Dom Guéranger ~ L’Année liturgique
Historique, mystique et pratique de l’avent

Historique de l’avent

On donne, dans l’Église latine, le nom d’avent (du mot latin adventus, qui signifie avènement) au temps destiné par l’Église à préparer les fidèles à la célébration de la fête de Noël, anniver­saire de la naissance de Jésus-Christ. Le mystère de ce grand jour méritait bien sans doute l’honneur d’un prélude de prière et de pénitence : aussi serait-il impossible d’assigner d’une manière certaine l’institution première de ce temps de préparation, qui n’a reçu que plus tard le nom d’avent. Il paraît toutefois que cette observance aurait commencé d’abord en Occident ; car il est in­dubitable que l’avent n’a pu être affecté comme préparation à la fête de Noël, que depuis que cette fête a été définitivement fixée au vingt-cinq décembre : ce qui n’a eu lieu pour l’Orient que vers la fin du 4e siècle, tandis qu’il est certain que l’Église de Rome la célébrait en ce jour longtemps auparavant.

L’avent doit être considéré sous deux points de vue différents : comme un temps de préparation proprement dite à la naissance du Sauveur, par les exercices de la pénitence, ou comme un corps d’offices ecclésiastiques organisé dans le même but. Nous trou­vons, dès le 5e siècle, l’usage de faire des exhortations au peuple pour le disposer à la fête de Noël ; il nous reste même sur ce sujet deux sermons de saint Maxime de Turin, sans parler de plusieurs autres attribués autrefois à saint Ambroise et à saint Augustin, et qui paraissent être de saint Césaire d’Arles. Si ces monuments ne nous apprennent point encore la durée et les exercices de cette sainte carrière, nous y voyons du moins l’ancienneté de l’usage qui marque par des prédications particulières le temps de l’avent. Saint Yves de Chartres, saint Bernard, et plusieurs autres doc­teurs des 11e et 12e siècles, ont laissé des sermons spéciaux de Adventu Domini, totalement distincts des homélies dominicales sur les évangiles de ce temps. Dans les Capitulaires de Charles le Chauve, de l’an 846, les Évêques représentent à ce prince qu’il ne doit pas les retirer de leurs Églises pendant le carême, ni pendant l’avent, sous prétexte des affaires de l’État, ou de quelque expédi­tion militaire, parce qu’ils ont des devoirs particuliers à remplir, et principalement celui de la prédication, durant ce saint temps.

Le plus ancien document où l’on trouve le temps et les exercices de l’avent précisés d’une manière tant soit peu claire, est un pas­sage de saint Grégoire de Tours, au deuxième livre de son His­toire des Francs, dans lequel il rapporte que saint Perpétuus, l’un de ses prédécesseurs, qui siégeait vers l’an 480, avait statué que les fidèles jeûneraient trois fois la semaine, depuis la fête de saint Martin jusqu’à Noël. Par ce règlement, saint Perpétuus établis­sait-il une observance nouvelle, ou sanctionnait-il simplement une loi établie ? C’est ce qu’il est impossible de déterminer avec exactitude aujourd’hui. Remarquons du moins cet intervalle de quarante jours ou plutôt de quarante-trois jours, désigné expres­sément, et consacré par la pénitence comme un second carême, quoique avec une moindre rigueur.

Nous trouvons ensuite le neuvième canon du premier Concile de Mâcon, tenu en 582, qui ordonne que, durant le même intervalle de la Saint-Martin à Noël, on jeûnera les lundis, mercredis et vendredis, et qu’on célébrera le sacrifice suivant le rite Quadra­gésimal. Quelques années auparavant, le deuxième Concile de Tours, tenu en 567, avait enjoint aux moines de jeûner depuis le commencement du mois de décembre jusqu’à Noël. Cette prati­que de pénitence s’étendit bientôt à la quarantaine tout entière pour les fidèles eux-mêmes ; et on lui donna vulgairement le nom de carême de saint Martin. Les Capitulaires de Charlemagne, au livre sixième, n’en laissent plus aucun doute ; et Rhaban Maur atteste la même chose au livre second de l’Institution des Clercs. On faisait même des réjouissances particulières à la fête de saint Martin, en la manière qu’on en fait encore aux approches du carême et à la fête de Pâques.

L’obligation de ce carême, qui, commençant à poindre d’une manière presque imperceptible, s’était accrue successivement jusqu’à devenir une loi sacrée, se relâcha insensiblement ; et les quarante jours de la Saint-Martin à Noël se trouvèrent réduits à quatre semaines. On a vu que la coutume de ce jeûne avait com­mencé en France ; mais de là elle s’était répandue en Angleterre, comme nous l’apprenons par l’Histoire du Vénérable Bède ; en Italie, ainsi qu’il conste d’un diplôme d’Astolphe, roi des Lom­bards, de l’an 753 ; en Allemagne, en Espagne, etc., comme on en peut voir les preuves dans le grand ouvrage de Dom Martène sur les anciens Rites de lÉglise. Le premier indice que nous rencon­trons de la réduction de l’avent à quatre semaines se trouve être, dès le 9e siècle, la lettre du pape saint Nicolas Ier aux Bulgares. Le témoignage de Rathier de Vérone et d’Abbon de Fleury, tous deux auteurs du même siècle, sert aussi à prouver que dès lors il était grandement question de diminuer d’un tiers la durée du jeûne de l’avent. Il est vrai que saint Pierre Damien, au 11e siècle, suppose encore que le jeûne de l’avent était de quarante jours, et que saint Louis, deux siècles après, l’observait encore en cette mesure ; mais peut-être ce saint roi le pratiquait-il ainsi par un mouvement de dévotion particulière.

La discipline des Églises de l’Occident, après s’être relâchée sur la durée du jeûne de l’avent, se radoucit bientôt au point de trans­former ce jeûne en une simple abstinence ; et encore trouve-t-on des Conciles dès le 12e siècle, tels que ceux de Selingstadt, en 1122, et d’Avranches, en 1172, qui semblent n’astreindre que les clercs à cette abstinence. Le Concile de Salisbury, en 1281, paraît même n’y obliger que les moines. D’un autre côté, telle est la confusion sur cette matière, sans doute parce que les diverses Églises d’Occident n’en ont pas fait l’objet d’une discipline uniforme, que, dans sa lettre à l’Évêque de Brague, Innocent III atteste que l’usage de jeûner pendant tout l’avent se conservait à Rome de son temps, et que Durand, au même 13e siècle, dans son Rational des divins Offices, témoigne pareillement que le jeûne était conti­nuel en France durant tout le cours de cette sainte carrière.

Quoi qu’il en soit, cet usage tomba de plus en plus en désuétude, en sorte que tout ce que put faire, en 1302, le pape Urbain V pour en arrêter la chute complète, ce fut d’obliger tous les clercs de sa cour à garder l’abstinence de l’avent, sans aucune mention du jeûne, et sans comprendre aucunement les autres clercs, et moins encore les laïques, sous cette loi. Saint Charles Borromée chercha aussi à ressusciter l’esprit, sinon la pratique des temps anciens, chez les peuples du Milanais. Dans son quatrième Concile, il enjoignit aux curés d’exhorter les fidèles à communier au moins tous les dimanches du carême et de l’avent, et adressa ensuite à ses diocésains eux-mêmes une lettre pastorale, dans laquelle, après leur avoir rappelé les dispositions avec lesquelles on doit célébrer ce saint temps, il faisait instance pour les engager à jeûner au moins les lundis, les mercredis et les vendredis de chaque semaine de l’avent. Enfin Benoît XIV encore archevêque de Bologne, marchant sur de si glorieuses traces, a consacré sa onzième Institution Ecclésiastique à réveiller dans l’esprit des fidèles de son diocèse la haute idée que les chrétiens avaient autrefois du saint temps de l’avent, et à combattre un préjugé répandu dans cette contrée, savoir que l’avent ne regardait que les personnes religieuses, et non les simples fidèles. Il montre que cette assertion, à moins qu’on ne l’entende simplement du jeûne et de l’abstinence, est à proprement parler téméraire et scanda­leuse, puisqu’on ne saurait douter qu’il existe, dans les lois et les usages de l’Église universelle, tout un ensemble de pratiques des­tinées à mettre les fidèles dans un état de préparation à la grande fête de la naissance de Jésus-Christ.

L’Église grecque observe encore le jeûne de l’avent, mais avec beaucoup moins de sévérité que celui du carême. Il se compose de quarante jours, à partir du 14 novembre, jour où cette Église célè­bre la fête de l’apôtre saint Philippe. Pendant tout ce temps, on garde l’abstinence de la viande, du beurre, du lait et des œufs ; mais on y use de poisson, d’huile et de vin, toutes choses interdi­tes durant le carême. Le jeûne proprement dit n’est d’obligation que pour sept jours sur les quarante ; et tout l’ensemble s’appelle vulgairement le carême de saint Philippe. Les Grecs justifient ces adoucissements, en disant que le carême de Noël n’est que de l’institution des moines, tandis que celui de Pâques est d’institu­tion apostolique.

Mais si les pratiques extérieures de pénitence qui consacraient autrefois le temps de l’avent, chez les Occidentaux, se sont peu à peu mitigées, en sorte qu’il n’en reste plus maintenant aucun ves­tige hors des monastères, l’ensemble de la liturgie de l’avent n’a pas changé ; et c’est dans le zèle à s’en approprier l’esprit que les fidèles feront preuve d’une véritable préparation à la fête de Noël.

La forme liturgique de l’avent, telle qu’elle se garde aujourd’hui dans l’Église romaine, a souffert quelques variations. Saint Grégoire paraît avoir le premier dressé cet Office qui aurait d’abord embrassé cinq dimanches, ainsi qu’on est à même de le voir par les plus anciens Sacramentaires de ce grand Pape. On peut même dire à ce sujet, d’après Amalaire de Metz et Bernon de Richenaw, qui sont suivis en cela par Dom Martène et Benoît XIV, que saint Grégoire semblerait être l’auteur du précepte ecclésias­tique de l’avent, bien que l’usage de consacrer un temps plus ou moins long à se préparer à la fête de Noël soit d’ailleurs immémo­rial, et que l’abstinence et le jeûne de ce saint temps aient d’abord commencé en France. Saint Grégoire aurait déterminé, pour les Églises du rite romain, la forme de l’office durant cette espèce de carême, et sanctionné le jeûne qui l’accompagnait, laissant tou­tefois quelque latitude aux diverses Églises dans la manière de le pratiquer.

Le sacramentaire de saint Gélase ne porte aucune messe, ni office de préparation à Noël ; les premières que l’on rencontre sont au sacramentaire grégorien, et, ainsi que nous venons de le dire, les messes y sont au nombre de cinq. Il est remarquable qu’alors on comptait ces dimanches à rebours, appelant premier dimanche celui qui était le plus voisin de Noël, et ainsi des autres. Dès les 9e et 10e siècles, ainsi qu’on le voit par Amalaire, saint Nicolas Ier, Bernon de Richenaw, Rathier de Vérone, etc., les dimanches étaient déjà réduits à quatre ; c’est aussi le nombre que porte le sacramentaire grégorien donné par Pamélius, et qui semble avoir été transcrit à cette époque. Depuis lors, dans l’Église romaine, la durée de l’avent n’a pas varié, et il a toujours consisté en quatre semaines, dont la quatrième est celle même dans laquelle tombe la fête de Noël, à moins que cette fête n’arrive le dimanche. On peut donc assigner déjà à l’usage actuel une durée de mille ans, du moins dans l’Église romaine ; car il y a des preuves que jusqu’au 13e siècle certaines Églises de France ont gardé l’usage des cinq dimanches.

L’Église ambrosienne, aujourd’hui encore, compte six semaines dans sa liturgie de l’avent ; le missel gothique ou mozarabe garde la même coutume. Pour l’Église gallicane, les fragments que Dom Mabillon nous a conservés de sa liturgie ne nous apprennent rien à ce sujet ; mais il est naturel de penser avec ce savant homme, dont l’autorité est encore fortifiée par celle de Dom Martène, que l’Église des Gaules suivait en ce point, comme dans un grand nombre d’autres, les usages de l’Église gothique, c’est-à-dire que la liturgie de son avent se composait également de six dimanches et de six semaines.

Quant aux Grecs, leurs rubriques pour le temps de l’avent se lisent dans les ménées, après l’office du 14 novembre. Ils n’ont point d’office propre de l’avent, et ne célèbrent point pendant ce temps la messe des Présanctifiés, comme ils le font en carême. On trouve seulement, dans le corps même des offices des saints qui remplissent l’intervalle du 15 novembre au dimanche le plus proche de Noël, plusieurs allusions à la Nativité du Sauveur, à la maternité de Marie, à la grotte de Bethléhem, etc. Le dimanche qui précède Noël, ils font ce qu’ils appellent la Fête des saints Aïeux, c’est-à-dire la Commémoration des saints de l’Ancien Tes­tament, pour célébrer l’attente du Messie. Les 20, 21, 22 et 23 décembre sont décorés du titre d’Avant-Fête de la Nativité ; et quoique, en ces jours, on célèbre encore l’Office de plusieurs saints, le mystère de la prochaine naissance du Sauveur domine toute la liturgie.

Mystique de l’avent

Si maintenant, après avoir détaillé les caractères qui distinguent le temps de l’avent de tout autre temps, nous voulons pénétrer dans les profondeurs du mystère qui occupe l’Église à cette épo­que, nous trouvons que ce mystère de l’avènement de Jésus-Christ est à la fois simple et triple. Il est simple, car c’est le même Fils de Dieu qui vient ; triple, car il vient en trois temps et en trois manières.

« Dans le premier avènement, dit saint Bernard au sermon cin­quième sur l’avent, il vient en chair et infirmité ; dans le second, il vient en esprit et en puissance ; dans le troisième, il vient en gloire et en majesté ; et le second avènement est le moyen par lequel on passe du premier au troisième. »

Tel est le mystère de l’avent. Écoutons maintenant l’explication que Pierre de Blois va nous donner de cette triple visite du Christ, dans son sermon troisième de Adventu : « Il y a trois avènements du Seigneur, le premier dans la chair, le second dans l’âme, le troisième par le jugement. Le premier eut lieu au milieu de la nuit, suivant ces paroles de l’évangile : Au milieu de la nuit un cri sest fait entendre : Voici l’Époux ! Et ce premier avènement est déjà passé : car le Christ a été vu sur la terre et a conversé avec les hommes. Nous sommes présentement dans le second avène­ment : pourvu toutefois que nous soyons tels qu’il puisse ainsi venir à nous ; car il a dit que si nous laimons, il viendra à nous et fera sa demeure en nous. Ce second avènement est donc pour nous une chose mêlée d’incertitude ; car quel autre que l’Esprit de Dieu connaît ceux qui sont à Dieu ? Ceux que le désir des choses célestes ravit hors d’eux-mêmes, savent bien quand il vient ; cependant, ils ne savent pas doù il vient ni où il va. Quand au troisième avènement, il est très certain qu’il aura lieu ; très incer­tain quand il aura lieu : puisqu’il n’est rien de plus certain que la mort, et rien de plus incertain que le jour de la mort. Au moment où lon parlera de paix et de sécurité, dit le Sage, cest alors que la mort apparaîtra soudain, comme les douleurs de l’enfantement au sein de la femme, et nul ne pourra fuir. Le premier avènement fut donc humble et caché, le second est mys­térieux et plein d’amour, le troisième sera éclatant et terrible. Dans son premier avènement, le Christ a été jugé par les hommes avec injustice ; dans le second, il nous rend justes par sa grâce ; dans le dernier, il jugera toutes choses avec équité : Agneau dans le premier avè­nement, Lion dans le dernier, Ami plein de ten­dresse dans le second [1]. »

Les choses étant telles, la sainte Église, pendant l’avent, attend avec larmes et impatience la venue du Christ Rédempteur en son premier avènement. Elle emprunte pour cela les expressions en­flammées des prophètes, auxquelles elle ajoute ses propres sup­plications. Dans la bouche de l’Église, les soupirs vers le Messie ne sont point une pure commémoration des désirs de l’ancien peuple : ils ont une valeur réelle, une influence efficace sur le grand acte de la munificence du Père céleste qui nous a donné son Fils. Dès l’éternité, les prières de l’ancien peuple et celles de l’Église chrétienne unies ensemble ont été présentes à l’oreille de Dieu ; et c’est après les avoir toutes entendues et exau­cées, qu’il a envoyé en son temps sur la terre cette rosée bénie qui a fait germer le Sauveur.

L’Église aspire aussi vers le second avènement, suite du premier, et qui consiste, comme nous venons de le voir, en la visite que l’Époux fait à l’Épouse. Chaque année cet avènement a lieu dans la fête de Noël ; et une nouvelle naissance du Fils de Dieu délivre la société des fidèles de ce joug de servitude que l’ennemi voudrait faire peser sur elle [2]. L’Église, durant l’avent, demande donc d’être visitée par celui qui est son chef et son Époux, visitée dans sa hiérarchie, dans ses membres, dont les uns sont vivants et les autres sont morts, mais peuvent revivre ; enfin dans ceux qui ne sont point de sa communion, et dans les infidèles eux-mêmes, afin qu’ils se convertissent à la vraie lumière qui luit aussi pour eux. Les expressions de la liturgie que l’Église emploie pour solli­citer cet amoureux et invisible avènement, sont les mêmes que celles par lesquelles elle sollicite la venue du Rédempteur dans la chair ; car, sauf la proportion, la situation est la même. En vain le Fils de Dieu serait venu, il y a dix-huit siècles, visiter et sauver le genre humain, s’il ne revenait, pour chacun de nous et à chaque moment de notre existence, apporter et fomenter cette vie sur­naturelle dont le principe n’est que de lui et de son divin Esprit. Mais cette visite annuelle de l’Époux ne satisfait pas l’Église ; elle aspire après le troisième avènement qui consommera toutes choses, en ouvrant les portes de l’éternité. Elle a recueilli cette dernière parole de l’Époux : Voilà que je viens tout à lheure [3] ; et elle dit avec ardeur : Venez, Seigneur Jésus [4] ! Elle a hâte d’être délivrée des conditions du temps ; elle soupire après le complé­ment du nombre des élus, pour voir paraître sur les nuées du ciel le signe de son libérateur et de son Époux. C’est donc jusque-là que s’étend la signification des vœux qu’elle a déposés dans la liturgie de l’avent ; telle est l’explication de la parole du disciple bien-aimé dans sa prophétie : Voici les noces de lAgneau, et l’Épouse s’est préparée [5].

Mais ce jour de l’arrivée de l’Époux sera en même temps un jour terrible. La sainte Église souvent frémit à la seule pensée des for­midables assises devant lesquelles comparaîtront tous les hom­mes. Elle appelle ce jour « un jour de colère, duquel David et la Sibylle ont dit qu’il doit réduire le monde en cendres ; un jour de larmes et d’épouvante. » Ce n’est pas cependant qu’elle craigne pour elle-même, puisque ce jour fixera à jamais sur son front la couronne d’Épouse ; mais son cœur de Mère s’inquiète en son­geant qu’alors plusieurs de ses enfants seront à la gauche du Juge, et que, privés de toute part avec les élus, ils seront jetés pieds et mains liés dans ces ténèbres où il n’y aura que des pleurs et des grincements de dents. Voilà pourquoi, dans la liturgie de l’avent, l’Église s’arrête si souvent à montrer l’avènement du Christ comme un avènement terrible, et choisit dans les Écritures les passages les plus propres à réveiller une terreur salutaire dans l’âme de ceux de ses enfants qui dormiraient d’un sommeil de péché.

Tel est donc le triple mystère de l’avent. Or, les formes litur­gi­ques dont il est revêtu, sont de deux sortes : les unes consistent dans les prières, lectures et autres formules, où la parole elle-même est employée à rendre les sentiments que nous venons d’exposer ; les autres sont des rites extérieurs propres à ce saint temps, et desti­nés à compléter ce qu’expriment les chants et les paroles.

Remarquons d’abord le nombre des jours de l’avent. La quaran­taine est la première forme qu’ait adoptée l’Église pour cette période ; et cette forme est restée dans le rite ambrosien et chez les Orientaux. Si, plus tard, l’Église romaine et celles qui la sui­vent l’ont abandonnée, le quaternaire n’en est pas moins exprimé dans les quatre semaines qui ont été substituées aux quarante jours. La nouvelle naissance du Rédempteur a lieu après quatre semaines, comme la première naissance eut lieu après quatre mille années, selon la supputation de l’Hébreu et de la Vulgate.

Au temps de l’avent comme en celui du carême, les noces sont suspendues, afin que les joies humaines ne viennent pas distraire les chrétiens des pensées graves que doit leur inspirer l’attente du souverain Juge, ni les amis de lÉpoux [6] de l’espérance qu’ils nour­rissent chèrement d’être bientôt conviés aux Noces de l’éternité.

Les yeux du peuple sont avertis de la tristesse qui préoccupe le cœur de la sainte Église par la couleur de deuil dont elle se couvre. Hors les fêtes des saints, elle ne revêt plus que le violet ; le diacre dépose la dalmatique, et le sous-diacre la tunique[7]. Autre­fois même, on usait de la couleur noire en plusieurs lieux, comme à Tours, au Mans, etc. Ce deuil de l’Église marque avec quelle vérité elle s’unit aux vrais Israélites qui attendaient le Messie sous la cendre et le cilice, et pleuraient la gloire de Sion éclipsée, et « le sceptre ôté de Juda, jusqu’à ce que vienne celui qui doit être envoyé, et qui est l’attente des nations [8] ». Il signifie encore les œuvres de la pénitence, par lesquelles elle se prépare au second avènement plein de douceur et de mystère, qui a lieu dans les cœurs, en proportion de ce qu’ils se montrent touchés de la ten­dresse que leur témoigne cet Hôte divin qui a dit : Mes déli­ces sont d’être avec les enfants des hommes [9]. Il exprime enfin la désolation de cette veuve attendant l’Époux qui tarde à paraître. Elle gémit sur la montagne, comme la tourterelle, jusqu’à ce que la voix se fasse entendre qui dira : « Viens du Liban, mon Épou­se ; viens pour être couronnée, car tu as blessé mon cœur [10] ».

Pendant l’avent, l’Église suspend aussi, excepté aux fêtes des saints, l’usage du cantique angélique : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonœ voluntatis. En effet, ce chant mer­veilleux ne s’est fait entendre qu’en Bethléhem sur la crèche de l’Enfant divin ; la langue des anges n’est donc pas déliée encore ; la Vierge n’a pas déposé son divin fardeau ; il n’est pas temps de chanter, il n’est pas encore vrai de dire : Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté !

De même, à la fin du Sacrifice, la voix du diacre ne fait plus en­tendre ces paroles solennelles qui congédient l’assemblée des fidèles : Ite, Missa est ! les remplace par cette exclamation ordi­naire : Benedicamus Domino ! comme si l’Église craignait d’inter­rompre les prières du peuple, qui ne sauraient être trop prolon­gées en ces jours d’attente.[11]

À l’office de la nuit, la sainte Église retranche aussi, dans les mêmes jours, l’hymne de jubilation, Te Deum laudamus. C’est dans l’humilité qu’elle attend le bienfait souverain, et, durant cette attente, elle ne peut que demander, supplier, espérer. Mais à l’heure solennelle, quand, au milieu des ombres les plus épaisses, le Soleil de justice viendra à se lever tout à coup, elle retrouvera sa voix d’action de grâces ; et le silence de la nuit fera place, par toute la terre, à ce cri d’enthousiasme : « Nous vous louons, ô Dieu ! Seigneur, nous vous célébrons ! Ô Christ ! Roi de gloire, Fils éternel du Père ! pour la délivrance de l’homme, vous n’avez point eu horreur du sein d’une faible Vierge ».

Dans les jours de férie[12], avant de conclure chaque heure de l’office, les rubriques de l’avent prescrivent des prières particuliè­res qui doivent se faire à genoux ; le chœur doit aussi se tenir dans la même posture, aux mêmes jours, durant une partie consi­dérable de la messe. Sous ce rapport, les usages de l’avent sont totalement identiques à ceux du carême.

Toutefois, il est un trait spécial qui distingue ces deux temps : c’est que le chant de l’allégresse, le joyeux Alleluia, n’est pas sus­pendu durant l’avent, si ce n’est aux jours de férie. À la messe des quatre dimanches, on continue de le chanter ; et il forme con­traste avec la couleur sombre des ornements. Il est même un de ces dimanches, le troisième, où l’orgue retrouve sa grande et mélodieuse voix, et où la triste parure violette peut un moment faire place à la couleur rose. Ce souvenir des joies passées, qui se retrouve ainsi au fond des saintes tristesses de l’Église, dit assez que, tout en s’unissant à l’ancien peuple pour implorer la venue du Messie, et payer ainsi la grande dette de l’humanité envers la justice et la clémence de Dieu, elle n’oublie cependant pas que l’Emmanuel est déjà venu pour elle, qu’il est en elle, et qu’avant même qu’elle ait ouvert la bouche pour demander le salut, elle est déjà rachetée et marquée pour l’union éternelle. Voilà pourquoi l’alleluia se mêle à ses soupirs, pourquoi sont empreintes en elle toutes les joies et toutes les tristesses, en attendant que la joie surabonde à la douleur, en cette nuit sacrée qui sera plus radieuse que le plus brillant des jours.

Pratique de l’avent

Si la sainte Église, notre mère, passe le temps de l’avent dans cette solennelle préparation au triple avènement de Jésus-Christ ; si à l’exemple des vierges sages, elle tient sa lampe allumée pour l’arrivée de l’Époux, nous qui sommes ses membres et ses enfants, nous devons participer aux sentiments qui l’animent, et prendre pour nous cet avertissement du Sauveur : « Que vos reins soient ceints d’une ceinture comme ceux des voyageurs ; que des flam­beaux allumés brillent dans vos mains ; et soyez semblables à des serviteurs qui attendent leur maître [13] ». En effet, les destinées de l’Église sont les nôtres ; chacune de nos âmes est, de la part de Dieu, l’objet d’une miséricorde, d’une prévenance, semblables à celles dont il use à l’égard de l’Église elle-même. Elle n’est le tem­ple de Dieu, que parce qu’elle est composée de pierres vivantes ; elle n’est l’Épouse, que parce qu’elle est formée de toutes les âmes qui sont conviées à l’éternelle union. S’il est écrit que le Sauveur sest acquis l’Église par son sang [14], chacun de nous peut dire en parlant de soi-même, comme saint Paul : Le Christ ma aimé et s’est livré pour moi [15]. Les destinées étant donc les mêmes, nous devons nous efforcer, durant l’avent, d’entrer dans les sentiments de préparation dont nous venons de voir que l’Église elle-même est remplie.

Et d’abord, c’est pour nous un devoir de nous joindre aux saints de l’ancienne Loi pour demander le Messie, et d’accomplir ainsi cette dette du genre humain tout entier envers la divine miséri­corde. Afin de nous animer à remplir ce devoir, transportons-nous, par la pensée, dans le cours de ces quatre mille ans, repré­sentés par les quatre semaines de l’avent, et songeons à ces ténè­bres, à ces crimes de tout genre au milieu desquels l’ancien monde s’agitait. Que notre cœur sente vivement la reconnaissance qu’il doit à celui qui a sauvé sa créature de la mort, et qui est des­cendu pour voir de plus près et partager toutes nos misères, hors le péché. Qu’il crie, avec l’accent de la détresse et de la confiance, vers Celui qui voulut sauver l’œuvre de ses mains, mais qui veut aussi que l’homme demande et implore son salut. Que nos désirs et notre espérance s’épanchent donc dans ces ardentes supplica­tions des anciens prophètes, que l’Église nous met à la bouche en ces jours d’attente ; prêtons nos cœurs, dans toute leur étendue, aux sentiments qu’ils expriment.

Ce premier devoir étant rempli, nous songerons à l’avènement que le Sauveur veut faire en notre cœur : Avènement, comme nous avons vu, plein de douceur et de mystère, et qui est la suite du premier, puisque le bon Pasteur ne vient pas seulement visiter le troupeau en général, mais qu’il étend sa sollicitude à chacune des brebis, même à la centième qui s’était perdue. Or, pour bien saisir tout cet ineffable mystère, il faut se rappeler que, comme nous ne pouvons être agréables à notre Père céleste qu’autant qu’il voit en nous Jésus-Christ, son Fils, ce Sauveur plein de bonté daigne venir en chacun de nous, et, si nous y voulons consentir, nous transformer en lui, en sorte que nous ne vivions plus de notre vie, mais de la sienne. Et tel est le but du christianisme tout entier, de diviniser l’homme par Jésus-Christ : telle est la tâche sublime imposée à l’Église. Elle dit aux fidèles avec saint Paul : « Vous êtes mes petits enfants ; car je vous donne une seconde naissance, afin que Jésus-Christ soit formé en vous [16]. »

Mais, de même que, dans son apparition en ce monde, le divin Sauveur s’est d’abord montré sous la forme d’un faible enfant, avant de parvenir à la plénitude de l’âge parfait qui était néces­saire pour que rien ne manquât à son sacrifice, il tend à prendre en nous les mêmes développements. Or, c’est à la fête de Noël qu’il aime à naître dans les âmes, et qu’il répand par toute son Église une grâce de naissance, à laquelle, il est vrai, tous ne sont pas fidèles.

Car voici la situation des âmes à l’approche de cette ineffable solennité. Les unes, et c’est le petit nombre, vivent avec plénitude de la vie du Seigneur Jésus qui est en elles, et aspirent à chaque heure après l’accroissement de cette vie. Les autres, en plus grand nombre, sont vivantes, il est vrai, par la présence du Christ ; mais elles sont malades et languissantes, faute de désirer le progrès de cette vie divine ; car leur charité s’est refroidie [17]. Le reste des hommes ne jouit point de cette vie, et ils sont dans la mort ; car le Christ a dit : Je suis la vie [18].

Or, dans les jours de l’avent, le Sauveur s’en va frappant à la porte de toutes ces âmes, tantôt d’une manière sensible, tantôt d’une manière cachée. Il vient leur demander si elles ont place pour lui, afin qu’il naisse en elles. Mais, quoique la maison qu’il réclame soit à lui, puisqu’il l’a bâtie et la conserve, il s’est plaint que les siens ne lont pas voulu recevoir [19] ; au moins le grand nombre d’entre eux. « Quant à ceux qui l’ont reçu, il leur a donné de devenir fils de Dieu, et non plus enfants de la chair et du sang [20]. »

Préparez-vous donc à le voir naître en vous plus beau, plus radieux, plus fort encore que vous ne l’avez connu, ô vous, âmes fidèles qui le gardez en vous comme un dépôt chéri, et qui, dès longtemps, n’avez point d’autre vie que sa vie, d’autre cœur que son cœur, d’autres œuvres que ses œuvres. Sachez démêler, dans les paroles de la sainte liturgie, ces mots cachés qui vont à votre amour, et qui charmeront le cœur de l’Époux.

Dilatez vos portes pour le recevoir dans sa nouvelle entrée, vous qui déjà l’aviez en vous, mais sans le connaître ; qui le possédiez, mais sans le goûter. Il revient avec une nouvelle tendresse ; il a oublié vos dédains ; il veut renouveler toutes choses [21]. Faites place à l’Enfant divin ; car il voudra croître en vous. Le moment approche : que votre cœur donc se réveille ; et dans la crainte que le sommeil ne vous ait surpris quand il passera, veillez et chantez. Les paroles de la liturgie sont aussi pour vous ; car elles parlent de ténèbres que Dieu seul peut dissiper, de plaies que sa bonté seule peut guérir, de langueurs qui ne cesseront que par sa vertu.

Et vous, chrétiens, pour qui la bonne nouvelle est comme si elle n’était pas, parce que vos cœurs sont morts par le péché ; soit que cette mort vous retienne dans ses liens depuis longues années, soit que la blessure qui l’a causée ait été plus récemment portée à votre âme : voici venir celui qui est la vie. « Pourquoi donc vou­driez-vous mourir ? Il ne veut pas la mort du pécheur, mais bien qu’ils se convertisse et qu’il vive [22]. » La grande fête de sa nais­sance sera un jour de miséricorde universelle pour tous ceux qui voudront bien lui donner entrée. Ceux-là recommenceront à vivre avec lui ; toute autre vie antérieure sera abolie, et la grâce sura­bondera, là même où avait abondé l’iniquité [23].

Que si la tendresse, la douceur de cet avènement mystérieux ne vous séduisent pas, parce que votre cœur appesanti ne saurait encore comprendre la confiance, parce que, ayant longtemps avalé l’iniquité comme l’eau, vous ne savez ce que c’est que d’aspirer par l’amour aux caresses d’un père dont vous aviez méprisé les invitations ; songez à l’avènement plein de terreur, qui suivra celui qui s’accomplit silencieusement dans les âmes. Entendez les craquements de l’univers à l’approche du Juge redoutable ; voyez les cieux s’enfuir devant lui, et se rouler comme un livre à sa vue [24] ; soutenez, si vous pouvez, son aspect, ses regards étincelants ; regardez sans frémir le glaive à deux tranchants qui s’élance de sa bouche [25] ; écoutez enfin ces cris lamentables : Montagnes, tombez sur nous ; rochers, couvrez-nous, dérobez-nous sa vue effrayante [26] ! Ces cris sont ceux que feront entendre, en vain, les âmes infortunées qui n’ont pas su connaître le temps de la visite [27]. Pour avoir fermé leur cœur à cet Homme-Dieu qui pleura sur elles, tant il les aimait ! elles descen­dront vivantes dans ces ardeurs éternelles, dont la flamme est si vive qu’elle dévore le germe de la terre et les fondements les plus cachés des montagnes [28]. C’est là que l’on sent le ver éternel d’un regret qui ne meurt jamais [29].

Que ceux-là donc que n’attendrit pas la douce nouvelle de l’approche du céleste Médecin, du généreux Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, méditent pendant l’avent sur l’affreux et pourtant incontestable mystère de la Rédemption rendue inutile par le refus que l’homme fait trop souvent de s’associer à son propre salut. Qu’ils sondent leurs forces, et s’ils dédaignent l’Enfant qui va naître [30], qu’ils voient s’ils seront en mesure de lutter avec le Dieu fort, au jour où il viendra non plus sauver, mais juger. Pour le connaître de plus près, ce Juge devant qui tout doit trembler, qu’ils interrogent la sainte liturgie : là, ils appren­dront à le craindre.

Au reste, cette crainte n’est pas seulement le propre des pécheurs, elle est un sentiment que tout chrétien doit éprouver. La crainte, si elle est seule, fait l’esclave ; si elle balance l’amour, elle convient au fils coupable, qui cherche le pardon de son père qu’il a irrité ; même quand c’est lamour qui la chasse dehors [31], elle revient parfois comme un éclair rapide ; et jusqu’en ses fon­dements le cœur fidèle en est heureusement ébranlé. Il sent alors se réveiller le souvenir de sa misère et de la gratuite miséricorde de l’Époux. Nul ne doit donc se dispenser, dans le saint temps de l’avent, de s’associer aux pieuses terreurs de l’Église qui, tout aimée qu’elle est, dit chaque jour, dans l’office de sexte : Percez ma chair, Seigneur, de laiguillon de votre crainte ! Mais cette partie de la liturgie sera utile surtout à ceux qui commencent à se donner au service de Dieu.

De tout ceci, on doit conclure que l’avent est un temps principa­lement consacré aux exercices de la vie purgative ; ce qui est signifié par cette parole de saint Jean-Baptiste, que l’Église nous répète si souvent dans ce saint temps : Préparez la voie du Sei­gneur ! Que chacun donc travaille sérieusement à aplanir le sen­tier par lequel Jésus-Christ entrera dans son âme. Que les justes, suivant la doctrine de l’Apôtre, oublient ce qu’ils ont fait dans le passé [32], et travaillent sur de nouveaux frais. Que les pécheurs se hâtent de rompre les liens qui les retiennent, de briser les habitu­des qui les captivent ; qu’ils affaiblissent la chair, et commencent le dur travail de la soumettre à l’esprit ; qu’ils prient surtout avec l’Église ; et quand le Seigneur viendra, ils pourront espérer qu’il ne franchira pas le seuil de leur porte, mais qu’il entrera ; car il a dit, en parlant de tous : « Voici que je suis à la porte et que je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre, j’entrerai chez lui [33] ».

 

 

[1]               De Adventu, Sermo 3.

[2]              Collecte du jour de Noël.

[3]              Apoc. 22, 20.

[4]              Ibid.

[5]              Ibid. 19, 7.

[6]              s. Jean 3, 29.

[7]              ce qui n’est plus depuis la réforme de Jean XXIII

[8]              Gen. 49, 10.

[9]              Prov. 8, 31.

[10]             Cant. 5, 8.

[11] Par simplification, la réforme de Jean XXIII maintient l’Ite missa est.

[12] Les jours de férie sont les jours de semaine non consacrés à une fête de saint ou du Seigneur.

[13]             s. Luc 13, 35.

[14]             Act. 20, 28.

[15]             Gal, 2, 20.

[16]             Gal. 4, 19.

[17]             Apoc. 2, 4.

[18]             s. Jean 14, 6.

[19]             s. Jean 1, 11.

[20]             Ibid. 12-13.

[21]             Apoc. 21, 5.

[22]             Ézéch. 18, 31.

[23]             Rom. 5, 20.

[24]             Apoc. 6, 14.

[25]             Ibid. 1, 16.

[26]             s. Luc 23, 3o.

[27]             s. Luc 23, 19, 44.

[28]             Deut. 32, 22

[29]             s. Marc 9, 43.

[30]             Isaï. 9, 6.

[31]             s. Jean 4, 18.

[32]             Phil. 3, 13.

[33]             Apoc, 3, 20.

 

Dom Guéranger
Préface générale à l’Année liturgique

 

La prière est pour l’homme le premier des biens. Elle est sa lu­mière, sa nourriture, sa vie même, puisqu’elle le met en rapport avec Dieu, qui est lumière, nourriture et vie [1]. Mais, de nous-mêmes, nous ne savons pas prier comme il faut [2] ; il est néces­saire que nous nous adressions à Jésus-Christ, et que nous lui disions comme les Apôtres : Seigneur, enseignez-nous à prier [3]. Lui seul peut délier la langue des muets, rendre diserte la bouche des enfants, et il fait ce prodige en envoyant son Esprit de grâce et de prières [4], qui prend plaisir à aider notre faiblesse, suppliant en nous par un gémissement inénarrable [5].

La prière de l’Église

Or, sur cette terre, c’est dans la sainte Église que réside ce divin Esprit. Il est descendu vers elle comme un souffle impétueux, en même temps qu’il apparaissait sous l’emblème expressif de lan­gues enflammées. Depuis lors, il fait sa demeure dans cette heu­reuse Épouse ; il est le principe de ses mouvements ; il lui impose ses demandes, ses vœux, ses cantiques de louange, son enthou­siasme et ses soupirs. De là vient que, depuis dix-huit siècles, elle ne se tait ni le jour, ni la nuit ; et sa voix est toujours mélodieuse, sa parole va toujours au cœur de l’Époux.

Tantôt, sous l’impression de cet Esprit qui anima le divin psal­miste et les Prophètes, elle puise dans les livres de l’ancien Peuple le thème de ses chants ; tantôt, fille et sœur des saints Apôtres, elle entonne les cantiques insérés aux livres de la Nouvelle Alliance ; tantôt enfin, se souvenant qu’elle aussi a reçu la trom­pette et la harpe, elle donne passage à l’Esprit qui l’anime, et chante à son tour un cantique nouveau [6] ; de cette triple source émane l’élément divin qu’on nomme la liturgie.

La prière de l’Église est donc la plus agréable à l’oreille et au cœur de Dieu, et, partant, la plus puissante. Heureux donc celui qui prie avec l’Église, qui associe ses vœux particuliers à ceux de cette Épouse, chérie de l’Époux et toujours exaucée ! Et c’est pourquoi le Seigneur Jésus nous a appris à dire notre Père, et non mon Père ; donnez nous, pardonnez-nous, délivrez-nous, et non donnez-moi, pardonnez-moi, délivrez-moi. Aussi pendant plus de mille ans, voyons-nous que l’Église, qui prie dans ses temples sept fois le jour et encore au milieu de la nuit, ne priait point seule. Les peuples lui faisaient compagnie, et se nourrissaient avec délices de la manne cachée sous les paroles et les mystères de la divine liturgie. Initiés ainsi au cycle divin des mystères de l’année chré­tienne, les fidèles, attentifs à l’Esprit, savaient les secrets de la vie éternelle ; et sans autre préparation, un homme était souvent choisi par les pontifes pour devenir prêtre ou pontife lui-même, afin de répandre sur le peuple chrétien les trésors de doctrine et d’amour qu’il avait amassés à leur source.

Car si la prière faite en union avec l’Église est la lumière de l’intelligence, elle est aussi, pour le cœur, le foyer de la divine charité. L’âme chrétienne ne se retire pas à l’écart pour converser avec Dieu et louer ses grandeurs et ses miséricordes, parce qu’elle sait bien que la société de l’Épouse du Christ ne l’enlève pas à elle-même. Ne fait-elle pas elle-même partie de cette Église qui est l’Épouse, et Jésus-Christ n’a-t-il pas dit : Mon Père, quils soient un en la manière que nous sommes un [7] ? Et quand plusieurs sont rassemblés en son nom, le même Sauveur ne nous assure-t-il pas qu’il est au milieu d’eux [8] ? L’âme pourra donc converser à l’aise avec son Dieu qui témoigne être si près d’elle ; elle pourra psalmodier comme David, en présence des Anges, dont la prière éternelle s’unit dans le temps à la prière de l’Église.

La perte du sens liturgique

Mais trop de siècles déjà se sont écoulés depuis que les peuples, préoccupés d’intérêts terrestres, ont abandonné les saintes veilles du Seigneur et les heures mystiques du jour. Quand le rationa­lisme du 16e siècle s’en vint les décimer au profit de l’erreur, il y avait déjà longtemps qu’ils avaient réduit aux seuls dimanches et fêtes les jours où ils continueraient de s’unir extérieurement à la prière de la sainte Église. Le reste de l’année, les pompes de la liturgie s’accomplissaient sans le concours des peuples qui, de génération en génération, oubliaient de plus en plus ce qui avait fait la forte nourriture de leurs pères. La prière individuelle se substituait à la prière sociale : le chant, qui est l’expression natu­relle des vœux et des plaintes même de l’Épouse, était réservé pour les jours solennels. Ce fut une première et triste révolution dans les mœurs chrétiennes.

Mais, du moins, le sol de la chrétienté était encore couvert d’églises et de monastères qui retentissaient, le jour et la nuit, des accents de la prière sacrée des âges antiques. Tant de mains levées vers le ciel en faisaient descendre la rosée, dissipaient les orages, assuraient la victoire. Ces serviteurs et ces servantes du Seigneur, qui se répondaient ainsi dans la louange éternelle, étaient députés solennellement par les sociétés encore catho­li­ques d’alors, pour acquitter intégralement le tribut d’hommages et de reconnaissance dû à Dieu, à la glorieuse Vierge Marie et aux saints. Ces vœux et ces prières formaient le bien commun ; chaque fidèle aimait encore à s’y unir ; et si quelque douleur, quelque espérance, le conduisait parfois au temple de Dieu, il aimait à y entendre, à quelque heure que ce fût, cette voix infati­gable qui montait sans cesse vers le ciel pour le salut de la chré­tienté. Bien plus, le chrétien fervent s’y unissait en vaquant à ses fonctions ou à ses affaires ; et tous possédaient encore l’intelli­gence générale des mystères de la liturgie.

La Réforme vint, et elle frappa tout d’abord sur l’organe de la vie dans les sociétés chrétiennes : elle fit cesser le sacrifice de louan­ges. Elle joncha la chrétienté des ruines de nos églises ; les clercs, les moines, les vierges furent chassés ou massacrés, et les temples qui survécurent furent condamnés à demeurer muets dans une partie de l’Europe. Dans l’autre, mais surtout en France, la voix de la prière s’affaiblit ; car beaucoup de sanctuaires dévastés ne se relevèrent pas de leurs ruines. Aussi vit-on la foi diminuer, le rationalisme prendre des développements menaçants, et enfin, de nos jours, la société humaine chanceler sur ses bases.

Car les destructions violentes qu’avait opérées le Calvinisme ne furent pas les dernières. La France et d’autres pays catholiques encore furent livrés à cet esprit d’orgueil qui est ennemi de la prière, parce que, dit-il, la prière nest pas l’action ; comme si toute œuvre bonne de l’homme n’était pas un don de Dieu, un don qui suppose la demande qu’on en a faite et l’action de grâces qu’on en rend. Il se rencontra donc des hommes qui dirent : Faisons cesser les fêtes de Dieu sur la surface de la terre [9] ; et alors descendit sur nous cette calamité universelle, que le pieux Mardochée suppliait le Seigneur d’écarter de dessus son peuple, quand il disait : Ne fermez pas, Seigneur, les bouches de ceux qui chantent vos louanges [10].

Mais, par la miséricorde de Dieu, nous navons pas été entière­ment consumés [11] ; les restes d’Israël ont été réservés [12] ; et voici que le nombre des croyants s’est accru dans le Seigneur ? Que s’est-il donc passé dans le cœur du Seigneur notre Dieu pour motiver ce retour miséricordieux ? C’est que la prière a repris son cours. De nombreux chœurs de vierges sacrées, auxquels se joint, quoique en nombre bien inférieur encore, le chant plus mâle des fils du cloître, se font entendre sur notre terre, comme la voix de la tourterelle [13]. Cette voix prend plus de force chaque jour : daigne le Seigneur l’agréer, et faire enfin briller son arc-en-ciel sur la nue ! Puissent bientôt les échos de nos cathédrales se réveiller aux accents de cette solennelle prière qu’ils ont répétée si longtemps ! Puissent la foi et la munificence des fidèles faire revi­vre les prodiges de ces siècles passés, qui ne furent si grands que parce que les institutions publiques elles-mêmes rendaient alors hommage à la toute-puissance de la prière !

La prière des fidèles

Mais cette prière liturgique deviendrait bientôt impuissante, si les fidèles la laissaient retentir sans s’y joindre de cœur, quand ils ne peuvent y prendre une part extérieure. Elle ne vaut pour le salut des nations qu’autant qu’elle est comprise. Dilatez donc vos cœurs, enfants de l’Église catholique, et venez prier de la prière de votre mère. Venez par votre adhésion compléter cette harmonie qui charme l’oreille de Dieu. Que l’esprit de prière se ranime à sa source naturelle. Laissez-nous vous rappeler cette exhortation de l’Apôtre aux premiers fidèles : Que la paix du Christ tressaille dans vos cœurs : que le Verbe du Christ habite en vous en toute sagesse ; et vous-mêmes instruisez-vous et exhortez-vous mu­tuellement dans les psaumes, les hymnes et les cantiques spi­ri­tuels, chantant à Dieu dans vos cœurs, par sa grâce [14].

Assez longtemps, pour remédier à un malaise vaguement senti, on a cherché l’esprit de prière et la prière elle-même dans des méthodes, dans des livres qui renferment, il est vrai, des pensées louables, pieuses même, mais des pensées humaines. Cette nour­riture est vide ; car elle n’initie pas à la prière de l’Église : elle isole au lieu d’unir. Tels sont tant de recueils de formules et de considérations, publiés sous divers titres depuis deux siècles, et dans lesquels on s’est proposé d’édifier les fidèles, et de leur sug­gérer, soit pour l’assistance à la sainte messe, soit pour la récep­tion des sacrements, soit pour la célébration des fêtes de l’Église, certaines affections plus ou moins banales, et toujours puisées dans l’ordre d’idées et de sentiments le plus familier à l’auteur du livre. De là encore la couleur si diverse de ces sortes d’écrits qui servent, il est vrai, faute de mieux, aux personnes déjà pieuses, mais demeurent sans influence quand il s’agit d’inspirer le goût et l’esprit de la prière à ceux qui ne l’ont pas encore.

On dira peut-être qu’en réduisant tous les livres pratiques de la piété chrétienne au simple commentaire de la liturgie, on s’expose à affaiblir et même à anéantir, par des formes trop positives, l’esprit d’oraison et de contemplation qui est un si précieux don de l’Esprit-Saint à l’Église de Dieu. À cela nous répondrons d’abord qu’en proclamant l’incontestable supériorité de la prière liturgique sur la prière individuelle, nous n’allons pas jusqu’à dire qu’on doive abolir les méthodes individuelles : nous voulons seu­lement les mettre à leur place. Nous dirons ensuite que si, dans la divine psalmodie, on compte plusieurs degrés, en sorte que les inférieurs s’appuient encore sur la terre et sont accessibles aux âmes qui sont dans les labeurs de la vie purgative ; à mesure aussi qu’elle s’élève sur cette échelle mystique, l’âme se sent illu­minée d’un rayon céleste, et, parvenue au sommet, trouve l’union et le repos dans le souverain bien. En effet, ces saints docteurs des premiers siècles, ces divins Patriarches de la solitude, où pui­saient-ils la lumière et la chaleur qui étaient en eux, et qu’ils ont laissées si vivement empreintes dans leurs écrits et dans leurs œuvres, si ce n’est dans ces longues heures de la psalmodie, durant lesquelles la vérité simple et multiforme passait sans cesse devant les yeux de leur âme, la remplissant, à grands flots, de lumière et d’amour ? Qui a donné au séraphique Bernard cette onction merveilleuse qui coule en fleuve de miel dans tous ses écrits ; à l’auteur de l’Imitation, cette suavité, cette manne cachée qui, après tant de siècles, ne s’affadit jamais ; à Louis de Blois, cette douceur et cette tendresse inénarrables qui émeuvent tout homme qui voudra lui prêter son cœur : si ce n’est l’usage habi­tuel de la liturgie au milieu de laquelle leur vie s’écoulait avec un mélange de chants et de soupirs ?

Que l’âme, épouse du Christ, prévenue des désirs de l’oraison, ne craigne donc point de se dessécher au bord de ces eaux mer­veilleuses de la liturgie, qui tantôt murmurent comme le ruisseau, tantôt comme le torrent roulent en grondant, tantôt inondent comme la mer ; qu’elle approche et boive cette eau limpide et pure qui jaillit jusquà la vie éternelle [15] ; car cette eau émane des fontaines mêmes du Sauveur [16], et l’Esprit de Dieu la féconde de sa vertu, afin qu’elle soit douce et nourrissante au cerf altéré [17]. Que l’âme, séduite par les charmes de la contemplation, ne s’effraie point non plus de l’éclat et de l’harmonie des chants de la prière liturgique. N’est-elle pas elle-même un instrument d’harmonie sous la touche divine de cet Esprit qui la possède ? Certes, elle ne doit pas entendre le céleste colloque autrement que le psalmiste lui-même, cet organe de toute vraie prière, accepté de Dieu et de l’Église ? Or, n’est-ce pas à sa harpe qu’il a recours, quand il veut allumer dans son cœur la flamme sacrée, et qu’il dit : Mon cœur est prêt, ô Dieu ! mon cœur est prêt ; je chanterai donc, je ferai retentir le psaume. Lève-toi, ô ma gloire ! lève-toi, ô ma harpe ! Dès le matin, je m’éveillerai ; je vous chanterai, Seigneur, devant les peuples ; je psalmodierai en présence des nations : car votre miséricorde est grande au-dessus des cieux, et votre vérité au delà des nuages [18]. D’autres fois, emporté au delà du monde sensible, il est entré dans les puissances du Sei­gneur [19], et s’abandonne à une sainte ivresse. Afin de soulager l’ardeur qui le consume, il éclate alors dans l’épithalame sacré : Mon cœur, dit-il, a conçu un poème sublime ; c’est au Roi lui-même que je vais dédier mon cantique ; et il redit la beauté de l’Époux vainqueur et les grâces de l’Épouse [20]. Ainsi, pour l’homme de contemplation, la prière liturgique est tantôt le prin­cipe, tantôt le résultat des visites du Seigneur.

L’année liturgique

Mais elle est surtout divine en ce qu’elle est à la fois le lait des enfants et le pain des forts ; en ce que, semblable au pain miracu­leux du désert, elle prend à la fois tous les goûts de ceux qui s’en nourrissent. Ceux même qui ne sont pas du nombre des enfants de Dieu, admirent quelquefois en elle cette incommu­ni­cable propriété, et conviennent que l’Église catholique seule connaît les mystères de la prière ; et c’est parce qu’il n’y a pas à proprement parler de prière liturgique chez les protestants, qu’ils n’ont pas non plus d’écrivains ascétiques. Sans doute, le divin sacrement de l’Eucharistie étant le centre de la religion, son absence suffirait bien pour rendre raison de ce défaut absolu d’onction qui caracté­rise tous les produits de la Réforme ; mais la liturgie est tellement liée à l’Eucharistie dont elle forme la glorieuse auréole, que les heures canoniales ont cessé, et devaient cesser en effet, partout où le dogme de la Présence réelle était aboli.

Jésus-Christ même est donc le moyen, aussi bien que l’objet de la liturgie, et c’est pourquoi l’année ecclésiastique que nous nous proposons de développer dans cet ouvrage, n’est autre que la ma­nifestation de Jésus-Christ, et de ses mystères dans l’Église et dans l’âme fidèle. C’est là le cycle divin où rayonnent à leur place toutes les œuvres de Dieu : le septénaire de la création ; la Pâque et la Pentecôte de l’ancien peuple ; l’ineffable visite du Verbe in­carné, son sacrifice, sa victoire ; la descente de son Esprit ; la divine Eucharistie ; les gloires inénarrables de la Mère de Dieu, toujours Vierge ; la splendeur des Anges ; les mérites et les triom­phes des saints : en sorte que l’on peut dire qu’il a son point de départ sous la loi des Patriarches, ses progrès dans la loi écrite, sa consommation toujours croissante sous la loi d’amour, jusqu’à ce qu’étant enfin complet, il s’évanouisse dans l’éternité, comme la loi écrite tomba d’elle-même, au jour où l’invincible force du sang de l’Agneau déchira en deux le voile du Temple.

Combien nous voudrions pouvoir raconter dignement les mer­veilles saintes de ce calendrier mystique, dont l’autre n’est que la figure et l’humble support ! Que nous serions heureux de faire bien comprendre toute la gloire qui revient à l’auguste Trinité, au Sauveur, à Marie, aux Esprits bienheureux et aux saints, de cette annuelle commémoration de tant de merveilles ! Si l’Église renouvelle chaque année sa jeunesse, comme laigle [21], c’est parce que, au moyen du Cycle liturgique, elle est visitée par son Époux dans la proportion de ses besoins. Chaque année, elle le revoit enfant dans la crèche, jeûnant sur la montagne, s’offrant sur la croix, ressuscitant du sépulcre, fondant son Église et instituant ses Sacrements, remontant à la droite de son Père, envoyant l’Esprit-Saint aux hommes ; et les grâces de ces divins mystères se renouvellent tour à tour en elle, en sorte que, fécondé selon le besoin, le Jardin de l’Église envoie à l’Époux en tout temps, sous le souffle de lAquilon et de l’Auster, la délicieuse senteur de ses parfums [22]. Chaque année, l’Esprit de Dieu reprend possession de sa bien-aimée, et lui assure lumière et amour ; chaque année, elle puise un surcroît de vie dans les maternelles influences que la Vierge bénie épanche sur elle, aux jours de ses joies, de ses dou­leurs et de ses gloires ; enfin, les brillantes constellations que forment dans leur radieux mélange les Esprits des neuf chœurs et les saints des divers ordres d’Apôtres, de Martyrs, de Confesseurs et de Vierges, versent sur elle chaque année de puissants secours et d’inexprimables consolations.

Or, ce que l’année liturgique opère dans l’Église en général, elle le répète dans l’âme de chaque fidèle attentif à recueillir le don de Dieu. Cette succession des saisons mystiques assure au Chrétien les moyens de cette vie surnaturelle, sans laquelle toute autre vie n’est qu’une mort plus ou moins déguisée ; et il est des âmes tellement éprises de ce divin successif qui se déploie dans le cycle catholique, qu’elles arrivent à en ressentir physiquement les évo­lutions, la vie surnaturelle absorbant l’autre, et le calendrier de l’Église celui des astronomes.

Puissent donc les lecteurs catholiques de cet ouvrage se garder de cette tiédeur de la foi, de ce sommeil de l’amour qui ont pres­que effacé le cycle qui fut autrefois, et qui doit toujours être la joie des peuples, la lumière des doctes, le livre des humbles !

Le contenu de cet ouvrage

De tout ceci, le lecteur conclura, nous l’espérons, que notre in­tention n’est pas ici de mettre en œuvre les ressources de notre esprit tel quel pour bâtir un système, et faire de l’éloquence, de la philosophie, ou toute autre belle chose, à propos des mystères de l’année ecclésiastique. Nous n’avons qu’un but, et nous deman­dons humblement à Dieu de l’atteindre : c’est de servir d’interprète à la sainte Église, de mettre les fidèles à portée de la suivre dans sa prière de chaque saison mystique, et même de chaque jour et de chaque heure. À Dieu ne plaise que nous nous permettions jamais de mettre nos pensées d’un jour à côté de celles que notre Seigneur Jésus-Christ, qui est la divine Sagesse, inspire par son Esprit à celle qui est son Épouse bien-aimée ! Toute notre application sera de saisir l’intention de l’Esprit-Saint dans les diverses phases de l’année liturgique, nous inspirant de l’étude attentive des plus anciens et des plus vénérables monu­ments de la prière publique, et aussi des sentiments des saints Pères et des interprètes antiques et approuvés ; en sorte qu’à l’aide de tous ces secours, nous puissions offrir aux fidèles la moelle des prières ecclésiastiques, et réunir, s’il est possible, l’utilité pratique et cette agréable variété qui soulage et qui réjouit.

Dans cet ouvrage, nous insisterons sur le culte des saints, parce qu’il est un des grands besoins de la piété dans tous les temps, mais surtout au temps présent. La dévotion à la personne adora­ble du Sauveur a repris, chez nous, une vigueur nouvelle ; le culte de la sainte Vierge s’étend et s’accroît ; que la confiance dans les saints renaisse aussi, et alors auront disparu les traces de cette déviation dans laquelle l’influence sourde du Jansénisme entraî­nait la piété française. Néanmoins, comme il faut savoir se borner, nous traiterons rarement des saints que le calendrier Romain ne porte pas.

Toutefois la liturgie romaine, base sacrée de cette année liturgi­que, ne sera pas la seule dont nous emprunterons les formules : l’Ambrosienne, la Gallicane, la Gothique ou Mozarabe, la Grec­que, l’Arménienne, la Syrienne, etc., déposeront tour à tour le tribut de leurs richesses dans notre trésor de prières ; en sorte que jamais la voix de l’Église ne se sera fait entendre plus pleine ni plus imposante. Le moyen âge des Églises d’Occident a produit, dans le genre liturgique, des séquences d’une rare beauté ; un de nos premiers soins sera d’initier les fidèles qui nous liront à ces sources si pures de tendresse et de vie.

Quant au système que nous suivrons dans chacun des tomes de cette Année Liturgique, il est subordonné au genre spécial des matières qu’il se trouvera contenir. Nous réserverons pour nos Institutions[23] tout ce qui tient à la partie purement scientifique de la liturgie, nous bornant ici aux détails nécessaires pour initier les lecteurs aux intentions de la sainte Église dans chacune des sai­sons mystiques de l’année. Les formules saintes seront expli­quées et adaptées à l’usage commun, au moyen d’une glose dans la­quelle nous tâcherons d’éviter les inconvénients d’une froide tra­duction, et aussi la pesanteur d’une paraphrase lourde et affa­die.

Comme, ainsi que nous l’avons dit, notre but est d’offrir aux fidèles la partie la plus substantielle et la plus nourrissante de la liturgie, nous avons été dirigé dans le choix des pièces par cette intention même, laissant de côté tout ce qui n’allait pas directe­ment à ce but. Cette observation se rapporte principalement aux morceaux empruntés aux livres d’offices de l’Église grecque. Rien de plus riche et de plus pieux que cette liturgie, quand on ne la connaît que par extraits ; rien aussi de moins attrayant, si on veut la lire dans les sources elles-mêmes. Les redites y abondent d’une manière fastidieuse, et le sentiment s’y épuise trop souvent dans des répétitions sans fin. Nous n’avons donc pris que la fleur, et glané seulement dans cette moisson trop exubérante. Ceci s’appli­que particulièrement aux Menées[24] et à l’Anthologie de l’Église grecque. Les pièces liturgiques des autres Églises de l’Orient sont généralement rédigées avec plus de goût et de sobriété.

La première partie de l’Année Liturgique est consacrée à l’Avent. La seconde renfermera l’explication du service divin, de Noël à la Purification. La troisième conduira la liturgie de la Purification au Carême, sous le nom de Temps de la Septuagé­sime. La quatrième sera consacrée aux quatre premières semaines du Carême. La cinquième renfermera seulement la Semaine de la Passion et la Semaine Sainte. La sixième aura pour objet le Temps Pascal. La septième traitera d’abord des fêtes de la Trinité, du Saint-Sacrement et du Sacré-Cœur de Jésus ; elle sera con­sacrée, pour le reste, à la longue période du Temps après la Pente­côte.

Cet ensemble, dont le plan est tracé par la sainte Église elle-même, fournit le drame le plus sublime qui puisse être offert à l’admiration humaine. L’intervention de Dieu pour le salut et la sanctification des hommes, la conciliation de la justice avec la miséricorde, les humiliations, les douleurs et les gloires de l’Homme-Dieu, la venue et les opérations de l’Esprit-Saint dans l’humanité et dans l’âme fidèle, la mission et l’action de l’Église : tout y est exprimé de la manière la plus vive et la plus saisissante ; tout arrive à sa place par l’enchaînement sublime des anniver­saires. Il y a dix-huit siècles qu’un fait divin s’accomplissait ; son anniversaire se reproduit dans la liturgie, et vient rajeunir chaque année dans le peuple chrétien le sentiment de ce que Dieu opéra il y a tant de siècles. Quelle intelligence humaine eût pu concevoir une telle pensée ! Qu’ils sont faibles en présence de nos réalités impérissables, ces hommes téméraires et légers qui croient pren­dre le christianisme en défaut, qui osent le juger comme un débris antique, et ne se doutent pas à quel point il est vivace et immortel par l’année liturgique chez les chrétiens ! Qu’est-ce donc que la liturgie, sinon une incessante affirmation, sinon une solennelle adhésion aux faits divins qui se sont passés une fois, mais dont la réalité est inattaquable, parce que chaque année, depuis lors, en a vu renouveler la mémoire ? N’avons-nous pas nos écrits apostoli­ques, nos Actes des Martyrs, nos antiques décrets des Conciles, nos écrits des Pères, nos monuments figurés, dont la succession remonte à l’origine, et qui nous rendent le témoignage le plus précis sur la tradition de nos fêtes ? Le cycle liturgique ne vit dans sa plénitude et son progrès qu’au sein de l’Église catholique ; mais les sectes séparées soit par le schisme, soit par l’hérésie, lui ren­dent elles-mêmes témoignage par les débris qu’elles en ont conservés, et c’est sur ces restes qu’elles végètent encore.

Mais si la liturgie nous émeut annuellement en présentant à nos regards le renouvellement hautement dramatique de tout ce qui s’est opéré dans l’intérêt du salut de l’homme et de sa réunion avec Dieu, il y a ceci d’admirable que la succession d’une année à l’autre n’enlève rien à la fraîcheur ni à la force des émotions, lorsqu’il nous faut commencer à nouveau le cours du cycle dont nous venons de tracer les partitions. L’avent est toujours impré­gné de la saveur d’une attente douce et mystérieuse ; Noël nous attire toujours par les joies incomparables de la naissance de l’Enfant divin ; nous entrons avec la même émotion sous les om­bres de la Septuagésime ; le Carême nous abat devant la justice de Dieu, et notre cœur est alors saisi d’une crainte salutaire et d’une componction qu’il semble que nous n’avions pas ressenties l’année précédente. La Passion du Rédempteur, suivie jour par jour, heure par heure, ne nous apparaît-elle pas comme nouvelle ? Les splendeurs de la Résurrection n’apportent-elles pas à nos cœurs une allégresse qu’ils ont, ce semble, jusqu’alors ignorée ? La triomphante Ascension ne nous ouvre-t-elle pas, sur toute l’économie de la divine incarnation, des vues que nous n’avions pas encore ? Lorsque l’Esprit-Saint descend à la Pentecôte, n’est-il pas vrai que nous sentons sa présence renouvelée, et que les émotions de l’année précédente en ce grand jour sont en ce moment dépassées ? La fête du Saint-Sacrement, qui revient à son tour si radieuse et si touchante, trouve-t-elle nos cœurs accoutumés au don ineffable que Jésus nous fit la veille de sa Pas­sion ? N’entrons-nous pas plutôt comme dans une nouvelle pos­session de cet inépuisable mystère ? Chaque retour des fêtes de Marie nous révèle des aspects inattendus sur ses grandeurs ; et nos saints bien-aimés, lorsqu’ils reviennent nous visiter sur le cycle, nous semblent plus beaux que jamais : nous les pénétrons mieux, nous sentons plus vivement le lien qui les rattache à nous.

Cette puissance rénovatrice de l’année liturgique, sur laquelle nous insistons en finissant, est un mystère de l’Esprit-Saint, qui féconde incessamment l’œuvre qu’il a inspirée à la sainte Église, dans le but de sanctifier le temps assigné aux hommes pour se rendre dignes de Dieu. Admirons aussi, de cette sublime dispen­sation, le progrès qu’elle opère dans l’intelligence des vérités de la foi et dans le développement de la vie surnaturelle. Il n’est pas un seul point de la doctrine chrétienne qui ne soit non seulement énoncé dans le cours de l’année liturgique, mais inculqué avec l’autorité et l’onction que la sainte Église a su déposer dans son langage et dans ses rites si expressifs. La foi du fidèle s’éclaire ainsi d’année en année, le sens théologique se forme en lui ; la prière le conduit à la science. Les mystères restent mystères ; mais leur splendeur devient si vive que l’esprit et le cœur en sont ravis, et nous arrivons à prendre une idée des joies que nous apportera la vue éternelle de ces divines beautés qui, à travers le nuage, ont déjà pour nous un tel charme.

Et quelle source de progrès pour l’âme du chrétien, lorsque l’objet de la foi lui apparaît toujours plus lumineux, lorsque l’espérance du salut lui est comme imposée par le spectacle de tant de merveilles que la bonté de Dieu a opérées en faveur de l’homme, lorsque l’amour s’enflamme en lui sous le souffle du divin Esprit, qui a établi la liturgie comme le centre de ses opéra­tions dans les âmes ! La formation du Christ en nous [25] n’est-elle pas le résultat de la communion à ses divers mystères joyeux, douloureux et glorieux ? Or, ces mystères, passent en nous, s’incorporent à nous chaque année, par l’effet de la grâce spéciale qu’apporte leur communication dans la liturgie, et l’homme nou­veau s’établit insensiblement sur les ruines de l’ancien. S’il est besoin que l’impression du type divin en nous soit favorisée par un rapprochement avec les membres de la famille humaine qui l’ont le mieux réalisé, l’enseignement pratique et l’encouragement ne nous arrivent-ils pas par nos chers saints dont le cycle est comme étoilé ? En les contemplant nous arrivons à connaître la voie qui mène au Christ, comme le Christ nous offre en lui-même la Voie qui conduit au Père. Mais au-dessus de tous les saints, Marie resplendit plus éclatante que tous, offrant en elle-même le Miroir de justice, où se reflète toute la sainteté possible dans une pure créature.

Enfin, l’Année Liturgique, dont nous venons de tracer le plan, nous initiera à la plus sublime poésie que l’homme ait pu attein­dre ici-bas. Non seulement nous obtiendrons par elle l’intelli­gence des chants divins de David et des Prophètes, qui sont comme le fond de la louange liturgique ; mais le cycle dans son cours ne cessera d’inspirer à la sainte Église les cantiques les plus beaux, les plus profonds, les plus dignes du sujet. Tour à tour nous entendrons les diverses races de l’humanité, réunies en une seule par la foi, épancher leur admiration et leur amour en des accents où l’harmonie la plus parfaite dans les pensées et les sen­timents s’unit à la variété la plus marquée dans le génie et l’ex­pres­sion. Nous repoussons, comme il est juste, de notre recueil certaines compositions modernes, trop souvent imitées d’une littérature profane, et qui, n’ayant pas reçu la bénédiction de la sainte Église, ne sont pas destinées à vivre toujours ; mais nous cueillons dans tous les âges les produits du génie liturgique : pour l’Église latine, depuis Sedulius et Prudence jusqu’à Adam de Saint-Victor et ses émules ; pour l’Église orientale, depuis saint Éphrem jusqu’aux derniers hymnographes catholiques de l’Église byzantine. La poésie ne fera pas plus défaut dans les prières qui sont rédigées en simple prose cadencée, que dans celles qui se présentent ornées d’un rythme régulier. Dans la liturgie, comme dans les Écritures inspirées, elle est partout, parce qu’elle seule est à la hauteur de ce qui doit être exprimé ; et le recueil des monuments de la prière publique, en se complétant, devient aussi le plus riche dépôt de la poésie chrétienne, de celle qui chante sur la terre les mystères du ciel et nous prépare aux cantiques de l’éternité.

Qu’il nous soit permis, en terminant cette préface générale, de rappeler à nos lecteurs que, dans un travail de la nature de celui-ci, l’œuvre de l’écrivain est tout entière sous la dépendance du divin Esprit qui souffle où il veut [26], et non de l’homme auquel appartient tout au plus de planter et darroser [27]. Nous osons donc supplier les enfants de la sainte Église qui s’intéressent au retour des traditions antiques de la prière, de nous aider de leur suffrage auprès de Dieu, afin que notre indignité ne soit point un obstacle à l’œuvre que nous entreprenons, et que nous sentons si fort au-dessus de nos moyens.

Il ne nous reste plus qu’à déclarer que nous soumettons notre œuvre, tant pour le tond que pour la forme, au souverain et infaillible jugement de la sainte Église Romaine, qui seule garde, avec les secrets de la prière, les paroles de la vie éternelle.

 

 

[1]           s. Jean. 8, 12 ; 6, 35 ; 14, 6.

[2]           Rom. 8, 26.

[3]           s. Luc 11, 1.

[4]           Zach. 12, 10.

[5]           Rom. 8, 26.

[6]           Ps. 143.

[7]           s. Jean 17, 2.

[8]           s. Matth. 18, 20.

[9]           Psalm. 73, 8.

[10]         Esther 13, 17.

[11]         Thren. 3, 22.

[12]         Isaï. 1, 5.

[13]         Cant. 2, 12.

[14]         Col. 3, 15, 16.

[15]         s. Jean 4, 14.

[16]         Isaï. 12, 3.

[17]         Psalm. 41, 2.

[18]         Psalm. 107.

[19]         Psalm. 70.

[20]         Psalm. 44.

[21]         Psalm. 102.

[22]            Cant. 4, 16.

[23] Les Institutions liturgiques, ouvrage en quatre tomes. Un condensé en un tome est disponible à notre librairie.

[24] Littéralement Livres des mois dans les rites orientaux. Livre qui contient les parties propres aux fêtes fixes de l’année liturgique.

[25]         Gal. 4, 19.

[26]         s. Jean 3, 8.

[27]         1 Cor. 3, 6.

Sermon Consécration à Marie
Connaître Jésus

Mes bien chers Frères,

Voici mon sermon pour la dernière période de préparation à la consécration à Marie : Saint L. M. Grignion de Montfort nous demande de connaître Jésus.

Je résumerais mon sermon en deux points : 1. Jésus est la sagesse divine éternelle, 2. Jésus, dans sa sagesse, est mort sur la croix pour nous sauver.

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24e et dernier dimanche après la Pentecôte

Dom Guéranger ~ L’Année liturgique
24e et dernier dimanche après la Pentecôte

Le nombre des dimanches après la Pentecôte peut dépasser vingt-quatre et s’élever jusqu’à vingt-huit, selon que la Pâque s’est rap­prochée plus ou moins, dans les diverses années, de l’équinoxe du printemps. Mais la messe qui suit est toujours réservée pour la dernière ; on remplit l’intervalle avec celles, plus ou moins nom­breuses, des dimanches après l’Épiphanie, qui, dans ce cas, n’ont point eu leur emploi au commencement de l’année [1]. Ceci toute­fois doit s’entendre exclusivement des oraisons, épîtres et évan­giles ; car, ainsi que nous l’avons dit, les introït, graduel, offertoire et communion restent jusqu’à la fin les mêmes qu’au vingt-troi­sième dimanche .

On a vu que cette messe du vingt-troisième dimanche  était véri­tablement considérée par nos pères comme la dernière du Cycle. L’Abbé Rupert nous a révélé le sens profond de ses diverses parties. Selon la doctrine que nous avions eu l’occasion de médi­ter précédemment [2], la réconciliation de Juda nous y est apparue comme le terme, dans le temps, des intentions divines ; les dernières notes de la sainte liturgie sont venues s’y confondre avec le dernier mot pour Dieu de l’histoire du monde. Le but cherché dans la création par l’éternelle Sagesse, et miséricor­dieu­sement poursuivi dans la rédemption après la chute, est en effet pleinement atteint désormais ; car ce but n’était autre que l’union divine avec l’humanité rassemblée dans l’unité d’un seul corps [3]. Maintenant que les deux peuples ennemis, gentil et juif, sont réunis en un seul homme nouveau dans Jésus-Christ leur chef [4], les deux Testaments, qui marquèrent si profondément au milieu des siècles la distinction des temps anciens et nouveaux, s’effa­cent d’eux-mêmes pour faire place aux splendeurs de l’alliance éternelle.

L’Église arrêtait donc ici, autrefois, la marche de sa liturgie. Elle était satisfaite d’avoir amené ses fils, non seulement à pénétrer en cette manière le développement complet de la pensée divine, mais encore et surtout à s’unir ainsi d’une union véritable au Seigneur, par une communauté réelle de vues, d’intérêts et d’amour. Aussi ne revenait-elle même pas sur l’annonce du second avènement de l’Homme-Dieu et du jugement final, qui avait fait, au temps de l’avent, l’objet de leurs méditations dans les débuts de la vie pur­gative. C’est depuis quelques siècles seulement que, dans la pen­sée de donner au cycle une conclusion plus précise et plus appré­hensible aux chrétiens de nos jours, elle le termine par le récit prophétique de la redoutable arrivée du Seigneur, qui clôt les temps et inaugure l’éternité. Saint Luc se trouvant de temps im­mémorial chargé d’annoncer dans les jours de l’avent cet avène­ment terrible (1er dimanche  de l’avent), l’évangile de saint Matthieu fut choisi pour le décrire de nouveau, et plus longue­ment, au dernier dimanche  après la Pentecôte.

À la Messe

L’introït comme 23e dimanche  après la Pentecôte.

L’exercice des bonnes oeuvres avec l’aide de la grâce nous fait obtenir une grâce plus grande. Demandons avec l’Église, dans la Collecte, une action efficace de ce moteur divin sur nos volontés.

Collecte

Nous vous en supplions, Seigneur, animez les volontés de vos fidèles, afin que, produisant avec plus d’ardeur les fruits des œuvres célestes, ils reçoivent par votre bonté des secours plus grands. Par Jésus-Christ.

Épître

Lecture de l’épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Colossiens. Chap. 1

Mes Frères, nous ne cessons point de prier pour vous et de demander que vous soyez remplis de la connaissance de la volonté de Dieu en toute sagesse et intelligence spirituelle, afin que vous marchiez d’une manière digne de Dieu, lui plai­sant en toutes choses, portant des fruits en toute sorte de bonnes œuvres, et croissant dans la science de Dieu, remplis de force en tout par la puissance de sa gloire, patients en toutes rencontres et d’une longanimité accompagnée de joie, rendant grâces à Dieu le Père qui nous a rendus dignes d’avoir part à l’héritage des saints en nous éclairant de sa lumière, qui nous a arrachés à la puissance des ténèbres et transportés dans le royaume de son Fils bien-aimé par le sang duquel nous avons reçu la rédemption et la rémission des péchés.

Action de grâces et prière : c’est le résumé de notre épître et la digne conclusion des instructions de l’Apôtre, comme du cycle entier de la sainte liturgie. Le Docteur des nations n’a point défailli dans la tâche que lui avait confiée la Mère commune ; il ne tient pas à lui que les âmes dont il avait pris la conduite au len­demain de la descente de l’Esprit d’amour, ne soient toutes par­venues aux sommets de perfection qu’il rêvait pour elles toutes. Et de fait, les chrétiens fidèles à marcher sans faiblir dans la voie ouverte, il y a un an, devant eux par la sainte Église, savent maintenant, pour en avoir acquis la bienheureuse expérience, que cette carrière de salut aboutissait sûrement à la vie d’union où règne en souveraine la divine charité ! En quel homme, du reste, pour peu que cet homme ait laissé prendre son intelligence et son cœur à l’intérêt que présente le développement des saisons litur­giques, en quel homme ne s’est pas développée du même coup la lumière ? Or la lumière est l’indispensable élément qui nous arrache à l’empire des ténèbres et nous transfère, par le secours du Dieu très-haut, dans le royaume de son Fils bien‑aimé. L’œuvre de la rédemption que ce Fils de son amour est venu accomplir ici-bas à sa gloire, n’a donc pu qu’avancer dans tous ceux qui se sont associés d’une façon quelconque aux pensées de l’Église, depuis les semaines de l’Avent jusqu’en ces derniers jours du Cycle. Tous dès lors, qui que nous soyons, nous devons rendre grâces à ce Père des lumières [5], qui nous a rendus dignes d’avoir une part, si minime soit-elle, à l’héritage des saints.

Mais tous aussi, quelle qu’en soit la mesure, nous avons à prier pour que le don excellent [6] déposé dans nos cœurs, se prête au développement que doit lui apporter le nouveau cycle à la veille de s’ouvrir. Le juste ne peut rester stationnaire ici-bas : il faut qu’il descende ou qu’il monte ; et quelle que soit la hauteur où l’a déjà porté la grâce, il doit toujours, tant qu’il est en cette vie, monter davantage [7]. Les Colossiens, auxquels s’adressait l’Apôtre, avaient pleinement reçu l’évangile ; la parole de vérité semée en eux y fructifiait merveilleusement dans la foi, l’espérance et l’amour [8] : or, loin d’en prendre occasion de relâcher sa sollicitude à leur égard, leurs progrès sont précisément la raison pour laquelle [9] saint Paul, qui priait déjà, ne cesse plus de le faire. Prions donc nous aussi. Demandons à Dieu qu’il nous remplisse encore et toujours de sa divine Sagesse et de l’Esprit d’intelli­gence. Nous en avons besoin pour répondre à ses intentions misé­ricordieuses. L’année qui va commencer réserve à notre fidélité des ascensions nouvelles, laborieuses peut-être ; mais elles seront récompensées par des aspects nouveaux dans les jardins de l’Époux, et la production de fruits plus nombreux et plus suaves. Marchons donc d’une façon digne de Dieu, joyeux et forts sous le regard de son amour, dans la voie montante qui nous conduit au repos sans fin de la vision bienheureuse.

Le graduel comme au 23e dimanche  après la Pentecôte.

Évangile

La suite du saint évangile selon saint Matthieu. Chap. 24

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Lorsque vous verrez l’abomination de la désolation prédite par le prophète Daniel établie dans le lieu saint (que celui qui lit comprenne) : alors que ceux qui sont dans la Judée fuient aux montagnes ; que celui qui sera sur le toit n’en descende point pour prendre quelque chose en sa maison ; que celui qui sera dans le champ ne retourne point prendre sa tunique. Mais malheur aux femmes qui seront enceintes ou allaiteront en ces jours-là ! Priez pour que votre fuite n’arrive point en hiver ou le jour du Sabbat. Car la tribulation d’alors sera si grande, qu’il n’y en a point eu de pareille depuis le commencement du monde, et qu’il n’y en aura point. Et si ces jours n’étaient pas abrégés, aucune chair ne serait sauvée ; mais ces jours seront abrégés à cause des élus. Si alors quelqu’un vous dit : Voici que le Christ est ici, ou il est là, ne le croyez point. Car il s’élèvera beaucoup de faux christs et de faux prophètes, et ils feront des choses étonnantes et de grands prodiges, au point de tromper, s’il était possible, les élus eux-mêmes. Je vous en préviens. Si donc ils vous disent : Le voici dans le désert, ne sortez point ; Le voici dans le lieu le plus retiré de la maison, ne le croyez point. Comme l’éclair en effet sort de l’Orient et parait jusqu’en Occident, ainsi sera l’avènement du Fils de l’homme. Partout où sera le corps, les aigles s’y rassemble­ront. Mais aussitôt après ces jours de tribulation, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, les vertus des cieux seront ébranlées. Et alors paraîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme, et alors se lamenteront toutes les tribus de la terre, et elles verront le Fils de l’homme venir sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté. Il enverra ses anges avec la trompette, et d’une voix éclatante ils rassembleront ses élus des quatre vents, d’une extrémité à l’autre du ciel. Prenez une comparaison du figuier : quand ses branches sont déjà ten­dres et que ses feuilles poussent, vous savez que l’été est proche ; de même donc, quand vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l’homme est tout près et à la porte. En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses ne s’accomplissent. Le ciel et la terre passe­ront, mais mes paroles ne passeront point.

Bien des fois, dans les semaines de l’avent, les circonstances qui accompagneront le dernier avènement du Seigneur ont fait l’objet de nos méditations ; sous peu de jours, les mêmes enseignements vont revenir pénétrer nos âmes d’une terreur salutaire. Qu’il nous soit permis aujourd’hui de nous retourner, dans le désir et la louange, vers le Chef adoré dont l’heure solennelle du jugement doit consommer l’œuvre et marquer le triomphe.

Ô Jésus, qui viendrez alors délivrer votre Église et venger Dieu d’insultes prolongées si longtemps, elle sera en effet terrible au pécheur cette heure de votre arrivée ! Il comprendra clairement alors que le Seigneur a tout fait pour lui-même, tout jusqu’à l’impie, réservé pour glorifier sa justice au jour mauvais [10]. L’univers, conjuré pour la perte des méchants [11], se dédommagera enfin de la servitude de péché qui lui fut imposée [12]. Vainement les insensés crieront aux montagnes de les écraser, afin d’échapper au regard de celui qui siégera sur le trône [13] : l’abîme refusera de les engloutir ; obéissant à celui qui tient les clefs de la mort et de l’enfer [14], il vomira jusqu’au dernier ses tristes habi­tants au pied du redoutable tribunal.

Ô Jésus, ô Fils de l’homme, combien grande apparaîtra votre puissance, entouré que vous serez d’autre part des célestes pha­langes [15] formant votre cour brillante, et rassemblant vos élus des quatre coins de l’univers ! Car nous aussi, nous vos rachetés, devenus vos membres en devenant ceux de votre Église bien-aimée, nous serons là en ce jour ; et notre place, ineffable mystère sera celle que l’Époux réserve à l’Épouse : votre trône [16], où, sié­geant avec vous, nous jugerons les anges mêmes [17]. Dès mainte­nant tous les bénis du Père [18], ces élus dont la jeunesse s’est tant de fois renouvelée comme celle de l’aigle au contact de votre sang précieux [19], n’ont-ils pas leurs yeux préparés pour fixer sans fai­blir, quand il se montrera au ciel, le Soleil de justice ? Dans leur faim accrue des lenteurs de l’exil, qui donc pourrait arrêter leur vol, quand paraîtra la proie sacrée de votre divin corps ? quelle force romprait l’impétuosité de l’amour [20] qui les rassemblera au banquet de la Pâque éternelle ? Car c’est la vie et non la mort, la destruction de l’antique ennemie [21], la rédemption s’étendant jusqu’aux corps [22], le plein passage à la vraie terre promise, la Pâque en un mot, cette fois réelle pour tous et sans couchant, que proclamera la trompette de l’Ange sur les tombeaux des justes. Quelle ne sera pas l’allégresse de ce vrai jour du Seigneur [23], pour tous ceux qui par la foi ont vécu du Christ, qui l’ont aimé sans le voir [24] ! S’identifiant à vous, ô Jésus, malgré l’infirmité de leur chair fragile, ils ont continué ici-bas votre vie de souffrances et d’humiliations ; quel triomphe, quand, délivrés à jamais du péché, revêtus de leurs corps immortels, ils seront transportés au-devant de vous pour être avec vous toujours [25] !

Mais leur joie immense sera surtout d’assister, en ce grand jour, à la glorification de leur Chef bien-aimé par la manifestation de la puissance qui lui fut donnée sur toute chair [26]. C’est alors, ô notre Emmanuel, que, brisant la tête des rois et réduisant vos ennemis à vous servir de marchepied [27], vous apparaîtrez comme le seul prince des nations [28]. C’est alors que le ciel, la terre et l’enfer réunis, fléchiront les genoux [29] devant ce Fils de l’homme venu autrefois dans la forme d’esclave, jugé, condamné, mis à mort entre des scélérats ; alors vous jugerez, ô Jésus, les juges iniques auxquels vous annonciez, du sein de vos humiliations, cette venue sur les nuées du ciel [30]. Et lorsque, la redoutable sentence une fois prononcée, les réprouvés iront au supplice éternel et les justes à la vie sans fin [31], votre Apôtre nous apprend que, pleinement vain­queur de vos ennemis, roi sans conteste, vous remettrez au Père souverain ce royaume conquis sur la mort, comme l’hommage parfait du Chef et des membres [32]. Dieu sera tout en tous. Ce sera l’accomplissement de la prière sublime que vous apprîtes aux hommes [33], et qui s’élève plus fervente chaque jour du cœur de vos fidèles, lorsque s’adressant à leur Père qui est aux cieux, ils lui demandent sans se lasser, au milieu de la défection générale, que son Nom soit sanctifié, que son règne arrive, que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Incomparable sérénité de ce jour où cessera le blasphème ; où, purifiée par le feu de la fange du péché, la terre sera un nouveau paradis ! Quel chrétien donc ne tressaillirait, dans l’attente de ce dernier des jours qui ouvrira l’éternité ? qui ne compterait pour bien peu les angoisses de la dernière heure, à la pensée que ces souffrances ne signifient rien autre chose sinon, comme le dit l’Évangile, que le Fils de l’homme est tout près et à la porte?

O Jésus, détachez-nous toujours plus de ce monde dont la figure passe  [34] avec ses vains travaux, ses gloires contrefaites et ses faux plaisirs. Ainsi que vous nous l’aviez annoncé, comme aux jours de Noé, comme à Sodome, les hommes continuent de manger et de boire, de s’absorber dans le trafic et la jouissance ; sans plus songer à la proximité de votre avènement que leurs devanciers ne se préoccupèrent du feu du ciel et du déluge, jusqu’à l’instant qui les perdit tous [35]. Laissons-les se réjouir et s’envoyer des présents, comme le dit votre Apocalypse, à la pensée que c’en est fait du Christ et de son Église [36]. Tandis qu’ils oppriment en mille maniè­res votre cité sainte, et lui imposent des épreuves qu’elle n’avait point connues, ils ne se doutent pas que ce sont les noces de l’éternité qu’ils avancent ; il ne manquait plus à l’Épouse que les joyaux de ces épreuves nouvelles, et la pourpre éclatante dont l’orneront ses derniers martyrs. Pour nous, prêtant l’oreille aux échos de la patrie, nous entendons déjà sortir du trône la voix qui crie, au bruit des tonnerres qu’entendit le prophète de Pathmos : « Louez notre Dieu, vous tous ses serviteurs, vous tous qui le crai­gnez, petits et grands. Alléluia ! car il règne notre Seigneur tout‑puissant. Réjouissons-nous et tressaillons, rendons-lui gloire ; car le temps des noces de l’Agneau est arrivé, et son Épouse s’est préparée [37] ! » Encore un peu de temps, afin que se complète le nombre de nos frères [38] ; et, avec l’Esprit et l’Épouse, nous vous dirons dans l’ardeur de nos âmes trop longtemps alté­rées : « Venez, ô Jésus [39] ! venez nous consommer dans l’amour par l’union éternelle, à la gloire du Père, du Fils et du Saint-Esprit, dans les siècles sans fin ! »

L’Offertoire comme au 23e dimanche  après la Pentecôte.

Demandons au Seigneur, dans la secrète, qu’à l’approche du der­nier jugement il tourne vers lui tous les cœurs, et qu’il daigne remplacer en nous les appétits de la terre par les désirs et les goûts du ciel.

Secrète

Soyez propice, Seigneur, à nos supplications, et, recevant les dons et les prières de votre peuple, tournez vers vous tous nos cœurs ; faites que, délivrés des appétits de la terre, nous pas­sions aux désirs du ciel. Par Jésus-Christ.

La communion comme au 23e dimanche  après la Pentecôte.

Communion

Puisse le divin Sacrement, comme l’Église le demande dans la Postcommunion, guérir pleinement, par sa vertu, ce qu’il peut à la fin de cette année rester encore de vicieux dans nos âmes !

Postcommunion

Accordez-nous selon notre demande, Seigneur, en considé­ration du sacrement que nous venons de recevoir, que tout ce qui est vicieux dans notre âme soit réformé par sa vertu gué­rissante. Par Jésus-Christ.

À Vêpres

Antienne de Magnificat

En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses ne s’accomplissent. Le ciel et la terre passe­ront, mais mes paroles ne passeront point, dit le Seigneur.

Autres liturgies

Les considérations que nous a inspirées l’évangile, trouveront leur expression liturgique dans cette belle préface du sacramentaire gallican.

Contestatio dominicalis

C’est une chose vraiment digne et juste, Dieu tout-puissant, de vous glorifier, de chanter vos louanges qui dépassent toute mesure, avec crainte et tremblement, ô notre Dieu qui avez résolu de juger le genre humain par votre Fils notre Seigneur. Ô combien grande et profonde est cette disposition de la Sagesse de remettre le jugement à ce même Jésus-Christ notre Seigneur si grand et si beau, que le très cruel peuple Juif osa percer de blessures ! Celui-là vient juger qui fut condamné, celui-là vient juger qui porta la croix, celui-là vient juger dont le cœur fut blessé par la perfidie des Juifs. Il vient, et les mains qu’il étendra pour le jugement sont celles où furent fixés les clous et qui en gardent à jamais la marque, ainsi qu’il est écrit : Ils verront celui qu’ils ont transpercé, et toutes les nations de la terre pousseront des lamentations. Jour de tribulation pour les impies qui s’y verront condam­nés ; jour de triomphe et d’allégresse pour les justes, en même temps que de honte pour les impies ; les justes y seront inondés de grâces, et le peuple Juif plongé dans la confusion. Ô combien dur et difficile sera ce jour, combien effrayant et terrible ! jour de colère, de tribulation et d’angoisse, jour de malheur et de misère, jour de ténèbres et de nuit, d’orage et de tourbillons, où sonnera la trompette, où le ciel tremblera comme la terre, où tous les justes eux‑mêmes seront dans le trouble et l’effroi ; alors toute cause sera discutée, et l’on donnera à chacun selon ses œuvres.

Nous ne saurions mieux terminer dans l’esprit de ce jour nos em­prunts aux diverses liturgies, qu’en faisant suivre l’illation donnée dimanche des deux formules qui lui servent de complément au missel mozarabe.

Après le Sanctus

Dieu vraiment bon, Seigneur Dieu véritablement miséricor­dieux, à vous seul convient la gloire. Pour nous vous avez voulu vous offrir vous-même à vous-même, lorsque le Christ, l’unique héritier, Fils de Dieu avant les siècles et fils de l’homme sur la fin des siècles, s’est présenté sur l’autel de la croix à Dieu le Père en expiation de nos péchés ; en même temps vous instruisiez notre reconnaissance à célébrer la so­lennité de ce mystère dans une foi pleine d’amour et la prati­que des vertus. Octroyez-nous qu’en cette chute du jour, en ce déclin du monde, en cette dissolution de notre être, votre amour console sans fin nos pertes et nous conduise à la parti­cipation de l’éternelle allégresse : ô Christ Seigneur, Rédempteur éternel !

Après « Pridie »

Les mystères de notre rédemption et de votre grâce sont accomplis. Nous vous rendons grâces, nous vous bénissons, Seigneur Jésus-Christ Fils du Dieu vivant : vous qui guérissez les blessures de nos péchés ; vous qui restaurez pour la vie le déclin de nos jours ; vous qui, comme gage consolant du bonheur espéré, nous avez donné l’Esprit-Saint ; vous qui nous donnerez l’éternelle douceur en la terre des vivants. Maintenant donc que l’imminence de la résurrection nous rapproche de cette félicité, daignez nous consoler en ce jour d’ici-bas ; ne nous laissez pas périr à la peine et dans la souillure du péché ; que le passage de cette vie à l’autre nous introduise en la douceur de votre amour, pour demeurer avec vous sans fin dans la bénédiction et la louange. Amen.

[1] – On trouvera ci-après ces dimanches, qui sont les 3e, 4e, 5e et 6e après l’Épiphanie. Dans les années où l’on compte vingt‑cinq dimanches après la Pentecôte, c’est ce dernier qui prend place après le vingt-troisième ; si le nombre de ces dimanches est de vingt-six, le cinquième après l’Épiphanie devient le vingt-quatrième après la Pentecôte. Si ce nombre atteint le chiffre de vingt-sept, on commence à suppléer par le quatrième après l’Épiphanie, s’il s’élève à vingt-huit, par le troisième.

[2] – 13e dim. ap. la Pentec..

[3] – Éph. 2, 16.

[4]Ibid. 15.

[5] – s. Jac. 1, 17.

[6]Ibid.

[7] – Psalm. 83, 6.

[8] – Col. 1, 4-6.

[9]Ibid 9.

[10] – Prov. 16, 4.

[11] – Sap. 5, 21.

[12] – Rom. 8, 21.

[13] – Apoc. 6, 16.

[14]Ibid. 1, 18.

[15]Ibid. 19, 14.

[16]Ibid. 3, 21.

[17] – 1 Cor. 6, 3.

[18] – s. Matth. 25, 3.

[19] – Psalm. 102, 5.

[20] – Cant. 8, 6.

[21] – 1 Cor. 15, 2.

[22] – Rom. 8, 23.

[23] – Psalm. 117, 24.

[24] – 1 s. Pierre 1, 8.

[25] – 1 Thess. 4, 6.

[26] – s. Jean 17, 2.

[27] – Psalm. 109.

[28] – Psalm. 2.

[29] – Philip. 2, 10.

[30] – s. Matth. 26, 64.

[31]Ibid. 25, 46.

[32] – 1 Cor. 15, 24‑28.

[33] – s. Matth. 6, 9.

[34] – 1 Cor. 7, 31.

[35] – s. Luc 17, 26-30.

[36] – Apoc. 11, 10.

[37]Ibid. 19, 5-7.

[38]Ibid. 6, 11.

[39]Ibid. 22, 17.

Sermon Consécration à Marie
Connaître Marie

Mes bien chers Frères,

Voici mon sermon pour le 18 novembre. Nous poursuivons notre préparation à la consécration à Marie.

Je vous rappelle qu’il existe un livre d’exercices pour la préparation à la consécration ainsi que le merveilleux Livre d’Or qui contient les principaux ouvrages de saint L. M. Grignion de Montfort et de précieux conseils pour vivre en union avec Marie.

En union de prière avec vous tous,

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21 novembre
Présentation de la Très Sainte Vierge au Temple

Dom Guéranger ~ L’Année liturgique
21 novembre
Présentation de la Très Sainte Vierge au Temple

Inférieure en solennité aux autres fêtes de Notre-Dame, tardivement inscrite au cycle sacré, la Présentation semble de préférence réserver chez nous le culte de ses mystères à la contemplation silencieuse. Dans le silence de leur prière ignorée, les justes gouvernent la terre ; la Reine des saints, la première, fit plus par ses mystères cachés que tous les faux grands hommes dont les gestes bruyants prétendent constituer la trame des annales du monde.

L’Orient chantait depuis sept siècles au moins [1] l’entrée de la Mère de Dieu dans le temple de Jérusalem [2], quand pour la première fois [3], en 1372, Grégoire XI permit qu’elle fût célébrée à la cour romaine d’Avignon. Or en réponse, Marie brisait les chaînes qui depuis soixante-dix ans retenaient la papauté captive, et bientôt Grégoire XI rendait à Rome le successeur de Pierre. Ainsi déjà, au cycle d’Occident, la Visitation nous était apparue comme le monument de l’unité reconquise sur le schisme qui suivit l’exil [4].

Dès l’année 1373, à l’imitation du Pontife suprême, Charles V de France introduisait la fête de la Présentation dans sa chapelle du palais. Par lettres en date du 10 novembre 1374, aux maîtres et écoliers du collège de Navarre, il exprimait le désir qu’elle fût célébrée dans le royaume entier :

« Charles, par la grâce de Dieu roi des Francs, à nos bien-aimés : salut en Celui qui ne cesse point d’honorer sa Mère sur la terre. Entre les autres objets de notre sollicitude, souci journalier et diligente méditation, le premier qui occupe à bon droit nos pensées est que la bienheureuse Vierge et très sainte Impératrice soit honorée par nous d’un très grand amour et louée comme il convient à la vénération qui lui est due. Car c’est un devoir pour nous de lui rendre gloire ; et nous qui élevons vers elle en haut les yeux de notre âme, nous savons quelle protectrice incomparable elle est pour tous, quelle puissante médiatrice auprès de son béni Fils pour ceux qui l’honorent avec un cœur pur… Et c’est pourquoi, voulant exciter notre fidèle peuple à solenniser ladite fête comme Nous-même nous proposons de le faire, Dieu aidant, chacune des années de notre vie, nous en adressons l’Office à votre dévotion à cette fin d’augmenter vos joies [5]. »

Ainsi parlaient les princes dans ces temps. Or on sait comment dans ces mêmes années le sage et pieux roi, poursuivant l’œuvre inaugurée à Brétigny par la Vierge de Chartres, sauvait une première fois de l’Anglais la France vaincue et démembrée. Dans l’État donc comme dans l’Église, à cette heure si critique pour les deux, Notre-Dame en sa Présentation commandait à l’orage, et le sourire de Marie enfant dissipait la nue.

La nouvelle fête, enrichie d’indulgences par Paul II, s’était peu à peu généralisée, quand saint Pie V, voulant alléger d’un certain nombre d’Offices le calendrier universel, crut devoir la comprendre en ses suppressions. Mais Sixte-Quint la rétablissait au Bréviaire romain dès l’année 1585, et peu après, Clément VIII l’élevait au rang des doubles-majeurs. Bientôt clercs et réguliers prenaient pour coutume de renouveler leurs engagements sacrés en ce jour où leur commune Reine ouvrit devant eux la voie qui conduit par le sacrifice aux prédilections du Seigneur.

Écoute, ma fille, et vois, et prête l’oreille ; oublie ton peuple et la maison de ton père, et le Roi convoitera ta beauté [6]. Ainsi, formulant les vœux des filles de Tyr [7], chantait au sommet de Moriah l’Église de l’attente ; et son regard inspiré perçant l’avenir, elle ajoutait : À sa suite viendront les vierges, ses compagnes ; elles s’avanceront dans la joie et l’allégresse ; elles entreront dans le temple du Roi [8].

Or donc, salué d’avance comme le plus beau des fils des hommes [9], ce Roi, qui est le Très Puissant [10], prélude à ses conquêtes en ce jour ; et son début, selon le mot du Psaume, est admirable [11]. Par la gracieuse enfant qui à cette heure franchit les degrés du temple, il prend possession de ce temple, dont le sacerdoce le reniera vainement plus tard ; car cette enfant qu’accueille aujourd’hui le temple est son trône [12]. Dès maintenant, son parfum le précède et l’annonce en la mère au sein de laquelle l’huile d’allégresse, coulant à flots, doit le faire Christ entre ses frères [13] ; en elle déjà les Anges saluent la Reine dont la virginité féconde enfantera toutes ces âmes consacrées qui réservent à l’Époux la myrrhe et l’encens de leurs holocaustes, ces filles des rois qui feront l’honneur de sa cour [14].

Mais la Présentation de Notre-Dame ouvre encore à l’Église d’autres horizons. Au cycle des saints, dépourvu des frontières précises qui délimitent celui du Temps, le mystère du séjour de Marie dans le sanctuaire de l’ancienne alliance prélude, mieux que n’aurait pu faire aucun autre, à la saison si prochaine de l’Avent liturgique. Marie, conduite au temple pour s’y préparer dans la retraite, l’humilité, l’amour, à ses incomparables destinées, eut aussi pour mission d’y parfaire, au pied des autels figuratifs, la prière de l’humanité trop impuissante à faire pleuvoir des cieux le Sauveur [15]. Elle fut, dit saint Bernardin de Sienne, le bienheureux couronnement de toute attente et demande de l’avènement du Fils de Dieu ; en elle, comme en un sommet, tous les désirs des saints qui l’avaient précédée eurent leur consommation et leur terme [16].

Par son admirable intelligence des Écritures, par sa conformité de chaque jour, de toute heure, aux moindres enseignements et prescriptions du rituel mosaïque, Marie découvrait, adorait partout le Messie sous la lettre ; elle s’unissait à lui, s’immolait avec lui dans chacune des victimes immolées sous ses yeux ; et ainsi rendait-elle au Dieu du Sinaï l’hommage, vainement attendu jusque-là, de la Loi comprise, pratiquée, fécondée selon la plénitude qu’elle comportait pour le Législateur. Alors Jéhovah put dire en toute vérité : Comme la pluie descend du ciel et n’y retourne point, mais enivre la terre et lui fait produire ses fruits ; ainsi sera ma parole : elle ne me reviendra pas inféconde, mais aura heureusement tous les effets que j’ai voulus [17].

Supplément béni de la gentilité non moins que de la synagogue, Marie dès lors vit dans l’Épouse du Cantique sacré l’Église à venir. En notre nom à tous elle adressait à Celui qu’elle savait devoir être l’Époux, sans connaître encore qu’elle l’aurait pour fils, les appels d’un amour qui, sur ses lèvres, était bien fait pour obtenir du Verbe divin l’oubli des infidélités passées, des dérèglements où le monde dévoyé s’abîmait toujours plus [18]. Arche de l’alliance universelle, combien avantageusement ne remplaçait-elle pas celle des Juifs, disparue avec le premier temple ! C’était pour elle sans le savoir qu’Hérode, le Gentil, avait repris la construction du second, demeuré comme désert et comme vide depuis Zorobabel ; car le temple, aussi bien que le tabernacle qu’il remplaçait, n’était que l’asile de l’arche destinée à porter Dieu lui-même : mais garder la réalité fut pour le second temple une gloire plus grande [19] que d’abriter comme le premier la figure.

Les Grecs ont fait choix, comme Leçons de ce jour, des passages de l’Écriture qui rappellent l’entrée de l’arche dans le tabernacle au désert [20], et plus tard dans le temple à Jérusalem [21]. Le synaxaire, ou leçon historique de la solennité, résume les traditions qui nous montrent la bienheureuse Vierge offerte par ses saints parents dans la troisième année de son âge au temple de Dieu, pour y demeurer jusqu’aux jours où, après douze années écoulées, devait s’accomplir en elle le mystère du salut.

Au 6e siècle de notre ère, l’empereur Justinien fit élever en l’honneur de la Présentation une église grandiose dans la partie méridionale de la plate-forme qui avait porté le temple et ses annexes [22].

Autres liturgies

Le siècle suivant nous donne les strophes liturgiques ci-après, qui témoignent de l’antiquité de la fête.

La réception de la Bienheureuse Vierge Marie au temple

Le temple très pur du Sauveur, le trésor sacré de la divine gloire, la brebis et la Vierge inestimable est aujourd’hui amenée dans la maison du Seigneur ; elle y apporte la grâce de l’Esprit-Saint, les anges de Dieu la célèbrent dans leurs chants : c’est le tabernacle des cieux.

Quand je contemple dans la Vierge la grâce qui s’y révèle, le comble des ineffables et très sacrés mystères de Dieu, l’allégresse me transporte, et je ne puis comprendre l’étonnante et inexprimable manière dont cette élue, dont cette immaculée l’emporte à elle seule sur toute créature visible ou invisible. Lors donc que je veux l’acclamer, ma voix et mon esprit défaillent ; pourtant j’ose l’exalter et la glorifier comme étant le tabernacle des cieux.

Le créateur, auteur et seigneur de toutes choses, s’est incliné vers nous dans son indicible miséricorde et mû par sa seule clémence ; voyant tombé celui qu’il avait façonné de ses propres mains, il en a eu pitié ; dans sa bonté compatissante, il daigne, œuvre plus divine, le relever en s’anéantissant lui-même ; c’est pourquoi, dans le mystère où il a résolu de prendre notre nature, il s’associe Marie, la Vierge et l’immaculée : elle est le tabernacle des cieux.

Le rédempteur et Verbe du Très-Haut, voulant se manifester pour nous dans la chair, introduisit donc la Vierge sur terre, relevant par des honneurs inusités et admirables cette entrée de la toute pure en notre monde : il fit d’elle la récompense et le fruit de la prière, la promettant et l’annonçant par message aux justes Joachim et Anne ; eux, ses parents, recevant avec foi l’oracle, firent avec amour et joie le vœu d’offrir au Seigneur l’immaculée : c’est le tabernacle des cieux.

Étant donc née par divine providence l’auguste Vierge, les saints époux, comme ils l’avaient promis, la conduisirent au temple à son auteur. Anne, dans son allégresse, interpellant le prêtre, s’écriait : Recevez-la, donnez-lui place au plus profond de l’inaccessible sanctuaire, entourez-la de soins ; car c’est un fruit qui fut la récompense de mes prières ; avec joie, dans ma foi, j’ai promis de la rendre à Dieu son auteur : c’est le tabernacle des cieux.

Au 15e siècle et au 16e, on chantait en ce jour dans un grand nombre d’églises la Prose suivante, composée sur l’acrostiche : Ave Maria, Benedico Te, Amen. Je vous salue Marie et vous bénis. Amen.

Séquence

Dans sa profonde providence, la Sagesse divine ordonne toutes choses comme il convient. Joachim et Anne sont unis par le lien conjugal ; mais leur union demeure stérile.

Dans toute l’ardeur de leur amour, par vœu sincère ensemble ils s’engagent au Seigneur : sans tarder, s’il daigne leur donner un enfant, ils le consacreront pour toujours en son temple.

Un Ange apparaît, éclatant de lumière, qui leur apprend que leurs désirs sont exaucés : que par la grâce du Roi suprême, une fille leur sera donnée, toute bénie.

Sainte dès le sein maternel, admirable sera sa naissance, plus admirable l’enfantement par lequel, en demeurant vierge, elle sera mère de Celui dont le Très-Haut est Père, dont la grâce débordante ôtera le péché du monde.

Elle est née la vierge bénie ; âgée de trois ans on la présente au temple, elle en franchit les quinze degrés, toute parée, d’un pas ferme et rapide, sous les yeux de son père et de sa mère.

Le temple resplendit d’une nouvelle gloire à la présentation de l’auguste vierge : instruite divinement et visitée des cieux, elle se réjouit avec les Anges.

À l’âge adulte où ses compagnes sont appelées par ordre du prince des prêtres à contracter mariage, la vierge s’y refuse d’abord ; car ses parents l’ont vouée au Seigneur, et elle-même a résolu par vœu de garder sa virginité.

Dieu consulté répond que la vierge doit prendre pour époux celui qu’une fleur miraculeusement éclose aura désigné ; Joseph, ainsi élu, l’épouse et la conduit en sa maison.

Gabriel est alors député vers la vierge, lui annonçant comment elle doit concevoir ; elle prudente, écoute silencieuse, et considère ce que pareil message a d’insolite.

Lui cependant explique la manière dont toutes choses s’accompliront ; la vierge croit, et aussitôt dans l’Esprit-Saint le Verbe est conçu ; Celui que rien ne peut contenir s’enferme en une vierge.

Ô vierge sans pareille, quelle louange égalera maintenant vos mérites ! quel n’est pas l’éclat de votre gloire ! Maintenant donc protégez-nous pour que dans la patrie nous jouissions du fruit qui fait votre honneur.

Amen.

« Félicitez-moi, vous tous qui aimez le Seigneur, de ce que, lorsque j’étais petite, j’ai plu au Très-Haut [23]. » C’est l’invitation que vous nous adressez dans les Offices chantés à votre honneur, ô Marie ; et quelle fête la justifie mieux que celle-ci ? Quand, plus petite encore par l’humilité que par l’âge, vous montiez si candide et si pure les degrés du temple, le ciel dut avouer que c’était justice si désormais les meilleures complaisances du Très-Haut étaient pour la terre. Retirée jusque-là dans l’intimité de vos bienheureux parents, ce fut votre première démarche publique ; elle ne vous montrait aux hommes que pour aussitôt vous dérober mieux encore à leurs yeux dans le secret de la face de Dieu ; mais en la manière que pour la première fois vous étiez officiellement offerte et présentée au Seigneur, lui-même sans nul doute, entouré des puissances de sa cour, vous présentait non moins solennellement à ces nobles esprits dont vous étiez la reine. Dans une plénitude de lumière qui n’avait point lui précédemment pour eux, ils comprirent, en même temps que vos grandeurs incomparables, la majesté de ce temple où Jéhovah recueillait un hommage surpassant en dignité celui des neuf chœurs, l’auguste prérogative de cet ancien Testament dont vous étiez la fille, dont les enseignements et les directions allaient parfaire en vous durant douze années la formation de la Mère de Dieu.

La sainte Église, cependant, vous déclare imitable pour nous en ce mystère de votre Présentation comme dans tous les autres, ô Marie [24]. Daignez bénir plus spécialement les privilégiés que la grâce de leur vocation fait dès ici-bas habitants de la maison du Seigneur : qu’ils soient eux aussi l’olivier fertile [25], engraissé de l’Esprit-Saint, auquel vous compare aujourd’hui saint Jean Damascène [26]. Mais tout chrétien n’est-il pas, de par son baptême, l’habitant, le membre de l’Église, vrai sanctuaire de Dieu, dont celui de Moriah n’était qu’une figure ? Puissions-nous, par votre intercession, vous suivre d’assez près dans votre Présentation bienheureuse au pays des ombres et des frimas, pour mériter d’être de même présentés à votre suite au Très-Haut dans le temple de sa gloire [27].

[1] – Pitra, Analecta sacra Spicilegio Solesmensi parata, 1, 275.

[2] – Menaea, ad diem hanc.

[3] – Ceci doit s’entendre seulement de la fête proprement dite ; car le marbre de Berre, illustré par Le Blant sous le n° 542 A des Inscriptions chrétiennes de la Gaule, démontre que le fait du séjour de Marie au temple de Jérusalem était reconnu et honoré en Occident au 5e siècle. Voir Planche 72 du même, n° 433.

[4] – 11 juillet.

[5] – Launoy, Historia Navarrae gymnasii, Pars 1 L. 1, c. 10.

[6] – Psalm 44, 11, 12.

[7]Ibid. 13.

[8]Ibid. 15, 16.

[9]Ibid. 3.

[10]Ibid. 4.

[11]Ibid. 5.

[12]Ibid. 7.

[13]Ibid. 8.

[14]Ibid. 9, 10.

[15] – Isaï. 45, 8.

[16] – Bernardin. Sen. Pro festivitatibus V. Mariae, Sermo 4, art. 1, c. 3.

[17] – Isaï. 55, 10, 11.

[18] – Olier, Vie intérieure de la T. Sainte Vierge, Présentation.

[19] – Agg. 2, 10.

[20] – Exod. 40.

[21] – 3 Reg. 8.

[22] – C’est aujourd’hui la mosquée El-Aksa.

[23] – Deuxième R/. du premier Nocturne à l’Office ordinaire de N.-D.

[24] – Lectio 2a 2e Noct. ex Ambr. de Virginibus 2.

[25] – Eccli. 24, 19.

[26] – Lectio 1a 2e Noct. ex Damasc. de Fide orthodoxa, 4.

[27] – Collecte du jour.

6e dimanche après Épiphanie, reporté après Pentecôte

Dom Guéranger ~ L’Année liturgique
6e dimanche après l’Épiphanie

À l’office des matines

Dom Guéranger ne donne aucun commentaire pour les dimanches après l’Épiphanie repoussés à la fin du cycle de la Pentecôte. Nous donnons donc la leçon du bréviaire sur l’évangile d’aujourd’hui, ainsi que le commentaire de Dom Pius Parsch. Nous rappelons que les parties chantées (introït, graduel, alleluia, offertoire et communion, sont celles du 23e dimanche après la Pentecôte.

Homélie de saint Jérôme
sur l’évangile du jour

Septième leçon. Le Royaume des Cieux, c’est la prédication de l’Évangile et la connaissance des Écritures qui conduit à la vie et dont le Seigneur dit aux Juifs : « Le Royaume de Dieu vous sera enlevé et il sera donné à une nation qui en produira les fruits. » Ce Royaume est donc comparable au grain de sénevé qu’un homme prend et sème dans son champ. » Cet homme qui ensemence son champ, beaucoup ont compris que c’était le Sauveur parce qu’il ensemence l’âme des croyants ; selon d’autres, c’est l’homme lui-même qui ensemence son champ, c’est-à-dire soi-même, et son cœur.

Huitième leçon. Qui donc ensemence, sinon notre intelligence et notre âme ? Elle accueille le grain de la prédication, prend soin de la semence, la fait germer par l’humidité de la foi, dans le champ de son cœur. La prédication de l’Évangile est le plus humble de tous les enseignements. C’est vrai, pour son premier exposé, la prédication de l’Homme-Dieu, du Christ mort, du scandale de la croix, elle n’a pas la vraisemblance de la vérité. Compare donc un tel enseignement aux principes des philosophes, à leurs livres, à la splendeur de leur éloquence et à l’ordonnance de leurs discours, et tu verras : la semence de l’Évangile est de loin la plus petite de toutes les semences.

Neuvième leçon. Mais lorsque celles-là ont grandi, elles ne présentent rien de pénétrant, rien de vigoureux, rien de vivace, mais tout est frêle, et flétri, et languissant et produit en abondance des herbes et des plantes qui bien vite, dessèchent et tombent. Quant à la prédication qui paraissait petite en son début, à peine semée, soit dans l’âme du croyant, soit dans le monde entier, elle ne se développe pas comme une herbe, mais grandit comme un arbre, si bien que les oiseaux du ciel, – en qui nous devons voir ou les âmes des croyants, ou les forces consacrées au service de Dieu – viennent habiter dans ses branches. Les branches de l’arbre évangélique qui s’est développé à partir du grain de sénevé sont, je pense, les différents dogmes dans lesquels se repose chacun des oiseaux mentionnés plus haut.

Commentaire de dom Pius Parsch

La fin approche de plus en plus : le royaume de Dieu parvient à la maturité parfaite. Extérieurement, il ressemble à l’arbre puissant, les peuples de la terre habitent dans ses branches. Intérieurement, il pénètre, comme le levain, l’homme tout entier. Nous apportons notre concours à ce double travail par le saint apostolat et notre sanctification person­nelle. À l’approche de la fin de l’année liturgique, faisons un examen de conscience pour voir si nous méritons, nous aussi, la louange que notre mère, l’Église, nous adresse dans l’épître.

Pensées du Dimanche. — On éprouve une consolation sans pareille quand on suit, en qualité de chrétien, le développement et l’activité de l’Église à travers les siècles. Elle est sortie du cénacle comme un petit grain de sénevé, puis s’est propagée sans arrêt, d’abord à Jérusalem, ensuite en Palestine, pour être portée plus tard par saint Paul dans le monde païen. Au premier siècle, il n’y a déjà plus une ville de l’empire romain où elle n’ait posé le pied. 300 ans de persécutions n’ont pas pu arrêter sa marche pacifique ; le sang des martyrs fut la semence des chrétiens. La voici qui parvient chez les peuples germaniques ; toujours le même spectacle : peu de siècles après, ils étaient devenus chrétiens. Et ce n’était pas là une simple croissance extérieure, mais aussi une transformation intérieure. La face du monde s’est véritablement renouvelée. Pensons seulement à l’esclavage, à la condition de la femme, de l’enfant. Le christianisme a vraiment agi comme un levain dans le monde.

Pourtant, si édifiante que soit cette contemplation, pour nous, amis de la liturgie, elle est encore trop extérieure. Le grain de sénevé est le Christ mystique qui atteint la taille d’un arbre puissant. Chaque saint, qui lui a été incorporé par le baptême, forme un rameau et le demeure après sa mort. Le nombre des élus est déterminé par Dieu ; aussitôt que le dernier rameau sera fixé sur l’arbre du Christ mystique, la mission de l’Église sera terminée. Maintenant, à la fin de l’année liturgique, nous regardons l’arbre pour voir dans quelles proportions le sénevé s’est développé. — Le levain, c’est la vie divine en nous ; elle doit pénétrer tous les domaines. Les saints nous font mieux comprendre ce que cela signifie. Toute leur vie en a été pénétrée. Mais nous avons trouvé la voie pour réaliser, nous aussi, personnellement, cette double parabole. Il convient particulièrement à la fin de l’année liturgique de nous demander : Comment le Christ a-t-il grandi en nous ? Comment a-t-il agi en nous à la manière d’un levain ? Ici, nous pouvons nous faire l’application de l’Épître : avons-nous « une foi agissante, un amour prêt au sacrifice, une espérance ferme en Notre Seigneur Jésus Christ ? » — Encore une pensée : L’Eucharistie est aussi un grain de sénevé ; elle est le levain. Tous les dimanches, le Divin Semeur jette ce grain dans notre âme et, pendant la semaine, ce grain doit devenir un arbre qui porte feuilles, fleurs et fruits. Tous les dimanches, la « femme », l’Église, mêle à la farine de l’âme le levain de l’Eucharistie (le mot fermentum désignait, dans la primitive Église, l’Eucharistie envoyée par le Pape) ; maintenant notre âme a besoin d’un levain. C’est le rôle de l’Eucharistie : elle n’est pas un arbre, ni un pain levé, mais un petit grain et un levain ; elle est une force et une grâce qui ne deviennent efficaces qu’avec la collaboration de la volonté humaine.

La Messe (Dicit Dominus). — Nous sommes de nouveau sous l’impression des derniers jours ; à l’Introït, nous entendons le Juge parler avec douceur et cependant avec gravité : Mes pensées sont des pensées de paix, et non de châtiment… Une fois encore, nous voyons dans le cortège du clergé notre propre retour dans la maison du Père céleste. Après nous être ainsi remémoré le jour qui approche, nous revenons, à l’oraison, dans la vie réelle. Ah ! Combien nous voudrions ne dire, ne faire, ne méditer que ce qui est agréable à Dieu (Oraison). Si le Seigneur revenait maintenant, dans quel état trouverait-il le monde, l’Église et notre âme ? Saint Paul nous montre l’image d’une communauté de choix (et aussi d’un Apôtre idéal). Qu’en est-il de notre foi, de notre charité ? En nous aussi, l’Évangile apparaît-il dans toute sa force et sa riche plénitude ? Sommes-nous un exemple pour les autres croyants ? Et attendons-nous vraiment le Sauveur qui descendra du ciel ? À la pensée de cet idéal et de l’attente du Seigneur, nous chantons encore une fois le De profundis. L’évangile appartient tout entier à notre cercle de pensées. Le royaume de Dieu doit être réalisé sur terre ; cette réalisation présente deux aspects : du point de vue extérieur, tout ce qui est capable de rédemption doit être incorporé au corps mystique du Christ ; l’arbre de l’Église doit donc recevoir son complet couronne­ment. Toutefois, du point de vue intérieur, le levain de la vie divine doit pénétrer toute la masse. Quand ce moment sera venu, et il dépend des voies de Dieu, alors l’Église retournera dans sa patrie pour le festin éternel. Nous avons déjà montré plus haut l’application des deux paraboles à la messe : l’Eucharistie est un grain de sénevé et un levain qui ne deviennent efficaces qu’avec notre collaboration. Puisse donc la messe d’aujourd’hui, semblable au levain, agir en nous, « en nous purifiant, en nous renouvelant, en nous dirigeant, en nous protégeant » (Secr.).

Le fermentum. — Autrefois, à la messe du Pape, c’était l’usage que deux acolytes apportent, au début, sur l’autel, une parcelle de la Sainte Eucharistie provenant de la messe précédente ; cette parcelle (nommée sancta) était déposée, après le Pater noster, dans le calice. Cette cérémonie avait pour but d’exprimer l’unité et l’union qui existaient entre la messe précédente et la messe actuelle. Dans d’autres églises de Rome, on déposait à ce moment dans le calice le fermentum (c’est-à-dire le levain) ; c’était une parcelle consacrée que le Pape envoyait, le dimanche ou les jours de fête, aux autres églises de Rome, en signe de communion avec le Siège Apostolique. La veille du dimanche des Rameaux, le Pape envoyait aussi le fermentum aux évêques voisins pour la prochaine fête de Pâques. Le fermentum était donc un magnifique symbole de l’unité de l’Église et de l’unité du Sacrifice.

À la messe

Collecte

Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que, sans cesse occupés de pensées raisonnables, nous cherchions constam­ment à vous plaire dans nos paroles et dans nos actions. Par Jésus-Christ.

Épître

Lecture de l’épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Thessaloniciens. Chap. 1

Mes Frères, nous rendons sans cesse grâces à Dieu pour vous tous, et nous faisons continuellement mémoire de vous dans nos prières. Nous nous souvenons devant notre Dieu et Père, des œuvres de votre foi, de vos travaux, de votre charité, et de la fermeté d’espérance que vous avez en notre Seigneur Jésus-Christ. Nous savons, frères chéris de Dieu, quelle a été votre élection ; car notre évangile au milieu de vous n’a pas été seulement en paroles, mais accompagné de prodiges, soutenu de l’Esprit-Saint, et favorisé d’une abondante plénitude. Vous savez aussi de quelle manière, étant parmi vous, nous avons été à votre égard. Et vous, vous êtes devenus nos imitateurs et ceux du Seigneur, ayant reçu la parole parmi de grandes tribulations, avec la joie de l’Esprit‑Saint, en sorte que vous êtes devenus l’exemple de tous ceux qui ont embrassé la foi dans la Macédoine et dans l’Achaïe. Et non seulement vous êtes cause que la parole du Seigneur s’est répandue avec éclat dans la Macédoine et dans l’Achaïe ; mais la foi que vous avez en Dieu est devenue si célèbre, qu’il n’est pas même nécessaire que nous en parlions. Eux-mêmes racontent, en parlant de nous, le succès de notre arrivée parmi vous, et comment, ayant quitté les idoles, vous vous êtes convertis à Dieu, pour servir ce Dieu vivant et véritable, et pour attendre du ciel son Fils, qu’il a ressuscité d’entre les morts, et qui nous a délivrés de la colère à venir.

Évangile

La suite du saint évangile selon saint Matthieu. Chap. 13

En ce temps-là, Jésus dit à la foule cette parabole : Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme prend et sème dans son champ : c’est la plus petite de toutes les graines ; mais, quand elle a poussé, c’est le plus grand de tous les légumes, et cette plante devient un arbre, en sorte que les oiseaux du ciel viennent se reposer sur ses rameaux. Il leur dit encore cette autre parabole : Le royaume des cieux est semblable à un levain qu’une femme prend et qu’elle cache dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée. Jésus dit toutes ces choses au peuple en paraboles, et il ne leur parlait point sans paraboles, afin que cette parole du Prophète fût accomplie : J’ouvrirai ma bouche pour dire des paraboles ; je publierai des choses qui ont été cachées depuis la création du monde.

Secrète

Faites, s’il vous plaît, ô Dieu, que cette oblation nous purifie et nous renouvelle, qu’elle nous régisse et nous protège. Par Jésus-Christ.

Postcommunion

Vous nous avez nourris, Seigneur, de vos célestes délices ; faites, s’il vous plait, que nous aspirions sans cesse à cette nourriture par laquelle nous obtenons la véritable vie. Par Jésus-Christ.

À vêpres

Antienne de Magnificat

Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme prend et qu’elle cache dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée.

23e dimanche après la Pentecôte

Dom Guéranger ~ L’Année Liturgique
23e dimanche après la Pentecôte

Dans les années où le nombre des dimanches après la Pentecôte est de vingt-trois seulement, on prend pour aujourd’hui la messe du vingt-quatrième et dernier dimanche.

Quoi qu’il en soit, et en tout état de cause, l’antiphonaire se ter­mine aujourd’hui, c’est-à-dire que l’introït, le graduel, l’offertoire et la communion ci-après, devront être repris en chacun des dimanches qui peuvent se succéder encore plus ou moins nom­breux, suivant les années, jusqu’à l’avent. On se rappelle qu’au temps de saint Grégoire, l’avent étant plus long que de nos jours[1], ses semaines avançaient dans la partie du cycle occupée mainte­nant par les derniers dimanches après la Pentecôte. C’est une des raisons qui expliquent la pénurie de composition des messes dominicales après la vingt-troisième.

En celle-ci même autrefois, l’Église, sans perdre de vue le dénoue­ment final de l’histoire du monde, tournait déjà sa pensée vers l’approche du temps consacré à préparer pour ses enfants la grande fête de Noël. On lisait pour épître le passage suivant de Jérémie, qui servit plus tard, en divers lieux, à la messe du pre­mier dimanche de l’avent : « Voici que le jour arrive, dit le Sei­gneur, et je susciterai à David une race juste. Un roi régnera, qui sera sage et qui accomplira la justice et le jugement sur la terre. En ces jours-là Juda sera sauvé, et Israël habitera dans la paix ; et voici le nom qu’ils donneront à ce roi : Le Seigneur notre juste ! C’est pourquoi le temps « vient, dit le Seigneur, où l’on ne dira plus : « Vive le Seigneur qui a tiré les enfants d’Israël de la terre d’Égypte ! mais : Vive le Seigneur qui a tiré et ramené la posté­rité de la maison d’Israël de la terre d’aquilon et de tous les pays dans lesquels je les avais dispersés et chassés ! Et ils habiteront dans leur terre [2]. »

Comme on le voit, ce passage s’applique également très bien à la conversion des Juifs et à la restauration d’Israël annoncée pour les derniers temps. C’est le point de vue auquel se sont placés les plus illustres liturgistes du moyen âge, pour expliquer toute la messe du vingt-troisième dimanche après la Pentecôte. Mais pour bien les comprendre, il faut observer aussi que, primitivement, l’évangile du vingt-troisième dimanche était l’évangile de la mul­tiplication des cinq pains. Cédons la parole au pieux et profond abbé Rupert qui, mieux que personne, nous apprendra le mystère de ce jour où prennent fin les accents, si variés jusqu’ici, des mélodies grégoriennes.

« La sainte Église, dit-il, met tant de zèle à s’acquitter des suppli­cations, des prières et des actions de grâces pour tous les hommes demandées par l’Apôtre [3], qu’on la voit rendre grâces aussi pour le salut à venir des fils d’Israël, qu’elle sait devoir être un jour unis à son corps. Comme, en effet, à la fin du monde leurs restes seront sauvés [4], dans ce dernier office de l’année elle se félicite en eux comme en ses futurs membres. Dans l’introït, elle chante tous les ans, rappelant ainsi sans fin les prophéties qui les concernent : Le Seigneur dit : Mes pensées sont des pensées de paix et non d’affliction. Ses pensées sont toutes de paix en effet, puisqu’il promet d’admettre au banquet de sa grâce les Juifs ses frères selon la chair, réalisant ce qui avait été figuré dans l’histoire du patriarche Joseph. Les frères de ce dernier, qui l’avaient vendu, vinrent à lui poussés par la faim, lorsqu’il étendait sa domination sur toute la terre d’Égypte ; ils furent reconnus, reçus par lui, et lui-même fit avec eux un grand festin : ainsi notre Seigneur, régnant sur tout le monde et nourrissant abondamment du pain de vie les Égyptiens, c’est‑à‑dire les Gentils, verra revenir à lui les restes des fils d’Israël ; reçus en la grâce de celui qu’ils ont renié et mis à mort, il leur donnera place à sa table, et le vrai Joseph s’abreuvera délicieusement avec ses frères.

Le bienfait de cette table divine est signifié, dans l’office du dimanche, par l’évangile, où l’on raconte du Seigneur qu’il nourrit avec cinq pains la multitude. Alors, en effet, Jésus ouvrira pour les Juifs les cinq livres de Moïse, portés maintenant comme des pains entiers et non rompus encore, par un enfant, à savoir ce même peuple resté jusqu’ici dans l’étroitesse d’esprit de l’enfance.

Alors sera accompli l’oracle de Jérémie, si bien placé avant cet évangile ; on ne dira plus : Vive le Seigneur qui a tiré les enfants d’Israël de la terre d’Égypte ! mais : Vive le Seigneur qui les a ramenés de la terre d’aquilon et de toutes celles où ils étaient dispersés !

Délivrés donc de la captivité spirituelle qui les retient maintenant, ils chanteront du fond de l’âme l’action de grâces indiquée au graduel : Vous nous avez délivrés, Seigneur, de ceux qui nous persécutaient.

La supplication par laquelle nous disons, dans l’offertoire : Du fond de l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur, répond manifeste­ment, elle aussi, aux mêmes circonstances. Car en ce jour-là, ses frères diront au grand et véritable Joseph : « Nous vous conjurons d’oublier le crime de vos frères [5] ».

La communion : En vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez dans vos prières, et le reste, est la réponse de ce même Joseph disant, comme autrefois le premier [6] : « Ne crai­gnez point. Vous aviez formé contre moi un dessein mauvais ; mais Dieu l’a fait tourner au bien, afin de m’élever comme vous voyez maintenant et de sauver beaucoup de peuples. Ne craignez donc point : je vous nourrirai, vous et vos enfants [7]. »

À la messe

L’introït vient de nous être expliqué par l’Abbé Rupert. Il est tiré de Jérémie [8] comme l’ancienne épître de ce dimanche.

Introït

Le Seigneur dit : Mes pensées sont des pensées de paix et non d’affliction ; vous m’invoquerez, et je vous exaucerai, et je ramènerai vos captifs de tous les lieux. Ps. Seigneur, vous avez béni la terre qui vous appartient ; vous avez fait cesser la captivité de Jacob. Gloire au Père. Le Seigneur.

La demande du pardon revient sans cesse dans la bouche du peu­ple chrétien, parce que la fragilité de la nature entraîne sans cesse, ici-bas, le juste lui-même [9]. Dieu sait notre misère ; il par­donne sans fin, à la condition de l’humble aveu des fautes et de la confiance dans sa bonté. Tels sont les sentiments qui inspirent à l’Église les termes de la Collecte du jour.

Collecte

Nous vous en supplions, Seigneur, absolvez les fautes de votre peuple, afin que nous soyons délivrés par votre bonté des liens des péchés que nous avons commis dans notre fra­gilité. Par Jésus-Christ.

Épître

Lecture de l’épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Philippiens. Chap. 3

Mes Frères, soyez mes imitateurs, et observez ceux qui se conduisent suivant le modèle que vous avez en nous. Car il y en a plusieurs dont je vous ai parlé souvent, dont je vous parle encore avec larmes, qui sont les ennemis de la croix du Christ. Ils ont pour fin la mort, pour dieu leur ventre ; ils pla­cent la gloire pour eux dans leur honte, n’ayant de goût que pour les choses de la terre. Mais pour nous, déjà nous vivons dans les cieux ; c’est de là aussi que nous attendons pour Sauveur notre Seigneur Jésus-Christ, qui reformera le corps de notre bassesse et le rendra conforme à son corps glorieux, par la puissance qui lui permet de s’assujettir aussi toutes choses. C’est pourquoi, mes frères très chers et très désirés, ma joie et ma couronne, demeurez ainsi fermes dans le Seigneur, ô mes bien-aimés. Je prie Évodia et je conjure Synty­chès de s’unir et d’avoir les mêmes sentiments dans le Seigneur. Je vous prie aussi, vous mon fidèle compagnon, d’aider celles qui ont travaillé avec moi pour l’Évangile, ainsi que Clément et les autres qui ont été mes aides, dont les noms sont au livre de vie.

Le nom de Clément, qui vient d’être prononcé par l’Apôtre, est celui du second successeur de saint Pierre. Assez souvent, le vingt-troisième dimanche après la Pentecôte ne précède que de fort peu la solennité de ce grand pontife et martyr du premier siècle. Disciple de Paul, attaché depuis à la personne de Pierre, et désigné par le vicaire de l’Homme-Dieu comme le plus digne de monter après lui sur la chaire apostolique, Clément, nous le verrons au 23 novembre, était l’un des saints de cette époque primi­tive les plus vénérés des fidèles. La mention faite de lui à l’office du temps, dans les jours qui précédaient son apparition directe au cycle de la sainte Église, excitait la joie du peuple chrétien et ranimait sa ferveur, à la pensée de l’approche d’un de ses plus illustres protecteurs et amis.

Au moment où saint Paul écrivait aux Philippiens, Clément, qui devait longtemps encore survivre aux Apôtres, était bien des hommes dont parle notre épître, imitateurs de ces illustres modèles, appelés à perpétuer dans le troupeau confié à leurs soins [10] la règle des mœurs, moins encore par la fidélité de l’enseignement que par la force de l’exemple. L’unique Épouse du Verbe divin se reconnaît à l’incommunicable privilège d’avoir en elle, par la sainteté, la vérité toujours vivante et non point seule­ment lettre morte. L’Esprit-Saint n’a point empêché les livres sacrés des Écritures de passer aux mains des sectes séparées ; mais il a réservé à l’Église le trésor de la tradition qui seule transmet pleinement, d’une génération à l’autre, le Verbe lumière et vie [11], par la vérité et la sainteté de l’Homme-Dieu toujours pré­sentes en ses membres, toujours tangibles et visibles en l’Église [12]. La sainteté inhérente à l’Église est la tradition à sa plus haute expression, parce qu’elle est la vérité non seulement proférée, mais agissante [13], comme elle l’était en Jésus-Christ, comme elle l’est en Dieu [14]. C’est là le dépôt [15] que les disciples des Apôtres recevaient la mission de transmettre à leurs successeurs, comme les Apôtres eux-mêmes l’avaient reçu du Verbe descendu en terre.

Aussi saint Paul ne se bornait point à confier l’enseignement dogmatique à son disciple Timothée [16] ; il lui disait : « Sois l’exemple des fidèles dans la parole et la conduite [17]. » Il redisait à Tite : « Montre-toi un modèle, en fait de doctrine et d’intégrité de vie [18]. » Il répétait à tous : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis de Jésus-Christ [19]. » Il envoyait aux Corinthiens Timothée, pour leur rappeler, pour leur apprendre au besoin, non les dogmes seulement de son Évangile, mais ses voies en Jésus-Christ, sa manière de vivre ; car cette manière de vivre de l’Apôtre était, pour une part, son enseignement même en toutes les Égli­ses [20] ; et il louait les fidèles de Corinthe de ce qu’en effet ils se souvenaient de lui pour l’imiter en toutes choses, gardant ainsi la tradition de Jésus-Christ [21]. Les Thessaloniciens étaient si bien entrés dans cet enseignement tiré de la vie de leur Apôtre, que, devenus ses imitateurs, et par là même ceux de Jésus-Christ, ils étaient, dit saint Paul, la forme de tous les croyants ; cet ensei­gnement muet de la révélation chrétienne, qu’ils donnaient en leurs mœurs, rendait comme inutile la parole même des messa­gers de l’évangile [22].

L’Église est un temple admirable qui s’élève à la gloire du Très-Haut par le concours des pierres vivantes appelées à entrer dans ses murs [23]. La construction de ces murailles sacrées sur le plan arrêté par l’Homme-Dieu est l’œuvre de tous. Ce que l’un fait par la parole [24], l’autre le fait par l’exemple [25] ; mais tous deux cons­trui­sent, tous deux édifient la cité sainte ; et, comme au temps des Apôtres, l’édification par l’exemple l’emporte sur l’autre en efficacité, quand la parole n’est pas soutenue de l’autorité d’une vie conforme à l’évangile.

Mais de même que l’édification de ceux qui l’entourent est, pour le chrétien, une obligation fondée à la fois sur la charité envers le prochain et sur le zèle de la maison de Dieu, il doit, sous peine de présomption, chercher dans autrui cette même édification pour lui-même. La lecture des bons livres, l’étude de la vie des saints, l’observation, selon l’expression de notre épître, l’observation respectueuse des bons chrétiens qui vivent à ses côtés, lui seront d’un immense secours pour l’œuvre de sa sanctification person­nelle et l’accomplissement des vues de Dieu en lui. Cette fréquentation de pensées avec les élus de la terre et du ciel nous éloignera des mauvais, qui repoussent la croix de Jésus-Christ et ne rêvent que les honteuses satisfactions des sens. Elle placera véritablement notre conversation dans les cieux. Attendant pour un jour qui n’est plus éloigné l’avènement du Seigneur, nous demeurerons fermes en lui, malgré la défection de tant de mal­heureux entraînés par le courant qui emporte le monde à sa perte. L’angoisse et les souffrances des derniers temps ne feront qu’accroître en nous la sainte espérance ; car elles exciteront tou­jours plus notre désir du moment solennel où le Seigneur appa­raîtra pour achever l’œuvre du salut des siens, en revêtant notre chair même de l’éclat de son divin corps. Soyons unis, comme le demande l’Apôtre, et, pour le reste : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur », écrit-il à ses chers Philippiens ; « je le dis de nouveau, réjouissez-vous : le Seigneur est proche [26]. »

Graduel

Vous nous avez délivrés. Seigneur, de ceux qui nous persé­cutaient ; vous avez confondu nos ennemis. V/. Nous nous louerons en Dieu tout le jour, nous confesserons votre Nom à jamais. Alléluia, alléluia. V/. Du fond de l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur : Seigneur, exaucez ma prière. Alléluia.

Évangile

La suite du saint évangile selon saint Matthieu. Chap. 9

En ce temps-là, comme Jésus parlait au peuple, voici qu’un prince de la synagogue s’approcha, et l’adorant, il lui disait : Seigneur, ma fille vient de mourir ; mais venez, imposez votre main sur elle, et elle vivra. Et Jésus, se levant, le suivait avec ses disciples. Or voici qu’une femme qui souffrait d’un flux de sang depuis douze années s’approcha par derrière, et toucha la frange de son vêtement. Car elle disait en elle-même : Si je touche seulement son vêtement, je serai sauvée. Jésus se retournant alors, et la voyant, lui dit : Aie confiance, ma fille ; ta foi t’a sauvée. Et de cette heure même, la femme fut guérie. Jésus venant ensuite à la maison du prince, et voyant les joueurs de flûte et une foule qui faisait grand bruit, leur dit : Retirez-vous, car la jeune fille n’est pas morte, elle n’est qu’endormie. Et ils se moquaient de lui. Mais lorsqu’on eut mis tout ce monde à la porte, il entra, prit la main de la jeune fille, et elle se leva. Et le bruit s’en répandit dans tout le pays.

Quoique le choix de cet évangile pour aujourd’hui ne remonte pas partout à la plus haute antiquité, il entre bien dans l’économie générale de la sainte liturgie, et confirme ce que nous avons dit du caractère de cette partie de l’année. Saint Jérôme nous apprend, dans l’homélie du jour, que l’hémorroïsse guérie par le Sauveur figure la gentilité, tandis que la nation juive est représentée par la fille du prince de la synagogue [27]. Celle-ci ne devait retrouver la vie qu’après le rétablissement de la première ; et tel est précisé­ment le mystère que nous célébrons en ces jours, où, la plénitude des nations ayant reconnu le médecin céleste, l’aveuglement dont Israël avait été frappé cesse enfin lui-même [28].

De cette hauteur où nous sommes parvenus, de ce point où le monde, ayant achevé ses destinées, ne va sembler sombrer un instant que pour se dégager des impies et s’épanouir de nouveau, transformé dans la lumière et l’amour : combien mystérieuses et à la fois fortes et suaves nous apparaissent les voies de l’éternelle Sagesse [29] ! Le péché, dès le début, avait rompu l’harmonie du monde, en jetant l’homme hors de sa voie. Si, entre toutes, une famille avait attiré sur elle la miséricorde, la lumière, en se levant sur cette privilégiée, n’avait fait que manifester plus profonde la nuit où végétait le genre humain. Les nations, abandonnées à leur misère épuisante, voyaient les attentions divines aller à Israël, et l’oubli s’appesantir sur elles au contraire. Lors même que les temps où la faute première devait être réparée se trouvèrent accomplis, il sembla que la réprobation des gentils dût être consommée du même coup ; car on vit le salut, venu du ciel en la personne de l’Homme-Dieu, se diriger exclusivement vers les Juifs et les brebis perdues de la maison d’Israël [30].

Cependant la race gratuitement fortunée, dont les pères et les premiers princes avaient si ardemment sollicité l’arrivée du Messie, ne se trouvait plus à la hauteur où l’avaient placée les patriarches et les saints prophètes. Sa religion si belle, fondée sur le désir et l’espérance, n’était plus qu’une attente stérile qui la tenait dans l’impuissance de faire un pas au-devant du Sauveur ; sa loi incomprise, après l’avoir immobilisée, achevait de l’étouffer dans les liens d’un formalisme sectaire. Or, pendant qu’en dépit de ce coupable engourdissement, elle comptait, dans son orgueil jaloux, garder l’apanage exclusif des faveurs d’en haut, la gentilité que son mal, toujours grandissant lui aussi, portait au-devant d’un libérateur, la gentilité reconnaissait en Jésus le Sauveur du monde, et sa confiante initiative lui méritait d’être guérie la première. Le dédain apparent du Seigneur n’avait servi qu’à l’affermir dans l’humilité, dont la puissance pénètre les cieux [31].

Israël devait donc attendre à son tour. Selon qu’il le chantait dans le psaume, l’Éthiopie l’avait prévenu en tendant ses mains vers Dieu la première [32]. Désormais ce fut à lui de retrouver, dans les souffrances d’un long abandon, l’humilité qui avait valu à ses pères les promesses divines et pouvait seule lui en mériter l’accomplissement. Mais aujourd’hui la parole de salut a retenti dans toutes les nations, sauvant tous ceux qui devaient l’être. Jésus, retardé sur sa route, arrive enfin à la maison vers laquelle se dirigeaient ses pas dès l’abord, à cette maison de Juda où dure toujours l’assoupissement de la fille de Sion. Sa toute-puissance compatissante écarte de la pauvre abandonnée la foule confuse des faux docteurs, et ces prophètes de mensonge qui l’avaient endormie aux accents de leurs paroles vaines ; il chasse loin d’elle pour jamais ces insulteurs du Christ, qui prétendaient la garder dans la mort. Prenant la main de la malade, il la rend à la vie dans tout l’éclat de sa première jeunesse ; prouvant bien que sa mort apparente n’était qu’un sommeil, et que l’accumulation des siècles ne pouvait prévaloir contre la parole donnée par Dieu à Abraham son serviteur [33].

Au monde maintenant de se tenir prêt pour la transformation dernière. Car la nouvelle du rétablissement de la fille de Sion met le dernier sceau à l’accomplissement des prophéties. Il ne reste plus aux tombeaux qu’à rendre leurs morts [34]. La vallée de Josa­phat se prépare pour le grand rassemblement des nations [35] ; le mont des Oliviers va de nouveau [36] porter l’Homme-Dieu, mais cette fois comme Seigneur et comme juge [37].

Offertoire

Du fond de l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur ; Seigneur, exaucez ma prière ; du fond de l’abîme j’ai crié vers vous, Sei­gneur.

L’acquittement du service que nous devons à Dieu est, de soi, bien au-dessous de la Majesté souveraine ; mais le Sacrifice, qui en fait partie chaque jour, l’ennoblit jusqu’à l’infini et supplée aux méri­tes qui nous font défaut, ainsi que l’exprime la Secrète de ce dimanche.

Secrète

Nous vous offrons, Seigneur, en accroissement de notre ser­vice ce Sacrifice de louange ; conduisez à bonne fin dans votre miséricorde les grâces accordées à notre indignité. Par Jésus-Christ.

Communion

En vérité, je vous le dis, tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous le recevrez, et il vous sera accordé.

Entrés, dans les Mystères sacrés, en participation de la vie divine, demandons au Seigneur que nous ne soyons plus accessibles aux dangers d’ici bas. Disons avec l’Église :

Postcommunion

Nous vous en supplions, Dieu tout-puissant, ne laissez point en butte aux dangers humains ceux que vous avez admis à l’heureuse participation de votre divinité. Par Jésus-Christ.

À Vêpres

Antienne de Magnificat

Jésus se retournant et la voyant, lui dit : Aie confiance, ma fille ; ta foi t’a sauvée. Alléluia.

Autres liturgies

L’approche du jugement inspire cette hymne des Maronites.

Hymne

En ce jour le Seigneur se lèvera ; porté sur un char de feu, le Roi du ciel descendra des divines demeures.

Le Christ Roi s’avancera vers Jérusalem et la montagne de Jébus ; il plantera sa croix dans le sépulcre d’Adam, là où les Juifs l’ont crucifié.

Au son de sa voix les rochers se fendront et les morts sorti­ront de leurs tombes, la terre retombera dans le chaos du commencement.

Ceux qui doivent être jugés comparaîtront pour être exami­nés, discutés, sondés ; les justes seront appelés au royaume, les impies rejetés à l’enfer.

Enveloppés de leurs crimes, les impies seront comme un œil obscurci, qui ne perçoit plus la lumière. Ils s’approcheront et frapperont, avec des lamentations et des pleurs : « Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous votre porte. »

Mais il leur dira : « Allez, maudits ; je ne vous connais pas. » Alors toutes les tribus imploreront sa miséricorde.

Maintenant donc, Seigneur, nous vous en supplions, répan­dez sur nos crimes vos miséricordes. Ce monde passera en un moment avec sa beauté, et tout ce qu’il renferme sera détruit.

Debout, debout, pécheur ! réveille-toi du criminel sommeil de ton iniquité ; que les larmes de tes yeux purifient ton âme et lavent ses souillures, afin que Dieu se réjouisse en toi, qu’il te donne le royaume et la vie qui ne passeront jamais.

Quitte le mal, pendant que tu as la vie, car lorsque le jour de la mort arrivera, ce sera la sévérité du jugement ; la pénitence ne sera plus reçue.

Donnez, Seigneur, le repos du salut à ceux qui ont mangé votre Corps et bu votre Sang. Qu’ils éprouvent au jugement votre miséricorde et soient placés à votre droite, afin qu’au jour de la résurrection ils viennent à votre rencontre.

Nous célébrons votre illustre mémoire, Vierge très sainte, pour que tous nous obtenions de votre glorieux Fils grâce, pardon et miséricorde. Suppliez-le avec nous, et votre prière sauvera nos âmes de tout dommage.

Faisons nôtre la belle formule où le missel mozarabe, en l’avant-dernier de ses dimanches, exprime si bien les pensées que l’Église voudrait nous inspirer à cette époque de l’année penchant vers son terme.

Illatio

Oui, certes ; il est bien digne et plus que digne de vous rendre gloire et honneur, ô Dieu Père tout-puissant, qui avec votre Fils et l’Esprit des deux êtes un seul et égal Dieu dans la Trinité. Vous avez créé l’homme qui n’existait pas ; et prenant chair dans l’une de vos personnes, vous avez rétabli l’homme perdu ; vous êtes venu au-devant de sa chute pour le relever, lui qui n’avait pas su se maintenir dans l’heureux état de sa condition première. C’est pourquoi, mettant notre confiance uniquement dans la victime du salut, nous vous adressons nos supplications et prières. Le jour décline vers son cou­chant, la ruine du monde se précipite, et notre vie mortelle tend vers son terme : secourez-nous en ce temps. Qu’il se lève d’autres jours à votre gloire ; soutenez le déclin du monde par l’espoir de la béatitude promise ; accordez-nous aussi d’obte­nir miséricorde au dernier jour de la vie présente. Puis­qu’approche la fin et du jour et du monde et de notre vie, qu’en tout cet unique Sacrifice daigne s’opposer pour nous incessamment à tous maux : en sorte que ni la chute du jour et les ténèbres qu’elle amène ne nous puissent souiller ou troubler, ni la fin prochaine du monde ne nous entraîne avec lui à la perte, ni la brièveté de notre vie ne nous fasse garder jusqu’au bout nos souillures. Mais plutôt, que le retour de la lumière vienne rallumer pour notre consolation le jour qui disparaît ; que, sous la décadence du monde, l’espoir du royaume futur nous réconforte ; que, si notre vie doit payer sa dette à la mort, celle-ci ne soit qu’un passage paisible et joyeux à l’éternelle béatitude. Qu’ainsi tout ce qui pour nous tend à la ruine soit ramené par cette victime du salut dans l’ordre du salut éternel, devienne pour nous un instrument de notre rédemption, et fasse de nous le temple de votre gloire sans fin.

 

[1] Voir le volume L’Avent, chapitre Historique de l’avent.

[2] – Jérém. 23, 5-8.

[3] – 1 Tim. 2, 1.

[4] – Rom. 9, 27.

[5] – Gen. 50, 17.

[6]Ibid. 19‑21.

[7] – Rup. De div. Off. 12, 23.

[8] – Jérém. 29.

[9] – Prov. 24, 16.

[10] – 1 s. Pierre 5, 3.

[11] – s. Jean 1, 4.

[12] – 1 s. Jean 1, 1.

[13] – 1 Thess. 2, 13.

[14] – s. Jean 5, 17.

[15] – 1 Tim. 6, 20.

[16] – 2 Tim. 3, 2.

[17] – 1 Tim. 4, 12.

[18] – Tit. 2, 7.

[19] – 1 Cor. 2, 16.

[20]Ibid. 17.

[21] – 1 Cor. 11, 1-2.

[22] – 1 Thess. 1, 5-8.

[23] – Éph. 2,20-22.

[24] – 1 Cor. 14, 3.

[25] – Rom. 14, 19.

[26] – Philip, 4, 4-5.

[27] – Hier, in s. Matth. cap. 9.

[28] – Rom. 11, 25.

[29] – Sap. 8, 1.

[30] – s. Matth. 15, 24.

[31] – Eccli. 35, 21.

[32] – Psalm. 67, 32.

[33] – s. Luc. 1, 54-55.

[34] – Dan. 12, 1-2.

[35] – Joël. 3, 1.

[36] – Act. 1, 11.

[37] – Zach. 14, 4.