Dans ce sermon de Pentecôte, je vous invite à être fidèles au Saint-Esprit. Je vous explique comment reconnaître ses inspirations dans la vie quotidienne, et comment, à la suite de la Très Sainte Vierge, participer à la mission du Saint-Esprit : la sanctification de nos âmes et du monde.
1. Durant tout le temps après la Pentecôte, l’Église va nous faire progresser avec le Saint-Esprit qui va nous inspirer. Qu’est-ce qu’une inspiration du Saint-Esprit ?
2. Notre implication dans la mission du Saint-Esprit dans le monde.
En nous laissant former par la Très Sainte Vierge.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
Mes bien chers Frères,
En cette fête de la Pentecôte, je vais évidemment vous parler du Saint-Esprit, et vous encourager à vous laisser guider par le Saint-Esprit.
La doctrine du Saint-Esprit est très riche. On pourrait parler du Saint-Esprit dans la Sainte Trinité, des rapports du Saint-Esprit avec le Père et le Fils, mais je vous parlerai aujourd’hui de la mission du Saint-Esprit dans nos âmes et dans le monde. C’est un sujet d’importance puisqu’il va nous occuper depuis cette fête de la Pentecôte jusqu’au dernier dimanche après la Pentecôte.
Nous avons donc la moitié de l’année liturgique durant laquelle nous allons être occupés à faire fructifier tout ce que le Saint-Esprit nous donne et nous apporte. On peut résumer la mission du Saint-Esprit en un mot : sanctifier.
Le Saint-Esprit a été envoyé dans le monde pour sanctifier les fidèles et pour sanctifier le monde à travers les fidèles, selon le modèle de Jésus-Christ. Et donc, mon sermon sera en deux parties : premièrement, la sanctification de nos âmes, deuxièmement la sanctification du monde à travers l’Église par les chrétiens.
I. Soyons fidèles au Saint-Esprit
Il faut que nous soyons bien persuadés que notre vie est essentiellement la vie du Saint-Esprit en nous. De même que l’âme fait vivre le corps, ainsi le Saint-Esprit fait vivre notre âme. Notre vie est essentiellement intérieure. Tout ce qui est extérieur est au service de notre vie intérieure, c’est-à-dire au service de notre vie avec le Saint-Esprit.
Le Saint-Esprit descend en nous pour nous ramener à lui au sein de la Très Sainte Trinité pour vivre dans la sainte société du Père et du Fils avec lui le Saint-Esprit.
La doctrine du Saint-Esprit est particulièrement importante aujourd’hui, puisque Dieu permet les épreuves pour purifier et pour élever notre vie chrétienne. La grande gloire de Dieu dans les épreuves de l’Église, et notamment les épreuves des derniers temps, ce sera celle que lui apporteront ceux qui seront en tout fidèles au Saint-Esprit, détachés de toute référence au monde et de toute attache au monde, et n’ayant pour seule référence que le Saint-Esprit et ses inspirations.
Bien sûr, cela se fait par la Sainte Vierge et voilà pourquoi les apôtres des derniers temps seront des grands dévots de Marie parce qu’il n’y a pas moyen d’aller au Saint-Esprit que par Marie.
Quelle est la condition pour vivre du Saint-Esprit ? Il y en a une, donnée par saint Paul qui, pratiquement, est suffisante. Saint Paul nous dit « Ne contristez pas l’Esprit de Dieu qui est en vous. » (Eph. 4, 30)
En effet, le jour du baptême, c’est le Saint-Esprit qui est venu en nous le premier, et nous n’avons fait que répondre à sa venue, et le Saint-Esprit continue à être actif tout au long de notre vie pour nous faire progresser. Comme tout ce qui est bon vient de Dieu et non pas de nous, il s’ensuit que la condition que Dieu nous pose, c’est d’être fidèles au Saint-Esprit, et si nous sommes fidèles au Saint-Esprit alors nous méritons que le Saint-Esprit poursuive son œuvre en nous, et continue à développer ses dons en nous.
Notre Seigneur dans l’Évangile dit la même chose bien entendu « Celui qui garde mes commandements, mon Père l’aimera et nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre demeure. » La demeure de Dieu dans l’âme, c’est évidemment la demeure du Saint-Esprit, car c’est au Saint-Esprit qu’on attribue toute œuvre de vivification.
C’est terrible, mes bien chers Frères, lorsqu’on ne fait pas attention à ne pas contrister le Saint-Esprit. Le contrister gravement par le péché mortel, cela entraîne de le perdre. Mais le contrister sans aller jusqu’au péché mortel, cela entraîne de ne plus être guidé par lui, de ne plus entendre ses inspirations.
Vous me direz : mais qui nous garantit que les inspirations viennent bien du Saint-Esprit, et que ce ne sont pas, en réalité, des inspirations que nous nous sommes suggérés à nous-mêmes, de l’auto-persuasion ? Ce qui nous le garantit, c’est de ne pas contrister le Saint-Esprit. Plus nous sommes attentifs à ne pas contrister le Saint-Esprit, et plus ses inspirations seront reconnues, et moins nous risquerons de les mélanger à des inspirations personnelles qui viendraient tout fausser.
Cela suppose une très grande délicatesse de conscience, un soin à aimer Dieu par-dessus toute chose, et à ne jamais nous souiller avec les choses du monde. C’est d’autant plus important, aujourd’hui, que nous n’avons plus l’aide de la hiérarchie de l’Église, des prêtres ; que nous avons peu de bons amis ; que les bons amis se sont souvent transformés, comme pour Job, en des persécuteurs, voire même des persécuteurs dangereux.
On pourrait dire qu’aujourd’hui nous sommes seuls pour diriger notre vie, seuls face au monde entier, mais en réalité nous ne sommes pas seuls puisque nous sommes guidés par le Saint-Esprit à condition, bien sûr, de ne pas le contrister.
Il y a une deuxième condition bien entendu, c’est la prière. Mais ce que nous devons demander dans notre prière, ce n’est pas tellement que le Saint-Esprit vienne en nous, parce que cela il le veut, nous devons lui demander d’être fidèles. Nous devons lui demander de bien nous disposer à sa venue par l’exercice des vertus, et nous devons lui demander que si, par malheur, nous lui avons été infidèles, il veuille bien nous convertir et ne pas permettre que nous soyons séparés de lui.
Cette prière est essentielle, parce que, sans elle, il ne peut pas y avoir de bonnes dispositions. C’est elle qui les donne, et Dieu a subordonné ses dons à notre prière, d’où l’importance de la prière du rosaire à la Très Sainte Vierge, qui a été couverte de l’ombre du Saint-Esprit pour l’Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ
Quant à ceux qui affirment que viennent du Saint-Esprit des inspirations qui leur sont propres, c’est-à-dire des opinions tout à fait personnelles, eux ne se rendent peut-être pas compte qu’ils trichent, mais les bons peuvent les juger, les bons savent ce qui vient du Saint-Esprit et ce qui ne vient pas.
Vous me direz : les bons le savent et peuvent en juger, mais ils ne peuvent pas empêcher cela. Effectivement, ils ne peuvent pas toujours empêcher cela. Ils ne peuvent pas empêcher toujours les conséquences de ces mauvais choix de ceux qui se disent inspirés du Saint-Esprit et qui ne le sont pas.
Il faut affirmer alors, que le Bon Dieu permet cela pour leurs progrès dans la vertu, pour la confusion des mauvais plus tard lorsque Dieu se montrera à eux tel qu’il est, et leur montrera qu’ils ont triché.
L’Église a toujours été dans la lutte. Il y a la lutte grossière de ceux qui négligent la loi de Dieu pour s’opposer à l’Église. Il y a la lutte plus dangereuse et plus élevée de ceux qui veulent modifier la loi de Dieu, et puis il y a la lutte de ceux qui se prennent eux-mêmes pour le Saint-Esprit. C’est le concile Vatican II : l’homme qui prend la place de Dieu, l’homme qui affirme que tout ce qu’il veut, tout ce qu’il pense, tout ce qu’il fait, puisqu’il est un bon chrétien pense-t-il, nécessairement vient de Dieu.
Non seulement, on ne peut pas empêcher que des chrétiens trichent avec le Saint-Esprit, mais on ne peut même pas empêcher que ces mauvais chrétiens nous condamnent, soi-disant au nom du Saint-Esprit.
Sainte Athanase fut exilé, condamné, excommunié par ceux qui affirmaient suivre le Saint-Esprit.
Saint Hilaire de Poitiers, de même. Et on pourrait faire une longue liste, le dernier étant Mgr Lefebvre qui fut condamné par des modernistes prétendument au nom du Saint-Esprit, au nom de la nouvelle doctrine présentée par le concile Vatican II comme venant du Saint-Esprit, mais en réalité inventée de toute pièce pour faire la révolution dans l’Église.
Que cela ne vous trouble pas, mes bien chers Frères. Nous sommes ici-bas dans l’Église militante, le triomphe ne sera qu’au ciel, et c’est un grand danger de vouloir la paix ici-bas alors que la vie de l’homme sur la terre n’est qu’une milice : affirmation de Job.
Que cela ne vous trouble pas et que cela ne vous pousse pas à abandonner le Saint-Esprit en raison de doutes que vous auriez ou de méfiance que vous auriez envers vous-mêmes. Le Saint-Esprit sait toujours se faire reconnaître, il signe ses interventions, il signe ses inspirations. Nous savons lorsqu’elles sont de Dieu ou lorsqu’elles ne le sont pas.
Que d’autres prétendent tricher, il n’empêche que, nous, lorsque nous sommes inspirés du Saint-Esprit, nous savons que cela vient du Saint-Esprit d’où, comme je vous le disais, le soin jaloux que nous devons mettre à ne jamais le contrister.
II. La sanctification du monde
Nous ne sommes pas, mes bien chers Frères, des poissons dans un bocal. Les poissons ne font pas le bocal. Au contraire, les loups font une meute, et les abeilles une ruche, et les chrétiens font une chrétienté, c’est-à-dire qu’ils sanctifient le monde à travers l’Église par le Saint-Esprit.
Tout chrétien a une mission dans le monde : Dieu dit à Adam et Eve « Croissez, multipliez-vous et dominez la terre. » Ce n’est évidemment pas seulement au sens matériel, c’est-à-dire d’avoir des enfants nombreux. C’est évidemment principalement au sens spirituel, car nos œuvres sont nos vrais enfants.
Pourquoi y a-t-il un sacrement spécial, la confirmation, qui nous est donné pour faire de nous des adultes accomplis ? Après le sacrement du baptême qui fait de nous des enfants de Dieu, vient le sacrement de Confirmation qui fait de nous des hommes accomplis, des adultes, parce que l’homme ne se contente pas de se diriger soi-même, il dirige les autres.
Je lisais dans saint Grégoire le Grand, dans un commentaire sur Job, que les jeunes vivent facilement dans la volupté, et qu’il appartient aux adultes de contraindre cette volupté par la règle. Personne ne pourra dire le contraire. Et c’est vrai non seulement pour les jeunes, mais également entre adultes. Nous avons une destinée commune, et personne ne va seul au ciel, comme personne ne va seul en enfer, en raison de la solidarité, ou pour mieux dire, de la charité, de l’amitié qui doit unir tous les hommes.
Je viens de lire un livre L’amitié dans la politique qui montre qu’en chrétienté, on ne conçoit pas la vie politique autrement que comme une amitié, comme l’exercice d’une amitié. Cette amitié n’est évidemment pas seulement un mot, elle n’est pas seulement dans la sensibilité, elle n’est pas une amitié pour faire la fête, elle n’est pas une amitié seulement pour se réjouir, elle est une amitié pour progresser dans la vertu tous ensemble.
Il ne suffit pas d’avoir la foi, mes bien chers Frères. Saint Jacques dans son Épître dit que la foi sans les œuvres est morte. Eh bien, il en va des épreuves de l’Église aujourd’hui comme de celles de chacun d’entre nous, elles sont toutes voulues par Dieu pour sa plus grande gloire à travers nos œuvres.
« À la fin mon Cœur immaculé triomphera » dit la Très Sainte Vierge. Triomphera, pourquoi ? Parce qu’il y aura une lutte. Il ne peut pas y avoir triomphe s’il n’y a pas eu lutte. Et c’est en raison de cette lutte commune que nous avons reçu la Confirmation par laquelle le Saint-Esprit se rend de nouveau plus présent à nous qu’il ne l’était par le baptême, et qu’il vient plus fortement de façon plus présente avec la surabondance de ses dons.
Concrètement, comment cela se fait-il ? Par les œuvres de miséricorde qui sont le fruit de la charité, le fruit de l’amitié, et c’est pourquoi nous serons jugés sur les œuvres de miséricorde.
« Venez à ma droite les bénis de mon Père… parce que j’ai eu faim, j’ai eu soif, etc. et que vous m’avez secouru » ce qui, évidemment, est à prendre au sens corporel, mais surtout au sens spirituel. Et dans les œuvres de miséricorde, saint Thomas d’Aquin en développe une, particulièrement, qui est la correction fraternelle. Il dit : corriger un inférieur, c’est une œuvre de justice ; corriger un supérieur, c’est une œuvre de charité. Et il explique que cette correction fraternelle est particulièrement obligatoire, parce que vous savez, mes bien chers Frères, qu’il n’y a pas que la justice qui rend les choses obligatoires, la charité également et elle les rend encore plus obligatoires que la justice : je suis tenu de rendre l’argent que j’ai emprunté, je suis encore plus tenu de secourir le malheureux dans sa détresse. Et donc saint Thomas nous dit que la correction fraternelle est particulièrement obligatoire envers les supérieurs donc, lorsque la foi est en danger parce que cela rejaillit sur toute l’Église, et que notre correction va rejaillir sur toute l’Église.
Corriger, ce n’est pas être dur. On croit souvent que toute correction est presque une punition, ou une sévérité. Non, corriger, veut dire « rendre droit » et cela doit se faire avec une grande charité.
Et puisque nous ne pouvons pas corriger tous les pécheurs, supplions Dieu d’envoyer des ouvriers dans sa moisson.
Prions Dieu pour les vocations.
Demandons à Dieu de bons nombreux saints évêques
Demandons à Dieu de nombreux bons saints prêtres.
Demandons à Dieu de nombreux bons saints pères et mères de famille.
Je terminerai par une dernière considération.
Cette fidélité au Saint-Esprit nous mène nécessairement à la croix, nous mène nécessairement au sacrifice, car la grande œuvre du Saint-Esprit a été le sacrifice de Notre Seigneur sur la croix, et si par fidélité au Saint-Esprit, il faut souffrir, souffrir en silence, souffrir seuls, souffrir abandonnés peut-être, c’est encore une manière pour nous de servir l’Église, de servir Dieu comme Notre Seigneur Jésus-Christ sur la croix a servi Dieu et a sauvé l’Église.
C’est pourquoi, le Saint-Esprit se manifeste particulièrement chez les martyrs comme esprit de vérité et comme esprit de force.
Tout au long du temps après la Pentecôte, l’Église nous fera gravir les marches des diverses vertus par lesquelles nous devenons de plus en plus fidèles au Saint-Esprit, mais dès maintenant supplions la Très Sainte Vierge et par le Rosaire demandons-lui la fidélité au Saint-Esprit qui la couvrit de son ombre pour l’Incarnation de Jésus, le Fils de Dieu, le Verbe éternel.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
Lecture recommandée : Les dons du Saint Esprit, par Dom Guéranger dans notre Bibliothèque spirituelle et doctrinale.
Vous pouvez écouter un sermon de Mgr Lefebvre La Vierge Marie et l’Esprit Saint 1989
