Les matines de Noël

 

Dom Guéranger ~ L’année liturgique
Les matines de Noël

Avant l’office de la nuit

Les fidèles doivent savoir que, dans les premiers siècles de l’Église, on ne célébrait pas de fête solennelle sans s’y préparer par une veille laborieuse, durant laquelle le peuple chrétien, renonçant au sommeil, remplissait l’église, et suivait avec ferveur la psalmodie et les lectures dont l’ensemble formait dès lors ce que nous appelons aujourd’hui l’office des matines. La nuit était divisée en trois parties, désignées sous le nom de nocturnes ; et au point du jour, on reprenait les chants avec plus de solennité encore dans l’office des louanges qui a retenu le nom de laudes. Ce divin service, qui remplissait la meilleure partie de la nuit, se célèbre encore chaque jour, quoique à des heures moins pénibles, dans les chapitres et les monastères, et il est récité dans le particulier par tous les clercs astreints à l’office divin, dont il forme la portion la plus considérable. Le relâchement des habitudes liturgiques a peu à peu désaccoutumé les peuples de prendre part à la célébration des matines ; et dans la plupart des églises paroissiales de France, on a fini par ne les plus chanter que quatre fois par an : savoir, les trois derniers jours de la semaine sainte ; encore sont-elles anticipées à la veille dans l’après-midi, sous le nom de ténèbres ; et enfin, le jour de Noël, où du moins on les solennise à peu près à la même heure qu’on le faisait dans l’antiquité.

L’office de la nuit de Noël a toujours été célèbre entre tous ceux de l’année, et solennise avec une dévotion spéciale : d’abord à raison de l’heure à laquelle la très sainte Vierge enfanta le Sauveur, et qu’il convient d’attendre dans les prières et les vœux les plus ardents ; ensuite, parce que l’Église ne se contente pas de célébrer en cette nuit l’office des matines à l’ordinaire, mais elle y joint, par une exception unique, et pour mieux honorer la divine naissance, l’offrande du saint sacrifice de la messe à l’heure même de minuit, qui est celle où Marie donna son auguste fruit à la terre. Aussi voyons-nous que dans beaucoup de lieux, dans les Gaules principalement, selon le témoignage de saint Césaire d’Arles, les fidèles passaient la nuit entière à l’Église.

À Rome, durant plusieurs siècles, au moins du septième au onzième, il y avait deux matines dans la nuit de Noël. Les premières se chantaient dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure ; on les commençait aussitôt après le soleil couché ; il n’y avait pas d’invitatoire, et ce premier office de la nuit était suivi de la première messe de Noël que le pape célébrait à minuit. Aussitôt après, il se rendait avec le peuple à l’Église de Sainte-Anastasie, où il célébrait la messe de l’aurore. Le pieux cortège se trans­portait ensuite, et toujours avec le pontife, à la basilique de Saint-Pierre, où commençaient tout aussitôt les secondes matines. Elles avaient un invitatoire, et étaient suivies des laudes ; lesquelles étant chantées, ainsi que les offices suivants, aux heures conve­nables, le pape célébrait la troisième et dernière messe, à l’heure de tierce. Amalaire et l’ancien liturgiste du 12e siècle qu’on a publié sous le nom d’Alcuin nous ont conservé ces détails, qui sont d’ailleurs rendus sensibles par le texte même des anciens antiphonaires de l’Église romaine qui ont été publiés par le Bienheureux Joseph-Marie Tommasi et par Gallicioli.

La foi était vive dans ces temps ; le sentiment de la prière étant le lien le plus puissant pour les peuples nourris sans cesse des mystères divins, les heures passaient vite pour eux dans la maison de Dieu. On comprenait alors les prières de l’Église ; les cérémonies de la liturgie, qui en sont l’indispensable complément, n’étaient point comme aujourd’hui un spectacle muet, ou tout au plus empreint d’une vague poésie : les masses croyaient et sentaient comme les individus. Qui nous rendra cette compréhen­sion des choses surnaturelles, sans laquelle tant de gens aujourd’hui encore se flattent d’être chrétiens et catholiques ?

Mais pourtant, grâces à Dieu, cette foi pratique n’est pas encore tout à fait éteinte chez nous ; espérons même qu’elle reprendra un jour son ancienne vie. Que de fois nous nous sommes plu à en rechercher et à en contempler les traces au sein de ces familles patriarcales, encore nombreuses aujourd’hui dans nos petites villes et nos campagnes des provinces éloignées de la capitale de la France ! C’est là que nous avons vu, et nul souvenir d’enfance ne nous est plus cher, toute une famille, après la frugale et sévère collation du soir, se ranger autour d’un vaste foyer, n’attendant que le signal pour se lever comme un seul homme, et se rendre à la messe de minuit. Les mets qui devaient être servis au retour, et dont la recherche simple, mais succulente, devait ajouter à la joie d’une si sainte nuit, étaient là préparés d’avance ; et au centre du foyer, un vigoureux tronc d’arbre, décoré du nom de bûche de Noël, ardait vivement, et dispensait une puissante chaleur dans toute la salle. Sa destinée était de se consumer lentement durant les longues heures de l’office, afin d’offrir au retour un brasier salutaire pour réchauffer les membres des vieillards et des enfants engourdis par la froidure.

Cependant on s’entretenait avec une vive allégresse du mystère de la grande nuit ; on compatissait à Marie et à son doux enfant exposés dans une étable abandonnée à toutes les rigueurs de l’hiver ; puis bientôt, on entonnait quelqu’un de ces beaux Noëls, au chant desquels on avait passé déjà de si touchantes veillées dans tout le cours de l’avent. Les voix et les cœurs étaient d’accord, en exécutant ces mélodies champêtres composées dans des jours meilleurs. Ces naïfs cantiques redisaient la visite de l’ange Gabriel à Marie, et l’annonce d’une maternité divine faite à la noble pucelle ; les fatigues de Marie et de Joseph parcourant les rues de Bethléhem, alors qu’ils cherchaient en vain un gîte dans les hôtelleries de cette ville ingrate ; l’enfantement miraculeux de la reine du ciel ; les charmes du nouveau-né dans son humble berceau ; l’arrivée des bergers, avec leurs présents rustiques, leur musique un peu rude, et la foi simple de leurs cœurs. On s’animait en passant d’un Noël à l’autre ; tous soucis de la vie étaient suspendus, toute douleur était charmée, toute âme épanouie ; mais soudain la voix des cloches retentissant dans la nuit venait mettre fin à de si bruyants et si aimables concerts. On se mettait en marche vers l’Église ; heureux alors les enfants que leur âge un peu moins tendre permettait d’associer pour la première fois aux ineffables joies de cette nuit solennelle, dont les saintes et fortes impressions devaient durer toute la vie !

Mais où nous entraîne le charme de ces souvenirs trop personnels et d’une nature inconnue peut-être à la plupart de nos lecteurs ? Toutefois, s’il ne nous est pas possible de faire revivre ces chères et touchantes habitudes qui confondaient les saintes émotions de la religion avec les plus intimes jouissances de la famille, nous nous efforcerons de suggérer à ceux qui veulent bien nous lire, afin de remplir utilement les derniers instants qui précèdent le départ pour la maison de Dieu, quelques considé­ra­tions à l’aide desquelles ils pourront entrer plus avant encore dans l’esprit de l’Église, fixant leur cœur et leur imagination sur des objets réels et consacrés par les mystères de cette auguste nuit.

Or donc, il est trois lieux dans le monde que notre pensée doit rechercher principalement à cette heure. Bethléhem est le premier de ces trois lieux, et dans Bethléhem, c’est la grotte de la nativité qui nous réclame. Approchons-nous avec un saint respect, et contemplons l’humble asile que le Fils de l’Éternel descendu du ciel a choisi pour sa première résidence. Cette étable, creusée dans le roc, est située hors la ville ; elle a environ quarante pieds de longueur sur douze de largeur. Le bœuf et l’âne annoncés par le prophète sont là près de la crèche, muets témoins du divin mystère que la demeure de l’homme a refusé d’abriter.

Joseph et Marie sont descendus dans cette humble retraite ; le silence et la nuit les environnent ; mais leur cœur s’épanche en louanges et en adorations envers le Dieu qui daigne réparer si complètement l’orgueil de l’homme. La très pure Marie dispose les langes qui doivent envelopper les membres du céleste enfant, et attend avec une ineffable patience l’instant où ses yeux verront enfin le fruit béni de ses chastes entrailles, où elle pourra le couvrir de ses baisers et de ses caresses, l’allaiter de son lait virginal.

Cependant, le divin Sauveur, près de franchir la barrière du sein maternel, et de faire son entrée visible en ce monde de péché, s’incline devant son Père céleste, et, suivant la révélation du psalmiste expliquée par le grand apôtre dans l’épître aux Hébreux, il dit : « Ô mon Père ! vous ne voulez plus des hosties grossières que l’on vous offre selon la loi ; ces oblations vaines n’ont point apaisé votre justice ; mais vous m’avez donné un corps ; me voici, je viens m’offrir ; je viens accomplir votre volonté [1]. »

Tout ceci se passait vers l’heure où nous sommes, dans l’étable de Bethléhem, et les anges du Seigneur étaient ravis d’admiration pour une si grande miséricorde d’un Dieu envers des créatures révoltées, en même temps qu’ils considéraient avec délices les nobles et gracieux attraits de la Vierge sans tache, attendant, eux aussi, l’instant où la rose mystique allait s’épanouir enfin et répandre son divin parfum.

Heureuse grotte de Bethléhem qui fut témoin de semblables merveilles ! qui de nous, à cette heure, n’y enverrait pas son cœur ? Qui de nous ne la préférerait aux plus somptueux palais des rois ? Dès les premiers jours du christianisme, la vénération des fidèles l’environna des plus tendres hommages, jusqu’à ce que la grande sainte Hélène, suscitée de Dieu pour reconnaître et honorer sur la terre les traces du passage de l’Homme-Dieu, fit bâtir à Bethléhem la magnifique basilique qui devait garder dans son enceinte ce trophée de l’amour d’un Dieu pour sa créature.

Transportons-nous par la pensée dans cette église encore subsistante ; voyons-y, au milieu des infidèles et des hérétiques, les religieux qui desservent ce sanctuaire, s’apprêtant aussi à chanter, dans notre langue latine, les mêmes cantiques que bientôt nous allons entendre. Ces religieux sont des enfants de saint François, des héros de la pauvreté, des disciples de l’enfant de Bethléhem ; et c’est parce qu’ils sont petits et faibles, que, depuis plus de cinq siècles, ils soutiennent seuls les combats du Seigneur, en ces lieux sacrés de la Terre-Sainte que l’épée des Croisés s’était lassée de défendre. Prions en union avec eux, cette nuit ; et baisons avec eux la terre à cet endroit de la grotte où on lit en lettres d’or ces paroles : Ici le Christ est né de la Vierge Marie, Hic de Virgine Maria Jesus Christus natus est.

Toutefois, c’est en vain que nous demanderions aujourd’hui à Bethléhem l’heureuse crèche qui reçut l’enfant divin. Depuis douze siècles, elle a fui ces contrées frappées de malédiction ; elle est venue chercher un asile au centre de la catholicité, à Rome, l’épouse favorisée du rédempteur.

Rome est donc le second lieu du monde que notre cœur doit rechercher en cette nuit fortunée. Mais dans la ville sainte, il est un sanctuaire qui réclame en ce moment toute notre vénération et tout notre amour. C’est la basilique de la crèche, la splendide et radieuse église de Sainte-Marie-Majeure. Reine de toutes les nombreuses églises que la dévotion romaine a dédiées à la mère de Dieu, elle s’élève avec magnificence sur l’Esquilin, toute resplendissante de marbre et d’or, mais surtout heureuse de posséder en son sein, avec le portrait de la Vierge Mère peint par saint Luc, l’humble et glorieuse crèche que les impénétrables décrets du Seigneur ont enlevée à Bethléhem pour la confier à sa garde. Un peuple immense se presse dans la basilique, attendant l’heureux instant où ce touchant monument de l’amour et des abaissements d’un Dieu apparaîtra porté sur les épaules des ministres sacrés, comme une arche de nouvelle alliance, dont la vue tant désirée rassure le pécheur et fait palpiter le cœur du juste. Dieu a donc voulu que Rome, qui devait être la nouvelle Jérusalem, fût aussi la Bethléhem nouvelle, et que les enfants de son Église trouvassent dans ce centre immuable de leur foi l’aliment multiple et inépuisable de leur amour.

Mais la basilique de la crèche n’est pas le seul sanctuaire de Rome qui nous réclame cette nuit. Un mystère profond et imposant s’accomplit à l’heure même où nous sommes, près du sépulcre du prince des apôtres, dans l’auguste palais du Vatican. Si l’âge et les forces du souverain pontife lui permettent de se rendre cette nuit à Sainte-Marie-Majeure, la cérémonie dont nous allons parler a lieu dans la vaste sacristie de la basilique.

L’enfant divin qui va naître est le Dieu fort, le prince de la paix ; il porte la marque de la royauté sur son épaule, comme nous le chanterons demain avec l’Église. Pour honorer cette puissance de l’Emmanuel, déjà, ainsi que nous l’avons vu, le Seigneur des armées a amené aux pieds de la crèche les deux grands chefs de la nation franque, Clovis et Charlemagne ; et voici que le pontife suprême, le vicaire de l’Emmanuel, bénit en son nom, dans cette nuit même, une épée et un casque destinés à quelque guerrier catholique dont le bras victorieux a bien mérité de la république chrétienne. Cette épée, dit le grand cardinal Polus expliquant ce rite dans une lettre célèbre adressée à Philippe II et à la reine Marie, son épouse, est remise à un prince que le vicaire du Christ veut honorer, au nom du Christ lui-même qui est roi ; car l’ange dit à Marie : Dieu lui donnera le trône de David son père. C’est de lui seul que vient la puissance du glaive ; car Dieu dit à Cyrus : Je t’ai ceint de l’épée ; et le psalmiste dit au Christ : Ceignez-vous du glaive, ô prince très vaillant ! Mais le glaive ne doit se tirer que pour la justice ; et c’est pour cela qu’on le bénit en cette nuit, au milieu de laquelle se lève le divin soleil de justice. Sur le casque, ornement et protection de la tête, est représentée par un travail de perles l’image de l’Esprit-Saint, afin que le prince connaisse que ce n’est point d’après le mouvement de ses passions, ni pour son ambition, qu’il doit faire usage du glaive, mais uniquement dans la sagesse du divin Esprit et pour étendre le royaume du Christ sur la terre.

Ineffable mélange d’idées et de sentiments forts et tendres, dont on ne retrouve l’expression et en même temps l’harmonie que dans cette Rome chrétienne qui est notre mère, et qui seule a reçu avec plénitude la lumière et l’amour ! Cette cérémonie s’est conservée jusqu’aujourd’hui ; et ce serait une liste glorieuse que celle des grands capitaines de la chrétienté que le pontife romain, depuis déjà de longs siècles, a armés ainsi chevaliers de l’Église et des nations, dans cette nuit où le messie descend pour soumettre notre ennemi. En nous inclinant avec amour devant son berceau, rendons aussi gloire à sa royauté ; prions-le d’humilier tous les ennemis de son Église, et de terrasser ceux de notre salut et de notre perfection.

Il est temps maintenant de visiter le troisième des sanctuaires où se doit accomplir durant cette nuit le mystère de la naissance du divin fils de Marie. Or, ce troisième sanctuaire est tout près de nous ; il est en nous : c’est notre cœur. Notre cœur est la Bethléhem que Jésus veut visiter, dans laquelle il veut naître, pour s’y établir et y croître jusqu’à l’homme parfait, comme parle l’apôtre [2]. S’il visite l’étable de la cité de David, ce n’est que pour parvenir plus sûrement à notre cœur qu’il a aimé d’un amour éternel, jusqu’à descendre du ciel pour le venir habiter. Le sein virginal de Marie ne l’a conservé que neuf mois ; il veut éternellement résider dans notre cœur.

Ô cœur du Chrétien, Bethléhem vivante, prépare-toi, et sois dans l’allégresse ! Déjà, tu t’es disposé par l’aveu de tes fautes, par la contrition de tes offenses, par la pénitence de tes méfaits, à cette union que le divin enfant désire contracter avec toi. Maintenant, sois attentif ; il va venir au milieu de la nuit. Qu’il te trouve donc prêt, comme il trouva l’étable et la crèche et les langes. Tu ne peux lui offrir les pures et maternelles caresses de Marie, les tendres soins de Joseph : présente-lui les adorations et l’amour simple des bergers. Semblable à la Bethléhem des temps actuels, tu habites au milieu des infidèles, de ceux qui ignorent le divin mystère d’amour : que tes vœux soient secrets et sincères comme ceux qui monteront cette nuit, vers le ciel, du fond de la glorieuse et sainte grotte qui réunit autour des fils de saint François les rares fidèles que la céleste miséricorde trouve à glaner encore au sein d’une contrée abrutie par plus de mille ans de servitude. Dans la pompe de cette sainte nuit, deviens semblable à la radieuse basilique qui garde dans Rome le dépôt de la sainte crèche et le doux portrait de la Vierge Mère. Que tes affections soient pures comme le marbre blanc de ses colonnes ; ta charité resplendissante comme l’or qui brille à ses lambris ; tes œuvres lumineuses comme les mille cierges qui, dans son heureuse enceinte, illuminent la nuit de toutes les splendeurs du jour. Enfin, ô soldat du Christ ! apprends qu’il faut combattre pour mériter d’approcher de l’enfant divin ; combattre pour conserver en soi sa présence pleine d’amour ; combattre pour arriver à l’heureuse consommation qui te fera tout un avec lui dans l’éternité. Conserve donc chèrement ces impressions ; qu’elles te nourrissent, te consolent et te sanctifient, jusqu’au moment où l’Emmanuel va descendre en toi. Ô Bethléhem vivante ! répète sans cesse cette douce parole de l’épouse : Venez, Seigneur Jésus ! venez.

Oui, le voici qui vient, et il est temps d’aller à lui. Levons-nous et nous acheminons vers le saint temple. Avançons-nous à travers la nuit ; le silence est interrompu par le résonnement des cloches, dont la mélodie est si solennelle à cette heure inaccoutumée. Leur son un peu voilé, moins éclatant qu’il ne l’est pendant le jour, annonce l’approche mystérieuse d’un Dieu. C’est dans un berceau, sous les traits de l’enfance, et non à travers l’épaisse fumée d’un nuage terrible comme au Sinaï, qu’il se manifeste. On n’entend pas de foudres mugir ; les éclairs ne sillonnent pas les nuages ; la lune, symbole de la suave beauté que Marie emprunte au divin soleil, répand au loin sa mystérieuse clarté sur notre route. L’armée des astres scintille au firmament ; et tout à l’heure se lèvera l’étoile qui doit conduire, d’ici à peu de jours, les mages à la crèche de l’Enfant-Dieu.

Nous touchons enfin le seuil de l’église. La lumière des lampes et des flambeaux qui l’éclairent déborde jusque sous le portique. À la vue de ces feux qui rendent plus splendide encore la décoration de la maison de Dieu, nous nous rappelons le mot de Clovis entrant le même jour, à cette même heure, dans la basilique de Reims où il devait être régénéré : « Mon Père, s’écria le Sicambre ébloui, et agité d’une émotion inconnue, est-ce là le royaume que vous m’avez promis ? » — « Non, mon Fils, répondit l’apôtre des Francs, ce n’est que l’entrée du chemin qui doit t’y conduire. »

 

Les matines de Noël

L’Église ouvre l’office par la supplication matutinale.

V/. Seigneur, ouvrez mes lèvres ; R/. Et ma bouche annoncera vos louanges. V/. Ô Dieu ! venez à mon aide. R/. Hâtez-vous, Seigneur, de me secourir. V/. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ; Comme il était au commencement, et maintenant, et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. Alleluia.

Vient ensuite, avec son glorieux refrain qui annonce la nativité du Christ, le cantique invitatoire par lequel, chaque matin, l’Église convie ses enfants à venir adorer le Seigneur. Cette nuit, ce sont les anges eux-mêmes qui nous appellent à la crèche de notre rédempteur. Écoutons leurs voix à travers celles de l’Église et du roi prophète.

0. 1. Invitatoire

Le Christ nous est né : * Venez, adorons-le.

0. 2. Psaume 94

Venez, fidèles, tressaillons dans le Seigneur ; chantons dans la jubilation des hymnes à Dieu notre sauveur : prévenons sa présence par des chants de louange, et jubilons en son honneur dans la psalmodie.

Le Christ nous est né : * Venez, adorons-le.

Car le Seigneur est le grand Dieu, le grand roi au-dessus de tous les dieux ; il ne repoussera point son peuple : Dans sa main sont toutes les profondeurs de la terre, et son œil domine les sommets des montagnes.

Venez, adorons-le.

La mer est à lui, et il l’a faite, et ses mains ont formé la terre. Venez, fidèles, adorons et prosternons-nous devant ce Dieu ; pleurons devant ce Seigneur qui nous a faits : car il est le Seigneur notre Dieu, et nous son peuple et les brebis de son pâturage.

Le Christ nous est né : * Venez, adorons-le.

Si aujourd’hui vous entendez sa voix du fond de la crèche, n’endurcissez pas vos cœurs, comme au jour du murmure et de la tentation dans le désert, où vos pères me tentèrent, moi le Seigneur, le Père de l’Emmanuel, et où ils me mirent à l’épreuve et virent mes œuvres.

Venez, adorons-le.

Durant quarante années, j’ai couvert de ma protection cette génération, et j’ai dit : « C’est un peuple dont le cœur est égaré ; ils ne connaissent pas mes voies : c’est pourquoi j’ai juré dans ma colère qu’ils n’entreraient point dans la terre de mon repos. »

Le Christ nous est né : * Venez, adorons-le.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ; comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

Venez, adorons-le.
Le Christ nous est né : * Venez, adorons-le.

Après l’invitatoire, l’Église entonne l’hymne touchante que saint Ambroise a composée pour la naissance du Sauveur, et qui a déjà été chantée aux premières vêpres. Offrons-la de nouveau à notre libérateur, et goûtons-en de plus en plus la merveilleuse onction.

0. 3. Hymne

Jesu, Redemptor omnium.

Ces préludes étant accomplis, commence le solennel office de la nuit. Il est divisé en trois veilles, ou nocturnes, composées chacune de trois psaumes, de trois lectures appelées leçons, et de trois répons en manière d’intermèdes. Le troisième nocturne cependant n’a, à proprement parler, que deux répons ; en place du troisième on chante le Te Deum. Les interprètes mystiques de la liturgie ont reconnu des symboles dans ces trois nocturnes des matines de Noël. Le premier signifie le temps qui s’est écoulé pour le genre humain, avant la loi écrite que Dieu donna à Moïse. Au moyen âge, durant ce nocturne, l’autel était couvert d’un voile noir, à cause de la condamnation qui fut prononcée contre l’homme pécheur, et de la grande distance qui, à cette époque, séparait le genre humain de son libérateur. Le second nocturne signifie le temps qui s’est écoulé sous la loi écrite, et durant ce nocturne, l’autel était couvert d’un voile blanc ; parce que, sous la loi, les hommes recevaient une plus grande lumière au moyen des figures de l’ancien testament et des oracles prophétiques. Enfin, le troisième signifie le temps de la loi de grâce, et durant ce nocturne, l’autel était couvert d’un voile couleur de pourpre, pour signifier l’amour de l’époux et de l’épouse, dans cette union ineffable que le Fils de Dieu est venu contracter avec nos âmes.

1. Premier nocturne

Le premier psaume des matines de Noël célèbre la royauté de l’enfant qui va naître. Toutes les nations lui seront données en héritage, et un jour il viendra juger ces rois qui bientôt vont menacer son berceau. Il est le Fils éternel du Père qui l’a engendré au jour de l’éternité, et qui le manifeste durant cette nuit aux yeux du monde.

Ant. Le Seigneur m’a dit : Vous êtes mon Fils ; je vous ai engendré aujourd’hui.

1. 1. Psaume 2

Pourquoi les nations ont-elles frémi ?

Pourquoi les peuples ont-ils médité des choses vaines ?

Les rois de la terre se sont levés, les princes se sont ligués ensemble contre le Seigneur et contre son Christ.

Ils ont dit : Brisons leurs liens, et rejetons leur joug loin de nous.

Celui qui habite dans les cieux se rira d’eux ; le Seigneur insultera à leurs efforts.

Il leur parlera dans sa colère ; il les confondra dans sa fureur.

Moi, fils de Marie, j’ai été par lui établi roi sur Sion, sa montagne sainte, pour annoncer sa loi.

Le Seigneur m’a dit : Vous êtes mon Fils ; je vous ai engendré aujourd’hui.

Demandez-moi, et je vous donnerai les nations pour héritage, et pour empire jusqu’aux confins de la terre.

Vous les régirez avec la verge de fer, et les briserez comme le vase d’argile.

Maintenant donc, ô rois ! comprenez : instruisez-vous, arbitres du monde ;

Servez le Seigneur dans la crainte, réjouissez-vous en lui, mais avec tremblement.

Embrassez sa loi, de peur que le Seigneur ne s’irrite, et que vous ne périssiez de la voie droite,

Quand sa colère s’allumera soudain. Heureux alors tous ceux qui ont mis en lui leur confiance !

Ant. Le Seigneur m’a dit : Vous êtes mon Fils ; je vous ai engendré aujourd’hui.

Le second psaume chante la beauté des cieux durant la nuit, et relève le magnifique témoignage que rend à la grandeur de Dieu l’innombrable multitude des étoiles. Il passe bientôt à la louange du soleil, dont le lever radieux est semblable à celui de l’époux sortant de la chambre nuptiale. Ce soleil est le divin Emmanuel ; le sein de Marie est son sanctuaire. Aujourd’hui il ouvre sa course, partant des extrémités de l’abaissement, pour s’élever ensuite au faîte de la gloire. Adorons-le dans son humilité, et humilions-nous avec lui. Il est le législateur et la loi ; il est notre joie et notre lumière ; il est notre aide et notre rédempteur : aimons-le et soumettons-nous à lui.

Ant. Semblable à l’époux, le Seigneur est sorti de sa chambre nuptiale.

1. 2. Psaume 18

Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament annonce l’œuvre de ses mains.

Le jour en parle au jour, et la nuit en donne la science à la nuit.

Il n’est ni langues, ni dialectes, dans lesquels on n’entende ce langage des cieux.

Le bruit de leur voix retentit par toute la terre ; leurs paroles s’entendent jusqu’aux extrémités du monde.

Le Seigneur a placé son pavillon dans le soleil, image de son Fils ; et cet astre radieux, semblable à l’époux qui sort de la chambre nuptiale,

S’élance comme un géant pour parcourir sa carrière ; il part des extrémités de l’orient,

Et il s’abaisse aux bornes du couchant ; et nul ne se dérobe à la chaleur de ses rayons.

La loi du Seigneur, que Jésus vient annoncer, est sans tache ; elle convertit les âmes. La parole du Seigneur est fidèle, elle donne la sagesse à ceux qui sont petits comme l’enfant de la crèche.

Les commandements du Seigneur sont droits : ils réjouissent les cœurs ; le précepte du Seigneur est lumineux : il éclaire les yeux.

La crainte du Seigneur est sainte : ses fruits demeurent éternellement ; les jugements du Seigneur sont vrais : ils se justifient par eux-mêmes.

Ils sont plus désirables que l’or, plus précieux que les pierreries, plus doux que le rayon de miel.

Votre serviteur, ô Dieu, les garde, et dans leur accomplisse­ment est une récompense abondante.

Mais quel est celui qui connaît ses fautes ? Purifiez-moi donc, Seigneur, de mes péchés secrets, et préservez votre serviteur du commerce de ceux qui vous sont étrangers.

Sils ne dominent pas sur moi, je serai sans tache ; du moins je demeurerai pur de tout grand péché.

Alors les paroles de ma bouche vous seront agréables, et les pensées de mon cœur seront toujours en votre présence.

Seigneur, né pour moi, vous êtes mon aide et mon rédempteur.

Ant. Semblable à l’époux, le Seigneur est sorti de sa chambre nuptiale.

Le troisième psaume nous montre le Christ vainqueur marchant à la conquête du monde. Sa beauté et sa douceur sont égales à sa vérité et à sa justice ; nul ne pourra résister à la puissance de son amour. À sa droite paraît la reine du monde, l’auguste Marie, dont le Seigneur a aimé la beauté, et dont la virginité féconde a enfanté toutes ces âmes pures et consacrées qui suivront à jamais l’agneau. Célébrons, en ce sublime cantique, l’ineffable dignité de notre grand roi et les doux attraits de notre incomparable reine.

Ant. La grâce est répandue sur vos lèvres ; c’est pourquoi Dieu vous a béni pour l’éternité.

1. 3. Psaume 44

Mon cœur éclate en un cantique excellent ; c’est à la gloire du Christ Roi que je dédie mes chants.

Que ma langue soit semblable à la plume de l’écrivain dont la main est rapide.

Vous surpassez en beauté tous les enfants des hommes, ô Emmanuel ! La grâce est répandue sur vos lèvres ; c’est pourquoi Dieu vous a béni pour l’éternité.

Vous venez faire la conquête du monde, ô puissant guerrier : ceignez-vous de votre glaive, armez-en votre côté.

Brillant de gloire et de beauté, tendez votre arc, marchez à la victoire et régnez.

Régnez par votre vérité, par votre mansuétude, et par votre justice ; votre bras vous fera faire des prodiges admirables.

Vos flèches sont aiguës, les peuples tomberont à vos pieds : ces flèches perceront au cœur les ennemis du grand roi qui vous envoie.

Votre trône, ô Dieu, demeurera dans les siècles des siècles ; le sceptre de l’équité est le sceptre de votre empire.

Vous aimez la justice et vous haïssez l’iniquité ; c’est pour cela, ô Dieu, que votre Dieu vous a sacré d’une onction de joie au-dessus de tous ceux dont vous avez daigné prendre la nature.

Les parfums de la myrrhe, de l’ambre et du sandale s’exhalent de vos vêtements ; ces vêtements dont l’odeur vous réjouit, sortent de vos coffres d’ivoire. Les filles des rois font la gloire de votre cour.

Mais la reine Marie, celle qui partage vos triomphes, se tient à votre droite, couverte d’une robe brodée d’or, où brille la plus riche variété.

Votre Esprit lui parla un jour et lui dit : « Écoute, ô ma fille ! vois et prête l’oreille, oublie ta nation et la maison de ton père. Et le roi sera épris de ta beauté ; car celui qui t’aime est ton Dieu, et tous les peuples l’adoreront.

Les filles de Tyr t’offriront des présents ; tous les puissants de la terre imploreront ton regard. »

Or, toute la gloire de cette fille de roi est intérieure ; mais en retour, sa parure au dehors brille de l’éclat des franges d’or, et des broderies éclatantes et variées.

À sa suite viendront des chœurs de vierges ; ses compagnes vous seront présentées, ô grand roi !

Elles seront amenées dans la joie et l’allégresse ; elles seront introduites dans le temple du roi.

En la place de ces pères de la nation juive, dont vous avez voulu descendre et qui ne vous ont pas connu, ô Emmanuel ! il vous naîtra des fils d’une nouvelle alliance : vous les établirez princes sur toute la terre.

Ils perpétueront le souvenir de votre nom, de génération en génération.

C’est pourquoi les peuples vous loueront à jamais, et jusque dans les siècles des siècles.

Ant. La grâce est répandue sur vos lèvres ; c’est pourquoi Dieu vous a béni pour l’éternité.

V/. Semblable à l’époux, R/. Le Seigneur est sorti de sa chambre nuptiale.

Le Prêtre commence l’oraison dominicale :

Notre Père

Le reste se continue dans le silence, jusqu’à ce que le prêtre, pour conclure, élève la voix sur les dernières paroles :

V/. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.

Les clercs répondent tout d’une voix :

R/. Mais délivrez-nous du mal.

Puis, le prêtre :

Exaucez, Seigneur Jésus-Christ, les prières de vos serviteurs, et ayez pitié de nous, vous qui vivez et régnez avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles.

On répond : Amen.

Alors un lecteur se lève, et s’inclinant vers le prêtre, il dit :

Mon Père, veuillez me bénir.

Alors, le prêtre :

Que le Père éternel nous bénisse d’une éternelle bénédiction. R/. Amen.

Les leçons du premier nocturne sont tirées du prophète Isaïe, que l’Église a lu pendant tout l’avent. Les répons qui coupent les leçons aident les fidèles à se livrer à la joie que la lecture des divins oracles fait naître en eux, à cette heure même où ils vont s’accomplir.

1. 4. Leçon 1. Isaïe, Chap. 9

Le Seigneur a d’abord frappé légèrement la terre de Zabulon et la terre de Nephtali ; à la fin, sa main s’est appesantie sur la Galilée des nations qui est le long de la mer, au delà du Jourdain. Mais enfin ce peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, et le jour s’est levé sur ceux qui habitaient la région des ombres de la mort. Vous avez agrandi cette nation ; mais cependant vous ne lui avez pas accordé le comble de ses désirs. Les habitants de la Judée, que vous avez secourus, se réjouiront en votre présence comme des moissonneurs joyeux de leur récolte, comme des vainqueurs fiers de leur butin et partageant les dépouilles dans l’allégresse. Car vous avez brisé le joug qui accablait votre peuple, la verge qui déchirait ses épaules, le sceptre de son oppresseur, comme vous fîtes à la journée de Madian. Voici que toutes ces dépouilles enlevées avec violence et dans le tumulte, et les vêtements souillés de sang, seront livrés au feu et deviendront la proie des flammes ; car un petit enfant nous est né, et un fils nous a été donné. Sur son épaule est le signe de la principauté, et il sera appelé l’Admirable, le Conseiller, Dieu, le Fort, le Père du siècle futur, le Prince de la paix.

R/. Aujourd’hui le roi des cieux a daigné naître pour nous d’une vierge, afin de rappeler au royaume céleste l’homme qui en était déchu. * L’armée des anges est dans la joie ; car le salut éternel a apparu au genre humain. V/. Gloire à Dieu dans les hauteurs du ciel ; et paix, sur la terre, aux hommes de bonne volonté. * L’armée des anges. Gloire au Père. R/. Aujourd’hui le Roi des cieux, jusqu’au V/. Gloire à Dieu.

1. 5. Bénédiction

Dieu nous daigne aider et secourir ! R/. Amen.

1. 6. Leçon 2. Isaïe, Chap. 41

Console-toi, console-toi, mon peuple, dit celui qui est ton Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem, et dites-lui que ses maux sont finis, que son iniquité est pardonnée, et qu’elle a reçu de la main du Seigneur des bienfaits qui sont doubles de ses péchés. Voix de celui qui crie dans le désert : « Préparez la voie du Seigneur, rendez droits dans la solitude les sentiers de notre Dieu. Que toute vallée soit comblée, toute montagne et toute colline abaissée ; que les chemins tortus deviennent droits ; les raboteux, qu’on les aplanisse. » Et la gloire du Seigneur se révélera ; et toute chair verra au même instant que la bouche du Seigneur a parlé. Une voix m’a dit : Crie, et j’ai dit : Que crierai-je ? Toute chair n’est que de l’herbe, et toute sa gloire ressemble à la fleur des champs. L’herbe s’est desséchée, et la fleur est tombée, parce que le Seigneur l’a frappée de son souffle. Oui, les peuples sont comme l’herbe de la prairie ; mais la parole de notre Seigneur demeure éternellement.

R/. Aujourd’hui la paix véritable est descendue du ciel sur nous : * Aujourd’hui, partout l’univers, les cieux ont distillé le miel. V/. Aujourd’hui a brillé pour nous le jour de la rédemp­tion nouvelle, de l’antique réparation, de l’éternelle félicité. * Aujourd’hui.

1. 7. Bénédiction

Que la grâce du Saint-Esprit illumine nos esprits et nos cœurs ! R/. Amen.

1. 8. Leçon 3. Isaïe, Chap. 52

Lève-toi, Sion ; lève-toi, revêts-toi de ta force ; pare-toi des vêtements de ta gloire, Jérusalem, cité du saint ! À l’avenir, l’incirconcis et l’impur ne passeront plus au travers de toi. Sors de la poussière, lève-toi, repose-toi, ô Jérusalem ! Romps les chaînes de ton cou, fille de Sion, trop longtemps captive. Car voici ce que dit le Seigneur : Vous avez été vendus pour rien, et vous serez rachetés sans argent. Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Mon peuple descendit autrefois en Égypte pour habiter ce pays étranger, et Assur l’a depuis opprimé sans aucun sujet. Qu’ai-je donc à faire maintenant, dit le Seigneur, que mon peuple a été enlevé sans aucune raison ? Ses maîtres le traitent avec injustice, dit le Seigneur, et mon nom est blasphémé tout le jour. C’est pourquoi, il viendra un jour où mon peuple connaîtra mon nom. Moi qui parlais, me voici.

R/. Qui avez-vous vu, bergers ? dites-le-nous ; apprenez-nous quel est celui qui a paru sur la terre. * Nous avons vu l’enfant, et les chœurs des anges qui louaient ensemble le Seigneur. V/. Dites-nous ce que vous avez vu, et annoncez la naissance du Christ. * Nous avons vu. Gloire au Père. * Nous avons vu.

2. Deuxième nocturne

Le quatrième psaume des matines de Noël est un chant de gloire sur l’Église chrétienne, qui commence aujourd’hui et rassemble dans l’étable de Bethléhem les prémices des croyants, dans la personne des bergers. Cette nouvelle Sion qui portera la cité de Dieu s’élève du côté de l’Aquilon, pour marquer qu’elle sera ouverte aux Gentils. En vain les princes de la terre chercheront, dans leur orgueil et dans leurs calculs, à la renverser. Dieu, qui l’a fondée, la fera triompher ; et seule, elle survivra, dans une jeunesse immortelle, à tous les empires et à toutes les persécutions.

Ant. Nous avons ressenti, ô Dieu, votre miséricorde, au milieu de votre temple.

2. 1. Psaume 47

Le Seigneur est grand, et digne de toute louange en la cité de notre Dieu, sur sa montagne sainte.

En ce jour, la montagne de Sion est fondée, et s’élève aux acclamations de la terre entière, du côté de l’Aquilon ; c’est la ville du grand roi.

Dieu résidera dans ses palais ; il la prendra sous sa défense.

Voici que les rois de la terre se sont rassemblés ; ils ont marché ensemble.

Ils ont vu, et ils ont été étonnés ; ils se sont troublés, la frayeur les a saisis, la terreur pèse sur eux.

Ils ressentent des douleurs comme celles de l’enfantement. Seigneur, un vent violent soufflera sur eux, et vous briserez les vaisseaux de Tharsis.

Ce qui nous avait été annoncé, nous l’avons vu, dans la cité du Seigneur des armées, dans la cité de notre Dieu ; celle que Dieu a fondée pour jamais.

Nous avons, ô Dieu, ressenti au milieu de votre temple cette miséricorde qui nous avait apparu en Bethléhem.

Comme votre nom, ainsi votre gloire se répandra jusqu’aux extrémités de la terre ; votre droite est pleine de justice.

Que la montagne de Sion soit dans la joie, et les filles de Juda dans l’allégresse, à la vue de vos jugements, Seigneur !

Faites le tour de Sion, parcourez son enceinte, racontez ses merveilles du haut de ses tours.

Considérez sa force inexpugnable, comptez ses palais, et dites aux générations futures :

Que Dieu est ici, notre Dieu à jamais, pour les siècles des siècles ; il nous régira, notre pasteur, jusque dans l’éternité.

Ant. Nous avons ressenti, ô Dieu, votre miséricorde, au milieu de votre temple.

Le cinquième psaume prophétise le règne pacifique du Fils de David qui vient racheter le faible, et briser l’oppresseur. Sa venue est douce et silencieuse, comme celle de la rosée. C’est cette nuit même que le sein virginal de Marie nous le produit. Il est cette pluie annoncée par les prophètes à la terre haletante. Son règne sera glorieux et éternel. Bientôt les rois se présenteront à ses pieds avec l’or de l’Arabie et l’encens de Saba. Lui, en retour, donnera à son peuple, pour le nourrir, le pur froment de son corps, et l’Église sera toujours Bethléhem, la Maison du Pain.

Ant. Sous le règne du Seigneur, la paix sera abondante, et il sera le roi universel.

2. 2. Psaume 71

Ô Dieu ! donnez au roi votre science du jugement, et à ce fils du roi qui naît aujourd’hui, le soin de votre justice,

Pour juger votre peuple dans l’équité, et vos pauvres dans la droiture.

Que les montagnes de votre peuple soient pacifiées ; que les collines reçoivent la justice.

Il régnera, ce messie, sur les pauvres d’entre le peuple ; il sauvera les fils du pauvre ; il brisera l’oppresseur.

Son règne sur la terre durera autant que le soleil et la lune, de génération en génération.

Il descendra mystérieusement au milieu de la nuit, comme la rosée sur la toison, et comme les gouttes d’une pluie rafraîchissante sur la terre.

Sous son règne, la justice se lèvera avec l’abondance de la paix, aussi longtemps que la lune brillera au ciel.

Et il dominera de la mer à la mer, et du fleuve du Jourdain jusqu’aux confins de la terre.

Devant lui se prosterneront les Éthiopens, et ses ennemis baiseront la poussière.

Les rois de Tharsis et les insulaires lui offriront des présents ; les rois d’Arabie et de Saba lui apporteront leurs dons.

Et tous les rois de la terre adoreront cet enfant, toutes les nations lui seront assujetties :

Car il arrachera le pauvre de la main du puissant, le pauvre qui n’avait point d’appui.

Il sera miséricordieux au genre humain qui est pauvre et indigent, et il s’appellera Jésus, parce qu’il sauvera les âmes de ces pauvres créatures.

Il rachètera ces âmes des usures et de l’injustice de Satan, et il daignera rendre leur nom honorable devant ses propres yeux.

Il vivra, ce messie, et on lui offrira l’or de l’Arabie, et son règne sera l’objet de tous les vœux au Seigneur ; on le bénira durant tout le jour.

Il est le pain de vie ; c’est pourquoi, sous son règne, le froment croîtra sur la terre jusqu’au plus aride sommet des montagnes, et son fruit s’élèvera plus haut que les cèdres du Liban ; et les heureux habitants de l’Église, sa cité, fleuriront comme l’herbe de la prairie.

Que son nom soit béni dans les siècles : ce nom éternel qui subsistait avant le soleil.

Et toutes les tribus de la terre seront bénies en lui ; toutes les nations chanteront sa gloire.

Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui seul opère de telles merveilles !

Et béni soit à jamais le nom de sa majesté, et que toute la terre soit remplie de sa gloire ! Amen ! Amen !

Ant. Sous le règne du Seigneur, la paix sera abondante, et il sera le roi universel.

Le sixième Psaume est une effusion de reconnaissance pour la bénédiction que vient nous apporter l’enfant divin. La colère du Tout-Puissant est tombée ; elle s’est dissipée à la vue d’un berceau qui contient celui qui est à la fois fils de Dieu et fils de Marie. Écoutons au fond de nos cœurs la douce parole du nouveau-né. La justice et la paix se donnent le baiser : la vérité incarnée habite maintenant la terre, et la justice du Père la contemple du haut du ciel.

Ant. La vérité est née aujourd’hui sur la terre, et la justice a regardé du haut du ciel.

2. 3. Psaume 84

Seigneur, vous avez béni la terre qui vous appartient ; vous avez fait cesser, en cette nuit, la captivité de Jacob.

Vous avez remis l’iniquité de votre peuple ; vous avez couvert tous ses péchés.

Vous avez apaisé votre colère, vous avez calmé les flots de votre indignation.

Convertissez-nous, ô Dieu, notre sauveur ; et détournez de nous votre colère.

Père céleste, serez-vous à jamais irrité contre nous ? Étendrez-vous votre colère de génération en génération ?

Ô Dieu ! vous vous tournerez vers nous, et vous nous rendrez la vie, et votre peuple se réjouira en vous.

Montrez-nous, Seigneur, celui qui est votre miséricorde, et donnez-nous le sauveur que vous nous avez promis.

Près de son berceau, j’écouterai ce que dira en moi ce Seigneur Dieu, car il vient adresser des paroles de paix à son peuple,

Et à ses saints, et à ceux qui rentrent en leur cœur, pour se convertir.

Le salut que donne cet enfant est près de ceux qui le craignent, et sa gloire habitera désormais sur la terre.

Aujourd’hui, en Bethléhem, la miséricorde et la vérité se sont rencontrées : la justice et la paix se sont donné le baiser.

La vérité s’est trouvée sur la terre, et la justice a regardé du haut du ciel ;

Car le Seigneur a répandu ses bénédictions, et notre terre a produit son fruit.

La justice marchera devant cet Homme-Dieu, et il conduira ses pas dans la voie droite.

Ant. La vérité est née aujourd’hui sur la terre, et la justice a regardé du haut du ciel.

V/. Vous surpassez en beauté tous les enfants des hommes : R/. La grâce, ô Christ, est répandue sur vos lèvres.

Notre Père.

Après le Pater noster, qui se récite comme au premier nocturne, le prêtre dit :

Qu’il nous secoure par sa bonté et sa miséricorde, celui qui, avec le Père et le Saint-Esprit, vit et règne dans les siècles des siècles. R\ Amen.

On ouvre le livre qui contient les sermons des anciens pères. Saint Léon le Grand répétera aujourd’hui l’un de ces magnifiques discours qui faisaient tressaillir de joie l’Église romaine au cinquième siècle.

2. 4. Bénédiction

Que le Dieu Père tout-puissant soit pour nous propice et plein de clémence ! R/. Amen.

Leçon 4
Sermon de S. Léon, pape

Notre Sauveur, mes bien-aimés, est né aujourd’hui : réjouissons-nous. Il ne peut y avoir de tristesse au jour où naît la vie, qui, dissipant la crainte de la mort, répand en nos âmes la joie, par la promesse de l’éternité. Il n’y a personne qui n’ait sa part de cette allégresse ; et tous ont un même motif de se réjouir. Car notre Seigneur, destructeur du péché et de la mort, nous trouvant tous assujettis au péché, est venu pour nous affranchir tous. Qu’il tressaille, celui qui est saint ; car la palme approche pour lui. Que le pécheur se réjouisse : voici qu’on l’invite au pardon. Que le Gentil prenne courage ; car il est convié à la vie. En effet, le Fils de Dieu, dans la plénitude des temps fixée par les impénétrables profondeurs du conseil divin, a pris la nature humaine pour la réconcilier avec son auteur, afin que l’inventeur de la mort, le diable, fût vaincu par où il avait triomphé.

R/. Ô grand mystère ! admirable merveille ! Des animaux ont vu couché dans une crèche le Seigneur nouveau-né : * Heureuse Vierge dont le sein a mérité de porter le Christ Seigneur ! V/. Nous vous saluons, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. * Heureuse Vierge.

À Rome, si le chevalier auquel ont été destinés le casque et l’épée, qui ont été bénits avant les matines par le souverain pontife, se trouve présent, c’est lui-même qui doit lire la cinquième leçon, parce qu’il y est parlé du grand combat du Christ contre le démon, dans le glorieux mystère de l’incarnation. Pendant le chant du répons Ô Magnum mysterium, les maîtres des cérémonies le conduisent aux pieds du pape, en présence duquel il tire son épée, en touche trois fois la terre avec la pointe, la brandit trois fois d’une façon martiale, et enfin l’essuie sur son bras gauche. Il est ensuite conduit au pupitre, ôte son casque, se revêt du pluvial par-dessus son armure, et lit enfin la leçon. Telles sont les dispositions du cérémonial de la sainte Église Romaine, dressé à une époque où la force matérielle aimait à s’incliner devant l’idée morale, où le chevalier bardé de fer attestait qu’il voulait marcher à la suite du Christ, vainqueur de Satan.

2. 5. Bénédiction

Le Christ daigne nous octroyer les joies de la vie éternelle ! Amen.

2. 6. Leçon 5

En ce combat livré pour nous, c’est avec une grande et admirable loyauté qu’on a combattu, puisque le Seigneur tout-puissant a lutté contre ce cruel ennemi, non dans sa majesté, mais dans l’infirmité de notre chair, et lui a opposé la même forme, la même nature, celle de notre mortalité, mais exempte de tout péché ; car ce qu’on lit de tous les hommes est étranger à cette nativité : « Nul n’est pur de souillure, pas même l’enfant dont la vie n’est encore que d’un jour sur la terre. » Rien de la concupiscence de la chair ne s’est rencontré dans cette naissance merveilleuse ; rien n’y est provenu de la loi du péché. Une vierge est élue de la tige de David, une vierge royale qui devant porter en son sein le rejeton sacré, conçut spirituellement l’Homme-Dieu par la foi, avant de le concevoir corporellement. Et de peur que, dans l’ignorance des desseins du ciel, elle ne fût troublée à une si étonnante nouvelle, elle apprend de son entretien avec l’ange ce que l’Esprit-Saint devait opérer en elle ; et celle qui va devenir la mère d’un Dieu n’a rien à craindre pour sa pudeur.

R/. Heureuse est Marie, la mère de Dieu ; son sein n’a rien perdu de sa pureté virginale : * Elle a aujourd’hui enfanté le sauveur du monde. V/. Heureuse celle qui a cru ; car s’est accompli en elle tout ce qui lui avait été dit de la part du Seigneur. * Elle a aujourd’hui.

2. 7. Bénédiction

Dieu daigne allumer dans nos cœurs le feu de son amour ! R/. Amen.

2. 8. Leçon 6

C’est pourquoi, mes bien-aimés, rendons grâces à Dieu le Père, par son Fils dans le Saint-Esprit : de ce que, nous ayant aimés dans son infinie charité, il a eu pitié de nous ; et comme nous étions morts par les péchés, il nous a vivifiés tous en Jésus-Christ, afin que nous fussions en lui une nouvelle créature et un ouvrage nouveau. Dépouillons donc le vieil homme et ses œuvres ; et admis à participer à la naissance du Christ, renonçons aux œuvres de la chair. Reconnais, ô chrétien, ta dignité, et, devenu participant de la nature divine, garde-toi de retomber, par une conduite indigne de ta grandeur, dans ta bassesse première. Souviens-toi de quel chef et de quel corps tu es membre. N’oublie jamais que, arraché à la puissance des ténèbres, tu as été transporté à la lumière et au royaume de Dieu.

R/. Ô sainte et inviolable virginité ! je ne sais point de louanges dignes de vous honorer. * Car vous avez renfermé dans votre sein celui que les cieux ne peuvent contenir. V/. Bénie êtes-vous entre les femmes, et béni le fruit de vos entrailles ! * Car vous avez renfermé. Gloire au Père. * Car vous avez renfermé.

3. Troisième nocturne

Le septième psaume des matines de Noël contient les derniers cris du peuple juif vers le messie libérateur. Juda est tombé sous les coups de la puissance romaine ; le sceptre lui a été enlevé ; Jérusalem est souillée par la présence des Gentils : et cependant le Christ ne paraît pas encore. Le psaume rappelle au Dieu de Jacob ses promesses, faites à David et à sa race : ce règne éternel qui tarde tant à s’ouvrir, ces oracles prophétiques dont le prompt accomplissement peut seul arrêter les blasphèmes superbes des Gentils. Mais l’heure a sonné ; la Judée et la Gentilité ont assez attendu : c’est à cette heure même que Jéhovah a résolu d’acquitter ses serments.

Ant. Il me dira, alleluia ! Vous êtes mon Père, alleluia !

3. 1. Psaume 88

Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur.

Ma bouche annoncera votre vérité dans tous les âges.

Car vous avez dit que votre miséricorde serait éternelle, et que votre vérité demeurerait ferme à jamais dans les cieux.

Vous avez dit : « J’ai fait alliance avec mes élus ; je l’ai juré à David mon serviteur : Je ferai fleurir ta race à jamais,

Et je fonderai ton trône pour la suite de tous les âges. »

Que les cieux, Seigneur, chantent vos merveilles ; que votre vérité soit exaltée dans l’assemblée des saints.

Qui sur les nuées du ciel égalera le Seigneur ? qui, parmi les fils de Dieu, sera semblable à Dieu ?

Dieu qui se glorifie dans l’assemblée des saints ; grand et terrible au-dessus de tout ce qui l’environne !

Seigneur, Dieu des armées, qui est semblable à vous ? vous êtes puissant, Seigneur, et votre vérité ne vous quitte jamais.

Vous dominez l’orgueil de la mer ; vous modérez la fureur de ses flots.

Vous avez abattu le superbe comme un homme blessé à mort ; dans la force de votre bras, vous avez dispersé vos ennemis.

À vous sont les cieux, et à vous la terre ; vous avez formé ce globe et tout ce qu’il renferme ; l’aquilon et la mer, c’est vous qui les avez créés.

Thabor et Hermon tressaillent à votre nom ; votre bras est tout-puissant.

Votre main est inébranlable ; votre droite paraît avec éclat ; la justice et l’équité sont l’appui de votre trône.

La miséricorde et la vérité marchent devant vous ; heureux le peuple qui sait chanter vos louanges !

Ils marcheront, Seigneur, à la lumière de votre visage ; ils seront dans la joie tout le jour, en votre nom, et ils seront exaltés dans votre justice ;

Car leur force est votre gloire, et c’est votre bonté qui fait toute notre vigueur ;

C’est le Seigneur qui nous a pris sous sa protection ; c’est le Saint d’Israël, notre roi.

Vous avez parlé en vision à vos saints, et vous avez dit : « J’ai déposé mon secours dans un homme puissant ; j’ai exalté celui que j’ai choisi d’entre mon peuple.

J’ai trouvé David mon serviteur ; je l’ai sacré de mon huile sainte.

Ma main sera son secours, et mon bras le fortifiera.

L’ennemi n’aura point sur lui l’avantage, et le fils de l’iniquité ne pourra lui nuire.

J’exterminerai ses ennemis sous ses yeux, et je mettrai en fuite ceux qui le haïssent.

Ma vérité et ma miséricorde seront avec lui, et sa puissance s’élèvera en mon nom.

J’étendrai sa main gauche sur la mer, et sa droite sur les fleuves.

Il me dira : Vous êtes mon Père, mon Dieu, mon défenseur, mon salut.

Et moi, je le ferai mon premier-né, plus élevé que tous les rois de la terre.

Je lui garderai à jamais ma miséricorde ; et mon alliance avec lui sera inviolable ;

Et j’établirai sa race pour toujours ; et son trône durera autant que les cieux.

Mais si ses enfants venaient à abandonner ma loi, s’ils ne marchaient plus dans mes préceptes,

S’ils profanaient mes justices, s’ils ne gardaient pas mes commandements,

Je visiterai leurs iniquités avec la verge, leurs péchés avec les châtiments.

Toutefois je ne retirerai point de David ma miséricorde ; et je ne mentirai pas à ma vérité.

Je ne violerai point mon alliance, et je ne rendrai point vaines les paroles sorties de ma bouche.

Je l’ai juré une fois par ma sainteté : si je mentais à David !… mais sa race durera éternellement.

Et son trône brillera devant moi comme le soleil et comme la lune, à jamais ; au ciel, il attestera ma fidélité. »

Ce sont vos paroles, Seigneur ! et cependant vous avez repoussé, vous avez méprisé David, vous avez différé la venue de votre Christ.

Vous avez rompu l’alliance de votre serviteur ; vous avez jeté contre terre son diadème profané.

Vous avez détruit ses remparts, vous avez réduit ses tours à n’être plus que l’objet de ses terreurs.

Tous ceux qui l’ont trouvé sur leur voie ont enlevé ses dépouilles ; il est devenu l’opprobre de ses voisins.

Vous avez élevé le bras de ceux qui l’accablaient, vous avez comblé de joie tous ses ennemis.

Vous avez retiré le secours que vous donniez à ses armes, et vous ne l’avez plus assisté dans ses combats.

Vous lui avez enlevé ses cérémonies qui devaient le rendre saint et pur, et vous avez semé sur la terre les débris de son trône.

Vous avez abrégé les jours de sa durée ; vous l’avez couvert d’ignominie.

Jusques à quand, Seigneur, vous cacherez-vous ? combien de temps encore votre colère sera-t-elle embrasée comme un feu ?

Souvenez-vous combien fragile je suis, moi votre peuple ; est-ce donc en vain que vous avez créé tous les enfants des hommes ?

Quel est l’homme vivant et qui ne verra pas la mort ? qui sauvera sa vie des droits du tombeau ?

Où sont donc, Seigneur, vos antiques miséricordes, que vous aviez jurées à David dans votre vérité ?

Souvenez-vous, Seigneur, de l’opprobre de vos serviteurs, de cet opprobre dont je porte l’amertume en mon sein ; voyez les insultes des gentils.

Oui, Seigneur, vos propres ennemis nous reprochent le retard que vous mettez à envoyer votre Christ

Mais béni soit à jamais le Seigneur ! il vient, ce Christ, en cette nuit même. Amen. Amen.

Ant. Il me dira, alleluia ! Vous êtes mon Père, alleluia !

Le huitième psaume célèbre avec enthousiasme la venue du Seigneur ; il invite tous les peuples à l’adorer, toute la nature à lui rendre hommage. Il vient régner, ce messie ; il vient raffermir la création tout entière qui s’écroulait : chantons-lui un cantique nouveau.

Ant. Que les cieux se réjouissent, que la terre tressaille à la face du Seigneur ; car le voici qui vient.

3. 2. Psaume 95

Chantez au Seigneur un cantique nouveau : toute la terre, chantez au Seigneur.

Chantez au Seigneur, et bénissez son nom ; célébrez à jamais le sauveur qu’il nous envoie.

Publiez sa gloire parmi les nations, ses merveilles parmi les peuples ;

Car le Seigneur est grand et digne de toute louange, plus redoutable que tous les dieux.

Les dieux des nations sont les démons ; mais c’est le Seigneur qui a fait les cieux.

La gloire et la beauté l’environnent, la sainteté et la splendeur reluisent dans son sanctuaire.

Apportez au Seigneur, familles des nations, apportez au Seigneur l’honneur et la gloire : apportez au Seigneur la gloire due à son nom.

Prenez vos offrandes, et entrez dans ses parvis ; adorez le Seigneur dans son saint temple.

Que la terre entière tremble devant sa face ; dites parmi les nations : Le Seigneur règne, il règne dans un berceau.

Par son heureuse naissance, il affermit la terre qui ne sera plus ébranlée ; il jugera les peuples dans la justice.

Que les cieux se réjouissent, que la terre tressaille, que la mer s’ébranle, et tout ce qu’elle renferme ; que les champs et tout ce qui les habite soient dans l’allégresse.

Que les arbres des forêts soient dans la joie à la face du Seigneur ; car il vient, il vient sauver et régir la terre.

Il gouvernera l’univers dans sa justice, et les peuples dans sa vérité.

Ant. Que les cieux se réjouissent, que la terre tressaille à la face du Seigneur ; car le voici qui vient.

Le neuvième psaume est aussi un cantique nouveau à la louange du Sauveur qui arrive, et du Seigneur qui nous l’envoie. Jéhovah s’est ressouvenu de ses miséricordes, et bientôt la terre entière verra l’Emmanuel. Faisons retentir cette sainte nuit des bruyants concerts de l’enthousiasme, et prêtons une voix à toute la nature régénérée par l’heureux avènement de son auteur.

Ant. Le Seigneur a manifesté, alleluia, le sauveur promis, alleluia.

3. 3. Psaume 97

Chantez au Seigneur un cantique nouveau, car il a opéré des prodiges.

En ce jour, sa droite nous sauve, la sainteté de son bras nous délivre.

Le Seigneur a enfin manifesté le sauveur promis ; il a révélé sa justice aux yeux des nations.

Il s’est souvenu de sa miséricorde et de sa vérité, envers la maison d’Israël.

Toutes les régions de la terre, qui toutes étaient dans l’attente, ont vu le salut que notre Dieu nous envoie.

Toute la terre, louez Dieu dans la joie ; chantez, tressaillez et jouez des instruments.

Chantez le Seigneur sur la harpe, mêlez ses sons à vos cantiques, avec l’accompagnement des clairons et des trompettes.

Poussez des cris de joie en présence du Seigneur Roi ; que la mer soit émue et tout ce qu’elle contient, la terre et tout ce qui l’habite.

Que les fleuves applaudissent, que les montagnes tressaillent à la venue du Seigneur ; car il vient sauver et régir la terre.

Il gouvernera la terre selon la justice et les peuples selon l’équité.

Ant. Le Seigneur a manifesté, alleluia, le sauveur promis, alleluia.

V/. Il me dira, alleluia : R/. Vous êtes mon Père, alleluia.

Après le Pater noster, qui se récite comme aux deux premiers Nocturnes, le prêtre dit :

Le Dieu tout-puissant et miséricordieux daigne nous délivrer des liens de nos péchés ! R/. Amen.

On lit ensuite successivement le commencement des divers textes du saint évangile qui seront lus plus tard en entier, à chacune des trois messes par lesquelles l’Église honore la naissance du Sauveur. Les saints docteurs commentent ces sublimes mystères dans leurs homélies.

Le premier texte, qui est de saint Luc, est expliqué par saint Grégoire le Grand. Il rapporte l’édit de l’empereur Auguste pour le dénombrement de l’empire romain. Cette septième leçon, suivant le cérémonial de la sainte Église romaine, doit être lue par l’empereur lui-même, s’il se trouve à Rome, afin d’honorer la puissance impériale dont les décrets, appelant à Bethléhem Marie et Joseph, procurèrent l’accomplissement des volontés du Très-Haut, manifestées par les prophètes. L’empereur est conduit devant le pape, comme le chevalier qui a chanté la cinquième leçon ; on le revêt du pluvial ; deux cardinaux-diacres lui ceignent l’épée et l’accompagnent au pupitre. La leçon étant lue, l’empereur se présente de nouveau devant le pontife et lui baise le pied, comme au vicaire du Christ qu’il vient d’annoncer. Ce cérémonial fut encore observé, en 1468, par l’empereur Frédéric III, en présence du pape Paul II.

3. 4. Bénédiction

La lecture de l’évangile nous soit salut et protection ! R/. Amen.

Leçon 7
Lecture du saint évangile selon saint Luc. Chap. 2

En ce temps-là, il sortit un édit de César-Auguste, pour faire le dénombrement de tout l’univers. Et le reste.

Homélie de saint Grégoire, pape.

Comme nous devons aujourd’hui, grâce à la bonté du Seigneur, célébrer trois fois les solennels mystères de la messe, nous ne pouvons vous parler longtemps sur la leçon de l’évangile. Mais nous devons au moins en dire brièvement quelque chose : la naissance de notre rédempteur nous y oblige. Pourquoi donc, au moment de la naissance du Seigneur, ce dénombrement du monde, si ce n’est pour nous faire comprendre que dans la chair apparaissait celui qui devait enregistrer les élus dans l’éternité ? D’autre part, le prophète dit des réprouvés : Qu’ils soient rayés du livre des vivants, et ne soient point inscrits avec les justes. De plus, il convient que le Seigneur naisse à Bethléhem, d’autant que Bethléhem est interprété Maison du Pain. Et en effet, c’est lui qui a dit : « Je suis le pain vivant descendu du ciel. » Ainsi le lieu où naît le Seigneur a été auparavant appelé Maison du Pain, parce que là devait apparaître dans la chair celui qui un jour rassasiera intérieurement les âmes de ses élus. Il naît hors de la maison de ses parents, en un voyage, pour montrer qu’en prenant l’humanité, il naissait comme en un lieu étranger.

R/. Heureuses les entrailles de la Vierge Marie, qui ont porté le Fils du Père éternel, et heureuses les mamelles qui ont allaité le Seigneur Christ, * Qui daigne aujourd’hui, pour le salut du monde, naître du sein d’une Vierge. V/. C’est un jour vraiment saint que celui qui brille pour nous : venez, nations, adorez le Seigneur. * Qui daigne aujourd’hui.

Le second texte de l’évangile, qui fait le sujet de la huitième leçon, est encore emprunté à saint Luc, et il est commenté par saint Ambroise. C’est le récit de la venue des bergers à l’étable.

3. 5. Bénédiction

Par les paroles du saint évangile, nos péchés nous soient remis ! R/. Amen.

Leçon 8
Leçon du saint évangile selon saint Luc. Chap. 2

En ce temps-là, les bergers se dirent entre eux : Passons jusqu’à Bethléhem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. Et le reste.

Homélie de saint Ambroise, évêque.

Considérez les commencements de l’Église naissante : le Christ naît, et déjà les pasteurs veillent, comme pour rassembler dans le bercail du Seigneur les nations qui jusque-là vivaient comme des bêtes ; comme pour les garantir, au milieu des ombres de la nuit, de l’incursion des bêtes spirituelles. Il est bon que les pasteurs veillent, formés qu’ils sont par le bon pasteur. Ainsi le troupeau, c’est le peuple ; la nuit, c’est le monde ; les bergers sont les évêques. Sans doute il faut bien qu’il soit pasteur celui à qui il a été dit : « Sois vigilant et confirme les autres » ; mais le Seigneur n’a pas seulement établi les évêques pour défendre le troupeau, il y a encore destiné ses anges.

R/. Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous : * Et nous avons vu sa gloire, sa gloire comme du Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité. V/. Toutes choses ont été faites par lui, et sans lui rien n’a été fait. * Et nous avons vu. Gloire au Père. * Et nous avons vu.

Le troisième texte de l’évangile, qui fait le sujet de la neuvième leçon, est le commencement de l’évangile de saint Jean, et il est expliqué par saint Augustin. C’est la génération éternelle du Verbe.

3. 6. Bénédiction

Le Christ, Fils de Dieu, daigne nous enseigner les paroles du saint évangile ! R/. Amen.

Leçon 9
Leçon du saint évangile selon saint Jean. Chap. 1

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Et le reste.

Homélie de saint Augustin, évêque.

Afin que vous n’ayez pas du Verbe une idée basse, comme s’il était question de paroles humaines, écoutez ce qu’il en faut penser : « Le Verbe était Dieu. » Vienne donc je ne sais quel infidèle Arien nous dire : « Le Verbe de Dieu a été fait. » Comment se peut-il que le Verbe de Dieu ait été fait, quand Dieu par ce Verbe a fait toutes choses ? Que si le Verbe de Dieu a été fait, par quel autre Verbe a-t-il été fait ? Si vous dites qu’il a été fait par un Verbe du Verbe, je prétends à mon tour que cet autre Verbe est l’unique Fils de Dieu. Si vous n’admettez point un Verbe du Verbe, accordez donc qu’il n’a point été fait, celui par qui tout a été fait. Car il n’a pu se faire lui-même celui par qui tout a été fait. Croyez-en donc à l’évangéliste.

Les trois veilles de la nuit sont accomplies, les chants sont épuisés, les oracles prophétiques ont repassé tour à tour sous les yeux des fidèles ; durant tout ce temps, la nuit poursuivait son cours. L’heure approche, l’heure sacrée de minuit qui va nous montrer l’enfant divin étendu dans la crèche et souriant à sa mère. À cet instant fortuné, que nos cœurs soient dans la jubilation. Le salut descend du ciel pour nous ; accueillons, avec l’Église, par le cantique de l’action de grâces, celui qui vient combler tous nos désirs, et faisons retentir la nuit de nos plus joyeuses acclamations.

3. 7. Cantique d’action de grâces

Ô Dieu ! nous vous louons : Ô Seigneur ! nous vous glorifions.

Père éternel, la terre entière vous révère.

Tous les anges, les cieux et toutes les puissances,

Les chérubins et les séraphins redisent éternellement :

Saint, saint, saint, le Seigneur Dieu des armées !

Les cieux et la terre sont remplis de la majesté de votre gloire.

Le chœur glorieux des apôtres,

La troupe vénérable des prophètes,

La blanche armée des martyrs, chantent vos louanges.

Par toute la terre, la sainte Église vous célèbre :

Père d’une infinie majesté ;

Et votre véritable et unique Fils, digne de tous les hommages ;

Et l’Esprit-Saint, le Consolateur.

Vous êtes le Roi de gloire, ô Christ !

Vous êtes le Fils éternel du Père.

Prenant la nature de l’homme pour le délivrer, vous n’avez pas dédaigné le sein de la Vierge.

Brisant l’aiguillon de la mort, vous avez ouvert aux croyants le royaume des cieux.

Vous êtes assis à la droite de Dieu, dans la gloire du Père.

Vous reviendrez comme juge ; nous le croyons.

Daignez donc secourir vos serviteurs que vous avez rachetés de votre précieux sang.

Faites qu’ils soient comptés parmi vos saints, dans la gloire éternelle.

Sauvez votre peuple, Seigneur, et bénissez votre héritage.

Régissez-les, protégez-les jusque dans l’éternité.

Chaque jour nous vous bénissons,

Et nous louons votre nom jusque dans les siècles des siècles.

Daignez, Seigneur, en ce jour, nous conserver sans péché.

Ayez pitié de nous, Seigneur ! ayez pitié de nous.

Que votre miséricorde soit sur nous, Seigneur, comme nous avons espéré en vous.

En vous, Seigneur, j’ai espéré ; je ne serai point confondu éternellement.

Après le cantique d’action de grâces, l’Église clôt l’office des matines par cette oraison qui résume tous ses vœux dans cette nouvelle nativité du Fils unique de Dieu.

3. 8. Prions

Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que la nouvelle naissance de votre Fils unique nous délivre, nous qu’une antique servitude retient sous le joug du péché. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. R/. Amen.

[1]     Héb. 10, 7.

[2]     Éphes. 4, 13