3e dimanche de l’avent

Dom Guéranger ~ L’Année liturgique
Troisième dimanche de l’avent

La joie de l’Église s’accroît encore dans ce dimanche. Elle sou­pire toujours après le Seigneur ; mais elle sent qu’il approche, et elle croit pouvoir tempérer l’austérité de cette carrière de péni­tence par l’innocente allégresse des pompes religieuses. D’abord, ce dimanche a reçu le nom de Gaudete, du premier mot de son Introït ; mais, de plus, on y observe les touchants usages qui sont propres au quatrième dimanche de carême appelé Laetare. On touche l’orgue à la Messe ; les ornements sont de la couleur rose ; le Diacre reprend la dalmatique, et le Sous-Diacre la tunique ; dans les cathédrales, l’Évêque assiste, paré de la mitre précieuse. Admirable condescendance de l’Église, qui sait si bien unir la sévérité des croyances à la gracieuse poésie des formes liturgi­ques ! Entrons dans son esprit, et réjouissons-nous aujourd’hui, à cause de l’approche du Seigneur. Demain, nos soupirs repren­dront leur cours ; car bien qu’il ne doive par tarder, il ne sera pas venu encore.

La Station a lieu dans la Basilique de Saint-Pierre, au Vatican. Ce temple auguste qui couvre le tombeau du Prince des Apôtres est l’asile universel du peuple chrétien ; il convient qu’il soit témoin des joies comme des tristesses de l’Église. L’Office de la nuit débute par un nouvel Invitatoire : la voix de l’Église ne convie plus les fidèles à venir adorer avec terreur le Roi qui doit venir, le Seigneur. Son langage change de caractère ; son cri est un cri d’allégresse ; tous les jours, jusqu’à la Vigile de Noël, elle ouvre les nocturnes par ces grandes paroles :

Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.

Prenons maintenant le livre du prophète, et lisons avec la sainte Église :

Du prophète Isaïe. Chap. 26

En ce jour-là on chantera ce cantique en la terre de Juda : Sion est la ville de notre force : le Sauveur en sera la muraille et le rempart. Ouvrez les portes et qu’un peuple juste y entre, un peuple observateur de la vérité. L’erreur ancienne est passée : vous nous conserverez la paix ; la paix, car nous avons espéré en vous. Vous avez mis à jamais votre espérance dans le Seigneur, dans le Seigneur Dieu, toujours invincible ; car il abaissera ceux qui sont dans l’élévation, il humiliera la cité superbe. Il l’humiliera jusqu’en terre, il la fera descendre jusqu’à la poussière. Le pied la foulera, le pied des pauvres, le pas de l’indigent. Le sentier du juste est droit, le chemin où il marche est sans détour : aussi nous vous avons attendu, Seigneur, dans le sentier de votre justice ; votre Nom et votre souvenir sont les délices de l’âme. Mon âme vous a désiré pendant la nuit, et je m’éveillerai vers le point du jour, pour m’occuper de vous dans mon esprit et dans mon cœur.

Ô sainte Église romaine, Cité de notre force ! nous voici rassem­blés dans tes murs, autour du tombeau de ce pêcheur dont la cen­dre te protège sur la terre, tandis que son immuable doctrine t’éclaire du haut du ciel. Mais, si tu es forte, c’est par le Sauveur qui va venir. Il est ta muraille d’enceinte ; car c’est lui qui enve­loppe tous tes enfants dans sa miséricorde ; il est ton rempart invincible ; car c’est par lui que les puissances de l’enfer ne pré­vaudront jamais contre toi. Dilate tes portes, afin que tous les peuples se pressent dans ton enceinte : car tu es la maîtresse de la sainteté, la gardienne de la vérité. Puisse l’antique erreur qui s’oppose à la foi finir bientôt, et la paix s’étendre sur tout le trou­peau ! Ô sainte Église romaine ! tu as mis à jamais ton espérance dans le Seigneur ; et à son tour fidèle à sa promesse, il a humilié devant toi les hauteurs superbes, les cités d’orgueil. Où sont les Césars qui crurent t’avoir noyée dans ton propre sang ? où sont les Empereurs qui voulurent forcer l’inviolable virginité de ta foi ? où sont les sectaires que chaque siècle, pour ainsi dire, a vus s’attaquer successivement à tous les articles de ta doctrine ? où sont les princes ingrats qui tentèrent de t’asservir, toi qui les avais faits ce qu’ils étaient ? où est cet Empire du Croissant qui tant de fois rugit contre toi, lorsque, désarmée, tu refoulais si loin l’orgueil de ses conquêtes ? où sont les Réformateurs qui préten­dirent constituer un Christianisme sans toi ? où sont ces sophistes modernes, aux yeux desquels tu n’étais plus qu’un fantôme im­puissant et vermoulu ? où seront, dans un siècle, ces rois tyrans de l’Église, ces peuples qui cherchent la liberté hors de la vérité ? Ils auront passé avec le fracas du torrent ; et toi, tu seras toujours calme, toujours jeune, toujours sans rides, ô sainte Église romaine, assise sur la pierre inébranlable. Ta marche à travers tant de siècles aura été droite, comme celle du juste ; tu te retrou­veras toujours semblable à toi-même, comme déjà tu n’as cessé de l’être durant dix-huit siècles, sous le soleil qui hors de toi n’éclaire que les variations de l’humanité. D’où te vient cette solidité, si ce n’est de celui qui lui-même est la Vérité et la Justice ? Gloire à lui en toi ! Chaque année, il te visite ; chaque année, il t’apporte de nouveaux dons, pour t’aider à achever le pèlerinage ; et jusqu’à la fin des siècles, il viendra ainsi te visiter, te renouveler, non seule­ment par la puissance de ce regard avec lequel il renouvela Pierre, mais en te remplissant de lui-même, comme il remplit la glo­rieuse Vierge, l’objet de ton plus doux amour, après celui que tu portes à l’Époux. Nous prions avec toi, ô notre Mère ! et nous disons : Venez, Seigneur Jésus ! « Votre Nom et votre souvenir sont les délices de nos âmes ; elles vous désirent durant la nuit, et dès le point du jour nous nous réveillons pour songer à vous. »

À la messe

Tout le peuple étant attentif, la voix des chantres entonne la mélodie grégorienne, et fait retentir ces consolantes paroles de l’Apôtre :

Introït

Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ; je vous le dis encore, réjouissez-vous. Que votre modestie soit connue de tous les hommes : le Seigneur est proche. Soyez sans inquié­tude ; mais faîtes connaître à Dieu vos désirs par les prières et les supplications. Ps. Seigneur, vous avez béni la terre qui est à vous ; vous avez ramené Jacob de la captivité. V/. Gloire au Père.

L’Église demande, dans la Collecte, la grâce de cette visite qui apporte la lumière et dissipe les ténèbres. Les ténèbres causent la terreur à l’âme ; la lumière, au contraire, réjouit et raffermit le cœur.

Prions

Prêtez, Seigneur, votre oreille à nos prières, et éclairez les ténèbres de notre âme par la grâce de votre visite ; Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.

Les oraisons de la Sainte Vierge, contre les persécuteurs de l’Église et pour le Pape, sont à la messe du premier dimanche de l’Avent.

Épître
Lecture de l’Épître de saint Paul, Apôtre, aux Philippiens. Chap. 4

Mes Frères, réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ; je vous le dis encore : réjouissez-vous. Que votre modestie soit connue de tout le monde : le Seigneur est proche. Soyez sans inquiétude ; mais faîtes connaître à Dieu vos désirs par les prières et les supplications accompagnées d’actions de grâces. Et que la paix de Dieu, laquelle est au-dessus de toutes nos pensées, garde vos cœurs et vos intelligences, en Jésus-Christ notre Seigneur.

Nous devons, en effet, nous réjouir dans le Seigneur ; car le pro­phète et l’Apôtre s’accordent à encourager nos désirs vers le Sau­veur : l’un et l’autre nous annoncent la paix. Soyons donc sans inquiétude : Le Seigneur est proche ; il est proche de son Église ; il est proche de chacune de nos âmes. Pouvons-nous demeurer auprès d’un feu aussi ardent, et demeurer glacés ? Ne le sentons-nous pas venir, à travers tous les obstacles que sa souveraine élé­vation, notre profonde bassesse, nos nombreux péchés lui susci­taient ? Il franchit tout. Encore un pas, et il sera en nous. Allons au-devant de lui par ces prières, ces supplications, ces actions de grâces dont parle l’Apôtre. Redoublons de ferveur et de zèle pour nous unir à la sainte Église, dont les vœux vont devenir de jour en jour plus ardents vers celui qui est sa lumière et son amour. Répétons d’abord avec elle :

Graduel

Vous qui êtes assis sur les Chérubins, faites éclater votre puissance, Seigneur, et venez. V/. Écoutez-nous, ô vous qui gouvernez Israël, qui conduisez Joseph comme une brebis. Alleluia, alleluia. V/. Seigneur, faites éclater votre puissance, venez et sauvez-nous. Alleluia.

Évangile
Suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. 1

En ce temps-là, les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites vers Jean pour lui demander : Qui êtes-vous ? Et il confessa, et il ne nia pas ; et il confessa qu’il n’était pas le Christ. Et ils l’interrogèrent de nouveau, disant : Quoi donc ? êtes-vous Élie ? Et il leur dit : Je ne le suis point. Êtes-vous prophète ? Et il répondit : Non. Ils lui dirent donc : Qui êtes-vous, afin que nous puissions rendre réponse a ceux qui nous ont envoyés ? Que dites-vous de vous-même ? Je suis, dit-il, la voix qui crie dans le désert : Rendez droites les voies du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. Or, ceux qu’on lui avait envoyés étaient Pharisiens. Et ils l’interrogèrent, et ils lui dirent : Pourquoi donc baptisez-vous, si vous n’êtes ni le Christ, ni Élie, ni prophète ? Jean leur fit cette réponse, disant : Pour moi, je baptise dans l’eau ; mais il y en a un au milieu de vous, que vous ignorez. C’est celui-là même qui doit venir après moi, et qui est avant moi : et je ne suis pas digne de délier les cordons de sa chaussure. Ces choses se passèrent en Béthanie au-delà du Jourdain, où Jean baptisait.

Il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas, dit saint Jean-Baptiste aux envoyés des Juifs. Le Seigneur peut donc être proche ; il peut même être venu, et cependant demeurer en­core inconnu à plusieurs. Ce divin Agneau fait la consolation du saint Précurseur, qui estime à si grand honneur de n’être que la Voix qui crie aux hommes de préparer les sentiers du Rédemp­teur. Saint Jean est en cela le type de l’Église et de toutes les âmes qui cherchent Jésus-Christ. Sa joie est entière à cause de l’arrivée de l’Époux ; mais il est entouré d’hommes pour qui ce divin Sau­veur est comme s’il n’était pas. Or, nous voici parvenus à la troi­sième semaine de ce saint temps del’avent : tous les cœurs sont-ils ébranlés au bruit de la grande nouvelle de l’arrivée du Messie ? Ceux qui ne veulent pas l’aimer comme Sauveur, songent-ils du moins à le craindre comme juge ? Les voies tortueuses se redres­sent-elles ? les collines songent-elles à s’abaisser ? la cupidité et la sensualité ont-elles été sérieusement attaquées dans le cœur des chrétiens ? Le temps presse : Le Seigneur est proche ! Si ces lignes tombaient sous les yeux de quelques-uns de ceux qui dor­ment au lieu de veiller dans l’attente du divin Enfant, nous les conjurerions d’ouvrir les yeux et de ne plus tarder à se rendre dignes d’une visite qui sera pour eux, dans le temps, l’objet d’une grande consolation, et qui les rassurera contre les terreurs du dernier jour. O Jésus ! envoyez votre grâce avec plus d’abondance encore ; forcez-les d’entrer, afin que ce que saint Jean disait de la Synagogue ne soit pas dit du peuple chrétien : Il y en a un au mi­lieu de vous que vous ne connaissez pas.

Pendant l’oblation, on doit s’unir au vœu de l’Église, et deman­der avec elle la fin de la captivité dans laquelle nos péchés nous retiennent, et l’arrivée du Libérateur.

Offertoire

Seigneur, vous avez béni la terre qui est à vous : vous avez ramené Jacob de la captivité ; vous avez pardonné l’iniquité de votre peuple.

Secrète

Faites, s’il vous plaît, Seigneur, que notre dévotion vous im­mole sans cesse cette hostie, qui produira l’effet pour lequel vous avez établi ce sacré mystère, en opérant en nous d’une façon merveilleuse le Sauveur que vous nous avez préparé. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

Pendant la Communion, les paroles que l’Église chante sont em­pruntées du prophète Isaïe ; elles ont pour but de rassurer le cœur de l’homme faible et pécheur. Ne craignez point, ô chré­tiens ! c’est Dieu qui vient ; mais il vient pour sauver, pour se donner à sa créature.

Communion

Dites à mon peuple : Vous qui avez le cœur abattu, prenez courage et ne craignez point : voici notre Dieu qui vient, et il nous sauvera.

La sainte Église, dans l’oraison suivante, demande que la visite secrète qu’elle vient de recevoir de son Époux la dispose à la so­lennelle visite qu’il s’apprête à lui faire dans la solennité de Noël.

Postcommunion

Nous implorons, Seigneur, votre clémence, afin que ce se­cours divin que nous venons de recevoir, en purifiant nos pé­chés, nous prépare à la solennité qui s’approche. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

À vêpres

  1. Ant. Le Seigneur viendra, et il ne tardera pas ; il éclairera la profondeur des ténèbres, et se manifestera à toutes les nations. Alleluia.
  2. Ant. Jérusalem, réjouis-toi d’une grande joie ; car le Sau­veur viendra vers toi. Alleluia.
  3. Ant. J’établirai le salut dans Sion, et ma gloire dans Jéru­salem. Alleluia.
  4. Ant. Les montagnes et les collines seront abaissées : les chemins tortueux seront redressés, et ceux qui étaient rabo­teux seront aplanis : venez, Seigneur, et ne tardez pas. Alle­luia.
  5. Ant. Vivons dans la justice et la piété, en attendant la bien­heureuse espérance, et l’Avènement du Seigneur. Alleluia.

Capitule

Mes Frères, réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ; je le dis encore une fois : réjouissez-vous. Que votre modestie soit connue de tous les hommes : car le Seigneur est proche.

L’hymne Creator alme siderum, et le cantique Magnificat.

Antienne de Magnificat

Vous êtes bienheureuse, ô Marie, parce que vous avez cru au Seigneur : les choses qui vous ont été dites de la part du Sei­gneur s’accompliront en vous. Alleluia.

Mais si le troisième dimanche de l’avent tombe le 17 Décembre, en place de cette Antienne, on dit la première des grandes antien­nes (O Sapientia), qui se trouve avec les six autres, aux grandes féries de l’Avent, du 17 au 23 Décembre.

Prions

Prêtez, Seigneur, votre oreille à nos prières, et éclairez les ténèbres de notre âme par la grâce de votre visite ; Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.

4e semaine de l’avent

Dom Guéranger ~ L’année liturgique
4e semaine de l’avent

Lundi de la quatrième semaine de l’avent

Mardi De La Quatrième Semaine De L’avent

Mercredi de la quatrième semaine de l’avent

Jeudi de la quatrième semaine de l’avent

Vendredi de la quatrième semaine de l’avent

 

Voir aussi les grandes féries de l’avent

Le lundi de la quatrième semaine de l’avent

Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 12

Et toi, Israël, mon serviteur, Jacob que j’ai élu, fils d’Abraham mon ami, et dans lequel je t’ai pris des extrémités de la terre, je t’ai appelé à moi d’un pays lointain, et je t’ai dit : Tu es mon serviteur, je t’ai élu et je ne t’ai pas rejeté. Ne crains point, parce que je suis avec toi ; ne te détourne point, car je suis ton Dieu ; je t’ai fortifié, je t’ai secouru, et la droite du Juste que je t’ai envoyé t’a soutenu. Voici que tous ceux qui combattent contre toi seront confondus et rougiront de honte : ils seront comme s’ils n’étaient pas, et ils périront, ceux qui s’opposent à toi. Tu les chercheras, et tu ne les trou­veras pas, ces hommes qui s’élevaient contre toi ; et ceux qui te faisaient la guerre seront comme s’ils n’avaient jamais été et disparaîtront ; car je suis le Seigneur ton Dieu qui prends ta main et te dis : Ne crains pas ; c’est moi qui te soutiens. Ne crains point, ô Jacob ! faible vermisseau, ni vous, enfants d’Israël, qui êtes morts : c’est moi qui suis venu te secourir, dit le Seigneur ; et c’est le Saint d’Israël qui est ton Rédemp­teur. Je te ferai semblable à un chariot tout neuf, qui foule des blés, qui a des dents de fer : tu fouleras et tu briseras les montagnes, et tu réduiras en poudre les collines. Tu les van­neras, et le vent les emportera, et la tempête les dissi­pera : et toi, tu tressailleras dans le Seigneur, tu te réjouiras dans le Saint d’Israël.

C’est ainsi que vous nous relevez dans notre bassesse, ô Fils éter­nel du Père ! c’est ainsi que vous nous rassurez contre les trop légitimes terreurs que nous causent nos péchés. « Israël, mon serviteur, nous dites-vous, Jacob que j’ai élu, fils d’Abraham mon ami, je t’ai appelé de bien loin : ne crains point, car je suis avec toi. » Mais pour être ainsi avec nous, ô Verbe divin ! de quelles hauteurs ne vous a-t-il pas fallu descendre ! Nous ne pouvions venir à vous ; un chaos immense vous séparait de nous. Bien plus, nous n’avions aucun désir de vous voir ; tant nos péchés avaient appesanti notre cœur ! et d’ailleurs, nos yeux n’auraient pu sup­porter votre éclat. Dans cette extrémité, vous êtes descendu en personne, et, voilé de votre humanité comme d’un nuage, vous vous êtes donné à voir à nos faibles yeux. « Qui doutera, s’écrie saint Bernard dans son premier sermon de l’avent, qui doutera que ce ne soit là une grande chose, qu’une si sublime Majesté ait daigné descendre de si haut dans un lieu si indigne ? Oui, certes, c’est là une grande chose ; car c’est une miséricorde immense, une pitié excessive, une charité infinie. En effet, pourquoi vient-il ? Il vient chercher sa centième brebis qui s’était égarée. Ô admirable condescendance d’un Dieu ! ô dignité sublime de l’homme, objet d’une telle recherche ! Certes, si l’homme s’en glorifie, ce ne sera pas sans motif, non pas qu’il doive se considérer en cela comme s’il était quelque chose par lui-même ; mais bien parce qu’il est l’objet d’une telle estime de la part de son auteur. Toutes les richesses, toute la gloire du monde, tout ce qu’on désire dans le monde, est moins que cette gloire ; que dis-je ? n’est rien en com­paraison. Ô Seigneur ! qu’est-ce donc que l’homme, pour que vous le traitiez avec tant de gloire, pour que vous lui attachiez ainsi votre Cœur ? » Montrez-vous donc bientôt à vos brebis, ô divin Pasteur ! Vous les connaissez, vous les avez vues du haut du ciel, vous les contemplez avec amour, du sein de Marie où vous reposez encore ; elles veulent vous connaître aussi ; elles ont hâte de considérer vos traits chéris, d’entendre votre voix, d’entrer dans les heureux pâturages que vous leur promettez.

Hymne pour le temps de l’avent
(Composée par saint Ambroise ; elle est au bréviaire ambro­sien, au 6e dimanche de l’avent)

C’est un mystère de l’Église, c’est une hymne que nous chan­tons au Verbe du Père, devenu le fils d’une Vierge.

Seule entre toutes les femmes, vous avez été choisie dans le monde, et jugée digne de porter le Seigneur en vos saintes entrailles.

Ce mystère est grand ! À Marie seule le privilège de voir naî­tre de son sein le Dieu qui a créé toutes choses.

Vraiment vous êtes pleine de grâce, et votre gloire demeure à jamais ; car de vous est né le Christ par qui toutes choses furent faites.

Peuples, implorons la Vierge Mère de Dieu, afin qu’elle nous obtienne à tous paix et indulgence.

Gloire à vous, Seigneur, qui êtes né de la Vierge ; gloire au Père et au Saint-Esprit, dans les siècles sans fin.

Amen.

Prière du missel ambrosien
(En la messe du 5e dimanche de l’avent)

O Dieu, qui ayant vu l’homme tombé dans la mort, l’avez voulu racheter par l’avènement de votre Fils unique ; faites, nous vous en prions, que ceux qui confessent sa glorieuse in­carnation méritent d’obtenir la société éternelle de ce divin Rédempteur, qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.

 

Le mardi de la quatrième semaine de l’avent[1]

Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 42

Voici mon serviteur, je le soutiendrai ; mon élu dans lequel mon âme a mis toute son affection. J’ai répandu mon Esprit sur lui : il annoncera la justice aux nations. Il ne criera point ; il n’aura point acception de personne, et on n’entendra point sa voix au dehors. Il ne brisera point le roseau déjà éclaté, et il n’éteindra point la mèche qui fume encore : il rendra justice selon la vérité. Il ne sera point triste ni violent, jusqu à ce qu’il ait établi la justice sur la terre ; et les îles attendront sa loi. Voici ce que dit le Seigneur Dieu qui a créé les cieux et qui les a étendus, qui affermit la terre et tout ce qui germe en son sein, qui donne le souffle au peuple qui l’habite, et la vie à ceux qui la foulent. Moi le Seigneur, je t’ai appelé dans la jus­tice ; je t’ai pris par la main, et je t’ai gardé ; je t’ai établi pour être l’alliance du peuple, la lumière des nations : pour que tu ouvrisses les yeux des aveugles, pour que tu tirasses de la pri­son celui qui était enchaîné, et de la maison de captivité ceux qui étaient assis dans les ténèbres.

Que votre arrivée en ce monde est douce et pacifique, ô Jésus ! On n’entend point votre voix retentir avec empire ; et vos mains, encore immobiles au sein maternel, n’essaient même pas de rom­pre le faible roseau qu’un souffle achèverait de briser. Que venez-vous donc faire dans ce premier avènement ? Votre Père céleste nous l’apprend par le prophète. Vous venez pour être un gage d’alliance entre le ciel et la terre. Ô Enfant divin ! à la fois Fils de Dieu et fils de l’homme, bénie soit votre venue au milieu des hommes ! Votre berceau sera l’Arche de notre salut ; et quand vous marcherez sur la terre, ce sera pour nous éclairer et nous délivrer de la prison des ténèbres. Il est donc bien juste que nous allions au-devant de vous, et d’autant plus que vous faites à vous seul la plus grande partie du chemin. « C’est bien le moins, dit saint Bernard dans son premier sermon de l’avent, quand le ma­lade n’a pas la force de marcher au-devant de son médecin, qu’il tâche de soulever la tête, et de faire quelques mouvements à sa rencontre. Il ne s’agit donc pas, ô homme ! de passer les mers, de pénétrer les nuages, de franchir les montagnes : non, le chemin n’est pas considérable. Va seulement jusqu’à toi-même, et tu ren­contreras ton Dieu : car il est dans ta bouche, il est dans ton cœur. Va au-devant de lui jusqu’à la componction de ton cœur, jusqu’à la confession de ta bouche ; sors seulement du bourbier de ta malheureuse conscience ; car l’auteur de la pureté ne saurait la choisir pour asile dans l’état où elle est présentement. » Gloire à vous donc, ô Jésus, qui ménagez les fractures du roseau, afin qu’il puisse reverdir et fleurir au bord des eaux dont vous êtes la source ! gloire à vous, dont le souffle tout-puissant se modère, afin de n’étouffer pas la dernière étincelle de cette mèche qui s’éteint, mais qui, n’étant pas encore froide, peut se raviver et luire pour le festin de l’Époux.

Hymne en l’honneur de la Sainte Vierge
(Composée par saint Pierre Damien)

Que toute la terre soit en jubilation, que les astres retentis­sent de nos chants, et qu’un double chœur, au ciel et sur la terre, répète l’épithalame de la Vierge.

Cette Vierge que remplit le Verbe, devient la porte du para­dis ; elle a rendu Dieu au monde, elle nous a ouvert les cieux.

Heureuse Mère ! affranchie de la loi d’Ève, elle a conçu sans le secours de l’homme, enfanté sans gémissement.

Sein de Marie, riche trésor ! Il a porté le prix du monde, ce prix glorieux de notre rachat, à nous qu’il a dégagés d’une dette accablante.

Le Fils du Père repose en elle, l’Esprit-Saint la couvre de son ombre ; les très pures entrailles de la Vierge sont devenues le ciel.

Louange soit à vous, Très-Haut, né d’une Vierge ; ineffable honneur soit au Père et au Saint-Esprit.

Amen.

Prière du sacramentaire gallican
(Pour la venue du Seigneur, Prière après la prophétie)

Auteur de la lumière, qui fécondez toutes choses, vous qui venez visiter un peuple indigne de cet honneur, et qui, par la bouche du bienheureux Jean, accomplissez les oracles pro­phétiques qui retentirent dans les siècles, en même temps que vous les exécutez par les œuvres qu’il fait paraître au désert ; accordez à votre peuple qui vous en supplie la grâce de vous servir sans crainte, afin que, par les entrailles de vo­tre miséricorde, étant remplis de science, nous méritions d’être dirigés par la vérité.

 

Le mercredi de la quatrième semaine de l’avent[2]

Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 51

Écoutez-moi, vous qui suivez la justice et qui cherchez le Sei­gneur. Rappelez-vous la pierre de laquelle vous avez été tail­lés, et la carrière profonde d’où vous avez été tirés. Jetez les yeux sur Abraham votre père, et sur Sara qui vous a en­fan­tés ; considérez que je l’ai appelé lorsqu’il était seul, et je l’ai béni, et je l’ai multiplié. Ainsi le Seigneur consolera Sion, et il consolera toutes ses ruines ; il changera son désert en un lieu de délices, et sa solitude en un jardin du Seigneur. On y trou­vera la joie et l’allégresse, l’action de grâces et la voix de louange. Écoute- moi, ô mon peuple ! nation que j’ai choisie, entends ma voix : car la loi sortira de moi, et ma justice éclai­rera les peuples, et se reposera parmi eux. Mon Juste est pro­che, le Sauveur que j’envoie va paraître ; et mes bras juge­ront les peuples : les îles m’attendront, et supporteront les délais de mon bras. Levez vos yeux au ciel, et abaissez-les vers la terre ; car le ciel se dissipera comme une fumée, et la terre s’en ira en poudre comme un vêtement usé, et ses habitants périront comme elle ; mais le Salut que je donnerai sera éter­nel, et ma justice ne manquera jamais.

Ô vous, qui êtes la Fleur des champs et le Lis des vallons, vous venez donc transformer notre terre ingrate et aride en un jardin de délices. Par notre péché, nous avions perdu Éden et toutes ses magnificences ; et voilà que cet Éden nous est rendu ; voilà que vous venez l’établir dans notre cœur. Ô plante céleste ! arbre de vie transplanté du ciel en terre, vous prenez d’abord racine en Marie, cette terre fidèle, et vous viendrez ensuite chercher en nous un sol reconnaissant qui vous garde et vous fasse fructifier. Préparez ce sol, divin agriculteur ! vous que la pécheresse par­donnée aperçut un jour sous la forme d’un jardinier. Vous savez combien il manque encore à nos cœurs, pour être propres à vos desseins. Remuez, arrosez cette terre, la saison est venue ; elle ne voudrait pas être stérile, ni se voir privée de posséder cette riche fleur qui fait la gloire du ciel, et qui daigne venir cacher un mo­ment son éclat ici-bas. Ô Jésus ! faites que nos âmes soient ferti­les, qu’elles se couronnent de la fleur des vertus ; qu’elles-mêmes deviennent autant de fleurs ; qu’elles soient du nombre de celles qui, croissant autour de la vôtre, préparent à l’œil du Père céleste un jardin digne d’être uni à celui qu’il a planté dans l’éternité. Ô fleur céleste ! vous êtes aussi la rosée, gardez-nous de la séche­resse ; vous êtes le soleil, gardez-nous de la froidure ; vous êtes l’odorant parfum, communiquez-nous votre suavité ; vous êtes la souveraine beauté, fleur blanche et pourprée, faites que nous soyons radieux autour de vous dans l’éternité, comme la couronne que vous avez conquise.

Hymne de préparation à Noël
(Composée par saint Ambroise, elle est aux premières vêpres de Noël au bréviaire ambrosien ; et dans les anciens bréviaires romains-français)

Venez, Rédempteur des nations ; montrez-nous l’enfante­ment d’une Vierge ; que tous les siècles soient dans l’étonne­ment : cet enfantement sied à un Dieu.

Ce n’est point l’œuvre de l’homme ; c’est par le souffle mysti­que de l’Esprit divin que le Verbe de Dieu s’est fait chair, que le fruit des entrailles a fleuri.

Le signe de la maternité se révèle en la Vierge ; mais le sceau de la pudeur est demeuré intact ; l’étendard de la puissance se déploie ; Dieu habite dans son temple.

Il sort de son secret sanctuaire, royal palais de la pudeur ; Géant aux deux natures, il court sa voie à pas de conquête.

Il est sorti du Père ; il est remonté au Père ; il plonge jusqu’aux enfers, il reparaît sur son trône de Dieu.

Fils égal à l’éternel Père, revêtez les trophées de la chair ; affermissez par votre vertu toujours vivante les défaillances de notre corps.

Déjà resplendit votre crèche ; dans la nuit s’exhale une lu­mière nouvelle, que jamais l’ombre n’obscurcira : c’est l’éternelle splendeur de la foi.

Gloire à vous, Seigneur, qui êtes né d’une Vierge, gloire avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles sans fin !

Amen.

Prière du missel mozarabe
(Au 2e dimanche de l’avent)

Seigneur, Dieu tout-puissant, qui, pour la rédemption du genre humain, avez voulu, par le message d’un ange, faire descendre jusqu’à nous dans le sein de la Vierge Marie, votre Fils, éternel comme vous et égal à vous ; accordez-nous, en ce temps de l’avènement de ce Fils unique, la même grâce de paix que vous avez daigné octroyer aux siècles passés, et comptez-nous au nombre de ceux qui allèrent au-devant de lui par la foi, alors que cette foi commençait, et qui, lavés par Jean dans les eaux de la pénitence, furent plus tard baptisés par votre Fils dans l’Esprit-Saint et dans le feu.

 

Le jeudi de la quatrième semaine de l’avent[3]

Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 64

Oh ! si vouliez ouvrir les cieux et en descendre ! les monta­gnes fondraient devant votre face : elles se dessécheraient comme dévorées par le feu ; les eaux seraient embrasées, et votre Nom se signalerait devant vos ennemis ; les nations trembleraient devant votre face. Lorsque vous feriez éclater vos merveilles, nous ne les pourrions soutenir. Vous êtes des­cendu, et les montagnes se sont écoulées devant vous. Depuis le commencement du monde, les oreilles n’ont point en­tendu, l’œil n’a point vu, hors vous seul, ô Dieu ! ce que vous avez préparé à ceux qui vous attendent. Vous êtes allé au-devant de ceux qui étaient dans la joie et qui vivaient dans la justice : ils se souviendront de vous en marchant dans vos voies. Vous vous êtes irrité, parce que nous avons péché : nous avons toujours été dans les péchés, et néanmoins nous serons sauvés. Et nous sommes tous devenus comme un homme impur, et toutes nos justices sont comme le linceul le plus souillé ; et nous sommes tous tombés comme la feuille, et, comme un vent impétueux, nos iniquités nous ont enlevés et dispersés. Il n’est personne qui invoque votre Nom, qui se lève et qui se tienne attaché à vous. Vous avez caché votre face à nos regards, et vous nous avez brisés par la main de notre iniquité. Et cependant, Seigneur, vous êtes notre Père, et nous ne sommes que de l’argile ; c’est vous qui nous avez formés, et nous sommes tous l’ouvrage de vos mains. Ne vous irritez plus, Seigneur : c’est assez, et ne vous souvenez plus de notre iniquité. Jetez les yeux sur nous, et considérez que nous sommes tous votre peuple. La cité de votre sanctuaire est devenue déserte : Sion est changée en solitude, Jérusalem est désolée. La maison de notre culte et de notre gloire, où nos pères chantèrent vos louanges, est devenue la proie des flammes et tout ce que nous aimions a été converti en ruines.

Ô dieu de nos pères ! paraissez bientôt. La cité que vous aimez est dans la désolation ! Venez relever Jérusalem et venger la gloire de son temple. C’est le cri du prophète : et vous l’avez en­tendu, et vous êtes venu délivrer Sion de la captivité, et ouvrir pour elle une ère de gloire et de sainteté. Vous êtes venu, non détruire la loi, mais l’accomplir ; et, par votre visite, Sion trans­formée est main­tenant l’Église votre Épouse. Mais, ô Sauveur ! ô Époux ! pour­quoi avez-vous détourné votre face ? Pourquoi, cette Église qui vous est chère est-elle assise au désert, pleurant comme Jérémie sur les ruines du sanctuaire, comme Rachel sur ses en­fants, parce qu’ils ne sont plus ? Pourquoi son héritage a-t-il été livré aux nations ? Mère devenue féconde par votre vertu, elle avait allaité d’innombrables enfants ; elle leur avait enseigné en votre nom les choses de la vie présente et les choses de la vie future ; et voilà que ces enfants ingrats l’ont délaissée. Chassée de pays en pays, elle s’est vue contrainte de transporter d’un lieu dans un autre le flambeau de la divine foi ; ses Mystères ont cessé d’être célébrés dans les lieux mêmes où autrefois ils étaient l’amour des peuples ; et du haut du ciel, ô Verbe créateur de l’univers, vous apercevez par toute la terre des autels brisés, des temples profanés. Oh ! venez donc ranimer la foi qui s’éteint.

Souvenez-vous de vos apôtres et de vos martyrs ; souvenez-vous de vos saints qui ont fondé les Églises, qui les ont honorées par leurs vertus et leurs miracles ; souvenez-vous enfin de votre Épouse, et soutenez-la dans le pèlerinage qu’elle accomplit ici-bas, jusqu’à ce que le nombre de vos élus soit complet. Sans doute, elle aspire, cette Épouse, à vous voir à jamais dans la lumière du jour éternel ; mais le cœur de mère que vous lui avez donné ne peut se résoudre à laisser ses enfants au milieu de tant de périls, tant que l’heure n’a pas sonné, après laquelle il n’y aura plus d’Église militante, mais la seule Église triomphante, enivrée de votre présence, ô Jésus, et de vos caresses éternelles. Mais, ô Sauveur ! cette heure fatale n’est pas venue ; pendant qu’il est temps encore, abaissez les cieux, descendez, venez à nous. Rete­nez aux rameaux de l’arbre ces feuilles que le vent de l’iniquité en avait détachées. Qu’il pousse de nouvelles branches, cet arbre que vous aimez ; que celles qui sont tombées par leur faute, et qui étaient déjà préparées pour le feu, soient de nouveau, par votre puissance, rattachées à ce tronc maternel qui se sentit déchiré cruellement au jour de la scission. Venez pour votre Église, ô Jésus ! Elle vous est plus chère encore que ne fut l’ancienne Jéru­salem.

Hymne tirée de l’anthologie des Grecs

(Au 21 décembre)

Votre sein, ô Mère de Dieu ! est le monceau de froment qui, d’une manière ineffable, porte l’épi non semé, le Verbe de Dieu que vous enfanterez dans la grotte de Bethlehem ; lequel, par sa divine apparition, doit nourrir toute créature en la charité, et délivrer le genre humain d’une mortelle famine.

Ô Vierge intacte, d’où venez-vous ? Qui vous a engendrée ? Quelle est votre mère ? Comment pouvez-vous porter le Créateur en vos bras ? Comment votre sein n’a-t-il éprouvé aucune souillure ? Nous voyons s’accomplir en vous de gran­des grâces, de redoutables mystères, ô vous toute sainte ! Nous préparons, suivant notre devoir, la grotte de votre en­fantement ; nous demandons au ciel l’étoile mystérieuse. Voici que les mages s’avancent de la terre d’orient à l’occident, pour voir le Salut des mortels comme un flambeau lumineux dans vos bras.

Ô vous qui êtes le brillant palais du maître, comment venez-vous dans une chétive étable, mettre au monde le Roi, le Sei­gneur incarné pour nous, ô Vierge toute sainte, épouse du grand Dieu !

Ève, par le péché de désobéissance, introduisit ici-bas la malédiction ; mais vous, ô Vierge Mère de Dieu ! par l’excellence de votre fécondité, vous avez fait fleurir au monde la bénédiction ; c’est pourquoi nous vous célébrons tous.

Ne t’attriste point, ô Joseph, en regardant mon sein ; car tu verras celui qui doit naître de moi, et tu seras dans la joie ; tu l’adoreras comme un Dieu, disait la divine Mère à son époux, comme elle allait pour enfanter le Christ. Célébrons sa douce mémoire et disons : Réjouissez-vous, ô pleine de grâces ! le Seigneur est avec vous, et par vous, avec nous.

Prière du missel ambrosien

(En la messe du premier dimanche de l’avent)

Ô Dieu, qui, par votre Fils unique, avez fait de nous des créatures nouvelles, regardez avec bonté les œuvres de votre miséricorde, et daignez, dans l’avènement de ce divin Fils, nous purifier de toutes nos anciennes taches. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

Le vendredi de la quatrième semaine de l’avent[4]

Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 66

Écoutez la parole du Seigneur, vous qui l’entendez avec trem­blement. Vos frères qui vous haïssent et vous rejettent à cause de mon Nom, vous ont dit : Que le Seigneur fasse paraître sa gloire en vous, et nous le reconnaîtrons dans votre joie ; mais eux-mêmes seront couverts de confusion. Voix du peuple dans la cité ! Voix qui vient du temple ! Voix du Sei­gneur qui rend à ses ennemis ce qu’ils méritent ! Sion a en­fanté avant d’être en travail ; elle a mis au monde un en­fant mâle avant le jour de l’enfantement. Qui jamais entendit chose semblable ? Qui jamais vit rien de pareil ? La terre pro­duit-elle son fruit en un seul jour ? Tout un peuple est-il en­gendré en même temps ? Et cependant Sion, dans un même instant, a été en travail, et a enfanté ses fils. Moi qui fais en­fanter les autres, n’enfanterai-je point aussi moi-même, dit le Seigneur ? Moi qui donne aux autres la fécondité, demeure­rai-je stérile, dit le Seigneur, ton Dieu ? Réjouissez-vous avec Jérusalem, soyez dans l’allégresse avec elle, vous tous qui l’aimez : unissez votre joie à la sienne, vous tous qui pleuriez sur elle ; et vous sucerez, et vous tirerez de ses mamelles le lait de ses consolations : vous trouverez une abondance de délices dans la gloire qui l’environne de toutes parts car le Seigneur a parlé et a dit : Voici que j’épancherai sur elle comme un fleuve de paix ; je répandrai sur elle la gloire des nations comme un torrent qui se déborde. Vous sucerez son lait ; on vous portera à la mamelle, et on vous caressera sur les genoux, comme une mère caresse son enfant ; ainsi je vous consolerai, et vous trouverez votre consolation dans Jérusalem. Vous verrez ces choses, et votre cœur sera dans la joie, et vos os reprendront une nouvelle vigueur comme l’herbe qui repousse ; et le Seigneur fera connaître sa main à ses serviteurs, et il répandra sa colère sur ses ennemis ; car voici que le Seigneur va paraître dans les feux, et son char sera comme la tempête. Il vient répandre son indignation et sa fureur, et sa vengeance au milieu des flammes. Le Sei­gneur viendra environné de feux et armé de son glaive, pour juger toute chair ; et le nombre de ceux que le Seigneur tuera sera grand.

Votre présence, ô Jésus ! va donner la fécondité à celle qui était stérile, et l’étroite Sion va tout d’un coup enfanter un peuple pour qui la terre ne sera plus assez vaste. Mais la gloire de cette fécondité est toute à vous, ô Verbe divin ! Le psalmiste l’avait an­noncé. « O Jérusalem ! ô Reine ! avait-il dit, il te naîtra des en­fants à la place de tes pères ; tu les établiras princes sur toute la terre : ils se souviendront de ton nom dans la succession des âges, et les peuples qui sauront qu’ils sont sortis de toi, te loueront à jamais dans les siècles des siècles. [5] » Mais, pour cela, il était néces­saire que le Seigneur descendît en personne. Lui seul a pu rendre féconde une Vierge ; lui seul pourra, avec des pierres, pro­duire des enfants d’Abraham. « Encore un peu de temps, dit-il par un prophète, et j’ébranlerai le ciel et la terre, et je remuerai toutes les nations. [6] » Et par un autre : « De l’aurore au couchant, mon Nom est grand parmi les nations ; et voici « qu’en tout lieu on va offrir et sacrifier à mon Nom une victime pure. [7] » Bientôt donc il n’y aura plus qu’un seul Sacrifice ; car l’Agneau de ce Sacrifice va naître dans peu d’heures. Or, le sacrifice est le lien des peuples ; quand le Sacrifice sera unique, il n’y aura plus aussi qu’un seul peuple.

Ô Église ! qui allez nous unir tous, hâtez-vous de naître. Et puis­que déjà vous êtes née pour nous, nous qui sommes nés de vous, que l’Agneau, votre Époux, épanche sur vous ce fleuve de paix annoncé par le prophète ; qu’il répande sur vous la gloire des na­tions comme un torrent qui se déborde ; qu’il donne un lait abon­dant à vos mamelles, et que les peuples reviennent autour de cette Mère commune qui les pressera sur son cœur et les cares­sera sur ses genoux. Ô Christ ! c’est vous qui inspirez cette ten­dresse à notre Mère ; c’est vous qui nous consolez, qui nous illu­minez par elle. Venez la visiter : venez renouveler en elle la vie, dans cette nouvelle naissance que vous allez prendre. Donnez-lui, cette an­née comme toujours, la fermeté de la foi, la grâce des sacrements, l’efficacité de la prière, le don des miracles, la succes­sion hiérar­chique, la puissance du gouvernement, la force contre les princes du siècle, l’amour de la croix, la victoire contre Satan, la couronne du martyre. Qu’elle soit belle comme votre Épouse, en cette nou­velle année qui va s’ouvrir ; qu’elle soit fidèle à votre amour, et toujours plus heureuse dans le grand œuvre que vous lui avez imposé ; car, d’année en année, approche le jour où vous viendrez pour la dernière fois, non plus dans les langes, mais sur un char de feu, briser ceux qui n’ont point aimé votre Église, ou qui l’ont méconnue, et l’enlever avec vous dans votre royaume éternel.

Hymne de la naissance du Christ

(Tirée du poète Prudence, 8 Kal. Januarias)

Paraissez, doux enfant, né d’une Mère, la chasteté même, qui enfante sans alliance humaine ; paraissez, Médiateur, en votre double nature.

Bien que sorti dans le temps de la bouche du Père, et incarné à la parole de l’ange, toutefois au sein du Père déjà vous ha­bitiez, ô Sagesse éternelle !

Cette Sagesse apparut en créant le ciel, la lumière et toutes choses ; par la puissance du Verbe tout a été fait ; car le Verbe est Dieu.

Mais ayant ordonné les siècles, et fixé les lois de l’univers, ce Verbe, fondateur, artisan des êtres, demeura au sein du Père ;

Tant qu’enfin, les années par milliers déroulant leurs révolu­tions, il daigna visiter ce globe depuis longtemps pécheur.

Car la tourbe aveugle des mortels prosternée devant d’abjectes vanités, proclamait Dieu l’airain, le bois, le marbre glacé.

Par ce culte insensé, ils étaient tombés sous le joug du tyran perfide ; et leur vie esclave s’engloutissait dans l’abîme téné­breux.

Mais le Christ ne put souffrir la chute des nations tombant sans vengeur, ni la ruine de l’œuvre de son Père.

Il revêtit un corps mortel, afin qu’en ressuscitant ce corps, il brisât les chaînes de la mort et transportât l’homme au sein du Père.

Sentez-vous, ô noble Vierge ! malgré de douloureux pressen­timents, croître par un enfantement glorieux l’honneur intact de votre pudeur ?

Oh ! quelles joies pour le monde sont contenues en ce sein très pur, d’où va partir une ère nouvelle, un autre âge d’or !

Prière du sacramentaire gallican

(In Adventu Domini, Contestatio)

C’est une chose digne et juste que nous vous rendions grâces en tout temps et en tous lieux, ô vous, Dieu tout-puissant, par Jésus Christ notre Seigneur, que Jean, le fidèle ami, précéda dans la naissance, précéda dans la prédication du désert, pré­céda dans l’administration du baptême, préparant ainsi la voie à Celui qui est en même temps Juge et Rédempteur. Jean convoqua les pécheurs à la pénitence, et gagnant un peuple au Sauveur, il baptisa dans le Jourdain ceux qui confessaient leurs péchés. Il ne conférait pas cette grâce qui renouvelle l’homme pleinement ; il avertissait seulement d’attendre l’arrivée du Sauveur miséricordieux ; il ne remet­tait pas les péchés de ceux qui venaient à lui, mais il promet­tait cette rémission à ceux qui croiraient, et qui, descendant dans les eaux de la pénitence, espéreraient le remède du par­don de la part de Celui qu’ils apprenaient devoir venir bien­tôt, tout rempli du don de la Vérité et de la Grâce, Jésus-Christ, notre Seigneur.

[1] Si ce dimanche tombe le 24 décembre, on l’omet cette année-là, et on fait l’office de la vigile de Noël, ci-après page 142

[2] Si ce dimanche tombe le 24 décembre, on l’omet cette année-là, et on fait l’office de la vigile de Noël, ci-après page 142

[3] Si ce dimanche tombe le 24 décembre, on l’omet cette année-là, et on fait l’office de la vigile de Noël, ci-après page 142

[4] Si ce dimanche tombe le 24 décembre, on l’omet cette année-là, et on fait l’office de la vigile de Noël, ci-après page 142

[5]           Psaume 44.

[6]           Aggée, 2, 8.

[7]           Malach. 1, 2.

4e dimanche de l’avent

Dom Guéranger ~ L’année liturgique
Quatrième dimanche de l’avent

Si ce dimanche tombe le 24 décembre, on l’omet cette année-là, et on fait l’office de la vigile de Noël. Voir aussi les grandes féries de l’avent

Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.

Nous voici entrés dans la semaine qui précède immédiatement la naissance du Messie : dans sept jours au plus tard, il viendra ; et selon la longueur du temps de l’avent, laquelle varie chaque année, il se peut que l’avènement tant désiré ait lieu dans six jours, dans trois jours, demain même. L’Église compte les heures d’attente ; elle veille jour et nuit, et ses offices ont pris une solen­nité inaccoutumée depuis le 17 décembre. À laudes, elle varie chaque jour les antiennes ; à vêpres, elle exprime avec tendresse et majesté ses désirs d’Épouse par de brûlantes exclamations vers le Messie, dans lesquelles elle lui donne chaque jour un titre ma­gnifique emprunté au langage des prophètes.

Aujourd’hui [1] elle veut frapper le dernier coup pour émouvoir ses enfants. Elle les transporte dans la solitude ; elle leur montre Jean-Baptiste, de la mission duquel elle les a déjà entretenus au troisième dimanche. La voix de cet austère précurseur ébranle le désert, et se fait entendre jusque dans les cités. Elle prêche la pénitence, la nécessité de se purifier en attendant celui qui va paraître. Retirons-nous à l’écart durant ces jours ; ou si nous ne le pouvons faire à raison de nos occupations extérieures, retirons-nous dans le secret de notre cœur et confessons notre iniquité, comme ces vrais Israélites qui venaient, pleins de componction et de foi dans le Messie, achever, aux pieds de Jean-Baptiste, l’œuvre de leur préparation à le recevoir dignement, lorsqu’il allait paraître.

Or, voici la sainte Église qui, avant d’ouvrir le livre du prophète, nous dit à l’ordinaire, mais avec une solennité de plus en plus grande :

Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 35

La terre déserte et sans chemin se réjouira, et la solitude tres­saillera et fleurira comme le lis. Elle poussera et germera de toutes parts ; et elle sera dans une effusion de joie et de louange. La gloire du Liban lui a été donnée, la beauté du Carmel et de Saron. Ils verront eux-mêmes la gloire du Sei­gneur et la beauté éclatante de notre Dieu. Fortifiez les mains languissantes et raffermissez les genoux tremblants. Dites à ceux qui ont le cœur abattu : Prenez courage, et ne craignez point ; voici votre Dieu, qui vient vous venger et rendre à vos ennemis ce qu’ils méritent. Dieu viendra lui-même, et il vous sauvera. Alors les yeux des aveugles s’ouvriront, et les oreilles des sourds seront accessibles. Alors le boiteux bondira comme le cerf, et la langue des muets sera déliée ; parce que des sources d’eau couleront au désert, et des torrents dans la solitude. Et la terre qui était desséchée sera un étang, et celle qui était altérée une fontaine d’eau vive. Dans les cavernes où les dragons habitaient auparavant, naîtra la verdure du ro­seau et du jonc. Et il y aura là un sen­tier et un chemin battu, et cette voie sera appelée sainte ; celui qui est impur n’y pas­sera point. Elle sera pour vous une voie droite, en sorte que les ignorants y marcheront sans s’égarer. Il n’y aura point là de lion, et la bête farouche n’y montera point, ni ne s’y ren­contrera. Et ceux qui auront été délivrés y marcheront, et ceux que le Seigneur aura rachetés retourneront et viendront en Sion avec des cantiques de louange ; ils seront couronnés d’une allégresse éternelle ; le ravissement de leur joie ne les quittera point ; la douleur et le gémissement fuiront loin d’eux.

Elle sera donc bien grande, ô Jésus ! la joie de votre venue, si elle doit briller sur notre front à jamais comme une couronne ! Mais comment n’en serait-il pas ainsi ? Le désert même, à votre appro­che, fleurit comme un lis, et des eaux vives jaillissent du sein de la terre la plus altérée. Ô Sauveur ! venez vite nous donner de cette eau dont votre cœur est la source, et que la Samaritaine, qui est notre image à nous pécheurs, vous demandait avec tant d’instances. Cette eau est votre grâce ; qu’elle arrose notre aridité, et nous fleurirons aussi ; qu’elle désaltère notre soif, et nous cour­rons la voie de vos préceptes et de vos exemples, ô Jésus ! avec fidélité, sur vos pas. Vous êtes notre voie, notre sentier vers Dieu ; et Dieu, c’est vous-même : vous êtes donc aussi le terme de notre route. Nous avions perdu la voie, nous nous étions égarés comme des brebis errantes : que votre amour est grand de venir ainsi après nous ! Pour nous apprendre le chemin du ciel, vous ne dédaignez pas d’en descendre, et vous voulez faire avec nous la route qui y conduit. Non, désormais nos bras ne sont plus abat­tus ; nos genoux ne tremblent plus ; nous savons que c’est dans l’amour que vous venez. Une seule chose nous attriste : c’est de voir que notre préparation n’est pas parfaite. Nous avons encore des liens à rompre ; aidez-nous, ô Sauveur des hommes ! Nous voulons écouter la voix de votre précurseur, et redresser tout ce qui offenserait vos pas sur le chemin de notre cœur, ô divin En­fant ! Que nous soyons baptisés dans le baptême d’eau de la pénitence ; vous viendrez ensuite nous baptiser dans le Saint-Esprit et dans l’amour.

À la messe

Le prophète a excité notre soif en nous parlant de la limpidité et de la fraîcheur des sources qui jaillissent à l’arrivée du Messie ; demandons, avec la sainte Église, la rosée qui rafraîchira notre cœur, la pluie qui le rendra fécond.

Introït

Cieux, répandez la rosée, et que les nuées fassent pleuvoir le Juste : que la terre s’ouvre, et qu’elle germe le Sauveur. Ps. Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament publie l’ouvrage de ses mains. Gloire au Père. Cieux.

Dans la collecte, l’Église fait instance pour être délivrée au plus tôt ; elle craint que ses péchés ne soient la cause du retard que l’Époux met à venir ; elle se recommande à sa miséricorde pour franchir cet obstacle.

Collecte

Faites paraître, Seigneur, votre puissance, et venez ; secou­rez-nous par votre grande force, afin que par le secours de votre grâce, votre indulgence miséricordieuse daigne accélé­rer le remède dont nos péchés nous rendent indignes ; Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.

Épître
Lecture de l’Épître de saint Paul, Apôtre, aux Corinthiens. Chap. 4

Mes Frères, que l’homme nous considère comme les minis­tres de Jésus-Christ, et comme les dispensateurs des Mystè­res de Dieu. Or, ce qui est à désirer dans les dispensateurs est qu’ils soient trouvés fidèles. Pour moi, je me mets fort peu en peine d’être jugé par vous, ou par quelque homme que ce soit : et je ne me juge pas moi-même. Car, encore que ma conscience ne me reproche rien, je ne suis pas justifié pour cela ; mais celui qui me juge, c’est le Seigneur. C’est pourquoi ne jugez point avant le temps, jusqu’à ce que le Seigneur vienne, qui produira à la lumière ce qui est caché dans les té­nèbres, et découvrira les pensées des cœurs : alors chacun re­cevra de Dieu la louange qui lui sera due.

L’Église remet sous les yeux des peuples, dans cette épître, la dignité du sacerdoce chrétien, à l’occasion de l’ordination qu’on a célébrée la veille, et rappelle en même temps aux ministres sacrés l’obligation qu’ils ont contractée de se montrer fidèles dans la charge qui leur a été imposée. Au reste, il n’appartient pas aux brebis de juger le pasteur : tous, prêtres et peuple, doivent vivre dans l’attente du jour de l’avènement du Sauveur, de ce dernier avènement dont la terreur sera aussi grande qu’est attrayante la douceur du premier, et du second auquel nous préparons nos âmes. Après avoir fait retentir dans l’assemblée ces paroles sévè­res, la sainte Église reprend le cours de ses espérances, et célèbre encore l’arrivée prochaine de l’Époux.

Graduel

Le Seigneur est proche de tous ceux qui l’invoquent en vérité. V/. Ma bouche annoncera la louange du Seigneur ; que toute chair bénisse son saint Nom. Alleluia, alleluia. V/. Venez, Seigneur, et ne tardez plus : pardonnez les crimes d’Israël votre peuple. Alleluia.

Évangile
La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. 3

L’an quinzième de l’empire de Tibère César, Ponce-Pilate étant gouverneur de la Judée ; Hérode, tétrarque de la Gali­lée ; Philippe son frère, de l’Iturée et de la province de Traco­nite ; et Lysanias, d’Abilène ; Anne et Caïphe étant grands-prêtres ; Dieu fit entendre sa parole à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. Et il vint dans tout le pays qui est aux environs du Jourdain, prêchant le baptême de pénitence pour la ré­mission des péchés ; ainsi qu’il est écrit au livre des paroles du prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : Pré­parez la voie du Seigneur ; rendez droits ses sentiers. Toute vallée sera remplie, et toute montagne et toute colline sera abaissée ; les chemins tortueux deviendront droits, les rabo­teux seront aplanis. Et toute chair verra le Sauveur envoyé de Dieu.

Vous êtes proche, Seigneur, car l’héritage de votre peuple a passé aux mains des Gentils, et la terre que vous aviez promise à Abra­ham n’est plus aujourd’hui qu’une province de ce vaste em­pire qui doit précéder le vôtre. Les oracles des prophètes s’exécutent de jour en jour ; la prédiction de Jacob lui-même est accomplie : Le sceptre est ôté de Juda. Tout se prépare pour votre arrivée, ô Jésus ! C’est ainsi que vous renouvelez la face de la terre : daignez aussi renouveler mon cœur, et soutenir son cou­rage, dans ces dernières heures qui précèdent votre venue. Il sent le besoin de se retirer au désert, d’implorer le baptême de la pénitence, de redresser ses voies : faites tout cela en lui, divin Sauveur, afin qu’au jour où vous allez descendre sa joie soit pleine et parfaite.

Pendant l’oblation, l’Église salue la glorieuse Vierge dont les flancs recèlent encore le salut du monde. Ô Marie ! donnez-nous bientôt celui qui vous remplit de sa présence et de sa grâce. Le Seigneur est avec vous, ô Marie incomparable ; mais l’heure ap­proche où il sera aussi avec nous ; car son nom est Emmanuel.

Offertoire

Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de vos entrailles.

Secrète

Daignez, Seigneur, recevoir favorablement ces offrandes, afin qu’elles servent à témoigner notre religion et à nous obtenir le salut. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

Pendant la communion, l’Église, toute pleine du Dieu qui vient de descendre en elle, emprunte les paroles d’Isaïe pour célébrer la Vierge mère, et ce chant lui convient aussi, à elle qui vient d’être mystérieusement visitée par le même Fils de Dieu dont le sein de Marie est le tabernacle.

Communion

Voici qu’une Vierge concevra et enfantera un fils, dont le nom sera Emmanuel.

Postcommunion

Après avoir reçu les dons sacrés, nous vous supplions, Sei­gneur, de faire naître en nous, par la fréquentation de ce mystère, l’effet de notre rédemption. Par notre Seigneur Jésus-Christ. Amen.

À vêpres

(Si la vigile de Noël se trouvait coïncider avec le quatrième dimanche de l’avent, on chanterait les premières vêpres de Noël, en place de celles qui suivent.)

  1. Ant. Sonnez de la trompette dans Sion ; car le jour du Sei­gneur est proche : voici qu’il vient nous sauver. Alleluia, alleluia.
  2. Ant. Voici qu’il va venir, le désiré de toutes les nations, et la maison du Seigneur sera remplie de gloire. Alleluia.
  3. Ant. Les chemins tortueux seront redressés, et les chemins raboteux seront aplanis : venez, Seigneur, et ne tardez pas. Alleluia.
  4. Ant. Le Seigneur va venir ; allez à sa rencontre, et dites : Grande est sa puissance, et son règne n’aura pas de fin ; il est le Dieu, le fort, le dominateur, le prince de la paix. Alleluia, alleluia.
  5. Ant. Seigneur, votre toute-puissante parole va descendre de ses royales demeures. Alleluia.

Capitule

Mes Frères, que l’homme nous considère comme les minis­tres de Jésus-Christ, et comme les dispensateurs des mystè­res de Dieu. Or, ce qui est à désirer dans les dispensateurs, c’est qu’ils soient trouvés fidèles.

L’hymne Creator alme siderum, et le Cantique Magnificat.

On chante, à Magnificat, celle des grandes antiennes qui est marquée pour le jour du mois de décembre auquel tombe le quatrième dimanche.

Prions

Faites paraître, Seigneur, votre pouvoir, et venez ; secourez-nous par votre vertu toute-puissante, afin que, par le secours de votre grâce, votre indulgence miséricordieuse daigne ac­célérer le remède dont nos péchés nous rendent indignes ; Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles.

[1]     Le quatrième dimanche de l’avent est appelé Rorate à cause de l’introït ; mais plus souvent on le nomme Canite tuba, qui sont les premiers mots du premier répons de matines, et de la première antienne de laudes et de vêpres.

L’avent
2e semaine

Dom Guéranger ~ L’année liturgique
2e semaine de l’avent

Le lundi de la deuxième semaine de l’avent

Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 13

Prophétie contre Babylone révélée à Isaïe fils d’Amos. Levez l’étendard sur la montagne couverte de nuages ; haussez la voix, étendez la main, et que les princes entrent par les portes de Babylone. J’ai donné mes ordres à ceux qui me sont dévoués ; j’ai appelé mes guerriers dans ma colère, ceux que ma gloire fait bondir de joie. Voix de la multitude sur les montagnes, voix éclatante des rois et des nations rassem­blées. Le Seigneur des armées a commandé à sa milice belli­queuse ; il l’a fait venir depuis les confins de la terre jusqu’aux extrémités du ciel. C’est le Seigneur ; il a avec lui les vases de sa fureur pour exterminer toute cette terre. Hurlez ; car le jour du Seigneur est proche : le Seigneur va tout dévaster. C’est pourquoi tout bras sera abattu, tout cœur d’homme séchera et sera brisé. Ils se tordront dans l’angoisse et gémiront comme la femme en travail. Ils se regarderont l’un l’autre dans la stupeur ; leur visage sera desséché comme par le feu. Voici que le jour du Seigneur viendra, jour cruel, plein d’indignation, de colère et de fureur, pour réduire la terre en solitude et broyer les pécheurs qui l’habitent. Les étoiles du ciel les plus éclatantes ne répandront plus leur lumière ; le soleil s’obscurcira dès son lever, et la lune ne brillera plus de sa clarté. Et je visiterai les crimes du monde et l’iniquité des impies ; je mettrai un terme à l’orgueil des infidèles, et j’humilierai l’arrogance des puissants.

L’Église nous remet encore aujourd’hui sous les yeux l’effrayant spectacle du dernier Avènement de Jésus-Christ. Cette Babylone pécheresse dont parle Isaïe, c’est le monde vieilli dans ses crimes ; ce jour cruel, plein d’indignation et de colère, c’est celui où le Messie reviendra et fera briller son étendard sur la nuée. Les paroles qu’emploie le prophète pour peindre la consternation des habitants de Babylone sont si expressives, qu’elles glacent d’effroi ceux qui les méditent sérieusement. Ô vous donc qui, en cette seconde Semaine de préparation à la naissance du Sauveur, hési­teriez encore sur ce que vous avez à faire pour le jour où il va venir, réfléchissez sur l’enchaînement des deux Avènements. Si vous ouvrez au Sauveur dans le premier, vous pourrez être sans inquiétude sur le second ; si au contraire vous dédaignez le premier, le second fondra sur vous comme sur une proie ; et les cris de votre désespoir ne vous sauveront pas. Le Juge viendra à l’improviste, au milieu de la nuit, au moment précis où vous vous flatterez qu’il est loin encore.

Et ne dites pas que la fin des temps n’est pas venue pour le monde, que le genre humain n’a pas accompli ses destinées. Il s’agit ici, non du genre humain, mais de vous. Sans doute, le jour du Seigneur apparaîtra effroyable, quand ce monde sera brisé comme un vase fragile, et que les débris de la création seront la proie d’un affreux incendie ; mais, avant ce jour de terreur uni­verselle, viendra pour vous en particulier celui de l’Avènement du Juge inexorable. Vous aurez à vous trouver en face de lui sans défense, et l’arrêt qu’il rendra alors demeurera à jamais : Avène­ment terrible, quoique ses résultats demeurent secrets jusqu’au dernier et solennel Avènement. Comprenez donc que l’effroi du dernier jour ne sera si grand, que parce que, en ce jour-là même, on entendra confirmer avec solennité ce qui aura été jugé déjà irrévocablement, quoique sans éclat ; comme aussi la voix amie qui conviera les amis de Dieu au festin éternel ne fera que répéter, devant l’Assemblée des anges et des hommes, ce qui déjà aura été résolu dans l’heureuse entrevue du Seigneur et de ses bien-aimés, au moment de leur sortie de ce monde. Donc, ne comptez plus sur des siècles, ô chrétiens ! cette nuit on redemandera votre âme[1]. Le Seigneur vient : hâtez-vous d’aller au-devant de lui dans la confusion de votre visage, dans la contrition de votre cœur, dans la conversion de vos œuvres.

Chant du jugement dernier
(C’est le Répons Libera, interpolé dans les 15e et 16e siècles)

R/. Délivrez-moi, Seigneur, de la mort éternelle, en ce jour redoutable ; * Quand les cieux et la terre seront ébranlés ; * Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu. V/.Les anges et les Archanges seront épouvantés : et les impies, où seront-ils ? * Quand les cieux et la terre seront ébranlés. V/. Que dirai-je ? que ferai-je, moi malheureux, qui n’ai rien de bon à présenter devant un si grand juge ? * Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu. V/. À peine le juste sera-t-il sauvé, et moi, infortuné, où serai-je ? * Quand les cieux et la terre seront ébranlés. V/. Lumière sans nuage, sauvez-moi des ténèbres ; empêchez que je ne tombe dans les flammes obs­cures de l’enfer ; * Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu. V/. Toutes les nations de la terre pleureront sur elles-mêmes ; * Quand les cieux et la terre seront ébranlés. V/. Alors, une voix des cieux : Ô vous, morts qui êtes étendus dans les sépulcres, levez-vous, et venez au jugement du Sau­veur ; * Lorsque vous viendrez, Seigneur, juger le siècle par le feu. V/. Ô mon âme, loue le Seigneur ! Je louerai le Seigneur durant ma vie, et je mériterai de voir Dieu dans ma chair ; * Lorsque vous viendrez, Seigneur, juger le siècle par le feu. V/. Quand le Dieu, fils de la Vierge, viendra juger le monde, il dira aux justes placés à sa droite : Approchez, mes fils bien-aimés ; c’est à vous que j’ai résolu de donner mon Royaume. Ô heureuse parole ! heureuse promesse ! Heureux bienfai­teur ! heureux bienfait ! * Quand les cieux et la terre seront ébranlés. V/. Ensuite, il dira à ceux qui seront à la gauche : Sectateurs du péché, je ne vous connais pas. La gloire du siècle vous a séduits : descendez au fond des enfers, avec le diable et ses ministres. Ô douleur ! ô tristesse ! ô deuil ! ô soupirs ! * Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu. V/. Déjà le Roi se prépare pour le jugement ; le jour affreux va éclater ; dans cette extrémité, quel sera notre refuge ? Nous n’en avons point d’autre que la Vierge Mère, l’espoir univer­sel : qu’elle daigne pour nous supplier son fils ! Ô Roi Jésus ! exaucez nos prières, et nous serons sauvés ; * Quand les cieux et la terre seront ébranlés. V/. Créateur de toutes choses, ô Dieu ! qui m’avez formé du limon de la terre, et m’avez racheté de votre propre sang, par un admirable amour ; vous qui devez, au jour du Jugement, faire sortir du sépulcre mon corps qui est à la veille de tomber en pourriture, exaucez-moi, exaucez-moi, et daignez ordonner que mon âme soit placée au sein du patriarche Abraham ; * Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu.

Prière de la liturgie ambrosienne
(Dans la troisième semaine de l’avent)

Christ tout-puissant, Fils de Dieu, venez, dans votre miséri­corde, sauver votre peuple, au jour de votre Nativité, et dai­gnez, avec votre bénignité accoutumée, nous délivrer de toute inquiétude et de toute crainte temporelle. Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles.

 

Le mardi de la deuxième semaine de l’avent

Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 14

Le temps où il doit venir est proche, et les jours n’en sont pas éloignés. Car le Seigneur aura pitié de Jacob, et il choisira des hommes dans Israël, et il les fera demeurer paisiblement dans leur terre. L’étranger se joindra à eux et s’unira à la mai­son de Jacob. Et les peuples les prendront et les introduiront dans leur pays ; et la maison d’Israël aura ces peuples pour serviteurs et pour servantes dans la terre d’Israël. Ceux qui les avaient assujettis seront leurs captifs, et ils s’assujettiront ceux qui les avaient dominés. En ce jour-là, quand le Sei­gneur aura mis fin à tes travaux, à l’oppression et à la dure servitude que tu souffrais auparavant, tu entonneras ce Can­tique contre le roi de Babylone. et tu diras : « Comment a disparu le tyran ? Comment a cessé le tribut qu’il nous impo­sait ? Le Seigneur a brisé le bâton des impies, la verge des dominateurs, qui, dans son indignation, frappait les peuples d’une plaie incurable, s’assujettissait les nations dans sa fureur, les persécutait avec cruauté. Comment es-tu tombé du ciel, ô Lucifer ! toi qui te levais le matin avec tant d’éclat ? Tu as été renversé sur la terre, toi qui couvrais de plaies les na­tions ; qui disais dans ton cœur : Je monterai au ciel, j’élève­rai mon trône au-dessus des astres de Dieu, je m’asseye­rai sur la montagne de l’alliance, aux côtés de l’aquilon ; je monterai au-dessus des nuées, je serai sembla­ble au Très-Haut. Et te voilà précipité dans l’enfer, jusqu’au plus profond de ses abîmes. »

Ta ruine est en effet consommée, ô Lucifer ! Tu refusas de t’abaisser devant Dieu et tu fus précipité. Ton orgueil ensuite cherchant à s’étourdir sur l’humiliation d’une chute si profonde, tu causas la ruine du genre humain, en haine de Dieu et de son œuvre. Tu réussis à inspirer au fils de la poussière ce même orgueil qui avait été cause de ta dégradation. Par toi, le péché en­tra dans ce monde, et par le péché la mort ; le genre humain sem­blait une proie dévouée à ta rage éternelle. Forcé de renoncer à tes espérances d’une royauté céleste, tu pensais du moins régner sur l’Enfer et dévorer la création à mesure qu’elle sortirait des mains de Dieu. Mais tu es vaincu aujourd’hui. Ton règne était dans l’orgueil ; à lui seul tu aurais dû ta cour et tes sujets ; or, voici que le souverain Seigneur de toutes choses vient saper ton empire par les fondements, en enseignant lui-même l’humilité à sa créature ; et il vient l’enseigner, non par des lois promulguées avec l’appa­reil éclatant du Sinaï, mais en la pratiquant lui-même sans bruit, cette divine humilité qui seule peut relever ceux qui sont tombés par la superbe. Tremble, Lucifer ! ton sceptre va se briser entre tes mains.

Dans ta fierté, tu dédaignes cette humble et douce Vierge de Nazareth, qui garde silencieuse le mystère de ta ruine et de notre salut. Tu dédaignes par avance l’Enfant qu’elle porte dans son sein et qu’elle mettra bientôt au jour. Sache que Dieu ne le dédai­gne pas ; car il est Dieu aussi, cet Enfant qui n’a pas vu le jour encore ; et un seul des actes d’adoration et de dévouement qu’il pratique à l’égard de son Père, au sein de Marie, apporte plus de gloire à la Divinité, que tout ton orgueil, croissant à jamais dans l’éternité, ne lui en pourrait ravir. Instruits désormais par les leçons d’un Dieu sur la puissance du grand remède de l’humilité, les hommes sauront y avoir recours. Au lieu de s’élever comme toi, dans un fol et criminel orgueil, ils s’abaisseront avec joie et amour ; et plus ils seront humbles, plus Dieu prendra plaisir à les élever ; plus ils se confesseront pauvres, plus il aimera à les rassa­sier. C’est la Vierge divine qui nous le dit dans son beau Cantique. Gloire à elle, si douce mère à ses enfants, et si terrible à toi, Luci­fer ! qui te débats en vain sous son pied victorieux.

Prose pour le temps de l’avent
(11e siècle, anciens missels romains-français)

Prêt à recevoir celui qui règne dans les siècles éternels,

Peuple chrétien, chante-le dévotement, rends hommage à ton Créateur.

C’est lui que bénissent avec jubilation les milices célestes, enivrées de sa vue

C’est lui qu’attendent toutes les choses terrestres, pour com­paraître devant lui,

Sévère en ses jugements,

Clément en sa puissance.

O Christ ! sauvez-nous par votre clémence, vous qui souffrîtes pour nous une cruelle passion.

Soulevez-nous jusqu’aux brillantes étoiles des cieux, vous qui effacez les souillures des siècles ;

Rosée du ciel, Sauveur véritable, chassez nos périls ;

Faites que tout soit pur, et donnez-nous la paix ;

Afin que, sauvés ici-bas par votre miséricorde, nous puis­sions, après cette vie, monter joyeux aux célestes royaumes :

Vous qui régnez dans les siècles infinis. Amen.

Prière du sacramentaire gallican
(En la messe de la vigile de Noël)

Dieu miséricordieux et clément, par la volonté et la munifi­cence duquel Jésus-Christ notre Seigneur s’est humilié, pour élever le genre humain tout entier, et est descendu au plus bas pour exalter ce qui était misérable, en sorte que Dieu est né homme au moyen d’une Vierge, afin que la ressemblance céleste que l’homme avait perdue fût rétablie en lui ; faites que votre peuple s’attache à vous, et qu’après que vous l’avez racheté par votre bienfait, il vous soit toujours agréable par sa dévote servitude.

 

Le mercredi de la deuxième semaine de l’avent

Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 16

Envoyez, Seigneur, l’Agneau qui doit régner sur la terre ; qu’il s’élance de la pierre du désert jusqu’à la montagne de la fille de Sion : et comme l’oiseau qui s’enfuit, comme les petits qui s’envolent de leur nid, ainsi seront les filles de Moab au pas­sage d’Arnon. Prends conseil, forme une assemblée, prépare en plein midi une ombre aussi noire que la nuit même ; cache les fuyards et ne trahis point les vagabonds ; ô Moab ! sois leur asile, devant la face du tyran. Mais la pous­sière se dis­sipe, le misérable n’est plus ; celui qui foulait la terre a dis­paru. Un trône sera préparé dans la miséricorde, et l’Agneau Dominateur s’asseyera dessus dans la vérité, sous la tente de David ; il jugera et cherchera l’équité, et il rendra prompte­ment ce qui est juste.

Seigneur, envoyez-nous l’Agneau ; « c’est l’Agneau qu’il nous faut, et non le Lion, s’écrie Pierre de Celles dans son 3e Sermon de l’Avent, l’Agneau qui ne s’irrite point, et dont la mansuétude ne se trouble jamais ; l’Agneau qui nous donnera sa laine blanche comme la neige pour réchauffer ce qui en nous est froid, pour couvrir ce qui en nous est nu ; l’Agneau qui nous donnera sa chair à manger, de peur que nous ne périssions de faiblesse dans le chemin. Envoyez-le plein de sagesse, car dans sa divine prudence il vaincra l’esprit superbe ; envoyez-le plein de force, car il est dit que le Seigneur est fort et puissant dans le combat ; envoyez-le plein de douceur, car il descendra comme la rosée sur la toison ; envoyez-le comme une victime, car il doit être vendu et immolé pour notre rachat ; envoyez-le, non pour exterminer les pécheurs, car il doit venir les appeler, et non les justes ; envoyez-le enfin digne de recevoir la puissance et la divinité, digne de délier les sept sceaux du livre scellé, savoir l’ineffable mystère de l’Incarnation. » Vous êtes donc Roi, divin Agneau ! Vous êtes, dès le sein de votre Mère, le souverain Dominateur. Ce sein virginal est un trône de miséricorde sur lequel vous siégez dans l’humilité, prêt à nous rendre justice et à confondre notre cruel ennemi. Ô Roi chéri ! si nos yeux ne vous aperçoivent pas encore, notre cœur vous a senti. Il sait que c’est pour lui que vous revêtez une si étonnante royauté. Laissez-le s’approcher de vous, et vous rendre foi et hommage, pendant que le nuage vous voile encore. Bientôt les bras de Marie seront un second trône pour votre Majesté, et toute la terre verra le Salut qui lui est envoyé.

Hymne tirée de l’anthologie des grecs
(au 20 décembre)

Grotte, prépare-toi : voici venir la Brebis qui porte le Christ en son sein ; Crèche, reçois celui qui d’une parole ineffable nous délivre, nous enfants de la terre ; Bergers, qui veillez la nuit, publiez le prodige ; Mages, accourez de la Perse, appor­tez au Roi l’or, l’encens et la myrrhe ; car le Seigneur est apparu, né d’une Vierge-mère qui s’abaisse comme une hum­ble servante, toute mère qu’elle est, l’adore et dit, le tenant en ses bras : Comment as-tu été produit, comment as-tu été en­gendré dans mes entrailles, mon Sauveur et mon Dieu ?

Écoute, ô ciel ! terre, prête l’oreille ; car voici le Fils et le Verbe du Dieu Père, qui s’avance pour naître d’une Vierge qui n’a pas connu l’homme, et qui enfante sans douleur par la vertu du Saint-Esprit. Bethléhem, prépare-toi ; Éden, ouvre tes portes : Celui qui Est devient celui qui n’était pas ; celui qui du limon forma toute créature reçoit lui-même une forme, apportant au monde une grande miséricorde.

Nature immense, Christ Roi, comment pourra vous recevoir une chétive étable ? comment la crèche vous pourra-t-elle contenir, ô Jésus ! fils d’une mère intacte, qui vous êtes fait étranger dans votre propre domaine, pour sauver ceux qui vous donneraient l’hospitalité !

Auguste Princesse, nouveau ciel, de votre sein, ainsi que d’un nuage, hâtez-vous de faire sortir le Christ, Soleil de gloire : que dans la grotte il apparaisse avec notre chair, et répande jusqu’aux extrémités du monde le vif éclat de ses splendeurs par une immense miséricorde.

Vous savez nos douleurs et nos misères, ô Christ débonnaire ! et vous ne nous dédaignez pas ; mais vous vous anéantissez avant même de sortir de votre mère, fixant votre demeure au sein virginal de celle qui, dans la grotte, vous enfantera sans douleur, revêtu de notre chair.

Monts et collines, vallées et plaines, peuples et tribus, nations de la terre et tout ce qui respire, poussez des cris de victoire : voici venir la plénitude de joie divine, la Rédemption de tous approche, le Verbe de Dieu qui ne connaît point de temps, soumis au temps par sa miséricorde.

Elle approche, la vigne céleste sur laquelle a mûri la grappe incorruptible ; elle vient enfanter le vin d’allégresse qui, comme une vive source, étanchera notre soif, à nous qui lui chanterons : Vous êtes béni, ô notre Dieu !

Le vase de divins parfums qui renferme le parfum d’excellence, s’avance pour répandre en la grotte de Bethlé­hem celui qui remplit de sa mystique odeur ceux qui lui chantent : Vous êtes béni, ô le Dieu de nos pères !

Marie, vous êtes semblable à l’instrument que vit autrefois Isaïe entre les mains de l’ange : comme lui vous portez en vous le divin charbon, le Christ qui consume toute matière de péché et illumine les âmes des fidèles.

Les chants des prophètes ont cessé : car Celui qu’ils ont annoncé devoir venir en la plénitude des temps, va paraître ; il est présent, ayant pris un corps dans la chaste Vierge : allons le recevoir avec des cœurs purs.

Prière du missel mozarabe
(Au second dimanche de l’avent)

Seigneur, la terre est dans la joie, et tressaille de plaisir ; car le Verbe fait chair habite dans le sein de la Vierge sacrée. À son avènement, la terre entière est affranchie de la captivité, après avoir été si longtemps captive dans une noire prison, par suite de la transgression d’Adam. Que maintenant la mer s’ébranle et tous les êtres qu’elle renferme ; que les monta­gnes bondissent ; que les arbres des forêts soient dans la jubilation ; car Dieu, se faisant homme, daigne venir du ciel en ce monde, en passant par le sein de la bienheureuse Vierge Marie. Nous vous supplions donc, ô Dieu tout-puissant ! d’affranchir des liens du péché la fragilité de notre chair et de recevoir avec miséricorde votre famille ici présente qui vient à vous.

 

Le jeudi de la deuxième semaine de l’avent

Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 19

Prophétie contre l’Égypte. Voici que le Seigneur montera sur un nuage léger, et il entrera dans l’Égypte, et devant sa face les idoles de l’Égypte seront ébranlées, et le cœur de l’Égypte se desséchera au milieu d’elle ; et je ferai que les Égyptiens s’élèveront contre les Égyptiens, et le frère combattra contre le frère, l’ami contre l’ami, la cité contre la cité, le royaume contre le royaume.

Cette Égypte que le Seigneur vient visiter, dont il va renverser les idoles et bouleverser l’empire, est la Cité de Satan qui doit crouler et faire place à la Cité de Dieu. Admirons l’entrée pacifi­que du triomphateur ; c’est sur un nuage, et sur un nuage léger, qu’il monte en guise de char. Que de mystères en peu de mots ! « Il y a trois nuages, dit Pierre de Blois dans son 2e Sermon de l’Avent : l’obscurité des Prophéties, la profondeur des divins Conseils, la merveilleuse fécondité de la Vierge. » En effet, il est de l’essence de toute Prophétie d’être enveloppée d’une certaine obscurité, afin que la liberté des hommes demeure intacte ; mais le Seigneur arrive sous le nuage, et le jour de l’accomplissement révèle toutes choses. Ainsi en fut-il du premier Avènement ; ainsi en sera-t-il du second. Les desseins de Dieu ne se rendant visibles pour l’ordinaire que dans les causes secondes, il arrive presque tou­jours, et il arriva en particulier dans le grand événement de l’Incarnation, que l’extrême simplicité des moyens employés par la Sagesse divine trompa la prévoyance des hommes. Ils auraient cru volontiers que, pour rétablir le monde tombé, il serait besoin d’un déploiement de puissance égal au moins à celui de la pre­mière création ; et on leur dit simplement : Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. Ô toute-puissance de Dieu, que vous reluisez admirablement à travers ce nuage ! que vous êtes forte dans cette apparente faiblesse ! Mais le troisième nuage est la Vierge Marie ; nuage léger ; « car, dit saint Jérôme, ni la concupiscence, ni le fardeau du mariage terrestre, ne l’appesantissent » ; nuage fécond en rosée rafraîchis­sante, puisqu’il contient le Juste qui doit pleuvoir sur nous pour éteindre nos ardeurs sensuelles et fertiliser le champ de notre vie. Qu’il est doux l’éclat de la majesté de notre divin Roi, quand nous le contemplons à travers le nuage de Marie ! Ô Vierge incompara­ble ! toute l’Église vous reconnaît dans ce nuage mystérieux que, des sommets du Carmel, le prophète Élie aperçut s’élevant de la mer, petit d’abord comme le pas d’un homme, mais bientôt montant à l’horizon, et envoyant sur la terre une pluie si abon­dante, qu’elle suffit à désaltérer tout Israël. Donnez-nous bientôt cette rosée divine qui est en vous ; nos péchés ont rendu le ciel d’airain sur notre tête : vous seule êtes juste et pure, ô Marie ! Priez le Seigneur, dont vous êtes le Trône miséricordieux, de venir bientôt terrasser nos ennemis et nous apporter la paix.

Hymne de l’avent
(Bréviaire mozarabe, au 1er dimanche de l’avent)

Le tout-puissant Roi de toutes choses venant sauver le monde, a pris un corps formé à notre ressemblance.

Celui qui règne avec le Très-Haut entre au sein d’une Vierge, pour naître dans la chair et briser les liens de la mort.

Les nations étaient dans les ténèbres ; elles verront l’éclat de la lumière, quand le Sauveur sera venu racheter ceux qu’il a créés.

Celui que les prophètes ont chanté dans leurs oracles sur l’avenir, le voici qui vient entouré de gloire : c’est pour guérir nos plaies.

Réjouissons-nous maintenant dans le Seigneur, réjouissons-nous ensemble dans le Fils de Dieu, nous préparant à le rece­voir, dans la gloire de son Avènement. Amen.

Prière du bréviaire ambrosien
(Au 6e dimanche de l’avent, préface)

C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire de vous rendre grâces, Seigneur Dieu tout-puissant, et de joindre à l’invocation de votre force la mémoire solennelle de la bien­heureuse Vierge Marie ; c’est elle dont les entrailles ont pro­duit ce Fruit qui a daigné nous rassasier du Pain des anges. Ève avait dévoré un fruit dans sa désobéissance ; Marie nous a rendu un Fruit de salut. Bien différente est l’œuvre du serpent de celle de la Vierge. L’un a versé les poisons qui nous ont mis en péril ; de l’autre sont sortis les mystères du Sauveur. D’un côté a paru l’iniquité du tenta­teur ; de l’autre, la Majesté du Rédempteur est venue au secours. Rédemp­teur, il est né, et il a connu la mort ; Créa­teur, il est ressus­cité ; et par lui l’humaine nature a vu cesser son esclavage et a recouvré sa liberté, retrouvant dans le Christ, son créateur, ce qu’elle avait perdu en Adam, son premier père.

 

Le vendredi de la deuxième semaine de l’avent

Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 24

Voici que le Seigneur rendra déserte la terre : il la dépouil­lera, il en désolera la face, et il en dispersera les habitants. Et alors le prêtre sera comme le peuple ; le seigneur comme l’esclave ; la maîtresse comme la servante ; celui qui vend comme celui qui achète ; celui qui prête comme celui qui em­prunte ; celui qui redemande ce qu’il a prêté comme le débi­teur. La terre sera bouleversée et livrée au pillage ; car c’est le Seigneur qui a parlé. La terre a pleuré, elle s’est fondue, elle est tombée en défaillance. L’univers s’est dissous ; la gran­deur des peuples est tombée en décadence. Et la terre a été infectée par ses habitants : car ils ont transgressé les lois, changé le droit, rompu l’alliance éternelle. À cause de cela, la malédiction dévorera la terre ; ceux qui l’habitent s’abandonneront au péché ; ceux qui la cultivent seront insensés ; et il n’y demeurera qu’un petit nombre d’hommes. Le vin a pleuré, la vigne a langui ; ils ont gémi, tous ceux qui avaient la joie dans le cœur. L’allégresse des tambours a cessé, le bruit des réjouissances s’est reposé, la douceur de la harpe s’est tue. Ils ne boivent plus de vin en chantant : amer sera le breuvage à ceux qui le boivent : la cité du faste a été brisée : toutes ses maisons sont fermées : et personne n’y entre plus. Il y aura un cri dans les rues, parce qu’il n’y a plus de vin : tout divertissement est abandonné ; la joie est bannie de la terre. La solitude est dans la ville, et la calamité en a brisé les portes. Et voilà ce qui restera au milieu de la terre, au milieu des peuples : il y aura comme quelques olives qui demeurent sur l’olivier, après qu’on l’a secoué, et encore, comme quelques grappes, après que la vendange est finie. Ceux-là élèveront leurs voix et ils chanteront des cantiques de louanges ; ils jetteront de grands cris de dessus la mer, quand le Seigneur aura été glorifié. C’est pourquoi, glorifiez le Sei­gneur selon la science : célébrez le Nom du Seigneur Dieu d’Israël dans les îles de la mer. Nous avons entendu des ex­trémités de la terre des louanges : elles célébraient la gloire du Juste.

Ainsi était désolée la terre au jour où le Messie la vint délivrer et sauver. Les vérités étaient si fort diminuées chez les enfants des hommes, que le genre humain penchait à sa ruine. La connais­sance du vrai Dieu allait s’obscurcissant de plus en plus ; l’idolâtrie embrassait toute la création dans les objets de son culte adultère ; une morale hideuse était la conséquence d’une si gros­sière religion ; l’homme était sans cesse armé contre l’homme ; et l’ordre social n’avait d’autres garanties que l’esclavage et l’extermination. Au milieu de tant de peuples, on avait peine à trouver quelques hommes qui cherchassent Dieu ; ils étaient rares sur la terre, comme les olives oubliées sur l’arbre après la récolte, comme les grappes que le vendangeur néglige sur le cep ; tels furent, dans le Judaïsme, ces vrais Israélites que le Sauveur prit pour disciples, et tels, dans la Gentilité, les Mages qui vinrent d’Orient demander le Roi nouveau-né, et plus tard Corneille le Centurion que l’ange du Seigneur envoya vers saint Pierre. Mais avec quelle fidélité et quelle joie ils reconnurent le Dieu incarné ! Quels cris d’allégresse ils firent éclater, quand ils connurent qu’ils avaient été réservés pour voir de leurs yeux le Sauveur promis !

Or, tout ceci se renouvellera à l’approche des jours où le Messie devra reparaître. La terre sera désolée de nouveau, la race hu­maine sera dans l’abaissement. Les hommes corrompront encore leurs voies, et avec une malice d’autant plus grande, que le Verbe de vie aura lui à leurs yeux. Cependant, une grande tris­tesse, une impuissance de vivre saisira les nations ; elles se senti­ront vieillir avec la terre qui les porte ; et il ne leur viendra pas en pensée que les destinées du monde touchent à leur fin. Il y aura de grands scandales : les Étoiles du ciel, c’est-à-dire plusieurs de ceux qui étaient Docteurs en Israël, feront défaut, et leur lumière se chan­gera en ténèbres. Il y aura des jours d’épreuve, et la foi dimi­nuera ; en sorte qu’au moment où le Fils de l’homme para­îtra, il aura peine à en trouver encore sur la terre. Gardez-nous, Seigneur, de voir ces jours de tentation, ou fortifiez dans nos cœurs la docilité envers votre sainte Église, qui sera le seul fanal de vos fidèles au milieu d’une si éclatante défection. Donnez-nous, ô Sauveur ! d’être du nombre de ces olives choisies, de ces grappes de prédilection par lesquelles vous compléterez l’heureuse récolte qui doit remplir vos celliers durant l’éternité. Gardez en nous le dépôt de la foi que vous y avez placé ; que le contact des nouveautés ne l’altère point ; que notre œil soit tou­jours fixé vers cet Orient que nous indique la sainte Église, et où vous paraîtrez tout d’un coup avec gloire. À l’aspect de votre triomphe, nous pousserons des cris d’allégresse, et bientôt, sem­blables à des aigles qui se rassemblent autour d’une proie, nous volerons au-devant de vous à travers les airs, comme parle votre Apôtre ; et nous serons toujours avec vous[2]. C’est alors qu’on entendra retentir la gloire du Juste jusqu’aux extrémités de cette terre qu’il vous plaira de conserver, jusqu’à ce que les arrêts de votre miséricorde et ceux de votre justice aient reçu leur pleine exécution. Ô Jésus ! sauvez l’œuvre de vos mains, et soyez-nous propice en ce grand jour.

Hymne de l’avent
(Bréviaire mozarabe, en la 2e semaine de l’avent)

Fils unique du Père, vous descendez à nous par la Vierge, pour nous bénir de la rosée baptismale, et nous régénérer tous par la foi.

Parti des hauteurs du ciel, un Dieu a pris la forme d’un homme, pour retourner ensuite, vainqueur de la mort, en nous laissant les joies d’une vie nouvelle.

C’est pourquoi nous vous prions, ô Rédempteur ! Descendez dans votre miséricorde, et répandez en nos cœurs les clartés de la lumière déifiante.

Gloire soit à Dieu le Père, à son Fils unique, et à l’Esprit consolateur, dans les siècles éternels.

Amen.

Prière du missel gallican
(In Adventu Domini, Collecta)

Dieu tout-puissant, daignez faire que nos âmes soient enflammées de votre Esprit, suivant le désir qu’elles en ont ; afin que, rassasiés du don céleste, nous puissions, comme des lampes brillantes, luire en présence de Jésus-Christ votre Fils, qui va bientôt paraître.

 

Le samedi de la deuxième semaine de l’avent

Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 25

Seigneur, vous êtes mon Dieu : je vous exalterai et je confes­serai votre Nom ; parce que vous avez fait des choses mer­veilleuses, et rempli avec fidélité vos antiques desseins. Amen. Car vous avez réduit toute une ville en un tombeau ; cette ville si forte n’est plus qu’une ruine, la demeure des étrangers ; elle ne sera plus ville, et on ne la rebâtira jamais. C’est pourquoi un peuple puissant vous louera ; la cité des nations robustes vous craindra : car vous êtes devenu la force de l’indigent dans sa tribulation, l’espoir dans la tempête, l’ombrage contre la chaleur. Et le Seigneur des armées fera à tous les peuples, sur cette montagne, un festin de viandes délicieuses, un festin de vins exquis, de viandes pleines de suc et de moelle, d’un vin pur sans aucune lie. Et il brisera sur cette montagne la chaîne qui était serrée sur tous les peuples, et la toile que l’ennemi avait ourdie sur toutes les nations. Il précipitera la mort à jamais ; et le Seigneur Dieu séchera les larmes de tous les yeux, et il effacera l’opprobre de son peu­ple de dessus la terre : car c’est le Seigneur qui a parlé. Et son peuple dira en ce jour-là : C’est là vraiment celui qui est notre Dieu ; nous l’avons attendu, et il nous sauvera : il est le Seigneur ; nous avons supporté ses délais ; nous tressaille­rons et nous nous réjouirons dans le Salut qu’il vient opérer.

Encore un peu de temps, et le triomphateur de la mort va para­ître, et nous dirons, dans la joie de notre cœur : C’est là notre Dieu ; nous l’avons attendu, et il nous sauvera ; nous avons sup­porté ses délais, et nous nous réjouirons maintenant dans le Salut qu’il vient opérer. Préparons donc la voie du Seigneur, pour le recevoir dignement ; et dans cette œuvre de préparation, aidons-nous du secours de Marie. Ce jour du samedi lui est consacré ; elle nous y accordera d’autant plus volontiers sa faveur. Considérons-la pleine de grâce, portant en elle celui que nous désirons aussi porter en nous. Si nous lui demandons par quel moyen elle a pu se rendre digne d’une si haute distinction, elle nous dira qu’en elle a été simplement accomplie la Prophétie que l’Église redit plusieurs fois au temps de l’Avent : Toute vallée sera remplie. L’humble Marie a été la vallée bénie du Seigneur ; vallée fraîche et fertile, en laquelle Dieu a semé le divin froment, Jésus notre Sauveur : car il est écrit dans le Psaume que les vallées seront abondantes en froment[3]. O Marie ! c’est par votre humi­lité que vous avez attiré les regards de votre Créateur. Si, du haut du ciel où il habite, il eût aperçu une vierge plus humble dans son amour, il l’eût choisie de préférence à vous : mais vous avez ravi son cœur, ô divine vallée toujours verdoyante et émaillée de la fleur des vertus ! Que ferons-nous, pécheurs, collines altières ? Il nous faut nous abaisser, par amour et par reconnaissance, devant le Dieu qui s’abaisse lui-même. Marie, obtenez-nous cette grâce. Faites que nous disions désormais à toutes les volontés du Sei­gneur notre Dieu ce que vous avez dit vous-même : Nous sommes les serviteurs du Seigneur ; qu’il nous soit fait selon son bon plaisir.

Prose en l’honneur de la Sainte Vierge

(Tirée du missel de Cluny de 1523)

Gabriel, envoyé des cieux, fidèle messager de la parole, converse en un saint langage avec la Vierge bienheureuse.

Sa parole bonne et suave se répand en la sainte demeure : et le nom d’Eva, se changeant sur ses lèvres, devient Ave, Salut !

Donc, selon le pacte nouveau, voici que le Verbe se fait chair ; mais toujours demeure intact le sein pudique de la Vierge.

Celle qui enfante n’a point vu le père ; et sans que l’homme l’ait ternie, sans souffrance et sans labeur, elle met au jour un fils.

Écoute : c’est un signe nouveau ; crois seulement, et c’est assez ; il n’est pas de notre faiblesse de percer un si profond mystère.

C’est un signe grand et sublime ; c’est le prodige du buisson enflammé ; que nul indigne n’en approche sans déposer sa chaussure.

C’est la verge stérile, qui, sans rosée, d’une façon nouvelle et inouïe, a produit le fruit avec la fleur. Ainsi enfanta la Vierge.

Béni est un fruit si doux ; fruit de joie et non de deuil ; non, Adam ne sera pas séduit, s’il ose le porter à sa bouche.

Notre Jésus, le bon Jésus, pieux fardeau d’une Mère si ten­dre, Jésus, qui dans le ciel a son trône, va naître dans une étable.

C’est pour nous qu’il prendra naissance ; qu’il daigne effacer nos péchés ; car notre pèlerinage s’écoule parmi les périls.

Amen.

Prière du bréviaire mozarabe

(Au vendredi de la troisième semaine de l’avent)

Qui pourra, ô Fils de Dieu, scruter vos voies ? dire les sentiers par lesquels vous êtes entré dans la Vierge de laquelle vous devez naître, et ceux par lesquels vous remonterez au ciel ? Mais parce que vous seul connaissez toutes choses, vous dont le Nom demeure au-dessus des bornes de l’univers : donnez-nous de toujours concevoir et dire à votre sujet des choses exemptes d’erreur ; afin que vous qui descendez des sommets de votre force, pour secourir ce qu’il y a de plus humble, vous nous rendiez dignes de vos bienfaits. Amen.

[1]     s. Luc 12,20.

[2]     1 Thess. 4, 16.

[3]     74, 14.

Avent
2e dimanche

Dom Guéranger ~ L’Année liturgique

Le deuxième dimanche de l’avent

L’office de ce dimanche est rempli tout entier des sentiments d’espérance et de joie que donne à l’âme fidèle l’heureuse nou­velle de la prochaine arrivée de celui qui est son Sauveur et son Époux. L’avènement intérieur, celui qui s’opère dans les âmes, est l’objet presque exclusif des prières de l’Église en ce jour : ouvrons donc nos cœurs, préparons nos lampes, et atten­dons dans l’allégresse ce cri qui se fera entendre au milieu de la nuit : Gloire à Dieu ! Paix aux hommes !

L’Église romaine fait en ce jour la station en la basilique de Sainte-Croix-en-Jérusalem. C’est dans cette vénérable Église que Constantin déposa une portion considérable de la vraie Croix, avec le titre qui y fut attaché par ordre de Pilate, et qui proclamait la royauté du Sauveur des hommes. On y garde encore ces pré­cieuses reliques ; et, enrichie d’un si glorieux dépôt, la basilique de Sainte-Croix-en-Jérusalem est considérée, dans la liturgie romaine, comme Jérusalem elle-même ; ainsi qu’on peut le voir aux allusions que présentent les diverses messes des stations qu’on y célèbre. Dans le langage des saintes Écritures et de l’Église, Jérusalem est le type de l’âme fidèle ; telle est aussi la pensée fondamentale qui a présidé à la composition de l’office et de la messe de ce dimanche. Nous regrettons de ne pouvoir déve­lopper ici tout ce magnifique ensemble, et nous nous hâtons d’ouvrir le prophète Isaïe, et d’y lire, avec l’Église, le passage où elle puise aujourd’hui le motif de ses espérances dans le règne doux et pacifique du Messie. Mais adorons d’abord ce divin Messie.

Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 11

Et il sortira un rejeton de la tige de Jessé, et une fleur naîtra de ses racines. Et l’Esprit du Seigneur se reposera sur lui, l’Esprit de sagesse et d’intelligence, l’Esprit de conseil et de force, l’Esprit de science et de piété : et l’Esprit de la crainte du Seigneur le remplira. Il ne jugera point sur le rapport des yeux, et il ne condamnera point sur un ouï-dire : mais il jugera les pauvres dans la justice, et se déclarera le juste ven­geur des humbles de la terre. Il frappera la terre par la verge de sa bouche, et il tuera l’impie par le souffle de ses lèvres. Et la justice sera la ceinture de ses reins, et la fidélité son bau­drier. Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera auprès du chevreau ; le veau, le lion et la brebis demeureront ensemble ; et un petit enfant les mènera. La génisse et l’ours paîtront de compagnie ; leurs petits dormiront ensemble ; et le lion mangera la paille comme le bœuf. L’enfant à la mamelle se jouera sur le trou de l’aspic, et l’enfant nouvelle­ment sevré mettra sa main dans la caverne du basilic. Ces bêtes ne nuiront point, elles ne tueront point sur toute ma montagne sainte : car la terre est remplie de la connaissance du Seigneur, comme les eaux couvrent la mer. En ce jour-là, le rejeton de Jessé sera arboré devant les peuples comme un étendard : les nations lui offriront leurs prières, et son sépul­cre sera glorieux.

Que de choses dans ces magnifiques paroles du prophète ! La branche ; la fleur qui en sort ; l’Esprit qui se repose sur cette fleur ; les sept dons de cet Esprit ; la paix et la sécurité rétablies sur la terre ; une fraternité universelle dans l’empire du Messie. Saint Jérôme, dont l’Église emprunte aujourd’hui les paroles dans les leçons du second nocturne, nous dit « que cette branche sans aucun nœud qui sort de la tige de Jessé, est la Vierge Marie, et que la fleur est le Sauveur lui-même, qui a dit dans le Cantique : Je suis la fleur des champs et le lis des vallons ». Tous les siècles chrétiens ont célébré avec transport et la branche merveilleuse, et sa divine fleur. Au moyen âge, l’arbre de Jessé couvrait de ses prophétiques rameaux le portail des Cathédrales, étincelait sur leurs vitraux, s’épandait en broderie sur les tapisseries du sanc­tuaire ; et la voix mélodieuse des prêtres chantait le doux répons composé par Fulbert de Chartres et mis en chant grégorien par le pieux roi Robert :

R/. La tige de Jessé a produit une branche, et la branche une fleur ; * Et sur cette fleur l’Esprit divin s’est reposé. V/. La Vierge Mère de Dieu est la branche, et son fils est la fleur ; * Et sur cette fleur l’Esprit divin s’est reposé.

Et le dévot saint Bernard, commentant ce répons dans sa deuxième homélie sur l’avent, disait : « Le Fils de la Vierge est la fleur, fleur blanche et pourprée, choisie entre mille ; fleur dont la vue réjouit les anges, et dont l’odeur rend la vie aux morts ; Fleur des champs, comme elle le dit elle-même, et non fleur des jardins ; car la fleur des champs pousse d’elle-même sans le secours de l’homme, sans les procédés de l’agriculture. Ainsi le chaste sein de la Vierge, comme un champ d’une verdure éter­nelle, a produit cette divine fleur dont la beauté ne se corrompt pas, dont l’éclat ne se fanera jamais. Ô Vierge ! branche sublime, à quelle hauteur ne montez-vous pas ? Vous arrivez jusqu’à celui qui est assis sur le trône, jusqu’au Seigneur de majesté. Et je ne m’en étonne pas ; car vous jetez profondément en terre les racines de l’humilité. Ô plante céleste, la plus précieuse de toutes et la plus sainte ! Ô vrai arbre de vie, qui seule avez été digne de porter le fruit du salut ! »

Parlerons-nous de l’Esprit-Saint et de ses dons, qui ne se répan­dent sur le Messie qu’afin de descendre ensuite sur nous, qui seuls avons besoin de Sagesse et d’Intelligence, de Conseil et de Force, de Science, de Piété et de Crainte de Dieu ? Implorons avec instances ce divin Esprit par l’opération duquel Jésus a été conçu et formé au sein de Marie, et demandons-lui de le former aussi dans notre cœur. Mais réjouissons-nous encore sur les admirables récits que nous fait le prophète, de la félicité, de la concorde, de la douceur qui règnent sur la Montagne sainte. Depuis tant de siècles le monde attendait la paix : elle vient enfin. Le péché avait tout divisé ; la grâce va tout réunir. Un tendre enfant sera le gage de l’alliance universelle. Les prophètes l’ont annoncé, la sibylle l’a déclaré, et dans Rome même encore ensevelie sous les ombres du paganisme, le prince des poètes latins, écho des traditions anti­ques, a entonné le chant fameux dans lequel il dit : « Le dernier âge, l’âge prédit par la sibylle de Cumes va s’ouvrir ; une nouvelle race d’hommes descend du ciel. Les troupeaux n’auront plus à craindre la fureur des lions. Le serpent périra ; et l’herbe trom­peuse qui donne le poison sera anéantie. »

Venez donc, ô Messie, rétablir l’harmonie primitive ; mais dai­gnez vous souvenir que c’est surtout dans le cœur de l’homme que cette harmonie a été brisée ; venez guérir ce cœur, posséder cette Jéru­salem, indigne objet de votre prédilection. Assez longtemps elle a été captive en Babylone ; ramenez-la de la terre étrangère. Rebâ­tissez son temple ; et que la gloire de ce second temple soit plus grande que celle du premier, par l’honneur que vous lui ferez de l’habiter, non plus en figure, mais en personne. L’Ange l’a dit à Marie : Le Seigneur Dieu donnera à votre fils le trône de David son père ; et il régnera dans la maison de Jacob à jamais, et son règne n’aura point de fin. Que pouvons-nous faire, ô Jésus ! si ce n’est de dire, comme Jean le bien-aimé, à la fin de sa Prophétie : Amen ! Ainsi soit-il ! Venez, Seigneur Jésus !

À la messe

La solennité du sacrifice s’ouvre par un chant de triomphe qui s’adresse à Jérusalem. Ce chant exprime la joie qui saisira le cœur de l’homme, quand il aura entendu la voix de son Dieu. Il célèbre la bonté de ce divin Pasteur, pour lequel chacune de nos âmes est une brebis chérie, qu’il est prêt à nourrir de sa propre chair.

Introït

Peuple de Sion, voici le Seigneur qui vient pour sauver les nations ; et le Seigneur fera entendre sa voix pleine de ma­jesté, et votre cœur sera dans la joie.

Ps. Écoutez-nous, ô vous qui gouvernez Israël, qui conduisez Joseph comme une brebis ! V/. Gloire au Père, etc.

Dans la collecte, le prêtre insiste sur la pureté que nos cœurs doivent avoir pour l’avènement du Sauveur.

Prions

Seigneur, réveillez nos cœurs, afin qu’ils préparent la voie de votre Fils unique, et que nous méritions de vous servir avec des âmes purifiées, au moyen de l’avènement de Celui qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.

Épître
Lecture de l’Épître de saint Paul, Apôtre, aux Romains. Chap. 15

Mes Frères, tout ce qui a été écrit, est écrit pour notre ins­truction, afin que nous concevions une espérance ferme par la patience et la consolation que les Écritures nous donnent. Que le Dieu de patience et de consolation vous fasse la grâce d’être toujours unis de sentiment et d’affection les uns avec les autres, selon l’esprit de Jésus-Christ. C’est pourquoi unis­sez-vous les uns avec les autres, pour vous soutenir mutuel­lement, comme Jésus-Christ vous a unis avec lui pour la gloire de Dieu. Car je vous déclare que Jésus-Christ a été le dispensateur et le ministre de l’évangile à l’égard des Juifs circoncis ; afin que Dieu fût reconnu pour véritable, par l’accomplissement des promesses qu’il avait faites à leurs pères. Et quant aux Gentils, ils n’ont qu’à glorifier Dieu de sa miséricorde, selon qu’il est écrit : C’est pour cette raison, Seigneur, que je publierai vos louanges parmi les Gentils, et que je chanterai des cantiques à la gloire de votre Nom. Il est encore écrit : Réjouissez-vous, Gentils, avec son peuple. Et ailleurs : Gentils, louez tous le Seigneur : peuples, glorifiez-le tous. Isaïe a dit aussi : Il sortira de la tige de Jessé un rejeton qui s’élèvera pour commander aux Gentils ; et les Gentils espéreront en lui. Que le Dieu d’espérance vous comble de paix et de joie dans votre loi, afin que votre espérance croisse toujours de plus en plus par la vertu et la puissance du Saint-Esprit.

Ayez donc patience, Chrétiens ; croissez dans l’espérance ; et vous goûterez le Dieu de paix qui va venir en vous. Mais soyez unis de cœur les uns aux autres ; car c’est la marque des enfants de Dieu. Le prophète nous annonce que le Messie fera habiter ensemble le loup et l’agneau ; et voici que l’Apôtre nous le montre réunissant dans une même famille le Juif et le Gentil. Gloire à ce souverain Roi, puissant rejeton de la tige de Jessé, et qui nous commande d’espérer en lui ! Voici que l’Église nous avertit encore qu’il va paraître en Jérusalem :

Graduel

C’est de Sion que va briller l’éclat de sa beauté : il va paraître au grand jour, notre Dieu. V/. Rassemblez autour de lui ses saints, tous ceux qui ont contracté avec lui une alliance scel­lée par le sacrifice. Alleluia, alleluia. V/. Je me suis réjoui dans cette parole qui m’a été dite : Nous irons dans la maison du Seigneur. Alleluia.

Évangile
Suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. 11

En ce temps-là, Jean, ayant appris dans la prison les œuvres merveilleuses de Jésus-Christ, lui fit dire par deux de ses dis­ciples, qu’il lui envoya : Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? Jésus leur répondit : Allez dire à Jean ce que vous avez entendu et ce que vous avez vu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lé­preux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressusci­tent, l’évangile est annoncé aux pauvres ; et heureux celui qui ne prendra pas de moi un sujet de scandale ! Comme ils s’en retournaient, Jésus se mit à parler de Jean, et dit au peuple : Qu’êtes-vous allés voir dans le désert ? Un roseau agité par le vent ? Mais encore qu’êtes-vous allés voir ? un homme vêtu mollement ? Vous savez que ceux qui sont vêtus mollement sont dans les maisons des rois. Qu’êtes-vous donc allés voir ? Un prophète. Je vous le dis, et plus qu’un prophète. Car c’est de lui qu’il a été écrit : J’envoie devant vous mon ange, qui vous préparera la voie.

C’est bien vous, Seigneur, qui deviez venir, et nous ne devons pas en attendre un autre. Nous étions aveugles, vous nous avez éclai­rés ; notre marche était chancelante, vous l’avez raffermie ; la lèpre du péché nous couvrait, vous nous avez guéris ; nous étions sourds à votre voix, vous nous avez rendu l’ouïe ; nous étions morts par nos iniquités, vous nous avez tirés du tombeau ; enfin, nous étions pauvres et délaissés, vous êtes venu nous consoler. Tels ont été, tels seront les fruits de votre visite dans nos âmes, ô Jésus ! visite silencieuse, mais puissante ; dont la chair et le sang n’ont point le secret, mais qui s’accomplit dans un cœur touché. Venez ainsi en moi, ô Sauveur ! Votre abaissement, votre familia­rité ne me scandaliseront pas ; car vos œuvres dans les âmes disent assez que vous êtes un Dieu. C’est parce que vous les avez créées que vous pouvez les guérir.

Après le chant du symbole de la foi, quand le prêtre procède à l’oblation du Pain et du Vin, unissez-vous à l’Église qui demande d’être vivifiée par l’Hôte divin qu’elle attend.

Offertoire

Ô Dieu, vous vous tournerez vers nous, et vous nous rendrez la vie ; et votre peuple se réjouira en vous. Montrez-nous, Seigneur, votre miséricorde, et donnez-nous le salut dont vous êtes la source.

Secrète

Laissez-vous apaiser, Seigneur, par les prières de notre humilité et par les hosties que nous vous offrons ; et si nous n’avons aucun mérite de notre part, assistez-nous du moins de votre secours. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

Pendant la Communion, la voix de l’Église fait retentir encore la félicité de Jérusalem. Son Dieu vient à elle, et il veut la traiter en épouse : qu’elle se prépare donc à l’honneur de cette visite, en s’élevant au-dessus de tout ce qui est inférieur à cet Époux divin qui daigne descendre pour elle.

Communion

Lève-toi, Jérusalem, et monte sur un lieu élevé : et considère les délices que ton Dieu versera en toi.

L’Église, dans l’oraison suivante, explique en quoi consiste cette élévation que Jérusalem doit chercher : aimer les choses du ciel d’où vient le Sauveur, mépriser celles de la terre dont l’amour sépare de Dieu.

Postcommunion

Rassasiés de la nourriture spirituelle, nous vous supplions, Seigneur, de nous apprendre, par la participation de ce Mys­tère, à mépriser les choses de la terre et à aimer celles du ciel. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

À vêpres

1 Ant. Voici que le Seigneur viendra sur les nuées du ciel avec une grande puissance. Alleluia.

  1. Ant. Sion est notre ville forte ; le Sauveur en sera la mu­raille et le rempart : ouvrez-en la porte ; car Dieu est avec nous. Alleluia.
  2. Ant. Le Seigneur apparaîtra, et il ne trompera pas notre attente : s’il tarde, attendons encore, car il viendra et ne diffé­rera plus. Alleluia.
  3. Ant. Les montagnes et les collines chanteront devant Dieu le cantique de louanges : tous les arbres des forêts applaudi­ront ; car le Dominateur, le Seigneur, viendra pour régner à jamais. Alleluia, alleluia.
  4. Ant. Voici que le Seigneur notre Dieu viendra dans sa puis­sance, et il éclairera les yeux de ses serviteurs. Alleluia.

Capitule

Mes Frères, tout ce qui est écrit a été écrit pour notre ins­truction, afin que nous concevions une espérance ferme par la patience et la consolation que les Écritures nous donnent.

Antienne de Magnificat

Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? Dites à Jean ce que vous avez vu : les aveugles voient, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés. Alleluia.

Prions

Seigneur, réveillez nos cœurs, afin qu’ils préparent la voie de votre Fils unique, et que nous méritions de vous servir avec des âmes purifiées, au moyen de l’avènement de Celui qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen

Avent
1ère semaine

Dom Guéranger ~ L’Année liturgique
1ère semaine de l’avent

Le lundi de la première semaine de l’avent

Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 1

Lavez-vous, purifiez-vous ; ôtez de devant mes yeux la mali­gnité de vos pensées ; cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien ; recherchez ce qui est juste ; secourez l’opprimé ; faites justice à l’orphelin, défendez la veuve ; et, après cela, venez et plaignez-vous de moi, dit le Seigneur. Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige ; et quand ils seraient rouges comme le ver­millon, ils seront blancs comme la laine la plus pure.

Le Seigneur qui va bientôt descendre pour nous sauver, nous avertit non seulement de nous disposer à paraître devant lui, mais de purifier nos âmes. « Il est bien juste, dit saint Bernard en son 6e sermon de l’avent, que l’âme, qui était tombée la première, soit aussi rétablie la première. Différons donc le soin du corps jusqu’au jour où Jésus-Christ viendra pour le réformer par la résurrection ; car, dans le premier avènement, le Précurseur nous dit : Voici l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. Il ne dit pas les maladies du corps, ni les misères de la chair ; mais les péchés, qui sont la maladie de l’âme et la corruption de l’esprit. Ô corps ! garde-toi donc d’anticiper les temps. Tu peux empêcher le salut de l’âme ; mais tu es impuissant pour le tien propre. Souffre donc que l’âme travaille pour elle, et tâche toi-même de travailler avec elle ; parce que, si tu as part à ses souffrances, tu participeras à sa gloire. Autant tu suspends sa réparation, autant tu retardes la tienne ; et tu ne seras jamais régénéré que Dieu ne voie aupara­vant son image réformée dans l’âme. » Purifions-nous donc, chrétiens : faisons les œuvres de l’esprit, et non plus celles de la chair. La promesse du Seigneur est formelle : il fera succéder la blancheur la plus éclatante aux trop vives couleurs de nos iniqui­tés. Il ne nous demande pour cela qu’une seule chose : c’est que nous consentions à suspendre le cours de nos péchés. Cessez de faire le mal, dit-il, et après cela, venez et plaignez-vous de moi. Ô Sauveur ! dès l’entrée de cette sainte carrière, nous voulons pro­fiter de vos avances. Nous voulons rentrer en paix avec vous, soumettre la chair à l’esprit, réparer nos injustices à l’égard de nos frères, faire succéder les soupirs de notre componction à la voix de nos péchés, qui depuis trop longtemps fatigue vos oreilles.

Autres liturgies

Prose pour le temps de l’avent
(11e siècle, anciens missels romains-français)

Salut à jamais durable, inépuisable vie du monde ;

Lumière qui ne s’éteint pas, ô Rédempteur vraiment à nous !

Ému de compassion, à la vue des générations qui mouraient aux pieds des idoles du tentateur,

Sans quitter les hauteurs du ciel, vous descendîtes aux profondeurs où vous attirait votre clémence.

Puis, par l’élan de votre amour prenant l’humanité,

Vous avez, sur la terre, sauvé tout ce qui était perdu,

Apportant la joie au monde.

Ô Christ ! venez purifier et nos corps et nos âmes.

Faites-en, pour y habiter, vos pures et lumineuses demeures.

Au premier Avent, justifiez-nous ;

Au second, délivrez-nous ;

Afin qu’au jour de grande lumière, où vous jugerez l’univers,

Ornés de la robe immaculée, nous marchions sur vos traces, partout où s’imprimeront vos pas. Amen.

Prière du bréviaire ambrosien
(2e dimanche de l’avent)

Dieu tout-puissant, daignez accorder à toute votre famille le désir d’aller par les bonnes œuvres au-devant de Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur ; afin que, assis à sa droite, nous méritions de posséder le royaume des cieux. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

Le mardi de la première semaine de l’avent

Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 2

Vision d’Isaïe, fils d’Amos, sur Juda et Jérusalem. Et dans les derniers jours, sur le sommet des monts, sera fondée la Montagne de la maison du Seigneur ; et elle s’élèvera au-dessus de toutes les collines, et toutes les nations y accour­ront en foule. Et les peuples iront en grand nombre, et ils diront : Venez, et montons à la Montagne du Seigneur et à la maison du Dieu de Jacob, et il nous enseignera ses voies : et nous marcherons dans ses sentiers, car la loi sortira de Sion, et le Verbe du Seigneur, de Jérusalem.

Avec quelle complaisance la sainte Église écoute et répète ces belles paroles du prophète : Venez, montons à la Montagne du Seigneur ! Chaque jour de férie, dans l’avent, elle les redit à l’office des laudes ; et tous ses enfants rendent gloire au Seigneur, qui, pour attirer plus sûrement nos regards, s’est fait semblable à une Montagne élevée, mais accessible à tous. Il est vrai que cette Montagne, comme le dit un autre prophète, est d’abord imper­ceptible comme une petite pierre, pour marquer l’humilité du Messie dans sa naissance ; mais bientôt elle grandit à la vue de tous les peuples, qui sont conviés à venir habiter sur ses flancs fertiles, et jusque sur sa cime illuminée des rayons du Soleil de justice. C’est ainsi, ô Jésus ! que vous nous appelez tous, que vous êtes accessible à tous ; que la grandeur et l’élévation de vos mys­tères n’ont rien d’incompatible avec notre faiblesse. Nous vou­lons, dès ce moment, nous joindre à ces flots de peuples qui mar­chent vers vous : voici que nous partons ; nous voulons aller placer notre tente sous vos ombrages, ô Montagne bénie ! Rece­vez-nous ; que nous n’entendions plus les bruits mondains qui s’élèvent de la plaine. Placez-nous si haut, que nos yeux ne voient plus les vanités de la terre. Puissions-nous ne jamais oublier les sentiers par lesquels on arrive jusqu’à ce sommet bienheureux, où la montagne, qui est la figure, s’évanouit, et où l’âme se trouve à jamais face à face avec Celui que les anges contemplent dans un ravissement éternel, et dont les délices sont d’être avec les en­fants des hommes [1] !

Hymne pour le temps de l’avent
(Composée au 9e siècle, Hymnaire du B. Joseph-Marie Tom­masi)

Que le soleil, les astres, la terre et les mers retentissent de l’avènement du Dieu très-haut : que le riche et le pauvre unis­sent leurs chants pour célébrer le Fils du Créateur suprême !

C’est le Sauveur promis jadis à nos pères ; le glorieux fruit d’une Vierge ; le Fils du Dieu puissant, dont la naissance précède l’étoile du matin.

C’est le Roi de gloire qui devait venir régner en Dieu sur les rois, fouler sous ses pieds l’ennemi perfide, guérir le monde languissant.

Que les anges s’en réjouissent de concert ; que tous les peu­ples tressaillent de joie : le Très-Haut vient s’humilier pour sauver ce qui était perdu.

Un Dieu-homme va prendre naissance ; l’auguste Trinité règne à jamais ! Le Fils coéternel au Père, le Seigneur va des­cendre sur la terre.

Que les prophètes élèvent leur voix et qu’ils prophétisent : Emmanuel est déjà près de nous. Que la langue des muets articule des sons ; et vous, boiteux, courez à sa rencontre.

Que l’agneau et la bête féroce paissent ensemble l’herbe des champs ; que le bœuf et l’âne reconnaissent Celui qui gît dans la crèche.

Le signe royal étincelle ; il annonce notre divin chef ; au noble et royal enfant, rois, préparez vos offrandes.

Oh ! quelle heureuse nouvelle entendit la vierge Marie ! En croyant, elle conçoit ; la voilà mère ; et c’est une vierge qui n’a point connu l’homme.

Îles et nations, applaudissez toutes à ce grand triomphe. Cou­rez avec la vitesse des cerfs : le Rédempteur, le voici qui vient.

Que les yeux des aveugles, fermés à la lumière, sachent maintenant percer les ténèbres de la nuit, s’ouvrir à la lu­mière véritable.

Que la nation de Galilée et celle de la Grèce, que la Perse et l’Inde croient en leur Rédempteur ; un Dieu daigne se faire homme : et Verbe il demeure avec le Père.

Louange, honneur, vertu et gloire soient à Dieu le Père, et à son Fils, ensemble avec le Saint-Esprit, dans les siècles éter­nels !

Amen.

Prière du missel gallican
(Pour la venue du Seigneur, Contestatio)

Ô Dieu, dont la nature propre est la bonté, et dont les volon­tés ne sont sujettes à aucune variation ni changement, mon­trez-vous propice à nos supplications, et daignez témoigner à votre Église cette miséricorde que nous célébrons, en mani­festant à votre peuple l’admirable mystère de votre Fils uni­que ; afin que l’universalité des nations accédant à la vraie foi, les promesses de l’Évangile de votre Verbe soient accom­plies, et que l’adoption universelle étant effectuée, le témoi­gnage de la vérité soit trouvé fidèle. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

Le mercredi de la première semaine de l’avent

Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 3

Le Dominateur, le Seigneur des armées enlèvera de Jérusa­lem et de Juda la vigueur et le courage, toute la force du pain, toute la force de l’eau, l’homme vaillant, le guerrier, le juge, le prophète, le devin, le vieillard, le capitaine de cinquante sol­dats, l’homme au visage vénérable, l’homme de conseil, le plus sage d’entre les architectes, celui qui a l’intelligence des paroles mystérieuses. Et je leur donnerai des enfants pour princes, et les efféminés domineront sur eux. Car Jérusalem va crouler, et Juda penche vers sa ruine ; parce que leurs lan­gues et leurs œuvres se sont élevées contre le Seigneur, et ont irrité les yeux de sa Majesté. L’impudence de leurs visa­ges rend témoignage contre eux ; et ils ont publié hautement leur péché, comme Sodome, et ne l’ont point caché. Malheur à leur âme ! car on leur rendra le mal qui leur est dû. Quant au juste, dites-lui que tout est bien ; car il mangera le fruit de ses œuvres ; mais, malheur à l’impie, à cause du mal qu’il a fait ! car on lui rendra suivant ses crimes.

Parce que Jérusalem penche vers sa ruine, la force de l’intelligence s’éteint en elle avec toutes les autres forces. Elle ne sait plus où elle va, et elle ignore l’abîme qui doit l’engloutir. Ainsi sont les hommes qui ne méditent point l’avènement du souverain Juge, ceux dont Moïse a dit dans le Cantique : Race sans conseil et sans prudence ; si du moins ils avaient la sagesse et l’intel­ligence pour prévoir la fin des choses ! Le Fils de Dieu vient pré­sentement dans les langes de la faiblesse, dans l’humilité du ser­viteur, et, pour parler avec les prophètes, comme la rosée qui tombe goutte à goutte et sans bruit ; mais il n’en sera pas toujours ainsi. Cette terre, qui supporte nos péchés et notre insensibilité, s’écroulera aussi en présence du Juge terrible. À quoi nous ratta­cherons-nous, si nous n’avons aimé qu’elle ? « Une mort subite arrivée sous vos yeux, dit saint Jean Chrysostome, une secousse de tremblement de terre, la seule menace d’une calamité impré­vue vous consterne et vous abat : que sera-ce alors que la terre tout entière manquera sous vos pieds ; que vous verrez le boule­versement de la nature ; que vous entendrez le son de la trom­pette fatale ; que le souverain Maître de l’univers se montrera à vos regards dans la plénitude de sa Majesté ? Vous avez vu des malheureux traînés au supplice : combien de morts n’ont-ils pas eu à subir avant d’arriver au lieu de l’exécution ! Anéantis par l’épouvante, plusieurs n’ont plus à livrer au bourreau qu’un cada­vre. » Ô terreur de ce dernier moment ! Comment ose-t-on t’affronter, quand, pour t’éviter, il suffit d’ouvrir aujourd’hui son âme à Celui qui vient doux et désarmé, demandant un asile à nos cœurs, et promettant, s’ils veulent le recevoir, de les sauver de la colère à venir ! Ô Jésus ! nous ne sommes pas de force à lutter contre vous au dernier jour ; maintenant vous êtes notre frère, notre ami, un petit Enfant qui va naître pour nous ; nous voulons donc faire alliance avec vous ; et quand nous vous aurons aimé dans votre premier Avènement, nous ne vous craindrons plus dans le dernier. Puissions-nous alors entendre retentir à notre oreille cette parole que vos anges diront aux justes : Tout est bien !

Hymne de l’avent

(Bréviaire romain, à l’office de matines)

Verbe souverain qui sortez du sein éternel du Père, et qui, par une naissance temporelle, venez au secours de l’univers,

Illuminez aujourd’hui nos cœurs, embrasez-les de votre amour ; qu’ils se détachent des choses qui passent, et devien­nent sensibles aux célestes jouissances :

Afin qu’au jour où le Juge, du haut de son tribunal condam­nera les coupables aux flammes, et, d’une voix amie, conviera les justes au ciel,

Nous ne soyons pas du nombre de ceux qui, voués à des feux éternels, seront lancés dans un noir tourbillon ; mais que, favorisés de la vue de Dieu, nous soyons admis à goûter les délices du Paradis.

Au Père, au Fils, et à vous, Esprit-Saint, soient à jamais dans tous les siècles, gloire et honneur, comme il fut toujours.

Amen.

Prière du missel mozarabe

En la messe du 4e dimanche de l’avent, Illation[2]

C’est une chose digne et juste, et vraiment avantageuse pour nous, de faire retentir sans relâche vos louanges, ô Père tout-puissant ! vous qui nous ayant créés dans un état de sainteté et de noblesse, daignâtes, par une miséricorde insigne, après que nous eûmes été séduits par la fraude de l’ancien serpent, nous arracher à la mort. Vous annonçâtes longtemps d’avance que votre Fils, que vous deviez nous envoyer dans la chair, viendrait sur cette terre et naîtrait d’une Vierge ; et vous chargeâtes vos saints de proclamer d’une voix éclatante l’avènement de ce Messie, afin que le monde, préparé par une longue attente, conçût une plus grande joie au jour où, la plénitude des temps étant accomplie, le Sauveur lui serait enfin donné. Donc, nous vous prions et supplions que, de même que, dans votre clémence et miséricorde, vous n’avez pas voulu souffrir que votre créature pérît entièrement, mais l’avez rappelée à la vie par l’humble avènement de votre Fils notre Seigneur ; de même, aujourd’hui, vous daigniez proté­ger, conserver, guérir, défendre et délivrer ce qu’une pre­mière fois vous avez retrouvé, réparé, rappelé à la vie ; afin qu’en ce terrible avènement où il doit reparaître pour juger ceux par lesquels et pour lesquels il a été jugé lui-même, il retrouve ceux qu’il a rachetés en tel état de fidélité, qu’il puisse les posséder éternellement, lui qui les a acquis au prix de son sang.

 

Le jeudi de la première semaine de l’avent

Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 4

Je chanterai à mon Bien-Aimé le Cantique de mon proche parent sur sa vigne. Mon Bien-Aimé avait une vigne plantée sur un lieu élevé et fertile. Il l’environna d’une haie ; il en ôta les pierres, il la planta d’une espèce choisie ; il bâtit une tour au milieu, et il y fit un pressoir. Il s’attendait qu’elle porterait de bons fruits ; et elle n’en a porté que de sauvages. Mainte­nant donc, vous, habitants de Jérusalem, et vous, hommes de Juda, soyez juges entre moi et ma vigne. Qu’ai-je dû faire de plus à ma vigne que je n’aie point fait ? Est-ce parce que j’attendais d’elle de bons raisins, qu’elle n’en a produit que de mauvais ? Maintenant je vous montrerai ce que je vais faire à ma vigne. J’arracherai la haie qui l’entoure, et elle sera expo­sée au pillage : je détruirai le mur qui la défend, et elle sera foulée aux pieds. Je la rendrai déserte : elle ne sera plus ni taillée, ni labourée : les ronces et les épines pousseront des­sus, et je commanderai aux nuages de ne pleuvoir plus sur elle. Or, la maison d’Israël est la vigne du Seigneur des ar­mées, et la race de Juda le plant qu’il aimait. J’ai attendu qu’ils fissent des actions justes, et voilà des iniquités ; qu’ils portassent des fruits de justice, et voilà des cris.

Nous attendons la naissance d’un enfant qui doit paraître sept siècles après Isaïe ; et cet enfant sera le Sauveur du monde. Or, les hommes le persécuteront, l’accableront de calomnies et d’injures ; et à la veille du jour où ils le crucifieront, il leur proposera cette parabole : Il y avait un homme qui était père de famille, et il planta une vigne, l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir, y bâtit une tour et la loua à des laboureurs ; après quoi il partit pour un pays étranger. Or, quand le temps de la vendange fut venu, il envoya ses serviteurs vers les laboureurs pour recueillir ses fruits. Et les laboureurs ayant pris ses serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent celui-ci. Il envoya donc de nou­veaux serviteurs en plus grand nombre que la première fois ; et ils leur firent de même. En dernier lieu, il leur envoya son fils, disant : Au moins ils respecteront mon fils. Chrétiens, le voici qui vient, ce Fils. Le respecterez-vous ? Le traiterez-vous comme le Fils de Dieu, avec l’honneur et l’amour qui lui sont dus ? Voyez quelle progression dans la malice des hommes ! Au temps d’Isaïe, les Juifs ont méprisé les prophètes ; mais les prophètes, quoique envoyés de Dieu, n’étaient que des hommes. Le Fils de Dieu est venu lui-même, et ils l’ont méconnu ; et c’était là un bien plus grand crime que de lapider les prophètes. Quel serait donc le crime des chrétiens qui connaissent celui qui vient ; bien plus, qui sont ses membres par le Baptême, de ne pas lui ouvrir leur cœur, quand il va venir envoyé par son Père ? Quel châtiment ne méri­te­rait pas la vigne ingrate plantée avec tant d’amour, si elle persis­tait à ne donner que des fruits sauvages ? ô Sauveur ! hâtez-vous de nous fertiliser : couronnez-nous de fleurs et de fruits pour le jour prochain de votre Avènement.

Prière des églises de France pendant l’avent

(Tirée du prophète Isaïe)

Cieux, répandez votre rosée ; et que les nuées fassent pleuvoir le Juste.

Ne vous irritez plus, Seigneur, ne vous souvenez plus désor­mais de notre iniquité. Voilà que la cité du Saint est devenue déserte, Sion est dans la solitude, Jérusalem est désolée, cette maison consacrée à votre culte et à votre gloire, où nos pères ont chanté vos louanges.

Cieux, répandez votre rosée ; et que les nuées fassent pleuvoir le Juste.

Nous avons péché, et nous sommes devenus comme le lépreux ; et nous sommes tous tombés comme la feuille ; et comme un vent impétueux, nos iniquités nous ont enlevés et dispersés. Vous avez caché votre face à nos regards, et vous nous avez brisés par la main de notre iniquité.

Cieux, répandez votre rosée ; et que les nuées fassent pleuvoir le Juste.

Voyez, Seigneur, l’affliction de votre peuple, et envoyez Celui que vous devez envoyer. Faites sortir l’Agneau qui doit domi­ner sur la terre ; qu’il s’élance de la pierre du désert sur la montagne de la fille de Sion, afin qu’il enlève lui-même le joug de notre captivité.

Cieux, répandez votre rosée ; et que les nuées fassent pleuvoir le Juste.

Console-toi, console-toi, ô mon peuple ! bientôt viendra ton salut : pourquoi te consumes-tu dans la tristesse ? Pourquoi la douleur s’est-elle emparée de toi ? Je te sauverai, ne crains point : car je suis le Seigneur ton Dieu, le Saint d’Israël, ton Rédempteur.

Cieux, répandez votre rosée ; et que les nuées fassent pleuvoir le Juste.

Oraison tirée du bréviaire ambrosien

(Au 4e dimanche de l’avent)

Dieu tout-puissant et éternel, qui par l’avènement de votre Fils unique Jésus-Christ notre Seigneur, avez daigné faire luire les rayons d’une nouvelle lumière ; accordez-nous que, de même que nous avons mérité de l’avoir participant de la forme de notre corps par l’enfantement de la Vierge, nous méritions aussi d’entrer en partage du royaume de sa grâce ; lui qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.

 

Le vendredi de la première semaine de l’avent

Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 6

L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône sublime et élevé ; et les bords de son manteau remplis­saient le temple. Les Séraphins étaient autour du trône. L’un avait six ailes, et l’autre également six ; de deux ils voilaient leurs faces, de deux ils couvraient leurs pieds et des deux autres ils volaient. Et ils criaient de l’un à l’autre, et disaient : Saint, Saint, Saint, le Seigneur, le Dieu des armées : toute la terre est pleine de sa gloire.

Telle est la gloire du Seigneur au plus haut des cieux : qui pourra la voir et ne pas mourir ? Maintenant, contemplez le même Seigneur sur la terre, dans les jours où nous sommes. Le sein d’une Vierge le contient, lui que le ciel ne pouvait contenir. Son éclat, loin d’éblouir les anges, n’est pas même perceptible aux mortels. Nulle voix ne fait retentir autour de lui ces paroles du Ciel : Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées ! Les anges ne disent plus : Toute la terre est pleine de sa gloire ; car la terre est le théâtre de son abaissement, et d’un abaissement si profond que les hommes mêmes l’ignorent. La Vierge a d’abord été seule dans le secret divin ; bientôt Élisabeth a connu que Marie est Mère du Seigneur ; Joseph ne l’a appris que par la voix d’un ange, et après de cruels et humiliants soupçons. Trois per­sonnes sur la terre savent donc que Dieu est descendu ; c’est par cette voie obscure qu’il rentre dans son œuvre, dont le péché d’orgueil l’avait chassé. Ô Dieu de l’ancienne alliance, que vous êtes grand, et qui ne tremblerait devant vous ? Ô Dieu de la nou­velle Alliance, que vous vous êtes fait petit, et qui ne vous aimerait pas ? Guérissez mon orgueil, principe de toutes mes révoltes ; apprenez-moi à estimer ce que vous avez estimé. Vous créez le monde une seconde fois par votre Incarnation ; et dans cette création, plus excellente que la première, vous opérez par le silence, vous triomphez par l’anéantissement. Je veux m’humilier à votre exemple, et profiter des leçons qu’un Dieu est venu me donner de si haut. Abaissez donc, ô Jésus, toutes mes hauteurs ; c’est une des fins de votre avènement. Je me prête à vous, comme à mon souverain Maître : faites en moi ce qu’il vous plaira.

Hymne tirée de l’anthologie des Grecs

(Au 23 décembre)

Chantons dans l’allégresse de nos âmes les cantiques pour l’Avant-Fête de la naissance du Christ ; car Celui qui est égal au Père et à l’Esprit, ayant dans sa miséricorde, par pitié pour nos maux, revêtu cette masse de limon, doit naître en la cité de Bethléhem ; et sa naissance ineffable sera célébrée par les anges et les pasteurs.

Faisons résonner les cymbales, poussons des cris de victoire ; le Christ va se montrer à nous, les prédictions des prophètes seront accomplies. Celui qu’ils ont annoncé devoir apparaître au milieu des mortels, va naître dans la grotte sacrée, et, faible enfant, il gît dans la crèche.

Bethléhem, prépare-toi ; Éden, ouvre tes portes ; prends au­jourd’hui tes habits de fête, ô terre de Juda ! que les cieux se réjouissent, que les hommes tressaillent de bonheur ; pour enrichir la pauvreté d’Adam par l’abondance de sa miséri­corde, la Vie même descend dans une crèche, le riche dans une étable ; et la nature divine n’éprouve ni changement ni confusion.

Mon cœur veille pour vous dès l’aurore, ô Verbe de Dieu ! vous qui, par miséricorde et sans rien perdre, vous êtes anéanti pour l’homme tombé, qui avez pris dans une Vierge la forme d’esclave, donnez-moi la paix, ô ami des hommes !

Que les nues distillent la rosée d’en haut : Celui qui a placé les nuages, le Dieu adorable, descend dans une nuée qui est la Vierge, pour illuminer de son éternelle lumière ceux qui étaient avant lui dans les périls et les ténèbres.

Ô doux enfant ! comment te nourrirai-je ? Comment te serrer dans mes bras, toi qui tiens toutes choses sous ton empire ? Comment t’envelopperai-je de bandelettes, toi qui envelop­pes toute la terre de nuages ? s’écriait la sainte Dame.

Soleil, ô mon Fils, comment te couvrirai-je de langes ? Com­ment te tiendrai-je en ces humbles tissus, toi qui contiens toutes choses ? Comment oserai-je te fixer sans crainte, toi que n’osent regarder ces Esprits aux yeux innombrables ? disait celle qui ne connut point d’homme.

Donc, ô Bethlehem ! prépare toutes choses pour l’enfante­ment. Allez, Joseph, vous faire inscrire avec Marie. Ô crèche vénérable ! ô langes qui portez Dieu ! dans lesquels s’enve­loppe la Vie, le Christ notre Dieu, pour rompre les liens de la mort et enchaîner les mortels à l’immortalité.

Prière du missel mozarabe

(En la messe du 5e dimanche de l’avent)

Seigneur, le jour de votre avènement est proche ; mais nous vous prions, avant de venir à nous, de nous purifier de toute la contagion de nos péchés. Effacez d’abord tout ce que vous auriez à punir au jour de la discussion des consciences ; afin qu’au moment où vous arriverez pour juger avec justice, vous ne trouviez en nous rien à condamner.

 

Le samedi de la première semaine de l’avent

Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.

Du prophète Isaïe. Chap. 7

Et le Seigneur, continuant de parler à Achaz, lui dit : Deman­dez au Seigneur votre Dieu un prodige au fond de la terre, ou au plus haut du ciel. Et Achaz dit : Je n’en demanderai point, et ne tenterai point le Seigneur. Et Isaïe dit : Écoutez donc, maison de David : Est-ce peu pour vous de lasser la patience des hommes, qu’il vous faille lasser aussi celle de mon Dieu ? C’est pourquoi le Seigneur vous donnera lui-même un signe : voici qu’une vierge concevra, et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel.

Que notre cœur soit rempli d’espérance et de joie, en entendant cette belle et douce prophétie : Une Vierge concevra et elle en­fantera. Ces paroles renferment le salut du monde, comme ces autres paroles expliquent sa ruine : La femme prit le fruit et en mangea, et elle en donna à son mari. Elle est donc venue, cette Vierge promise ; le divin fruit est dans ses entrailles. Par elle, la prévarication d’Ève est réparée, le monde est relevé de sa chute, la tête du serpent est écrasée. Dieu lui-même est plus glorifié dans la fidélité de cette seconde Vierge, qu’il n’avait été outragé par l’infidélité de la première. Le consentement de Marie obtient une part immense dans le salut du monde. Sans doute, c’est le Verbe lui-même qui vient ; « mais, dit saint Bernard dans son 2e Sermon de l’avent, Marie est la voie par laquelle il vient ; c’est de son sein virginal qu’il sort, comme l’époux de la chambre nuptiale. Tra­vaillons donc à monter vers Jésus par Marie ; puisque c’est par elle qu’il est descendu vers nous. Or, donnez-nous accès auprès de votre Fils, vous, Bénie, vous qui avez trouvé grâce, Mère de la Vie, Mère du salut ; qu’il nous reçoive de vous, celui qui par vous nous a été donné. Que votre intégrité soit l’excuse de notre souillure ; que votre humilité, si agréable à Dieu, obtienne le pardon de notre vanité ; que votre abondante charité couvre la multitude de nos péchés, et que votre glorieuse fécondité nous procure la plé­nitude des mérites. Ô notre Dame, notre Médiatrice, notre Avo­cate ! réconciliez-nous avec votre fils, recommandez-nous à votre fils, présentez-nous à votre fils. Faites, ô bénie Vierge ! par la grâce que vous avez trouvée, par la prérogative que vous avez mé­ritée, par la miséricorde dont vous êtes la Mère, que celui qui par votre moyen a daigné se faire participant de notre infirmité et de notre misère, nous rende, par votre intercession, participants de sa gloire et de sa béatitude. »

Prose en l’honneur de la Sainte Vierge
(Composée par Abailard ; elle se trouve dans tous les missels romains-français)

Dans son amour pour l’homme, Dieu va députer à la Vierge, non un ange ordinaire, mais l’Archange appelé Force de Dieu.

Qu’il se hâte d’envoyer pour nous le vaillant messager ; que la nature soit vaincue par l’Enfantement d’une Vierge.

Que le Roi de gloire, dans sa naissance, triomphe de la chair ; qu’il règne et commande ; qu’il enlève des cœurs le levain et la rouille du péché.

Qu’il foule aux pieds le faste des fronts superbes ; qu’il mar­che dans sa force sur les têtes altières, le Dieu puissant dans les combats.

Qu’il chasse dehors le prince du monde ; qu’il partage avec sa Mère le commandement qu’il exerce avec le Père.

Pars, ange, annonce ces biens ; et par ton puissant message, lève le voile de la lettre antique.

Approche d’elle et parle : dis-lui en face : Je vous salue. Dis-lui : Ô pleine de grâce. Dis : Le Seigneur est avec vous. Dis encore : Ne craignez point.

Recevez, ô Vierge ! le dépôt de Dieu ; par lui vous consomme­rez votre chaste dessein : et votre vœu demeurera intact.

La Vierge entend et accepte le message ; elle croit et conçoit, et enfante un fils, un fils admirable,

Le Conseiller de la race humaine, le Dieu-homme, le Père du siècle futur, l’immuable Pacificateur.

Veuille ce Dieu immuable assurer notre stabilité, de peur que l’humaine faiblesse n’entraîne dans l’abîme nos pas indécis.

Mais que l’auteur du pardon, qui est le Pardon lui-même, que la Grâce obtenue par la Mère de grâce, daigne habiter en nous.

Qu’il nous octroie la remise de nos péchés ; qu’il efface nos méfaits ; qu’il nous donne une patrie dans la cité du ciel.

Amen.

Prière du sacramentaire gallican
(En la vigile de Noël)

Emmanuel, Dieu avec nous. Christ Fils de Dieu, qui avez déclaré devoir naître d’une Vierge, vous qui comme Seigneur avez créé Marie, cette mère dont vous êtes né le fils ; daignez nous accorder, à nous qui comme elle avons été par vous tirés du néant, d’obtenir une récompense semblable à celle que lui a méritée sa foi.

[1]     Prov. 8, 31.

[2] L’illation est la prière proclamée à haute voix avant le canon de la messe et qui correspond à la Préface, dans le rite latin, mais avec une forme plus développée

1er dimanche de l’avent

Dom Guéranger ~ L’année liturgique
1er dimanche de l’avent

Ce dimanche, le premier de l’année ecclésiastique, est appelé, dans les chroniques et les chartes du moyen âge, le dimanche Ad te levavi, à cause des premiers mots de l’introït, ou encore le dimanche Aspiciens a longe, à cause des premières paroles d’un des répons à l’office de matines.

La station [1] est à Sainte-Marie-Majeure ; c’est sous les auspices de Marie, dans l’auguste basilique qui garde la crèche de Bethlé­hem, et qui pour cela est appelée dans les anciens monuments Sainte-Marie ad Prœsepe, que l’Église Romaine recommence chaque année le cycle sacré. Il était impossible de choisir un lieu plus convenable pour saluer l’approche du divin enfantement qui doit enfin réjouir le ciel et la terre, et montrer le sublime prodige de la fécondité d’une Vierge. Transportons-nous par la pensée dans ce temple auguste, et unissons-nous aux prières qui s’y font entendre ; ce sont les mêmes que celles qui vont être exposées ici.

À l’office de la nuit, l’Église commence aujourd’hui la lecture du Prophète Isaïe, celui de tous qui a prédit avec le plus d’évidence les caractères du Messie, et elle continue cette lecture jusqu’au jour même de Noël inclusivement. Efforçons-nous de goûter les enseignements du saint Prophète, et que l’œil de notre foi décou­vre avec amour le Sauveur promis, sous les traits tantôt gracieux, tantôt terribles, à l’aide desquels Isaïe nous le dépeint.

Les premières paroles de l’Église, au milieu de la nuit, sont celles ci :

Le Roi qui doit venir, le Seigneur, venez, adorons-le.

Après avoir rempli ce devoir suprême d’adoration, écoutons l’oracle d’Isaïe qui nous est transmis par la sainte Église.

Ici commence le livre du Prophète Isaïe. Chap. 1

Vision d’Isaïe, fils d’Amos, qu’il a vue sur Juda et Jérusalem dans les jours d’Ozias, Joathan, Achaz, et Ezéchias, rois de Juda. Cieux, écoutez ; terre, prête l’oreille ; car le Seigneur a dit : J’ai nourri des enfants et je les ai élevés ; mais eux, ils m’ont méprisé. Le bœuf connaît son maître, et l’âne la crèche de son seigneur ; mais Israël ne m’a point connu, et mon peuple a été sans intelligence. Malheur à la nation péche­resse, au peuple chargé d’iniquités, à la race mauvaise, aux fils scélérats. Ils ont abandonné le Seigneur, ils ont blas­phémé le Saint d’Israël, ils sont retournés en arrière. Où vous frapperai-je de nouveau, vous qui ajoutez sans cesse de nou­velles prévarications ? Toute tête est languissante, et tout cœur désolé. De la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête, il n’y a rien de sain dans mon peuple. Ce n’est que bles­sure, que contusion, qu’une plaie enflammée, qui n’a point été bandée, ni pansée avec un médicament, ni adoucie avec l’huile.

Ces paroles du saint Prophète, ou plutôt de Dieu qui parle par sa bouche, doivent faire une vive impression aux enfants de l’Église, à l’entrée de la sainte carrière de l’avent. Qui ne tremblerait en entendant ce cri du Seigneur méprisé, méconnu, au jour même où il est venu visiter son peuple ? Il a dépouillé son éclat dans la crainte d’effrayer les hommes ; et, loin de sentir la divine force de Celui qui s’abaisse ainsi par amour, ils ne l’ont point connu ; et la crèche qu’il a choisie pour y reposer après sa naissance n’a d’abord été visitée que par deux animaux sans raison. Sentez-vous, chrétiens, combien sont amères les plaintes de votre Dieu ? combien son amour méprisé souffre de votre indifférence ? Il prend à témoin le ciel et la terre, il lance l’anathème à la nation perverse, aux fils ingrats. Reconnaissons sincèrement que jusqu’ici nous n’avons point connu tout le prix de la visite du Seigneur, que nous avons trop imité l’insensibilité des Juifs, qui ne s’émurent pas quand il apparut au milieu de leurs ténèbres. Ce fut en vain que les anges chantèrent au milieu de la nuit, que les bergers furent conviés à l’adorer et à le reconnaître ; en vain que les mages vinrent d’Orient demander où était son berceau. Jérusalem fut troublée un instant, il est vrai, à la nouvelle qu’un Roi lui était né ; mais elle retomba bientôt dans son insouciance, et ne s’enquit même pas de la grande nouvelle.

C’est ainsi, ô Sauveur ! que vous venez dans les ténèbres, et que les ténèbres ne vous comprennent pas. Oh ! faites que nos ténè­bres comprennent la lumière et la désirent. Un jour viendra où vous déchirerez les ténèbres insensibles et volontaires, par l’éclair effrayant de votre justice. Gloire à vous en ce jour, ô souverain Juge ! mais gardez-nous de votre colère, durant les jours de cette vie mortelle. — Où frapperai-je maintenant ? dites-vous. Mon peuple nest déjà plus qu’une plaie. — Soyez donc Sauveur, ô Jésus ! dans l’Avènement que nous attendons : Toute tête est languissante, et tout cœur désolé : venez relever ces fronts que la confusion et trop souvent aussi de viles attaches courbent vers la terre. Venez consoler et rafraîchir ces cœurs timides et flétris. Et si nos plaies sont graves et invétérées, venez, vous qui êtes le charitable Samaritain, répandre sur elles l’huile qui fait disparaî­tre la douleur et rend la santé.

Le monde entier vous attend, ô Rédempteur ! venez vous révéler à lui en le sauvant. L’Église, votre Épouse, commence en ce moment une nouvelle année ; son premier cri est un cri de dé­tresse vers vous ; sa première parole est celle-ci : Venez ! Nos âmes, ô Jésus ! ne veulent pas non plus cheminer sans vous dans le désert de cette vie. Il se fait tard : le jour incline au soir, les om­bres sont descendues : levez-vous, divin Soleil ; venez guider nos pas, et nous sauver de la mort.

À la messe

Pendant que le prêtre se rend à l’autel pour célébrer le sacrifice, l’Église débute par ce beau chant qui montre si bien sa confiance d’épouse ; répétons-le avec elle, du fond de notre cœur ; car le Sauveur viendra à nous dans la mesure que nous l’aurons désiré, et fidèlement attendu.

Introït

Vers vous, ô mon Dieu ! j’ai élevé mon âme. En vous j’ai mis ma confiance, et je sais que je n’aurai point à en rougir : car vous viendrez au temps marqué. En vain les ennemis de mon salut riront de ma patience : quiconque vous attend ne sera point confondu. Ps. Seigneur, venez me montrer la voie qui conduit à vous ; venez m’apprendre vos divins sentiers. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ; comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siè­cles des siècles. Amen. On répète : Vers vous, ô mon Dieu.

Après le Kyrie eleison, le prêtre recueille les vœux de toute l’Église dans les oraisons suivantes, appelées pour cela collectes.

Collecte

Réveillez, s’il vous plaît, Seigneur, votre puissance, et venez, afin que nous méritions d’être arrachés, par votre protection, aux imminents périls où nos péchés nous engagent, et d’en être sauvés par votre secours libérateur : Vous qui, étant Dieu, vivez et régnez avec Dieu le Père, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. R/. Amen.

Il est juste d’implorer aussi, dans ce saint temps, la médiation toute-puissante de celle qui a d’abord été seule dépositaire du grand secret qui devait rendre la vie au monde ; disons donc avec le prêtre : [2]

En l’honneur de la Sainte Vierge

Ô Dieu, qui avez voulu que votre Verbe prît chair, à la parole de l’Ange, dans le sein de la bienheureuse Vierge Marie ; accordez à la prière de vos serviteurs, que nous qui la croyons véritablement Mère de Dieu, nous soyons secourus auprès de vous par son intercession.

On ajoute ensuite l’une des deux oraisons suivantes :

Contre les persécuteurs de l’Église

Daignez, Seigneur, vous laisser fléchir par les prières de votre Église, afin que, toutes les adversités et toutes les erreurs ayant disparu, elle puisse vous servir dans une paisible liberté.

Pour le pape

Ô Dieu, qui êtes le Pasteur et le Conducteur de tous les fidè­les, regardez d’un œil propice votre serviteur N. que vous avez mis à la tête de votre Église en qualité de Pasteur ; donnez-lui, nous vous en supplions, d’être utile par ses paro­les et son exemple à ceux qui sont sous sa conduite, afin qu’il puisse parvenir à la vie éternelle avec le troupeau qui lui a été confié. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Épître
Lecture de l’Épître de saint Paul, Apôtre, aux Romains. Chap. 13

Mes Frères, nous savons qu’il est temps de nous réveiller de notre sommeil ; car notre salut est plus proche que lorsque nous avons commencé à croire. La nuit est sur sa fin, et le jour approche. Jetons donc au loin les œuvres des ténèbres, et revêtons-nous des armes de la lumière. Marchons dans l’honnêteté, comme on fait en plein jour, et non dans les débauches, dans les excès de la boisson, dans les impudicités, dans les dissolutions, dans les querelles et les envies ; mais revêtez-vous de notre Seigneur Jésus-Christ.

Le Sauveur que nous attendons est donc le vêtement qui cou­vrira notre nudité. Admirons en cela la bonté de notre Dieu, qui, se souvenant que l’homme s’était caché après son péché, parce qu’il se sentait nu, veut bien lui servir lui-même de voile, et cou­vrir une si grande misère du manteau de sa divinité. Soyons donc attentifs au jour et à l’heure où il viendra, et gardons-nous de nous laisser appesantir par le sommeil de l’habitude et de la mol­lesse. La lumière luira bientôt ; que ses premiers rayons éclairent notre justice, ou du moins notre repentir. Si le Sauveur vient cou­vrir nos péchés, afin qu’ils ne paraissent plus, nous, du moins, détruisons dans nos cœurs toute affection à ces mêmes péchés ; et qu’il ne soit pas dit que nous avons refusé le salut. Les dernières paroles de cette épître se trouvèrent à l’ouverture du livre, quand saint Augustin, pressé depuis longtemps par la grâce divine de se donner à Dieu, voulut obéir à la voix qui lui disait : Tolle, lege ; prends, et lis. Elles décidèrent sa conversion ; il résolut tout à coup de rompre avec la vie des sens et de revêtir Jésus-Christ. Imitons son exemple en ce jour : soupirons ardemment après le cher et glorieux vêtement qui sera bientôt placé sur nos épaules par la miséricorde de notre Père céleste, et répétons avec l’Église ces touchantes paroles dont nous ne devons pas craindre de fati­guer l’oreille de notre Dieu :

Graduel

Seigneur, tous ceux qui vous attendent ne seront point confondus. V/. Montrez-moi la voie qui conduit à vous, ap­prenez-moi vos sentiers. Alleluia, alleluia. V/. Faites paraître sur nous, Seigneur, votre miséricorde, et donnez-nous le Sauveur que vous nous préparez. Alleluia.

Évangile
La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. 21

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Il y aura des signes dans le soleil, et dans la lune, et dans les étoiles ; et, sur la terre, les peuples seront dans la consternation, par le trouble que causera le bruit de la mer et des flots. Les hommes séche­ront de frayeur dans l’attente des choses qui doivent arriver à l’univers : car les vertus des cieux seront ébranlées. Et alors ils verront le Fils de l’homme venant sur une nuée avec une grande puissance et majesté. Pour vous, lorsque ces choses commenceront d’arriver, regardez en haut et levez vos têtes ; car votre rédemption approche. Et il leur fit cette comparai­son : Voyez le figuier et tous les arbres : lorsqu’ils commen­cent à pousser, vous connaissez que l’été est proche. De même, quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le royaume de Dieu est proche. En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses n’arrivent. Le ciel et la terre passeront ; mais mes paroles ne passeront point.

Nous devons donc nous attendre à voir éclater tout à coup votre avènement terrible, ô Jésus ! Bientôt vous allez venir dans votre miséricorde pour couvrir notre nudité, comme un vêtement de gloire et d’immortalité ; mais vous reviendrez un jour, et avec une si effrayante majesté que les hommes en sécheront de frayeur. Ô Christ ! ne me perdez pas, en ce jour de l’embrasement universel. Visitez-moi auparavant dans votre amour : je veux vous préparer mon âme. Je veux que vous preniez naissance en elle, afin qu’au jour où les convulsions de la nature annonceront votre approche, je puisse lever la tête, comme vos fidèles disciples, qui, vous portant déjà dans leurs cœurs, ne craindront rien de vos foudres.

Pendant l’offrande du Pain et du Vin, l’Église a les yeux fixés sur Celui qui doit venir, et chante avec persévérance son même canti­que :

Offertoire

Vers vous ô mon Dieu, j’ai élevé mon âme. En vous j’ai mis ma confiance, et je n’aurai point à en rougir. Que mes enne­mis ne se rient point de ma patience ; car tous ceux qui vous attendent ne seront point confondus.

Après l’oblation, elle recueille en silence les vœux de tous ses membres dans les oraisons suivantes : [3]

Secrètes

Que ces Mystères, Seigneur, après nous avoir purifiés par leur vertu puissante, nous donnent de parvenir plus purs à Celui qui est leur principe. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

De la Sainte Vierge

Daignez, Seigneur, confirmer dans nos âmes les Mystères de la vraie foi ; afin que nous qui confessons qu’un Homme-Dieu véritable a été conçu d’une Vierge, nous méritions, par la vertu de sa Résurrection salutaire, de parvenir à l’éternelle félicité.

Contre les persécuteurs de l’Église

Protégez-nous, Seigneur, nous qui célébrons vos mystères, afin que, nous attachant aux choses divines, nous vous ser­vions dans le corps et dans l’âme.

Pour le pape

Laissez-vous fléchir, Seigneur, par l’offrande de ces dons, et daignez gouverner par votre continuelle protection votre ser­viteur N. que vous avez voulu établir Pasteur de votre Église. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Après la communion du Pprêtre et du peuple, le chœur chante ces belles paroles de David, pour célébrer la douceur du Fruit divin que notre Terre va produire, et qui vient de se donner par avance à ses élus. Cette Terre qui est à nous, c’est la Vierge Marie fécondée par la rosée du ciel, et qui s’ouvre, comme nous le dit Isaïe, pour produire le Sauveur.

Communion

Le Seigneur répandra sur nous son bienfait, et notre terre produira son fruit.

Viennent ensuite les oraisons de conclusion et d’action de grâces.[4]

Postcommunions

Que nous recevions, Seigneur, votre miséricorde au milieu de votre temple ; et nous célébrerons par une préparation convenable la solennité prochaine de notre régénération. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

De la Sainte Vierge

Répandez, s’il vous plaît, Seigneur, votre grâce dans nos âmes, afin que nous, qui avons connu, par la voix de l’Ange, l’Incarnation de Jésus-Christ, votre Fils, nous arrivions, par sa Passion et sa Croix, à la gloire de sa Résurrection.

Contre les persécuteurs de l’Église

Nous vous supplions, Seigneur notre Dieu, de ne pas laisser exposés aux périls de la part des hommes, ceux à qui vous accordez de participer aux mystères divins.

Pour le pape

Que la réception de ce divin sacrement nous protège, Sei­gneur ; qu’elle sauve aussi et fortifie à jamais, avec le trou­peau qui lui est confié, votre serviteur N. que vous avez établi Pasteur de votre Église. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

À vêpres

Les psaumes du dimanche se trouvent ci-dessus. Le chœur chante après chacun d’eux une des cinq Antiennes suivantes :

  1. Ant. Au jour du Messie, les montagnes distilleront la dou­ceur, et le lait et le miel découleront des collines. Alleluia.
  2. Ant. Réjouis-toi, fille de Sion; tressaille, fille de Jérusalem. Alleluia.
  3. Ant. Voici que le Seigneur va venir, et tous ses Saints avec lui; et il paraîtra en ce jour-là une grande lumière. Alleluia.
  4. Ant. Vous tous qui êtes altérés, venez aux fontaines: cher­chez le Seigneur pendant qu’on peut le trouver. Alleluia.
  5. Ant. Un grand Prophète viendra bientôt, et il renouvellera Jérusalem. Alleluia.

Capitule

Mes Frères, l’heure est venue de sortir du sommeil : car notre salut est plus proche que lorsque nous avons commencé à croire.

L’Hymne Creator alme siderum, et le cantique Magnificat.

V/. Cieux, répandez la rosée, et que les nuées fassent pleuvoir le Juste ; R/. Que la terre s’ouvre et germe le Sauveur.

Antienne de Magnificat

Ne craignez point, ô Marie ! car vous avez trouvé grâce devant le Seigneur : voilà que vous concevrez et enfanterez un fils. Alleluia.

Prions

Faites paraître, Seigneur, votre puissance et venez, afin que nous méritions d’être arrachés par votre secours aux immi­nents périls où nos péchés nous engagent, et d’en être sauvés par votre vertu libératrice. Vous qui, étant Dieu, vivez et régnez avec Dieu le Père en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

 

 

[1]              Les stations marquées au missel romain, pour certains jours de l’année, étaient autrefois des processions dans lesquelles tout le clergé et tout le peuple se rendaient à une église désignée pour cet effet, et y célébraient l’office et la messe. Cet usage, qui remonte aux premiers temps de l’Église Romaine, et dont saint Grégoire le Grand n’a été que le restaurateur, existe encore aujourd’hui dans un certain degré ; et les stations continuent de s’accomplir, quoique avec moins de pompe et de concours, à tous les jours marqués au missel.

[2] Ces oraisons furent supprimées par la réforme de Jean XXIII. Nous les donnons ici, de même celles de la sécrète et de la postcommunion ci-dessous, mais nous ne les reproduirons plus dans la suite. Note de l’éditeur.

[3] Voir note 60, ci-dessus.

[4] Voir note 60 ci-dessus.

30 novembre
Saint André, apôtre

Dom Guéranger ~ L’Année liturgique
30 novembre, Saint André, apôtre

Cette fête est destinée, chaque année, à clore majestueusement le cycle catholique qui s’éteint, ou à briller en tête du nouveau qui vient de s’ouvrir. Certes, il était juste que, dans l’année chrétienne, tout commençât et finît par la Croix, qui nous a mérité chacune des années qu’il plaît à la miséricorde divine de nous octroyer, et qui doit paraître au dernier jour sur les nuées du ciel, comme un sceau mis sur les temps.

Nous disons ceci, parce que tout fidèle doit savoir que saint André est l’apôtre de la Croix. À Pierre, Jésus-Christ a donné la solidité de la foi ; à Jean, la tendresse de l’amour ; André a reçu la mission de représenter la croix du divin Maître. Or, c’est à l’aide de ces trois choses, foi, amour et Croix, que l’Église se rend digne de son Époux : tout en elle retrace ce triple caractère. C’est donc pour cela qu’après les deux apôtres que nous venons de nommer, saint André est l’objet d’une religion toute particulière dans la liturgie universelle.

Mais lisons les gestes de l’héroïque pêcheur du lac de Génézareth, appelé à devenir plus tard le successeur du Christ lui-même, et le compagnon de Pierre sur l’arbre de la Croix. L’Église les a puisés dans les anciens actes du martyre du saint Apôtre, dressés par les prêtres de l’Église de Patras, qu’il avait fondée. L’authenticité de ce monument vénérable a été contestée par les protestants, qui y trouvent plusieurs choses qui les contrarient ; en quoi ils ont été imités par plusieurs critiques des 17e et 18e siècles, tant en France qu’à l’étranger. Néanmoins, ces Actes ont pour eux un bien plus grand nombre d’érudits catholiques, parmi lesquels nous nous plaisons à citer, à côté du grand Baronius, Labbe, Noël Alexandre, Galland, Lumper, Morcelli, etc. Toutes les Églises de l’Orient et de l’Occident, qui ont inséré ces actes dans leurs divers offices de saint André, sont bien aussi de quelque poids, ainsi que saint Bernard, qui a bâti sur eux ses trois beaux sermons sur saint André.

Actes du martyre de saint André

André, Apôtre, né à Bethsaïde, bourg de Galilée, était frère de Pierre et disciple de saint Jean. Ayant entendu celui-ci dire du Christ : Voici l’Agneau de Dieu ! il suivit Jésus, et lui amena son frère. Plus tard, comme il péchait avec son frère dans la mer de Galilée, tous deux furent appelés, avant tous les autres Apôtres, par le Seigneur, qui, passant près d’eux, leur dit : Suivez-moi : je vous ferai pêcheurs d’hommes. Eux aussitôt, quittant leurs filets, le suivirent. Après la passion et la résurrection, André alla prêcher la foi chrétienne dans la province qui lui était échue, la Scythie d’Europe ; puis il parcourut l’Épire et la Thrace, et par sa prédication et ses miracles, convertit à Jésus-Christ une foule innombrable. Parvenu à Patras, ville d’Achaïe, il y fit embrasser à beaucoup de monde la vérité de l’Évangile, et ne craignit pas de reprendre généreusement le proconsul Égée, qui résistait à la prédication évangélique, lui reprochant de vouloir être le juge des hommes, pendant que les démons le jouaient jusqu’à lui faire méconnaître le Christ Dieu, Juge de tous les hommes.

Égée irrité lui dit : Cesse de vanter ton Christ que de tels propos n’ont point empêché d’être crucifié par les Juifs. Et comme André néanmoins continuait de prêcher intrépidement que Jésus-Christ s’était lui-même offert à la Croix pour le salut du genre humain, Égée l’interrompt par un discours impie, et le prévient de pourvoir à son salut, en sacrifiant aux dieux. André lui dit : Pour moi, il est un Dieu tout-puissant, seul et vrai Dieu, auquel je sacrifie tous les jours, non point les chairs des taureaux, ni le sang des boucs, mais l’Agneau sans tache immolé sur l’autel ; et tout le peuple participe à sa chair, et l’Agneau qui est sacrifié demeure entier et plein de vie. C’est pourquoi Égée, outré de colère, le fait jeter en prison. Le peuple en eût aisément retiré son Apôtre, si celui-ci n’eût apaisé la multitude, en la suppliant très ardemment de ne pas l’empêcher d’arriver à la couronne du martyre.

Peu après, étant amené devant le tribunal, comme il exaltait le mystère de la Croix, et reprochait encore au Proconsul son impiété, Égée exaspéré commanda qu’on le mît en croix, pour lui faire imiter la mort du Christ. C’est alors qu’arrivé au lieu de son martyre, et voyant la croix, André s’écria de loin : Ô bonne Croix qui as tiré ta gloire des membres du Seigneur, Croix longtemps désirée, ardemment aimée, cherchée sans relâche, et enfin préparée à mes ardents désirs, retire-moi d’entre les hommes, et rends-moi à mon maître, afin que par toi me reçoive Celui qui m’a racheté par toi. Il fut donc attaché à la croix, sur laquelle il resta deux jours, sans cesser de vivre ni de prêcher la foi de Jésus-Christ, et passa ainsi à Celui dont il avait souhaité d’imiter la mort. Les Prêtres et les Diacres d’Achaïe, qui ont écrit sa Passion, attestent qu’ils ont vu et entendu toutes ces choses ainsi qu’ils les ont racontées. Ses ossements furent transportés d’abord à Constantinople, au temps de l’empereur Constance, et ensuite à Amalfi. Son Chef, apporté à Rome sous le pontificat de Pie II, fut placé dans la Basilique de Saint-Pierre.

Entendons maintenant la voix des diverses Églises qui sont sous le ciel, célébrer tour à tour un si grand triomphe. La sainte Église Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres, ne trouve rien de plus expressif à la louange de l’Apôtre de la Croix, que de faire retentir en son honneur, tantôt les paroles du saint Évangile sur la vocation du glorieux André, tantôt les passages les plus touchants des Actes rédigés par les Prêtres de Patras, en les entremêlant aux éloges que le sujet lui inspire. Nous citerons d’abord quelques-uns des Répons de Matines.

Liturgie romaine

R/. Comme le Seigneur marchait le long de la mer de Galilée, il vit Pierre et André qui jetaient leurs filets dans la mer, et il les appela, disant : * Venez après moi ; je vous ferai pêcheurs d’hommes, V/. Car ils étaient pêcheurs. Et il leur dit : * Venez après moi ; je vous ferai pêcheurs d’hommes.

R/. Dès que le bienheureux André eut entendu la voix du Seigneur qui l’appelait, ayant quitté les filets dont l’usage le faisait vivre, * Il suivit Celui qui donne les récompenses de la vie éternelle, V/. C’est cet homme qui pour l’amour du Christ fut attaché à la croix, et qui pour sa loi endura la Passion. * Et il suivit Celui qui donne les récompenses de la vie éternelle.

R/. Docteur plein de bonté et ami de Dieu, André fut mené à la croix. La voyant de loin, il dit : Salut, ô Croix! * Reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ, mon maître, V/. Ô Croix, salut ! toi qui as été consacrée par le corps de Jésus-Christ, et ornée de ses membres, comme d’autant de perles précieuses. * Reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ, mon maître.

R/. André, voyant la croix, s’écria : Ô Croix admirable ! ô Croix désirable ! ô Croix qui brilles par tout l’univers ! * Reçois le disciple du Christ, et que par toi me reçoive Celui qui m’a racheté en mourant sur toi. V/. Ô bonne Croix, qui as reçu par les membres du Seigneur l’éclat et la beauté. * Reçois le disciple du Christ, et que par toi me reçoive Celui qui m’a racheté en mourant sur toi.

R/. Saint André pria, en regardant le ciel, et s’écria à haute voix : Vous qui êtes mon Dieu, vous que j’ai vu de mes yeux ; ne souffrez pas que je sois détaché d’ici par un juge impie : * Car j’ai ressenti la vertu de la sainte Croix. V/. Vous êtes le Christ mon maître, que j’ai aimé, que j’ai connu, que j’ai confessé : exaucez seulement cette prière que je vous fais. * Car j’ai ressenti la vertu de la sainte Croix.

Vêpres

Les Antiennes des Vêpres forment un ensemble lyrique plein de grâce et d’onction.

Antiennes

Salut, ô Croix précieuse ! reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ mon maître.

Le bienheureux André priait, et disait : Seigneur, Roi d’éternelle gloire, recevez-moi qui suis suspendu à ce gibet.

André, le serviteur du Christ, le digne Apôtre de Dieu, le frère de Pierre et le compagnon de son supplice.

Maximille, femme aimée du Christ, enleva le corps de l’Apôtre, et l’ensevelit avec des parfums en un lieu honorable.

Ceux qui persécutaient le juste, vous les avez précipités, Seigneur, dans les enfers, et vous êtes l’appui du juste sur la Croix.

L’Hymne suivante a été composée, à la louange du saint Apôtre, par le Pape saint Damase, l’ami de saint Jérôme ; il y est fait allusion au nom d’André qui, entre plusieurs significations, a aussi celle de Beauté.

Hymne

Vous dont le nom glorieux et sacré présageait la vie, votre nom exprime aussi la Beauté dont la Croix bienheureuse vous a noblement couronné.

André, Apôtre du Christ, votre nom seul est un signe qui vous distingue, un mystique emblème de votre beauté.

Ô vous que la Croix élève jusqu’aux cieux, vous que la Croix aime avec tendresse, vous à qui l’amertume de la Croix prépare les joies de la lumière future,

En vous le mystère de la Croix brille doublement imprimé : vous triomphez de l’opprobre par la Croix, et vous prêchez le Sang divin qui arrosa la Croix.

Désormais donc réchauffez nos langueurs, daignez veiller sur nous, afin que, par la victoire de la Croix, nous entrions dans la patrie du ciel.

Amen.

Le moyen âge consacra les deux Séquences que nous donnons ci-après à la gloire de l’Apôtre de la Croix. La première est du 11e siècle. Elle est sans mesure régulière, comme toutes les séquences de cette époque.

Séquence

Elle est sainte et sacrée, la gloire de la fête qu’on célèbre en ce jour.

Que toute l’Église fasse entendre un chant digne du sujet.

Qu’elle exalte les mérites très saints du Saint le plus débonnaire,

De l’Apôtre André, en qui reluit une merveilleuse grâce.

Il apprend de Jean-Baptiste que celui-là était venu qui enlevait les péchés.

Bientôt il entra dans la demeure du Messie, et écouta ses paroles.

Et rencontrant son frère Barjona :Nous avons trouvé le Messie, dit-il plein de joie ;

Et il le mena à la très douce présence du Sauveur.

André parcourait les mers, quand l’appela la clémence du Christ ;

Pour échanger l’art de pêcheur contre la dignité de l’Apostolat.

Son âme, après les joyeuses jubilations de la Pâque,

Fut illuminée par la puissance glorieuse de l’Esprit-Saint ;

Pour prêcher aux peuples la pénitence et la clémence du Père, manifestée par le Fils.

Réjouis-toi d’un si noble Père, ô Achaïe !

Éclairée par sa doctrine salutaire,

Illustrée par l’abondance variée de ses prodiges.

Et toi, gémis et pleure, Égée, cruel bourreau !

À toi, l’infection infernale et l’éternelle mort.

Pour André, la Croix lui prépare des joies pleines de bonheur.

Déjà tu contemples ton Roi, André ! déjà tu apparais debout devant lui.

Déjà tu aspires l’odeur des parfums qu’exhale l’arôme du divin amour.

Sois donc aussi pour nous une merveilleuse suavité, qui répande au fond des cœurs les senteurs balsamiques de la céleste vie. Amen.

La seconde Séquence, dont la rime est régulière et le mètre exact, est du pieux Adam de Saint-Victor, le plus grand poète lyrique du moyen âge.

Séquence

Tressaillons et réjouissons-nous, et savourons les louanges de l’Apôtre André.

Sa foi, sa doctrine, ses mœurs, ses longs labeurs pour le Christ, il sied de les célébrer.

C’est lui qui mena Pierre à la foi, lui qui le premier vit briller la lumière, montrée par Jean-Baptiste.

Aux rives de la mer de Galilée, Pierre et André sont choisis à la fois.

Tous deux d’abord pêcheurs, deviennent les hérauts du Verbe et les modèles de la justice.

Ils jettent le filet sur le monde, et leurs soins vigilants s’étendent sur toute l’Église naissante.

Séparé de son frère, André est envoyé aux parages de l’Achaïe.

Dans les filets d’André tombe, par la grâce divine, la province presque tout entière.

Sa foi, sa vie, sa parole, ses miracles, tout en fait un Docteur de piété, un Docteur illustre pour former le cœur du peuple.

Égée apprend les œuvres d’André, et déjà s’agite sa fureur.

Âme sereine, âme virile, dédaignant la vie présente, André s’arme de la patience.

Ni les caresses, ni les tortures qu’emploie le sensé, n’amollissent son âme vigoureuse.

Il voit préparer la croix, il tressaille, impatient d’être un disciple semblable à son Maître.

Il paie au Christ mort pour mort ; par lui la Croix est conquise comme un trophée triomphal.

Deux jours il vit sur la croix, pour vivre à jamais. Il résiste au vœu du peuple, et ne veut point être détaché de son gibet.

Pendant une moitié d’heure, il est inondé de clarté ; et dans cette auréole et cette allégresse, il monte au palais de la lumière.

Ô glorieux André, dont précieuse est la prière, la mort lumineuse, et suave la souvenance ;

Du fond de ce val des larmes, tendre Pasteur des âmes, élevez-nous par votre faveur jusqu’à cette éclatante lumière.

Amen.

Autres liturgies

Les pièces que nous avons rapportées jusqu’ici appartiennent à la Liturgie Romaine, étant tirées des livres de cette Mère des Églises, ou de ceux des diverses Églises de l’Occident qui gardent la forme de ses offices. Nous allons maintenant, à la louange de notre saint apôtre, produire ici quelques-unes des formules que les autres liturgies anciennes lui ont consacrées ; nous commencerons par le rite Ambrosien, auquel nous empruntons la belle Préface qui suit.

Préface

Il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire, que nous vous rendions grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel ; car voici le jour consacré à la mémoire d’un mystère auguste, le jour où le bienheureux André se fit reconnaître pour le frère de l’Apôtre Pierre, tant par son zèle à prêcher votre Christ que par son courage à le confesser, jour dans lequel il compléta l’honneur de la dignité apostolique par les souffrances unies à la gloire ; ne voulant pas taire sur la croix même ce qu’il avait prêché sur la terre d’une voix intrépide ; heureux de suivre l’auteur de la vie éternelle pendant les jours de cette vie, et de l’imiter ensuite dans le genre de sa mort. Fidèle au précepte du Sauveur, il avait crucifié en lui-même les désirs terrestres : à son exemple il fut attaché à la croix. Donc, les deux frères pêcheurs sont tous deux élevés au ciel par la Croix, en sorte que ceux que votre grâce, Seigneur, avait enchaînés de tant de liens d’amour, une même couronne fût tressée pour eux et les réunît dans le royaume des cieux, et qu’après avoir livré un seul et même combat, une seule et même récompense demeurât leur partage.

La Liturgie Gallicane célébra aussi les grandeurs de saint André. Dans le petit nombre de fragments qui nous sont restés des monuments qui la composaient, aucune pièce métrique ne nous est parvenue ; mais du moins la Préface que nous donnons ici sous son titre gallican de Contestation, montre que l’Église des Gaules, du 4e au 8e siècle, partageait l’enthousiasme des Églises Romaine et Ambrosienne pour le glorieux Apôtre de la Croix.

Contestation

Il est digne et juste, équitable et raisonnable que nous rendions d’ineffables actions de grâces à votre bonté, Dieu tout-puissant et éternel, et que nous célébrions avec une joie sans égale la passion de vos Saints, par Jésus-Christ notre Seigneur, qui donna au bienheureux André la foi, dès le moment de sa vocation, et plus tard lui octroya la victoire dans les souffrances. Le bienheureux André avait donc reçu ces deux faveurs ; et c’est pour cela qu’il montrait la constance dans la prédication, la patience dans les supplices. Après des verges injustes, après l’étroite prison, enchaîné au gibet, il s’offrit à vous, ô Dieu! comme une oblation pure. Plein de douceur, il étend ses bras vers le ciel, il embrasse l’étendard de la Croix, il y colle ses lèvres, il y pénètre les secrets de l’Agneau. Enfin, comme on le conduisait au supplice, comme on le suspendait à la croix, il souffrait dans la chair, mais l’Esprit parlait par sa bouche. Il oublie les douleurs de la croix, en prêchant Jésus-Christ du haut de cette croix. Plus son corps était étendu sur le bois, plus sa langue exaltait le Christ ; car, suspendu au bois, il se félicitait d’être associé au Christ. Il ne souffre pas qu’on le descende de la croix, dans la crainte que l’ardeur du combat qu’il soutient ne s’attiédisse. La foule le considère et se lamente ; elle veut qu’on délie les liens de celui qu’elle sait être le médecin des âmes ; elle demande qu’on dégage le juste, dans la crainte que le peuple lui-même ne périsse pour un si grand forfait. Cependant, le martyr rend l’âme, et est admis en possession du royaume de l’éternel juge. Par ses mérites, accordez-nous, Dieu tout-puissant, d’être délivrés et préservés de tous les maux, et de vous rendre d’éternelles louanges et actions de grâces, à vous, notre Seigneur, Dieu des Martyrs et Prince des Apôtres.

La Liturgie Mozarabe est très abondante sur les louanges de saint André, tant au Missel qu’au Bréviaire ; nous nous bornons à lui emprunter la belle Oraison qui suit :

Capitule

Ô Christ, notre Seigneur, qui avez décoré le très heureux André de la grâce de l’Apostolat et de la couronne du Martyre, lui ayant fait l’honneur d’arriver lui-même au supplice de la Croix, après avoir prêché le mystère de cette même Croix : accordez-nous de devenir de très véritables amateurs de votre sainte Croix, et, nous renonçant nous-mêmes, de prendre notre croix et de vous suivre ; afin que, participant en cette vie à vos souffrances, nous méritions de parvenir à la félicité de l’éternelle vie.

L’Église Grecque ne le cède à aucune de celles de l’Occident pour le zèle à célébrer les prérogatives et les mérites de saint André. Il lui est même d’autant plus cher, que Constantinople le regarde comme son Apôtre tutélaire. Il serait difficile, peut-être, de justifier par des arguments sérieux la prétention des Grecs, qui attribuent à saint André la fondation de l’Église de Byzance ; mais il est certain que Constantinople fut, pendant plusieurs siècles, enrichie du précieux dépôt de ses reliques. Elles y furent transportées en 357, par les soins de l’Empereur Constance, qui les déposa dans la Basilique des Apôtres bâtie par Constantin. Plus tard, vers le milieu du 6e siècle, Justinien en fit une nouvelle translation, toujours dans la même Église. Nous empruntons aux Menées des Grecs les belles Hymnes qui suivent ; la première se chante à l’Office du soir, et la seconde à l’Office du matin.

Au solennel office du soir

Quand Celui que l’on compare à l’astre avant-coureur du jour, et que nous appelons la splendeur hypostatique de la gloire du Père, voulut, par sa grande miséricorde, sauver le genre humain, tu vins le premier, ô glorieux André, te présenter à lui, illuminé dans ton âme par la pure clarté de sa très parfaite Divinité ; c’est pourquoi tu es appelé et le héraut et l’Apôtre de notre Dieu, lequel daigne prier de sauver nos âmes.

Quand Celui qu’avait proclamé la voix du Précurseur, le Verbe très saint, se fit chair et nous donna la vie ; quand il apporta la bonne nouvelle du salut à la terre, tu vins te mettre à sa suite en t’offrant toi-même comme prémices, comme sacrifice, et première oblation à Celui que tu fis ensuite connaître, et que tu désignas à ton frère comme étant notre Dieu, lequel daigne prier de sauver nos âmes.

Quand Celui qui se revêtit de notre chair dans un sein infécond, et pourtant florissant ; quand le Fils de la Vierge apparut, le maître de la piété, l’auteur de la pureté ; alors, très ardent amateur de la vertu, ô André ! tu fus au comble de ton bonheur ; disposant dans ton cœur de sublimes élans, tu t’élevas de la gloire à la gloire ineffable du Seigneur notre Dieu, lequel daigne prier de sauver et d’éclairer nos âmes.

Tu abandonnes la pêche des poissons, ô grand Apôtre, pour pêcher les hommes avec la ligne de la prédication, leur jetant l’appât de la piété, et retirant tous les peuples de l’abîme de l’erreur, ô André, Apôtre, frère du Coryphée, glorieux, excellent et puissant Prince de la terre ; viens illuminer par ta douce mémoire ceux qui sont dans les ténèbres.

Le premier appelé à l’Apostolat, l’imitateur de votre Passion, celui qui se rendit semblable à vous, Seigneur, c’est André, Apôtre, lequel se servant de votre Croix comme d’une ligne salutaire, retira de l’abîme de l’ignorance ceux qui y vivaient errants autrefois, et vous les amena ; c’est pourquoi, nous, fidèles qui avons été sauvés, nous crions vers vous, ô Seigneur de bonté : Pacifiez notre vie et sauvez nos âmes par son intercession !

L’Apôtre disciple du Christ est un feu qui illumine les intelligences, consume les péchés et pénètre jusqu’au fond des cœurs. Il brille par les mystiques rayons de ses préceptes dans les cœurs ténébreux des Gentils. Il consume les vains rejetons des discours fabuleux des impies ; tant a d’énergie le feu de l’Esprit-Saint ! Ô étonnante merveille ! une langue de limon, une nature d’argile, un corps de poussière a montré à tous l’intellectuelle, l’immatérielle Gnose. Et toi, ô initié des mystères ineffables ! ô contemplateur des choses célestes! daigne prier le Seigneur d’illuminer nos âmes.

Réjouis-toi, ô Ciel éloquent ! qui racontes partout la gloire de notre Dieu. Le premier tu te soumis à l’obéissance du Seigneur, tu t’attachas immédiatement à lui ; et nourri de ses divins feux, tu apparus comme une seconde lumière pour éclairer de tes rayons ceux qui vivaient dans les ténèbres, imitant ainsi la bénignité du Seigneur ; c’est pourquoi nous célébrons par nos louanges ta sainte mémoire, et nous baisons avec grande joie la châsse sacrée de tes Reliques, de laquelle découle la santé et une grande miséricorde pour ceux qui t’invoquent.

Par les filets de tes oracles, tu as retiré de l’abîme de l’ignorance les peuples qui ne connaissaient point Dieu. Tu as agité les ondes comme le coursier généreux du dominateur de la mer, ô digne de toute louange ! tu as desséché l’ordure de l’impiété, ô sel vénérable, en y semant ta sagesse, laquelle, ô glorieux Apôtre, remplit de stupeur et d’étonnement ceux qu’enflait une vaine et nuisible sagesse, et qui ignoraient le Seigneur qui donne au monde sa grande miséricorde.

À l’office du matin

Tu es accouru, ô André ! appelé non par la soif, mais de toi-même, comme le cerf, à la fontaine de vie. Appuyé sur la foi, tu as abreuvé aux sources incorruptibles les régions les plus éloignées, exténuées par la soif.

Tu as reconnu les lois de la nature, ô André l’Admirable ! et tu as admis ton frère en partage avec toi, en lui criant : Nous avons trouvé le Désiré ; et à celui qui marchait selon la voie de la chair, tu as procuré la connaissance de l’Esprit.

Quand le Verbe eut dit : Suivez-moi, Céphas aussi suivit le Christ avec André ; tous deux disant adieu à leur père, à leur barque, à leurs filets, pour être les citadelles de la foi.

La déifique et inépuisable vertu du puissant auteur de toutes choses et de l’Esprit sans cesse enflammé, habitant en toi, ô divin André ! sous la forme d’une langue de feu, te fît connaître comme le héraut des ineffables vérités.

André, digne à jamais de tout honneur, n’apporta point des armes de chair pour sa défense et pour la destruction des remparts terribles de son ennemi ; mais, couvert de la cuirasse, il amena soumises au Christ les nations que le Christ avait déjà rachetées de la captivité.

André, voyant le premier votre ineffable beauté, ô Jésus ! appela son frère à haute voix : Pierre, dit-il, homme brûlant de désirs, nous avons trouvé le Messie prédit dans la Loi et les Prophètes ; viens, attachons-nous à la véritable Vie.

Tu as retrouvé, pour ta récompense, Celui que tu désirais, ô Apôtre André ! Celui avec lequel tu as lié les gerbes de tes travaux, et tu les as dignement amassées ; c’est pourquoi nous te chantons un hymne de gloire.

Tu as désiré le Maître et tu l’as suivi, marchant à la vie sur ses traces, imitant ses souffrances jusqu’à la mort, ô André ! digne de tout honneur.

Tu as navigué tranquillement sur la mer spirituelle de la vie, ô Apôtre ! tu l’as parcourue avec la voile de l’Esprit, et la foi au Christ ; c’est pourquoi tu es parvenu joyeux au port de vie pour les siècles des siècles.

Le Soleil spirituel s’étant couché par sa volonté sur la Croix, André, le grand et brillant flambeau de l’Église, le glorieux reflet de ce divin soleil, voulant disparaître aussi et s’éteindre dans le Christ, a été suspendu au bois.

Comme un disciple, le plus généreux de tous, de Celui qui volontairement fut attaché à la Croix, tu as suivi ton Maître jusqu’à la mort, tu es monté avec joie sur les sommets de la Croix ; nous traçant, ô bienheureux Apôtre, la route qui mène aux cieux.

Réjouis-toi présentement, Bethsaïda : en toi, en ton sein maternel ont fleuri les deux lis odorants, Pierre et André, qui ont répandu dans tout l’univers comme une suave odeur la prédication de la foi, par la grâce du Christ dont ils ont partagé la Passion.

La cité des Pères te possède comme son pasteur et son divin gouverneur, comme son libérateur dans tous les dangers et sa sentinelle vigilante, ô André, plein de sagesse ! Elle t’offre des hommages reconnaissants ; et toi, prie sans cesse pour elle, afin qu’elle soit préservée de toute calamité.

L’Église de Constantinople, si jalouse de la gloire de saint André, ne garda pas toujours le précieux dépôt de sa dépouille mortelle. Elle fut privée de ce trésor en 1210, lors de la prise de cette ville par les Croisés. Le Cardinal Pierre de Capoue, Légat Apostolique, transporta le corps du saint Apôtre dans la Cathédrale d’Amalfi, au royaume de Naples, où il repose encore, illustre par des miracles sans nombre et environné des témoignages de la vénération des peuples. On sait qu’à la même époque, les plus précieuses reliques de l’Église grecque passèrent, par un visible jugement de Dieu, entre les mains des Latins. Byzance méconnut ces redoutables avertissements, et persista dans l’orgueil de son schisme. Elle avait néanmoins conservé le Chef du saint Apôtre, sans doute parce que, dans les diverses Translations qui avaient eu lieu, il avait été réservé dans un reliquaire à part. Lors de la destruction de l’Empire Byzantin par les Turcs, la Providence disposa les événements de manière à enrichir l’Église de Rome d’une si précieuse relique. En 1462, le Chef de saint André fut donc apporté de Grèce par le célèbre Cardinal Bessarion, et le douze avril de cette même année, dimanche des Rameaux, l’héroïque Pape Pie II l’alla chercher en grande pompe jusqu’au Pont Milvius (Ponte Molle) et le déposa dans la Basilique de Saint-Pierre au Vatican, où il est encore aujourd’hui, près de la Confession du Prince des Apôtres. À l’aspect de ce Chef vénérable, Pie II se sentit transporté d’un enthousiasme religieux, et avant de lever un si glorieux fardeau pour l’introduire dans Rome, il prononça le magnifique discours que nous allons rapporter ici, comme un complément des éloges liturgiques que les diverses Églises ont prodigués à saint André :

« Vous voici donc arrivé, ô très saint et très vénérable Chef du saint Apôtre ! La fureur des Turcs vous a chassé de votre asile, et vous venez demander un refuge à votre frère le Prince des Apôtres. Non, ce frère ne vous fera point défaut ; et par la volonté du Seigneur, on pourra dire un jour à votre gloire : Ô heureux exil qui trouve un pareil secours! Cependant, vous demeurerez avec votre frère, et vous partagerez ses honneurs.

Cette ville que vous voyez, c’est l’auguste Rome consacrée par le sang précieux de votre frère. Ce peuple qui vous entoure, c’est celui que le bienheureux Apôtre, votre frère plein de tendresse, aidé par saint Paul, le Vase d’élection, a régénéré en Jésus-Christ. Fils de votre frère, ces Romains sont vos neveux. Tous reconnaissent en vous le frère d’un père, un second père ; tous vous vénèrent, vous honorent, vous rendent hommage et s’appuient sur votre patronage en la présence du grand Dieu.

Ô très fortuné Apôtre André ! prédicateur de la vérité, défenseur de l’auguste Trinité, de quelle joie vous nous remplissez en ce moment où nous contemplons de nos yeux votre tête sacrée et vénérable, qui mérita qu’au jour de la Pentecôte, le saint Paraclet se reposât visiblement sur elle, sous l’apparence du feu !

Ô vous, Chrétiens, qui allez à Jérusalem pour honorer le Sauveur au lieu même où ses pieds se sont posés, voici le Trône de l’Esprit- Saint ! Ici s’arrêta l’Esprit du Seigneur ; ici a été vue la troisième personne de la Trinité ; ici ont été des yeux qui souvent ont contemplé le Seigneur dans la chair. Cette bouche a fréquemment adressé la parole au Christ ; ces joues, il n’est pas douteux qu’elles n’aient plus d’une fois reçu les baisers de Jésus.

Ô Sanctuaire ineffable ! ô charité ! ô piété ! ô douceur de l’âme ! ô consolation de l’esprit ! qui ne sentirait, en une telle présence, ses entrailles s’émouvoir ? Quel cœur ne s’embraserait ? Qui ne répandrait des larmes de joie, à l’aspect des tant vénérables et précieuses reliques de l’Apôtre du Christ ? Oui, nous nous réjouissons, nous tressaillons, nous jubilons de votre arrivée, ô très divin Apôtre André ! car nous ne doutons pas que vous ne soyez ici accompagnant votre Chef mortel, et que vous ne fassiez avec lui votre entrée dans Rome.

Sans doute, nous haïssons les Turcs, ennemis de la Religion chrétienne ; mais nous ne les haïssons pas de ce qu’ils ont été la cause de votre venue parmi nous. En effet, que pouvait-il nous arriver de plus fortuné que de contempler votre très honorable Chef, et d’être embaumés de son très suave parfum ? Une seule chose nous attriste : c’est de ne pouvoir, à votre arrivée, vous rendre les honneurs dont vous êtes digne, ni vous recevoir comme le mérite votre excellente sainteté. Mais accueillez notre désir, comprenez la sincérité de notre cœur, et souffrez avec bonté que nos mains indignes touchent vos ossements, et que nous, pécheurs, vous fassions cortège dans l’enceinte de la ville.

Pénétrez donc dans cette sainte Cité, et soyez propice au peuple Romain. Qu’à tout le monde chrétien votre arrivée soit salutaire, votre entrée pacifique ; votre séjour au milieu de nous, heureux et fortuné. Soyez notre Avocat au ciel, et ensemble avec les bienheureux Apôtres Pierre et Paul, veillez paternellement sur tout le peuple chrétien, afin que, par votre intercession, les miséricordes de Dieu viennent sur nous ; et si nos péchés, qui sont nombreux, ont provoqué son indignation, qu’elle retombe sur les Turcs impies et sur les nations barbares qui déshonorent le Seigneur Jésus-Christ. Amen. »

C’est ainsi que la gloire de saint André est venue se confondre, dans Rome, avec celle de saint Pierre. Mais l’Apôtre de la Croix, dont la fête était autrefois décorée d’une Octave dans beaucoup d’Églises, compte aussi parmi ses titres d’honneur celui d’avoir été choisi pour Patron de l’un des Royaumes de l’Occident : l’Écosse, aux jours de l’unité catholique, s’était placée sous sa protection. Puisse-t-il s’en souvenir du haut du ciel, et préparer le retour de cette contrée à la véritable foi !

Prions maintenant, en union avec l’Église, ce saint Apôtre dont le nom et la mémoire font la gloire de ce jour ; rendons-lui honneur, et demandons-lui le secours dont nous avons besoin.

C’est vous, ô bienheureux André ! que nous rencontrons le premier aux abords de ce chemin mystique de l’Avent où nous marcherons bientôt, cherchant notre divin Sauveur Jésus-Christ ; et nous remercions Dieu de ce qu’il a bien voulu nous ménager une telle rencontre. Quand Jésus, notre Messie, se révéla au monde, vous aviez déjà prêté une oreille docile au saint Précurseur qui annonçait son approche, et vous fûtes des premiers parmi les mortels à confesser, dans le fils de Marie, le Messie promis dans la Loi et les Prophètes. Mais vous ne voulûtes pas rester seul confident d’un si merveilleux secret, et bientôt vous fîtes part de la Bonne Nouvelle à Pierre votre frère, et vous l’amenâtes à Jésus.

Saint Apôtre, nous aussi nous désirons le Messie, le Sauveur de nos âmes ; puisque vous l’avez trouvé, daignez donc aussi nous amener à lui. Nous mettons sous votre protection cette sainte carrière d’attente et de préparation qu’il nous reste à traverser, jusqu’au jour où ce Sauveur si attendu paraîtra dans le mystère de sa merveilleuse Naissance. Aidez-nous à nous rendre dignes de le voir au milieu de cette nuit radieuse où il apparaîtra. Le baptême de la pénitence vous prépara à recevoir la grâce insigne de connaître le Verbe de vie ; obtenez-nous d’être vraiment pénitents et de purifier nos cœurs, durant ce saint temps, afin que nous puissions contempler de nos yeux Celui qui a dit : Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu.

Vous êtes puissant pour introduire les âmes auprès du Seigneur Jésus, ô glorieux André ! puisque celui-là même que le Seigneur devait établir Chef de tout le troupeau, fut présenté par vous à ce divin Messie. Nous ne doutons pas que le Seigneur n’ait voulu, en vous appelant à lui en ce jour, assurer votre suffrage aux chrétiens qui cherchant de nouveau, chaque année, Celui en lequel vous vivez à jamais, viennent vous demander la voie qui conduit à lui.

Cette voie, vous nous l’enseignez, est la voie de la fidélité, de la fidélité jusqu’à la Croix. Vous y avez marché avec courage ; et parce que la Croix conduit à Jésus-Christ, vous avez aimé la Croix avec passion. Priez, ô saint Apôtre ! afin que nous comprenions cet amour de la Croix ; afin que, l’ayant compris, nous le mettions en pratique. Votre frère nous dit dans son Épître : Puisque le Christ a souffert dans la chair, armez-vous, mes frères, de cette pensée[1]. Vous, ô bienheureux André ! vous nous présentez aujourd’hui le commentaire vivant de cette maxime. Parce que votre Maître a été crucifié, vous avez voulu l’être aussi. Du haut de ce trône où vous vous êtes élevé par la Croix, priez donc, afin que la Croix soit pour nous l’expiation des péchés qui nous couvrent, l’extinction des flammes mondaines qui nous brûlent, enfin, le moyen de nous unir par l’amour à Celui que son amour seul y a attaché.

Mais, quelque importantes et précieuses que soient pour nous les leçons de la Croix, souvenez-vous, ô grand Apôtre ! que la Croix est la consommation, et non le principe. C’est le Dieu enfant, c’est le Dieu de la crèche qu’il nous faut d’abord connaître et goûter ; c’est l’Agneau de Dieu que vous désigna saint Jean, c’est cet Agneau que nous avons soif de contempler. Le temps qui va s’ouvrir est celui de l’Avent, et non celui de la dure Passion du Rédempteur. Fortifiez donc notre cœur pour le jour du combat ; mais ouvrez-le en ce moment à la componction et à la tendresse. Nous plaçons sous votre patronage le grand œuvre de notre préparation à l’Avènement du Christ en nos cœurs.

Souvenez-vous aussi, bienheureux André, de la sainte Église dont vous êtes une des colonnes, et que vous avez arrosée de votre sang ; levez vos mains puissantes pour elle, en présence de Celui pour lequel elle milite sans cesse. Demandez que la Croix qu’elle porte en traversant ce monde soit allégée, et priez aussi afin qu’elle aime cette Croix, et qu’elle y puise sa force et son véritable honneur. Souvenez-vous en particulier de la sainte Église Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres, et lui obtenez la victoire et la paix par la Croix, à cause du tendre amour qu’elle vous porte. Visitez de nouveau, dans votre Apostolat, l’Église de Constantinople, qui a perdu la vraie lumière avec l’unité, parce qu’elle n’a pas voulu rendre hommage à Pierre, votre frère, que vous avez honoré comme votre Chef, pour l’amour de votre commun Maître. Enfin, priez pour le royaume d’Écosse, qui depuis trois siècles a oublié votre douce tutelle ; obtenez que les jours de l’erreur soient abrégés, et que cette moitié de l’Île des Saints rentre bientôt, avec l’autre, sous la houlette de l’unique Pasteur.

[1] – 1 s. Pierre 4, 1.