Décès de la dernière sœur de Mgr Lefebvre

Le site de la Fraternité Saint Pie X nous informe que la dernière sœur de Mgr Lefebvre est décédée le 17 octobre. Elle était la filleule de Monseigneur. Née Marie-Thérèse Lefebvre, elle avait épousé M. Guy Toulemonde.

Dans le film Un évêque dans la tempête, elle avait donné le témoignage que Mgr Lefebvre envisageait la disparition ou la chute de la Fraternité Saint Pie X. Voici son témoignage : Continuer la lecture de « Décès de la dernière sœur de Mgr Lefebvre »

Le 9 novembre
La dédicace de la basilique du Très Saint Sauveur

Le 9 novembre
La dédicace de la basilique du Très Saint Sauveur

Au quatrième siècle de notre ère, la fin des persécutions sembla au monde un avant-goût de sa future entrée dans la cité de la paix sans fin. « Gloire au Tout-Puissant ! gloire au Rédempteur de nos âmes ! » s’écrie, en tête du dixième et dernier livre de son Histoire, le contemporain Eusèbe. Et témoin du triomphe, il décrit l’admirable spectacle auquel donna lieu partout la dédicace des sanctuaires nouveaux. De villes en villes, s’assemblaient les évêques et s’empressaient les foules. De peuples à peuples, une telle bienveillance de mutuelle charité, de commune foi, d’allégresse recueillie harmonisait les cœurs, que l’unité du corps du Christ apparaissait aux yeux, dans cette multitude animée d’un même souffle de l’Esprit-Saint ; c’était l’accomplissement des anciennes prophéties : cité vivante du Dieu vivant où tout sexe et tout âge exaltaient l’auteur de tous biens. Combien augustes apparurent alors les rites de notre Église ! la perfection achevée qu’y déployaient les Pontifes, l’élan de la psalmodie, les lectures inspirées, la célébration des ineffables Mystères formaient un ensemble divin [1].

Constantin avait mis les trésors du fisc à la disposition des évêques, et lui-même stimulait leur zèle pour ce qu’il appelait dans ses édits impériaux l’œuvre des églises [2]. Rome surtout, lieu de sa victoire par la Croix et capitale du monde devenu chrétien, bénéficia de la munificence du prince. Dans une série de dédicaces à la gloire des Apôtres et des saints Martyrs, Silvestre, Pontife de la paix, prit possession de la Ville éternelle pour le vrai Dieu.

Aujourd’hui fut le jour natal de l’Église Maîtresse et Mère, dite du Sauveur, Aula Dei [3], Basilique d’or ; nouveau Sinaï [4], d’où les oracles apostoliques et tant de conciles notifièrent au monde la loi du salut. Qu’on ne s’étonne pas d’en voir célébrer la fête en tous lieux.

Si depuis des siècles les Papes n’habitent plus le palais du Latran, la primauté de sa Basilique survit dans la solitude à tout abandon. Comme au temps de saint Pierre Damien, il est toujours vrai de dire qu’ « en la manière où le Sauveur est le chef des élus, l’Église qui porte son nom est la tête des églises ; que celles de Pierre et de Paul sont, à sa droite et à sa gauche, les deux bras par lesquels cette souveraine et universelle Église embrasse toute la terre, sauvant tous ceux qui désirent le salut, les réchauffant, les protégeant dans son sein maternel [5]. » Et Pierre Damien appliquait conjointement au Sauveur et à la Basilique, sacrement de l’unité, les paroles du prophète Zacharie : Voici l’ homme dont le nom est Orient ; il germera de lui-même, et il bâtira un temple au Seigneur ; il bâtira, dis-je, un temple au Seigneur, et il aura la gloire, et il s’assiéra : et sur son trône il sera Roi, et sur son trône il sera Pontife [6].

C’est au Latran que, de nos jours encore, a lieu la prise de possession officielle des Pontifes romains. Là s’accomplissent chaque année en leur nom, comme Évêques de Rome, les fonctions cathédrales de la bénédiction des saintes Huiles au Jeudi saint et, le surlendemain, de la bénédiction des fonts, du baptême solennel, de la confirmation, de l’ordination générale. Prudence, le grand poète de l’âge du triomphe, reviendrait en nos temps qu’il dirait toujours : « À flots pressés le peuple romain court à la demeure de Latran, d’où l’on revient marqué du signe sacré, du chrême royal ; et il faudrait douter encore, ô Christ, que Rome te fût consacrée [7] ! »

Lisons le récit liturgique attribué à ce jour.

Ce fut le bienheureux Pape Silvestre qui établit le premier les rites observés par l’Église romaine dans la consécration des églises et des autels. Il y avait bien dès le temps des Apôtres, en effet, certains lieux voués à Dieu, et nommés oratoires par les uns, Églises par d’autres ; on y tenait l’assemblée le premier jour de la semaine, et le peuple chrétien avait la coutume d’y prier, d’y entendre la parole de Dieu, d’y recevoir l’Eucharistie : cependant on ne les consacrait pas avec autant de solennité ; on n’y élevait pas d’autel fixe qui, oint du chrême, exprimât le symbole de notre Seigneur Jésus-Christ, pour nous autel, hostie et pontife.

Mais lorsque l’empereur Constantin eut par le sacrement du baptême obtenu la santé du corps et le salut de l’âme, une loi émanant de lui fut portée qui pour la première fois permettait dans tout l’univers aux chrétiens de bâtir des églises. Non content de cet édit, le prince voulut même leur donner l’exemple et inaugurer les saints travaux. C’est ainsi que dans son propre palais de Latran, il dédia une église au Sauveur, et fonda le baptistère contigu sous le nom de saint Jean-Baptiste, dans le lieu où lui-même, baptisé par saint Silvestre, avait été guéri de la lèpre. C’est cette église que le Pontife consacra le cinq des ides de novembre ; et nous en célébrons la mémoire en ce même jour où pour la première fois à Rome une église fut ainsi publiquement consacrée, où l’image du Sauveur apparut visible sur la muraille aux yeux du peuple romain.

Plus tard, ayant à consacrer l’autel du Prince des Apôtres, le bienheureux Silvestre ordonna que les autels ne fussent plus désormais que de pierre. Si cependant l’autel de la basilique de Latran fut de bois, on ne doit pas s’en étonner : de saint Pierre à Silvestre, en effet, les persécutions ne laissaient pas aux Pontifes de demeure stable ; partout donc où les amenait la nécessité, soit dans les cryptes ou les cimetières, soit dans les maisons des chrétiens, c’était sur cet autel de bois, creux en forme de coffre, qu’ils offraient le Sacrifice. Quand la paix fut rendue à l’Église, par honneur pour le Prince des Apôtres qu’on dit avoir célébré sur cet autel, et les autres Pontifes qui jusqu’alors s’en étaient servis de même dans les Mystères sacrés, saint Silvestre le plaça dans la première église, au Latran, défendant que nul autre n’y célébrât par la suite, si ce n’est le Pontife romain. Ébranlée et ruinée par les incendies, les incursions ennemies, les tremblements de terre, cette église fut toujours réparée avec grand zèle par les Souverains Pontifes ; à la suite d’une nouvelle restauration, le Pape Benoît XIII, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, la consacra derechef en grande pompe, le vingt-huitième jour d’avril de l’an mil sept cent vingt-six, assignant à la mémoire de cette solennité le présent jour. De grands travaux que Pie IX avait entrepris furent menés à bonne fin par Léon XIII ; à savoir : l’agrandissement et le prolongement de l’abside qui tombait de vétusté ; la réfection sur le modèle primitif de l’antique mosaïque déjà précédemment renouvelée dans beaucoup de ses parties, et son transfert dans la nouvelle abside magnifiquement et à grands frais décorée ; le renouvellement de la charpente et des lambris du transept embelli ; œuvre complétée, l’an mil huit cent quatre-vingt-quatre, d’une sacristie, d’habitations pour les chanoines et d’un portique rejoignant les nouvelles constructions au baptistère de Constantin.

Tant de détails courent le risque de sembler superflus aux profanes. En la manière cependant que le Pape est notre premier et propre pasteur à tous, son Église de Latran est aussi notre Église ; rien de ce qui la concerne ne saurait, ne devrait du moins, laisser le fidèle indifférent. Inspirons-nous à son endroit des belles formules qui suivent, et que nous donne le pontifical romain au jour de la consécration des Églises ; elles ne sauraient s’appliquer mieux qu’à l’Église Mère.

Antiennes et repons

R/. La maison du Seigneur est fondée au sommet des monts ; elle est élevée sur les collines ; toutes les nations viendront à elle * Et elles diront : Gloire à vous, Seigneur !

V/. Elles viendront avec transport, portant leurs moissons. * Et elles diront.

R/. Seigneur de toutes choses, qui n’avez nul besoin, vous voulez avoir au milieu de nous votre temple. * Gardez pure à jamais cette maison, Seigneur.

V/. Seigneur, c’est la maison que vous choisîtes pour qu’y fût invoqué votre nom : maison de la prière et des supplications de votre peuple. * Gardez.

Ant. Paix éternelle à cette maison par l’Éternel! Paix soit à cette maison la Paix sans fin, Verbe du Père ! Paix donne à cette maison le divin Consolateur !

Ant. Oh! combien redoutable est ce lieu ! c’est véritablement ici la maison de Dieu et la porte du ciel.

Ant. C’est la maison du Seigneur solidement bâtie, bien établie sur la pierre ferme.

Ant. Jacob vit une échelle dont le sommet atteignait les cieux, et les Anges qui descendaient, et il dit : Ce lieu est vraiment saint.

R/. Voici Jérusalem, la grande cité, céleste, ornée comme l’Épouse de l’Agneau. * C’est le vrai tabernacle. Alléluia.

V/. Ses portes ne se fermeront point durant le jour ; quant à la nuit, elle y sera inconnue. * C’est le vrai.

R/. Vos places, Jérusalem, seront pavées d’or pur, Alléluia, et l’on chantera en vous le cantique de joie, Alléluia. * Et par vos rues chacun dira : Alléluia, Alléluia.

V/. Vous brillerez d’une lumière éclatante, et, vous voyant, toute la terre adorera.* Et par vos rues.

Ant. Faites le tour de Sion, parcourez son enceinte, racontez ses merveilles en ses tours.

V/. Le Seigneur est grand, et digne de toute louange en la cité de notre Dieu, sur sa montagne sainte.

R/. Le Seigneur vous a revêtue d’un vêtement d’allégresse ; à votre front il a mis le diadème.* Il vous a parée de saints ornements.

V/. Vous brillerez d’une lumière éclatante, et, vous voyant, toute la terre adorera. * Il vous a parée.

V/. Les nations viendront à vous des plus lointains pays, apportant leurs dons et adorant le Seigneur ; votre terre sera pour elles la sainte terre ; elles invoqueront en vous le grand Nom.* Il vous a parée.

V/. Bénis seront vos constructeurs. Pour vous, vos fils seront votre joie ; car la bénédiction sera sur eux tous, et tous ensemble ils viendront au Seigneur. * Il vous a parée.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui par votre Fils, la pierre d’angle, avez joint les deux murs divergents de la circoncision et de la gentilité, qui sous un même et seul pasteur avez uni par lui les deux troupeaux distincts ; ayez égard à notre dévotion : donnez à vos serviteurs l’indissoluble lien de la charité, pour qu’aucune division des âmes, pour qu’aucune perversion d’aucune sorte ne vienne à séparer ceux que rassemble en un troupeau unique la houlette de l’unique pasteur, ceux que gardent sous votre protection les barrières de l’unique bercail. Par le même Jésus-Christ.

À la mémoire du grand Martyr brûlé vif, le soldat « conscrit » Théodore d’Amasée, que célébra saint Grégoire de Nysse, qu’honore au pied du Palatin Rome même, et qui eut trois églises de son nom dans Constantinople, disons avec l’Église latine en ce jour :

Oraison

O Dieu qui nous entourez, comme d’une protection, de la confession glorieuse du bienheureux Théodore, votre Martyr ; accordez-nous de profiter de ses exemples, d’être soutenus de sa prière. Par Jésus-Christ.

[1] – Euseb. Hist. eccl. 10, 1-4.

[2] – Euseb. De Vita Constantini, 2, 14, 46.

[3] – Palais de Dieu.

[4] – Inscriptio vetus olim in apside majori.

[5] – Petr. Dam. Epist. L. 2, 1.

[6] – Zach. 6, 12, 13.

[7] – Prudent. Lib. 1 contra Symmachum, 586-588.

Dédicace des églises

Dom Guéranger ~ L’année liturgique
La fête de la dédicace des églises

Domum Dei decet sanctitudo : Sponsum ejus Christum adoremus in ea [1]. C’est la formule invitatoire où se précise la pensée liturgique du jour. « Il convient que soit sainte la maison de Dieu : adorons en elle le Christ, son Époux. » Quel est le mystère de cette maison en même temps épouse ?

Saintes, nos églises le sont par leur appartenance à Dieu, par la célébration du Sacrifice, par la prière et la louange offertes en elles à l’hôte divin. À meilleur titre que le tabernacle figuratif ou l’ancien temple, leur dédicace les a solennellement, pour toujours, séparées de toute demeure d’hommes, élevées au-dessus de tout palais de la terre. Mais nonobstant les rites dont la magnificence emplit leur enceinte au jour de la consécration qui les voue à Dieu, sous l’huile sainte dont demeurent à jamais imprégnés leurs murs, elles-mêmes n’en restent pas moins dépourvues de sentiment et de vie.

Qu’est-ce à dire donc, sinon que cette sublime fonction de la dédicace des églises, comme aussi la fête destinée à en perpétuer le souvenir, ne s’arrêtent pas au sanctuaire bâti par nos mains, mais s’élèvent à de vivantes et plus augustes réalités ? La principale gloire du noble édifice sera d’en symboliser la grandeur. L’humanité s’initiera sous l’ombre de ses voûtes à d’ineffables secrets, dont le mystère se consommera par delà le monde, au plein jour du ciel. Entendons sur ce point la doctrine.

Dieu n’a qu’un sanctuaire vraiment digne de lui : sa propre vie divine ; le tabernacle dont il est dit qu’il s’entoure [2] quand il incline les cieux [3], épaisses ténèbres [4] aux yeux mortels, inaccessible lumière [5] où habite dans sa gloire la tranquille Trinité. Pourtant, ô Dieu très haut, cette vie divine que ne sauraient abriter dignement les cieux mêmes [6] et bien moins la terre, vous daignez la communiquer à nos âmes, et ce faisant, rendre l’homme participant de votre nature [7]. Nul obstacle dès lors qu’en lui, comme par delà tous les cieux, ne réside la Trinité sainte. Ainsi dès le principe [8], comme loi du monde en formation [9], pouviez-vous déclarer à l’abîme, à la terre, aux cieux, que vos délices seraient d’être avec les fils des hommes [10].

Quand fut venue la plénitude des temps, Dieu en effet envoya son Fils [11], le faisant fils d’Adam, pour que dans l’homme habitât corporellement la plénitude entière de la divinité [12]. À dater de ce jour, la terre l’emporta sur le ciel. Tout chrétien participa du Christ et, devenu la demeure de l’Esprit-Saint [13], porta Dieu dans son corps [14]. Le temple de Dieu est saint, disait l’Apôtre, et ce temple, c’est vous [15] : c’est le chrétien ; c’est aussi l’assemblée chrétienne.

Le Christ appelant l’humanité entière à participer de sa plénitude [16], l’humanité à son tour compléta le Christ [17]. Elle fut l’os de ses os, la chair de sa chair [18], un seul corps [19], formant avec lui l’hostie qui doit brûler du feu de l’amour éternellement sur l’autel des cieux ; ce pendant qu’il était la pierre d’angle sur laquelle, autres pierres vivantes [20], l’assemblée des prédestinés s’éleva par les soins des architectes apostoliques [21] en un temple saint du Seigneur [22]. Ainsi l’Église est l’Épouse, et par le Christ et avec lui la Maison de Dieu.

Elle l’est dès ce misérable monde, où s’accomplit, dans le labeur et la souffrance, la taille des pierres élues, successivement posées au lieu prévu par le plan divin [23]. Elle l’est dans la félicité au ciel, où le temple éternel s’accroît de toute âme envolée d’ici-bas, en attendant qu’achevé par l’accession de nos corps immortels, il soit dédié par notre grand Pontife au jour de l’incomparable dédicace qui clora les temps [24] : remise solennelle du monde racheté et sanctifié au Père qui lui donna son Fils [25], à Dieu devenu tout en tous [26].

Alors il apparaîtra que l’Église fut bien l’archétype montré d’avance sur la montagne [27], et dont tout autre sanctuaire fait de main d’hommes ne pouvait être que la figure ou l’ombre [28]. Alors la prophétie de Jean le bien-aimé sera réalisée : J’ai vu la sainte cité, la nouvelle Jérusalem, qui descendait des cieux, parée comme une épouse ornée pour son époux ; et j’entendis une grande voix qui venait du trône et disait : C’est ici le tabernacle de Dieu [29].

Aussi convenait-il que cette fête illuminât des premiers rayons de l’éternité le Cycle expirant. C’est un des anges chargés des coupes remplies de la colère de Dieu qui montre à l’Évangéliste-prophète l’Épouse de l’Agneau sous l’éclat de sa riche parure [30] ; que l’espérance de la contempler dans sa gloire soit également pour nous le réconfort des jours mauvais. L’attente de son apparition prochaine animera les justes au temps des derniers combats.

Mais dès maintenant, fils de l’Épouse, applaudissons à notre Mère [31] ; que ce jour très cher à son cœur [32] soit pour nous l’égal des plus augustes solennités. Car il rappelle et sa naissance du côté de l’Adam céleste, et la consécration bienheureuse formant son titre aux complaisances du Père, à l’amour du Fils, aux largesses du divin Esprit.

Aux premières vêpres

Lorsque, au commencement du siècle dernier, les églises de France furent rendues au culte, le Saint-Siège voulut qu’une fête générale de la Dédicace remplaçât désormais la solennité locale qui s’était célébrée jusque-là pour chacune à l’anniversaire même de sa consécration. Les honneurs du rit Double de première classe lui furent conservés, montrant bien qu’elle n’avait rien perdu de son importance aux yeux du premier Siège. Sa fixation permanente au dimanche garantissait aux populations le bénéfice du retour annuel des enseignements sublimes où se complaisaient nos pères ; et le choix de ce dimanche, à la suite de l’octave de la Toussaint, faisait d’elle comme l’auguste complément de cette dernière, l’épanouissement glorieux du Cycle entier.

L’office et la messe qui vont suivre constituent le Commun de la Dédicace au cours de l’année. Ils reparaissent en ce mois même, dans la sainte liturgie, pour célébrer la Dédicace de la Basilique du Sauveur au Latran, et celle des Basiliques de saint Pierre et de saint Paul au Vatican et sur la voie d’Ostie.

Les vêpres

L’Église, qui va chanter dans le psaume 109 le Pontife éternel, est tout d’abord saisie du sentiment de la sainteté que réclame cette maison du Seigneur où elle a convoqué ses fils, où s’offre à Dieu le grand Sacrifice. La première antienne est tirée du psaume 92 [33], qu’elle accompagne de même à l’office des laudes.

  1. Ant. Seigneur, il convient que votre maison soit à jamais sainte.

Psaume 109. Dixit Dominus

Oui ; cette maison est sainte : maison de la prière est le nom que lui donnent tous les peuples. Isaïe l’avait annoncé [34] ; l’Homme-Dieu le rappela aux vendeurs du temple [35].

  1. Ant. Ma maison s’appellera la maison de la prière.

Psaume 110. Confitebor tibi, Domine

Maison de Dieu ! ce mot, l’Église aime à le redire ; et voici qu’il la fait se souvenir du texte évangélique où Jésus compare l’homme qui écoute ses paroles, et les met en pratique, à celui qui bâtit sa maison sur la pierre [36]. Déjà l’on pressent qu’un rapprochement s’opère, dans la pensée de l’Église, entre l’édifice sacré dont elle exalte la stabilité sainte et le fidèle lui-même.

  1. Ant. C’est ici la maisons du Seigneur ; elle est bâtie solidement, bien établie sur la pierre ferme.

Psaume 111. Beatus vir

Les chants s’élèvent ; l’extase se trahit dans la reprise enthousiaste par la quatrième antienne des expressions de la précédente ; nul doute maintenant que l’Église illuminée n’ait plus en vue seulement ces murs qui tomberont un jour : pour elle la pierre ferme est le Christ, la maison l’assemblée des élus [37].

  1. Ant. Bien établie sur la pierre ferme est la maison du Seigneur.

Psaume 112. Laudate pueri

Et ravie par delà le monde, l’Église interpelle en son admiration la glorieuse demeure que le Seigneur Époux se construit au ciel, de pierres précieuses exclusivement, de gemmes vivantes qui formeront les tours de la Sion nouvelle [38].

  1. Ant. Tous v0s murs seront de pierres précieuses, et vos tours seront bâties en perles, ô Jérusalem!

Psaume 147

Jérusalem, chantez le Seigneur ; Sion, chantez votre Dieu.

C’est lui qui fortifie les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.

Il a placé la paix sur vos frontières ; il vous nourrit de la fleur du froment.

Il envoie son Verbe à la terre ; sa parole parcourt le monde avec rapidité.

Il donne la neige comme des flocons de laine ; il répand les frimas comme la poussière.

Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger : qui pourrait résister devant le froid que son souffle répand ?

Mais bientôt il envoie son Verbe, et cette glace si dure se fond à sa chaleur : l’Esprit de Dieu souffle, et les eaux reprennent leur cours.

Il a donné son Verbe à Jacob, sa loi et ses jugements à Israël.

Il n’a point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur a pas manifesté ses décrets.

Mais cette nouvelle Sion, c’est l’Église même ! Car qui donc, autre qu’elle, est l’Épouse ? et, au capitule, Jean nous montre la cité sainte descendant du ciel parée comme une épouse pour son époux.

Capitule (Apoc. 21)

J’ai vu la sainte cité, la nouvelle Jérusalem, qui descendait des cieux, venant de Dieu parée comme une épouse ornée pour son époux.

Le 7e siècle où s’accomplit, on s’en souvient, la solennelle dédicace du Panthéon qui donna naissance à la fête de tous les Saints, nous a légué, pour chanter les mystères du présent jour, une très suave composition d’où furent tirées les hymnes des vêpres et des laudes. On la trouvera plus loin dans son texte primitif et dans son entier.

Hymne

Jérusalem, céleste cité, bienheureuse vision de la paix, bâtie de pierres vivantes vous vous élevez jusqu’aux astres, entourée de milliers d’Anges qui vous font un cortège d’épousée.

Dotée par le Père de sa gloire, la grâce de l’Époux est sur vous répandue ; Reine de toute beauté, que le Christ Roi s’est unie : combien heureux est votre sort d’Épouse, resplendis­sante cité des cieux !

Faites de perles brillantes, vos portes demeurent ouvertes pour tous ; car c’est vers elles que la vertu conduit le mortel qui la prend pour guide, quiconque pressé de l’amour du Christ supporte ici-bas des tourments.

Il faut que toute pierre, pour entrer dans vos murs, se livre à l’ouvrier qui la polit sous les coups répétés du marteau, du ciseau salutaire ; il faut qu’elle s’appareille et se laisse fixer, pour y trouver place honorable.

Soit en tout lieu rendu l’honneur au Père, au Fils unique du Père, au glorieux Paraclet ; soit au Très-Haut louange, puissance, gloire à jamais durant les siècles.

Amen.

V/. C’est ici la maison du Seigneur ; elle est bâtie solidement, R/. Bien établie sur la pierre ferme.

Quand Salomon dédia le temple, il rappela au ciel les antiques promesses concernant le lieu que Jéhovah devait choisir pour y placer son Nom [39]. Nos églises l’emportent sur l’ancien temple, ayant mieux en elles que le simple Nom du Seigneur ; et tout chrétien est aujourd’hui la demeure de Dieu. Combien mieux encore, combien excellemment Marie, le tabernacle prédestiné, sanctifié, dédié dès sa première origine au Dieu qui prit chair en elle, et commença ainsi d’habiter parmi nous [40] ! Rendons grâces et pour elle et pour nous, en chantant son divin cantique.

Antienne de Magnificat

Le Seigneur a sanctifié son tabernacle ; car c’est ici la maison de Dieu, dont le nom y sera invoqué, selon qu’il est écrit : Là sera mon nom, dit le Seigneur.

Le cantique Magnificat

Oraison

Ô Dieu qui ramenez chaque année le jour de la consécration de ce saint temple, et faites que la célébration des mystères sacrés nous y trouve encore de ce monde : exaucez les prières de votre peuple, et accordez que quiconque viendra dans ce temple solliciter vos bienfaits, ait la joie de se voir pleinement exaucé. Par Jésus-Christ.

La consécration des églises

Le nom d’église donné au temple chrétien lui vient de l’assemblée des baptisés fréquentant ses parvis. C’est à la sanctification du même peuple élu dans ses phases successives, que la dédicace de l’édifice sacré emprunte l’inspiration et la trame qui font d’elle une des plus augustes fonctions de la liturgie.

Que nous représente, dès l’abord, ce temple aux murailles nues, aux portes closes, sinon l’humanité, faite pour Dieu et pourtant vide de lui depuis le péché d’origine ? Mais les héritiers de la promesse se sont gardés de la désespérance : ils ont jeûné ; ils ont prié dans la nuit. Le matin les retrouve faisant monter vers Dieu la supplication des psaumes de pénitence qu’inspirèrent au Prophète-roi son châtiment et son repentir.

Or voici qu’avec l’aube, sous la tente abritant ces prières d’exilés [41], est apparu le Verbe Sauveur ; c’est Lui que nous montre, en effet, la personne du pontife revêtant les insignes de son ministère, comme Lui revêtit notre nature [42]. Et Dieu fait homme s’unit à la prière des autres hommes ses frères ; et les ramenant devant le temple fermé toujours, il se prosterne comme eux, redouble avec eux de supplications.

Autour du noble édifice inconscient de ses destinées, se dessine alors la patiente stratégie à laquelle Dieu veut que se prêtent sa grâce et les ministres de sa grâce, entreprenant le siège des âmes perdues. Par trois fois, le Pontife fait le tour des murailles et tente de forcer ces portes obstinément closes ; mais son investissement est tout de prières au ciel, sa force toute de persuasion miséricordieuse et respectueuse de l’humaine liberté : Ouvrez-vous, portes, et le Roi de gloire entrera [43].

L’infidèle cède enfin ; l’entrée du temple est conquise. Paix éternelle à cette maison au nom de l’Éternel [44] ! Tout cependant n’est pas fini, mais plutôt commence : de l’édifice, profane encore, reste à faire une demeure digne de Dieu. Introduit dans la place, le Pontife prie toujours.

L’humanité, dont la future église sera le symbole, absorbe sa pensée. Il sait que, depuis si longtemps déchue, l’ignorance est son premier mal. Se levant donc, avec la crosse épiscopale il trace sur deux lignes de cendres qui se dirigent transversalement d’une extrémité à l’autre du temple, et se croisent au milieu de la grande nef, l’alphabet grec et l’alphabet latin : premiers éléments [45] des deux langues principales où se conservent pour nous la Tradition et l’Écriture ; ils sont tracés avec l’aide du bâton pastoral sur la cendre et la croix, parce que la science sacrée nous vient de l’autorité doctrinale, qu’elle n’est comprise que des humbles et qu’elle se résume dans Jésus crucifié [46].

Éclairée maintenant comme le catéchumène, comme lui l’humanité demande avec le temple à être purifiée. Le Pontife s’inspire des plus hautes données du symbolisme chrétien, pour parfaire l’élément de cette purification qui lui tient à cœur ; il y mêle l’eau et le vin, la cendre et le sel, qui figurent l’humanité et la divinité du Sauveur, sa mort et sa résurrection. En la manière que le Christ nous précéda dans les eaux du baptême au Jourdain [47], les aspersions commencent par l’autel, qui le représente, et se poursuivent dans l’édifice entier. Primitivement, c’était alors que non seulement tout l’intérieur et le pavé du temple, mais aussi l’extérieur des murailles, et jusqu’aux toits en certains lieux [48], se voyaient inondés de la pluie sanctifiante qui chasse le démon, donne cette demeure à Dieu, la prépare aux faveurs qui vont suivre.

Dans l’ordre des opérations du salut, l’eau appelle l’huile, qui confère au chrétien par le deuxième sacrement la perfection de son être surnaturel, qui fait aussi les rois, les prêtres et les pontifes. À tous ces titres, l’huile sainte à son tour coule à flots sur l’autel, qui est le Christ chef, Pontife et Roi ; pour de lui, comme avait fait l’eau, gagner les murs, l’Église entière. Vraiment, en effet, le temple est-il digne de ce nom d’Église désormais ; car ainsi baptisées, ainsi consacrées avec l’Homme-Dieu dans l’eau et l’Esprit-Saint, les pierres dont il est bâti représentent au vif l’assemblée des élus [49], liés entre eux comme avec la pierre divine par l’indestructible ciment de l’amour.

Jérusalem, loue le Seigneur ; loue ton Dieu, ô Sion [50] ! Les chants sacrés, qui, depuis le commencement de l’auguste fonction, n’ont point cessé d’en relever les sublimes développements, redoublent d’enthousiasme ; et atteignant le sommet du mystère, dans l’Église si intimement associée à l’Autel ils saluent l’Épouse de l’Agneau [51]. De cet Autel l’encens s’élève en tourbillons qui, montant jusqu’aux voûtes et parcourant les nefs, imprègnent le temple entier des parfums de l’Époux. Et voici que s’avancent les sous-diacres de la sainte Église, présentant à la bénédiction du Pontife les dons faits à l’Épouse en ce grand jour, les vêtements précieux qu’elle-même a préparés pour elle et pour le Seigneur.

Alors seulement [52], aux premiers siècles du moyen âge, avait lieu la triomphale translation des reliques destinées à entrer dans l’autel, et qui étaient demeurées jusque-là sous la tente de l’exil ; c’est toujours, en Orient, le couronnement de la consécration des églises [53]. Je vais vous préparer une place, disait l’Homme-Dieu ; et quand je l’aurai préparée, je reviendrai vous prendre avec moi, afin que là où je suis vous soyez vous-mêmes [54]. Chez les Grecs, le Pontife dépose les saintes reliques sur le disque sacré [55], et les porte élevées au-dessus de sa tête, « honorant à l’égal des redoutables Mystères ces restes précieux, parce que l’Apôtre a dit des fidèles : Vous êtes le corps du Christ et ses membres [56]. » En Occident, jusqu’au 13e siècle et plus tard, on scellait dans l’autel avec les Saints le Seigneur lui-même en son corps eucharistique. C’était « l’Église unie au Rédempteur, l’Épouse à l’Époux, » dit saint Pierre Damien [57] ; c’était la consommation finale, le passage du temps à l’éternité.

À la messe

Toute au souvenir du jour qui fît d’elle l’objet des divines prédilections, la Maison de Dieu renouvelle sa jeunesse sous l’éclat des plus riches parures. La couleur blanche de ses ornements montre en elle l’Épouse. Comme au moment où l’effusion du chrême l’ennoblit pour jamais, les douze flambeaux, symboles de la lumière apostolique, illuminent sur ses murs consacrés les douze croix qui témoignent de son titre aux faveurs du ciel.

Nos églises sont pour les Anges le point d’aboutissement du ciel en terre ; et c’est pourquoi l’introït s’inspire des paroles de Jacob, au sortir de la vision où lui était apparue l’échelle mystérieuse par où montaient et descendaient les célestes messagers [58]. Le verset, tiré des psaumes [59], chante à la fois le temple d’ici-bas et celui des cieux. « N’est-ce donc pas là le royaume que vous m’avez promis, mon Père? » s’écriait Clovis ébloui, à sa première entrée dans l’église Sainte-Marie de Reims ; et Rémi répondait : « C’est l’entrée du chemin qui doit t’y conduire. »

Introït

Ce lieu est terrible : c’est la maison de Dieu et la porte du ciel : on l’appellera la demeure de Dieu. Ps. Qu’ils sont aimés vos tabernacles, ô Seigneur des armées ! mon âme défaille en ses aspirations vers les parvis du Seigneur. Gloire au Père. Ce lieu.

Le Saint-Siège, en étendant le bénéfice de cette fête aux églises qui ne sont pas consacrées, n’a pas cru devoir modifier pour celles-ci la collecte. Soit que l’on admette alors une communication de privilège entre l’Église cathédrale de chaque diocèse et ses filles moins honorées ; soit que l’on s’attache au sens pleinement universel exposé ci-dessus, et dans lequel tout édifice réservé au culte divin n’est que le symbole d’un temple plus auguste, le même en tous lieux : action de grâces est due à Celui qui nous donne de pouvoir goûter encore cette année les joies d’une si grande solennité. La vie prolongée, la santé conservée, sont des bienfaits de Dieu qu’il est juste de reconnaître ; l’en remercier dans sa maison, c’est le disposer à nous exaucer quand nous reviendrons implorer quelque autre bénédiction du corps et de l’âme, en ce lieu où il daigne écouter toute demande de son peuple [60].

Collecte

Ô Dieu qui ramenez chaque année le jour de la consécration de ce saint temple, et faites que la célébration des mystères sacrés nous y trouve encore de ce monde : exaucez les prières de votre peuple, et accordez que quiconque viendra dans ce temple solliciter vos bienfaits, ait la joie de se voir pleinement exaucé. Par Jésus-Christ.

Épître
Lecture du livre de l’Apocalypse du bienheureux Jean, Apôtre. Chap. 21

En ces jours-là, j’ai vu la sainte cité, la nouvelle Jérusalem, qui descendait des cieux, venant de Dieu, parée comme une épouse ornée pour son époux. Et j’entendis une grande voix qui venait du trône et disait : C’est ici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il habitera avec eux. Et ils seront son peuple, et lui-même demeurant avec eux sera leur Dieu ; et Dieu essuiera toutes larmes de leurs yeux ; et ni mort, ni deuil ne seront plus ; plus de cris, plus de souffrance : tout le passé s’en est allé. Et celui qui était assis sur le trône dit : Voici que je fais toutes choses nouvelles.

Nous ne devons pas oublier que les magnificences de l’Église des cieux sont déjà, moins la vision qui nous en est différée, celles de l’Église de la terre, sans plus tarder toute belle et sainte, vraiment Épouse, et à ce titre attirant Dieu qui par elle demeure avec nous. Les prophètes d’Israël n’usèrent point d’autres expressions que le disciple bien-aimé ne fait en ces lignes, quand ils annoncèrent la substitution ici-bas d’une autre Jérusalem à l’infidèle Sion.

« Voici que je crée des cieux nouveaux et une terre nouvelle, dit le Seigneur, et l’on ne se souviendra plus du passé ; je prendrai mes délices en Jérusalem : plus de cris ni de pleurs, plus que joie pour mon peuple [61]. Car ils seront mon peuple, et je serai leur Dieu [62]. — Cité de Dieu, loue le Seigneur : il relèvera son tabernacle en toi. Tu brilleras d’une lumière éclatante, et les nations viendront des extrémités de la terre, apportant leurs dons, adorant en toi le Seigneur. Les portes de Jérusalem seront bâties de saphirs et d’émeraudes ; l’enceinte entière de ses murailles sera de pierres précieuses ; blanches et belles seront les pierres qui paveront ses places publiques, et l’on chantera l’Alleluia dans ses rues [63]. »

Faisons donc fête à l’Église militante aujourd’hui, non moins qu’à la triomphante ; renouvelons pour elle notre vénération, notre dévouement, notre amour. « Réjouissez-vous avec Jérusalem, et tressaillez en elle, vous tous qui l’aimez ; que ses allégresses comme ses deuils soient les vôtres : abreuvez-vous avec délices au sein de sa consolation ; que votre joie grandisse en la mesure où déborde sa gloire [64]. » Ainsi chantait le prince des prophètes, à qui la maison de Dieu fut montrée reparaissant dans le lointain des âges au sommet des monts, sur les collines de la gentilité [65]. Et de l’altière Ninive qui retenait Israël captif, le vieux Tobie, lui faisant écho, se proclamait bienheureux de l’espoir que quelqu’un de sa race vivrait assez pour contempler les gloires de la Sion nouvelle [66] ; il ajoutait : « Que maudits soient tes contempteurs, et bénis ceux qui te construisent ; heureux tous ceux qui t’aiment et que réjouit ta paix [67] ! » Disons nous-mêmes : « Béni soit le Seigneur qui l’a exaltée ! qu’il règne en elle dans les siècles des siècles [68]. »

Les ineffables sentiments qui remplissent l’âme de la sainte Église se font jour, au graduel, dans une des plus admirables mélodies qui soient au répertoire grégorien. Le verset d’Alleluia est tiré du psaume 137.

Graduel

Ce lieu a été fait par Dieu, inestimable mystère ! il est sans nul reproche. V/. O Dieu devant qui se tient le chœur des Anges, exaucez les prières de vos serviteurs. Alleluia, alleluia. V/. J’adorerai dans votre saint temple, et louerai votre nom.  Alleluia.

Évangile
La suite du saint évangile selon saint Luc. Chap. 19

En ce temps-là, Jésus étant entré dans Jéricho marchait par la ville. Et voici qu’un homme du nom de Zachée, qui était riche et chef des publicains, cherchait à voir Jésus pour le connaître. Mais il ne pouvait y parvenir à cause de la foule ; car il était de petite taille. Courant donc devant, il monta sur un sycomore pour le voir, en un endroit où il devait passer. Et Jésus, y étant arrivé, leva les yeux, et l’ayant vu lui dit : Zachée, hâtez-vous de descendre ; car c’est dans votre maison que je dois demeurer aujourd’hui. Lui donc, descendant vite, le reçut avec joie. Or à cette vue, tous murmuraient, disant qu’il était allé loger chez un pécheur. Mais Zachée, se tenant debout devant le Seigneur, lui dit : Seigneur, je donne la moitié de mes biens aux pauvres ; et si j’ai fait tort à quelqu’un en quelque chose, je lui rends le quadruple. Jésus lui dit : Le salut est entré aujourd’hui dans cette maison, parce que celui-là aussi est fils d’Abraham. Car le Fils de l’homme est venu pour chercher et sauver ce qui était perdu.

Les Grecs chantent, à la messe qui suit la dédicace de leurs églises, l’évangile où l’Homme-Dieu dit à Simon fils de Jean : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle [69]. Digne complément des symboliques leçons d’un aussi grand jour ; le schisme qui nous l’apporte est loin d’en diminuer la saveur. Saluons la pierre apostolique, dont la pose en notre Occident montra les races latines prédestinées à demeurer, jusqu’à la fin, la carrière d’où seraient tirés les plus nobles matériaux du temple éternel. Toutefois, ce fut à d’autres textes du livre sacré que nos pères empruntèrent la lecture évangélique du jour.

La comparaison établie par le Christ entre le fidèle et l’homme qui bâtit lui aussi sa maison sur la pierre [70], fixa le choix de quelques églises ; on a vu qu’elle inspire encore plus d’une antienne et d’un verset de l’office. Rome cependant, capitale des nations, préféra le récit de saint Luc où Jésus déclare prendre la maison de Zachée pour demeure. La maison que le Seigneur daignait faire sienne alors, et mieux que pour un jour, c’était en effet le publicain lui-même, le méprisé de la synagogue ; c’était nous tous, la gentilité, dont saint Ambroise atteste, en l’office de la nuit, qu’il était la figure [71].

Zachée, petit de race et de mérites comme le peuple des nations, ainsi s’exprime le saint Docteur, désirait voir Celui que les siens n’avaient point voulu recevoir [72]. Lui donc qui n’avait ni les Prophètes ni la Loi, pour s’élever au-dessus de la terre et parvenir à la vue du Sauveur, prit les devants ; et il courut au sycomore, à la Croix [73], par où Jésus, quittant les Juifs, devait passer pour aller aux Gentils. De la situation dominante où l’avait porté son humilité, il vit la Sagesse de Dieu [74]. Il l’entendit qui disait à cette foule ingrate et hautaine : On vous laissera votre maison déserte [75] ; pendant que, dédaigneuse des pharisaïques murmures d’Israël déchu, montait vers lui la voix si douce qui l’invitait à remplacer le premier-né dans l’honneur de recevoir chez lui son Dieu. Et certes, si la maison de l’homme qui écoute les paroles de Jésus et les met en pratique n’a rien à craindre de la tempête ou des flots déchaînés, étant bâtie sur la pierre [76] : quelle demeure plus sûre que le cœur de ce représentant des déshérités de jadis, réparant si grandement le passé, allant si généreusement au-devant des conseils mêmes du Seigneur !

L’offertoire est emprunté au passage du premier Livre des Paralipomènes, où David remercie Dieu qui lui a permis de rassembler les trésors nécessaires à la construction du temple. L’Église fait siennes les paroles du fils de Jessé en offrant à l’autel ses propres dons, en s’offrant surtout elle-même et ses fils, pour être unis dans un même sacrifice au Seigneur Époux et former avec lui le véritable temple de Dieu. « Toutes choses sont à vous, disait le Roi-prophète en la circonstance : ce que nous vous donnons, nous le tenions nous-mêmes de votre main ; mon Dieu, vous voyez les cœurs, et vous aimez la simplicité [77]. »

Offertoire

Seigneur mon Dieu, je vous ai tout offert avec joie dans la simplicité de mon cœur, et j’ai été bien heureux de voir ainsi rassemblé ce peuple qui est vôtre : Dieu d’Israël, gardez en lui cette bonne volonté. Alleluia.

Si la Messe se dit en dehors de l’église même dont on célèbre la dédicace, le Prêtre omet, dans la secrète qui suit, les mots entre parenthèses.

Secrète

Nous vous en supplions, soyez propice, Seigneur, à nos prières ; (faites que nous tous, rassemblés dans l’enceinte de ce temple, et célébrant le jour anniversaire de sa dédicace, vous soyons agréables par une entière et parfaite dévotion du corps et de l’âme 🙂 afin que vous rendant présentement ces vœux, nous méritions de parvenir avec votre secours aux éternelles récompenses. Par Jésus-Christ.

Bonne en tous lieux, la prière cependant revêt une efficacité particulière dans les églises consacrées. L’antienne de communion s’appuie, pour le dire, sur la parole du Très-Haut déclarant sa maison la maison de la prière [78], en laquelle, ajoute l’Église de sa propre autorité, se vérifie l’autre divine parole : « Qui demande, reçoit ; qui cherche, trouve ; et l’on ouvre à celui qui frappe [79]. »

Communion

Ma maison s’appellera la maison de la prière, dit le Seigneur : en elle, quiconque demande, reçoit ; qui cherche, trouve ; et à qui frappe, il sera ouvert.

La postcommunion, qui rassemble dans une suprême aspiration les sentiments dont cette fête laisse l’Église embrasée, formule avec un grand bonheur d’expression le multiple mystère du jour.

Postcommunion

Ô Dieu qui préparez à votre Majesté une demeure éternelle construite de pierres vivantes et choisies, venez en aide à votre peuple en prière, pour qu’aux espaces nouveaux acquis sur la terre à votre Église répondent de plus grands accroissements spirituels. Par Jésus-Christ.

Aux secondes vêpres

Les secondes vêpres sont en tout semblables aux premières, à l’exception du verset et de l’antienne de Magnificat.

V/. Seigneur, il convient que votre maison soit sainte. R/. A jamais.

Antienne de Magnificat

Oh ! combien ce lieu est redoutable ! c’est véritablement ici la maison de Dieu et la porte du ciel.

Cette fête devait être, et elle le fut, une source féconde d’inspiration pour la poésie chrétienne. On fait remonter au 7e siècle, nous l’avons dit, la rédaction première que voici des hymnes de l’office.

Hymne

Jérusalem, bienheureuse ville, dont le nom signifie la vision de la paix ! elle se bâtit de pierres vivantes dans les cieux ; les Anges l’entourent, lui formant un cortège d’épousée.

C’est la nouvelle Sion : elle vient du ciel, parée pour la fête nuptiale ; le Seigneur l’a élue pour épouse. Ses places publiques et ses murailles sont d’or très pur.

Les portes en sont de perles brillantes ; elles demeurent ouvertes toujours : quiconque souffre en ce monde pour le nom de Jésus-Christ, y trouve entrée par le droit du mérite.

Le marteau des souffrances en polit les pierres ; et c’est ainsi qu’appareillées par l’ouvrier, elles sont posées, elles sont fixées à leurs places respectives dans le saint édifice.

Le Christ en est dans les fondations la pierre d’angle, reliant en lui le double mur : Sion, en l’accueillant, devint sainte ; sa foi dans le Christ est l’élément qui lui garantit la durée.

Toute cette cité bien-aimée, vouée à Dieu, n’est que louange, que mélodies : chants d’allégresse dont son fervent amour adresse l’hommage au Dieu unique en trois personnes.

Dieu souverain, descendez dans ce temple où vous appellent nos prières : que votre bonté clémente y accueille nos vœux suppliants ; daignez répandre ici toujours d’abondantes bénédictions.

Que tous méritent ici d’obtenir leurs demandes et de conserver vos bienfaits, pour qu’à jamais en son repos avec les Saints nous reçoive, au sortir du monde, le Paradis.

Gloire et honneur soient en tous lieux au Dieu très haut, au Père avec le Fils, avec l’auguste Paraclet, à qui appartiennent louange et puissance dans les siècles éternels. Amen.

Autres liturgies

Les strophes qui suivent célèbrent magnifiquement le sublime mystère de la dédicace, compris comme l’entendaient nos pères. Chantées depuis le 13e siècle dans nos églises, elles ont mérité d’être attribuées à Adam de Saint-Victor. Nous avons dû nous arrêter au texte le plus généralement usité de nos jours.

Séquence

Que les filles de Sion et de Jérusalem, que toute l’assemblée du peuple fidèle donne essor à ses chants d’intarissable liesse : Alleluia !

Le Christ, en effet, règle de toute justice, épouse aujourd’hui notre Mère, l’Église, après l’avoir tirée de l’abîme de sa misère.

Par le sang et par l’eau qu’il lui donna pour dot, l’Homme-Dieu la produisit de son propre côté, tandis qu’à l’arbre de la croix il était suspendu.

Que l’Église dût être ainsi formée, on le vit en figure dans la première femme, quand fut créée d’une des côtes d’Adam notre mère Ève.

Ève fut une marâtre pour ses descendants : celle-ci est la mère de la race élue ; elle donne la vie aux malheureux dont elle se fait l’asile et le rempart.

C’est la barque où nous voguons en sécurité ; c’est le bercail où nous vivons à couvert ; c’est la colonne de vérité formant notre ferme appui.

Ô fête de solennelle allégresse, où le Christ s’unit à l’Église, où se célèbrent les noces de notre salut !

C’est pour les justes la récompense, pour les tombés le pardon, pour les saints Anges l’accroissement du bonheur.

De toute éternité, la divine Sagesse, ne considérant que sa grâce, régla l’évolution des siècles à cette seule fin.

Veuille le Christ, nous donnant d’avoir part à ses noces et d’en goûter les substantielles délices, nous admettre aux joies des élus. Amen.

Écoutons maintenant les bénédictions que l’Épouse implore, au jour de leur consécration, pour ces églises dans chacune desquelles elle voit son symbole. Si nous considérons que l’Épouse est toujours exaucée, cette préface du Pontifical nous dira quels bienfaits y attendent notre humble prière.

Préface

Dieu éternel, favorisez nos prières, favorisez ces rites sacrés, favorisez aussi les pieux labeurs de ceux qui vous servent : nous implorons votre miséricorde. Malgré notre indignité, nous consacrons cette Église, qui est vôtre, sous l’invocation de votre saint nom, en l’honneur de la croix sainte sur laquelle votre Fils coéternel notre Seigneur Jésus-Christ a daigné souffrir pour racheter le monde, en mémoire aussi de votre saint N. (On nomme ici le Saint titulaire de l’Église.) Que sur elle descende votre Saint-Esprit, dans l’abondance débordante de sa grâce septiforme, pour qu’autant de fois qu’en cette maison votre saint nom sera invoqué, votre bonté, Seigneur, exauce invocations et prières. Ô bienheureuse et sainte Trinité, qui tout purifiez, tout parez, tout ornez ! Ô bienheureuse majesté de Dieu, qui remplissez tout, renfermez tout, ordonnez tout ! Ô bienheureuse et sainte main de Dieu, qui tout sanctifiez, tout bénissez, tout enrichissez ! Ô Dieu saint des Saints, nous implorons dans nos plus dévots abaissements votre clémence : daignez, par notre humble ministère, purifier, bénir et consacrer a jamais, dans l’abondance de vos dons sanctificateurs, cette Église élevée en l’honneur de la croix sainte et victorieuse, en mémoire aussi de votre saint N. Qu’ici les Prêtres vous offrent le sacrifice de la louange. Qu’ici les peuples fidèles acquittent leurs vœux. Qu’ici se dissolvent les fardeaux des péchés et reviennent à la grâce les fidèles tombés.

Exaucez donc notre prière, Seigneur : que par la grâce du Saint-Esprit, dans cette maison qui est la vôtre, les malades soient guéris, les infirmes recouvrent leurs forces, les boiteux marchent, les lépreux soient purifiés, les aveugles voient, les démons soient chassés. Seigneur, qu’ici, par votre faveur, disparaisse toute débilité et misère, soient déliés tous liens des péchés. Qu’ainsi tous ceux qui viendront dans ce temple solliciter comme il faut vos bienfaits, aient la joie de se voir pleinement exaucés : afin qu’ayant obtenu la miséricorde, objet de leur prière, ils glorifient votre gratuite munificence à jamais. Par le même Jésus-Christ.

Nous terminerons par ces belles formules de la liturgie ambrosienne, où la dédicace est célébrée en Octobre [80] et donne son nom, post Dedicationem, aux derniers dimanches du cycle sacré.

Préface

C’est une chose juste de vous rendre grâces, Dieu éternel, par Jésus-Christ notre Seigneur. Donnant à l’Église la même souveraine puissance qu’il avait reçue de vous, il l’établit par cet honneur qu’il lui faisait Épouse et Reine, soumettant tout à sa sublimité, ordonnant que le ciel ratifiât ses jugements. Mère de tous les vivants, sa grandeur croît par sa fécondité : chaque jour la voit donner à Dieu des fils par l’Esprit-Saint. C’est une vigne dont les branches remplissent le monde entier ; suspendant ses rejetons au bois qui la porte, elle les élève jusqu’au royaume des cieux. C’est la ville fondée au sommet des monts, visible pour tous, attirant tous les yeux ; elle a pour fondateur et tout ensemble pour habitant notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, que louent avec vous les Anges.

Oraison

Dieu, qui daignâtes donner à votre Église le titre d’Épouse de votre Fils unique, afin que la ferveur de sa foi appelant votre grâce, elle attirât aussi par son nom et y puisât l’amour ; faites que tout ce peuple de vos serviteurs soit digne et mérite de porter avec elle un tel nom. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur.

Seigneur, j’ai aimé la beauté de votre maison, et le lieu dont vous avez fait l’habitation de votre gloire [81]. Que cette parole demeure en nous comme le parfum de l’auguste solennité. Votre maison, ô Dieu, c’est notre église, ineffablement belle du rayonnement des mystères divins. Qu’était près d’elle le tabernacle, abritant l’arche de l’alliance du Sinaï ? et pourtant sa pensée remplissait l’âme de David au désert et le faisait défaillir [82], semblable au cerf qui soupire après l’eau des fontaines [83]. Apprenons de nos pères des siècles de l’attente à aimer les parvis du Seigneur.

Pourtant, chrétien, l’exil dont souffrait David ne saurait t’atteindre ; car tu es devenu au baptême le sanctuaire de Dieu. Que ce jour de dédicace te rappelle les consécrations qui t’enlevèrent à toi-même [84], pour faire de toi le temple de l’Esprit-Saint, pour te donner au Christ, avec lequel ta vie est désormais cachée [85] dans le très doux et très fécond secret de la face du Père. Sache entourer dans ton âme la Trinité sainte des hommages que réclame sa présence.

Enfin, âme baptisée et consacrée, rappelle-toi que tu n’es pas seule au banquet de l’amour de ton Dieu ; que la divine charité qui t’unit au Christ Époux doit aussi te joindre à ses membres, et t’appareiller, pierre animée, préparée ici-bas pour la place qui sera tienne un jour dans l’édifice du sanctuaire des cieux. Sache t’adapter à l’Église vivante, vibrer à l’unisson de la grande Épouse, t’essayant à l’éternité, où ton unique et bienheureux emploi sera de glorifier comme elle Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, dans les siècles des siècles.

[1] – Invitator. festi ad Matut.

[2] – Psalm. 17, 12.

[3]Ibid. 10.

[4]Ibid. 12.

[5] – 1 Tim. 6, 16.

[6] – 3 Reg. 8, 27.

[7] – 2 Petr. 1, 4.

[8] – Prov. 8, 22.

[9]Ibid. 27.

[10]Ibid. 31.

[11] – Gal. 4, 4.

[12] – Col. 2, 9.

[13] – 1 Cor. 3, 16.

[14]Ibid. 6, 20.

[15]Ibid. 3, 17.

[16] – s. Jean 1, 16 ; Col. 2, 10.

[17] – Éph. 1, 23.

[18] – Gen. 2, 23.

[19] – Éph. 6, 3o.

[20] – 1 Petr. 2, 4-7.

[21] – 1 Cor. 3, 10.

[22] – Éph. 2, 20-22.

[23] – Hymn. festi ad Vesp.

[24] – 1 Cor. 15, 24.

[25] – s. Jean 3, 16.

[26] – 1 Cor. 15, 28.

[27] – Exod. 26, 3o.

[28] – Héb. 8, 5 ; 9, 24.

[29] – Apoc. 21, 2, 3.

[30]Ibid. 9.

[31]Sequentia Jerusalem et Sion filiae, quae infra dabitur.

[32] – Cant. 3, 11.

[33] – Psalm. 92, 5.

[34] – Isaï. 56, 7.

[35] – s. Matth. 21, 13.

[36] – s. Matth. 7, 24-27.

[37] – Éph. 2, 19-22.

[38] – Apoc. 21.

[39] – 3 Reg. 8, 29 ; Deuter. 26, 2.

[40] – s. Jean 1, 14.

[41]Sub tentorio ante fores Ecclesiae consecrandae parato. Pontificale rom.

[42] – Simeon Thessalonic. De templo et ejus consecratione, 102.

[43] – Pontificale rom. ex Psalm. 23, 7.

[44] – Pontificale rom. Ant. ad intr. Pontificis.

[45] – Remig. Antissiodorensis, tractatus de Dedicat. Ecclesiœ ; Ivo Carnotensis, Sermo 4, de sacramentis Dedicat. De Rossi, Bulletin, 1881 : L’alphabet dans les monuments chrétiens ; et au point de vue plus spécialement archéologique de la terminatio loci sacri, ibidem : Les alphabets que l’évêque trace sur la croix grecque en consacrant les églises ; p. 138-155.

[46] – 1 Cor. 2, 2.

[47] – Simeon Thessalon. ubi supva, 107.

[48] – Et per culmina templi. Ordo 4 in Dedicat. ap. Martene, ex Pontificali S. Dunstani Cantuariensis.

[49] – Pontificale rom. Ant. Lapides pretiosi, ad unctionem parietum.

[50] – Psalm. 147, ibid. ad id.

[51] – Haec est Jerusalem, ibid.

[52] – Remig. Antissiod. ubi supra ; Ordines veterum ap. Martène.

[53] – Eucholog. Ordo et Officium Dedicationis Templi.

[54] – s. Jean 14, 2, 3.

[55] – Répondant à notre patène.

[56] – 1 Cor. 12, 2 ; Simeon Thessalon. ubi supra, 116.

[57] – Petr. Dam. Sermo 72, in Dedicat. 4.

[58] – Gen. 28.

[59] – Psalm. 83.

[60] – 3 Reg. 8, 52 ; 9, 3

[61] – Isaï. 65, 17-19.

[62] – Jérém. 31, 33.

[63] – Tob. 13.

[64] – Isaï. 66, 10, 11.

[65] – Ibid. 3, 2.

[66] – Tob. 13, 20.

[67]Ibid. 16, 18.

[68]Ibid. 23.

[69] – s. Matth. 16.

[70]Ibid. 7.

[71] – Homil. diei festi, ex Ambr. in Luc. 8.

[72]Ibid. Ex Jean 1, 2.

[73] – Homil. 5ae diei infra Oct., ex Bed. in Luc 5.

[74] – Homil. 4ae diei infra Oct., ex Greg. Moral. 27, 27.

[75] – s. Matth. 23, 38.

[76]Ibid. 7, 24, 25.

[77] – 1 Paralip. 29.

[78] – s. Matth. 21, 13 ; ex Isaï. 56, 7.

[79] – s. Matth. 7, 8.

[80] – Dominica 3 Octobris.

[81] – Psalm. 26, 8.

[82] – Psalm. 83.

[83] – Psalm. 41.

[84] – 1 Cor. 6, 19.

[85] – Col. 3, 3.

 

22e dimanche après la Pentecôte

Dom Guéranger ~ L’Année liturgique
22e dimanche après la Pentecôte

À la messe

D’après Honorius d’Autun, la messe du jour se rapporte au temps de l’Antéchrist (Hon. Aug. Gemm. an. 4, 93). L’Église jette ses yeux dans l’avenir sur le règne de cet homme de péché (2 Thess. 2, 3), et comme déjà sous le coup de la persécution redoutable des derniers jours, elle emprunte l’Introït au psaume 129.

Si, concurremment avec le sens prophétique que revêtent aujour­d’hui les paroles de ce psaume, nous en voulons une application présente et toujours pratique, étant donnée notre misère, rappe­lons-nous l’Évangile de la semaine précédente, qui était autrefois celui du présent Dimanche. Chacun de nous se reconnaîtra dans la personne du débiteur insolvable qui n’a d’espoir qu’en la bonté de son maître ; et nous nous écrierons, dans la confusion de notre âme humiliée : Si vous considérez les iniquités, Seigneur, qui subsistera devant vous (Rup. De div. Off. 12, 22) ?

Introït

Si vous considérez les iniquités, Seigneur, Seigneur, qui subsistera devant vous ? Mais la miséricorde est en vous, Dieu d’Israël.  Ps. Du fond de l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur ; Seigneur, écoutez ma voix. Gloire au Père. Si vous considérez.

Nous venons de ranimer notre confiance, en chantant que la miséricorde est en Dieu. C’est lui-même qui donne leur pieux accent aux prières de son Église, parce qu’il veut l’exaucer. Mais nous ne serons écoutés avec elle qu’à la condition de prier comme elle selon la foi, c’est-à-dire conformément aux enseignements de l’Évangile. Prier selon la foi, c’est donc aujourd’hui remettre à nos compagnons leurs dettes envers nous, si nous demandons à être absous nous-mêmes par le Maître commun (Bern. Aug. De Offic. Miss. 5).

Collecte

O Dieu, notre refuge et notre force, soyez propice aux pieuses prières de votre Église, vous l’auteur même de la piété, et faites que nous obtenions sûrement ce que nous demandons selon la foi. Par Jésus-Christ.

Épître
Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Philippiens. Chap. 1

Mes Frères, nous avons cette confiance dans le Seigneur Jésus que celui qui a commencé le bien en vous le perfectionnera jusqu’au jour du Christ Jésus. Il est juste en effet que j’aie ce sentiment de vous tous, parce que je vous ai dans mon cœur comme ayant tous part à ma joie, et dans ma captivité, et dans la défense et l’affermissement de l’Évangile. Car Dieu m’est témoin combien je vous aime tous dans les entrailles de Jésus-Christ. Et ma prière est que votre charité croisse de plus en plus dans la science et en toute intelligence, afin que vous discerniez ce qui est le meilleur, que vous soyez purs et marchiez sans tomber jusqu’au jour du Christ, étant remplis de fruits de justice par Jésus-Christ pour la gloire et la louange de Dieu.

Saint Paul, au nom de l’Église, attire de nouveau notre attention sur l’approche de la fin. Mais ce dernier des jours, qu’il nommait Dimanche le jour mauvais, est appelé aujourd’hui par deux fois, dans le court passage de l’Épître aux Philippiens qu’on vient d’entendre, le jour du Christ Jésus. La lettre aux Philippiens est toute à la confiance, l’allégresse y déborde ; et cependant elle nous montre la persécution sévissant sur l’Église, et l’ennemi mettant à profit la tempête pour exciter les passions mauvaises au sein même du troupeau du Christ. L’Apôtre est enchaîné ; la jalousie et la trahison des faux frères ajoutent à ses maux (Philip. 1, 15, 17). Mais la joie domine sur la souffrance en son cœur, parce qu’il est arrivé à cette plénitude de l’amour où la douleur alimente mieux que toutes délices la divine charité. Pour lui, Jésus-Christ est sa vie, et la mort est un gain (Philip. 1, 21) : entre la mort qui répondrait au plus intime désir de son cœur en le rendant au Christ (Ibid. 23), et la vie qui multiplie ses mérites et le fruit de ses œuvres (Ibid. 22), il ne sait que choisir. Que peuvent, en effet, sur lui les considérations personnelles ? Sa joie présente, sa joie future, est que le Christ soit connu et glorifié, peu lui importe en quelle manière (Ibid. 18). Son attente ne sera point confondue, puisque la vie et la mort n’aboutiront qu’à glorifier le Christ en sa chair (Ibid. 20).

De là, dans l’âme de Paul, cette indifférence sublime qui est le sommet de la vie chrétienne, et n’a rien de commun, on le voit, avec l’engourdissement fatal où les faux mystiques prétendirent, au 17ème siècle, enfermer l’amour. Quelle tendresse prodigue à ses frères le converti de Damas, à cette hauteur où il est parvenu dans le chemin de la perfection ! Dieu m’est témoin, dit-il, combien je vous aime et désire tous dans les entrailles de Jésus-Christ ! L’aspiration qui le remplit et l’absorbe (Ibid. 24-27), est que le Dieu qui a commencé en eux l’œuvre bonne par excellence, cette œuvre de la perfection du chrétien arrivée à sa consommation dans l’Apôtre, la poursuive et l’achève en tous pour le jour où le Christ apparaîtra dans sa gloire (Col. 3, 4). Il prie pour que la charité, cette robe nuptiale des bénis du Père qu’il a fiancés à l’unique Époux (Rom. 8, 28 ; 2 Cor. 11, 2), les entoure d’un éclat non pareil au grand jour des noces éternelles (Durand. Rat. 6, 139).

Or le moyen que la charité se développe en eux sûrement, c’est qu’elle y grandisse dans l’intelligence et la science du salut, c’est‑à-dire dans la foi. C’est la foi, en effet, qui forme la base de toute justice surnaturelle. Une foi diminuée ne peut, dès lors, porter qu’une charité restreinte. Combien donc ils se trompent, ces hommes pour qui le souci de la vérité révélée ne va pas de pair avec celui de l’amour! Leur christianisme se résume à ne croire que le moins possible, à prêcher l’inopportunité de nouvelles définitions, à rétrécir savamment et sans fin l’horizon surnaturel par égard pour l’erreur. La charité, disent-ils, est la reine des vertus ; elle leur inspire de ménager même le mensonge ; reconnaître à l’erreur les mêmes droits qu’à la vérité, est pour eux le dernier mot de la civilisation chrétienne établie sur l’amour. Et ils perdent de vue que le premier objet de la charité étant Dieu, qui est la vérité substantielle, n’a pas de pire ennemi que le mensonge ; et ils oublient qu’on ne fait point acte d’amour, en plaçant sur le même pied l’objet aimé et son ennemi mortel.

Ce n’est point ainsi que l’entendaient les Apôtres : pour faire germer la charité dans le monde, ils y semaient la vérité. Tout rayon nouveau dans l’âme de leurs disciples profitait à l’amour ; et ces disciples, devenus lumière eux-mêmes au saint baptême (Éph. 5, 8), n’avaient rien tant à cœur que de ne pactiser point avec les ténèbres. Renier la vérité était, dans ces temps, le plus grand des crimes ; s’exposer par mégarde à diminuer quoi que ce fût de ses droits, était la souveraine imprudence (Ibid. 15, 17). Le christianisme avait trouvé l’erreur maîtresse du monde ; devant la nuit qui retenait la race humaine immobilisée dans la mort (s. Matth. 4, 16), il ne connut point d’autre procédé de salut que de faire briller la lumière ; il n’eut point d’autre politique que de proclamer la puissance de la seule vérité pour sauver l’homme, et d’affirmer ses droits exclusifs à régner sur le monde. Ce fut le triomphe de l’Évangile, après trois siècles de lutte acharnée et violente du côté des ténèbres, qui se prétendaient souveraines et voulaient rester telles, de lutte sereine et radieuse du côté des chrétiens, dont le sang versé ne faisait qu’augmenter l’allégresse en affermissant sur la terre le règne simultané de l’amour et de la vérité.

Aujourd’hui que par la connivence des baptisés l’erreur reprend ses prétendus droits, la charité d’un grand nombre a diminué du même coup (Ibid. 24, 12) ; la nuit s’étend de nouveau sur un monde agonisant et glacé. La ligne de conduite des fils de lumière (Éph. 5, 8) reste la même qu’aux premiers jours. Sans terreur et sans trouble, fiers de souffrir pour Jésus-Christ, comme leurs devanciers et comme les Apôtres (Philip. 1, 28-3o) ils gardent chèrement la parole de vie (Ibid. 2, 16) ; car ils savent que, tant qu’il restera pour le monde une lueur d’espérance, elle sera dans la vérité (s. Jean 8, 32). Ne se préoccupant que de marcher d’une manière digne de l’Évangile (Philip. 1, 27), ils poursuivent, dans la simplicité des enfants de Dieu, leur carrière au milieu d’une génération mauvaise et perverse, comme font les astres au firmament dans la nuit (Ibid. 2, 15). « Les astres brillent dans la nuit, dit saint Jean Chrysostome, ils éclatent dans les ténèbres ; bien loin de perdre à l’obscurité qui les entoure, ils en apparaissent plus brillants : ainsi en sera-t-il de toi-même, si tu demeures juste au milieu des pervers ; ta lumière en ressortira davantage (Chrys. in Phil. Hom. 8, 4). » — « Comme les étoiles, dit de même saint Augustin, poursuivent leur course dans les sentiers tracés par Dieu, sans se lasser de projeter leur lumière au sein des ténèbres, sans se troubler des maux qui arrivent sur la terre : ainsi doivent faire les saints, dont la conversation est vraiment au ciel (Philip. 3, 20), ne se préoccupant pas plus que les astres eux-mêmes de ce qui se dit ou se fait contre eux (Aug. Énarr. in Ps. 93, 5-6). »

Le Graduel chante la douce et puissante unité maintenue jusqu’à la fin dans l’Église par la charité, à l’accroissement de laquelle nous exhorte l’Épître, et que l’ancien Évangile de ce Dimanche recommandait comme l’unique moyen de salut pour le jour du jugement.

Graduel

Qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères d’être unis ensemble ! V/. C’est comme le parfum qui de la tête descend sur toute la barbe d’Aaron. Alléluia, alléluia. V/. Que ceux qui craignent le Seigneur espèrent en lui ; il est leur aide et leur protecteur. Alléluia.

Évangile
La suite du saint Évangile selon saint Matthieu. Chap. 22

En ce temps-là, les pharisiens s’en allèrent et tinrent conseil pour surprendre Jésus dans ses discours. Et ils lui envoyèrent leurs disciples avec des Hérodiens, disant : Maître, nous savons que vous êtes véridique et que vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité, sans avoir souci de qui que ce soit, car vous ne regardez point la qualité des personnes ; dites-nous donc que vous en semble : est-il permis ou non de payer le tribut à César ? Jésus leur dit, connaissant leur malice : Pourquoi me tentez-vous, hypocrites ? Montrez-moi la monnaie du cens. Ils lui présentèrent un denier ; et Jésus leur dit : De qui est cette image et cette inscription ? Ils lui dirent : De César. Alors il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.

Il faut bien que la diminution des vérités (Psalm. 11, 2) doive être le danger tout spécial des derniers temps, puisque l’Église, en ces semaines qui ont pour objet de représenter les derniers jours du monde, nous ramène sans cesse à la prudence de l’entendement comme à la grande vertu qui doit alors garder ses fils. Dimanche, elle leur remettait comme arme défensive le bouclier de la foi, comme arme offensive la parole de Dieu (Ép. du 21ème Dim. ap. la Pent.) ; huit jours plus tôt, c’était la circonspection de l’intelligence qui leur était recommandée (Ép. du 20ème Dim.), pour conserver, dans les jours mauvais, leur sainteté fondée sur la vérité (Ép. du 19ème Dim.) leur richesse consistant dans la science (Ép. du 18ème Dim.). Aujourd’hui, dans l’Épître, c’était encore l’intelligence et la science qui leur étaient proposées, comme pouvant seules accroître leur amour et parfaire l’œuvre de leur sanctification pour le jour du Christ. L’Évangile vient conclure opportunément ces leçons de l’Apôtre par le récit d’un fait tiré de l’histoire du Sauveur, et leur donner l’autorité qu’apporte avec soi tout exemple emprunté à la vie du divin modèle de l’Église. Jésus‑Christ, en effet, s’y montre à nous comme l’exemple des siens dans les embûches tendues à leur bonne foi par les complots des méchants.

C’était le dernier jour des enseignements publics de l’Homme-Dieu, presque à la veille de sa sortie de ce monde (Mardi saint). Ses ennemis, tant de fois déjoués dans leurs ruses, essayèrent un suprême effort. Les Pharisiens, qui ne reconnaissaient point la domination de César et son droit au tribut, s’unirent à leurs adversaires, les partisans d’Hérode et de Rome, pour poser à Jésus la question insidieuse : Est-il permis ou non de payer le tribut à César ? Si la réponse du Sauveur était négative, il encourait la colère du prince ; s’il se prononçait pour l’affirmative, il perdait tout crédit dans l’esprit du peuple. Avec sa divine prudence, Jésus déconcerta leurs menées. Les deux partis, si étrangement alliés par la passion, se refusèrent à comprendre l’oracle qui pouvait les unir dans la vérité, et retournèrent bientôt sans doute à leurs querelles. Mais la coalition formée contre le juste était rompue ; l’effort de l’erreur, comme toujours, avait tourné contre elle ; et la parole qu’elle avait suscitée, passant des lèvres de l’Époux à celles de l’Épouse, ne devait plus cesser de retentir en ce monde, où elle forme la base du droit social au sein des nations.

Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, redisaient les Apôtres ; et s’ils proclamaient bien haut qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Act. 5, 29) ils ajoutaient : « Que toute âme soit soumise aux puissances supérieures ; car il n’y a point de puissance qui ne procède de Dieu, et celles qui existent, c’est Dieu qui les a établies. Celui donc qui résiste à la puissance, résiste à l’ordre établi de Dieu, et s’attire la damnation. Demeurez donc soumis, parce qu’il est nécessaire, soumis non seulement par le sentiment de la crainte, mais aussi par le devoir de la conscience. C’est pour la même raison que vous payez des tributs aux princes, parce qu’ils sont les ministres de Dieu (Rom. 13, 1-2, 5-6). »

La volonté de Dieu (1 s. Pierre 2, 15), telle est donc la source comme la vraie grandeur de toute autorité parmi les hommes. L’homme, par lui-même, n’a aucun droit de commander à son semblable. Le nombre ne change rien à cette impuissance des hommes sur ma conscience, puisque, nombreux ou non, je suis l’égal de chacun d’eux par nature, et qu’additionner les droits sur moi de chacun, c’est additionner le néant. Mais Dieu, voulant que les hommes vécussent en société, a voulu par là même qu’il y eût à leur tête un pouvoir chargé de ramener les volontés multiples à l’unité du but social. Il laisse aux événements conduits par sa providence, aux hommes eux-mêmes à l’origine des sociétés, une grande latitude pour déterminer la forme sous laquelle devra s’exercer le pouvoir civil et son mode de transmission. Mais, une fois régulièrement investis, les dépositaires souverains du pouvoir ne relèvent que de Dieu dans la sphère de leurs attributions légitimes, parce que c’est de lui seul que leur vient la puissance, non de leurs peuples qui, n’ayant point cette puissance en eux‑mêmes, ne pourraient la donner. Tant qu’ils observent les conditions du pacte social, ou ne tournent pas à la ruine de la société le pouvoir reçu pour son bien, leur droit à l’obéissance est celui de Dieu même : soit qu’ils prélèvent les tributs nécessaires à leur gouvernement ; soit que les lois portées par eux viennent restreindre, dans le commerce ordinaire de la vie, la liberté laissée par le droit naturel, ou que leurs ordres envoient le soldat à une mort certaine pour la défense de la patrie. Dans tous ces cas, c’est Dieu même qui commande par eux et veut être obéi : dès ce monde, il met le glaive en leurs mains pour la punition des rebelles (Rom. 13, 4) ; il châtiera lui-même dans l’autre éternellement ceux qui ne se seront pas amendés.

Combien grande n’est donc pas cette dignité de la loi humaine, qui fait du législateur le vicaire même de Dieu, en même temps qu’elle épargne au sujet l’humiliation de l’abaissement devant un autre homme ! Mais, pour que la loi oblige et soit vraiment loi, il est clair qu’elle doit avant tout se conformer aux prescriptions et aux défenses de l’Être souverain dont la volonté seule peut lui donner son caractère auguste, en la faisant entrer dans le domaine de la conscience. C’est pour cela qu’il ne peut y avoir de loi contre Dieu, contre son Christ ou son Église. Dès lors que Dieu n’est plus avec l’homme qui commande, la puissance de celui-ci n’est que force brutale. Le prince ou l’assemblée qui prétend réglementer les mœurs d’un pays à l’encontre de Dieu, n’a donc droit qu’à la révolte et au mépris de tous les gens de cœur ; donner le nom sacré de loi à ces tyranniques élucubrations, est une profanation indigne d’un chrétien comme de tout homme libre.

L’Antienne de l’Offertoire et ses anciens Versets se réfèrent, comme l’Introït, au temps de la dernière persécution. La prière d’Esther au moment de paraître devant Assuérus, pour combattre Aman figure de l’Antéchrist, en fournit les paroles. Esther est l’image de l’Église ; et nous ne pouvons indiquer mieux les sentiments dans lesquels il convient de chanter l’Offertoire du jour, qu’en traduisant ici l’en-tête consacré par l’Esprit-Saint lui‑même, dans l’Écriture, à cette prière sublime. « La reine Esther eut recours au Seigneur, épouvantée du péril imminent. Déposant ses habits royaux, elle prit des vêtements propres aux pleurs ; sur sa tête, les parfums variés furent remplacés par la cendre et l’ordure ; son corps s’humilia dans les jeûnes ; tous les lieux, auparavant témoins de sa joie, furent remplis de ses cheveux qu’elle arrachait dans sa douleur. Et elle priait le Seigneur Dieu d’Israël, disant : « Mon Seigneur, « qui êtes seul notre roi, assistez-moi solitaire (Esth. 14, 1-3) !»

Offertoire

Souvenez-vous de moi, Seigneur, qui dominez toute puissance, et mettez en ma bouche le discours convenable, afin que mes paroles soient agréées du prince.

V/. Souvenez-vous que je me suis présentée devant vous.

V/. Tournez son cœur à la haine de nos ennemis et de leurs complices ; et délivrez-nous par votre puissante main, ô vous qui êtes notre Dieu à jamais.

V/. Roi d’Israël, écoutez-nous, ô vous qui conduisez Joseph comme une brebis.

Souvenez-vous de moi, Seigneur.

La plus sûre garantie contre l’adversité est l’absence du péché dans les âmes, le péché excitant la colère de Dieu et appelant sa vengeance. Disons avec l’Église, dans la Secrète :

Secrète

Faites, ô Dieu miséricordieux, que cette oblation salutaire nous délivre sans fin de nos péchés et nous protège contre toute adversité. Par Jésus-Christ.

L’Antienne de la Communion nous donne à remarquer, pour nous porter à les imiter, la persévérance et l’instance des supplications de la sainte Église.

Communion

J’ai crié vers vous parce que vous m’avez déjà exaucé, mon Dieu : inclinez votre oreille, exaucez-moi encore.

En célébrant la mémoire du Sauveur selon sa recommandation, dans les Mystères, nous ne devons point perdre de vue que ces Mystères sacrés sont aussi le refuge de notre misère. Ce serait présomption ou folie que de ne point songer à les utiliser par la prière en ce sens, comme fait l’Église dans la Postcommunion.

Postcommunion

Nous avons reçu les dons des sacrés Mystères, vous suppliant humblement, Seigneur, de faire que ce que vous nous avez ordonné de célébrer en votre mémoire soit aussi le secours de notre faiblesse. Vous qui vivez.

Complément liturgique

Ces Répons de l’Office du Temps nous donneront la pensée de l’Église. Ils expriment d’une part son espérance, sa joie de voir bientôt l’Époux dans sa gloire ; de l’autre, sa compassion pour les convulsions du monde près de finir, la crainte du jugement de Dieu qui sera terrible à un si grand nombre de ses fils.

Répons

R/. J’ai vu le Seigneur assis sur un trône élevé et sublime ; et toute la terre était pleine de sa majesté : * Et le bas de ses vêtements remplissait le temple.

V/. Les Séraphins se tenaient auprès, ayant six ailes l’un, et six ailes l’autre. * Et le bas.

R/. Du trône de votre sainteté regardez, Seigneur, et pensez à nous ; inclinez votre oreille, ô mon Dieu, écoutez-nous : * Ouvrez vos yeux et voyez notre tribulation.

V/. Roi d’Israël, regardez, ô vous qui conduisez Joseph comme une brebis. * Ouvrez vos yeux.

R/. Seigneur, entourez-nous de votre mur inexpugnable, et protégez-nous toujours avec les armes de votre puissance : * Délivrez ceux qui crient vers vous, Seigneur Dieu d’Israël.

V/. Sauvez-nous par les merveilles que vous savez faire, et donnez gloire à votre Nom. * Délivrez-nous.

R/. Il a racheté son peuple et il l’a délivré ; et ils viendront et ils tressailliront d’allégresse sur la montagne de Sion, et ils se réjouiront au milieu des biens qui leur viendront du Seigneur, dans l’abondance du froment, du vin et de l’huile : * Et ils n’auront plus faim désormais.

V/. Et leur âme sera comme un jardin toujours arrosé. * Et ils n’auront.

R/. Devant votre fureur, ô Dieu, toute la terre a été troublée : * Mais ayez pitié, Seigneur ; que ce ne soit pas la fin !

V/. Seigneur notre Dieu, que votre Nom est admirable ! * Mais ayez pitié.

R/. Ayez pitié d’une nation pécheresse, d’un peuple plein de péché : * Seigneur Dieu.

V/. Laissez-vous apaiser au sujet de la malice de votre peuple. * Seigneur Dieu.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. * Seigneur Dieu.

Pénétrons-nous aussi de ces magnifiques formules de notre Sacramentaire gallican.

Préface

Prions le Seigneur, ô nos très chers ; car voici qu’arrivent pour nous les temps d’amertume, voici qu’approchent les années dangereuses. Les royaumes changent, les nations s’ébranlent ; la charité dépérit, l’iniquité lève la tête, les passions grandissent, l’impiété règne. Pendant qu’il en est temps, convertissons-nous au Seigneur, fléchissons les genoux, courbons la tête ; prions Dieu le Père tout-puissant, qui exauce dans sa clémence ceux qui crient vers lui, et n’abandonne point ceux qui mettent en lui leur espoir.

Contestatio

C’est une chose vraiment digne et juste, ô Dieu tout-puissant, de vous prier avec supplications ; car il nous faut maintenant faire pénitence, si nous ne voulons être à la fin reniés par vous. O grande vallée de Josaphat où tous viendront au jugement, où se fera le discernement des justes et des injustes, pour que soient connus en ce jour du jugement les véridiques et les menteurs ! là point d’accusation ou de défense, point de caution donnée ou rejetée ; mais les justes y sont délivrés, les pécheurs chargés de chaînes. O le grand Roi, qui retire les bons de l’abîme, et repousse les mauvais ! Les justes alors seront élus, les pécheurs livrés aux tourments ; les justes iront à la vie, les pécheurs à l’enfer. Le père ne pleurera point son fils, ni le fils son père ; chacun pleurera sur soi, personne ne recherchera personne, car tout désir aura pris fin. O grand jour du jugement, où les bourreaux ne se lassent point, où les morts ne meurent pas ! Craignons quand il en est temps, ne remettons pas à craindre à cette heure où il ne sera plus temps. Craignons l’enfer qui est le mal éternel ; vivons avec Dieu qui est le bien sans fin, par Jésus-Christ notre Seigneur.

31 octobre : La révolte de Luther

Le 31 octobre 1517, Luther faisait éclater sa révolte. La chute de la chrétienté, c’est lui. La révolte des nations contre l’Eglise, c’est lui. Des millions d’hommes privés de sacrements, c’est lui. La destruction de la messe, c’est lui. Des millions d’hommes trompés sur le salut, c’est lui. Combien sont en enfer à cause de lui ? Des millions de familles explosées par le divorce, c’est lui, lui qui, le premier a prétendu approuver le divorce. Les guerres de religion, c’est lui. Guerres qui ont fait plus de dégâts que la Révolution française.

Dire qu’on ose appeler cela une réforme ! Ce n’est pas une réforme, mais une révolution. Continuer la lecture de « 31 octobre : La révolte de Luther »

Sermon de la Toussaint

Mes bien chers Frères,

Voici mon sermon pour la Toussaint sur les béatitudes. Quelle joie de servir Dieu et non le monde ! Qui sont les plus heureux ? Les pauvres ou les riches ? Les doux ou les violents ? Ceux qui ont le coeur pur ou les libéraux ? Les amis du monde ou ceux qu’il persécute ? La Sainte Vierge au pied de la Croix ou les Pharisiens endurcis ?

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2 novembre
Commémoration des fidèles défunts

Dom Guéranger ~ Année liturgique
2 novembre, Commémoration des fidèles défunts

Nous ne voulons pas, mes Frères, que vous ignoriez la condition de ceux qui dorment dans le Seigneur, afin que vous ne soyez pas tristes comme ceux qui n’ont point d’espérance (1 Thess. 4, 12). C’était le désir de l’Apôtre écrivant aux premiers chrétiens ; l’Église, aujourd’hui, n’en a pas d’autre. Non seulement, en effet, la vérité sur les morts met en admirable lumière l’accord en Dieu de la justice et de la bonté : les cœurs les plus durs ne résistent point à la charitable pitié qu’elle inspire, et tout ensemble elle offre au deuil de ceux qui pleurent la plus douce des consolations. Si la foi nous enseigne qu’un purgatoire existe, où des fautes inexpiées peuvent retenir ceux qui nous furent chers, il est aussi de foi que nous pouvons leur venir en aide (Conc. Trid. Sess. 25), il est théologiquement assuré que leur délivrance plus ou moins prompte est dans nos mains. Rappelons quelques principes de nature à éclairer ici la doctrine.

Tout péché cause double dommage au pécheur, souillant son âme, et le rendant passible de châtiment. Tache vénielle, entraînant simple déplaisance du Seigneur, et dont l’expiation ne dure qu’un temps ; souillure allant jusqu’à la difformité qui fait du coupable un objet d’abomination devant Dieu, et dont par suite la sanction ne saurait consister que dans le bannissement éternel, si l’homme n’en prévient en cette vie l’irrévocable sentence. Même alors ce­pendant, l’effacement de la coulpe mortelle, en écartant la dam­nation, n’enlève pas de soi toute dette au pécheur converti ; bien qu’un débordement inusité de la grâce sur le prodigue puisse parfois, comme il est régulier dans le baptême ou le martyre, faire se perdre en l’abîme de l’oubli divin jusqu’au dernier vestige, aux moindres restes du péché, il est normal qu’en cette vie, ou par delà, satisfaction soit donnée pour toute faute à la justice.

À contre-pied du péché, tout acte surnaturel de vertu implique double profit pour le juste : il mérite à son âme un nouveau degré de grâce ; il satisfait pour la peine due aux fautes passées en la mesure de juste équivalence qui revient devant Dieu à ce labeur, cette privation, cette épreuve acceptée, cette libre souffrance d’un des membres de son Fils bien-aimé. Or, tandis que le mérite ne se cède pas et demeure personnel à qui l’acquiert, la satisfaction se prête comme valeur d’échange aux transactions spirituelles ; Dieu veut bien l’accepter pour acompte ou pour solde en faveur d’autrui, que le concessionnaire soit de ce monde ou de l’autre, à la seule condition qu’il fasse lui aussi partie par la grâce de ce corps mystique du Seigneur qui est un dans la charité (1 Cor. 12, 27).

C’est, comme l’explique Suarez en son beau traité des Suffrages, la conséquence du mystère de la communion des saints manifesté en ces jours. Invoquant l’autorité des plus anciens comme des plus grands princes de la science, discutant les objections, les restrictions proposées depuis eux par plusieurs, l’illustre théolo­gien n’hésite pas à conclure en ce qui touche plus particulière­ment les âmes souffrantes : « J’estime que cette satisfaction des vivants pour les morts vaut en justice (Esse simpliciter de justi­tia), et qu’elle est infailliblement acceptée selon toute sa valeur, et selon l’intention de celui qui l’applique ; en sorte que, par exem­ple, si la satisfaction qui est de mon fait me valait en justice, pour moi gardée, la remise de quatre degrés de purgatoire, elle en remet autant à l’âme pour laquelle il me plaît de l’offrir (Suarez., De Suffragiis, Sectio 6). »

On sait comment l’Église seconde sur ce point la bonne volonté de ses fils. Par la pratique des Indulgences, elle met à la disposition de leur charité l’inépuisable trésor où, d’âge en âge, les surabon­dantes satisfactions des saints rejoignent celles des Martyrs, ainsi que de Notre-Dame, et la réserve infinie des souffrances du Sei­gneur. Presque toujours, elle approuve et permet que ces remises de peine, accordées aux vivants par sa directe puissance, soient appliquées aux morts, qui ne relèvent plus de sa juridiction, par mode de suffrage ; c’est-à-dire : en la manière où, comme nous venons de le voir, chaque fidèle peut offrir pour autrui à Dieu, qui l’accepte, le suffrage ou secours[1] de ses propres satisfactions. C’est toujours la doctrine de Suarez, et il enseigne que l’indul­gence cédée aux défunts ne perd rien non plus de la certitude ou de la valeur qu’elle aurait eues pour nous qui militons encore[2]. Or, c’est sous toutes formes et c’est partout que s’offrent à nous les Indulgences.

Sachons utiliser nos trésors, et pratiquer la miséricorde envers les pauvres âmes en peine. Est-il misère plus touchante que la leur ? si poignante, que n’en approche aucune détresse de la terre ; si digne pourtant, que nulle plainte ne trouble le silence de ce « fleuve de feu qui, dans son cours imperceptible, les entraîne peu à peu à l’océan du paradis (Mgr Gay, Vie et Vertus chrétiennes : De la charité envers l’Église, 2). » Pour elles, le ciel est impuis­sant ; car on n’y mérite plus. Lui-même Dieu, très bon, mais très juste aussi, se doit de n’accorder leur délivrance qu’au paiement intégral de la dette qui les a suivies par delà le monde de l’épreuve (s. Matth. 5, 26). Dette contractée à cause de nous peut-être, en notre compagnie ; et c’est vers nous qu’elles se tournent, vers nous qui continuons de ne rêver que plaisirs, tandis qu’elles brûlent, et qu’il nous serait facile d’abréger leurs tourments ! Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous au moins qui êtes mes amis ; car la main du Seigneur m’a touchée (Job 19, 21).

Comme si le purgatoire voyait plus que jamais regorger ses prisons sous l’affluence des multitudes qu’y précipite chaque jour la mondanité de ce siècle, peut-être aussi en raison de l’approche du règlement de compte final et universel qui clora les temps, l’Esprit-Saint ne se contente plus d’entretenir le zèle des ancien­nes confréries vouées dans l’Église au service des trépassés. Il suscite de nouvelles associations et jusqu’à des familles religieu­ses, dont l’unique but soit de promouvoir en toutes manières fa délivrance des âmes souffrantes ou leur soulagement. Dans cette œuvre d’une autre rédemption des captifs, il est aussi des chré­tiens qui s’exposent et s’offrent à prendre sur eux les chaînes de leurs frères, par l’abandon total consenti à cette fin, non seule­ment de leurs propres satisfactions, mais encore des suffrages dont ils pourraient bénéficier après leur mort : acte héroïque de charité, qu’il ne faut point accomplir à la légère, que cependant l’Église approuve (Propagé au 18e siècle par les Clercs réguliers Théatins, enrichi de faveurs spirituelles par les Souverains Pon­tifes Benoît XIII, Pie VI, Pie IX) ; car il glorifie grandement le Sei­gneur, et pour le risque encouru d’un délai temporaire de la béa­titude, mérite à son auteur d’être à jamais plus près de Dieu, par la grâce dès maintenant, dans la gloire au ciel.

Mais si les suffrages du simple fidèle ont tant de prix, combien plus ceux de l’Église entière, dans la solennité de la prière publi­que et l’oblation du Sacrifice auguste où Dieu même satisfait à Dieu pour toute faute ! Ainsi qu’avant elle la Synagogue (2 Mach. 12, 46), l’Église dès son origine a toujours prié pour les morts. En la manière qu’elle honorait par des actions de grâces l’anniver­saire de ses fils les Martyrs, elle célébrait par des supplications celui de ses autres enfants qui pouvaient n’être point encore au ciel. Quotidiennement, dans les Mystères sacrés, elle prononçait les noms des uns et des autres à cette double fin de louange et de prière ; et de même que ne pouvant néanmoins rappeler en toute église particulière chacun des bienheureux du monde entier, elle les comprenait tous en une commune mention, ainsi faisait-elle, à la suite des recommandations spéciales au lieu ou au jour, mémoire générale des morts. Ceux qui ne possédaient ni parents, ni amis, observe saint Augustin, n’étaient donc point dès lors cependant dépourvus de suffrages ; car ils avaient, pour obvier à leur abandon, la tendresse de la Mère commune (Aug. De cura pro mortuis, 4).

L’Église ayant suivi dès le commencement, à l’égard de la mé­moire des bienheureux et de celle des défunts, une marche identi­que, il était à prévoir que l’établissement d’une fête de tous les Saints au 9e siècle appellerait bientôt la Commémoration présente des trépassés. En 998, selon la Chronique de Sigebert de Gem­bloux (Ad hunc annum), l’Abbé de Cluny, saint Odilon, l’instituait dans tous les monastères de sa dépendance, pour être célébrée à perpétuité au lendemain même de la Toussaint ; c’était sa réponse aux récriminations de l’enfer le dénonçant, lui et ses moines, en des visions rapportées dans sa Vie (Petr. Dam. ; Jotsald. 2, 13), comme les plus intrépides secoureurs d’âmes qu’eussent à re­douter, au lieu d’expiation, les puissances de l’abîme. Le monde applaudit au décret de saint Odilon, Rome l’adopta, et il devint la loi de l’Église latine entière.

Les Grecs font une première Commémoration générale des morts la veille de notre dimanche de Sexagésime, qui est pour eux celui de Carême prenant ou d’Apocreos, et dans lequel ils célèbrent le second avènement du Seigneur. Ils donnent le nom de samedi des âmes à ce jour, ainsi qu’au samedi d’avant la Pentecôte, où ils prient de nouveau solennellement pour tous les trépassés.

Les vêpres des morts

Jamais éloquence ni science n’atteindront la hauteur d’enseigne­ment, la puissance de supplication qui règnent en l’office des défunts. Seule l’Épouse connaît à ce point les secrets de l’autre vie, le chemin du cœur de l’Époux ; seule la Mère peut prétendre au tact suprême qui lui permet, en allégeant à ceux qui l’ont quit­tée leur purification douloureuse, de consoler ainsi les orphelins, les isolés, laissés par eux en larmes sur la terre.

Dilexi : le premier chant du purgatoire est un chant d’amour ; comme le dernier du ciel en cette fête du souvenir fut Credidi, le psaume rappelant la loi et les épreuves passées des élus. Que par­lions-nous de transition tout à l’heure ? Lien commun de l’âme souffrante et de l’âme bienheureuse, la charité est à toutes deux leur dignité, leur inamissible trésor ; mais tandis que la vision remplaçant la foi ne laisse plus dans l’une que jouissance à l’amour, ce même amour devient pour l’autre, en l’ombre où la retiennent ses fautes inexpiées, la source d’inénarrables tour­ments. Toutefois c’en est fait des angoisses d’ici-bas, des périls d’enfer ; confirmée en grâce, l’âme ne pèche plus ; elle n’a que reconnaissance pour la miséricorde qui l’a sauvée, pour la justice qui l’épure et la rend digne de Dieu. Tel est son état d’acquiescement absolu, d’attente abandonnée, que l’Église l’appelle « un sommeil de paix (Canon Missae) ».

Ant. Je plairai au Seigneur en la terre des vivants.

Psaume 114

J’ai aimé le Seigneur ; il exaucera ma prière.

Déjà il m’a écouté ; je l’invoquerai sans trêve.

La mort et ses douleurs m’environnaient ; j’étais assailli par les périls d’enfer.

L’angoisse et la tribulation avaient fondu sur moi ; j’invoquai le nom du Seigneur :

Ô Seigneur, délivrez mon âme ! Miséricordieux et juste est le Seigneur, bon est notre Dieu !

Le Seigneur garde les petits, je me suis humilié, il m’a délivré.

Sois donc à ton repos, mon âme ; car le Seigneur a été bon pour toi.

Il a délivré mon âme de la mort, mes yeux des pleurs sans fin, mes pieds de la chute éternelle

Je veux plaire au Seigneur en la terre des vivants.

Au lieu de la doxologie ordinaire, l’Église, à la fin de chaque psaume, adresse à Dieu une prière instante pour les trépassés :

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Je plairai au Seigneur en la terre des vivants.

Plaire à Dieu sans nulles réserves un jour ! Séparée du corps qui l’alourdissait, la distrayait par mille futiles soins (Sap. 9, 15), l’âme s’absorbe en cette aspiration unique, à la satisfaction de laquelle convergent toutes ses énergies, tous les tourments dont elle remercie le ciel d’aider sa faiblesse. Creuset béni où se consument les restes du péché, où si pleinement se solde toute dette ! C’est de ses flammes secourables que, toute trace disparue des anciennes souillures, effacées toutes rides déparant sa beauté native, elle s’envolera vers l’Époux, véritablement bienheureuse, sûre que les complaisances du Bien-Aimé n’auront à souffrir en elle d’aucunes restrictions.

Combien pourtant douloureusement son exil se prolonge ! Si par la charité elle est en communion avec les habitants des cieux, le feu qui la châtie ne diffère pas matériellement de celui de l’abîme. Son séjour confine à celui des maudits ; elle doit porter ce voisi­nage du Cédar infernal, des adversaires de toute paix, des démons odieux qui poursuivirent sa vie mortelle de leurs assauts et de leurs ruses, qui, au tribunal de Dieu, l’accusaient encore de leurs bouches trompeuses. « De la porte de l’enfer, arrachez-la », va bientôt supplier l’Église.

Ant. Hélas ! Seigneur, que mon exil est long !

Psaume 119

Dans ma tribulation, j’ai crié vers le Seigneur, et il m’a exaucé.

Délivrez-moi, Seigneur, des lèvres méchantes et de la langue trompeuse.

Quel sera ton salaire ? que te reviendra-t-il, langue de men­songe ?

Tu es semblable à la flèche aiguë lancée par un bras puissant, aux charbons qui désolent par l’incendie.

Ant. Hélas ! que mon exil est long ! je suis au milieu des ha­bitants de Cédar ; que l’exil de mon âme dure longtemps !

Je suis demeuré pacifique avec les ennemis de la paix, qui de mes paroles prenaient l’occasion d’injustes accusations.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Hélas ! Seigneur, que mon exil est long !

L’âme cependant ne défaille pas ; levant ses yeux vers les monta­gnes, elle sait qu’elle peut compter sur le Seigneur, qu’elle n’est abandonnée ni du ciel qui l’attend, ni de l’Église dont elle est fille. Si près qu’il soit situé de la région des pleurs éternels, le purga­toire, où s’embrassent la justice et la paix (Psalm. 84, 11), n’est point inaccessible aux Anges. Aux divines communications dont ces augustes messagers lui apportent le réconfort, se joint l’écho de la prière des bienheureux, des suffrages de la terre. L’âme est surabondamment assurée que le seul mal digne de ce nom, que le péché ne saurait l’atteindre.

Ant. Le Seigneur vous garde de tout mal ; que le Seigneur garde en tout votre âme.

Psaume 120

J’ai levé mes yeux vers les montagnes d’où viendra le secours.

Mon secours me vient du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Qu’il ne laisse point vaciller vos pas, qu’il ne s’endorme pas celui qui vous garde.

Non ; il ne s’endormira ni ne s’assoupira celui qui garde Israël.

C’est lui, le Seigneur, qui vous garde ; c’est lui, le Seigneur, qui est votre protection ; il se tient à votre droite.

Ni le soleil ne vous nuira durant le jour, ni la lune dans la nuit.

Le Seigneur vous garde de tout mal ; que le Seigneur garde en tout votre âme.

Que le Seigneur garde votre entrée, qu’il garde votre sortie, et maintenant, et toujours.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Le Seigneur vous garde de tout mal ; que le Seigneur garde en tout votre âme.

L’usage du peuple chrétien consacre plus spécialement le psaume 129 à la prière pour les morts ; cri de détresse, mais aussi d’espé­rance.

Le dénuement des âmes au séjour d’expiation est bien fait pour toucher nos cœurs. Sans être au ciel, en cessant d’appartenir à la terre, elles ont perdu les privilèges qui, de par Dieu, compensent pour nous le danger du voyage en ce monde de l’épreuve. Si par­faits que soient tous leurs actes d’amour, d’espérance, de foi rési­gnée, elles ne méritent plus ; acceptées comme elles le sont, leurs inexprimables souffrances nous vaudraient à nous la récompense de milliers de martyrs : il n’en doit rien rester dans l’éternité à l’actif de ces âmes, rien que le fait d’un règlement de compte apuré autrefois par sentence du juge.

Pas plus que mériter, elles ne peuvent satisfaire comme nous à la justice par équivalences acceptées de Dieu. Plus radicale que celle du paralytique de Bethsaïda (s. Jean 5) est leur impuissance à s’aider elles-mêmes ; la piscine du salut est restée sur terre, avec l’auguste Sacrifice, les Sacrements, l’usage des clefs toutes-puis­santes confiées à l’Église.

Or cependant l’Église, qui n’a plus sur elles de juridiction, conserve à leur endroit toutes ses tendresses de Mère ; et son crédit est grand toujours près de l’Époux. Elle fait donc sienne leur prière ; ouvrant le trésor qui lui vient de la surabondante rédemption du Seigneur, elle offre de son fonds dotal à Celui-là même qui le lui a constitué, en échange de la délivrance de ces âmes ou de l’allègement de leurs peines : et ainsi arrive-t-il que, sans léser nuls droits, la miséricorde entre et déborde en ces abî­mes où régnait seule l’inexorable justice.

Ant. Seigneur, si vous considérez nos iniquités ; Seigneur, qui soutiendra votre jugement ?

Psaume 129

De l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur ; Seigneur, écoutez ma voix.

Que vos oreilles soient attentives au cri de ma prière.

Seigneur, si vous considérez nos iniquités ; Seigneur, qui soutiendra votre jugement ?

Mais la miséricorde est en vous ; à cause de votre parole, je vous attends, Seigneur.

Mon âme se soutient par vos oracles ; mon âme espère dans le Seigneur.

Du matin à la nuit, qu’Israël espère dans le Seigneur.

Car dans le Seigneur est la miséricorde, et sa rédemption est surabondante.

Et il rachètera Israël de toutes ses iniquités.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Seigneur, si vous considérez nos iniquités ; Seigneur, qui soutiendra votre jugement ?

Je vous louerai, car vous m’avez exaucée. L’Église ne prie jamais en vain. Le dernier psaume dit sa reconnaissance, et celle des âmes que l’office qui va finir aura tirées de l’abîme ou rappro­chées des cieux. Grâce à lui, plus d’une qui, ce matin encore, était retenue captive, fait son entrée dans la lumière au crépuscule de cette touchante fête de la Toussaint, dont s’accroissent ainsi au dernier moment les joies et la gloire. Suivons du cœur et de la pensée les nouvelles élues ; en nous souriant, en nous remerciant, nous leurs frères ou leurs fils, elles s’élèvent radieuses de la région des ombres, et elles chantent : Seigneur, je vous glorifierai en la présence des Anges ; j’adorerai donc en votre saint temple ! Non ; le Seigneur ne méprise pas les œuvres de ses mains.

Ant. Seigneur, ne méprisez pas les œuvres de vos mains.

Psaume 137

Je vous louerai, Seigneur, de tout mon cœur, parce que vous avez écouté les paroles de ma bouche.

Je chanterai votre gloire en présence des Anges, j’adorerai dans votre saint temple, je louerai votre nom.

J’exalterai votre miséricorde et votre vérité : oui ; vous avez rendu magnifique plus que tout votre saint nom.

En quelque jour que je vous invoque, exaucez-moi ; ainsi dilaterez-vous la vigueur de mon âme.

Soyez, Seigneur, célébré par tous les rois de la terre : toutes les paroles qu’ils entendirent de votre bouche, ils les ont vues réalisées.

Qu’ils chantent donc les voies du Seigneur ; car grande est la gloire du Seigneur.

Car le Seigneur, si haut qu’il soit, regarde les humbles ; mais il ne connaît que de loin les superbes.

Si je marche au milieu de la tribulation, vous soutiendrez ma vie ; ainsi contre la colère de mes ennemis avez-vous étendu votre droite ; ainsi m’avez-vous sauvé.

Le Seigneur sera mon vengeur : Seigneur, votre miséricorde est à jamais ; ne méprisez pas les œuvres de vos mains.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Seigneur, ne méprisez pas les œuvres de vos mains.

Et voici que du ciel, en effet, nous arrive comme de la part des chères libérées une parole authentique de bonheur (Apoc. 14, 13).

V/. J’ai entendu une voix venant du ciel, qui me disait :

R/. Bienheureux ceux qui meurent dans le Seigneur.

Or toute cette admirable suite du drame liturgique ainsi déroulé sous nos yeux, qu’est-elle autre chose que la justification de la promesse du Sauveur (s. Jean 6, 37), rappelée en l’Antienne qui suit par l’Église ?

Antienne de Magnificat

Tout ce que me donne mon Père viendra à moi ; et celui qui vient à moi, je ne le repousserai point dehors.

Mais comme toute grâce de Jésus nous vient en ce monde par Marie, par elle encore, au delà de cette vie mortelle, s’opère toute délivrance et s’obtient tout bienfait. Où que s’étende la rédemp­tion du Fils, s’exerce l’empire de la Mère. Aussi les visions des Saints nous la montrent véritablement Reine au purgatoire ; qu’elle s’y fasse représenter bénignement par les Anges de sa cour, ou daigne elle-même, pénétrant sous les sombres voûtes (Eccli. 24, 8) comme l’aurore du jour éternel, y répandre abon­dante la rosée du matin. Est-ce que la neige du Liban, dit l’Esprit-Saint, manquera jamais à la pierre du désert ? et qui donc en empêchera les fraîches eaux d’aller à la vallée (Jérém. 18, 14) ? Comprenons donc le chant du Magnificat à l’office des défunts : il est l’hommage des âmes qui abordent les cieux ; il est le doux espoir de celles qui demeurent encore au séjour d’expiation.

Cantique de Marie, Magnificat

Mon âme glorifie le Seigneur ; Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur :

Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et pour cela, tou­tes les nations m’appelleront Bienheureuse.

Il a fait en moi de grandes choses, celui qui est puissant et de qui le Nom est saint ;

Et sa miséricorde s’étend de génération en génération, sur ceux qui le craignent.

Il a opéré puissamment par son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.

Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les hum­bles.

Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches. Il a reçu en sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse

Qu’il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Tout ce que me donne mon Père viendra à moi ; et celui qui vient à moi, je ne le repousserai point dehors.

Le Prêtre commence, toute l’assemblée à genoux, l’Oraison Dominicale :

Notre Père.

Le reste se continue dans le silence, jusqu’à cette conclusion que suivent les Versets et l’Oraison terminant les vêpres des morts :

V/. Et ne nous laissez pas succombera la tentation.
R/. Mais délivrez-nous du mal.

V/. De la porte de l’enfer,
R/. Seigneur, délivrez leurs âmes.

V/. Qu’ils reposent en paix.
R/. Amen.

V/. Seigneur, exaucez ma prière ;
R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

V/. Le Seigneur soit avec vous.
R/. Et avec votre esprit.

Oraison

Dieu Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez la remise de tous leurs péchés aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, afin que soit acquise à leurs pieuses supplica­tions l’indulgence qu’ils ont toujours désirée. Vous qui vivez et régnez avec Dieu le Père en l’unité du Saint-Esprit, Dieu vous-même, durant tous les siècles des siècles.

R/. Amen.

V/. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
R/.Que luise pour eux la lumière sans fin.

V/. Qu’ils reposent en paix.
R/. Amen.

Autres liturgies

Offrons à Notre-Dame la supplique touchante que plusieurs Égli­ses lui adressèrent longtemps pour les morts. Elle date du 14e siècle ; Jean IV de Langoueznou, Abbé de Landevenec, son auteur, en puisa l’inspiration dans sa tendre piété pour Marie.

Prose

À ceux qui souffrent en purgatoire, que purifie la flamme ardente et qui subissent tourments si durs : daigne votre compassion subvenir, ô Marie !

Fontaine ouverte à tous, où s’effacent les péchés, vous secou­rez chacun, n’éconduisez personne : vers les morts qui gémis­sent en leurs supplices sans trêve, étendez votre main, ô Marie !

Vers vous pieusement soupirent les trépassés, en leur désir de voir finir leurs maux, pour contempler vos traits si doux et goûter près de vous les joies éternelles, ô Marie !

Accourez, Mère, à leurs gémissements ; ayez pour eux des entrailles de pitié : obtenez de Jésus que par ses blessures il daigne les guérir, ô Marie !

Vous êtes de ceux qui crient vers vous la véritable espérance : entendez les voix nombreuses qui vous supplient d’apaiser votre Fils, d’en obtenir la récompense céleste pour leurs amis et leurs frères, ô Marie !

Toute bonne, voyez aux pieds du Juge couler nos larmes : puissent-elles par vous bientôt éteindre l’ardeur de la flamme vengeresse qui les empêche de s’unir aux chœurs angélique, ô Marie !

Et lorsque se fera le sévère examen au terrible jugement de Dieu, implorez votre Fils qui sera notre Juge, pour qu’avec les Saints soit notre partage, ô Marie !

Amen.

Cette journée est véritablement grande et belle. La terre, placée entre le purgatoire et le ciel, a rapproché les deux. L’auguste mystère de la communion des saints se révèle dans son ampleur. L’immense famille des fils de Dieu nous apparaît, une par l’amour, distincte en ses trois états de félicité, d’épreuve, d’expia­tion purifiante : expiation qui, comme l’épreuve, n’aura qu’un temps ; félicité qui durera toujours. C’est le digne couron­nement des enseignements du Cycle entier. Chacun des jours de l’Octave qui va suivre accroîtra la lumière.

Cependant, toute âme se recueille à cette heure dans le culte des plus chers, des plus nobles souvenirs. En quittant la maison de Dieu, gardons pieusement à qui de droit notre pensée. C’est la fête de nos morts bien-aimés. Prêtons l’oreille à leur voix qui, de clochers en clochers, par tout le monde chrétien, se fait si sup­pliante et si douce aux premières heures de cette nuit de novem­bre. Ce soir ou demain, nous leur devons la visite de la tombe où reposent dans la paix leurs restes mortels. Prions pour eux ; et aussi, prions-les : ne craignons pas de leur parler toujours des intérêts qui leur furent chers devant Dieu. Car Dieu les aime, et par une sorte de satisfaction donnée à sa bonté, les écoute d’autant mieux pour autrui, que sa justice les maintient dans un état d’impuissance plus absolue en ce qui les concerne.

Les matines des morts

Amalaire observait déjà de son temps (9e siècle) que l’office des défunts rappelle en sa forme les offices célébrés aux jours anni­versaires de la mort du Seigneur (Amalar. De ecclesiast. Officiis, 3, 44). Même absence d’hymnes, doxologies, absolutions, béné­dictions ; même suppression du prélude accoutumé Domine labia mea aperies, Deus in adjutorium meum intende ; bien qu’à la différence des derniers jours de la Semaine sainte, l’office com­plet des morts ait cependant gardé ou recouvré depuis longtemps l’invitatoire.

Or cet invitatoire est, comme hier le premier psaume des vêpres, un chant d’amour et d’espérance : Tout vit, pour notre Roi ; venez, adorons-le. Au delà comme en deçà de la tombe, tous les hommes vivent, devant Celui qui doit les ressusciter un jour (s. Luc 20, 38). Dans la langue de l’Église, le champ des morts est le cimetière, c’est-à-dire un dortoir où ses fils reposent ; comme eux-mêmes sont des défunts, travailleurs qui, leur tâche accom­plie, attendent le moment de la récompense.

Rome s’est montrée ici mieux inspirée que d’autres Églises, où l’Antienne choisie comme refrain du joyeux Venite exsultemus était : Circumdederunt me gemitus mortis ; dolores inferni circumdederunt me (Voici que m’ont environné les gémissements de la mort, les douleurs de l’enfer). Que de variantes semblables, et toutes à l’avantage de l’Église Maîtresse et Mère, seraient à signaler dans une étude historique de l’office des morts ! Mais pareil but ne saurait être le nôtre en ces pages trop restreintes.

Invitatoire

Tout vit, pour notre Roi :* Venez, adorons-le.

Psaume 94

Venez, tressaillons dans le Seigneur ; chantons dans la jubi­lation des hymnes à Dieu notre Sauveur : prévenons sa pré­sence par des chants de louange, et jubilons en son honneur dans la psalmodie.

Tout vit, pour notre Roi : * Venez, adorons-le.

Car le Seigneur est le grand Dieu, le grand Roi au-dessus de tous les dieux : il ne repoussera point son peuple. Dans sa main sont toutes les profondeurs de la terre, et son œil domine les sommets des montagnes.

Venez, adorons-le.

La mer est à lui, et il l’a faite, et ses mains ont formé la terre. Venez, adorons et prosternons-nous devant ce Dieu ; pleu­rons devant ce Seigneur qui nous a faits : car il est le Seigneur notre Dieu, et nous son peuple et les brebis de son pâturage.

Tout vit, pour notre Roi : * Venez, adorons-le.

Si aujourd’hui vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs, comme au jour du murmure et de la tentation dans le désert, où vos pères me tentèrent, où ils me mirent à l’épreuve, et virent mes œuvres.

Venez, adorons-le.

Pendant quarante ans, j’ai couvert de ma protection cette génération, et j’ai dit : « C’est un peuple dont le cœur est égaré ; ils ne connaissent pas mes voies ; c’est pourquoi j’ai juré dans ma colère qu’ils n’entreraient point dans la terre de mon repos. »

Tout vit, pour notre Roi : * Venez, adorons-le.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin.

Venez, adorons-le.

Tout vit, pour notre Roi : * Venez, adorons-le.

Un tel début montre assez quelle part il convient de faire, selon l’Église, à la reconnaissance et à la louange dans la prière pour les morts.

Premier nocturne

Elles débordent, dans le premier psaume des Nocturnes, la reconnaissance et la louange de l’âme échappée aux filets des pécheurs, en ce premier matin du salut assuré pour jamais qui l’introduit parmi les âmes très saintes du purgatoire. C’est avec confiance qu’elle s’en remet à son Seigneur du soin de la conduire par le chemin douloureux et purifiant qui doit l’amener à l’entrée même de la maison de Dieu.

Ant. Seigneur mon Dieu, dirigez mes pas en votre présence.

Psaume 5

Seigneur, prêtez l’oreille aux paroles de ma bouche, entendez le cri de mon cœur.

Écoutez ma voix suppliante, ô mon Roi et mon Dieu.

Oui ; c’est vous que j’implore : Seigneur, au matin vous m’exaucerez.

Au matin, me voici devant vous ; je saurai que vous n’êtes point un Dieu favorable au péché,

Que le méchant n’habitera point votre demeure, que les injustes ne pourront subsister devant vous.

Vous haïssez tous ceux qui font l’iniquité ; vous perdrez tous ceux qui aiment le mensonge.

Le Seigneur a en abomination l’homme de sang et d’astuce. Pour moi, c’est me confiant en votre miséricorde infinie,

Que j’entrerai dans votre maison ; c’est pénétré de votre crainte, que j’adorerai dans votre saint temple.

Seigneur, guidez-moi dans votre justice ; à cause de mes ennemis, dirigez mes pas en votre présence.

Eux, en effet, n’ont point la vérité dans leur bouche ; leur cœur est vain.

Leur gosier est un sépulcre ouvert, leur langue un instrument de tromperie : jugez-les, ô Dieu.

Qu’ils soient déçus dans leurs pensées : rejetez-les ; car leurs impiétés sont sans nombre, et ils ont mérité votre colère, ô Seigneur.

Et que soient dans la joie tous ceux qui espèrent en vous : ils seront dans l’allégresse à jamais ; vous habiterez en eux.

Et ils se glorifieront en vous, tous ceux qui aiment votre nom ; car vous bénirez le juste.

Seigneur, vous nous avez comme d’un bouclier couverts de votre amour.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Seigneur mon Dieu, dirigez mes pas en votre présence.

L’âme est exaucée : la justice s’est emparée d’elle ; car le temps de la miséricorde n’est plus. Sous la terrible mainmise de son guide nouveau, à l’implacable lumière qui, en regard de l’infinie pureté, met à nu ses replis les plus ignorés, et ses vertus si mélangées, et tant de traces restées des souillures d’antan, la pauvre âme sent lui manquer tout ce qu’elle se croyait de force, tremblante, elle supplie Dieu de ne point la confondre en sa fureur avec les éter­nels maudits dont le voisinage accroît son tourment. Mais sa sup­plication, comme son effroi, est toute d’amour : Seigneur, sauvez-moi ; car il n’est personne qui pense à vous louer dans cette mort. Ce psaume est le premier des sept de la pénitence.

Ant. Seigneur, tournez-vous vers moi, et délivrez mon âme ; car nul dans la mort ne se souvient de vous.

Psaume 6

Seigneur, ne me reprenez pas dans votre fureur, et ne me châtiez pas dans votre colère.

Ayez pitié de moi, Seigneur ; car je languis de faiblesse ; gué­rissez-moi, Seigneur, parce que le trouble m’a saisi jusqu’au fond de mes os.

Mon âme est toute troublée ; mais vous, Seigneur, jusqu’à quand différerez-vous ?

Seigneur, tournez-vous vers moi, et délivrez mon âme ; sau­vez-moi, à cause de votre miséricorde.

Car nul dans la mort ne se souvient de vous : qui publiera vos louanges dans l’enfer ?

Je me suis épuisé à force de gémir ; j’ai baigné chaque nuit mon lit de mes pleurs ; j’ai arrosé ma couche de mes larmes.

Mon œil a été tout troublé de fureur : j’ai vieilli au milieu de tous mes ennemis.

Retirez-vous de moi, vous tous qui commettez l’iniquité ; car le Seigneur a exaucé la voix de mes pleurs.

Le Seigneur a exaucé ma supplication ; le Seigneur a reçu ma prière.

Que tous mes ennemis rougissent et soient saisis d’étonnement ; qu’ils retournent en arrière, et soient couverts de honte.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Seigneur, tournez-vous vers moi, et délivrez mon âme ; car nul dans la mort ne se souvient de vous.

David, accusé par ses adversaires, en appelle au Seigneur de leurs calomnies. La crainte qui prosterne l’âme, au purgatoire, en un saint tremblement devant la justice de Dieu, n’a point fait vaciller l’espérance en elle plus que l’amour ; elle s’appuie sur la sentence même, sur le secours imploré de son juge, pour tenir tête au lion infernal qui la poursuit de ses indignes clameurs dans le délais­sement et le dénuement auxquels la réduit son expiation.

Ant. Que l’ennemi comme un lion ne se saisisse pas de mon âme, sans que personne se trouve pour m’arracher à lui et me sauver.

Psaume 7

Seigneur mon Dieu, j’ai mis en vous mon espérance : sauvez-moi de tous ceux qui me persécutent, et délivrez-moi.

Que l’ennemi comme un lion ne se saisisse pas de mon âme, sans que personne se trouve pour m’arracher à lui et me sau­ver.

Seigneur mon Dieu, si j’ai fait ce dont il m’accuse, si l’iniquité se rencontre en mes œuvres,

Si j’ai rendu le mal pour le mal, ce sera justice, que je suc­combe sous mes ennemis sans nul espoir.

Que l’ennemi poursuive mon âme, qu’il s’en empare ; qu’à terre il foule aux pieds ma vie ; qu’en poussière il réduise ma gloire.

Levez-vous, Seigneur, dans votre colère ; faites paraître votre puissance au territoire de mes ennemis.

Oui ; levez-vous, Seigneur mon Dieu ! Que vos édits soient respectés. Voici que va vous entourer l’assemblée des peu­ples ;

À cause d’elle, reprenez place sur votre trône dans les hau­teurs : le Seigneur juge les peuples.

Jugez-moi, Seigneur, selon ma justice, selon mon innocence.

La malice des pécheurs sera anéantie, et vous guiderez le juste, ô Dieu qui sondez les reins et les cœurs.

Il est juste que j’attende le secours du Seigneur qui sauve ceux qui ont le cœur droit.

Dieu est un juge équitable, fort et patient : fait-il chaque jour éclater sa colère ?

Si vous ne changez, il brandira son glaive ; il a tendu son arc, il le tient prêt,

Il y a mis des traits mortels, ses flèches sont faites d’un feu dévorant.

Ainsi l’impie, mettant son injustice au jour, a conçu la dou­leur et enfanté l’iniquité.

Préparant son piège, il a creusé la terre, et il est tombé dans la fosse qu’il avait faite.

Le mal qu’il me voulait se retournera contre lui ; sa méchan­ceté retombera sur sa tête.

Pour moi, je chanterai la justice du Seigneur, j’exalterai le nom du Seigneur Très-Haut.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Que l’ennemi comme un lion ne se saisisse pas de mon âme, sans que personne se trouve pour m’arracher à lui et me sauver.

De la porte de l’enfer,

R/. Seigneur, délivrez leurs âmes.

À la suite de ce cri maternel sorti du cœur de l’Église, toute l’assemblée prie en silence, offrant à Dieu l’Oraison Dominicale pour les trépassés aux prises avec les puissances de l’abîme.

Et voici que dans le recueillement de ce silence, omettant la demande d’une Bénédiction qu’ils ne peuvent plus recevoir au même titre que nous de l’Église, s’élève seule en leur nom la voix du Lecteur. Empruntant les accents du juste de l’Idumée sous la main qui l’éprouve, elle dit la souffrance qui les oppresse, leur foi indomptée, leur prière sublime. Et comme dans la tragédie anti­que, le Chœur intervient après chaque Lecture, en autant de Répons dont la mélodie s’harmonise merveilleusement avec ces échos d’outre-tombe : soit qu’il reprenne en s’y unissant la parole des morts, ou appuie leur prière de ses propres supplications ; soit que terrifié par cette rigueur de Dieu contre des âmes qui pourtant lui sont chères et sont sûres de l’aimer toujours, il trem­ble pour lui-même pécheur, dont le jugement est encore en sus­pens.

Au témoignage de saint Antonin et de Démocharès, cités par Gavanti (De Officio Defunct.), la composition de ces admirables Répons reviendrait pour une part à Maurice de Sully, l’évêque de Paris qui commença Notre-Dame ; toutefois le plus grand nombre d’entre eux se trouvent déjà dans les manuscrits grégoriens de l’époque antérieure.

D’autres livres de l’Écriture que celui de Job, et aussi les Œuvres de saint Augustin, fournirent longtemps en différents lieux les Leçons des morts ; et diverses églises avaient la coutume de ter­miner celles-ci par la formule : Beati mortui qui in Domino mo­riuntur (Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur.).

Leçon 1

Épargnez-moi, Seigneur ; car mes jours ne sont que néant. Qu’est donc l’homme, pour l’estimer tant que d’arrêter sur lui votre pensée ? Vous venez à lui dès le matin, pour aussitôt l’éprouver. Jusques à quand ne m’épargnerez-vous pas, ne me laisserez-vous pas même avaler ma salive ? J’ai péché : pour vous apaiser, que ferai-je, gardien des hommes, à qui rien n’échappe ? Pourquoi m’avoir mis en butte à vos traits, me rendant à charge à moi-même ? Pourquoi n’ôtez-vous pas mon péché, ne pardonnez-vous pas mon iniquité ? Voici que je vais m’endormir dans la poussière du sépulcre, et si vous me cherchez au matin, je ne serai plus.

R/. Je crois que mon Rédempteur est vivant, et qu’au dernier jour je ressusciterai de la terre. * Et dans ma chair je verrai Dieu mon Sauveur. V/. Je le verrai moi-même, et non un autre, et mes yeux le contempleront. * Et dans ma chair.

Leçon 2 (Job 10)

Mon âme a la vie en dégoût ; je m’abandonnerai aux plaintes contre moi-même, je parlerai dans l’amertume de mon âme. Je dirai à Dieu : Ne me condamnez pas ; indiquez-moi pour­quoi vous me traitez de la sorte. Vous plairiez-vous à m’accuser sans fondement, à m’accabler, moi l’œuvre de vos mains, donnant gain de cause aux impies ? Vos yeux à vous aussi sont-ils de chair, et voyez-vous à la manière de l’homme ? Vos jours sont-ils comptés comme les jours de l’homme et vos années s’écoulent-elles comme sa vie, pour vous presser ainsi d’informer contre moi et scruter mon péché de la sorte ? Et pourtant vous savez que je n’ai rien fait d’impie ; qui d’ailleurs pourrait me tirer de vos mains ?

R/. Vous qui ressuscitâtes Lazare du tombeau, quand déjà il sentait mauvais : * Seigneur, donnez-leur le repos, conduisez-les au lieu du pardon. V/. Vous qui viendrez juger les vivants et les morts, et ce monde par le feu. * Seigneur, donnez-leur.

Leçon 3 (Job 10)

Vos mains m’ont fait et façonné dans tout mon être : et c’est ainsi qu’en un instant vous me brisez ? Souvenez-vous, je vous prie, que vous m’avez pétri comme l’argile : et déjà vous me réduiriez en poussière ? N’ai-je pas d’abord été pour vous comme le lait sans consistance, qui s’épaissit ensuite ? Puis vous m’avez revêtu de peau et de chair, consolidant par des nerfs et des os cet ouvrage de vos mains. Enfin vous m’avez donné la vie et comblé de bienfaits ; votre providence atten­tive a gardé mon âme.

R/. Seigneur, quand vous viendrez juger la terre, où me cacherai-je pour éviter la colère de vos yeux ? * Car les péchés de ma vie ont passé les bornes. V/. Mes forfaits m’épouvantent ; ma confusion devant vous est extrême : quand vous viendrez, ô Juge, ne me condamnez pas. * Car les péchés. V/. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin. * Car les péchés.

Deuxième nocturne

« J’ai une nourriture à manger que vous ne connaissez pas (s. Jean 4, 32). » C’est la réponse que s’attirerait de la part des chères âmes notre étonnement au sujet de l’Antienne qui va suivre. Ineffablement justes et saintes, la parole du Seigneur est aussi la leur : « Ma nourriture est d’accomplir la volonté de mon Père (Ibid. 34). » Or en effet, vu de ces sommets comme le voit notre Antienne, quel pâturage que le purgatoire ! Seigneur qui me conduisez, qui par votre grâce daignez être avec moi dans cette ombre de la mort, votre verge en me frappant me console ; mon abandon à vos justices est l’huile qui coule à flots de ma tête et, oignant tous mes membres, les fortifie pour le combat ; avide de soumission, mon cœur a trouvé son calice enivrant.

Saint Jean Chrysostome atteste qu’on chantait déjà de son temps ce psaume aux funérailles des chrétiens, ainsi que le psaume Dilexi, premier de nos vêpres des morts (Chrys. Hom. 4 in Epist. ad Héb.).

Ant. Il m’a placé dans un pâturage.

Psaume 22

Le Seigneur me conduit, et rien ne me manquera : il m’a placé dans un pâturage.

Il m’a élevé près d’une eau nourrissante ; il a converti mon âme.

Il m’a conduit dans les sentiers de la justice, à cause de son nom.

Aussi, même en marchant dans l’ombre de la mort, je ne craindrai aucun mal ; car vous êtes avec moi.

Verge et houlette, en vos mains, me consolent.

Vous avez préparé devant moi une table, contre ceux qui me persécutent.

Vous avez répandu l’huile à flots sur ma tête : et qu’il est beau mon calice enivrant !

Votre miséricorde me suivra tous les jours de ma vie.

J’habiterai la maison du Seigneur durant des jours sans fin.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Il m’a placé dans un pâturage.

Les fautes de ma jeunesse, mes ignorances, Seigneur, ne vous en souvenez plus. Plût à Dieu que nos examens de conscience eus­sent présentement le sérieux de celui qu’il nous faudra faire au lieu d’expiation, pour réparer leur insuffisance ! L’ignorance, qu’on prétend excuser tant d’hommes de nos jours, sera bien lourde alors pour ceux dont la négligence à s’instruire aura obs­curci la foi, endormi l’espérance, attiédi l’amour, faussé sur mille points le christianisme et la vie. Alors aussi se solderont « jusqu’au dernier denier (s. Matth. 5, 26) » ces dettes de péni­tence accumulées par tant de péchés remis quant à la coulpe, il est vrai, dès longtemps peut-être, et depuis non moins longtemps, hélas ! totalement oubliés. Ô Dieu, voyez ma peine et mon humi­liation.

Ant. Les fautes de ma jeunesse, mes ignorances, Seigneur, ne vous en souvenez plus.

Psaume 24

Vers vous, Seigneur, j’ai élevé mon âme ; en vous, mon Dieu, j’ai mis ma confiance : je n’aurai point à en rougir.

Que mes ennemis ne se rient pas de moi : quiconque vous attend ne sera point confondu.

Cette confusion, qu’elle soit pour tous ceux qui font le mal comme à plaisir.

Montrez-moi, Seigneur, la voie qui conduit à vous ; apprenez-moi vos sentiers.

Dirigez-moi dans votre vérité, instruisez-moi ; car vous êtes mon Dieu sauveur, et je vous attends tout le jour.

Souvenez-vous de vos bontés, Seigneur, de vos miséricordes qui sont à jamais.

Les fautes de ma jeunesse, mes ignorances, ne vous en sou­venez plus.

Souvenez-vous de moi selon votre miséricorde, ô Seigneur, dans votre seule bonté.

Doux et juste est le Seigneur ; c’est pour cela qu’il donne sa loi à ceux qui s’égarent.

Il guide les humbles dans la justice ; il enseigne ses voies à ceux qui sont doux.

Toutes les voies du Seigneur sont miséricorde et vérité pour ceux qui recherchent son alliance et ses commandements.

Pour votre nom Seigneur, vous pardonnerez mon péché, si grand qu’il soit.

Quel est l’homme qui craint le Seigneur ? il ne sera point sans loi et direction dans le chemin qu’il a choisi.

Son âme aura la tranquille possession de tous les biens ; sa race aura la terre en héritage.

Le Seigneur est un ferme appui pour ceux qui le craignent ; par son alliance, il se révèle à eux.

Mes yeux restent tournés vers le Seigneur : c’est lui qui reti­rera mes pieds des filets.

Tournez vers moi les yeux, ayez pitié, car je suis pauvre et délaissé.

Mes afflictions et mes tribulations se sont multipliées ; déli­vrez-moi de telles angoisses.

Voyez mon humiliation et mon labeur ; remettez-moi tous mes péchés.

Considérez mes ennemis, leur multitude, de quelle injuste haine ils me haïssent.

Gardez mon âme, et délivrez-moi : non, je n’aurai point à rougir d’avoir mis en vous mon espoir.

Les justes et les cœurs droits font avec moi cause commune, parce que c’est vous que j’attends.

Mon Dieu, délivrez Israël de toutes ses tribulations.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin

Ant. Les fautes de ma jeunesse, mes ignorances, Seigneur, ne vous en souvenez plus.

Le psaume 26 fut chanté au Vendredi saint pour exprimer le sen­timent de confiance qui n’abandonna pas le Messie durant les épreuves de sa Passion. Il reparaissait aux Matines du lendemain pour annoncer sa prochaine délivrance ; et l’Antienne qui l’accompagnait en ce dernier jour était celle-là même qui va sui­vre. Comme au grand Samedi où les limbes possédèrent le Sau­veur, les hôtes du purgatoire s’unissent au Chef divin dans son attente du retour à la lumière, à la vie. Leur prière, que l’Église elle aussi fait sienne, est d’une inspiration bien faite pour toucher le Seigneur.

Ant. J’ai la ferme espérance de voir un jour les richesses du Seigneur, dans la terre des vivants.

Psaume 26

Le Seigneur est ma lumière et mon salut : qui craindrai-je ?

Le Seigneur est le défenseur de ma vie : qui pourrait m’intimider,

En ce moment où les méchants m’ont cerné pour me dévo­rer ?

Mes persécuteurs se sont affaiblis, et ils sont tombés.

Quand même une armée ennemie m’assiégerait, mon cœur serait sans crainte.

Si elle me déclarait la bataille, c’est alors que je serais plein de confiance.

Je n’ai demandé qu’une chose au Seigneur ; je la lui deman­derai sans cesse : c’est d’habiter dans sa maison tous les jours de ma vie ;

Afin de goûter les délices du Seigneur, et de contempler les beautés de son temple.

Car il me couvrira de l’ombre de son tabernacle ; au jour de mon affliction, il me protégera dans le secret de son temple.

Il m’a établi sur le roc ; il a élevé ma tête au-dessus de mes ennemis.

Après une marche sacrée, j’offrirai dans son tabernacle un sacrifice accompagné de cris de joie ; je chanterai des canti­ques au Seigneur.

Exaucez, Seigneur, le cri que je vous adresse ; ayez pitié de moi, et exaucez-moi.

Mon cœur vous parle ; mes yeux vous cherchent : Seigneur, je ne cesserai de chercher votre présence.

Ne détournez pas de moi votre visage ; dans votre colère, ne vous éloignez pas de votre serviteur.

Soyez mon appui ; ne m’abandonnez pas ; ne me dédaignez pas, ô Dieu de mon salut.

Mon père et ma mère m’ont abandonné ; mais le Seigneur a pris soin de moi.

Enseignez-moi vos sentiers, Seigneur ; dirigez-moi dans la voie droite pour confondre mes ennemis.

Ne m’abandonnez pas à la fureur de ceux qui me persécu­tent ; car de faux témoins se sont élevés contre moi, et l’iniquité s’est menti à elle-même.

J’ai la ferme espérance de voir un jour les richesses du Sei­gneur, dans la terre des vivants.

Attends le Seigneur, ô mon âme, sois ferme ; fortifie ton cou­rage, et attends le Seigneur.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. J’ai la ferme espérance de voir un jour les richesses du Seigneur, dans la terre des vivants. V/. Veuille le Seigneur les placer avec les princes, R/. Avec les princes de son peuple.

Le Chœur a fait écho dans le Verset au désir des âmes ; il prie de nouveau en silence, disant le Pater.

C’est au début de la Leçon suivante que se rattache la scène terri­fiante immortalisée dans la Vie de saint Bruno par le pinceau de Le Sueur. D’après une tradition conservée dans l’Ordre qu’il devait fonder, Bruno, séculier encore, assistait au service funèbre chanté à Notre-Dame de Paris pour un docteur de renom, Raymond Diocrès, lorsqu’à ces paroles : Responde mihi quantas habeo iniquitates et peccata, le mort se souleva de sa bière et prononça ces mots : « J’ai été accusé au juste jugement de Dieu. » L’office interrompu dans l’émotion de tous, et remis au lende­main, la même tradition rapporte qu’on vit Diocrès se lever à nouveau, mais pour dire : « J’ai été jugé au juste jugement de Dieu. » Jusqu’à ce que, les funérailles une troisième fois reprises, la voix du malheureux se fit entendre au même moment que les deux premiers jours, et elle s’écriait, glaçant l’assemblée d’épouvante : « J’ai été condamné au juste jugement de Dieu (D. Le Couteulx, Annal. Cartus. in Proœmio, n° 21-41 ; où l’on verra les arguments qui militent pour la substance du fait, sinon ses détails). »

Leçon 4 (Job 13)

Répondez-moi : quel est le nombre de mes iniquités ? quelle est la gravité de mes fautes ? Faites-moi voir mes péchés et mes crimes. Pourquoi détourner de moi votre visage, et me considérer comme un ennemi ? Vous déployez votre puis­sance contre une feuille qu’emporte le vent, vous poursuivez une paille desséchée. Car vous édictez contre moi les mesures les plus dures, et pour me perdre vous remontez jusqu’aux péchés de mon adolescence. Vous avez mis mes pieds dans les ceps, vous avez observé tous mes sentiers, vous avez re­levé les traces de mes pas, à moi qui bientôt ne serai que pourriture, pareil au vêtement mangé des vers.

R/. Souvenez-vous de moi, ô Dieu, car ma vie n’est qu’un souffle. * Et les hommes ne me verront plus. V/. De l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur ; Seigneur, écoutez ma voix. * Et les hommes.

Leçon 5 (Job 14)

L’homme, né de la femme, vit peu de temps, et est rempli de beaucoup de misères. Il germe comme la fleur et comme elle est foulé aux pieds ; il fuit comme l’ombre et ne demeure jamais stable. Et c’est lui que vous estimez digne d’attirer vos regards, c’est lui que vous appelez en jugement avec vous ! Qui peut rendre pur l’être sorti d’une source souillée ? N’est-ce pas vous seul qui le pouvez ? Les jours de l’homme sont courts ; vous connaissez les mois que doit durer sa vie : vous en avez marqué les bornes, qui ne seront point dépassées. Retirez-vous un peu de lui, afin qu’il ait quelque relâche, en attendant que vienne le jour désiré qui comme pour le mer­cenaire finira ses travaux.

R/. Hélas ! Seigneur, « Ô combien j’ai péché dans ma vie ! Que ferai-je, malheureux ? Où fuir, sinon vers vous, mon Dieu ? * Ayez pitié de moi, quand vous viendrez au dernier jour. V/. Mon âme est grandement troublée ; mais vous, Seigneur, secourez-la.* Ayez pitié.

Leçon 6 (Job 14)

Qui me donnera de me voir mis à l’abri, caché par vous au séjour des morts, jusqu’à ce que passe votre fureur, et que vous me marquiez un temps où vous aurez souvenir de moi ? Mais se peut-il qu’une fois mort, l’homme revive ? Chacun de ces jours de ma milice terrestre, j’attends que survienne ma transformation. Vous m’appellerez alors, et je vous répon­drai ; vous tendrez votre droite à l’ouvrage de vos mains. Mais maintenant vous comptez tous mes pas ; pardonnez mes péchés.

R/. Seigneur, ne vous souvenez vous pas de mes péchés, * Quand vous viendrez juger le monde par le feu. V/. Seigneur mon Dieu, dirigez mes pas en votre présence, * Quand vous viendrez. V/. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin, * Quand vous viendrez.

Troisième nocturne

À mesure que se poursuit l’expiation purifiante, l’ombre qui ter­nissait l’âme se dissipe, et laisse comme poindre déjà l’auréole. Certes, ni l’expression de la souffrance, ni l’élan de la prière ne font défaut au psaume 39, que nous chantâmes lui aussi à la mort du Sauveur (2e Nocturne du Vendredi saint). Mais combien s’y montre surtout l’union toujours plus marquée dans la douleur au libérateur divin, dont le sang éteignit la flamme de tous les holo­caustes ! combien dominent en ce psaume, non seulement l’action de grâces, mais l’admiration pour Dieu à cause de ses bontés, et le besoin de le louer pour lui-même, de le voir louer par tous ! Oui ; qu’il vous plaise, Seigneur, de me délivrer ; mais qu’ils tressaillent en vous ceux qui vous cherchent, qu’ils disent sans fin : Soit magnifié le Seigneur !

Ant. Qu’il vous plaise, Seigneur, de me délivrer ; Seigneur, protégez-moi de votre regard.

Psaume 39

J’ai attendu le Seigneur avec persévérance, et il s’est enfin tourné vers moi.

Il a exaucé ma prière ; il m’a tiré d’un abîme de misère et d’un bourbier profond.

Il a établi mes pieds sur le roc, et dirigé lui-même mes pas.

Il a mis dans ma bouche un cantique nouveau, un cantique de louanges pour notre Dieu.

Plusieurs verront ceci, et seront dans la crainte ; ils espére­ront dans le Seigneur.

Heureux l’homme qui met son espérance dans le nom du Seigneur, et qui ne cherche pas des appuis vains et insensés !

Seigneur mon Dieu, vous avez opéré d’innombrables mer­veilles ; et nulle créature, dans ses desseins, ne peut être comparée à vous.

Si je veux parler de vos œuvres et les annoncer, elles se trou­vent au-dessus de mes paroles.

Vous n’avez pas agréé les victimes ni les offrandes ; mais vous m’avez formé des oreilles dociles.

Vous n’avez point demandé d’holocaustes, ni sacrifices pour le péché ; alors j’ai dit : Voici que je viens.

Il est écrit de moi en tête du livre que je ferai votre volonté ; je le veux ainsi, mon Dieu, et votre commandement est gardé dans le plus intime de mon cœur.

J’ai annoncé votre justice dans une grande assemblée ; je n’ai point fermé mes lèvres ; vous le savez, Seigneur.

Je n’ai point retenu votre justice dans le secret de mon cœur : j’ai publié votre vérité et le salut qui vient de vous.

Je n’ai point caché votre miséricorde et votre vérité à cette réunion nombreuse.

Mais vous, Seigneur, n’éloignez pas de moi vos bontés ; que votre miséricorde et votre vérité m’accompagnent toujours.

Des maux sans nombre sont venus fondre sur moi ; mes ini­quités m’ont enveloppé de toutes parts ; et je n’ai pu en sou­tenir la vue.

Elles surpassent le nombre des cheveux de ma tête ; et mon cœur en est tombé dans la défaillance.

Qu’il vous plaise, Seigneur, de me délivrer ; Seigneur, proté­gez-moi de votre regard.

Que ceux qui cherchent à m’ôter la vie soient couverts de honte et saisis de crainte.

Que ceux qui désirent ma perte soient mis en fuite et livrés à l’ignominie.

Qu’ils soient couverts de confusion, ceux qui disent en m’insultant : Allons, allons !

Que tous ceux qui vous cherchent soient dans l’allégresse ; que tous ceux qui n’attendent leur salut que de vous disent sans cesse : Soit glorifié le Seigneur !

Pour moi, je suis pauvre et mendiant ; mais le Seigneur prend soin de moi.

Vous êtes mon libérateur et mon appui : mon Dieu, ne tardez pas.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Qu’il vous plaise, Seigneur, de me délivrer ; Seigneur, protégez-moi de votre regard.

Pour moi, je suis le pauvre et le mendiant de Dieu, disait sur sa fin le dernier psaume. Et le suivant débute en proclamant bien­heureux celui qui s’ingénie à secourir l’indigent et le pauvre. Parmi tous les nobles sentiments qui règnent au purgatoire, ne pouvait manquer celui de la reconnaissance pour quiconque ne partage point l’oubli dont trop souvent sont l’objet les morts ; indifférence odieuse à l’égal d’une trahison, quand elle est celle de ces hommes de leur paix, comme dit le Psalmiste, de ces convives des heureux jours, en lesquels si à tort ils avaient mis espoir et confiance. Mais entendons leur prière humble et douce pour le bienfaiteur ignoré d’eux, dédaigné d’eux peut-être au temps de la prospérité mondaine, et venu au secours de leur abandon : Que le Seigneur le rende heureux sur la terre et le délivre de ses enne­mis ; que le Seigneur lui vienne en aide, s’il est sur un lit de dou­leur.

Ant. Seigneur, guérissez mon âme, car j’ai péché contre vous.

Psaume 40

Heureux celui qui s’ingénie à secourir l’indigent et le pauvre ! Le Seigneur le délivrera au jour mauvais.

Que le Seigneur le garde et qu’il le vivifie ; qu’il le rende heu­reux sur la terre et le délivre des embûches de ses ennemis.

Que le Seigneur lui vienne en aide, s’il est sur un lit de dou­leur. Ainsi faites-vous toujours, ô Dieu ! vous-même alors refaites et retournez son lit.

Pour moi, j’ai dit : Seigneur, ayez pitié de moi ; guérissez mon âme, car j’ai péché contre vous.

Mes ennemis ne me souhaitent que du mal, et ils disent : Quand mourra-t-il ? quand périra son nom ?

Si quelqu’un d’eux entrait pour me voir, il ne disait que tromperies, tandis qu’il amassait l’iniquité dans son cœur.

Une fois sorti, il se concertait avec les autres ;

Et ils chuchotaient contre moi, et tous mes ennemis combi­naient contre moi des desseins perfides.

Entre eux s’est formé contre moi un complot inique. Mais celui qui dort dans le tombeau ne pourra-t-il ressusciter ?

L’homme de ma paix, de ma confiance, l’homme qui man­geait mon pain m’a odieusement trahi.

Mais vous, Seigneur, ayez pitié de moi, ressuscitez-moi, et je le leur rendrai.

Le signe que vous m’aimez, c’est pour moi que mon ennemi n’aura point à se réjouir à mon sujet.

Vous m’avez pris en votre protection à cause de mon inno­cence, et vous m’avez établi devant vous pour toujours.

Béni soit le Seigneur, Dieu d’Israël, dans tous les siècles. Ainsi soit-il, ainsi soit-il.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Seigneur, guérissez mon âme, car j’ai péché contre vous.

« Je ne crois point, dit sainte Catherine de Gênes, qu’il se puisse trouver contentement qui puisse être comparé à celui d’une âme de purgatoire, excepté celui des saints de paradis. Et d’autant croît ce contentement que la rouille du péché consumée par le feu diminue, laissant l’âme exposée d’autant mieux à la réverbération du vrai soleil, qui est Dieu. La peine pourtant ne diminue pas ; mais au contraire, l’amour, qui se trouve retardé, est ce qui fait la peine des âmes, et d’autant la fait-il plus grande que la perfection de l’amour, duquel Dieu les a faites capables, est grande (Traité du Purgatoire, traduction des Chartreux de Bourgfontaine, 1598). » Mais entendons l’âme elle-même exprimer son tour­ment ; nulle langue mortelle, fût-ce celle de la grande théolo­gienne du purgatoire, ne rendra pareillement ces sublimités. Oh ! comme l’Église, avec ses psaumes et sa Liturgie, surpasse ici en­core ses fils les plus saints, les plus doctes !

Ant. Mon âme a soif du Dieu vivant : quand viendrai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu ?

Psaume 41

Comme le cerf aspire après l’eau des fontaines, ainsi mon âme aspire après vous, ô Dieu.

Mon âme a soif du Dieu fort et vivant : quand viendrai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu ?

Mes larmes sont devenues mon pain du jour et de la nuit : on me dit tous les jours : Où est ton Dieu ?

J’ai repassé leurs injures, et j’ai répandu mon âme au dedans de moi-même ; mais je passerai jusqu’au lieu du tabernacle admirable, jusqu’à la maison de Dieu.

Voix d’allégresse et de louange ! c’est l’écho du festin.

Pourquoi es-tu triste, mon âme ? pourquoi me troubles-tu ?

Espère en Dieu, parce que je le louerai encore : il est le salut que verra mon visage, il est mon Dieu.

Mon âme s’est troublée en moi-même ; c’est pourquoi je me souviendrai de vous dans la terre du Jourdain, sur les monta­gnes d’Hermon.

L’abîme appelle l’abîme au bruit de vos cataractes.

Tous les torrents des nues, tous les flots de la terre ont passé sur moi.

Le Seigneur a fait éclater sa miséricorde en plein jour, et la nuit je chanterai ses louanges.

Je prierai en mon cœur le Dieu de ma vie ; je dirai à mon Dieu : Vous êtes mon refuge.

Pourquoi m’avez-vous oublié ? pourquoi suis-je réduit à mar­cher dans la tristesse, sous l’affliction de mon ennemi ?

Mes os en sont brisés ; les ennemis qui me poursuivent m’accablent d’injures.

Ils me disent tous les jours : « Où est ton Dieu ? » Pourquoi cette tristesse, ô mon âme ? pourquoi me troubles-tu ?

Espère en Dieu, car je le louerai encore : il est le salut que verra mon visage, il est mon Dieu.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Mon âme a soif du Dieu vivant : quand viendrai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu ?

V/. Ne livrez pas aux bêtes les âmes qui vous louent.

R/. N’oubliez pas à jamais les âmes de vos pauvres.

C’est toujours des mêmes pauvres que précédemment, à savoir les âmes souffrantes, qu’il est question dans la supplication ins­tante du Verset (Psalm. 73, 19).

Après la récitation silencieuse du Pater par le Chœur, la voix de Job retentit à nouveau pour nous redire au nom des trépassés la vanité de cette courte vie, les lugubres réalités de la tombe, mais aussi, par delà cette vie et la tombe, les splendeurs attendues de la résurrection finale où dans sa chair tout homme verra son Dieu.

Leçon 7 (Job 17)

Ton souffle s’épuise, mes jours s’abrègent, il ne me reste plus que la tombe. Je n’ai point péché, et mon œil ne voit que per­sévérantes amertumes. Délivrez-moi, Seigneur, placez-moi près de vous : et que la main de qui que ce soit me combatte. Mais mes jours ont passé ; mes espérances se sont dissipées, ne me laissant au cœur que tourments. Elles prétendaient changer la nuit en jour, et me promettent encore qu’après les ténèbres reviendra la lumière. Mais qu’attendre, maintenant que je n’ai plus à compter sur d’autre asile que le séjour des morts ? Déjà j’ai dressé mon lit au pays des ombres. J’ai dit à la pourriture : C’est toi mon père ; aux vers : Vous êtes ma mère et ma sœur ! Où donc est désormais pour moi l’espoir, et qui prend souci de mes maux ?

R/. Péchant tous les jours, et ne faisant point pénitence, je suis troublé par la crainte de la mort ; * Car en enfer, aucune rédemption n’a plus lieu : ayez pitié de moi, ô Dieu, et sau­vez-moi. V/. Ô Dieu, pour la gloire de votre nom, sauvez-moi ; faites éclater votre puissance, et délivrez-moi. * Car en enfer.

Leçon 8 (Job 19)

Mes chairs se sont consumées, mes os sont collés à ma peau, et il ne me reste plus que les lèvres autour des dents. Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous au moins qui êtes mes amis ; car la main du Seigneur m’a touché. Pourquoi me per­sécuter comme Dieu, et vous rassasier de ma chair ? De qui obtiendrai-je que mes paroles soient écrites ? qui me donnera qu’elles soient tracées dans un livre, qu’elles soient gravées avec un stylet de fer sur une lame de plomb, qu’elles soient sculptées dans le roc avec le ciseau ? Car ce que je dis, je le sais : mon Rédempteur est vivant, et au dernier jour je res­susciterai de la terre ; et de nouveau je revêtirai cette peau qui est mienne, et dans ma chair je verrai mon Dieu. Je le verrai moi-même, et non un autre, et mes yeux le contemple­ront. Cette espérance repose en mon sein.

R/. Seigneur, ne me jugez pas selon mes actions : je n’ai rien fait devant vous qui soit digne de vous ; c’est pourquoi j’implore votre majesté, * Pour que vous daigniez, ô Dieu, effacer mon péché. V/. Seigneur, lavez-moi toujours plus de mon iniquité, purifiez-moi de mon offense. * Pour que.

Leçon 9

Pourquoi m’avez-vous tiré du sein de ma mère ? que n’y suis-je mort sans que personne m’eût jamais vu ? J’aurais été comme n’ayant point été, du sein de ma mère porté au tom­beau. Le petit nombre de mes jours ne doit-il pas au moins finir bientôt ? Laissez-moi donc exhaler un peu ma douleur avant de m’en aller, pour ne plus revenir, à la terre téné­breuse que la mort ensevelit dans ses ombres : terre de misère et de ténèbres où sous la nuit mortelle habite le chaos, l’éternelle horreur.

R/. Délivrez-moi, Seigneur, de la mort éternelle, en ce jour redoutable ; * Quand les cieux et la terre seront ébranlés ; * Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu. V/. Je trem­ble et suis dans l’épouvante, à la pensée de l’examen final, de la colère qui le suivra. * Quand les cieux. V/. Quel jour que ce jour de colère, de malheur et de larmes ! grand jour, plein d’amertume,* Où vous viendrez juger. V/. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin. On reprend Délivrez-moi jusqu’au premier V/.

Les laudes des morts

Les Laudes des morts débutent, comme celles de l’office férial au cours de l’année, par le psaume 50, que David composa après son péché, et dans lequel il épanche d’une manière si vive et si humble les sentiments de sa pénitence. L’Église l’emploie toutes les fois qu’elle veut implorer la miséricorde de Dieu ; et de tous les Canti­ques du Roi-Prophète il n’en est aucun qui soit plus familier aux chrétiens. C’est comme naturellement qu’il revient sur leurs lèvres, au lieu d’expiation.

Ant. Mes os humiliés tressailliront d’allégresse.

Psaume 50

Ayez pitié de moi, Seigneur, selon votre grande miséricorde.

Et dans l’immensité de votre clémence, daignez effacer mon péché.

Lavez-moi de plus en plus de mon iniquité, et purifiez-moi de mon offense.

Car je reconnais mon iniquité ; et mon péché est toujours devant moi.

C’est contre vous seul que j’ai péché, et j’ai fait le mal en votre présence. Je le confesse ; daignez me pardonner, afin que vous soyez reconnu juste dans vos paroles, et que vous demeuriez victorieux dans les jugements qu’on fera de vous.

J’ai été conçu dans l’iniquité ; ma mère m’a conçu dans le péché.

Vous aimez la vérité, vous m’avez découvert ce qu’il y a de plus mystérieux et de plus caché dans votre sagesse.

Vous m’arroserez d’eau avec l’hysope, comme le lépreux, et je serai purifié ; vous me laverez, et je deviendrai plus blanc que la neige.

Vous me ferez entendre des paroles de joie et de consolation ; et mes os humiliés tressailliront d’allégresse.

Détournez votre face de mes péchés, et effacez toutes mes offenses.

Ô Dieu, créez en moi un cœur pur, et renouvelez l’esprit droit dans mes entrailles.

Ne me rejetez pas de votre face, et ne retirez pas de moi votre Esprit-Saint.

Rendez-moi la joie en celui par qui vous voulez me sauver, et confirmez-moi par l’Esprit de force.

J’enseignerai vos voies aux méchants, et les impies se convertiront à vous.

Délivrez-moi du sang que j’ai versé, ô Dieu, ô Dieu mon Sau­veur ! et ma langue publiera avec joie votre justice.

Seigneur, ouvrez mes lèvres ; et ma bouche chantera vos louanges.

Si vous aimiez les sacrifices matériels, je vous en offrirais ; mais les holocaustes ne sont pas ce qui vous est agréable.

Une âme brisée de regrets est le sacrifice que Dieu demande ; ô Dieu, vous ne mépriserez pas un cœur contrit et humilié.

Seigneur, traitez Sion selon votre miséricorde, et bâtissez les murs de Jérusalem.

Vous agréerez alors le sacrifice de justice, les offrandes et les holocaustes ; et on vous offrira des génisses sur votre autel.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Mes os humiliés tressailliront d’allégresse.

L’effet de la prière prolongée des fidèles unis à l’Église, leur Mère, se fait sentir aux trépassés. Les temps s’abrègent, les distances se rapprochent ; voici qu’apparaissent enfin les horizons de la terre promise. En marche déjà pour quitter Babylone, les tribus capti­ves célèbrent cette vision si douce ; elles chantent la patrie aux fraîches eaux, aux collines bénies, aux vallons fertiles, Sion où réside le bonheur, Jérusalem où Dieu est loué comme il doit l’être.

Ant. Seigneur ! exaucez ma prière ; à vous viendra toute chair.

Psaume 64

Il convient qu’on vous loue dans Sion, ô Dieu ; à vous l’on doit rendre ses vœux dans Jérusalem.

Exaucez ma prière ; à vous viendra toute chair.

Les méchants avaient prévalu contre nous ; mais nos péchés vont recevoir de vous le pardon.

Heureux l’élu de votre grâce : il habitera vos parvis.

Nous aurons dans votre maison l’abondance de tous biens. Saint est votre temple ; admirable s’y révèle votre équité.

Exaucez-nous, ô Dieu notre sauveur, vous l’espérance de toute nation jusqu’aux plus lointains rivages ;

Vous qui, vous ceignant de force, affermissez les monts par votre puissance, qui soulevez la mer en ses profondeurs et faites mugir ses flots.

Jusqu’aux extrémités de la terre, les nations sont troublées, les peuples tremblent, à la vue de vos prodiges. Et c’est vous qui, de l’orient à l’Occident, répandez la félicité.

Vous visitez la terre et l’arrosez ; vous multipliez ses trésors.

Le fleuve de Dieu coule à pleins bords ; c’est l’abondance pour les humains : ainsi préparez-vous leur nourriture.

Enivrez les sillons, fécondez les germes ; le sol, fertilisé par la rosée des cieux, sera dans la joie.

Tout le cours de l’année, béni par vous, ressentira votre bonté : on verra les moissons déborder des champs,

Et s’engraisser les oasis du désert ; les collines se revêtiront d’allégresse.

Les béliers au milieu des brebis seront fiers de leurs opulen­tes toisons ; le froment regorgera dans les vallées : tout retentira de cris joyeux, tout chantera vos louanges.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Seigneur, exaucez ma prière ; à vous viendra toute chair.

L’aurore s’est donc montrée, au purgatoire. Aussi l’Église se garde-t-elle de remplacer le troisième psaume qui revient chaque jour, sur la terre, à l’office des Laudes. C’est le cri du chrétien qui élève son cœur vers Dieu à l’apparition de la lumière, et lui témoi­gne son amour et sa confiance. Ce psaume est, comme toujours, accompagné du 64e, dans lequel le Psalmiste, au lever du soleil matériel, implore sur le monde le regard de la miséricorde divine.

Ant. Votre droite m’a soutenu, ô Seigneur !

Psaume 62

Ô Dieu, ô mon Dieu, je veille vers vous dès le point du jour.

Mon âme a soif de vous, et ma chair se consume pour vous,

Dans cette terre déserte, sans route et sans eau. Je me pré­sente devant vous, dans votre sanctuaire, pour contempler votre puissance et votre gloire.

Votre miséricorde est pour moi plus douce que la vie ; mes lèvres ne cesseront de faire entendre vos louanges.

Tant que je vivrai, je vous bénirai ; pour invoquer votre nom, j’élèverai mes mains.

Mon âme s’engraissera de vos faveurs, et ma bouche s’ouvrira pour des chants d’allégresse.

Je me souviendrai de vous sur ma couche : dès le matin je penserai à vous, parce que vous m’avez secouru.

Je tressaillirai de joie à l’ombre de vos ailes ; mon âme s’est attachée à vous ; votre droite m’a soutenu.

Mes ennemis ont en vain cherché ma ruine : les voilà préci­pités dans les abîmes de la terre ; ils seront livrés au glaive, et deviendront la proie des bêtes dévorantes.

Le juste délivré, semblable à un roi, se réjouira en Dieu : tous ceux qui jurent par son nom recevront des louanges ; parce que la bouche de l’iniquité est fermée à jamais.

Psaume 56

Que Dieu ait pitié de nous et qu’il nous bénisse ; qu’il fasse luire sur nous la lumière de son visage, et qu’il nous envoie sa miséricorde ;

Afin que nous connaissions sur la terre votre voie, et dans toutes les nations le salut que vous nous avez donné.

Que les peuples vous louent, ô Dieu ! que tous les peuples vous rendent hommage.

Que les nations soient dans la joie et l’allégresse ; car vous jugez les peuples dans l’équité, et vous dirigez les nations sur la terre.

Que les peuples vous louent, ô Dieu ! que tous les peuples vous rendent hommage ; la terre a porté son fruit.

Que Dieu, que notre Dieu nous bénisse ; que Dieu nous com­ble de ses bénédictions, et qu’il soit craint jusqu’aux confins de la terre.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Votre droite m’a soutenu, ô Seigneur !

Le Samedi saint, qui vit l’Homme-Dieu habiter les demeures souterraines, est le grand jour des trépassés. C’est pourquoi l’Église, ayant à faire choix du Cantique qu’elle a coutume de chanter à cet endroit des Laudes matutinales, met en la bouche de ses défunts celui d’Ézéchias qui fut pour elle, en cette solennelle journée, le type du Christ implorant sa prochaine délivrance. La même Antienne qu’au Samedi saint l’accompagne.

Ant. De la porte de l’enfer, Seigneur, délivrez mon âme.

Cantique d’Ézéchias

J’ai dit : À la moitié de ma vie, je vais donc voir les portes de la mort.

J’ai cherché en vain le reste de mes années ; et j’ai dit : Je ne verrai donc plus le Seigneur mon Dieu sur la terre des vivants.

Je ne verrai plus les hommes désormais, ceux qui habitent ce monde dans la paix.

Le tissu de ma vie est enlevé et replié, comme la tente d’un berger.

La trame en est coupée comme par le tisserand ; il vient de la couper pendant qu’on l’ourdissait encore ; du matin au soir vous aurez achevé ma vie.

J’espérais encore vivre jusqu’au matin ; mais le mal comme un lion a broyé tous mes os.

Du matin au soir vous aurez achevé ma vie : mes cris sont semblables à ceux du petit de l’hirondelle ; je gémis comme la colombe.

À force de regarder en haut, mes yeux se sont épuisés.

Seigneur, je souffre violence : soyez ma caution. Mais que di­rai-je et que me répondra-t-il, quand c’est lui-même qui m’a frappé ?

Je repasserai devant vous toutes mes années dans l’amertume de mon âme.

Seigneur, si j’ai vécu ainsi, si mon âme s’est ainsi rendue cou­pable, châtiez-moi ; mais ensuite rendez-moi la vie. Déjà je sens la paix qui vient succéder aux plus amères douleurs.

Vous retirez ma vie du tombeau ; vous jetez derrière vous tous mes péchés.

Le tombeau, en effet, ne vous rendrait plus d’actions de grâces ; la mort ne saurait vous louer ; et ceux qui descendent dans le sépulcre n’attendent plus la vérité de vos promesses.

Ce sont les vivants qui vous louent, comme je fais au­jourd’hui ; le père racontera à ses enfants combien vous êtes fidèle à vos promesses.

Conservez-moi la vie, Seigneur, et nous chanterons dans votre maison des cantiques à votre gloire, tous les jours de notre vie.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. De la porte de l’enfer, Seigneur, délivrez mon âme.

Soit loué le Seigneur par tout ce qui respire ! L’amour déborde au purgatoire ; la louange y devient tout ; le ciel est proche. L’oubli de soi absolu marque la fin des purifications douloureuses. Dût l’âme rester encore dans le feu de l’expiation, qu’elle n’en serait point éprouvée, n’ayant plus tache ni rouille qui puisse tomber sous la prise des flammes, pleine de Dieu, impuissante à tout autre sentiment que celui de sa gloire.

Ant. Soit loué le Seigneur par tout ce qui respire.

Psaume 148

Louez le Seigneur du haut des cieux ; louez-le dans les hau­teurs célestes.

Vous tous, ses Anges, louez-le ; vous tous qui formez ses armées, louez-le.

Soleil et lune, louez-le ; étoiles et lumière, louez-le.

Cieux des cieux, louez-le ; eaux qui êtes par delà les airs, louez le nom du Seigneur.

Car il a dit, et tout a été fait ; il a commandé, et tout a été créé.

Il a établi ses créatures à jamais, et pour les siècles des siè­cles : il en a porté le décret, et sa parole ne passera pas.

Louez le Seigneur, vous qui êtes sur la terre ; dragons, abîmes des eaux ;

Feux, grêle, neige, glaces, souffles des tempêtes, qui obéissez à sa parole ;

Montagnes et collines, arbres fruitiers et cèdres ;

Bêtes et troupeaux ; serpents et volatiles empennés ;

Rois de la terre, et tous les peuples ; princes et juges de la terre ;

Jeunes hommes et vierges, vieillards et enfants, louez le nom du Seigneur ; car son nom seul est grand.

Sa gloire éclate au ciel et sur la terre ; et il a relevé la puis­sance de son peuple.

Que sa louange soit dans la bouche de tous ses saints, des fils d’Israël, du peuple qu’il daigne réunir autour de lui.

Psaume 149

Chantez au Seigneur un cantique nouveau ; que sa louange retentisse dans l’assemblée des saints.

Qu’Israël se réjouisse en celui qui l’a fait ; que les fils de Sion tressaillent d’allégresse en leur roi.

Qu’ils louent son nom dans les chœurs ; qu’ils lui chantent des psaumes au son du tambour et de la harpe.

Car le Seigneur aime son peuple avec tendresse ; il glorifiera, il sauvera les humbles.

Les saints tressailliront d’allégresse dans leur gloire ; ils seront comblés de joie sur leurs couches d’honneur.

La louange de Dieu sera dans leur bouche, et le glaive à deux tranchants dans leurs mains,

Pour tirer vengeance des nations, pour châtier les peuples rebelles ;

Pour enchaîner les rois superbes, et contenir les puissants par des liens de fer ;

Pour exercer sur eux le jugement rendu par le Seigneur : telle est la gloire qu’il a réservée à tous ses saints.

Psaume 150

Louez le Seigneur dans son sanctuaire ; louez-le au firma­ment où éclate sa puissance.

Louez-le dans ses merveilles ; louez-le à cause de sa grandeur sans bornes.

Louez-le au son de la trompette, louez-le sur le psaltérion et la harpe.

Louez-le sur les tambours et dans les chœurs ; louez-le sur les instruments à cordes et dans les concerts.

Louez-le sur les cymbales harmonieuses, louez-le sur les cymbales de l’allégresse ; que tout ce qui respire loue le Seigneur.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Soit loué le Seigneur par tout ce qui respire.

Comme à la fin déjà des vêpres des morts, c’est en effet du ciel lui-même que descend jusqu’à nous le cri d’allégresse contenu au Verset.

V/. J’ai entendu une voix venant du ciel, qui me disait :

R/. Bienheureux ceux qui meurent dans le Seigneur.

Et dans le Cantique de Zacharie, l’Église, avec toutes les âmes délivrées ou soulagées par la vertu des suffrages liturgiques, remercie le Seigneur Dieu d’Israël qui a visité et racheté son peuple. Nous aussi rendons grâces, pour nos morts bien-aimés, à Celui qui est la résurrection et la vie : il n’abandonne, même dans la mort, aucun de ceux qui crurent en lui sur la terre (s. Jean 11, 25).

Ant. Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, quand bien même il serait mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra pas à jamais.

Cantique de Zacharie

Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël ; car il a visité et racheté son peuple.

Et il nous a suscité un puissant Sauveur dans la maison de David, son serviteur ;

Comme il l’avait promis par la bouche de ses saints, de ses Prophètes, qui ont prédit, dans les siècles passés,

Qu’il nous sauverait de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent ;

Qu’il ferait la miséricorde promise à nos pères, et se souvien­drait de son alliance sainte,

Du serment par lequel il avait juré à Abraham, notre père, de faire, dons sa bonté,

Que, délivrés de la main de nos ennemis, nous le puissions servir sans crainte,

Dans la sainteté et la justice, marchant devant lui tous les jours de notre vie.

Et vous, petit enfant, vous serez appelé prophète du Très-Haut ; car vous marcherez devant la face du Seigneur, pour préparer ses voies,

Pour donner à son peuple la connaissance du salut, et annon­cer la rémission des péchés,

Par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, ce divin Orient qui s’est levé sur nous du haut du ciel.

Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, pour diriger nos pas dans la voie de la paix.

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Que luise pour eux la lumière sans fin.

Ant. Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, quand bien même il serait mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra pas à jamais.

Le Prêtre commence, toute l’assemblée à genoux, l’Oraison Dominicale :

Notre Père.

Le reste se continue dans le silence, jusqu’à cette conclusion que suivent les Versets et l’Oraison terminant l’office des morts :

V/. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.
R/. Mais délivrez-nous du mal.

V/. De la porte de l’enfer,
R/. Seigneur, délivrez leurs âmes.

V/. Qu’ils reposent en paix.
R/. Amen.

V/. Seigneur, exaucez ma prière ;
R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

V/. Le Seigneur soit avec vous.
R/. Et avec votre esprit.

Oraison

Dieu Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez la remise de tous leurs péchés aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, afin que soit acquise à leurs pieuses supplica­tions l’indulgence qu’ils ont toujours désirée. Vous qui vivez et régnez avec Dieu le Père en l’unité du Saint-Esprit, Dieu vous-même, durant tous les siècles des siècles. R/. Amen. V/. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; R/. Que luise pour eux la lumière sans fin. V/. Qu’ils reposent en paix. R/. Amen.

La messe des morts

L’Église Romaine double aujourd’hui la tâche de son service quotidien envers la Majesté divine. La mémoire des défunts ne lui fait pas mettre en oubli l’Octave des Saints. L’office du deuxième jour de cette Octave a précédé pour elle celui des morts ; Tierce de tous les Saints a été suivie de la Messe correspondante ; et c’est après None du même office qu’elle va offrir le Sacrifice de l’autel pour les trépassés.

Un tel surcroît, le souci de maintenir la proportion harmonieuse établie par elle entre le double objet liturgique de ce jour, ont rendu jusqu’ici Rome peu favorable à l’extension du privilège qui autorise chaque prêtre, en Espagne, à célébrer aujourd’hui trois Messes pour les morts.

Longtemps l’Église mère fut presque seule, en la compagnie de ses filles les plus rapprochées, à ne pas omettre au 2 Novembre le souvenir des Saints ; la plupart des Églises d’Occident n’avaient en ce jour d’autre office que celui des morts. On supprimait aux différentes Heures, aussi bien qu’à Matines et à Laudes, l’hymne ainsi que le Deus in adjutorium ; les psaumes ordinaires y étaient suivis du Requiem aeternam, et l’on concluait par l’Oraison des défunts, comme il est de nos jours encore en usage chez les Frères Prêcheurs. L’unique Messe solennelle, celle des morts, était après Tierce. On terminait généralement à None cette commémoration des trépassés, bien que Cluny jusqu’au dernier siècle ait gardé la coutume d’en célébrer aussi les secondes vêpres.

Quant à l’obligation de chômer le jour des âmes, elle n’était que de demi-précepte en Angleterre, où les travaux plus nécessaires demeuraient permis ; le chômage ne dépassait pas le milieu de la journée en plusieurs lieux ; en d’autres, l’assistance à la Messe était seule prescrite. Paris observa quelque temps le 2 Novembre comme une fête de première obligation ; en 1613, l’archevêque François de Harlay maintenait encore jusqu’à midi, dans ses statuts, le commandement de garder ce jour. Même à Rome, au­jourd’hui, le précepte n’existe plus.

La remarque d’Amalaire citée plus haut, en ce qui touche l’office des défunts, ne s’applique pas moins, à la Messe des morts. Sans parler de la suppression du Gloria in excelsis et de l’Alléluia, le Prêtre y omet au pied de l’autel le psaume Judica me Deus, comme on le fait dans le Temps de la Passion. Il est revêtu d’ornements noirs comme au jour de la mort du Seigneur ; même suppression qu’au grand Vendredi de la plupart des bénédictions, du baiser de paix, des signes d’honneur rendus au Célébrant ; l’autel n’y est pareillement encensé qu’une fois ; le chant de l’Évangile s’y accomplit suivant le même rit, non seulement sans bénédiction du Diacre par l’Officiant, mais sans cierges, ni encens, ni baiser du texte sacré par le Prêtre. Ainsi toujours, et jusque dans la mort, l’Église rapproche en toutes manières ses fils de Celui dont ils sont les membres.

L’Antienne d’Introït n’est autre que la supplication instante qui remplace toute doxologie à l’office des défunts, et qui s’inspire d’un passage du quatrième Livre d’Esdras (4 Esdr. 2, 34-35). Le deuxième psaume des Laudes a fourni le Verset.

Introït

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin.

Ps. Il convient qu’on vous loue dans Sion, ô Dieu ; à vous l’on doit rendre ses vœux dans Jérusalem : exaucez ma prière ; à vous viendra toute chair. Donnez-leur.

Dans la Collecte, l’Église s’approprie maternellement la prière des âmes souffrantes ; et c’est à son Époux, au Dieu fait homme, qu’elle la présente, l’appelant de ses titres de Créateur et de Rédempteur, qui disent tout ce que ces âmes lui ont coûté et l’invitent à parfaire son œuvre.

Collecte

Dieu Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez la remise de tous leurs péchés aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, afin que soit acquise à leurs pieuses supplica­tions l’indulgence qu’ils ont toujours désirée. Vous qui vivez et régnez avec Dieu le Père en l’unité du Saint-Esprit, durant tous les siècles des siècles.

Épître
Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. 1, Chap. 15

Mes Frères, écoutez ce mystère : nous ressusciterons tous, mais nous ne serons pas tous changés. En un moment, en un clin d’œil, au son de la trompette dernière, car la trompette sonnera, les morts ressusciteront incorruptibles, et nous nous serons changés. Il faut en effet que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, que ce corps mortel revête l’immortalité. Et quand ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors sera accomplie la parole de l’Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. Ô mort, où est ta victoire ? Ô mort, où est ton aiguillon ? L’aiguillon de la mort, c’est le péché ; comme la force du péché, c’est la loi. Mais grâces soient rendues à Dieu qui nous a donné de vaincre par notre Seigneur Jésus-Christ.

Tandis qu’au sortir de la vie l’âme supplée dans le purgatoire à l’insuffisance de ses expiations, le corps qu’elle a quitté retourne à la terre en exécution de la sentence portée contre Adam et sa race dès l’origine du monde (Gen. 3, 19). Mais pour le corps non moins que pour l’âme du fidèle, la justice est aussi amour ; ses reprises au delà du temps sont le prélude de la gloire qui attend l’être hu­main tout entier. L’humiliation du tombeau est le trop juste châ­timent de la faute première ; mais ce renvoi de l’homme au limon d’où il fut tiré, saint Paul nous y fait voir encore l’ensemencement nécessaire à la transformation du grain prédestiné qui doit un jour reprendre vie dans des conditions tout autres (1 Cor. 15, 36). C’est qu’en effet, la chair et le sang ne sauraient posséder le royaume de Dieu (Ibid. 50), ni des organes soumis à la dissolu­tion prétendre à l’immortalité. Froment du Christ, selon le mot de saint Ignace d’Antioche (Epist. ad Rom.), le corps du chrétien est jeté dans le sillon de la tombe pour y laisser à la corruption ce qui était d’elle : la forme du premier Adam avec sa pesanteur et son infirmité ; mais par la vertu de l’Adam nouveau le reformant à sa propre image, il en sortira tout céleste et spiritualisé, agile, im­passible et glorieux (1 Cor. 15, 42-49). Honneur à Celui qui n’a voulu mourir comme nous que pour détruire la mort et faire de sa victoire notre victoire !

L’Église continue d’implorer, au Graduel, la délivrance des tré­passés.

Graduel

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin. V/. La mémoire du juste sera éternelle ; il ne craindra point les paroles fâcheuses.

Trait

Absolvez, Seigneur, les âmes de tous les fidèles défunts des liens de tous leurs péchés. V/. Que, secourus par votre grâce, ils méritent de sortir des peines portées contre eux par la sentence de votre justice. V/. Qu’ils soient heureux dans l’éternelle lumière.

L’Église, nous le verrons, ne répudiait pas autrefois l’Alleluia dans les funérailles de ses fils ; il exprimait son allégresse, motivée par l’espoir fondé qu’une mort sainte venait d’assurer au ciel un élu nouveau, dût le chrétien pour lequel prenait fin l’épreuve de la vie voir quelque temps se prolonger son expiation. Mais l’adaptation de la Liturgie des morts aux rites des derniers jours de la Semaine sainte ayant modifié sur ce point les anciennes coutumes, il eût semblé que la Séquence, développement festif, et suite originai­rement de l’Alleluia, ne devait pas non plus trouver place à la Messe des défunts. Rome cependant, et qui pourrait s’en plain­dre ? faisait une exception sur ce point aux règles traditionnelles, en faveur de l’insigne poème de Thomas de Celano, lequel suivi bientôt du Stabat mater, œuvre de Frère Jacopone, méritait si belle place à la lyre franciscaine au sommet du Parnasse chrétien. Chanté dès le 14e siècle en Italie, le Dies irœ passait plus tard les monts, et ses accents inspirés retentissaient au 16e en toute Église.

Séquence

Jour de colère que ce jour-là, qui doit réduire le monde en cendres, au témoignage de David comme de la Sibylle[3].

Combien la frayeur sera grande, lorsque le Juge se présentera pour tout scruter rigoureusement !

La trompette éclatante, retentissant par les sépulcres de l’univers, rassemblera tous les humains devant le trône.

La mort et la nature seront dans la stupeur, lorsque ressus­citera toute créature pour répondre à son Juge.

On produira le livre écrit renfermant tout l’objet du jugement du monde.

Quand donc le Juge s’assiéra, tout ce qui se cache apparaîtra, rien ne demeurera sans châtiment.

Que dirai-je alors, malheureux ? quel protecteur implorerai-je, quand à peine rassuré sera le juste ?

Roi de majesté redoutable, qui sauvez gratuitement ceux qui doivent se sauver, sauvez-moi, source de miséricorde.

Souvenez-vous, ô doux Jésus, que je suis la cause de votre venue : ne me perdez pas en ce jour !

En me cherchant, vous vous êtes assis de fatigue ; vous m’avez racheté en souffrant la croix : que tant de peine ne soit pas inutile.

Juge vengeur et juste, accordez-moi remise avant le jour des comptes.

Je me lamente, comme un coupable que je suis ; la confusion de mon péché couvre mon visage : ô Dieu, pardonnez à un suppliant !

Vous avez absous Madeleine ; vous avez exaucé le larron : à moi aussi vous avez donné l’espérance.

Mes prières ne sont pas dignes ; mais vous êtes bon : faites dans votre bonté que j’échappe au feu éternel.

Donnez-moi place au milieu des brebis, séparez-moi des boucs en me rangeant à votre droite.

Quand les maudits couverts de honte seront livrés par sen­tence aux terribles flammes, appelez-moi avec les bénis.

Suppliant, défaillant, le cœur broyé et comme réduit en cen­dres, je vous en prie, veillez sur mon heure dernière.

Jour de larmes que celui où ressuscitera de sa cendre,

Pour être jugé, l’homme coupable : daignez lui pardonner, ô Dieu !

Pie Jesu Domine, Dona eis requiem. Amen.

Ô doux Jésus, Seigneur, donnez-leur le repos. Amen.

Évangile
La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. 5

En ce temps-là, Jésus dit à la foule des Juifs : En vérité, en vérité, je vous le dis : l’heure vient, et elle est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et l’entendant ils vivront. Car tout ainsi que le Père a la vie en lui-même, il a donné au Fils d’avoir pareillement la vie en lui-même ; et parce qu’il est Fils de l’homme, il lui a donné aussi le pouvoir de juge. N’en soyez point étonnés : l’heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieu ; et ceux qui ont accompli le bien ressusciteront à la vie ; mais ceux qui ont fait le mal ressusciteront pour leur condamnation.

Le purgatoire n’est pas éternel. Les arrêts du jugement particulier qui suit la mort varient à l’infini sa durée ; il peut se prolonger des siècles entiers pour certaines âmes plus coupables, ou qui exclues de la communion catholique, demeurent privées des suffrages de l’Église, bien que la miséricorde divine ait daigné les arracher à l’enfer. Cependant la fin du monde et de tout ce qui est du temps, doit fermer le lieu de l’expiation temporaire. Dieu saura concilier sa justice et sa grâce dans la purification des derniers venus de la race humaine, suppléer par l’intensité de la peine expiatrice à ce qui pourrait lui manquer en durée. Mais au lieu qu’en ce qui tou­che la béatitude, les arrêts du jugement particulier sont le plus souvent suspensifs et dilatoires, qu’ils laissent provisoirement le corps de l’élu comme du réprouvé au sort commun de la tombe : le jugement universel aura ce caractère définitif de n’enregistrer pour le ciel comme pour l’enfer que des sentences absolues, im­médiatement et totalement exécutoires. Vivons donc dans l’attente de l’heure solennelle où les morts entendront la voix du Fils de Dieu. Celui qui doit venir viendra, et il ne tardera pas, nous rappelle le Docteur des nations (Héb. 10, 37, ex Habac. 2, 3) ; son jour aura la soudaineté de l’arrivée d’un voleur, nous disent comme lui (1 Thess. 5, 2) et le Prince des Apôtres (2 Petr. 3, 10) et Jean le bien-aimé (Apoc. 16, 15), faisant écho à la parole du Seigneur même (s. Matth. 24, 43) : comme l’éclair sort de l’Orient et brille déjà en Occident, ainsi sera l’avènement du Fils de l’homme (Ibid. 27).

Entrons dans les sentiments qui inspirent le sublime Offertoire des défunts. Bien que l’éternelle béatitude demeure finalement assurée aux pauvres âmes en peine, et qu’elles en aient cons­cience, la route plus ou moins longue qui les conduit au ciel s’ouvre toutefois dans le péril du suprême assaut diabolique et l’angoisse du jugement. L’Église donc, étendant sa prière à toutes les étapes de cette voie douloureuse, n’a garde d’en oublier l’entrée ; et elle ne craint point de se montrer en cela trop tardive. Pour Dieu qui d’un regard embrasse tous les temps, sa supplica­tion d’aujourd’hui, déjà présente à l’heure du redoutable passage, ménageait aux âmes le secours ici imploré. Cette même supplica­tion les suit du reste au cours des péripéties de leur lutte contre les puissances de l’abîme, quand Dieu permet que celles-ci servent elles-mêmes sa justice au lieu d’expiation, en la manière que plus d’une fois l’ont vu les Saints. En ce moment solennel où l’Église offre ses dons pour l’auguste et tout-puissant Sacrifice, redoublons nous aussi nos prières pour les trépassés. Implorons leur délivrance de la gueule du lion infernal. Obtenons du glorieux Archange préposé au Paradis, appui des âmes au sortir de ce monde, leur guide envoyé de Dieu (Ant. et Resp. in fest. s. Michaelis), qu’il les amène à la lumière, à la vie, à Dieu même, promis comme récompense aux croyants dans la personne d’Abraham leur père (Gen. 15, 1).

Offertoire

Seigneur Jésus-Christ, Roi de gloire, délivrez les âmes de tous les fidèles défunts des peines de l’enfer et de l’abîme ; déli­vrez-les de la gueule du lion ; qu’ils ne soient pas la proie du tartare, qu’ils ne tombent pas dans la nuit : mais que saint Michel, porte-étendard, les présente à la sainte lumière * Qu’autrefois vous promîtes à Abraham et à sa descendance.

V/. Seigneur, nous vous offrons nos prières et ces hosties de louange ; recevez-les pour ces âmes dont nous faisons mémoire aujourd’hui : Seigneur, faites qu’elles passent de la mort à la vie * Qu’autrefois.

C’est la foi dont elles firent les œuvres en ce monde, qui garantit aux âmes du purgatoire la récompense dernière, et rend Dieu propice aux dons présentés pour elles, comme l’exprime la Secrète.

Secrète

Daignez, Seigneur, regarder favorablement ces dons qui vous sont offerts par nous pour les âmes de vos serviteurs et de vos servantes : et les ayant gratifiées du mérite de la foi chré­tienne, donnez-leur-en la récompense. Par Jésus-Christ.

À l’Agnus Dei, la demande du repos pour les morts remplace celle de la paix pour les vivants :

Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, donnez-leur le repos.

Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, donnez-leur le repos.

Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, donnez-leur le repos à jamais.

Comme descendent les flocons silencieux d’une neige abondante en un jour d’hiver, ainsi montent blanches et douces les âmes délivrées, à cette heure où par le monde entier l’Église, achevant ses longues supplications, verse à flots sur les flammes expiatrices le Sang rédempteur. Forts du crédit que donne à notre prière la participation aux Mystères sacrés, disons avec elle dans la Com­munion :

Communion

Que la lumière éternelle luise pour eux, Seigneur,* En la société de vos Saints à jamais, parce que vous êtes bon.

V/. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin. * En la société.

Tel est cependant, bien au-dessus de nos humaines conceptions, l’impénétrable et adorable mystère de la justice de Dieu, que pour plus d’une âme l’expiation doit se prolonger encore. Aussi l’Église, sans se lasser ni cesser d’espérer, prolonge elle aussi dans la Post­communion sa prière. À toutes les Heures de l’office de chaque jour, en toutes les Messes offertes au cours de l’année, quelle qu’en puisse être la solennité, les trépassés auront un souvenir de leur Mère.

Postcommunion

Daignez faire, Seigneur, que nos prières et nos supplications servent aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, en vous amenant à les délivrer de tous leurs péchés et à leur donner part à votre rédemption. Vous qui vivez.

Le Benedicamus Domino, qui tient lieu de l’Ite Missa est dans les Messes où l’on supprime le Gloria in excelsis, est remplacé lui-même à celle des défunts par une invocation pour les morts.

Qu’ils reposent en paix.

R/. Amen.

L’absoute

La Messe achevée, les Clercs, précédés de la Croix et suivis du Célébrant, viennent se ranger autour du catafalque élevé dans la nef de l’église pour représenter les morts, à l’endroit même où leur dépouille inanimée reposa devant l’autel du Seigneur. Les Chantres y reprennent le neuvième Répons de l’office des défunts ; suivent les prières de conclusion, pendant lesquelles le Prêtre rend aux trépassés l’hommage de l’eau sainte et de l’encens, comme au jour qui fut pour chacun d’eux le dernier des jours. L’Absoute tire son nom de l’Oraison Absolve, qui la termine le plus souvent, bien qu’on puisse comme aujourd’hui choisir la Collecte de la Messe, ou quelque autre Oraison indiquée par les circonstances.

Repons

Délivrez-moi, Seigneur, de la mort éternelle, en ce jour redoutable ; * Quand les cieux et la terre seront ébranlés ;* Lorsque vous viendrez juger le siècle par le feu. V/. Je trem­ble et suis dans l’épouvante, à la pensée de l’examen final, de la colère qui le suivra, * Quand les cieux. V/. Quel jour que ce jour de colère, de malheur et de larmes ! grand jour, plein d’amertume,* Où vous viendrez juger. V/. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin. On reprend Délivrez-moi jusqu’au premier V/.

Seigneur, ayez pitié.
Christ, ayez pitié.
Seigneur, ayez pitié.

Notre Père, et le reste en silence.

V/. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.
R/. Mais délivrez-nous du mal.

V/. De la porte de l’enfer,
R/. Seigneur, délivrez leurs âmes.

V/. Qu’ils reposent en paix.
R/. Amen.

V/. Seigneur, exaucez ma prière ;
R/. Et que mon cri parvienne jusqu’à vous.

V/. Le Seigneur soit avec vous.
R/. Et avec votre esprit.

Oraison

Absolvez de tout lien de péché, Seigneur, nous vous en sup­plions, les âmes de vos serviteurs et de vos servantes, pour qu’en la résurrection, ressuscités à la gloire, ils vivent parmi vos Saints et vos élus. Par Jésus-Christ notre Seigneur. R/. Amen. V/. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; R/. Que luise pour eux la lumière sans fin. V/. Qu’ils reposent en paix. R/. Amen.

Pour honorer les Saints, dont l’Octave se célèbre aujourd’hui con­curremment avec le souvenir des morts, le missel de Marmoutier nous donnera cette séquence.

Séquence

Pour nous porter à suivre, héritiers de leur zèle, les traces des Saints, l’Église met sous nos yeux leur vie et leurs mœurs.

Elle nous présente la rose, la violette et le lis, nous montrant par les trois le chemin qui conduit à la récompense des cieux.

La rose rouge signifie les Martyrs ; les Confesseurs sont indi­qués par la violette en fleur ;

Le lis décèle l’amant de la virginité : par l’une donc de ces trois routes, il nous faut suivre Dieu.

Martyrs et immolés, soyons-le par une vraie patience ; qu’une retenue persévérante fasse de nous des Confesseurs.

Une pureté vigilante gardera les Vierges ; une courageuse continence sauvera les tombés.

Viennent à notre aide les Saints dont nous célébrons la fête ; que leur prière nous fasse atteindre les cieux.

Amen.

[1] Est enim suffragium, ut sumitur ex D. Thoma et aliis in 4 d. 45, auxilium quoddam, quod unus fidelis praebet alteri ad obtinendum a Deo remissionem pœnae temporalis, vel aliud hujusmodi. Suarez, De Suffragiis, in Proœmio

[2] De Indulgentiis, Disput. 53, Sect. 3

[3] – Allusion au célèbre oracle de la Sibylle Érythrée sur la fin du monde, cité par saint Augustin en son Livre 18 (ch. 23) de la Cité de Dieu, et dont les premières lettres de chaque vers réunies donnent en grec la formule : Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur.

 

Sermon pour le Christ-Roi

Mes bien chers Frères,

Voici mon sermon pour la fête du Christ-Roi.

J’y ajoute une très belle lettre de Mgr Lefebvre sur le doux règne du Christ.

Télécharger le sermon

Télécharger la lettre de Mgr Lefebvre

 

Voici le texte de la lettre de Mgr Lefebvre :

Éminence Révérendissime,

Je ne puis croire que vous ne compreniez pas les motifs exacts de mon attitude Continuer la lecture de « Sermon pour le Christ-Roi »