous avons données, ou que nous avons cru devoir promettre. L’Église romaine semblerait y incliner dans le choix des paroles de l’une des antiennes des laudes de la Fête ; cependant on doit reconnaître qu’elle n’a jamais favorisé ce sentiment, bien qu’elle n’ait pas cru devoir l’improuver. D’un autre côté, le tombeau du saint Apôtre a existé à Éphèse ; les monuments de la tradition en font mention, et aussi des prodiges d’une manne miraculeuse qu’on en a retirée pendant plusieurs siècles.

Il est surprenant toutefois que le corps de saint Jean n’ait été l’objet d’aucune translation ; aucune Église ne s’est jamais vantée de le posséder ; et quant aux reliques particulières de cet Apôtre, elles sont en très petit nombre dans l’Église, et leur nature est demeurée toujours assez vague. À Rome, lorsqu’on demande des reliques de saint Jean, on n’en obtient jamais que de son sépulcre. Il est impossible, après tous ces faits, de ne pas reconnaître quelque chose de mystérieux dans la disparition totale du corps d’un personnage si cher à toute l’Église, tandis que les corps de tous ses autres collègues dans l’apostolat ont une histoire plus ou moins suivie, et que tant d’Églises se les disputent, par parties ou en entier. Le Sauveur a‑t-il voulu glorifier, avant le jour du jugement, le corps de son ami ? L’a‑t-il soustrait à tous les regards, comme celui de Moïse, dans les desseins impénétrables de sa sagesse ? Ces questions ne seront probablement jamais résolues sur la terre ; mais on ne saurait s’empêcher de reconnaître, avec tant de saints docteurs, dans le mystère dont le Seigneur s’est plu à environner le corps virginal de saint Jean, comme un nouveau signe de l’admirable chasteté de ce grand Apôtre.

Réunissons encore une fois à sa louange les voix mélodieuses des diverses Églises dans les chants de la liturgie. Nous commencerons par extraire quelques répons de son Office, au bréviaire de la sainte Église romaine.

Répons

R/. Celui-ci est Jean qui se reposa sur la poitrine du Seigneur, pendant la Cène : * Heureux Apôtre à qui furent révélés les secrets célestes !

V/. Il a puisé les eaux vives de l’Évangile à la source sacrée du Cœur du Seigneur. * Heureux Apôtre.

R/. Jésus l’aimait ; carie privilège spécial de la chasteté l’avait rendu digne d’un plus grand amour : * Elu vierge par le Christ, il demeura toujours vierge.

V/. Enfin Jésus, mourant sur la croix, recommanda sa Mère vierge à ce disciple vierge. * Elu vierge par le Christ, il demeura toujours vierge.

R/. En ce jour, je te prendrai pour mon serviteur, et je te placerai comme un sceau sur mon cœur : * Car je t’ai élu, dit le Seigneur.

V/. Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie. * Car je t’ai élu.

Le bréviaire mozarabe contient cette belle prière, en l’Office de saint Jean l’Evangéliste :

Capitule

Les sources vives de votre cœur, Seigneur, sont ineffables, ces sources auxquelles votre bien-aimé disciple, appuyé sur votre sein, a mérité de se désaltérer ; accordez-nous donc de nous attacher étroitement à vos traces, par la mortification de nos sens, et faites, par l’intercession de saint Jean, que le feu de votre amour nous brûle et nous consume, jusqu’à nous rendre un holocauste complet et agréable à vos yeux.

Nous emprunterons aussi la prière suivante au Missel de la même Église gothique d’Espagne :

Oratio

Voyez, voyez, ô Dieu ! les péchés qui nous accablent, et comment, tous les jours, nos œuvres produisent en nous un poison, et nous méritent des supplices, souillés que nous sommes par le venin journalier de notre chair, sans songer à réparer nos forces par l’amendement d’une vie meilleure. Ô vous qui êtes toujours clément ! vous voyez ces choses, et vous attendez que nous revenions à vous par une humble confession ; c’est pourquoi nous implorons l’intercession de Jean votre Apôtre, qui, ayant bu un poison mortel, non seulement en fut délivré par l’invocation de votre Nom, mais encore ressuscita ceux que ce breuvage avait fait périr. Éloignez de nous la licence enflammée de notre chair, et le venin des suggestions de l’ancien ennemi, afin que, nous qui vous honorons dans la foi, soyons délivrés du poison secret de nos vices, comme l’Apôtre Jean demeura intact du venin qu’on lui avait présenté.

Voici encore quelques strophes tirées des menées des Grecs, en l’honneur de l’Apôtre :

En la fête de saint Jean le Théologien, 26 septembre

Abandonnant l’abîme de la mer, tu as pêche les nations comme des poissons, et, avec la ligne de la croix, tu les a toutes attirées sagement à la foi ; car, ainsi que te l’a dit le Christ, tu as été pêcheur d’hommes, les amenant à la piété : c’est pourquoi tu as répandu la connaissance du Verbe. Tu as péché Pathmos et Ephèse par tes discours, ô Apôtre théologue ; prie le Christ Dieu, pour qu’il accorde rémission de leurs péchés à ceux qui fêtent avec amour ta sainte mémoire.

Ta langue, devenue la plume de l’écrivain de l’Esprit-Saint, nous a divinement montré le vénérable et divin Évangile.

Les feux rayonnants de ta grande et divine théologie, ô glorieux Apôtre, illuminèrent la terre resplendissante d’une triple lumière.

Elle a été vraiment la plume rapide de l’écrivain, ta langue déifique qui a merveilleusement écrit la vraie gnose et la loi nouvelle sur les tables de nos cœurs, ô grand théologue !

Scruter les hauteurs des cieux, sonder les abîmes de la mer, c’est chose téméraire et impossible, comme de nombrer les étoiles ou le sable de la mer ; ainsi il ne se peut dire du théologue de combien de couronnes l’a couronné le Christ qui l’aimait, et sur la poitrine duquel il a reposé ; qui l’a rassasié en la Cène mystique, comme le théologien par excellence et l’ami du Christ.

Tu as demandé une place terrestre auprès du Christ ; mais lui t’a donné sa poitrine, ô illustre théologue ! Là tu as été gratifié d’une demeure de beauté, tranquille et permanente, ô toi la gloire des Apôtres !

Exaltons en louanges spirituelles, comme le serviteur du Christ, celui qui est la fleur de la virginité, la demeure choisie des augustes vertus, l’instrument de la Sagesse, lé temple de l’Esprit-Saint, la bouche ardente de l’Église, l’œil clairvoyant de la charité, le très vénérable Jean.

Evangéliste Jean, semblable à un Ange, vierge, instruit par Dieu même, c’est toi qui nous as révélé le côté du Christ, source limpide d’où découlent le sang et l’eau ; et ainsi tu as conduit nos âmes à la vie éternelle.

Le moyen âge des Églises Latines a été fécond sur la louange de saint Jean, et nous a laissé de nombreuses séquences en son honneur. Nous en donnerons deux seulement, en commençant par celle d’Adam de Saint-Victor, que nous choisissons comme la plus belle des quatre que le grand lyrique du moyen âge nous a laissées.

Séquence

En la fête de Jean, livrons-nous à la joie ; entonnons avec allégresse un chant à sa gloire.

Que notre bouche proclame ses louanges ; que notre cœur goûte la douceur des joies que Jean amène avec lui.

Il est le disciple chéri du Christ ; reposant sur sa poitrine, il a puisé la sagesse.

À lui le Christ sur la croix a recommandé sa Mère ; vierge, il a été le gardien de la plus pure des vierges.

Au dedans, la charité brûle son cœur ; au dehors, il brille par la dignité de sa vie, par ses prodiges et son éloquence.

Affranchi du joug de la concupiscence, il sort aussi victorieux de la chaudière de l’huile brûlante.

Il a triomphé du poison, commandé en maître à la mort et aux maladies, et terrassé les démons.

Doué d’un tel empire sur la nature, sa compassion pour les affligés ne fut pas moindre que son pouvoir.

Il rétablit un jour des pierreries qu’on avait brisées, et les distribua aux pauvres.

Il portait en lui-même un trésor inépuisable, lui qui transforma des branches d’arbres en or, des cailloux en diamants.

Le Christ son ami, entouré de ses disciples, vient l’inviter au festin éternel.

Il remonte vivant du sépulcre où il était descendu, pour s’asseoir à la table des cieux.

Le peuple en rend témoignage ; tes yeux peuvent le constater ; une manne céleste remplit son tombeau : mets divin qui rappelle le festin du Christ.

Comme Evangéliste, l’aigle est son symbole ; car il fixe le soleil, lorsqu’il contemple le Verbe Principe dans son Père Principe.

Par ses prodiges, il a converti le peuple des Gentils, peuple pervers, la province entière de l’Asie.

Par ses écrits, est éclairée et fortifiée l’Église qui est une.

Salut, ô vase de chasteté, vase plein de la rosée céleste, pur au dedans, resplendissant au dehors, auguste en toutes choses !

Fais-nous suivre la voie de la sainteté ; fais que, par la pureté de nos âmes, nous méritions de contempler un jour l’Unité dans la Trinité.

Amen.

Le beau Cantique qui suit est tiré des anciens Missels des Églises d’Allemagne :

Séquence

Le Verbe de Dieu, né de Dieu, ni fait, ni créé, est venu du ciel : Jean l’a vu, il l’a touché, il l’a dévoilé jusque dans le ciel.

Entre ces sources primitives, vrais ruisseaux de la fontaine de vérité, il a jailli ; il a versé au monde entier ce nectar salutaire qui coule du trône de Dieu.

Il franchit le ciel, il contemple le disque du vrai soleil ; il y fixe toute l’ardeur du regard de son âme ; contemplateur spirituel, comme le Séraphin sous ses ailes, il voit la face de Dieu.

Il a entendu autour du trône ce que les vingt-quatre vieillards chantent sur leurs harpes ; il a empreint du sceau de la Trinité l’or de notre cité terrestre.

Gardien de la Vierge, en écrivant son Évangile, il a fait connaître au monde le mystère secret de la divine naissance. Après l’avoir fait reposer sur le sanctuaire de son cœur, le Christ lui recommande, à lui fils du tonnerre, Marie, son lis sans tache, avec la confiance du mutuel amour qui les unissait.

On lui fait boire un poison mortel ; mais la vertu de la foi préserve son corps virginal ; le supplice même s’étonne que Jean sorte sans atteinte de l’épreuve de l’huile brûlante.

Il commande à la nature : il change les pierres en joyaux précieux ; par ses ordres le rameau de la forêt se durcit et devient or.

Il ouvre les enfers, il commande à la mort de rendre ceux que le poison avait fait périr : il confond d’Ebion, de Cérinthe, de Marcion, les perfides aboiements.

Aigle, il vole sans limite, plus haut que jamais ne volèrent ni poète, ni prophète ; jamais homme ne vit avec tant de clarté le mystère des choses accomplies, le secret des choses à venir.

L’Époux, couvert de la robe de pourpre, vu par les hommes, mais non compris, remonte au ciel, son palais ; il envoie à l’Épouse l’aigle d’Ézéchiel, pour lui apprendre le mystère des cieux.

Ô bien-aimé ! parle de ton bien-aimé ! Dis à l’Épouse quel est l’Epoux : dis quelle est la nourriture des Anges, quelles sont les tètes des habitants des cieux, en la présence de l’Époux.

Révèle le pain qui nous initie à la vérité, cette Cène du Christ que tu goûtas sur la poitrine du Christ : afin que devant l’Agneau, devant son trône, nous chantions par delà les cieux tes louanges, en retour de ta protection.

Nous vous saluons aujourd’hui, le cœur plein de reconnaissance, ô bienheureux Jean ! qui nous avez assistés avec une si tendre charité dans la célébration des mystères de la Nativité de votre divin Roi. En relevant vos ineffables prérogatives, nous rendons gloire à Celui qui vous en a décoré. Soyez donc béni, ô vous l’ami de Jésus, le Fils de la Vierge ! Mais avant de nous quitter, recevez encore nos prières.

Apôtre de la charité fraternelle, obtenez que nos cœurs se fondent tous dans une sainte union ; que les divisions cessent ; que la simplicité de la colombe, dont vous avez été un exemple si touchant, renaisse au cœur du chrétien de nos jours. Que la foi, sans laquelle la charité ne saurait exister, se maintienne pure dans nos Églises ; que le serpent de l’hérésie soit écrasé, et que ses affreux breuvages ne soient plus présentés aux lèvres d’un peuple complice ou indifférent ; que l’attachement à la doctrine de l’Église soit ferme et énergique dans les cœurs catholiques ; que les mélanges profanes, la lâche tolérance des erreurs ne viennent plus affadir les mœurs religieuses de nos pères ; que les enfants de lumière se tranchent d’avec les enfants de ténèbres.

Souvenez-vous, ô saint Prophète, de la sublime vision dans laquelle vous fut révélé l’état des Églises de l’Asie-Mineure : obtenez pour les Anges qui gouvernent les nôtres cette fidélité inviolable qui mérite seule la couronne et la victoire. Priez aussi pour les contrées que vous avez évangélisées, et qui méritèrent de perdre la foi. Assez longtemps elles ont souffert l’esclavage et la dégradation ; il est temps qu’elles se régénèrent par Jésus-Christ et son Église Du haut du ciel, envoyez la paix à votre Église d’Éphèse, et à ses sœurs de Smyrne, de Pergame, de Thyatire, de Sardes, de Philadelphie et de Laodicée ; qu’elles se réveillent de leur sommeil ; qu’elles sortent de leurs tombeaux ; que l’Islamisme achève promptement ses tristes destinées ; que le schisme et l’hérésie qui dégradent l’Orient s’éteignent, et que tout le troupeau se réunisse dans l’unique bercail. Protégez la sainte Église romaine qui fut témoin de votre glorieuse Confession, et l’a enregistrée parmi ses plus beaux titres de gloire, à la suite de celles de Pierre et de Paul. Qu’elle reçoive, de nos jours où la moisson blanchit de toutes parts, une nouvelle effusion de lumière et de charité. Enfin, ô Disciple bien-aimé du Sauveur des hommes, obtenez que nous soyons admis, au dernier jour, à contempler la gloire de votre corps virginal ; et après nous avoir présentés sur cette terre à Jésus et à Marie, en Bethléhem, présentez-nous alors à Jésus et à Marie, dans les splendeurs de l’éternité.

Épreuves de l’Église
Crise de la tradition

Ce que nous sommes

Charte sacerdotale

Mgr Lefebvre et Rome

Mgr Lefebvre, nos rapports avec Rome

Le programme de Mgr Lefebvre et de la Tradition
(lettre au cardinal Seper)

Ce que Mgr Lefebvre pensait du Concile Vatican II

Entretiens entre Mgr Lefebvre et Mgr Thomas d’Aquin

Autres livres de Mgr Lefebvre

Μgr Thomas d’Aquin

Bulletin de Mgr Thomas d’Aquin, Décembre 2017

Μgr Lazo

Profession solennelle de foi de Mgr Lazo, 21 mai 1998

Ma conversion à la Tradition, conférence de Mgr Lazo

Les origines de la crise

Les origines de la crise dans l’Eglise, par M. l’abbé Pivert

Notes sur la Révolution dans l’Eglise par M. l’abbé Tam

Mgr Viganò

Que Mgr Viganò apporte-t-il à l’Église ?

Mgr Viganò : “Comment la révolution de Vatican II sert le nouvel ordre mondial”

Mgr Viganò ~ Que faire ?

Mgr Viganò : l’encyclique Fratelli tutti est blasphématoire, hérétique, hypocrite, dangereuse

Antimodernisme, autres

Benoît XVI a préparé le terrain doctrinal pour François

L’encyclique Fratelli tutti du pape François, condamnée par saint Pie X

31 décembre
Saint Sylvestre
Septième jour dans l’octave
Nouvel an

Dom Guéranger ~ L’année liturgique
31 décembre, saint Silvestre, pape et confesseur
Septième jour dans l’octave de Noël

Saint Sylvestre
Septième jour de l’octave de Noël
Le nouvel An

Saint Sylvestre

Jusqu’ici, nous avons contemplé les martyrs au berceau de l’Emmanuel. Étienne, qui a succombé sous les cailloux du torrent ; Jean, martyr de désir, qui a passé par le feu ; les Innocents immolés par le glaive ; Thomas, égorgé sur le pavé de sa cathédrale : tels sont les champions qui font la garde auprès du nouveau Roi. Cependant, si nombreuse que soit la troupe des martyrs, tous les fidèles du Christ ne sont pas appelés à faire partie de ce bataillon d’élite ; le corps de l’armée céleste se compose aussi des confesseurs qui ont vaincu le monde, mais dans une victoire non sanglante. Si la place d’honneur n’est pas pour eux, ils ne doivent pas cependant être déshérités de l’avantage de servir leur Roi. La palme, il est vrai, n’est pas dans leurs mains ; mais la couronne de justice ceint leurs têtes. Celui qui les a couronnés se glorifie aussi de les voir à ses côtés.

Il était donc juste que la sainte Église, pour réunir, dans cette triomphante octave, toutes les gloires du ciel et de la terre, inscrivît en ces jours, sur le cycle, le nom d’un saint confesseur qui dût représenter tous les autres. Ce confesseur est Silvestre, Époux de la sainte Église Romaine, et par elle de l’Église universelle, un Pontife au règne long et pacifique, un serviteur du Christ orné de toutes les vertus, et donné au monde le lendemain de ces combats furieux qui avaient duré trois siècles, dans lesquels avaient triomphé, par le martyre, des millions de chrétiens, sous la conduite de nombreux Papes martyrs, prédécesseurs de Silvestre.

Silvestre annonce aussi la paix que le Christ est venu apporter au monde, et que les anges ont chantée en Bethléhem. Il est l’ami de Constantin, il confirme le concile de Nicée, il organise la discipline ecclésiastique pour l’ère de la paix. Ses prédécesseurs ont représenté le Christ souffrant : il figure le Christ dans son triomphe. Il complète, dans cette Octave, le caractère du divin Enfant qui vient dans l’humilité des langes, exposé à la persécution d’Hérode, et cependant Prince de la Paix, et Père du siècle futur. [1]

Lisons l’histoire de son tranquille pontificat, dans le récit de la sainte Église. La nature de cet ouvrage exclut les discussions critiques ; c’est pourquoi nous ne dirons rien des difficultés qu’on a élevées sur le fait du baptême de Constantin, à Rome, par saint Silvestre. Il suffira de rappeler que la tradition romaine, à ce sujet, est adoptée par de savants hommes, tels que Baronius, Schelestrate, Bianchini, Marangoni, Vignoli, etc.

Silvestre, Romain, fils de Rufin, fut placé, dès son bas âge, sous la discipline du prêtre Cyrinus, dont il imita parfaitement la doctrine et les mœurs. Pendant que sévissait la persécution, il vécut caché sur le mont Soracte. Âgé de trente ans, il fut créé prêtre de la sainte Église romaine par le pape Marcellin. S’étant acquitté de cet emploi d’une manière digne de louange, et surpassant en mérite les autres clercs, il succéda au pape Melchiade, sous l’empire de Constantin. Cet empereur avait auparavant, par une loi publique, donné la paix à l’Église de Jésus-Christ. Déjà marqué par le ciel du signe de la Croix, et vainqueur de Maxence, il se fit le défenseur et le propagateur de la religion chrétienne ; l’encourager dans cette voie fut la grande œuvre à laquelle s’adonna le nouveau pontife. Selon que le porte l’antique tradition de l’Église romaine, il fit reconnaître les portraits des Apôtres à l’empereur, le lava dans le bain du saint baptême, et le guérit de la lèpre de l’infidélité.

Aussi, d’après les conseils de Silvestre, le pieux empereur confirma par son exemple le droit qu’il avait accordé aux chrétiens de bâtir publiquement leurs temples ; car il éleva un grand nombre de basiliques, à savoir celle du Latran au Christ Sauveur, celle du Vatican à saint Pierre, celle de la voie d’Ostie à saint Paul, celles de saint Laurent dans l’Agro Verano, de Sainte-Croix au palais de Sessorius, des saints Pierre et Marcellin et de sainte Agnès sur les voies Lavicane et Nomentane, d’autres encore, qu’il orna splendidement d’images saintes et dota magnifiquement en possessions et privilèges. Ce fut pendant le pontificat de Sylvestre que se tint le premier concile de Nicée, dans lequel, sous la présidence de ses légats, en présence de Constantin et de trois cent dix-huit évêques, la sainte et catholique foi fut expliquée, Arius et ses sectateurs condamnés ; et ce concile fut confirmé par Silvestre, à la demande des Pères, dans un synode tenu à Rome, où Arius fut condamné de nouveau. Silvestre fit aussi plusieurs décrets avanta­geux à l’Église de Dieu qui sont rapportés sous son nom ; savoir : que le Chrême serait fait par l’évêque seul ; que le prêtre oindrait du Chrême le sommet de la tête du baptisé ; que les diacres se serviraient de la dalmatique dans l’Église, et porteraient sur le bras gauche un ornement de lin ; que le sacrifice de l’autel se célébrerait sur un voile de lin.

Il prescrivit également, dit-on, à tous ceux qui seraient initiés aux ordres, le temps durant lequel ils doivent exercer, chacun, les fonctions de leur ordre dans l’Église, avant de monter à un degré plus élevé. Il interdit aux laïques la fonction d’accusateur public contre les clercs, et défendit aux clercs de plaider devant les juges séculiers. Retenant seulement le nom de samedi et de dimanche, il voulut que les autres jours de la semaine fussent appelés du nom de fériés, comme il était déjà d’usage dans l’Église, pour signifier que les clercs doivent, chaque jour, vaquer uniquement au service de Dieu, et se dégager de tout autre soin. L’admirable sainteté de sa vie, et sa bonté envers les pauvres, répondirent toujours à cette prudence céleste avec laquelle il gouvernait l’Église. Il veilla à ce que les clercs pauvres vécussent en commun avec les autres clercs plus riches, et que les vierges sacrées ne manquassent pas des choses nécessaires à la vie. Il vécut dans le pontificat vingt-un ans, dix mois et un jour. Il fut enseveli au cimetière de Priscille, sur la voie Salaria. Il célébra sept ordinations au mois de décembre, dans lesquelles il créa quarante-deux prêtres, vingt-cinq diacres, et soixante-cinq évêques pour divers lieux.

D’anciens livres liturgiques de l’Italie avaient un office propre de saint Silvestre. Nous avons trouvé dans le bréviaire de l’antique Église abbatiale, aujourd’hui collégiale de Sainte-Barbe, à Mantoue, le bel office auquel nous empruntons les traits suivants, pris dans les antiennes et les répons dont il est composé.

Les flots des persécutions étant tombés, sous le bienheureux Silvestre, la religion du Seigneur Christ se propage dans toute l’étendue de l’empire romain.

Silvestre a pieusement administré toutes choses ; il a propagé la foi, et assuré liberté et confiance à la prédication évangélique dans cette ville à qui obéissent les royaumes.

Il a supporté beaucoup de tribulations, qui ont accru le mérite de sa vie ; il a établi beaucoup de règlements dans lesquels éclate sa science.

Silvestre était un homme saint : sa vie sur la terre était céleste ; et comme sa sainteté était insigne, il administra l’Église de Dieu avec une prudence digne du ciel.

Élu Pontife de Dieu, pour fuir la cruauté du tyran Maxence, il chercha une retraite sur le Soracte ; et de là, il priait le Seigneur de donner enfin la paix à son Église.

Pendant qu’il est ainsi caché, l’empereur Constantin, sur l’avertissement des apôtres Pierre et Paul, le fait appeler ; Silvestre soulage et guérit dans le bain salutaire du baptême ce prince affligé de la lèpre [du péché].

Il instruit pleinement le César Constantin dans la foi du Christ, et, le premier, consacre publiquement en église, sous le nom du Sauveur, la basilique de cet Auguste.

Tout occupé de la gloire de Dieu et du salut des hommes, Silvestre instruit le peuple des préceptes de la doctrine du salut ; il le délivre, par une merveilleuse doctrine, des atteintes du serpent plein d’artifices.

Convoquant le synode universel de Nicée, où figure un nombre mystique de pontifes, il renverse les machinations des hérétiques par la vertu de l’Esprit-Saint.

C’est là le saint pontife dans les jours duquel le Christ a donné la paix à l’Église ; et l’empire romain a incliné, sous les pieds d’un prêtre, le faite sublime de son antique gloire.

O bienheureux pontife ! Pasteur admirable de l’Église universelle, vous que le Seigneur a glorifié en présence de toutes les nations, et a élevé au-dessus du César de Rome, maintenant triomphant dans la gloire céleste, priez pour nous le Seigneur.

O lumière et splendeur éclatante ! très saint et bienheureux Silvestre, aux jours duquel la nuée des persécutions, qui menaçait le peuple fidèle, s’est dissipée, et la tranquillité de la paix a apparu, aidez-nous par vos prières ; que par elles nous jouissions éternellement du bienfait du repos.

L’Église grecque célèbre saint Silvestre par des chants d’enthou­siasme. On remarquera, dans les strophes que nous empruntons à ses Menées, qu’elle rapporte à ce grand Pontife tout l’honneur de la décision de Nicée, et qu’elle l’honore comme ayant détruit l’hérésie arienne.

In magno Vespertino, et passim

Père, hiérarque, Silvestre ! saintement illuminé de la lumière de sainteté, tu as éclairé les fidèles par la lueur de tes enseignements ; tu leur as fait adorer l’unité de nature en trois personnes, et tu as chassé les ténèbres des hérésies : c’est pourquoi, aujourd’hui, nous chantons avec joie, dans des hymnes splendides, ta brillante mémoire.

Père qui portes Dieu, Silvestre ! visible colonne de feu, qui t’avances d’un pas sacré, à la tête de la sainte armée ; nuée dont l’ombre protège, qui fais sortir les fidèles des erreurs de l’Égypte par tes enseignements infaillibles, nous vénérons ta glorieuse et très sacrée mémoire.

Père aux paroles divines, Silvestre ! par le torrent de tes prières, tu as arrêté et emprisonné le dragon aux mille formes. Homme admirable et sacré, tu as conduit à Dieu des multitudes de païens, tu as humilié l’audace des juifs, opérant sous leurs yeux de grands miracles : c’est pourquoi nous t’honorons et te proclamons bienheureux.

Divinement obéissant à la loi divine, divinement orné de la science des Écritures inspirées, tu as enseigné la vérité aux sages des païens ; tu leur as appris à confesser le Christ avec le Père et l’Esprit, et à répéter : Chantons au Seigneur, car il a fait éclater magnifiquement sa gloire. »

Hiérarque inspiré de Dieu, Silvestre notre père ! tu as paru donnant l’onction aux pontifes dans l’Esprit divin, et illuminant les peuples, ô homme très sacré ! Tu as mis en fuite l’erreur des hérésies, tu as fait paître le troupeau, et jaillir les eaux fertilisantes de la piété sur les moissons appelées à la connaissance de Dieu.

Par l’habileté de tes discours, tu as délié à jamais les vains nœuds de l’erreur ; ceux que l’erreur avait enchaînés, tu les as enchaînés toi-même à la divine foi, ouvrant leur âme, ô Père et bienheureux hiérarque, à l’explication des Écritures.

Tu as rendu immobile par tes prières, tu as renfermé pour jamais le serpent de malice, qui, dans son envie, infectait de son haleine ceux qui approchaient de toi, ô bienheureux. ! toi qui as imposé à la demeure des dragons le sceau de la croix, plus inviolable pour eux que les portes et les verrous.

Pontife suprême de l’Église de Jésus-Christ, vous avez donc été choisi entre tous vos frères pour décorer de vos glorieux mérites la sainte octave de la naissance de l’Emmanuel. Vous y représentez dignement le chœur immense des confesseurs, vous qui avez tenu, avec tant de vigueur et de fidélité, le gouvernail de l’Église après la tempête. Le diadème pontifical orne votre front ; et la splendeur du ciel se réfléchit sur les pierres précieuses dont il est semé. Les clefs du Royaume des cieux sont entre vos mains : et vous l’ouvrez pour y faire entrer les restes de la gentilité qui passent à la foi du Christ ; et vous le fermez aux Ariens, dans cet auguste concile de Nicée, où vous présidez par vos légats, et auquel vous donnez autorité, en le confirmant de votre suffrage apostolique. Bientôt des tempêtes furieuses se déchaîneront de nouveau contre l’Église ; les vagues de l’hérésie viendront battre la barque de Pierre ; vous serez déjà rendu au sein de Dieu ; mais vous veillerez, avec Pierre, sur la pureté de la foi romaine. Vous soutiendrez Jules, vous sauverez Libère ; et, par vos prières, l’Église romaine sera le port où Athanase trouvera enfin quelques heures de paix.

Sous votre règne pacifique, Rome chrétienne reçoit le prix de son long martyre. Elle est reconnue Reine de l’humanité chrétienne, et son empire le seul empire universel. Le fils de votre zèle, Constantin, s’éloigne de cette ville de Romulus, aujourd’hui la cité de Pierre ; la seconde majesté ne veut pas être éclipsée par la première ; et, Byzance fondée, Rome demeure aux mains de son pontife. Les temples des faux dieux croulent, et font place aux basiliques chrétiennes qui reçoivent la dépouille triomphale des saints Apôtres et des martyrs. Enfin, la victoire de l’Église sur le Prince de ce monde est marquée, ô Silvestre, par la défaite de ce dragon qui infectait les hommes de son haleine empoisonnée, et que votre bras enchaîna pour jamais.

Étant honoré de dons si merveilleux, ô Vicaire du Christ, souvenez-vous de ce peuple chrétien qui a été le vôtre. Dans ces jours, il vous demande de l’initier au divin mystère du Christ Enfant. Par le sublime symbole qui contient la foi de Nicée, et que vous avez confirmé et promulgué dans toute l’Église, vous nous apprenez à le reconnaître Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, engendré et non fait, consubstantiel au Père. Vous nous conviez à venir adorer cet Enfant, comme Celui par qui toutes choses ont été faites. Confesseur du Christ, daignez nous présenter à lui, comme l’ont daigné faire les martyrs qui vous ont précédé. Demandez-lui de bénir nos désirs de vertu, de nous conserver dans son amour, de nous donner la victoire sur le monde et nos passions, de nous garder cette couronne de justice à laquelle nous osons aspirer, pour prix de notre Confession.

Pontife de la Paix, du séjour tranquille où vous vous reposez, considérez l’Église de Dieu agitée par les plus affreuses tourmentes, et sollicitez Jésus, le Prince de la Paix, de mettre fin à de si cruelles agitations. Abaissez vos regards sur cette Rome que vous aimez et qui garde si chèrement votre mémoire ; protégez, dirigez son Pontife. Qu’elle triomphe de l’astuce des politiques, de la violence des tyrans, des embûches des hérétiques, de la perfidie des schismatiques, de l’indifférence des mondains, de la mollesse des chrétiens. Qu’elle soit honorée, qu’elle soit aimée, qu’elle soit obéie. Que la majesté du sacerdoce se relève ; que la puissance spirituelle s’affranchisse, que la force et la charité se donnent la main ; que le règne de Dieu commence enfin sur la terre, et qu’il n’y ait plus qu’un troupeau et qu’un Pasteur.

Veillez, ô Silvestre, sur le sacré dépôt de la foi que vous avez conservé avec tant d’intégrité ; que sa lumière triomphe de tous ces faux et audacieux systèmes qui s’élèvent de toutes parts, comme les rêves de l’homme dans son orgueil. Que toute intelligence créée s’abaisse sous le joug des mystères, sans lesquels la sagesse humaine n’est que ténèbres ; que Jésus, Fils de Dieu, Fils de Marie, règne enfin, par son Église, sur les esprits et sur les cœurs.

Priez pour Byzance, autrefois appelée la nouvelle Rome, et devenue sitôt la capitale des hérésies, le triste théâtre de la dégradation du christia­nisme. Obtenez que les temps de son humiliation soient abrégés. Qu’elle revoie les jours de l’unité ; qu’elle consente enfin à honorer le Christ dans son Vicaire ; qu’elle obéisse, afin d’être sauvée. Que les races égarées et perdues par son influence, recouvrent cette dignité humaine que la pureté de la foi seule maintient, que seule elle peut régénérer.

Enfin, ô vainqueur de Satan, retenez le Dragon infernal dans la prison où vous l’avez enfermé ; brisez son orgueil, déjouez ses plans ; veillez à ce qu’il ne séduise plus les peuples ; mais que tous les enfants de l’Église, selon la parole de Pierre, votre prédécesseur, lui résistent par la force de leur foi.[2]

Septième jour de l’octave de Noël

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Considérons, dans ce septième jour de l’octave de Noël, le Sauveur qui nous est né, enveloppé des langes de l’enfance. Les langes sont la livrée de la faiblesse ; l’enfant qu’ils couvrent n’est pas encore un homme ; il n’a pas encore de vêtement à lui. Il attend qu’on le délie ; et ses mouvements ne deviennent libres que par le secours d’autrui. Ainsi a paru sur la terre, captif dans notre infirmité, celui qui donne la vie et le mouvement à toute créature.

Contemplons Marie, enveloppant avec un tendre respect les membres du Dieu son Fils dans ces langes, et adorant les abaissements qu’il est venu chercher en ce monde, pour sanctifier tous les âges de l’homme, sans oublier le plus faible et le plus dépendant. Telle était la plaie de notre orgueil, qu’il lui fallait un si extrême remède. Comment maintenant refuserions-nous d’être enfants, lorsque Celui qui vient nous en intimer le précepte, daigne joindre à sa parole un exemple si entraînant ? Nous vous adorons, ô Jésus ! dans les langes de la faiblesse, et nous aspirons à vous devenir semblables en tout.

« Ne vous scandalisez donc pas, mes Frères, dit le pieux Abbé Guerric, de cette livrée si humble : que l’œil de votre foi n’en soit pas troublé. De même que Marie enveloppe son Fils de cette vile couverture, ainsi la Grâce, votre mère, couvre d’ombres et de symboles la vérité et la secrète majesté de ce Verbe divin. Quand je vous annonce par mes paroles cette

« Vérité qui est le Christ, que fais-je autre chose qu’envelopper le Christ lui-même sous d’humbles langes ? Heureux cependant celui aux yeux duquel le Christ, sous ces haillons, ne semble pas vil ! Que votre piété contemple donc le Christ dans les langes dont sa Mère le couvre, afin de mériter de voir, dans l’éternelle félicité, la gloire et l’éclat dont le Père l’a revêtu comme son Fils unique. »

Célébrons encore la joyeuse Naissance, en empruntant à nos anciens Missels Romains-Français cette antique Prose, où respire la piété des siècles de foi.

Séquence

Au Seigneur nouveau-né, tous les êtres en chœur chantent un pieux hommage.
Chaque parole a pour accord la mélodie de l’orgue.
Jour sacré, dans lequel des joies nouvelles sont accordées au monde avec plénitude.
En cette nuit sublime, la Gloire à Dieu a retenti par la voix des Anges.
Au milieu de la nuit, des clartés inouïes ont éclaté aux yeux des bergers.
Pendant qu’ils gardent leurs troupeaux, soudain ils entendent le message divin :
En cette nuit sublime, la Gloire à Dieu a retenti par la voix des Anges.
Au ciel, gloire immense, et paix sur la terre.
Il est né de la Vierge féconde, Celui qui est avant les siècles.
Donc, milice des cieux, éclate dans les plus bruyants transports.
À ces cris de triomphe, que le monde et ses pôles soient ébranlés.
Brisé est le sceptre oppresseur de l’ennemi.
L’humanité tout entière célèbre le Dieu né en terre.
La paix est rendue à la terre ; que tout se réjouisse de la naissance de cet enfant.
En ce jour que tout rende gloire, d’une voix mélodieuse et retentissante.
Seul, il protège toutes choses ;
Seul, il gouverne tout ;
Dans sa bonté, qu’il daigne sauver tous les royaumes, et qu’il les pacifie.
Amen.

En l’honneur de la Vierge-Mère, le pieux Abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, nous fournira cette belle Prose, dans laquelle on retrouve toute la tendresse de son âme évangélique.

Séquence

Ciel, réjouis-toi ; terre, applaudis ; que nul ne retienne la louange.
Par la Vierge l’homme remonte à son antique origine.
La Vierge a enfanté un Dieu, l’antique colère est apaisée.
La vieille discorde a fini son cours ; la gloire et la paix lui succèdent.
Le pécheur se lève de son bourbier ; un Dieu est étendu sur la paille.
Une vile étable contient le Pain de la nourriture céleste.
La Vierge nourrit son Créateur, le Rédempteur qui est né d’elle.
Sous la faiblesse de l’enfance, se cache la divine Sagesse.
Du sein de la mère jaillit le lait : le cœur du Fils le répand aussi ;
Car, en prenant l’humanité, il nous donne la douceur de sa grâce.
Donc, par une douce mélodie, nous vous chantons, ô Marie !
Par nos voix religieuses, et par nos cris d’amour.
Salut, Vierge bénie, qui avez mis en fuite la malédiction.
Salut, Mère du Très-Haut, Epouse du très doux Agneau.
Vous avez vaincu le serpent, vous avez brisé sa tête,
Quand le Dieu, né de vous, l’a exterminé.
Vous êtes l’Impératrice des deux, la réparatrice de la terre.
Vers vous soupirent les hommes ; les démons maudits tremblent sous vos pieds.
Vous êtes la fenêtre, la porte, la toison, le palais, la maison, le temple, un monde ;
Lis de virginité, rose par le martyre.
Jardin fermé, fontaine des jardins, vous lavez les taches des péchés,
Purifiant ceux qui sont souillés, rendant les morts à la vie.
Dominatrice des Anges ; après Dieu, l’espérance des siècles.
Le lieu de repos du Roi, le trône de la divinité.
Étoile brillante de l’Orient, qui dissipe les ombres de l’Occident.
Aurore annonçant le soleil, jour qui ne connaît pas de nuit.
Mère de notre Père, vous enfantez Celui qui nous a créés.
Mère tendre, objet de notre confiance, réconciliez les fils avec le Père.
O Mère ! priez le Dieu né en ces jours, qu’il détruise nos péchés,
Et, après le pardon, qu’il nous donne la grâce et la gloire.
Amen.

Le nouvel An

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L’année civile achève aujourd’hui son cours. À minuit, une nouvelle année se lève sur ce monde ; celle qui l’a précédée disparaît sans retour dans l’abîme de l’éternité. Notre vie fait un pas, et la fin de toutes choses approche d’autant plus.[3] La Liturgie, qui commence l’année ecclésias­ti­que au premier dimanche de l’Avent, n’a point produit de prières spéciales dans l’Église romaine, pour accompagner ce renouvellement de l’année, au premier janvier ; mais son esprit qui répond à toutes les situations de l’homme et de la société, nous avertit de ne pas laisser passer ce moment solennel sans offrir à Dieu le tribut de nos actions de grâces, pour les bienfaits qu’il a répandus sur nous dans le cours de l’année qui vient de finir.

Rome nous donne l’exemple. Aujourd’hui, le souverain pontife se rend en pompe à l’église du Jésus, pour y assister au chant du Te Deum ; et la bénédiction du Saint-Sacrement vient confirmer cette solennelle action de grâces, et promettre de nouveaux dons. Des usages analogues ont lieu dans plusieurs de nos Églises de France.

La seule Église gothique d’Espagne avait songé à associer les sentiments que nous exprimons à l’action même du saint sacrifice ; et nous croyons être agréable à la piété de nos lecteurs, en donnant ici cette belle prière du missel mozarabe. Elle fait partie de la messe du dimanche qui précède la fête de l’Épiphanie.

Illatio

Il est digne et juste que nous vous rendions grâce, Seigneur saint, Père éternel et tout-puissant, par Jésus-Christ, votre Fils, notre Seigneur, qui avant les temps né de vous, Dieu son Père, a créé le temps, avec vous et l’Esprit-Saint ; qui a daigné lui-même naître dans le temps, du sein de la Vierge Marie ; et qui, tout éternel qu’il est, a fixé les révolutions des années au moyen desquelles ce monde accomplit ses propres révolutions. Il a divisé l’année en périodes certaines et harmonieuses, suivant lesquelles le soleil, fidèle aux lois qui règlent sa course, vient répandre sur le cercle de l’année une variété sans confusion. Aujourd’hui, par l’offrande de nos dons, nous venons dédier à ce Dieu vivant, et la fin de l’année écoulée, et le commencement de celle qui la suit. Par lui, nous avons traversé le cours de celle-là ; par lui, nous ouvrons le commencement de celle-ci. Nous donc, qu’une dévotion commune et sainte a rassemblés en ce commencement de l’année, nous répandons devant vous, ô lieu Père ! nos simples prières. Dans la Nativité de votre Fils, vous avez fixé le point de départ de la supputation de nos temps ; faites que cette année soit pour nous une année favorable, et que nous en passions les jours dans votre service. Couvrez la terre de moissons, rendez nos âmes et nos corps exempts de maladies et de péchés. Ôtez les scandales, repoussez les ennemis, chassez la famine, et éloignez de nos frontières tous les fléaux qui pourraient nous nuire. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

[1]              Is. 9, 6

[2]              1 s. Pierre. 5, 9

[3]              1 s. Pierre 4, 7

1er janvier
La Circoncision

Dom Guéranger ~ L’année liturgique
1er janvier, La Circoncision de Notre-Seigneur
et l’octave de Noël

Aux premières vêpres
À la messe
Aux secondes vêpres
À la louange de la Mère de Dieu

 

Le huitième jour de la naissance du Sauveur est arrivé ; l’étoile qui conduit les mages approche de Bethléhem ; encore cinq jours, et elle s’arrêtera sur le lieu où repose l’enfant divin. Aujourd’hui, ce Fils de l’Homme doit être circoncis, et marquer, par ce premier sacrifice de sa chair innocente, le huitième jour de sa vie mortelle. Aujourd’hui, un nom va lui être donné ; et ce nom sera celui de Jésus, qui veut dire Sauveur. Les mystères se pressent dans cette grande journée ; recueillons-les tous, et honorons-les dans toute la religion et toute la tendresse de nos cœurs.

Mais ce jour n’est pas seulement consacré à honorer la circoncision de Jésus ; le mystère de cette circoncision fait partie d’un plus grand encore, celui de l’incarnation et de l’enfance du Sauveur ; mystère qui ne cesse d’occuper l’Église, non seulement durant cette octave, mais pendant les quarante jours du Temps de Noël. D’autre part, l’imposition du nom de Jésus doit être glorifiée par une solennité particulière, que nous célébrerons demain. Cette grande journée offre place encore à un autre objet digne d’émouvoir la piété des fidèles. Cet objet est Marie, Mère de Dieu. Aujourd’hui, l’Église célèbre spécialement l’auguste prérogative de cette divine maternité, conférée à une simple créature, coopératrice du grand ouvrage du salut des hommes.

Autrefois la sainte Église romaine célébrait deux messes au premier janvier : l’une pour l’octave de Noël, l’autre en l’honneur de Marie. Depuis, elle les a réunies en une seule, de même qu’elle a mélangé dans le reste de l’office de ce jour les témoignages de son adoration envers le Fils, aux expressions de son admiration et de sa tendre confiance envers la Mère.

Pour payer son tribut d’hommages à celle qui nous a donné l’Emmanuel, l’Église grecque n’attend pas le huitième jour de la naissance de ce Verbe fait chair. Dans son impatience, elle consacre à Marie le propre lendemain de Noël, le 26 décembre, sous le titre de Synaxe de la Mère de Dieu, réunissant ces deux solennités en une seule, en sorte qu’elle n’honore saint Etienne que le 27 décembre.

Pour nous, fils aînés de la sainte Église romaine, épanchons aujourd’hui tout l’amour de nos cœurs envers la Vierge-Mère, et conjouissons-nous à la félicité qu’elle éprouve d’avoir enfanté son Seigneur et le nôtre. Durant le saint temps de l’avent, nous l’avons considérée enceinte du salut du monde ; nous avons proclamé la souveraine dignité de cette arche de la nouvelle alliance qui offrait dans ses chastes flancs comme un autre ciel à la majesté du roi des siècles. Maintenant, elle l’a mis au jour, ce Dieu enfant ; elle l’adore ; mais elle est sa Mère. Elle a le droit de l’appeler son Fils ; et lui, tout Dieu qu’il est, la nomme en toute vérité sa Mère.

Ne nous étonnons donc plus que l’Église exalte avec tant d’enthou­siasme Marie et ses grandeurs. Comprenons au contraire que tous les éloges qu’elle peut lui donner, tous les hommages qu’elle peut lui offrir dans son culte, demeurent toujours beaucoup au-dessous de ce qui est dû à la Mère du Dieu incarné. Personne sur la terre n’arrivera jamais à décrire, pas même à comprendre tout ce que cette sublime prérogative renferme de gloire. En effet, la dignité de Marie provenant de ce qu’elle est Mère d’un Dieu, il serait nécessaire, pour la mesurer dans son étendue, de comprendre préalablement la divinité elle-même. C’est à un Dieu que Marie a donné la nature humaine ; c’est un Dieu qu’elle a eu pour Fils ; c’est un Dieu qui s’est fait gloire de lui être soumis, selon l’humanité ; la valeur d’une si haute dignité dans une simple créature ne peut donc être estimée qu’en la rapprochant de la souveraine perfection du grand Dieu qui daigne ainsi se constituer sous sa dépendance. Anéantissons-nous donc en présence de la majesté du Seigneur ; et humilions-nous devant la souveraine dignité de celle qu’il s’est choisie pour mère.

Que si nous considérons maintenant les sentiments qu’une telle situation inspirait à Marie à l’égard de son divin fils, nous demeurons encore confondus par la sublimité du mystère. Ce fils, qu’elle allaite, qu’elle tient dans ses bras, qu’elle presse contre son cœur, elle l’aime, parce qu’il est le fruit de ses entrailles ; elle l’aime, parce qu’elle est mère, et que la mère aime son fils comme elle-même et plus qu’elle-même ; mais si elle vient à considérer la majesté infinie de celui qui se confie ainsi à son amour et à ses caresses, elle tremble et se sent près de défaillir, jusqu’à ce que son cœur de mère la rassure au souvenir des neuf mois que cet enfant a passés dans son sein, et du sourire filial avec lequel il lui sourit au moment où elle l’enfanta. Ces deux grands sentiments de la religion et de la maternité se confondent dans ce cœur sur ce seul et divin objet. Se peut-il imaginer quelque chose de plus sublime que cet état de mère de Dieu ; et n’avions-nous pas raison de dire que, pour le comprendre tel qu’il est en réalité, il nous faudrait comprendre Dieu lui-même, qui seul pouvait le concevoir dans son infinie sagesse, et seul le réaliser dans sa puissance sans bornes ?

Une mère de Dieu ! tel est le mystère pour la réalisation duquel le monde était dans l’attente depuis tant de siècles ; l’œuvre qui, aux yeux de Dieu, dépassait à l’infini, comme importance, la création d’un million de mondes. Une création n’est rien pour sa puissance ; il dit, et toutes choses sont faites. Au contraire, pour qu’une créature devienne mère de Dieu, il a dû non seulement intervertir toutes les lois de la nature en rendant féconde la virginité, mais se placer divinement lui-même dans des relations de dépendance, dans des relations filiales, à l’égard de l’heureuse créature qu’il a choisie. Il a dû lui conférer des droits sur lui-même, accepter des devoirs envers elle ; en un mot, en faire sa mère et être son fils.

Il suit de là que les bienfaits de cette incarnation que nous devons à l’amour du Verbe divin, nous pourrons et nous devrons, avec justice, les rapporter dans un sens véritable, quoique inférieur, à Marie elle-même. Si elle est mère de Dieu, c’est qu’elle a consenti à l’être. Dieu a daigné non seulement attendre ce consentement, mais en faire dépendre la venue de son Fils dans la chair. Comme ce Verbe éternel prononça sur le chaos ce mot fiat, et la création sortit du néant pour lui répondre ; ainsi, Dieu étant attentif, Marie prononça aussi ce mot fiat, qu’il me soit fait selon votre parole, et le propre Fils de Dieu descendit dans son chaste sein. Nous devons donc notre Emmanuel, après Dieu, à Marie, sa glorieuse mère.

Cette nécessité indispensable d’une mère de Dieu, dans le plan sublime du salut du monde, devait déconcerter les artifices de l’hérésie qui avait résolu de ravir la gloire du Fils de Dieu. Selon Nestorius, Jésus n’eût été qu’un homme ; sa mère n’était donc que la mère d’un homme : le mystère de l’incarnation était anéanti. De là, l’antipathie de la société chrétienne contre un si odieux système. D’une seule voix, l’Orient et l’Occident proclamèrent le Verbe fait chair, en unité de personne, et Marie véritablement mère de Dieu, Deipara, Theotocos, puisqu’elle a enfanté Jésus-Christ. Il était donc bien juste qu’en mémoire de cette grande victoire remportée au concile d’Éphèse, et pour témoigner de la tendre vénération des chrétiens envers la mère de Dieu, des monuments solennels s’élevassent qui attesteraient aux siècles futurs cette suprême manifestation. Ce fut alors que commença dans les Églises grecque et latine le pieux usage de joindre, dans la solennité de Noël, la mémoire de la mère au culte du fils. Les jours assignés à cette commémoration furent différents ; mais la pensée de religion était la même.

À Rome, le saint Pape Sixte III fit décorer l’arc triomphal de l’Église de Sainte-Marie ad Praesepe, de l’admirable Basilique de Sainte-Marie-Majeure, par une immense mosaïque à la gloire de la mère de Dieu. Ce précieux témoignage de la foi du cinquième siècle est arrivé jusqu’à nous ; et au milieu du vaste ensemble sur lequel figurent, dans leur mystérieuse naïveté, les événements racontés par les saintes Écritures et les plus vénérables symboles, on peut lire encore la noble inscription par laquelle le saint pontife dédiait ce témoignage de sa vénération envers Marie, mère de Dieu, au peuple fidèle : xistus episcopus plebi dei.

Des chants spéciaux furent composés aussi à Rome pour célébrer le grand mystère du Verbe fait homme par Marie. De sublimes répons, de magnifiques antiennes, ornés d’un chant grave et mélodieux, vinrent servir d’expression à la piété de l’Église et des peuples, et ils ont porté cette expression à travers tous les siècles. Entre ces pièces liturgiques, il est des antiennes que l’Église grecque chante avec nous, dans sa langue, en ces mêmes jours, et qui attestent l’unité de la foi en même temps que la communauté des sentiments, en présence du grand mystère du Verbe incarné.

Aux premières vêpres

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Les premières vêpres de la Circoncision sont rendues plus solennelles par le chant de cinq des vénérables antiennes dont nous parlions tout à l’heure ; l’office se compose en outre des psaumes assignés, pendant toute l’année, aux vêpres de la sainte Vierge.

Le premier de ces psaumes, en célébrant la royauté, le sacerdoce et la suprême judicature de l’Emmanuel, révèle en même temps la haute dignité de celle qui l’a enfanté. Le second renferme la louange du Dieu qui élève les humbles et qui rend féconde la stérilité ; il annonce magnifiquement les grandeurs et la fécondité de Marie, mère de Dieu et mère des hommes. Les trois derniers psaumes contiennent l’éloge de Jérusalem, cité de Dieu et symbole de Marie.

Ant. Ô commerce admirable ! le créateur du genre humain, prenant un corps et une âme, a daigné naître de la Vierge, et devenu homme sans le concours de l’homme, il nous a fait part de sa divinité.

Psaume 109

Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur :
Asseyez-vous à ma droite et régnez avec moi ;
Jusqu’à ce que, au jour de votre dernier avènement, je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.
Ô Christ ! le Seigneur, votre Père, fera sortir de Sion le sceptre de votre force : c’est de là que vous partirez pour dominer au milieu de vos ennemis.
La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l’aurore.
Le Seigneur l’a juré, et sa parole est sans repentir ; il a dit en vous parlant : Dieu-Homme, vous êtes prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech.
Ô Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c’est lui qui, au jour de sa colère,viendra juger les rois.
Il jugera aussi les nations ; il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tête de plusieurs.
Maintenant il vient dans l’humilité ; il s’abaisse pour boire l’eau du torrent des afflictions ; mais c’est pour cela même qu’un jour il élèvera la tête.

Ant. Ô commerce admirable ! Le créateur du genre humain, prenant un corps et une âme, a daigné naître de la Vierge, et devenu homme sans le concours de l’homme, il nous a fait part de sa divinité.

Ant. Quand vous naquîtes ineffablement d’une Vierge, alors s’accomplirent les Écritures. Comme la rosée sur la toison, vous descendîtes pour sauver le genre humain. Nous vous louons, ô notre Dieu !

Psaume 112

Serviteurs du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le nom du Seigneur.
Que le nom du Seigneur soit béni, aujourd’hui et jusque dans l’éternité.
De l’aurore au couchant, le nom du Seigneur doit être à jamais célébré.
Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations ; sa gloire est par delà les cieux.
Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ?
C’est de là que, non content d’abaisser ses regards sur les choses les plus humbles dans le ciel et sur la terre, il a daigné descendre jusqu’à nous.
Du fond de son berceau, par sa vertu divine, il soulève de terre l’indigent, élève le pauvre de dessus le fumier où il languissait,
Pour le placer avec les princes, avec les princes mêmes de son peuple.
C’est lui qui fait habiter pleine de joie dans sa maison celle qui auparavant fut stérile, et qui maintenant est mère de nombreux enfants.

Ant. Quand vous naquîtes ineffablement d’une Vierge, alors s’accomplirent les Écritures. Comme la rosée sur la toison, vous descendîtes pour sauver le genre humain. Nous vous louons, ô notre Dieu !

Ant. Le buisson enflammé, mais non consumé, qui apparut à Moïse, nous l’avons reconnu dans votre virginité admirablement conservée : Mère de Dieu, intercédez pour nous.

Psaume 121

Je me suis réjoui quand on m’a dit : Nous irons vers Marie, la maison du Seigneur.
Nos pieds se sont fixés dans tes parvis, ô Jérusalem ! notre cœur dans votre amour, ô Marie !
Marie, semblable à Jérusalem, est bâtie comme une cité : tous ceux qui habitent dans son amour, sont unis et liés ensemble.
C’est en elle que se sont donné rendez-vous les tribus du Seigneur, selon l’ordre qu’il en a donné à Israël, pour y louer le nom du Seigneur.
Là, sont dressés les sièges de la maison de David, et Marie est la fille des rois.
Demandez à Dieu, par Marie, la paix pour Jérusalem : que tous les biens soient pour ceux qui t’aiment, ô Église.
Voix de Marie : Que la paix règne sur tes remparts, ô nouvelle Sion ! et l’abondance dans tes forteresses.
Moi fille d’Israël, je prononce sur toi des paroles de paix, à cause de mes frères et de mes amis qui sont au milieu de toi.
Parce que tu es la maison du Seigneur notre Dieu, j’ai appelé sur toi tous les biens.

Ant. Le buisson enflammé, mais non consumé, qui apparut à Moïse, nous l’avons reconnu dans votre virginité admirablement conservée : Mère de Dieu, intercédez pour nous.

Ant. La tige de Jessé a fleuri ; l’étoile est sortie de Jacob ; la Vierge a enfanté le Sauveur. Nous vous louons, ô notre Dieu !

Psaume 126

Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain travaillent ceux qui la bâtissent.
Si le Seigneur ne garde la cité, inutilement veilleront ses gardiens.
En vain vous vous lèverez avant le jour : levez-vous après le repos, vous qui mangez le pain de la douleur.
Le Seigneur donnera un sommeil tranquille à ceux qu’il aime : des fils, voilà l’héritage que le Seigneur leur destine ; le fruit des entrailles, voilà leur récompense.
Comme des flèches dans une main puissante ; ainsi seront les fils de ceux que l’on opprime.
Heureux l’homme qui en a rempli son désir : il ne sera pas confondu, quand il parlera à ses ennemis aux portes de la ville.

Ant. La tige de Jessé a fleuri ; l’étoile est sortie de Jacob ; la Vierge a enfanté le Sauveur. Nous vous louons, ô notre Dieu !

Ant. Voici que Marie nous a enfanté le Sauveur, à la vue duquel Jean s’est écrié : Voici l’agneau de Dieu ; voici celui qui ôte les péchés du monde, alleluia.

Psaume 147

Marie, vraie Jérusalem, chantez le Seigneur : Marie, sainte Sion, chantez votre Dieu.
C’est lui qui fortifie contre le péché les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.
Il a placé la paix sur vos frontières ; il vous nourrit de la fleur du froment, Jésus, le pain de vie.
Il envoie par vous son Verbe à la terre ; sa Parole parcourt le monde avec rapidité.
Il donne la neige comme des flocons de laine : il répand les frimas comme la poussière.
Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger : qui pourrait résister devant le froid que son souffle répand ?
Mais bientôt il envoie son Verbe en Marie, et cette glace si dure se fond à sa chaleur : l’Esprit de Dieu souffle, et les eaux reprennent leur cours.
Il a donné son Verbe à Jacob, sa loi et ses jugements à Israël.
Jusqu’aux jours où nous sommes, il n’avait point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur avait pas manifesté ses décrets.

Ant. Voici que Marie nous a enfanté le Sauveur, à la vue duquel Jean s’est écrié : Voici l’agneau de Dieu ; voici celui qui ôte les péchés du monde, alleluia.

Capitule (Tit. 2.)

La grâce de Dieu, notre Sauveur, a apparu à tous les hommes, et nous a appris à renoncer à l’impiété et aux désirs du siècle, pour vivre avec tempérance, justice et piété, en ce monde.

On chante ensuite l’hymne du jour de Noël, Jesu, Redemptor omnium, ci-dessus.

V/. Le Verbe s’est fait chair, alleluia. R/. Et il a habité parmi nous, alleluia.

Antienne de Magnificat

Ant. Par l’immense charité dont Dieu nous a aimés, il a envoyé son Fils sous la ressemblance de la chair de péché, alleluia.

Prions Ô Dieu, qui, par la virginité féconde de la bienheureuse Marie, avez procuré au genre humain le prix du salut éternel ; accordez-nous, s’il vous plaît, de ressentir les effets de l’intercession de celle par qui nous avons reçu l’auteur de la vie, notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec vous.

À la messe

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La station est à Sainte-Marie au delà du Tibre. Il était bien juste de glorifier cette basilique à jamais vénérable entre celles que la piété catholique a consacrées à Marie. La plus ancienne des Églises de Rome dédiées à la sainte Vierge, elle lui fut consacrée par saint Calliste, dès le troisième siècle, dans l’ancienne Taberna Meritoria, lieu célèbre chez les auteurs païens eux-mêmes par cette fontaine d’huile qui en sortit, sous le règne d’Auguste, et coula jusqu’au Tibre. La piété des peuples s’est plu à voir, dans cet événement, un symbole du Christ (unctus) qui devait bientôt naître ; et la basilique porte encore aujourd’hui le titre de Fons olei.

L’introït, comme la plupart des autres pièces chantées de cette messe, est celui de Noël, à la messe du jour. Il célèbre la naissance de l’enfant qui nous est né, et qui compte aujourd’hui son huitième jour.

Introït

Un enfant nous est né, et un fils nous a été donné ; il porte sur son épaule le signe de sa principauté, et il sera appelé l’ange du grand conseil. Ps. Chantez au Seigneur un cantique nouveau ; car il a opéré des merveilles. Gloire au Père. Un enfant.

Dans la collecte, l’Église célèbre la virginité féconde de la mère de Dieu, et nous montre Marie comme la source dont Dieu s’est servi pour répandre le bienfait de l’incarnation sur le genre humain. Elle représente à Dieu lui-même les espérances que nous fondons sur l’intercession de cette créature privilégiée.

Collecte

Ô Dieu, qui, par la virginité féconde de la bienheureuse Marie, avez procuré au genre humain le prix du salut éternel ; accordez-nous, s’il vous plaît, de ressentir les effets de l’intercession de celle par qui nous avons reçu l’auteur de la vie, notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec vous.

Épitre
Lecture de l’épître du bienheureux Paul, apôtre, à Tite. Chap. 2

Très cher fils, la grâce de Dieu notre Sauveur a apparu à tous les hommes, et nous a appris à renoncer à l’impiété et aux désirs du siècle, pour vivre avec tempérance, justice et piété, en ce monde, dans l’attente de la béatitude que nous espérons et de l’avènement glorieux du grand Dieu, Jésus-Christ, notre Sauveur, qui s’est livré lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, de nous purifier et de nous rendre un peuple agréable à ses yeux, et appliqué aux bonnes œuvres. Prêche ces vérités, et exhorte les hommes en Jésus-Christ notre Seigneur.

En ce jour où nous plaçons maintenant le renouvellement de notre année civile, les conseils du grand apôtre viennent à propos pour avertir les fidèles de l’obligation où ils sont de sanctifier le temps qui leur est donné. Renonçons donc aux désirs du siècle ; vivons avec sobriété, justice et piété ; et que rien ne nous distraie de l’attente de cette béatitude que nous espérons. Le grand Dieu et sauveur Jésus-Christ, qui apparaît en ces jours dans sa miséricorde, pour nous enseigner, reviendra dans sa gloire, pour nous récompenser. Le mouvement du temps nous avertit que ce jour approche ; purifions-nous, et devenons un peuple agréable aux yeux du rédempteur, un peuple appliqué aux bonnes œuvres.

Le graduel chante la venue du divin enfant, et invite toutes les nations à le glorifier, lui et son Père qui l’avait promis et qui nous l’envoie.

Graduel

Toute l’étendue de la terre a vu le Sauveur que notre Dieu a envoyé : toute la terre, louez Dieu avec transport. V/. Le Seigneur a manifesté le Sauveur qu’il avait promis ; il a révélé sa justice aux yeux des nations.

Alleluia, alleluia. V/. Dieu ayant parlé autrefois à nos pères, en diverses manières, par les prophètes, nous a parlé, en ces derniers temps, par son Fils. Alleluia.

Évangile
La suite du saint évangile selon saint Luc. Chap. 2

En ce temps-là, le huitième jour étant venu, auquel l’enfant devait être circoncis, on lui donna le nom de Jésus, qui était celui que l’ange lui avait donné, avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère.

L’enfant est circoncis ; il n’appartient plus seulement à la nature humaine ; il devient, par ce symbole, membre du peuple choisi et voué au service de Dieu. Il se soumet à cette cérémonie douloureuse, à ce signe de servitude, pour accomplir toute justice. Il reçoit en retour le nom de Jésus ; et ce nom veut dire Sauveur ; il nous sauvera donc, mais c’est par son sang qu’il nous sauvera. Telle est la volonté divine, acceptée par lui. La présence du Verbe incarné sur la terre a pour but un sacrifice, et ce sacrifice commence déjà. Il pourrait être plein et parfait par cette seule effusion du sang d’un Dieu-Homme ; mais l’insensibilité du pécheur, dont l’Emmanuel est venu conquérir l’âme, est si profonde, que ses yeux contempleront trop souvent, sans l’émouvoir, les torrents du sang divin qui a ruisselé sur la croix. Les quelques gouttes du sang de la circoncision auraient suffi à la justice du Père ; elles ne suffisent pas à la misère de l’homme ; et le cœur du divin enfant veut par-dessus tout guérir cette misère. C’est pour cela qu’il vient ; et il aimera les hommes jusqu’à l’excès ; car il ne veut point porter en vain le nom de Jésus.

L’offertoire célèbre la puissance de l’Emmanuel. En ce moment où il nous apparaît blessé par le couteau de la circoncision, exaltons d’autant plus sa puissance, sa richesse et son indépendance. Célébrons aussi son amour ; car s’il vient partager nos plaies, c’est pour les guérir.

Offertoire

Les cieux et la terre sont a vous ; vous avez établi l’univers et tout ce qu’il renferme ; la justice et l’équité sont les bases de votre trône.

Secrète

Après avoir reçu nos dons et nos prières, daignez, Seigneur, nous purifier par vos célestes mystères, et nous exaucer dans votre clémence. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Pendant la communion, l’Église se réjouit dans le nom du Sauveur qui vient, et qui remplit toute l’étendue de ce nom, en rachetant tous les habitants de la terre. Elle demande ensuite, par l’entremise de Marie, que le divin remède de la communion soit, pour nos cœurs, la guérison du péché, afin que nous puissions offrir à Dieu l’hommage de cette circoncision spirituelle dont parle l’apôtre.

Communion

Toutes les contrées de la terre ont vu le Sauveur que notre Dieu a envoyé.

Postcommunion

Que cette communion, Seigneur, nous purifie de nos crimes, et par l’intercession de la bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu, nous fasse goûter les effets du céleste remède que nous avons reçu. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.

Aux secondes vêpres

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Tout comme aux premières vêpres, sauf ceci :

V/. Le Seigneur a manifesté, alleluia, R/. Le Sauveur qu’il avait promis, alleluia.

Antienne de Magnificat

Ant. Ô grand mystère de l’hérédité divine ! Le sein d’une Vierge est devenu le temple de Dieu ; Celui qui d’elle a pris chair, n’a contracté aucune souillure ; toutes les nations viendront et diront : Gloire à vous, Seigneur !

À la louange de la Mère de Dieu

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Nous réunissons ici quelques traits à la louange de la mère de Dieu, empruntés aux offices divins du jour de l’octave de Noël. Les répons suivants sont extraits des matines de la Circoncision, au bréviaire romain.

R/. Réjouissez-vous avec moi, vous qui aimez le Seigneur : * Parce que, comme j’étais petite à mes yeux, j’ai eu le bonheur de plaire au Très-Haut ; et, de mon sein, j’ai enfanté un fils qui est Dieu et homme. V/. Toutes les générations m’appelleront bienheureuse : car Dieu a daigné regarder son humble servante. * Parce que. R/. Le cœur de la Vierge a été fortifié ; à la parole de l’ange, elle a conçu les mystères divins : alors, dans ses chastes entrailles, elle a reçu le plus beau des enfants des hommes : * Et bénie à jamais, elle nous a donné celui qui est Dieu et homme. R/. Vous êtes bénie et digne de tout respect, Vierge Marie, qui, sans rien perdre de votre pureté, vous êtes trouvée la mère du Sauveur : * Il était couché dans la crèche, et il brillait au ciel. V/. Seigneur, j’ai ouï ce que vous m’avez fait entendre, et j’ai été saisi de frayeur ; j’ai considéré vos œuvres, et je me suis étonné : entre deux animaux * Il était couché dans la crèche, et il brillait au ciel. R/. Une vierge, mère sans le commerce de l’homme, a enfanté sans douleur * Le Sauveur des siècles, le roi des anges ; et seule la Vierge l’allaitait de sa mamelle que le ciel remplissait. V/. La demeure d’un sein pudique devient soudain le temple de Dieu ; la Vierge intacte et sans souillure conçoit, à la parole de l’ange, un fils, * Le Sauveur.

L’Église grecque, au 26 Décembre, jour consacré par elle à la mère de Dieu, prodigue de pompeuses louanges à Marie. Nous empruntons à ses menées les deux seules strophes qui suivent, dont la première est en même temps l’antienne de Benedictus du jour de la Circoncision, au bréviaire romain.

Un mystère admirable se manifeste aujourd’hui : les deux natures s’unissent dans un prodige nouveau ; Dieu se fait homme ; il reste ce qu’il était, il prend ce qu’il n’était pas, sans souffrir ni mélange ni division. La vigne mystique, après avoir produit sans culture la céleste grappe, la soutenait sur ses bras, comme sur ses rameaux : Tu es mon fruit, disait-elle, tu es ma vie ; je sais de toi-même que je suis encore ce que j’étais, ô mon Dieu ! car le sceau de ma virginité n’a point été brisé : c’est pourquoi je te proclame immuable et Verbe fait chair. Je n’ai point connu l’homme, mais je te reconnais pour le libérateur de la commune perdition ; je suis toujours chaste, même après ta naissance. Tel tu trouvas mon sein, tel tu l’as laissé : c’est pourquoi toute créature me chante et s’écrie : « Réjouis-toi, ô pleine de grâce ! »

Considérons, en ce huitième jour de la naissance du divin enfant, le grand mystère de la circoncision qui s’opère dans sa chair. C’est aujourd’hui que la terre voit couler les prémices du sang qui doit la racheter ; aujourd’hui que le céleste agneau, qui doit expier nos péchés, commence à souffrir pour nous. Compatissons à notre Emmanuel, qui s’offre avec tant de douceur à l’instrument qui doit lui imprimer une marque de servitude.

Marie, qui a veillé sur lui dans une si tendre sollicitude, a vu venir cette heure des premières souffrances de son fils, avec un douloureux serrement de son cœur maternel. Elle sent que la justice de Dieu pourrait ne pas exiger ce premier sacrifice, ou encore se contenter du prix infini qu’il renferme pour le salut du monde ; et cependant, il faut que la chair innocente de son fils soit déjà déchirée, et que son sang coule déjà sur ses membres délicats.

Elle voit avec désolation les apprêts de cette dure cérémonie ; elle ne peut ni fuir, ni considérer son fils dans les angoisses de cette première douleur. Il faut qu’elle entende ses soupirs, son gémissement plaintif, qu’elle voie des larmes descendre sur ses tendres joues. « Mais lui pleurant, dit saint Bonaventure, crois-tu que sa mère pût contenir ses larmes ? Elle pleura donc quant et quant elle-même. La voyant ainsi pleurer, son fils, qui se tenait debout sur le giron d’icelle, mettait sa petite main à la bouche et au visage de sa mère, comme la priant par signe de ne pas pleurer ; car celle qu’il aimait si tendrement, il la voulait voir cesser de pleurer. Semblablement de son côté, cette douce mère, de qui les entrailles étaient totalement émues par la douleur et les larmes de son enfant, le consolait par le geste et les paroles. Et de vrai, comme elle était moult prudente, elle entendait bien la volonté d’icelui, jaçoit qu’il ne parlât encore. Et elle disait : Mon fils, si vous me voulez voir cesser de pleurer, cessez vous-même ; car je ne puis, vous pleurant, ne point pleurer aussi. Et lors, par compassion pour sa mère, le petit fils désistait de sangloter. La mère lui essuyait alors les yeux, et aussi les siens à elle, et puis elle appliquait son visage sur le visage de son enfant, l’allaitait et le consolait de toutes les manières qu’elle pouvait [1]. »

Maintenant, que rendrons-nous au Sauveur de nos âmes, pour la circoncision qu’il a daigné souffrir, afin de nous montrer son amour ? Nous devrons suivre le conseil de l’apôtre [2], et circoncire notre cœur de toutes ses mauvaises affections, en retrancher le péché et ses convoitises, vivre enfin de cette nouvelle vie dont Jésus enfant nous apporte du ciel le simple et sublime modèle. Travaillons à le consoler de cette première douleur ; et rendons-nous de plus en plus attentifs aux exemples qu’il nous donne.

À la louange du Dieu circoncis, nous chanterons cette belle séquence empruntée aux anciens missels de l’Église de Paris.

Séquence

Aujourd’hui, est apparue la merveilleuse vertu de la grâce, dans la circoncision d’un Dieu.

Un nom céleste, un nom de salut, le nom de Jésus lui est donné.

C’est le nom qui sauve l’homme, le nom que la bouche du Seigneur a prononcé dès l’éternité.

Dès longtemps, à la mère de Dieu, dès longtemps, à l’époux de la Vierge, un ange l’a révélé.

Nom sacré, tu triomphes de la rage de Satan et de l’iniquité du siècle.

Jésus, notre rançon, Jésus, espoir des affligés, guérissez nos âmes malades.

À tout ce qui manque à l’homme suppléez par votre nom, qui porte avec lui le salut.

Que votre circoncision épure notre cœur, cautérise ses plaies.

Que votre sang répandu lave nos souillures, rafraîchisse notre aridité, qu’il console nos afflictions.

En ce commencement d’année, pour étrennes fortunées, préparez notre récompense, ô Jésus ! Amen.

Adam de Saint-Victor nous offre, pour louer dignement la mère de Dieu, cette gracieuse composition liturgique qui a été longtemps un des plus beaux ornements des anciens missels romains-français.

Séquence

Salut ! ô mère du Sauveur ! vase élu, vase d’honneur, vase de céleste grâce.

Vase prédestiné éternellement, vase insigne, vase richement ciselé par la main de la Sagesse.

Salut ! Mère sacrée du Verbe, fleur sortie des épines, fleur sans épines ; fleur, la gloire du buisson.

Le buisson, c’est nous ; nous déchirés par les épines du péché ; mais vous, vous n’avez pas connu d’épines.

Porte fermée, fontaine des jardins, trésor des parfums, trésor des aromates,

Vous surpassez en suave odeur la branche du cinnamome, la myrrhe, l’encens et le baume.

Salut ! la gloire des vierges, la médiatrice des hommes, la mère du salut.

Myrte de tempérance, rose de patience, nard odoriférant.

Vallée d’humilité, terre respectée par le soc, et abondante en moissons.

La fleur des champs, le beau lis des vallons, le Christ est sorti de vous.

Paradis céleste, cèdre que le fer n’a point touché, répandant sa douce vapeur.

En vous est la plénitude de l’éclat et de la beauté, de la douceur et des parfums.

Trône de Salomon, à qui nul trône n’est semblable, pour l’art et la matière.

En ce trône, l’ivoire par sa blancheur figure le mystère de chasteté, et l’or par son éclat signifie la charité.

Votre palme est à vous seule, et vous demeurez sans égale sur la terre et au palais du ciel.

Gloire du genre humain, en vous sont les privilèges des vertus, au-dessus de tous.

Le soleil brille plus que la lune, et la lune plus que les étoiles ; ainsi Marie éclate entre toutes les créatures.

La lumière sans éclipse, c’est la chasteté de la Vierge ; le feu qui jamais ne s’éteint, c’est sa charité immortelle.

Salut ! mère de miséricorde, et de toute la Trinité l’auguste habitation.

Mais à la majesté du Verbe incarné vous avez offert un sanctuaire spécial.

Ô Marie ! étoile de la mer, dans votre dignité suprême, vous dominez sur tous les ordres de la céleste hiérarchie.

Sur votre trône élevé du ciel, recommandez-nous à votre fils ; obtenez que les terreurs ou les tromperies de nos ennemis ne triomphent pas de notre faiblesse.

Dans la lutte que nous soutenons, défendez-nous par votre appui ; que la violence de notre ennemi plein d’audace et de fourberie cède à votre force souveraine ; sa ruse, à votre prévoyance.

Jésus ! Verbe du Père souverain, gardez les serviteurs de votre mère ; déliez les pécheurs, sauvez-les par votre grâce, et imprimez sur nous les traits de votre clarté glorieuse. Amen.

 

[1] – Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par saint Bonaventure. Tome 1er.

[2] – Coloss. 2, 2.

la prière du chapelet est, après la sacrée liturgie de l’Eucharistie, celle qui nous unit le plus à Dieu

Lettre de Sœur Lucie  [1]

J. M. J.

Coïmbra, 16 septembre 1970

Chère Mère Martins

Pax Christi.

Quant à ce que vous me dites au sujet de la récitation du chapelet, c’est une grande peine ! La prière du Rosaire ou chapelet est, après la sacrée liturgie de l’Eucharistie, celle qui nous unit le plus à Dieu par la richesse des prières qui la composent, toutes venant du Ciel, dictées par le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. Le Gloria que nous récitons à tous les mystères fut dicté par le Père aux Anges lorsqu’Il les envoya chanter auprès de son Verbe qui venait de naître, et c’est une hymne à la Sainte Trinité. Le Notre Père nous fut dicté par le Fils et c’est une prière dirigée vers le Père. L’Ave Maria tout entier est imprégné de sens trinitaire et eucharistique : les premières paroles furent dictées par le Père à l’Ange lorsqu’il l’envoya annoncer le mystère de l’Incarnation du Verbe : « Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. » Vous êtes pleine de grâce parce que, en vous, réside la fontaine de cette même grâce. C’est par votre union à la Très Sainte Trinité que vous êtes pleine de grâce.

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