Mes bien chers Frères,
Voici mon sermon. On suit Jésus par la pensée et par l’action. Qui a Jésus a tout.
Je vous souhaite à tous une bonne et sainte année au service du Christ-Roi et je vous bénis.

La Fidélité Catholique
Mes bien chers Frères,
Voici mon sermon. On suit Jésus par la pensée et par l’action. Qui a Jésus a tout.
Je vous souhaite à tous une bonne et sainte année au service du Christ-Roi et je vous bénis.
Saint Sylvestre
Septième jour de l’octave de Noël
Le nouvel An
Jusqu’ici, nous avons contemplé les martyrs au berceau de l’Emmanuel. Étienne, qui a succombé sous les cailloux du torrent ; Jean, martyr de désir, qui a passé par le feu ; les Innocents immolés par le glaive ; Thomas, égorgé sur le pavé de sa cathédrale : tels sont les champions qui font la garde auprès du nouveau Roi. Cependant, si nombreuse que soit la troupe des martyrs, tous les fidèles du Christ ne sont pas appelés à faire partie de ce bataillon d’élite ; le corps de l’armée céleste se compose aussi des confesseurs qui ont vaincu le monde, mais dans une victoire non sanglante. Si la place d’honneur n’est pas pour eux, ils ne doivent pas cependant être déshérités de l’avantage de servir leur Roi. La palme, il est vrai, n’est pas dans leurs mains ; mais la couronne de justice ceint leurs têtes. Celui qui les a couronnés se glorifie aussi de les voir à ses côtés.
Il était donc juste que la sainte Église, pour réunir, dans cette triomphante octave, toutes les gloires du ciel et de la terre, inscrivît en ces jours, sur le cycle, le nom d’un saint confesseur qui dût représenter tous les autres. Ce confesseur est Silvestre, Époux de la sainte Église Romaine, et par elle de l’Église universelle, un Pontife au règne long et pacifique, un serviteur du Christ orné de toutes les vertus, et donné au monde le lendemain de ces combats furieux qui avaient duré trois siècles, dans lesquels avaient triomphé, par le martyre, des millions de chrétiens, sous la conduite de nombreux Papes martyrs, prédécesseurs de Silvestre.
Silvestre annonce aussi la paix que le Christ est venu apporter au monde, et que les anges ont chantée en Bethléhem. Il est l’ami de Constantin, il confirme le concile de Nicée, il organise la discipline ecclésiastique pour l’ère de la paix. Ses prédécesseurs ont représenté le Christ souffrant : il figure le Christ dans son triomphe. Il complète, dans cette Octave, le caractère du divin Enfant qui vient dans l’humilité des langes, exposé à la persécution d’Hérode, et cependant Prince de la Paix, et Père du siècle futur. [1]
Lisons l’histoire de son tranquille pontificat, dans le récit de la sainte Église. La nature de cet ouvrage exclut les discussions critiques ; c’est pourquoi nous ne dirons rien des difficultés qu’on a élevées sur le fait du baptême de Constantin, à Rome, par saint Silvestre. Il suffira de rappeler que la tradition romaine, à ce sujet, est adoptée par de savants hommes, tels que Baronius, Schelestrate, Bianchini, Marangoni, Vignoli, etc.
Silvestre, Romain, fils de Rufin, fut placé, dès son bas âge, sous la discipline du prêtre Cyrinus, dont il imita parfaitement la doctrine et les mœurs. Pendant que sévissait la persécution, il vécut caché sur le mont Soracte. Âgé de trente ans, il fut créé prêtre de la sainte Église romaine par le pape Marcellin. S’étant acquitté de cet emploi d’une manière digne de louange, et surpassant en mérite les autres clercs, il succéda au pape Melchiade, sous l’empire de Constantin. Cet empereur avait auparavant, par une loi publique, donné la paix à l’Église de Jésus-Christ. Déjà marqué par le ciel du signe de la Croix, et vainqueur de Maxence, il se fit le défenseur et le propagateur de la religion chrétienne ; l’encourager dans cette voie fut la grande œuvre à laquelle s’adonna le nouveau pontife. Selon que le porte l’antique tradition de l’Église romaine, il fit reconnaître les portraits des Apôtres à l’empereur, le lava dans le bain du saint baptême, et le guérit de la lèpre de l’infidélité.
Aussi, d’après les conseils de Silvestre, le pieux empereur confirma par son exemple le droit qu’il avait accordé aux chrétiens de bâtir publiquement leurs temples ; car il éleva un grand nombre de basiliques, à savoir celle du Latran au Christ Sauveur, celle du Vatican à saint Pierre, celle de la voie d’Ostie à saint Paul, celles de saint Laurent dans l’Agro Verano, de Sainte-Croix au palais de Sessorius, des saints Pierre et Marcellin et de sainte Agnès sur les voies Lavicane et Nomentane, d’autres encore, qu’il orna splendidement d’images saintes et dota magnifiquement en possessions et privilèges. Ce fut pendant le pontificat de Sylvestre que se tint le premier concile de Nicée, dans lequel, sous la présidence de ses légats, en présence de Constantin et de trois cent dix-huit évêques, la sainte et catholique foi fut expliquée, Arius et ses sectateurs condamnés ; et ce concile fut confirmé par Silvestre, à la demande des Pères, dans un synode tenu à Rome, où Arius fut condamné de nouveau. Silvestre fit aussi plusieurs décrets avantageux à l’Église de Dieu qui sont rapportés sous son nom ; savoir : que le Chrême serait fait par l’évêque seul ; que le prêtre oindrait du Chrême le sommet de la tête du baptisé ; que les diacres se serviraient de la dalmatique dans l’Église, et porteraient sur le bras gauche un ornement de lin ; que le sacrifice de l’autel se célébrerait sur un voile de lin.
Il prescrivit également, dit-on, à tous ceux qui seraient initiés aux ordres, le temps durant lequel ils doivent exercer, chacun, les fonctions de leur ordre dans l’Église, avant de monter à un degré plus élevé. Il interdit aux laïques la fonction d’accusateur public contre les clercs, et défendit aux clercs de plaider devant les juges séculiers. Retenant seulement le nom de samedi et de dimanche, il voulut que les autres jours de la semaine fussent appelés du nom de fériés, comme il était déjà d’usage dans l’Église, pour signifier que les clercs doivent, chaque jour, vaquer uniquement au service de Dieu, et se dégager de tout autre soin. L’admirable sainteté de sa vie, et sa bonté envers les pauvres, répondirent toujours à cette prudence céleste avec laquelle il gouvernait l’Église. Il veilla à ce que les clercs pauvres vécussent en commun avec les autres clercs plus riches, et que les vierges sacrées ne manquassent pas des choses nécessaires à la vie. Il vécut dans le pontificat vingt-un ans, dix mois et un jour. Il fut enseveli au cimetière de Priscille, sur la voie Salaria. Il célébra sept ordinations au mois de décembre, dans lesquelles il créa quarante-deux prêtres, vingt-cinq diacres, et soixante-cinq évêques pour divers lieux.
D’anciens livres liturgiques de l’Italie avaient un office propre de saint Silvestre. Nous avons trouvé dans le bréviaire de l’antique Église abbatiale, aujourd’hui collégiale de Sainte-Barbe, à Mantoue, le bel office auquel nous empruntons les traits suivants, pris dans les antiennes et les répons dont il est composé.
Les flots des persécutions étant tombés, sous le bienheureux Silvestre, la religion du Seigneur Christ se propage dans toute l’étendue de l’empire romain.
Silvestre a pieusement administré toutes choses ; il a propagé la foi, et assuré liberté et confiance à la prédication évangélique dans cette ville à qui obéissent les royaumes.
Il a supporté beaucoup de tribulations, qui ont accru le mérite de sa vie ; il a établi beaucoup de règlements dans lesquels éclate sa science.
Silvestre était un homme saint : sa vie sur la terre était céleste ; et comme sa sainteté était insigne, il administra l’Église de Dieu avec une prudence digne du ciel.
Élu Pontife de Dieu, pour fuir la cruauté du tyran Maxence, il chercha une retraite sur le Soracte ; et de là, il priait le Seigneur de donner enfin la paix à son Église.
Pendant qu’il est ainsi caché, l’empereur Constantin, sur l’avertissement des apôtres Pierre et Paul, le fait appeler ; Silvestre soulage et guérit dans le bain salutaire du baptême ce prince affligé de la lèpre [du péché].
Il instruit pleinement le César Constantin dans la foi du Christ, et, le premier, consacre publiquement en église, sous le nom du Sauveur, la basilique de cet Auguste.
Tout occupé de la gloire de Dieu et du salut des hommes, Silvestre instruit le peuple des préceptes de la doctrine du salut ; il le délivre, par une merveilleuse doctrine, des atteintes du serpent plein d’artifices.
Convoquant le synode universel de Nicée, où figure un nombre mystique de pontifes, il renverse les machinations des hérétiques par la vertu de l’Esprit-Saint.
C’est là le saint pontife dans les jours duquel le Christ a donné la paix à l’Église ; et l’empire romain a incliné, sous les pieds d’un prêtre, le faite sublime de son antique gloire.
O bienheureux pontife ! Pasteur admirable de l’Église universelle, vous que le Seigneur a glorifié en présence de toutes les nations, et a élevé au-dessus du César de Rome, maintenant triomphant dans la gloire céleste, priez pour nous le Seigneur.
O lumière et splendeur éclatante ! très saint et bienheureux Silvestre, aux jours duquel la nuée des persécutions, qui menaçait le peuple fidèle, s’est dissipée, et la tranquillité de la paix a apparu, aidez-nous par vos prières ; que par elles nous jouissions éternellement du bienfait du repos.
L’Église grecque célèbre saint Silvestre par des chants d’enthousiasme. On remarquera, dans les strophes que nous empruntons à ses Menées, qu’elle rapporte à ce grand Pontife tout l’honneur de la décision de Nicée, et qu’elle l’honore comme ayant détruit l’hérésie arienne.
Père, hiérarque, Silvestre ! saintement illuminé de la lumière de sainteté, tu as éclairé les fidèles par la lueur de tes enseignements ; tu leur as fait adorer l’unité de nature en trois personnes, et tu as chassé les ténèbres des hérésies : c’est pourquoi, aujourd’hui, nous chantons avec joie, dans des hymnes splendides, ta brillante mémoire.
Père qui portes Dieu, Silvestre ! visible colonne de feu, qui t’avances d’un pas sacré, à la tête de la sainte armée ; nuée dont l’ombre protège, qui fais sortir les fidèles des erreurs de l’Égypte par tes enseignements infaillibles, nous vénérons ta glorieuse et très sacrée mémoire.
Père aux paroles divines, Silvestre ! par le torrent de tes prières, tu as arrêté et emprisonné le dragon aux mille formes. Homme admirable et sacré, tu as conduit à Dieu des multitudes de païens, tu as humilié l’audace des juifs, opérant sous leurs yeux de grands miracles : c’est pourquoi nous t’honorons et te proclamons bienheureux.
Divinement obéissant à la loi divine, divinement orné de la science des Écritures inspirées, tu as enseigné la vérité aux sages des païens ; tu leur as appris à confesser le Christ avec le Père et l’Esprit, et à répéter : Chantons au Seigneur, car il a fait éclater magnifiquement sa gloire. »
Hiérarque inspiré de Dieu, Silvestre notre père ! tu as paru donnant l’onction aux pontifes dans l’Esprit divin, et illuminant les peuples, ô homme très sacré ! Tu as mis en fuite l’erreur des hérésies, tu as fait paître le troupeau, et jaillir les eaux fertilisantes de la piété sur les moissons appelées à la connaissance de Dieu.
Par l’habileté de tes discours, tu as délié à jamais les vains nœuds de l’erreur ; ceux que l’erreur avait enchaînés, tu les as enchaînés toi-même à la divine foi, ouvrant leur âme, ô Père et bienheureux hiérarque, à l’explication des Écritures.
Tu as rendu immobile par tes prières, tu as renfermé pour jamais le serpent de malice, qui, dans son envie, infectait de son haleine ceux qui approchaient de toi, ô bienheureux. ! toi qui as imposé à la demeure des dragons le sceau de la croix, plus inviolable pour eux que les portes et les verrous.
Pontife suprême de l’Église de Jésus-Christ, vous avez donc été choisi entre tous vos frères pour décorer de vos glorieux mérites la sainte octave de la naissance de l’Emmanuel. Vous y représentez dignement le chœur immense des confesseurs, vous qui avez tenu, avec tant de vigueur et de fidélité, le gouvernail de l’Église après la tempête. Le diadème pontifical orne votre front ; et la splendeur du ciel se réfléchit sur les pierres précieuses dont il est semé. Les clefs du Royaume des cieux sont entre vos mains : et vous l’ouvrez pour y faire entrer les restes de la gentilité qui passent à la foi du Christ ; et vous le fermez aux Ariens, dans cet auguste concile de Nicée, où vous présidez par vos légats, et auquel vous donnez autorité, en le confirmant de votre suffrage apostolique. Bientôt des tempêtes furieuses se déchaîneront de nouveau contre l’Église ; les vagues de l’hérésie viendront battre la barque de Pierre ; vous serez déjà rendu au sein de Dieu ; mais vous veillerez, avec Pierre, sur la pureté de la foi romaine. Vous soutiendrez Jules, vous sauverez Libère ; et, par vos prières, l’Église romaine sera le port où Athanase trouvera enfin quelques heures de paix.
Sous votre règne pacifique, Rome chrétienne reçoit le prix de son long martyre. Elle est reconnue Reine de l’humanité chrétienne, et son empire le seul empire universel. Le fils de votre zèle, Constantin, s’éloigne de cette ville de Romulus, aujourd’hui la cité de Pierre ; la seconde majesté ne veut pas être éclipsée par la première ; et, Byzance fondée, Rome demeure aux mains de son pontife. Les temples des faux dieux croulent, et font place aux basiliques chrétiennes qui reçoivent la dépouille triomphale des saints Apôtres et des martyrs. Enfin, la victoire de l’Église sur le Prince de ce monde est marquée, ô Silvestre, par la défaite de ce dragon qui infectait les hommes de son haleine empoisonnée, et que votre bras enchaîna pour jamais.
Étant honoré de dons si merveilleux, ô Vicaire du Christ, souvenez-vous de ce peuple chrétien qui a été le vôtre. Dans ces jours, il vous demande de l’initier au divin mystère du Christ Enfant. Par le sublime symbole qui contient la foi de Nicée, et que vous avez confirmé et promulgué dans toute l’Église, vous nous apprenez à le reconnaître Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, engendré et non fait, consubstantiel au Père. Vous nous conviez à venir adorer cet Enfant, comme Celui par qui toutes choses ont été faites. Confesseur du Christ, daignez nous présenter à lui, comme l’ont daigné faire les martyrs qui vous ont précédé. Demandez-lui de bénir nos désirs de vertu, de nous conserver dans son amour, de nous donner la victoire sur le monde et nos passions, de nous garder cette couronne de justice à laquelle nous osons aspirer, pour prix de notre Confession.
Pontife de la Paix, du séjour tranquille où vous vous reposez, considérez l’Église de Dieu agitée par les plus affreuses tourmentes, et sollicitez Jésus, le Prince de la Paix, de mettre fin à de si cruelles agitations. Abaissez vos regards sur cette Rome que vous aimez et qui garde si chèrement votre mémoire ; protégez, dirigez son Pontife. Qu’elle triomphe de l’astuce des politiques, de la violence des tyrans, des embûches des hérétiques, de la perfidie des schismatiques, de l’indifférence des mondains, de la mollesse des chrétiens. Qu’elle soit honorée, qu’elle soit aimée, qu’elle soit obéie. Que la majesté du sacerdoce se relève ; que la puissance spirituelle s’affranchisse, que la force et la charité se donnent la main ; que le règne de Dieu commence enfin sur la terre, et qu’il n’y ait plus qu’un troupeau et qu’un Pasteur.
Veillez, ô Silvestre, sur le sacré dépôt de la foi que vous avez conservé avec tant d’intégrité ; que sa lumière triomphe de tous ces faux et audacieux systèmes qui s’élèvent de toutes parts, comme les rêves de l’homme dans son orgueil. Que toute intelligence créée s’abaisse sous le joug des mystères, sans lesquels la sagesse humaine n’est que ténèbres ; que Jésus, Fils de Dieu, Fils de Marie, règne enfin, par son Église, sur les esprits et sur les cœurs.
Priez pour Byzance, autrefois appelée la nouvelle Rome, et devenue sitôt la capitale des hérésies, le triste théâtre de la dégradation du christianisme. Obtenez que les temps de son humiliation soient abrégés. Qu’elle revoie les jours de l’unité ; qu’elle consente enfin à honorer le Christ dans son Vicaire ; qu’elle obéisse, afin d’être sauvée. Que les races égarées et perdues par son influence, recouvrent cette dignité humaine que la pureté de la foi seule maintient, que seule elle peut régénérer.
Enfin, ô vainqueur de Satan, retenez le Dragon infernal dans la prison où vous l’avez enfermé ; brisez son orgueil, déjouez ses plans ; veillez à ce qu’il ne séduise plus les peuples ; mais que tous les enfants de l’Église, selon la parole de Pierre, votre prédécesseur, lui résistent par la force de leur foi.[2]
Considérons, dans ce septième jour de l’octave de Noël, le Sauveur qui nous est né, enveloppé des langes de l’enfance. Les langes sont la livrée de la faiblesse ; l’enfant qu’ils couvrent n’est pas encore un homme ; il n’a pas encore de vêtement à lui. Il attend qu’on le délie ; et ses mouvements ne deviennent libres que par le secours d’autrui. Ainsi a paru sur la terre, captif dans notre infirmité, celui qui donne la vie et le mouvement à toute créature.
Contemplons Marie, enveloppant avec un tendre respect les membres du Dieu son Fils dans ces langes, et adorant les abaissements qu’il est venu chercher en ce monde, pour sanctifier tous les âges de l’homme, sans oublier le plus faible et le plus dépendant. Telle était la plaie de notre orgueil, qu’il lui fallait un si extrême remède. Comment maintenant refuserions-nous d’être enfants, lorsque Celui qui vient nous en intimer le précepte, daigne joindre à sa parole un exemple si entraînant ? Nous vous adorons, ô Jésus ! dans les langes de la faiblesse, et nous aspirons à vous devenir semblables en tout.
« Ne vous scandalisez donc pas, mes Frères, dit le pieux Abbé Guerric, de cette livrée si humble : que l’œil de votre foi n’en soit pas troublé. De même que Marie enveloppe son Fils de cette vile couverture, ainsi la Grâce, votre mère, couvre d’ombres et de symboles la vérité et la secrète majesté de ce Verbe divin. Quand je vous annonce par mes paroles cette
« Vérité qui est le Christ, que fais-je autre chose qu’envelopper le Christ lui-même sous d’humbles langes ? Heureux cependant celui aux yeux duquel le Christ, sous ces haillons, ne semble pas vil ! Que votre piété contemple donc le Christ dans les langes dont sa Mère le couvre, afin de mériter de voir, dans l’éternelle félicité, la gloire et l’éclat dont le Père l’a revêtu comme son Fils unique. »
Célébrons encore la joyeuse Naissance, en empruntant à nos anciens Missels Romains-Français cette antique Prose, où respire la piété des siècles de foi.
Au Seigneur nouveau-né, tous les êtres en chœur chantent un pieux hommage.
Chaque parole a pour accord la mélodie de l’orgue.
Jour sacré, dans lequel des joies nouvelles sont accordées au monde avec plénitude.
En cette nuit sublime, la Gloire à Dieu a retenti par la voix des Anges.
Au milieu de la nuit, des clartés inouïes ont éclaté aux yeux des bergers.
Pendant qu’ils gardent leurs troupeaux, soudain ils entendent le message divin :
En cette nuit sublime, la Gloire à Dieu a retenti par la voix des Anges.
Au ciel, gloire immense, et paix sur la terre.
Il est né de la Vierge féconde, Celui qui est avant les siècles.
Donc, milice des cieux, éclate dans les plus bruyants transports.
À ces cris de triomphe, que le monde et ses pôles soient ébranlés.
Brisé est le sceptre oppresseur de l’ennemi.
L’humanité tout entière célèbre le Dieu né en terre.
La paix est rendue à la terre ; que tout se réjouisse de la naissance de cet enfant.
En ce jour que tout rende gloire, d’une voix mélodieuse et retentissante.
Seul, il protège toutes choses ;
Seul, il gouverne tout ;
Dans sa bonté, qu’il daigne sauver tous les royaumes, et qu’il les pacifie.
Amen.
En l’honneur de la Vierge-Mère, le pieux Abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, nous fournira cette belle Prose, dans laquelle on retrouve toute la tendresse de son âme évangélique.
Ciel, réjouis-toi ; terre, applaudis ; que nul ne retienne la louange.
Par la Vierge l’homme remonte à son antique origine.
La Vierge a enfanté un Dieu, l’antique colère est apaisée.
La vieille discorde a fini son cours ; la gloire et la paix lui succèdent.
Le pécheur se lève de son bourbier ; un Dieu est étendu sur la paille.
Une vile étable contient le Pain de la nourriture céleste.
La Vierge nourrit son Créateur, le Rédempteur qui est né d’elle.
Sous la faiblesse de l’enfance, se cache la divine Sagesse.
Du sein de la mère jaillit le lait : le cœur du Fils le répand aussi ;
Car, en prenant l’humanité, il nous donne la douceur de sa grâce.
Donc, par une douce mélodie, nous vous chantons, ô Marie !
Par nos voix religieuses, et par nos cris d’amour.
Salut, Vierge bénie, qui avez mis en fuite la malédiction.
Salut, Mère du Très-Haut, Epouse du très doux Agneau.
Vous avez vaincu le serpent, vous avez brisé sa tête,
Quand le Dieu, né de vous, l’a exterminé.
Vous êtes l’Impératrice des deux, la réparatrice de la terre.
Vers vous soupirent les hommes ; les démons maudits tremblent sous vos pieds.
Vous êtes la fenêtre, la porte, la toison, le palais, la maison, le temple, un monde ;
Lis de virginité, rose par le martyre.
Jardin fermé, fontaine des jardins, vous lavez les taches des péchés,
Purifiant ceux qui sont souillés, rendant les morts à la vie.
Dominatrice des Anges ; après Dieu, l’espérance des siècles.
Le lieu de repos du Roi, le trône de la divinité.
Étoile brillante de l’Orient, qui dissipe les ombres de l’Occident.
Aurore annonçant le soleil, jour qui ne connaît pas de nuit.
Mère de notre Père, vous enfantez Celui qui nous a créés.
Mère tendre, objet de notre confiance, réconciliez les fils avec le Père.
O Mère ! priez le Dieu né en ces jours, qu’il détruise nos péchés,
Et, après le pardon, qu’il nous donne la grâce et la gloire.
Amen.
L’année civile achève aujourd’hui son cours. À minuit, une nouvelle année se lève sur ce monde ; celle qui l’a précédée disparaît sans retour dans l’abîme de l’éternité. Notre vie fait un pas, et la fin de toutes choses approche d’autant plus.[3] La Liturgie, qui commence l’année ecclésiastique au premier dimanche de l’Avent, n’a point produit de prières spéciales dans l’Église romaine, pour accompagner ce renouvellement de l’année, au premier janvier ; mais son esprit qui répond à toutes les situations de l’homme et de la société, nous avertit de ne pas laisser passer ce moment solennel sans offrir à Dieu le tribut de nos actions de grâces, pour les bienfaits qu’il a répandus sur nous dans le cours de l’année qui vient de finir.
Rome nous donne l’exemple. Aujourd’hui, le souverain pontife se rend en pompe à l’église du Jésus, pour y assister au chant du Te Deum ; et la bénédiction du Saint-Sacrement vient confirmer cette solennelle action de grâces, et promettre de nouveaux dons. Des usages analogues ont lieu dans plusieurs de nos Églises de France.
La seule Église gothique d’Espagne avait songé à associer les sentiments que nous exprimons à l’action même du saint sacrifice ; et nous croyons être agréable à la piété de nos lecteurs, en donnant ici cette belle prière du missel mozarabe. Elle fait partie de la messe du dimanche qui précède la fête de l’Épiphanie.
Il est digne et juste que nous vous rendions grâce, Seigneur saint, Père éternel et tout-puissant, par Jésus-Christ, votre Fils, notre Seigneur, qui avant les temps né de vous, Dieu son Père, a créé le temps, avec vous et l’Esprit-Saint ; qui a daigné lui-même naître dans le temps, du sein de la Vierge Marie ; et qui, tout éternel qu’il est, a fixé les révolutions des années au moyen desquelles ce monde accomplit ses propres révolutions. Il a divisé l’année en périodes certaines et harmonieuses, suivant lesquelles le soleil, fidèle aux lois qui règlent sa course, vient répandre sur le cercle de l’année une variété sans confusion. Aujourd’hui, par l’offrande de nos dons, nous venons dédier à ce Dieu vivant, et la fin de l’année écoulée, et le commencement de celle qui la suit. Par lui, nous avons traversé le cours de celle-là ; par lui, nous ouvrons le commencement de celle-ci. Nous donc, qu’une dévotion commune et sainte a rassemblés en ce commencement de l’année, nous répandons devant vous, ô lieu Père ! nos simples prières. Dans la Nativité de votre Fils, vous avez fixé le point de départ de la supputation de nos temps ; faites que cette année soit pour nous une année favorable, et que nous en passions les jours dans votre service. Couvrez la terre de moissons, rendez nos âmes et nos corps exempts de maladies et de péchés. Ôtez les scandales, repoussez les ennemis, chassez la famine, et éloignez de nos frontières tous les fléaux qui pourraient nous nuire. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
[1] Is. 9, 6
[2] 1 s. Pierre. 5, 9
[3] 1 s. Pierre 4, 7
Le huitième jour de la naissance du Sauveur est arrivé ; l’étoile qui conduit les mages approche de Bethléhem ; encore cinq jours, et elle s’arrêtera sur le lieu où repose l’enfant divin. Aujourd’hui, ce Fils de l’Homme doit être circoncis, et marquer, par ce premier sacrifice de sa chair innocente, le huitième jour de sa vie mortelle. Aujourd’hui, un nom va lui être donné ; et ce nom sera celui de Jésus, qui veut dire Sauveur. Les mystères se pressent dans cette grande journée ; recueillons-les tous, et honorons-les dans toute la religion et toute la tendresse de nos cœurs.
Mais ce jour n’est pas seulement consacré à honorer la circoncision de Jésus ; le mystère de cette circoncision fait partie d’un plus grand encore, celui de l’incarnation et de l’enfance du Sauveur ; mystère qui ne cesse d’occuper l’Église, non seulement durant cette octave, mais pendant les quarante jours du Temps de Noël. D’autre part, l’imposition du nom de Jésus doit être glorifiée par une solennité particulière, que nous célébrerons demain. Cette grande journée offre place encore à un autre objet digne d’émouvoir la piété des fidèles. Cet objet est Marie, Mère de Dieu. Aujourd’hui, l’Église célèbre spécialement l’auguste prérogative de cette divine maternité, conférée à une simple créature, coopératrice du grand ouvrage du salut des hommes.
Autrefois la sainte Église romaine célébrait deux messes au premier janvier : l’une pour l’octave de Noël, l’autre en l’honneur de Marie. Depuis, elle les a réunies en une seule, de même qu’elle a mélangé dans le reste de l’office de ce jour les témoignages de son adoration envers le Fils, aux expressions de son admiration et de sa tendre confiance envers la Mère.
Pour payer son tribut d’hommages à celle qui nous a donné l’Emmanuel, l’Église grecque n’attend pas le huitième jour de la naissance de ce Verbe fait chair. Dans son impatience, elle consacre à Marie le propre lendemain de Noël, le 26 décembre, sous le titre de Synaxe de la Mère de Dieu, réunissant ces deux solennités en une seule, en sorte qu’elle n’honore saint Etienne que le 27 décembre.
Pour nous, fils aînés de la sainte Église romaine, épanchons aujourd’hui tout l’amour de nos cœurs envers la Vierge-Mère, et conjouissons-nous à la félicité qu’elle éprouve d’avoir enfanté son Seigneur et le nôtre. Durant le saint temps de l’avent, nous l’avons considérée enceinte du salut du monde ; nous avons proclamé la souveraine dignité de cette arche de la nouvelle alliance qui offrait dans ses chastes flancs comme un autre ciel à la majesté du roi des siècles. Maintenant, elle l’a mis au jour, ce Dieu enfant ; elle l’adore ; mais elle est sa Mère. Elle a le droit de l’appeler son Fils ; et lui, tout Dieu qu’il est, la nomme en toute vérité sa Mère.
Ne nous étonnons donc plus que l’Église exalte avec tant d’enthousiasme Marie et ses grandeurs. Comprenons au contraire que tous les éloges qu’elle peut lui donner, tous les hommages qu’elle peut lui offrir dans son culte, demeurent toujours beaucoup au-dessous de ce qui est dû à la Mère du Dieu incarné. Personne sur la terre n’arrivera jamais à décrire, pas même à comprendre tout ce que cette sublime prérogative renferme de gloire. En effet, la dignité de Marie provenant de ce qu’elle est Mère d’un Dieu, il serait nécessaire, pour la mesurer dans son étendue, de comprendre préalablement la divinité elle-même. C’est à un Dieu que Marie a donné la nature humaine ; c’est un Dieu qu’elle a eu pour Fils ; c’est un Dieu qui s’est fait gloire de lui être soumis, selon l’humanité ; la valeur d’une si haute dignité dans une simple créature ne peut donc être estimée qu’en la rapprochant de la souveraine perfection du grand Dieu qui daigne ainsi se constituer sous sa dépendance. Anéantissons-nous donc en présence de la majesté du Seigneur ; et humilions-nous devant la souveraine dignité de celle qu’il s’est choisie pour mère.
Que si nous considérons maintenant les sentiments qu’une telle situation inspirait à Marie à l’égard de son divin fils, nous demeurons encore confondus par la sublimité du mystère. Ce fils, qu’elle allaite, qu’elle tient dans ses bras, qu’elle presse contre son cœur, elle l’aime, parce qu’il est le fruit de ses entrailles ; elle l’aime, parce qu’elle est mère, et que la mère aime son fils comme elle-même et plus qu’elle-même ; mais si elle vient à considérer la majesté infinie de celui qui se confie ainsi à son amour et à ses caresses, elle tremble et se sent près de défaillir, jusqu’à ce que son cœur de mère la rassure au souvenir des neuf mois que cet enfant a passés dans son sein, et du sourire filial avec lequel il lui sourit au moment où elle l’enfanta. Ces deux grands sentiments de la religion et de la maternité se confondent dans ce cœur sur ce seul et divin objet. Se peut-il imaginer quelque chose de plus sublime que cet état de mère de Dieu ; et n’avions-nous pas raison de dire que, pour le comprendre tel qu’il est en réalité, il nous faudrait comprendre Dieu lui-même, qui seul pouvait le concevoir dans son infinie sagesse, et seul le réaliser dans sa puissance sans bornes ?
Une mère de Dieu ! tel est le mystère pour la réalisation duquel le monde était dans l’attente depuis tant de siècles ; l’œuvre qui, aux yeux de Dieu, dépassait à l’infini, comme importance, la création d’un million de mondes. Une création n’est rien pour sa puissance ; il dit, et toutes choses sont faites. Au contraire, pour qu’une créature devienne mère de Dieu, il a dû non seulement intervertir toutes les lois de la nature en rendant féconde la virginité, mais se placer divinement lui-même dans des relations de dépendance, dans des relations filiales, à l’égard de l’heureuse créature qu’il a choisie. Il a dû lui conférer des droits sur lui-même, accepter des devoirs envers elle ; en un mot, en faire sa mère et être son fils.
Il suit de là que les bienfaits de cette incarnation que nous devons à l’amour du Verbe divin, nous pourrons et nous devrons, avec justice, les rapporter dans un sens véritable, quoique inférieur, à Marie elle-même. Si elle est mère de Dieu, c’est qu’elle a consenti à l’être. Dieu a daigné non seulement attendre ce consentement, mais en faire dépendre la venue de son Fils dans la chair. Comme ce Verbe éternel prononça sur le chaos ce mot fiat, et la création sortit du néant pour lui répondre ; ainsi, Dieu étant attentif, Marie prononça aussi ce mot fiat, qu’il me soit fait selon votre parole, et le propre Fils de Dieu descendit dans son chaste sein. Nous devons donc notre Emmanuel, après Dieu, à Marie, sa glorieuse mère.
Cette nécessité indispensable d’une mère de Dieu, dans le plan sublime du salut du monde, devait déconcerter les artifices de l’hérésie qui avait résolu de ravir la gloire du Fils de Dieu. Selon Nestorius, Jésus n’eût été qu’un homme ; sa mère n’était donc que la mère d’un homme : le mystère de l’incarnation était anéanti. De là, l’antipathie de la société chrétienne contre un si odieux système. D’une seule voix, l’Orient et l’Occident proclamèrent le Verbe fait chair, en unité de personne, et Marie véritablement mère de Dieu, Deipara, Theotocos, puisqu’elle a enfanté Jésus-Christ. Il était donc bien juste qu’en mémoire de cette grande victoire remportée au concile d’Éphèse, et pour témoigner de la tendre vénération des chrétiens envers la mère de Dieu, des monuments solennels s’élevassent qui attesteraient aux siècles futurs cette suprême manifestation. Ce fut alors que commença dans les Églises grecque et latine le pieux usage de joindre, dans la solennité de Noël, la mémoire de la mère au culte du fils. Les jours assignés à cette commémoration furent différents ; mais la pensée de religion était la même.
À Rome, le saint Pape Sixte III fit décorer l’arc triomphal de l’Église de Sainte-Marie ad Praesepe, de l’admirable Basilique de Sainte-Marie-Majeure, par une immense mosaïque à la gloire de la mère de Dieu. Ce précieux témoignage de la foi du cinquième siècle est arrivé jusqu’à nous ; et au milieu du vaste ensemble sur lequel figurent, dans leur mystérieuse naïveté, les événements racontés par les saintes Écritures et les plus vénérables symboles, on peut lire encore la noble inscription par laquelle le saint pontife dédiait ce témoignage de sa vénération envers Marie, mère de Dieu, au peuple fidèle : xistus episcopus plebi dei.
Des chants spéciaux furent composés aussi à Rome pour célébrer le grand mystère du Verbe fait homme par Marie. De sublimes répons, de magnifiques antiennes, ornés d’un chant grave et mélodieux, vinrent servir d’expression à la piété de l’Église et des peuples, et ils ont porté cette expression à travers tous les siècles. Entre ces pièces liturgiques, il est des antiennes que l’Église grecque chante avec nous, dans sa langue, en ces mêmes jours, et qui attestent l’unité de la foi en même temps que la communauté des sentiments, en présence du grand mystère du Verbe incarné.
Les premières vêpres de la Circoncision sont rendues plus solennelles par le chant de cinq des vénérables antiennes dont nous parlions tout à l’heure ; l’office se compose en outre des psaumes assignés, pendant toute l’année, aux vêpres de la sainte Vierge.
Le premier de ces psaumes, en célébrant la royauté, le sacerdoce et la suprême judicature de l’Emmanuel, révèle en même temps la haute dignité de celle qui l’a enfanté. Le second renferme la louange du Dieu qui élève les humbles et qui rend féconde la stérilité ; il annonce magnifiquement les grandeurs et la fécondité de Marie, mère de Dieu et mère des hommes. Les trois derniers psaumes contiennent l’éloge de Jérusalem, cité de Dieu et symbole de Marie.
Ant. Ô commerce admirable ! le créateur du genre humain, prenant un corps et une âme, a daigné naître de la Vierge, et devenu homme sans le concours de l’homme, il nous a fait part de sa divinité.
Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur :
Asseyez-vous à ma droite et régnez avec moi ;
Jusqu’à ce que, au jour de votre dernier avènement, je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.
Ô Christ ! le Seigneur, votre Père, fera sortir de Sion le sceptre de votre force : c’est de là que vous partirez pour dominer au milieu de vos ennemis.
La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l’aurore.
Le Seigneur l’a juré, et sa parole est sans repentir ; il a dit en vous parlant : Dieu-Homme, vous êtes prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech.
Ô Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c’est lui qui, au jour de sa colère,viendra juger les rois.
Il jugera aussi les nations ; il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tête de plusieurs.
Maintenant il vient dans l’humilité ; il s’abaisse pour boire l’eau du torrent des afflictions ; mais c’est pour cela même qu’un jour il élèvera la tête.
Ant. Ô commerce admirable ! Le créateur du genre humain, prenant un corps et une âme, a daigné naître de la Vierge, et devenu homme sans le concours de l’homme, il nous a fait part de sa divinité.
Ant. Quand vous naquîtes ineffablement d’une Vierge, alors s’accomplirent les Écritures. Comme la rosée sur la toison, vous descendîtes pour sauver le genre humain. Nous vous louons, ô notre Dieu !
Serviteurs du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le nom du Seigneur.
Que le nom du Seigneur soit béni, aujourd’hui et jusque dans l’éternité.
De l’aurore au couchant, le nom du Seigneur doit être à jamais célébré.
Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations ; sa gloire est par delà les cieux.
Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ?
C’est de là que, non content d’abaisser ses regards sur les choses les plus humbles dans le ciel et sur la terre, il a daigné descendre jusqu’à nous.
Du fond de son berceau, par sa vertu divine, il soulève de terre l’indigent, élève le pauvre de dessus le fumier où il languissait,
Pour le placer avec les princes, avec les princes mêmes de son peuple.
C’est lui qui fait habiter pleine de joie dans sa maison celle qui auparavant fut stérile, et qui maintenant est mère de nombreux enfants.
Ant. Quand vous naquîtes ineffablement d’une Vierge, alors s’accomplirent les Écritures. Comme la rosée sur la toison, vous descendîtes pour sauver le genre humain. Nous vous louons, ô notre Dieu !
Ant. Le buisson enflammé, mais non consumé, qui apparut à Moïse, nous l’avons reconnu dans votre virginité admirablement conservée : Mère de Dieu, intercédez pour nous.
Je me suis réjoui quand on m’a dit : Nous irons vers Marie, la maison du Seigneur.
Nos pieds se sont fixés dans tes parvis, ô Jérusalem ! notre cœur dans votre amour, ô Marie !
Marie, semblable à Jérusalem, est bâtie comme une cité : tous ceux qui habitent dans son amour, sont unis et liés ensemble.
C’est en elle que se sont donné rendez-vous les tribus du Seigneur, selon l’ordre qu’il en a donné à Israël, pour y louer le nom du Seigneur.
Là, sont dressés les sièges de la maison de David, et Marie est la fille des rois.
Demandez à Dieu, par Marie, la paix pour Jérusalem : que tous les biens soient pour ceux qui t’aiment, ô Église.
Voix de Marie : Que la paix règne sur tes remparts, ô nouvelle Sion ! et l’abondance dans tes forteresses.
Moi fille d’Israël, je prononce sur toi des paroles de paix, à cause de mes frères et de mes amis qui sont au milieu de toi.
Parce que tu es la maison du Seigneur notre Dieu, j’ai appelé sur toi tous les biens.
Ant. Le buisson enflammé, mais non consumé, qui apparut à Moïse, nous l’avons reconnu dans votre virginité admirablement conservée : Mère de Dieu, intercédez pour nous.
Ant. La tige de Jessé a fleuri ; l’étoile est sortie de Jacob ; la Vierge a enfanté le Sauveur. Nous vous louons, ô notre Dieu !
Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain travaillent ceux qui la bâtissent.
Si le Seigneur ne garde la cité, inutilement veilleront ses gardiens.
En vain vous vous lèverez avant le jour : levez-vous après le repos, vous qui mangez le pain de la douleur.
Le Seigneur donnera un sommeil tranquille à ceux qu’il aime : des fils, voilà l’héritage que le Seigneur leur destine ; le fruit des entrailles, voilà leur récompense.
Comme des flèches dans une main puissante ; ainsi seront les fils de ceux que l’on opprime.
Heureux l’homme qui en a rempli son désir : il ne sera pas confondu, quand il parlera à ses ennemis aux portes de la ville.
Ant. La tige de Jessé a fleuri ; l’étoile est sortie de Jacob ; la Vierge a enfanté le Sauveur. Nous vous louons, ô notre Dieu !
Ant. Voici que Marie nous a enfanté le Sauveur, à la vue duquel Jean s’est écrié : Voici l’agneau de Dieu ; voici celui qui ôte les péchés du monde, alleluia.
Marie, vraie Jérusalem, chantez le Seigneur : Marie, sainte Sion, chantez votre Dieu.
C’est lui qui fortifie contre le péché les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.
Il a placé la paix sur vos frontières ; il vous nourrit de la fleur du froment, Jésus, le pain de vie.
Il envoie par vous son Verbe à la terre ; sa Parole parcourt le monde avec rapidité.
Il donne la neige comme des flocons de laine : il répand les frimas comme la poussière.
Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger : qui pourrait résister devant le froid que son souffle répand ?
Mais bientôt il envoie son Verbe en Marie, et cette glace si dure se fond à sa chaleur : l’Esprit de Dieu souffle, et les eaux reprennent leur cours.
Il a donné son Verbe à Jacob, sa loi et ses jugements à Israël.
Jusqu’aux jours où nous sommes, il n’avait point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur avait pas manifesté ses décrets.
Ant. Voici que Marie nous a enfanté le Sauveur, à la vue duquel Jean s’est écrié : Voici l’agneau de Dieu ; voici celui qui ôte les péchés du monde, alleluia.
La grâce de Dieu, notre Sauveur, a apparu à tous les hommes, et nous a appris à renoncer à l’impiété et aux désirs du siècle, pour vivre avec tempérance, justice et piété, en ce monde.
On chante ensuite l’hymne du jour de Noël, Jesu, Redemptor omnium, ci-dessus.
V/. Le Verbe s’est fait chair, alleluia. R/. Et il a habité parmi nous, alleluia.
Ant. Par l’immense charité dont Dieu nous a aimés, il a envoyé son Fils sous la ressemblance de la chair de péché, alleluia.
Prions Ô Dieu, qui, par la virginité féconde de la bienheureuse Marie, avez procuré au genre humain le prix du salut éternel ; accordez-nous, s’il vous plaît, de ressentir les effets de l’intercession de celle par qui nous avons reçu l’auteur de la vie, notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec vous.
La station est à Sainte-Marie au delà du Tibre. Il était bien juste de glorifier cette basilique à jamais vénérable entre celles que la piété catholique a consacrées à Marie. La plus ancienne des Églises de Rome dédiées à la sainte Vierge, elle lui fut consacrée par saint Calliste, dès le troisième siècle, dans l’ancienne Taberna Meritoria, lieu célèbre chez les auteurs païens eux-mêmes par cette fontaine d’huile qui en sortit, sous le règne d’Auguste, et coula jusqu’au Tibre. La piété des peuples s’est plu à voir, dans cet événement, un symbole du Christ (unctus) qui devait bientôt naître ; et la basilique porte encore aujourd’hui le titre de Fons olei.
L’introït, comme la plupart des autres pièces chantées de cette messe, est celui de Noël, à la messe du jour. Il célèbre la naissance de l’enfant qui nous est né, et qui compte aujourd’hui son huitième jour.
Un enfant nous est né, et un fils nous a été donné ; il porte sur son épaule le signe de sa principauté, et il sera appelé l’ange du grand conseil. Ps. Chantez au Seigneur un cantique nouveau ; car il a opéré des merveilles. Gloire au Père. Un enfant.
Dans la collecte, l’Église célèbre la virginité féconde de la mère de Dieu, et nous montre Marie comme la source dont Dieu s’est servi pour répandre le bienfait de l’incarnation sur le genre humain. Elle représente à Dieu lui-même les espérances que nous fondons sur l’intercession de cette créature privilégiée.
Ô Dieu, qui, par la virginité féconde de la bienheureuse Marie, avez procuré au genre humain le prix du salut éternel ; accordez-nous, s’il vous plaît, de ressentir les effets de l’intercession de celle par qui nous avons reçu l’auteur de la vie, notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec vous.
Très cher fils, la grâce de Dieu notre Sauveur a apparu à tous les hommes, et nous a appris à renoncer à l’impiété et aux désirs du siècle, pour vivre avec tempérance, justice et piété, en ce monde, dans l’attente de la béatitude que nous espérons et de l’avènement glorieux du grand Dieu, Jésus-Christ, notre Sauveur, qui s’est livré lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, de nous purifier et de nous rendre un peuple agréable à ses yeux, et appliqué aux bonnes œuvres. Prêche ces vérités, et exhorte les hommes en Jésus-Christ notre Seigneur.
En ce jour où nous plaçons maintenant le renouvellement de notre année civile, les conseils du grand apôtre viennent à propos pour avertir les fidèles de l’obligation où ils sont de sanctifier le temps qui leur est donné. Renonçons donc aux désirs du siècle ; vivons avec sobriété, justice et piété ; et que rien ne nous distraie de l’attente de cette béatitude que nous espérons. Le grand Dieu et sauveur Jésus-Christ, qui apparaît en ces jours dans sa miséricorde, pour nous enseigner, reviendra dans sa gloire, pour nous récompenser. Le mouvement du temps nous avertit que ce jour approche ; purifions-nous, et devenons un peuple agréable aux yeux du rédempteur, un peuple appliqué aux bonnes œuvres.
Le graduel chante la venue du divin enfant, et invite toutes les nations à le glorifier, lui et son Père qui l’avait promis et qui nous l’envoie.
Toute l’étendue de la terre a vu le Sauveur que notre Dieu a envoyé : toute la terre, louez Dieu avec transport. V/. Le Seigneur a manifesté le Sauveur qu’il avait promis ; il a révélé sa justice aux yeux des nations.
Alleluia, alleluia. V/. Dieu ayant parlé autrefois à nos pères, en diverses manières, par les prophètes, nous a parlé, en ces derniers temps, par son Fils. Alleluia.
Évangile
La suite du saint évangile selon saint Luc. Chap. 2
En ce temps-là, le huitième jour étant venu, auquel l’enfant devait être circoncis, on lui donna le nom de Jésus, qui était celui que l’ange lui avait donné, avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère.
L’enfant est circoncis ; il n’appartient plus seulement à la nature humaine ; il devient, par ce symbole, membre du peuple choisi et voué au service de Dieu. Il se soumet à cette cérémonie douloureuse, à ce signe de servitude, pour accomplir toute justice. Il reçoit en retour le nom de Jésus ; et ce nom veut dire Sauveur ; il nous sauvera donc, mais c’est par son sang qu’il nous sauvera. Telle est la volonté divine, acceptée par lui. La présence du Verbe incarné sur la terre a pour but un sacrifice, et ce sacrifice commence déjà. Il pourrait être plein et parfait par cette seule effusion du sang d’un Dieu-Homme ; mais l’insensibilité du pécheur, dont l’Emmanuel est venu conquérir l’âme, est si profonde, que ses yeux contempleront trop souvent, sans l’émouvoir, les torrents du sang divin qui a ruisselé sur la croix. Les quelques gouttes du sang de la circoncision auraient suffi à la justice du Père ; elles ne suffisent pas à la misère de l’homme ; et le cœur du divin enfant veut par-dessus tout guérir cette misère. C’est pour cela qu’il vient ; et il aimera les hommes jusqu’à l’excès ; car il ne veut point porter en vain le nom de Jésus.
L’offertoire célèbre la puissance de l’Emmanuel. En ce moment où il nous apparaît blessé par le couteau de la circoncision, exaltons d’autant plus sa puissance, sa richesse et son indépendance. Célébrons aussi son amour ; car s’il vient partager nos plaies, c’est pour les guérir.
Les cieux et la terre sont a vous ; vous avez établi l’univers et tout ce qu’il renferme ; la justice et l’équité sont les bases de votre trône.
Après avoir reçu nos dons et nos prières, daignez, Seigneur, nous purifier par vos célestes mystères, et nous exaucer dans votre clémence. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.
Pendant la communion, l’Église se réjouit dans le nom du Sauveur qui vient, et qui remplit toute l’étendue de ce nom, en rachetant tous les habitants de la terre. Elle demande ensuite, par l’entremise de Marie, que le divin remède de la communion soit, pour nos cœurs, la guérison du péché, afin que nous puissions offrir à Dieu l’hommage de cette circoncision spirituelle dont parle l’apôtre.
Toutes les contrées de la terre ont vu le Sauveur que notre Dieu a envoyé.
Que cette communion, Seigneur, nous purifie de nos crimes, et par l’intercession de la bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu, nous fasse goûter les effets du céleste remède que nous avons reçu. Par Jésus-Christ, notre Seigneur.
Tout comme aux premières vêpres, sauf ceci :
V/. Le Seigneur a manifesté, alleluia, R/. Le Sauveur qu’il avait promis, alleluia.
Ant. Ô grand mystère de l’hérédité divine ! Le sein d’une Vierge est devenu le temple de Dieu ; Celui qui d’elle a pris chair, n’a contracté aucune souillure ; toutes les nations viendront et diront : Gloire à vous, Seigneur !
Nous réunissons ici quelques traits à la louange de la mère de Dieu, empruntés aux offices divins du jour de l’octave de Noël. Les répons suivants sont extraits des matines de la Circoncision, au bréviaire romain.
R/. Réjouissez-vous avec moi, vous qui aimez le Seigneur : * Parce que, comme j’étais petite à mes yeux, j’ai eu le bonheur de plaire au Très-Haut ; et, de mon sein, j’ai enfanté un fils qui est Dieu et homme. V/. Toutes les générations m’appelleront bienheureuse : car Dieu a daigné regarder son humble servante. * Parce que. R/. Le cœur de la Vierge a été fortifié ; à la parole de l’ange, elle a conçu les mystères divins : alors, dans ses chastes entrailles, elle a reçu le plus beau des enfants des hommes : * Et bénie à jamais, elle nous a donné celui qui est Dieu et homme. R/. Vous êtes bénie et digne de tout respect, Vierge Marie, qui, sans rien perdre de votre pureté, vous êtes trouvée la mère du Sauveur : * Il était couché dans la crèche, et il brillait au ciel. V/. Seigneur, j’ai ouï ce que vous m’avez fait entendre, et j’ai été saisi de frayeur ; j’ai considéré vos œuvres, et je me suis étonné : entre deux animaux * Il était couché dans la crèche, et il brillait au ciel. R/. Une vierge, mère sans le commerce de l’homme, a enfanté sans douleur * Le Sauveur des siècles, le roi des anges ; et seule la Vierge l’allaitait de sa mamelle que le ciel remplissait. V/. La demeure d’un sein pudique devient soudain le temple de Dieu ; la Vierge intacte et sans souillure conçoit, à la parole de l’ange, un fils, * Le Sauveur.
L’Église grecque, au 26 Décembre, jour consacré par elle à la mère de Dieu, prodigue de pompeuses louanges à Marie. Nous empruntons à ses menées les deux seules strophes qui suivent, dont la première est en même temps l’antienne de Benedictus du jour de la Circoncision, au bréviaire romain.
Un mystère admirable se manifeste aujourd’hui : les deux natures s’unissent dans un prodige nouveau ; Dieu se fait homme ; il reste ce qu’il était, il prend ce qu’il n’était pas, sans souffrir ni mélange ni division. La vigne mystique, après avoir produit sans culture la céleste grappe, la soutenait sur ses bras, comme sur ses rameaux : Tu es mon fruit, disait-elle, tu es ma vie ; je sais de toi-même que je suis encore ce que j’étais, ô mon Dieu ! car le sceau de ma virginité n’a point été brisé : c’est pourquoi je te proclame immuable et Verbe fait chair. Je n’ai point connu l’homme, mais je te reconnais pour le libérateur de la commune perdition ; je suis toujours chaste, même après ta naissance. Tel tu trouvas mon sein, tel tu l’as laissé : c’est pourquoi toute créature me chante et s’écrie : « Réjouis-toi, ô pleine de grâce ! »
Considérons, en ce huitième jour de la naissance du divin enfant, le grand mystère de la circoncision qui s’opère dans sa chair. C’est aujourd’hui que la terre voit couler les prémices du sang qui doit la racheter ; aujourd’hui que le céleste agneau, qui doit expier nos péchés, commence à souffrir pour nous. Compatissons à notre Emmanuel, qui s’offre avec tant de douceur à l’instrument qui doit lui imprimer une marque de servitude.
Marie, qui a veillé sur lui dans une si tendre sollicitude, a vu venir cette heure des premières souffrances de son fils, avec un douloureux serrement de son cœur maternel. Elle sent que la justice de Dieu pourrait ne pas exiger ce premier sacrifice, ou encore se contenter du prix infini qu’il renferme pour le salut du monde ; et cependant, il faut que la chair innocente de son fils soit déjà déchirée, et que son sang coule déjà sur ses membres délicats.
Elle voit avec désolation les apprêts de cette dure cérémonie ; elle ne peut ni fuir, ni considérer son fils dans les angoisses de cette première douleur. Il faut qu’elle entende ses soupirs, son gémissement plaintif, qu’elle voie des larmes descendre sur ses tendres joues. « Mais lui pleurant, dit saint Bonaventure, crois-tu que sa mère pût contenir ses larmes ? Elle pleura donc quant et quant elle-même. La voyant ainsi pleurer, son fils, qui se tenait debout sur le giron d’icelle, mettait sa petite main à la bouche et au visage de sa mère, comme la priant par signe de ne pas pleurer ; car celle qu’il aimait si tendrement, il la voulait voir cesser de pleurer. Semblablement de son côté, cette douce mère, de qui les entrailles étaient totalement émues par la douleur et les larmes de son enfant, le consolait par le geste et les paroles. Et de vrai, comme elle était moult prudente, elle entendait bien la volonté d’icelui, jaçoit qu’il ne parlât encore. Et elle disait : Mon fils, si vous me voulez voir cesser de pleurer, cessez vous-même ; car je ne puis, vous pleurant, ne point pleurer aussi. Et lors, par compassion pour sa mère, le petit fils désistait de sangloter. La mère lui essuyait alors les yeux, et aussi les siens à elle, et puis elle appliquait son visage sur le visage de son enfant, l’allaitait et le consolait de toutes les manières qu’elle pouvait [1]. »
Maintenant, que rendrons-nous au Sauveur de nos âmes, pour la circoncision qu’il a daigné souffrir, afin de nous montrer son amour ? Nous devrons suivre le conseil de l’apôtre [2], et circoncire notre cœur de toutes ses mauvaises affections, en retrancher le péché et ses convoitises, vivre enfin de cette nouvelle vie dont Jésus enfant nous apporte du ciel le simple et sublime modèle. Travaillons à le consoler de cette première douleur ; et rendons-nous de plus en plus attentifs aux exemples qu’il nous donne.
À la louange du Dieu circoncis, nous chanterons cette belle séquence empruntée aux anciens missels de l’Église de Paris.
Aujourd’hui, est apparue la merveilleuse vertu de la grâce, dans la circoncision d’un Dieu.
Un nom céleste, un nom de salut, le nom de Jésus lui est donné.
C’est le nom qui sauve l’homme, le nom que la bouche du Seigneur a prononcé dès l’éternité.
Dès longtemps, à la mère de Dieu, dès longtemps, à l’époux de la Vierge, un ange l’a révélé.
Nom sacré, tu triomphes de la rage de Satan et de l’iniquité du siècle.
Jésus, notre rançon, Jésus, espoir des affligés, guérissez nos âmes malades.
À tout ce qui manque à l’homme suppléez par votre nom, qui porte avec lui le salut.
Que votre circoncision épure notre cœur, cautérise ses plaies.
Que votre sang répandu lave nos souillures, rafraîchisse notre aridité, qu’il console nos afflictions.
En ce commencement d’année, pour étrennes fortunées, préparez notre récompense, ô Jésus ! Amen.
Adam de Saint-Victor nous offre, pour louer dignement la mère de Dieu, cette gracieuse composition liturgique qui a été longtemps un des plus beaux ornements des anciens missels romains-français.
Salut ! ô mère du Sauveur ! vase élu, vase d’honneur, vase de céleste grâce.
Vase prédestiné éternellement, vase insigne, vase richement ciselé par la main de la Sagesse.
Salut ! Mère sacrée du Verbe, fleur sortie des épines, fleur sans épines ; fleur, la gloire du buisson.
Le buisson, c’est nous ; nous déchirés par les épines du péché ; mais vous, vous n’avez pas connu d’épines.
Porte fermée, fontaine des jardins, trésor des parfums, trésor des aromates,
Vous surpassez en suave odeur la branche du cinnamome, la myrrhe, l’encens et le baume.
Salut ! la gloire des vierges, la médiatrice des hommes, la mère du salut.
Myrte de tempérance, rose de patience, nard odoriférant.
Vallée d’humilité, terre respectée par le soc, et abondante en moissons.
La fleur des champs, le beau lis des vallons, le Christ est sorti de vous.
Paradis céleste, cèdre que le fer n’a point touché, répandant sa douce vapeur.
En vous est la plénitude de l’éclat et de la beauté, de la douceur et des parfums.
Trône de Salomon, à qui nul trône n’est semblable, pour l’art et la matière.
En ce trône, l’ivoire par sa blancheur figure le mystère de chasteté, et l’or par son éclat signifie la charité.
Votre palme est à vous seule, et vous demeurez sans égale sur la terre et au palais du ciel.
Gloire du genre humain, en vous sont les privilèges des vertus, au-dessus de tous.
Le soleil brille plus que la lune, et la lune plus que les étoiles ; ainsi Marie éclate entre toutes les créatures.
La lumière sans éclipse, c’est la chasteté de la Vierge ; le feu qui jamais ne s’éteint, c’est sa charité immortelle.
Salut ! mère de miséricorde, et de toute la Trinité l’auguste habitation.
Mais à la majesté du Verbe incarné vous avez offert un sanctuaire spécial.
Ô Marie ! étoile de la mer, dans votre dignité suprême, vous dominez sur tous les ordres de la céleste hiérarchie.
Sur votre trône élevé du ciel, recommandez-nous à votre fils ; obtenez que les terreurs ou les tromperies de nos ennemis ne triomphent pas de notre faiblesse.
Dans la lutte que nous soutenons, défendez-nous par votre appui ; que la violence de notre ennemi plein d’audace et de fourberie cède à votre force souveraine ; sa ruse, à votre prévoyance.
Jésus ! Verbe du Père souverain, gardez les serviteurs de votre mère ; déliez les pécheurs, sauvez-les par votre grâce, et imprimez sur nous les traits de votre clarté glorieuse. Amen.
[1] – Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par saint Bonaventure. Tome 1er.
[2] – Coloss. 2, 2.
Lettre de Sœur Lucie [1]
J. M. J.
Chère Mère Martins
Pax Christi.
(…) La prière du Rosaire ou chapelet est, après la sacrée liturgie de l’Eucharistie, celle qui nous unit le plus à Dieu par la richesse des prières qui la composent, toutes venant du Ciel, dictées par le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. Le Gloria que nous récitons à tous les mystères fut dicté par le Père aux Anges lorsqu’Il les envoya chanter auprès de son Verbe qui venait de naître, et c’est une hymne à la Sainte Trinité. Le Notre Père nous fut dicté par le Fils et c’est une prière dirigée vers le Père. L’Ave Maria tout entier est imprégné de sens trinitaire et eucharistique : les premières paroles furent dictées par le Père à l’Ange lorsqu’il l’envoya annoncer le mystère de l’Incarnation du Verbe : « Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. » Vous êtes pleine de grâce parce que, en vous, réside la fontaine de cette même grâce. C’est par votre union à la Très Sainte Trinité que vous êtes pleine de grâce.
26 novembre 1970
Très Révérend Père
J’ai été très contente d’apprendre quel était votre nouvel apostolat. Je crois que c’est là le fruit d’une grande inspiration qui vient à la rencontre, me semble-t-il, de ce dont notre époque a le plus grand besoin. La décadence du monde est sans nul doute l’effet du manque d’esprit de prière. Ce fut en prévision de cette désorientation que la Vierge a recommandé avec tant d’insistance la récitation du chapelet. C’est parce que la prière du Rosaire est, après la sainte Messe, la plus apte à conserver et à augmenter la foi dans les âmes, que le démon déchaîné contre lui la guerre que l’on sait. Et nous voyons, hélas ! les ruines lamentables qu’il a provoquées. Continuer la lecture de « Lettre de sœur Lucie au père Pasquale sur le chapelet »
Du temps de Dom Guéranger, les fêtes de l’octave du Noël avaient le pas sur le dimanche et, donc, le dimanche dans l’octave n’était célébré que s’il tombait le 30 décembre. Jean XXIII a restauré l’importance du dimanche qui est célébré quel que soit le jour de l’octave où il tombe. Le commentaire de Dom Guéranger suit les anciennes règles. Nous l’avons laissé intact et à la place originelle qu’il occupe dans l’œuvre de Dom Guéranger, chacun fera aisément la transposition. (Note de l’éditeur.)
De tous les jours de l’octave de Noël, c’est le seul qui ne soit pas occupé régulièrement par une fête. Dans les octaves de l’Épiphanie, de Pâques et de la Pentecôte, l’Église est tellement absorbée de la grandeur du mystère, qu’elle écarte tous souvenirs qui l’en pourraient distraire ; dans celle de Noël, au contraire, les fêtes abondent, et l’Emmanuel ne nous est montré qu’environné du cortège de ses serviteurs. Ainsi l’Église, ou plutôt Dieu même, le premier auteur du cycle, nous a voulu faire voir combien, dans sa Naissance, l’enfant divin, Verbe fait chair, se montre accessible à l’humanité qu’il vient sauver.
Nous avons démontré plus haut que la nativité du Sauveur s’est opérée le jour du dimanche, qui est celui où Dieu créa la lumière. Ce sera aussi le dimanche que nous verrons le Christ ressusciter. Ce premier jour de la création, qui est, en même temps, le premier jour de la semaine, était consacré au soleil chez les peuples anciens ; il est devenu sacré à jamais par le double lever du Soleil de justice : Noël et Pâques le réclament tour à tour. Mais, pour des raisons particulières que nous avons exposées, si Pâques est toujours célébré le dimanche, Noël doit sanctifier successivement tous les jours de la semaine. Toutefois, le mystère de la divine naissance est mieux exprimé dans les années où son glorieux anniversaire tombe le dimanche ; dans les autres où cette coïncidence n’a pas lieu, les fidèles doivent du moins un honneur particulier à celui des jours de l’octave qui se trouve dévolu à la célébration expresse du dimanche. La sainte Église a décoré celui-ci d’une messe et d’un office particuliers, que nous allons reproduire ici, pour l’usage des fidèles.
Ce fut au milieu de la nuit que le Seigneur délivra son peuple de la captivité, par le passage de son ange, armé du glaive, sur la terre des Égyptiens ; c’est pareillement au sein du silence nocturne que l’ange du grand conseil est descendu de son trône royal, pour apporter la miséricorde sur la terre. Il est juste que l’Église, célébrant ce dernier passage, chante l’Emmanuel, revêtu de force et de beauté, qui vient prendre possession de son empire.
Tandis que le monde entier était enseveli dans le silence, et que la nuit était au milieu de sa course, votre Verbe tout-puissant, Seigneur, est descendu de son trône royal du ciel. Ps. Le Seigneur règne, il s’est revêtu de gloire : le Seigneur s’est revêtu de force, et il s’est armé. Gloire au Père. Tandis que le monde.
La sainte Église demande, dans la collecte, d’être dirigée par la règle souveraine qui a apparu dans notre divin Soleil de justice, afin d’éclairer et de conduire tous nos pas dans la voie des bonnes œuvres.
Dieu tout-puissant et éternel, dirigez nos actions selon la règle de votre bon plaisir ; afin que nous méritions de produire les bonnes œuvres avec abondance, par le nom de votre Fils bien-aimé, qui vit et règne avec vous.
Mes frères, tant que l’héritier est encore enfant, il n’est pas différent du serviteur, quoiqu’il soit le maître de tout ; mais il est sous la puissance des tuteurs et des curateurs, jusqu’au temps marqué par son père. Ainsi, lorsque nous étions encore enfants, nous étions assujettis aux premiers éléments de ce monde ; mais lorsque la plénitude du temps a été venue, Dieu a envoyé son Fils formé de la femme, et assujetti à la loi, pour racheter ceux qui étaient sous la loi, et pour nous rendre enfants d’adoption. Or, parce que vous êtes enfants de Dieu, Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie : « Père ! Père ! » Chacun de vous n’est donc plus serviteur, mais fils. Que s’il est fils, il est aussi héritier par la bonté de Dieu.
L’enfant, né de Marie, couché dans la crèche de Bethléhem, élève sa faible voix vers le Père des siècles, et il l’appelle mon Père ! Il se tourne vers nous, et il nous appelle mes frères ! Nous pouvons donc aussi, en nous adressant à son Père éternel, le nommer notre Père. Tel est le mystère de l’adoption divine, déclarée en ces jours. Toutes choses sont changées au ciel et sur la terre : Dieu n’a plus seulement un Fils, mais plusieurs fils ; nous ne sommes plus désormais, en sa présence, des créatures qu’il a tirées du néant, mais des enfants de sa tendresse. Le ciel n’est plus seulement le trône de sa gloire ; il est devenu notre héritage ; et une part nous y est assurée à côté de celle de notre frère Jésus, fils de Marie, fils d’Ève, fils d’Adam selon l’humanité, comme il est, dans l’unité de personne, Fils de Dieu selon la divinité. Considérons tour à tour l’enfant béni qui nous a valu tous ces biens, et l’héritage auquel nous avons droit par lui. Que notre esprit s’étonne d’une si haute destinée pour des créatures ; que notre cœur rende grâces pour un bienfait si incompréhensible.
Vous surpassez en beauté tous les enfants des hommes, ô Emmanuel ! la grâce est répandue sur vos lèvres. V/. Mon cœur éclate en un cantique excellent ; c’est à la gloire du Christ Roi que je dédie mes chants. Que ma langue soit semblable à la plume de l’écrivain dont la main est rapide.
Alleluia, alleluia. V/. Le Seigneur règne, il s’est revêtu de gloire : le Seigneur s’est revêtu de force, et il s’est armé. Alleluia.
En ce temps-là, Joseph et Marie, mère de Jésus, étaient dans l’admiration de ce qu’on disait de lui. Et Siméon les bénit, et il dit à Marie sa mère : Cet enfant est pour la ruine et pour la résurrection de plusieurs en Israël. Et il sera un signe de contradiction ; et un glaive transpercera votre âme, afin que les pensées de plusieurs, qui sont cachées au fond de leur cœur, soient découvertes. Il y avait aussi une prophétesse nommée Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser ; elle était fort avancée en âge, et après avoir vécu sept ans avec son mari, qu’elle avait épousé étant vierge, elle était demeurée veuve jusqu’à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne sortait pas du temple, servant Dieu nuit et jour, dans les jeûnes et les prières. Étant donc survenue à la même heure, elle se mit à louer le Seigneur et à parler de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption d’Israël. Et après qu’ils eurent accompli toutes choses selon la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur cité de Nazareth. Or, l’enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était en lui.
La marche des récits du saint évangile contraint l’Église à nous présenter déjà le divin enfant entre les bras de Siméon, qui prophétise à Marie les destinées de l’homme qu’elle a mis au jour. Ce cœur de mère, tout inondé des joies d’un si merveilleux enfantement, sent déjà le glaive annoncé par le vieillard du temple. Le fils de ses entrailles ne sera donc, sur la terre, qu’un signe de contradiction ; et le mystère de l’adoption du genre humain ne devra s’accomplir que par l’immolation de cet enfant devenu un homme. Pour nous, rachetés par ce sang, n’anticipons pas trop sur l’avenir. Nous aurons le temps de le considérer, cet Emmanuel, dans ses labeurs et dans ses souffrances ; aujourd’hui, il nous est permis de ne voir encore que l’enfant qui nous est né, et de nous réjouir dans sa venue. Écoutons Anne, qui nous parlera de la rédemption d’Israël. Voyons la terre régénérée par l’enfantement de son Sauveur ; admirons et étudions, dans un humble amour, ce Jésus plein de sagesse et de grâce qui vient de naître sous nos yeux.
Pendant l’offrande, l’Église célèbre le renouvellement merveilleux qui s’opère en ce monde et qui l’arrache à sa ruine ; elle exalte le grand Dieu qui est descendu dans l’étable, sans quitter son trône éternel.
Dieu a affermi la terre ; elle ne sera point ébranlée ; votre trône, ô Dieu ! est préparé dès l’éternité ; vous étiez avant les siècles.
Faites, s’il vous plaît, ô Dieu tout-puissant ! que cette offrande que nous mettons sous les yeux de votre majesté, nous obtienne la grâce d’une pieuse dévotion, et nous acquière la récompense d’une éternité heureuse. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Les mémoires des quatre octaves ci-dessus.
Pendant qu’elle distribue la nourriture sacrée aux fidèles, l’Église chante les paroles de l’ange à Joseph. Elle leur donne cet enfant, afin qu’ils l’emportent dans leurs cœurs, et leur recommande, de le sauver des embûches que lui tendent ses ennemis. Que le chrétien prenne donc garde qu’il ne lui soit ravi ; par sa vigilance, par ses bonnes œuvres, qu’il anéantisse de plus en plus le péché qui voudrait faire mourir Jésus dans son âme. C’est pourquoi, dans l’oraison qui vient après, l’Église demande l’extinction de nos vices et l’accomplissement de nos désirs de vertu.
Prends l’enfant et sa mère, et va dans la terre d’Israël ; car ils sont morts, ceux qui poursuivaient la vie de l’enfant.
Faites, Seigneur, par l’opération de ce mystère, que nos vices soient effacés, et nos justes désirs accomplis. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Considérons, dans ce sixième jour de la naissance de notre Emmanuel, le divin enfant étendu dans la crèche d’une étable, et réchauffé par l’haleine de deux animaux. Isaïe l’avait annoncé : Le bœuf, avait-il dit, connaîtra son maître, et l’âne la crèche de son Seigneur ; Israël ne me connaîtra pas [1]. Telle est l’entrée en ce monde du grand Dieu qui a fait ce monde. L’habitation des hommes lui est fermée par leur dureté et leur mépris : une étable lui offre seule un abri hospitalier, et il vient au jour dans la compagnie des êtres dépourvus de raison.
Mais ces animaux sont son ouvrage. Il les avait assujettis à l’homme innocent. Cette création inférieure devait être vivifiée et ennoblie par l’homme ; et le péché est venu briser cette harmonie. Toutefois, comme nous l’enseigne l’apôtre, elle n’est point restée insensible à la dégradation forcée que le pécheur lui fait subir. Elle ne se soumet à lui qu’avec résistance [2] ; elle le châtie souvent avec justice ; et au jour du jugement, elle s’unira à Dieu pour tirer vengeance de l’iniquité à laquelle trop longtemps elle est demeurée asservie [3].
Aujourd’hui, le Fils de Dieu visite cette partie de son œuvre ; les hommes ne l’ayant pas reçu, il se confie à ces êtres sans raison ; c’est de leur demeure qu’il partira pour commencer sa course ; et les premiers hommes qu’il appelle à le reconnaître et à l’adorer, sont des pasteurs de troupeaux, des cœurs simples qui ne se sont point souillés à respirer l’air des cités.
Le bœuf, symbole prophétique qui figure auprès du trône de Dieu dans le ciel, comme nous l’apprennent à la fois Ézéchiel et saint Jean, est ici l’emblème des sacrifices de la loi. Sur l’autel du temple, le sang des taureaux a coulé par torrents ; hostie incomplète et grossière, que le monde offrait dans l’attente de la vraie victime. Dans la crèche, Jésus s’adresse à son Père et dit : Les holocaustes des taureaux et des agneaux ne vous ont point apaisé ; me voici [4].
Un autre prophète annonçant le triomphe pacifique du roi plein de douceur, le montrait faisant son entrée dans Sion sur l’âne et le fils de l’ânesse [5]. Un jour cet oracle s’accomplira comme les autres ; en attendant, le Père céleste place son Fils entre l’instrument de son pacifique triomphe et le symbole de son sacrifice sanglant.
Telle a donc été, ô Jésus ! créateur du ciel et de la terre, votre entrée dans ce monde que vous avez formé. La création tout entière, qui eût dû venir à votre rencontre, ne s’est pas ébranlée ; aucune porte ne vous a été ouverte ; les hommes ont pris leur sommeil avec indifférence, et lorsque Marie vous eut déposé dans une crèche, vos premiers regards y rencontrèrent les animaux, esclaves de l’homme. Toutefois, cette vue ne blessa point votre cœur ; vous ne méprisez point l’ouvrage de vos mains ; mais ce qui afflige ce cœur, c’est la présence du péché dans nos âmes, c’est la vue de votre ennemi qui tant de fois est venu y troubler votre repos. Nous serons fidèles, ô Emmanuel, à suivre l’exemple de ces êtres insensibles que nous recommande votre prophète : nous voulons toujours vous reconnaître comme notre maître et notre Seigneur. C’est à nous qu’il appartient de donner une voix à toute la nature, de l’animer, de la sanctifier, de la diriger vers vous ; nous ne laisserons plus le concert de vos créatures monter vers vous, sans y joindre désormais l’hommage de nos adorations et de nos actions de grâces.
Pour rendre nos hommages au divin enfant, insérons ici cette séquence qui est d’Adam de Saint-Victor, et l’une des plus mystérieuses que l’on rencontre dans les missels du moyen âge.
Celui qui est la splendeur du Père et sa forme incréée, a pris la forme de l’homme.
Sa puissance, et non la nature, a rendu féconde une vierge.
Que le vieil Adam se console enfin ; qu’il chante un cantique nouveau.
Longtemps fugitif et captif, qu’il paraisse au grand jour.
Ève enfanta le deuil ; une vierge, dans l’allégresse, enfante le fruit de vie.
Et ce fruit n’a point lésé le sceau de sa virginité.
Si le cristal humide est offert aux feux du soleil, le rayon scintille au travers ;
Et le cristal n’est point rompu : ainsi n’est point brisé le sceau de la pudeur dans l’enfantement de la Vierge.
À cette naissance, la nature est dans l’étonnement, la raison est confondue.
C’est chose inénarrable, cette génération du Christ, si pleine d’amour et si humble.
D’une branche aride sont sorties la feuille, la fleur et la noix ; et de la Vierge pudique, le Fils de Dieu.
La toison a porté la rosée céleste, la créature le Créateur, rédempteur de la créature.
La feuille, la fleur, la noix, la rosée : emblèmes mystérieux de l’amour du Sauveur.
Le Christ est la feuille qui protège, la fleur qui embaume, la noix qui nourrit, la rosée de céleste grâce.
Pourquoi l’enfantement de la Vierge est-il un scandale au Juif, quand il a vu l’amandier fleurir sur une verge desséchée ?
Contemplons encore la noix ; car la noix, mise en lumière, offre un mystère de lumière.
En elle trois choses sont réunies ; elle nous présente trois bienfaits : onction, lumière, aliment.
La noix est le Christ ; l’écorce amère de la noix est la croix dure à la chair ; l’enveloppe marque le corps.
La divinité, revêtue de chair, la suavité du Christ, c’est le fruit caché dans la noix.
Le Christ, c’est la lumière des aveugles, l’onction des infirmes, le baume des cœurs pieux.
Oh ! qu’il est suave, ce mystère qui change la chair, cette herbe fragile, en divin froment pour les fidèles !
Ceux que, dans cette vie, tu nourris, ô Jésus ! sous les voiles de ton sacrement, rassasie-les un jour de l’éclat de ta face.
Coéternelle splendeur du Père, enlève-nous de ce séjour jusqu’aux joies des clartés paternelles.
Amen.
L’Église syrienne, ayant pour chantre saint Éphrem, nous offre cette hymne du saint diacre d’Édesse, à laquelle nous empruntons les strophes suivantes :
Quel mortel saura jamais le nom qu’il faut donner, Seigneur, à celle qui fut ta mère ? Vierge ? Son fils était sous les yeux de tous. Épouse ? Nul ne célébra jamais les noces charnelles avec Marie.
L’intelligence ne peut atteindre jusqu’à ta mère : qui donc pourrait te comprendre toi-même ? Si je considère Marie seule en ce monde, elle est ta mère : si je la confonds avec le reste des femmes, elle est ta sœur.
Oui, elle est vraiment ta mère, et parmi les chœurs des saintes femmes, elle est ta sœur et ton Épouse ; tu l’as honorée en toutes manières, toi, la gloire de celle qui t’enfanta.
Elle te fut donnée pour épouse avant ta venue en ce monde ; tu vins, et elle te conçut ; tout surpasse, en ce mystère, les forces de la nature : et son enfantement, et la permanence de son titre virginal.
Marie connut toutes les prérogatives de l’épouse. Sans le secours de l’homme, son fils s’anima dans son sein ; le lait des mères abonda dans ses mamelles. Tu dis, et aussitôt cette blanche fontaine jaillit, comme une source, du sein d’une terre altérée.
Soutenue par ta présence au milieu d’elle-même, ta mère trouva des forces pour te porter, et ce fardeau ne l’écrasa jamais ; elle t’offrit la nourriture, à toi qui voulais avoir faim ; elle te présenta le breuvage, à toi qui, volontairement, connaissais la soif. Désirait-elle te presser contre son cœur ? Ta tendresse lui accordait cette faveur. Tu daignais alors tempérer l’ardeur de tes feux, pour ne pas consumer sa poitrine.
[1] 1, 3.
[2] Rom. 8, 20.
[3] Sap. 5, 21.
[4] Hébr. 10, 6.
[5] Zachar. 9, 9.
Un nouveau martyr vient réclamer sa place auprès du berceau de l’Enfant-Dieu. Il n’appartient point au premier âge de l’Église ; son nom n’est point écrit dans les livres du Nouveau Testament, comme ceux d’Etienne, de Jean, et des enfants de Bethléhem. Néanmoins, il occupe un des premiers rangs dans cette légion de martyrs qui n’a cessé de se recruter à chaque siècle, et qui atteste la fécondité de l’Église et la force immortelle dont l’a douée son divin auteur. Ce glorieux martyr n’a pas versé son sang pour la foi ; il n’a point été amené devant les païens, ou les hérétiques, pour confesser les dogmes révélés par Jésus-Christ et proclamés par l’Église. Des mains chrétiennes l’ont immolé ; un roi catholique a prononcé son arrêt de mort ; il a été abandonné et maudit par le grand nombre de ses frères, dans son propre pays : comment donc est-il martyr ? comment a-t-il mérité la palme d’Étienne ? C’est qu’il a été le martyr de la liberté de l’Église.
En effet, tous les fidèles de Jésus-Christ sont appelés à l’honneur du martyre, pour confesser les dogmes dont ils ont reçu l’initiation au baptême. Les droits du Christ qui les a adoptés pour ses frères s’étendent jusque-là. Ce témoignage n’est pas exigé de tous ; mais tous doivent être prêts de rendre, sous peine de la mort éternelle dont la grâce du Sauveur les a rachetés. Un tel devoir est, à plus forte raison, imposé aux pasteurs de l’Église ; il est la garantie de l’enseignement qu’ils donnent à leur propre troupeau : aussi, les annales de l’Église sont-elles couvertes, à chaque page, des noms triomphants de tant de saints évêques qui ont, pour dernier dévouement, arrosé de leur sang le champ que leurs mains avaient fécondé, et donné, en cette manière, le suprême degré d’autorité à leur parole.
Mais si les simples fidèles sont tenus d’acquitter la grande dette de la foi par l’effusion de leur sang ; s’ils doivent à l’Église de confesser, à travers toute sorte de périls, les liens sacrés qui les unissent à elle, et par elle, à Jésus-Christ, les pasteurs ont un devoir de plus à remplir, le devoir de confesser la liberté de l’Église. Ce mot de liberté de l’Église sonne mal aux oreilles des politiques. Ils y voient tout aussitôt l’annonce d’une conspiration ; le monde, de son côté, y trouve un sujet de scandale, et répète les grands mots d’ambition sacerdotale ; les gens timides commencent à trembler, et vous disent que tant que la foi n’est pas attaquée, rien n’est en péril. Malgré tout cela, l’Église place sur ses autels et associe à saint Étienne, à saint Jean, aux saints Innocents, cet archevêque anglais du 12e siècle, égorgé dans sa cathédrale pour la défense des droits extérieurs du sacerdoce. Elle chérit la belle maxime de saint Anselme, l’un des prédécesseurs de saint Thomas, que Dieu n’aime rien tant en ce monde que la liberté de son Église ; et au 19e siècle, comme au 12e, le siège apostolique s’écrie, par la bouche de Pie VIII, comme elle l’eût fait par celle de saint Grégoire VII : C’est par l’institution même de Dieu que l’Église, épouse sans tache de l’agneau immaculé Jésus-Christ, est libre, et qu’elle n’est soumise à aucune puissance terrestre [2].
Or, cette liberté sacrée consiste en la complète indépendance de l’Église à l’égard de toute puissance séculière, dans le ministère de la parole, qu’elle doit pouvoir prêcher, comme parle l’apôtre, à temps et à contre-temps, à toute espèce de personnes, sans distinction de nations, de races, d’âge, ni de sexe ; dans l’administration de ses sacrements, auxquels elle doit appeler tous les hommes sans exception, pour les sauver tous ; dans la pratique, sans contrôle étranger, des conseils aussi bien que des préceptes évangéliques ; dans les relations, dégagées de toute entrave, entre les divers degrés de sa divine hiérarchie ; dans la publication et l’application des ordonnances de sa discipline ; dans le maintien et le développement des institutions qu’elle a créées ; dans la conservation et l’administration de son patrimoine temporel ; enfin dans la défense des privilèges que l’autorité séculière elle-même lui a reconnus, pour assurer l’aisance et la considération de son ministère de paix et de charité sur les peuples.
Telle est la liberté de l’Église : et qui ne voit qu’elle est le boulevard du sanctuaire lui-même ; que toute atteinte qui lui serait portée peut mettre à découvert la hiérarchie, et jusqu’au dogme lui-même ? Le pasteur doit donc la défendre d’office, cette sainte Liberté : il ne doit ni fuir, comme le mercenaire ; ni se taire, comme ces chiens muets qui ne savent pas aboyer, dont parle Isaïe [3]. Il est la sentinelle d’Israël ; il ne doit pas attendre que l’ennemi soit entré dans la place pour jeter le cri d’alarme, et pour offrir ses mains aux chaînes, et sa tête au glaive. Le devoir de donner sa vie pour son troupeau commence pour lui du moment où l’ennemi assiège ces postes avancés, dont la franchise assure le repos de la cité tout entière. Que si cette résistance entraîne de graves conséquences, c’est alors qu’il faut se rappeler ces belles paroles de Bossuet, dans son sublime panégyrique de saint Thomas de Cantorbéry, que nous voudrions pouvoir ici citer tout entier : « C’est une loi établie, dit-il, que l’Église ne peut jouir d’aucun avantage qui ne lui coûte la mort de ses enfants, et que, pour affermir ses droits, il faut qu’elle répande du sang. Son époux l’a rachetée par le sang qu’il a versé pour elle, et il veut qu’elle achète par un prix semblable les grâces qu’il lui accorde. C’est par le sang des martyrs qu’elle a étendu ses conquêtes bien loin au delà de l’empire romain ; son sang lui a procuré et la paix dont elle a joui sous les empereurs chrétiens, et la victoire qu’elle a remportée sur les empereurs infidèles. Il paraît donc qu’elle devait du sang à l’affermissement de son autorité, comme elle en avait donné à l’établissement de sa doctrine ; et ainsi la discipline, aussi bien que la foi de l’Église, a dû avoir ses martyrs. »
Il ne s’est donc pas agi, pour saint Thomas et pour tant d’autres martyrs de la liberté ecclésiastique, de considérer la faiblesse des moyens qu’on pourrait opposer aux envahissements des droits de l’Église. L’élément du martyre est la simplicité unie à la force ; et n’est-ce pas pour cela que de si belles palmes ont été cueillies par de simples fidèles, par de jeunes vierges, par des enfants ? Dieu a mis au cœur du chrétien un élément de résistance humble et inflexible qui brise toujours toute autre force. Quelle inviolable fidélité l’Esprit-Saint n’inspire-t-il pas à l’âme de ses pasteurs qu’il établit comme les époux de son Église, et comme autant de murs imprenables de sa chère Jérusalem ? « Thomas, dit encore l’évêque de Meaux, ne cède pas à l’iniquité, sous prétexte qu’elle est armée et soutenue d’une main royale ; au contraire, lui voyant prendre son cours d’un lieu éminent, d’où elle peut se répandre avec plus de force, il se croit plus obligé de s’élever contre, comme une digue que l’on élève à mesure que l’on voit les ondes enflées. »
Mais, dans cette lutte, le pasteur périra peut-être ? Et, sans doute, il pourra obtenir cet insigne honneur. Dans sa lutte contre le monde, dans cette victoire que le Christ a remportée pour nous, il a versé son sang, il est mort sur une croix ; et les martyrs sont morts aussi ; mais l’Église, arrosée du sang de Jésus-Christ, cimentée par le sang des martyrs, peut-elle se passer toujours de ce bain salutaire qui ranime sa vigueur, et forme sa pourpre royale ? Thomas l’a compris ; et cet homme, dont les sens sont mortifiés par une pénitence assidue, dont les affections en ce monde sont crucifiées par toutes les privations et toutes les adversités, a dans son cœur ce courage plein de calme, cette patience inouïe qui préparent au martyre. En un mot, il a reçu l’Esprit de force, et il lui a été fidèle.
« Selon le langage ecclésiastique, continue Bossuet, la force a une autre signification que dans le langage du monde. La force selon le monde s’étend jusqu’à entreprendre ; la force selon l’Église ne va pas plus loin que de tout souffrir : voilà les bornes qui lui sont prescrites. Écoutez l’apôtre saint Paul : Nondum usque ad sanguinem restitistis ; comme s’il disait : Vous n’avez pas tenu jusqu’au bout, parce que vous ne vous êtes pas défendus jusqu’au sang. Il ne dit pas jusqu’à attaquer, jusqu’à verser le sang de vos ennemis, mais jusqu’à répandre le vôtre.
Au reste, saint Thomas n’abuse point de ces maximes vigoureuses. Il ne prend pas par fierté ces armes apostoliques, pour se faire valoir dans le monde : il s’en sert comme d’un bouclier nécessaire dans l’extrême besoin de l’Église. La force du saint évêque ne dépend donc pas du concours de ses amis, ni d’une intrigue finement menée. Il ne sait point étaler au monde sa patience, pour rendre son persécuteur plus odieux, ni faire jouer de secrets ressorts pour soulever les esprits. Il n’a pour lui que les prières des pauvres, les gémissements des veuves et des orphelins. Voilà, disait saint Ambroise, les défenseurs des évêques ; voilà leurs gardes, voilà leur armée. Il est fort, parce qu’il a un esprit également incapable et de crainte et de murmure. Il peut dire véritablement à Henri, roi d’Angleterre, ce que disait Tertullien, au nom de toute l’Église, à un magistrat de l’Empire, grand persécuteur de l’Église : Non te terremus, qui nec timemus. Apprends à connaître quels nous sommes, et vois quel homme c’est qu’un chrétien : Nous ne pensons pas à te faire peur, et nous sommes incapables de te craindre. Nous ne sommes ni redoutables ni lâches : nous ne sommes pas redoutables, parce que nous ne savons pas cabaler ; et nous ne sommes pas lâches, parce que nous savons mourir. »
Mais laissons encore la parole à l’éloquent prêtre de l’Église de France, qui fut lui-même appelé aux honneurs de l’épiscopat dans l’année qui suivit celle où il prononça ce discours ; écoutons-le nous raconter la victoire de l’Église par saint Thomas de Cantorbéry :
« Chrétiens, soyez attentifs : s’il y eut jamais un martyre qui ressemblât parfaitement à un sacrifice, c’est celui que je dois vous représenter. Voyez les préparatifs : l’évêque est à l’église avec son clergé, et ils sont déjà revêtus. Il ne faut pas chercher bien loin la victime : le saint pontife est préparé, et c’est la victime que Dieu a choisie. Ainsi tout est prêt pour le sacrifice, et je vois entrer dans l’église ceux qui doivent donner le coup. Le saint homme va au-devant d’eux, à l’imitation de Jésus-Christ ; et pour imiter en tout ce divin modèle, il défend à son clergé toute résistance, et se contente de demander sûreté pour les siens. Si c’est moi que vous cherchez, laissez, dit Jésus, retirer ceux-ci. Ces choses étant accomplies, et l’heure du sacrifice étant arrivée, voyez comme saint Thomas en commence la cérémonie. Victime et pontife tout ensemble, il présente sa tête et fait sa prière. Voici les vœux solennels et les paroles mystiques de ce sacrifice : Et ego pro Deo mori paratus sum, et pro assertione justitiœ, et pro Ecclesiae libertate ; dummodo effusione sanguinis mei pacem et libertatem consequatur. Je suis prêt à mourir, dit-il, pour la cause de Dieu et de son Église ; et toute la grâce que je demande, c’est que mon sang lui rende la paix et la liberté qu’on veut lui ravir. Il se prosterne devant Dieu ; et comme dans le sacrifice solennel nous appelons les saints nos intercesseurs, il n’omet pas une partie si considérable de cette cérémonie sacrée : il appelle les saints martyrs et la sainte Vierge au secours de l’Église opprimée ; il ne parle que de l’Église ; il n’a que l’Église dans le cœur et dans la bouche ; et, abattu par le coup, sa langue froide et inanimée semble encore nommer l’Église. »
Ainsi ce grand martyr, ce type des pasteurs de l’Église, a consommé son sacrifice ; ainsi il a remporté la victoire ; et cette victoire ira jusqu’à l’entière abrogation de la coupable législation qui devait entraver l’Église, et l’abaisser aux yeux des peuples. La tombe de Thomas deviendra un autel ; et au pied de cet autel, on verra bientôt un roi pénitent solliciter humblement sa grâce. Que s’est-il donc passé ? La mort de Thomas a-t-elle excité les peuples à la révolte ? le martyr a-t-il rencontré des vengeurs ? Rien de tout cela n’est arrivé. Son sang a suffi à tout. Qu’on le comprenne bien : les fidèles ne verront jamais de sang-froid la mort d’un pasteur immolé pour ses devoirs ; et les gouvernements qui osent faire des martyrs en porteront toujours la peine. C’est pour l’avoir compris d’instinct, que les ruses de la politique se sont réfugiées dans les systèmes d’oppression administrative, afin de dérober habilement le secret de la guerre entreprise contre la liberté de l’Église. C’est pour cela qu’ont été forgées ces chaînes non moins déliées qu’insupportables, qui enlacent aujourd’hui tant d’Églises. Or, il n’est pas dans la nature de ces chaînes de se dénouer jamais ; elles ne sauraient être que brisées ; mais quiconque les brisera, sa gloire sera grande dans l’Église de la terre et dans celle du ciel ; car sa gloire sera celle du martyre. Il ne s’agira ni de combattre avec le fer, ni de négocier par la politique ; mais de résister en face et de souffrir avec patience jusqu’au bout.
Écoutons une dernière fois notre grand orateur, relevant ce sublime élément qui a assuré la victoire à la cause de saint Thomas :
« Voyez, mes frères, quels défenseurs trouve l’Église dans sa faiblesse, et combien elle a raison de dire avec l’apôtre : Cum infirmor, tunc potens sum. Ce sont ces bienheureuses faiblesses qui lui donnent cet invincible secours, et qui arment en sa faveur les plus valeureux soldats et les plus puissants conquérants du monde, je veux dire, les saints martyrs. Quiconque ne ménage pas l’autorité de l’Église, qu’il craigne ce sang précieux des martyrs, qui la consacre et la protège. »
Or, toute cette force, toute cette victoire émanent du berceau de l’Enfant-Dieu ; et c’est pour cela que Thomas s’y rencontre avec Étienne. Il fallait un Dieu anéanti, une si haute manifestation d’humilité, de constance et de faiblesse selon la chair, pour ouvrir les yeux des hommes sur la nature de la véritable force. Jusque-là on n’avait soupçonné d’autre vigueur que celle des conquérants à coups d’épée, d’autre grandeur que la richesse, d’autre honneur que le triomphe ; et maintenant, parce que Dieu venant en ce monde a apparu désarmé, pauvre et persécuté, tout a changé de face. Des cœurs se sont rencontrés qui ont voulu aimer, malgré tout, les abaissements de la crèche ; et ils y ont puisé le secret d’une grandeur d’âme que le monde, tout en restant ce qu’il est, n’a pu s’empêcher de sentir et d’admirer.
Il est donc juste que la couronne de Thomas et celle d’Étienne, unies ensemble, apparaissent comme un double trophée aux côtés du berceau de l’enfant de Bethléhem ; et quant au saint archevêque, la providence de Dieu a marqué divinement sa place sur le cycle, en permettant que son immolation s’accomplît le lendemain de la fête des saints Innocents, afin que la sainte Église n’éprouvât pas d’incertitude sur le jour qu’elle devrait assigner à sa mémoire. Qu’il garde donc cette place si glorieuse et si chère à toute l’Église de Jésus-Christ ; et que son nom reste, jusqu’à la fin des temps, la terreur des ennemis de la liberté de l’Église, l’espérance et la consolation de ceux qui aiment cette liberté que le Christ a acquise aussi par son sang.
Nous entendrons maintenant la sainte Église, dans ses divins offices, raconter les actions et les souffrances de saint Thomas de Cantorbéry.
Thomas, né à Londres, en Angleterre, succéda à Thibault, évêque de Cantorbéry. Il avait exercé auparavant, et avec honneur, la charge de chancelier, et il se montra fort et invincible dans l’office de l’épiscopat. Henri II, roi d’Angleterre, ayant voulu, dans une assemblée des prélats et des grands de son royaume, porter des lois contraires à l’intérêt et à la dignité de l’Église, Thomas s’opposa à la cupidité du roi avec tant de constance, que, n’ayant voulu fléchir, ni devant les promesses ni devant les menaces, il se vit obligé de se retirer secrètement, parce qu’il allait être emprisonné. Bientôt tous ses parents, ses amis et ses partisans furent chassés du royaume, après qu’on eut fait jurer à tous ceux dont l’âge le permettait, d’aller trouver Thomas, afin d’ébranler, par la vue de l’état pitoyable des siens, cette sainte résolution, qui n’avait pu être arrêtée par celle de ses propres intérêts. Il n’eut égard ni à la chair ni au sang, et aucune faiblesse humaine n’ébranla sa constance pastorale.
Il se rendit auprès du pape Alexandre III, qui le reçut avec bonté, et le recommanda aux moines du monastère de Pontigny, Ordre de Citeaux, chez lesquels il se rendit. Henri, l’ayant connu, écrivit des lettres menaçantes au Chapitre de Citeaux, à l’effet de faire chasser Thomas du monastère de Pontigny. Le saint homme, craignant que cet ordre n’eût à souffrir quelque persécution à cause de lui, se retira de lui-même, et, sur l’invitation de Louis, roi de France, il alla demeurer auprès de lui. Il y resta jusqu’à ce que, par l’intervention du souverain pontife et du roi, il fut rappelé de l’exil, et rentra en Angleterre, à la grande satisfaction du royaume entier. Comme il s’appliquait, sans rien craindre, à remplir les devoirs d’un bon pasteur, des calomniateurs viennent rapporter au roi qu’il entreprend beaucoup de choses contre le royaume et la tranquillité publique : en sorte que ce prince se plaignait souvent de ce que, dans tout son royaume, il n’y avait qu’un évêque avec qui il ne pût avoir la paix.
Ces paroles du roi ayant fait croire à quelques détestables satellites qu’ils lui feraient un grand plaisir, s’ils exterminaient Thomas, ils se rendirent secrètement à Cantorbéry, et allèrent attaquer l’évêque dans l’église même où il célébrait l’office des vêpres. Les clercs voulant leur fermer l’entrée de l’église, Thomas accourut aussitôt, et ouvrit lui-même la porte en disant aux siens : « L’Église de Dieu ne doit pas être gardée comme un camp ; pour moi, je souffrirai volontiers la mort pour l’Église de Dieu. » Puis s’adressant aux soldats : « De la part de Dieu, dit-il, je vous défends de toucher à aucun des miens. » Il se mit ensuite à genoux, et, après avoir recommandé l’Église et soi-même à Dieu, à la bienheureuse Marie, à saint Denys et aux autres saints patrons de sa cathédrale, il présenta sa tête au fer sacrilège avec la même constance qu’il avait mise à résister aux lois très injustes du roi. Ceci arriva le quatre des calendes de janvier, l’an du Seigneur onze cent soixante-onze ; et la cervelle du martyr jaillit sur le pavé de l’église. Dieu l’ayant bientôt illustré par un grand nombre de miracles, le même pape Alexandre le mit au nombre des saints.
La liturgie de l’Église d’Angleterre rendait à saint Thomas un culte plein de tendresse et d’enthousiasme. Nous extrairons plusieurs pièces de l’ancien bréviaire de Salisbury, et nous donnerons d’abord un ensemble formé de la plupart des antiennes des matines et des laudes. Tout l’office est rimé, suivant l’usage du 13e siècle, auquel ces compositions appartiennent.
Thomas, élevé au souverain sacerdoce, se trouve tout à coup changé en un autre homme.
Sous ses vêtements de clerc, il revêt secrètement le cilice du moine ; plus fort que la chair, il réprime les révoltes de la chair.
Agriculteur fidèle, il arrache les ronces du champ du Seigneur ; de ses vignes il repousse et il chasse les renards.
Il ne souffre point que les loups dévorent les agneaux, ni que les animaux malfaisants traversent le jardin confié à sa garde.
On l’exile ; ses biens sont la proie des méchants ; mais, au milieu du feu de la tribulation, Thomas n’est pas atteint.
Des satellites de Satan pénètrent dans le temple ; ils en font le théâtre d’un forfait inouï.
Thomas marche au-devant des épées menaçantes ; il ne cède ni aux menaces, ni aux glaives, pas même à la mort.
Lieu fortuné, heureuse église où vit la mémoire de Thomas ! heureuse terre qui a produit un tel prélat ! heureuse contrée qui, avec amour, recueillit son exil !
Le grain tombe, et c’est pour produire une abondance de froment ; le vase d’albâtre est brisé, et c’est pour répandre la suavité du parfum.
L’univers entier s’empresse à témoigner son amour pour le martyr ; ses prodiges multipliés excitent en tout lieu l’étonnement.
Les pièces qui suivent ne sont pas moins dignes de mémoire, pour l’affection et la confiance qu’elles expriment à notre grand martyr.
Ant. Le pasteur immolé, au milieu de son troupeau achète la paix au prix de son sang. Ô douleur pleine d’allégresse ! ô joie remplie de tristesse ! par la mort du pasteur, le troupeau respire ; la mère en pleurs applaudit à son fils, vivant et victorieux sous le glaive.
R/. Cesse tes plaintes, ô Rachel cesse de pleurer sur la fleur de ce monde, que le monde a brisée ; Thomas immolé, enseveli est un nouvel Abel qui succède à l’ancien.
Ant. Salut, Thomas ! sceptre de justice, splendeur du monde, vigueur de l’Église, amour du peuple, délices du clergé. Tuteur fidèle du troupeau, salut ! daignez sauver ceux qui applaudissent à votre gloire.
Nous empruntons au même bréviaire de Salisbury le répons qui suit. Il est remarquable, dans sa forme, par l’insertion d’une prose entière, en manière de verset, après laquelle la réclame revient, selon l’usage du 14e siècle. Nous n’avons pas besoin de relever la beauté naïve de cette pièce liturgique.
R/. L’épi succombe opprimé par la paille ; le juste est immolé par l’épée des méchants : * Il échange contre le ciel cette demeure de boue. V/. Le gardien de la vigne succombe dans la vigne même, le capitaine dans son camp, le cultivateur dans son aire. * Il échange contre le ciel cette demeure de boue.
Prose
Que le pasteur fasse retentir la trompette de force ;
Qu’il réclame la liberté de la vigne du Christ,
De cette vigne que le Christ, sous le manteau de la chair, a choisie pour sienne.
Qu’il a affranchie par le sang de sa croix.
Une brebis égarée s’est élevée contre Thomas,
Elle s’est baignée dans le sang du pasteur immolé.
Le pavé de marbre de la maison du Christ
S’est rougi d’un sang précieux.
Le martyr, décoré de la couronne de vie,
Semblable au grain dégagé de la paille,
Est transféré dans les greniers divins.
* Il échange contre le ciel cette demeure de boue.
L’Église de France témoigna aussi par la liturgie sa vive admiration pour l’illustre martyr. Adam de Saint-Victor composa jusqu’à trois séquences pour célébrer un si noble triomphe. Nous donnerons ici les deux plus belles. Elles respirent la plus ardente sympathie pour le sublime athlète de Cantorbéry, et montrent à quel point était chère la liberté de l’Église aux fidèles de ces temps, et comment la cause dont saint Thomas fut le martyr était regardée alors comme celle de la société chrétienne tout entière. Obligé de nous restreindre, nous regrettons de ne pouvoir insérer ici la belle prose des missels de Liège : Laureata novo Thoma.
Réjouis-toi, Sion, et sois dans l’allégresse ; par tes chants, par tes vœux, éclate dans une solennelle réjouissance.
Ton pasteur Thomas est égorgé ; pour toi, ô Christ ! il est immolé, comme une hostie salutaire.
Archevêque et légat, nul degré d’honneur n’a enflé son âme.
Dispensateur fidèle du souverain roi, pour avoir défendu son troupeau, il est condamné à l’exil.
Il combat avec les armes du pasteur ; il est ceint du glaive spirituel ; il a mérité le triomphe.
Pour la loi de son Dieu, pour le salut de ses brebis, il a voulu combattre et mourir.
Privée de son chef, veuve de son pasteur, Cantorbéry se lamentait.
Plus heureuse et battant des mains, la Gaule sénonnaise saluait un si grand homme.
Par son absence est affaiblie, foulée aux pieds, la liberté de l’Église.
Ainsi, tu nous quittas, ô pasteur ! Mais rien ne te fit reculer du vrai sentier de la justice.
Naguère, en la cour des seigneurs, tu étais le premier : tu occupais le poste d’honneur au palais du roi.
Le vent de la faveur populaire était pour toi, et tu jouissais de ces applaudissements du siècle, qui ne durent qu’un temps.
Élevé à la prélature, tu changeas bientôt ; par un heureux échange, tu devins un homme nouveau.
Tu résistas à l’adversaire, tu t’opposas comme un mur, tu offris ta tête dans un sacrifice comme celui du Christ.
Tu as bravé la mort de ta chair, athlète triomphant !
Une palme glorieuse est dans tes mains ; des miracles inouïs l’attestent en grand nombre.
Illustre Thomas ! la perle du clergé, par tes prières efficaces, dompte les assauts de notre chair.
Afin que, enracinés dans le Christ, la vraie vigne, nous obtenions la couronne de la vie véritable. Amen.
Ô Église, ô tendre Mère, déplore dans tes chants le forfait commis naguère par la Grande-Bretagne.
Ô France, sois émue de compassion ; le ciel lui-même, la terre et les mers, pleurent sur ce crime exécrable.
Oui, l’Angleterre a commis un crime qu’on n’ose raconter, un forfait immense et qui saisit d’horreur. Elle a condamné son propre père ; elle l’a massacré sur son siège, auquel il venait d’être rendu.
Thomas, lui, la fleur vermeille de l’Angleterre, la gloire première de l’Église, a été immolé dans le temple de Cantorbéry ; prêtre et victime, il a succombé pour la justice.
Entre le temple et l’autel, sur le seuil même de l’église, on l’a atteint, mais non vaincu ; le voile du temple a été fendu en deux par le glaive. Élisée a reçu le coup sur sa tête vénérable ; Zacharie a été égorgé ; la paix qui venait de se conclure a été violée ; et les chants d’allégresse se sont changés en lamentations.
Le lendemain de la fête des Innocents, le pontife innocent comme eux est traîné à la mort ; on le frappe, on répand sa cervelle sur le pavé avec la pointe du glaive. Le temple acquiert une nouvelle gloire par le sang qui rougit ses dalles, au moment où le pontife revêt la robe empourprée du martyre.
La fureur des meurtriers est au comble ; ils ont conspiré contre la vie du juste, et leur épée s’est abattue sur sa tête en présence même du Seigneur. Le pontife accomplissait l’œuvre de sanctification : là même il est sanctifié ; il immolait, et on l’immole. Il laisse ainsi aux hommes l’exemple de son sublime courage.
Cet holocauste choisi devient célèbre dans tout l’univers ; c’est le pontife lui-même offert à Dieu, comme une victime d’agréable odeur ; on a frappé sa tête à l’endroit où la couronne la rendait plus sacrée ; en retour, il a reçu une double tunique d’honneur ; et le privilège de son trône archiépiscopal est désormais reconnu.
Le Juif regarde avec insolence, le païen idolâtre poursuit de ses sarcasmes des chrétiens qui ont violé le pacte sacré, et dont la rage n’a pas su épargner même un des pères de la chrétienté. Rachel repousse les consolations ; elle pleure le fils qu’elle a vu immoler jusque sur son sein maternel, le fils dont le trépas arrache tant de larmes aux chrétiens pieux.
C’est là le pontife que le suprême architecte a placé glorieux au faite de l’édifice céleste, parce qu’il a triomphé du glaive homicide des Anglais.
Pour n’avoir pas craint la mort, pour avoir livré sa tête avec son sang, au sortir de ce séjour terrestre, il est entré pour jamais dans le Saint des Saints.
Les prodiges attestent combien fut précieuse sa mort ; que ses prières, nous soient un secours favorable pour l’éternité.
Amen.
Ainsi s’épanchait, par la voix sacrée de la liturgie, l’amour du peuple catholique pour saint Thomas de Cantorbéry. Ainsi la victoire de l’Église était-elle réputée la victoire de l’humanité elle-même, dans les siècles catholiques. Il n’entre point dans notre plan d’écrire la vie des saints dans cette Année liturgique déjà si remplie ; nous ne pourrons donc développer ici en détail le caractère de ce grand martyr de la plus sacrée des libertés. Cependant, nous croyons faire plaisir à nos lecteurs, en produisant sous leurs yeux un témoignage touchant de l’affection et de l’estime qu’avait inspirées Thomas à ceux qui avaient été témoins des vertus évangéliques de ce prélat fidèle et désintéressé, auquel le roi son ami, et plus tard son meurtrier, ne pardonna jamais de s’être démis des hautes fonctions de chancelier du royaume d’Angleterre, le jour où il fut promu à l’archevêché de Cantorbéry. La lettre qu’on va lire fut écrite par un Français, Pierre de Blois, archidiacre de Bath, et adressée aux chanoines de Beauvoir, peu de jours après le martyre du saint, quand son sang était encore chaud sur le pavé de l’Église primatiale de l’Angleterre. Cette lettre est un cri de victoire ; mais combien la victoire de l’Église, dans laquelle elle ne verse d’autre sang que le sien, est pure et paisible !
« Il est décédé, le pasteur de nos âmes, lui dont je voulais pleurer le trépas ; mais que dis-je ? il s’est retiré plutôt qu’il n’est décédé ; il s’en est allé, il n’est pas mort. En effet, la mort par laquelle le Seigneur a glorifié son saint n’est pas une mort, mais un sommeil. C’est un port, c’est la porte de la vie, l’entrée dans les délices de la patrie céleste, dans les puissances du Seigneur, dans l’abîme de l’éternelle clarté.
Prêt à partir pour un voyage lointain, il a pris a avec lui les subsides de la route, pour revenir à la pleine lune. Son âme, qui s’est retirée de son corps riche de mérites, rentrera, opulente, dans cette ancienne demeure, au jour de la résurrection générale. La mort envieuse et pleine de ruse a voulu voir si, dans ce trésor, il se trouvait quelque chose qui appartînt à son domaine. Lui, en homme prudent et circonspect, n’avait pas voulu risquer sa vraie vie. Dès longtemps il désirait la dissolution de son corps pour être avec Jésus-Christ ; dès longtemps il aspirait à sortir de ce corps de mort. Il a donc jeté un peu de poussière à la face de cette vieille ennemie, comme un tribut. C’est delà qu’est sortie cette rumeur populaire et fausse qu’une bête féroce avait dévoré Joseph. La tunique dont on l’a dépouillé n’était donc qu’une fausse messagère de sa mort ; car Joseph est vivant, et il domine sur toute la terre d’Égypte. Sa bienheureuse âme, débarrassée de l’enveloppe de cette poussière corruptible, s’est envolée libre au ciel.
Oui, il a été appelé au ciel, cet homme dont le monde n’était pas digne. Cette lumière n’est pas éteinte ; un souffle passager l’a inclinée, afin qu’elle brillât ensuite avec plus de clarté, afin qu’elle ne fût plus sous le boisseau, mais éclatât davantage aux yeux de ceux qui sont dans la maison. Aux regards des insensés il a paru mourir ; mais sa vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu. La mort a semblé l’avoir vaincu et dévoré ; mais la mort a été ensevelie dans son triomphe. Vous lui avez accordé, Seigneur, le désir de son cœur ; car longtemps il milita pour vous, fidèle à votre service, à travers les voies les plus dures. Dès son adolescence, il montra la maturité de la vieillesse ; et on le vit réprimer les révoltes de la chair par les veilles, par les jeûnes, par les disciplines, par le cilice et la garde d’une continence perpétuelle. Le Seigneur se le choisit pour pontife, afin qu’il fût, au milieu de son peuple, un chef, un docteur, un miroir de vie, un modèle de pénitence, un exemplaire de sainteté. Le Dieu des sciences lui avait donné une langue éloquente, et avait répandu en lui avec abondance l’esprit d’intelligence et de sagesse, afin qu’il fût entre les doctes le plus docte, entre les sages le plus sage, entre les bons le meilleur, entre les grands le plus grand. Il était le héraut de la parole divine, la trompette de l’évangile, l’ami de l’époux, la colonne du clergé, l’œil de l’aveugle, le pied du boiteux, le sel de la terre, la lumière de la patrie, le ministre du Très-Haut, le vicaire du Christ, le Christ même du Seigneur.
Il était droit dans le jugement, habile dans le gouvernement, discret dans le commandement, modeste dans le parler, circonspect dans les conseils, tempérant dans la nourriture, pacifique dans la colère, un ange dans la chair, doux au milieu des injures, timide dans la prospérité, ferme dans l’adversité, prodigue dans les aumônes, tout entier à la miséricorde. Il était la gloire des moines, les délices du peuple, la terreur des princes, le Dieu de Pharaon. D’autres, quand ils sont élevés sur le siège éminent de l’épiscopat, se montrent tout aussitôt enclins à flatter la chair ; ils craignent toute souffrance du corps comme un supplice ; leur désir en toutes choses est de jouir longtemps de la vie. Celui-ci, au contraire, dès le jour de sa promotion, désira avec passion la fin de cette vie, ou plutôt le commencement d’une vie meilleure ; c’est pour cela que, se revêtant de la livrée du pèlerin, il a bu, sur la voie, l’eau du torrent, et pour cela, son nom est élevé en gloire dans la patrie. Ainsi, nos seigneurs et frères, les moines de l’Église cathédrale, sont-ils devenus tout à coup des pupilles qui ont perdu leur père. »
Le seizième siècle vint encore ajouter à la gloire de saint Thomas, lorsque l’ennemi de Dieu et des hommes, Henri VIII d’Angleterre, osa poursuivre de sa tyrannie le martyr de la liberté de l’Église jusque dans la châsse splendide où il recevait depuis près de quatre siècles les hommages de la vénération de l’univers chrétien. Les sacrés ossements du pontife égorgé pour la justice furent arrachés de l’autel ; un procès monstrueux fut instruit contre le père de la patrie, et une sentence impie déclara Thomas criminel de lèse-majesté royale. Ces restes précieux furent placés sur un bûcher ; et dans ce second martyre, le feu dévora la glorieuse dépouille de l’homme simple et fort dont l’intercession attirait sur l’Angleterre les regards et la protection du ciel. Aussi, il était juste que la contrée qui devait perdre la foi par une désolante apostasie ne gardât pas dans son sein un trésor qui n’était plus estimé à son prix ; et d’ailleurs le siège de Cantorbéry était souillé. Cranmer s’asseyait sur la chaire des Augustin, des Dunstan, des Lanfranc, des Anselme, de Thomas enfin ; et le saint martyr, regardant autour de lui, n’avait trouvé parmi ses frères de cette génération que le seul Jean Fischer, qui consentît à le suivre jusqu’au martyre. Mais ce dernier sacrifice, tout glorieux qu’il fût, ne sauva rien. Dès longtemps la liberté de l’Église avait péri en Angleterre : la foi n’avait plus qu’à s’éteindre.
Invincible défenseur de l’Église de votre maître, glorieux martyr Thomas ! nous venons à vous, en ce jour de votre fête, pour honorer les dons merveilleux que le Seigneur a déposés en votre personne. Enfants de l’Église, nous aimons à contempler celui qui l’a tant aimée, et qui a tenu à si grand prix l’honneur de cette épouse du Christ, qu’il n’a pas craint de donner sa vie pour lui assurer l’indépendance. Parce que vous avez ainsi aimé l’Église aux dépens de votre repos, de votre bonheur temporel, de votre vie même ; parce que votre sacrifice sublime a été le plus désintéressé de tous, la langue des impies et celle des lâches se sont aiguisées contre vous, et votre nom a souvent été blasphémé et calomnié. Ô véritable martyr ! digne de toute croyance dans son témoignage, puisqu’il ne parle et qu’il ne résiste que contre ses intérêts terrestres. Ô pasteur associé au Christ dans l’effusion du sang et dans la délivrance du troupeau ! nous vous vénérons de tout le mépris que vous ont prodigué les ennemis de l’Église ; nous vous aimons de toute la haine qu’ils ont versée sur vous, dans leur impuissance. Nous vous demandons pardon pour ceux qui ont rougi de votre nom, et qui ont regardé votre martyre comme un embarras dans les annales de l’Église. Que votre gloire est grande, ô pontife fidèle ! d’avoir été choisi pour accompagner avec Étienne, Jean et les Innocents, le Christ, au moment où il fait son entrée en ce monde ! Descendu dans l’arène sanglante à la onzième heure, vous n’avez pas été déshérité du prix qu’ont reçu vos frères de la première heure ; loin de là, vous êtes grand parmi les martyrs. Vous êtes donc puissant sur le cœur du divin enfant qui naît en ces jours mêmes pour être le roi des martyrs. Permettez que, sous votre garde, nous pénétrions jusqu’à lui. Comme vous, nous voulons aimer son Église, cette Église chérie dont l’amour l’a forcé à descendre du ciel ; cette Église qui nous prépare de si douces consolations dans la célébration des grands mystères auxquels votre nom se trouve si glorieusement mêlé. Obtenez-nous cette force qui fasse que nous ne reculions devant aucun sacrifice, quand il s’agit d’honorer notre beau titre de Catholiques.
Assurez l’enfant qui nous est né, celui qui doit porter sur son épaule la croix comme le signe de sa principauté, que, moyennant sa grâce, nous ne nous scandaliserons jamais ni de sa cause, ni de ses défenseurs ; que, dans la simplicité de notre attachement envers la sainte Église qu’il nous a donnée pour mère, nous placerons toujours ses intérêts au-dessus de tous les autres ; car elle seule a les paroles de la vie éternelle, elle seule a le secret et l’autorité de conduire les hommes vers ce monde meilleur qui seul est notre terme, seul ne passe pas, tandis que tous les intérêts de la terre ne sont que vanité, illusion, et le plus souvent obstacles à l’unique fin de l’homme et de l’humanité.
Mais, afin que cette Église sainte puisse accomplir sa mission et sortir victorieuse de tant de pièges qui lui sont tendus dans tous les sentiers de son pèlerinage, elle a besoin par-dessus tout de pasteurs qui vous ressemblent, ô martyr du Christ ! Priez donc afin que le maître de la vigne envoie des ouvriers, capables non seulement de la cultiver et de l’arroser, mais encore de la défendre à la fois du renard et du sanglier qui, comme nous en avertissent les saintes Écritures, cherchent sans cesse à y pénétrer pour la ravager. Que la voix de votre sang devienne de plus en plus tonnante en ces jours d’anarchie, où l’Église du Christ est asservie sur tant de points de cette terre qu’elle est venue affranchir. Souvenez-vous de l’Église d’Angleterre qui fit un si triste naufrage, il y a trois siècles, par l’apostasie de tant de prélats, tombés victimes de ces mêmes maximes contre lesquelles vous aviez résisté jusqu’au sang. Aujourd’hui qu’elle semble se relever de ses ruines, tendez-lui la main, et oubliez les outrages qui furent prodigués à votre nom, au moment où l’Île des Saints allait sombrer dans l’abîme de l’hérésie. Souvenez-vous aussi de l’Église de France qui vous reçut dans votre exil, et au sein de laquelle votre culte fut si florissant autrefois. Obtenez pour ses pasteurs l’esprit qui vous anima ; revêtez-les de cette armure qui vous rendit invulnérable dans vos rudes combats contre les ennemis de la liberté de l’Église. Enfin, quelque part, en quelque manière que cette sainte liberté soit en danger, accourez au secours, et que vos prières et votre exemple assurent une complète victoire à l’épouse de Jésus-Christ.
Considérons notre roi nouveau-né, sur son trône, en ce cinquième jour de sa naissance. Les saintes Écritures nous apprennent que le Seigneur est assis sur les chérubins dans le ciel : sur la terre, au temps de la loi des figures, il choisit pour son siège l’arche de son alliance. Gloire à lui de nous avoir ainsi révélé le mystère de son trône ! Mais le psalmiste nous avait annoncé encore un autre lieu de la séance du Seigneur. Adorez, nous avait-il dit, l’escabeau de ses pieds [4]. Cette adoration qui nous est demandée, non plus pour Dieu seulement, mais pour le lieu sur lequel se pose sa Majesté, semblait former un contraste avec tant d’autres passages des saints livres dans lesquels le grand Dieu se montre si jaloux de retenir pour lui seul nos adorations. En ces jours, comme nous l’enseignent les pères, le mystère est déclaré. Le Fils de Dieu a daigné prendre notre humanité ; il l’a unie à sa divine nature en une seule personne, et il veut que nous adorions cette humanité même, ce corps, cette âme semblables aux nôtres, qui sont le trône de sa gloire, l’escabeau sublime de ses pieds.
Mais cette humanité a aussi son trône. Voici que la très pure Marie lève de la crèche l’enfant divin ; elle le presse contre son cœur, elle l’appuie sur ses genoux maternels, et l’Emmanuel nous apparaît, reposant avec amour et majesté ses pieds sacrés sur l’arche de la loi nouvelle. Combien alors est dépassée la gloire de ce trône vivant que prêtaient au Verbe éternel les ailes tremblantes des chérubins ! Et l’arche de Moïse, formée d’un bois incorruptible, couverte de lames d’or, renfermant la manne, la verge des prodiges, les tables même de la loi, ne disparaît-elle pas en présence de la sainteté, de la dignité de Marie, Mère de Dieu ?
Que vous êtes grand sur ce trône, ô Jésus ! mais aussi que vous êtes aimable et accessible ! Vos petits bras tendus aux pécheurs, le sourire de Marie, trône vivant, tout nous attire ; et nous sentons notre bonheur d’être les sujets d’un roi si puissant à la fois et si doux. Marie est siège de la Sagesse, parce que vous vous appuyez ainsi sur elle, ô Sagesse du Père ! Siégez toujours sur ce trône, ô Jésus ! soyez notre roi ; dominez-nous ; régnez, comme le chante David, par votre gloire, par votre beauté, par votre mansuétude [5]. Nous sommes vos sujets : à vous notre service et notre amour ; à Marie, que vous nous donnez pour reine, nos hommages et notre tendresse !
Pour célébrer la divine naissance de notre roi, appelons à notre secours aujourd’hui les chants mélodieux de l’Église grecque dans ses offices du jour de Noël.
Quand le Seigneur Jésus fut né de la sacrée Vierge, toutes choses devinrent lumineuses ; car les pasteurs veillaient de nuit, les mages adoraient, les anges chantaient des hymnes, Hérode était troublé, parce que Dieu est apparu dans la chair, le Sauveur de nos âmes.
Ton règne, ô Christ Dieu ! est le règne de tous les siècles ; ta domination s’étend de génération en génération. Celui qui a été fait chair par l’opération du Saint-Esprit, et fait homme de Marie toujours Vierge, a brillé comme une lumière. Ton avènement, ô Christ Dieu, lumière de lumière, splendeur du Père, a réjoui toute créature. Tout esprit a loué le caractère de la gloire du Père ; ô toi qui es et qui as été avant toutes choses ! et as brillé, sortant du sein d’une vierge, ô Dieu ! aie pitié de nous.
Que t’offrirons-nous, ô Christ ! pour avoir paru pour nous comme homme sur la terre ? Car chaque créature à toi soumise te paie le tribut d’action de grâces : les anges un hymne, les cieux une étoile, les mages des présents, les bergers leur admiration, la terre une grotte, la solitude une crèche, nous autres une Vierge-Mère. Ô toi qui es avant les siècles, aie pitié de nous.
Pendant qu’Auguste régnait sur la terre, les gouvernements divers cessèrent parmi les hommes ; et quand tu fus fait homme, né de la chaste brebis, le culte des dieux défaillit, les cités furent soumises à un seul royaume terrestre, et les nations crurent en l’unique domination de la divinité. Les peuples furent inscrits d’après un décret de César ; nous fidèles, nous fûmes inscrits sous le nom de la divinité, quand tu fus fait homme, ô notre Dieu ! Grande est ta miséricorde, Seigneur : gloire à toi !
Chantons aussi Marie, Siège de la Sagesse, et consacrons-lui cette belle séquence, que nous emprunterons au missel de Cluny de 1523.
Salut ! Marie, espoir du monde ; salut ! pleine de douceur ; salut ! miséricordieuse ; salut ! pleine de grâce.
Salut ! Vierge admirable, figurée par le buisson qui ne se consumait pas.
Salut ! rose de beauté ; salut ! tige de Jessé,
Dont le fruit a délié les liens de notre infortune.
Salut ! vous dont les entrailles, contre la loi de la nature, ont enfanté un Fils.
Salut ! créature sans égale ; au monde si longtemps en pleurs, vous avez rendu la joie.
Salut ! lampe de virginité, sur laquelle luit la clarté suprême aux nochers errants sur l’onde.
Salut ! Vierge dont le roi des cieux voulut naître, et se nourrir de son lait.
Salut ! perle, flambeau du ciel.
Salut ! sanctuaire de l’Esprit-Saint.
Oh ! combien est admirable, combien digne de louanges, une telle virginité,
Où, par l’opération divine, de l’Esprit Consolateur, brille la fécondité.
Oh ! combien sainte ! combien sereine ! combien débonnaire ! combien délicieuse nous croyons cette vierge !
Par elle finit la servitude, la porte du ciel est ouverte, la liberté nous est rendue.
Ô lis de chasteté ! priez votre Fils, le salut des humbles.
Pour nos crimes, dans son jugement lamentable, qu’il ne nous condamne pas au supplice ;
Mais que vos saintes prières, purifiant en nous la souillure du péché,
Nous placent dans le séjour de la lumière.
Amen ! ainsi dise tout homme.
[1] Nous publions le commentaire de Dom Guéranger bien que la fête de saint Thomas de Cantorbéry ait été réduite au rang de mémoire.
[2] Litterae Apostolicae ad Episcopos provinciae Rhenanae, 3o Junii 183o.
[3] Is. 56, 10.
[4] Ps 98
[5] Ps 44
La fête du disciple bien-aimé succède la solennité des saints Innocents ; et le berceau de l’Emmanuel, auprès duquel nous avons vénéré le Prince des martyrs et l’Aigle de Pathmos, nous apparaît aujourd’hui environné d’une troupe gracieuse de petits enfants, vêtus de robes blanches comme la neige, et tenant en main des palmes verdoyantes. Le divin Enfant leur sourit ; il est leur roi, et toute cette petite cour sourit aussi à l’Église de Dieu. La force et la fidélité nous ont introduits auprès du Rédempteur ; l’innocence aujourd’hui nous convie à rester près de la crèche.
Hérode a voulu envelopper le Fils de Dieu même dans un immense massacre d’enfants ; Bethléhem a entendu les lamentations des mères ; le sang des nouveau-nés a inondé toute la contrée ; mais tous ces efforts de la tyrannie n’ont pu atteindre l’Emmanuel ; ils n’ont fait que préparer pour l’armée du ciel une nombreuse recrue de martyrs. Ces enfants ont eu l’insigne honneur d’être immolés pour le Sauveur du monde ; mais le moment qui a suivi leur immolation leur a révélé tout à coup des joies futures et prochaines, bien au-dessus de celles d’un monde qu’ils ont traversé sans le connaître. Le Dieu riche en miséricordes n’a pas demandé d’eux autre chose qu’une souffrance de quelques instants ; et ils se sont réveillés au sein d’Abraham, francs et libres de toute autre épreuve, purs de toute souillure mondaine, appelés au triomphe comme le guerrier qui a donné sa vie pour sauver celle de son chef.
Leur mort est donc un martyre, et c’est pourquoi l’Église les honore du beau nom de Fleurs des martyrs, à cause de leur âge tendre et de leur innocence. Ils ont donc droit de figurer aujourd’hui sur le cycle, à la suite des deux vaillants champions du Christ que nous avons célébrés. Saint Bernard, dans son sermon sur cette fête, explique admirablement l’enchaînement de ces trois solennités : « Nous avons, dit-il, dans le bienheureux Étienne, l’œuvre et la volonté du martyre ; dans le bienheureux Jean, nous remarquons seulement la volonté du martyre ; et dans les bienheureux Innocents, l’œuvre seule du martyre. Mais qui doutera, néanmoins, de la couronne obtenue par ces enfants ? Demanderez-vous où sont leurs mérites pour cette couronne ? Demandez plutôt à Hérode le crime qu’ils ont commis pour être ainsi moissonnés ? La bonté du Christ sera-t-elle vaincue par la cruauté d’Hérode ? Ce roi impie a pu mettre à mort des enfants innocents ; et le Christ ne pourrait couronner ceux qui ne sont morts qu’à cause de lui ?
« Étienne aura donc été martyr aux yeux des hommes qui ont été témoins de sa Passion subie volontairement, jusque-là qu’il priait pour ses persécuteurs, se montrant plus sensible à leur crime qu’à ses propres blessures. Jean aura donc été Martyr aux yeux des Anges qui, étant créatures spirituelles, ont vu les dispositions de son âme. Certes, ceux-là aussi auront été vos martyrs, ô Dieu ! dans lesquels ni l’homme, ni l’ange n’ont pu, il est vrai, découvrir de mérite, mais que la faveur singulière de votre grâce s’est chargée d’enrichir. C’est de la bouche des nouveau-nés et des enfants à la mamelle que vous vous êtes plu à faire sortir votre louange. Quelle est cette louange ? Les anges ont chanté : Gloire à Dieu, au plus haut des deux ; et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté ! C’est là, sans doute, une louange sublime ; mais elle ne sera complète que lorsque celui qui doit venir aura dit : Laissez venir à moi les petits enfants ; car le Royaume des deux est à ceux qui leur ressemblent ; paix aux hommes, même à ceux qui n’ont pas l’usage de leur volonté : tel est le mystère de ma miséricorde. »
Dieu a daigné faire pour les Innocents immolés à cause de son Fils ce qu’il fait tous les jours par le sacrement de la régénération, si souvent appliqué à des enfants que la mort enlève dès les premières heures de la vie ; et nous, baptisés dans l’eau, nous devons rendre gloire à ces nouveau-nés, baptisés dans leur sang, et associés à tous les mystères de l’enfance de Jésus-Christ. Nous devons aussi les féliciter, avec l’Église, de l’innocence que cette mort glorieuse et prématurée leur a conservée. Purifiés d’abord par le rite sacré qui, avant l’institution du baptême, enlevait la tache originelle, visités antérieurement par une grâce spéciale qui les prépara à l’immolation glorieuse pour laquelle ils étaient destinés, ils ont habité cette terre, et ils ne s’y sont point souillés. Que la société de ces tendres agneaux soit donc à jamais avec l’Agneau sans tache ! et que ce monde, vieilli dans le péché, mérite miséricorde en s’associant, par ses acclamations, au triomphe de ces élus de la terre qui, semblables à la colombe de l’arche, n’y ont pas trouvé où poser leurs pieds !
Néanmoins, dans cette allégresse du ciel et de la ferre, la sainte Église Romaine ne perd pas de vue la désolation des mères qui virent ainsi arracher de leur sein, et immoler par le glaive des soldats ces gages chéris de leur tendresse. Elle a recueilli le cri de Rachel, et ne cherche point à la consoler, si ce n’est en compatissant à son affliction. Pour honorer cette maternelle douleur, elle consent à suspendre aujourd’hui une partie des manifestations de la joie qui inonde son cœur durant cette octave du Christ naissant. Elle n’ose revêtir dans ses vêtements sacrés la couleur de pourpre des martyrs, pour ne pas rappeler trop vivement ce sang qui jaillit jusque sur le sein des mères ; elle s’interdit même la couleur blanche, qui marque l’allégresse et va mal à de si poignantes douleurs. Elle revêt la couleur violette [1], qui est celle du deuil et des regrets. Aujourd’hui même, si la fête ne tombe pas le Dimanche, elle va jusqu’à suspendre le chant du Gloria in excelsis, qui pourtant lui est si cher en ces jours où les Anges l’ont entonné sur la terre ; elle renonce au joyeux Alleluia, dans la célébration du sacrifice ; enfin elle se montre, comme toujours, inspirée par cette délicatesse sublime et chrétienne dont la sainte liturgie est une si merveilleuse école.
Dans ses cathédrales et ses collégiales, l’Église honore aussi, en ce jour, les enfants qu’elle appelle à joindre leurs voix innocentes à celles des prêtres et des autres ministres sacrés. Elle leur accorde de gracieuses distinctions, jusque dans le chœur même ; elle jouit de l’allégresse naïve de ces jeunes coopérateurs qu’elle emploie à rehausser ses pompes mystérieuses ; en eux, elle rend gloire au Christ Enfant, et à l’innocente cohorte des tendres rejetons de Rachel.
À Rome, la Station qui, le jour de saint Étienne, s’est tenue dans l’église de ce premier des martyrs, sur le Mont Cœlius, et le jour de saint Jean, dans la basilique de Saint-Jean-de-Latran, où le disciple bien-aimé partage les honneurs de Jean le Précurseur, a lieu aujourd’hui dans la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, dont le trésor se glorifie de posséder plusieurs des corps des saints Innocents. Au XVIe siècle, Sixte-Quint en enleva une partie, pour les placer dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, près de la crèche du Sauveur.
La sainte Église exalte la sagesse de Dieu, qui a su déjouer les calculs de la politique d’Hérode, et tirer sa gloire de la cruelle immolation des enfants de Bethléhem, en les élevant à la dignité de Martyrs du Christ, dont ils célèbrent les grandeurs dans une reconnaissance éternelle.
Vous avez tiré, ô Dieu ! votre louange de la bouche des nouveau-nés et des enfants à la mamelle, pour confondre vos ennemis. Ps. Que votre Nom est admirable par toute la terre, Seigneur notre Dieu ! Gloire au Père. Vous avez tiré.
Dans la Collecte, l’Église demande que ses fidèles confessent à leur tour la foi de Jésus-Christ par leurs œuvres. Autre est le témoignage des enfants qui ne parlent qu’en souffrant ; autre est le témoignage du chrétien parvenu à l’âge de raison, et auquel la foi a été donnée pour qu’il la confesse, devant les tyrans s’il s’en élève, mais toujours devant le monde et les passions. Nul n’a été appelé au divin caractère du chrétien pour en garderie secret.
O Dieu ! dont les Innocents Martyrs ont confessé aujourd’hui la gloire, non parleurs paroles, mais par leur mort ; mortifiez en nous les passions et les vices, afin que votre foi que notre langue publie, soit aussi confessée par nos mœurs. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que la nouvelle Naissance de votre Fils unique nous délivre, nous qu’une antique servitude retient sous le joug du péché.
En ces jours-là, je vis l’Agneau qui était debout sur la montagne de Sion, et avec lui cent quarante-quatre mille personnes qui avaient son Nom et celui de son Père écrits sur leurs fronts. Et j’entendis une voix du ciel, comme la voix des grandes eaux, et comme la voix d’un grand tonnerre. Et la voix que j’entendis était comme le son de plusieurs harpes touchées par un chœur de musiciens. Et ils chantaient comme un cantique nouveau devant le trône de Dieu et les quatre animaux et les vieillards ; et nul ne pouvait chanter ce cantique, que ces cent quarante-quatre mille qui ont été rachetés de la terre. Ce sont ceux-là qui ne se sont pas souillés avec les femmes ; car ils sont vierges. Ceux-là suivent l’Agneau partout où il va. Ils ont été rachetés d’entre les hommes, pour être les prémices offertes à Dieu et à l’Agneau ; et le mensonge ne s’est pas trouvé dans leur bouche ; car ils sont sans tache devant le trône de Dieu.
Par le choix de ce passage mystérieux de l’Apocalypse, l’Église nous montre l’estime qu’elle fait de l’innocence, et l’idée que nous en devons avoir. Les Innocents suivent l’Agneau, parce qu’ils sont purs. Leurs œuvres personnelles sur la terre n’ont pas frappé les regards, mais ils ont traversé rapidement la voie de ce monde, sans avoir été atteints de ses souillures. Moins éprouvée que celle de Jean, leur pureté, empourprée de leur sang, n’en a pas moins attiré les regards de l’Agneau ; et ils lui sont donnés pour compagnie. Que le chrétien donc soupire après cette innocence qui mérite de si hautes distinctions. S’il l’a conservée, qu’il la garde et la défende avec la jalousie qu’on met à veiller sur un trésor ; s’il l’a perdue, qu’il la répare par les labeurs de la pénitence ; et quand il l’aura recouvrée, qu’il réalise la parole du Maître qui a dit : « Celui qui a été lavé est pur désormais. » (s. Jn. 13, 10.)
Dans le Graduel, les Innocents bénissent le Seigneur qui a brisé pour eux le filet dans lequel le monde les voulait tenir captifs. Comme le passereau ils se sont envolés ; et leur vol rapide, que rien n’appesantissait, les a portés jusqu’au ciel.
Le Trait exhale l’indignation de Rachel sur la cruauté d’Hérode et de ses soldats. Il appelle la vengeance céleste qui ne manqua pas d’éclater contre cette ignoble famille de tyrans.
Notre âme s’est arrachée, comme le passereau, du filet de l’oiseleur. V/. Le filet a été rompu, et nous nous sommes échappés ; notre secours est dans le Nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
V/. Ils ont répandu le sang des Saints comme l’eau autour de Jérusalem. V/. Et il n’y avait personne pour les ensevelir. V/. Vengez, Seigneur, le sang de vos Saints, qui a été répandu sur la terre.
Si la fête des saints Innocents tombe le Dimanche, pour adoucir un peu la tristesse de ses chants, l’Église reprend l’Alleluia.
Alleluia, alleluia. Enfants, louez le Seigneur ; glorifiez le Nom du Seigneur. Alleluia.
En ce temps-là, l’Ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et lui dit : Lève-toi et prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte, et y demeure jusqu’à ce que je te dise d’en partir ; car Hérode cherchera l’enfant pour le faire périr. Joseph, se levant, prit l’enfant et sa mère, durant la nuit, et se retira en Égypte, et il y demeura jusqu’à la mort d’Hérode, afin que fût accomplie cette parole que le Seigneur avait dite par le Prophète : J’ai rappelé mon Fils de l’Égypte. Alors Hérode, voyant qu’il avait été joué par les Mages, entra dans une grande colère, et envoya tuer tous les enfants qui étaient dans Bethléhem et tout le pays d’alentour, âgés de deux ans et au-dessous, selon le temps qu’il s’était fait expliquer par les Mages. Alors fut accompli ce qui avait été dit par le Prophète Jérémie : Une voix s’est fait entendre dans Rama, des pleurs et des cris lamentables : c’est Rachel qui pleure ses enfants, et elle ne veut pas se consoler, parce qu’ils ne sont plus.
Le saint Évangile raconte avec sa sublime simplicité le martyre des Innocents. Hérode envoya tuer tous les enfants. Cette riche moisson pour le ciel fut coupée, et la terre ne s’en émut pas. Les lamentations de Rachel montèrent seules jusqu’au ciel, et bientôt le silence se fit dans Bethléhem. Mais les heureuses victimes n’en étaient pas moins enlevées par le Seigneur, pour former la cour de son Fils. Jésus, du fond de son berceau, les contemplait et les bénissait ; Marie compatissait à leurs courtes souffrances, et à la douleur des mères ; l’Église qui allait bientôt naître devait glorifier, dans tous les siècles, cette immolation de tendres agneaux, et fonder les plus grandes espérances sur le patronage de ces enfants devenus tout d’un coup si puissants sur le cœur de son céleste Époux.
Pendant l’offrande, la voix des Innocents se fait encore entendre ; ils répètent leur touchant Cantique ; simples passereaux, rendus à la liberté, ils remercient la main qui a brisé le lacs où ils pouvaient périr.
Notre âme s’est arrachée comme le passereau du filet de l’oiseleur : le filet a été rompu, et nous nous sommes échappés.
Que la dévote prière de vos Saints ne nous fasse pas défaut, Seigneur ; qu’elle vous rende agréables nos offrandes, et qu’elle nous obtienne toujours votre indulgence. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Sanctifiez, Seigneur, les dons que nous vous offrons, dans la nouvelle Nativité de votre Fils unique, et purifiez-nous des taches de nos péchés.
Dans l’Antienne de la Communion, on entend retentir encore la voix de Rachel. L’Église, nourrie du divin mystère de charité, n’a garde d’oublier la désolation des mères. Elle y compatit jusqu’à la fin ; mais, au fond de son cœur, elle s’élève jusqu’à celui qui peut seul consoler de telles douleurs.
Une voix s’est fait entendre dans Rama, des pleurs et des cris lamentables : c’est Rachel qui pleure ses enfants, et elle ne veut pas se consoler, parce qu’ils ne sont plus.
Nous avons participé, Seigneur, aux offrandes que nous vous avions vouées ; faites, par les prières de vos Saints, qu’elles nous procurent les secours de la vie présente et ceux de la vie éternelle. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que le Sauveur du monde, qui, en naissant aujourd’hui, est pour nous-mêmes l’auteur d’une naissance divine, nous accorde aussi l’immortalité.
On chante d’abord, comme aux Fêtes de saint Etienne et de saint Jean, les Antiennes et les Psaumes de Noël, pages 274-282 ; après quoi l’Office des saints Innocents reprend son cours.
Je vis l’Agneau qui était debout sur la montagne de Sion, et avec lui cent quarante-quatre mille personnes qui avaient son Nom, et le Nom de son Père, écrits sur leurs fronts.
Salut, ô fleurs des Martyrs ! que, sur le seuil même de la vie, un fer cruel a moissonnés, comme la tempête brise des roses naissantes.
Premières victimes du Christ, tendre troupeau d’enfants immolés ! sous l’autel, avec simplesse [2], vous vous jouez dans vos palmes et vos couronnes.
À vous soit la gloire, ô Jésus ! qui êtes né de la Vierge ; gloire au Père et au Saint-Esprit dans les siècles éternels ! Amen.
V/. Sous le trône de Dieu les Saints font entendre ce cri :
R/. Vengez notre sang, ô notre Dieu !
Ant. Les enfants Innocents ont été immolés pour le Christ, un roi inique a fait périr ceux qui étaient encore à la mamelle ; ils suivent l’Agneau sans tache, et disent à jamais : Gloire à vous, ô Seigneur !
Nous écouterons maintenant les diverses Églises célébrant le triomphe des saints Innocents, dans des chants pleins de mélodie et de mystères. L’Église de Milan, dans son Missel Ambrosien, nous fournira d’abord cette belle Préface qui se trouve aussi au Sacramentaire léonien.
C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre gloire, Père tout-puissant, dans la mort précieuse des enfants que la barbarie farouche du cruel Hérode a massacrés, à l’occasion de l’enfance de notre Seigneur et Sauveur votre Fils ; car vous nous y avez manifesté l’immensité des dons de votre clémence. En effet, votre grâce brille en eux plus que leur volonté ; et leur confession éclate déjà quand leur bouche n’a pas parlé encore ; leur Passion précède le développement des membres dans lesquels ils l’ont soufferte ; ils rendent témoignage au Christ, avant même de l’avoir reconnu. O bénignité infinie, qui ne veut pas frustrer du mérite de la gloire ceux qui, pour son Nom, furent immolés, et qui ne le surent pas : en sorte que, par l’effusion de leur sang, le salut de la régénération leur est octroyé, et en même temps, leur est imputée la couronne du martyre !
Le missel mozarabe nous donnera la pièce suivante, pleine d’onction et d’éloquence :
C’est une chose digne et juste, oui vraiment digne et juste, que nous vous rendions grâces toujours et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, principalement pour ceux dont nous célébrons aujourd’hui la Passion dans une solennité annuelle. Ce sont ceux que le satellite d’Hérode a arrachés des mamelles des mères qui les allaitaient. Ils sont appelés à bon droit fleurs des Martyrs, ceux qui, au milieu du froid de l’infidélité, ont éclaté comme les premières perles de l’Église, et sont tombés sous le vent glacé de la persécution ; dont le sang a coulé comme une source, dans la cité de Bethléhem. Ils sont enfants, car l’âge leur refusait la parole ; cependant ils firent entendre avec joie la louange du Seigneur. Ils prêchent, immolés, Celui que vivants ils ne pouvaient annoncer. Ils parlent par leur sang, quand leur langue se tait encore ; et le martyre initie à la louange ceux dont la bouche ne pouvait encore parler. Le Christ enfant envoie au ciel, avant lui, des enfants ; il transmet à son Père des gages nouveaux ; il lui consacre, pour prémices, un premier martyre d’enfants, accompli par le forfait d’Hérode. L’ennemi rend service à leurs corps, au moment même où il les immole : il les égorge, et la vie sort de cette mort ; en tombant, ils ressuscitent ; leur victoire se prouve par leur trépas.
Nous devons au Vénérable Bède la touchante et mélodieuse hymne qui suit :
Chantons l’hymne des Martyrs ; célébrons les Innocents, que la terre, avec tristesse, a vus périr, que le ciel joyeux a reçus.
Leurs Anges contemplent à jamais la face du Père céleste ; ils célèbrent le miracle de sa grâce, chantant l’hymne des Martyrs.
Un roi impie les a moissonnés ; leur Créateur les a recueillis dans sa bonté ; il les a placés avec lui dans la félicité, dans la lumière du royaume éternel.
Celui qui donne à ses élus chacun leur demeure dans la maison de son Père, leur a assigné un rang sublime : un roi impie les a moissonnés.
Enfants de deux ans et au-dessous, la fureur d’Hérode les a immolés ; d’un sang pur elle a inondé toute la contrée de Bethléhem.
La mort innocente de ces fidèles a resplendi autour du Christ ; les Anges les emportaient aux cieux, enfants de deux ans et au-dessous.
Une voix retentit dans Rama, des lamentations, un deuil immense : Rachel, baignée dans ses larmes, a pleuré ses fils.
Ils jouissent d’un triomphe éternel, eux qui ont vaincu les tourments, et sur leurs douleurs gémissante, une voix retentit dans Rama.
Ne crains rien, petit troupeau, des dents perfides du lion : le bon Pasteur te donnera les pâturages célestes.
Tu suivras, d’un pas pudique, le candide Agneau de Dieu ; des mains impies du larron, ne crains rien, petit troupeau.
Il essuiera toutes les larmes, le Père, de vos visages ; la mort ne vous nuira plus, vous êtes entrés dans les murs de la Cité de la vie.
Ceux qui sèment dans les larmes, moissonneront dans une joie immense ; le Créateur les consolera, et, sur les joues de ceux qui pleurent, il essuiera toutes les larmes.
O heureuse cité ! au sein de laquelle naît le Rédempteur : dans laquelle sont offertes au divin Enfant ces prémices des Martyrs !
Tu ne seras plus appelée petite parmi les mille cités de Juda, depuis que le Chef est né en toi, ô heureuse cité !
Sous des vêtements brillants de gloire, ils assistent maintenant autour du trône, les Innocents qui ont lavé leur tunique dans le sang vermeil de l’Agneau.
Ils gémirent, ils pleurèrent pour le royaume de l’éternelle patrie ; maintenant, pleins d’allégresse, ils louent Dieu, sous des vêtements brillants de gloire.
L’Église grecque est abondante, comme toujours, sur la louange des saints Innocents. Nous allons extraire quelques strophes de ses ménées. (26 Decembris, in magno Vespertino, et passim )
L’impie, recherchant avec fureur le trésor caché, a immolé les jeunes Innocents ; et Rachel, inconsolable à la vue des flots de sang de l’inique massacre, et de la mort prématurée de ses enfants, contemple dans l’allégresse, au sein d’Abraham, ceux qu’elle a pleurés au plus profond de ses entrailles.
Le roi impie recherchait le Roi qui, sans connaître le temps, a voulu naître dans le temps, et ne trouvant point comment il pourrait l’immoler, il a moissonné une multitude d’enfants innocents, et, sans y penser, en a fait des Martyrs, des habitants du ciel, où ils condamnent son impiété dans les siècles des siècles.
Sitôt que tu fus né d’une Vierge, Seigneur avant les siècles, et que, par miséricorde, tu te fus fait enfant, un chœur d’enfants te fut offert, brillant par le sang du martyre, et l’âme toute rayonnante de limpide clarté ; tu leur as fait habiter les demeures éternelles ; et là ils proclament à sa honte la cruelle iniquité d’Hérode.
Rachel en pleurs se lamente sur ses fils, ainsi qu’il est écrit ; car l’impie Hérode a accompli l’Écriture en massacrant ces jeunes enfants, et inondant la Judée d’un sang innocent. La terre était rougie sous les flots du sang de ces enfants. L’Église des Gentils en est mystiquement purifiée, et ornée comme d’un vêtement. La Vérité est venue ; Dieu a apparu à ceux qui étaient assis à l’ombre de la mort, né d’une Vierge pour nous sauver.
Pendant que tout au ciel et sur la terre se réjouit en la manifestation du Roi de toutes choses, Hérode seul est attristé avec les Juifs meurtriers des Prophètes. 11 convient en effet qu’eux seuls se lamentent ; car, à partir de ce jour, ils ont cessé de régner ; désormais le règne du Seigneur est ouvert ; le Seigneur repousse l’audace des ennemis et convoque la multitude des fidèles pour contempler, avec les glorieux enfants, celui qui gît, petit enfant, dans la crèche.
L’impie et lâche Hérode, envoyant à la recherche, a moissonné le champ verdoyant en sa primeur, et ne pouvant mettre à mort le Seigneur, il demeure cou » vert de confusion.
Rachel pleure ses enfants, et un grand cri se fait entendre aujourd’hui dans Rama. Hérode impie est furieux et frémissant. Jean fuit dans les montagnes ; une caverne reçoit sa mère ; Zacharie est massacré dans le temple ; et le Christ se retire, laissant déserte la terre des Hébreux.
Les enfants furent la première hostie offerte à ton immaculée Nativité ; car Hérode voulant se saisir de toi, ô Seigneur que nul ne pourrait atteindre, il s’est trompé et t’a fourni un chœur de Martyrs ; c’est pourquoi nous te prions, ô Seigneur fait homme, de sauver nos âmes.
Les cris de votre massacre sont venus aux oreilles du Dieu des armées, glorieux Enfants ; par cette immolation, vous avez répandu votre sang, et, par la vertu du Christ nouveau-né, vous reposez au sein d’Abraham, proclamant éternellement l’odieuse iniquité d’Hérode.
Il est odieux, le massacre des enfants qu’Hérode a égorgés en sa cruelle malice ; il est vénérable, ce sacrifice des jeunes contemporains du Christ, qui les premiers ont été immolés et ont souffert avant lui. Ne pleure pas tes fils, ô Rachel ! Souviens-toi du sein d’Abraham où ils habitent tous ensemble dans la gloire et l’allégresse.
Dans cet accord sublime de toutes les liturgies, nous admettrons celles du moyen âge des Églises latines, en insérant cette séquence, composition du XIe siècle, qui se trouve dans la plupart de nos anciens missels romains-français.
Enfants, éclatez en bruyantes mélodies.
Célébrez les saints et joyeux triomphes des Innocents.
Aujourd’hui, le Christ enfant les a enlevés au ciel.
Une fureur insensée les a égorgés ;
C’est la ruse d’Hérode ; et ils ne sont coupables d’aucun crime.
Cet attentat est commis en Bethléhem,
Et ses alentours ;
Tendres enfants de deux ans et au-dessous,
Selon leur naissance.
Ce misérable roi Hérode a craint l’Empire du Christ, nouveau-né ;
Il a frémi jusqu’au fond de son âme ; et sa droite orgueilleuse a brandi le fer.
Troublé au fond de son âme, il cherche le Roi de la lumière et des cieux.
Il veut, par ses traits, exterminer Celui qui donne la vie.
Mais son cœur ténébreux ne peut contempler la resplendissante lumière qu’il poursuit ;
Il bouillonne en sa rage, il machine de cruelles fraudes, le barbare Hérode, pour perdre cet essaim de tendres enfants.
Un chef inique rassemble des cohortes de soldats ; il plonge le glaive dans ces membres délicats.
Le sang des victimes n’est pas formé encore ; c’est du lait au lieu de sang qui coule de leurs plaies, sur le sein de leurs mères.
Un ennemi dénaturé arrache les entrailles à ces enfants ; il les égorge.
Ils tombent, et leur âge si tendre n’avait point encore développé leurs forces.
Heureux ces petits corps des Innocents immolés !
Heureuses les mères qui enfantèrent de tels gages !
O aimables légions des Innocents !
O saints combats ! que livrent pour le Christ ces athlètes à la mamelle !
C’est par milliers que ces petits sont massacrés ; de leurs faibles membres, le lait coule à torrents.
Les Anges, citoyens du ciel, viennent à leur rencontre.
La petite troupe, vêtue de blanc, saisit la couronne de vie par une merveilleuse victoire.
Vous, ô Christ ! qui êtes venu réformer ce monde, nous vous supplions très dévotement :
De la gloire des Innocents, faites-nous jouir éternellement.
Amen.
Et nous aussi, bienheureux Enfants, nous rendons hommage à votre triomphe, et nous vous félicitons d’avoir été choisis pour les compagnons du Christ au berceau. Quel glorieux réveil a été le vôtre, lorsqu’après avoir passé par le glaive, vous avez connu que bientôt la lumière éblouissante de la vie éternelle allait être votre partage ! Quelle reconnaissance vous avez témoignée au Seigneur qui vous choisissait ainsi, entre tant de milliers d’autres enfants, pour honorer par votre immolation le berceau de son Fils ! La couronne a ceint votre front avant le combat ; la palme est venue d’elle-même se poser dans vos faibles mains, avant que vous eussiez pu faire un effort pour la cueillir : c’est ainsi que le Seigneur s’est montré plein de munificence, et nous a fait voir qu’il est maître de ses dons. N’était-il pas juste que la naissance du Fils de ce souverain Roi fût marquée par quelque magnifique largesse ? Nous n’en sommes point jaloux, ô martyrs innocents ! Nous glorifions le Seigneur qui vous a choisis, et nous applaudissons avec toute l’Église à votre inénarrable félicité.
O fleurs des martyrs ! permettez que nous mettions en vous notre confiance, et que nous osions vous supplier, par la récompense gratuite qui vous a été octroyée, de n’oublier pas vos frères qui combattent au milieu des hasards de ce monde de péché. Ces palmes et ces couronnes, dans lesquelles se joue votre innocence, nous les désirons aussi. Nous travaillons rudement à nous les assurer, et souvent nous nous sentons au moment de les perdre pour jamais. Le Dieu qui vous a glorifiés est aussi notre fin ; en lui seul aussi nous trouverons le repos ; priez, afin que nous arrivions jusqu’à lui.
Demandez pour nous la simplicité, l’enfance du cœur, cette naïve confiance en Dieu qui va jusqu’au bout dans l’accomplissement de ses volontés. Obtenez que nous supportions avec calme sa croix, quand il nous l’envoie ; que nous ne désirions que son bon plaisir. Au milieu du sanglant tumulte qui vint rompre votre sommeil, votre bouche enfantine souriait aux bourreaux ; vos mains semblaient se jouer avec ce glaive qui devait percer votre cœur ; vous étiez gracieux en face de la mort. Obtenez que nous aussi, nous soyons doux envers la tribulation, quand le Seigneur nous l’envoie. Qu’elle soit pour nous un martyre par la tranquillité de notre courage, par l’union de notre volonté avec celle du Maître souverain, qui n’éprouve que pour récompenser. Que les instruments dont il se sert ne nous soient point odieux ; que la charité ne s’éteigne point dans notre cœur ; et que rien n’altère cette paix sans laquelle l’âme du chrétien ne saurait plaire à Dieu.
Enfin, ô tendres agneaux immolés pour Jésus, vous qui le suivez partout où il va, parce que vous êtes purs, donnez-nous d’approcher de l’Agneau céleste qui vous conduit. Établissez-nous en Bethléhem avec vous ; que nous ne sortions plus de ce séjour d’amour et d’innocence. Présentez-nous à Marie, votre Mère, plus tendre encore que Rachel ; dites-lui que nous sommes ses enfants, que nous sommes vos frères ; et comme elle a compati à vos douleurs d’un instant, qu’elle daigne avoir pitié de nos longues misères.
En cette quatrième journée de la naissance du Rédempteur, visitons l’Étable, et adorons notre Emmanuel. Considérons cette miséricorde qui l’a porté à se faire enfant pour se rapprocher de nous, et soyons dans l’étonnement de voir un Dieu si près de sa créature. « Celui, dit le pieux abbé Guerric dans son cinquième sermon sur la nativité du Christ, Celui qui est insaisissable même pour la subtile intelligence des Anges, a daigné se rendre palpable aux sens grossiers de l’homme. Dieu ne pouvait nous parler comme à des êtres spirituels, charnels que nous sommes ; son Verbe s’est fait chair, afin que toute chair pût non seulement l’entendre, mais même le voir ; le monde n’ayant pu connaître la Sagesse de Dieu, cette Sagesse a daigné se faire a folie. Seigneur du ciel et de la terre, vous avez donc caché votre sagesse aux sages et aux prudents du monde, pour la révéler aux petits. Les hauteurs de l’orgueil ont horreur de l’humilité de cet Enfant ; mais ce qui est haut aux yeux des hommes, est abominable devant Dieu. Cet Enfant ne se plaît qu’avec les enfants ; il ne se repose qu’avec les humbles et les cœurs paisibles. Que les petits se glorifient donc en lui, et qu’ils chantent : Un petit Enfant nous est né ; comme lui, de son côté, se félicite, disant par Isaie : Me voici, moi et mes enfants que le Seigneur m’a donnés. En effet, pour lui fournir une compagnie en rapport avec son âge, le Père a voulu que la gloire des Martyrs commençât par l’innocence des enfants : l’Esprit-Saint voulant montrer par là que le royaume des cieux n’est que pour ceux qui leur ressemblent. »
Honorons cette enfance de notre grand Roi, en lui consacrant aujourd’hui l’Hymne gracieuse et touchante qu’un des plus hauts génies de l’Église primitive, Clément d’Alexandrie, a offerte au Christ, Roi des enfants.
Frein des jeunes coursiers indomptés, aile des oiseaux qui point ne s’égarent, gouvernail assuré de l’enfance, pasteur des agneaux du Roi, tes simples enfants, rassemble-les, pour louer saintement, chanter avec candeur, d’une bouche innocente, le chef des enfants, le Christ.
O Roi des Saints ! Verbe, triomphateur suprême, dispensateur de la sapience du Père, du Très-Haut ; toi, l’appui dans les peines, heureux de toute éternité, Sauveur de la race mortelle, Jésus !
Pasteur, agriculteur, frein, gouvernail, aile céleste du très saint troupeau ; pêcheur des hommes rachetés, amorçant à l’éternelle vie l’innocent poisson, arraché à l’onde ennemie de la mer du vice.
Sois leur guide, ô pasteur des brebis spirituelles ! ô Saint, sois leur guide, Roi des enfants sans tache ! les vestiges du Christ sont la voie du ciel.
Parole incessante, éternité sans bornes, lumière sans fin, source de miséricorde, auteur de toute vertu, vie irréprochable de ceux qui louent Dieu.
O Christ ! ô Jésus ! nous qui, de nos tendres bouches, suçons le lait céleste exprimé des douces mamelles de ta sagesse, la grâce des grâces ; petits enfants abreuvés de la rosée de l’esprit qui découle de ta parole nourrissante, chantons ensemble des louanges ingénues, des hymnes sincères à Jésus-Christ Roi.
Chantons les saintes récompenses de la doctrine de vie. Chantons avec simplesse l’Enfant tout-puissant. Chœur pacifique, enfants du Christ, troupe innocente, chantons ensemble le Dieu de la paix.
Saluons aussi Marie, la Mère de cet Enfant divin, avec cette belle Séquence empruntée aux anciens Missels de l’Allemagne.
Glorieuse impératrice, puissante souveraine, de Jésus-Christ noble Mère et fille ; tige de Jessé, pleine de beauté, verge fleurie au vert feuillage, qu’arrose la grâce abondante de la divinité.
Un léger souffle du midi t’a réchauffée, et de sa chaleur t’a fécondée ; loin de toi, il a chassé l’Aquilon et sa puissance. Par lui tu as produit la fleur de laquelle est sorti ton fruit, toi qui crus à la parole de Gabriel ton paranymphe.
Joseph, le juste, s’étonna en considérant ce mystère, songeant qu’il avait respecté la branche fleurie confiée à sa garde ; néanmoins il garda le secret divin ; sa bouche ne s’ouvrit pas pour le divulguer ; mais il glorifia son épouse, et l’honora comme sa Dame.
Les cieux avaient répandu leur rosée ; les nuées, enflées d’une pluie féconde, la versèrent au sein de la Vierge. Chose admirable ! prodige inouï ! Le soleil sortit de l’étoile au jour où la jeune fille, ignorant le lit nuptial, enfanta le grand Roi.
Donc, ô Vierge clémente et bénie ! digne de la louange de tous les êtres, recommande-nous à ton Fils. Fais, par tes pieux suffrages, que, délivrés des mortelles entraves qui nous accablent, nous soyons affranchis, et qu’un jour nous soyons transportés dans les célestes palais.
Amen.
[1] Jean XXIII a instauré l’usage de la couleur rouge.
[2] Simplesse : Naturel sans déguisement, doux et facile
Après Étienne, le premier des martyrs, Jean, l’apôtre et l’évangéliste, assiste le plus près à la crèche du Seigneur. Il était juste que la première place fût réservée à celui qui a aimé l’Emmanuel jusqu’à verser son sang pour son service ; car, comme le dit le Sauveur lui-même, il n’est point de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime [1] ; et le martyre a toujours été considéré par l’Église comme le dernier effort de la charité, ayant même la vertu de justifier le pécheur dans un second baptême. Mais après le sacrifice du sang, le plus noble, le plus courageux, celui qui gagne par-dessus tout le cœur de l’époux des âmes, c’est le sacrifice de la virginité. Or, de même que saint Étienne est reconnu pour le type des martyrs, saint Jean nous apparaît comme le prince des vierges. Le martyre a valu à Étienne la couronne et la palme ; la virginité a mérité à Jean des prérogatives sublimes, qui, en même temps qu’elles démontrent le prix de la chasteté, placent aussi ce disciple parmi les principaux membres de l’humanité.
Jean eut l’honneur de naître du sang de David, dans la famille même de la très pure Marie ; il fut donc parent de notre Seigneur, selon la chair. Un tel honneur lui fut commun avec saint Jacques le Majeur, son frère, fils de Zébédée comme lui ; avec saint Jacques le Mineur et saint Jude, fils d’Alphée ; mais, dans la fleur de sa jeunesse, Jean laissa, non seulement sa barque et ses filets, non seulement son père, mais sa fiancée, au moment de célébrer de chastes noces. Il suivit le Christ et ne regarda pas en arrière ; c’est pourquoi la tendresse particulière du cœur de Jésus lui fut acquise ; et tandis que les autres étaient disciples et apôtres, il fut l’ami du Fils de Dieu. La raison de cette rare prédilection fut donc, ainsi que le proclame l’Église, le sacrifice de virginité que Jean offrit à l’Homme-Dieu. Or, il convient de relever ici, au jour de sa fête, les grâces et les prérogatives qui ont découlé pour lui de l’heureux avantage de cette amitié céleste.
Ce seul mot du saint évangile : Le disciple que Jésus aimait, en dit plus, dans son admirable concision, que tous les commentaires. Pierre, sans doute, a été choisi pour être le chef des autres apôtres et le fondement de l’Église ; il a été plus honoré ; mais Jean a été plus aimé. Pierre a reçu l’ordre d’aimer plus que les autres ; il a pu répondre au Christ, par trois fois, qu’il en était ainsi ; cependant, Jean a été plus aimé du Christ que Pierre lui-même, parce qu’il convenait que la virginité fût honorée.
La chasteté des sens et du cœur a la vertu d’approcher de Dieu l’homme qui la conserve, et d’attirer Dieu vers lui ; c’est pourquoi, dans le moment solennel de la dernière cène, de cette cène féconde qui devait se renouveler sur l’autel jusqu’à la fin des temps, pour ranimer la vie dans les âmes et guérir leurs blessures, Jean fut placé auprès de Jésus lui-même, et non seulement il eut cet honneur insigne, mais dans ces derniers épanchements de l’amour du rédempteur, ce fils de sa tendresse osa reposer sa tête sur la poitrine de l’Homme-Dieu. Ce fut alors qu’il puisa, à leur source divine, la lumière et l’amour ; et cette faveur, qui était déjà une récompense, devint le principe de deux grâces signalées qui recommandent spécialement saint Jean à l’admiration de toute l’Église.
En effet, la Sagesse divine ayant voulu manifester le mystère du Verbe, et confier à l’écriture des secrets que jusqu’alors aucune plume humaine n’avait été appelée à raconter, Jean fut choisi pour ce grand œuvre. Pierre était mort sur la croix, Paul avait livré sa tête au glaive, les autres apôtres avaient successivement scellé leur témoignage de leur sang ; Jean restait seul debout, au milieu de l’Église ; et déjà l’hérésie, blasphémant l’enseignement apostolique, cherchait à anéantir le Verbe divin, et ne voulait plus le reconnaître pour le Fils de Dieu, consubstantiel au Père. Jean fut invité par les Églises à parler, et il le fit dans un langage tout du ciel. Son divin maître lui avait réservé, à lui, pur de toute souillure, d’écrire de sa main mortelle des mystères que ses frères n’avaient été appelés qu’à enseigner : le Verbe, Dieu éternel, et ce même Verbe fait chair pour le salut de l’homme. Par là il s’éleva, comme l’aigle, jusqu’au divin soleil ; il le contempla sans en être ébloui, parce que la pureté de son âme et de ses sens l’avait rendu digne d’entrer en rapport avec la lumière incréée. Si Moïse, après avoir conversé avec le Seigneur dans la nuée, se retira de ces divins entretiens le front orné de merveilleux rayons, combien radieuse devait être la face vénérable de Jean, qui s’était appuyée sur le cœur même de Jésus, où, comme parle l’apôtre, sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science [2] ! combien lumineux ses écrits ! combien divin son enseignement ! Aussi, ce type sublime de l’aigle montré par Ézéchiel, et confirmé par saint Jean lui-même dans sa Révélation, lui a-t-il été appliqué par l’Église, avec le beau nom de théologien que lui donne toute la tradition.
À cette première récompense qui consiste dans la pénétration des mystères, le Sauveur joignit pour son bien-aimé disciple une effusion d’amour inaccoutumée, parce que la chasteté, en désintéressant l’homme des affections grossières et égoïstes, l’élève à un amour plus pur et plus généreux. Jean avait recueilli dans son cœur les discours de Jésus : il en fit part à l’Église, et surtout il révéla le divin sermon de la cène, où s’épanche l’âme du rédempteur, qui, ayant aimé les siens, les aima jusqu’à la fin [3]. Il écrivit des épîtres, et ce fut pour dire aux hommes que Dieu est amour [4] ; que celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu [5] ; que la charité bannit la crainte [6]. Jusqu’à la fin de sa vie, jusque dans les jours de son extrême vieillesse, il insista sur l’amour que les hommes se doivent les uns aux autres, à l’exemple du Dieu qui les a aimés ; et de même qu’il avait annoncé plus clairement que les autres la divinité et la splendeur du Verbe, ainsi plus que les autres se montra-t-il l’apôtre de cette infinie charité que l’Emmanuel est venu allumer sur la terre.
Mais le Seigneur lui réservait un don véritablement digne du disciple vierge et bien-aimé. En mourant sur la croix, Jésus laissait Marie sur la terre ; déjà, depuis plusieurs années, Joseph avait rendu son âme au Seigneur. Qui veillerait donc sur un si sacré dépôt ? qui serait digne de le recevoir ? Jésus enverrait-il ses anges pour garder et consoler sa Mère : car quel homme sur la terre mériterait un tel honneur ? Du haut de sa croix, le Sauveur aperçoit le disciple vierge : tout est fixé. Jean sera un fils pour Marie, Marie sera une mère pour Jean ; la chasteté du disciple l’a rendu digne de recevoir un legs si glorieux. Ainsi, suivant la belle remarque de saint Pierre Damien, Pierre recevra en dépôt l’Église, Mère des hommes ; mais Jean recevra Marie, Mère de Dieu. Il la gardera comme son bien, il remplacera auprès d’elle son divin ami ; il l’aimera comme sa propre mère ; il en sera aimé comme un fils.
Environné de tant de lumière, réchauffé par tant d’amour, nous étonnerons-nous que Jean soit devenu l’ornement de la terre, la gloire de l’Église ? Aussi, comptez, si vous pouvez, ses titres ; énumérez ses qualités. Parent du Christ par Marie, apôtre, vierge, ami de l’Époux, aigle divin, théologien sacré, docteur de la charité, fils de Marie, il est encore évangéliste par le récit qu’il nous a laissé de la vie de son maître et ami ; Écrivain sacré par ses trois épîtres inspirées de l’Esprit-Saint ; Prophète par sa mystérieuse Apocalypse, qui renferme les secrets du temps et de l’éternité. Que lui a-t-il donc manqué ? la palme du martyre ? On ne le saurait dire ; car, s’il n’a pas consommé son sacrifice, il a néanmoins bu le calice de son maître lorsque, après une cruelle flagellation, il fut plongé dans l’huile bouillante, devant la Porte-Latine, à Rome. Jean fut donc martyr de désir et d’intention, sinon d’effet ; et si le Seigneur, qui le voulait conserver dans son Église comme un monument de son estime pour la chasteté et des honneurs qu’il réserve à cette vertu, arrêta miraculeusement l’effet d’un affreux supplice, le cœur de Jean n’en avait pas moins accepté le martyre dans toute son étendue.
Tel est le compagnon d’Étienne, près du berceau dans lequel nous honorons l’enfant divin. Si le protomartyr éclate par la pourpre de son sang, la blancheur virginale du fils adoptif de Marie n’est-elle pas éblouissante au-dessus de celle de la neige ? Les lis de Jean ne peuvent-ils pas marier leur innocent éclat à la vermeille splendeur des roses de la couronne d’Étienne ? Chantons donc gloire au roi nouveau-né, dont la cour brille de si riantes et de si fraîches couleurs. Cette céleste compagnie s’est formée sous nos yeux. D’abord nous avons vu Marie et Joseph seuls dans l’étable auprès de la crèche ; l’armée des anges a bientôt paru avec ses mélodieuses cohortes ; les bergers sont venus ensuite avec leurs cœurs humbles et simples ; puis, voici Étienne le Couronné, Jean le disciple chéri ; et en attendant les mages, d’autres viendront bientôt accroître l’éclat de la pompe, et réjouir de plus en plus nos cœurs. Quelle naissance que celle de notre Dieu ! Si humble qu’elle paraisse, combien elle est divine ! et quel roi de la terre, quel empereur a jamais eu autour de son splendide berceau des honneurs pareils à ceux de l’enfant de Bethléhem ? Unissons nos hommages à ceux qu’il reçoit de tous ces heureux membres de sa cour ; et si nous avons hier ranimé notre foi, à la vue des palmes sanglantes d’Étienne, aujourd’hui réveillons en nous l’amour de la chasteté, à l’odeur des célestes parfums que nous envoient les fleurs de la virginale couronne de l’ami du Christ.
La sainte Église ouvre les chants du divin sacrifice par les paroles du livre de l’Ecclésiastique qu’elle applique à saint Jean. Le Seigneur a placé son disciple bien-aimé sur la chaire de son Église, pour lui faire proclamer les mystères. Dans ses sublimes entretiens, il l’a rempli d’une sagesse infinie ; il l’a revêtu d’une robe éclatante de blancheur, afin d’honorer sa virginité.
Au milieu de l’Église, le Seigneur lui a ouvert la bouche ; il l’a rempli de l’Esprit de sagesse et d’intelligence, et il l’a revêtu de la robe de gloire. Ps. Il est bon de louer le Seigneur, et de chanter à la gloire de votre nom, ô Très-Haut ! Gloire au Père. Au milieu.
Dans la collecte, l’Église demande le don de la lumière qui est le Verbe de Dieu, et dont saint Jean a été le dispensateur par ses divins écrits. Elle aspire à posséder à jamais cet Emmanuel qui est venu illuminer la terre, et qui a révélé à son disciple les secrets célestes.
Répandez, Seigneur, dans votre bonté, la lumière sur votre Église, afin qu’étant illuminée par les enseignements du bienheureux Jean, apôtre et évangéliste, elle parvienne aux dons éternels. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Mémoire de Noël
Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que la nouvelle naissance de votre Fils unique nous délivre, nous qu’une antique servitude retient sous le joug du péché.
Celui qui craint Dieu fera le bien, et celui qui possède la justice acquerra la sagesse ; et elle viendra à lui comme une mère pleine d’honneur. Elle le nourrira du pain de vie et d’intelligence, et elle le désaltérera de l’eau d’une doctrine salutaire. Et elle s’affermira en lui et le rendra inébranlable, et elle le soutiendra, et il ne sera point confondu ; et elle l’exaltera au milieu des siens. Elle lui ouvrira la bouche, et le Seigneur le remplira de l’Esprit de sagesse et d’intelligence. Et elle le revêtira de la robe de gloire. La Sagesse lui amassera un trésor de joie et d’allégresse ; et le Seigneur, notre Dieu, lui donnera pour héritage un nom éternel.
Cette suprême Sagesse est le Verbe divin, qui est venu au-devant de saint Jean, en l’appelant à l’apostolat. Ce pain de vie dont elle l’a nourri est le pain immortel de la dernière cène ; cette eau d’une doctrine salutaire, c’est celle que le Sauveur promettait à la Samaritaine, et dont il a été donné à Jean de se désaltérer à longs traits dans sa source même, quand il reposa sur le cœur de Jésus. Cette force inébranlable est celle qu’il a fait paraître dans la garde vigilante et courageuse de la chasteté, et dans la confession du Fils de Dieu en présence des ministres de Domitien. Ce trésor que la divine Sagesse a amassé pour lui, c’est cet ensemble de glorieuses prérogatives que nous avons énumérées. Enfin, ce nom éternel est celui de Jean le disciple bien-aimé.
Il courut un bruit parmi les frères, que ce disciple ne mourrait point ; et Jésus n’avait pas dit : Il ne mourra point ; V/. Mais : Je veux qu’il demeure ainsi jusqu’à ce que je vienne ; pour toi, suis-moi.
Alleluia, alleluia. V/. C’est ce même disciple qui rend témoignage de ces choses, et nous savons que son témoignage est véritable. Alleluia.
En ce temps-là, Jésus dit à Pierre : Suis-moi. Pierre se retournant vit venir après lui le disciple que Jésus aimait : celui-là même qui, pendant la cène, s’était reposé sur la poitrine de Jésus, et lui avait dit : Seigneur, quel est celui qui vous trahira ? Pierre donc l’ayant vu, dit à Jésus : Et celui-ci, Seigneur, que deviendra-t-il ? Jésus lui dit : Je veux qu’il demeure ainsi jusqu’à ce que je vienne ; que t’importe ? Pour toi, suis-moi. Il courut donc un bruit parmi les frères, que ce disciple ne mourrait point. Et Jésus n’avait pas dit : Il ne mourra point ; mais : Je veux qu’il demeure ainsi jusqu’à ce que je vienne ; que t’importe? C’est ce même disciple qui rend témoignage de ces choses et qui a écrit ceci, et nous savons que son témoignage est véritable.
Ce passage de l’évangile a beaucoup occupé les pères et les commentateurs. On a cru y voir la confirmation du sentiment de ceux qui ont prétendu que saint Jean a été exempté de la mort corporelle, et qu’il attend encore, dans la chair, la venue du juge des vivants et des morts. Il n’y faut voir cependant, avec la plupart des saints docteurs, que la différence des deux vocations de saint Pierre et de saint Jean. Le premier suivra son maître, en mourant, comme lui, sur la croix ; le second sera réservé ; il atteindra une heureuse vieillesse ; et il verra venir à lui son maître qui l’enlèvera de ce monde par une mort tranquille.
Pendant l’offrande, l’Église célèbre les palmes fleuries du disciple bien-aimé ; elle nous montre autour de lui les générations de fidèles qu’il a enfantées, les Églises qu’il a fondées, et qui se multipliaient autour de lui, comme les jeunes cèdres, sous l’ombrage de leurs pères majestueux qui s’élèvent sur le Liban.
Le juste fleurira comme le palmier ; il se multipliera comme le cèdre qui est sur le Liban.
Recevez, Seigneur, les offrandes que nous vous présentons dans la solennité de celui par la protection duquel nous avons la confiance d’être délivrés. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Mémoire de Noël
Sanctifiez, Seigneur, les dons que nous vous offrons dans la nouvelle nativité de votre Fils unique, et purifiez-nous des taches de nos péchés.
Les mystérieuses paroles que nous avons lues, il y a peu d’instants, dans l’évangile, reviennent ici, en ce moment où le prêtre et le peuple communient à la victime du salut, comme une assurance que celui qui mange de ce pain, s’il meurt selon le corps, n’en vivra pas moins pour attendre la venue du juge et rémunérateur suprême.
Il courut un bruit parmi les frères, que ce disciple ne mourrait point ; cependant Jésus n’avait pas dit : Il ne mourra point ; mais : Je veux qu’il demeure ainsi, jusqu’à ce que je vienne.
Étant rassasiés de la nourriture et du breuvage célestes, nous vous supplions, notre Dieu, de permettre que nous soyons protégés par les prières de celui en mémoire duquel nous avons reçu cette divine nourriture. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Mémoire de Noël
Faites, s’il vous plaît, Dieu tout puissant, que le Sauveur du monde, qui, en naissant aujourd’hui, est pour nous-mêmes l’auteur d’une naissance divine, nous accorde aussi l’immortalité.
Entendons maintenant les diverses Églises proclamer la gloire de saint Jean, dans leurs éloges liturgiques. Nous commencerons par la sainte Église romaine, à qui nous emprunterons cette belle préface du sacramentaire léonien.
C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces, Père tout-puissant, en ce jour où nous vénérons la naissance de votre bienheureux apôtre, Jean l’évangéliste. Ayant été appelé par notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, il laissa un père terrestre pour trouver un Père céleste. Il jeta loin de lui les filets du siècle dans lesquels il était embarrassé, pour rechercher d’un cœur affranchi les biens de l’éternité ; il abandonna sa barque agitée par les flots, pour goûter la tranquillité dans le gouvernement de l’Église ; il renonça à la pêche des poissons, pour retirer, par la ligne de la doctrine du salut, les âmes plongées dans les abîmes du monde ; il cessa de sonder les profondeurs de la mer, pour devenir le scrutateur des secrets divins. Il s’est élevé jusqu’à reposer sur la poitrine du Sauveur lui-même, au festin sacré de la cène mystique. Le Seigneur, attaché à la croix, le subrogea en sa place pour être le fils de la Vierge-Mère ; et Jean prêcha avec plus de lumière que les autres écrivains sacrés, le Verbe qui, au commencement, était Dieu en Dieu.
L’Église de Milan, dans son missel ambrosien, chante ainsi la gloire du disciple bien-aimé :
C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces, Dieu éternel, quand nous honorons les mérites du bienheureux Jean l’évangéliste. Notre Seigneur Jésus-Christ, non seulement le favorisa toujours d’une particulière distinction ; mais comme il était sur la croix, il le substitua à soi-même, dans sa tendresse, pour être le fils de Marie, qu’il lui légua en héritage. La divine bonté l’éleva jusqu’à ce degré d’honneur, que, de pêcheur, elle le fit disciple, et, surpassant pour lui la mesure des mystères du salut de l’homme, le rendit capable de contempler, par son intelligence, et de proclamer par sa voix, plus que les autres apôtres, la divinité éternelle de votre Verbe.
Le missel mozarabe consacre à notre saint apôtre et évangéliste l’oraison suivante
Fils engendré du Dieu souverain et non engendré, qui avez ouvert à votre bien-aimé apôtre Jean les divins secrets de votre cœur, lorsque, reposant sur votre poitrine, il lui fut permis d’y puiser les eaux vives de son Évangile : daignez nous regarder favorablement, afin que, par vous, nous connaissions les choses secrètes, et que, par vous, nous accomplissions le bien qui nous est manifesté. Dévoilez-nous les mystères cachés dans votre sein, afin que nous puissions comprendre l’infirmité de notre condition, et parvenir à la connaissance de votre divinité. Manifestez-nous sur vous-même ce que nous devons aimer ; et indiquez-nous, sur nous-mêmes, ce que nous devons corriger. Par le suffrage de ce disciple bien-aimé, que nos mœurs deviennent plus pures, que la peste soit éloignée, que les maladies soient dissipées, que le glaive soit repoussé. Que tout ce qui est contraire à la foi chrétienne soit détruit ; que tout ce qui lui est favorable prenne de l’accroissement. Que la famine s’éloigne, que les discussions s’apaisent, que les fauteurs de l’hérésie soient confondus. Que la terre soit féconde en moissons ; que nos âmes soient ornées de vertus ; enfin que l’ensemble de tous les biens nous advienne ; en sorte que, fidèlement attachés a votre service, ô notre Dieu ! nous usions de vos dons sans péché, et, après cette vie, nous jouissions des délices de votre éternelle possession. Amen.
L’hymne de la liturgie de Milan, que nous donnons ci-après, est attribuée à saint Ambroise ; elle en est digne par la majesté de la diction et la grandeur des pensées.
Illustre par l’amour que lui porta le Christ, Jean, l’enfant du Tonnerre, révéla, de sa bouche sacrée, les secrets de Dieu.
D’abord, il nourrit la vieillesse de son père par la pêche du poisson ; un jour qu’il voguait sur l’onde agitée, la foi vint lui donner l’immutabilité.
Il a lancé sa ligne dans les profondeurs, il a retiré le Verbe même de Dieu ; il a jeté ses filets dans les ondes éternelles, il a levé celui qui est la vie de tous.
La foi pieuse est le poisson véritable qui surnage sur la mer du monde ; elle s’appuie sur le sein du Christ, et parle ainsi dans l’Esprit-Saint :
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu.
Toutes choses par lui ont été faites. » Que la louange de Jean retentisse, qu’on lui offre les lauriers de l’Esprit-Saint ; qu’il soit couronné pour ses divins écrits.
Le martyre a été commun à un grand nombre de fidèles ; cette effusion du sang lave le péché ; mais il est quelque chose au-dessus de la mort des martyrs, c’est d’avoir révélé ce qui fait les martyrs.
Toutefois il fut lié un jour par les impies, et plongé dans l’huile bouillante. Ce bain enleva la poussière du monde, et Jean demeura vainqueur de l’ennemi.
Gloire à vous, Seigneur, qui êtes né de la Vierge ; gloire au Père et au Saint-Esprit, dans les siècles éternels.
Amen.
Nous donnerons maintenant quelques strophes des cantiques que l’Église grecque, dans son langage pompeux, consacre à la louange de saint Jean, dont elle célèbre la fête le 26 septembre.
Venez, Fidèles, couronnons aujourd’hui de cantiques divins l’abîme de la sagesse, l’écrivain des dogmes orthodoxes, Jean le glorieux, le bien-aimé ; car c’est lui qui a tonné : Le Verbe était au commencement. C’est pourquoi il a paru comme une voix de tonnerre, illuminant le monde par son Évangile, illustre maître de la sagesse.
Tu as paru vraiment, aux yeux de tous, le grand ami de cœur du Christ maître : car tu t’es appuyé sur sa poitrine, et là, tu as puisé les dogmes de sagesse dont, ô divin prêcheur de Dieu, tu as enrichi toute la terre, laquelle l’aimable Église du Christ possède, et orne maintenant avec allégresse.
Réjouis-toi, ô vrai théologue ! réjouis-toi, fils très aimable de la mère du Seigneur ; car, debout au pied de la croix du Christ, tu as entendu la voix divine du maître qui te criait : Voici maintenant ta mère. C’est pourquoi nous te rendons de dignes louanges, comme au bien-aimé et grand apôtre du Christ.
Le contemplateur des révélations ineffables, l’interprète des sublimes mystères de Dieu, le fils de Zébédée, écrivant pour nous l’évangile du Christ, nous a appris à discourir théologiquement sur le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Lyre aux célestes cantiques, touchée par Dieu lui-même, écrivain mystique, bouche aux paroles divines, il chante avec douceur le cantique des cantiques, et prie pour notre salut.
Exaltons par de nombreuses acclamations, ô race des mortels, célébrons le fils du Tonnerre, le fondement des divines paroles, le guide sacré de la théologie, le premier prêcheur de la vraie sagesse, Jean le bien-aimé, le disciple vierge.
Les fleuves de la théologie jaillirent de ta bouche vénérable, ô apôtre ! et l’Église de Dieu, qui s’y désaltère, adore, ô orthodoxe, la Trinité consubstantielle ; et maintenant, ô Jean le théologue, fais par tes prières que nos âmes soient affermies et qu’elles soient sauvées.
Le noble rejeton de la pureté, le parfum d’agréable odeur, nous est apparu en la présente solennité ; crions-lui donc : Ô toi qui as reposé sur la poitrine du Seigneur ! toi qui as comme fait distiller sur le monde le Verbe divin, ô Jean, apôtre ! toi qui as gardé la Vierge comme la prunelle de l’œil, demande pour nous au Christ une grande miséricorde.
La sommité des apôtres, la trompette de la théologie, le guide spirituel qui a soumis à Dieu l’univers, venez, fidèles, célébrons son bonheur : c’est le très illustre Jean, transporté de la terre et non enlevé à la terre ; mais vivant et attendant le second et terrible avènement du Seigneur, auquel, pour assister sans reproches, nous qui célébrons ta mémoire, daigne nous recommander, ô ami mystique du Christ, toi qui amoureusement reposas sur sa poitrine.
Nous terminerons, suivant notre usage, cet ensemble de louanges à la gloire de saint Jean, par une séquence du moyen âge des Églises d’Occident, que nous emprunterons au recueil de l’abbaye de Saint-Gall. Elle est de la composition de Notker, et a été, pendant de longs siècles, en usage dans nos missels romains-français.
Jean, disciple vierge, tant aimé de Jésus !
C’est toi qui, par son amour, as laissé dans ta barque ton père selon la chair ;
Toi qui, pour suivre le messie, as dédaigné le cœur d’une jeune épouse ;
Toi qui méritas de goûter les eaux sacrées qui jaillissent du cœur de ce messie ;
Toi qui, sur cette terre, as contemplé la gloire du Fils de Dieu :
Cette gloire qu’il n’est donné de voir, et nous le croyons ainsi, qu’aux seuls saints dans la vie éternelle.
C’est toi que le Christ, sur sa croix triomphale, donna pour gardien à sa mère.
Vierge, tu reçus sous ta garde la Vierge ; et elle fut commise à tes soins.
Captif dans un cachot, brisé par les fouets, tu t’es réjoui de rendre témoignage au Christ.
C’est encore toi qui ressuscitas les morts, et qui, par le nom de Jésus, as vaincu le poison.
À toi, le Père suprême révèle son Verbe caché, plus qu’aux autres mortels.
Toi donc, par d’assidues prières, recommande-nous tous à Dieu,
Ô Jean, cher au Christ ! Amen.
Disciple chéri de l’enfant qui nous est né, combien votre félicité est grande ! combien admirable est la récompense de votre amour et de votre virginité ! En vous s’est accomplie la parole du maître : Heureux ceux dont le cœur est pur, car ils verront Dieu. Et non seulement vous l’avez vu, ce Dieu-Homme, mais vous avez été son ami, vous avez reposé sur son cœur. Jean-Baptiste tremble d’étendre sa main pour plonger dans le Jourdain sa tête divine ; Madeleine, assurée par lui-même d’un pardon immense comme son amour, n’ose lever la tête, et s’arrête à ses pieds ; Thomas attend son ordre pour oser mettre son doigt dans les cicatrices de ses plaies : et vous, en présence de tout le collège apostolique, vous prenez auprès de lui la place d’honneur, vous appuyez votre tête mortelle sur son sein. Et non seulement vous jouissez de la vue et de la possession de ce Fils de Dieu dans la chair ; mais, parce que votre cœur est pur, vous volez avec la rapidité de l’aigle, et vous fixez d’un regard assuré le Soleil de Justice, au sein même de cette lumière inaccessible qu’il habite éternellement avec le Père et l’Esprit-Saint.
Tel est donc le prix de la fidélité que vous lui avez montrée en conservant pour lui, pur de toute atteinte, le précieux trésor de la chasteté. Souvenez-vous de nous, ô vous le favori du grand roi ! Aujourd’hui, nous confessons la divinité de ce Verbe immortel que vous nous avez fait connaître ; mais nous voudrions aussi approcher de lui, dans ces jours où il se montre si accessible, si humble, si plein d’amour, sous les livrées de l’enfance et de la pauvreté. Hélas ! nos péchés nous retiennent ; notre cœur n’est pas pur, comme le vôtre ; nous avons besoin d’un protecteur qui nous introduise à la crèche de notre maître [7]. Pour jouir de ce bonheur, ô bien-aimé de l’Emmanuel, nous espérons en vous. Vous nous avez dévoilé la divinité du Verbe dans le sein du Père ; conduisez-nous en présence du Verbe fait chair. Que par vous nous puissions entrer dans l’étable, nous arrêter auprès de la crèche, voir de nos yeux, toucher de nos mains le doux fruit de la vie éternelle. Qu’il nous soit donné de contempler les traits si pleins de charmes de celui qui est notre Sauveur et votre ami, d’entendre les battements de ce cœur qui vous a aimé et qui nous aime ; de ce cœur qui, sous vos yeux, fut ouvert par le fer de la lance, sur la croix. Obtenez que nous demeurions près de ce berceau, que nous ayons part aux faveurs du céleste enfant, que nous imitions comme vous sa simplicité.
Enfin, ô vous qui êtes le fils et le gardien de Marie, présentez-nous à votre mère qui est aussi la nôtre. Qu’elle daigne, à votre prière, nous communiquer quelque chose de cette tendresse avec laquelle elle veille près du berceau de son divin Fils ; qu’elle voie en nous les frères de ce Jésus que ses flancs ont porté, qu’elle nous associe à l’affection maternelle qu’elle a ressentie pour vous, heureux dépositaire des secrets et des affections de l’Homme-Dieu.
Nous vous recommandons aussi l’Église de Dieu, ô saint apôtre ! Vous l’avez plantée, vous l’avez arrosée, vous l’avez embaumée de la céleste odeur de vos vertus, vous l’avez illuminée de vos divins enseignements ; priez maintenant que toutes ces grâces qui sont venues par vous, fructifient jusqu’au dernier jour ; que la foi brille d’un nouvel éclat, que l’amour du Christ se ranime dans les cœurs, que les mœurs chrétiennes s’épurent et refleurissent, et que le Sauveur des hommes, quand il nous dit, par les paroles de votre évangile : Vous n’êtes plus mes serviteurs, mais mes amis, entende sortir de nos bouches et de nos cœurs une réponse d’amour et de courage qui l’assure que nous le suivrons partout, comme vous l’avez suivi.
Considérons le sommeil de l’enfant Jésus, dans ce troisième jour de sa naissance. Admirons ce Dieu de bonté descendu du ciel pour inviter tous les hommes à chercher entre ses bras le repos de leurs âmes, se soumettant à prendre son propre repos dans leur demeure terrestre, et sanctifiant par ce divin sommeil la nécessité que nous impose la nature. Tout à l’heure nous nous plaisions à le contempler offrant sur sa poitrine un lieu de repos à saint Jean et à toutes les âmes qui voudront l’imiter dans sa pureté et dans son amour ; maintenant nous le voyons lui-même endormi doucement dans son humble couchette, ou sur le sein de sa mère.
Saint Alphonse de Liguori, dans un de ses délicieux cantiques, célèbre ainsi le sommeil du divin enfant et la tendresse de la Vierge-Mère :
« Les cieux ont suspendu leur douce harmonie, lorsque Marie a chanté pour endormir Jésus. — De sa voix divine, la Vierge de beauté, plus brillante qu’une étoile, disait ainsi : — Mon fils, mon Dieu, mon cher trésor, tu dors ; et moi je meurs d’amour pour ta beauté. — Dans ton sommeil, ô mon bien, tu ne regardes pas ta mère ; mais l’air que tu respires est du feu pour moi. — Tes yeux fermés me pénètrent de leurs traits ; que sera-ce de moi quand tu les ouvriras ? — Tes joues de rose ravissent mon cœur ! Ô Dieu ! mon âme se meurt pour toi. — Tes lèvres charmantes attirent mon baiser ; pardonne, ô chéri, je n’en puis plus. — Elle se tait, et pressant l’enfant sur son sein, elle dépose un baiser sur son divin visage. — Mais l’enfant aimé se réveille ; et de ses beaux yeux pleins d’amour, il regarde sa mère. — Ô Dieu ! pour la mère, ces yeux, ces regards, quel trait d’amour qui blesse et traverse son cœur ! — Et toi, mon âme, si dure, tu ne languis pas à ton tour, en voyant Marie languir de tendresse pour son Jésus ? — Divines beautés, je vous ai aimées tard, mais désormais je brûlerai pour vous sans fin. — Le Fils et la Mère, la Mère avec le Fils, la rose avec le lis, ont pour jamais tous mes amours. »
Honorons donc le sommeil de Jésus enfant ; rendons nos hommages au nouveau-né dans cet état de repos volontaire, et songeons aux fatigues qui l’attendent au réveil. Il grandira, cet enfant ; il deviendra un homme, et il marchera, à travers tous les labeurs, à la recherche de nos âmes, pauvres brebis égarées. Que du moins, dans ces premières heures de sa vie mortelle, son sommeil ne soit pas troublé ; que la pensée de nos péchés n’agite pas son cœur ; que Marie jouisse en paix du bonheur de contempler le repos de cet enfant qui doit plus tard lui causer tant de larmes. Le jour viendra assez tôt où il dira : « Les renards ont leurs tanières, les oiseaux du ciel ont leurs nids ; et le Fils de l’Homme n’a pas où reposer sa tête. »
Pierre de Celles dit admirablement, dans son quatrième sermon sur la nativité du Seigneur : « Le Christ a eu trois endroits où reposer sa tête. D’abord, le sein de son Père éternel. Il dit : Je suis dans le Père, et le Père est en moi . Quel repos plus délectable que cette complaisance du Père dans le Fils, et du Fils dans le Père ? Dans une mutuelle et ineffable dilection, ils sont heureux par l’union. Mais, tout en conservant ce lieu de repos éternel, le Fils de Dieu en a cherché un second au sein de la Vierge. Il l’a couverte de l’ombre de l’Esprit-Saint, et il a pris en elle un long sommeil, pendant que se formait en elle son corps humain. La très pure Vierge n’a point troublé le sommeil de son Fils ; elle a tenu toutes les puissances de son âme dans un silence digne du ciel, et ravie en elle-même, elle entendait des mystères qu’il n’est pas donné à l’homme de répéter. Le troisième lieu du repos du Christ est en l’homme. Il est dans un cœur purifié par la foi, dilaté par la charité, élevé par la contemplation, renouvelé par l’Esprit-Saint. Un tel cœur offrira au Christ, non pas une demeure terrestre, mais une habitation toute céleste, et l’enfant qui nous est né ne refusera pas d’y prendre son repos. »
À la gloire de ce Verbe éternel, fait chair pour notre salut, nous consacrerons cette hymne de notre grand poète ecclésiastique, Prudence
Né du sein du Père, avant le commencement du monde, appelé l’Alpha et l’Oméga, le Verbe est la source et le terme de tout ce qui est, de tout ce qui fut, de tout ce qui sera.
Il a commandé, et toutes choses ont été créées ; il a dit, et tout a été fait : la terre, le ciel, les abîmes de la mer, la triple sphère, tout ce qui vit sous le soleil et sous la lune.
Pour sauver de la mort la famille du premier homme, qu’une loi funeste avait plongé dans les profondeurs de l’enfer, il a revêtu la forme d’un corps fragile, des membres sujets à la mort.
Ô heureuse naissance ! quand une Vierge-Mère, féconde par l’Esprit-Saint, mit au jour notre salut, et que l’enfant, rédempteur du monde, nous fit voir ses traits sacrés !
Que les hauteurs du ciel retentissent de concerts ; chantez, esprits célestes ; que tout ce qui respire entonne un cantique à la louange de Dieu ; que nulle langue ne se taise ; que toute voix s’unisse.
Voici celui que les poètes divins chantaient dans les siècles antiques, que les pages fidèles des prophètes avaient annoncé. Ce messie, promis autrefois, parait : que toute créature entonne ses louanges.
Verbe incarné ! que les vieillards et les jeunes hommes, que le chœur des enfants, que la troupe des mères, des vierges, des jeunes filles au cœur simple, unissant leurs voix, éclatent en concerts pudiques.
Que les fleuves et leurs cascades, que la mer, ses côtes et ses rivages, que les pluies, les ardeurs de l’été, les neiges, les brouillards, les forêts, les airs, la nuit, le jour, célèbrent ta naissance dans les siècles des siècles. Amen.
À la très sainte et très miséricordieuse Vierge Marie, Mère de Dieu, nous offrirons cette prose gracieuse tirée de nos anciens missels romains-français.
Réjouissez-vous, Vierge-Mère, de votre joyeux enfantement, vous dont les chastes entrailles devenues fécondes ont conçu un Fils.
Vos mamelles distillent le lait, sous le lis de la pudeur ; Vierge, vous nourrissez d’un lait qui est à vous les membres délicats de votre Fils.
Le Fils unique du Père, par qui il a fait les siècles, habite ici-bas dans l’humanité, soumis à une mère pauvre.
Au ciel, il repaît d’allégresse les saints anges ; ici, il a soif, il a faim, dès son enfance.
Au ciel, il régit toutes choses ; ici, il est conduit par une mère. Au ciel, il donne les empires ; ici, il se soumet à sa servante.
Au ciel, il réside sur le trône suprême ; ici, lié de bandelettes, il vagit dans une crèche.
Ô homme ! considère, rappelle à ta mémoire combien grandes sont les œuvres de la divine clémence.
Ne désespère pas du pardon, si tu as beaucoup péché, quand tu vois les merveilles d’un tel amour.
Fuis sous la protection de la Mère, l’instrument de ton pardon : car elle tient entre ses bras la source de miséricorde.
Salue-la bien souvent dans l’espoir et la confiance ; fléchis tes genoux, et dis-lui : Salut, ô pleine de grâce !
Autrefois, quand il pleurait, vous lui présentiez votre sein, et ses larmes s’arrêtaient ; aujourd’hui, apaisez-le, irrité par nos péchés.
Jésus nous sommes tombés ! tournez vers nous vos regards : par les prières d’une Mère si tendre, amendez-nous et rendez-nous dignes citoyens du ciel.
Amen.
[1] s. Jean 15, 13.
[2] Col. 2, 3.
[3] s. Jean 13, 1.
[4] 1 s. Jean 4, 8.
[5] Ibid.
[6] Ibid. 18.
[7] Isaï. 1, 3.
Saint Pierre Damien ouvre son sermon sur la présente solennité par ces paroles :
« Nous tenons encore entre nos bras le Fils de la Vierge, et nous honorons par nos caresses l’enfance d’un Dieu. Marie nous a conduits à l’auguste berceau ; belle entre les filles des hommes, bénie entre les femmes, elle nous a présenté Celui qui est beau entre tous les enfants des hommes, et plus qu’eux tous, comblé de bénédictions. Elle soulève pour nous le voile des prophéties, et nous montre les desseins de Dieu accomplis. Qui de nous pourrait distraire ses yeux de la merveille d’un tel enfantement ? Néanmoins, tandis que le nouveau-né nous accorde les baisers de sa tendresse, et nous tient dans l’étonnement par de si grands prodiges, tout à coup, Etienne, plein de grâce et de force, opère des choses merveilleuses au milieu du peuple. (Act. VI, 8.) Laisserons-nous donc le Roi pour tourner nos regards sur un de ses soldats ? Non certes, à moins que le Prince lui-même ne nous le commande. Or, voici que le Roi, Fils de Roi, se lève lui-même, et vient assister au combat de son serviteur. Courons donc à un spectacle auquel il court lui-même, et considérons le porte-étendard des Martyrs. »
La sainte Église, dans l’Office d’aujourd’hui, nous fait lire ce début d’un Sermon de saint Fulgence sur la fête de saint Etienne : « Hier, nous avons célébré la Naissance temporelle de notre Roi éternel ; aujourd’hui, nous célébrons la Passion triomphale de son soldat. Hier notre Roi, couvert du vêtement de la chair, est sorti du sein de la Vierge et a daigné visiter le monde ; aujourd’hui, le combattant est sorti de la tente de son corps, et est monté triomphant au ciel. Le premier, tout en conservant la majesté de son éternelle divinité, a ceint l’humble baudrier de la chair, et est entré dans le camp de ce siècle pour combattre ; le second, déposant l’enveloppe corruptible du corps, est monté au palais du ciel pour y régner à jamais. L’un est descendu sous le voile de la chair, l’autre est monté sous les lauriers empourprés de son sang. L’un est descendu du milieu de la joie des Anges ; l’autre est monté du milieu des Juifs qui le lapidaient. Hier, les saints Anges, dans l’allégresse, ont chanté : Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! Aujourd’hui, ils ont reçu Etienne dans leur compagnie avec jubilation. Hier, le Christ a été pour nous enveloppé de langes : aujourd’hui, Etienne a été par lui revêtu de la robe a d’immortalité. Hier, une étroite crèche a reçu le Christ enfant : aujourd’hui l’immensité du ciel a reçu Etienne dans son triomphe. »
Ainsi, la divine Liturgie unit les joies de la Nativité du Seigneur avec l’allégresse que lui inspire le triomphe du premier des Martyrs ; et encore Etienne ne sera pas le seul à venir partager les honneurs de cette glorieuse Octave. Après lui, nous célébrerons Jean, le bien-aimé Disciple ; les Innocents de Bethléhem ; Thomas, le Martyr de la liberté de l’Église ; Sylvestre, le Pontife delà Paix. Mais, dans cette brillante escorte du Roi nouveau-né, la place d’honneur appartient à Etienne, ce Proto-martyr qui, ainsi que le chante l’Église, « a rendu le premier au Sauveur la mort que le Sauveur a soufferte pour lui ». Ainsi méritait d’être honoré le Martyre, ce témoignage sublime qui acquitte avec plénitude envers Dieu les dons octroyés à notre race, et scelle par le sang de l’homme la vérité que le Seigneur a confiée à la terre.
Pour bien comprendre ceci, il est nécessaire de considérer le plan divin pour le salut du monde. Le Verbe de Dieu est envoyé afin d’instruire les hommes ; il sème sa divine parole, et ses œuvres rendent témoignage de lui. Mais, après son Sacrifice, il remonte à la droite de son Père ; et son témoignage, pour être reçu par les hommes qui n’ont pas vu ni entendu ce Verbe de vie, a besoin d’un témoignage nouveau. Or, ce témoignage nouveau, ce sont les Martyrs qui le donneront ; et ce ne sera pas simplement par la confession de leur bouche, mais par l’effusion de leur sang qu’ils le rendront. L’Église s’élèvera donc par la Parole et le Sang de Jésus-Christ ; mais elle se soutiendra, elle traversera les âges, elle triomphera de tous les obstacles par le sang des Martyrs, membres du Christ ; et ce sang se mêlera avec celui de leur Chef divin, dans un même Sacrifice.
Les Martyrs auront toute ressemblance avec leur Roi suprême. Ils seront, comme il l’a dit, « semblables à des agneaux au milieu des loups ». (s. Mt 10, 16.) Le monde sera fort contre eux ; devant lui, ils seront faibles et désarmés ; mais, dans cette lutte inégale, la victoire des Martyrs n’en sera que plus éclatante et plus divine. L’Apôtre nous dit que le Christ crucifié est la force et la sagesse de Dieu (I Cor. I, 24) ; les Martyrs immolés, et cependant conquérants du monde, attesteront, d’un témoignage que le monde même comprendra, que le Christ qu’ils ont confessé, et qui leur a donné la constance et la victoire, est véritablement la force et la sagesse de Dieu. Il est donc juste qu’ils soient associés à tous les triomphes de l’Homme-Dieu, et que le cycle liturgique les glorifie, comme l’Église elle-même les honore en plaçant sous la pierre de l’autel leurs sacrés ossements, en sorte que le Sacrifice de leur Chef triomphant ne soit jamais célébré sans qu’ils soient offerts avec lui dans l’unité de son Corps mystique.
Or, la liste glorieuse des Martyrs du Fils de Dieu commence à saint Etienne ; il y brille par son beau nom qui signifie le Couronné, présage divin de sa victoire. Il commande, sous le Christ, cette blanche armée que chante l’Église, ayant été appelé le premier, avant les Apôtres eux-mêmes, et ayant répondu dignement à l’honneur de l’appel. Etienne a rendu un fort et courageux témoignage à la divinité de l’Emmanuel, en présence de la Synagogue des Juifs ; il a irrité leurs oreilles incrédules, en proclamant la vérité ; et bientôt une grêle de pierres meurtrières a été lancée contre lui par les ennemis de Dieu, devenus les siens. Il a reçu cet affront, debout, sans faiblir ; on eût dit, suivant la belle expression de saint Grégoire de Nysse, qu’une neige douce et silencieuse tombait sur lui à flocons légers, ou encore qu’une pluie de roses descendait mollement sur sa tête. Mais, à travers ces pierres qui se choquaient entre elles en lui apportant la mort, une clarté divine arrivait jusqu’à lui : Jésus, pour qui il mourait, se manifestait à ses regards ; et un dernier témoignage à la divinité de l’Emmanuel s’échappait avec force de la bouche du Martyr. Bientôt, à l’exemple de ce divin Maître, pour rendre son sacrifice complet, le Martyr répand sa dernière prière pour ses bourreaux ; il fléchit les genoux et demande que le péché ne leur soit pas imputé. Ainsi tout est consommé ; et le type du Martyre est montré à la terre pour être imité et suivi dans toutes les générations, jusqu’à la consommation des siècles, jusqu’au dernier complément du nombre des Martyrs. Etienne s’endort dans le Seigneur, et il est enseveli dans la paix, in pace, jusqu’à ce que sa tombe sacrée soit retrouvée, et que sa gloire se répande de nouveau dans toute l’Église, par cette miraculeuse Invention, comme par une résurrection anticipée.
Étienne a donc mérité de faire la garde auprès du berceau de son Roi, comme le chef des vaillants champions de la divinité du céleste Enfant que nous adorons. Prions-le, avec l’Église, de nous faciliter l’approche de l’humble couche où repose notre souverain Seigneur. Demandons-lui de nous initier aux mystères de cette divine Enfance que nous devons tous connaître et imiter dans le Christ. Dans la simplicité de la crèche, il n’a point compté le nombre de ses ennemis, il n’a point tremblé en présence de leur rage, il n’a point fui leurs coups, il n’a point imposé silence à sa bouche, il a pardonné à leur fureur ; et sa dernière prière a été pour eux. O fidèle imitateur de l’Enfant de Bethléhem ! Jésus, en effet, n’a point foudroyé les habitants de cette cité qui refusa un asile à la Vierge-Mère, au moment où elle allait enfanter le Fils de David. Il dédaignera d’arrêter la fureur d’Hérode qui bientôt le cherchera pour le faire périr ; il aimera mieux fuir en Égypte, comme un proscrit, devant la face de ce tyran vulgaire ; et c’est à travers toutes ces faiblesses apparentes qu’il montrera sa divinité, et que le Dieu-Enfant sera le Dieu-Fort. Hérode passera, et sa tyrannie ; le Christ demeurera, plus grand dans sa crèche où il fait trembler un roi, que ce prince sous sa pourpre tributaire des Romains ; plus grand que César-Auguste lui-même, dont l’empire colossal a pour destinée de servir d’escabeau à l’Église que vient établir cet Enfant si humblement inscrit sur les rôles de la ville de Bethléhem.
La sainte Église débute par les paroles du saint Martyr qui, empruntant le langage de David, rappelle le conseil tenu contre lui par les méchants, et l’humble confiance qui Ta fait triompher de leurs persécutions. Depuis l’effusion du sang d’Abel jusqu’aux futurs Martyrs que doit immoler l’Antéchrist, l’Église est toujours persécutée ; son sang ne cesse de couler dans une contrée ou dans une autre ; mais son refuge est dans sa fidélité à son Époux, et dans la simplicité que l’Enfant de la Crèche est venu lui enseigner par son exemple.
Les princes se sont assis, et ils ont prononcé contre moi, et les méchants m’ont persécuté ; secourez-moi, Seigneur mon Dieu ; car votre serviteur s’est exercé dans la pratique de votre loi. Ps. Heureux ceux qui sont purs dans la voie, qui marchent dans la loi du Seigneur. Gloire au Père. Les princes.
Dans la Collecte, l’Église demande, pour elle-même et pour ses enfants, cette force divine qui produit dans les saints Martyrs le pardon des injures, et met le sceau à leur témoignage et à leur ressemblance avec le Sauveur. Elle glorifie saint Étienne, qui en a donné le premier exemple sous la loi nouvelle.
ACCORDEZ-NOUS, s’il vous plaît, Seigneur, d’imiter ce que nous honorons, afin que nous apprenions à aimer même nos ennemis ; puisque nous célébrons la fête de celui qui sut aussi implorer pour ses persécuteurs Jésus-Christ, notre Seigneur, qui vit et règne, etc.
Prions. Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que la nouvelle naissance de votre Fils unique nous délivre, nous qu’une antique servitude retient sous le joug du péché. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.
En ces jours-là, Étienne, plein de grâce et de force, faisait des prodiges et de grands miracles parmi le peuple. Or, quelques-uns de la synagogue qui est appelée des Affranchis, et de celle des Cyrénéens, des Alexandrins, des gens de la Cilicie et de l’Asie, s’élevèrent contre Étienne, et disputèrent avec lui ; et ils ne pouvaient résister à la sagesse et à l’Esprit qui parlait en lui. Ayant entendu son discours, leurs cœurs furent déchirés par la rage, et ils grinçaient des dents contre lui. Mais Étienne étant rempli du Saint-Esprit, et levant les yeux au ciel, vit la gloire de Dieu, et Jésus se tenant debout à la droite du Dieu tout-puissant, et il dit : « Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’Homme debout à la droite du Dieu tout-puissant. » Mais ils poussèrent tous de grands cris, et se bouchant les oreilles, ils se jetèrent tous ensemble sur lui. Et l’ayant entraîné hors de la ville, ils le lapidaient. Et les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme nommé Saul. Et ils lapidèrent Etienne, qui priait et disait : « Seigneur Jésus, recevez mon esprit. » S’étant mis à genoux,il cria d’une voix haute et dit : « Seigneur, ne leur imputez pas ce péché. » Et ayant dit cela, il s’endormit dans le Seigneur.
Ainsi, ô glorieux Prince des Martyrs, vous fûtes conduit hors des portes de la ville pour être immolé, et vous fûtes mis à mort par le supplice des blasphémateurs. Le disciple devait être en tout semblable au Maître. Mais ni l’ignominie de cette mort, ni la cruauté du supplice n’épouvantèrent votre grande âme : vous portiez le Christ dans votre cœur, et avec lui vous étiez plus fort que tous vos ennemis. Mais quelle fut votre joie, lorsque les cieux s’étant ouverts au-dessus de votre tête, ce Dieu Sauveur vous apparut dans sa chair glorifiée se tenant debout à la droite de Dieu, lorsque les yeux de ce divin Emmanuel rencontrèrent les vôtres ! Ce regard d’un Dieu sur sa créature qui va souffrir pour lui, de la créature vers le Dieu pour qui elle s’immole, vous ravit hors de vous-même. En vain les pierres cruelles pleuvaient sur votre tête innocente : rien ne put vous distraire de la vue de ce Roi éternel qui, pour vous, se levait de son trône, et qui venait à vous, portant cette Couronne qu’il vous avait tressée de toute éternité, et que vous obteniez à cette heure. Demandez, dans la gloire où vous régnez aujourd’hui, que nous aussi soyons fidèles, et fidèles jusqu’à la mort, à ce Christ qui ne s’est pas seulement levé pour nous, mais qui est descendu jusqu’à nous sous la forme de l’enfance.
Les princes se sont assis, et ils ont prononcé contre moi, et les méchants m’ont persécuté. V/. Secourez-moi, Seigneur mon Dieu ; sauvez-moi par votre miséricorde.
Alleluia, alleluia. V/. Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’Homme debout à la droite du Dieu tout-puissant. Alleluia.
En ce temps-là, Jésus disait aux Scribes et aux Pharisiens : Voici que je vais vous envoyer des Prophètes, des Sages et des Docteurs, et vous tuerez les uns, vous crucifierez les autres ; vous en fouetterez plusieurs dans vos synagogues, et vous les poursuivrez de ville en ville ; afin que tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre, retombe sur vous, depuis le sang d’Abel le Juste jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l’autel. En vérité, je vous le dis, toutes ces choses viendront fondre sur cette génération. Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les Prophètes, et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu ne l’as pas voulu ! Voici que votre demeure va être déserte et abandonnée. Car, je vous le déclare, vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur !
Les Martyrs sont donnés au monde pour continuer sur la terre le ministère du Christ, en rendant témoignage à sa parole, et en scellant de leur sang ce témoignage. Le monde les a méconnus ; comme leur Maître, ils ont lui dans les ténèbres, et les ténèbres ne les ont point compris. Cependant, plusieurs ont reçu leur témoignage, et ont germé à la foi, sur cette féconde semence. La Synagogue a été rejetée pour avoir versé le sang d’Etienne, après celui du Christ ; malheur donc à quiconque méconnaît le mérite des Martyrs ! Recueillons plutôt les hautes leçons que nous donne leur sacrifice ; et que notre religion envers eux témoigne de notre reconnaissance pour le sublime ministère qu’ils ont rempli et qu’ils remplissent tous les jours dans l’Église. L’Église, en effet, n’est jamais sans Martyrs, comme elle n’est jamais sans miracles ; c’est le double témoignage qu’elle rendra jusqu’à la fin des siècles, et par lequel se manifeste la vie divine que son auteur a déposée en elle.
Pendant l’offrande, la sainte Église rappelle les mérites et la mort sublime d’Étienne, pour montrer que le sacrifice du saint Diacre s’unit à celui de Jésus-Christ lui-même.
Les Apôtres élurent pour diacre Étienne, plein de foi et du Saint-Esprit ; les Juifs le lapidèrent pendant qu’il priait et disait : Seigneur Jésus, recevez mon esprit. Alleluia.
Recevez, Seigneur, les offrandes que nous vous faisons en l’honneur de vos Saints ; afin que comme leur Passion les a rendus glorieux, ainsi notre piété envers eux nous rende l’innocence. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Sanctifiez, Seigneur, par la nouvelle naissance de votre Fils unique, ces dons que nous vous offrons, et purifiez-nous des taches de nos péchés. Parle même Jésus-Christ notre Seigneur.
Unie à son divin Époux par la sainte Communion, l’Église voit aussi les cieux ouverts, et Jésus debout à la droite de Dieu. Elle envoie à ce Verbe incarné tous les sentiments de son amour, et puise dans la nourriture céleste cette mansuétude qui lui fait supporter les outrages de ses ennemis, pour les gagner tous à la foi et à la charité de Jésus-Christ. C’est dans la participation à cet aliment céleste qu’Etienne avait puisé la force surhumaine qui lui mérita la victoire et la couronne.
Je vois les cieux ouverts, et Jésus debout à la droite du Dieu tout-puissant. Seigneur Jésus ! recevez mon esprit, et ne leur imputez pas ce péché.
Faites, Seigneur, que les Mystères que nous venons de recevoir soient pour nous un secours, et que, par l’intercession du bienheureux Etienne, votre Martyr, nous en recevions une continuelle protection. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Faites, s’il vous plait, Dieu tout-puissant, que le Sauveur du monde, qui naît aujourd’hui, de même qu’il est en nous l’auteur d’une naissance divine, nous accorde aussi le don de l’immortalité ; lui qui, étant Dieu, vit et règne avec vous.
La solennité de l’octave de Noël dont nous a, en quelque manière, distrait la fête de saint Étienne, reparaît aux Vêpres dans toute sa splendeur. L’Église y chante les Psaumes du jour de Noël, avec leurs Antiennes, et ne recommence à s’occuper du saint Martyr qu’à partir du capitule. Elle observe cet usage à toutes les autres fêtes qui se rencontrent pendant l’Octave.
À la gloire du premier des Martyrs, nous donnerons ici quelques-uns des chants que la Liturgie des diverses Églises consacre à célébrer ses mérites. Nous commencerons par une Hymne empruntée au Bréviaire de l’Église de Milan.
À Etienne, le premier Martyr, chantons un cantique nouveau ; qu’il soit doux dans son harmonie ; qu’il soit salutaire aux croyants.
Chantons-le, disciples de la foi ; redisons la louange du Martyr, qui, le premier après son Rédempteur, n’a pas craint d’embrasser la croix.
Éprouvé dans le service de Dieu par les Apôtres eux-mêmes, il a porté l’étendard du martyre, il a été préféré à tous.
O glorieuse préférence ! ô bienheureuse victoire ! Etienne a mérité de suivre le Seigneur.
Martyr plein de vaillance, il prêche le Christ avec amour ; il est rempli de l’Esprit-Saint ; son visage est le visage d’un Ange.
Il a levé les yeux : il a vu le Père avec le Fils ; il a fait voir vivant au ciel Celui que son peuple avait voulu faire périr.
La fureur des Juifs redouble ; ils arment de pierres leurs mains ; ils courent, pour mettre à mort le pieux soldat du Christ.
Sa tête est prête, et avec joie, il reçoit cette grêle de pierres ; il prie le Seigneur pour ses bourreaux ; d’un cœur joyeux, il rend son âme.
Gloire à vous, Seigneur ; gloire à votre Fils unique ; avec le Saint-Esprit, dans les siècles éternels.
Amen.
Le Sacramentaire Gallican, à la fête de saint Etienne, glorifiait Dieu en ces termes, pour les mérites qu’il a daigné conférer au premier des Martyrs :
Dieu tout-puissant, qui avez donné à votre Église le Martyr saint Etienne comme la première gerbe de votre moisson, et qui avez fait de cette offrande primitive d’un fruit si promptement mûr, le prédicateur de votre doctrine nouvellement promulguée ; accordez à l’assemblée des fidèles, et aux prières d’un martyr si rempli de mérites, que par ses suffrages Etienne protège votre Église, qu’il a honorée par son ministère.
L’Église Gothique d’Espagne consacre à saint Etienne ces magnifiques éloges, dans son missel Mozarabe :
Il est digne et juste de vous louer, de vous bénir, de vous rendre grâces, Dieu tout-puissant et éternel, qui vous glorifiez dans l’assemblée de vos Saints. Vous les avez élus dès avant la création du monde, vous les avez marqués pour le ciel d’une bénédiction spirituelle, et vous les avez associés à votre Fils unique par l’Incarnation et par la rédemption de la croix. Vous avez fait régner en eux votre Esprit-Saint, et par lui, votre miséricorde les favorisant, ils sont parvenus à la gloire d’un heureux martyre. C’est donc avec raison, ô Seigneur des armées, que cette solennité vous est consacrée ; que nous fêtons, pour votre gloire, ce jour sacré, que le sang du bienheureux Etienne, votre premier martyr, répandu pour le témoignage de votre vérité, a marqué magnifiquement pour la gloire de votre Nom. En effet, il est le premier Confesseur de ce Nom qui est au-dessus de tout nom, et dans lequel, ô Père éternel, vous avez placé l’unique secours de notre salut. Dans votre Église, quel exemple éclatant et glorieux il a laissé pour raffermir les cœurs ! Le premier, après la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, il a saisi Ta palme de la victoire. Consacré, par l’Esprit-Saint et le choix des Apôtres, au ministère lévitique, il a éclaté aussitôt par une pureté semblable à celle de la neige, et par la pourpre sanglante du martyre. O rejeton béni d’Abraham ! premier imitateur et témoin de la croix du Seigneur ! il a mérité de voir les cieux ouverts, et Jésus assis à la droite de Dieu. C’est avec raison et avec justice que, célébrant votre Nom, ô Dieu tout-puissant, nous honorons celui que vous avez daigné appeler à une si grande gloire. Dans votre miséricorde, faites-nous jouir de son suffrage. Qu’il prie pour ce peuple, dans cette gloire que le Christ lui a départie, lorsqu’il l’a reçu avec triomphe après son combat victorieux. Que ces yeux s’élèvent pour nous, ces yeux qui, étant encore dans ce corps de mort, à l’heure même de sa passion, ont vu le Fils de Dieu debout à la droite du Père. Qu’il obtienne pour nous vos grâces, celui qui, pendant qu’on le lapidait, vous implorait, Dieu saint, Père tout-puissant, par Jésus-Christ notre Seigneur, votre Fils, quia daigné naître de la Vierge, selon la chair, pour nos péchés, et souffrir la mort, afin d’instruire ses martyrs à souffrir par son exemple. À lui tous les Anges et les Archanges chantent sans jamais cesser, disant : Saint ! Saint ! Saint !
Nous entendrons maintenant l’Église Grecque, et nous emprunterons quelques strophes à ses Menées, pour la louange du Protomartyr.
Tu as paru tout rayonnant dans ton âme de la grâce de l’Esprit, et, dans ton visage, pareil à un Ange, ô Etienne ! La splendeur qui t’illuminait au dedans rejaillit sur ton corps, et ton âme laissa échapper aux regards l’éclat dont tu fus frappé, et les reflets de tes contemplations lumineuses, quand les cieux te furent ouverts, ô chef g’orieux des martyrs !
Ces pierres lancées sur toi comme les flocons de la neige, te servirent de degrés, et comme d’échelle pour monter aux parvis célestes ; t’élevant sur leur amas glorieux, tu as contemplé le Seigneur assis à la droite du Père, t’offrant de sa vivifiante droite la couronne que ton nom présageait ; près de lui, tu assistes maintenant en vainqueur glorieux, prémices des athlètes.
Illustre en prodiges et en miracles, et en la céleste doctrine, tu as livré aux flammes la chaire des impies ; par eux mis à mort et accablé de pierres, tu as demandé grâce pour tes bourreaux : imitant même par tes paroles celles du Sauveur, entre les mains duquel tu as remis ton âme très sacrée, ô Etienne !
Le glorieux Etienne est présenté, en ce jour, au Seigneur Roi nouveau-né ; il n’est pas resplendissant de joyaux, mais tout fleuri par l’éclat de son sang. O amis des martyrs ! venez, cueillons des fleurs, couronnons nos fronts et chantons tour à tour : Toi qui brilles en ton âme par l’éclat de la sagesse et delà charité, ô premier martyr du Christ Dieu ! demande pour nous la paix et une grande miséricorde.
Tu as dignement été appelé en aide aux apôtres du Christ, et tu as administré en diacre fidèle, ô Etienne, vraiment digne de ton nom ! Comme le Christ, tu as passé à travers le sang.
Aussi brillant que le soleil, ô homme portant Dieu ! tu t’es levé à l’orient, lançant de toutes parts les rayons de ton témoignage, de ton grand courage et de ta résistance généreuse.
Celui qui, né d’une Vierge-Mère, est venu habiter parmi nous, le premier des martyrs l’a contemplé dans les cieux, debout dans l’immuable divinité et dans la gloire du Père.
Hier, le Seigneur, revêtu de notre chair, est venu habiter parmi nous ; aujourd’hui, le serviteur a quitté sa demeure de chair ; aujourd’hui, le serviteur est lapidé, et ainsi achève sa course le Proto-martyr et divin Etienne.
Une étoile resplendissante a brillé aujourd’hui en la Nativité du Christ ; c’est Etienne, premier martyr, qui illumine de ses clartés la terre entière. Il a éteint toute l’impiété des Juifs, les reprenant par des paroles de sagesse, leur parlant d’après les Écritures, et leur prouvant que Jésus, né d’une Vierge, est le propre Fils de Dieu ; il confond leur sacrilège malice, le Proto-martyr et divin Etienne.
Tu as dépassé tous termes de louanges, ô Etienne ! et tu portes vraiment et ineffablement tes palmes de victoire ; et aucun esprit mortel ne peut tresser une couronne digne de ta gloire.
Tu as été le premier entre les diacres, le premier entre les martyrs, ô très saint Etienne ! car tu as ouvert la voie aux saints, et tu as conduit au Seigneur d’innombrables martyrs : c’est pourquoi le ciel t’a été ouvert, et Dieu s’est montré à tes regards ; supplie-le de sauver nos âmes.
Le moyen âge des Églises d’Occident a produit de nombreuses pièces liturgiques, spécialement dans le genre des Proses ou Séquences, à la louange de saint Etienne. Nous en omettrons plusieurs, comme étant moins remarquables ; mais nous donnerons ici celle d’Adam de Saint-Victor. Nous nous faisons toujours un devoir d’honorer les œuvres de ce grand poète liturgique, dont les compositions rehaussèrent, durant tant de siècles, le Missel de l’Église de Paris, et furent si longtemps populaires dans l’Allemagne, l’Angleterre, et généralement dans toutes les Églises du nord de l’Europe.
Hier a tressailli le monde, et son allégresse fêtait la Nativité du Christ.
Hier un chœur d’Anges se pressait autour du Roi des Cieux, en grande liesse.
Voici le Protomartyr et Lévite, fameux par sa foi, par sa vie fameux, fameux aussi par ses miracles.
En ce jour Etienne a triomphé, et dans son triomphe, il a bravé les Juifs incrédules.
Ils frémissent d’une fureur sauvage ; car ils sont vaincus, ils défaillent, les ennemis de la Lumière.
Ils produisent de faux témoins ; ils aiguisent leur langue, ces fils de vipères.
Ne cède pas, ô athlète ! combats, sûr de la récompense : ô Etienne, persévère.
Résiste aux faux témoins ; confonds, par tes discours, la Synagogue de Satan.
Ton témoin est au ciel, témoin véritable et fidèle, témoin de ton innocence.
Tu portes le nom de Couronné : il te faut, par les tourments, mériter la couronne de gloire.
Pour une couronne inflétrissable, supporte le supplice d’un moment ; la victoire t’attend.
La mort te sera une Naissance ; ton dernier tourment sera pour toi le premier instant d’une vie nouvelle.
Rempli de l’Esprit-Saint, Etienne, par son regard, pénètre les régions célestes.
Il voit la gloire de Dieu, il s’élance à la victoire, il aspire à la récompense.
Considère, debout à la droite de Dieu, Jésus qui combat pour toi, ô Etienne !
Pour toi les cieux s’ouvrent, à toi le Christ se révèle : publie-le d’une voix intrépide.
Il se recommande au Sauveur, pour qui la mort lui paraît douce, jusque sous les pierres qui fondent sur lui.
Saul garde les vêtements des bourreaux ; il lapide Etienne parla main de tous.
Que le péché ne soit pas imputé à ceux qui le lapident ; Etienne, à genoux, le demande, compatissant à leur fureur aveugle.
Ainsi il s’endormit dans le Christ, ainsi il fut fidèle au Christ, et avec le Christ il vit à jamais, celui qui est appelé les prémices des Martyrs.
Par lui six morts ressuscitèrent, aux plages africaines ; Augustin l’atteste ; la renommée l’a répété.
Dieu veut, dans sa miséricorde, que ses ossements soient révélés ; une pluie alors se répand sur le monde tourmenté par la sécheresse.
La seule odeur de ses reliques met en fuite les maladies et les démons ; il est digne de louange et d’honneur, digne d’éternelle mémoire.
O Martyr, dont le nom est un sujet de joie pour l’Église : par ton céleste parfum, ranime ce monde languissant.
Amen.
Nous nous unissons à ces éloges que vous envoient tous les siècles chrétiens, ô vous le premier et le prince des Martyrs ! Nous vous félicitons d’avoir été choisi par la sainte Église pour assister, au poste d’honneur, près du berceau du souverain Seigneur de toutes choses. Qu’elle est glorieuse, la confession que vous avez rendue, au milieu des cailloux meurtriers qui brisaient vos membres généreux ! Qu’elle est éclatante, la pourpre qui vous couvre comme un triomphateur ! Qu’elles sont lumineuses, les cicatrices de ces blessures que vous reçûtes pour le Christ ! Qu’elle est nombreuse et brillante, l’armée des Martyrs qui vous suit comme son chef, et qui continue ses glorieux enrôlements jusqu’à la consommation des siècles !
Dans ces jours de la Naissance de notre commun Sauveur, nous vous prions, ô Etienne, de nous faire pénétrer dans les profondeurs dés mystères du Verbe incarné. Fidèle gardien de sa Crèche, c’est à vous de nous introduire auprès du céleste Enfant qui y repose. Vous avez rendu témoignage à sa divinité et à son humanité ; vous l’avez prêché, cet Homme-Dieu, au milieu des cris furieux de la Synagogue. En vain les Juifs se bouchèrent les oreilles ; il leur fallut entendre votre voix tonnante qui leur dénonçait le déicide qu’ils avaient commis, en mettant à mort Celui qui est tout à la fois le Fils de Marie et le Fils de Dieu. Montrez-le-nous aussi, ce Rédempteur du monde, non point encore triomphant à la droite du Père, mais humble et doux, dans ces premières heures de sa manifestation, enveloppé de langes et couché dans la crèche. Nous voulons aussi lui rendre témoignage, annoncer sa Naissance pleine d’amour et de miséricorde, faire voir par nos œuvres qu’il est né aussi dans nos cœurs. Obtenez-nous ce dévouement à l’Enfant divin, qui vous a rendu fort au jour de l’épreuve. Nous l’aurons, si nous sommes simples et sans crainte, comme vous l’avez été, si nous avons l’amour de cet Enfant ; car l’amour est plus fort que la mort. Qu’il ne nous arrive jamais d’oublier que tout chrétien doit être prêt au martyre, par cela seul qu’il est chrétien. Que la vie du Christ qui commence en nous, s’y développe par notre fidélité et nos œuvres, en sorte que nous arrivions, comme dit l’Apôtre, à la plénitude du Christ. (Ephes. 4, 13.)
Mais souvenez-vous, ô glorieux Martyr, souvenez-vous de la sainte Église, dans ces contrées où les arrêts du Seigneur exigent qu’elle résiste jusqu’au sang Obtenez que le nombre de vos frères se complète de tous ceux qui sont éprouvés, et que pas un ne défaille dans le combat. Que ni l’âge ni le sexe ne faiblissent, afin que le témoignage soit entier, et que l’Église cueille encore, dans sa vieillesse, les palmes et les couronnes immortelles qui ont honoré ces premières années dont vous fûtes l’ornement. Mais, ô Etienne, priez, afin que le sang des Martyrs soit fécond, comme aux anciens jours ; que la terre ingrate ne l’absorbe pas, mais qu’il lui fasse germer de riches moissons. Que l’infidélité recule de plus en plus ses tristes frontières ; que l’hérésie s’éteigne et cesse de dévorer, comme une lèpre, des membres dont la vigueur ferait la gloire et la consolation de l’Église. Que le Seigneur, touché par vos prières, accorde à nos derniers Martyrs l’accomplissement des espérances qui ont fait battre leur cœur, au moment où ils courbaient la tête sous le glaive, ou rendaient leur âme au milieu des tourments.
Nous ne terminerons pas cette seconde journée de l’Octave de Noël sans nous arrêter auprès du berceau de notre Emmanuel, sans contempler ce divin Fils de Marie. Déjà deux jours se sont écoulés depuis que sa Mère l’a couché dans l’humble crèche ; et ces deux jours valent plus pour le salut du monde que les milliers d’années qui ont précédé la naissance de cet Enfant. L’œuvre de notre rédemption avance, et les vagissements du nouveau-né, ses pleurs commencent à réparer nos crimes. Considérons donc aujourd’hui, dans cette fête du premier des Martyrs, les larmes qui mouillent les joues enfantines de Jésus, et qui sont les premiers indices de ses douleurs. « Il pleure, cet Enfant, dit saint Bernard ; mais non comme les autres enfants, ni pour la même raison. Les enfants des hommes pleurent de besoin et de faiblesse ; Jésus pleure de compassion et d’amour pour nous. » Recueillons chèrement ces larmes d’un Dieu qui s’est fait notre frère, et qui ne pleure que sur nos maux. Apprenons à déplorer le mal du péché qui vient attrister, par les souffrances prématurées du tendre Enfant que le ciel nous envoie, la douce allégresse que sa venue nous a causée.
Marie aussi voit ces larmes, et son cœur de mère en est troublé. Elle pressent déjà qu’elle a mis au jour un homme de douleurs ; bientôt elle le saura mieux encore. Unissons-nous à elle pour consoler le nouveau-né par l’amour de nos cœurs. C’est le seul bien qu’il soit venu chercher à travers tant d’humiliations ; c’est pour cet amour qu’il est descendu du ciel, qu’il a accompli toutes les merveilles dont nous sommes environnés. Aimons-le donc de toute la plénitude de nos âmes, et prions Marie de lui faire agréer le don de notre cœur. Le Psalmiste a chanté, et il a dit : Le Seigneur est grand et digne de toute louange ; ajoutons avec saint Bernard : Le Seigneur est petit, et digne de tout amour !
Le pieux et éloquent Père Faber, qui fut aussi un grand poète, a célébré, dans le plus gracieux des Noëls, le mystère de l’Enfant-Jésus sous l’aspect que nous contemplons en ce moment. « Cher petit enfant, s’écrie-t-il, que tu es doux ! De quel éclat brillent tes yeux ! Ils semblent presque parler, quand le regard de Marie rencontre le tien.— Combien faible est ton petit cri ! Semblable au gémissement de l’innocente colombe, est ta plainte de douleur et d’amour, dans ton sommeil. — Quand Marie te dit de dormir, tu dors ; à son appel tu t’éveilles ; content sur ses genoux, content aussi dans la crèche rustique.— O le plus simple des enfants ! avec quelle grâce tu cèdes à la volonté de ta mère ! Tes manières enfantines trahissent la science d’un Dieu qui se cache. Lorsque Joseph te prend dans ses bras, et qu’il caresse tes petites joues, tu le regardes dans les yeux avec ton innocence et ta douceur. — Oui, tu es bien ce que tu parais être : une petite créature de sourires et de pleurs ; et pourtant tu es Dieu, et le ciel et la terre t’adorent en tremblant. — Oui, Enfant chéri, tes petites mains qui se jouent dans les cheveux de Marie, soutiennent au même moment le poids du vaste univers. — Tandis que tu serres le cou de Marie d’une étreinte tendre et timide, les plus fiers Séraphins se voilent devant ta face, ô divin Enfant ! — Quand Marie a étanché ta soif, et calmé tes faibles cris, les cœurs des hommes demeurent encore ouverts devant ton œil endormi. Faible enfant, serais-tu donc mon Dieu lui-même ? Oh ! alors, il faut que je t’aime ; oui, que je t’aime, que j’aspire à étendre ton amour chez les oublieux mortels. Dors, doux Enfant, au cœur vigilant ; dors, Jésus chéri : pour moi un jour tu veilleras ; tu veilleras pour souffrir et pour pleurer. — Des fouets, une croix, une couronne cruelle, c’est ce que pour toi j’ai a en réserve. Et cependant une petite larme, ô Seigneur, serait rançon suffisante. — Mais non ; la mort, c’est le choix de ton cœur ; c’est le prix décrété là-haut. Tu veux faire plus que sauver nos âmes ; c’est par amour que tu veux mourir. »
Dear Little One ! how sweet Thou art,
Thine eyes how bright they shine,
So bright they almost seem to speak
When Mary’s look meets Thine !
How faint and feeble is Thy y
Like plaint of harmless dove,
When Thou dost murmur in Thy sleep
Of sorrow and of love.
When Mary bids Thee sleep Thou sleepst,
Thou wakest when she calls
Thou art content upon her lap,
Or in the rugged stalls.
Simplest of Babes ! with what a grace
Thou dost Thy Mother’s will
Thine infant fashions well betray
The Godhead’s hidden skill.
When Joseph takes Thee in his arms,
And smooths Thy little cheek,
Thou lookest up into his face
So helpless and so meek.
Yes ! Thou art what Thou seemst to be,
À thing of smiles and tears ;
Yet Thou art God, and heaven and earth
Adore Thee with their fears.
Yes ! dearest Babe ! those tiny hands,
That play with Mary’s hair,
The weight of ail the mighty world
This very moment bear.
While Thou art clasping Mary’s neck
In timid tight embrace,
The boldest Seraphs veil themselves
Before Thine infant Face.
When Mary hath appeased Thy thirst,
And hushed Thy feeble cry,
The hearts of men lie open still
Before Thy s’umbering eye.
Art Thou, weak Babe ! my very God ?
Oh ! must love Thee then,
Love Thee, and yearn to spread Thy love
Among forgetful men.
O sweet, O wakeful-hearted Child !
Sleep on, dear Jesus ! sleep ;
For Thou must one day wake for me
To suffer and to weep.
À scourge, a Cross, a cruel Crown
Have I in store for Thee ;
Yet why ? one little tear, O Lord !
Ransom enough would be.
But no ! death is Thine own sweet will,
The price decreed above ;
Thou wilt do more than save our souls,
For Thou wilt die for love.
À ces touchants accents de la piété de notre âge, faisons succéder cette antique séquence de l’abbaye de Saint-Gall, composée par le B. Notker. Elle célèbre le combat de l’Emmanuel contre notre ennemi, et sa victoire, qui a été le principe de celle qu’ont remportée Etienne et tous les Martyrs.
Oui, reprenons nos cantiques pieux, et qu’ils soient dignes
De ce jour où sur nous se lève la plus chère lumière.
Au milieu des ténèbres de la nuit, s’effacent les ombres de nos péchés.
Aujourd’hui, l’Etoile de la mer enfante au monde les joies d’un salut nouveau :
Celui qui fait frémir l’enfer qui frappe de terreur l’affreuse mort ; car elle doit périr sous ses coups.
L’antique peste gémit captive ; le dragon livide a perdu ses dépouilles.
L’homme tombé, brebis égarée, est ramené aux joies éternelles.
Jour d’allégresse pour les célestes bataillons des Anges ;
Car elle était perdue, la dixième drachme, et la voilà retrouvée.
O heureux Enfant ! qui rachètes la nature humaine !
Le Dieu qui a tout créé, prend naissance de la femme.
Sa nature admirable se revêt de chair par un merveilleux prodige ; elle prend ce qu’elle n’était pas ; elle demeure ce qu’elle était.
La divinité se couvre de la nature humaine ; dites-moi si jamais vous ouïtes un tel prodige.
Le bon Pasteur venait chercher ce qui avait péri.
Il prend le casque, il combat armé comme un soldat.
Terrassé, l’ennemi tombe sur son propre dard.
On lui arrache ses armes dans lesquelles il se confiait ; ses dépouilles sont livrées en partage, sa proie lui est ravie.
C’est la forte bataille du Christ, c’est notre salut véritable,
Du Christ qui, après sa victoire, nous mène en sa patrie :
Là soit à lui louange éternelle. Amen.
À la glorieuse Mère de Dieu, nous présenterons notre hommage, en lui consacrant cette gracieuse Prose du Missel de Cluny, de 1523.
Séquence
Jetez sur nous un regard, Reine du noble empire des Anges.
Avec votre Fils, sur le trône des cieux, vous régnez pour jamais.
Douce Marie ! vraiment douce, vraiment très bénigne ;
Toute pleine de miséricorde, de clémence, toute suave comme le miel.
Aux larmes de Théophile vous accourez, pour obtenir le pardon de sa faute.
Sous vos auspices, la pécheresse égyptienne s’arrache à la honte.
O Mère de miséricorde ! ô le seul espoir de l’homme tombé !
En ce jour, portez au ciel les vœux et les soupirs de vos serviteurs.
Vous êtes l’honneur d’Israël ; vous êtes la gloire du monde.
Réconciliez-nous à notre Emmanuel ;
Vous l’avez allaité de vos mamelles sacrées.
Vous avez réchauffé ses membres délicats.
Notre médiatrice, rendez-nous-le favorable.
C’est notre prière en ce jour redoutable.
Nous voici présentant au Dieu Père votre Fils, notre gage.
Par la vertu de ce gage, purifiez les coupables, rassurez les pécheurs tremblants.
Vous êtes bonne, vous êtes clémente, vous êtes notre espérance, ô Marie !
Que toute âme dévote dise et répète : Amen.
[1] On appelle « naissance au ciel » ou plus simplement « jour de la naissance » le jour de l’entrée des saints au Ciel, c’est-à-dire le jour de leur mort.