Entretien avec un musulman converti sur la conversion des musulmans

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10 février 2018

Mohammed Christophe Bilek, ancien musulman converti au au catholicisme en 1970, fondateur de l’association Notre-Dame de Kabylie consacrée à l’évangélisation des musulmans et à leur accueil dans l’Eglise catholique, fondateur du Forum Yeshua el Messiah (Jésus le Messie), livre ici un regard passionnant sur la remise en cause de l’islam dans les pays musulmans et sur les conversions de musulmans en France malgré le relativisme qui sévit dans l’Église et l’islamophilie des « élites » politico-médiatiques. Continuer la lecture de « Entretien avec un musulman converti sur la conversion des musulmans »

Volkoff dévoile pourquoi la Fraternité St Pie X trahit

Mes chers Amis,

Comment Mgr Fellay, fils de Mgr Lefebvre, peut-il en arriver à trahir ? Comment l’abbé de Cacqueray, si pieux et si droit, a‑t-il pu étouffer la résistance à la trahison ?

Volkoff expose très bien la mentalité des alliés plus ou moins conscients de la Révolution. Voici une conférence que j’ai donnée à Paris sur ce sujet qui me paraît des plus importants. L’enregistrement est hélas médiocre, n’hésitez pas à me dire si je dois le refaire.

Les trois livres clés de Volkoff sont en vente à notre librairie.

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Le diocèse de Nantes prête une église à la Fraternité Saint-Pie X

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L’information est donnée par le site officiel de la Fraternité Saint Pie X : le diocèse de Nantes prête à la Fraternité Saint-Pie X la chapelle de l’Immaculée Conception tous les dimanches pour deux ans,  le temps que les travaux de la nouvelle église construite par la Fraternité St Pie X soient achevés. Chaque dimanche, deux offices seront célébrés à 8 h 30 et 10 heures. Elle est située à 300 mètres de la cathédrale.

Le mercredi des Cendres

Dom Guéranger ~ L’année liturgique
Mercredi des Cendres

 

Hier le monde s’agitait dans ses plaisirs, les enfants de la promesse eux-mêmes se livraient à des joies innocentes ; dès ce matin, la trompette sacrée dont parle le prophète a retenti [1]. Elle annonce l’ouverture solennelle du jeûne quadragésimal, le temps des expiations, l’approche toujours plus imminente des grands anniversaires de notre salut. Levons-nous donc, chrétiens, et préparons-nous à combattre les combats du Seigneur.

Mais, dans cette lutte de l’esprit contre la chair, il nous faut être armés, et voici que la sainte Église nous convoque dans ses temples, pour nous dresser aux exercices de la milice spirituelle. Déjà saint Paul nous a fait connaître en détail toutes les parties de notre défense : « Que la vérité, nous a‑t-il dit, soit votre ceinture, la justice votre cuirasse, la docilité à l’évangile votre chaussure, la foi votre bouclier, l’espérance du salut le casque qui protégera votre tête [2] ». Le prince des apôtres vient lui-même, qui nous dit : « Le Christ a souffert dans sa chair ; armez-vous de cette pensée [3] ». Ces enseignements apostoliques, l’Église aujourd’hui nous les rappelle ; mais elle en ajoute un autre non moins éloquent, en nous forçant à remonter jusqu’au jour de la prévarication, qui a rendu nécessaires les combats auxquels nous allons nous livrer, les expiations par lesquelles il nous faut passer.

Deux sortes d’ennemis sont déchaînés contre nous : les passions dans notre cœur, les démons au dehors ; l’orgueil a fait tout ce désordre. L’homme a refusé d’obéir à Dieu ; toutefois, Dieu l’a épargné, mais à la dure condition de subir la mort. Il a dit : « Homme, tu n’es que poussière, et tu rentreras dans la poussière [4] ». Oh ! pourquoi avons-nous oublié cet avertissement ? à lui seul il eût suffi pour nous prémunir contre nous-mêmes ; pénétrés de notre néant, nous n’eussions jamais osé enfreindre la loi de Dieu. Si maintenant nous voulons persévérer dans le bien, où la grâce du Seigneur nous a rétablis, humilions-nous ; acceptons la sentence, et ne considérons plus la vie que comme un chemin plus ou moins court qui aboutit au tombeau. À ce point de vue, tout se renouvelle, tout s’éclaire. L’immense bonté de Dieu qui a daigné attacher son amour à des êtres dévoués à la mort, nous apparaît plus admirable encore ; notre insolence et notre ingratitude envers celui que nous avons bravé, durant ces quelques instants de notre existence, nous semble de plus en plus digne de regrets, et la réparation qu’il nous est possible de faire, et que Dieu daigne accepter, plus légitime et plus salutaire.

Tel est le motif qui porta la sainte Église, lorsqu’elle jugea à propos, il y a plus de mille ans, d’anticiper de quatre jours le jeûne quadragésimal, à ouvrir cette sainte carrière en marquant avec la cendre le front coupable de ses enfants, et en redisant à chacun les terribles paroles du Seigneur qui nous dévouent à la mort. Mais l’usage de la cendre, comme symbole d’humiliation et de pénitence, est bien antérieur à cette institution, et nous le trouvons déjà pratiqué dans l’ancienne alliance. Job lui-même, au sein de la gentilité, couvrait de cendres sa chair frappée par la main de Dieu, et implorait ainsi miséricorde, il y a quatre mille ans [5]. Plus tard, le roi-prophète, dans l’ardente contrition de son cœur, mêlait la cendre au pain amer qu’il mangeait [6] ; les exemples analogues abondent dans les livres historiques et dans les prophètes de l’Ancien Testament. C’est que l’on sentait dès lors le rapport qui existe entre cette poussière d’un être matériel que la flamme a visité, et l’homme pécheur dont le corps doit être réduit en poussière sous le feu de la justice divine. Pour sauver du moins l’âme des traits brûlants de la vengeance céleste, le pécheur courait à la cendre, et reconnaissant sa triste fraternité avec elle, il se sentait plus à couvert de la colère de celui qui résiste aux superbes et veut bien pardonner aux humbles.

Dans l’origine, l’usage liturgique de la cendre, au mercredi de la Quinquagésime, ne paraît pas avoir été appliqué à tous les fidèles, mais seulement à ceux qui avaient commis quelqu’un de ces crimes pour lesquels l’Église infligeait la pénitence publique. Avant la messe de ce jour, les coupables se présentaient à l’église où tout le peuple était rassemblé. Les prêtres recevaient l’aveu de leurs péchés, puis ils les couvraient de cilices et répandaient la cendre sur leurs têtes. Après cette cérémonie, le clergé et le peuple se prosternaient contre terre, et on récitait à haute voix les sept psaumes pénitentiaux. La procession avait lieu ensuite, à laquelle les pénitents marchaient nu-pieds. Au retour, ils étaient solennellement chassés de l’église par l’évêque, qui leur disait : « Voici que nous vous chassons de l’enceinte de l’Église, à cause de vos péchés et de vos crimes, comme Adam, le premier homme, fut chassé du Paradis, à cause de sa transgression ». Le clergé chantait ensuite plusieurs répons tirés de la Genèse, dans lesquels étaient rappelées les paroles du Seigneur condamnant l’homme aux sueurs et au travail, sur cette terre désormais maudite. On fermait ensuite les portes de l’église, et les pénitents n’en devaient plus franchir le seuil que pour venir recevoir solennellement l’absolution, le Jeudi-Saint.

Après le 11e siècle, la pénitence publique commença à tomber en désuétude ; mais l’usage d’imposer les cendres à tous les fidèles, en ce jour, devint de plus en plus général, et il a pris place parmi les cérémonies essentielles de la liturgie romaine. Autrefois, on s’approchait nu-pieds pour recevoir cet avertissement solennel du néant de l’homme, et, encore au 12e siècle, le pape lui-même, se rendant de l’Église de Sainte-Anastasie à celle de Sainte-Sabine où est la station, faisait tout ce trajet sans chaussure, ainsi que les cardinaux qui l’accompagnaient. L’Église s’est relâchée de cette rigueur extérieure ; mais elle n’en compte pas moins sur les sentiments qu’un rite aussi imposant doit produire en nous.

Ainsi que nous venons de le dire, la station, à Rome, est aujourd’hui à Sainte-Sabine, sur le Mont-Aventin. C’est sous les auspices de cette sainte martyre que s’ouvre la pénitence quadragésimale.

Cérémonie des Cendres

La fonction sacrée commence par la bénédiction des cendres que l’Église va imposer sur nos fronts. Ces cendres sont faites des rameaux qui ont été bénis l’année précédente, au dimanche qui précède la Pâque. La bénédiction qu’elles reçoivent dans ce nouvel état a pour but de les rendre plus dignes du mystère de contrition et d’humilité qu’elles sont appelées à signifier.

Le chœur chante d’abord cette antienne, qui implore la divine miséri­corde.

Antienne

Exaucez-nous, Seigneur, car votre miséricorde est compatissante ; selon la multitude de vos miséricordes, jetez un regard sur nous, Seigneur. Ps. Sauvez-moi, ô Dieu, car les eaux ont pénétré jusqu’à mon âme. Gloire au Père. Exaucez-nous.

Le prêtre, à l’autel, ayant près de lui les cendres mystérieuses, prononce les oraisons suivantes, par lesquelles il demande à Dieu d’en faire pour nous un moyen de sanctification.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, pardonnez au repentir, soyez propice aux supplications, et daignez envoyer du ciel votre saint ange pour bénir et sanctifier ces cendres, afin qu’elles deviennent un remède salutaire à ceux qui implorent humblement votre saint nom, qui, reconnaissant leurs péchés, s’accusent eux-mêmes, déplorent leurs méfaits sous les regards de votre divine clémence, et implorent avec ardeur par leurs supplications votre très douce miséricorde. Daignez faire que par l’invocation de votre très saint nom, tous ceux sur lesquels ces cendres seront répandues, pour le rachat de leurs péchés, reçoivent la santé du corps et la protection de l’âme. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Oraison

Ô Dieu, qui ne voulez pas notre mort, mais notre pénitence, considérez avec bonté la fragilité de la condition humaine, et daignez bénir dans votre miséricorde ces cendres que nous voulons recevoir sur nos têtes, en signe d’humilité, et pour mériter le pardon ; afin que, reconnaissant que nous ne sommes que cendre, et que nous devons retourner en poussière, pour la punition de notre malice, nous méritions d’obtenir de votre miséricorde le pardon de tous nos péchés, et les récompenses promises aux pénitents. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Oraison

Mon Dieu, qui vous laissez fléchir par l’humilité et apaiser par la satisfaction, inclinez à nos prières l’oreille de votre miséricorde, et daignez répandre la grâce de votre bénédiction sur les têtes de vos serviteurs, lorsqu’elles auront été marquées de ces cendres ; remplissez vos fidèles de l’esprit de componction, accordez-leur pleinement les demandes justes qu’ils vous présenteront ; affermissez et conservez en eux les faveurs que vous leur aurez accordées. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Oraison

Dieu tout-puissant et éternel, de qui les Ninivites qui firent pénitence sous la cendre et le cilice reçurent le remède et le pardon, daignez accorder à nous qui les imitons dans l’extérieur, d’être comme eux l’objet de votre miséricorde. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Après ces oraisons, le prêtre asperge les cendres avec l’eau bénite, puis il les parfume avec l’encens. Ces rites étant accomplis, il reçoit lui-même de ces cendres sur la tête par la main du prêtre le plus qualifié dans le clergé qui dessert l’église. Celui-ci les reçoit à son tour du célébrant qui, après les avoir imposées aux ministres de l’autel et au reste du clergé, les distribue au peuple.

Lorsque le prêtre s’approchera pour vous marquer du sceau de la pénitence, acceptez avec soumission l’arrêt de mort que Dieu lui-même prononcera sur vous : « Homme, souviens-toi que tu es poussière, et que tu rentreras dans la poussière ». Humiliez-vous, et rappelez-vous que c’est pour avoir voulu être comme des dieux, préférant notre volonté à celle du souverain Maître, que nous avons été condamnés à mourir. Songeons à cette longue suite de péchés que nous avons ajoutés à celui d’Adam, et admirons la clémence de Dieu qui se contentera d’une seule mort pour tant de révoltes.

Pendant la distribution des cendres, le chœur chante les deux antiennes et le répons ci-après.

Antienne

Changeons nos vêtements, couvrons-nous de la cendre et du cilice, jeûnons et pleurons devant le Seigneur ; car notre Dieu est tout miséricordieux, et il nous remettra nos péchés.

Antienne

Entre le vestibule et l’autel, les prêtres ministres du Seigneur pleureront et diront : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne fermez pas la bouche de ceux qui chantent vos louanges, Seigneur.

Répons

Réparons les péchés que notre aveuglement nous a fait commettre, de peur que, surpris tout à coup par le jour de la mort, nous ne cherchions le temps de la pénitence, sans pouvoir le trouver. * Regardez-nous, Seigneur, et ayez pitié de nous ; car nous avons péché contre vous.

Ps. Aidez-nous, ô Dieu notre Sauveur, et, pour l’honneur de votre nom, Seigneur, délivrez-nous. * Regardez-nous. Gloire au Père. * Regardez-nous.

La distribution des cendres étant terminée, le prêtre chante l’oraison suivante :

Oraison

Accordez-nous, Seigneur, de commencer dignement par ce saint jeûne la carrière de la milice chrétienne, afin que, devant combattre les esprits de malice, nous ayons pour défense contre leurs efforts le secours de l’abstinence. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

À la messe

Rassurée par l’acte d’humilité qu’elle vient d’accomplir, l’âme chrétienne se laisse aller à la confiance envers le Dieu de miséricorde. Elle ose lui rappeler son amour pour les hommes qu’il a créés, et la longanimité avec laquelle il a daigné attendre leur retour à lui. Ces sentiments sont le sujet de l’introït, dont les paroles sont empruntées au livre de la Sagesse.

Introït

Vous avez pitié de tous, Seigneur, et vous ne haïssez aucun de ceux que vous avez faits : vous dissimulez les péchés des hommes pour leur laisser le temps de la pénitence, et vous leur pardonnez ; car vous êtes le Seigneur notre Dieu. Ps. Ayez pitié de moi, ô Dieu, ayez pitié de moi ; car mon âme se confie en vous. Gloire au Père. Vous avez pitié de tous.

Dans la collecte, l’Église demande pour ses enfants que la salutaire pratique du jeûne soit par eux accueillie avec empressement, et qu’ils y persévèrent pour le bien de leurs âmes.

Collecte

Accordez, Seigneur, à vos fidèles d’accepter avec une piété sincère la solennité vénérable de ces jeûnes, et d’en fournir la carrière avec une dévotion que rien ne puisse troubler. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Deuxième collecte [7]

Préservez-nous, s’il vous plaît, Seigneur, de tous les périls de l’âme et du corps ; et vous laissant fléchir par l’intercession de la bienheureuse et glorieuse Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, du bienheureux Joseph,de vos bienheureux apôtres Pierre et Paul, du bienheureux N. (on nomme ici le patron de l’Église) et de tous les saints, accordez-nous dans votre bonté le salut et la paix, afin que toutes les erreurs et les adversités étant écartées, votre Église vous serve dans une liberté tranquille.

Troisième collecte

Dieu tout-puissant et éternel, qui régnez sur les vivants et sur les morts, et qui répandez votre miséricorde sur tous ceux que vous savez devoir se donner à vous par la foi et par les œuvres : nous vous supplions d’accorder dans votre bonté et votre clémence et par l’intercession de tous vos saints, le pardon des péchés à ceux pour qui nous allons répandre devant vous nos prières, soit que le siècle présent les retienne encore dans la chair, soit que, ayant déposé leurs corps, ils soient déjà entrés dans le siècle futur. Par Jésus-Chrit notre Seigneur. Amen.

Épître
Lecture du prophète Joël. Chap. 2.

Voici ce que dit le Seigneur : Convertissez-vous à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, dans les larmes et dans les gémissements. Déchirez vos cœurs, et non vos vêtements, et convertissez-vous au Seigneur votre Dieu ; car il est bon et compatissant, patient et riche en miséricorde, et sa bonté surpasse notre malice. Qui sait s’il ne se retournera pas vers vous, s’il ne vous pardonnera pas, et s’il ne laissera pas après lui la bénédiction, afin que vous présentiez au Seigneur votre Dieu des sacrifices et des offrandes ? Sonnez de la trompette dans Sion, publiez la sainteté du jeûne, convoquez l’assemblée, réunissez le peuple, avertissez-le qu’il se purifie ; faites venir les vieillards ; amenez les enfants, même ceux qui sont encore à la mamelle. Que l’époux sorte de sa couche, et l’épouse de son lit nuptial. Que les prêtres et les ministres du Seigneur pleurent entre le vestibule et l’autel, qu’ils disent : « Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple ; et ne livrez pas votre héritage à l’opprobre, en laissant dominer sur lui les nations. Laisserez-vous dire par les peuples : « Où est leur Dieu ? » Le Seigneur a été ému de compassion pour sa terre, et il a pardonné à son peuple. Et le Seigneur a répondu à son peuple : « Voici que je vais vous envoyer du froment, du vin et de l’huile, et vous en serez rassasiés, et je ne vous abandonnerai plus aux insultes des nations », dit le Seigneur tout-puissant.

Ce magnifique passage du prophète nous révèle l’importance que le Seigneur attache à l’expiation par le jeûne. Quand l’homme contrit de ses péchés afflige sa chair, Dieu se laisse fléchir. L’exemple de Ninive l’a prouvé ; et si le Seigneur pardonna à une ville infidèle, par cela seul que ses habitants imploraient sa pitié sous les livrées de la pénitence, que ne fera-t-il pas en faveur de son peuple, qui sait joindre à l’immolation du corps le sacrifice du cœur ? Entrons donc avec courage dans la voie de la pénitence ; et si l’affaiblissement des sentiments de la foi et de la crainte de Dieu semble faire tomber autour de nous des pratiques qui sont aussi anciennes que le christianisme, et sur lesquelles il est pour ainsi dire fondé, gardons-nous d’abonder dans le sens d’un relâchement qui a porté un terrible préjudice à l’ensemble des mœurs chrétiennes. Songeons surtout à nos engagements personnels avec la justice divine qui ne nous remettra nos fautes et les peines qu’elles méritent, qu’autant que nous nous montrerons empressés à lui offrir la satisfaction à laquelle elle a droit. Nous venons de l’entendre : notre corps que nous flatterions n’est que cendre et poussière, et notre âme, que nous serions si souvent portés à lui sacrifier, a des droits à réclamer contre lui.

L’Église, dans le graduel, continue d’épancher les sentiments de sa confiance envers le Dieu de toute bonté ; elle se flatte que ses enfants seront fidèles aux moyens qu’elle leur propose pour le désarmer.

Le trait est cette belle prière de David, que l’Église répète trois fois par semaine, dans le cours du Carême, et qu’elle emploie pour désarmer la colère de Dieu dans les temps de calamités.

Graduel

Ayez pitié de moi, ô mon Dieu, ayez pitié de moi ; car mon âme se confie en vous. V/. Le Seigneur m’a envoyé du ciel un secours, et il m’a délivré ; il a couvert de confusion ceux qui me foulaient aux pieds.

Trait

V/. Seigneur, ne nous traitez pas selon les péchés que nous avons commis, et ne nous rendez pas selon nos iniquités. V/. Seigneur, ne vous souvenez plus de nos iniquités passées ; que vos miséricordes se hâtent de nous prévenir ; car nous sommes réduits à une extrême misère. V/. Secourez-nous, ô Dieu notre Sauveur, et, pour la gloire de votre nom, délivrez-nous, Seigneur, et pardonnez-nous nos péchés, à cause de votre nom.

Évangile
La suite du saint évangile selon saint Matthieu. Chap. 6.

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Lorsque vous jeûnez, ne soyez point tristes comme les hypocrites ; car ils se font un visage pâle et défait, afin que les hommes s’aperçoivent qu’ils jeûnent. Je vous le dis en vérité : Ils ont reçu leur récompense. Mais vous, lorsque vous jeûnez, parfumez-vous la tête et lavez votre visage, afin qu’il ne paraisse pas aux hommes que vous jeûnez, mais seulement à votre Père qui est présent dans le secret, et votre Père qui voit dans le secret, vous le rendra. Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la rouille et les vers les consument, et où les voleurs fouillent et les dérobent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où il n’y a ni rouille ni vers qui les consument, et où les voleurs ne fouillent ni ne dérobent. Car, où est votre trésor, là est aussi votre cœur.

Notre Seigneur ne veut pas que nous recevions l’annonce du jeûne expiatoire comme une nouvelle triste et affligeante. Le chrétien qui comprend combien il est dangereux pour lui d’être en retard avec la justice de Dieu, voit arriver le temps du Carême avec joie et consolation. Il sait à l’avance que s’il est fidèle aux prescriptions de l’Église, il allégera le fardeau qui pèse sur lui. Ces satisfactions, si adoucies aujourd’hui par l’indulgence de l’Église, étant offertes à Dieu avec celles du Rédempteur lui-même, et fécondées par cette communauté qui réunit en un faisceau de propitiation les saintes œuvres de tous les membres de l’Église militante, purifieront nos âmes et les rendront dignes de participer aux joies si pures de la Pâque. Ne soyons donc pas tristes de ce que nous jeûnons ; soyons-le seulement d’avoir, par le péché, rendu notre jeûne nécessaire. Le Sauveur nous donne un second conseil que l’Église nous répétera souvent dans tout le cours de la sainte Quarantaine : celui de joindre l’aumône aux privations du corps. Il nous engage à thésauriser, mais pour le ciel. Nous avons besoin d’intercesseurs : cherchons-les parmi les pauvres.

Dans l’offertoire, l’Église chante notre délivrance. Elle se réjouit de voir déjà guéries les plaies de nos âmes ; car elle compte sur notre persévérance.

Offertoire

Je vous glorifierai, Seigneur ; car vous m’avez relevé, et vous n’avez pas réjoui mes ennemis de ma ruine. Seigneur, j’ai crié vers vous, et vous m’avez guéri.

Secrète

Daignez, Seigneur, nous rendre dignes de vous offrir, comme nous le devons, ces dons sacrés, par l’oblation desquels nous célébrons l’ouverture solennelle de ce temps plein de mystères. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

Deuxième secrète

Exaucez-nous, ô Dieu notre Sauveur, et, par la vertu de ce sacrement, défendez-nous de tous les ennemis de l’âme et du corps, nous accordant votre grâce en cette vie, et votre gloire en l’autre.

Troisième secrète

Ô Dieu, qui seul connaissez le nombre des élus à qui vous devez donner place dans la céleste béatitude ; accordez, par l’intercession de tous vos saints, que les noms de tous ceux que nous avons résolu de vous recommander dans notre prière, ainsi que les noms de tous les fidèles, demeurent écrits dans le livre de la bienheureuse prédestination. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

L’Église commence aujourd’hui l’usage de la préface quadragésimale.

Préface

Oui, c’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui par le jeûne auquel vous assujettissez nos corps, comprimez la source de nos vices, élevez nos âmes, donnez la force et assurez la récompense : par Jésus-Christ notre Seigneur. C’est par lui que les anges louent votre Majesté, que les Dominations l’adorent, que les Puissances la révèrent en tremblant, que les Cieux et les Vertus des cieux la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s’unir à leurs voix, afin que nous puissions dire dans une humble confession : Saint ! Saint ! Saint ! etc.

Les paroles que l’Église fait entendre dans l’antienne de la communion sont un conseil important qu’elle nous donne. Durant cette longue carrière, nous aurons besoin de soutenir notre courage ; méditons la loi du Seigneur et ses mystères. Si nous goûtons la parole de Dieu que l’Église nous proposera chaque jour, la lumière et l’amour iront toujours croissant en nos cœurs, et lorsque le Sauveur sortira des ombres du sépulcre, ses clartés se réfléchiront sur nous.

Communion

Celui qui méditera jour et nuit la loi du Seigneur, portera son fruit en son temps.

Postcommunion

Que les sacrements auxquels nous avons participé nous donnent, Seigneur, le secours qui est nécessaire, afin que nos jeûnes vous soient agréables et servent à notre guérison. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Seconde postcommunion

Que l’oblation du divin sacrifice nous purifie et nous protège, Seigneur, nous vous en supplions ; et, par l’intercession de la bienheureuse Vierge Marie Mère de Dieu, du bienheureux Joseph, de vos bienheureux apôtres Pierre et Paul, du bienheureux N. (On nomme ici le saint titulaire de l’Église) et de tous les saints, qu’elle soit pour nous l’expiation de tous nos péchés, et la délivrance de toute adversité.

Troisième postcommunion

Purifiez-nous, ô Dieu tout-puissant et miséricordieux, par les sacrements que nous avons reçus, et faites, par l’intercession de tous vos saints, que votre sacrement ne soit pas en nous un crime digne de châtiment, mais une intercession puissante pour le pardon ; qu’il efface nos péchés, qu’il soit notre force dans notre fragilité, et notre défense contre tous les dangers du monde ; qu’il opère dans les fidèles vivants et défunts la rémission de toutes leurs fautes. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Tous les jours du Carême, excepté les dimanches, avant de congédier l’assemblée des fidèles, le prêtre prononce sur eux une oraison particulière, qui est toujours précédée de cet avertissement solennel :

Humiliate capita vestra Deo. | Humiliez vos têtes devant Dieu.

Oraison

Regardez, Seigneur, d’un œil favorable ceux qui se prosternent devant votre Majesté ; afin que, rassasiés de votre don divin, ils se sentent toujours nourris par ce secours céleste. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

[1] – Voir ci-après l’épître de la messe.

[2] – Éph. 6, 16.

[3] – 1 Petr. 4, 1.

[4] – Gen. 3, 19.

[5] – Job. 16, 16.

[6] – Psalm. 101, 10.

[7] La deuxième et la troisième collecte ne se disent plus. De même pour les secrètes et postcommunion.

Semaine après les Cendres

Dom Guéranger ~ L’année liturgique
La semaine après les Cendres

 

Bien que la loi du jeûne pèse sur nous depuis hier, nous ne sommes pas encore entrés dans le Carême proprement dit, dont la solennité ne s’ouvrira que samedi prochain, à vêpres. C’est afin de distinguer du reste de la sainte Quarantaine ces quatre jours surajoutés, que l’Église continue d’y chanter les vêpres à l’heure ordinaire, et permet à ses ministres de rompre le jeûne avant d’avoir satisfait à cet office. À partir de samedi, il en sera autrement. Chaque jour, à l’exception du dimanche, lequel n’admet pas le jeûne, les vêpres des fériés et des fêtes seront anticipées, en sorte qu’à l’heure où les fidèles prendront leur repas, l’office du soir sera déjà accompli. C’est un dernier souvenir des usages de l’Église primitive ; autrefois les fidèles ne rompaient pas le jeûne avant le coucher du soleil, auquel correspond l’office des vêpres.

La sainte Église a distingué ces trois jours qui suivent le mercredi des Cendres, en leur assignant à chacun une lecture de l’Ancien Testament, et une autre du saint évangile, pour être faites à la messe. Nous reproduirons ici ces lectures, en les accompagnant de quelques réflexions, et en les faisant précéder de la collecte de chaque jour.

La station à Rome est aujourd’hui dans l’église de Saint-Georges-au-Voile‑d’Or.

Collecte

Ô Dieu, que le péché offense et que la pénitence apaise, écoutez dans votre clémence les prières et les supplications de votre peuple, et daignez détourner les fléaux de votre colère que nos péchés ont mérités. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Épître
Lecture du prophète Isaïe. Chap. 38.

En ces jours-là, Ézéchias fut malade jusqu’à la mort, et le prophète Isaïe, fils d’Amos, l’étant venu trouver, lui dit : Voici ce que dit le Seigneur : Donne ordre aux affaires de ta maison, car tu vas mourir, et tu ne vivras plus. Et Ézéchias tourna son visage vers la muraille, et priant le Seigneur, il dit : Souvenez-vous, je vous prie, Seigneur, que j’ai marché devant vous dans la vérité et avec un cœur parfait, et que j’ai fait ce qui est bon à vos yeux. Et Ézéchias pleura avec abondance. Et le Seigneur parla à Isaïe et lui dit : Va, et dis à Ézéchias : Voici ce que dit le Seigneur Dieu de David ton père : J’ai entendu ta prière et j’ai vu tes larmes. Voici que j’ajouterai encore quinze années à tes jours, et j’arracherai de la main du roi des Assyriens toi et cette ville, et je la protégerai, dit le Seigneur tout-puissant.

Hier, l’Église nous remettait devant les yeux la certitude de la mort. Nous mourrons : la parole de Dieu y est engagée, et il ne saurait venir dans l’esprit à un homme raisonnable que sa personne puisse être l’objet d’une exception. Mais si le fait de notre mort est indubitable, le jour auquel il nous faudra mourir n’est pas moins déterminé. Dieu juge à propos de nous le cacher, dans les motifs de sa sagesse ; c’est à nous de vivre de manière à n’être pas surpris. Ce soir, peut-être, on viendra nous dire comme à Ézéchias : « Donne ordre aux affaires de ta maison ; car tu vas mourir ». Nous devons vivre dans cette attente ; et si Dieu nous accordait une prolongation de vie comme au saint roi de Juda, il faudrait toujours en venir tôt ou tard à cette heure suprême, passé laquelle il n’y a plus de temps, mais l’éternité. En nous faisant ainsi sonder la vanité de notre existence, l’Église veut nous fortifier contre les séductions du présent, afin que nous soyons tout entiers à cette œuvre de régénération, pour laquelle elle nous prépare depuis bientôt trois semaines. Combien de chrétiens ont reçu hier la cendre sur la tête, et qui ne verront pas ici-bas les joies pascales ! La cendre a été pour eux une prédiction de ce qui doit leur arriver, avant un mois peut-être. Ils n’ont cependant pas entendu la sentence en d’autres termes que ceux qu’on a prononcés sur nous-mêmes. Ne sommes-nous pas du nombre de ces victimes vouées à une mort si prochaine ? Qui de nous oserait affirmer le contraire ? Dans cette incertitude, acceptons avec reconnaissance la parole du Sauveur qui est descendu du ciel pour nous dire : Faites pénitence ; car le Royaume de Dieu est proche [1].

Évangile
La suite du saint évangile selon saint Matthieu. Chap. 8.

En ce temps-là, Jésus étant entré dans Capharnaüm, un centurion s’approcha de lui, et lui fit cette prière, disant : Seigneur, mon serviteur est chez moi, malade au lit d’une paralysie, et il en souffre beaucoup. Et Jésus lui dit : J’irai et je le guérirai. Et le centurion lui répondant, dit : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit, mais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. Car quoique je sois un homme soumis à d’autres, ayant néanmoins des soldats sous moi, quand je dis à l’un : Va là, il y va ; et à l’autre : Viens ici, il y vient ; et à mon serviteur : Fais cela, il le fait. Or, Jésus, entendant ces paroles, fut dans l’admiration, et il dit à ceux qui le suivaient : En vérité, je vous le dis, je n’ai pas trouvé une si grande foi en Israël. Aussi je vous le déclare, beaucoup viendront de l’Orient et de l’Occident, et auront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux : tandis que les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures, où il y aura pleur et grincement de dents. Et Jésus dit au centurion : Va, et comme tu as cru, qu’il te soit fait. Et le serviteur fut guéri à l’heure même.

Les saintes Écritures, les pères et les théologiens catholiques distinguent trois sortes d’œuvres de pénitence : la prière, le jeûne et l’aumône. Dans les lectures qu’elle nous propose, durant ces trois jours qui sont comme l’entrée du Carême, la sainte Église veut nous instruire sur la manière d’accomplir ces différentes œuvres ; aujourd’hui, c’est la prière qu’elle nous recommande. Voyez ce centurion qui vient implorer auprès du Seigneur la guérison de son serviteur. Sa prière est humble ; c’est du fond de son cœur qu’il se juge indigne de recevoir la visite de Jésus. Sa prière est pleine de foi ; il ne doute pas un instant que le Seigneur ne puisse lui accorder l’objet de sa demande. Avec quelle ardeur il la présente ! La foi de ce Gentil surpasse celle des enfants d’Israël, et mérite l’admiration du Fils de Dieu. Ainsi doit être notre prière, lorsque nous implorons la guérison de nos âmes. Reconnaissons que nous sommes indignes de parler à Dieu, et cependant insistons avec une foi inaltérable dans la puissance et dans la bonté de celui qui n’exige de notre part la prière qu’afin de la récompenser par l’effusion de ses miséricordes. Le temps où nous sommes est un temps de prière ; l’Église redouble ses supplications ; c’est pour nous qu’elle les offre ; ne la laissons pas prier seule. Déposons en ces jours cette tiédeur dans laquelle nous avons langui, et souvenons-nous que si nous péchons tous les jours, c’est la prière qui répare nos fautes, et qui nous préservera d’en commettre de nouvelles.

Humiliez vos têtes devant Dieu.

Oraison

Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, afin qu’après avoir été châtié comme il le méritait par vos fléaux, il respire enfin sous votre miséricorde Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

Le vendredi après les Cendres

La station de ce jour est à l’église des saints martyrs Jean et Paul.

Collecte

Favorisez dans votre bonté, Seigneur, les jeûnes dont nous avons commencé le cours ; afin que, remplissant dans nos corps cette observance, nous puissions aussi l’exercer d’un cœur sincère. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Épître

Lecture du prophète Isaïe. Chap. 58.

Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Crie, ne cesse de crier ; fais retentir ta voix comme la trompette, et annonce à mon peuple les crimes qu’il a commis, et à la maison de Jacob les péchés dont elle est coupable. Car ils me cherchent tous les jours, et ils témoignent vouloir connaître mes voies, comme un peuple qui eût agi selon la justice, et qui n’eût point abandonné la loi de son Dieu. Ils me demandent la règle de la justice, et ils veulent s’approcher de Dieu. Pourquoi avons-nous jeûné, disent-ils, et vous ne nous avez pas regardés ? Pourquoi avons-nous humilié nos âmes, et vous ne l’avez pas su ? — C’est que, au jour même de votre jeûne, votre mauvaise volonté persistait toujours, et que vous êtes encore sans pitié pour vos débiteurs. Vous ne jeûnez que pour plaider et pour disputer, et vous frappez du poing sans miséricorde. Ne jeûnez plus en la manière que vous l’avez fait jusqu’à ce jour, en faisant retentir vos clameurs jusqu’au ciel. Le jeûne que je demande consiste-t-il en ce qu’un homme afflige son âme pendant une journée, en ce qu’il penche la tête comme s’il formait un cercle, en ce qu’il prenne le sac et la cendre ? Est-ce là ce que vous appelez un jeûne et un jour agréable au Seigneur ? Le jeûne que j’approuve, n’est-ce pas plutôt celui-ci ? Déliez les nœuds de l’impiété ; déchargez-vous des fardeaux qui vous accablent ; renvoyez libres ceux qui sont opprimés ; brisez tout joug qui charge les autres. Rompez votre pain à celui qui a faim, et faites entrer dans votre maison les pauvres et ceux qui n’ont pas d’asile. Lorsque vous verrez un homme nu, couvrez-le, et ne méprisez point celui qui est votre propre chair. Alors votre lumière éclatera comme le point du jour, et vous recouvrerez bientôt votre santé, et votre justice marchera devant vous, et la gloire du Seigneur vous protégera. Alors vous invoquerez le Seigneur, et il vous exaucera ; vous crierez, et il dira : Me voici ; car je suis miséricordieux, moi le Seigneur votre Dieu.

Les dispositions dans lesquelles le jeûne doit être accompli, tel est l’objet de la lecture que nous venons de faire dans le prophète Isaïe. C’est le Seigneur lui-même qui parle, le Seigneur qui lui-même avait prescrit le jeûne à son peuple. Il déclare que le jeûne des aliments matériels n’est rien à ses yeux, si ceux qui s’y livrent n’arrêtent pas enfin le cours de leurs iniquités. Dieu exige le sacrifice du corps ; mais il ne peut l’accepter, si celui de l’âme n’est pas offert en même temps. Le Dieu vivant ne peut consentir à être traité comme les dieux de bois et de pierre qu’adoraient les Gentils. Des hommages purement extérieurs étaient tout ce qu’il leur fallait ; car ces dieux étaient aveugles et insensibles. Que l’hérétique cesse donc de reprocher à l’Église ses pratiques qu’il ose traiter de matérielles ; c’est lui-même qui, en voulant affranchir le corps de tout joug, s’est précipité dans la matière. Les enfants de l’Église jeûnent, parce que les saintes Écritures de l’Ancien et du Nouveau Testament recommandent le jeûne à chaque page, parce que Jésus-Christ lui-même a jeûné quarante jours ; mais ils n’estiment cette pratique qui leur est imposée de si haut, qu’autant qu’elle est relevée et complétée par l’hommage d’un cœur qui a résolu de réformer ses penchants vicieux. Il ne serait pas juste, en effet, que le corps, qui n’est devenu coupable que par la perversité de l’âme, fût dans la souffrance, tandis que celle-ci continuerait le cours de ses mauvaises œuvres. De même aussi, ceux que la faiblesse de leur santé empêche de se soumettre, en ce saint temps, aux satisfactions qui pèsent sur le corps, ne sont point dégagés de l’obligation d’imposer à leur âme ce jeûne spirituel qui consiste dans l’amendement de la vie, dans la fuite de tout ce qui est mal, dans la recherche de toute sorte de bonnes œuvres.

Évangile

La suite du saint évangile selon saint Matthieu. Chap. 5.

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis : faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient : afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et descendre la pluie sur les justes et sur les injustes. Car si vous n’aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense en aurez-vous ? Les publicains ne le font-ils pas ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous de plus que tous ? Les païens ne le font-ils pas ? Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. Prenez garde à ne pas faire vos bonnes œuvres devant les hommes, afin d’être vus d’eux ; autrement vous n’en recevrez point la récompense de votre Père qui est dans les cieux. Lors donc que vous faites l’aumône, ne sonnez pas de la trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les synagogues et sur les places, afin d’être honorés des hommes. En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. Pour vous, quand vous faites l’aumône, que votre main gauche ne sache pas ce que fait la droite, afin que votre aumône se fasse dans le secret, et votre Père, qui voit dans le secret, vous le rendra.

Sœur de la prière et du jeûne, l’aumône est la troisième des œuvres fondamentales qui constituent la pénitence chrétienne. C’est pour cette raison que l’Église aujourd’hui nous propose les enseignements du Sauveur sur la manière dont nous devons accomplir les œuvres de miséricorde. Jésus-Christ nous impose l’amour de nos semblables, sans distinction d’amis et d’ennemis. Il nous suffit que Dieu, qui les a tous créés, les aime lui-même, pour que nous soyons dans le devoir d’être miséricordieux envers tous. S’il daigne les supporter, lors même qu’ils sont dans le mal, et attendre leur retour jusqu’à la fin de leur vie, en sorte que pas un ne périt si ce n’est par sa propre faute, que ferons-nous, nous qui sommes pécheurs et qui sommes leurs frères, tirés comme eux du néant ? C’est donc un hommage dont le cœur de Dieu est flatté, que de le servir et de l’assister dans les hommes dont il daigne se regarder comme le père. La reine des vertus, la charité, renferme essentiellement l’amour du prochain, comme une application de l’amour même de Dieu ; et la charité, en même temps qu’elle est un devoir sacré pour les membres de la grande famille humaine, est aux yeux de Dieu, dans les actes qu’elle inspire, une œuvre de pénitence, à raison des privations que l’on s’impose et des répugnances que l’on peut avoir à vaincre dans son accomplissement. Remarquons aussi comment le Sauveur nous répète, à propos de l’aumône, le conseil qu’il nous a donné sur le jeûne : celui de fuir l’éclat et l’ostentation. La pénitence est humble et silencieuse, elle ne cherche point les regards des hommes ; l’œil de celui qui voit dans le secret lui suffit pour témoin.

Humiliez vos têtes devant Dieu.

Oraison

Défendez votre peuple, Seigneur, et dans votre clémence purifiez-le de tous ses péchés ; car aucune adversité ne pourra l’atteindre, si aucune iniquité ne domine en lui. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

Le samedi après les Cendres

La station de ce jour est, selon qu’il est marqué au missel, dans l’église de Saint-Tryphon, martyr ; mais cette église ayant été détruite, il y a plusieurs siècles, la station a lieu présentement dans celle de Saint-Augustin, bâtie tout près de l’emplacement où fut l’église de Saint-Tryphon.

Collecte

Écoutez favorablement, Seigneur, nos supplications, et donnez-nous de célébrer avec dévotion ce jeûne solennel qui a été institué si à propos pour la guérison de nos âmes et de nos corps. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Épître
Lecture du prophète Isaïe. Chap. 58.

Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Si vous ôtez du milieu de vous la chaîne dont vous chargez vos frères, si vous cessez d’étendre la main sur eux et de dire des paroles qui leur sont nuisibles ; si vous assistez le pauvre avec effusion de cœur, et si vous remplissez de consolation l’âme affligée ; votre lumière se lèvera dans les ténèbres, et vos ténèbres deviendront comme le midi. Et le Seigneur vous donnera un repos qui n’aura pas de fin, et il remplira votre âme de ses splendeurs, et il délivrera vos os de la corruption. Et vous serez comme un jardin toujours arrosé, et comme une fontaine dont les eaux ne tarissent pas. Ce qui en vous était désert depuis des siècles se couvrira d’édifices ; vous relèverez des fondements qui étaient abandonnés depuis plusieurs générations, et l’on dira de vous que vous réparez les brèches et que vous changez les sentiers en demeures paisibles. Si vous retenez votre pied pour lui empêcher de violer le sabbat, si vous cessez d’agir selon votre caprice au jour qui m’est consacré ; si vous le regardez comme un repos plein de délices, comme le jour saint et glorieux du Seigneur, auquel vous rendrez honneur, en ne suivant point vos voies, en ne recherchant point votre volonté, en ne disant point de paroles vaines : alors vous trouverez votre joie dans le Seigneur, et je vous élèverai au-dessus des hauteurs de la terre, et je vous donnerai pour vous nourrir l’héritage de Jacob votre père ; car la bouche du Seigneur a parlé.

Le samedi est un jour plein de mystères : c’est le jour du repos de Dieu ; c’est le symbole de la paix éternelle que nous goûterons au ciel après les labeurs de cette vie. L’Église aujourd’hui, en nous faisant lire ce passage d’Isaïe, veut nous apprendre à quelles conditions il nous sera donné de prendre part au sabbat de l’éternité. Nous sommes à peine entrés dans la carrière de la pénitence que cette mère tendre vient à nous, pleine de paroles consolatrices. Si nous remplissons de bonnes œuvres cette sainte Quarantaine durant laquelle sont suspendues les préoccupations du monde, la lumière de la grâce se lèvera du milieu même des ténèbres de notre âme. Cette âme trop longtemps obscurcie par le péché et par l’amour du monde et de nous-mêmes, deviendra éclatante comme les splendeurs du midi, la gloire du Christ ressuscité sera la nôtre ; et si nous sommes fidèles, la Pâque du temps nous introduira à la Pâque de l’éternité. Édifions donc ce qui en nous était désert, relevons les fondements, réparons les brèches ; retenons notre pied pour ne pas violer les saintes observances ; ne suivons plus nos voies, ne recherchons plus nos volontés, contrairement à celles du Seigneur ; et il nous donnera un repos qui n’aura pas de fin, et il remplira notre âme de ses propres splendeurs.

Évangile
La suite du saint Évangile selon saint Marc. Chap. 6.

En ce temps-là, le soir étant venu, la barque était au milieu de la mer, et Jésus était seul à terre. Et voyant ses disciples qui se fatiguaient à ramer (car le vent leur était contraire), vers la quatrième veille de la nuit il vint à eux, marchant sur la mer, et il voulait les devancer. Mais eux, le voyant marcher sur la mer, crurent que c’était un fantôme, et jetèrent des cris ; car tous le virent, et ils furent troublés. Et aussitôt il leur parla et leur dit : Rassurez-vous, c’est moi, ne craignez point. Et il monta avec eux dans la barque, et le vent cessa. Et leur étonnement en devint plus grand encore ; car ils n’avaient pas fait assez de réflexion sur le miracle des pains, parce que leur cœur était aveuglé. Et quand ils eurent traversé l’eau, ils vinrent en la terre de Génésareth, et ils y abordèrent. Et quand ils furent sortis de la barque, les gens du pays reconnurent Jésus ; et, parcourant toute la contrée, ils commencèrent à lui apporter dans des lits les malades, partout où ils entendaient dire qu’il était. Et, en quelque lieu qu’il entrât, dans les hameaux, dans les villages ou dans les villes, ils mettaient les malades sur les places publiques, et le priaient de les laisser seulement toucher la frange de son vêtement. Et tous ceux qui le touchaient étaient guéris.

La barque de la sainte Église est lancée sur la mer ; la traversée durera quarante jours. Les disciples du Christ rament à l’encontre du vent, et déjà l’inquiétude s’empare d’eux ; ils craignent de ne pas arriver au port. Mais Jésus vient à eux sur les flots ; il monte avec eux dans la barque ; leur navigation sera désormais heureuse. Les anciens interprètes de la liturgie nous expliquent ainsi l’intention de l’Église dans le choix de ce passage du saint évangile pour aujourd’hui. Quarante jours de pénitence sont bien peu de chose pour toute une vie qui n’a pas appartenu à Dieu ; mais quarante jours de pénitence pèseraient à notre lâcheté, si le Sauveur lui-même ne venait les passer avec nous. Rassurons-nous : c’est lui-même. Durant cette période salutaire, il prie avec nous, il jeûne avec nous, il exerce avec nous les œuvres de la miséricorde. N’a‑t-il pas inauguré lui-même la quarantaine des expiations ? Considérons-le, et prenons courage. Si nous sentons encore de la faiblesse, approchons de lui, comme ces malades dont il vient de nous être parlé. Le contact de ses vêtements suffisait à rendre la santé à ceux qui l’avaient perdue ; allons à lui dans son sacrement, et la vie divine dont le germe est déjà en nous se développera de plus en plus, et l’énergie qui commençait à faiblir en nos cœurs se relèvera toujours croissante.

Humiliez vos têtes devant Dieu.

Oraison

Que vos fidèles, Seigneur, soient affermis par le don céleste que vous leur faites goûter, afin qu’en le recevant ils le recherchent avec empressement, et qu’en le recherchant, ils méritent de le recevoir toujours. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Terminons cette journée du samedi par un hommage à Marie, avocate des pécheurs ; et pour exprimer notre confiance envers elle, présentons-lui cette prose naïve et touchante que l’on trouve dans des missels allemands du 14e siècle.

Séquence

À vous, ô Vierge sacrée, nous offrirons des prières, sur l’autel de notre cœur.

Nos vœux sont une victime indigne d’être offerte à votre Fils ; il l’agréera présentée par vous.

À celui qui fut immolé pour les péchés, daignez offrir en sacrifice la prière des pécheurs.

Par vous le coupable retourne à Dieu ; par vous Dieu s’est rapproché du coupable ; en vous ils se sont réunis.

Ne repoussez pas les pécheurs ; sans eux vous n’eussiez point connu l’honneur d’être la Mère d’un tel Fils.

S’il n’y eût pas eu de pécheurs à racheter, la Mère d’un Rédempteur n’eût point été nécessaire.

Votre séance n’eût pas été près du trône du Père céleste, si vous n’eussiez enfanté un Fils qui partage les honneurs d’un tel Père.

Ô Vierge, ô Vierge élevée si haut à cause de nous, prenez nos vœux et portez-les devant le souverain Seigneur.

Amen.

 

[1] – s. Matth. 4, 17.

Le message de Fatima 
Les sacrifices pour la conversion des pécheurs

A l’approche du carême, il est bon de nous rappeler une des demandes essentielles de Notre Dame à Fatima : sacrifices et pénitences pour la conversion des pécheurs.

Les enseignements de l’Ange en 1916

Le premier élément de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie enseigné par Notre-Dame aux petits voyants de Fatima Continuer la lecture de « Le message de Fatima 
Les sacrifices pour la conversion des pécheurs »

Semaine de la Quinquagéssime

Dom Guéranger ~ L’année liturgique
Semaine de la Quinquagésime

Lundi de la Quinquagésime

Cette semaine ne contient que le lundi et le mardi puisque mercredi est le premier jour du carême.

La vie du chrétien fidèle que nous avons reconnue dans Abraham, n’est autre chose qu’une marche courageuse par laquelle il se dirige vers le séjour que Dieu lui destine. Il nous faut donc laisser tout ce qui fait obstacle, et ne pas regarder en arrière. Cette doctrine est sévère ; mais pour peu que l’on réfléchisse sur les dangers que court ici-bas l’homme tombé, sur les expériences que chacun de nous a été à même de faire, on cesse de s’étonner que le Sauveur ait placé la condition essentielle de notre salut dans le renoncement à nous-mêmes. Et d’ailleurs, sommes-nous donc si sages et si forts, que nous ne sentions pas qu’il vaut mieux laisser à Dieu l’arrangement de notre vie, que d’en assumer nous-mêmes la conduite ? Au reste, quelles que soient nos réclamations et nos résistances, Dieu est notre maître, et s’il nous laisse libres de lui résister ou de le suivre, il n’entend pas abdiquer ses droits. Notre refus de lui obéir ne peut compromettre que nous-mêmes.

Il ne tenait qu’à Abraham, après avoir entendu l’appel divin, de rester dans la Chaldée, et de ne pas entreprendre une migration qui déracinait son existence terrestre. Dieu, alors, choisissait un autre homme auquel serait dévolu l’honneur de devenir le père du peuple choisi, et, ce qui est bien plus, l’ancêtre du Messie. Ces substitutions terribles sont fréquentes dans l’ordre de la grâce. Parce qu’une âme a refusé le salut, ce n’est pas une raison de penser que le ciel perde pour cela un seul de ses élus. Dieu, méprisé par celui qu’il a daigné appeler, se tourne vers un autre qui sera plus docile.

La vie chrétienne est tout entière dans cette dépendance absolue pratiquée jusqu’à la fin. D’abord, cet esprit de soumission retire l’âme du péché et de la mort où elle languissait ; des ténèbres de la Chaldée, il la transporte dans la terre promise. Puis, quand l’âme est entrée dans la voie droite, Dieu, craignant qu’elle ne succombe aux périls qu’elle porte en elle-même, la tient en haleine par les sacrifices qu’elle exige d’elle. Nous retrouvons encore ici l’exemple d’Abraham pour lumière et pour guide. Cet illustre ami de Dieu reçoit pour récompense la plus magnifique des promesses ; un fils en devient le gage, et bientôt Dieu lui-même, pour sonder le cœur du saint patriarche, lui commande d’immoler ce fils sur lequel reposent tant d’espérances.

Telle est la voie de l’homme sur la terre. Nous ne pouvons sortir du mal que par un effort contre nous-mêmes, et nous ne pouvons nous maintenir dans le bien qu’à la condition d’entreprendre de nouvelles luttes. Élevons donc notre regard, comme Abraham, vers les collines éternelles, et, à son exemple, considérons l’habitation de ce monde comme une tente dressée pour un jour. Le Sauveur l’a dit : Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais le glaive ; je suis venu pour séparer, pour diviser [1] ; nous devons donc compter sur l’épreuve, et puisqu’elle nous est imposée par celui qui nous a aimés jusqu’à se rendre semblable à nous, reconnaître qu’elle nous est salutaire. Mais il a dit aussi : Où est votre trésor, là est aussi votre cœur [2]. Chrétiens, pouvons-nous avoir notre trésor en cette terre qui est au-dessous de nous ? Il n’en peut être ainsi. Notre trésor est donc plus haut : quelle main d’homme pourrait nous le ravir ?

Telles sont les pensées que propose l’Église à ses enfants, en ces jours à l’issue desquels nous rencontrerons la sainte Quarantaine. Que notre cœur s’épure donc, et qu’il aspire à Dieu. Les péchés des hommes se multiplient autour de nous, le bruit du scandale retentit jusqu’à notre oreille. Demandons que le règne de Dieu arrive pour nous, et aussi pour ces pécheurs aveugles qui sont ces pierres qu’une puissante miséricorde peut transformer, s’il lui plaît, en enfants d’Abraham. Elle le fait tous les jours ; peut-être a‑t-elle daigné le faire pour nous qui, comme parle l’apôtre, après avoir été loin, sommes maintenant proche de Dieu, dans le sang de Jésus-Christ [3] ».

Prions pour nous et pour tous les pécheurs, en empruntant cette belle formule liturgique au bréviaire mozarabe.

Oraison

Nos péchés, ô Dieu tout-puissant, vous irritent contre nous : daignez vous rendre propice aux prières que vous nous inspirez, et vous laisser apaiser par nos louanges. Dans votre miséricorde, empêchez que les tribulations de ce monde n’abattent notre âme, que des erreurs nuisibles ne l’envahissent, que les ténèbres de l’infidélité ne la circonviennent ; mais que la lumière de votre visage se réfléchisse sur nos âmes, et que, marchant toujours dans sa splendeur, nous soyons stables dans la vraie foi. Amen.

 

Mardi de la Quinquagésime

Le principe fondamental de la conduite chrétienne consiste, selon l’Évangile tout entier, à vivre en dehors du monde, à se séparer du monde, à rompre avec le monde. Le monde est cette terre infidèle dont Abraham, notre sublime modèle, s’est éloigné par l’ordre de Dieu ; c’est cette Babylone qui nous retient captifs, et dont le séjour est pour nous si plein de dangers. Le disciple bien-aimé nous crie : « N’aimez pas le monde et ce qui est dans le monde ; car celui qui aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui [4] ». Le Sauveur si miséricordieux, au moment d’aller offrir son sacrifice pour tous, dit cette terrible parole : « Je ne prie pas pour le monde [5] ». Nous-mêmes, nous n’avons été marqués du sceau glorieux et ineffaçable du chrétien, qu’après avoir renoncé aux œuvres et aux pompes du monde, et nous avons renouvelé plus d’une fois cet engagement solennel.

Que veut dire tout ceci ? Pour être chrétiens, nous faut-il donc fuir dans un désert, et nous isoler de la compagnie de nos semblables ? Telle ne peut pas être pour tous l’intention de Dieu, puisque, dans le même livre où il nous ordonne de fuir le monde et de n’aimer pas le monde, il nous impose des devoirs envers les hommes, il sanctionne et bénit les liens que la disposition de sa providence a établis entre eux et nous. Son apôtre nous avertit d’user de ce monde comme n’en usant pas [6] ; l’usage de ce monde ne nous est donc pas interdit. Encore une fois, que veut dire ceci ? Y aurait-il contradiction dans la doctrine céleste, et sommes-nous condamnés à errer dans les ténèbres sur les bords d’un précipice dans lequel il nous faut inévitablement tomber ?

Il n’en est point ainsi, et tout s’éclaircira dès que nous voudrons considérer attentivement ce qui nous entoure. Le monde, si nous entendons par ce mot les objets que Dieu a créés dans sa puissance et dans sa bonté, ce monde visible, qu’il a fait pour sa gloire et pour notre service, n’est point indigne de son auteur ; et si nous sommes fidèles, il n’est même qu’un ensemble de degrés pour remonter jusqu’à Dieu. Usons-en avec action de grâces ; traversons-le, sans y fixer nos espérances ; ne lui attachons point un amour que nous ne devons qu’à Dieu ; n’y oublions pas nos destinées immortelles, qui ne doivent pas s’y accomplir.

Mais le grand nombre des hommes n’a pas cette prudence ; leur cœur s’arrête en bas, au lieu de s’élever en haut, en sorte que l’auteur du monde ayant daigné le visiter pour le sauver, le monde, n’a pas voulu le connaître [7]. Alors le Seigneur a flétri les hommes ingrats, en les appelant le monde, leur appliquant ainsi le nom de l’objet de leur convoitise, parce qu’ils ont fermé leurs yeux à la lumière et qu’ils sont devenus ténèbres.

Le monde, dans ce sens maudit, est donc tout ce qui fait opposition à Jésus-Christ, tout ce qui refuse de le reconnaître, de se laisser conduire par lui. Le monde est cet ensemble de maximes qui tend à éteindre ou à comprimer l’élan surnaturel des âmes vers Dieu, à recommander comme avantageux ce qui captive notre cœur sous les liens de cette vie fugitive, à blâmer ou à repousser ce qui élève l’homme au-dessus d’une nature imparfaite ou vicieuse, à charmer ou à séduire notre imprudence par l’appât de ces satisfactions dangereuses qui, loin de nous avancer vers notre fin éternelle, ne font que nous donner le change et nous égarer de notre route.

Or, ce monde réprouvé est en tous lieux, et il a ses intelligences dans notre cœur. Par le péché, il a pénétré profondément ce monde extérieur que Dieu a fait ; il nous faut l’avoir vaincu et abattu sous nos pieds, si nous voulons ne pas périr avec lui. De toute nécessité, il nous faut être ses ennemis ou ses esclaves. Dans les jours où nous sommes, il triomphe ; il voit son empire assuré sur le grand nombre de ceux qui pourtant lui dirent anathème, au jour où ils furent enrôlés dans la milice de Jésus-Christ. Plaignons-les, prions pour eux, tremblons pour nous-mêmes, et, afin que notre cœur ne défaille pas, méditons, il en est temps, ces paroles consolantes du Sauveur au sujet de ses disciples, dans la dernière cène. : « Mon Père, je leur ai donné votre parole, et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, et moi-même aussi je ne suis pas du monde. Je ne vous prie pas de les retirer du monde, mais de les garder du mal [8]. »

Terminons cette journée par cette formule liturgique de l’Église ambrosienne, qui met en regard la funeste insouciance des mondains et l’attente formidable des jugements de Dieu.

Entrée du dimanche de la Quinquagésime

La vie présente a ses plaisirs, mais elle passe ; votre jugement, ô Christ, est terrible, mais il demeure. Laissons donc cet amour que nous portons à ce qui est trompeur ; songeons plutôt à craindre un mal qui est infini, et crions : Ô Christ, ayez pitié de nous !

 

 

[1]              s. Matth. 10, 34.

[2]              Ibid. 6, 21.

[3]              Éph. 2, 13.

[4]              1 s. Jean 2, 15.

[5]              2 s. Jean 17, 6.

[6]              1 Cor. 7, 31.

[7]              s. Jean 1, 10.

[8]              s . Jean 17, 14.

Carême : L’union au Christ dans sa Passion
Sermon de la Quinquagésime

Mes bien chers Frères,

Pour bien pratiquer le carême, il faut essentiellement un esprit, celui de l’union au Christ dans sa Passion. La pratique concrète n’a de valeur que si elle est animée par cet esprit. Prenez modèle sur la Très Sainte Vierge.

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« En ce moment, ceux qui réalisent le mieux la doctrine sociale de l’Église sont les Chinois, »
affirme Mgr Sánchez Sorondo, chancelier de l’Académie pontificale des sciences au Vatican

« En ce moment, ceux qui réalisent le mieux la doctrine sociale de l’Église sont les Chinois. » Mgr Marcelo Sánchez Sorondo, évêque argentin et chancelier de l’Académie pontificale des sciences, l’a déclaré convaincu. Il y a quelques mois, il a visité Pékin pour la première fois et est retourné à Rome enthousiasmé. Son témoignage est une preuve tangible du changement de perspective sur ce géant asiatique qui fait son chemin dans la Curie romaine. Un nouvel air qui jette un regard positif sur un accord de plus en plus proche (et potentiellement historique) entre le Saint-Siège et la Chine. Continuer la lecture de « « En ce moment, ceux qui réalisent le mieux la doctrine sociale de l’Église sont les Chinois, »
affirme Mgr Sánchez Sorondo, chancelier de l’Académie pontificale des sciences au Vatican »