Sermons sur l’Église
24. Le pape principe d’unité

Mes bien chers Frères,

Nous en arrivons au problème qui, aujourd’hui, trouble les catholiques, celui de l’attitude que nous devons avoir envers le pape. Mais vous allez voir que ce problème se résout tout seul en nous appuyant sur la doctrine de l’Église que nous vous avons exposée.

Préparez-vous bien à la fête de la Pentecôte, par exemple avec la neuvaine au Saint Esprit (la prière Venez Esprit-Saint, remplissez le cœur de vos fidèles…) ou bien l’hymne Veni Creator. Je pense que vous avez compris désormais que le Saint Esprit est au cœur de vos vies.

Que Dieu vous bénisse !

Continuer la lecture de « Sermons sur l’Église
24. Le pape principe d’unité »

Sermons sur l’Église
23. La mission confiée par le Christ à la hiérarchie
3. La perfection de la liberté chrétienne

Mes bien chers Frères,

Puisque la hiérarchie ne vous transmet plus le sens de la vraie liberté chrétienne, je tiens à cœur de former en vous des hommes libres, c’est-à-dire responsables. Que Dieu bénisse mon père de m’avoir transmis cela dont il avait un sens comme instinctif et ma mère de l’avoir mis en œuvre dans son amour.

Continuer la lecture de « Sermons sur l’Église
23. La mission confiée par le Christ à la hiérarchie
3. La perfection de la liberté chrétienne
 »

Sermons sur l’Église
22. La mission confiée par le Christ à la hiérarchie
3. Mener à la perfection

Mes bien chers Frères,

Un sermon enthousiasmant.

La hiérarchie doit diriger les chrétiens. Qu’est-ce que diriger ? Là est le gros problème aujourd’hui, plus personne ne sait ce qu’est de diriger, plus personne ne sait ce qu’est d’être dirigé.

Je puise dans l’enseignement d’un saint qui fut une lumière en ce domaine et je vous le résume avec saint Thomas d’Aquin.

Aujourd’hui je dis la messe pour un couvent de religieuses cloîtrées, persécutées par leur évêque et par la Rome moderniste et qui n’ont plus de prêtre pour leur dire la messe. N’ayant pas le don d’ubiquité, je demande aux saints anges de les transporter en esprit au pied de l’autel où je célèbre la messe pour elles, comme je demande chaque dimanche aux saints anges de transporter tous ceux qui, parmi vous, ne peuvent avoir autrement la messe qu’en se transportant au pied d’un autel où la messe est célébrée dans la fidélité à Notre Seigneur et à son Église.

Continuer la lecture de « Sermons sur l’Église
22. La mission confiée par le Christ à la hiérarchie
3. Mener à la perfection
 »

Sermons sur l’Église
21. La mission confiée par le Christ à la hiérarchie 2. Baptisez-les, la Croix, la messe

Mes bien chers Frères,

Suite d’une doctrine qui a été profondément subvertie mais, comme elle est très simple, il n’est pas difficile d’y revenir.

Elle engage toute notre vie chrétienne, tout notre être, c’est dire son importance.

Notre Dame de la sainte messe, priez pour nous !

Continuer la lecture de « Sermons sur l’Église
21. La mission confiée par le Christ à la hiérarchie 2. Baptisez-les, la Croix, la messe »

Sermons sur l’Église
20. La mission confiée par le Christ à la hiérarchie de l’Église 1. Allez, enseignez

Mes bien chers Frères,

Nous abordons maintenant un point simple de la doctrine de l’Église, mais qui a été complètement subverti par les modernes, ce qui une des principales causes des problèmes actuels de l’Église.

Je vous recommande la lecture des textes que je vous donne ci-après.

Continuer la lecture de « Sermons sur l’Église
20. La mission confiée par le Christ à la hiérarchie de l’Église 1. Allez, enseignez »

Sermon ~ Le mystère du Christ
par Mgr Lefebvre

Mes bien chers Frères,

Le baptême de nos deux catéchumènes s’est bien déroulé. Ce fut une cérémonie splendide et leur joie était palpable. Deo gratias ! Je vous remercie des prières que vous avez faites pour eux et je continue à confier leur persévérance à vos bonnes prières.

Il ne m’est pas possible de vous donner mon sermon prévu sur le mystère de l’Église. La fatigue de la Semaine Sainte se fait encore sentir alors que j’ai dû repartir dans mes courses apostoliques. Mais, surtout, nous arrivons à un point clé de notre étude du mystère de l’Église, celui de la place et de la fonction de la hiérarchie dans l’Église. C’est un sujet que je connais bien, mais je veux prendre le temps d’en travailler soigneusement l’exposé. Alors, priez le Saint Esprit de m’assister.

Pour remplacer, voici le début des conférences de Mgr Lefebvre sur le Mystère de Jésus. Conférence aux séminaristes d’Écône 28 novembre 1977 ~ 51 B

Que Dieu vous bénisse !

Continuer la lecture de « Sermon ~ Le mystère du Christ
par Mgr Lefebvre »

3e mystère glorieux
La Pentecôte


3e mystère glorieux
La Pentecôte

Méditations sur les mystères de notre sainte foi
du vénérable père Du Pont, s. j.

Changement subit opéré dans les disciples par le Saint-Esprit

Et tous furent remplis du Saint-Esprit.

1) Considérons la bonté et la libéralité des trois personnes divines : du Père et du Fils qui envoient le Saint-Esprit ; du Saint-Esprit qui veut bien se donner Lui-même. Parmi les disciples réunis dans le cénacle, il y a inégalité de rang et de mérites ; cet Esprit divin les remplit tous de ses dons, les comble tous de joie et se donne tout entier à chacun d’eux, en sorte que tous sont vraiment pleins du Saint-Esprit, tous contents et satisfaits, sans désirer pour lors autre chose que Dieu. Il remplit principalement les puissances de leur âme et n’en laisse aucune vide. Il imprime dans leur mémoire les saintes Écritures afin qu’ils s’en souviennent toutes les fois qu’ils en auront besoin ; Il éclaire leur intelligence afin qu’ils comprennent tous les mystères qui y sont cachés ; Il grave en un instant dans leur cœur la loi de la charité en traits si profonds que, quand il n’y aurait au monde ni Loi écrite, ni Évangile, ils seraient eux-mêmes une loi vivante et l’Esprit qui les enseigne intérieurement la leur ferait observer dans toute sa perfection. En un mot, Il exerce à l’égard de chacun des disciples tous les offices qui Lui sont propres. Comme un vent rafraîchissant, Il les récrée avec suavité ; comme un soleil, Il les inonde de lumière ; comme un feu, Il les pénètre d’une chaleur céleste ; comme médecin, Il les guérit de tous leurs maux ; comme maître, Il leur apprend toutes choses et fait d’eux les maîtres des nations. De timides, Il les rend courageux ; de faibles, forts ; d’ignorants, savants ; d’envieux, charitables ; d’ambitieux, humbles ; d’imparfaits, consommés en toutes les vertus. Ô changement prodigieux ! Ô miracle de la droite du Très-Hauts ! Ô puissance infinie de l’Esprit de Dieu ! Ce que Jésus, durant trois ans, n’a fait ni par ses prédications, ni par ses exemples, ni par ses miracles, l’Esprit de Jésus, qui est la vertu d’en haut, l’opère en un moment, sans peine et sans travail.

Ô mon Sauveur, envoyez-moi ce divin Esprit afin qu’Il me change en un homme nouveau, entièrement selon votre cœur. Venez, Esprit sanctificateur ; remplissez-moi de vos dons afin que je vive non plus d’une vie terrestre, mais d’une vie céleste ; détachez-moi des biens passagers de ce monde et faites que je ne cherche ni ne désire rien hors de Vous, puisque je trouve et possède tout en Vous.

2) Tous les disciples, il est vrai, furent remplis du Saint-Esprit ; tous cependant ne le reçurent pas avec une égale plénitude. On remplit d’eau deux vases d’une grandeur inégale ; celui qui a plus de capacité en reçoit plus que celui dont la capacité est moindre. C’est ainsi que, parmi les disciples, ceux qui étaient le mieux disposés eurent une part plus abondante aux dons de l’Esprit-Saint. D’où il suit que la très sainte Vierge reçut, elle seule, plus de grâces que tous les autres ensemble, les apôtres plus que le reste des disciples, tous heureux, tous louant et remerciant le Seigneur de la faveur insigne qu’Il venait de leur accorder. Réjouissons-nous nous-même du bonheur qui leur est commun ; mais félicitons surtout la Reine du ciel des grâces extraordinaires dont elle est comblée et de la joie qu’elle ressent de voir tous les apôtres et tous les disciples remplis de l’Esprit de Dieu, selon la promesse de son divin Fils.

3) Puisqu’il est certain que le Saint-Esprit se communique avec plus de profusion aux âmes qu’Il trouve mieux disposées, excitons en nous un vif désir de préparer la nôtre avec toute la ferveur possible de Le recevoir. Quatre vertus contribueront à cette préparation. La première est la pureté de conscience ; nous l’obtiendrons en nettoyant avec soin le vase où l’Esprit-Saint doit verser ses dons. La seconde est la pureté de cœur ; nous viderons le nôtre de lui-même et de tout esprit contraire à celui de Dieu. La troisième est la confiance en Dieu ; cette vertu élargit et dilate le cœur de l’homme, non selon la mesure des mérites de l’homme-même, mais selon celle des mérites de Jésus-Christ et de sa bonté infinie. La quatrième est une oraison fervente ; elle attire le Saint-Esprit en lui demandant que, dans la distribution de ses grâces, Il ait plus égard à ce qu’Il est qu’à ce que je suis, à sa grandeur qu’à ma bassesse. Plus je m’efforcerai de pratiquer ces quatre vertus, plus j’acquerrai de dispositions pour recevoir l’Esprit-Saint avec l’abondance de ses richesses.

Ô Dieu tout-puissant, qui avez dit à votre peuple : Ouvrez votre bouche, dilatez votre cœur, et je le remplirai, voici que j’ouvre ma bouche pour attirer votre divin Esprits ; je ne souhaite rien tant que d’avoir une âme assez grande pour contenir tous ses trésors. Remplissez mon cœur tel qu’il est et étendez-le toujours davantage par votre miséricorde afin que, s’agrandissant de plus en plus, rien ne l’empêche de recevoir sans cesse de nouvelles faveurs.

4) Considérons que la plénitude avec laquelle les disciples reçurent le Saint-Esprit, fut en rapport non seulement avec leurs dispositions personnelles, mais encore avec leurs différents ministères. Car Dieu notre Seigneur ne manque jamais de donner à chaque homme en particulier la grâce qui lui est nécessaire pour s’acquitter des fonctions qu’Il lui confie et pour satisfaire aux obligations de l’état auquel Il l’appelle. C’est ainsi qu’Il remplit de grâces la glorieuse Vierge, saint Jean-Baptiste et les apôtres, proportionnant ses dons à leur dignité et à leur emploi. Il en use de même aujourd’hui à l’égard de ceux qu’Il destine à quelque état ou à quelque ministère dans l’Église.

Pâques, le sacrifice eucharistique
Sermon de Mgr Lefebvre

Mes bien chers Frères,

Samedi Saint, nous aurons la grande joie de baptiser deux adultes. Je les recommande à vos saintes prières, pour leur persévérance, pour qu’à leur tour ils attirent des âmes à notre doux Sauveur et Roi.

Ne pouvant vous donner un sermon, je vous donne une homélie prêchée par Mgr Lefebvre à Écône pour Pâques 1979.

Continuer la lecture de « Pâques, le sacrifice eucharistique
Sermon de Mgr Lefebvre »

Croisade du Rosaire ~ Lettre du 2e trimestre 2024

La lettre du Rosaire Vivant de la Fidélité Catholique vient de paraître. Je vous invite non seulement à la lire, mais à vous inscrire au Rosaire Vivant : inscription

On entre dans la Croisade du Rosaire en s’engageant à réciter chaque jour une dizaine précise du chapelet de façon à ce que le rosaire entier soir récité par quinze croisés chaque jour.

Voici les intentions du Rosaire Vivant pour les prochains mois :

— Avril : Pour la conversion du clergé conciliaire, principalement ses évêques.
Nous dirons les litanies de l’Amour de Dieu

— Mai : Pour le zèle apostolique dans la pénitence et la prière des catholiques fidèles
Nous prierons les litanies de la Très Sainte Vierge

— Juin : Pour l’humiliation et conversion des francs-maçons et des ennemis de l’Église
Nous prierons les litanies du Sacré-Cœur

Continuer la lecture de « Croisade du Rosaire ~ Lettre du 2e trimestre 2024 »

Le 14 novembre
Saint Josaphat, évêque et martyr

Dom Guéranger ~ Année Liturgique
Le 14 novembre, saint Josaphat, évêque et martyr

Contemporain de François de Sales et de Vincent de Paul, Josaphat Kuncewiez a l’allure d’un moine grec du XIe siècle, pénitent à la façon d’un ascète de la Thébaïde. Étranger à la culture intellectuelle de l’Occident, il ne connaît que les livres liturgiques et les textes sacrés à l’usage de son église ; prêtre, archimandrite[1], réformateur de son Ordre basilien[2], et enfin archevêque, il combat toute sa vie contre les conséquences du schisme de Photius[3] ; et, martyr, il cueille enfin dans cette lutte la palme de la victoire. Cependant, la scène se passe en pleine Europe, dans des contrées soumises alors à la Pologne catholique, sous le règne du plus pieux de ses rois. Comment expliquer ce mystère ?

« Au lendemain des invasions mongoles, la Pologne reçut dans ses bras bien plus qu’elle ne conquit la nation ruthène, c’est-à-dire les Slaves du rit grec du Dniepr et de la Dina, qui avaient formé autour de Kiev – leur métropole religieuse et leur capitale – le noyau primitif de cette puissance appelée aujourd’hui la Russie. En faisant participer à sa vie nationale ces frères séparés, mais non pas ennemis de l’unité romaine, qui venaient à elle pleins de confiance dans sa force et dans son équité, la Pologne aurait assuré le triomphe de la cause catholique et sa propre hégémonie dans le monde slave tout entier. L’union au Pontife romain des nouveaux arrivants, qui avec plus d’esprit politique et de zèle religieux, aurait dû être conclue dès le XIVe siècle, ne fut proclamée qu’en 1595.

« Ce fut l’Union de Brest-Litovsk. Par le pacte signé dans cette petite ville de Lituanie, le métropolite de Kiev et les autres évêques grecs, sujets de la Pologne, déclaraient rentrer dans la communion du Saint-Siège apostolique. Chefs spirituels de la moitié de la nation, ils achevaient ainsi la fusion des trois peuples ruthène, lithuanien et polonais, réunis alors sous le sceptre de Sigismond III. Or une réforme religieuse, fût-elle décrétée dans un concile, ne devient une réalité que si des hommes de Dieu, de vrais apôtres et, au besoin, des martyrs apparaissent pour la consommer. Tel fut le rôle de saint Josaphat, l’apôtre et le martyr de l’Union de Brest-Litovsk. Ce qu’il ne fit pas lui-même, ses disciples l’achevèrent. Un siècle de gloire était assuré à la nation, et sa ruine politique en fut de deux cents ans retardée.

« Mais la Pologne laissa dans un état d’infériorité humiliante ce clergé et ce peuple du rit gréco-slave qui s’abritaient dans son sein ; ses politiques n’admirent jamais dans la pratique que des chrétiens du rit grec pussent être de véritables catholiques, égaux à leurs frères latins. Bientôt cependant, un duel à mort allait s’engager entre la Moscovie, person­ni­fiant l’influence gréco-slave, et la Pologne latine. On sait comment cette dernière fut vaincue. Les historiens signalent les causes de sa défaite ; mais ils oublient d’ordinaire la principale, celle qui l’a rendue irrémédiable : la destruction presque totale de l’Union de Brest-Litovsk, le retour forcé au schisme de l’immense majorité des Ruthènes ramenés autrefois à l’Église catholique par saint Josaphat. La consommation de cette œuvre néfaste, bien plus que les circonstances politiques et les triomphes militaires, a rendu définitive la victoire de la Russie. La Pologne, réduite à ses neuf ou dix millions de Latins, ne peut plus lutter contre sa rivale d’autrefois, devenue sa rude dominatrice d’aujourd’hui.

« La puissance des Slaves séparés de l’unité catholique grandit chaque jour. De jeunes nations, émancipées du joug musulman, se sont formées dans la presqu’île des Balkans ; la fidélité au rite gréco-slave, dans lequel s’identifiaient pour eux leur nationalité et le christianisme, a été la force unique qui a empêché ces peuples d’être broyés sous les pieds des escadrons turcs ; victorieux de l’ennemi séculaire, ils ne peuvent oublier d’où leur est venu le salut : la direction morale et religieuse de ces nations ressuscitées appartient à la Russie. Profitant de ces avantages avec une habileté constante et une énergie souveraine, celle-ci développe sans cesse son influence en Orient. Du côté de l’Asie, ses progrès sont plus prodigieux encore. Le tzar qui, à la fin du XVIIIe siècle, commandait seulement à trente millions d’hommes, en gouverne aujourd’hui cent vingt-cinq et, par la seule progression normale d’une population exceptionnellement féconde, l’Empire comptera avant un demi-siècle, plus de deux cents millions de sujets.

« Pour le malheur de la Russie et de l’Église, cette force est dirigée présentement par d’aveugles préjugés. Non seulement la Russie est séparée de l’unité catholique, mais l’intérêt politique et le souvenir des luttes anciennes lui font croire que sa grandeur est identifiée avec le triomphe de ce qu’elle appelle l’orthodoxie et qui est simplement le schisme photien. Pourtant, toujours dévouée et généreuse, l’Église romaine ouvre les bras pour recevoir sa fille égarée ; et, oubliant les affronts qu’elle en a reçus, elle réclame seulement qu’on la salue du nom de mère. Que ce mot soit prononcé, et tout un douloureux passé sera effacé.

« La Russie catholique, c’est la fin de l’Islam et le triomphe définitif de la Croix sur le Bosphore, sans péril aucun pour l’Europe ; c’est l’empire chrétien d’Orient relevé avec un éclat et une puissance qu’il n’eut jamais ; c’est l’Asie évangélisée, non plus seulement par quelques prêtres pauvres et isolés, mais avec le concours d’une autorité plus forte que celle de Charlemagne. C’est enfin la grande famille slave réconciliée dans l’unité de foi et d’aspirations pour sa propre grandeur. Cette transfor­ma­tion sera le plus grand événement du siècle qui la verra s’accomplir et changera la face du monde.

« De pareilles espérances ont-elles quelque fondement ? Quoi qu’il arrive, saint Josaphat sera toujours le patron et le modèle des futurs apôtres de l’Union en Russie et dans tout le monde gréco-slave. Par sa naissance, son éducation, ses études, toutes les allures de sa piété et toutes les habitudes de sa vie, il ressemblait plus aux moines russes d’aujourd’hui qu’aux prélats latins de son temps. Il voulut toujours la conservation intégrale de l’antique liturgie de son Église, et, jusqu’à son dernier soupir, il la pratiqua avec amour sans altération, sans diminution aucune, telle que les premiers apôtres de la foi chrétienne l’avaient apportée de Constantinople à Kiev. Puissent s’effacer les préjugés, fils de l’ignorance ; et, si décrié, que soit aujourd’hui son nom en Russie, saint Josaphat sera, aussitôt que connu, aimé et invoqué par les Russes eux-mêmes. « Nos frères gréco-slaves ne peuvent fermer plus longtemps l’oreille aux appels du Pontife suprême. Espérons donc qu’un jour viendra et qu’il n’est pas éloigné, dans lequel la muraille de division s’écroulera pour jamais, et le même chant d’action de grâces retentira à la fois sous le dôme de Saint-Pierre et les coupoles de Kiew et de Saint-Pétersbourg. » [4]

Leçon des matines

Josaphat Kuncewicz naquit de parents nobles et catholiques, à Vladimir en Volhynie. Étant tout petit enfant, tandis qu’il écoutait sa mère lui parler de la passion du Christ devant une image de Jésus crucifié, un trait, parti du côté du Sauveur, vint le blesser au cœur. Embrasé de l’amour de Dieu, il s’adonna dès lors avec une telle ferveur à l’oraison et à d’autres exercices de piété, qu’il était un modèle et un sujet d’admiration pour les jeunes gens plus âgés que lui. À vingt ans, entrant dans le cloître, il embrassa la vie monastique parmi les religieux de l’Ordre de saint Basile et fit de merveilleux progrès dans la perfection évangélique. Il marchait nu-pieds, malgré l’excessive rigueur de l’hiver dans ces contrées, ne mangeait jamais de viande, et ne prenait de vin que par obéissance ; jusqu’à la fin de sa vie, un cilice très rude affligea son corps. Josaphat conserva inviolée la fleur de sa chasteté qu’il avait dès l’adolescence consacrée à la Vierge Mère de Dieu. La renommée de sa science et de ses vertus n’ayant pas tardé à se répandre, on le chargea, quoique très jeune encore, de gouverner le monastère de Bytène ; peu de temps après, il devint Archimandrite de Vilna, et enfin, bien malgré lui, mais sur les instances des catholiques, fut nommé archevêque de Polotsk.

Revêtu de cette dignité, Josaphat ne se relâcha en rien du genre de vie qu’il menait auparavant, et eut uniquement à cœur de favoriser le culte divin et d’assurer le salut du troupeau confié à sa vigilance. Énergique défenseur de l’unité et de la vérité catholiques, il travailla de tout son pouvoir à faire rentrer les schismatiques et les hérétiques dans la communion avec la chaire de saint Pierre. Il ne cessa de prendre la défense du souverain Pontife et de la plénitude de son autorité contre les calomnies impudentes et les erreurs des impies, soit par des discours, soit par des écrits pleins de piété et de doctrine. Il revendiqua la juridiction épiscopale et les biens de l’Église, que des laïques avaient usurpés. On aurait peine à croire combien d’hérétiques furent ramenés par lui dans le sein maternel de l’Église. Les déclarations des souverains Pontifes attestent expressément que Josaphat a été le plus illustre promoteur de l’union de l’Église grecque avec l’Église latine. À cette fin, et aussi pour rendre aux édifices sacrés leur magnificence, construire des demeures destinées aux vierges consacrées au Seigneur et soutenir d’autres œuvres pies, il donna spontanément les revenus de son évêché. Sa libéralité envers les indigents alla si loin que, un jour, ne trouvant plus rien pour soulager la misère d’une pauvre veuve, il fit mettre en gage son pallium épiscopal.

Un si grand développement de la foi catholique excita la haine de certains hommes corrompus, au point qu’il se forma un complot pour attenter à la vie de ce champion du Christ. Dans un sermon à son peuple, le saint annonça lui-même la mort dont il était menacé. Comme il s’était rendu à Vitebsk dans le but d’y faire la visite pastorale, les conspirateurs envahissent le palais archiépiscopal, frappent et massacrent tous ceux qu’ils y rencontrent. Aussitôt Josaphat, admirable de douceur, s’élance au-devant de ceux qui le cherchent et, leur adressant avec charité la parole : « Mes chers enfants, leur dit-il, pourquoi maltraiter mes serviteurs ? Si c’est à moi que vous en voulez, me voici. » Aussitôt les meurtriers se précipitent sur lui, l’accablent de coups, le percent de leurs armes, jusqu’à ce qu’enfin, l’ayant tué d’un violent coup de hache, ils jettent son cadavre dans le fleuve. C’était le douzième jour de novembre, de l’an mil six cent vingt-trois, Josaphat étant alors dans la quarante-troisième année de son âge. Son corps, entouré d’une merveilleuse lumière, fut retiré du fond du fleuve. Les meurtriers du martyr furent les premiers à ressentir les effets salutaires de son sang : condamnés presque tous à la peine capitale, ils abjurèrent le schisme et reconnurent l’horreur de leur crime. Le saint Évêque après sa mort, s’étant illustré par de nombreux miracles, le souverain Pontife Urbain VIII lui décerna les honneurs de la béatification. Pie IX, le vingt-neuf juin mil huit cent soixante-sept, à l’occasion des fêtes solennelles célébrées pour honorer le centenaire des princes des Apôtres, devant l’assemblée des Cardinaux, en présence des Patriarches, Métropolitains et Évêques de tous les rites, venus de toutes les parties du monde et réunis au nombre de cinq cents environ dans la basilique Vaticane, le mit solennellement au nombre des saints, comme étant, parmi les Orientaux, le premier défenseur de l’unité de l’Église. Le souverain Pontife Léon XIII a étendu à l’Église universelle l’office et la messe de saint Josaphat.

« Daignez, Seigneur, nous écouter et susciter en votre Église l’Esprit dont fut rempli le bienheureux Josaphat, votre Martyr et Pontife. » Ainsi, dans la collecte de cette fête, prie aujourd’hui la Mère commune ; et l’Évangile achève de montrer son désir d’obtenir des chefs qui vous ressemblent. Le texte sacré nous parle du faux pasteur qui fuit dès qu’il voit le loup venir ; mais l’Homélie qui l’explique dans l’Office de la nuit flétrit non moins du titre de mercenaire le gardien qui, sans fuir, laisse en silence l’ennemi faire son œuvre à son gré dans la bergerie. Ô Josaphat, préservez-nous de ces hommes, fléau du troupeau, qui ne songent qu’à se paître eux-mêmes. [5] Puisse le Pasteur divin, votre modèle jusqu’à la fin, jusqu’à la mort pour les brebis, revivre dans tous ceux qu’il daigne appeler comme Pierre en part d’un plus grand amour.

Apôtre de l’unité, secondez les vues du Pontife suprême rappelant au bercail unique ses brebis dispersées. Les Anges qui veillent sur la famille Slave ont applaudi à vos combats : de votre sang devaient germer d’autres héros ; les grâces méritées par son effusion soutiennent toujours l’admirable population des humbles et des pauvres de la Ruthénie, faisant échec au schisme tout-puissant ; tandis que, sur les confins de cette terre des martyrs, renaît l’espérance avec le renouvellement de l’antique Ordre basilien dont vous fûtes la gloire. Puissent-elles ces grâces déborder sur les fils des persécuteurs ; puisse l’apaisement présent préluder au plein épanouissement de la lumière, et les ramener à leur tour vers cette Rome qui a pour eux les promesses du temps comme de l’éternité !


[1] Équivalent d’un père abbé monastique.

[2] Ordre monastique oriental fondé par saint Basile.

[3] Premier patriarche de Constantinople à avoir rompu l’union avec Rome. Ce schisme fut consommé en 1054 par Michel Cérulaire.

[4] Rme D. A. Guépin, Un apôtre de l’union des Églises au XVIIe siècle, saint Josaphat ; Avant-propos, passim.

[5] St Jean Chrysostome, homélie 69 sur s. Jean.