Sermon ~ L’Eucharistie, ses effets

Mes bien chers Frères,

L’Eucharistie contient Jésus-Christ vivant, immolé pour nous, elle étend son influence à travers les époques et les lieux, elle nous met personnellement au pied de la Croix. Sa richesse et ses effets sont ceux de toute l’Incarnation, de toute la Rédemption, de tout l’amour du Christ.

Aimez bien le Bon Dieu qui vous a tant aimés !

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Résumé du sermon
Saint Thomas d’Aquin
Concile de Trente

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Conduite pour passer saintement le temps de l’Avent
L’Immaculée conception de la Sainte Vierge

Conduite pour passer saintement le temps de l’Avent
L’Immaculée conception de la Sainte Vierge

Jour de pureté

Pratique

Hâtez-vous aujourd’hui pour être des premiers à rendre vos hommages à Marie nouvellement conçue, après cependant les avoir rendus à son adorable fils. Dites à votre réveil ce que l’Ange disait à Jacob : Quittez-moi, car voilà l’aurore qui paraît. Jésus-Christ est le soleil, mais Marie est l’aurore ; saluez-la à toutes les heures du jour, et autant de fois demandez-lui, par son immaculée conception, qu’elle vous obtienne de son adorable fils la pureté d’esprit, de cœur et de corps.

Méditation
Sur la pureté de Marie dans sa conception

Premier point

De qui est né Jésus, qui s’appelle le Christ. (S. Matth., 1)

Ne vous paraît-il pas surprenant que l’Église, si sage dans le choix des évangiles pour les grandes fêtes, ait choisi celui où est marquée la maternité divine pour un enfant qui ne naîtra que dans neuf mois ? Pensez-y, vous y trouverez une profonde sagesse. Elle nous donne en effet, dès le jour de sa Conception, une grande idée de sa pureté, en parlant de sa glorieuse destination : elle est conçue aujourd’hui, et l’Église dit que c’est d’elle qu’est né Jésus qui s’appelle le Christ.

En effet, quelle pureté plus qu’angélique ne faut-il point supposer dans la formation d’une chair d’où sera prise un jour celle de Jésus, qui signifie Sauveur ! La chair de Marie doit être celle de Jésus, dit saint Bernard, et le sang qui en sera pris sera celui de Jésus, cette chair sera un jour déchirée, et ce sang sera répandu sur la croix, et sera l’instrument et le prix de la rédemption de tous les hommes : quel degré de pureté ne doivent point avoir dès aujourd’hui cette chair et ce sang !

Ce Jésus s’appelle le Christ, c’est-à-dire la plus pure et la plus glorieuse de toutes les onctions, puisque c’est l’onction de la Divinité : cette chair, formée aujourd’hui, sera, après l’opération ineffable du Saint Esprit, la chair d’un Dieu, la Divinité y habitera corporellement ; quelle pureté ne doit-elle point avoir !

Marie est cette colombe toute pure, figurée par celle que Noé fit sortir de l’arche, qui, ne trouvant d’abord qu’impureté dans les eaux souillées de restes de cadavres, revint dans l’arche d’un vol précipité, mais laquelle envoyée une autre fois, revint avec une branche d’olivier que le déluge avait respectée ; elle apporte avec elle cette pureté originelle que nos premiers parents avaient perdue. Respectons-la, cette pureté dans Marie, nous ne pouvons mieux l’honorer qu’en conservant notre pureté, ou en la réparant, si nous avons eu le malheur de la perdre.

Second point

De qui est né Jésus, qui s’appelle le Christ. (S. Matth., 1)

Il semble que cet oracle de l’Évangile me donne le droit et m’invite même à entrer avec respect dans le décret éternel de la prédestination de la divine Marie, puisqu’il nous le développe assez clairement, en nous disant par avance que c’est d’elle que Jésus est né. Marie n’est donc prédestinée que pour Jésus, puisqu’elle doit en être la mère, sans qu’aucun homme en soit le père, c’est-à-dire qu’elle doit concourir de son sang et de sa chair en unité de principe à la formation de l’Homme-Dieu, et Jésus-Christ n’est prédestiné que pour racheter tous les hommes au prix de son sang, qui est celui qu’il a tiré de Marie. Le décret de la prédestination de la mère est renfermé dans celui de son fils, qui est Jésus et le Christ ; leurs adorables destinées sont unies inséparablement ensemble. Jésus-Christ devait être la pureté même ; celle qui en devait être la mère devait être la plus pure de toutes les créatures qui soient jamais sorties de la main de Dieu, soit parmi les hommes, soit parmi les Anges ; parce qu’elle devait être la mère de son Créateur, de son Dieu et de son Sauveur, et faire en soi-même une alliance miraculeuse de la virginité avec la maternité.

La nature n’ose dans la formation de Marie précéder la grâce ; elle attend avec respect, dit saint Anselme, qu’elle ait produit son fruit, afin qu’elle soit regardée comme un fruit de la grâce, et qu’on puisse justifier en elle le glorieux titre de pleine de grâce. Il vous paraît qu’il serait honteux à la Mère de Dieu d’avoir été un seul moment souillée du péché, et que la honte en aurait pu rejaillir sur son adorable fils, parce qu’il est la pureté même. Concevez de là une grande horreur de la moindre souillure, nettoyez les plus petites taches de votre cœur, et mettez tout en usage pour acquérir la vraie pureté, si vous voulez être agréable au fils et à la mère.

Sentiments

Divine Marie, vierge et mère tout ensemble, et miroir sans tache de la pureté de Dieu, Vierge plus pure que toutes les intelligences célestes, Mère féconde, mais sans tache et sans souillure, puisque vous êtes toujours demeurée vierge, obtenez-moi de votre adorable fils, qui est l’époux des vierges, un véritable amour pour la pureté d’esprit, de cœur et de corps, et une véritable horreur pour la moindre souillure qui en pourrait ternir l’éclat. Demandez pour moi à Jésus que la corruption n’entre jamais dans mon imagination, en la délivrant de tous les fantômes qui pourraient la salir ; ni dans ma mémoire, en effaçant le souvenir dangereux de tout ce qui pourrait blesser cette vertu plus angélique qu’humaine ; ni dans mon esprit, en éloignant toutes les pensées contraires ; ni dans mon cœur, qui devrait être un sanctuaire consacré à la pureté de Dieu, pour être digne de l’y attirer et d’y prendre ses délices ; ni dans mes yeux, en réglant tous mes regards par la modestie ; ni sur ma langue, en lui donnant de l’horreur pour les paroles équivoques ; ni dans mes oreilles, en les fermant à tous les discours qui pourraient blesser cette pureté ; ni dans ma chair, en l’assujettissant toujours à l’esprit, pour me rendre digne de la protection que vous accordez toujours aux âmes pures, et pour me préparer dignement à la naissance de votre adorable fils, qui ne se plaît et qui ne prend ses délices que parmi les lys des âmes pures qui sont ses épouses.

Sentences de l’Écriture sainte et des saints Pères

Le Seigneur a sanctifié son tabernacle. Dieu est au milieu d’elle, elle ne sera jamais ébranlée. (Ps. 45)

La sagesse n’entrera pas dans une âme souillée, et elle ne demeurera point dans un corps sujet aux péchés. (Sag., 1)

La pureté dans une âme raisonnable est infiniment agréable à Dieu ; c’est dans elle qu’il se repose et qu’il prend ses délices comme dans son image. ( S. Antoine)

Il faut une demeure très pure à Dieu, qui est infiniment pur.

Point de l’Incarnation
Une vierge mère

Une vierge devenir mère, c’est un miracle unique et inouï ; une mère concevoir et enfanter sans perdre sa virginité, c’est le prodige le plus éclatant qui soit jamais sorti des mains de Dieu, et il est bien difficile que celui dont elle est mère soit un autre que Dieu même.

La virginité de Marie surpasse infiniment celle de toutes les vierges de la terre ; c’est une virginité féconde, et par conséquent miraculeuse ; c’est par cette précieuse qualité qu’elle attire les yeux et le cœur du Verbe incarné : virginitate placuit. Marie est vierge, mais elle est mère, et Celui dont elle est mère est un Dieu : quelle gloire et quelle grandeur !

La virginité a ses avantages aussi bien que la maternité ; il se trouve cependant quelques privations dans l’une et dans l’autre partout ailleurs que dans la divine Marie ; l’intégrité a toujours fait l’honneur de la virginité, mais elle est stérile, et cette stérilité dans l’Ancien Testament faisait sa disgrâce ; la fécondité fait l’honneur de la maternité, mais elle est souillée, et voilà la confusion. La Vierge sainte a toute l’intégrité de la virginité, sans en avoir la stérilité ; sa maternité a tout l’honneur de la fécondité, sans en avoir la souillure, et voilà sa gloire.

Mais quel honneur lui procurait sa maternité divine ? C’est par cette auguste qualité qu’elle est élevée, dit saint Thomas, à un terme de perfections infini ; elle est la juste mesure de ses grandeurs. C’est par là quelle approche le plus près de Dieu et de l’union hypostatique ; qu’elle est, dit saint Ildefonse, l’image la plus ressemblante de la paternité divine, et qu’elle nous produit une expression plus juste de l’incompréhensible génération du Verbe ; parce que de la même manière à proportion que le Père éternel engendre son Verbe avec communication de substance, sans que ce divin principe en soit altéré, comme ce Fils adorable est engendré vierge de toute éternité d’un Père vierge, de même il est né dans le temps d’une mère vierge, qui lui a tout donné sans rien perdre de son intégrité. Quelle gloire pour cette Vierge mère !

Oraison jaculatoire

Revenez, Vierge d’Israël, revenez, car le Seigneur a créé sur la terre un prodige nouveau, une femme environnera un homme. (Jérémie, 31)

* On a mis la fête de la Conception en ce jour : on pourra la déplacer quand elle arrivera avant ou après, et la changer avec le jour dont elle prendra la place.

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Conduite pour passer saintement le temps de l’Avent
Première semaine

Conduite pour passer saintement le temps de l’Avent
Première semaine

où l’on trouve pour chaque jour une pratique, une méditation, des sentiments, et des sentences de la Sainte Écriture et des Saints Pères, et un point de l’Incarnation.

Par le R.P. Avrillon, Religieux Minime

Préface pour servir de préparation à l’Avent
Le 1er dimanche de l’Avent Jour de crainte
Le 1er lundi de l’Avent Jour de confiance
Le 1er mardi de l’Avent Jour de vigilance
Le 1er mercredi de l’Avent Jour de fidélité
Le 1er jeudi de l’Avent Jour de ferveur
Le 1er vendredi de l’Avent Jour de lumières

Préface pour servir de préparation à l’Avent

C’est entrer dans l’esprit et suivre les traces du grand Précurseur, de préparer les fidèles à l’heureux Avènement de leur Rédempteur ; c’était en effet la glorieuse destination de Jean-Baptiste, qui semblait n’être venu sur la terre que pour cette importante fonction ; il a commencé même à la remplir avant que de naître ; il tressaille de joie dans le sein qui le porte, il s’efforce de faire sentir à sa mère ce qu’il sent lui-même le premier, c’est-à-dire la présence de son Dieu et de son Sauveur ; ce qui fit dire à son bienheureux père Zacharie, dans un transport de joie et de prophétie tout ensemble : « Et vous, enfant, vous serez appelé le Prophète du Très-Haut, car vous marcherez devant lui pour préparer ses voies. » (S. Luc, 1)

Ce divin Précurseur entra dans la solitude dès ses plus tendres années, pour mieux se préparer lui-même à s’acquitter de ce devoir ; et il n’en sortit, par l’inspiration du Saint-Esprit, que pour préparer les hommes, par la pénitence, à l’avènement du Messie dont il était la voix ; mais voix si éloquente et si retentissante, qu’elle se change en cris et en clameurs, pour se faire mieux entendre du grand peuple dont il était suivi dans le désert aux environs du Jourdain. Ego vox clamantis in deserto : Dirigite viam Domini. (S. Jean, 1)

Servons-nous ici de ses mêmes paroles, il n’en est point qui soient plus dignes d’être mises à la tête de cette Conduite pour passer saintement le temps de l’Avent : c’est le Saint-Esprit qui les a mises dans la bouche de ce saint Précurseur ; demandons-lui qu’il les mette dans nos cœurs, et que, pour changer de canal, elles ne perdent rien de leur force, de leur énergie et de leur onction, pour nous préparer dignement à la naissance d’un Dieu fait homme, qui descend du ciel, par l’amour qu’il a pour nous, pour venir être notre Rédempteur, notre modèle, notre législateur et enfin notre rémunérateur, aux dépens de sa vie et de son sang.

Les voici ces admirables paroles de Jean-Baptiste, paroles qui ont retenti avec tant de force et tant de succès dans le voisinage du Jourdain, et que l’Église répète et fait retentir aujourd’hui dans la bouche de ses Ministres dans tous les sanctuaires : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : préparez la voie du Seigneur, rendez droits et unis ses sentiers, toute vallée sera remplie et toute colline sera abaissée ; les chemins tortueux deviendront droits, et tout homme verra le Sauveur envoyé de Dieu. » (S. Luc, 3)

Heureux si le Seigneur voulait répandre ses bénédictions sur cette Conduite, sur les âmes fidèles qui la suivront, et si, pendant cette carrière de l’Avent, qui va nous acheminer à la naissance tant désirée du Sauveur de tous les hommes, elle pouvait contribuer à abaisser quelques-unes de ces collines orgueilleuses qui se sont élevées contre Dieu, qui ne méritent pas qu’un Dieu, abaissé pour leur amour à l’humble qualité d’enfant, les honore de sa visite, qu’il ne rend ordinairement qu’à ceux qui sont humbles de cœur ! Heureux si elle pouvait contribuer à remplir et à combler quelques-unes de ces vallées bourbeuses où l’on ne trouve que des pensées basses et terrestres, que des sentiments grossiers et que des désirs charnels qui les empêchent de s’élever jusqu’à Dieu, et qui les enfoncent dans la boue, où il n’y a point de substance, selon l’expression du Prophète (Ps. 68). Heureux si elle pouvait redresser et aplanir quelques-uns de ces chemins tortueux et raboteux remplis de ronces et de pierres de scandale, où il n’est pas sûr de marcher sans tomber ; ce qui les empêche d’aller à la Crèche pour s’instruire et pour profiter du mystère de l’Incarnation, et qui empêche aussi ce Sauveur naissant de venir à eux pour éclairer leurs esprits, pour sanctifier leurs âmes, et pour embraser leurs cœurs de ses divines ardeurs.

Suivez cette Conduite qu’on vous présente, recevez-la comme vous avez eu la bonté de recevoir celle que l’on vous a présentée pour le Carême et pour les grandes Fêtes de l’année ; assujettissez-vous à ses pratiques, ce seront autant de démarches qui vous approcheront de la crèche, parce qu’elles sont tirées des vertus mêmes que le Sauveur naissant a pratiquées dans l’étable, pendant son enfance et dans tout le cours de sa vie. Je prie le Seigneur que vous y alliez dans le même esprit de foi que les pasteurs et les mages, que vous en rapportiez, comme eux, des bénédictions, des trésors de grâce et d’amour, et qu’on puisse dire de vous ce que le Roi-Prophète disait d’un peuple fidèle, dont il louait la ferveur : Seigneur, votre oreille a écouté favorablement la préparation de leur cœur : Preparationem cordis eorum audivit auris tua. (Ps.9)

Entrez incessamment dans cette préparation de cœur, et ne laissez perdre aucun moment ; persuadez-vous que vous n’avez pas trop de temps, car cet adorable Sauveur s’approche, disait saint Bernard, il vient à nous, il marche à pas de géant ; le voici, il nous attend, il nous appelle, il nous regarde, il nous parle.

Il est bien juste que nous fassions quelques démarches pour aller à lui ; il est déjà descendu du sein de son Père céleste dans celui d’une Vierge pour s’y renfermer l’espace de neuf mois ; il est à présent en solitude, en silence et en captivité ; il y pense à nous, il s’occupe de nous, il s’intéresse à notre bonheur ; il est juste que nous pensions à lui ; il est déjà revêtu de notre chair pour établir entre lui et nous une alliance intime et un sacré commerce du plus parfait amour dans la plus parfaite ressemblance ; il a pris la nôtre, afin que nous prissions la sienne, et il ne tiendra pas à lui que cette alliance ne soit éternelle.

Il va naître dans une pauvre étable et sur une crèche quand le terme de neuf mois sera expiré ; terme heureux que nous devons désirer avec ardeur, si nous sentons, comme nous devons le sentir, l’extrême besoin que nous avons d’un Sauveur, et qu’il attend lui-même avec une sainte et amoureuse impatience, qui ne peut venir que du désir violent qu’il a de nous délivrer de nos péchés, de nous rendre la vie de la grâce que nous avions perdue, et la vie de la gloire à laquelle nous n’avions plus aucun droit et que nous n’osions presque plus espérer.

Ce Sauveur se hâte de venir à nous, hâtons-nous d’aller à lui ; courons et ne portons rien avec nous qui puisse retarder notre course ; allons à lui, non pas tant par les démarches du corps que par celles du cœur, qui font bien plus de chemin ; suivons, pour aller à lui, toutes les démarches qu’il fait lui-même pour venir à nous, et nous aurons le bonheur de le joindre bientôt ; suivons l’étoile avec la même ardeur et la même fidélité que les Mages ; si elle s’éteint quelquefois, allons à lui par les voies obscures de la foi, disons-nous à nous-mêmes ce qu’ils dirent à Hérode : Vidimus, nous avons vu (S. Matth. 1) ; ne cessons pas de marcher, et cette étoile éteinte brillera bientôt avec un nouvel éclat sur nos têtes et dans nos cœurs pour nous conduire à Bethléem.

Pour vous aider à vous préparer à cette naissance de votre Sauveur, occupez-vous de ces sentiments, de ces désirs et de ces oraisons jaculatoires toutes de feu, que les Patriarches et les Prophètes poussaient souvent vers le ciel du plus profond de leurs cœurs avant le mystère de l’Incarnation, pour en obtenir l’accomplissement ; servez-vous des mêmes expressions, ce sont de grands modèles ; le Saint-Esprit les leur a dictées, ils nous les ont laissées par écrit ; vous aurez soin d’en choisir une tous les jours de cet Avent pour vous en servir, et pour porter vos désirs vers le ciel.

Unissez-vous à ces grands hommes de l’ancien Testament ; demandez, comme eux et avec eux, le désiré de toutes les nations, le libérateur de son peuple, la lumière des gentils, le Juste, le Sauveur de tout le monde, la gloire du peuple d’Israël, le destructeur de la mort, le conquérant pacifique de toute la terre ; en un mot, la voie, la vérité et la vie ; la voie qui conduit sûrement, la vérité qui éclaire tous les hommes et qui ne peut jamais tromper et la vie qui n’est point sujette à la mort.

Efforcez-vous pendant cet Avent de marcher toujours dans le recueillement et dans la présence de Dieu : aimez la retraite et la solitude, persuadé que Jésus ne vient point dans une âme dissipée ; adressez à ce Sauveur qui va naître, et vos désirs et vos vœux, et vos plus respectueux et vos plus tendres hommages ; tantôt dans l’heureux moment de la divine et incompréhensible opération du Saint-Esprit, auquel ce Dieu de majesté fut fait homme pour notre amour, du plus pur sang d’une Vierge ; tantôt dans son voyage chez Zacharie et Elisabeth, où il se laissait porter par Marie à la première de ses conquêtes, pendant qu’il portait lui-même, par son amour et par sa grâce, celle qui avait l’honneur de le porter : Portans a quo portabatur, dit le dévot saint Bernard ; tantôt dans le chemin de Nazareth à Bethléem, où il souffrit tant de disgrâces de la part de son propre peuple ; tantôt dans l’étable où il va prendre naissance, comme le plus pauvre de tous les hommes, sur un peu de foin, au milieu de deux animaux, étable qu’il va arroser de ses larmes, et faire retentir de ses cris enfantins.

Mais, pour rendre vos hommages plus dignes de l’adorable Enfant auquel vous les adresserez, unissez-les, tantôt à ceux de Marie, sa divine Mère, qui a été la première et la plus parfaite adoratrice de cet Homme-Dieu ; tantôt à ceux de saint Joseph, son chaste époux, le plus digne de tous les hommes d’approcher du Verbe incarné, aux soins duquel il va être confié ; tantôt à ceux des Anges qui descendent du ciel pour célébrer cette naissance par leurs sacrés cantiques ; tantôt faites-lui des présents comme les pasteurs et comme les mages ; adorez ce divin Enfant avec autant de foi, de respect et d’amour que ces premiers adorateurs ; prenez part aux présents qu’ils lui offrent, et faites en sorte que parmi ces présents il y trouve votre cœur ; c’est le plus agréable que vous puissiez lui offrir.

Ne passez pas un seul jour d’un temps aussi saint et aussi précieux comme est celui de l’Avent, que vous ne fassiez quelque pratique de mortification intérieure et extérieure pour honorer les souffrances de Jésus-Christ dans l’étable ; rendez-lui souvent des visites tendres et respectueuses ; multipliez le plus que vous pourrez vos bonnes œuvres pour les lui aller offrir dans la crèche ; priez-le tous les jours d’accomplir en vous les adorables desseins qui l’ont engagé à se revêtir de notre chair, de vous combler de toutes les grâces qui sont attachées au mystère ineffable de son Incarnation, de son séjour de neuf mois dans l’auguste sein de sa mère, de sa naissance temporelle, et qu’il vous fasse part de tout ce qu’il a mérité de son Père céleste dans le cours de sa vie mortelle ; priez-le de venir vous visiter et de demeurer chez vous, selon la divine promesse qu’il vous en a faite par son disciple bien-aimé, quand il a dit : Celui qui m’aime, mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui et nous demeurerons en lui (S. Jean.) ; priez-le, enfin, de vous préparer lui-même cette visite précieuse, si sainte et si honorable.

Vous trouverez dans cette Conduite, pour tous les jours de l’Avent, une Pratique, une Méditation, des Sentences tirées de l’Évangile ou de l’Épître, et des Sentences de l’Écriture Sainte et des saints Pères conformes à la Méditation, comme dans la Conduite du Carême. Vous trouverez aussi tous les jours un point sur l’Incarnation ; enfin on finit par une demande et un soupir d’un des Prophètes pour obtenir le Messie, pour s’en servir comme d’une oraison jaculatoire pendant la journée.

Le 16 décembre, qui est le premier des neuf jours qui précèdent la Fête de Noël, on y ajoute, et pour les jours suivants, de courtes paraphrases sur les grandes Antiennes de Vêpres, dites antiennes Ô, car elles commencent toutes par ce mot : Ô Sagesse, Ô Roi des nations, Ô Emmanuel, etc. avec un hommage tous les jours à Jésus naissant. Enfin, pour s’entretenir, pendant la Fête et pendant les jours suivants, de ce grand mystère, on explique l’Évangile du jour par plusieurs paraphrases affectives, qui sont autant de réflexions, d’aspirations et d’actes d’amour vers cet adorable Sauveur dans la crèche ; et l’ouvrage finit par quelques pratiques pour bien finir et pour bien commencer l’année.

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Le 1er dimanche de l’Avent
Jour de crainte

Pratique

Comme la crainte du Seigneur est l’entrée à la vraie sagesse, selon le Roi-Prophète (Ps.110), vous commencerez cette sainte carrière de l’Avent par la pratique de cette vertu, afin qu’elle dirige sûrement vos pas vers la sagesse incarnée. Vous ne perdrez point de vue ce redoutable jugement, dont l’Évangile de ce jour fait aujourd’hui un portrait si effrayant : jugement qui a fait trembler les plus intrépides et les plus grands Saints (Is. 74), où Dieu jugera non seulement les péchés, mais encore les justices.

Cependant faites en sorte que votre crainte ne soit point mercenaire, mais filiale, et comportez-vous et réglez-vous dans vos pensées, dans vos paroles et dans vos actions, comme si vous deviez être jugés, incontinent après, au tribunal de Dieu ; dites-lui souvent dans la journée, avec le Prophète : Seigneur, n’entrez point en jugement avec votre serviteur ; car, hélas ! quel est celui qui pourrait se justifier en votre présence ! (Ps. 142)

Méditation
Sur la crainte des jugements de Dieu, tirée de l’Évangile

Premier point

Alors ils verront le Fils de l’Homme qui viendra dans une nue avec une grande puissance et une grande majesté. (S. Luc. 21)

Quel affreux spectacle se présente aujourd’hui à nos yeux, et par quelle effroyable route l’Église commence-t-elle à nous conduire à Bethléem dès le premier jour de l’Avent, pour y adorer et rendre nos tendres et respectueux hommages, non à un Juge souverain des vivants et des morts, mais à un enfant doux et humble ; non à un Dieu foudroyant dans les nues pour condamner les pécheurs impénitents à des peines éternelles, mais à un Sauveur naissant, qui ne vient que pour briser nos fers, pour nous faire miséricorde, pour nous combler de grâces, pour nous ouvrir le Ciel, et pour nous frayer, par son exemple, par ses souffrances et par l’effusion de son sang, le chemin qui y conduit sûrement. Pensez-y sérieusement ; car si l’un de ces sujets fait naître nos confiances, l’autre est bien capable d’exciter nos craintes et nos frayeurs.

Dans l’étable de Bethléem, l’Évangéliste nous dit que nous trouverons un enfant enveloppé de langes et posé dans une crèche ; ici il nous dit que nous trouverons le Fils de l’Homme dans les nues avec un éclat et une majesté redoutable. Dans l’étable, c’est un enfant sans parole, qui ne s’explique que par ses larmes et par ses cris enfantins ; dans les nues, c’est un Dieu tout-puissant, dont la voix éclatante se fera entendre de toute la terre. Dans l’étable, nous trouverons un Sauveur naissant qui nous tend les bras, un Libérateur qui nous délivre et qui vient nous donner tout son sang pour nous sauver du péché, de la mort et de l’enfer ; dans les nues, c’est un Juge inexorable, qui semble n’avoir que la Justice pour attribut, et qui ne sait plus faire miséricorde, parce qu’il en a trop fait, et que le pécheur qui en a abusé va devenir la malheureuse victime de ses vengeances éternelles. Pensez-y souvent, pour vous précautionner contre les disgrâces dont vous êtes menacés. Craignez-le à présent, ce terrible jugement, dit saint Augustin, c’est le moyen de ne pas le craindre quand il arrivera.

Second point

Ne séparez jamais les deux grands sujets qu’on vous propose aujourd’hui, qui vous représentent un Sauveur naissant dans l’étable, et un Dieu Juge dans les nues, afin d’éviter d’un côté la présomption, et de l’autre le découragement, qui sont deux écueils également dangereux ; l’un nous attire, nous console et nous fait tout espérer ; l’autre nous effraie et nous fait tout craindre ; le premier nous inspire de la confiance, et l’autre nous fait prendre de justes précautions pour éviter les disgrâces dont nous sommes menacés ; le premier nous fait espérer mille douceurs, le second nous fait craindre des peines éternelles et nous engage à éviter tout ce qui peut déplaire à ce rigoureux Juge. Pensez-y donc sérieusement.

Allez en esprit à cet effroyable jugement, allez-y souvent, c’est la démarche salutaire qu’un vrai Chrétien doit faire tous les jours, et dans toutes les occasions où il se trouve d’offenser son Dieu, rien n’étant plus capable de retenir sa main quand elle se porte à quelque action défendue par la Loi de Dieu, et de fortifier l’esprit et le cœur contre les différentes tentations qui se présentent. Pensez-y, dit le Sage, et pensez-y sérieusement, et vous ne transgresserez jamais la loi du Seigneur : Memorare novissima tua, et in æternum non peccabis. (Ecclés. 7)

Réveillez-vous comme d’un profond sommeil à cette terrible trompette qui appelle tous les morts et qui les fait sortir de leurs tombeaux pour paraître à ce jugement. Levez les yeux pour voir ce juste Juge dans tout l’éclat de sa Majesté, la croix à ses côtés, et accompagné de tous ses Anges ; écoutez la voix éclatante qui appelle les justes à des couronnes immortelles, et qui leur dit : Venez, les bénis de mon Père, venez posséder le Royaume qui vous est préparé dès le commencement des siècles ; et cette même voix foudroyante, qui dit aux impies : allez, maudits, dans les flammes éternelles qui sont préparées aux démons.

Dans quelle triste situation sera alors le pécheur ? dit saint Anselme. D’un côté il verra ses péchés dans toute leur énormité ; de l’autre, une multitude effroyable de démons prêts à l’entraîner dans l’abîme ; sur sa tête, un Dieu en fureur prêt à le foudroyer et à le précipiter dans l’enfer, et sous ses pieds, cet enfer ouvert où il va être précipité pour une éternité tout entière.

Où fuirez-vous alors, malheureux pécheurs ? dit saint Bernard ; hélas ! il ne sera plus temps alors de fuir ; mais fuyons à présent et par avance. Et où fuirons-nous ? À la crèche, allons chercher chez un Sauveur enfant un asile contre un Dieu Juge ; allons nous traduire du Tribunal de sa Justice à celui de sa miséricorde ; allons enfin nous instruire de ce qu’il faut faire pour nous soustraire à sa colère. Aimez-le, humiliez-vous, souffrez avec patience comme lui, et vous ne serez point jugés, ou vous serez jugés favorablement.

Sentiments

Transpercez mes chairs, ô Dieu de justice, disait le Roi pénitent (Ps. 118) ; pénétrez mon cœur, pénétrez mon âme et toutes ses puissances du glaive salutaire de votre crainte ; car vos jugements me font trembler, parce que je suis pécheur. Que cette chair pécheresse, qui vous a tant offensé par ses délicatesses, par ses lâchetés et par ses révoltes contre l’esprit, soit percée à présent d’une juste douleur, et qu’elle entre dans la carrière de la pénitence pour expier tous les péchés dont elle est coupable, pour éviter ainsi les douleurs éternelles dont elle est menacée. Que ma mémoire, qui est si souvent remplie de tant de souvenirs dangereux qui vous ont déplu, n’oublie jamais ce redoutable jugement ; qu’elle ne s’occupe que de mes péchés pour les pleurer, et de vos miséricordes pour les reconnaître. Que mon esprit, qui vous a tant offensé par des pensées contraires à vos saintes lois, ne pense plus qu’à vous pour expier ses égarements, et que mon cœur en soit pénétré d’une vive douleur.

Je suis criminel, ô mon souverain Juge ! je l’avoue, et j’ai mérité mille fois la mort ; je ne puis ni décliner votre tribunal, ni vous refuser pour mon juge, ni m’inscrire en faux contre la sentence que vous prononcerez contre moi, ni en appeler à un autre tribunal ; mais ce que je ne pourrais alors, je le puis à présent ; j’appelle de vous à vous-même, du tribunal de votre dernier jugement à celui de votre crèche. Ah ! je respire, il m’est bien plus doux de trouver dans une étable un Dieu de bonté, un Médiateur, un Enfant et un Sauveur, que de vous voir terrible dans les nues au jour de vos vengeances. Ah ! Seigneur, faites-moi la grâce de vous aimer si tendrement comme mon Sauveur, que je n’aie pas lieu de vous appréhender alors comme mon Juge.

Sentences de l’Écriture sainte et des saints Pères

Dieu est un juge également juste, fort et patient. (Ps. 7)

C’est un Dieu qui nous a ordonné de prêcher au peuple et de rendre témoignage que Jésus-Christ est établi de Dieu, le souverain Juge des vivants et des morts. (Act. 10)

Qu’y a-t-il de plus agréable pour nous que de voir venir sur la terre le Sauveur que nous désirons ? Mais cependant craignons, puisque celui qui est à présent notre Avocat sera un jour notre Juge. (S. Augustin)

Jésus-Christ a été humble et patient dans son premier avènement ; mais on ne peut s’imaginer combien il sera grand, puissant et terrible dans le second.

Point de l’Incarnation
Un Juge médiateur

Dieu est le souverain juge des anges et des hommes, c’est un apanage inséparablement attaché à la grandeur suprême de son être et à sa qualité de Créateur. Il a jugé les anges rebelles, il les a précipités dans l’enfer qu’il a créé dans sa fureur pour ces intelligences révoltées ; et ces esprits, si parfaits d’ailleurs, n’ont eu ni médiateur ni rédempteur. Nous sommes donc bien plus favorisés de Dieu que la nature angélique, puisque nous avons l’un et l’autre dans un Dieu fait homme pour notre amour. C’est une faveur que nous devons reconnaître tous les jours et à tous les moments de notre vie.

Comme Jésus-Christ est Dieu, il ne perd pas, pour être homme, sa qualité de juge souverain des vivants et des morts ; il l’a encore à titre de rédempteur et de Fils de l’homme, dit le disciple bien-aimé. (Chap. 5) Mais il semble qu’il renonce à cette qualité dans la crèche, et dans toute sa vie mortelle, pour se faire notre médiateur auprès de Dieu son Père ; ou plutôt, il a uni, par un miracle de son amour, ces deux qualités de juge et de médiateur, partout ailleurs incompatibles.

C’est ainsi que le grand Apôtre en parle à son disciple Timothée. (Ép. à Tim., 2) Dieu veut que tous les hommes soient sauvés ; comme il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes, et ce médiateur est Jésus-Christ, qui s’est livré pour la rédemption de tous. Mais il est important de faire attention que, pour établir notre confiance en ses miséricordes, il n’exerce que cette seule fonction de médiateur dans la crèche, et il ne prendra celle de juge qu’à la fin des siècles.

Allons en esprit dans l’étable de Bethléem, nous y trouverons ce Dieu médiateur qui, tout enfant qu’il est, peut nous secourir, parce qu’il est tout-puissant ; et qui veut nous secourir, parce qu’il nous aime. Il est Dieu avec son Père, auprès duquel il traite de notre réconciliation ; il est homme avec l’homme, pour lequel il prie ; il tient donc à l’un et à l’autre, parce qu’il est l’un et l’autre. Et c’est ce qu’il fallait pour être un parfait médiateur ; et par conséquent notre confiance en son pouvoir et en son amour doit être parfaite et sans bornes, pourvu que nous la soutenions par nos bonnes œuvres.

Son enfance, sa faiblesse, ses cris enfantins, ses larmes, sa pauvreté, ses douleurs, et plus que tout cela, son cœur plein de bonté, parlent pour nous, et se font entendre efficacement de Dieu son Père ; demandons lui à lui-même qu’il prie pour nous comme notre médiateur, et qu’il nous épargne comme notre juge.

Oraison jaculatoire

Rorate, cæli, desuper, et nubes pluant Justum.
Cieux, envoyez d’en haut votre rosée, et que les nues fassent pleuvoir le Juste, (Isaïe, 45)

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Le 1er lundi de l’Avent
Jour de confiance

Pratique

Ayez soin de faire, à votre réveil, un acte de confiance, et adressez-le à Jésus naissant et reposant dans la crèche ; efforcez-vous de le faire sentir, ou pour mieux dire, de le faire sortir de votre cœur ; répétez-le plusieurs fois dans la journée, sans perdre de vue ni la défiance que vous devez avoir de votre faiblesse, ni la crainte filiale d’un Dieu infiniment juste, ni le soin de soutenir votre confiance par les bonnes œuvres, sans lesquelles la confiance n’est que présomption ; et dites souvent à Jésus-Christ, avec l’apôtre saint Paul, ces tendres et consolantes paroles : Je me confie en vous, mon Seigneur Jésus : Confido in Domino Jesu. (Ép. aux Rom., 44)

Méditation
Sur la confiance en Dieu

Premier point

Pour vous, dit Jésus à ses apôtres, lorsque ces choses commenceront d’arriver, regardez en haut et levez la tête, parce que votre rédemption approche. (S. Luc, 21)

Quelle admirable sagesse, et quelle excessive bonté dans le Sauveur des hommes ! Mais quelle charitable attention à ménager leur faiblesse et les différents mouvements de leurs cœurs ! Il était de sa sagesse et de sa justice de les intimider par la crainte du jugement dernier ; mais il était aussi de son bon cœur de les relever par la confiance en ses miséricordes et en sa rédemption, qu’il venait opérer sur la terre par son incarnation, et il a la bonté de le faire dans le même discours.

Il fallait effrayer ses apôtres, qui étaient encore grossiers, par la peinture terrible du jugement dernier, pour les prémunir contre la présomption, et les engager à se mettre en sûreté contre cet effroyable appareil, par la pénitence et par les bonnes œuvres ; mais, de peur qu’ils ne tombassent dans le découragement, il fallait, sans effacer l’impression qu’un discours si effrayant pouvait faire sur leurs esprits, relever leur courage abattu, et leur faire comprendre que ce portrait si épouvantable du jugement dernier n’était pour eux qu’une précaution, mais pour les impies une réalité, et l’approche de la rédemption pour les justes ; et qu’enfin ils pouvaient éviter l’un et se procurer l’autre.

Quel parti allez-vous prendre entre ces deux états si différents ? Si vous entendez bien vos vrais intérêts, le voici. Voyez en tremblant ce juste juge, et entendez-le avec frayeur prononcer cet arrêt foudroyant contre les pécheurs impénitents ; mais soyez toujours fidèle à la grâce, ayez confiance de voir alors votre rédemption qui s’approche, et ménagez tellement vos sentiments, que votre confiance l’emporte sur la crainte.

Je sais que la crainte est de précepte, et qu’elle retient souvent une main tremblante qui sans elle se porterait à l’iniquité. Craignez donc, à la bonne heure ; mais craignez Dieu comme on craint un père à qui l’on appréhende de déplaire parce qu’on l’aime. Je sais aussi que la confiance est de précepte, parce qu’elle est formée par l’amour ; faites-en souvent des actes. D’ailleurs elle est beaucoup plus consolante et beaucoup plus douce à pratiquer que la crainte, car quoi de plus doux que de se jeter entre les bras d’un Dieu sauveur qu’on aime, dont on est aimé, et de se confier à ses bontés ? Confiez-vous donc, et vous ne serez point confondu. Ne perdez pas votre confiance, dit saint Paul (Ep. aux Héb., 10), à laquelle Dieu a attaché une grande récompense.

Second point

Lorsque vous verrez arriver ces choses, sachez, dit le Sauveur, que le royaume de Dieu est proche.

(S. Luc, 1)

Regardez ces admirables paroles comme une confirmation des précédentes ; elles semblent même les expliquer et les étendre ; et pour exciter notre confiance en Dieu et en ses bontés, et la flatter même de ce qu’elle peut désirer de plus agréable et de plus délicieux, elles nous font entendre que cette rédemption, qu’il nous promet et qu’il nous fait espérer, n’est autre chose que le royaume de Dieu, qui est éternel, auquel nous participerons infailliblement, si nous lui sommes fidèles. Quel motif de confiance !

Mais cependant, pour ne prendre point ici le change dans une matière de cette importance, où il n’y va pas moins que d’une éternité de bonheur ou de malheur, vous devez faire attention à deux principes et à deux fondements sûrs et inébranlables qui la produisent, sur lesquels elle se soutient, avec lesquels il est impossible de tomber dans l’illusion et d’excéder, et sans lesquels elle tombe et elle périt.

Le premier principe de cette confiance est Dieu seul, c’est-à-dire sa puissance, sa bonté, sa fidélité, ses grâces, sa rédemption, ses mérites, ses souffrances, son sang et sa mort. La bonté de Dieu, qui est sa propre nature, et qui a beaucoup plus de plaisir à faire miséricorde au pécheur qui l’implore avec un cœur contrit et humilié, que le pécheur n’en a à la recevoir. Sa puissance, qui peut tout, à qui rien ne résiste, qui sait tirer sa gloire du péché même, selon l’apôtre saint Paul, et qui ne la fait jamais triompher avec plus d’éclat qu’en pardonnant aux pécheurs, et en faisant des vases de grâces et d’élection, des vases qui ne méritaient que des supplices éternels. Ses divines promesses, qui sont si sûres qu’il dit dans notre évangile : Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. Son sang, qui est le prix dont il nous a acheté le ciel ; et ses grâces, qu’il ne refuse à personne.

L’autre principe de notre confiance, ce sont nos bonnes œuvres ; croire en effet éviter ce terrible jugement de Dieu, sans cesser de l’offenser, sans faire pénitence et sans pratiquer la vertu, ce n’est point confiance, mais présomption ; ce n’est point à ces présomptueux que Jésus-Christ a dit : Levez vos têtes, votre rédemption approche ; mais il leur dira bien plutôt : Vous m’avez fait servir, par votre fantôme de confiance, à vos péchés ; allez, maudits, dans les flammes éternelles.

Sentiments

Dieu tout-puissant et tout miséricordieux, Dieu de justice et Dieu de bonté, je ne puis vous voir qu’en tremblant avec tout l’éclat de votre majesté terrible, prêt à juger les vivants et les morts ; et ce qui cause ma crainte, c’est que je suis pécheur, et que je sais que ce jour si formidable sera le jour de votre justice et de vos vengeances, que nul des mortels ne pourra jamais éviter s’il a encouru votre haine par ses péchés.

Mais je sais que vous êtes aussi le Dieu des miséricordes, et que, pour être mon juge, vous ne cessez pas d’être mon Sauveur ; et c’est ce qui me rassure, et ce qui m’empêche de perdre ma confiance, parce que vous me l’ordonnez, parce que vous m’aimez, parce que je suis l’ouvrage de vos mains et le prix de votre sang.

Quand votre colère serait près d’éclater sur ma tête, je saurais bien m’en soustraire avec votre secours ; j’appellerais de vous à vous-même, et du tribunal de votre justice à celui de votre miséricorde ; je serais toujours épargné, selon la parole que vous m’avez donnée par votre Prophète (Ps. 2), pourvu que je ne perde pas ma confiance ; parce que je ne puis pas me confier véritablement en vous que je ne vous aime, ni ne peux vous aimer sans être saisi de douleur de vous avoir offensé, ni sentir cette douleur sans être dans la disposition de vous venger sur moi-même par la pénitence.

Je me confie en vous, ô mon Dieu et mon Sauveur, et, sûr de votre divine protection, je ne craindrai pas mes ennemis, quelque nombreux et quelque redoutables qu’ils puissent être, quand ils auraient tendu leur arc pour me percer de leurs flèches, selon l’expression du même Prophète. Oui, ô mon Jésus, puisque votre amour pour moi est égal à votre puissance, je me confierai en vous, et je ne serai point confondu. (Ps. 10)

Sentences de l’Écriture sainte et des saints Pères.

Ceux qui se confient au Seigneur auront l’intelligence de la vérité, et les fidèles dans la dilection se fieront en lui. (Sag., 3)

Je me confie en mon Seigneur Jésus. (Ép. aux Rom, 14)

On ne doit se confier qu’en ce qui est éternel, et on ne peut ôter cette confiance à celui qui aime. (S. Augustin)

Hélas ! Seigneur, mes péchés ne peuvent m’inspirer que la crainte, mais vos bontés m’inspirent la confiance. (S. Augustin)

Point de l’Incarnation
Un Dieu vengeur et ami

À moi seul appartient la vengeance, et c’est à moi à punir, dit le Seigneur par ses Prophètes et par l’apôtre saint Paul ; elle lui appartient, dit saint Augustin, parce qu’étant la justice même aussi bien que la souveraine sagesse, qu’étant exempt de toute passion, et incapable par conséquent d’aucune injuste prédilection et d’aucune antipathie, il sait lui seul proportionner la punition au crime. Dans la loi ancienne, qui était une loi de rigueur, et où Dieu ne se faisait presque jamais entendre au peuple que parmi les foudres et les éclairs, il menaçait souvent de ses vengeances ; il se faisait même appeler le Dieu des vengeances, Deus ultionum, et de temps en temps il en exerçait de terribles (Ps. 43) ; et c’est ainsi qu’il ramenait à son devoir le peuple grossier et indocile qu’il conduisait.

Mais il semble qu’il veuille déposer cette redoutable qualité de Dieu des vengeances dans la loi nouvelle qu’il vient établir par son incarnation, qui est une loi d’amour et de grâce, parce qu’il veut gagner nos cœurs, et que le temps de la nouvelle alliance qu’il est venu contracter avec nous, était celui auquel il avait prédit, par un de ses Prophètes (Jér., 31), qu’il donnerait une autre loi aux hommes, qu’il l’imprimerait dans leurs entrailles, et qu’il l’écrirait et la graverait lui-même dans leurs cœurs.

Il devient donc un Dieu ami à l’égard des hommes, et il se fait semblable à eux, afin qu’ils deviennent semblables à lui ; il se fait homme, afin que les hommes deviennent des dieux, il prend par amour ce qu’il y a dans l’homme, afin que l’homme prenne ce qu’il y a en lui ; on ne peut pas pousser plus loin son amour. En effet, ce Dieu tout-puissant, qui a fait l’homme sans le secours de l’homme, se fait homme lui-même pour l’amour de l’homme. Ajoutons encore avec saint Fulgence quelque chose de plus tendre et de plus pressant : L’homme pécheur, dit ce Père, méprise Dieu et il se retire de lui ; et ce Dieu tout-puissant ainsi méprisé se fait homme pour son amour. Ah ! je comprends, dit saint Bernard, que l’homme n’ayant rien en soi qui mérite d’être aimé, il faut que Dieu prenne en soi des motifs de son amour pour lui, et que c’est ce qui rend son amour plus ardent ; il est donc, conclut ce Père, non seulement ami, mais encore l’amour même ; peut-on ne pas aimer l’amour ?

Oraison jaculatoire

Aperiatur terra, et germinet Salvatorem.
Terre, ouvrez votre sein, et faites-en sortir le Sauveur, comme un précieux germe. (Isaïe, 45)

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Le 1er mardi de l’Avent
Jour de vigilance

Pratique

Sortez aujourd’hui de votre sommeil le plus tôt que vous pourrez, gardez-vous bien de rien donner à la paresse ni à la négligence, et surtout, dans ce jour consacré à la vigilance, ne vous endormez sur aucun de vos devoirs, et ne vous pardonnez pas la perte d’un seul moment de temps, de peur que vous n’entriez en tentation ; tout vous y engage, la valeur inestimable du temps, qui ne vaut pas moins dans un sens que le sang de Jésus-Christ, parce qu’il est le prix dont il vous a acheté, la proximité de votre rédemption et par conséquent de la mort et du jugement, qui sont plus proches que vous ne pensez. Que votre vigilance s’étende surtout sur vos pensées, sur vos sentiments, sur vos désirs, sur vos paroles et sur toutes vos actions.

Méditation
Sur la vigilance chrétienne

Premier point

Sachez, dit Jésus-Christ à ses apôtres, que le royaume des cieux est proche. (S. Luc, 21)

Il ne suffisait pas à notre adorable Sauveur d’avoir effrayé ses apôtres par la crainte du jugement dernier, pour les précautionner contre la présomption ; il ne lui suffisait pas d’avoir calmé leurs frayeurs par la confiance et par l’espérance d’une rédemption prochaine, pour les prémunir contre le découragement et contre le désespoir de la divine miséricorde ; il veut encore, par bonté, leur donner les moyens d’éviter les rigueurs de ce jugement, et toutes ses suites redoutables, et de s’assurer cette rédemption si avantageuse, par la vigilance qu’il leur inspire et dont il leur fournit les motifs ; il se sert pour cela de la comparaison du figuier, qu’il relève avec une éloquence divine, et de celle des autres arbres, qui annoncent que l’été est prochain quand ils commencent à se charger de fruits ; ainsi, dit ce Sauveur, croyez que le royaume de Dieu approchera, quand on commencera dans le monde à voir l’accomplissement de ces prophéties ; il faut donc veiller, y être attentif, de peur qu’elles n’arrivent sans que nous nous en apercevions.

L’homme est naturellement porté à s’endormir sur ses devoirs les plus essentiels ; la vigilance, la fatigue et l’application le rebutent. Il est vrai que les menaces le réveillent, et que la crainte d’un grand mal qui peut lui arriver, et l’espérance d’un grand bien qu’on lui promet, et dont on lui donne des assurances, le rendent attentif et vigilant ; mais il retombe bientôt après par sa propre pesanteur dans l’indifférence, dans la paresse et dans l’insensibilité ; il semble que ces grandes vérités s’usent, qu’elles perdent à son égard toute leur force et qu’elles ne le touchent pas.

Il est bien honteux à l’homme chrétien, qui a un royaume éternel à espérer et un enfer à craindre, d’être vigilant à l’excès quand il s’agit d’un vil intérêt temporel, et qu’il s’endorme sur les intérêts de son âme, surtout lorsque sa vigilance est capable de lui assurer ce qu’il espère, et de le délivrer de ce qu’il craint. Veillez donc, dit Jésus-Christ, car vous ne savez ni le jour ni l’heure du plus grand et du plus intéressant de tous les événements, qui décidera souverainement entre votre éternité bienheureuse ou malheureuse.

Second point

Si c’est une lâcheté impardonnable à un héros du siècle, qui aspire à la gloire mondaine, de ne pas veiller lorsqu’il s’agit de la conquête d’un royaume, quand on lui fournit tout ce dont il a besoin pour en venir à bout, et s’il mérite d’être dégradé de tous ses honneurs quand il le laisse perdre par sa nonchalance et sa paresse, c’en est une bien plus honteuse à un chrétien, qui est né pour les combats, de s’endormir quand on lui offre un royaume éternel à conquérir, et qu’on lui en fournit tous les moyens. Ah ! il faut qu’il manque de courage et de foi, surtout quand il est persuadé que s’il manque, par sa lâcheté et par son peu de vigilance, à conquérir ce royaume, il sera éternellement malheureux par sa faute.

Un avare s’endort-il quand un trésor est attaché à sa vigilance ? L’application, le travail, les veilles, la privation du repos et du sommeil lui font-ils peur quand il est question de s’enrichir ? Un ambitieux s’endort-il quand il a en vue quelque place d’honneur à laquelle il est sûr de parvenir ? Il y donne son application, ses sollicitudes et ses veilles. Un père de famille s’endort-il, dit le Sauveur (S. Matth., 5), quand il est averti qu’un voleur de nuit s’apprête pour lui enlever son bien ? Si l’amour pour ses richesses temporelles, dont cependant le moindre accident peut le dépouiller, le fait surmonter le sommeil, à combien plus forte raison devons-nous veiller pour conserver les biens spirituels de notre âme, qui consistent dans la grâce de Jésus-Christ, et pour acquérir les biens éternels ! Veillez donc, dit saint Augustin, veillez par le cœur, veillez par la foi, veillez par la charité, veillez par les bonnes œuvres. Veillez, dit saint Pierre (I. Ép., 5), car le démon rôde autour de vous pour vous dévorer, et il vous surprendra si vous ne veillez.

Vous avez tout à craindre, vous avez tout à espérer : voilà les deux grands motifs de la vigilance chrétienne ; vous avez un royaume éternel à espérer ; et pour y parvenir, vous avez des péchés à expier et des vertus à acquérir : veillez donc.

Sentiments

Que ne puis-je, Seigneur, vous dire avec autant de vérité que le Roi-Prophète (Ps. 62) :

Ô Dieu, ô mon Dieu, je veille dès que le soleil se lève pour penser à vous, j’aspire vers vous, mon âme brûle d’une soif ardente pour vous, ma chair même que je fais veiller se sent pressée de cette même ardeur (Ps. 101) : j’oublie même quelquefois de manger mon pain, à force de veiller sur mes devoirs, pour vous rendre incessamment les hommages et les adorations que je vous dois, parce que vous êtes mon Dieu, mon créateur et toute ma force ; je veillais pendant les nuits à méditer sur vos grandeurs et à chanter vos louanges, et j’étais dans ma solitude comme un passereau sur un toit.

Mais aussi à quelle perfection éminente est parvenu ce roi pénitent par sa vigilance ! et combien en suis-je éloigné pour n’avoir pas assez veillé sur moi-même ! Ah ! si j’avais été fidèle à cette vigilance chrétienne, et si je ne me fusse pas si souvent et si longtemps endormi sur mes devoirs les plus essentiels, pendant que les ennemis de mon bonheur ne veillaient que trop pour me perdre, combien de vertus aurais-je acquises ! combien de passions et de mauvaises habitudes aurais-je extirpées ! Hélas ! je ne connais que trop que, faute de veiller sur mon âme, je l’ai laissée comme une terre en friche, où les mauvaises habitudes ne se sont que trop enracinées ; mon cœur a été en proie à une infinité d’attaches imparfaites, et il a perdu bien des grâces.

Si les pasteurs avaient été endormis, les anges ne leur auraient pas annoncé votre naissance, ô mon Sauveur. Je veux veiller comme eux pour en profiter ; mais, Seigneur, réveillez mon âme endormie, et confirmez-la, disait le Roi-Prophète, dans la vigilance chrétienne, par l’autorité de votre divine parole : Dormitavit anima mea præ tædio, confirma me in verbis tuis. (Ps. 111)

Sentences de l’Écriture sainte et des saints Pères

Je dors, et mon cœur veille. (Cant. 1) Celui qui veille dès le matin pour acquérir la sagesse n’aura pas de peine, parce qu’il la trouvera assise à sa porte. (Sag., 6)

Plus l’ennemi veille pour nuire, plus le chrétien doit veiller pour le vaincre. (S. Augustin)

Celui-là veille qui a toujours les yeux de l’âme ouverts à la vraie lumière et sur ses propres devoirs. (Le Vénér. Bède)

Point de l’Incarnation
Un Verbe muet

Au commencement était le Verbe, dit le disciple bien-aimé (Jean, 1), et ce Verbe était Dieu comme le Père céleste qui l’a engendré de toute éternité. Par ce Verbe toutes choses ont été faites, et ce Verbe était la vie et le principe de la vie, la lumière de tous les hommes ; cette lumière a brillé dans nos ténèbres, et ces ténèbres ne l’ont pas comprise ; ce Verbe a eu le pouvoir de faire autant d’enfants de Dieu qu’il y a eu d’hommes sur la terre qui l’ont reçu et qui ont cru en lui ; enfin ce Verbe s’est fait chair pour notre amour. Voilà l’admirable et sublime théologie du Verbe, dictée par le Saint-Esprit, et écrite par le disciple bien-aimé, qui en a été le secrétaire et l’interprète.

Ajoutons avec les saints Pères que cette génération du Verbe divin est ineffable et incompréhensible ; parce que le Père qui engendre est Dieu ; que le Fils engendré est Dieu, et que ce Fils est aussi ancien, aussi puissant et aussi grand que le Père ; il est engendré par l’Esprit, il est par conséquent la pensée par laquelle cet adorable principe se connaît soi-même ; il est, dis-je, sa pensée, son Verbe, sa parole, son Fils, sa propre substance, Dieu de Dieu et sa parfaite image. Quelle grandeur inconcevable ! Croyez-la, adorez-la, aimez-la ; la foi, l’adoration et l’amour ont droit de s’approcher de ce Soleil de justice.

Mais ce Verbe qui est Dieu, et qui est si grand, si pur et si saint, s’est fait homme, il s’est fait enfant pour notre amour ; engendré de Dieu de toute éternité, il veut être engendré dans le sein d’une Vierge, par l’opération ineffable du Saint-Esprit ; ce Verbe qui est la parole vivante, et l’éloquence même de toute la Divinité, veut devenir un Verbe muet et sans parole ; quel prodige d’humilité et d’amour tout ensemble !

Rendons nos hommages à ce Verbe sans pareil, en premier lieu dans l’auguste sein de la divine Marie ; il est renfermé comme un prisonnier d’amour, comme une parole sans parole ; et ce silence volontaire qu’il y garde est digne de nos attentions et de nos respects, autant que les oracles que sa bouche adorable prononcera un jour quand il conversera parmi les hommes ; en second lieu, allez aussi à la crèche adorer ce Verbe enfant ; il a une bouche, mais qui ne parle pas ; il vous écoutera, et quoique muet, il parlera à sa manière à votre cœur ; son silence et ses cris enfantins ont chacun leur langage, leur éloquence, leur énergie et leur onction.

Oraison jaculatoire

Qui sedes super Cherubim, excita potentiam tuam et veni, ut salvos facias nos.

Vous qui êtes assis sur les Chérubins, faites paraître votre puissance, et venez pour nous sauver. (Ps. 79)

Le 1er mercredi de l’Avent
Jour de fidélité

Pratique

Comme une fidélité exacte en toutes choses, telle que Dieu la pratique à votre égard, et telle qu’il a droit par conséquent de l’exiger de vous qui lui devez tout, demande de vous un grand retour et une grande attention, commencez par la lui promettre à votre réveil et à la lui demander ; soyez attentif dans tout le cours de la journée à ne pas commettre la moindre infidélité dans les plus petites choses aussi bien que dans les plus grandes ; et s’il vous en échappait quelqu’une, expiez-la aussitôt ; soyez donc fidèle à bien remplir tous vos devoirs, à la présence de Dieu, aux inspirations, à la prière, à la mortification, et à la charité du prochain ; le Dieu que vous servez, qui est un Dieu fidèle, vous la facilitera et vous récompensera.

Méditation
Sur la fidélité

Premier point

Le ciel et la terre passeront, dit Jésus-Christ, mais mes paroles ne passeront pas. (S. Luc, 21)

Oui, le ciel et la terre, quelque stables qu’ils vous paraissent, passeront plutôt que les paroles qui sortent de la bouche de Jésus-Christ, soit dans les menaces terribles qu’il fait dans l’Évangile, du dernier jugement et de ses suites redoutables, soit dans les récompenses éternelles qu’il promet à ceux qui lui seront fidèles jusqu’à la mort ; les unes et les autres sont infaillibles, et seront justifiées par l’événement à la face du ciel et de la terre, parce que notre Dieu est un Dieu fidèle, qui a droit par conséquent d’exiger la fidélité des hommes, en faveur desquels il a poussé la fidélité jusqu’à la mort.

Quand un homme a conservé une fidélité exacte à son ami, qu’il a soutenu ses intérêts aux dépens des siens, qu’il lui a toujours rendu des services importants, qu’il a toujours pris son parti, gardé son secret, et exécuté ses promesses, sans s’être jamais relâché de sa fidélité, quelque chose de fâcheux, quelque contretemps qui lui soit arrivé, n’a-t-il pas droit d’exiger que cet ami qui lui a tant d’obligation lui soit fidèle ?

Jésus-Christ est cet ami fidèle jusqu’à la mort ; il nous invite à la fidélité ; il est fidèle dans ses paroles, dit le Roi-Prophète (Ps. 88, 110, 114) ; il est fidèle dans ses promesses, il est fidèle dans ses voies, il est fidèle dans son testament ; et sa fidélité à mon égard ne lui a pas moins coûté que tout son sang, et c’est par cet acte héroïque qu’il l’a couronnée ; il se fait même tant d’honneur de la fidélité, qu’il prend dans l’Apocalypse le glorieux nom de fidèle (Apoc., 19), et qu’il le prend pour deux motifs : l’un, pour inspirer la confiance aux bons et la terreur aux méchants ; l’autre, pour les engager à se faire un devoir et un honneur de cette fidélité à son exemple.

Je suis pécheur, j’ai commis un grand nombre d’infidélités ; je dois craindre ce Dieu fidèle qui me menace de me punir, et qui ne me menace pas en vain ; au contraire, si je satisfais à sa justice, et si je lui suis fidèle dorénavant, je dois tout espérer de sa fidélité et de sa bonté, parce qu’il m’a promis de grandes récompenses, et que je suis sûr que le ciel et la terre périront plutôt qu’il me manque de parole.

Second point

Les voici ces magnifiques promesses : imaginez-vous donc qu’elles sont faites à vous-même, et que c’est à vous qu’il parle pour vous engager à lui être fidèle jusqu’à la mort. Le Seigneur dit par son Prophète (Ps. 100), que ses yeux seront attachés sur l’homme fidèle, et qu’il lui fera part de son royaume en le faisant asseoir auprès de lui. Après son incarnation il lui confirme cette promesse pour sa consolation, il a même la bonté de lui adresser la parole, en lui disant tendrement : Ô bon et fidèle serviteur, parce que vous avez été fidèle jusqu’aux plus petites choses, entrez dans la joie de votre Seigneur. (S. Matth., 25)

Mais ne vous imaginez pas que la fidélité que nous devons à Dieu soit d’un jour ou d’une bonne fête, ou même de quelques années ; comme il n’est point de jour ni de moment dans toute notre vie où Dieu ne nous soit fidèle (quoiqu’il ne nous doive rien), qu’il n’ait les yeux sur nous, et qu’il ne soit prêt à nous faire du bien, quand nous n’y mettons point d’obstacles par nos infidélités ; aussi la fidélité qu’il exige de nous est de toute notre vie, et il nous en avertit par ces paroles : Soyez fidèle jusqu’à la mort, et vous aurez la couronne de vie. (Apoc., 2)

Faites ici réflexion sur les grâces infinies que vous avez reçues de Dieu, et sur vos infidélités innombrables à les reconnaître, à y répondre, et à les faire profiter, comme Dieu le demandait de vous et comme vous auriez pu le faire ; et convenez que cet examen ne peut que vous couvrir de honte et de confusion, vous pénétrer de douleur, et vous faire craindre avec sujet un avenir redoutable, et un bien plus rigoureux examen que le vôtre de la part de Dieu, si vous ne mettez incessamment tout en usage pour les expier et pour les réparer. Examinez surtout les sujets sur lesquels vous avez commis le plus d’infidélités ; accusez-vous d’abord au tribunal de votre conscience, pour anticiper et pour prévenir celui de Dieu ; regrettez, gémissez, réparez, formez enfin une ferme et généreuse résolution de lui être fidèle jusqu’à la mort.

Sentiments

Ô Dieu fidèle, puis-je ici paraître à vos yeux sans confusion après tant d’infidélités dont je me sens coupable ? (Apoc., 19) Vous m’avez toujours été fidèle ; et, pour m’engager à cette fidélité que je vous dois, vous m’avez promis une couronne de vie. Oui, Seigneur, quoique vous ne me deviez rien, vous m’avez été toujours fidèle dans vos paroles et dans vos promesses, que vous m’avez toujours tenues ; fidèle à pourvoir à tous les besoins de mon corps et de mon âme ; fidèle dans votre amitié, que je n’ai jamais perdue que par ma faute ; fidèle dans vos grâces, qui ne m’ont jamais manqué. Non content de vous donner à vous-même le glorieux nom de fidèle, pour m’inspirer la confiance en vos bontés, vous me le donnez aussi pour me distinguer des infidèles, qui n’auront jamais part à votre céleste héritage.

Mais, hélas ! combien indignement ai-je porté cet auguste nom de fidèle, puisque je n’en ai pas encore rempli la signification, et qu’au contraire je l’ai démenti et déshonoré par des infidélités sans nombre ! Infidèle à votre divine parole, que j’ai mille fois entendue sans en profiter ; infidèle à vos inspirations et à vos grâces, que j’ai négligées ; infidèle à mes propres résolutions et aux promesses les plus sacrées que je vous ai faites souvent au pied des autels, et que j’ai violées presque aussitôt ; infidèle aux devoirs de ma religion et de mon état, que je n’ai pas remplis comme je le devais, comme je le pouvais, comme vous me l’inspiriez et comme je vous l’avais promis. Pardon, ô Dieu fidèle, donnez-moi le courage de vous faire ici la promesse de vous être fidèle jusqu’à la mort, et de n’y manquer jamais.

Sentences de l’Écriture sainte et des saints Pères

Celui qui est fidèle dans les plus petites choses, le sera dans les grandes. (S. Luc, 16)

Soyez fidèle jusqu’à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie (Apoc., 2)

Si vous écoutez la parole de Dieu avec toute la ferveur, et si vous la conservez avec toute la fidélité que vous devez, cette parole vous deviendra tout ce que vous désirez. (Orig., in hom. 16 in Exod)

Les grâces cessent de couler du ciel dans nos âmes, si par notre infidélité nous cessons de les faire remonter à leur principe. (S. Bernard)

Point de l’Incarnation
Un Rédempteur racheté

Le titre de rédempteur est un des plus glorieux attributs de Dieu, et le nom qu’il prend et que les Prophètes lui donnent souvent dans l’Ancien Testament, pour inspirer le respect, la reconnaissance, la confiance et l’amour aux hommes. Vous êtes mon secours et mon rédempteur, ô mon Dieu, disait le Prophète. (Ps. 18) Notre rédempteur est le Dieu des armées, le Saint d’Israël, c’est son nom, dit le prophète Isaïe (Isaïe, 41), et c’est dans cet esprit que le prêtre Zacharie, voyant Marie enceinte de Jésus-Christ, le reconnut, avant qu’il parût sur la terre, pour le rédempteur d’Israël, en s’écriant dans son sacré cantique : Que le Seigneur, le Dieu d’Israël soit béni, parce qu’il est venu visiter son peuple pour en être le rédempteur. (S. Luc, 1)

Il fallait en effet, dit saint Augustin, que le Verbe de Dieu, par qui tout le monde a été fait, vînt aussi racheter tout le monde ; mais non content d’avoir rempli cette fonction glorieuse, pour faire briller son amour avec un éclat nouveau, il fallait qu’il se mît en état d’être racheté lui-même, pour faire plus efficacement la fonction de rédempteur. Il s’est fait homme pour racheter tous les hommes ; il a pris la forme de serviteur, pour nous racheter de la servitude ; il a pris l’apparence de pécheur, et il s’est chargé réellement de nos péchés pour nous racheter de nos péchés et des peines qui leur étaient dues ; enfin il s’est assujetti à la mort pour nous racheter de la mort. Quelle plus grande miséricorde ! dit Cassiodore ; quelle prodigieuse rédemption et quel miracle d’amour, de voir un Créateur créé, un Souverain servir, un rédempteur vendu, la grandeur même abaissée, et l’Auteur de la vie subir la mort ! Mais à quel prix ? À celui de son sang. Soyez persuadés, disait le prince des Apôtres (1re Épître), que ce n’a point été par des choses corruptibles, comme l’or et l’argent, que vous avez été rachetés, mais par le précieux sang de Jésus-Christ.

À peine même ce divin Rédempteur paraîtra-t-il au monde, qu’il sera racheté lui-même et à sa manière, et par ses propres créatures. Hérode le cherchera pour le massacrer, et il aura obligation de sa vie à Joseph, qui sauvera son Sauveur par sa fuite en Égypte ; on le présentera au temple, et Marie sa divine mère rachètera sa liberté par deux tourterelles.

Oraison jaculatoire

Adjutor et protector meus es tu ; Deus meus, ne tardaveris.
Seigneur, vous êtes mon aide et mon protecteur ; mon Dieu, ne tardez pas à venir briser mes chaînes. (Ps. 39)

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Le 1er jeudi de l’Avent
Jour de ferveur

Pratique

En donnant, à votre réveil, votre cœur à Dieu, ce qui n’est autre chose qu’un acte d’amour que tout chrétien est obligé de faire tous les jours, surtout au commencement de la journée, faites-le le plus parfait, le plus pur et le plus fervent qu’il vous sera possible. Pour le bien faire, demandez humblement le secours de la grâce de Dieu, sans laquelle vous ne pouvez rien : réitérez cet acte le plus souvent que vous pourrez dans la journée ; et que toutes vos pensées, tous vos sentiments, toutes vos paroles, et toutes vos actions se sentent de cette ferveur.

Méditation
Sur la ferveur

Premier point

L’heure est venue de nous réveiller de notre sommeil, puisque nous sommes plus proches de notre salut que lorsque nous avons reçu la foi. (Ép. aux Rom., 13)

Faites attention que ce grand Apôtre, qui était tout embrasé du feu du divin amour, et qui voulait que tous les fidèles aimassent Dieu avec autant de ferveur qu’il l’aimait lui-même, afin de n’être pas pris au dépourvu à l’approche du grand jour, commence fort sagement à réformer les cœurs et à les avertir d’en éloigner tous les obstacles qui s’opposent à cette ferveur, qui sont l’assoupissement spirituel, la tiédeur et la langueur.

En effet, quelque convaincus que nous soyons de la nécessité qu’il y a d’aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces, nous nous trouvons quelquefois dans ces états humiliants qui nous chagrinent et qui nous désolent ; nous nous sentons assoupis et incapables de produire par sentiment aucun acte d’amour de Dieu, quand même nous ferions tous nos efforts pour le former, et dans une espèce d’indifférence, de langueur, de ténèbres, de sécheresse, et même d’insensibilité et de dégoût, qui nous alarment.

La plupart des grands saints sont passés par ces rudes épreuves, qui ont été même quelquefois des châtiments de leurs moindres infidélités ; mais c’est aussi le temps auquel ils ont le plus travaillé à s’en relever, persuadés qu’ils ne pouvaient pas donner à Dieu une plus grande preuve de leur fidélité et de la ferveur de leur amour.

Car aimer Dieu quand on se sent du plaisir à lui dire qu’on l’aime de tout son cœur, il n’y a que de la douceur ; mais l’aimer sans sentir qu’on l’aime, s’élever au-dessus de son assou-pissement et de ses sécheresses, et ne cesser de le chercher quand il ne cesse pas de se cacher, c’est l’amour le plus héroïque et le plus fervent.

Second point

Revêtez-vous de notre Seigneur Jésus -Christ, dit le grand Apôtre, (Ép. aux Rom., 3)

Persuadez-vous que le plus excellent remède pour se réveiller de son assoupissement et de sa langueur, c’est de prendre Jésus-Christ pour modèle, d’avoir recours à lui et de se revêtir de son esprit, puisqu’il nous a aimés avec ferveur, et qu’il n’est venu sur la terre que pour allumer partout le feu du divin amour.

En effet, cette ferveur n’est autre chose qu’un feu céleste et permanent, sorti du cœur de Jésus-Christ comme de son foyer et de la fournaise, qui s’empare de nos cœurs, qui les embrase d’une ardeur divine, qui brille et qui porte la lumière partout, qui met l’âme en mouvement pour aller à Dieu, pour chercher Dieu, pour s’unir à Dieu, et pour posséder Dieu ; qui la rend vigilante, prompte et courageuse à tout entreprendre et à exécuter tout ce que Dieu lui ordonne, quelque difficile qu’il lui paraisse. Examinez si ce sont là vos dispositions.

C’est ce feu que le Prophète sentait lorsqu’il disait de lui-même : Mon cœur s’est échauffé au milieu de moi ; et tandis que je méditais, un feu s’y est embrasé. (Ps. 38) C’est ce feu dont les disciples d’Emmaüs étaient embrasés quand Jésus-Christ leur apparut après sa résurrection, ce qui les obligea de se dire l’un à l’autre : Notre cœur n’était-il pas tout brûlant dans nous lorsqu’il nous parlait en chemin ? (S. Luc, 24) Heureux si vous sentiez les mêmes ardeurs après une bonne communion !

Je sais qu’il est bien difficile que la ferveur soit toujours égale, et que l’âme, quelquefois entraînée par le poids du corps de chair qu’elle anime, tombe dans quelques petites langueurs ; mais alors elle doit sentir sa faiblesse, s’en humilier, mettre tout en usage pour se réveiller de son assoupissement, et se rapprocher de Jésus-Christ pour prendre de nouvelles ardeurs. Un flambeau nouvellement éteint et qui fume encore, reprend la flamme dès qu’on le rapproche du feu et de la lumière, et il brille comme auparavant, parce qu’il conservait encore une partie de sa chaleur et de son inclination vers le feu ; vous reprendrez bientôt votre première ferveur, dès que vous vous rapprocherez de Jésus-Christ.

Sentiments

Vous voulez que je vous aime, ô mon Dieu ; quoi de plus glorieux pour moi, puisque je ne suis rien, et que vous êtes mon Dieu, mon Créateur et mon Sauveur ? quoi de plus juste ? Vous m’avez aimé le premier, vous m’avez donné votre sang sur la croix, et vous me donnez tous les jours votre corps, votre âme et votre divinité en nourriture, et votre propre table, et vous m’avez promis le ciel pour prix de mon amour ; je serais bien ingrat de ne pas vous aimer ! d’ailleurs je serais bien aveugle si je n’aimais pas ce qu’il y a de plus aimable, et ce qui est seul souve-rainement aimable.

Mais vous voulez que je vous aime de tout mon cœur, de toute mon âme et de toutes mes forces, ce qui s’appelle vous aimer avec ferveur. Ah ! Seigneur, c’est tout ce que je désire : aidez-moi donc à vous aimer comme vous voulez que je vous aime. Tenez mon cœur entre vos mains, disait saint Augustin, si vous voulez l’avoir tout entier, de peur qu’il ne m’échappe ; gouvernez-vous seule mon âme, de peur qu’elle ne s’écarte parmi les objets créés ; dirigez mon entendement, de peur qu’il ne s’égare dans ses pensées ; élevez mon amour, de peur qu’après s’être attaché à vous, il ne tombe dans la boue ; suspendez toutes mes puissances, tous mes sens, tous mes organes, tout ce que je suis, de peur que je ne m’attache à quelque chose qui ne soit pas vous ; attirez-moi, entraînez-moi vers ces célestes torrents du plus fervent amour dont vous êtes la source, et dont mon âme est tout altérée.

Sentences de l’Écriture sainte et des saints Pères

Notre cœur n’était-il pas tout brûlant en nous, pendant que Jésus-Christ nous parlait en chemin, et qu’il nous expliquait les Écritures ? (S. Luc, 24)

Acquérez l’esprit de ferveur, et ressouvenez-vous que vous servez le Seigneur. (Epit. aux Rom., 12)

Ô amour, qui brûlez toujours, et qui ne vous éteignez jamais, embrasez-moi de vos divines ardeurs ! (S. Augustin)

Quoi de plus digne d’être aimé, que l’amour même dont vous aimez, et dont vous êtes aimé ? (S. Bernard)

Point de l’Incarnation
Un pasteur devenu agneau

Il n’est personne à qui la qualité de pasteur des âmes convienne à plus juste droit, et qui puisse la remplir avec plus de dignité, que le Dieu tout-puissant, qui en est le créateur : comme il les a tirées du néant, il les connaît parfaitement ; comme il est infiniment sage, il sait lui seul la manière de les conduire ; comme il les aime, parce qu’elles sont les ouvrages de ses mains, il les nourrit, il les ramène au bercail quand elles s’égarent, il les porte quand elles sont faibles, et il les guérit quand elles sont malades ; ce qui faisait dire au Roi-Prophète : Hélas ! Seigneur, je me suis égaré comme une brebis qui se perd, cherchez votre serviteur. (Ps. 118)

Le Verbe, pour s’être incarné, n’a pas cessé d’être notre Pasteur ; il a dit lui-même qu’il était le bon Pasteur, qui s’exposait à la mort, et qui donnait sa vie pour ses ouailles, et il l’a fait sur le Calvaire. Mais par surcroît de tendresse, il unit cette auguste qualité de Pasteur à celle d’Agneau, quoi de plus doux, quoi de plus aimable !

Allez à la crèche adorer et caresser cet Agneau, il laissera tondre sa laine sans se plaindre, pour vous revêtir, dit le prophète Isaïe (Isaïe, 53) ; vous y trouverez cet Agneau, dit le même, qui bien que faible en apparence, est cependant le souverain de toute la terre. (Isaïe, 16) Un Agneau si rempli de douceur, dit Jérémie (Jérémie, 11), qu’il se laissera conduire au sacrifice, et qu’il se laissera égorger sans résistance pour vous sauver la vie : un Agneau de Dieu, dit saint Jean, qui se charge des péchés du monde pour les expier et pour les effacer ; allez, dis-je, lui rendre vos hommages et lui faire vos caresses ; il est doux, il les souffrira. Mais ressouvenez-vous que cet Agneau sera assis sur son trône céleste, parce qu’il est le souverain du ciel et de la terre. Soyez donc marqués du sang de l’Agneau, comme les Israélites avant de sortir de l’Égypte, si vous voulez être épargnés au jour redoutable de ses vengeances. Ressouvenez-vous encore que cet Agneau a un livre de vie, où il a écrit le nom des élus : heureux ceux qui s’y trouveront. (Apoc., 4) Suivez-le à présent dans ses souffrances, si vous voulez l’adorer éternellement sur son trône céleste.

Oraison jaculatoire

Deus, converte nos ; ostende faciem tuam, et salvi erimus.

Seigneur, convertissez-nous ; venez nous montrer votre face, et nous serons sauvés. (Ps.79)

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Le 1er vendredi de l’Avent
Jour de lumières

Pratique

En sortant du lit et des ténèbres de la nuit, pour jouir de la clarté du jour, demandez à Dieu, en lui donnant votre cœur à votre réveil, qu’il en dissipe les ténèbres et qu’il l’éclaire de ses divines lumières. Dites-lui souvent dans la journée avec le Roi-Prophète : Mon Dieu, éclairez mes ténèbres : Deus meus, illumina tenebras meas. (Ps. 4) Ne vous fiez point à vos propres lumières, ne faites rien, n’entreprenez rien que vous n’ayez auparavant demandé du secours au Père des lumières.

Méditation
Sur l’aveuglement éclairé

Premier point

Le jour s’approche, quittons donc les œuvres de ténèbres, et revêtons-nous des armes de lumière. (Ép. aux Rom., 13)

Le grand jour de la naissance du Sauveur s’approche, c’est le plus heureux de tous les jours ; désirons-le, attendons-le, mais préparons-nous-y ; nous verrons bientôt nos ténèbres dissipées par la lumière surnaturelle et bienfaisante de Celui qui vient pour éclairer tous les hommes. Quand l’aurore commence à paraître, toute la terre dépose sa tristesse, les ténèbres de la nuit se dissipent, toute la nature reprend sa beauté et son lustre ; l’aurore va se lever sur Bethléem et sur toute la terre, le Soleil de justice va paraître ; déposons les œuvres de ténèbres, pour nous revêtir des armes de lumières.

Examinez si vous n’êtes point dans les ténèbres, et mettez tout en usage pour en sortir. Mais pour réussir dans cet examen, convenez d’abord que tout homme est né dans les ténèbres, parce qu’il est né dans le péché ; et qu’encore que le baptême nous ait rendu la lumière, parce qu’il nous a conféré la grâce, le péché originel, quoique effacé quant à la coulpe, ne nous délivre pas de la concupiscence, qui est une autre source d’aveuglement.

Il y a un aveuglemeut qui se forme dans l’esprit ; il y en a un autre dans le cœur ; il y en a un dans les œuvres, qui est la suite des deux autres, et que l’Apôtre appelle des œuvres de ténèbres. Faites-en un sérieux examen ; examinez les préjugés de votre esprit, ses entêtements, son orgueil délicat, ses fausses lumières, ses légèretés, ses dissipations, ses pensées, ses curiosités, ses ignorances ; examinez les attaches de votre cœur, ses antipathies, sa trop grande sensibilité, son amour-propre, et les fautes qu’il vous fait commettre ; mais examinez vos œuvres, peut-être y trouverez-vous des œuvres de ténèbres, soit dans la vanité, soit dans les délicatesses, soit dans la lâcheté, soit dans le temps perdu. Examinez-les, réformez-les, et n’ayez plus que des pensées, que des sentiments et des œuvres de lumières ; car le jour du Seigneur approche.

Second point

Revêtons-nous des armes de la lumière, marchons avec bienséance et avec honnêteté, comme on marche dans le jour.

Si vous pesez au poids du sanctuaire ces paroles du grand Apôtre (Ép. aux Rom., 13), vous y trouverez deux grandes vérités, conçues en peu de mots, qui peuvent vous être d’un grand secours. La première, c’est qu’on est fort quand on marche à la faveur de la lumière qui vient de Dieu, et que par conséquent on est bien faible quand on marche dans les ténèbres, ou qu’on n’est guidé que par ses propres lumières, qui n’ont rien de sûr et de solide. Revêtons-nous, dit saint Paul, des armes de la lumière. La lumière est donc armée, elle a de la force pour résister à ses ennemis ; quelle consolation pour moi ! quelle ressource ! Le Roi-Prophète l’avait bien expérimenté quand il disait : Mon Seigneur est ma lumière et mon salut, qui pourrais-je craindre ? (Ps. 26) Ainsi le parti que je dois prendre, quand je sentirai ma faiblesse, c’est de courir à cette lumière, c’est de me revêtir de ses armes, et je serai sûr de la victoire.

La seconde vérité, c’est que, pour marcher sûrement dans les voies du salut, il faut, dit l’Apôtre (Ép. aux Rom., 13), marcher comme on marche en plein jour, c’est-à-dire dans la lumière ; on ne marche ni hardiment, ni sûrement pendant les ténèbres de la nuit, on fait beaucoup de fausses démarches, et on risque de tomber. Quand notre âme est éclairée par le Père des lumières, et que nous ne faisons rien sans le lui demander et sans le consulter ; quand nous avons soin de nous procurer la divine présence de ce Soleil de justice, nous marchons sûrement ; ce Seigneur est à notre droite, dit le Prophète (Ps. 15), et nous ne sommes pas ébranlés ; approchez-vous donc de Dieu, conclut ce saint roi (Ps. 26), participez à ses lumières, et vous ne serez pas confondus ; et convenez que, si vous avez eu le malheur de tomber dans quelque faute notable, c’est que vous vous êtes soustraits à ses divines lumières ; cet éloignement vous a mis dans les ténèbres, et dans ces ténèbres on ne peut faire que des œuvres de ténèbres.

Sentiments

Seigneur tout-puissant, Père de lumières, qui avez mis votre tabernacle dans le soleil, éclairez les yeux de mon âme, disait le Prophète (Ps. 18), afin que je ne m’endorme jamais au temps de la mort, de peur que mon ennemi ne se vante d’avoir eu l’avantage sur moi. (Ps. 12) Source de ténèbres où je me suis précipité moi-même, qui m’ont privé de la lumière en me privant de votre grâce (Ps. 17) ; car, hélas ! je puis bien tenir le même langage que tenait ce saint roi péni-tent après son péché : Seigneur, mon cœur est dans le trouble, ma force m’a abandonné, et les yeux de mon âme sont privés de lumière depuis que j’ai eu le malheur de vous offenser. (Ps. 37)

Mais, ô Dieu de lumières, vous qui dissipez les plus épaisses ténèbres, parce que vous éclairez du haut des montagnes éternelles que vous habitez, favorisez-moi de vos divins regards, pour détruire, pour dissiper ou pour réformer mes œuvres de ténèbres (Ps. 75) ; et les nuits les plus épaisses et les plus obscures de mes iniquités deviendront comme les plus beaux jours, et mes ténèbres se changeront en clartés. (Ps. 138)

Répandez sur moi les clartés de votre face, enseignez-moi vos divines lois ; en me les ensei-gnant, donnez-m’en l’intelligence ; en éclairant mon esprit, vous me dilaterez le cœur, pour les aimer et pour courir à pas de géant dans la voie de vos préceptes et de vos conseils. (Ps. 118)

Sentences de l’Écriture sainte et des saints Pères

Malheur à vous qui faites passer les ténèbres pour la lumière, et la lumière pour les ténèbres ! (Isaie, 9)

La lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière. (S. Jean, 3)

L’homme est éclairé dès qu’il est en la présence de Dieu, et il est dans les ténèbres aussitôt que Dien est absent. (S. Augustin)

Si vous voulez voir la lumière éternelle, ayez soin premièrement d’être dans la lumière par la pureté de la chair : c’est une condition nécessaire. (Hugon)

Point de l’Incarnation
La lumière dans les ténèbres

Dieu est essentiellement lumière, et il n’y a point en lui de ténèbres, de sorte que si nous disons que nous avons société avec lui, et que nous marchons dans les ténèbres, nous mentons, mais si nous marchons dans la lumière, nous entrons en société avec lui, parce qu’il est la lumière. Voilà la divine théologie que le disciple bien-aimé disait avoir apprise de Jésus-Christ même. (1re Ép. de S. Jean, 1)

Tout est lumière dans Dieu, il habite une lumière inaccessible. (Ép. de S. Jacques, 1) Le Père céleste est appelé le Père des lumières, de qui tout don parfait descend, qui ne peut recevoir ni d’ombre ni d’obscurité. (Ps. 109) Le Fils est un Dieu de lumières, il est engendré de toute éternité dans la splendeur des saints ; et l’Esprit saint est celui que tous les fidèles appellent à leur secours quand ils ont besoin de lumières.

Ces trois adorables personnes ont concouru à l’auguste mystère de l’Incarnation ; le Père l’a déterminé, le Fils s’est soumis et s’est fait homme, et le Saint Esprit en a conduit la divine opéra-tion ; c’est par conséquent un mystère de lumières ; ce qui faisait dire au prophète lsaïe, en parlant à Jérusalem de ce mystère (Isaïe, 60) : Levez- vous, Jérusalem, soyez éclairée, parce que votre lumière va paraître, à la faveur de laquelle les gentils marcheront.

Aussi Jésus-Christ est-il venu, dit le disciple bien aimé (S. Jean, 1), pour éclairer tous les hommes, et cette lumière luira dans les ténèbres ; cependant je ne vois ici que des apparences de ténèbres, car ce Sauveur vient dans l’obscurité de la nuit, quoiqu’il soit l’auteur de la lumière. Il est vrai que, selon le Prophète (Ps. 128), cette nuit sera éclairée comme le plus beau jour ; éclairée par la vraie lumière qui prend naissance, et qui est Jésus-Christ ; éclairée par les Anges qui descendent du ciel ; éclairée par la clarté qui conduit les pasteurs à l’étable. Ainsi les ténèbres de cette naissance ont quelque chose de si grand, qu’elles sont comparables à la lumière : Sicut tenebræ ejus, ita et lumen ejus. (Ibid)

Respectons jusqu’à ces ténèbres, qui n’ont rien que de mystérieux et de saint ; allons à Dieu par ces ténèbres et par les voies obscures de la foi, et nous serons éclairés ; quittons les œuvres de ténèbres, et marchons comme des enfants de lumière, ut filii lucis ambulantes. (Ép. aux Éphés., 5)

Oraison jaculatoire

Emitte Agnum, Domine, dominatorem terræ, de petra deserti ad montem filiæ Sion.

Seigneur, envoyez l’Agneau dominateur de la terre, de la pierre du désert à la montagne de la fille de Sion. (Isaïe, 16)

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Sermon ~ L’Eucharistie sacrifice de l’Église

Mes bien chers Frères,

Nous continuons à faire nôtre la merveille de l’Eucharistie et nous redécouvrons qu’elle est le sacrifice de l’Église avant d’être le nôtre, elle est le nôtre par l’Église. Toute notre vie chrétienne devient autre, plus élevée, plus riche, plus chrétienne, quand on a compris cela.

Nous pouvons dire merci à Mgr Lefebvre de nous avoir communiqué ce vrai sens de la messe.

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Voici comme d’habitude mes notes et quelques uns des textes qui m’ont servi.

Résumé du sermon
Concile de Trente
Saint Thomas d’Aquin

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Alerte ! Les pièges que nous nous tendons à nous-mêmes

La Révolution veut intensifier la persécution. Pour cela, le peuple – et donc nous – sommes l’objet d’une vaste manipulation psychologique.

Nous devons faire attention à ne pas entrer là-dedans, mais c’est très difficile car, en fuyant les pièges que nous avons repérés, nous risquons d’aller vers les autres pièges qu’ils ont préparés pour nous.

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Sermon ~ L’Eucharistie, la présence réelle du Christ immolé

Mes bien chers Frères,

Nous avançons dans la découverte de la merveille qu’est la sainte Eucharistie. Nous admirons aujourd’hui pourquoi et comment Jésus-Christ a voulu rendre présent son sacrifice, avec son vrai corps et son vrai sang.

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Résumé du sermon
Enseignement du concile de Trente

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Sermon ~ L’Eucharistie ~ Ses trois niveaux

Mes bien chers Frères,

L’Eucharistie est un sacrement qui nous fait monter des réalités les plus simples — le pain et le vin — jusqu’à l’union intime avec Dieu et jusqu’au Ciel. Il importe de bien comprendre les étapes — ou les niveaux — de cette ascension, sous peine de tout confondre et de ne profiter de rien. Au contraire, si tout est clair et en ordre, l’ascension se fait en toute simplicité et sans risque.

Que le Fils de la Vierge Marie vous bénisse !

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Résumé du sermon
Commentateur de saint Thomas

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Sermon ~ La signification de l’Eucharistie est dans la Croix

Mes bien chers Frères,

Voici le premier sermon sur l’Eucharistie. Je vous invite à aller directement à la signification profonde de ce sacrement qui se trouve dans la Croix puisqu’il y a identité entre l’Eucharistie et le sacrifice de la Croix.

En raison de la richesse tant de la Croix que de l’Eucharistie, il nous faudra ensuite plusieurs sermons pour entrer dans l’ensemble de ce grand mystère.

Je sais bien que, en raison du confinement, ou plutôt en raison de la haine de la messe de la part de Satan et de ses complices, vous êtes privés de l’Eucharistie, mais, justement, puisque la Croix et l’Eucharistie sont une seule et même réalité, en vous unissant intérieurement à la Croix, vous vous participerez à l’Eucharistie.

Quant à moi, je vous associe aux messes que je célèbre auxquelles vous participez ainsi même de loin.

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Résumé du sermon
Enseignement du concile de Trente

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Sermon ~ Les sacrements et le Christ-Roi

Mes Bien chers Frères,

Je vous rappelle que, aujourd’hui, l’Église nous demande de réciter, publiquement si possible, l’acte de Consécration du genre humain au Christ Roi, qui commence ainsi : « Très doux Jésus, Rédempteur du genre humain… ». Texte ci-dessous. Elle accorde une indulgence plénière à cette récitation publique.

Voici mon sermon qui montre combien les sacrements établissent le règne de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Vive le Christ-Roi !

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Très doux Jésus, Rédempteur du genre humain, jetez un regard sur nous, qui sommes humblement prosternés devant votre Autel. Nous sommes à Vous, nous voulons être à Vous, et, afin de vous être plus étroitement unis, voici que, en ce jour, chacun de nous se consacre spontanément à votre Sacré-Cœur.

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Sermon ~ La confirmation, le feu du Saint-Esprit

Mes bien chers Frères,

Il nous reste à contempler le feu de l’amour communiqué par le Saint-Esprit pour l’œuvre merveilleuse dans laquelle nous entrons par la confirmation.

Cela est particulièrement d’actualité dans les épreuves qui seront celles des familles dès le mois de septembre prochain.

Demandez à la Sainte Vierge qu’elle vous communique le Saint-Esprit comme elle le communiqua aux apôtres le jour de la Pentecôte. C’est plus nécessaire que vous le croyez.

“Car notre Dieu est un feu dévorant.” Hébreux 12, 24

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Résumé du sermon
Saint Thomas d’Aquin

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Sermon ~ La confirmation
Parfaits chrétiens et soldats de l’Église

Mes bien chers Frères,

Nous voici arrivés à l’étude du sacrement de confirmation qui nous fait entrer plus loin et plus haut dans les beautés et la réalité de la vie chrétienne.

Je vous donne ci-dessous le résumé de mon sermon, puis un texte de Dom Guéranger qui illustre bien le combat du confirmé, enfin le catéchisme de saint Pie X. Je vous donne celui-ci avant la somme théologique de saint Thomas d’Aquin, parce que l’enseignement vient avant l’étude. On commence par admettre la révélation, après quoi on peut en avoir une plus profonde intelligence. Le texte de saint Thomas, assez long, vous sera donné la semaine prochaine.

Je vous assure de mes prières et je vous associe à la messe que je célèbre chaque jour.

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Résumé du sermon
Dom Guéranger
Catéchisme de saint Pie X Continuer la lecture de « Sermon ~ La confirmation
Parfaits chrétiens et soldats de l’Église »