Mes bien chers Frères,
Très pris par un stage des jeunes Amis du Sacré Coeur, je n’ai pu étudier pour vous donner un sermon correct. Voici en guise de sermon une conférence spirituelle de Mgr Lefebvre sur le Christ dans la Sainte Trinité ce qui convient bien en ce temps de l’Ascension.
Que Dieu vous bénisse par Marie !
Nous continuons donc notre étude sur Notre-Seigneur, Notre-Seigneur dans sa divinité, et donc dans ses relations dans la Trinité Sainte. Je crois que cette méditation, si je puis dire, de ces considérations, je l’espère, vous aide à mieux comprendre ce qu’est Notre-Seigneur pour nous, et doit nous aider à mieux comprendre ce qu’est l’œuvre de Notre-Seigneur et, en même temps, la grandeur, la sublimité de Notre-Seigneur afin que nous nous attachions toujours davantage à Lui, que nous Le suivions, que nous nous abandonnions pleinement à Lui, afin que notre vie soit vraiment une vie chrétienne, une vie attachée à Notre-Seigneur Jésus-Christ, une vie Il le demande Lui-même dans l’Evangile. Il dit qu’il faut qu’Il vive en nous, et que nous nous vivions en Lui.
Si nous voulons apprécier, je dirais, ce qu’est Notre-Seigneur, il nous faut donc considérer tous les aspects sous lesquels Notre-Seigneur se présente à nous, et en particulier alors, dans la très Sainte Trinité.
Comment l’Evangile peut-il nous aider à mieux comprendre ce qu’est Notre-Seigneur dans la Trinité Sainte ? Et bien je pense qu’un des passages les plus significatifs, c’est celui de la première épître de Saint Jean, lorsque Saint Jean nous parle de la charité, dans son ch.IV, verset 12ème :
Personne n’a jamais vu Dieu. Mais si nous nous aimons les uns, les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous. Nous connaissons que nous demeurons en lui et qu’il demeure en nous, en ce qu’il nous donne de son Esprit.
Et nous, nous avons contemplé et nous attestons que le Père nous a envoyé le Fils comme Sauveur du monde.
Celui qui confessera que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu.
Rien que cela déjà nous montre la place de Notre-Seigneur donc dans la très Sainte Trinité, et par rapport à nous parce que, par la simple confession de la divinité de Notre-Seigneur, si elle est faite avec une foi véritable évidemment, et bien Dieu demeure en nous, et nous nous demeurons en Dieu.
Nous, nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est Amour, et celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu demeure en lui.
Deus caritas est. Je pense qu’il est bon de méditer un peu ce passage de la Sainte Ecriture, ce passage de l’épître de Saint-Jean. En demandant particulièrement à Saint Thomas ce qu’est la charité. Saint Thomas donne la qualité particulière de la charité, il la définit en ces termes : Caritas est diffusivum sui, c’est-à-dire : de soi, la charité sort de la Personne, voyez, car la charité se donne.
Ce serait contraire à la charité qu’elle se retienne, en quelque sorte, ou qu’elle ait un certain égoïsme. C’est le contraire de l’égoïsme, exactement le contraire ! La charité tend à donner ce qu’elle a, à donner ce qu’elle est. Et bien si, précisément, c’est cela la charité, et que Dieu est charité, alors je dirais, dans une certaine mesure, on comprend mieux que Dieu ait engendré un Fils, et que le Fils et le Père aient engendré l’Esprit-Saint. Puisque Dieu est charité, il est impossible, quasiment impossible, qu’Il ne se donne pas. Et, se donnant, Il se donne de telle manière que le Fils qu’Il engendre est égal à Lui-même. Donc on peut dire que Dieu est vraiment, pleinement charité, puisqu’Il ne retient rien de Lui-même. Il ne retient rien à ce point que Celui qu’Il engendre de toute éternité est égal à Lui-même, égal au Père. Donc on ne peut pas accuser le Père d’égoïsme, de se donner à moitié de se donner un peu, de se donner dans une certaine mesure, non ! Le Père se donne tellement à son Fils qu’Il engendre de toute éternité un Fils égal à Lui, sans aucune différence, sans aucune distinction. La seule distinction, c’est précisément que le Fils vient du Père. Mais le Père lui donnant tout de toute éternité, le Fils est absolument égal au Père. Evidemment c’est un mystère, bien sûr, mais je pense que l’Ecriture elle-même nous invite à étudier ce qu’est la charité puisqu’elle définit Dieu : charité ; et que le propre de la charité, c’est précisément de se donner.
Et alors il serait anormal aussi, d’une certaine manière, que le Fils étant Lui aussi charité – puisque Dieu est Charité et le Fils est Dieu, donc Il doit avoir aussi en lui la charité – que de Lui ne procède rien, et donc, je dirais, qu’Il ne se donne pas Lui-même ! Donc, si le Père était charité, et que si aucune autre Personne ne procédait du Fils, on pourrait dire : – Oui, le Père est charitable, mais le Fils ne l’est pas. Le Fils n’est pas vraiment charité, comme le dit l’Evangile ! Puisque Dieu est charité, donc le Fils est aussi charité.
Et du Fils précisément, procède Celui qui représente l’Amour du Père et du Fils entre eux. Cela produit une troisième Personne qui est le Saint-Esprit, l’exemple le plus parfait de la charité entre le Père et le Fils. Et là aussi, l’Esprit-Saint est égal au Père et au Fils. Cette troisième Personne qui procède des deux autres est égale au Père et au Fils. Donc, on peut vraiment concevoir qu’il y a là l’expression, à l’intérieur de la Sainte Trinité, de la charité la plus parfaite que l’on puisse imaginer.
Et cette considération, encore une fois, se base sur l’Evangile lui-même, et sur la simple notion de ce qu’est la charité et nous explique aussi que la mission qui est donnée à Notre-Seigneur, la mission qui est donnée également au Saint-Esprit est une mission de charité. Ça ne peut pas être autre chose. Si Dieu est charité, que peut-Il faire d’autre que de diffuser la charité qui est en Lui. Non seulement à l’intérieur même de la Trinité, dans les opérations ad intra, mais aussi dans les opérations ad extra, qui sont toute la Création, toute la Rédemption, enfin tout ce que Dieu a donné à ses créatures. Ça ne peut être que l’expression de la charité. Il est donc impossible, inconcevable, que la Création ne soit pas une œuvre de charité, et que les créatures que le Bon Dieu a créées, et surtout les créatures spirituelles qui sont créées à son image, ne soient pas créées aussi dans cette définition, je dirais, dans cette réalité de la charité.
Donc si nous voulons vraiment ressembler à la très Sainte Trinité, si nous voulons être le plus proche de la Sainte Trinité, c’est dans la mesure où nous serons charitables, dans la mesure où nous serons charité nous aussi, où nous pouvons nous définir charité, que nous serons davantage à Dieu. C’est évident, c’est simple, et c’est tout un programme ! Et c’est pourquoi, notre loi, notre loi fondamentale, notre loi essentielle, est une loi de charité. C’est la loi que le Bon Dieu a inscrite dans nos cœurs, a inscrite dans notre nature, c’est une loi de charité. C’est bien ce qu’a dit Notre-Seigneur. Tous les commandements se résument en deux commandements : aimer Dieu, aimer son prochain. C’est cela la charité. Dans la mesure où nous accomplissons cette loi de charité qui est en nous, nous sommes vraiment à l’image de la Sainte Trinité qui est vraiment charité.
C’est d’ailleurs Notre-Seigneur Lui-même, dans sa prière sacerdotale, qui est une prière admirable, qu’il est bon de relire souvent, la prière sacerdotale de Notre-Seigneur lorsqu’Il était seul avec ses apôtres, où Il a manifesté, je dirais encore, sa charité avant de la manifesté de manière beaucoup plus concrète par son immolation sur la croix. Et bien, Il l’a manifesté par ses paroles en s’adressant d’abord à son Père. C’est au ch.XVII de Saint Jean :
Père, l’heure est venue, glorifiez votre Fils afin que votre Fils vous glorifie puisque vous lui avez donné autorité sur toute chair, afin qu’à tous ceux que vous lui avez donnés, il donne la vie éternelle.
Voilà, c’est à la fin de sa prière sacerdotale, qu’Il dit à ses apôtres :
Père juste, le monde ne vous a pas connu, mais moi je vous ai connu et ceux-ci (les apôtres) ont connu que c’est vous qui m’avez envoyé. Je leur ai fait connaître votre Nom et je le leur ferai connaître afin que l’amour dont vous m’avez aimé soit en eux et que je sois, moi aussi, en eux.
« Afin que l’amour dont vous m’avez aimé », donc cet amour éternel qui engendre le Fils Lui-même, qui est cet amour du Père, qui est la cause même, je dirais, du Fils, si on peut parler ainsi… et bien, « que cet amour dont vous m’avez aimé soit en eux et que je sois, moi aussi, en eux ». Donc, voyez, c’est donc bien le but même de cet amour que Notre-Seigneur a pour nous, c’est de nous rendre charité. C’est dans la mesure où nous observerons ces commandements, dit Notre-Seigneur, Il le dit encore dans Saint Jean, donc ces commandements d’amour, ces commandements de charité, que nous serons en Lui et que Lui sera en nous.
Et que Lui sera en nous… Qu’est-ce que cela veut dire ? Il l’explique Lui-même : lorsqu’Il envoie son Esprit-Saint : – Je ne vous laisserai pas orphelins et je viendrai en vous – donc Il s’identifie en quelque sorte, c’est son Esprit qui viendra en nous, son Esprit de charité qu’Il nous enverra ; et par le fait même, étant donné la consubstantialité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, c’est pourquoi Notre-Seigneur répète toujours : – Le Père et moi, nous viendrons en vous. Et puis ensuite, quand Il parle du Saint-Esprit : – Je viendrai en vous lorsque je vous enverrai mon Esprit. Donc c’est vraiment l’habitation de la Sainte Trinité en nous, qui réalise cette œuvre de charité qu’est Dieu Lui-même, qui ne peut, en quelque sorte, pas faire autre chose que de nous donner la charité.
Et donc voilà un petit aperçu – dans la mesure où l’on peut avoir un aperçu de la Sainte Trinité – de la place de Notre-Seigneur dans la très Sainte Trinité, et aussi de la mission qui Lui sera donnée.
La théologie catholique entend par « mission » lorsqu’elle parle des Personnes divines, dit Mgr Gaume dans son Traité du Saint-Esprit :
Lorsqu’elle parle des Personnes divines, la théologie catholique entend par mission, la destination éternelle d’une Personne de la Trinité à l’accomplissement d’une œuvre du temps, destination qui lui est donnée par la Personne de qui elle procède.
De toute éternité il était décidé que le Verbe se ferait homme et viendrait dans le monde pour le sauver. Voilà sa mission.
De toute éternité il était décidé que le Saint-Esprit viendrait dans le monde pour le sanctifier. Voilà sa mission.
Ainsi, dans les Personnes divines, il y a autant de Personnes divines qu’il y a de processions. Le Père n’a pas de mission parce qu’il ne procède de personne ; le Fils reçoit sa mission du Père seul parce qu’il ne procède que de lui ; le Saint-Esprit reçoit sa mission du Père et du Fils parce qu’il procède de l’un et de l’autre.
Et, en effet, ces paroles se retrouvent nettement dans la Sainte Ecriture. C’est exactement cela.
Ecoutons Saint Augustin :
Le Fils est envoyé par le Père parce qu’il a apparu dans la chair, et non le Père. Nous voyons aussi que le Saint-Esprit a été envoyé par le Fils parce qu’il dit dans Saint Jean : « Lorsque je m’en irai, je vous l’enverrai ». Et par le Père : « Le Père vous l’enverra en mon nom » dit Notre-Seigneur. Par là on voit clairement que le Père sans le Fils, ni le Fils sans le Père, n’a envoyé le Saint-Esprit. Mais il a reçu sa mission de l’un et de l’autre. Et du Père seul, on ne dit nulle part qu’il a été envoyé. La raison en est qu’il n’est ni engendré, ni procédant de personne.
Toutefois dans la Trinité, la mission n’implique aucune infériorité dans celui qui la reçoit, relativement à celui qui la donne.
Pour nous, c’est difficile de comprendre cela, mais ça n’implique aucune infériorité.
Dans le dogme catholique, le Père n’est point supérieur au Fils, et le Fils n’est point inférieur au Père. Le Fils est envoyé par celui qui l’engendre, et le Père envoie celui à qui il communique l’être.
Aussi est-il facile de comprendre qu’on puisse dire que le Fils a été envoyé, non parce que le Verbe s’est fait chair, mais pour qu’il se fît chair, et, qu’en prenant la nature, il accomplît les oracles de l’Ecriture. Dans ce sens, le Fils de Dieu n’est pas seulement envoyé comme homme de Verbe, mais est envoyé pour se faire homme.
Il y a deux sortes de mission pour le Fils et pour le Saint-Esprit : l’une visible et l’autre invisible.
Pour le Fils, la mission visible fut l’Incarnation ; pour le Saint-Esprit, son apparition au baptême de Notre-Seigneur, sur le Thabor et le jour de la Pentecôte.
Pour le Fils, la mission invisible a lieu toutes les fois qu’il vient, Sagesse infinie, Lumière surnaturelle, se communiquer à l’âme bien préparée dans laquelle il habite comme dans son temple ; pour le Saint-Esprit, la mission invisible se renouvelle chaque fois qu’il vient, Amour infini, Charité surnaturelle, se communiquer à l’âme bien préparée dans laquelle il habite comme dans son sanctuaire.
Le but de cette double mission est d’assimiler l’âme à la Personne divine qui lui est envoyée. O homme, si tu comprenais le Don de Dieu !
Dans la pensée divine, cette mission n’est pas transitoire, mais permanente. Elle l’est en effet tant que l’homme n’y met pas fin par le péché mortel. Elle n’apporte pas seulement à l’âme des lumières du Fils et les dons du Saint-Esprit, mais le Fils et le Saint-Esprit en Personnes viennent habiter en elle.
Je vous recommande ce traité du Père Frogé : L’inhabitation du Saint-Esprit dans les âmes des justes, un livre admirable qui montre comment le Saint-Esprit réalise la sanctification des âmes des justes.
Et cette mission du Fils dans l’Incarnation, et ceci c’est de Mgr Bonsirvin : Les enseignements de Jésus-Christ :
Jamais Jésus ne parle directement de son Incarnation, mais il affirme plusieurs fois qu’il a été envoyé par le Père, qu’il est venu, ou sorti, d’auprès de Dieu.
Des textes, nous dégageons les idées suivantes : si le Fils a été envoyé par le Père, c’est qu’il était auprès de lui, et qu’il est comme sorti pour venir dans le monde. Ceci est indiqué dans des textes très nets qui déterminent le sens de phrases moins explicites.
Dans Saint Jean, ch.VIII, verset 42ème : « Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car moi, c’est de Dieu que je suis sorti, et que je suis venu. – « Que je suis sorti, et que je suis venu », donc la mission de Notre-Seigneur est bien indiquée – Non, je ne suis pas venu de moi-même, mais c’est lui qui m’a envoyé ».
« C’est le Père qui m’a envoyé », et en effet la mission correspond justement à la génération du Père. Donc ce n’est pas le Fils Lui-même qui s’est envoyé, d’une certaine manière, mais le Père qui l’a envoyé. Cependant l’œuvre générale, si on peut dire, de l’Incarnation, de la Rédemption, est aussi accomplie par Dieu, et donc les trois Personnes y participent. Il n’y a jamais des œuvres qui soient absolument et complètement indépendantes, mais tout de même on peut faire une appropriation dans cette mission.
Et encore, dans Saint Jean, au ch.XVI, verset 27ème : « Vous m’avez aimé, dit-il à ses disciples et vous avez cru que je suis sorti de Dieu. Je suis sorti du Père et suis venu dans le monde. Et maintenant je quitte le monde et retourne vers le Père ».
Nous parlions hier de la mission du Fils, de la mission du Saint-Esprit, et nous citions quelques textes qui indiquent cette mission de la part du Père qui envoie son Fils.
Si le Fils a été envoyé par le Père, je vous disais, c’est qu’il était auparavant auprès de Lui et qu’Il en est comme sorti pour venir dans le monde. Il a donc conscience d’une préexistence auprès de Dieu. Je vous citais quelques textes. C’est surtout Saint Jean qui nous parle de cette mission, de cette génération. C’est vraiment l’Evangéliste qui a pénétré, on peut dire, le plus dans l’intime de la très Sainte Trinité. Il a eu des lumières extraordinaires pour nous révéler vraiment la Trinité.
Dans Saint Jean, au ch.XVII, verset 8ème :
Ils ont reconnu véritablement que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’a envoyé.
Au ch.XVIII, verset 37ème :
Moi, c’est pour cela que je suis né et que je suis venu au monde, afin de rendre témoignage à la Vérité.
Et puis au ch.VII, verset 33ème :
Pour un peu de temps encore je suis avec vous, puis je m’en vais vers celui qui m’a envoyé.
Enfin, au ch.X, verset 36ème :
Celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, vous dites qu’il blasphème parce je dis : « Je suis le Fils de Dieu ».
Quand on réunit ainsi les différents passages de la Sainte Ecriture concernant cette origine divine de Notre-Seigneur, on est quand même frappés de voir cette constance avec laquelle Notre-Seigneur affirme qu’Il vient du Père, qu’Il est envoyé par le Père, et donc qu’Il vit avec le Père. Ces textes pourraient laisser l’impression que par la mission, le Père s’est séparé du Fils ; Il l’a envoyé, donc en quelque sorte, Il s’est séparé de Lui. Mais c’est notre imagination là encore qui travaille et nous devons réformer cette pensée et c’est Notre-Seigneur qui nous le dit, dans Saint Jean encore, ch.VIII, verset 16ème :
Si je juge, mon jugement est vrai parce que je ne suis pas seul, mais moi et mon Père qui m’a envoyé.
Il a trois textes comme cela dans lesquels il montre qu’Il n’est pas seul, qu’Il est toujours avec son Père. Au ch.VIII encore de Saint Jean, verset 29ème :
Celui qui m’a envoyé est avec moi. – Voyez, c’est très clair – Il ne m’a jamais laissé seul parce que je fais toujours son bon plaisir.
Il ne peut pas le laisser seul parce qu’encore une fois, cette union consubstantielle des trois Personnes divines, fait qu’Elles sont toujours ensemble, qu’Elles ne peuvent pas se séparer. Impossible d’imaginer que le Saint-Esprit se sépare du Père et du Fils, que le Fils se sépare du Père. C’est impossible. Il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y en a pas trois.
Et un troisième texte, au ch.XVI, verset 32ème :
Voici l’heure, et nous y sommes, où vous vous disperserez chacun de son côté, me laissant tout seul. Mais je ne suis pas seul, car mon Père est avec moi.
Ces quelques phrases sont quand même très suggestives, n’est-ce pas, parce qu’enfin nous devons croire et affirmer que notre bonheur dans le ciel ce ne sera pas autre chose que de contempler la très Sainte Trinité dans la mesure où nous pourrons la connaître par la lumière de gloire que Notre-Seigneur nous donnera, par l’union avec la grâce sanctifiante de Notre-Seigneur, et bien nous participerons dans une certaine mesure à cette lumière de gloire qui fait que nous pourrons pénétrer, en quelque sorte, dans le sein de la très Sainte Trinité, et voir et contempler cette Charité infinie. C’est sûr que nous ne pourrons pas comprendre dans le sens même de comprendre, c’est-à-dire épuiser toute la nature de Dieu. C’est impossible, nous n’avons pas les moyens. Pas même la lumière de gloire ne pourra faire épuiser toutes les richesses qu’il y a en Dieu, parce qu’alors nous serions Dieu. Mais nous connaîtrons Dieu, c’est bien ce que dit aussi l’Evangile, c’est ce que dit la Sainte Ecriture, comme Il se connaît Lui-même. Ça ne veut pas dire dans la mesure où Il se connaît Lui-même, mais de la même manière où Il se connaît Lui-même. Par cette lumière de gloire, mais évidemment dans une bien faible mesure, c’est évident. Et puis encore, nous le savons par ce texte de Saint Paul : – Stella differt in claritate. Il donne comme exemple : une étoile diffère d’une autre étoile dans la luminosité, dans sa clarté. Et bien c’est la même chose pour les élus du ciel : les élus du ciel vont différer dans l’abondance de cette lumière de gloire, et donc différeront les uns des autres dans la connaissance de Dieu.
Mais quand nous pensons que toute la création, qui pour nous nous paraît un monde presque infini… Enfin, déjà la terre c’est quelque chose d’immense. Et puis ensuite, si on quitte la terre et si on survole tous les astres et tout ce monde inconnu qui nous entoure… Quand on pense que rien n’a changé pour Dieu. Toute cette création n’a rien changé pour Dieu. Ça n’a rien ajouté à Dieu, rien. Evidemment c’est un grand mystère que la création ! Ça a changé quelque chose pour nous, ça n’a rien changé pour Dieu ! Alors, Dieu est donc capable de faire des mondes comme ça infiniment, dans une mesure infinie… C’est impossible pour nous de nous faire une idée de ce qu’est Dieu véritablement. Enfin, nous ne devons pas avoir peur de nous fatiguer un jour d’être dans la présence de Dieu !… C’est encore notre imagination qui travaille, là, et qui nous trompe, n’est-ce pas !
Ce que nous savons par la révélation justement, et c’est qui est extraordinaire, c’est que nous ayons pu connaître qu’il y a trois Personnes en Dieu ! Dieu, si vous voulez, est seul comme Dieu, Il n’est pas seul comme Personne, qu’il y a trois Personnes en Dieu. Donc Dieu aime quelqu’un dans toute la mesure où Il peut l’aimer, beaucoup plus qu’Il peut nous aimer nous qui sommes des êtes limités, et en aimant, Il crée une Personne semblable à Lui. C’est une chose extraordinaire !
Et on comprend mieux même, pourquoi aussi toute la Création, qui est un effet de son Amour, un effet de l’Amour de Dieu, qui est une mission, ça se comprend bien au moins, ça. On comprend mieux aussi la mission avec laquelle est envoyé Notre-Seigneur, qui est un effet de l’Amour de Dieu pour nous, mission dont la première a été en quelque sorte la Création par laquelle tout a été fait. C’est par Notre-Seigneur, par le Verbe, que tout a été créé, non seulement par Lui mais par l’Esprit-Saint aussi, mais enfin particulièrement par le Verbe par qui tout a été fait, donc la mission de Dieu, cette mission de charité fait que Dieu a créé le monde.
Et en même temps, nous, chacun d’entre nous, nous sommes envoyés aussi. Par le fait que nous sommes créés, nous avons une mission. Cette mission n’est ni plus ni moins, je dirais, qu’une partie de la mission du Verbe, infinitésimale évidemment, nous sommes tellement peu de chose par rapport au Verbe ! Mais enfin, c’est tout de même par le fait que nous sommes conscients, que nous avons une âme, et bien nous avons une mission consciente à remplir, une mission de charité. C’est la même chose, c’est le même mouvement de charité qui envoie Notre-Seigneur et qui envoie toutes les créatures, les créatures matérielles inconsciemment, les créatures spirituelles consciemment. Nous sommes conscients de l’amour de Dieu qui réside en nous par Dieu, par la création que le Bon Dieu a faite de nous, et vers laquelle nous devons marcher, la réalisation de notre vocation. C’est notre mission, chacun a sa mission ici sur terre. Si tous les hommes seulement comprenaient qu’ils ont une mission à remplir ! C’est une chose admirable de penser que le Bon Dieu nous a créés, âmes intelligentes, volontaires, conscientes de cette mission que nous avons à remplir sur la terre, même si c’est une toute petite mission, insignifiante, qui paraît même aux yeux des hommes insignifiante, c’est quand même une mission. Une mission qui a été voulue de toute éternité par Dieu, dans la Personne du Verbe, et dans l’union Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est une chose admirable !
