Sermon sur Job 19. Dieu nous frappe par son amour

📖 Présentation

Êtes-vous certains que Dieu ne nous ramène à lui que par les épreuves ? Beaucoup de gens le pensent, hélas ! Non, Dieu nous frappe surtout le cœur par son amour. Cet amour est évidemment plus fort que toutes les tentations, toutes les tentatives du démon que nous surmontons avec facilité, avec joie… avec amour.

Ce sermon est le n° 19 de la série : Sermons sur le livre de Job — saint Grégoire le Grand

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Transcription du sermon

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

Mes bien chers Frères, 

Dieu a deux manières de nous blesser pour nous ramener à son amour. Et il ne faudrait pas retenir seulement la première, celle qui nous déplaît. Il faut être attentif à la deuxième manière, d’autant plus que, lorsque Dieu nous frappe par des peines extérieures ou dans le corps, il accompagne toujours la première manière par la deuxième. 

Je m’explique.

La première manière : Dieu frappe la chair et fait fondre la dureté de l’esprit 

Combien de fois nous avons constaté chez les autres que les épreuves sont en réalité une grande grâce, qu’ils se sont convertis suite à une maladie, ou bien suite à un divorce, ou suite à un deuil. Tant que nous sommes sous les coups de Dieu de cette manière, il est évident que ces coups nous déplaisent, mais dès qu’ils ont produit leurs fruits, alors nous sommes heureux de les avoir reçus.

Mais mon sermon ne porte pas sur cette première manière de frapper de la part de Dieu, il porte sur la deuxième manière : Dieu frappe au-dedans en nous communiquant le désir de l’aimer. 

La deuxième manière : la blessure d’amour

La première manière, on la redoute quand on n’est pas dans l’amour de Dieu, et on en remercie Dieu lorsqu’elle a porté du fruit. La deuxième manière, la blessure d’amour, quand on n’est pas dans l’amour de Dieu, on ne la redoute pas, on l’ignore. C’est pourquoi, lorsqu’on n’est pas dans un grand amour de Dieu, on ne voit toujours que la première manière et on la craint, parce qu’on ignore la deuxième qui, elle, plaît dès le début. Elle a beau être une blessure, elle est une blessure d’amour.

Voici ce que dit saint Grégoire le Grand : « Nos cœurs sont malsains quand ils ne sont pas blessés d’amour de Dieu ; ils sont malsains lorsqu’ils ne sentent pas la misère de leur péché ; ils sont malsains lorsqu’ils ne s’attendrissent pas devant la faiblesse du prochain. Ils sont malsains lorsqu’ils ne s’apitoient que sur eux-mêmes, lorsque nous ne voyons et ne nous considérons que nos propres difficultés, lorsque nous nous en plaignons, lorsque nous les craignons, lorsque nous craignons les difficultés présentes et lorsque nous craignons aussi celles qui pourraient venir. Tout cela est la preuve d’un cœur profondément malsain. Ces cœurs insensibles, Dieu, en les frappant, les rend sensibles. L’âme, alors, veut voir celui qu’elle fuyait, elle le cherche. 

Le monde se change en tentation…

Mais, alors, la conséquence, c’est que tout ce qu’elle aimait dans le monde auparavant se change en tentation. Dieu ne nous blesse-t-il d’amour que pour nous remettre dans les filets de la tentation ? Non, car cette fois-ci ce n’est plus Dieu qui blesse comme dans la première manière, ce sont nos anciens amis qui deviennent nos ennemis, et ce sont eux qui cherchent à nous blesser.

Or, précisément, et c’est cela qu’il faut vraiment remarquer, lorsque Dieu nous a blessés d’amour, non seulement il ne nous laisse pas dans les filets de la tentation, mais il nous élève au-dessus d’elle pour que nous ne la sentions plus, que nous ne la remarquions plus, qu’elle soit comme un combat qui se passe en dessous de nous et que nous regardons de haut.

Les quatre tentations et leur remède

La soif de la contemplation
Remède : la parole de dieu

La première conséquence de la blessure d’amour, c’est que nous avons soif de la contemplation. Or, vous vous rappelez, mes bien chers frères, que la contemplation, pour saint Grégoire le Grand, n’est pas seulement mystique : elle est un désir de connaître Dieu, elle est un désir d’entrer dans sa sagesse, de s’y adapter, elle est la source de l’imitation de Notre Seigneur Jésus-Christ, à travers l’imitation de la très sainte Vierge Marie. Elle se manifeste par la soif de la vérité.

Il est très fréquent que nous rencontrions, nous prêtres, des âmes qui se sont converties par la soif de la vérité — ou par la faim de la vérité, c’est la même chose. Or, vous savez que l’homme se nourrit de la parole de Dieu, et donc quiconque a été blessé d’amour va chercher la vérité dans la parole de Dieu, et il y trouve une nourriture abondante, une nourriture de l’esprit qui lui fait découvrir, voir, admirer Dieu et son œuvre dans le monde, ce dont nous avons parlé dans un dernier sermon.

Pour nous faciliter la contemplation de l’esprit, Dieu y a ajouté la contemplation de Jésus-Christ, le Verbe fait chair. En contemplant les mystères de l’enfance de Jésus-Christ, nous entrons dans la vérité de la vie chrétienne. En contemplant les mystères douloureux, nous sommes blessés d’amour et nous cherchons à rendre amour pour amour. En contemplant les mystères glorieux, nous entrons déjà dans le ciel, nous voyons ce que voient les habitants du ciel, et si nous voyons ce que voient les habitants du ciel, alors, même sur la terre, nous sommes déjà dans le ciel. C’est ce que nous apporte le Rosaire.

L’attaque de la chair
remède : la continence donnée par Dieu

Lorsque quelqu’un a ainsi vaincu la faim ou la soif, le démon va alors lancer à sa poursuite les êtres charnels qui autrefois l’attiraient. 

Lorsque saint Augustin se convertit, il revit en esprit ses anciennes connaissances, et il les entendait comme si elles lui disaient : « Augustin, Augustin, que feras-tu sans nous ? » Augustin se demandait s’il était bien raisonnable de recevoir le baptême, et s’il arriverait à surmonter les tentations, lorsqu’il vit passer des chrétiens, et il se dit : « Quod hi, cur non et ego ? » « Ce qu’eux arrivent à faire, pourquoi n’y arriverais-je pas ? » Et à partir de ce moment, Dieu lui communiqua le don de la continence. Oui, Dieu le communique, soyez-en bien certains à quiconque a été blessé d’amour et se trouve poursuivi par le démon ou par ses anciens amis qui veulent le tenter dans la chair.

Bien sûr, la continence suppose des efforts, mais elle est d’abord un don de Dieu qui rend possibles ces efforts qui, sans la grâce, demeurent impossibles, ou bien alors de façon très orgueilleuse.

Le fouet de la langue
remède : la patience donnée par Dieu

Ceux que le démon n’a pas réussi à entraîner par la concupiscence de la chair, il cherche à les entraîner, nous dit l’Écriture Sainte, par le fouet de la langue : le démon sait trouver les railleries qui blessent, les railleries qui font croire que, parce qu’on a perdu les anciens amis, on se trouve seul, esseulé.

Mon père faisait remarquer devant moi à Mgr Lefebvre : « Monseigneur, vous ne vous rendez pas compte du nombre d’amis qu’il nous a fallu perdre pour demeurer fidèles. » Et Monseigneur lui répondit immédiatement : « Ô Monsieur, vous ne vous rendez pas compte du nombre d’amis que vous avez ainsi trouvés par votre fidélité, et de leur qualité. »

S’il ne s’agissait que de perdre des amis… Mais la blessure de la langue de nos ennemis nous atteint dans notre honneur, et cela, évidemment, est difficile à supporter. En réalité, cela ne nous atteint que dans l’honneur du monde, cela ne blesse pas notre honneur aux yeux de Dieu, ni aux yeux des anges, ni aux yeux des saints. Cela ne blesse même pas notre honneur aux yeux des hommes vertueux.

Quel don Dieu donne-t-il pour ainsi dominer les blessures de la langue ? Il donne le don de patience. Grâce à ce don de patience, nous finissons par ne pas remarquer les flèches de la langue qui nous sont lancées. Ou plus exactement, en nous donnant le don de patience, Dieu nous donne de voir les choses de haut et de ne pas nous laisser impressionner. Et, encore une fois, ce qui aurait été impossible sans la grâce non seulement devient possible, mais nous procure une grande joie.

Les calamités extérieures
remède : l’amour de Dieu

Enfin, quand l’ennemi voit qu’il n’a pas réussi avec ces premières attaques, il joue le tout pour le tout, et ce sont les calamités extérieures : les guerres, la pauvreté, éventuellement la maladie, car le démon est capable de rendre malade, et ses complices humains également — il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé avec le Covid.

Le remède donné par Dieu, alors, c’est l’amour intérieur. 

Mes bien chers frères, quiconque s’afflige de ces calamités extérieures, je vous l’ai dit, est encore une âme insensible. Oui, sensible à elle-même, mais insensible à Dieu, aux autres, et même à son propre malheur, le vrai malheur, celui de l’âme. Et Dieu guérit cela en donnant l’amour de lui.

Faisons attention, mes bien chers frères, à ne pas donner d’importance à ce qui vient des hommes, surtout lorsque c’est mauvais. Lorsque c’est bon, cela ne vient pas vraiment des hommes, cela vient de Dieu à travers les hommes, mais lorsque c’est mauvais, cela vient des hommes. Alors, faisons attention à ne pas y donner trop d’importance, et au contraire, à donner de l’importance à l’amour de Dieu, cet amour que Dieu nourrit en nous.

La prière, condition du don

Pour cela, il n’y a pratiquement qu’une condition : il faut demander à Dieu dans la prière. Ce n’est pas que Dieu ne veuille pas donner, et que la prière soit destinée à changer la volonté de Dieu, non. C’est que Dieu veut donner. Mais, pour que nous soyons attentifs à ces dons, il nous demande de le prier et de les lui demander dans la prière. C’est ainsi qu’il nous donne la continence, la patience, une délicatesse d’esprit, une délicatesse de cœur, sa blessure d’amour.

« Celui qui prie se sauve, c’est certain », enseigne saint Alphonse de Liguori, qui continue : « et celui qui ne prie pas se damne, c’est certain. »

Le chapelet, source d’amour

Or Dieu nous a facilité les choses dans la prière, notamment par le chapelet, qui est une prière à la fois vocale et de contemplation. Il suffit de prendre son chapelet, mes bien chers frères, pour être déjà blessé par Dieu de la deuxième manière, celle qui nous a occupés aujourd’hui, la blessure d’amour.

Il suffit de prendre son chapelet pour découvrir l’amour de Dieu pour les hommes. Et on découvre très vite l’amour de Dieu pour nous-mêmes, un amour personnel, d’un ami à un ami. Cette première flèche d’amour augmente en nous la blessure et, si nous continuons à demander, si nous continuons à contempler, si nous continuons à nous nourrir de la parole de Dieu, cet amour de Dieu devient plus fort que la mort, plus fort que le péché, plus fort, évidemment, que toute tentation.

Saint Grégoire le Grand conclut ainsi : « Plus l’ennemi rusé insiste pour nous ramener à lui, et plus les soldats de Dieu deviennent riches en vertu. » 

Que la très sainte Vierge nous l’accorde à tous.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

Test de connaissances

Réfléchissez à chaque question, puis affichez la réponse.

1. Pourquoi la première manière dont Dieu nous blesse est-elle redoutée, alors que la seconde est ignorée ?

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Réponse : La première manière, celle qui frappe la chair, est redoutée parce qu’elle nous déplaît sur le moment, tant que nous ne sommes pas dans l’amour de Dieu. Nous ne lui rendons grâce qu’après coup, quand elle a porté du fruit.
La seconde manière, la blessure d’amour, est ignorée : celui qui n’est pas dans un grand amour de Dieu ne la connaît pas, et ne voit donc que la première. Pourtant, elle plaît dès le début, car si elle est une blessure, c’est une blessure d’amour.

2. Quelles sont les quatre attaques du démon après la blessure d’amour, et quel remède Dieu donne-t-il à chacune ?

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Réponse : La soif de la contemplation a pour remède la parole de Dieu. L’attaque de la chair a pour remède la continence, donnée par Dieu. Le fouet de la langue a pour remède la patience, donnée par Dieu. Les calamités extérieures (guerres, pauvreté, maladie) ont pour remède l’amour de Dieu.

3. Pourquoi le chapelet est-il doublement utile ?

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1. parce qu’il nous nourrit de la parole de Dieu et est un remède simple à la soif de Dieu
2. parce qu’il est un prière et que la prière est nécessaire pour obtenir la blessure d’amour