De la subversion [1]
par Serge Iciar

Premier article : Le communisme avatar « gnostico-cabalistique »

Le Saint-Office, dans un décret important, attire l’attention des chrétiens sur la franc-maçonnerie, la fin qu’elle poursuit, les moyens qu’elle met en œuvre, son mode d’action, les pactes conclus par ses membres, les doctrines qu’elle répand. Continuer la lecture de « De la subversion [1]
par Serge Iciar »

Sermon du 12e dimanche après la Pentecôte
Les œuvres de miséricorde

Bien chers Fidèles,

Voici mon sermon. C’est le troisième volet sur les œuvres de miséricorde. Cette fois-ci j’entre dans le détail et dans l’application. Le catéchisme du Concile de Trente prescrit en effet que « ce sujet étant un de ceux qui demandent à être traités très fréquemment, d’une manière très étendue, les Pasteurs puiseront leurs développements dans les ouvrages de très saints Auteurs, comme S. Cyprien, S. Jean Chrysostome, S. Grégoire de Nazianze et d’autres encore qui ont écrit de si belles pages… »

Vive le Christ-Roi !

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12e dimanche après la Pentecôte

Dom Guéranger ~ L’Année liturgique
12e dimanche après la Pentecôte

À la messe

Les Grecs lisent à la Messe de ce Dimanche, douzième de saint Matthieu, l’épisode du jeune homme riche qui interroge Jésus, rapporté au chapitre 19 de cet Évangéliste. En Occident, c’est l’Évangile du bon Samaritain qui donne aujourd’hui son nom au douzième Dimanche après la Pentecôte.

L’Introït débute par le beau verset du psaume 69 : O Dieu, venez à mon aide ; Seigneur, hâtez-vous de me secourir ! Dans sa dixième Conférence, Cassien montre comment ce cri de l’âme convient à tous les états et répond à tous les sentiments (Cass. Collat, 10, 10.). Durand de Mende en fait application dans la circonstance présente à Job, parce que les lectures de l’Office de la nuit tirées du Livre où sont racontées ses épreuves se rencon­trent quelquefois, quoique rarement, avec ce Dimanche (Dur. Rat. 6, 126). Ruperty voit de préférence les accents du sourd-muet, dont la guérison mystérieuse faisait, il y a huit jours, l’objet de nos méditations. « Le genre humain dans la personne de nos premiers parents, dit-il, était devenu sourd pour écouter les commande­ments du Créateur, et muet pour chanter ses louanges ; le premier mouvement de sa langue déliée par le Seigneur est pour invoquer Dieu (Rup. De div. Off. 12, 12). » C’est aussi chaque matin le premier élan de l’Église, comme sa première parole à chacune des Heures du jour et de la nuit.

Introït

O Dieu, venez à mon aide ; Seigneur, hâtez-vous de me secourir : que mes ennemis, ceux qui cherchent à m’ôter la vie, soient confondus et couverts de honte. Ps. Qu’ils soient contraints de retourner en arrière et réduits à rougir, ceux qui méditent de me faire du mal. Gloire au Père. O Dieu.

Il arrive souvent, on l’a remarqué et nous en avons donné la raison, que la Collecte des Messes du Temps après la Pentecôte n’est pas sans rapport avec l’Évangile du Dimanche précédent. L’Oraison qui suit se prête elle-même à ce rapprochement. Il y a huit jours, l’Évangile nous rappelait que l’homme, inhabile naguère au service de son Créateur, ayant retrouvé par la divine bonté ses aptitudes surnaturelles, s’exprime depuis lors comme il convient dans la langue de la louange, loquebatur recte. L’Église, partant de cette conclusion du récit sacré, dit aujourd’hui à Dieu :

Collecte

Dieu tout-puissant et miséricordieux, de la grâce de qui vient que vos fidèles vous servent comme il convient et d’une façon digne de louange ; accordez-nous, selon notre prière, de courir sans broncher dans la voie qui conduit aux biens que vous avez promis. Par notre Seigneur.

Épître
Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. 2, Chap. 3.

Mes Frères, la confiance qui nous possède, c’est par Jésus‑Christ que nous l’avons devant Dieu : non que nous soyons capables d’avoir une pensée par nous-mêmes comme de nous-mêmes, mais c’est Dieu qui nous en rend capables. C’est lui qui nous a rendus aptes à être les ministres de la nouvelle alliance selon l’Esprit et non la lettre ; car la lettre tue, mais l’Esprit vivifie. Que si le ministère de mort gravé en lettres sur la pierre a été accompagné d’une telle gloire que les fils d’Israël ne pouvaient regarder le visage de Moïse à cause de la gloire dont il rayonnait, laquelle néanmoins devait passer : combien le ministère de l’Esprit ne devra-t-il pas être plus glorieux ? Car si le ministère de la condamna­tion est entouré de gloire, le ministère qui justifie en aura bien davantage.

Les promesses vers lesquelles la dernière partie de la Collecte élevait nos pensées se dessinent dans l’Épître. Les quelques lignes qu’on vient d’entendre paraissent, il est vrai, s’appliquer seule­ment à la gloire du ministère apostolique. Mais la gloire des apô­tres est celle de celui qu’ils annoncent ; et cette gloire unique, qui est la sienne, le Christ chef la communique dans l’unité à tous ses membres. Le rayonnement divin comme la vie divine s’échappent à la fois de cette tête sacrée par tous les canaux de la sainte Église (Éph. 4, 15-16) ; s’ils arrivent aux chrétiens dans des proportions différentes, la différence ne vient pas de la nature diverse de ce rayonnement et de cette vie pour les uns ou les autres. Chaque membre de l’Homme-Dieu, dans son corps mystique, est appelé à se faire à lui-même son degré de capacité pour la gloire : non sans doute, comme le dit l’Apôtre, que nous soyons capables d’avoir, de notre fonds, même une pensée ; mais quelle diversité ne se rencontre pas dans la manière dont les hommes savent faire valoir en eux le fonds divin constitué par la grâce !

Oh ! si nous connaissions le don de Dieu (s. Jean 4, 10) ! si nous comprenions la dignité suréminente réservée, sous la loi d’amour, à tout homme de bonne volonté (s. Luc 2, 14) ! peut-être nos lâchetés céderaient enfin ; peut-être nos âmes s’épren­draient-elles de la noble ambition qui fait les saints. Du moins saurions-nous que l’humilité chrétienne, dont on nous parlait dans les dimanches précédents, n’est point l’abaissement vulgaire d’une âme dégénérée, mais l’entrée glorieuse dans la voie qui conduit par l’union divine au seul anoblissement véritable. Funeste inconséquence des hommes, qui, passionnés à bon droit pour la gloire, rétrécissent eux-mêmes leurs horizons dans les fumées de l’orgueil, et se laissent détourner par les hochets de la vanité de la recherche des honneurs que leur réservait dès ce monde, sous l’œil de Dieu et de ses saints, la Sagesse éternelle (Eccli. 6, 39-32) !

Au nom donc de nos intérêts les plus chers, les mieux entendus, écoutons l’Apôtre et laissons-nous gagner par son céleste enthou­siasme. Nous pénétrerons sa pensée davantage, en la suivant au delà du passage choisi pour Épître en ce Dimanche. Comme tou­jours, l’Église n’a pas de plus grand désir que de voir ses enfants continuer eux-mêmes, en dehors de la sainte Liturgie, les lectures forcément abrégées dans l’assemblée commune ; cette réflexion s’applique d’autant mieux aujourd’hui, que la seconde lettre aux Corinthiens s’offre à nous pour la première et la dernière fois dans cette partie de l’année.

Quelle est donc cette gloire du Testament nouveau dont la gran­deur fait tressaillir l’Apôtre, et près de laquelle celle de l’ancien s’éclipse tellement à ses yeux ? Certes, pourtant, l’alliance du Sinaï ne fut pas sans splendeur. Jamais la majesté, la toute-puis­sance et la sainteté du Très-Haut ne s’étaient manifestées à la fois comme au jour où, rassemblant au pied de cette montagne fameuse les descendants des douze fils de Jacob devenus un peuple immense, il renouvela miséricordieusement avec eux tous le pacte conclu avec leurs pères (Gen. 15, 18) et leur donna sa loi dans l’appareil redoutable décrit au livre de l’Exode. Mais cette loi, gravée par le doigt de Dieu sur la pierre, ne l’était point pour cela dans les cœurs ; et sa sainteté n’empêchait pas le péché qu’elle condamnait de régner au fond des âmes (Rom. 7, 12-13). Moïse, qui l’apportait, descendait de l’auguste montagne resplen­dissant des rayons mêmes de la Divinité (Ex. 34, 29-35) ; mais le rayonnement qui s’échappait du front du chef d’Israël, ne devait pas se communiquer au peuple qu’il avait à conduire ; il lui restait personnel, non moins que la faveur qu’il avait eue de traiter face à face avec Dieu (Ibid. 23, 11) ; il disparut avec lui, marquant par sa durée transitoire le caractère de ce ministère qui devait cesser à l’avènement du Messie, comme la lumière empruntée qui brille durant la nuit s’efface d’elle-même à l’arrivée du jour. Et comme pour mieux marquer que le temps n’était pas venu encore où Dieu manifesterait directement sa gloire, la vue des Juifs du Sinaï se trouvant impuissante à porter l’éclat de la face de Moïse, celui ci dut désormais voiler son visage, quand il voulut parler à son peuple. C’est qu’en effet, tout emprunté qu’il fût, l’éclat de son front représentait la gloire de l’alliance future dont les splendeurs étaient appelées à rayonner, non plus sans doute extérieurement, mais dans nos cœurs à tous, en nous montrant la lumière même de Dieu sur la face du Christ Jésus (2 Cor. 4, 6) : lumière vivante et vivifiante qui n’est autre que le Verbe divin (s. Jean 1, 4, 9), la Sagesse du Père (Sap. 7, 25-20), et que l’énergie des sacrements, aidée de la contemplation et de l’amour, fait passer de l’humanité de notre Chef adoré au plus intime des âmes.

Ce Dimanche, nous le verrons, doit ramener encore le souvenir de Moïse ; mais là est bien pour le chef hébreu le secret de sa vraie et de sa durable grandeur. De même qu’Abraham fut plus grand dans la postérité spirituelle issue de sa foi que dans sa race selon la chair, la gloire de Moïse est moins d’être resté quarante années durant à la tête du peuple ancien, que d’avoir représenté pleine­ment dans sa personne le rôle du Christ-Roi et les prérogatives du nouveau peuple. Le gentil est délivré de la loi de la crainte et du péché (Rom. 8, 2) par la loi de la grâce qui non seulement déclare, mais donne la justice ; le gentil, devenu l’enfant de Dieu (Ibid. 15), traite avec lui dans la liberté qui vient de l’Esprit d’amour (2 Cor. 3, 17). Mais il n’a pas de type plus parfait, sous l’ancienne alliance, que le législateur même d’Israël trouvant grâce devant le Seigneur au point d’être admis à la contemplation de sa gloire (Ex. 33, 17-19), et s’entretenant avec lui familièrement dans les sentiments d’une admirable confiance, comme l’ami fait avec son ami (Ibid. 11). De même que le Seigneur se montrait à lui directement, autant qu’il se peut pour un homme ici-bas (Ibid. 20), et sans intermédiaire de représentations figurées (Num. 12, 8), Moïse, quand il allait vers Dieu, découvrait son visage voilé dans les autres temps comme nous avons dit. Même aujourd’hui, le juif s’obstine à garder entre lui et le Christ ce voile qui est tombé pour le reste du monde (2 Cor, 3, 14) ; mais le chrétien, possédé de la sainte audace dont parle l’Apôtre (Ibid. 12), écarte aussi pour aller à son Dieu les intermédiaires, et rejette loin de lui tous les voiles des figures. Aussi, dit saint Paul, contemplant à découvert la gloire du Seigneur dans le miroir de son Christ, nous sommes transformés de clarté en clarté par son Esprit-Saint dans la même image (2 Cor. 3, 18), devenant d’autres christs, semblables comme Jésus‑Christ à Dieu son Père.

Ainsi est accomplie la volonté de ce Père souverain pour la sanc­tification des élus. Dieu se retrouve en ces prédestinés devenus conformes, dans la belle lumière divine, à l’image de son Fils (Rom. 8, 29). Il peut redire pour chacun d’eux la parole du Jourdain et du Thabor : Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j’ai mis mes complaisances (s. Matth. 3, 17 ; 17, 5). Il fait d’eux son vrai temple (2 Cor. 6, 16), réalisant la parole qu’il avait dite autrefois : « J’habiterai en eux et je marcherai dans leur com­pagnie (Lev. 26, 12). De l’Orient et de l’Occident, de l’Aquilon et du Midi ils viendront à moi, et je les recevrai ; je serai leur père, et ils seront mes fils et mes filles (Isaï. 43, 5-7) ».

Telles sont les promesses dont l’accomplissement doit nous exciter, dit l’Apôtre (2 Cor. 7, 1), à parfaire l’œuvre de notre sanctification dans la plus exacte pureté du corps et de l’âme, dans la crainte et l’amour. Telle est cette gloire du Testament nouveau, cette gloire de l’Église et de toute âme chrétienne, qui dépasse immensément les splendeurs de l’ancienne alliance et le rayonnement de la face de Moïse. Quoique ayant ce trésor ici-bas en des vases d’argile, nous ne devons pas pour cela défaillir, mais bien plutôt nous réjouir de cette faiblesse qui relève en nous la vertu de Dieu, et mettre à profit nos misères et la mort même pour manifester davantage la vie du Seigneur Jésus dans notre chair mortelle. Qu’importe à notre foi et à nos espérances, si en nous l’homme extérieur s’en va et tombe en ruines, quand l’intérieur se renouvelle de jour en jour ? La souffrance légère et passagère du moment produit en nous un poids éternel de gloire. Contemplons donc, non ce qui se voit, mais l’invisible ; car ce qui se voit passe, mais l’invisible est éternel (2 Cor. 4, 7-18, etc.).

Le genre humain, délivré de son mutisme séculaire et comblé du même coup des dons divins, chante, au Graduel, la reconnais­sance qui déborde en son cœur.

Graduel

Je bénirai le Seigneur en tout temps ; sa louange sera toujours dans ma bouche. V/. Mon âme mettra sa gloire dans le Seigneur ; que les doux m’entendent, et qu’ils se réjouis­sent. Alléluia, alléluia. V/. Seigneur Dieu de mon salut, j’ai crié vers vous durant le jour et la nuit. Alléluia.

Évangile
La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. 10.

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car je vous déclare que beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu. Et voilà qu’un docteur de la loi se leva pour le tenter, disant : Maître, que me faut-il faire pour posséder la vie éternelle ? Jésus lui dit : Qu’y a-t-il d’écrit dans la loi ? comment lisez-vous? Il répondit : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces et de tout votre esprit ; et votre prochain comme vous-même. Jésus lui dit : Vous avez bien répondu ; faites cela, et vous vivrez. Mais lui, voulant faire paraître qu’il était juste, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? Or Jésus, prenant la parole, dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba entre les mains des voleurs qui le dépouillèrent, et s’en allèrent après l’avoir couvert de coups, le laissant à demi mort. Or il arriva qu’un prêtre descendait par le même chemin, et l’ayant vu il passa outre. De même un lévite étant venu près du lieu, et le voyant, passa outre. Mais un Samaritain qui voyageait arriva près de lui, et, le voyant, fut ému de compassion. S’approchant donc, il banda ses blessures, versant dessus de l’huile et du vin ; et l’ayant mis sur son cheval, il le conduisit dans une hôtellerie où il prit soin de lui. Le lendemain il tira deux deniers qu’il donna à l’hôtelier en disant : Ayez soin de lui, et tout ce que vous dépenserez de plus, je vous le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois vous parait avoir été le prochain de celui qui est tombé entre les mains des voleurs ? Le docteur répon­dit : Celui qui a exercé la miséricorde envers lui. Allez donc, lui dit Jésus, et faites de même.

Le Docteur des nations exaltait la gloire du Testament nouveau dans l’Épître. Celui dont Paul n’était que le serviteur, l’Homme-Dieu, nous révèle dans l’Évangile la perfection de cette loi glorieuse qu’il est venu donner au monde. Et comme pour renouer en quelque sorte les enseignements de sa bouche divine à la parole de son Apôtre, et justifier l’enthousiasme de celui-ci, c’est dans le tressaillement de son âme très sainte elle-même (s. Luc 10, 21-23) qu’après avoir remercié de ces grandes choses le Père souverain, il s’écrie en se tournant vers ses disciples : Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !

C’était la pensée que devait exprimer à son tour le chef du collège apostolique, en parlant de la joie inénarrable et glorieuse (1 s. Pierre 1, 8) qu’apportait cette alliance nouvelle où la réalité remplaçait les figures. Dans sa première Épître aux élus de l’Esprit-Saint dispersés par le monde (Ibid. 1), Pierre redit de même, après Celui qui l’a établi le vicaire de son amour (Ambr. in Luc 10), les aspirations non satisfaites des justes de l’ancienne alliance, de ces hommes si grands dans la foi dont Paul, son frère (2 s. Pierre 3, 15), décrit ailleurs (Héb. 11) les héroïques combats et les sublimes vertus. Il célèbre en accents inspirés ces prédes­tinés de l’Église de l’attente, l’âme remplie de la pensée des grâces futures, supputant les années, scrutant les temps dans la longue nuit, bien qu’ils sussent que la vue tant désirée des mystères du salut n’était point pour eux, et que leur mission fût d’annoncer pour d’autres, dans leurs prophéties, les gloires de l’avenir (1 s. Pierre 1, 10-12).

Mais quels sont ces rois dont les désirs s’unirent alors, d’après l’Évangile, aux aspirations des prophètes ? Sans parler des saints personnages à qui les honneurs d’un trône terrestre ne purent faire perdre de vue l’objet des espérances du monde, n’étaient-ils pas rois en toute vérité, comme l’observent les Pères (Bed. in Luc 3 Homélie du jour), ceux que saint Paul nous montre, en ces mêmes temps, vainqueurs des royaumes par la foi, plus forts que les armées, maîtres des lions, des éléments et d’eux-mêmes ? Supérieurs aux moqueries comme aux persécutions d’un monde qui n’était pas digne d’eux, on les vit, ces athlètes de la foi, promener dans les solitudes ou abriter dans les cavernes des montagnes l’amour indompté de leurs coeurs, et des espérances qui devaient, ils le savaient, n’être satisfaites qu’après leur mort et des siècles sans nombre (Héb. 11, 33-39).

Nous donc leurs fils, qu’ils attendaient pour entrer en part des biens que préparaient leurs angoisses et leurs aspirations, comprenons le bienfait du Seigneur ! Nous si petits par la vertu en face des pères de notre foi, et que pourtant l’avènement de l’Esprit d’amour a plus éclairés que ne le furent jamais les prophètes, en nous donnant la possession des mystères mêmes qu’ils annonçaient : comment ne sentirions-nous pas l’obligation qui s’impose à nous de reconnaître par la sainteté de toute notre vie (1 s. Pierre 1, 13-16), par un amour ardent et généreux, les faveurs de celui qui nous a gratuitement appelés des ténèbres à son admirable lumière (Ibid. 2, 9) ? Ayant sur nos têtes une telle nuée de pareils témoins, laissons enfin là fardeaux et entraves, dégageons-nous, pour courir résolument dans la carrière, les yeux fixés sur l’auteur et le consommateur de la foi. Jésus-Christ aux délices qu’il pouvait choisir a préféré la croix, méprisant la honte, et, maintenant, il est assis à la droite de Dieu (Héb. 12, 1-2). Nous le savons plus sûrement que nous ne voyons les événements qui se passent sous nos yeux ; car lui-même il est en nous sans cesse, par son Esprit, nous incorporant ses mystères.

L’illumination du saint baptême a produit dans nos âmes cette révélation du Seigneur Jésus qui pose le principe de la vie chrétienne, et dont l’Homme-Dieu félicitait ses disciples. Car c’était d’elle qu’il parlait, bien plus que de la vue extérieure de sa nature humaine commune aux Juifs ennemis et aux Apôtres. Le Docteur des nations le déclare suffisamment, quand il dit, écrivant après la transformation opérée dans ces derniers par l’Esprit sanctificateur : Si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus maintenant de cette sorte (2 Cor. 5, 16). C’est en nous en effet, et non plus dans les villes de Judée, qu’est maintenant le royaume de Dieu (s. Luc 17, 21). La foi nous découvre le Christ habitant dans nos cœurs pour nous fonder dans la charité, pour croître en nous, en nous transformant dans lui-même, et nous remplir de la plénitude de Dieu (Éph. 3, 10-19). C’est l’œil fixé sur l’image divine rayonnant silencieusement dans son âme baptisée, que l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour, comme nous le disions, par la contemplation incessante, l’amour croissant, l’imitation persévérante, et parfaite à la fin, de son Créateur et Sauveur (Col. 3, 10).

Combien il importe donc que nous laissions en nous libre expansion à la lumière surnaturelle de la foi, qu’aucun de nos actes, aucune pensée, aucun repli de nos cœurs n’échappe à son influence, à sa direction souveraine ! Dans les âmes fidèles, l’Esprit Paraclet fait sur ce point des prodiges ; l’épanouissement non contrarié des dons supérieurs de Sagesse et d’Intelligence arrive, dans les saints, à faire prédominer tellement la divine lumière, qu’auprès d’elle pour eux l’éclat du soleil est sans force. Quelquefois même l’Esprit dépasse, dans sa liberté toute-puissante, le développement régulier de ces dons communs à tous : l’âme, entraînée dans des régions supérieures aux voies ordinaires de la vie chrétienne, se voit plongée dans l’inscrutable abîme de la Sagesse (Dion. Ar. De div. nom. 7, 3) ; elle s’y unit avec délices aux rayons qui descendent des sommets éternels, et, dans leur calme et radieuse simplicité embrassant tout, elle sent qu’elle possède le secret de toutes choses. En de certains moments, soulevée plus haut encore, bien au-dessus de la région des sens et du domaine de la raison, par delà tout intelligible, ainsi que s’exprime Denys l’Aréopagite (De myst. théol. 1, 1), elle arrive à toucher de son aile éperdue le sommet même où réside dans son essence la lumière incréée, le faîte trois fois saint d’où elle s’échappe, pour se jouer jusqu’aux dernières limites de la création, par mille détours et mille traductions de sa divine splendeur. C’est alors qu’agissant miséricordieusement avec l’âme impuissante encore à porter directement sa gloire, l’éternelle Trinité l’enveloppe de ces ténèbres mystérieuses qu’ont signalées les Saints au point le plus élevé des ascensions mystiques : ténèbres augustes, retraite dernière de la Divinité pour les mortels (Psalm. 17, 12), obscurité plus pénétrante que la lumière, nuit sacrée au silence éloquent ; sanctuaire où l’adoration absorbe l’âme, d’où sont bannies également la vision et la science, et dans lequel cependant l’intelligence et l’amour, agissant de concert par un mode ineffable, prennent possession des plus sublimes mystères de la théologie dans la simplicité, l’absolu et l’immuable qui les caractérisent en Dieu !

Sans doute, de telles faveurs ne sont connues que d’un petit nombre ; et la vertu la mieux établie, la fidélité la plus méritante ne donnent à personne le droit d’y prétendre. La perfection d’ailleurs n’y est point attachée. La foi qui dirige le juste suffit à lui faire apprécier la vie extérieure des sens pour ce qu’elle est, misérable et obscure ; et c’est facilement qu’avec le secours de la grâce ordinaire, il vit tout entier dans cette retraite intime de l’âme où il sait, sur la parole de son Dieu (s. Jean 14, 23), que réside la Trinité sainte. Son cœur est un ciel où, caché en Dieu avec le Christ à qui vont toutes ses pensées (Col. 3, 3), il donne sans cesse au Bien-Aimé la seule preuve d’amour qui ne trompe pas, la seule qu’ait réclamée le Seigneur : l’observation des commandements (s. Jean 14, 21). C’est sans impatience et sans trouble, malgré ses désirs et l’ardeur de son espérance, qu’il attend cette révélation suprême du Christ sa vie qui le fera, au dernier jour, apparaître lui-même avec l’Homme-Dieu dans la gloire (Col. 3, 4) ; car sans le voir il sait qu’il l’aime, parce que sans le voir il croit en lui (1 s. Pierre 1, 8). Le développement toujours croissant des vertus dont il donne le spectacle au monde, montre mieux la puissance de la foi que ne peuvent faire les manifestations merveilleuses dont nous parlions, et dans lesquelles l’âme, domptée passivement, se trouve à peine libre de refuser l’amour.

Aussi n’est-ce pas sans motif et sans lien que le récit de notre Évangile passe immédiatement, des premières lignes que nous avons commentées, à la promulgation nouvelle du grand com­man­dement qui renferme toute la Loi et les Prophètes (s. Matth. 22, 36-40). C’est appuyé sur les données sublimes de la foi, éclairé par elle, que l’homme peut et doit, ici-bas, aimer le Seigneur son Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces et de tout son esprit, et le prochain comme lui-même. L’Église, dans l’Homélie qu’elle propose aujourd’hui comme de coutume à ses fils sur le texte sacré (Office de la nuit), n’étend pas son interprétation au delà de l’interrogation du docteur de la loi : c’est assez faire voir que, dans sa pensée, la dernière partie de l’Évangile, quoique plus longue de beaucoup, n’est que la conclusion pratique de la première, selon cette parole de l’Apôtre : La foi opère par la charité (Gal. 5, 6). Et en effet la parabole du bon Samaritain, qui, par ailleurs, se prête à tant d’applications du plus haut symbolisme, n’est amenée, dans le sens littéral, sur les lèvres du Sauveur que pour détruire péremptoirement les restrictions apportées par les Juifs au grand précepte de l’amour.

Si toute perfection est renfermée dans l’amour, si sans lui nulle vertu ne produit de fruit pour le ciel, l’amour n’est vrai qu’autant qu’il s’étend au prochain ; et c’est même surtout dans ce dernier sens, remarque saint Paul, que l’amour accomplit toute la loi (Rom. 13, 8), qu’il en est la plénitude (Ibid. 10). Car c’est le prochain qu’ont en vue directement la plupart des préceptes du Décalogue (Ibid. 9), et la charité envers Dieu n’est complète, elle aussi, qu’en aimant avec Dieu ce qu’il aime, ce qu’il a fait à son image (1 s. Jean 4, 20). En sorte que l’Apôtre, ne distinguant même pas, comme le fait l’Évangile, entre les deux préceptes de l’amour, ose bien dire : « Toute la loi est contenue dans cette seule parole : Vous aimerez votre prochain comme vous-même (Gal. 5, 14) ».

Mais plus est grande l’importance d’un tel amour, plus l’est aussi la nécessité de ne pas se méprendre sur la signification et l’étendue de ce terme de prochain. Les Juifs n’y comprenaient que ceux de leur race, suivant en cela les mœurs des nations païennes pour qui l’étranger n’était qu’un ennemi. Mais voici qu’interpellé par un représentant de cette loi diminuée, le Verbe divin, auteur de la loi, la rétablit dans sa plénitude. Il ne s’entoure point de nouveau pour cela des tonnerres et des flammes du Sinaï. Homme conversant avec les hommes (Bar. 3, 38), il leur révèle sous une forme accessible à tous la portée du précepte éternel qui conduit à la vie (Ibid. 4, 1). Dans une similitude, où plusieurs ont vu le récit d’un fait réel connu de ceux à qui s’adressait le Sauveur, Jésus met en scène un homme sorti de la ville sainte et un Samaritain, de tous ces étrangers ennemis dont il était question tout à l’heure le plus méprisé et le plus odieux pour un habitant de Jérusalem (s. Jean 4, 9). Et cependant, de l’aveu du docteur qui l’interroge, comme sans nul doute de tous ceux qui l’entendent, le prochain, pour l’infortuné tombé entre les mains des voleurs, c’est ici beaucoup moins le prêtre ou le lévite de sa race, que l’étranger Samaritain qui, oubliant leurs rancunes nationales devant sa misère, ne voit en lui qu’un homme son semblable. C’était bien dire que nulle exception ne pouvait prévaloir contre la loi souveraine de l’amour, ici-bas comme au ciel ; et Jésus fut compris.

L’Offertoire est tiré du passage de l’Exode où Moïse est représenté luttant contre Dieu pour sauver son peuple après l’érection du veau d’or, et triomphant de la colère du Très-Haut. Il peut arriver que ce Dimanche tombe le jour même ou près du jour auquel l’Église fait mémoire du chef hébreu, dans son Martyrologe (4 septembre) ; et c’est, d’après Honorius d’Autun (Gemm. anim. 4, 69), la raison de la mention réitérée faite aujourd’hui de ce glorieux législateur d’Israël.

Offertoire

Moïse pria en présence du Seigneur, son Dieu, et il dit : Pourquoi Seigneur, vous irriter contre votre peuple ? Laissez fléchir votre colère ; souvenez-vous d’Abraham, d’Isaac et de Jacob à qui vous avez juré de donner une terre où coulent le lait et le miel. Et le Seigneur apaisé ne fit point à son peuple le mal dont il avait parlé.

La Secrète prie le Seigneur d’agréer les offrandes du Sacrifice, qui doivent nous mériter l’indulgence et rendre gloire à son Nom.

Secrète

Regardez favorablement, nous vous en prions, Seigneur, l’offrande que nous vous présentons sur les sacrés autels ; qu’en nous obtenant l’indulgence, elle rende honneur à votre Nom. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

De même qu’il y a huit jours, l’Antienne de la Communion fait une allusion évidente au temps des moissons et de la vendange. Le pain, le vin et l’huile ne sont pas seulement les soutiens de notre vie matérielle ; ils sont aussi la matière des sacrements les plus augustes ; leur louange ne saurait être mieux à sa place, dans la bouche de l’homme, qu’au sortir du banquet sacré.

Communion

La terre, Seigneur, sera rassasiée du fruit de vos ouvrages ; vous tirez le pain de la terre, et le vin réjouit le cœur de l’homme ; l’huile répand sur son front l’allégresse, et le pain affermit son cœur.

La vie qui nous vient des sacrés Mystères trouve en eux, par le dégagement toujours plus accentué des restes du mal qui avait causé notre mort, sa perfection et sa défense. C’est ce qu’exprime la prière de l’Église dans la Postcommunion.

Postcommunion

Faites, nous vous en supplions, Seigneur, que cette participation aux saints Mystères nous vivifie, et qu’elle soit pour nous en même temps purification et défense. Par Jésus‑Christ notre Seigneur.

Autres liturgies

Antienne et répons

Ant. La Sagesse crie sur les places publiques : Si quelqu’un aime la sagesse, qu’il s’en vienne à moi, et il la trouvera ; et l’ayant trouvée, il sera bien heureux s’il la garde.

R/. Seigneur, du trône de votre grandeur envoyez la Sagesse, pour qu’elle soit avec moi et travaille avec moi : * Ainsi saurai-je en tout temps ce qui vous est agréable.

V/. Donnez-moi la Sagesse assise près de vous dans votre trône, ô Seigneur. * Ainsi.

R/. Donnez-moi la Sagesse assise près de vous dans votre trône, Seigneur, et ne me rejetez pas du nombre de vos enfants : * Car je suis votre serviteur, et le fils de votre servante.

V/. Envoyez-la du trône de votre grandeur, pour qu’elle soit avec moi et travaille avec moi. * Car je suis.

R/. Grands en effet sont vos jugements, ô Seigneur, et ineffables vos œuvres : * Vous avez exalté votre peuple et l’avez ennobli.

V/. Vous l’avez fait passer par la mer Rouge, vous l’avez transporté au travers des grandes eaux. * Vous avez.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. * Vous avez.

La formule dominicale que voici est tirée du Missel gothique.

Immolatio

Il est digne et juste, véritablement juste et équitable que toujours nous vous rendions grâces, Dieu ineffable, incompréhensible, éternel, qui ne cessez de nous combler dans votre miséricorde immense. Qui pourrait, en effet, dignement louer votre puissance, vous dont la divinité ne saurait être vue d’aucun œil mortel, dont nul discours n’expliquera l’immensité ? Qu’il nous suffise de vous aimer, ô Père, de vous vénérer, ô Seigneur, de vous célébrer, ô Créateur, de vous serrer dans nos bras, ô Rédempteur ! Très clément souverain, faites que, selon vos instructions, nous gravissions la montée de la voie étroite qui conduit à l’éternité bienheureuse, qu’aucun obstacle n’arrête notre course, et qu’au sommet soit pour nous l’éternel salut.

En concordance avec le temps des moissons, auquel se réfère aujourd’hui comme Dimanche dernier l’Antienne de la Communion, le Sacramentaire gélasien nous donnera cette Oraison.

Secrète

Vous qui avez voulu que de ces fruits fussent composés vos Sacrements : accordez-nous, ô Dieu, d’y trouver par vous le secours de la vie présente et de la future. Par Jésus-Christ.

Enfin le Sacramentaire léonien, plus antique encore, nous fournira ce beau commentaire de l’Évangile du jour.

Préface

C’est une chose vraiment digne de vous rendre grâces, ô vous qui ne laissez point à l’abandon votre créature raisonnable, mais lui montrez par quels moyens elle peut vous plaire et comment dans ses demandes elle sera exaucée. Vous nous donnez pour commandement que, rendant nos devoirs de tout cœur à vous d’abord, nous aimions aussi par voie de conséquence tous les hommes comme nous-mêmes en tant que d’une même famille ; nous éprouverons que notre affection pour eux est véritable, si de même que nous souhaitons être délivrés de nos vices, nous désirons par amour qu’il en soit également ainsi pour eux. Accomplissant donc sans peine la Loi entière dans ces deux préceptes, nous recevrons les biens du temps et les éternels.

Oraison

O Dieu qui avez établi toutes les saintes ordonnances de la Loi sur votre amour et celui du prochain, soyez-nous propice et donnez-nous d’accomplir ces commandements ; car personne ne peut arguer de l’impossibilité d’observer ce qui se renferme en si peu de mots, ce qui s’ordonne si justement. Par Jésus-Christ.

11e dimanche après la Pentecôte

Dom Guéranger ~L’Année liturgique
11e dimanche après la Pentecôte

Ce Dimanche, le onzième de saint Matthieu, tire son nom, chez les Grecs, de la parabole du roi qui fait rendre compte à ses serviteurs (s. Matth. 18, 23-35). On l’appelle en Occident le Dimanche du Sourd et Muet, depuis que l’Évangile du Pharisien et du Publicain a été transféré huit jours plus tôt. La Messe actuelle garde encore cependant, il sera facile de le constater, plus d’un souvenir de l’ancienne disposition.

Dans les années où la Pâque se rapproche le plus du 21 mars, la lecture des livres des Rois se poursuit jusqu’à cette semaine, qu’elle ne dépasse jamais. C’est la maladie d’Ezéchias et la guérison miraculeuse obtenue par les prières du saint roi, qui font alors le sujet des premières Leçons de l’Office de la nuit (4 Reg. 20).

À la Messe

Le docte et pieux abbé Rupert, écrivant avant le changement survenu dans l’ordre des lectures évangéliques, explique en ces termes le choix fait par l’Église de l’Introït du jour : « Le Publicain, dans l’Évangile, s’accuse et dit : Je ne suis pas digne de lever mes yeux au ciel. Paul, dans l’Épître, l’imite en disant : Je suis le plus petit des Apôtres, indigne d’en porter le nom, car j’ai persécuté l’Église de Dieu. Comme donc cette humilité qui nous est donnée pour exemple est la gardienne de l’unité des serviteurs de Dieu, en faisant que l’un ne s’élève pas contre l’autre (1 Cor. 4, 6), c’est à bon droit qu’on chante d’abord l’Introït où il est parlé du Dieu qui fait habiter dans sa maison des hommes d’une seule âme (Rup. De div. Off. 12, 11). »

Introït

Dieu est dans son lieu saint, Dieu qui fait habiter dans sa maison des hommes d’une seule âme : il donnera la vertu et la force à son peuple.

Ps. Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dissipés, et que ceux qui le haïssent fuient de devant sa face. Gloire au Père.

Rien n’est touchant comme la Collecte de ce jour, lorsqu’on la rapproche de l’Évangile qu’elle accompagnait primitivement. Pour être moins immédiat aujourd’hui, ce rapport n’a point disparu, puisque l’Épître, ainsi que nous le disions tout à l’heure, continue par l’exemple de saint Paul la leçon d’humilité que nous donnait le publicain repentant. En présence du spectacle qu’offre toujours à ses yeux maternels ce publicain méprisé du Juif, mais frappant sa poitrine et pouvant à peine dans sa douleur prononcer une parole, la sainte Église, émue jusqu’au fond des entrailles, vient donc compléter et aider sa prière. Avec une délicatesse ineffable, elle demande au Dieu tout-puissant, par sa miséricorde infinie, de rendre la paix aux consciences troublées en pardonnant les fautes, et d’accorder ce que la prière même des pauvres pécheurs n’ose formuler dans sa réserve craintive.

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel, qui dépassez par l’abondance de votre bonté les mérites et les vœux de ceux qui vous prient, répandez sur nous votre miséricorde : pardonnez les fautes qui agitent la conscience, accordez même ce que n’ose formuler la prière. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

Épître
Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. 1, Chap. 15.

Mes Frères, je vous rappelle l’Évangile que je vous ai prêché, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes, et par lequel vous êtes sauvés : voyez si vous l’avez retenu en la manière que je vous l’ai annoncé ; car autrement vous auriez cru en vain. Or l’enseignement principal que je vous ai donné comme je l’ai reçu moi-même, c’est que le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, qu’il a été enseveli et qu’il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, qu’il est apparu à Céphas et ensuite aux onze. Après il a été vu en une seule fois par plus de cinq cents frères, dont la plupart vivent encore présentement et quelques-uns sont morts. Ensuite il s’est montré à Jacques, ensuite à tous les Apôtres. Après tous les autres enfin il s’est fait voir à moi-même qui ne suis qu’un avorton. Car je suis, moi, le moindre des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu. Mais c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce n’a point été stérile en moi.

Dimanche dernier, le Publicain nous rappelait l’humilité qui convient au pécheur. Aujourd’hui le Docteur des nations nous montre en sa personne que cette vertu ne sied pas moins à l’homme justifié, qui se souvient d’avoir autrefois offensé le Très‑Haut. Le péché du juste, fût-il remis dès longtemps, demeure sans cesse devant ses yeux (Psalm. 50, 5) ; toujours prêt à s’accuser lui-même (Prov. 18, 17), il ne voit dans le pardon et l’oubli divins (Ézéch. 18, 22) qu’un motif nouveau de ne jamais perdre, quant à lui, le souvenir de ses fautes. Les faveurs célestes qui viennent parfois récompenser la sincérité de son repentir, la manifestation des secrets de la Sagesse éternelle (Psalm. 50, 8), l’entrée dans les puissances du Seigneur, en le conduisant plus avant dans l’intelligence des droits de la justice infinie (Psalm. 70, 16), lui révèlent mieux aussi l’énormité des crimes volontaires qui sont venus s’adjoindre aux souillures de son origine (Psalm. 50, 6-7). Bientôt, dans cette voie, l’humilité n’est plus seulement pour lui une satisfaction donnée à la justice et à la vérité par son intelligence éclairée d’en haut : à mesure qu’il vit avec Dieu d’une union plus étroite et qu’il s’élève par la contemplation dans la lumière et l’amour, la divine charité, qui le presse toujours plus en toutes manières (2 Cor. 5, 14), se fait un aliment du souvenir même de ses fautes. Elle sonde l’abîme d’où la grâce l’a tiré, pour s’élancer de ces profondeurs de l’enfer plus véhémente, plus dominante et plus active. C’est alors que la reconnaissance pour les richesses sans prix qu’il tient aujourd’hui de la libéralité souveraine ne suffit plus au pécheur d’autrefois, et que l’aveu de ses misères passées sort de son âme ravie comme un hymne au Seigneur.

Comme Augustin, à la suite de Paul (1 Cor. 15, 8-10), « il glorifie le Dieu juste et bon en publiant de soi le bien et le mal, afin de gagner à l’unique objet de sa louange et de son amour l’esprit et le cœur des humains (Aug. Retract. 2, 6). » Et le converti de Monique et d’Ambroise, l’illustre évêque d’Hippone, plaçait en tête de ses Confessions immortelles la parole des psaumes, qui expliquait son but et sa pensée : Vous êtes grand, Seigneur, et digne de toute louange ; grande est votre puissance, et sans mesure votre sagesse (Psalm. 47, 2 ; 146, 5) !

« Et c’est vous que l’homme prétend louer ! poursuit-il : l’homme, portion chétive de votre création, promenant partout sa mortalité, et, avec elle, le témoignage de son péché, le témoignage que vous résistez aux superbes (s. Jac. 4, 6) ! Et pourtant, cet être infime qui veut vous louer, ô Dieu, vous l’excitez à se complaire en cette louange. Recevez donc l’hommage que vous offre ma langue formée pour louer votre Nom. Que ma chair et tous mes os, guéris par vous, s’écrient : Seigneur, qui est semblable à vous (Psalm. 34, 10) ? Que mon âme vous loue pour vous aimer ; que pour vous louer elle confesse vos miséricordes. Je veux repasser présentement dans ma pensée mes longs égarements, et vous immoler sur ma honte une hostie d’allégresse (Psalm. 115, 17). Non que j’aime mes fautes ; mais c’est pour vous aimer, vous, mon Dieu, que je les rappelle ; c’est par amour de votre amour que je reviens à ces amertumes pour savourer vos délices, ô douceur qui ne trompez pas, douceur bienheureuse et sans périls, qui rassemblez mes puissances et les rappelez de la dispersion douloureuse où les avait jetées mon éloignement de vous, centre unique de tout être. Que suis-je pour moi sans vous, qu’un guide conduisant aux abîmes ? Lorsqu’en moi tout est bien, que suis-je, que le petit enfant au sein de sa mère, le nourrisson puisant en vous dans la jouissance une nourriture incorruptible ? Qu’est l’homme enfin, quelque homme qu’il soit, puisqu’il est homme ? Qu’ils rient de moi, les puissants, ceux-là, ô mon Dieu, qui n’ont pas encore eu l’heureuse fortune d’être terrassés et brisés par vous ! Nous les petits, en face de ces forts, nous nous confessons et vous louons dans notre misère. Point n’est besoin pour cela de la parole et de la voix, vous entendez les cris de la pensée : quand je suis mauvais, c’est me confesser et vous louer que de me déplaire à moi-même ; quand je suis bon, c’est me confesser et vous louer que de ne pas m’en attribuer la cause. Car si vous bénissez le juste (Psalm. 5, 13), ô Seigneur, c’est que (Rom. 4, 5) vous l’avez d’abord justifié comme impie (Aug. Confess. 1, 1 ; 2, 1 ; 4, 1 ; 5, 1 ; 10, 2). »

C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, doit dire en effet le juste avec l’Apôtre ; et lorsque cette vérité fondamentale est affermie dans son âme, il peut sans crainte ajouter avec lui : Sa grâce n’a pas été stérile en moi. Car l’humilité repose sur la vérité, disions-nous Dimanche : on manquerait à la vérité en rapportant à l’homme ce qui, dans l’homme, vient du souverain Être ; mais ce serait aller aussi contre elle, que de ne pas reconnaître avec les saints les œuvres de la grâce où Dieu les a mises. Dans le premier cas, la justice se trouverait blessée non moins que la vérité ; dans le second, la gratitude. L’humilité, dont le but direct est d’éviter ces lésions injustes de la gloire due à Dieu en réfrénant les appétits de la superbe, devient ainsi d’autre part le plus sûr auxiliaire de la reconnaissance, noble vertu, qui, dans les chemins d’ici-bas, n’a pas de plus grand ennemi que l’orgueil.

Aux premiers temps de la conversion, il est bon, il est prudent et nécessaire même généralement, pour les âmes, d’insister plus dans leurs méditations sur la considération de leurs défauts et de leurs fautes que sur la pensée des faveurs divines ; toujours est-il, cependant, qu’alors même il n’est permis à aucun homme d’oublier qu’il doit non seulement pleurer ses crimes passés et veiller sur sa vie présente, mais aussi remercier sans fin l’auteur de son bienheureux changement et de ses progrès dans la vertu (Psalm. 50, 16-17). Lorsque le chrétien ne peut voir en lui-même une grâce, un bien quelconque, sans qu’aussitôt il lui faille lutter pour écarter les complaisances de l’amour-propre et la pensée de se préférer à d’autres, il n’a pas à s’en troubler sans doute ; car le péché d’orgueil n’est pas dans la suggestion mauvaise qui peut s’en présenter, mais dans le consentement qu’on lui donne ; toutefois cette hésitation du regard intérieur n’est pas sans inconvénient dans les voies spirituelles, et l’homme qui veut s’élever vers Dieu doit tendre doucement à la faire disparaître. Avec l’aide de la grâce il raffermira peu à peu l’œil de son âme, et guérira, par la pratique des Sacrements, son infirmité de nature. Surtout, qu’en ce point, comme pour tant d’autres, il se confie pleinement à Dieu qui l’appelle ; de lui-même, il serait impuissant à se dégager des restes involontaires du péché qui, comme autant d’humeurs viciées, faussent en lui la belle lumière des dons divins ou la font dévier par une réfraction malheureuse.

Si votre œil est simple, nous dit le Seigneur (s. Luc 11, 34-36), votre corps tout entier sera lumineux, sans qu’aucune partie soit obscure ; la lumière vous illuminera pleinement et sûrement, parce qu’elle vous arrivera sans altération ni détour. C’est donc à la douce simplicité, fille de l’humilité et son inséparable compagne, qu’il appartient de nous dire comment s’allient dans les âmes, et se complètent mutuellement, la connaissance réfléchie des faveurs qu’elles reçoivent du ciel et la conscience de leur misère ; elle nous apprend, à la clarté des Écritures et à l’école des Saints, que se louer dans le Seigneur (Psalm. 33, 3), se glorifier en Dieu (1 Cor. 1, 31), c’est louer et glorifier le Seigneur même. Quand Notre-Dame proclamait que toutes les générations l’appelleraient bienheureuse, l’enthousiasme divin qui l’animait n’était pas moins l’extase de son humilité que de son amour (s. Luc 1, 48). La vie des âmes d’élite présente à chaque pas de ces transports sublimes, où reprenant pour soi le cantique de leur Reine, elles magnifient le Seigneur en chantant les grandes choses qu’il fait par elles dans sa puissance (Ibid. 49). Lorsque saint Paul, après l’appréciation si basse qu’il porte de lui-même comparé aux autres Apôtres, ajoute que la grâce a été productive en lui et qu’il a travaillé plus qu’eux tous (1 Cor. 15, 105), ne croyons pas qu’il change de thème, ou que l’Esprit qui le dirige veuille corriger ainsi ses premières expressions ; un seul besoin, un même et unique désir lui inspire ces paroles en apparence diverses et contraires : le désir et le besoin de ne pas frustrer Dieu dans ses dons, soit par l’appropriation de l’orgueil, soit par le silence de l’ingratitude.

Nous nous sommes étendus de préférence sur ces réflexions que suggèrent les dernières lignes de notre Épître ; elles complètent ce que nous avions à dire de l’humilité, vertu indispensable d’où relève tout progrès comme toute sûreté dans la vie chrétienne. Ce que dit saint Paul au sujet de la résurrection du Seigneur, considérée comme fondement de la prédication apostolique et de la foi des nations (1 Cor. 15, 14), n’a pas moins d’importance ; mais le glorieux mystère qui fournit à l’année liturgique dans la Solennité des solennités son pivot et son centre, a été traité durant l’Octave de Pâques avec les développements qu’il mérite. Lors même que le défaut d’espace ne nous y contraindrait pas, nous ne saurions mieux faire que d’y renvoyer le lecteur.

Le Graduel nous est donné, dans les ouvrages des pieux interprètes de la Liturgie, comme l’action de grâces des humbles, guéris par Dieu conformément à l’espérance qu’ils avaient mise en lui (Rup. ubi supra ; Durand. Ration. 6, 125).

Graduel

Mon cœur a espéré en Dieu, et j’ai été secouru, et ma chair a refleuri, et je le louerai du fond de mon âme. V/. Seigneur, j’ai crié vers vous ; mon Dieu, ne gardez pas le silence, ne m’abandonnez pas. Alléluia, alléluia. V/. Réjouissez-vous en Dieu notre protecteur, chantez au Dieu de Jacob, entonnez le psaume harmonieux sur la cithare. Alléluia.

Évangile
La suite du saint Évangile selon saint Marc. Chap. 7.

En ce temps-là, Jésus, sortant des confins de Tyr, vint par Sidon vers la mer de Galilée, en passant au milieu de la Décapole. Et voici qu’on lui amena un homme qui était sourd et muet, en le priant de lui imposer les mains. Le prenant donc à part du milieu de la foule, il lui mit ses doigts dans les oreilles et de sa salive sur la langue ; et, levant les yeux au ciel, il soupira et lui dit : Ephphetha, c’est-à-dire, ouvrez‑vous. Aussitôt ses oreilles furent ouvertes et sa langue déliée, et il parlait comme il convient. Il leur défendit de le dire à personne. Mais plus il le leur défendait, plus ils le publiaient, et plus ils étaient dans l’admiration, disant : Il a bien fait toutes choses ; il a fait entendre les sourds et parler les muets.

Jésus n’est plus dans la Judée ; le nom des lieux cités en tête de l’Évangile du jour indique que la gentilité est devenue le théâtre des opérations du salut. Quel est donc cet homme qu’on amène au Sauveur, et dont la misère arrache des soupirs au Verbe divin ? que signifient les circonstances insolites avec lesquelles s’opère sa guérison ? Cette guérison, d’un seul mot Jésus pouvait l’accomplir, et sa puissance en eût paru plus éclatante. Mais le miracle qui nous est raconté cache un plus grand mystère ; et l’Homme-Dieu, voulant ici surtout nous instruire, subordonne l’exercice de sa puissance au but d’enseignement qu’il poursuit.

Les saints Docteurs nous apprennent en effet que cet homme représente le genre humain tout entier (Ludolph. Carth. Vita J. Chr. 1, 90) en dehors du peuple juif. Abandonné depuis quatre mille ans dans les régions de l’aquilon où régnait seul le prince du monde (Isaï. 14, 13), il a ressenti les effets désastreux de l’oubli dans lequel l’avait mis, semblait-il, son Créateur et Père, par suite du péché d’origine. Satan dont la ruse perfide l’a fait chasser du paradis, s’en étant emparé, s’est surpassé dans le choix du moyen qu’il a pris pour garder sa conquête. La tyrannie savante (Ex. 1, 10) de l’oppresseur a réduit son esclave à un état de mutisme et de surdité qui le fixe mieux que des chaînes de diamant sous son empire ; muet pour implorer Dieu, sourd pour entendre sa voix, les deux routes qui pouvaient le conduire à la délivrance sont fermées pour lui. L’adversaire de Dieu et de l’homme, Satan peut s’applaudir. C’en est fait, on peut le croire, de la dernière des créations du Tout-Puissant, c’en est fait du genre humain sans distinction de familles ou de peuples ; car voici qu’elle-même, la nation gardée par le Très-Haut comme sa part de réserve au milieu de la défection des peuples (Deut. 32, 9), a profité de ses avantages pour renier plus cruellement qu’eux tous son Seigneur et son Roi !

L’Épouse que le Fils de Dieu était venu chercher sur la terre, la société des saints, doit-elle donc se réduire aux rares individualités qui s’attachèrent à lui durant les jours de sa vie mortelle ? Par le zèle de l’Église naissante et l’ineffable bonté du Seigneur, il n’en sera pas ainsi. Chassée de Jérusalem avec son Époux, l’Église a rencontré au delà des confins de Judée le captif de Satan ; elle le convoite pour le royaume de Dieu, et c’est elle qui, par ses apôtres et leurs disciples, l’amène à Jésus, en le priant d’imposer sur lui sa main divine. Car nulle puissance humaine ne saurait le guérir : non seulement, assourdi comme il l’est par le tumulte des passions, il n’entend plus que d’une manière confuse la voix même de sa conscience, et ne perçoit plus l’écho des traditions, les accents des prophètes, que comme un son lointain et sans force ; mais encore, l’ouïe ainsi éteinte, il a perdu, avec ce sens précieux plus que tous les autres ici-bas, la possibilité même de réparer ses pertes, puisque la foi qui pourrait seule le sauver vient de l’ouïe, nous dit l’Apôtre (Rom. 10, 17).

L’Homme-Dieu gémit en présence d’une misère si extrême. Et comment ne l’eût-il pas fait à la vue des ravages exercés par l’ennemi sur cet être d’élite, dans cette œuvre si belle dont lui‑même avait fourni le modèle à la Trinité adorable aux premiers jours du monde (Gen. 1, 26) ? Levant donc au ciel les yeux toujours exaucés de son humanité sainte (s. Jean 11, 42), il voit l’acquiescement du Père aux intentions de sa compassion miséricordieuse ; et, reprenant l’usage de ce pouvoir créateur qui fit toutes choses parfaites à l’origine, il prononce comme Dieu et comme Verbe (Ibid. 1, 3) la parole de restauration toute-puissante : Ephphetha ! Le néant, ou plutôt, ici, la ruine pire que le néant, obéit à cette voix bien connue ; l’ouïe de l’infortuné se réveille ; elle s’ouvre avec délices aux enseignements que lui prodigue la tendresse triomphante de l’Église, dont les prières maternelles ont obtenu cette délivrance ; et la foi qui pénètre en lui du même coup produisant son effet, sa langue enchaînée reprend le cantique de louange au Seigneur interrompu par le fatal péché depuis des siècles (Psalm. 50, 17).

Cependant l’Homme-Dieu, disions-nous, veut moins, dans cette guérison, manifester la puissance de sa parole divine qu’instruire les siens ; il veut leur révéler symboliquement les réalités invisibles produites par sa grâce dans le secret des sacrements. C’est pourquoi il emmène l’homme qu’on lui présente à l’écart, à l’écart de cette foule tumultueuse des passions et des vaines pensées (Bed. in Marc 2) qui l’avaient rendu sourd pour le ciel ; à quoi servirait-il en effet de le guérir, si, les causes de sa maladie n’étant pas éloignées, il doit retomber aussitôt ? Jésus, ayant donc garanti l’avenir, met dans les oreilles de chair de l’infirme ses doigts sacrés qui portent l’Esprit-Saint (Cf. s. Luc 11, 20 ; s. Matth. 12, 28) et font pénétrer jusqu’aux oreilles de son cœur la vertu réparatrice de cet Esprit d’amour. Enfin, plus mystérieusement encore, parce que la vérité qu’il s’agit d’exprimer est plus profonde, il touche avec la salive sortie de sa bouche divine cette langue devenue impuissante pour la confession et la louange ; et la Sagesse, car c’est elle qui est ici mystiquement signifiée, la Sagesse qui sort de la bouche du Très‑Haut, et découle pour nous comme une onde enivrante de la chair du Sauveur (Eccli. 24, 5 ; 15, 3 ; Isaï. 12, 3), ouvre la bouche du muet, comme elle rend éloquente la langue des enfants qui ne parlaient pas encore (Sap. 10, 21).

Aussi l’Église, pour nous montrer qu’il s’agit figurativement, dans le fait de notre Évangile, non d’un homme isolé, mais de nous tous, a-t-elle voulu que les rites du baptême de chacun de ses enfants reproduisissent les circonstances de la guérison qui nous est racontée. Son ministre doit, avant de plonger dans le bain sacré l’élu qu’elle lui présente, déposer sur sa langue le sel de la Sagesse, et toucher les oreilles du néophyte en répétant la parole du Christ sur le sourd-muet : Ephphetha, c’est-à-dire ouvrez-vous (Rit. rom. Ordo baptism.).

Il est une instruction d’un autre genre qui ressort également du récit évangélique, et que nous ne devons pas négliger, parce qu’elle arrive opportunément à la suite de ce que nous avons dit sur l’humilité. Jésus-Christ demande le silence aux témoins du miracle qu’il vient d’accomplir, bien qu’il n’ignore pas que leur légitime admiration ne tiendra nul compte de ses recommandations sur ce point. Mais il veut apprendre à ceux qui le suivent que s’il ne leur est pas toujours loisible d’empêcher l’éclat de jaillir de leurs œuvres, que si parfois l’Esprit-Saint lui‑même se charge, en dépit de leurs efforts contraires, d’illustrer leur nom ici-bas pour la plus grande gloire du Dieu dont ils sont l’instrument, ils n’en doivent pas moins toujours, quant à eux, fuir l’ostentation, préférer l’abjection (Psalm. 83, 11) ou du moins le silence, et se cacher avec délices dans le secret de la face de leur Dieu (Psalm. 30, 21), redisant avec une égale vérité à la suite des actions les plus retentissantes aussi bien qu’après les plus ignorées : Nous sommes des serviteurs inutiles, nous n’avons fait que ce que nous devions faire (s. Luc 17, 10).

C’est toujours le chant des humbles, délivrés, guéris et glorifiés par Dieu, qui se fait entendre dans l’Offertoire.

Offertoire

Seigneur, je chanterai vos grandeurs , parce que vous m’avez relevé, et que vous n’avez point donné à mes ennemis sujet de se réjouir contre moi ; Seigneur, j’ai crié vers vous, et vous m’avez guéri.

L’assemblée des serviteurs de Dieu le supplie, par la Secrète, d’agréer leurs dons, d’en faire au Sacrifice l’hommage de leur servitude et le soutien de leur faiblesse.

Secrète

Regardez, Seigneur, avec bonté l’hommage de notre servitude, afin que nos dons vous soient une offrande agréable et deviennent le secours de notre faiblesse. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

L’Antienne choisie pour la Communion ne pouvait mieux convenir, dans un temps où les travaux de la moisson et des récoltes de tout genre se trouvent partout en pleine activité. Nous devons penser en effet à donner au Seigneur, par l’intermédiaire de son Église et des pauvres, les prémices de ces biens qui nous viennent de lui. Mais si nous voulons véritablement honorer Dieu en cela, évitons d’imiter la jactance du Pharisien dans l’acquittement d’un devoir si simple et si profitable à qui l’accomplit.

Communion

Honorez de votre bien le Seigneur, et donnez-lui des prémices de vos fruits : et vos greniers seront remplis abondamment, et vos pressoirs regorgeront de vin.

Le remède sacré des Mystères agit sur le corps et sur l’âme ; produisant ainsi le salut de l’un et de l’autre, il est la vraie gloire du chrétien. L’Église demande pour ses fils, dans la Postcommunion, cette plénitude effective du Sacrement.

Postcommunion

Faites, nous vous en supplions, Seigneur, que nous trouvions dans la réception de votre Sacrement le secours de l’âme et du corps, afin que, sauvés dans l’un et l’autre, nous rencontrions notre gloire dans le plein effet du céleste remède. Par notre Seigneur.

À Vêpres

Il a bien fait toutes choses, il a fait entendre les sourds et parler les muets.

L’Oraison, ci-dessus.

Nous ne saurions mieux entrer dans l’esprit de la sainte Église qu’avec ces beaux Répons et ces Antiennes de l’Office du Temps, où l’éternelle Sagesse se présente elle-même à l’humanité dont elle a convoité l’amour.

Antiennes et répons

Ant. La Sagesse s’est bâti une maison, elle a taillé sept colonnes, elle s’est soumis les nations, elle a foulé aux pieds par sa propre vertu les cœurs des superbes et des puissants.

Ant. J’habite dans les hauteurs, et mon trône est dans une colonne de nuée.

Ant. Toute sagesse est du Seigneur Dieu, et fut toujours avec lui et est d’avant les siècles.

R/. Au commencement Dieu, avant qu’il fit la terre, antérieurement au creusement des abîmes, antérieurement aux sources des eaux : * Avant l’établissement des monts, avant toutes les collines, le Seigneur m’avait engendrée.

V/. Quand il préparait les cieux, j’étais là, disposant avec lui toutes choses. * Avant.

R/. J’ai fait seule le tour des cieux, et je me suis promenée sur les flots de la mer ; chez toute nation, sur tous les peuples j’ai eu l’empire : * Par ma vertu j’ai foulé aux pieds les cœurs des superbes et des puissants.

V/. J’habite dans les hauteurs, et mon trône est dans une colonne de nuée. * Par ma vertu.

R/. Le commencement de la sagesse est la crainte du Seigneur : * Lumière heureuse à tous ceux qui l’embrassent ! sa louange demeure dans les siècles des siècles.

V/. L’aimer, c’est observer les lois ; car toute sagesse est crainte du Seigneur. * Lumière heureuse.

R/. Mon fils, donne-moi ton cœur, et que tes yeux gardent mes voies : * Pour que la grâce couronne ton front.

V/. Observe ma sagesse, ô mon fils, et incline ton oreille à mon discours. * Pour que la grâce.

Plaçons à la suite cette Préface et cette Oraison de notre très antique Liturgie gallicane, qui se rapportent aussi par plus d’un trait aux enseignements de ce Dimanche et du Temps.

Contestatio

Il est vraiment digne et juste de vous rendre grâces, Dieu tout-puissant, qui, dans votre indulgente bonté, avez ramené à la grâce et à la vie l’homme que le péché du premier Père avait exilé des confins du salut. C’est dans ce but que vous nous avez envoyé votre Fils unique notre Sauveur, pour guérir nos langueurs, effacer le péché, briser la puissance de l’antique ennemi, dénouer les liens de l’enfer, ouvrir les portes du paradis, renouveler la foi, rendre la vie aux morts, en faire des fils de Dieu, et les conduire aux célestes royaumes. Ainsi a fait notre Seigneur Jésus-Christ.

Collectio

Tout-puissant souverain, ô Dieu, dirigez nos pas dans la voie de la paix et fortifiez nos facultés dans l’observation de vos commandements ; que le divin Orient nous visite du ciel et éclaire ceux qui sont assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort : alors ils vous adoreront pour votre miséricorde, ils vous suivront pour votre vérité, ils vous désireront pour votre douceur, vous le béni Seigneur Dieu d’Israël en l’unité du Saint-Esprit dans les siècles des siècles.

Réflexions pour le 22 août
Fête du Cœur immaculé de Marie

Mes chers Amis,

Pour la fête du 22 août, l’Année liturgique de Dom Guéranger ne donne pas de commentaire puisque la fête du Cœur Immaculé de Marie n’existait encore pas.

Je propose donc à votre réflexion un extrait du livre de l’abbé Stehlin, L’Immaculée notre idéal. Je ne l’ai pas choisi au hasard, ni pour « boucher un trou », mais parce que le sujet correspond aux nécessités de notre temps et aux demandes de la Très Sainte Vierge à Fatima.

Vous le trouverez ici : L’Immaculée notre idéal et vous pourrez acheter le livre complet à notre librairie, ici.

Sermon du 11e dimanche après la Pentecôte
Soyez miséricordieux comme votre Père céleste

Mes bien chers Frères,

Voici mon sermon.  Je vous y expose l’importance de la miséricorde à l’imitation de notre Père céleste, de Notre Seigneur et Notre Dame,

C’est dommage que vous ne profitiez pas de la session de « kis » !

Vive le Christ-Roi !

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