📖 Présentation
La contemplation de Dieu n’est pas réservée à quelques privilégiés, mais elle ne s’improvise pas non plus : s’y aventurer par présomption, sans y avoir été appelé, conduit à l’erreur et même à l’hérésie. La parabole des talents, montre que la vie active, vécue dans l’amour et la crainte de Dieu, porte elle aussi un fruit immense et prépare l’entrée dans la contemplation.
Ce sermon est le n° 22 de la série : Sermons sur le livre de Job — saint Grégoire le Grand
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Transcription du sermon
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
Mes bien chers Frères,
L’Écriture sainte, au passage où nous en sommes arrivés, parle de la récompense qui sera donnée à tous ceux qui auront fait ce que nous avons vu jusqu’alors. Je reviens très rapidement sur le dernier sermon, qui nous demande de visiter notre semblable, et nous avons vu que cela consiste à nous mettre à sa place pour comprendre, pour voir ce dont il a besoin, en nous disant : « De quoi aurais-je besoin, moi, si j’étais à sa place ? » On a là un exercice très simple et très clair de la charité fraternelle.
On a là également une règle très simple de morale pratique. J’ajouterai même qu’ainsi on a, comme par un retour en miroir, ce dont nous avons nous-mêmes besoin. Celui qui aura pratiqué tout cela, comme saint Grégoire le Grand nous l’a recommandé à la suite du Saint-Esprit, amassera des tas de blé à l’époque de la moisson (Job 5, 25).
Qu’est-ce que la contemplation ?
Il s’agit de la contemplation de Dieu. Je suis bien conscient, mes bien chers Frères, que lorsqu’on parle de contemplation, vous vous posez facilement la question de savoir en quoi cela consiste. Rassurez-vous, saint Grégoire nous donne la méthode pour arriver à en cueillir le fruit abondant, méthode très simple qui est dans l’Évangile, vous le verrez.
Elle consiste en une certaine intimité avec Dieu, intimité qui va d’abord à l’admiration de Dieu, qui va ensuite à pénétrer ses secrets, à voir son action dans l’Église, à le comprendre. La première étape de la contemplation, et elle est pour tout chrétien, c’est la foi. Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mes bien chers Frères, de la richesse de la foi, qui ne se réduit pas à une simple connaissance, qui est vraiment une connaissance par laquelle nous entrons, d’une part, dans le mystère de Dieu, mais nous y entrons avec plaisir, nous découvrons une richesse, une bonté de Dieu, une sagesse de Dieu — je devrais dire la richesse, la bonté, la sagesse.
Une deuxième étape de la contemplation consiste à réfléchir sur toutes ces beautés de la révélation, et il y a une troisième étape décrite par sainte Thérèse d’Avila dans son autobiographie, qui est l’étape dans laquelle nous sommes emportés par le bon Dieu pour vivre spirituellement dans son sein tout en vivant encore sur terre. Je ne vous décris pas plus la contemplation, il est beaucoup plus important de vous dire comment on y arrive ; et si vous suivez bien la voie tracée par Dieu, vous y arriverez, et vous découvrirez ce qu’elle est, et vous serez émerveillés de ce qu’elle vous apporte. Je suis persuadé d’ailleurs, mes bien chers Frères, que tous ceux d’entre vous qui disent le chapelet, et même le rosaire, ont déjà été émerveillés par la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par la présence de Notre-Dame, son action dans la vie de Jésus, son action auprès de nous.
Notre directeur spirituel au séminaire, le bon père Barrielle, nous disait : « La contemplation de la Passion fait fondre les cœurs durs comme la pierre. » Quant à la méditation des mystères glorieux, même si la vie du ciel demeure pour nous très mystérieuse, il n’empêche que, grâce à la contemplation des mystères glorieux, nous en avons plus qu’une idée, cela nous parle.
Le danger de la présomption
L’œil droit et l’œil gauche
Saint Grégoire le Grand dit qu’il est dangereux de vouloir entrer dans la contemplation quand on le fait par présomption, parce que Dieu n’a pas donné à tous les chrétiens d’entrer facilement, spontanément, dans la contemplation. Tout le monde y arrivera, au moins à la fin de sa vie et dans l’au-delà, mais tout le monde n’a pas reçu des lumières suffisantes ; et alors il est dangereux de chercher à pénétrer des mystères qui sont trop élevés pour nous.
Dans ce cas, c’est le signe qu’on est appelé à une vie active au milieu de nos prochains ici-bas sur terre, et cette vie active demeure encore une vie de charité, sinon elle n’est pas une vie chrétienne ; elle est donc bien une vie riche. Saint Grégoire interprète ainsi l’affirmation de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans l’Évangile : « Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le au loin. » (Mt 5, 29) Et l’Évangile ajoute : « Quant à celui qui scandalise le plus petit des enfants, il vaudrait mieux qu’on le jette dans la mer avec une meule au cou. » (Mt 18, 6)
L’interprétation classique, le sens premier de cette affirmation de Notre-Seigneur, c’est qu’il faut fuir l’occasion de péché, et que le scandale, c’est-à-dire le fait d’entraîner les autres dans le péché mortel, est le plus grave des péchés — bon, pas le plus grave, puisque les péchés contre la foi sont plus graves. Saint Grégoire dit : « L’œil droit, c’est celui de la contemplation ; l’œil gauche, c’est celui par lequel nous découvrons Dieu dans l’action. » Si nous n’avons pas reçu un don spécial de contemplation, à ce moment-là nous entrerons dans des mystères que nous ne comprendrons pas, par présomption, et nous allons comprendre à l’envers, devenir hérétiques, dit-il : c’est comme cela qu’on devient hérétiques, et les hérétiques entraînent beaucoup d’âmes en enfer parce qu’ils se font maîtres d’erreurs.
Le mystère du pape et de l’Église
Il y a des mystères dans l’Église aujourd’hui qu’il est fort difficile de comprendre, et celui qui voudrait en donner l’explication alors qu’il n’a pas reçu pour cela les lumières se fourvoierait et fourvoierait les autres. C’est le cas notamment du mystère du pape, du pape hérétique. Dans de très nombreux cas, ceux qui veulent absolument donner une réponse, pénétrer ce mystère et trouver la réponse, se fourvoient et font de terribles dégâts.
Mgr Lefebvre nous disait qu’il faut laisser la solution de ce mystère aux théologiens à venir. Et d’ailleurs, ce faisant, on ne peut pas dire que la porte de la contemplation de Dieu nous soit fermée sous prétexte qu’on ne peut pas comprendre ce mystère de l’état de l’Église actuellement dirigée par de tels hommes, parce qu’il n’y a pas que le mystère du pape : il y a également le mystère de la hiérarchie de l’Église, le mystère de Vatican II, le mystère de la pénétration de l’Église par ses ennemis, de l’occupation plus exactement, comme disait Mgr Lefebvre. L’Église est occupée.
Donc je vous disais : ce n’est pas parce que la porte nous est fermée là-dessus qu’elle nous est fermée pour toute la contemplation, au contraire. Je suis persuadé que celui qui, sagement, avec une crainte révérencielle, s’abstient d’entrer dans ce mystère, entre beaucoup plus profondément dans ce que Dieu veut lui montrer sur le mystère de l’Église : la puissance du Saint-Esprit dans son Église, l’action du Saint-Esprit dans l’Église, malgré le pape, malgré la hiérarchie, malgré les ennemis de l’Église, malgré les ennemis de l’intérieur.
Au contraire, si nous voulons à tout prix résoudre le problème – choquant, c’est vrai – des papes actuels, de la hiérarchie actuelle, nous prétendons ouvrir une porte qui ne nous est pas ouverte, et nous ferons beaucoup de dégâts ; en même temps nous nous fermons la porte que Dieu nous a ouverte sur la contemplation de son mystère de façon beaucoup plus élevée.
La vie active
La vie active n’est pas une sous-vie ou une vie non chrétienne ; elle est la vie de Marthe, alors que la vie contemplative est celle de Marie ; elle est la vie de Lia, la femme de Jacob, qui désirait Rachel. Rachel, c’est la vie contemplative, et le père de Rachel et de Lia dit à Jacob : « Il n’est pas d’usage chez nous de marier la cadette avant la fille aînée. » (Gn 29, 26) C’est pourquoi la providence va obliger Jacob à travailler encore sept ans en ayant épousé Lia, qui lui donne beaucoup d’enfants, alors que Rachel ne lui en donne pas, parce que la fécondité de la vie contemplative n’est pas la même que celle de la vie active.
La vie active donne une fécondité ici-bas qui est très belle : c’est la vie de tous les pères et mères de famille qui donnent des enfants au bon Dieu, qui forment les adorateurs du bon Dieu, qui ne sont peut-être pas dans la contemplation comme sainte Thérèse d’Avila ou comme saint Paul ou d’autres, mais qui connaissent cependant Dieu par la foi, et souvent une foi très éclairée, et qui mettent les enfants sur la voie. Rachel est stérile, elle, parce que sa fécondité n’est pas ici-bas, sa fécondité est purement spirituelle. Cependant elle donnera quand même, elle aussi, une descendance à Jacob, car la contemplation est féconde, même si ce n’est pas de la même manière.
Saint Grégoire rappelle donc la nécessité de s’exercer longtemps dans l’action avant de pénétrer dans la contemplation. Je vous ai fait un sermon sur ce sujet dans les sermons sur la morale, et saint Grégoire nous redit la même chose, mais d’une façon un peu différente. (Sermon Vie active ~ vie contemplative)
Il faut d’abord passer par l’action, qui consiste à vérifier qu’on sait bien ne pas faire de tort au prochain ; puis il faut supporter les injustices du prochain et toute sa gêne. Et puis il faut apprendre à ne pas mettre sa joie dans les biens terrestres, et puis il faut apprendre à ne pas être amer de les perdre. Et puis il faut refouler les images terrestres qui encombrent notre esprit pour laisser la place aux images célestes.
L’amour et la crainte
Saint Grégoire le Grand nous rappelle quelles sont les deux qualités absolument indispensables pour entrer dans la contemplation, mais ce sont des qualités qui sont également celles de la vie active. Il faut l’amour et la crainte. L’amour est, dit-il, la machine qui nous fait monter dans la contemplation de Dieu.
Et la crainte est ce qui nous préserve de la présomption. C’est la crainte qui nous préserve d’entrer dans des mystères que nous ne pouvons pas comprendre et que nous devons révérer parce que ce sont des mystères divins. Et rien que cela, de révérer un mystère qu’on ne comprend pas, c’est déjà un très grand respect de Dieu, et c’est déjà une certaine contemplation de la grandeur de Dieu, de l’infini de Dieu face à notre petitesse.
Le moteur principal, c’est l’amour, car l’amour nous attache aux rivages divins, dit-il, et cet amour est déjà présent dans la vie active. Il est d’ailleurs le moteur de la vie active comme il est le moteur de la vie contemplative.
Le grain de froment
la parabole des talents
Il me reste peu de temps pour ce sermon, et donc je voudrais terminer par un exemple que donne saint Grégoire, qui est le froment qui mûrit, puisque nous avons commenté avec lui cette phrase de Job : que nous amasserons des moissons le temps venu, c’est-à-dire au temps de la moisson.
Saint Grégoire nous dit : « Le grain de froment est sur le blé, il est touché par le soleil, c’est la lumière de Dieu, la foi. Puis il reçoit la pluie, qui est l’enseignement divin qui le nourrit. Puis viennent les vents contraires, qui sont les tentations. Puis le blé produit de la paille, car il vit au milieu des pécheurs qu’il doit supporter. Puis enfin il est moissonné et trituré sur l’aire de battage pour être séparé de la paille. Enfin le grain de froment, séparé de la paille, est posé dans des greniers, c’est la demeure céleste. »
Enfin je vais résumer ce sermon par un autre texte de saint Grégoire le Grand, une homélie sur la parabole des talents (Mt 25, 14–30). Celui qui a reçu cinq talents, c’est celui qui a reçu de vivre dans les cinq sens ici-bas — non pas en ce qu’il aurait reçu de vivre dans une vie sensuelle, dans une vie de plaisir ou que sais-je, non : il a reçu cinq moyens, qui sont les sens, cinq moyens pour travailler à la gloire de Dieu. Celui qui a reçu deux talents, c’est celui qui a reçu la vie contemplative et la vie active. Celui qui a reçu un talent est celui qui a reçu la vie contemplative seule.
Celui qui a reçu un talent a évidemment beaucoup plus reçu que les autres, puisque avec un seul talent il a ce qu’il faut pour mener une vie vraiment chrétienne. Celui qui a reçu cinq talents a moins reçu, puisqu’il en faut cinq pour arriver à faire quelque chose de parfait. Celui qui a reçu deux talents les fait fructifier et il porte du fruit au double, c’est-à-dire que, grâce à l’union de la vie contemplative et de la vie active, il engendre des disciples au Seigneur, il étend le royaume de Dieu.
Celui qui a reçu un talent dans la parabole ne l’a pas fait fructifier : c’est celui qui avait reçu le talent de la contemplation et qui a préféré se noyer dans les choses d’ici-bas. Et ceci est aujourd’hui très, très fréquent. Combien avons-nous d’hommes qui étaient appelés par Dieu à une vie contemplative et qui se sont noyés en mettant leur belle intelligence au service de choses matérielles ! Des ingénieurs qui créent faussement l’intelligence artificielle, et ceci demeure stérile. Ils ont enfoui leur talent dans la terre, et cela n’a rien produit.
Alors que se passe-t-il ? Leur talent, celui de la contemplation, est donné à celui qui avait cinq talents. Et les assistants font la remarque : mais il en a déjà cinq, ce n’est pas la peine d’en rajouter un sixième ! Eh bien, dit saint Grégoire, c’est qu’après avoir travaillé péniblement dans la vie active — qui est une vie dans laquelle il y a moins de consolation que dans la vie contemplative bien menée, bien menée bien sûr —, après avoir travaillé longtemps dans la vie active, il reçoit la récompense de la vie contemplative.
Si vous ne devez retenir qu’une seule chose de ce sermon, mes bien chers Frères, retenez cette parabole. Pour entrer dans la vie purement contemplative, il faut y avoir été appelé, en avoir reçu le talent ; et si vous n’avez pas reçu ce talent, ce n’est pas grave, car si vous faites fructifier fidèlement, soigneusement, loyalement, avec humilité, les cinq talents que Dieu vous a donnés, vous aurez la récompense que celui qui a reçu un talent n’a pas su apprécier et dont il est privé.
Notre Dame, trône de la sagesse, priez pour nous.
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
Test de connaissances
Réfléchissez à chaque question, puis affichez la réponse.
1. Pourquoi saint Grégoire met-il en garde contre une entrée précipitée dans la contemplation ?
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Parce que Dieu n’a pas donné à tous les chrétiens d’entrer facilement dans la contemplation. Vouloir pénétrer par présomption des mystères trop élevés pour soi conduit à les comprendre de travers, jusqu’à tomber dans l’hérésie et entraîner d’autres âmes dans l’erreur.
2. Veuillez expliquer la parabole des talents
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3. Quel est le fruit de la vie active ?
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Il est double : il engendre de nouveaux chrétiens ; il prépare à la contemplation
