Sermon Consécration à Marie
Connaître Marie

Mes bien chers Frères,

Voici mon sermon pour le 18 novembre. Nous poursuivons notre préparation à la consécration à Marie.

Je vous rappelle qu’il existe un livre d’exercices pour la préparation à la consécration ainsi que le merveilleux Livre d’Or qui contient les principaux ouvrages de saint L. M. Grignion de Montfort et de précieux conseils pour vivre en union avec Marie.

En union de prière avec vous tous,

⬇    Télécharger

21 novembre
Présentation de la Très Sainte Vierge au Temple

Dom Guéranger ~ L’Année liturgique
21 novembre
Présentation de la Très Sainte Vierge au Temple

Inférieure en solennité aux autres fêtes de Notre-Dame, tardivement inscrite au cycle sacré, la Présentation semble de préférence réserver chez nous le culte de ses mystères à la contemplation silencieuse. Dans le silence de leur prière ignorée, les justes gouvernent la terre ; la Reine des saints, la première, fit plus par ses mystères cachés que tous les faux grands hommes dont les gestes bruyants prétendent constituer la trame des annales du monde.

L’Orient chantait depuis sept siècles au moins [1] l’entrée de la Mère de Dieu dans le temple de Jérusalem [2], quand pour la première fois [3], en 1372, Grégoire XI permit qu’elle fût célébrée à la cour romaine d’Avignon. Or en réponse, Marie brisait les chaînes qui depuis soixante-dix ans retenaient la papauté captive, et bientôt Grégoire XI rendait à Rome le successeur de Pierre. Ainsi déjà, au cycle d’Occident, la Visitation nous était apparue comme le monument de l’unité reconquise sur le schisme qui suivit l’exil [4].

Dès l’année 1373, à l’imitation du Pontife suprême, Charles V de France introduisait la fête de la Présentation dans sa chapelle du palais. Par lettres en date du 10 novembre 1374, aux maîtres et écoliers du collège de Navarre, il exprimait le désir qu’elle fût célébrée dans le royaume entier :

« Charles, par la grâce de Dieu roi des Francs, à nos bien-aimés : salut en Celui qui ne cesse point d’honorer sa Mère sur la terre. Entre les autres objets de notre sollicitude, souci journalier et diligente méditation, le premier qui occupe à bon droit nos pensées est que la bienheureuse Vierge et très sainte Impératrice soit honorée par nous d’un très grand amour et louée comme il convient à la vénération qui lui est due. Car c’est un devoir pour nous de lui rendre gloire ; et nous qui élevons vers elle en haut les yeux de notre âme, nous savons quelle protectrice incomparable elle est pour tous, quelle puissante médiatrice auprès de son béni Fils pour ceux qui l’honorent avec un cœur pur… Et c’est pourquoi, voulant exciter notre fidèle peuple à solenniser ladite fête comme Nous-même nous proposons de le faire, Dieu aidant, chacune des années de notre vie, nous en adressons l’Office à votre dévotion à cette fin d’augmenter vos joies [5]. »

Ainsi parlaient les princes dans ces temps. Or on sait comment dans ces mêmes années le sage et pieux roi, poursuivant l’œuvre inaugurée à Brétigny par la Vierge de Chartres, sauvait une première fois de l’Anglais la France vaincue et démembrée. Dans l’État donc comme dans l’Église, à cette heure si critique pour les deux, Notre-Dame en sa Présentation commandait à l’orage, et le sourire de Marie enfant dissipait la nue.

La nouvelle fête, enrichie d’indulgences par Paul II, s’était peu à peu généralisée, quand saint Pie V, voulant alléger d’un certain nombre d’Offices le calendrier universel, crut devoir la comprendre en ses suppressions. Mais Sixte-Quint la rétablissait au Bréviaire romain dès l’année 1585, et peu après, Clément VIII l’élevait au rang des doubles-majeurs. Bientôt clercs et réguliers prenaient pour coutume de renouveler leurs engagements sacrés en ce jour où leur commune Reine ouvrit devant eux la voie qui conduit par le sacrifice aux prédilections du Seigneur.

Écoute, ma fille, et vois, et prête l’oreille ; oublie ton peuple et la maison de ton père, et le Roi convoitera ta beauté [6]. Ainsi, formulant les vœux des filles de Tyr [7], chantait au sommet de Moriah l’Église de l’attente ; et son regard inspiré perçant l’avenir, elle ajoutait : À sa suite viendront les vierges, ses compagnes ; elles s’avanceront dans la joie et l’allégresse ; elles entreront dans le temple du Roi [8].

Or donc, salué d’avance comme le plus beau des fils des hommes [9], ce Roi, qui est le Très Puissant [10], prélude à ses conquêtes en ce jour ; et son début, selon le mot du Psaume, est admirable [11]. Par la gracieuse enfant qui à cette heure franchit les degrés du temple, il prend possession de ce temple, dont le sacerdoce le reniera vainement plus tard ; car cette enfant qu’accueille aujourd’hui le temple est son trône [12]. Dès maintenant, son parfum le précède et l’annonce en la mère au sein de laquelle l’huile d’allégresse, coulant à flots, doit le faire Christ entre ses frères [13] ; en elle déjà les Anges saluent la Reine dont la virginité féconde enfantera toutes ces âmes consacrées qui réservent à l’Époux la myrrhe et l’encens de leurs holocaustes, ces filles des rois qui feront l’honneur de sa cour [14].

Mais la Présentation de Notre-Dame ouvre encore à l’Église d’autres horizons. Au cycle des saints, dépourvu des frontières précises qui délimitent celui du Temps, le mystère du séjour de Marie dans le sanctuaire de l’ancienne alliance prélude, mieux que n’aurait pu faire aucun autre, à la saison si prochaine de l’Avent liturgique. Marie, conduite au temple pour s’y préparer dans la retraite, l’humilité, l’amour, à ses incomparables destinées, eut aussi pour mission d’y parfaire, au pied des autels figuratifs, la prière de l’humanité trop impuissante à faire pleuvoir des cieux le Sauveur [15]. Elle fut, dit saint Bernardin de Sienne, le bienheureux couronnement de toute attente et demande de l’avènement du Fils de Dieu ; en elle, comme en un sommet, tous les désirs des saints qui l’avaient précédée eurent leur consommation et leur terme [16].

Par son admirable intelligence des Écritures, par sa conformité de chaque jour, de toute heure, aux moindres enseignements et prescriptions du rituel mosaïque, Marie découvrait, adorait partout le Messie sous la lettre ; elle s’unissait à lui, s’immolait avec lui dans chacune des victimes immolées sous ses yeux ; et ainsi rendait-elle au Dieu du Sinaï l’hommage, vainement attendu jusque-là, de la Loi comprise, pratiquée, fécondée selon la plénitude qu’elle comportait pour le Législateur. Alors Jéhovah put dire en toute vérité : Comme la pluie descend du ciel et n’y retourne point, mais enivre la terre et lui fait produire ses fruits ; ainsi sera ma parole : elle ne me reviendra pas inféconde, mais aura heureusement tous les effets que j’ai voulus [17].

Supplément béni de la gentilité non moins que de la synagogue, Marie dès lors vit dans l’Épouse du Cantique sacré l’Église à venir. En notre nom à tous elle adressait à Celui qu’elle savait devoir être l’Époux, sans connaître encore qu’elle l’aurait pour fils, les appels d’un amour qui, sur ses lèvres, était bien fait pour obtenir du Verbe divin l’oubli des infidélités passées, des dérèglements où le monde dévoyé s’abîmait toujours plus [18]. Arche de l’alliance universelle, combien avantageusement ne remplaçait-elle pas celle des Juifs, disparue avec le premier temple ! C’était pour elle sans le savoir qu’Hérode, le Gentil, avait repris la construction du second, demeuré comme désert et comme vide depuis Zorobabel ; car le temple, aussi bien que le tabernacle qu’il remplaçait, n’était que l’asile de l’arche destinée à porter Dieu lui-même : mais garder la réalité fut pour le second temple une gloire plus grande [19] que d’abriter comme le premier la figure.

Les Grecs ont fait choix, comme Leçons de ce jour, des passages de l’Écriture qui rappellent l’entrée de l’arche dans le tabernacle au désert [20], et plus tard dans le temple à Jérusalem [21]. Le synaxaire, ou leçon historique de la solennité, résume les traditions qui nous montrent la bienheureuse Vierge offerte par ses saints parents dans la troisième année de son âge au temple de Dieu, pour y demeurer jusqu’aux jours où, après douze années écoulées, devait s’accomplir en elle le mystère du salut.

Au 6e siècle de notre ère, l’empereur Justinien fit élever en l’honneur de la Présentation une église grandiose dans la partie méridionale de la plate-forme qui avait porté le temple et ses annexes [22].

Autres liturgies

Le siècle suivant nous donne les strophes liturgiques ci-après, qui témoignent de l’antiquité de la fête.

La réception de la Bienheureuse Vierge Marie au temple

Le temple très pur du Sauveur, le trésor sacré de la divine gloire, la brebis et la Vierge inestimable est aujourd’hui amenée dans la maison du Seigneur ; elle y apporte la grâce de l’Esprit-Saint, les anges de Dieu la célèbrent dans leurs chants : c’est le tabernacle des cieux.

Quand je contemple dans la Vierge la grâce qui s’y révèle, le comble des ineffables et très sacrés mystères de Dieu, l’allégresse me transporte, et je ne puis comprendre l’étonnante et inexprimable manière dont cette élue, dont cette immaculée l’emporte à elle seule sur toute créature visible ou invisible. Lors donc que je veux l’acclamer, ma voix et mon esprit défaillent ; pourtant j’ose l’exalter et la glorifier comme étant le tabernacle des cieux.

Le créateur, auteur et seigneur de toutes choses, s’est incliné vers nous dans son indicible miséricorde et mû par sa seule clémence ; voyant tombé celui qu’il avait façonné de ses propres mains, il en a eu pitié ; dans sa bonté compatissante, il daigne, œuvre plus divine, le relever en s’anéantissant lui-même ; c’est pourquoi, dans le mystère où il a résolu de prendre notre nature, il s’associe Marie, la Vierge et l’immaculée : elle est le tabernacle des cieux.

Le rédempteur et Verbe du Très-Haut, voulant se manifester pour nous dans la chair, introduisit donc la Vierge sur terre, relevant par des honneurs inusités et admirables cette entrée de la toute pure en notre monde : il fit d’elle la récompense et le fruit de la prière, la promettant et l’annonçant par message aux justes Joachim et Anne ; eux, ses parents, recevant avec foi l’oracle, firent avec amour et joie le vœu d’offrir au Seigneur l’immaculée : c’est le tabernacle des cieux.

Étant donc née par divine providence l’auguste Vierge, les saints époux, comme ils l’avaient promis, la conduisirent au temple à son auteur. Anne, dans son allégresse, interpellant le prêtre, s’écriait : Recevez-la, donnez-lui place au plus profond de l’inaccessible sanctuaire, entourez-la de soins ; car c’est un fruit qui fut la récompense de mes prières ; avec joie, dans ma foi, j’ai promis de la rendre à Dieu son auteur : c’est le tabernacle des cieux.

Au 15e siècle et au 16e, on chantait en ce jour dans un grand nombre d’églises la Prose suivante, composée sur l’acrostiche : Ave Maria, Benedico Te, Amen. Je vous salue Marie et vous bénis. Amen.

Séquence

Dans sa profonde providence, la Sagesse divine ordonne toutes choses comme il convient. Joachim et Anne sont unis par le lien conjugal ; mais leur union demeure stérile.

Dans toute l’ardeur de leur amour, par vœu sincère ensemble ils s’engagent au Seigneur : sans tarder, s’il daigne leur donner un enfant, ils le consacreront pour toujours en son temple.

Un Ange apparaît, éclatant de lumière, qui leur apprend que leurs désirs sont exaucés : que par la grâce du Roi suprême, une fille leur sera donnée, toute bénie.

Sainte dès le sein maternel, admirable sera sa naissance, plus admirable l’enfantement par lequel, en demeurant vierge, elle sera mère de Celui dont le Très-Haut est Père, dont la grâce débordante ôtera le péché du monde.

Elle est née la vierge bénie ; âgée de trois ans on la présente au temple, elle en franchit les quinze degrés, toute parée, d’un pas ferme et rapide, sous les yeux de son père et de sa mère.

Le temple resplendit d’une nouvelle gloire à la présentation de l’auguste vierge : instruite divinement et visitée des cieux, elle se réjouit avec les Anges.

À l’âge adulte où ses compagnes sont appelées par ordre du prince des prêtres à contracter mariage, la vierge s’y refuse d’abord ; car ses parents l’ont vouée au Seigneur, et elle-même a résolu par vœu de garder sa virginité.

Dieu consulté répond que la vierge doit prendre pour époux celui qu’une fleur miraculeusement éclose aura désigné ; Joseph, ainsi élu, l’épouse et la conduit en sa maison.

Gabriel est alors député vers la vierge, lui annonçant comment elle doit concevoir ; elle prudente, écoute silencieuse, et considère ce que pareil message a d’insolite.

Lui cependant explique la manière dont toutes choses s’accompliront ; la vierge croit, et aussitôt dans l’Esprit-Saint le Verbe est conçu ; Celui que rien ne peut contenir s’enferme en une vierge.

Ô vierge sans pareille, quelle louange égalera maintenant vos mérites ! quel n’est pas l’éclat de votre gloire ! Maintenant donc protégez-nous pour que dans la patrie nous jouissions du fruit qui fait votre honneur.

Amen.

« Félicitez-moi, vous tous qui aimez le Seigneur, de ce que, lorsque j’étais petite, j’ai plu au Très-Haut [23]. » C’est l’invitation que vous nous adressez dans les Offices chantés à votre honneur, ô Marie ; et quelle fête la justifie mieux que celle-ci ? Quand, plus petite encore par l’humilité que par l’âge, vous montiez si candide et si pure les degrés du temple, le ciel dut avouer que c’était justice si désormais les meilleures complaisances du Très-Haut étaient pour la terre. Retirée jusque-là dans l’intimité de vos bienheureux parents, ce fut votre première démarche publique ; elle ne vous montrait aux hommes que pour aussitôt vous dérober mieux encore à leurs yeux dans le secret de la face de Dieu ; mais en la manière que pour la première fois vous étiez officiellement offerte et présentée au Seigneur, lui-même sans nul doute, entouré des puissances de sa cour, vous présentait non moins solennellement à ces nobles esprits dont vous étiez la reine. Dans une plénitude de lumière qui n’avait point lui précédemment pour eux, ils comprirent, en même temps que vos grandeurs incomparables, la majesté de ce temple où Jéhovah recueillait un hommage surpassant en dignité celui des neuf chœurs, l’auguste prérogative de cet ancien Testament dont vous étiez la fille, dont les enseignements et les directions allaient parfaire en vous durant douze années la formation de la Mère de Dieu.

La sainte Église, cependant, vous déclare imitable pour nous en ce mystère de votre Présentation comme dans tous les autres, ô Marie [24]. Daignez bénir plus spécialement les privilégiés que la grâce de leur vocation fait dès ici-bas habitants de la maison du Seigneur : qu’ils soient eux aussi l’olivier fertile [25], engraissé de l’Esprit-Saint, auquel vous compare aujourd’hui saint Jean Damascène [26]. Mais tout chrétien n’est-il pas, de par son baptême, l’habitant, le membre de l’Église, vrai sanctuaire de Dieu, dont celui de Moriah n’était qu’une figure ? Puissions-nous, par votre intercession, vous suivre d’assez près dans votre Présentation bienheureuse au pays des ombres et des frimas, pour mériter d’être de même présentés à votre suite au Très-Haut dans le temple de sa gloire [27].

[1] – Pitra, Analecta sacra Spicilegio Solesmensi parata, 1, 275.

[2] – Menaea, ad diem hanc.

[3] – Ceci doit s’entendre seulement de la fête proprement dite ; car le marbre de Berre, illustré par Le Blant sous le n° 542 A des Inscriptions chrétiennes de la Gaule, démontre que le fait du séjour de Marie au temple de Jérusalem était reconnu et honoré en Occident au 5e siècle. Voir Planche 72 du même, n° 433.

[4] – 11 juillet.

[5] – Launoy, Historia Navarrae gymnasii, Pars 1 L. 1, c. 10.

[6] – Psalm 44, 11, 12.

[7] – Ibid. 13.

[8] – Ibid. 15, 16.

[9] – Ibid. 3.

[10] – Ibid. 4.

[11] – Ibid. 5.

[12] – Ibid. 7.

[13] – Ibid. 8.

[14] – Ibid. 9, 10.

[15] – Isaï. 45, 8.

[16] – Bernardin. Sen. Pro festivitatibus V. Mariae, Sermo 4, art. 1, c. 3.

[17] – Isaï. 55, 10, 11.

[18] – Olier, Vie intérieure de la T. Sainte Vierge, Présentation.

[19] – Agg. 2, 10.

[20] – Exod. 40.

[21] – 3 Reg. 8.

[22] – C’est aujourd’hui la mosquée El-Aksa.

[23] – Deuxième R/. du premier Nocturne à l’Office ordinaire de N.-D.

[24] – Lectio 2a 2e Noct. ex Ambr. de Virginibus 2.

[25] – Eccli. 24, 19.

[26] – Lectio 1a 2e Noct. ex Damasc. de Fide orthodoxa, 4.

[27] – Collecte du jour.

6e dimanche après Épiphanie, reporté après Pentecôte

Dom Guéranger ~ L’Année liturgique
6e dimanche après l’Épiphanie

À l’office des matines

Dom Guéranger ne donne aucun commentaire pour les dimanches après l’Épiphanie repoussés à la fin du cycle de la Pentecôte. Nous donnons donc la leçon du bréviaire sur l’évangile d’aujourd’hui, ainsi que le commentaire de Dom Pius Parsch. Nous rappelons que les parties chantées (introït, graduel, alleluia, offertoire et communion, sont celles du 23e dimanche après la Pentecôte.

Homélie de saint Jérôme
sur l’évangile du jour

Septième leçon. Le Royaume des Cieux, c’est la prédication de l’Évangile et la connaissance des Écritures qui conduit à la vie et dont le Seigneur dit aux Juifs : « Le Royaume de Dieu vous sera enlevé et il sera donné à une nation qui en produira les fruits. » Ce Royaume est donc comparable au grain de sénevé qu’un homme prend et sème dans son champ. » Cet homme qui ensemence son champ, beaucoup ont compris que c’était le Sauveur parce qu’il ensemence l’âme des croyants ; selon d’autres, c’est l’homme lui-même qui ensemence son champ, c’est-à-dire soi-même, et son cœur.

Huitième leçon. Qui donc ensemence, sinon notre intelligence et notre âme ? Elle accueille le grain de la prédication, prend soin de la semence, la fait germer par l’humidité de la foi, dans le champ de son cœur. La prédication de l’Évangile est le plus humble de tous les enseignements. C’est vrai, pour son premier exposé, la prédication de l’Homme-Dieu, du Christ mort, du scandale de la croix, elle n’a pas la vraisemblance de la vérité. Compare donc un tel enseignement aux principes des philosophes, à leurs livres, à la splendeur de leur éloquence et à l’ordonnance de leurs discours, et tu verras : la semence de l’Évangile est de loin la plus petite de toutes les semences.

Neuvième leçon. Mais lorsque celles-là ont grandi, elles ne présentent rien de pénétrant, rien de vigoureux, rien de vivace, mais tout est frêle, et flétri, et languissant et produit en abondance des herbes et des plantes qui bien vite, dessèchent et tombent. Quant à la prédication qui paraissait petite en son début, à peine semée, soit dans l’âme du croyant, soit dans le monde entier, elle ne se développe pas comme une herbe, mais grandit comme un arbre, si bien que les oiseaux du ciel, – en qui nous devons voir ou les âmes des croyants, ou les forces consacrées au service de Dieu – viennent habiter dans ses branches. Les branches de l’arbre évangélique qui s’est développé à partir du grain de sénevé sont, je pense, les différents dogmes dans lesquels se repose chacun des oiseaux mentionnés plus haut.

Commentaire de dom Pius Parsch

La fin approche de plus en plus : le royaume de Dieu parvient à la maturité parfaite. Extérieurement, il ressemble à l’arbre puissant, les peuples de la terre habitent dans ses branches. Intérieurement, il pénètre, comme le levain, l’homme tout entier. Nous apportons notre concours à ce double travail par le saint apostolat et notre sanctification person­nelle. À l’approche de la fin de l’année liturgique, faisons un examen de conscience pour voir si nous méritons, nous aussi, la louange que notre mère, l’Église, nous adresse dans l’épître.

Pensées du Dimanche. — On éprouve une consolation sans pareille quand on suit, en qualité de chrétien, le développement et l’activité de l’Église à travers les siècles. Elle est sortie du cénacle comme un petit grain de sénevé, puis s’est propagée sans arrêt, d’abord à Jérusalem, ensuite en Palestine, pour être portée plus tard par saint Paul dans le monde païen. Au premier siècle, il n’y a déjà plus une ville de l’empire romain où elle n’ait posé le pied. 300 ans de persécutions n’ont pas pu arrêter sa marche pacifique ; le sang des martyrs fut la semence des chrétiens. La voici qui parvient chez les peuples germaniques ; toujours le même spectacle : peu de siècles après, ils étaient devenus chrétiens. Et ce n’était pas là une simple croissance extérieure, mais aussi une transformation intérieure. La face du monde s’est véritablement renouvelée. Pensons seulement à l’esclavage, à la condition de la femme, de l’enfant. Le christianisme a vraiment agi comme un levain dans le monde.

Pourtant, si édifiante que soit cette contemplation, pour nous, amis de la liturgie, elle est encore trop extérieure. Le grain de sénevé est le Christ mystique qui atteint la taille d’un arbre puissant. Chaque saint, qui lui a été incorporé par le baptême, forme un rameau et le demeure après sa mort. Le nombre des élus est déterminé par Dieu ; aussitôt que le dernier rameau sera fixé sur l’arbre du Christ mystique, la mission de l’Église sera terminée. Maintenant, à la fin de l’année liturgique, nous regardons l’arbre pour voir dans quelles proportions le sénevé s’est développé. — Le levain, c’est la vie divine en nous ; elle doit pénétrer tous les domaines. Les saints nous font mieux comprendre ce que cela signifie. Toute leur vie en a été pénétrée. Mais nous avons trouvé la voie pour réaliser, nous aussi, personnellement, cette double parabole. Il convient particulièrement à la fin de l’année liturgique de nous demander : Comment le Christ a‑t-il grandi en nous ? Comment a‑t-il agi en nous à la manière d’un levain ? Ici, nous pouvons nous faire l’application de l’Épître : avons-nous « une foi agissante, un amour prêt au sacrifice, une espérance ferme en Notre Seigneur Jésus Christ ? » — Encore une pensée : L’Eucharistie est aussi un grain de sénevé ; elle est le levain. Tous les dimanches, le Divin Semeur jette ce grain dans notre âme et, pendant la semaine, ce grain doit devenir un arbre qui porte feuilles, fleurs et fruits. Tous les dimanches, la « femme », l’Église, mêle à la farine de l’âme le levain de l’Eucharistie (le mot fermentum désignait, dans la primitive Église, l’Eucharistie envoyée par le Pape) ; maintenant notre âme a besoin d’un levain. C’est le rôle de l’Eucharistie : elle n’est pas un arbre, ni un pain levé, mais un petit grain et un levain ; elle est une force et une grâce qui ne deviennent efficaces qu’avec la collaboration de la volonté humaine.

La Messe (Dicit Dominus). — Nous sommes de nouveau sous l’impression des derniers jours ; à l’Introït, nous entendons le Juge parler avec douceur et cependant avec gravité : Mes pensées sont des pensées de paix, et non de châtiment… Une fois encore, nous voyons dans le cortège du clergé notre propre retour dans la maison du Père céleste. Après nous être ainsi remémoré le jour qui approche, nous revenons, à l’oraison, dans la vie réelle. Ah ! Combien nous voudrions ne dire, ne faire, ne méditer que ce qui est agréable à Dieu (Oraison). Si le Seigneur revenait maintenant, dans quel état trouverait-il le monde, l’Église et notre âme ? Saint Paul nous montre l’image d’une communauté de choix (et aussi d’un Apôtre idéal). Qu’en est-il de notre foi, de notre charité ? En nous aussi, l’Évangile apparaît-il dans toute sa force et sa riche plénitude ? Sommes-nous un exemple pour les autres croyants ? Et attendons-nous vraiment le Sauveur qui descendra du ciel ? À la pensée de cet idéal et de l’attente du Seigneur, nous chantons encore une fois le De profundis. L’évangile appartient tout entier à notre cercle de pensées. Le royaume de Dieu doit être réalisé sur terre ; cette réalisation présente deux aspects : du point de vue extérieur, tout ce qui est capable de rédemption doit être incorporé au corps mystique du Christ ; l’arbre de l’Église doit donc recevoir son complet couronne­ment. Toutefois, du point de vue intérieur, le levain de la vie divine doit pénétrer toute la masse. Quand ce moment sera venu, et il dépend des voies de Dieu, alors l’Église retournera dans sa patrie pour le festin éternel. Nous avons déjà montré plus haut l’application des deux paraboles à la messe : l’Eucharistie est un grain de sénevé et un levain qui ne deviennent efficaces qu’avec notre collaboration. Puisse donc la messe d’aujourd’hui, semblable au levain, agir en nous, « en nous purifiant, en nous renouvelant, en nous dirigeant, en nous protégeant » (Secr.).

Le fermentum. — Autrefois, à la messe du Pape, c’était l’usage que deux acolytes apportent, au début, sur l’autel, une parcelle de la Sainte Eucharistie provenant de la messe précédente ; cette parcelle (nommée sancta) était déposée, après le Pater noster, dans le calice. Cette cérémonie avait pour but d’exprimer l’unité et l’union qui existaient entre la messe précédente et la messe actuelle. Dans d’autres églises de Rome, on déposait à ce moment dans le calice le fermentum (c’est-à-dire le levain) ; c’était une parcelle consacrée que le Pape envoyait, le dimanche ou les jours de fête, aux autres églises de Rome, en signe de communion avec le Siège Apostolique. La veille du dimanche des Rameaux, le Pape envoyait aussi le fermentum aux évêques voisins pour la prochaine fête de Pâques. Le fermentum était donc un magnifique symbole de l’unité de l’Église et de l’unité du Sacrifice.

À la messe

Collecte

Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que, sans cesse occupés de pensées raisonnables, nous cherchions constam­ment à vous plaire dans nos paroles et dans nos actions. Par Jésus-Christ.

Épître

Lecture de l’épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Thessaloniciens. Chap. 1

Mes Frères, nous rendons sans cesse grâces à Dieu pour vous tous, et nous faisons continuellement mémoire de vous dans nos prières. Nous nous souvenons devant notre Dieu et Père, des œuvres de votre foi, de vos travaux, de votre charité, et de la fermeté d’espérance que vous avez en notre Seigneur Jésus-Christ. Nous savons, frères chéris de Dieu, quelle a été votre élection ; car notre évangile au milieu de vous n’a pas été seulement en paroles, mais accompagné de prodiges, soutenu de l’Esprit-Saint, et favorisé d’une abondante plénitude. Vous savez aussi de quelle manière, étant parmi vous, nous avons été à votre égard. Et vous, vous êtes devenus nos imitateurs et ceux du Seigneur, ayant reçu la parole parmi de grandes tribulations, avec la joie de l’Esprit‑Saint, en sorte que vous êtes devenus l’exemple de tous ceux qui ont embrassé la foi dans la Macédoine et dans l’Achaïe. Et non seulement vous êtes cause que la parole du Seigneur s’est répandue avec éclat dans la Macédoine et dans l’Achaïe ; mais la foi que vous avez en Dieu est devenue si célèbre, qu’il n’est pas même nécessaire que nous en parlions. Eux-mêmes racontent, en parlant de nous, le succès de notre arrivée parmi vous, et comment, ayant quitté les idoles, vous vous êtes convertis à Dieu, pour servir ce Dieu vivant et véritable, et pour attendre du ciel son Fils, qu’il a ressuscité d’entre les morts, et qui nous a délivrés de la colère à venir.

Évangile

La suite du saint évangile selon saint Matthieu. Chap. 13

En ce temps-là, Jésus dit à la foule cette parabole : Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme prend et sème dans son champ : c’est la plus petite de toutes les graines ; mais, quand elle a poussé, c’est le plus grand de tous les légumes, et cette plante devient un arbre, en sorte que les oiseaux du ciel viennent se reposer sur ses rameaux. Il leur dit encore cette autre parabole : Le royaume des cieux est semblable à un levain qu’une femme prend et qu’elle cache dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée. Jésus dit toutes ces choses au peuple en paraboles, et il ne leur parlait point sans paraboles, afin que cette parole du Prophète fût accomplie : J’ouvrirai ma bouche pour dire des paraboles ; je publierai des choses qui ont été cachées depuis la création du monde.

Secrète

Faites, s’il vous plaît, ô Dieu, que cette oblation nous purifie et nous renouvelle, qu’elle nous régisse et nous protège. Par Jésus-Christ.

Postcommunion

Vous nous avez nourris, Seigneur, de vos célestes délices ; faites, s’il vous plait, que nous aspirions sans cesse à cette nourriture par laquelle nous obtenons la véritable vie. Par Jésus-Christ.

À vêpres

Antienne de Magnificat

Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme prend et qu’elle cache dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée.

23e dimanche après la Pentecôte

Dom Guéranger ~ L’Année Liturgique
23e dimanche après la Pentecôte

Dans les années où le nombre des dimanches après la Pentecôte est de vingt-trois seulement, on prend pour aujourd’hui la messe du vingt-quatrième et dernier dimanche.

Quoi qu’il en soit, et en tout état de cause, l’antiphonaire se ter­mine aujourd’hui, c’est-à-dire que l’introït, le graduel, l’offertoire et la communion ci-après, devront être repris en chacun des dimanches qui peuvent se succéder encore plus ou moins nom­breux, suivant les années, jusqu’à l’avent. On se rappelle qu’au temps de saint Grégoire, l’avent étant plus long que de nos jours[1], ses semaines avançaient dans la partie du cycle occupée mainte­nant par les derniers dimanches après la Pentecôte. C’est une des raisons qui expliquent la pénurie de composition des messes dominicales après la vingt-troisième.

En celle-ci même autrefois, l’Église, sans perdre de vue le dénoue­ment final de l’histoire du monde, tournait déjà sa pensée vers l’approche du temps consacré à préparer pour ses enfants la grande fête de Noël. On lisait pour épître le passage suivant de Jérémie, qui servit plus tard, en divers lieux, à la messe du pre­mier dimanche de l’avent : « Voici que le jour arrive, dit le Sei­gneur, et je susciterai à David une race juste. Un roi régnera, qui sera sage et qui accomplira la justice et le jugement sur la terre. En ces jours-là Juda sera sauvé, et Israël habitera dans la paix ; et voici le nom qu’ils donneront à ce roi : Le Seigneur notre juste ! C’est pourquoi le temps « vient, dit le Seigneur, où l’on ne dira plus : « Vive le Seigneur qui a tiré les enfants d’Israël de la terre d’Égypte ! mais : Vive le Seigneur qui a tiré et ramené la posté­rité de la maison d’Israël de la terre d’aquilon et de tous les pays dans lesquels je les avais dispersés et chassés ! Et ils habiteront dans leur terre [2]. »

Comme on le voit, ce passage s’applique également très bien à la conversion des Juifs et à la restauration d’Israël annoncée pour les derniers temps. C’est le point de vue auquel se sont placés les plus illustres liturgistes du moyen âge, pour expliquer toute la messe du vingt-troisième dimanche après la Pentecôte. Mais pour bien les comprendre, il faut observer aussi que, primitivement, l’évangile du vingt-troisième dimanche était l’évangile de la mul­tiplication des cinq pains. Cédons la parole au pieux et profond abbé Rupert qui, mieux que personne, nous apprendra le mystère de ce jour où prennent fin les accents, si variés jusqu’ici, des mélodies grégoriennes.

« La sainte Église, dit-il, met tant de zèle à s’acquitter des suppli­cations, des prières et des actions de grâces pour tous les hommes demandées par l’Apôtre [3], qu’on la voit rendre grâces aussi pour le salut à venir des fils d’Israël, qu’elle sait devoir être un jour unis à son corps. Comme, en effet, à la fin du monde leurs restes seront sauvés [4], dans ce dernier office de l’année elle se félicite en eux comme en ses futurs membres. Dans l’introït, elle chante tous les ans, rappelant ainsi sans fin les prophéties qui les concernent : Le Seigneur dit : Mes pensées sont des pensées de paix et non d’affliction. Ses pensées sont toutes de paix en effet, puisqu’il promet d’admettre au banquet de sa grâce les Juifs ses frères selon la chair, réalisant ce qui avait été figuré dans l’histoire du patriarche Joseph. Les frères de ce dernier, qui l’avaient vendu, vinrent à lui poussés par la faim, lorsqu’il étendait sa domination sur toute la terre d’Égypte ; ils furent reconnus, reçus par lui, et lui-même fit avec eux un grand festin : ainsi notre Seigneur, régnant sur tout le monde et nourrissant abondamment du pain de vie les Égyptiens, c’est‑à‑dire les Gentils, verra revenir à lui les restes des fils d’Israël ; reçus en la grâce de celui qu’ils ont renié et mis à mort, il leur donnera place à sa table, et le vrai Joseph s’abreuvera délicieusement avec ses frères.

Le bienfait de cette table divine est signifié, dans l’office du dimanche, par l’évangile, où l’on raconte du Seigneur qu’il nourrit avec cinq pains la multitude. Alors, en effet, Jésus ouvrira pour les Juifs les cinq livres de Moïse, portés maintenant comme des pains entiers et non rompus encore, par un enfant, à savoir ce même peuple resté jusqu’ici dans l’étroitesse d’esprit de l’enfance.

Alors sera accompli l’oracle de Jérémie, si bien placé avant cet évangile ; on ne dira plus : Vive le Seigneur qui a tiré les enfants d’Israël de la terre d’Égypte ! mais : Vive le Seigneur qui les a ramenés de la terre d’aquilon et de toutes celles où ils étaient dispersés !

Délivrés donc de la captivité spirituelle qui les retient maintenant, ils chanteront du fond de l’âme l’action de grâces indiquée au graduel : Vous nous avez délivrés, Seigneur, de ceux qui nous persécutaient.

La supplication par laquelle nous disons, dans l’offertoire : Du fond de l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur, répond manifeste­ment, elle aussi, aux mêmes circonstances. Car en ce jour-là, ses frères diront au grand et véritable Joseph : « Nous vous conjurons d’oublier le crime de vos frères [5] ».

La communion : En vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez dans vos prières, et le reste, est la réponse de ce même Joseph disant, comme autrefois le premier [6] : « Ne crai­gnez point. Vous aviez formé contre moi un dessein mauvais ; mais Dieu l’a fait tourner au bien, afin de m’élever comme vous voyez maintenant et de sauver beaucoup de peuples. Ne craignez donc point : je vous nourrirai, vous et vos enfants [7]. »

À la messe

L’introït vient de nous être expliqué par l’Abbé Rupert. Il est tiré de Jérémie [8] comme l’ancienne épître de ce dimanche.

Introït

Le Seigneur dit : Mes pensées sont des pensées de paix et non d’affliction ; vous m’invoquerez, et je vous exaucerai, et je ramènerai vos captifs de tous les lieux. Ps. Seigneur, vous avez béni la terre qui vous appartient ; vous avez fait cesser la captivité de Jacob. Gloire au Père. Le Seigneur.

La demande du pardon revient sans cesse dans la bouche du peu­ple chrétien, parce que la fragilité de la nature entraîne sans cesse, ici-bas, le juste lui-même [9]. Dieu sait notre misère ; il par­donne sans fin, à la condition de l’humble aveu des fautes et de la confiance dans sa bonté. Tels sont les sentiments qui inspirent à l’Église les termes de la Collecte du jour.

Collecte

Nous vous en supplions, Seigneur, absolvez les fautes de votre peuple, afin que nous soyons délivrés par votre bonté des liens des péchés que nous avons commis dans notre fra­gilité. Par Jésus-Christ.

Épître

Lecture de l’épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Philippiens. Chap. 3

Mes Frères, soyez mes imitateurs, et observez ceux qui se conduisent suivant le modèle que vous avez en nous. Car il y en a plusieurs dont je vous ai parlé souvent, dont je vous parle encore avec larmes, qui sont les ennemis de la croix du Christ. Ils ont pour fin la mort, pour dieu leur ventre ; ils pla­cent la gloire pour eux dans leur honte, n’ayant de goût que pour les choses de la terre. Mais pour nous, déjà nous vivons dans les cieux ; c’est de là aussi que nous attendons pour Sauveur notre Seigneur Jésus-Christ, qui reformera le corps de notre bassesse et le rendra conforme à son corps glorieux, par la puissance qui lui permet de s’assujettir aussi toutes choses. C’est pourquoi, mes frères très chers et très désirés, ma joie et ma couronne, demeurez ainsi fermes dans le Seigneur, ô mes bien-aimés. Je prie Évodia et je conjure Synty­chès de s’unir et d’avoir les mêmes sentiments dans le Seigneur. Je vous prie aussi, vous mon fidèle compagnon, d’aider celles qui ont travaillé avec moi pour l’Évangile, ainsi que Clément et les autres qui ont été mes aides, dont les noms sont au livre de vie.

Le nom de Clément, qui vient d’être prononcé par l’Apôtre, est celui du second successeur de saint Pierre. Assez souvent, le vingt-troisième dimanche après la Pentecôte ne précède que de fort peu la solennité de ce grand pontife et martyr du premier siècle. Disciple de Paul, attaché depuis à la personne de Pierre, et désigné par le vicaire de l’Homme-Dieu comme le plus digne de monter après lui sur la chaire apostolique, Clément, nous le verrons au 23 novembre, était l’un des saints de cette époque primi­tive les plus vénérés des fidèles. La mention faite de lui à l’office du temps, dans les jours qui précédaient son apparition directe au cycle de la sainte Église, excitait la joie du peuple chrétien et ranimait sa ferveur, à la pensée de l’approche d’un de ses plus illustres protecteurs et amis.

Au moment où saint Paul écrivait aux Philippiens, Clément, qui devait longtemps encore survivre aux Apôtres, était bien des hommes dont parle notre épître, imitateurs de ces illustres modèles, appelés à perpétuer dans le troupeau confié à leurs soins [10] la règle des mœurs, moins encore par la fidélité de l’enseignement que par la force de l’exemple. L’unique Épouse du Verbe divin se reconnaît à l’incommunicable privilège d’avoir en elle, par la sainteté, la vérité toujours vivante et non point seule­ment lettre morte. L’Esprit-Saint n’a point empêché les livres sacrés des Écritures de passer aux mains des sectes séparées ; mais il a réservé à l’Église le trésor de la tradition qui seule transmet pleinement, d’une génération à l’autre, le Verbe lumière et vie [11], par la vérité et la sainteté de l’Homme-Dieu toujours pré­sentes en ses membres, toujours tangibles et visibles en l’Église [12]. La sainteté inhérente à l’Église est la tradition à sa plus haute expression, parce qu’elle est la vérité non seulement proférée, mais agissante [13], comme elle l’était en Jésus-Christ, comme elle l’est en Dieu [14]. C’est là le dépôt [15] que les disciples des Apôtres recevaient la mission de transmettre à leurs successeurs, comme les Apôtres eux-mêmes l’avaient reçu du Verbe descendu en terre.

Aussi saint Paul ne se bornait point à confier l’enseignement dogmatique à son disciple Timothée [16] ; il lui disait : « Sois l’exemple des fidèles dans la parole et la conduite [17]. » Il redisait à Tite : « Montre-toi un modèle, en fait de doctrine et d’intégrité de vie [18]. » Il répétait à tous : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis de Jésus-Christ [19]. » Il envoyait aux Corinthiens Timothée, pour leur rappeler, pour leur apprendre au besoin, non les dogmes seulement de son Évangile, mais ses voies en Jésus-Christ, sa manière de vivre ; car cette manière de vivre de l’Apôtre était, pour une part, son enseignement même en toutes les Égli­ses [20] ; et il louait les fidèles de Corinthe de ce qu’en effet ils se souvenaient de lui pour l’imiter en toutes choses, gardant ainsi la tradition de Jésus-Christ [21]. Les Thessaloniciens étaient si bien entrés dans cet enseignement tiré de la vie de leur Apôtre, que, devenus ses imitateurs, et par là même ceux de Jésus-Christ, ils étaient, dit saint Paul, la forme de tous les croyants ; cet ensei­gnement muet de la révélation chrétienne, qu’ils donnaient en leurs mœurs, rendait comme inutile la parole même des messa­gers de l’évangile [22].

L’Église est un temple admirable qui s’élève à la gloire du Très-Haut par le concours des pierres vivantes appelées à entrer dans ses murs [23]. La construction de ces murailles sacrées sur le plan arrêté par l’Homme-Dieu est l’œuvre de tous. Ce que l’un fait par la parole [24], l’autre le fait par l’exemple [25] ; mais tous deux cons­trui­sent, tous deux édifient la cité sainte ; et, comme au temps des Apôtres, l’édification par l’exemple l’emporte sur l’autre en efficacité, quand la parole n’est pas soutenue de l’autorité d’une vie conforme à l’évangile.

Mais de même que l’édification de ceux qui l’entourent est, pour le chrétien, une obligation fondée à la fois sur la charité envers le prochain et sur le zèle de la maison de Dieu, il doit, sous peine de présomption, chercher dans autrui cette même édification pour lui-même. La lecture des bons livres, l’étude de la vie des saints, l’observation, selon l’expression de notre épître, l’observation respectueuse des bons chrétiens qui vivent à ses côtés, lui seront d’un immense secours pour l’œuvre de sa sanctification person­nelle et l’accomplissement des vues de Dieu en lui. Cette fréquentation de pensées avec les élus de la terre et du ciel nous éloignera des mauvais, qui repoussent la croix de Jésus-Christ et ne rêvent que les honteuses satisfactions des sens. Elle placera véritablement notre conversation dans les cieux. Attendant pour un jour qui n’est plus éloigné l’avènement du Seigneur, nous demeurerons fermes en lui, malgré la défection de tant de mal­heureux entraînés par le courant qui emporte le monde à sa perte. L’angoisse et les souffrances des derniers temps ne feront qu’accroître en nous la sainte espérance ; car elles exciteront tou­jours plus notre désir du moment solennel où le Seigneur appa­raîtra pour achever l’œuvre du salut des siens, en revêtant notre chair même de l’éclat de son divin corps. Soyons unis, comme le demande l’Apôtre, et, pour le reste : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur », écrit-il à ses chers Philippiens ; « je le dis de nouveau, réjouissez-vous : le Seigneur est proche [26]. »

Graduel

Vous nous avez délivrés. Seigneur, de ceux qui nous persé­cutaient ; vous avez confondu nos ennemis. V/. Nous nous louerons en Dieu tout le jour, nous confesserons votre Nom à jamais. Alléluia, alléluia. V/. Du fond de l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur : Seigneur, exaucez ma prière. Alléluia.

Évangile

La suite du saint évangile selon saint Matthieu. Chap. 9

En ce temps-là, comme Jésus parlait au peuple, voici qu’un prince de la synagogue s’approcha, et l’adorant, il lui disait : Seigneur, ma fille vient de mourir ; mais venez, imposez votre main sur elle, et elle vivra. Et Jésus, se levant, le suivait avec ses disciples. Or voici qu’une femme qui souffrait d’un flux de sang depuis douze années s’approcha par derrière, et toucha la frange de son vêtement. Car elle disait en elle-même : Si je touche seulement son vêtement, je serai sauvée. Jésus se retournant alors, et la voyant, lui dit : Aie confiance, ma fille ; ta foi t’a sauvée. Et de cette heure même, la femme fut guérie. Jésus venant ensuite à la maison du prince, et voyant les joueurs de flûte et une foule qui faisait grand bruit, leur dit : Retirez-vous, car la jeune fille n’est pas morte, elle n’est qu’endormie. Et ils se moquaient de lui. Mais lorsqu’on eut mis tout ce monde à la porte, il entra, prit la main de la jeune fille, et elle se leva. Et le bruit s’en répandit dans tout le pays.

Quoique le choix de cet évangile pour aujourd’hui ne remonte pas partout à la plus haute antiquité, il entre bien dans l’économie générale de la sainte liturgie, et confirme ce que nous avons dit du caractère de cette partie de l’année. Saint Jérôme nous apprend, dans l’homélie du jour, que l’hémorroïsse guérie par le Sauveur figure la gentilité, tandis que la nation juive est représentée par la fille du prince de la synagogue [27]. Celle-ci ne devait retrouver la vie qu’après le rétablissement de la première ; et tel est précisé­ment le mystère que nous célébrons en ces jours, où, la plénitude des nations ayant reconnu le médecin céleste, l’aveuglement dont Israël avait été frappé cesse enfin lui-même [28].

De cette hauteur où nous sommes parvenus, de ce point où le monde, ayant achevé ses destinées, ne va sembler sombrer un instant que pour se dégager des impies et s’épanouir de nouveau, transformé dans la lumière et l’amour : combien mystérieuses et à la fois fortes et suaves nous apparaissent les voies de l’éternelle Sagesse [29] ! Le péché, dès le début, avait rompu l’harmonie du monde, en jetant l’homme hors de sa voie. Si, entre toutes, une famille avait attiré sur elle la miséricorde, la lumière, en se levant sur cette privilégiée, n’avait fait que manifester plus profonde la nuit où végétait le genre humain. Les nations, abandonnées à leur misère épuisante, voyaient les attentions divines aller à Israël, et l’oubli s’appesantir sur elles au contraire. Lors même que les temps où la faute première devait être réparée se trouvèrent accomplis, il sembla que la réprobation des gentils dût être consommée du même coup ; car on vit le salut, venu du ciel en la personne de l’Homme-Dieu, se diriger exclusivement vers les Juifs et les brebis perdues de la maison d’Israël [30].

Cependant la race gratuitement fortunée, dont les pères et les premiers princes avaient si ardemment sollicité l’arrivée du Messie, ne se trouvait plus à la hauteur où l’avaient placée les patriarches et les saints prophètes. Sa religion si belle, fondée sur le désir et l’espérance, n’était plus qu’une attente stérile qui la tenait dans l’impuissance de faire un pas au-devant du Sauveur ; sa loi incomprise, après l’avoir immobilisée, achevait de l’étouffer dans les liens d’un formalisme sectaire. Or, pendant qu’en dépit de ce coupable engourdissement, elle comptait, dans son orgueil jaloux, garder l’apanage exclusif des faveurs d’en haut, la gentilité que son mal, toujours grandissant lui aussi, portait au-devant d’un libérateur, la gentilité reconnaissait en Jésus le Sauveur du monde, et sa confiante initiative lui méritait d’être guérie la première. Le dédain apparent du Seigneur n’avait servi qu’à l’affermir dans l’humilité, dont la puissance pénètre les cieux [31].

Israël devait donc attendre à son tour. Selon qu’il le chantait dans le psaume, l’Éthiopie l’avait prévenu en tendant ses mains vers Dieu la première [32]. Désormais ce fut à lui de retrouver, dans les souffrances d’un long abandon, l’humilité qui avait valu à ses pères les promesses divines et pouvait seule lui en mériter l’accomplissement. Mais aujourd’hui la parole de salut a retenti dans toutes les nations, sauvant tous ceux qui devaient l’être. Jésus, retardé sur sa route, arrive enfin à la maison vers laquelle se dirigeaient ses pas dès l’abord, à cette maison de Juda où dure toujours l’assoupissement de la fille de Sion. Sa toute-puissance compatissante écarte de la pauvre abandonnée la foule confuse des faux docteurs, et ces prophètes de mensonge qui l’avaient endormie aux accents de leurs paroles vaines ; il chasse loin d’elle pour jamais ces insulteurs du Christ, qui prétendaient la garder dans la mort. Prenant la main de la malade, il la rend à la vie dans tout l’éclat de sa première jeunesse ; prouvant bien que sa mort apparente n’était qu’un sommeil, et que l’accumulation des siècles ne pouvait prévaloir contre la parole donnée par Dieu à Abraham son serviteur [33].

Au monde maintenant de se tenir prêt pour la transformation dernière. Car la nouvelle du rétablissement de la fille de Sion met le dernier sceau à l’accomplissement des prophéties. Il ne reste plus aux tombeaux qu’à rendre leurs morts [34]. La vallée de Josa­phat se prépare pour le grand rassemblement des nations [35] ; le mont des Oliviers va de nouveau [36] porter l’Homme-Dieu, mais cette fois comme Seigneur et comme juge [37].

Offertoire

Du fond de l’abîme j’ai crié vers vous, Seigneur ; Seigneur, exaucez ma prière ; du fond de l’abîme j’ai crié vers vous, Sei­gneur.

L’acquittement du service que nous devons à Dieu est, de soi, bien au-dessous de la Majesté souveraine ; mais le Sacrifice, qui en fait partie chaque jour, l’ennoblit jusqu’à l’infini et supplée aux méri­tes qui nous font défaut, ainsi que l’exprime la Secrète de ce dimanche.

Secrète

Nous vous offrons, Seigneur, en accroissement de notre ser­vice ce Sacrifice de louange ; conduisez à bonne fin dans votre miséricorde les grâces accordées à notre indignité. Par Jésus-Christ.

Communion

En vérité, je vous le dis, tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous le recevrez, et il vous sera accordé.

Entrés, dans les Mystères sacrés, en participation de la vie divine, demandons au Seigneur que nous ne soyons plus accessibles aux dangers d’ici bas. Disons avec l’Église :

Postcommunion

Nous vous en supplions, Dieu tout-puissant, ne laissez point en butte aux dangers humains ceux que vous avez admis à l’heureuse participation de votre divinité. Par Jésus-Christ.

À Vêpres

Antienne de Magnificat

Jésus se retournant et la voyant, lui dit : Aie confiance, ma fille ; ta foi t’a sauvée. Alléluia.

Autres liturgies

L’approche du jugement inspire cette hymne des Maronites.

Hymne

En ce jour le Seigneur se lèvera ; porté sur un char de feu, le Roi du ciel descendra des divines demeures.

Le Christ Roi s’avancera vers Jérusalem et la montagne de Jébus ; il plantera sa croix dans le sépulcre d’Adam, là où les Juifs l’ont crucifié.

Au son de sa voix les rochers se fendront et les morts sorti­ront de leurs tombes, la terre retombera dans le chaos du commencement.

Ceux qui doivent être jugés comparaîtront pour être exami­nés, discutés, sondés ; les justes seront appelés au royaume, les impies rejetés à l’enfer.

Enveloppés de leurs crimes, les impies seront comme un œil obscurci, qui ne perçoit plus la lumière. Ils s’approcheront et frapperont, avec des lamentations et des pleurs : « Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous votre porte. »

Mais il leur dira : « Allez, maudits ; je ne vous connais pas. » Alors toutes les tribus imploreront sa miséricorde.

Maintenant donc, Seigneur, nous vous en supplions, répan­dez sur nos crimes vos miséricordes. Ce monde passera en un moment avec sa beauté, et tout ce qu’il renferme sera détruit.

Debout, debout, pécheur ! réveille-toi du criminel sommeil de ton iniquité ; que les larmes de tes yeux purifient ton âme et lavent ses souillures, afin que Dieu se réjouisse en toi, qu’il te donne le royaume et la vie qui ne passeront jamais.

Quitte le mal, pendant que tu as la vie, car lorsque le jour de la mort arrivera, ce sera la sévérité du jugement ; la pénitence ne sera plus reçue.

Donnez, Seigneur, le repos du salut à ceux qui ont mangé votre Corps et bu votre Sang. Qu’ils éprouvent au jugement votre miséricorde et soient placés à votre droite, afin qu’au jour de la résurrection ils viennent à votre rencontre.

Nous célébrons votre illustre mémoire, Vierge très sainte, pour que tous nous obtenions de votre glorieux Fils grâce, pardon et miséricorde. Suppliez-le avec nous, et votre prière sauvera nos âmes de tout dommage.

Faisons nôtre la belle formule où le missel mozarabe, en l’avant-dernier de ses dimanches, exprime si bien les pensées que l’Église voudrait nous inspirer à cette époque de l’année penchant vers son terme.

Illatio

Oui, certes ; il est bien digne et plus que digne de vous rendre gloire et honneur, ô Dieu Père tout-puissant, qui avec votre Fils et l’Esprit des deux êtes un seul et égal Dieu dans la Trinité. Vous avez créé l’homme qui n’existait pas ; et prenant chair dans l’une de vos personnes, vous avez rétabli l’homme perdu ; vous êtes venu au-devant de sa chute pour le relever, lui qui n’avait pas su se maintenir dans l’heureux état de sa condition première. C’est pourquoi, mettant notre confiance uniquement dans la victime du salut, nous vous adressons nos supplications et prières. Le jour décline vers son cou­chant, la ruine du monde se précipite, et notre vie mortelle tend vers son terme : secourez-nous en ce temps. Qu’il se lève d’autres jours à votre gloire ; soutenez le déclin du monde par l’espoir de la béatitude promise ; accordez-nous aussi d’obte­nir miséricorde au dernier jour de la vie présente. Puis­qu’approche la fin et du jour et du monde et de notre vie, qu’en tout cet unique Sacrifice daigne s’opposer pour nous incessamment à tous maux : en sorte que ni la chute du jour et les ténèbres qu’elle amène ne nous puissent souiller ou troubler, ni la fin prochaine du monde ne nous entraîne avec lui à la perte, ni la brièveté de notre vie ne nous fasse garder jusqu’au bout nos souillures. Mais plutôt, que le retour de la lumière vienne rallumer pour notre consolation le jour qui disparaît ; que, sous la décadence du monde, l’espoir du royaume futur nous réconforte ; que, si notre vie doit payer sa dette à la mort, celle-ci ne soit qu’un passage paisible et joyeux à l’éternelle béatitude. Qu’ainsi tout ce qui pour nous tend à la ruine soit ramené par cette victime du salut dans l’ordre du salut éternel, devienne pour nous un instrument de notre rédemption, et fasse de nous le temple de votre gloire sans fin.

 

[1] Voir le volume L’Avent, chapitre Historique de l’avent.

[2] – Jérém. 23, 5–8.

[3] – 1 Tim. 2, 1.

[4] – Rom. 9, 27.

[5] – Gen. 50, 17.

[6] – Ibid. 19‑21.

[7] – Rup. De div. Off. 12, 23.

[8] – Jérém. 29.

[9] – Prov. 24, 16.

[10] – 1 s. Pierre 5, 3.

[11] – s. Jean 1, 4.

[12] – 1 s. Jean 1, 1.

[13] – 1 Thess. 2, 13.

[14] – s. Jean 5, 17.

[15] – 1 Tim. 6, 20.

[16] – 2 Tim. 3, 2.

[17] – 1 Tim. 4, 12.

[18] – Tit. 2, 7.

[19] – 1 Cor. 2, 16.

[20] – Ibid. 17.

[21] – 1 Cor. 11, 1–2.

[22] – 1 Thess. 1, 5–8.

[23] – Éph. 2,20–22.

[24] – 1 Cor. 14, 3.

[25] – Rom. 14, 19.

[26] – Philip, 4, 4–5.

[27] – Hier, in s. Matth. cap. 9.

[28] – Rom. 11, 25.

[29] – Sap. 8, 1.

[30] – s. Matth. 15, 24.

[31] – Eccli. 35, 21.

[32] – Psalm. 67, 32.

[33] – s. Luc. 1, 54–55.

[34] – Dan. 12, 1–2.

[35] – Joël. 3, 1.

[36] – Act. 1, 11.

[37] – Zach. 14, 4.

Décès de la dernière sœur de Mgr Lefebvre

Le site de la Fraternité Saint Pie X nous informe que la dernière sœur de Mgr Lefebvre est décédée le 17 octobre. Elle était la filleule de Monseigneur. Née Marie-Thérèse Lefebvre, elle avait épousé M. Guy Toulemonde.

Dans le film Un évêque dans la tempête, elle avait donné le témoignage que Mgr Lefebvre envisageait la disparition ou la chute de la Fraternité Saint Pie X. Voici son témoignage : Continuer la lecture de « Décès de la dernière sœur de Mgr Lefebvre »

Le 9 novembre
La dédicace de la basilique du Très Saint Sauveur

Le 9 novembre
La dédicace de la basilique du Très Saint Sauveur

Au quatrième siècle de notre ère, la fin des persécutions sembla au monde un avant-goût de sa future entrée dans la cité de la paix sans fin. « Gloire au Tout-Puissant ! gloire au Rédempteur de nos âmes ! » s’écrie, en tête du dixième et dernier livre de son Histoire, le contemporain Eusèbe. Et témoin du triomphe, il décrit l’admirable spectacle auquel donna lieu partout la dédicace des sanctuaires nouveaux. De villes en villes, s’assemblaient les évêques et s’empressaient les foules. De peuples à peuples, une telle bienveillance de mutuelle charité, de commune foi, d’allégresse recueillie harmonisait les cœurs, que l’unité du corps du Christ apparaissait aux yeux, dans cette multitude animée d’un même souffle de l’Esprit-Saint ; c’était l’accomplissement des anciennes prophéties : cité vivante du Dieu vivant où tout sexe et tout âge exaltaient l’auteur de tous biens. Combien augustes apparurent alors les rites de notre Église ! la perfection achevée qu’y déployaient les Pontifes, l’élan de la psalmodie, les lectures inspirées, la célébration des ineffables Mystères formaient un ensemble divin [1].

Constantin avait mis les trésors du fisc à la disposition des évêques, et lui-même stimulait leur zèle pour ce qu’il appelait dans ses édits impériaux l’œuvre des églises [2]. Rome surtout, lieu de sa victoire par la Croix et capitale du monde devenu chrétien, bénéficia de la munificence du prince. Dans une série de dédicaces à la gloire des Apôtres et des saints Martyrs, Silvestre, Pontife de la paix, prit possession de la Ville éternelle pour le vrai Dieu.

Aujourd’hui fut le jour natal de l’Église Maîtresse et Mère, dite du Sauveur, Aula Dei [3], Basilique d’or ; nouveau Sinaï [4], d’où les oracles apostoliques et tant de conciles notifièrent au monde la loi du salut. Qu’on ne s’étonne pas d’en voir célébrer la fête en tous lieux.

Si depuis des siècles les Papes n’habitent plus le palais du Latran, la primauté de sa Basilique survit dans la solitude à tout abandon. Comme au temps de saint Pierre Damien, il est toujours vrai de dire qu’ « en la manière où le Sauveur est le chef des élus, l’Église qui porte son nom est la tête des églises ; que celles de Pierre et de Paul sont, à sa droite et à sa gauche, les deux bras par lesquels cette souveraine et universelle Église embrasse toute la terre, sauvant tous ceux qui désirent le salut, les réchauffant, les protégeant dans son sein maternel [5]. » Et Pierre Damien appliquait conjointement au Sauveur et à la Basilique, sacrement de l’unité, les paroles du prophète Zacharie : Voici l’ homme dont le nom est Orient ; il germera de lui-même, et il bâtira un temple au Seigneur ; il bâtira, dis-je, un temple au Seigneur, et il aura la gloire, et il s’assiéra : et sur son trône il sera Roi, et sur son trône il sera Pontife [6].

C’est au Latran que, de nos jours encore, a lieu la prise de possession officielle des Pontifes romains. Là s’accomplissent chaque année en leur nom, comme Évêques de Rome, les fonctions cathédrales de la bénédiction des saintes Huiles au Jeudi saint et, le surlendemain, de la bénédiction des fonts, du baptême solennel, de la confirmation, de l’ordination générale. Prudence, le grand poète de l’âge du triomphe, reviendrait en nos temps qu’il dirait toujours : « À flots pressés le peuple romain court à la demeure de Latran, d’où l’on revient marqué du signe sacré, du chrême royal ; et il faudrait douter encore, ô Christ, que Rome te fût consacrée [7] ! »

Lisons le récit liturgique attribué à ce jour.

Ce fut le bienheureux Pape Silvestre qui établit le premier les rites observés par l’Église romaine dans la consécration des églises et des autels. Il y avait bien dès le temps des Apôtres, en effet, certains lieux voués à Dieu, et nommés oratoires par les uns, Églises par d’autres ; on y tenait l’assemblée le premier jour de la semaine, et le peuple chrétien avait la coutume d’y prier, d’y entendre la parole de Dieu, d’y recevoir l’Eucharistie : cependant on ne les consacrait pas avec autant de solennité ; on n’y élevait pas d’autel fixe qui, oint du chrême, exprimât le symbole de notre Seigneur Jésus-Christ, pour nous autel, hostie et pontife.

Mais lorsque l’empereur Constantin eut par le sacrement du baptême obtenu la santé du corps et le salut de l’âme, une loi émanant de lui fut portée qui pour la première fois permettait dans tout l’univers aux chrétiens de bâtir des églises. Non content de cet édit, le prince voulut même leur donner l’exemple et inaugurer les saints travaux. C’est ainsi que dans son propre palais de Latran, il dédia une église au Sauveur, et fonda le baptistère contigu sous le nom de saint Jean-Baptiste, dans le lieu où lui-même, baptisé par saint Silvestre, avait été guéri de la lèpre. C’est cette église que le Pontife consacra le cinq des ides de novembre ; et nous en célébrons la mémoire en ce même jour où pour la première fois à Rome une église fut ainsi publiquement consacrée, où l’image du Sauveur apparut visible sur la muraille aux yeux du peuple romain.

Plus tard, ayant à consacrer l’autel du Prince des Apôtres, le bienheureux Silvestre ordonna que les autels ne fussent plus désormais que de pierre. Si cependant l’autel de la basilique de Latran fut de bois, on ne doit pas s’en étonner : de saint Pierre à Silvestre, en effet, les persécutions ne laissaient pas aux Pontifes de demeure stable ; partout donc où les amenait la nécessité, soit dans les cryptes ou les cimetières, soit dans les maisons des chrétiens, c’était sur cet autel de bois, creux en forme de coffre, qu’ils offraient le Sacrifice. Quand la paix fut rendue à l’Église, par honneur pour le Prince des Apôtres qu’on dit avoir célébré sur cet autel, et les autres Pontifes qui jusqu’alors s’en étaient servis de même dans les Mystères sacrés, saint Silvestre le plaça dans la première église, au Latran, défendant que nul autre n’y célébrât par la suite, si ce n’est le Pontife romain. Ébranlée et ruinée par les incendies, les incursions ennemies, les tremblements de terre, cette église fut toujours réparée avec grand zèle par les Souverains Pontifes ; à la suite d’une nouvelle restauration, le Pape Benoît XIII, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, la consacra derechef en grande pompe, le vingt-huitième jour d’avril de l’an mil sept cent vingt-six, assignant à la mémoire de cette solennité le présent jour. De grands travaux que Pie IX avait entrepris furent menés à bonne fin par Léon XIII ; à savoir : l’agrandissement et le prolongement de l’abside qui tombait de vétusté ; la réfection sur le modèle primitif de l’antique mosaïque déjà précédemment renouvelée dans beaucoup de ses parties, et son transfert dans la nouvelle abside magnifiquement et à grands frais décorée ; le renouvellement de la charpente et des lambris du transept embelli ; œuvre complétée, l’an mil huit cent quatre-vingt-quatre, d’une sacristie, d’habitations pour les chanoines et d’un portique rejoignant les nouvelles constructions au baptistère de Constantin.

Tant de détails courent le risque de sembler superflus aux profanes. En la manière cependant que le Pape est notre premier et propre pasteur à tous, son Église de Latran est aussi notre Église ; rien de ce qui la concerne ne saurait, ne devrait du moins, laisser le fidèle indifférent. Inspirons-nous à son endroit des belles formules qui suivent, et que nous donne le pontifical romain au jour de la consécration des Églises ; elles ne sauraient s’appliquer mieux qu’à l’Église Mère.

Antiennes et repons

R/. La maison du Seigneur est fondée au sommet des monts ; elle est élevée sur les collines ; toutes les nations viendront à elle * Et elles diront : Gloire à vous, Seigneur !

V/. Elles viendront avec transport, portant leurs moissons. * Et elles diront.

R/. Seigneur de toutes choses, qui n’avez nul besoin, vous voulez avoir au milieu de nous votre temple. * Gardez pure à jamais cette maison, Seigneur.

V/. Seigneur, c’est la maison que vous choisîtes pour qu’y fût invoqué votre nom : maison de la prière et des supplications de votre peuple. * Gardez.

Ant. Paix éternelle à cette maison par l’Éternel ! Paix soit à cette maison la Paix sans fin, Verbe du Père ! Paix donne à cette maison le divin Consolateur !

Ant. Oh ! combien redoutable est ce lieu ! c’est véritablement ici la maison de Dieu et la porte du ciel.

Ant. C’est la maison du Seigneur solidement bâtie, bien établie sur la pierre ferme.

Ant. Jacob vit une échelle dont le sommet atteignait les cieux, et les Anges qui descendaient, et il dit : Ce lieu est vraiment saint.

R/. Voici Jérusalem, la grande cité, céleste, ornée comme l’Épouse de l’Agneau. * C’est le vrai tabernacle. Alléluia.

V/. Ses portes ne se fermeront point durant le jour ; quant à la nuit, elle y sera inconnue. * C’est le vrai.

R/. Vos places, Jérusalem, seront pavées d’or pur, Alléluia, et l’on chantera en vous le cantique de joie, Alléluia. * Et par vos rues chacun dira : Alléluia, Alléluia.

V/. Vous brillerez d’une lumière éclatante, et, vous voyant, toute la terre adorera.* Et par vos rues.

Ant. Faites le tour de Sion, parcourez son enceinte, racontez ses merveilles en ses tours.

V/. Le Seigneur est grand, et digne de toute louange en la cité de notre Dieu, sur sa montagne sainte.

R/. Le Seigneur vous a revêtue d’un vêtement d’allégresse ; à votre front il a mis le diadème.* Il vous a parée de saints ornements.

V/. Vous brillerez d’une lumière éclatante, et, vous voyant, toute la terre adorera. * Il vous a parée.

V/. Les nations viendront à vous des plus lointains pays, apportant leurs dons et adorant le Seigneur ; votre terre sera pour elles la sainte terre ; elles invoqueront en vous le grand Nom.* Il vous a parée.

V/. Bénis seront vos constructeurs. Pour vous, vos fils seront votre joie ; car la bénédiction sera sur eux tous, et tous ensemble ils viendront au Seigneur. * Il vous a parée.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, qui par votre Fils, la pierre d’angle, avez joint les deux murs divergents de la circoncision et de la gentilité, qui sous un même et seul pasteur avez uni par lui les deux troupeaux distincts ; ayez égard à notre dévotion : donnez à vos serviteurs l’indissoluble lien de la charité, pour qu’aucune division des âmes, pour qu’aucune perversion d’aucune sorte ne vienne à séparer ceux que rassemble en un troupeau unique la houlette de l’unique pasteur, ceux que gardent sous votre protection les barrières de l’unique bercail. Par le même Jésus-Christ.

À la mémoire du grand Martyr brûlé vif, le soldat « conscrit » Théodore d’Amasée, que célébra saint Grégoire de Nysse, qu’honore au pied du Palatin Rome même, et qui eut trois églises de son nom dans Constantinople, disons avec l’Église latine en ce jour :

Oraison

O Dieu qui nous entourez, comme d’une protection, de la confession glorieuse du bienheureux Théodore, votre Martyr ; accordez-nous de profiter de ses exemples, d’être soutenus de sa prière. Par Jésus-Christ.

[1] – Euseb. Hist. eccl. 10, 1–4.

[2] – Euseb. De Vita Constantini, 2, 14, 46.

[3] – Palais de Dieu.

[4] – Inscriptio vetus olim in apside majori.

[5] – Petr. Dam. Epist. L. 2, 1.

[6] – Zach. 6, 12, 13.

[7] – Prudent. Lib. 1 contra Symmachum, 586–588.

Dédicace des églises

Dom Guéranger ~ L’année liturgique
La fête de la dédicace des églises

Domum Dei decet sanctitudo : Sponsum ejus Christum adoremus in ea [1]. C’est la formule invitatoire où se précise la pensée liturgique du jour. « Il convient que soit sainte la maison de Dieu : adorons en elle le Christ, son Époux. » Quel est le mystère de cette maison en même temps épouse ?

Saintes, nos églises le sont par leur appartenance à Dieu, par la célébration du Sacrifice, par la prière et la louange offertes en elles à l’hôte divin. À meilleur titre que le tabernacle figuratif ou l’ancien temple, leur dédicace les a solennellement, pour toujours, séparées de toute demeure d’hommes, élevées au-dessus de tout palais de la terre. Mais nonobstant les rites dont la magnificence emplit leur enceinte au jour de la consécration qui les voue à Dieu, sous l’huile sainte dont demeurent à jamais imprégnés leurs murs, elles-mêmes n’en restent pas moins dépourvues de sentiment et de vie.

Qu’est-ce à dire donc, sinon que cette sublime fonction de la dédicace des églises, comme aussi la fête destinée à en perpétuer le souvenir, ne s’arrêtent pas au sanctuaire bâti par nos mains, mais s’élèvent à de vivantes et plus augustes réalités ? La principale gloire du noble édifice sera d’en symboliser la grandeur. L’humanité s’initiera sous l’ombre de ses voûtes à d’ineffables secrets, dont le mystère se consommera par delà le monde, au plein jour du ciel. Entendons sur ce point la doctrine.

Dieu n’a qu’un sanctuaire vraiment digne de lui : sa propre vie divine ; le tabernacle dont il est dit qu’il s’entoure [2] quand il incline les cieux [3], épaisses ténèbres [4] aux yeux mortels, inaccessible lumière [5] où habite dans sa gloire la tranquille Trinité. Pourtant, ô Dieu très haut, cette vie divine que ne sauraient abriter dignement les cieux mêmes [6] et bien moins la terre, vous daignez la communiquer à nos âmes, et ce faisant, rendre l’homme participant de votre nature [7]. Nul obstacle dès lors qu’en lui, comme par delà tous les cieux, ne réside la Trinité sainte. Ainsi dès le principe [8], comme loi du monde en formation [9], pouviez-vous déclarer à l’abîme, à la terre, aux cieux, que vos délices seraient d’être avec les fils des hommes [10].

Quand fut venue la plénitude des temps, Dieu en effet envoya son Fils [11], le faisant fils d’Adam, pour que dans l’homme habitât corporellement la plénitude entière de la divinité [12]. À dater de ce jour, la terre l’emporta sur le ciel. Tout chrétien participa du Christ et, devenu la demeure de l’Esprit-Saint [13], porta Dieu dans son corps [14]. Le temple de Dieu est saint, disait l’Apôtre, et ce temple, c’est vous [15] : c’est le chrétien ; c’est aussi l’assemblée chrétienne.

Le Christ appelant l’humanité entière à participer de sa plénitude [16], l’humanité à son tour compléta le Christ [17]. Elle fut l’os de ses os, la chair de sa chair [18], un seul corps [19], formant avec lui l’hostie qui doit brûler du feu de l’amour éternellement sur l’autel des cieux ; ce pendant qu’il était la pierre d’angle sur laquelle, autres pierres vivantes [20], l’assemblée des prédestinés s’éleva par les soins des architectes apostoliques [21] en un temple saint du Seigneur [22]. Ainsi l’Église est l’Épouse, et par le Christ et avec lui la Maison de Dieu.

Elle l’est dès ce misérable monde, où s’accomplit, dans le labeur et la souffrance, la taille des pierres élues, successivement posées au lieu prévu par le plan divin [23]. Elle l’est dans la félicité au ciel, où le temple éternel s’accroît de toute âme envolée d’ici-bas, en attendant qu’achevé par l’accession de nos corps immortels, il soit dédié par notre grand Pontife au jour de l’incomparable dédicace qui clora les temps [24] : remise solennelle du monde racheté et sanctifié au Père qui lui donna son Fils [25], à Dieu devenu tout en tous [26].

Alors il apparaîtra que l’Église fut bien l’archétype montré d’avance sur la montagne [27], et dont tout autre sanctuaire fait de main d’hommes ne pouvait être que la figure ou l’ombre [28]. Alors la prophétie de Jean le bien-aimé sera réalisée : J’ai vu la sainte cité, la nouvelle Jérusalem, qui descendait des cieux, parée comme une épouse ornée pour son époux ; et j’entendis une grande voix qui venait du trône et disait : C’est ici le tabernacle de Dieu [29].

Aussi convenait-il que cette fête illuminât des premiers rayons de l’éternité le Cycle expirant. C’est un des anges chargés des coupes remplies de la colère de Dieu qui montre à l’Évangéliste-prophète l’Épouse de l’Agneau sous l’éclat de sa riche parure [30] ; que l’espérance de la contempler dans sa gloire soit également pour nous le réconfort des jours mauvais. L’attente de son apparition prochaine animera les justes au temps des derniers combats.

Mais dès maintenant, fils de l’Épouse, applaudissons à notre Mère [31] ; que ce jour très cher à son cœur [32] soit pour nous l’égal des plus augustes solennités. Car il rappelle et sa naissance du côté de l’Adam céleste, et la consécration bienheureuse formant son titre aux complaisances du Père, à l’amour du Fils, aux largesses du divin Esprit.

Aux premières vêpres

Lorsque, au commencement du siècle dernier, les églises de France furent rendues au culte, le Saint-Siège voulut qu’une fête générale de la Dédicace remplaçât désormais la solennité locale qui s’était célébrée jusque-là pour chacune à l’anniversaire même de sa consécration. Les honneurs du rit Double de première classe lui furent conservés, montrant bien qu’elle n’avait rien perdu de son importance aux yeux du premier Siège. Sa fixation permanente au dimanche garantissait aux populations le bénéfice du retour annuel des enseignements sublimes où se complaisaient nos pères ; et le choix de ce dimanche, à la suite de l’octave de la Toussaint, faisait d’elle comme l’auguste complément de cette dernière, l’épanouissement glorieux du Cycle entier.

L’office et la messe qui vont suivre constituent le Commun de la Dédicace au cours de l’année. Ils reparaissent en ce mois même, dans la sainte liturgie, pour célébrer la Dédicace de la Basilique du Sauveur au Latran, et celle des Basiliques de saint Pierre et de saint Paul au Vatican et sur la voie d’Ostie.

Les vêpres

L’Église, qui va chanter dans le psaume 109 le Pontife éternel, est tout d’abord saisie du sentiment de la sainteté que réclame cette maison du Seigneur où elle a convoqué ses fils, où s’offre à Dieu le grand Sacrifice. La première antienne est tirée du psaume 92 [33], qu’elle accompagne de même à l’office des laudes.

  1. Ant. Seigneur, il convient que votre maison soit à jamais sainte.

Psaume 109. Dixit Dominus

Oui ; cette maison est sainte : maison de la prière est le nom que lui donnent tous les peuples. Isaïe l’avait annoncé [34] ; l’Homme-Dieu le rappela aux vendeurs du temple [35].

  1. Ant. Ma maison s’appellera la maison de la prière.

Psaume 110. Confitebor tibi, Domine

Maison de Dieu ! ce mot, l’Église aime à le redire ; et voici qu’il la fait se souvenir du texte évangélique où Jésus compare l’homme qui écoute ses paroles, et les met en pratique, à celui qui bâtit sa maison sur la pierre [36]. Déjà l’on pressent qu’un rapprochement s’opère, dans la pensée de l’Église, entre l’édifice sacré dont elle exalte la stabilité sainte et le fidèle lui-même.

  1. Ant. C’est ici la maisons du Seigneur ; elle est bâtie solidement, bien établie sur la pierre ferme.

Psaume 111. Beatus vir

Les chants s’élèvent ; l’extase se trahit dans la reprise enthousiaste par la quatrième antienne des expressions de la précédente ; nul doute maintenant que l’Église illuminée n’ait plus en vue seulement ces murs qui tomberont un jour : pour elle la pierre ferme est le Christ, la maison l’assemblée des élus [37].

  1. Ant. Bien établie sur la pierre ferme est la maison du Seigneur.

Psaume 112. Laudate pueri

Et ravie par delà le monde, l’Église interpelle en son admiration la glorieuse demeure que le Seigneur Époux se construit au ciel, de pierres précieuses exclusivement, de gemmes vivantes qui formeront les tours de la Sion nouvelle [38].

  1. Ant. Tous v0s murs seront de pierres précieuses, et vos tours seront bâties en perles, ô Jérusalem !

Psaume 147

Jérusalem, chantez le Seigneur ; Sion, chantez votre Dieu.

C’est lui qui fortifie les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.

Il a placé la paix sur vos frontières ; il vous nourrit de la fleur du froment.

Il envoie son Verbe à la terre ; sa parole parcourt le monde avec rapidité.

Il donne la neige comme des flocons de laine ; il répand les frimas comme la poussière.

Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger : qui pourrait résister devant le froid que son souffle répand ?

Mais bientôt il envoie son Verbe, et cette glace si dure se fond à sa chaleur : l’Esprit de Dieu souffle, et les eaux reprennent leur cours.

Il a donné son Verbe à Jacob, sa loi et ses jugements à Israël.

Il n’a point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur a pas manifesté ses décrets.

Mais cette nouvelle Sion, c’est l’Église même ! Car qui donc, autre qu’elle, est l’Épouse ? et, au capitule, Jean nous montre la cité sainte descendant du ciel parée comme une épouse pour son époux.

Capitule (Apoc. 21)

J’ai vu la sainte cité, la nouvelle Jérusalem, qui descendait des cieux, venant de Dieu parée comme une épouse ornée pour son époux.

Le 7e siècle où s’accomplit, on s’en souvient, la solennelle dédicace du Panthéon qui donna naissance à la fête de tous les Saints, nous a légué, pour chanter les mystères du présent jour, une très suave composition d’où furent tirées les hymnes des vêpres et des laudes. On la trouvera plus loin dans son texte primitif et dans son entier.

Hymne

Jérusalem, céleste cité, bienheureuse vision de la paix, bâtie de pierres vivantes vous vous élevez jusqu’aux astres, entourée de milliers d’Anges qui vous font un cortège d’épousée.

Dotée par le Père de sa gloire, la grâce de l’Époux est sur vous répandue ; Reine de toute beauté, que le Christ Roi s’est unie : combien heureux est votre sort d’Épouse, resplendis­sante cité des cieux !

Faites de perles brillantes, vos portes demeurent ouvertes pour tous ; car c’est vers elles que la vertu conduit le mortel qui la prend pour guide, quiconque pressé de l’amour du Christ supporte ici-bas des tourments.

Il faut que toute pierre, pour entrer dans vos murs, se livre à l’ouvrier qui la polit sous les coups répétés du marteau, du ciseau salutaire ; il faut qu’elle s’appareille et se laisse fixer, pour y trouver place honorable.

Soit en tout lieu rendu l’honneur au Père, au Fils unique du Père, au glorieux Paraclet ; soit au Très-Haut louange, puissance, gloire à jamais durant les siècles.

Amen.

V/. C’est ici la maison du Seigneur ; elle est bâtie solidement, R/. Bien établie sur la pierre ferme.

Quand Salomon dédia le temple, il rappela au ciel les antiques promesses concernant le lieu que Jéhovah devait choisir pour y placer son Nom [39]. Nos églises l’emportent sur l’ancien temple, ayant mieux en elles que le simple Nom du Seigneur ; et tout chrétien est aujourd’hui la demeure de Dieu. Combien mieux encore, combien excellemment Marie, le tabernacle prédestiné, sanctifié, dédié dès sa première origine au Dieu qui prit chair en elle, et commença ainsi d’habiter parmi nous [40] ! Rendons grâces et pour elle et pour nous, en chantant son divin cantique.

Antienne de Magnificat

Le Seigneur a sanctifié son tabernacle ; car c’est ici la maison de Dieu, dont le nom y sera invoqué, selon qu’il est écrit : Là sera mon nom, dit le Seigneur.

Le cantique Magnificat

Oraison

Ô Dieu qui ramenez chaque année le jour de la consécration de ce saint temple, et faites que la célébration des mystères sacrés nous y trouve encore de ce monde : exaucez les prières de votre peuple, et accordez que quiconque viendra dans ce temple solliciter vos bienfaits, ait la joie de se voir pleinement exaucé. Par Jésus-Christ.

La consécration des églises

Le nom d’église donné au temple chrétien lui vient de l’assemblée des baptisés fréquentant ses parvis. C’est à la sanctification du même peuple élu dans ses phases successives, que la dédicace de l’édifice sacré emprunte l’inspiration et la trame qui font d’elle une des plus augustes fonctions de la liturgie.

Que nous représente, dès l’abord, ce temple aux murailles nues, aux portes closes, sinon l’humanité, faite pour Dieu et pourtant vide de lui depuis le péché d’origine ? Mais les héritiers de la promesse se sont gardés de la désespérance : ils ont jeûné ; ils ont prié dans la nuit. Le matin les retrouve faisant monter vers Dieu la supplication des psaumes de pénitence qu’inspirèrent au Prophète-roi son châtiment et son repentir.

Or voici qu’avec l’aube, sous la tente abritant ces prières d’exilés [41], est apparu le Verbe Sauveur ; c’est Lui que nous montre, en effet, la personne du pontife revêtant les insignes de son ministère, comme Lui revêtit notre nature [42]. Et Dieu fait homme s’unit à la prière des autres hommes ses frères ; et les ramenant devant le temple fermé toujours, il se prosterne comme eux, redouble avec eux de supplications.

Autour du noble édifice inconscient de ses destinées, se dessine alors la patiente stratégie à laquelle Dieu veut que se prêtent sa grâce et les ministres de sa grâce, entreprenant le siège des âmes perdues. Par trois fois, le Pontife fait le tour des murailles et tente de forcer ces portes obstinément closes ; mais son investissement est tout de prières au ciel, sa force toute de persuasion miséricordieuse et respectueuse de l’humaine liberté : Ouvrez-vous, portes, et le Roi de gloire entrera [43].

L’infidèle cède enfin ; l’entrée du temple est conquise. Paix éternelle à cette maison au nom de l’Éternel [44] ! Tout cependant n’est pas fini, mais plutôt commence : de l’édifice, profane encore, reste à faire une demeure digne de Dieu. Introduit dans la place, le Pontife prie toujours.

L’humanité, dont la future église sera le symbole, absorbe sa pensée. Il sait que, depuis si longtemps déchue, l’ignorance est son premier mal. Se levant donc, avec la crosse épiscopale il trace sur deux lignes de cendres qui se dirigent transversalement d’une extrémité à l’autre du temple, et se croisent au milieu de la grande nef, l’alphabet grec et l’alphabet latin : premiers éléments [45] des deux langues principales où se conservent pour nous la Tradition et l’Écriture ; ils sont tracés avec l’aide du bâton pastoral sur la cendre et la croix, parce que la science sacrée nous vient de l’autorité doctrinale, qu’elle n’est comprise que des humbles et qu’elle se résume dans Jésus crucifié [46].

Éclairée maintenant comme le catéchumène, comme lui l’humanité demande avec le temple à être purifiée. Le Pontife s’inspire des plus hautes données du symbolisme chrétien, pour parfaire l’élément de cette purification qui lui tient à cœur ; il y mêle l’eau et le vin, la cendre et le sel, qui figurent l’humanité et la divinité du Sauveur, sa mort et sa résurrection. En la manière que le Christ nous précéda dans les eaux du baptême au Jourdain [47], les aspersions commencent par l’autel, qui le représente, et se poursuivent dans l’édifice entier. Primitivement, c’était alors que non seulement tout l’intérieur et le pavé du temple, mais aussi l’extérieur des murailles, et jusqu’aux toits en certains lieux [48], se voyaient inondés de la pluie sanctifiante qui chasse le démon, donne cette demeure à Dieu, la prépare aux faveurs qui vont suivre.

Dans l’ordre des opérations du salut, l’eau appelle l’huile, qui confère au chrétien par le deuxième sacrement la perfection de son être surnaturel, qui fait aussi les rois, les prêtres et les pontifes. À tous ces titres, l’huile sainte à son tour coule à flots sur l’autel, qui est le Christ chef, Pontife et Roi ; pour de lui, comme avait fait l’eau, gagner les murs, l’Église entière. Vraiment, en effet, le temple est-il digne de ce nom d’Église désormais ; car ainsi baptisées, ainsi consacrées avec l’Homme-Dieu dans l’eau et l’Esprit-Saint, les pierres dont il est bâti représentent au vif l’assemblée des élus [49], liés entre eux comme avec la pierre divine par l’indestructible ciment de l’amour.

Jérusalem, loue le Seigneur ; loue ton Dieu, ô Sion [50] ! Les chants sacrés, qui, depuis le commencement de l’auguste fonction, n’ont point cessé d’en relever les sublimes développements, redoublent d’enthousiasme ; et atteignant le sommet du mystère, dans l’Église si intimement associée à l’Autel ils saluent l’Épouse de l’Agneau [51]. De cet Autel l’encens s’élève en tourbillons qui, montant jusqu’aux voûtes et parcourant les nefs, imprègnent le temple entier des parfums de l’Époux. Et voici que s’avancent les sous-diacres de la sainte Église, présentant à la bénédiction du Pontife les dons faits à l’Épouse en ce grand jour, les vêtements précieux qu’elle-même a préparés pour elle et pour le Seigneur.

Alors seulement [52], aux premiers siècles du moyen âge, avait lieu la triomphale translation des reliques destinées à entrer dans l’autel, et qui étaient demeurées jusque-là sous la tente de l’exil ; c’est toujours, en Orient, le couronnement de la consécration des églises [53]. Je vais vous préparer une place, disait l’Homme-Dieu ; et quand je l’aurai préparée, je reviendrai vous prendre avec moi, afin que là où je suis vous soyez vous-mêmes [54]. Chez les Grecs, le Pontife dépose les saintes reliques sur le disque sacré [55], et les porte élevées au-dessus de sa tête, « honorant à l’égal des redoutables Mystères ces restes précieux, parce que l’Apôtre a dit des fidèles : Vous êtes le corps du Christ et ses membres [56]. » En Occident, jusqu’au 13e siècle et plus tard, on scellait dans l’autel avec les Saints le Seigneur lui-même en son corps eucharistique. C’était « l’Église unie au Rédempteur, l’Épouse à l’Époux, » dit saint Pierre Damien [57] ; c’était la consommation finale, le passage du temps à l’éternité.

À la messe

Toute au souvenir du jour qui fît d’elle l’objet des divines prédilections, la Maison de Dieu renouvelle sa jeunesse sous l’éclat des plus riches parures. La couleur blanche de ses ornements montre en elle l’Épouse. Comme au moment où l’effusion du chrême l’ennoblit pour jamais, les douze flambeaux, symboles de la lumière apostolique, illuminent sur ses murs consacrés les douze croix qui témoignent de son titre aux faveurs du ciel.

Nos églises sont pour les Anges le point d’aboutissement du ciel en terre ; et c’est pourquoi l’introït s’inspire des paroles de Jacob, au sortir de la vision où lui était apparue l’échelle mystérieuse par où montaient et descendaient les célestes messagers [58]. Le verset, tiré des psaumes [59], chante à la fois le temple d’ici-bas et celui des cieux. « N’est-ce donc pas là le royaume que vous m’avez promis, mon Père ? » s’écriait Clovis ébloui, à sa première entrée dans l’église Sainte-Marie de Reims ; et Rémi répondait : « C’est l’entrée du chemin qui doit t’y conduire. »

Introït

Ce lieu est terrible : c’est la maison de Dieu et la porte du ciel : on l’appellera la demeure de Dieu. Ps. Qu’ils sont aimés vos tabernacles, ô Seigneur des armées ! mon âme défaille en ses aspirations vers les parvis du Seigneur. Gloire au Père. Ce lieu.

Le Saint-Siège, en étendant le bénéfice de cette fête aux églises qui ne sont pas consacrées, n’a pas cru devoir modifier pour celles-ci la collecte. Soit que l’on admette alors une communication de privilège entre l’Église cathédrale de chaque diocèse et ses filles moins honorées ; soit que l’on s’attache au sens pleinement universel exposé ci-dessus, et dans lequel tout édifice réservé au culte divin n’est que le symbole d’un temple plus auguste, le même en tous lieux : action de grâces est due à Celui qui nous donne de pouvoir goûter encore cette année les joies d’une si grande solennité. La vie prolongée, la santé conservée, sont des bienfaits de Dieu qu’il est juste de reconnaître ; l’en remercier dans sa maison, c’est le disposer à nous exaucer quand nous reviendrons implorer quelque autre bénédiction du corps et de l’âme, en ce lieu où il daigne écouter toute demande de son peuple [60].

Collecte

Ô Dieu qui ramenez chaque année le jour de la consécration de ce saint temple, et faites que la célébration des mystères sacrés nous y trouve encore de ce monde : exaucez les prières de votre peuple, et accordez que quiconque viendra dans ce temple solliciter vos bienfaits, ait la joie de se voir pleinement exaucé. Par Jésus-Christ.

Épître
Lecture du livre de l’Apocalypse du bienheureux Jean, Apôtre. Chap. 21

En ces jours-là, j’ai vu la sainte cité, la nouvelle Jérusalem, qui descendait des cieux, venant de Dieu, parée comme une épouse ornée pour son époux. Et j’entendis une grande voix qui venait du trône et disait : C’est ici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il habitera avec eux. Et ils seront son peuple, et lui-même demeurant avec eux sera leur Dieu ; et Dieu essuiera toutes larmes de leurs yeux ; et ni mort, ni deuil ne seront plus ; plus de cris, plus de souffrance : tout le passé s’en est allé. Et celui qui était assis sur le trône dit : Voici que je fais toutes choses nouvelles.

Nous ne devons pas oublier que les magnificences de l’Église des cieux sont déjà, moins la vision qui nous en est différée, celles de l’Église de la terre, sans plus tarder toute belle et sainte, vraiment Épouse, et à ce titre attirant Dieu qui par elle demeure avec nous. Les prophètes d’Israël n’usèrent point d’autres expressions que le disciple bien-aimé ne fait en ces lignes, quand ils annoncèrent la substitution ici-bas d’une autre Jérusalem à l’infidèle Sion.

« Voici que je crée des cieux nouveaux et une terre nouvelle, dit le Seigneur, et l’on ne se souviendra plus du passé ; je prendrai mes délices en Jérusalem : plus de cris ni de pleurs, plus que joie pour mon peuple [61]. Car ils seront mon peuple, et je serai leur Dieu [62]. — Cité de Dieu, loue le Seigneur : il relèvera son tabernacle en toi. Tu brilleras d’une lumière éclatante, et les nations viendront des extrémités de la terre, apportant leurs dons, adorant en toi le Seigneur. Les portes de Jérusalem seront bâties de saphirs et d’émeraudes ; l’enceinte entière de ses murailles sera de pierres précieuses ; blanches et belles seront les pierres qui paveront ses places publiques, et l’on chantera l’Alleluia dans ses rues [63]. »

Faisons donc fête à l’Église militante aujourd’hui, non moins qu’à la triomphante ; renouvelons pour elle notre vénération, notre dévouement, notre amour. « Réjouissez-vous avec Jérusalem, et tressaillez en elle, vous tous qui l’aimez ; que ses allégresses comme ses deuils soient les vôtres : abreuvez-vous avec délices au sein de sa consolation ; que votre joie grandisse en la mesure où déborde sa gloire [64]. » Ainsi chantait le prince des prophètes, à qui la maison de Dieu fut montrée reparaissant dans le lointain des âges au sommet des monts, sur les collines de la gentilité [65]. Et de l’altière Ninive qui retenait Israël captif, le vieux Tobie, lui faisant écho, se proclamait bienheureux de l’espoir que quelqu’un de sa race vivrait assez pour contempler les gloires de la Sion nouvelle [66] ; il ajoutait : « Que maudits soient tes contempteurs, et bénis ceux qui te construisent ; heureux tous ceux qui t’aiment et que réjouit ta paix [67] ! » Disons nous-mêmes : « Béni soit le Seigneur qui l’a exaltée ! qu’il règne en elle dans les siècles des siècles [68]. »

Les ineffables sentiments qui remplissent l’âme de la sainte Église se font jour, au graduel, dans une des plus admirables mélodies qui soient au répertoire grégorien. Le verset d’Alleluia est tiré du psaume 137.

Graduel

Ce lieu a été fait par Dieu, inestimable mystère ! il est sans nul reproche. V/. O Dieu devant qui se tient le chœur des Anges, exaucez les prières de vos serviteurs. Alleluia, alleluia. V/. J’adorerai dans votre saint temple, et louerai votre nom.  Alleluia.

Évangile
La suite du saint évangile selon saint Luc. Chap. 19

En ce temps-là, Jésus étant entré dans Jéricho marchait par la ville. Et voici qu’un homme du nom de Zachée, qui était riche et chef des publicains, cherchait à voir Jésus pour le connaître. Mais il ne pouvait y parvenir à cause de la foule ; car il était de petite taille. Courant donc devant, il monta sur un sycomore pour le voir, en un endroit où il devait passer. Et Jésus, y étant arrivé, leva les yeux, et l’ayant vu lui dit : Zachée, hâtez-vous de descendre ; car c’est dans votre maison que je dois demeurer aujourd’hui. Lui donc, descendant vite, le reçut avec joie. Or à cette vue, tous murmuraient, disant qu’il était allé loger chez un pécheur. Mais Zachée, se tenant debout devant le Seigneur, lui dit : Seigneur, je donne la moitié de mes biens aux pauvres ; et si j’ai fait tort à quelqu’un en quelque chose, je lui rends le quadruple. Jésus lui dit : Le salut est entré aujourd’hui dans cette maison, parce que celui-là aussi est fils d’Abraham. Car le Fils de l’homme est venu pour chercher et sauver ce qui était perdu.

Les Grecs chantent, à la messe qui suit la dédicace de leurs églises, l’évangile où l’Homme-Dieu dit à Simon fils de Jean : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle [69]. Digne complément des symboliques leçons d’un aussi grand jour ; le schisme qui nous l’apporte est loin d’en diminuer la saveur. Saluons la pierre apostolique, dont la pose en notre Occident montra les races latines prédestinées à demeurer, jusqu’à la fin, la carrière d’où seraient tirés les plus nobles matériaux du temple éternel. Toutefois, ce fut à d’autres textes du livre sacré que nos pères empruntèrent la lecture évangélique du jour.

La comparaison établie par le Christ entre le fidèle et l’homme qui bâtit lui aussi sa maison sur la pierre [70], fixa le choix de quelques églises ; on a vu qu’elle inspire encore plus d’une antienne et d’un verset de l’office. Rome cependant, capitale des nations, préféra le récit de saint Luc où Jésus déclare prendre la maison de Zachée pour demeure. La maison que le Seigneur daignait faire sienne alors, et mieux que pour un jour, c’était en effet le publicain lui-même, le méprisé de la synagogue ; c’était nous tous, la gentilité, dont saint Ambroise atteste, en l’office de la nuit, qu’il était la figure [71].

Zachée, petit de race et de mérites comme le peuple des nations, ainsi s’exprime le saint Docteur, désirait voir Celui que les siens n’avaient point voulu recevoir [72]. Lui donc qui n’avait ni les Prophètes ni la Loi, pour s’élever au-dessus de la terre et parvenir à la vue du Sauveur, prit les devants ; et il courut au sycomore, à la Croix [73], par où Jésus, quittant les Juifs, devait passer pour aller aux Gentils. De la situation dominante où l’avait porté son humilité, il vit la Sagesse de Dieu [74]. Il l’entendit qui disait à cette foule ingrate et hautaine : On vous laissera votre maison déserte [75] ; pendant que, dédaigneuse des pharisaïques murmures d’Israël déchu, montait vers lui la voix si douce qui l’invitait à remplacer le premier-né dans l’honneur de recevoir chez lui son Dieu. Et certes, si la maison de l’homme qui écoute les paroles de Jésus et les met en pratique n’a rien à craindre de la tempête ou des flots déchaînés, étant bâtie sur la pierre [76] : quelle demeure plus sûre que le cœur de ce représentant des déshérités de jadis, réparant si grandement le passé, allant si généreusement au-devant des conseils mêmes du Seigneur !

L’offertoire est emprunté au passage du premier Livre des Paralipomènes, où David remercie Dieu qui lui a permis de rassembler les trésors nécessaires à la construction du temple. L’Église fait siennes les paroles du fils de Jessé en offrant à l’autel ses propres dons, en s’offrant surtout elle-même et ses fils, pour être unis dans un même sacrifice au Seigneur Époux et former avec lui le véritable temple de Dieu. « Toutes choses sont à vous, disait le Roi-prophète en la circonstance : ce que nous vous donnons, nous le tenions nous-mêmes de votre main ; mon Dieu, vous voyez les cœurs, et vous aimez la simplicité [77]. »

Offertoire

Seigneur mon Dieu, je vous ai tout offert avec joie dans la simplicité de mon cœur, et j’ai été bien heureux de voir ainsi rassemblé ce peuple qui est vôtre : Dieu d’Israël, gardez en lui cette bonne volonté. Alleluia.

Si la Messe se dit en dehors de l’église même dont on célèbre la dédicace, le Prêtre omet, dans la secrète qui suit, les mots entre parenthèses.

Secrète

Nous vous en supplions, soyez propice, Seigneur, à nos prières ; (faites que nous tous, rassemblés dans l’enceinte de ce temple, et célébrant le jour anniversaire de sa dédicace, vous soyons agréables par une entière et parfaite dévotion du corps et de l’âme 🙂 afin que vous rendant présentement ces vœux, nous méritions de parvenir avec votre secours aux éternelles récompenses. Par Jésus-Christ.

Bonne en tous lieux, la prière cependant revêt une efficacité particulière dans les églises consacrées. L’antienne de communion s’appuie, pour le dire, sur la parole du Très-Haut déclarant sa maison la maison de la prière [78], en laquelle, ajoute l’Église de sa propre autorité, se vérifie l’autre divine parole : « Qui demande, reçoit ; qui cherche, trouve ; et l’on ouvre à celui qui frappe [79]. »

Communion

Ma maison s’appellera la maison de la prière, dit le Seigneur : en elle, quiconque demande, reçoit ; qui cherche, trouve ; et à qui frappe, il sera ouvert.

La postcommunion, qui rassemble dans une suprême aspiration les sentiments dont cette fête laisse l’Église embrasée, formule avec un grand bonheur d’expression le multiple mystère du jour.

Postcommunion

Ô Dieu qui préparez à votre Majesté une demeure éternelle construite de pierres vivantes et choisies, venez en aide à votre peuple en prière, pour qu’aux espaces nouveaux acquis sur la terre à votre Église répondent de plus grands accroissements spirituels. Par Jésus-Christ.

Aux secondes vêpres

Les secondes vêpres sont en tout semblables aux premières, à l’exception du verset et de l’antienne de Magnificat.

V/. Seigneur, il convient que votre maison soit sainte. R/. A jamais.

Antienne de Magnificat

Oh ! combien ce lieu est redoutable ! c’est véritablement ici la maison de Dieu et la porte du ciel.

Cette fête devait être, et elle le fut, une source féconde d’inspiration pour la poésie chrétienne. On fait remonter au 7e siècle, nous l’avons dit, la rédaction première que voici des hymnes de l’office.

Hymne

Jérusalem, bienheureuse ville, dont le nom signifie la vision de la paix ! elle se bâtit de pierres vivantes dans les cieux ; les Anges l’entourent, lui formant un cortège d’épousée.

C’est la nouvelle Sion : elle vient du ciel, parée pour la fête nuptiale ; le Seigneur l’a élue pour épouse. Ses places publiques et ses murailles sont d’or très pur.

Les portes en sont de perles brillantes ; elles demeurent ouvertes toujours : quiconque souffre en ce monde pour le nom de Jésus-Christ, y trouve entrée par le droit du mérite.

Le marteau des souffrances en polit les pierres ; et c’est ainsi qu’appareillées par l’ouvrier, elles sont posées, elles sont fixées à leurs places respectives dans le saint édifice.

Le Christ en est dans les fondations la pierre d’angle, reliant en lui le double mur : Sion, en l’accueillant, devint sainte ; sa foi dans le Christ est l’élément qui lui garantit la durée.

Toute cette cité bien-aimée, vouée à Dieu, n’est que louange, que mélodies : chants d’allégresse dont son fervent amour adresse l’hommage au Dieu unique en trois personnes.

Dieu souverain, descendez dans ce temple où vous appellent nos prières : que votre bonté clémente y accueille nos vœux suppliants ; daignez répandre ici toujours d’abondantes bénédictions.

Que tous méritent ici d’obtenir leurs demandes et de conserver vos bienfaits, pour qu’à jamais en son repos avec les Saints nous reçoive, au sortir du monde, le Paradis.

Gloire et honneur soient en tous lieux au Dieu très haut, au Père avec le Fils, avec l’auguste Paraclet, à qui appartiennent louange et puissance dans les siècles éternels. Amen.

Autres liturgies

Les strophes qui suivent célèbrent magnifiquement le sublime mystère de la dédicace, compris comme l’entendaient nos pères. Chantées depuis le 13e siècle dans nos églises, elles ont mérité d’être attribuées à Adam de Saint-Victor. Nous avons dû nous arrêter au texte le plus généralement usité de nos jours.

Séquence

Que les filles de Sion et de Jérusalem, que toute l’assemblée du peuple fidèle donne essor à ses chants d’intarissable liesse : Alleluia !

Le Christ, en effet, règle de toute justice, épouse aujourd’hui notre Mère, l’Église, après l’avoir tirée de l’abîme de sa misère.

Par le sang et par l’eau qu’il lui donna pour dot, l’Homme-Dieu la produisit de son propre côté, tandis qu’à l’arbre de la croix il était suspendu.

Que l’Église dût être ainsi formée, on le vit en figure dans la première femme, quand fut créée d’une des côtes d’Adam notre mère Ève.

Ève fut une marâtre pour ses descendants : celle-ci est la mère de la race élue ; elle donne la vie aux malheureux dont elle se fait l’asile et le rempart.

C’est la barque où nous voguons en sécurité ; c’est le bercail où nous vivons à couvert ; c’est la colonne de vérité formant notre ferme appui.

Ô fête de solennelle allégresse, où le Christ s’unit à l’Église, où se célèbrent les noces de notre salut !

C’est pour les justes la récompense, pour les tombés le pardon, pour les saints Anges l’accroissement du bonheur.

De toute éternité, la divine Sagesse, ne considérant que sa grâce, régla l’évolution des siècles à cette seule fin.

Veuille le Christ, nous donnant d’avoir part à ses noces et d’en goûter les substantielles délices, nous admettre aux joies des élus. Amen.

Écoutons maintenant les bénédictions que l’Épouse implore, au jour de leur consécration, pour ces églises dans chacune desquelles elle voit son symbole. Si nous considérons que l’Épouse est toujours exaucée, cette préface du Pontifical nous dira quels bienfaits y attendent notre humble prière.

Préface

Dieu éternel, favorisez nos prières, favorisez ces rites sacrés, favorisez aussi les pieux labeurs de ceux qui vous servent : nous implorons votre miséricorde. Malgré notre indignité, nous consacrons cette Église, qui est vôtre, sous l’invocation de votre saint nom, en l’honneur de la croix sainte sur laquelle votre Fils coéternel notre Seigneur Jésus-Christ a daigné souffrir pour racheter le monde, en mémoire aussi de votre saint N. (On nomme ici le Saint titulaire de l’Église.) Que sur elle descende votre Saint-Esprit, dans l’abondance débordante de sa grâce septiforme, pour qu’autant de fois qu’en cette maison votre saint nom sera invoqué, votre bonté, Seigneur, exauce invocations et prières. Ô bienheureuse et sainte Trinité, qui tout purifiez, tout parez, tout ornez ! Ô bienheureuse majesté de Dieu, qui remplissez tout, renfermez tout, ordonnez tout ! Ô bienheureuse et sainte main de Dieu, qui tout sanctifiez, tout bénissez, tout enrichissez ! Ô Dieu saint des Saints, nous implorons dans nos plus dévots abaissements votre clémence : daignez, par notre humble ministère, purifier, bénir et consacrer a jamais, dans l’abondance de vos dons sanctificateurs, cette Église élevée en l’honneur de la croix sainte et victorieuse, en mémoire aussi de votre saint N. Qu’ici les Prêtres vous offrent le sacrifice de la louange. Qu’ici les peuples fidèles acquittent leurs vœux. Qu’ici se dissolvent les fardeaux des péchés et reviennent à la grâce les fidèles tombés.

Exaucez donc notre prière, Seigneur : que par la grâce du Saint-Esprit, dans cette maison qui est la vôtre, les malades soient guéris, les infirmes recouvrent leurs forces, les boiteux marchent, les lépreux soient purifiés, les aveugles voient, les démons soient chassés. Seigneur, qu’ici, par votre faveur, disparaisse toute débilité et misère, soient déliés tous liens des péchés. Qu’ainsi tous ceux qui viendront dans ce temple solliciter comme il faut vos bienfaits, aient la joie de se voir pleinement exaucés : afin qu’ayant obtenu la miséricorde, objet de leur prière, ils glorifient votre gratuite munificence à jamais. Par le même Jésus-Christ.

Nous terminerons par ces belles formules de la liturgie ambrosienne, où la dédicace est célébrée en Octobre [80] et donne son nom, post Dedicationem, aux derniers dimanches du cycle sacré.

Préface

C’est une chose juste de vous rendre grâces, Dieu éternel, par Jésus-Christ notre Seigneur. Donnant à l’Église la même souveraine puissance qu’il avait reçue de vous, il l’établit par cet honneur qu’il lui faisait Épouse et Reine, soumettant tout à sa sublimité, ordonnant que le ciel ratifiât ses jugements. Mère de tous les vivants, sa grandeur croît par sa fécondité : chaque jour la voit donner à Dieu des fils par l’Esprit-Saint. C’est une vigne dont les branches remplissent le monde entier ; suspendant ses rejetons au bois qui la porte, elle les élève jusqu’au royaume des cieux. C’est la ville fondée au sommet des monts, visible pour tous, attirant tous les yeux ; elle a pour fondateur et tout ensemble pour habitant notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, que louent avec vous les Anges.

Oraison

Dieu, qui daignâtes donner à votre Église le titre d’Épouse de votre Fils unique, afin que la ferveur de sa foi appelant votre grâce, elle attirât aussi par son nom et y puisât l’amour ; faites que tout ce peuple de vos serviteurs soit digne et mérite de porter avec elle un tel nom. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur.

Seigneur, j’ai aimé la beauté de votre maison, et le lieu dont vous avez fait l’habitation de votre gloire [81]. Que cette parole demeure en nous comme le parfum de l’auguste solennité. Votre maison, ô Dieu, c’est notre église, ineffablement belle du rayonnement des mystères divins. Qu’était près d’elle le tabernacle, abritant l’arche de l’alliance du Sinaï ? et pourtant sa pensée remplissait l’âme de David au désert et le faisait défaillir [82], semblable au cerf qui soupire après l’eau des fontaines [83]. Apprenons de nos pères des siècles de l’attente à aimer les parvis du Seigneur.

Pourtant, chrétien, l’exil dont souffrait David ne saurait t’atteindre ; car tu es devenu au baptême le sanctuaire de Dieu. Que ce jour de dédicace te rappelle les consécrations qui t’enlevèrent à toi-même [84], pour faire de toi le temple de l’Esprit-Saint, pour te donner au Christ, avec lequel ta vie est désormais cachée [85] dans le très doux et très fécond secret de la face du Père. Sache entourer dans ton âme la Trinité sainte des hommages que réclame sa présence.

Enfin, âme baptisée et consacrée, rappelle-toi que tu n’es pas seule au banquet de l’amour de ton Dieu ; que la divine charité qui t’unit au Christ Époux doit aussi te joindre à ses membres, et t’appareiller, pierre animée, préparée ici-bas pour la place qui sera tienne un jour dans l’édifice du sanctuaire des cieux. Sache t’adapter à l’Église vivante, vibrer à l’unisson de la grande Épouse, t’essayant à l’éternité, où ton unique et bienheureux emploi sera de glorifier comme elle Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, dans les siècles des siècles.

[1] – Invitator. festi ad Matut.

[2] – Psalm. 17, 12.

[3] – Ibid. 10.

[4] – Ibid. 12.

[5] – 1 Tim. 6, 16.

[6] – 3 Reg. 8, 27.

[7] – 2 Petr. 1, 4.

[8] – Prov. 8, 22.

[9] – Ibid. 27.

[10] – Ibid. 31.

[11] – Gal. 4, 4.

[12] – Col. 2, 9.

[13] – 1 Cor. 3, 16.

[14] – Ibid. 6, 20.

[15] – Ibid. 3, 17.

[16] – s. Jean 1, 16 ; Col. 2, 10.

[17] – Éph. 1, 23.

[18] – Gen. 2, 23.

[19] – Éph. 6, 3o.

[20] – 1 Petr. 2, 4–7.

[21] – 1 Cor. 3, 10.

[22] – Éph. 2, 20–22.

[23] – Hymn. festi ad Vesp.

[24] – 1 Cor. 15, 24.

[25] – s. Jean 3, 16.

[26] – 1 Cor. 15, 28.

[27] – Exod. 26, 3o.

[28] – Héb. 8, 5 ; 9, 24.

[29] – Apoc. 21, 2, 3.

[30] – Ibid. 9.

[31] – Sequentia Jerusalem et Sion filiae, quae infra dabitur.

[32] – Cant. 3, 11.

[33] – Psalm. 92, 5.

[34] – Isaï. 56, 7.

[35] – s. Matth. 21, 13.

[36] – s. Matth. 7, 24–27.

[37] – Éph. 2, 19–22.

[38] – Apoc. 21.

[39] – 3 Reg. 8, 29 ; Deuter. 26, 2.

[40] – s. Jean 1, 14.

[41] – Sub tentorio ante fores Ecclesiae consecrandae parato. Pontificale rom.

[42] – Simeon Thessalonic. De templo et ejus consecratione, 102.

[43] – Pontificale rom. ex Psalm. 23, 7.

[44] – Pontificale rom. Ant. ad intr. Pontificis.

[45] – Remig. Antissiodorensis, tractatus de Dedicat. Ecclesiœ ; Ivo Carnotensis, Sermo 4, de sacramentis Dedicat. De Rossi, Bulletin, 1881 : L’alphabet dans les monuments chrétiens ; et au point de vue plus spécialement archéologique de la terminatio loci sacri, ibidem : Les alphabets que l’évêque trace sur la croix grecque en consacrant les églises ; p. 138–155.

[46] – 1 Cor. 2, 2.

[47] – Simeon Thessalon. ubi supva, 107.

[48] – Et per culmina templi. Ordo 4 in Dedicat. ap. Martene, ex Pontificali S. Dunstani Cantuariensis.

[49] – Pontificale rom. Ant. Lapides pretiosi, ad unctionem parietum.

[50] – Psalm. 147, ibid. ad id.

[51] – Haec est Jerusalem, ibid.

[52] – Remig. Antissiod. ubi supra ; Ordines veterum ap. Martène.

[53] – Eucholog. Ordo et Officium Dedicationis Templi.

[54] – s. Jean 14, 2, 3.

[55] – Répondant à notre patène.

[56] – 1 Cor. 12, 2 ; Simeon Thessalon. ubi supra, 116.

[57] – Petr. Dam. Sermo 72, in Dedicat. 4.

[58] – Gen. 28.

[59] – Psalm. 83.

[60] – 3 Reg. 8, 52 ; 9, 3

[61] – Isaï. 65, 17–19.

[62] – Jérém. 31, 33.

[63] – Tob. 13.

[64] – Isaï. 66, 10, 11.

[65] – Ibid. 3, 2.

[66] – Tob. 13, 20.

[67] – Ibid. 16, 18.

[68] – Ibid. 23.

[69] – s. Matth. 16.

[70] – Ibid. 7.

[71] – Homil. diei festi, ex Ambr. in Luc. 8.

[72] – Ibid. Ex Jean 1, 2.

[73] – Homil. 5ae diei infra Oct., ex Bed. in Luc 5.

[74] – Homil. 4ae diei infra Oct., ex Greg. Moral. 27, 27.

[75] – s. Matth. 23, 38.

[76] – Ibid. 7, 24, 25.

[77] – 1 Paralip. 29.

[78] – s. Matth. 21, 13 ; ex Isaï. 56, 7.

[79] – s. Matth. 7, 8.

[80] – Dominica 3 Octobris.

[81] – Psalm. 26, 8.

[82] – Psalm. 83.

[83] – Psalm. 41.

[84] – 1 Cor. 6, 19.

[85] – Col. 3, 3.