« Kis » est le nom donné par les Papous aux catéchistes qui avaient en charge les villages chrétiens. Nous avons plus que jamais besoin de « kis » pour rétablir la vie chrétienne parmi les « papous » français. Continuer la lecture de « Devenez un « kis » »
Dom Guéranger ~ L’année liturgique
16 janvier, Saint Marcel, pape et martyr
En l’honneur de Mgr Marcel Lefebvre, martyr des temps moderne, voici la biographie de son saint patron par Dom Guéranger. Cela nous rappelle les jours où nous étions si heureux de fêter notre père et son patron. Abbé François Pivert.
Au glorieux pape et martyr Hygin, vient s’adjoindre sur le cycle son vaillant successeur Marcel ; tous deux viennent faire hommage de leurs clefs au chef invisible de l’Église ; leur frère Fabien les suivra de près. Tous trois, émules des mages, ils ont offert leur vie en don à l’Emmanuel.
Marcel a gouverné l’Église à la veille des jours de paix qui bientôt allaient se lever. Encore quelques mois, et le tyran Maxence tombait sous les coups de Constantin, et la croix triomphante brillait sur le labarum[1] des légions. Les moments étaient courts pour le martyre ; mais Marcel sera ferme jusqu’au sang, et méritera d’être associé à Étienne, et de porter comme lui la palme près du berceau de l’enfant divin. Il soutiendra la majesté du pontificat suprême en face du tyran, au milieu de cette Rome qui verra bientôt les Césars s’enfuir à Byzance, et laisser la place au Christ, dans la personne de son vicaire. Trois siècles se sont écoulés depuis le jour où les édits de César Auguste ordonnaient le dénombrement universel qui amena Marie en Bethléhem où elle mit au monde un humble enfant : aujourd’hui, l’empire de cet enfant a dépassé les limites de celui des Césars, et sa victoire va éclater. Après Marcel va venir Eusèbe ; après Eusèbe, Melchiade qui verra le triomphe de l’Église.
Les Actes de saint Marcel se lisent ainsi dans les leçons de son office.
Marcel, Romain de naissance, exerça le pontificat depuis Constance et Galérius jusqu’à Maxence. Ce fut par ses exhortations que Lucine, dame romaine, institua l’Église de Dieu héritière de ses biens. Le nombre des fidèles s’étant accru dans Rome, il établit pour leur utilité de nouveaux titres ; c’étaient comme autant de districts nouveaux, destinés également à faciliter la sépulture des martyrs et l’administration du baptême et de la pénitence aux récents convertis. Maxence, irrité, menace Marcel des plus rigoureux supplices, s’il ne dépose le pontificat et s’il ne sacrifie aux idoles.
Comme Marcel méprisait les paroles insensées d’un homme, le tyran l’envoya au lieu où étaient renfermées les bêtes qu’on nourrissait aux dépens du public, et lui en donna la charge. Marcel y passa neuf mois, en jeûnes et en prières continuels, visitant par ses lettres les Églises qu’il ne pouvait visiter en personne. Ayant été tiré de là par quelques clercs, et la bienheureuse Lucine l’ayant reçu chez elle, il dédia, dans la maison de cette sainte femme, une église qui est aujourd’hui le Titre de Saint-Marcel, où les chrétiens allaient faire leurs prières, et où le saint pape prêchait lui-même.
Maxence, ayant appris ces choses, fait amener dans cette église les bêtes des écuries publiques, et commande qu’elles soient gardées par Marcel, qui, étant incommodé de l’infection du lieu, et accablé de tribulations, s’endormit dans le Seigneur. Son corps fut enseveli par la bienheureuse Lucine, au cimetière de Priscille, sur la voie Salaria, le dix-sept des calendes de février. Il siégea cinq ans, un mois et vingt-cinq jours. Il écrivit une lettre aux évêques de la province d’Antioche, sur la primauté de l’Église romaine, qu’il démontre devoir être appelée le chef des Églises. Il y est aussi écrit qu’on ne peut, de droit, célébrer aucun concile sans l’autorité du pontife romain. Il ordonna à Rome, au mois de décembre, vingt-cinq prêtres, deux diacres, et vingt et un évêques pour divers lieux.
Quelles furent vos pensées, ô glorieux Marcel, lorsque l’impie dérision d’un tyran vous enferma en la compagnie de vils animaux ? Vous songeâtes au Christ, votre maître, naissant dans une étable, et étendu dans la crèche à laquelle étaient attachés aussi des animaux sans raison. Bethléhem vous apparut avec toutes ses humiliations, et vous reconnûtes avec joie que le disciple n’est pas au-dessus du maître. Mais de l’ignoble séjour où le tyran avait cru renfermer la majesté du siège apostolique, elle allait bientôt sortir affranchie et glorifiée, aux yeux de la terre entière. Rome chrétienne, abaissée en vous, allait être reconnue comme la mère de tous les peuples, et Dieu n’attendait plus qu’un moment pour livrer à vos successeurs les palais de cette fière cité qui n’avait pas encore le secret de sa destinée. Comme l’enfant de Bethléhem, ô Marcel, vous avez triomphé par vos abaissements. Souvenez-vous de l’Église qui vous est toujours chère ; bénissez Rome qui visite avec tant d’amour le lieu sacré de vos combats. Bénissez tous les fidèles du Christ qui vous demandent, dans ces saints jours, de leur obtenir la grâce d’être admis à faire leur cour au roi nouveau-né. Demandez-lui pour eux la soumission à ses exemples, la victoire sur l’orgueil, l’amour de la croix, et le courage de demeurer fidèles dans toutes les épreuves.
[1] Labarum s. f. Étendard romain richement décoré. Jusqu’au temps de Constantin le Grand, elle portait la figure d’une aigle ; mais ce prince fit mettre à la place une croix avec un chiffre qui exprimait le nom de Jésus, à la suite d’une apparition dans les nues qui lui montrait ce signe et lui annonçait la victoire s’il l’adoptait.
Le Pape promeut encore une fois l’avortement et les LGBT
Lilianne Ploumen a reçu du Pape la médaille de chevalier de l’Ordre pontifical de Saint Grégoire le Grand. L’intéressée le confirme dans une vidéo.
Cette nouvelle Dame Commandeur de Saint Grégoire-le-Grand, ancien ministre néerlandais du commerce et de la coopération au développement, est particulièrement active dans la diffusion mondiale de l’avortement et promeut les associations LGBT. Continuer la lecture de « Le Pape promeut encore une fois l’avortement et les LGBT »
Sermon Le mariage chrétien
Le mariage est une mission
Mes bien chers Frères,
Quelle est la grandeur du mariage pour que le premier acte public de Notre Seigneur soit de le sanctifier !
Que le Christ Roi bénisse vos foyers !
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Deuxième dimanche après l’Epiphanie
Dom Guéranger ~ L’année liturgique
Deuxième dimanche après l’Épiphanie
À l’époque de Dom Guéranger, la fête du Saint Nom de Jésus était fixée au deuxième dimanche après l’Épiphanie, c’est la réforme de saint Pie X qui la fixa au dimanche entre le 2 et le 5 janvier ou, à défaut, au 2 janvier. C’est pourquoi Dom Guéranger ne commente que brièvement la messe du deuxième dimanche après l’Épiphanie. Note de l’éditeur.
Le troisième mystère de l’Épiphanie nous montre la consommation des plans de la divine miséricorde sur le monde, en même temps qu’il nous manifeste une troisième fois la gloire de l’Emmanuel. L’étoile a conduit l’âme à la foi, l’eau sanctifiée du Jourdain lui a conféré la pureté, le festin nuptial l’unit à son Dieu. Nous avons chanté l’époux sortant radieux au-devant de l’épouse ; nous l’avons entendu l’appeler des sommets du Liban ; maintenant qu’il l’a éclairée et purifiée, il veut l’enivrer du vin de son amour.
Un festin est préparé, un festin nuptial ; la mère de Jésus y assiste ; car, après avoir coopéré au mystère de l’incarnation du Verbe, il convient qu’elle soit associée à toutes les œuvres de son Fils, à toutes les faveurs qu’il prodigue à ses élus. Mais, au milieu de ce festin, le vin vient à manquer. Jusqu’alors la gentilité n’avait point connu le doux vin de la charité ; la Synagogue n’avait produit que des raisins sauvages. Le Christ est la vraie vigne, comme il le dit lui-même. Lui seul pouvait donner ce vin qui réjouit le cœur de l’homme [2], et nous présenter à boire de ce calice enivrant qu’avait chanté David [3].
Marie dit au Sauveur : « Ils n’ont point de vin. » C’est à la mère de Dieu de lui représenter les besoins des hommes, dont elle est aussi la mère. Cependant, Jésus lui répond avec une apparente sécheresse : « Femme, qu’importe à moi et à vous ? Mon heure n’est pas encore venue. » C’est que, dans ce grand mystère, il allait agir, non plus comme fils de Marie, mais comme Fils de Dieu. Plus tard, à une heure qui doit venir, il apparaîtra aux yeux de cette même mère, expirant sur la croix, selon cette humanité qu’il avait reçue d’elle. Marie a compris tout d’abord l’intention divine de son Fils, et elle profère ces paroles qu’elle répète sans cesse à tous ses enfants : Faites ce qu’il vous dira.
Or, il y avait là six grands vases de pierre, et ils étaient vides. Le monde, en effet, était parvenu à son sixième âge, comme l’enseignent saint Augustin et les autres docteurs après lui. Durant ces six âges, la terre attendait son sauveur, qui devait l’instruire et la sauver. Jésus commande de remplir d’eau ces vases ; mais l’eau ne convient pas pour le festin de l’époux. Les figures, les prophéties de l’ancien monde étaient cette eau ; et nul homme, jusqu’à l’ouverture du septième âge, où le Christ, qui est la vigne, devait se communiquer, n’avait contracté l’alliance avec le Verbe divin.
Mais lorsque l’Emmanuel est venu, il n’a qu’une parole à dire : « Puisez maintenant. » Le vin de la nouvelle alliance, ce vin qui avait été réservé pour la fin, remplit seul maintenant les vases. En prenant notre nature humaine, nature faible comme l’eau, il en a ménagé la transformation ; il l’a élevée jusqu’à lui, nous rendant participants de la nature divine [4] ; il nous a rendus capables de contracter l’union avec lui, de former ce seul corps dont il est le Chef, cette Église dont il est l’époux, et qu’il aimait de toute éternité d’un si ardent amour, qu’il est descendu du ciel pour célébrer ces noces avec elle.
Ô sort admirable que le nôtre ! Dieu a daigné, comme dit l’apôtre, montrer les richesses de sa gloire sur des vases de miséricorde [5]. Les urnes de Cana, figures de nos âmes, étaient insensibles, et nullement destinées à tant d’honneur. Jésus ordonne à ses ministres d’y verser l’eau ; et déjà, par cette eau, il les purifie ; mais il pense n’avoir rien fait encore tant qu’il ne les a pas remplies jusqu’au haut de ce vin céleste et nouveau, qui ne devait se boire qu’au royaume de son Père. Ainsi la divine charité, qui réside dans le sacrement d’amour, nous est-elle communiquée ; et pour ne pas déroger à sa gloire, l’Emmanuel, qui veut épouser nos âmes, les élève jusqu’à lui. Préparons-les donc pour cette union ; et, selon le conseil de l’apôtre, rendons-les semblables à cette vierge pure qui est destinée à un époux sans tache [6].
Saint Matthieu, évangéliste de l’humanité du Sauveur, a reçu de l’Esprit-Saint la charge de nous annoncer le mystère de la foi par l’étoile ; saint Luc, évangéliste du sacerdoce, a été choisi pour nous instruire du mystère de la purification par les eaux ; il appartenait au disciple bien-aimé de nous révéler le mystère des noces divines. C’est pourquoi, suggérant à la sainte Église l’intention de ce troisième mystère, il se sert de cette expression : Ce fut le premier des miracles de Jésus, et il y manifesta sa gloire. À Bethléhem, l’or et l’encens des mages prophétisèrent la divinité et la royauté cachées de l’enfant ; sur le Jourdain, la descente de l’Esprit-Saint, la voix du Père, proclamèrent Fils de Dieu l’artisan de Nazareth ; à Cana, Jésus agit lui-même et il agit en Dieu : « car, dit saint Augustin, celui qui transforma l’eau en vin dans les vases ne pouvait être que celui-là même qui, chaque année, opère un prodige semblable dans la vigne. » Aussi, de ce moment, comme le remarque saint Jean, « ses disciples crurent en lui », et le collège apostolique commença à se former.
À la messe
Introït
Que la terre vous adore, ô Dieu, et chante en votre honneur, qu’elle dise un hymne à votre nom, ô Très-Haut. Poussez vers Dieu des cris de joie, ô terre entière ; chantez un hymne à son nom ; rendez glorieuse sa louange.
Collecte
Dieu tout-puissant et éternel qui régissez tout à la foi le ciel et la terre : écoutez avec clémence les prières de votre peuple, et accordez votre paix à nos temps.
Épître
Lecture de l’Épître de saint Paul apôtre aux Romains.
Mes Frères : nous avons des dons différents selon la grâce qui nous a été donnée : soit de prophétie, selon la mesure de notre foi, soit de ministère, pour nous exercer dans le ministère ; celui-ci a reçu le don d’enseigner : qu’il enseigne ; celui-là, le don d’exhorter : qu’il exhorte ; un autre distribue : qu’il s’en acquitte avec simplicité ; un autre préside : qu’il le fasse avec zèle ; un autre exerce les œuvres de miséricorde : qu’il s’y livre avec joie. Que votre charité soit sans hypocrisie. Ayez le mal en horreur ; attachez-vous fortement au bien. Quant à l’amour fraternel, soyez pleins d’affection les uns pour les autres, vous prévenant d’honneur les uns les autres ; pour ce qui est du zèle, ne soyez pas nonchalants. Soyez fervents d’esprit ; c’est le Seigneur que vous servez. Soyez pleins de la joie que donne l’espérance, patients dans l’affliction, assidus à la prière, prêts à subvenir aux nécessités des saints, empressés à donner l’hospitalité. Bénissez ceux qui vous persécutent : bénissez et ne maudissez pas. Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie ; pleurez avec ceux qui pleurent. Ayez les mêmes sentiments entre vous ; n’aspirez pas à ce qui est élevé, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble.
Graduel
Le Seigneur envoya sa parole et il les guérit, et les arracha à la mort. Qu’ils louent le Seigneur pour sa miséricorde et pour les merveilles en faveur des enfants des hommes. Louez le Seigneur, vous tous ses anges ; louez-le, toutes ses puissances. Alléluia.
Évangile
La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. 2
En ce temps-là, il se fit des noces à Cana, en Galilée, et la mère de Jésus y était. Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples. Et le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont point de vin ». Et Jésus lui répondit : « Femme, qu’importe à moi et à vous ? Mon heure n’est pas encore venue. » Sa mère dit à ceux qui servaient : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Or, il y avait là six grands vases de pierre, pour servir aux purifications des Juifs, et dont chacun tenait deux ou trois mesures. Jésus leur dit : « Emplissez d’eau ces vases. » Et ils les remplirent jusqu’au haut. Et Jésus leur dit : « Puisez maintenant, et portez-en au maître d’hôtel » ; et ils lui en portèrent. Le maître d’hôtel ayant goûté de cette eau qui avait été changée en vin, et ne sachant d’où venait ce vin, quoique les serviteurs qui avaient puisé l’eau le sussent bien, appela l’époux et lui dit : « Tout homme sert d’abord le bon vin, et après qu’on a beaucoup bu, il en sert de moindre ; mais vous, vous avez réservé jusqu’à cette heure le bon vin ». Ce fut là le premier des miracles de Jésus, qui se fit à Cana en Galilée ; et par là, il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.
Offertoire
Poussez des cris de joie, ô terre entière ; chantez un hymne à son nom. Venez et entendez, vous tous qui craignez Dieu et je vous raconterai tout ce que le Seigneur a fait à mon âme. Alléluia.
Secrète
Sanctifiez, Seigneur, les dons qui vous sont offerts, et purifiez-nous des taches de nos péchés.
Communion
Le Seigneur dit : Remplissez d’eau ces urnes et portez-en au maître du festin. Dès que le maître du festin eut goûté l’eau changée en vin, il dit à l’époux : tu as gardé le bon jusqu’à ce moment. Tel fut le premier miracle que fit Jésus devant ses disciples
Postcommunion
Qu’elle ait en nous plus d’influence, nous vous en supplions, Seigneur, l’action de votre vertu puissante ; afin que nourris de vos divins sacrements, nous soyons disposés par votre grâce à en recueillir les fruits promis.
[2] – Psalm. 103.
[3] – Psalm. 22.
[4] – 2 Petr. 4, 1.
[5] – Rom. 9,23.
[6] – 2 Cor. 11.
13 janvier
Baptême de Notre Seigneur
Dom Guéranger ~ L’année liturgique
13 janvier, octave de l’Épiphanie :
Baptême de Notre-Seigneur
Le second mystère de l’Épiphanie, le mystère du baptême du Christ dans le Jourdain, occupe aujourd’hui tout spécialement l’attention de l’Église. L’Emmanuel s’est manifesté aux mages après s’être montré aux bergers ; mais cette manifestation s’est passée dans l’enceinte étroite d’une étable à Bethléhem, et les hommes de ce monde ne l’ont point connue. Dans le mystère du Jourdain, le Christ se manifeste avec plus d’éclat. Sa venue est annoncée par le Précurseur ; la foule qui s’empresse vers le baptême du fleuve en est témoin ; Jésus prélude à sa vie publique. Mais qui pourrait raconter la grandeur des traits qui accompagnent cette seconde épiphanie ?
Elle a pour objet, comme la première, l’avantage et le salut du genre humain ; mais suivons la marche des mystères. L’étoile a conduit les mages vers le Christ ; ils attendaient, ils espéraient ; maintenant, ils croient. La foi dans le messie venu commence au sein de la Gentilité. Mais il ne suffit pas de croire pour être sauvé ; il faut que la tache du péché soit lavée dans l’eau. « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé [1] » : il est donc temps qu’une nouvelle manifestation du Fils de Dieu se fasse, pour inaugurer le grand remède qui doit donner à la foi la vertu de produire la vie éternelle.
Or, les décrets de la divine Sagesse avaient choisi l’eau pour l’instrument de cette sublime régénération de la race humaine. C’est pourquoi, à l’origine des choses, l’Esprit de Dieu nous est montré planant sur les eaux, afin que, comme le chante l’Église au samedi saint, leur nature conçût déjà un principe de sanctification. Mais les eaux devaient servir à la justice envers le monde coupable, avant d’être appelées à remplir les desseins de la miséricorde. À l’exception d’une famille, le genre humain, par un décret terrible, disparut sous les flots du déluge.
Toutefois, un nouvel indice de la fécondité future de cet élément prédestiné apparut à la fin de cette terrible scène. La colombe, sortie un moment de l’arche du salut, y rentra, portant un rameau d’olivier, symbole de la paix rendue à la terre après l’effusion de l’eau. Mais l’accomplissement du mystère annoncé était loin encore.
En attendant le jour où ce mystère serait manifesté, Dieu multiplia les figures destinées à soutenir l’attente de son peuple. Ainsi, ce fut en traversant les flots de la Mer Rouge, que ce peuple arriva à la terre promise ; et durant ce trajet mystérieux, une colonne de nuée couvrait à la fois la marche d’Israël, et ces flots bénis auxquels il devait son salut.
Mais le contact des membres humains d’un Dieu incarné pouvait seul donner aux eaux cette vertu purifiante après laquelle soupirait l’homme coupable. Dieu avait donné son Fils au monde, non seulement comme le législateur, le rédempteur, la victime de salut, mais pour être aussi le sanctificateur des eaux ; et c’était au sein de cet élément sacré qu’il devait lui rendre un témoignage divin, et le manifester une seconde fois.
Jésus donc, âgé de trente ans, s’avance vers le Jourdain, fleuve déjà fameux par les merveilles prophétiques opérées dans ses eaux. Le peuple juif, réveillé par la prédication de Jean-Baptiste, accourait en foule pour recevoir un baptême, qui pouvait exciter le regret du péché, mais qui ne l’enlevait pas. Notre divin roi s’avance aussi vers le fleuve, non pour y chercher la sanctification, car il est le principe de toute justice, mais pour donner enfin aux eaux la vertu d’enfanter, comme chante l’Église, une race nouvelle et sainte. Il descend dans le lit du Jourdain, non plus comme Josué pour le traverser à pied sec, mais afin que le Jourdain l’environne de ses flots, et reçoive de lui, pour la communiquer à l’élément tout entier, cette vertu sanctifiante que celui-ci ne perdra jamais. Échauffées par les divines ardeurs du Soleil de justice, les eaux deviennent fécondes, au moment où la tête sacrée du rédempteur est plongée dans leur sein par la main tremblante du Précurseur.
Mais, dans ce prélude d’une création nouvelle, il est nécessaire que la Trinité tout entière intervienne. Les cieux s’ouvrent ; la colombe en descend, non plus symbolique et figurative, mais annonçant la présence de l’Esprit d’amour qui donne la paix et transforme les cœurs. Elle s’arrête et se repose sur la tête de l’Emmanuel, planant à la fois sur l’humanité du Verbe et sur les eaux qui baignent ses membres augustes.
Cependant le Dieu-Homme n’était pas manifesté encore avec assez d’éclat ; il fallait que la parole du Père tonnât sur les eaux, et les remuât jusque dans la profondeur de leurs abîmes. Alors se fit entendre cette voix qu’avait chantée David : Voix du Seigneur qui retentit sur les eaux, tonnerre du Dieu de majesté qui brise les cèdres du Liban, l’orgueil des démons, qui éteint le feu de la colère céleste, qui ébranle le désert, qui annonce un nouveau déluge [2], un déluge de miséricorde ; et cette voix disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances.
Ainsi fut manifestée la sainteté de l’Emmanuel par la présence de la divine colombe et par la voix du Père, comme sa royauté avait été manifestée par le muet témoignage de l’étoile. Le mystère accompli, l’élément des eaux investi de la vertu qui purifie, Jésus sort du Jourdain et remonte sur la rive, enlevant avec lui, selon la pensée des pères, régénéré et sanctifié, le monde dont il laissait sous les flots les crimes et les souillures.
Elle est grande, cette fête de l’Épiphanie, dont l’objet est d’honorer de si hauts mystères ; et nous n’avons pas lieu de nous étonner que l’Église orientale ait fait de ce jour une des époques de l’administration solennelle du baptême. Les anciens monuments de l’Église des Gaules nous apprennent que cet usage s’observa aussi chez nos aïeux ; et plus d’une fois dans l’Orient, au rapport de Jean Mosch, on vit le sacré baptistère se remplir d’une eau miraculeuse au jour de cette grande fête, et se tarir de lui-même après l’administration du baptême. L’Église romaine, dès le temps de saint Léon, insista pour faire réserver aux fêtes de Pâques et de Pentecôte l’honneur d’être les seuls jours consacrés à la célébration solennelle du premier des sacrements ; mais l’usage se conserva et dure encore, en plusieurs lieux de l’Occident, de bénir l’eau avec une solennité toute particulière, au jour de l’Épiphanie.
L’Église d’Orient a gardé inviolablement cette coutume. La fonction a lieu, pour l’ordinaire, dans l’Église ; mais quelquefois, au milieu de la pompe la plus imposante, le pontife se rend sur les bords d’un fleuve, accompagné des prêtres et des ministres revêtus des plus riches ornements, et suivi du peuple tout entier. Après des prières d’une grande magnificence, que nous regrettons de ne pouvoir insérer ici, le pontife plonge dans les eaux une croix enrichie de pierreries qui signifie le Christ, imitant ainsi l’action du Précurseur. À Saint-Pétersbourg, la cérémonie a lieu sur la Neva ; et c’est à travers une ouverture pratiquée dans la glace que le Métropolite fait descendre la croix dans les eaux. Ce rite s’observe pareillement dans les Églises de l’Occident qui ont retenu l’usage de bénir l’eau à la fête de l’Épiphanie.
Les fidèles se hâtent de puiser, dans le courant du fleuve, cette eau sanctifiée ; et saint Jean Chrysostome, dans son homélie vingt-quatrième, sur le baptême du Christ, atteste, en prenant à témoin son auditoire, que cette eau ne se corrompait pas. Le même prodige a été reconnu plusieurs fois en Occident.
Glorifions donc le Christ, pour cette seconde manifestation de son divin caractère, et rendons-lui grâces, avec la sainte Église, de nous avoir donné, après l’étoile de la foi qui nous illumine, l’eau puissante qui emporte nos souillures. Dans notre reconnaissance, admirons l’humilité du Sauveur qui se courbe sous la main d’un homme mortel, afin d’accomplir toute justice, comme il le dit lui-même ; car, ayant pris la forme du péché, il était nécessaire qu’il en portât l’humiliation pour nous relever de notre abaissement. Remercions-le pour cette grâce du baptême qui nous a ouvert les portes de l’Église de la terre et de l’Église du ciel. Enfin, renouvelons les engagements que nous avons contractés sur la fontaine sacrée, et qui ont été la condition de cette nouvelle naissance.
La messe de l’octave de l’Épiphanie
L’introït, l’épître, le graduel, le verset alléluiatique, l’offertoire, la communion, sont les mêmes qu’au jour de la fête.
Dans la collecte, l’Église demande pour ses enfants la grâce d’être rendus semblables à Jésus-Christ qui a apparu dans le Jourdain, rempli de l’Esprit-Saint, l’objet des complaisances du Père céleste, mais revêtu de notre nature, et fidèle dans l’accomplissement de toute justice.
Collecte
Ô Dieu ! dont le Fils unique est apparu sur la terre, revêtu de la substance de notre chair ; faites, s’il vous plaît, que nous méritions d’être réformés intérieurement par celui que nous avons reconnu semblable à nous extérieurement ; lui qui, étant Dieu, vit et règne avec vous.
Évangile
La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. 1
En ce temps-là, Jean vit Jésus qui venait à lui, et il dit : Voici l’agneau de Dieu ; voici celui qui ôte les péchés du monde. C’est celui duquel j’ai dit : Il vient après moi un homme qui a été préféré à moi, parce qu’il était avant moi. Je ne le connaissais pas ; mais je suis venu baptiser dans l’eau, afin qu’il soit connu dans Israël. Et Jean rendit alors ce témoignage : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe, et demeurer sur lui. Pour moi, je ne le connaissais pas ; mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, m’a dit : celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est celui qui baptise dans le Saint-Esprit. Et je l’ai vu, et j’ai rendu témoignage qu’il est le Fils de Dieu.
Céleste agneau ! vous êtes descendu dans le fleuve pour le purifier ; la divine colombe est venue des hauteurs du ciel unir sa douceur à la vôtre, et vous êtes remonté sur la rive. Mais, ô prodige de votre miséricorde ! les loups sont descendus après vous dans les eaux sanctifiées ; et voilà qu’ils reviennent vers vous transformés en agneaux. Nous tous, immondes par le péché, nous devenons, au sortir de la fontaine sacrée, ces blanches brebis de votre divin cantique, qui remontent du lavoir, toutes fécondes, pas une stérile ; ces pures colombes qui semblent s’être baignées dans le lait, et qui ont fixé leurs demeures auprès des claires fontaines : tant est puissante la vertu de purification que votre divin contact a donnée à ces eaux ! Conservez en nous cette blancheur qui vient de vous, ô Jésus ! et si nous l’avons perdue, rendez-nous-la par le baptême de la pénitence, qui seul peut nous restituer la candeur de notre premier vêtement. Épanchez plus encore ce fleuve d’amour, ô Emmanuel ! Que ses flots aillent chercher jusqu’au fond de leurs déserts sauvages ceux qu’ils n’ont pas touchés jusqu’ici ; inondez la terre, ainsi que vous l’avez promis. Souvenez-vous de la gloire dans laquelle vous fûtes manifesté au milieu du Jourdain ; oubliez les crimes qui depuis trop longtemps retardent la prédication de votre évangile sur ces plages désolées ; le Père céleste ordonne à toute créature de vous écouter : parlez à toute créature, ô Emmanuel !
Dans la secrète, l’Église proclame encore la divine apparition, et supplie l’agneau qui, par son sacrifice, nous a procuré de pouvoir offrir à Dieu une hostie pure, de vouloir bien agréer cette hostie dans sa miséricordieuse clémence.
Secrète
Nous vous présentons ces hosties, Seigneur, en mémoire de la manifestation de votre Fils incarné, vous suppliant que, comme il est l’auteur de ces dons, il les reçoive avec miséricorde, Jésus-Christ notre Seigneur, qui vit et règne avec vous.
En rendant grâces pour la nourriture céleste qu’elle vient de recevoir, la sainte Église implore le secours continuel de cette lumière divine qui a apparu sur elle, et qui la rendra capable de contempler la pureté de l’agneau, et de l’aimer comme sa tendresse le mérite.
Postcommunion
Prévenez-nous, en tout temps et en tout lieu de votre céleste lumière, nous vous en supplions, Seigneur ; afin que, comme vous avez voulu que nous fussions participants de ce mystère, nous puissions le contempler d’un œil pur et le recevoir avec une affection digne de sa sainteté. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Autres liturgies
Chantons encore la divine théophanie, en réunissant dans un seul concert la voix de toutes les Églises. Saint Hilaire de Poitiers ouvrira nos cantiques par l’hymne où il célèbre à la fois les trois mystères de cette grande octave.
Hymne
Le miséricordieux rédempteur des peuples, Jésus, brille aujourd’hui d’une triple splendeur. Que la race entière des fidèles lui consacre ses louanges et ses cantiques.
Une étoile brillante, qui scintille au ciel, annonce sa naissance ; elle précède les mages et les conduit à son berceau.
Ils tombent aux pieds de cet enfant ; ils l’adorent dans les langes, ils le confessent pour un Dieu, et lui offrent de mystiques présents.
Ayant trente fois parcouru le cycle de l’année, et avancé dans les jours de sa vie mortelle, Jésus demande l’eau du baptême, lui qui est exempt de toute souillure.
L’heureux Jean frémit à la pensée de plonger dans le fleuve celui dont le sang a la vertu d’effacer les péchés du monde.
La voix imposante du Père proclame le Fils du haut des cieux, et la vertu de l’Esprit, source des dons sacrés, descend visiblement.
Vous dont les ordres tout-puissants font rougir l’eau dans les vases du festin, ô Christ, nous vous en supplions, étendez sur nous tous votre protection.
À la souveraine Trinité, louange, honneur, puissance et gloire, à jamais, dans tous les siècles des siècles.
Amen.
L’Église ambrosienne nous prête ses mélodieux accents pour honorer le baptême du Christ, dans cette belle préface de son missel.
Préface
Il est véritablement digne, juste, équitable et salutaire, que nous vous rendions grâces partout et toujours, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui vous êtes manifesté à nous du haut du ciel, dans une voix tonnante, sur les eaux du Jourdain ; pour nous montrer le Sauveur céleste, et vous manifester à nous comme le Père de la lumière éternelle, vous avez ouvert les cieux, sanctifié les airs, purifié la fontaine, et désigné votre Fils unique par l’Esprit-Saint apparaissant sous la forme d’une colombe. Aujourd’hui les eaux ont reçu votre bénédiction et ont enlevé notre malédiction ; elles ont reçu la vertu de produire dans les croyants la purification de tous les péchés, et d’opérer l’adoption des enfants de Dieu pour la vie éternelle. Ceux que la naissance charnelle avait produits pour la vie du temps, ceux que, par suite de leur prévarication, la mort tenait en sa puissance, la vie éternelle les a reçus et les a rappelés à la gloire du céleste royaume.
Les vénérables antiennes que nous donnons ci-après, restes précieux de l’antique liturgie gallicane, ont une origine orientale, et sont encore conservées au bréviaire de Cîteaux.
Antiennes
Le Sauveur, voulant renouveler l’homme ancien, vient au baptême, afin de régénérer par l’eau la nature corrompue ; il nous revêt d’un vêtement incorruptible.
Vous qui, dans l’Esprit et dans le feu, purifiez l’humaine contagion, nous vous glorifions, notre Dieu et Rédempteur !
Jean-Baptiste tremble et n’ose toucher la tête sacrée de son Dieu. Dans sa frayeur, il s’écrie : Sanctifiez-moi vous-même, ô Sauveur !
Le Sauveur a brisé, dans le fleuve du Jourdain, la tête du dragon ; il nous a arrachés tous à sa puissance.
Un grand mystère est déclaré aujourd’hui : le créateur de toutes choses lave nos crimes dans le Jourdain.
Le soldat baptise son roi, l’esclave son maître, Jean son sauveur ; l’eau du Jourdain s’est émue, la colombe a rendu témoignage, la voix du Père s’est fait entendre : celui-ci est mon Fils.
Les sources des eaux furent sanctifiées au moment où le Christ apparaissait dans sa gloire. Toute la terre, venez puiser les eaux dans la source du Sauveur ; car le Christ notre Dieu sanctifie aujourd’hui toute créature.
Le moyen âge des Églises d’Occident a produit cette séquence, que nous empruntons aux anciens missels de Paris. Elle chante les trois mystères de l’Épiphanie.
Séquence
Un astre au lever merveilleux, annoncé par les prophètes, signale aujourd’hui le lever du divin Soleil.
Cet astre vient éclairer les mages ; Hérode en est ébranlé ; la Gentilité aborde à Jésus, le port de la paix.
L’étoile annonce l’enfant créateur des astres, vengeur des crimes, le Dieu fort.
Des présents mystiques le proclament arbitre du monde, et notre rédempteur par sa mort.
Il est plongé dans les eaux, et dans les eaux il répand une vertu qui efface le péché d’Adam.
La colombe paraît, la voix du Père adopte le Fils, dont la gloire éclate par ces prodiges.
La parole de Jean rend son témoignage, et la loi d’amour prend commencement.
Les conviés sont dans la joie, quand l’eau des fontaines vient faire l’office d’un vin généreux.
Au sein d’une vierge, épouse sans tache, le Verbe du Père contracte une alliance d’amour.
Qu’il daigne laver nos crimes, délier nos chaînes, nous protéger à jamais, par les prières de sa mère. Amen.
L’Église grecque nous fournit, dans ses menées, ce magnifique ensemble de poésie, de doctrine et de piété, en l’honneur du baptême de l’agneau dans le Jourdain :
6 janvier en la Théophanie
Le Jourdain remonta un jour vers sa source à l’attouchement de la melote d’Élisée, lorsqu’Élie fut enlevé au ciel ; les ondes du fleuve se divisèrent, et une voie solide s’ouvrit au prophète, et cette voie était à travers les eaux en figure du baptême par lequel nous traversons le fleuve de la vie. Le Christ est apparu : il vient renouveler toute créature.
Aujourd’hui la nature des eaux est sanctifiée, le Jourdain est divisé ; il suspend le cours de ses sources à l’aspect du Seigneur qui vient s’y baigner.
Ô Christ Roi ! tu es venu au fleuve comme un homme, recevoir le baptême des serviteurs ; tu t’empresses, ô miséricordieux, de te placer sous la main du Précurseur, pour nos péchés, ô ami des hommes !
À la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur, tu es venu, Seigneur, prenant la forme d’esclave, implorant le baptême, toi qui ignores le péché.
Les eaux t’ont vu, et elles ont tremblé. Le Précurseur a été saisi de crainte, et il s’est écrié, disant : « Comment la faible lampe allumera-t-elle la lumière ? Comment le serviteur imposera-t-il la main sur le maître ? Sanctifie-moi, et sanctifie les eaux, ô Sauveur ! qui effaces le péché du monde. »
La main tremblait, la main du Précurseur, du Baptiste, du Prophète, honoré plus que tous les prophètes ; car il contemplait l’agneau de Dieu qui lave le péché du monde, et, dans son trouble, il s’écriait : « Ô Verbe ! je n’ose mettre ma main sur ta tête : sanctifie-moi et m’éclaire, ô miséricordieux ! car tu es la vie, la lumière, et la paix du monde. »
C’était chose merveilleuse de voir le Seigneur du ciel et de la terre, dépouillé, dans le fleuve, recevant de sa créature le baptême pour notre salut, comme un serviteur ; et les chœurs des anges étaient muets dans la crainte et l’allégresse : unis à eux, nous t’adorons ; sauve-nous.
Lève vers lui pour nous, ô Baptiste, lève ta main, comme ayant puissance, cette main qui toucha la tête du Seigneur que personne n’avait touchée, cette main dont un doigt nous désigna l’agneau ; car par lui tu as été déclaré le plus grand des prophètes.
Tourne aussi vers lui, ô Baptiste, tes yeux qui ont vu l’Esprit très saint descendre en forme de colombe ; montre-toi miséricordieux envers nous, assiste-nous de ton concours dans nos chants, et entonne le premier l’hymne de louange.
Le fleuve du Jourdain t’a reçu dans ses eaux, ô Christ, fontaine de vie ! et le Paraclet est descendu en forme de colombe. Il incline la tête, celui qui a incliné les cieux ; la créature, pétrie de terre, se plaint et crie à son auteur : « Pourquoi me commander des choses au-dessus de moi ? c’est moi qui ai besoin de ton baptême, ô impeccable ! »
Tu as incliné la tête devant le Précurseur, ô Christ ! Tu as brisé la tête du dragon ; tu es descendu dans le fleuve ; tu as illuminé toutes choses pour ta gloire, ô Sauveur, lumière de nos âmes !
Celui qui se revêt de la lumière comme d’un vêtement a daigné, pour l’amour de nous, se faire semblable à nous ; il s’est couvert des eaux du Jourdain comme d’un vêtement, lui qui n’avait pas besoin de ces eaux pour se purifier, et qui répand sur nous, de son propre fonds, la grâce de la régénération, ô prodige !
Venez, imitons les vierges sages ; venez, allons au-devant du Seigneur manifesté ; car, en sa qualité d’époux, il vient vers Jean, son ami. À ta vue, le Jourdain a remonté vers sa source, il s’est replié sur lui-même et s’est arrêté. Jean s’écriait : « Je n’ose toucher la tête immortelle. » L’Esprit descendait en forme de colombe pour sanctifier les eaux, et la voix du ciel disait : « Celui-ci est mon Fils venu dans le monde pour sauver le genre humain. » Ô Christ, gloire à toi !
Le Christ est baptisé, il remonte de l’eau, relevant avec lui le monde entier ; il voit ouverts les cieux qu’Adam avait fermés pour lui-même et sa postérité. L’Esprit proclame la divinité du baptisé, la voix du ciel se fait entendre : il est déclaré Sauveur de nos âmes.
Seigneur, pour accomplir ton décret éternel, tu as emprunté à toute créature son concours à l’accomplissement de ton mystère. Aux anges, tu as demandé Gabriel ; aux hommes, la Vierge ; aux cieux, l’étoile ; aux eaux, le Jourdain. Tu as pris sur toi le péché du monde : gloire à toi, notre Sauveur !
Fleuve du Jourdain, pourquoi es-tu ému de voir sans voile celui qui est invisible ? Tu réponds : « Je l’ai vu, et j’en ai été saisi de crainte. Comment n’aurais-je pas tremblé ? À cette vue, les anges ont frémi, les cieux ont été ébranlés, la terre a tremblé, la mer s’est soulevée, toutes les choses visibles et invisibles ont été dans l’agitation. »
« — Qui a vu des taches sur le soleil, sur le plus resplendissant des astres ? s’écriait le Précurseur. Comment te laverais-je dans les eaux, splendeur de la gloire, image du Père éternel, moi qui ne suis qu’une herbe faible et desséchée ! Comment porterais-je mes mains sur les feux de ta divinité ? Car tu es le Christ, Sagesse et Vertu de Dieu. »
La grande lumière, le Christ, s’est levée sur la Galilée des nations, sur la région de Zabulon et sur la terre de Nephtali ; une éclatante splendeur a lui en Bethléhem la lumineuse, sur ceux qui étaient dans les ténèbres ; mais avec plus d’éclat encore, le Seigneur, le Soleil de justice, sorti de Marie, a répandu ses rayons sur l’univers entier.
Vous donc qui étiez nus dans Adam, venez tous, revêtez-vous du Christ pour réchauffer vos membres. Ô Christ ! tu es venu, vêtement de ceux qui sont nus, splendeur de ceux qui étaient dans les ténèbres ; lumière inaccessible, tu t’es manifestée aujourd’hui.
À la gloire de l’auguste Mère de l’Agneau, consacrons cette ancienne séquence de nos vieux missels. C’est l’imitation d’une des proses de Notker pour la Pentecôte, longtemps attribuée au pieux roi Robert, et que nous donnerons en son lieu :
Séquence
Daigne nous assister la grâce de l’Esprit-Saint,
Qui, pour la rendre mère d’un Dieu, féconda la Vierge Marie ;
Par qui l’auguste virginité a fleuri en Marie.
Esprit d’amour, qui daignas remplir Marie,
Tu répandis la rosée sacrée sur Marie.
Céleste amant, sans l’offenser tu fécondas Marie.
Ton ombre sacrée, tes caresses divines sanctifièrent Marie.
Tu veillas pour que la faute originelle ne fût point transmise à Marie.
Tu consacras l’habitation du sein béni de Marie,
Afin qu’elle devînt enceinte et mère, Marie,
Et qu’elle enfantât sans perdre sa fleur, Marie.
Tu inspiras les prophètes qui chantèrent qu’un Dieu serait conçu par Marie.
Tu donnas ta force aux apôtres, afin qu’ils prêchassent ce Dieu qu’a enfanté Marie.
Quand Dieu créa l’ensemble de cet univers, il y figura Marie.
La terre, vierge encore, fut appelée à produire le premier homme, qui était vierge et pur : ainsi elle a produit le second, Marie.
Tu es l’espoir des âmes affligées, ô douce Marie !
Délie les chaînes de tes serviteurs, ô Marie !
Le monde tout brisé par ses crimes, tu l’as rappelé à la vie, ô Marie !
Tu as triomphé des idoles et des lois impies, ô Marie !
Donc, nous te supplions de nous secourir de ta main bénigne, ô Marie !
Et de prier ton Fils pour nous qui chantons à ta gloire : Salut, ô Marie !
Ta félicité surpasse toute félicité, ô Marie !
Ton trône domine les chœurs sublimes des anges, ô Marie !
Tu as revêtu du vêtement de la chair un homme, ô Marie !
Pour lui tu devins féconde, sans le secours humain, ô Marie !
Il est Dieu ; apaise-le pour nous, ô Marie !
[1] s. Marc 16, 16.
[2] – Psalm. 28.
12 janvier
Septième jour dans l’octave de l’Épiphanie
Dom Guéranger ~ L’année liturgique
12 janvier, septième jour dans l’octave de l’Épiphanie
Ayant déposé leurs offrandes aux pieds de l’Emmanuel, comme le signe de vaillance qu’ils contractent avec lui au nom du genre humain, comblés de ses plus chères bénédictions, les mages prennent congé de ce divin enfant ; car telle est sa volonté. Ils s’éloignent enfin de Bethléhem ; mais désormais la terre entière leur paraît vide et déserte. Comme ils désireraient fixer leur séjour auprès du nouveau roi, dans la compagnie de son ineffable mère ! Mais le plan du salut du monde exige que tout ce qui sent l’éclat et la gloire humaine soit loin de celui qui est venu chercher nos abaissements.
Il faut d’ailleurs qu’ils soient les premiers messagers de la parole évangélique ; qu’ils aillent annoncer dans la Gentilité que le mystère du salut est commencé, que la terre possède son Sauveur, que le salut est à la porte. L’étoile ne marche plus devant eux ; elle n’est plus nécessaire pour les conduire à Jésus ; ils le portent maintenant et à jamais dans leur cœur. Ces trois hommes prédestinés sont donc déposés au sein de la Gentilité, comme ce levain mystérieux de l’évangile, qui, malgré son léger volume, procure la fermentation de la pâte tout entière. Dieu bénit à cause d’eux les nations de la terre ; à partir de ce jour, l’infidélité diminue, insensiblement la foi monte ; et quand le sang de l’agneau aura été versé, quand le baptême aura été promulgué, les mages, initiés aux derniers mystères, ne seront plus seulement hommes de désirs, mais chrétiens parfaits.
Une ancienne tradition chrétienne, que nous voyons déjà rappelée par l’auteur de l’Ouvrage imparfait sur saint Matthieu inséré dans toutes les éditions de saint Jean Chrysostome, et qui paraît avoir été écrit vers la fin du 6e siècle ; cette tradition, disons-nous, porte que les trois mages furent baptisés par l’apôtre saint Thomas, et qu’ils se livrèrent à la prédication de l’évangile. Quand bien même cette tradition n’existerait pas, il est aisé de comprendre que la vocation de ces trois princes ne devait pas se borner à visiter, eux premiers des Gentils, le roi éternel manifesté sur la terre : une nouvelle mission, celle de l’apostolat, découlait tout naturellement de la première.
De nombreux détails sur la vie et les actions des mages devenus chrétiens sont arrivés jusqu’à nous ; nous nous abstenons cependant de les relater ici, attendu qu’ils ne sont ni assez anciens, ni assez graves, pour que l’Église ait cru devoir en faire usage dans sa liturgie. Il en est de même de leurs noms, Melchior, Gaspar, Balthasar : l’usage en est trop récent ; et s’il nous paraît téméraire de les attaquer directement, il nous semblerait aussi trop difficile d’en soutenir la responsabilité.
Quant aux corps de ces illustres et saints adorateurs du Seigneur nouveau-né, ils furent transportés de Perse à Constantinople sous les premiers empereurs chrétiens, et reposèrent longtemps dans l’Église de Sainte-Sophie. Plus tard, sous l’évêque Eustorge, Milan les vit transférer dans ses murs ; et ils y restèrent jusqu’au 12e siècle, où, avec le concours de Frédéric Barberousse, Reinold, archevêque de Cologne, les plaça dans l’Église cathédrale de cette auguste métropole. C’est là qu’ils reposent encore aujourd’hui dans une magnifique châsse, le plus beau monument, peut-être, de l’orfèvrerie du moyen âge, sous les voûtes de cette sublime cathédrale qui, par sa vaste étendue, la hardiesse et le caractère de son architecture, est l’un des premiers temples de la chrétienté.
Ainsi, nous vous avons suivis, ô pères des nations, du fond de l’Orient jusqu’en Bethléhem ; et nous vous avons reconduits dans votre patrie, et amenés enfin au lieu sacré de votre repos, sous le ciel glacé de notre Occident. Un amour filial nous attachait à vos pas ; et d’ailleurs ne cherchions-nous pas nous-mêmes, sur vos traces, ce roi de gloire auprès duquel vous aviez à nous représenter ? Bénie soit votre attente, bénie votre docilité à l’étoile, bénie votre dévotion aux pieds du céleste enfant, bénies vos pieuses offrandes qui nous donnent la mesure des nôtres ! Ô prophètes ! qui avez véritablement prophétisé les caractères du messie par le choix de vos dons ; ô apôtres ! qui avez prêché, jusque dans Jérusalem, la naissance du Christ sous les langes de son humilité, du Christ que les disciples n’annoncèrent qu’après le triomphe de sa résurrection ; ô fleurs de la Gentilité ! qui avez produit de si nombreux et de si précieux fruits ; car vous avez produit pour le roi de gloire des nations entières, des peuples innombrables : veillez sur nous, protégez les Églises. Souvenez-vous de cet Orient du sein duquel vous êtes venus, comme la lumière ; bénissez l’Occident plongé encore dans de si épaisses ténèbres, au jour où vous partiez à la suite de l’étoile, et devenu depuis l’objet de la prédilection du divin soleil. Réchauffez-y la foi qui languit ; obtenez de la divine miséricorde que toujours, et de plus en plus, l’Occident envoie des messagers du salut, et au midi, et au nord, et jusque dans cet Orient infidèle, jusque sous les tentes de Sem, qui a méconnu la lumière que vos mains lui apportèrent. Priez pour l’Église de Cologne, cette illustre sœur de nos plus saintes Églises de l’Occident ; qu’elle garde la foi, qu’elle ne laisse point s’affaiblir la sainte liberté, qu’elle soit le boulevard de l’Allemagne catholique, toujours appuyée sur la protection de ses trois rois, sur le patronage de la glorieuse Ursule et de sa légion virginale. Enfin, ô favoris du grand roi Jésus, mettez-nous à ses pieds, offrez-nous à Marie ; et donnez-nous d’achever dans l’amour du céleste enfant, les quarante jours consacrés à sa naissance, et notre vie tout entière.
Autres liturgies
Pour finir cette journée, nous chanterons le grand mystère de l’Épiphanie, en empruntant, encore une fois, la voix mélodieuse des Églises du Christ. Le grand Fulbert de Chartres nous fournira l’hymne suivante.
Hymne
Je viens du ciel vous apprendre la nouvelle : « Le Christ, le Seigneur du monde, est né en Bethléhem ; ainsi le prophète l’avait annoncé. »
Ainsi chante, dans sa joie, le chœur angélique. L’étoile, à son tour, annonce le nouveau-né ; les princes de l’Orient viennent lui rendre leur culte par des présents mystiques.
À la divinité ils consacrent l’encens, au sépulcre la myrrhe, l’or à la royauté ; en adorant celui qui est unique, les trois mages voulurent offrir trois dons au Dieu triple en personnes.
Chantons d’un cœur plein de foi gloire à la triple monade, au Dieu Père, au Fils divin, à l’Esprit qui procède et du Père et du Fils.
Amen.
Les deux oraisons suivantes sont extraites du bréviaire mozarabe.
Oraison
Vous êtes, ô Seigneur, l’étoile de vérité qui se lève de Jacob, l’homme qui sort du peuple d’Israël ; par ce nouvel astre vous apparaissez Dieu ; dans la crèche vous vous manifestez Dieu et homme ; et nous vous croyons un seul Christ. Par votre grande miséricorde, daignez donc nous proroger la grâce de votre vision ; que le signe radieux de votre lumière brille en nous, qu’il en chasse toutes les ténèbres des vices, afin que nous qui soupirons du désir de vous voir, nous soyons consolés par la récompense de votre vision. Amen.
Oraison
Seigneur, le ciel étincelant brille de l’éclat serein de votre étoile, la terre réfléchit sa douce splendeur, en ce jour où, du haut de votre habitation sainte, vous avez daigné apparaître à la terre ; guérissez donc la tristesse de nos cœurs, car vous êtes venu racheter toutes choses ; donnez à nos yeux cette lumière par laquelle, devenus purs, nous mériterons de vous voir à jamais, afin que nous, qui annonçons dans les nations la joyeuse allégresse de votre apparition, nous soyons appelés à nous réjouir avec vous au sein de votre félicité infinie. Amen.
Nous prenons cette prose dans les anciens missels des Églises d’Allemagne.
Séquence
Le Sauveur nous est né ; célébrons avec honneur le jour de sa naissance.
À nous il a été donné, pour nous il est né, avec nous il a conversé, lumière et salut des Gentils.
Ève nous donna la mort ; mais le Sauveur nous a rachetés en daignant prendre notre chair.
La première mère fut le principe de nos tristesses ; Marie nous donne, avec l’allégresse, le fruit de la vie.
Le Père n’a point délaissé ceux qui s’éloignaient de lui ; du haut du ciel, il nous a regardés, et nous a envoyé son Fils.
Ce Fils présent au monde, mais caché, a paru à la lumière, semblable à l’époux qui sort de son sanctuaire.
Géant agile, géant plein de force, géant vainqueur de la mort, armé de sa puissance,
Il est venu, il s’est élancé dans sa voie, accomplissant en lui-même la prophétie et les mystères de la loi.
Ô Jésus ! notre salut, notre remède, notre paix, et notre gloire,
Pour cette condescendance qui vous porte à racheter vos esclaves, que toute créature célèbre vos louanges.
Amen.
Ce beau chant à la gloire de l’enfant Jésus appartient à saint Éphrem, le chantre sublime de l’Église syrienne.
Hymne
Les filles juives, accoutumées jusqu’alors à répéter les thrènes de Jérémie sur le mode lugubre de leurs Écritures sacrées, aujourd’hui pleines de l’Esprit divin, éclatent en hymnes d’allégresse :
« Que du fond des demeures souterraines, Ève élève ses regards pour voir ce jour où l’un de ses fils, l’auteur de la vie, descend pour la réveiller du sommeil de la mort, elle l’aïeule de sa Mère. L’adorable enfant a brisé la tête du serpent, dont les poisons causèrent la mort de cette mère des humains.
Sara, mère du bel Isaac, contemplait votre enfance, ô Christ ! dans le berceau de son fils ; célébrant les mystères de votre enfance, exprimés dans cet enfant, elle songeait à vous quand elle l’endormait par la douceur de ses chants : « Fruit de mes désirs, ô mon fils ! chantait-elle, je vois le Seigneur qui en toi est voilé, lui qui reçoit les vœux et les prières de tous les cœurs pieux, et qui daigne les exaucer. »
Samson, le Nazaréen, dans sa vigoureuse adolescence, fut la figure de votre force ; il déchira le lion, symbole de la mort que vous avez écrasée. Cette mort, vous l’avez déchirée ; aussi de son ventre plein d’amertume, vous avez fait sortir la vie, si délicieuse à la bouche des mortels.
C’était vous que l’heureuse Anne pressait contre son cœur en la personne de Samuel, de ce prophète qui deux fois figura votre ministère : la première, en faisant éclater votre juste sévérité, au jour où il mutila le roi Agag, figure du démon ; la seconde, en imitant votre miséricorde, quoique sous des traits imparfaits, lorsqu’on le vit déplorer sans relâche la réprobation de Saül, avec des larmes tendres et sincères. »
Les menées de l’Église grecque nous offrent encore ces belles strophes à la gloire de la Mère de Dieu (16 janvier).
À la Mère de Dieu
Comme une terre vierge, tu nous as produit sans culture le divin épi, auguste Marie, le Seigneur Jésus qui nourrit l’univers, et qui, devenu notre aliment, nous rappelle à la vie.
Contemplant le Dieu incarné en toi, ô chaste Vierge ! nous te confessons véritablement Mère de Dieu, toi qui, sans aucun doute, es devenue la cause de la régénération de toutes choses.
Celui qui est au-dessus de toute substance, et qui n’avait rien de commun avec la chair, s’est incarné, et a été formé de ton sang digne de nos hommages, ô très pure ! Il s’est fait chair sans subir aucun changement, et il a conversé avec les hommes.
Chaste Vierge, les lois de la nature sont interverties en toi ; tu demeures vierge après l’enfantement, comme avant l’enfantement par lequel tu as mis au jour le Christ législateur.
Guéris les passions de ma pauvre âme, Mère de Dieu très pure ; rends la paix à mon âme agitée par les invasions de l’ennemi, comme par une tempête continuelle, et donne la sérénité à mon cœur, ô Vierge !
Jésus, le jardinier de ce monde, t’a rencontrée comme une rose au milieu des épines, dans les vallons de cette terre, ô Vierge sans tache ! et ayant daigné naître de ton sein, il nous a embaumés des suaves parfums de la doctrine qui fait connaître Dieu.
Nous te reconnaissons, ô Vierge Marie, pour le candélabre spirituel qui a porté la lumière inaccessible ; c’est toi qui as illuminé les âmes de tous les fidèles et dissipé les ténèbres du péché.
Dans nos cantiques d’actions de grâces, nous réunissons nos voix pour te dire : Salut, ô la très pure demeure de la lumière immatérielle ! Salut, toi qui es l’auteur de la déification de tous ! Salut, toi qui abolis la malédiction ! Salut, toi qui rappelles de l’exil les habitants de la terre !
11 janvier
Sixième jour dans l’octave de l’Épiphanie
Dom Guéranger ~ L’année liturgique
11 janvier, sixième jour dans l’octave de l’Épiphanie
Les mages ne se contentèrent pas d’adorer le grand roi que Marie présentait à leurs hommages. À l’exemple de la reine de Saba qui vint honorer le roi pacifique, en la personne du sage et opulent fils de David, les trois rois de l’Orient ouvrirent leurs trésors et en tirèrent de riches offrandes. L’Emmanuel daigna agréer ces dons mystérieux ; mais, à l’exemple de Salomon son aïeul, il ne laissa point partir les princes sans les combler lui-même de présents qui dépassaient infiniment en richesse ceux qu’il avait daigné agréer. Les mages lui présentaient les offrandes de la terre ; et Jésus les comblait des dons célestes. Il confirmait en eux la foi, l’espérance et la charité ; il enrichissait, en leurs personnes, son Église tout entière qu’ils représentaient ; et les paroles du divin cantique de Marie recevaient leur accomplissement sur eux, et aussi sur la Synagogue qui les avait laissés seuls marcher à la recherche du roi d’Israël : « Ceux qui avaient faim, il les a remplis de biens ; et ceux qui étaient opulents, il les a renvoyés dans la disette. »
Mais considérons ces présents des mages, et reconnaissons, avec l’Église et les pères, les mystères qu’ils exprimaient. Ces dons étaient au nombre de trois, afin d’honorer le nombre sacré des personnes dans l’essence divine ; mais le nombre inspiré trouvait une nouvelle application dans le triple caractère de l’Emmanuel. Ce Fils de Dieu venait régner sur le monde : il convenait de lui offrir l’or qui marque la puissance suprême. Il venait exercer le souverain sacerdoce, et réconcilier, par sa médiation, le ciel et la terre : il convenait de lui présenter l’encens qui doit fumer dans les mains du prêtre. Sa mort pouvait seule le mettre en possession du trône préparé à son humanité glorieuse ; cette mort devait inaugurer le sacrifice éternel de l’agneau divin : la myrrhe était là pour attester la mort et la sépulture d’une victime immortelle. L’Esprit-Saint qui inspira les prophètes avait donc dirigé les mages dans le choix de ces mystérieuses offrandes ; et c’est ce que nous dit éloquemment saint Léon, dans un de ses sermons sur l’Épiphanie : « Ô admirable foi qui mène à la science parfaite, et qui n’a point été instruite à l’école d’une sagesse terrestre, mais éclairée par l’Esprit-Saint lui-même ! Car où avaient-ils découvert la nature inspirée de ces présents, ces hommes qui sortaient de leur patrie, sans avoir encore vu Jésus, sans avoir puisé dans ses regards la lumière qui dirigea si sûrement le choix de leurs offrandes ! Tandis que l’étoile frappait les yeux de leur corps, plus pénétrant encore, le rayon de la vérité instruisait leurs cœurs. Avant d’entreprendre les fatigues d’une longue route, ils avaient déjà connu celui à qui étaient dus, par l’or, les honneurs de roi ; par l’encens, le culte divin ; par la myrrhe, la foi dans sa mortalité. » Si ces présents représentent merveilleusement les caractères de l’Homme-Dieu, ils ne sont pas moins remplis d’enseignements par les vertus qu’ils signifient, et que le divin enfant reconnaissait et confirmait dans l’âme des mages. L’or signifie pour nous, comme pour eux, la charité qui unit à Dieu ; l’encens, la prière qui appelle et conserve Dieu dans le cœur de l’homme ; la myrrhe, le renoncement, la souffrance, la mortification, par lesquels nous sommes arrachés à l’esclavage de la nature corrompue. Trouvez un cœur qui aime Dieu, qui s’élève à lui par la prière, qui comprenne et goûte la vertu de la croix : vous aurez en ce cœur l’offrande la plus digne de Dieu, celle qu’il agréera toujours.
Nous ouvrons donc aussi notre trésor, ô Jésus ! et nous mettons à vos pieds nos présents. Après avoir confessé votre triple gloire de Dieu, de Prêtre et d’Homme, nous vous supplions d’agréer le désir que nous avons de répondre par l’amour à l’amour que vous nous témoignez ; nous osons même vous dire que nous vous aimons, ô Dieu ! ô Prêtre ! ô Homme ! Augmentez cet amour que votre grâce a fait naître. Recevez aussi notre prière, tiède et imparfaite, mais cependant unie à celle de votre Église. Enseignez-nous à la rendre digne de vous, et proportionnée aux effets que vous voulez qu’elle produise ; formez-la en nous, et qu’elle s’élève sans cesse de notre cœur, comme un nuage de parfums. Recevez enfin l’hommage de nos cœurs contrits et pénitents, la volonté que nous avons d’imposer à nos sens le frein qui les règle, l’expiation qui les purifie.
Illuminés par les hauts mystères qui nous révèlent la profondeur de notre misère et l’immensité de votre amour, nous sentons qu’il nous faut, plus que jamais, nous éloigner du monde et de ses convoitises, et nous attacher à vous. L’étoile n’aura pas lui en vain sur nous ; elle ne nous aura pas en vain conduits jusqu’à Bethléhem, où vous régnez sur les cœurs. Quand vous vous donnez vous-même, ô Emmanuel ! quels trésors pourrions-nous avoir que nous ne devions être prêts à déposer à vos pieds ?
Protégez notre offrande, ô Marie ! Celle des mages, accompagnée de votre médiation, fut agréable à votre Fils ; la nôtre, présentée par vous, trouvera grâce, malgré son imperfection. Aidez notre amour par le vôtre ; soutenez notre prière par l’intervention de votre cœur maternel ; fortifiez-nous dans la lutte avec le monde et la chair. Pour assurer notre persévérance, obtenez-nous de ne jamais oublier les doux mystères qui nous occupent présentement ; qu’à votre exemple, nous les gardions toujours gravés dans notre cœur. Qui oserait offenser Jésus dans Bethléhem ? qui pourrait refuser quelque chose à son amour, en ce moment où, sur vos genoux maternels, il attend notre offrande ? Ô Marie ! ne nous laissez jamais oublier que nous sommes les enfants des mages, et que Bethléhem nous est toujours ouverte.
Autres liturgies
Pour épancher les sentiments de joie et d’admiration que nous causent de si ineffables merveilles, empruntons la voix de la liturgie ; et chantons d’abord cette hymne de la naissance que nous a laissée le saint Évêque de Poitiers, Venance Fortunat :
Hymne
Que le monde entier se réjouisse en apprenant l’arrivée de celui qui est la récompense de vie ; après le joug d’un ennemi farouche, la rédemption nous apparaît.
Ce qu’avait chanté Isaïe, s’accomplit dans la Vierge : l’ange lui a annoncé le mystère ; l’Esprit-Saint l’a remplie de sa vertu.
Marie conçoit dans ses entrailles ; sa foi dans la parole a été féconde ; celui que le monde entier ne peut contenir est contenu au sein d’une Vierge.
La tige de Jessé a fleuri, la branche a porté son fruit ; la Mère féconde a mis au jour son Fils, et la Vierge a gardé son intégrité.
Il s’est laissé placer dans une crèche, celui qui est l’auteur de la lumière ; avec son Père il a créé les cieux ; la main de sa Mère l’a enveloppé de langes.
Celui qui donna la loi au monde, celui qui promulgua les dix préceptes, a daigné, devenu homme, se placer sous le joug de la loi.
La souillure du vieil Adam, le nouvel Adam l’a lavée ; ce que le premier, dans son orgueil, avait renversé, le second, dans son humilité, le relève.
La lumière et le salut viennent de naître, la nuit s’enfuit, la mort est vaincue ; venez, nations, visiter avec foi le Dieu que Marie nous enfante.
Amen.
Nous donnerons ensuite cette éloquente prière du bréviaire mozarabe :
Oratio
Ô Dieu ! Fils de Dieu, ineffable Vertu du Père, qui, par le lever d’un nouvel astre, apparaissez aux Gentils comme le puissant roi des rois, et manifestez votre gloire dans l’heureuse cité ; vous, devant qui tremblent les îles de la terre, à qui les princes et les nations des Gentils obéissent : en ce jour où tous les royaumes s’abaissent devant vous, et les diadèmes des rois sont déposés à vos pieds, daignez, par votre grâce, vous montrer miséricordieux à nos âmes, et apparaître visible dans nos œuvres, afin que, possédant les prémices de l’Esprit, nous puissions vous offrir les présents par lesquels nos cœurs, devenus agréables à vos yeux, mériteront d’entrer en l’heureuse Jérusalem, où nous pourrons vous présenter l’or très pur de nos œuvres, et devenir participants de votre royaume. Amen.
La prose qui suit est tirée du missel de Paris de 1584 :
Séquence
Dans les hauteurs on chante : Gloire au roi nouveau-né, qui vient rétablir la concorde entre le ciel et la terre.
Tout nous invite à célébrer le jour natal du Christ, jour qui donne naissance à la grâce de la loi nouvelle.
Le médiateur qui nous est donné pour la rançon de notre salut, veut partager notre nature, sans être pécheur comme nous.
L’étoile, lançant son rayon, ne diminue pas sa clarté, ni Marie, enfantant son Fils, ne donne atteinte à sa pureté.
Quelle est cette pierre, sans la main de l’homme, détachée de la montagne ? C’est Jésus qui, sortant de la lignée des rois,
Sans le secours de la chair, procède du sein d’une Vierge-mère.
Que la solitude tressaille, que le désert se couvre de fleurs : la tige de Jessé a fleuri.
La tige produit la branche, et la branche la fleur ; la Vierge produit le Sauveur : ainsi la loi l’avait chanté.
La tige figurait David, la branche annonçait la mère qui est sortie du sang royal.
La fleur est l’enfant qui pour nous est né, digne d’être comparé à la fleur, pour sa douceur merveilleuse.
Il est couché dans la crèche, celui dont la naissance est célébrée par des concerts célestes.
Les habitants du ciel chantent avec allégresse, et les pasteurs veillent dans le silence de la nuit.
Tout retentit de louanges sur l’enfantement de la Vierge.
La loi et les psaumes s’unissent dans leurs oracles aux écrits des prophètes.
Les anges et les pasteurs, les astres et les mages proclament le nouveau-né.
Prémices des Gentils, les rois accourent de l’Orient à la crèche de cet enfant.
Jésus, enfant immortel, devenu mortel et terrestre, arrachez-nous par votre puissance aux maux de cette vie.
Après cette vie mourante, cette mort vivante, restituez-nous, par votre clémence, l’immortelle vie.
Amen.
Le saint diacre d’Édesse continue son admirable dialogue des mages avec la Mère de l’enfant divin.
Hymne
Faites-moi connaître, ô princes ! dites-moi, par bienveillance, tout le mystère qui s’est accompli dans votre contrée : quelle voix vous a appelés et vous fait venir jusqu’ici ?
— Une étoile immense nous a apparu, plus éclatante que tous les astres ; sa splendeur a illuminé notre région, et nous a appris que le roi est né.
— De grâce, ô princes ! ne parlez pas de ces choses dans notre contrée, de peur que les rois de la terre, l’ayant appris, ne dressent des embûches, dans leur envie, à cet enfant.
— Ne craignez point, ô Vierge ! c’est votre fils qui brisera tous les diadèmes, il les anéantira ; et l’envie des princes ne lui pourra jamais nuire.
— Je crains Hérode, ce loup impur, je crains qu’il ne me suscite des chagrins, qu’il ne tire le glaive, et ne coupe cette douce grappe non mûre encore.
— Ne craignez pas Hérode ; votre fils renversera son trône ; ce tyran régnera peu, il sera brisé, et son diadème roulera à terre.
— Un torrent de sang coule à Jérusalem, les hommes les plus vertueux sont immolés : si donc le tyran apprend ces choses, il tendra des pièges à mon fils. De grâce, ô princes ! gardez le secret ; évitez le tumulte.
— Tous les torrents seront arrêtés dans leur cours par votre fils ; sa main contiendra l’effort des lances ; le glaive de Jérusalem demeurera suspendu, et il ne tombera que si votre fils le permet.
— Les scribes et les prêtres de Jérusalem, qui ont coutume de répandre le sang dans leurs intrigues, exciteront peut-être quelque débat sanglant contre moi et mon fils ; de grâce, mages, gardez le silence.
— L’envie des scribes et des prêtres ne saurait nuire à votre fils ; c’est lui qui doit abolir leur sacerdoce ; par lui cesseront leurs solennités.
— Un ange m’a apparu, au jour où je conçus cet enfant ; il me dit, comme à vous, que mon fils est roi, que son diadème est d’en haut, et qu’il est indestructible.
— L’ange dont vous parlez, ô Vierge, est le même qui nous a apparu sous la forme d’une étoile ; c’est de lui que nous savons que votre fils est plus grand que les astres, et qu’il les surpasse en splendeur.
— Je vous déclare un autre mystère pour confirmer votre foi : sachez donc que, demeurant vierge, j’ai enfanté un fils, le Fils de Dieu ; allez et annoncez sa gloire.
— Déjà l’étoile nous avait instruits ; par elle nous savions que la naissance de votre fils était supérieure à toute chose, et qu’il est le Fils même de Dieu.
— Rapportez la paix en votre contrée ; que la paix s’étende sur tous vos royaumes ; soyez les fidèles messagers de la vérité sur toute votre route.
— Que la paix de votre fils nous ramène sains et saufs dans notre région, comme elle nous a conduits ici ; et quand son empire sera manifesté au monde, qu’il visite notre terre et qu’il la bénisse.
— Que la Perse se réjouisse à la nouvelle que vous apportez ; que l’Assyrie tressaille à votre retour ; quand le royaume de mon fils apparaîtra, lui-même il placera son étendard au milieu de votre contrée.
Chantons Marie, et offrons à sa gloire ce cantique de l’Église grecque, où respire la tendre piété de l’hymnographe saint Joseph pour le 15 janvier).
À Marie
Agité et fatigué par les assauts de mes passions, comme par une tempête, battu par les flots de mes péchés, je me réfugie avec amour sous ton infatigable protection, ô Vierge digne de toute louange ! Aie pitié de moi et sauve-moi, ô toujours Vierge !
Celui qui est la pureté même te rencontra dans le vallon comme une rose odorante, ô immaculée ! il voulut habiter au milieu de toi, lui qui embaume le genre humain de ses suaves parfums.
Dirige les mouvements de mon âme, ô très pure, selon les divins préceptes de celui qui s’est levé de ton sein avec splendeur ; par ton intercession, sauve-moi de la tempête des scandales de cette vie.
Vierge-mère, sans le secours de l’homme, tu as enfanté le Seigneur de tous, l’Emmanuel, et tu es demeurée vierge après l’enfantement ; ne cesse de supplier ton fils de délivrer de l’incursion de leurs ennemis ceux qui se réfugient sous ta protection.
Tu as revêtu d’un corps, ô très chaste, et possédé dans tes entrailles le Verbe égal à son Père en œuvres et en majesté, qui, pour son ineffable miséricorde, a daigné prendre toute notre nature.
Nous louons, ô bénie ! ton fils, par qui nous sommes rachetés de la damnation éternelle ; nous te proclamons bienheureuse, ô toi qui es comblée des félicités divines, toi qu’a aimée uniquement celui qui est béni et glorieux par-dessus toutes choses !
Tu épanches sur nous, qui recourons à toi, un fleuve intarissable, ô très chaste ! Nous nous y désaltérons dans les flots abondants de la grâce ; nous louons ton enfantement, ô immaculée ! nous l’exaltons dans tous les siècles.
Ton sein est devenu le séjour de la lumière, qui est venue éclairer ceux qui étaient assis dans les ténèbres ; c’est pourquoi, d’une voix incessante, nous te louons à jamais, ô Mère de Dieu ! et nous te vénérons avec amour comme l’espoir de nos âmes.
Mémoire de saint Hygin, pape et martyr
L’Église fait aujourd’hui la mémoire de saint Hygin, pape et martyr. Ce saint pontife occupa la chaire apostolique sous le règne d’Antonin, et termina par le martyre un pontificat de quatre années. La plupart de ses actions nous sont restées inconnues ; mais nous vénérons en lui un des anneaux de cette sublime succession de pontifes qui nous rattache, par saint Pierre, à Jésus-Christ. Plein de fidélité et de force, il porta tout le poids de l’Église, à cet âge des persécutions durant lequel le pontife suprême fut constamment une victime vouée à la mort. Il obtint de bonne heure la palme immortelle, et alla rejoindre, aux pieds de l’Emmanuel, les trois mages qui avaient annoncé le salut à la Grèce, sa patrie. Prions-le d’accompagner de ses vœux l’offrande que nous faisons au divin enfant, dans ces jours où il ne nous demande pas notre sang par le martyre, mais nos cœurs par la charité.
Célébrons ce saint pape, en disant avec l’Église :
Ant. Ce saint a combattu jusqu’à la mort pour la loi de son Dieu, et n’a point craint les menaces des impies ; car il était fondé sur la pierre ferme.
Oraison
Dieu tout-puissant, regardez notre infirmité, et parce que nous sommes accablés sous le poids de nos péchés, faites que nous soyons fortifiés par la glorieuse intercession du bienheureux Hygin, votre martyr et pontife. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
10 janvier
Cinquième jour dans l’octave de l’Épiphanie
Dom Guéranger ~ L’année liturgique
10 janvier, cinquième jour dans l’octave de l’Épiphanie
Les mages sont arrivés à Bethléhem ; l’humble retraite de Jésus, le Roi des Juifs s’est ouverte pour eux. « Ils y trouvent, dit saint Luc, l’Enfant et Marie sa mère. » Ils se prosternent, et adorent le divin roi qu’ils ont tant cherché, et que la terre désire.
En ce moment, l’Église chrétienne commence à apparaître. Dans cet humble réduit, le Fils de Dieu fait homme préside comme le chef de son corps mystique ; Marie assiste comme la coopératrice du salut, et la Mère de grâce ; Juda est représenté par elle et par Joseph son époux ; la Gentilité adore, en la personne des mages ; car leur foi a tout compris à la vue de cet enfant. Ce n’est point un prophète qu’ils honorent, ni un roi terrestre à qui ils ouvrent leurs trésors ; c’est un Dieu devant qui ils s’abaissent et s’anéantissent. « Voyez, dit saint Bernard, dans son deuxième sermon sur l’Épiphanie, voyez quelle est la pénétration des yeux de la foi ! La foi reconnaît le Fils de Dieu à la mamelle, elle le reconnaît attaché au bois, elle le reconnaît jusque dans la mort. Le larron le reconnaît sur le gibet, les mages dans l’étable : celui-là, malgré les clous qui l’attachent ; ceux-ci, à travers les langes qui l’enveloppent. »
Tout est donc consommé. Bethléhem n’est plus seulement le lieu de la naissance du Rédempteur, elle est encore le berceau de l’Église ; et combien le prophète avait raison de s’écrier : « Ô Bethléhem ! tu n’es pas la moindre entre les villes de Juda ! » Comme il nous est aisé de comprendre l’attrait qui porta saint Jérôme à dérober sa vie aux honneurs et aux délices de Rome, aux applaudissements du monde et de l’Église, pour venir s’ensevelir dans cette grotte, témoin de tant et de si sublimes merveilles ! Qui ne désirerait aussi vivre et mourir dans cette retraite bénie du ciel, toute sanctifiée encore de la présence de l’Emmanuel, tout embaumée des parfums de la Reine des anges, toute retentissante de l’écho des concerts célestes, toute remplie du souvenir des mages, nos pieux ancêtres !
Rien n’étonne ces heureux princes en entrant dans l’humble séjour. Ni la faiblesse de l’enfant, ni la pauvreté de la Mère, ni le dénûment de l’habitation, rien ne les émeut. Loin de là, ils comprennent tout d’abord que le Dieu éternel, voulant visiter les hommes, et leur montrer son amour, devait descendre jusqu’à eux, et si bas, qu’il n’y eût aucun degré de la misère humaine qu’il n’eût sondé et connu par lui-même. Instruits par leur propre cœur de la profondeur de cette plaie d’orgueil qui nous ronge, ils ont senti que le remède devait être aussi extrême que le mal ; et dans cet abaissement inouï, ils ont reconnu tout d’abord la pensée et l’action d’un Dieu. Israël attend un messie glorieux et tout éclatant de gloire mondaine ; les mages, au contraire, reconnaissent ce messie à l’humilité, à la pauvreté qui l’entourent ; subjugués par la force de Dieu, ils se prosternent et adorent, dans l’admiration et l’amour.
Qui saurait rendre la douceur des conversations qu’ils eurent avec la très pure Marie ? car le roi qu’ils étaient venus chercher ne sortit pas pour eux du silence de son enfance volontaire. Il accepta leurs hommages, il leur sourit avec tendresse, il les bénit ; mais Marie seule pouvait satisfaire, par ses célestes entretiens, la sainte curiosité des trois pèlerins de l’humanité. Comme elle récompensa leur foi et leur amour en leur manifestant le mystère de ce virginal enfantement qui allait sauver le monde, les joies de son cœur maternel, les charmes du divin enfant ! Eux-mêmes, avec quel tendre respect ils la considéraient et l’écoutaient ! Avec quelles délices la grâce pénétrait dans leurs cœurs, à la parole de celle que Dieu même a choisie pour nous initier maternellement à sa vérité et à son amour ! L’étoile qui naguère brillait pour eux au ciel avait fait place à une autre étoile, d’une lumière plus douce, et d’une force plus victorieuse encore ; cet astre si pur préparait leurs regards à contempler sans nuage celui qui s’appelle lui-même l’Étoile étincelante et matinale. Le monde entier n’était plus rien pour eux ; l’étable de Bethléhem contenait toutes les richesses du ciel et de la terre. Les nombreux siècles de l’attente qu’ils avaient partagée avec le genre humain, leur semblaient à peine un moment : tant était pleine et parfaite la joie d’avoir enfin trouvé le Dieu qui apaise, par sa seule présence, tous les désirs de sa créature.
Ils s’associaient aux desseins miséricordieux de l’Emmanuel ; ils acceptaient avec une humilité profonde l’alliance qu’il contractait par eux avec l’humanité ; ils adoraient la justice redoutable qui bientôt allait rejeter un peuple incrédule ; ils saluaient les destinées de l’Église Chrétienne, qui prenait en eux son commencement ; ils priaient pour leur innombrable postérité.
C’est à nous, Gentils régénérés, de nous joindre à ces chrétiens choisis les premiers, et de vous adorer, ô divin enfant, après tant de siècles, durant lesquels nous avons vu la marche des nations vers Bethléhem, et l’étoile les conduisant toujours. C’est à nous de vous adorer avec les mages ! mais plus heureux que ces premiers-nés de l’Église, nous avons entendu vos paroles, nous avons contemplé vos souffrances et votre croix, nous avons été témoins de votre résurrection ; et si nous vous saluons comme le Roi de l’univers, l’univers est là devant nous qui répète votre nom devenu grand et glorieux, du lever du soleil à son couchant. Le sacrifice qui renouvelle tous vos mystères s’offre aujourd’hui en tous lieux du monde ; la voix de votre Église retentit à toute oreille mortelle ; et nous sentons avec bonheur que toute cette lumière luit pour nous, que toutes ces grâces sont notre partage. C’est pourquoi nous vous adorons, ô Christ ! nous qui vous goûtons dans l’Église, la Bethléhem éternelle, la Maison du Pain de vie.
Instruisez-nous, ô Marie, comme vous avez instruit les mages. Révélez-nous de plus en plus le doux mystère de votre Fils ; soumettez notre cœur tout entier à son empire adorable. Veillez, dans votre attention maternelle, à ce que nous ne perdions pas une seule des leçons qu’il nous donne ; et que ce séjour de Bethléhem, où nous sommes entrés à la suite des pèlerins de l’Orient, opère en nous un complet renouvellement de notre vie tout entière.
Autres liturgies
Finissons cette journée par nos chants accoutumés en l’honneur du divin mystère de notre roi nouveau-né. Nous les ouvrirons par ces strophes d’une hymne qu’on a attribuée à saint Ambroise :
Hymne
Le Christ a franchi la porte virginale, la porte pleine de grâce ; le roi a passé, et cette porte demeure fermée à jamais, comme elle le fut toujours.
Le Fils du Dieu suprême est sorti du sanctuaire de la Vierge ; il est l’époux, le rédempteur, le fondateur, le géant de son Église.
Gloire et joie de sa mère, espoir immense des croyants, en épuisant le noir breuvage de la mort, il guérira nos crimes.
Il est cette pierre détachée de la montagne qui couvre de grâce le monde entier ; cette pierre que la main de l’homme n’a pas taillée, qu’avaient annoncée les anciens prophètes.
Le Verbe fait chair à la parole de l’ange, naissant vierge, s’est élancé de la retraite sacrée d’un sein virginal.
Les cieux ont versé leur rosée, les nuées ont répandu le Juste ; la terre altérée, enfantant son salut, a reçu celui qui est son Seigneur.
Ô merveilleuse conception ! Elle a produit le Christ ; et la Vierge dans l’enfantement, est demeurée vierge après l’enfantement.
Que toute âme tressaille de joie ; le rédempteur des nations, le Seigneur du monde, est venu racheter ceux qu’il a formés.
Le créateur de la race humaine, celui que l’univers ne saurait contenir, Mère sainte, il s’est renfermé dans vos entrailles.
Celui que le Dieu Père a engendré Dieu avant tous les temps, la virginité d’une mère féconde l’a mis au jour dans le temps.
Il ôtera tous les péchés, il apportera les trésors de la grâce ; par lui la lumière recevra son accroissement, l’empire des ténèbres sera ruiné.
Voici une prière tirée du bréviaire de l’Église gothique d’Espagne.
Prière
Seigneur Jésus-Christ, qui, au moment où Hérode les interroge, illuminez la réponse des mages par une confession de votre vérité, en vous manifestant comme le roi des rois qu’ils annoncent, en déclarant le prodige de cette brillante étoile qui verse sa lumière sur le monde entier ; donnez, nous vous en prions, à votre Église, la lumière désirée de votre vision : apparaissez en elle comme l’astre cher à tous vos fidèles, afin que, n’étant jamais effrayés des interrogations de l’adversaire, nous annoncions à pleine bouche vos merveilles, et méritions de resplendir dans l’asile de la lumière éternelle. Amen.
Nous empruntons cette séquence au missel parisien du 16e siècle.
Séquence
À l’enfantement de la Vierge, les cieux racontent la gloire de Dieu.
La lumière céleste descend sur les bergeries, l’étoile se lève pour les mages, brillante d’un éclat nouveau.
Le Christ naît, et les oracles se taisent ; et les anges chantent autour de son berceau pour réjouir son enfance.
Les bergers entendent des voix dans les airs : un astre le révèle aux rois de la Chaldée.
Le ciel daigne parler à tous ; mais la voix est pour les Juifs, la langue pour les Gentils.
Les cieux daignent parler à tous ; mais la nation infidèle au lieu de voix n’obtient qu’un prodige.
C’est le jour fécond en miracles, le jour qui manifeste le Christ, à divers instants de sa vie :
Il manifeste le Christ, quand le Père déclare qu’il a mis en lui ses complaisances ;
Il le manifeste, quand le Christ lui-même commande au vase d’eau de verser le vin au festin nuptial ;
Il le manifeste encore, sous le mystère de la triple offrande des mages.
L’or déclare sa royauté, l’encens sa divinité, la myrrhe sa sépulture.
Ô Vierge toujours vierge, vous êtes l’étoile merveilleuse qui conduisez au Seigneur :
Glorieuse Dame, douce Vierge des vierges, illuminez nos esprits.
Amen.
L’Église syriaque doit cette hymne des mages à son admirable poète, saint Éphrem.
Hymne
Les princes de Perse, pleins de joie, quittant leur pays, se munirent de présents, et apportèrent au Fils de la Vierge l’or, l’encens et la myrrhe.
Étant entrés, ils trouvèrent l’enfant couché dans un berceau, dans la maison d’une mère pauvre ; prosternés, ils l’adorèrent d’un cœur joyeux et lui offrirent leurs présents.
Marie leur dit : — Pour qui ces présents ? dans quel but ? quel motif vous a appelés de votre région, vous a fait venir vers cet enfant avec vos trésors ?
Ils répondirent : — Votre fils est roi ; il réunit tous les diadèmes, car il est roi universel ; son royaume est plus grand que le monde, et tout cède à son empire.
— Comment serait-il possible qu’une femme pauvre eût enfanté un roi ? Je suis humble et manquant de toutes choses ; comment serais-je la mère d’un prince ?
— Vous seule cependant avez l’honneur d’avoir mis au jour le grand roi ; par vous la pauvreté est glorifiée, et toutes les couronnes sont soumises à votre fils.
— Les trésors des rois ne sont point pour moi ; jamais les richesses n’ont été mon partage. Cette demeure est ce qu’il y a de plus pauvre ; cette retraite est dénuée de tout : pourquoi donc dites-vous que mon fils est un roi ?
— Votre fils est lui-même un grand trésor : ses richesses suffisent à enrichir tous les hommes. Les trésors des rois s’épuisent : lui ne saurait ni s’épuiser, ni se mesurer.
— Ce roi qui vous est né est peut-être un autre que cet enfant : examinez celui-ci ; ce n’est que le fils d’une pauvre mère qui ne saurait même être admise en présence d’un roi.
— La lumière, quand elle descend du ciel, pourrait-elle donc s’égarer dans sa route ? Les ténèbres ne nous ont ni appelés ni conduits ici ; c’est à la lumière que nous avons marché. Votre Fils est roi.
— Vous n’avez devant vous qu’un enfant muet, que la maison nue et dépouillée de sa mère ; aucune trace de royauté n’y apparaît : comment pourrait être roi l’habitant d’un tel séjour ?
— Oui, nous le voyons dans son silence et dans son repos ; il est pauvre, comme vous l’avez dit, mais il est roi. N’avons-nous pas vu les astres du ciel s’ébranler à son commandement, afin d’annoncer sa naissance ?
— Il n’y a ici qu’un petit enfant : vous le voyez ; il n’y a ici ni trône ni diadème royal ; qu’apercevez-vous donc qui vous engage à l’honorer de vos trésors comme un roi ?
— S’il est un petit enfant, c’est qu’il l’a voulu ; il aime la mansuétude et l’humilité, jusqu’au jour où il se manifestera ; mais il viendra un temps où les diadèmes s’abaisseront devant lui pour l’adorer.
— Mon fils n’a ni armées, ni légions, ni cohortes ; le voilà couché dans la pauvreté de sa mère : comment pouvez-vous l’appeler roi ?
— Les armées de votre fils sont en haut ; elles parcourent le ciel, et illuminent tout de leurs feux. Un seul de ses soldats est venu nous appeler, et toute notre contrée en a été dans la stupeur.
Pour offrande à Marie, nous lui présenterons cette gracieuse séquence des Églises d’Angleterre, au moyen âge :
Séquence
Fleur de virginité,
Sanctuaire de pureté,
Mère de miséricorde.
Salut ! Vierge sereine,
Source de vie,
Lumière aimable,
Baignée de la rosée
De l’Esprit aux sept dons ;
De vertus
Ornée,
De mérites
Toute fleurie.
Rose chérie,
Lis de chasteté,
Mère féconde,
Tu enfantes le Fils de Dieu,
Et tu demeures vierge
Après l’enfantement.
Par une merveille,
Sans le secours de l’homme,
Tu deviens féconde ;
Du grand roi,
De la vraie lumière
L’enfantement fait ta gloire.
La branche, la fleur,
Le buisson, la rosée,
Prophétisent ta virginité ;
Et aussi la toison
Humide de rosée,
Digne Mère du Seigneur.
Vierge, tu produis un Fils,
Étoile, un soleil,
À jamais sans égale.
Pour ce prodige,
La Voie de la vie
Nous t’appelons.
Tu es l’espoir et le refuge
Des pauvres âmes tombées,
Le remède des péchés,
Le salut des pénitents.
Tu es la consolation des affligés,
Le soulagement des faibles,
Purifiant les souillures,
Affermissant les cœurs.
Tu es la gloire et le secours
De ceux qui en toi se confient,
La récompense pleine de vie
Pour ceux qui servent sous tes lois
Miséricordieuse Marie,
Avocate des criminels,
À tous les malheureux
Douce et gracieuse espérance ;
Élève et dirige
Les cœurs de tes esclaves
Vers les saintes joies
Du céleste royaume,
Où goûter la vraie joie
Par toi nous pourrons,
Et, avec ton Fils,
Régner à jamais. Amen.
9 janvier
Quatrième jour dans l’octave de l’Épiphanie
Dom Guéranger ~ L’année liturgique
9 janvier, quatrième jour dans l’octave de l’Épiphanie
L’étoile annoncée par Balaam s’étant levée sur l’Orient, les trois mages, dont le cœur était ouvert à l’attente du Messie libérateur, ont senti tout d’abord l’impression d’amour qui les porte vers lui. Ils reçoivent la nouvelle du joyeux avènement du roi des Juifs d’une manière mystique et silencieuse, à la différence des bergers de Bethléhem, que la voix d’un ange convia vers la crèche. Mais le langage muet de l’étoile était expliqué dans leurs cœurs par l’action même du Père céleste, qui leur révélait son Fils. En cela, leur vocation l’emporta en dignité sur celle des bergers qui, selon la disposition divine dans l’ancienne loi, ne connurent rien que par le ministère des anges.
Mais, si la grâce céleste s’adressa directement à leurs cœurs, on peut dire aussi qu’elle les trouva fidèles. Les bergers vinrent en hâte à Bethléhem, nous dit saint Luc. Les mages parlant à Hérode expriment avec non moins de bonheur la simplicité de leur empressement : « Nous avons vu, disent-ils, son étoile, et nous sommes venus pour l’adorer. »
Abraham, par sa fidélité à suivre l’ordre que Dieu lui donnait de sortir de la Chaldée, terre de ses aïeux, et de se rendre dans une contrée inconnue pour lui, mérita de devenir le Père des Croyants ; les mages, par leur foi docile et non moins admirable, ont été jugés dignes d’être les ancêtres de l’Église des Gentils.
Eux aussi sortaient de la Chaldée, au rapport de saint Justin et de Tertullien ; du moins quelqu’un d’entre eux avait-il cette terre pour patrie. Les mêmes auteurs, dont le témoignage est fortifié par d’autres Pères, donnent l’Arabie pour lieu de naissance à l’un ou l’autre de ces pieux voyageurs. Une tradition populaire, admise depuis quelques siècles dans l’iconographie chrétienne, assigne l’Éthiopie pour patrie au troisième. On ne peut nier du moins que David et les prophètes n’aient signalé les noirs habitants de l’Afrique parmi ceux qui devaient, de bonne heure, devenir l’objet de la prédilection divine. Par la qualité des mages, il faut entendre la profession que faisaient ces trois hommes d’étudier le cours des astres, et l’attention qu’ils avaient de chercher au ciel l’indice du lever prochain de l’étoile prophétique vers laquelle ils soupiraient ; car ils étaient du nombre de ces Gentils craignant Dieu, comme le centurion Corneille, qui ne s’étaient pas souillés par le contact des idoles, et conservaient, au milieu de tant de ténèbres, les pures traditions d’Abraham et des patriarches.
L’évangile ne dit pas qu’ils aient été rois ; mais l’Église ne leur applique pas sans raison les versets où David parle des rois d’Arabie et de Saba, arrivant aux pieds du messie avec des offrandes d’or. Cette tradition s’appuie sur le témoignage de saint Hilaire de Poitiers, de saint Jérôme, du poète Juvencus, de saint Léon et de plusieurs autres ; et il serait impossible de l’attaquer par des arguments d’une valeur sérieuse. Sans doute, nous ne devons pas nous figurer les mages comme des potentats dont l’empire pût entrer en comparaison, par l’étendue et l’importance, avec la puissance romaine ; mais nous savons que l’Écriture attribue fréquemment le nom de roi à de petits princes, à de simples gouverneurs de provinces. Il suffit donc que les mages aient exercé l’autorité sur les peuples ; et d’ailleurs, les ménagements qu’Hérode se croit obligé de garder envers des étrangers qui viennent, jusque dans sa cour, annoncer la naissance d’un roi des Juifs, auquel ils se montrent si empressés de rendre hommage, témoignent suffisamment de l’importance de ces personnages, de même que le trouble dans lequel leur arrivée jette la ville de Jérusalem démontre jusqu’à l’évidence que leur présence avait été accompagnée d’un extérieur imposant.
Ces rois dociles quittent donc tout d’un coup leur patrie, leurs richesses, leur repos, pour marcher à la suite de l’étoile ; la puissance de Dieu qui les avait appelés les réunit dans un même voyage comme dans une même foi. L’astre qui les invitait se met en marche devant eux et leur fraie le chemin ; les périls du voyage, les fatigues d’une route dont ils ignorent le terme, la crainte d’éveiller contre eux les soupçons de l’empire romain, rien ne les fait reculer.
Leur premier repos est à Jérusalem, parce que l’étoile s’y arrête. C’est dans cette ville sainte, qui bientôt sera maudite, qu’ils viennent, eux Gentils, annoncer Jésus-Christ, déclarer sa venue. Avec toute l’assurance, tout le calme des apôtres et des martyrs, ils professent leur désir ferme d’aller l’adorer. Ils contraignent Israël, dépositaire des oracles divins, à confesser un des principaux caractères du messie, sa naissance à Bethléhem. Le sacerdoce juif remplit, sans en avoir l’intelligence, son sacré ministère ; Hérode s’agite sur sa couche, et médite déjà des projets de carnage. Mais il est temps pour les mages de quitter la cité infidèle qui a déjà reçu, par leur présence, l’annonce de sa répudiation. L’étoile reparaît au ciel, et les sollicite de reprendre leur marche ; encore quelques pas, et ils seront à Bethléhem, aux pieds du roi qu’ils sont venus chercher.
Nous aussi, ô Emmanuel ! nous vous suivons, nous marchons à votre lumière ; car vous avez dit dans la prophétie du disciple bien-aimé : « Je suis l’étoile étincelante et matinale [1]. » L’astre qui conduit les mages n’est que le symbole de cette étoile immortelle. Vous êtes l’Étoile du matin ; car votre naissance annonce la fin des ténèbres, de l’erreur et du péché. Vous êtes l’Étoile du matin ; car, après avoir subi l’épreuve de la mort et du sépulcre, vous sortirez tout à coup des ombres, à l’aube matinale du jour de votre glorieuse résurrection. Vous êtes l’Etoile du matin ; car vous nous annoncez, par votre naissance et par les mystères qui vont la suivre, le jour sans nuage de l’éternité. Oh ! que votre lumière soit toujours sur nous ! Que nous soyons toujours dociles à tout quitter, comme les mages, pour la suivre ! Au sein de quelles ombres ne l’avez-vous pas fait luire, en ce jour où vous nous avez appelés à votre grâce ! Nous aimions les ténèbres, et vous nous avez fait aimer la lumière. Conservez en nous cet amour de la lumière, ô Christ ! Que le péché, qui n’est que ténèbres, n’approche pas de nous. Que les perfides lueurs de la fausse conscience ne viennent pas nous séduire. Éloignez de nous l’aveuglement de Jérusalem et de son roi, pour qui l’étoile ne luit pas ; mais qu’elle nous guide toujours, qu’elle nous conduise à vous, notre roi, notre paix et notre amour.
Nous vous saluons aussi, Marie, Étoile de la mer, qui luisez sur les vagues de ce monde pour les calmer, et pour protéger ceux qui crient vers vous dans la tempête. Vous fûtes favorable aux mages à travers le désert ; guidez aussi nos pas, et dirigez-nous jusqu’à celui qui repose entre vos bras et vous illumine de sa lumière éternelle.
Autres liturgies
Terminons cette journée par des chants de louange, dont les livres de l’antique liturgie nous fourniront l’expression. Nous achèverons d’abord, avec Prudence, son beau cantique sur la vocation des Gentils.
Hymne
Ô Bethléhem ! plus grande que les plus illustres cités ! à toi l’honneur d’avoir produit l’auteur du salut, incarné par un mystère céleste.
Ton nourrisson est l’héritier unique du Père souverain ; il s’est fait homme par la vertu de l’Esprit de celui qui lance le tonnerre ; il est toujours un Dieu sous des membres humains.
Les prophètes sont ses témoins ; ils le désignèrent aux siècles à venir ; son Père le proclame, et lui a donné l’ordre de prendre possession du royaume :
Ce royaume, qui comprend toutes choses, le ciel, la mer, la terre, qui s’étend du lever du soleil à son couchant, des abîmes de l’enter aux sommets de l’empirée.
Il est le roi de ces antiques chefs qui régirent la race de Jacob, le prince de l’Église maîtresse, et du nouveau temple et de l’ancien.
C’est lui qu’adorent les enfants d’Éphraïm, la maison sainte de Manassé ; lui que reconnaissent toutes les tribus, issues des douze frères, enfants de Jacob.
La race dégénérée elle-même, celle qui, livrée à des rites absurdes, fondait la statue de son cruel Baal dans des fourneaux enflammés,
Abandonne, pour honorer le Christ, les dieux enfumés de ses pères, la pierre, le métal, le bois que sculptèrent ses mains.
Réjouissez-vous, ô nations ! Judée, Rome, Grèce, Égypte, Thrace, Perse, Scythie ! un roi unique règne sur vous.
Célébrez votre prince, ô vous tous, justes et pécheurs, vivants, infirmes et morts ; désormais, nul ne mourra plus.
Cette belle prière du missel mozarabe nous aidera à célébrer dignement le triple mystère de l’Épiphanie :
Oraison
Ô Dieu, qui, pour charmer les travaux de cette vie, avez distribué les consolations et les joies par le souvenir de vos bienfaits, dont chaque année nous célébrons le solennel anniversaire ; nous vous offrons, dans la présente fête, les vœux et les hommages de votre Église. Naguère nous avons honoré la naissance de notre Seigneur et Sauveur, qui, né pour nous dans le temps, est né de vous sans le temps, qui précède tous les siècles et tous les temps, et qui les a créés. Nous avons fêté ensuite, par de solennels sacrifices, ce huitième jour de la Circoncision, tout brillant de la lumière de votre Fils unique et digne de notre culte. Aujourd’hui, nous célébrons le jour de l’Épiphanie, qui a révélé la divinité dans l’homme, et nous proclamons les trois merveilles qui manifestent l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, en ce monde : soit qu’il envoie du ciel l’étoile messagère de sa naissance, qui précède et conduit les mages étonnés jusqu’au berceau de son enfance dans la chair ; soit que, voulant sanctifier les eaux par son baptême, pour laver toutes les nations, il entre dans le lit du Jourdain, où vous avez montré qu’il est votre Fils unique et bien-aimé, par l’Esprit-Saint volant sur lui en forme de colombe, pendant que vous proclamez ce mystère d’une voix paternelle ; soit qu’il opère son premier miracle en Cana de Galilée, en changeant les eaux en vin dans le festin nuptial, nous apprenant, par un haut et admirable mystère, que celui qui devait s’unir à l’Église qu’il s’était fiancée depuis des siècles, était enfin arrivé, et que l’humble foi dans la vérité des promesses devait se changer en le vin de la sagesse, à la spirituelle saveur. Ainsi, dans ces trois merveilles qui sont l’objet mystérieux de la solennité d’aujourd’hui, notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, opère tout à la fois les prodiges de votre puissance et la préparation de notre salut. Faites donc, Seigneur, selon la forme de ces trois grands mystères, que l’intégrité de votre grâce spirituelle demeure en nous ; que la saveur du vin de votre sagesse se répande dans nos cœurs ; que l’étoile de votre justice brille dans nos œuvres. Amen.
L’ancien missel de Paris de 1584 contient cette pieuse séquence, à l’un des jours de l’octave :
Séquence
L’astre de la croix s’est levé ; à sa lumière, cherchons le roi des rois.
Cherchons-le avec humilité : c’est alors qu’il se manifeste aux cœurs de ceux qui le cherchent.
Il a quitté son trône céleste ; couché dans la crèche, il y réside dans la pauvreté.
Pour l’exemple de ceux qui le cherchent, il apprend à mépriser la terre, à aimer les choses célestes.
Abandonnons Hérode, suivons en hâte les mages ; offrons nos vœux avec les leurs.
À la suite de l’étoile, ils courent vers ce roi dont ils annoncent le règne éternel.
Offrons-lui mystiquement les dons que leur munificence lui présenta réellement :
De l’encens comme au Dieu suprême, de la myrrhe comme à l’homme véritable, de l’or comme à un roi.
Lis de pureté ! par ces dons, rendez nous votre Fils propice, ce Fils rempli de douceur ;
Et qu’un jour il nous soit donné de vivre avec lui, au sein de la gloire du paradis, dans une liberté parfaite.
Amen.
Nous continuons d’emprunter à saint Éphrem une partie des chants si mélodieux qu’il a consacrés à la divine naissance :
Hymne
Que tu es doux, ô enfant ; mais que la force de tes jugements est entraînante et invincible ! qu’il est suave, qu’il est doux ton amour ! qui pourra te résister ?
Ton Père habite les cieux ; ta mère rampe sur la terre ; qui jamais pourra te comprendre ? Si l’homme terrestre cherche ta nature élevée au-dessus de la portée humaine, c’est au vaste sein de la divinité qu’il la trouve, au plus haut des cieux.
S’il veut connaître ta nature sensible, la voici sur la terre ; issue de l’étroite demeure du sein de Marie, elle est visible à tous les yeux. L’intelligence confondue est flottante ; elle se perd à supputer les divers modes de ton être plein de richesses.
Ta divinité, qu’on croirait inaccessible sous des verrous redoublés, n’en est pas moins une mer immense, un océan qu’on ne saurait sonder, depuis même que tu as réduit ta grandeur à la mesure de notre petitesse Si nous cherchons à te voir, c’est un homme que nous apercevons, nous qui espérions voir un Dieu ; si en toi nous voulons contempler l’homme, tout aussitôt une éclatante splendeur de divinité vient éblouir nos regards.
Qui te prendrait pour l’héritier du trône de David, toi qui, au lieu du riche ameublement de ce grand roi, n’as qu’une crèche ; au lieu de ses vastes palais, qu’une caverne ; qu’un âne en place de ses nombreux coursiers ?
Mais, ô enfant ! que tu es aimable, accessible, et gracieux pour tous ceux qui t’approchent ! Ton amour est vraiment l’amour de celui qui désire les hommes, comme celui qui a faim désire le pain.
Tu ne fais point de distinction entre tes parents et les étrangers, entre ta mère et de vils esclaves, accueillant l’impure prostituée comme la vierge qui te nourrit de son lait. Quoi donc ? Est-ce l’extrême facilité de ton cœur, qui te porte à cet excès d’indulgence, ou plutôt cette charité qui fait que tu ne hais rien de ce que tu as fait ?
Quel motif te porte à descendre ainsi vers le riche comme vers le pauvre, à courir à eux, même lorsqu’ils ne t’appellent pas ? d’où te vient ce si grand amour de la nature humaine ?
Quelle est cette charité que tu as si grande, que si l’on te blasphème, tu ne t’enflammes pas ; si l’on te menace, tu n éclates pas ; si l’on agit cruellement avec toi, ton front ne s’empreint pas de colère ? C’est que ta charité est au-dessus de cette loi, en vertu de laquelle l’homme poursuivait son ennemi et vengeait son injure.
Honorons la Vierge-Mère, en lui présentant ces strophes consacrées à sa gloire par saint Joseph l’hymnographe, dans les menées de l’Église grecque au 4 janvier :
À la vierge-Mère
Honorons le divin palais du roi, dans lequel il a habité selon son désir ; célébrons la mère de Dieu, la Vierge, l’unique, par qui nous sommes élevés jusqu’à Dieu.
Pure avant l’enfantement, dans l’enfantement, après l’enfantement : ainsi tu as paru à nos regards, ô Vierge-Mère ! c’est toi qui as enfanté le Dieu qu’annonce le collège apostolique.
Le très heureux chœur des prophètes, inspiré de l’Esprit-Saint, t’appela divinement, dans ses sacrés oracles, la Porte et la Montagne ombragée, ô très chaste !
Illumine, ô Vierge ! les yeux de mon cœur, brille sur moi par un rayon de componction ; délivre-moi des ténèbres éternelles, Porte de la lumière, Refuge de tous les chrétiens qui chantent ta louange avec fidélité.
Je te loue, ô toi la seule digne de toute louange ; je te rends gloire, ô toi que Dieu lui-même glorifie ; je te proclame heureuse, ô Vierge, de cette félicité divine que proclament les générations qui célèbrent ta béatitude.
Ô très pure ! tu es le propitiatoire de ceux qui pèchent souvent ; dépassant toutes les lois de la nature, tu as enfanté le Christ, qui ôte les péchés du monde, et vers qui nous prions : Tu es béni, Seigneur, Dieu de nos pères !
Ô prodige qui surpasse tous les prodiges ! tu enfantes et tu demeures vierge, très chaste épouse de Dieu ! Tu a mis au jour le Verbe coéternel au Père, celui que nous célébrons dans ce cantique : Œuvres du Seigneur, louez et exaltez le Seigneur dans tous les siècles.
La splendeur de ton enfantement a éclaté avec gloire ; elle a inondé l’univers d’une joyeuse lumière ; elle a terrassé le prince des ténèbres, ô Mère de Dieu très pure, la gloire des anges, le salut de tous les hommes qui te célèbrent, sans se lasser, par leurs concerts.
[1] – 22, 16.
