14 septembre
L’Exaltation de la Sainte Croix

14 septembre
Fête de l’Exaltation de la sainte Croix


L’Exaltation de la Sainte Croix
par l’empereur Héraclius

 

Dieu a glorifié la Croix en en faisant l’autel de son sacrifice, le trône de son amour, son lit de justice, la chaire de son enseignement, le siège de sa royauté, le trophée de sa gloire ; nous devons la glorifier à notre tour en lui rendant un culte de respect et de reconnaissance, un culte de confiance et d’amour.
L’abbé C. Martin, Panégyriques.

 

La fête d’aujourd’hui exalte la sainte Croix en commémorant plusieurs de ses victoire : la victoire de Constantin, la découverte de la Croix par sainte Hélène, la victoire sur les Perses.

La victoire de Constantin

C’est au mois d’octobre de l’année 312, au pont de Milvius, sur les bords de Rome, que se profilait une guerre qui allait changer le cour de l’histoire. D’un côté, les armées du paganisme, dirigées par le tyran Maxence, ennemi du Christ, firent subir durant des siècles de multiples persécutions aux chrétiens. De l’autre, la nouvelle armée Chrétienne de Constantin.

Durant trois siècles précisément, l’Église dut traverser de nombreux orages. De nombreuses persécutions générales ou locales, des dizaines d’hérésies, de schismes et de sophismes de la philosophie néo-platonicienne ne parvinrent à couper son élan. Au contraire même, ils l’abreuvaient.

« Les persécuteurs, disait Saint Augustin, avaient reconnu que, plus ils mettaient de chrétiens à mort, plus il en renaissait de leur sang. Ils craignaient de dépeupler l’empire. »

Constantin, fils de parents chrétiens, Constance Chlore et Sainte Hélène se rangea contre Maxence en manifestant son soutient aux Chrétiens. La bataille s’annonçait… Maxence rassembla tous ces hommes autour de Rome et y attendit Constantin. Ce qui se produisit ensuite tient de l’ordre du miracle. Ainsi parle saint Eusèbe, historien chrétien :

« Si le récit que je vais vous faire m’eut été transmis par une autre bouche, il pourrait trouver des auteurs incrédules. Mais je le tiens de l’auguste prince lui-même. Bien des années après, quand j’eus l’honneur d’être admis dans son intimité, il me raconta le fait et m’en attesta plusieurs fois par serment d’authenticité. C’est sa narration que je vais reproduire, et bien téméraire serait celui qui oserait s’inscrire en faux contre un pareil témoin, au sujet d’un prodige que les événements survenus depuis ont d’ailleurs suffisamment confirmé. » Ce récit est implicitement confirmé par Nazarius, l’orateur païen chargé du panégyrique de Constantin neuf ans après la bataille, et explicitement par Lactance, précepteur du fils de Constantin. Le prodige eut lieu devant toute l’armée et l’évêque écrivait quelques années après la mort de l’empereur « de nombreux témoins vivaient encore, et toute supercherie eut été vivement relevée et raillée par les auteurs païens. »

Quelques jours avant la bataille, Constantin, accompagné de ses officiers sortit du camp pour aller étudier la situation de l’ennemi. Tout le monde poussa un cri de stupeur lorsque soudain apparut dans le ciel une croix lumineuse. Une inscription en Latin se lisait dessus « In hoc signo vinces, par ce signe tu vaincras ». L’armée entière vu ce signe et fut très étonnée, d’autant plus que la croix n’était pas encore connue de l’empire à cette époque là.

La nuit venue, le Christ apparut dans un rêve de Constantin avec ce même signe de la croix, lui ordonnant de faire reproduire ce signe sur les drapeaux comme un gage de victoire. Le lendemain Constantin et son armée s’exécutèrent.

La suite nous la connaissons…. L’armée du Seigneur, forte de 40 000 hommes vint à bout des païens composée elle de 190 000 guerriers… Quasiment 1 contre 5… Quelle foi ! Une bataille vigoureuse s’engagea des heures durant. Les uns motivés par leur nombre, les autres par leur croix. Le choc qui était provoqué par la rencontre des deux armées déchaînées était assourdissant, intense. Les cris de fureur poussés par tous ces hommes nous indiquaient que seules deux issues seraient possible, la victoire ou la mort. L’abnégation et l’ardeur de l’armée du Christ mit finalement les païens en déroute en tuant leur chef Maxence. Après tant de persécutions, la croix, réservée jusque là comme instrument de supplice, triomphait du monde et devenait l’étendard des légions romaines.

Eusèbe nous raconte aussi un des faits étonnants qui se déroula pendant la bataille :

« Constantin, dit il, avait choisi parmi ses gardes environ cinquante de ceux qui surpassaient les autres en force de corps, en grandeur de courage et en piété, et il les chargea de garder continuellement l’étendard et de le porter tour à tour. Le désordre s’étant mis dans l’armée au milieu de la chaleur du combat, celui qui portait l’étendard signé d’une croix et d’un monogramme du Christ eut peur et le donna à un autre pour éviter le péril. Mais il n’en fut pas sitôt déchargé qu’il reçut un trait dans le corps dont il mourut sur le champ en punition de sa lâcheté et de son infidélité. Celui qui s’était chargé de l’étendard en sa place fut protégé. Quelques quantités de traits que jetassent les ennemis, aucun ne tomba sur lui. C’était une chose merveilleuse à voir que tous les traits demeuraient dans le bois de l’étendard, quoiqu’il fut fort étroit, et qu’aucun ne toucha jamais ceux qui portèrent le signe de notre rédemption. Ce récit, ajoute l’historien, n’est pas de moi, il est de l’empereur, de la bouche duquel je l’ai appris. »

Peu de temps après, Constantin confirmait l’émancipation de l’Église, rendait justice aux chrétiens dépossédés et appelait prés de lui le pape saint Melchiade.

Puis il prit toute une série de mesures humanisant et christianisant Rome. « Désormais, déclare-t-il, les condamnés aux mines ne seront plus marqués au front. La face humaine, créée à l’image de la beauté divine, ne doit point être déshonorée » « Il est temps, dit il encore, d’arrêter la barbarie des pères dénaturés qui donnent la mort à leurs enfants. S’il se trouve des parents qui ne puissent nourrir leurs enfants, qu’on prenne ce qui sera nécessaire sur le Trésor public ou sur mon domaine privé. » Constantin écrivait aussi, au préfet de Rome, que désormais le maître qui mettra à mort son esclave sera jugé comme homicide. Un édit supprimait la prison et la flagellation pour dettes, un autre interdisait les combats de gladiateurs, car selon l’empereur : « il ne convenait pas que le sang humain soit versé en pleine période de paix comme un passe-temps à l’usage des oisifs. »

Une loi abolissait le supplice de la croix. « En même temps, nous dit encore Hervé-Bazin dans son livre intitulé Les grandes journées de la Chrétienté, Constantin commençait à porter des coups à l’esclavage avec prudence, intelligence et habileté : il proclamait d’abord le principe éminemment chrétien que même soixante ans de servitude ne pouvait prescrire contre la liberté humaine. Il supprimait tous les obstacles qui avaient été apportés par la législation païenne pour l’affranchissement, et permettait de rendre aux esclaves leur liberté dans l’église en présence du peuple et des évêques, ne demandant qu’une attestation des ministres de l’église. Il défendait aux Juifs d’avoir des esclaves chrétiens et ordonnait à ceux qui connaîtraient des personnes injustement retenues en servitude d’en avertir les magistrats. »

En 316, il imposa le repos du dimanche pour tout l’empire. Ce fut l’occasion pour le peuple de consacrer du temps à l’église ainsi qu’à la famille.

Toutes ces ordonnances furent couronnées par l’édit du 23 Juin 318 qui permettait aux parties de passer outre la juridiction des magistrats de droit commun pour s’en rapporter au jugement des évêques.

C’est à partir de cette période que l’effet sublime de la bataille du pont de Milvius se fit le plus ressentir. Constantin n’hésitera alors plus à rendre à l’Église la place qu’elle devait désormais occuper en faisant construire des dizaines de splendides basiliques à la gloire de Dieu. Grâce à l’Église, l’homme retrouvait enfin sa liberté et sa dignité à travers la Vérité.

La découverte de la sainte Croix par sainte Hélène

L’empereur Constantin, vainqueur par la Croix, rendait tous les honneurs dus à ce signe sacré du salut des hommes. Sa mère, sainte Hélène, ne le cédait en rien à la piété de son fils. Inspirée par un mouvement d’en-Haut, elle résolut, malgré son grand âge de près de quatre-vingts ans, de visiter les Lieux Saints et de chercher le bois salutaire sur lequel le Sauveur avait répandu Son sang.

L’entreprise ne manquait pas de difficultés ; les païens avaient visé à transformer les lieux à jamais vénérables, témoins de la mort de Jésus-Christ, en y établissant le culte de Vénus et de Jupiter. Hélène ne se laissa point décourager.

Elle dut d’abord interroger plusieurs Juifs pour identifier les endroits où il se pouvait que les instruments du supplice eussent été dissimulés ; elle enleva ensuite les traces détestables du paganisme (elle fit d’ailleurs la même chose au lieu où était la crèche du Sauveur et en celui de la Résurrection, ayant fait ôter du premier l’idole d’Adonis, et du second celle de Jupiter) et fit faire des fouilles au pied du Calvaire avec tant de soin et d’ardeur, que bientôt on découvrait trois croix, avec les clous qui avaient percé les mains et les pieds du Rédempteur et le titre que Pilate avait fait placer au-dessus de Sa tête.

Mais comment reconnaître laquelle de ces trois croix était celle du Sauveur ? L’évêque de Jérusalem eut l’heureuse pensée de les faire transporter chez une dame qui était sur le point de mourir ; l’approche des deux premières croix ne produisit aucun résultat, mais dès que la malade eut touché la troisième, elle se trouva guérie. Un autre miracle plus éclatant encore vint confirmer le premier, car un mort qu’on portait en terre ressuscita soudain au contact du bois sacré.

L’impératrice, au comble de la joie, fit bâtir sur le lieu même une magnifique église où fut déposée la plus grande partie de cette Croix ; elle envoya l’autre partie à Constantinople, où Constantin la reçut en triomphe.

La victoire de l’empereur Héraclius sur les Perses

(Nous donnons ici le récit des Petits Bollandistes.)

Sous le règne de l’empereur d’Orient Héraclius Ier (610-641), Chosroès II (590-628), roi des Perses, entra dans la Syrie, prit la ville de Jérusalem, la pilla, la brûla, et emmena en Perse Zacharie, qui en était patriarche. Ce qu’il y eut de plus déplorable dans ce pillage, ce fut la prise et l’enlèvement de la principale partie de la vraie Croix de Notre-Seigneur, que sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin, avait laissée en ce lieu de notre rédemption. Chosroês néanmoins lui rendit ce respect, qu’il ne la voulut point voir à découvert, ni permettre qu’elle fût tirée de l’étui où elle était enfermée et cachetée ; et les Perses furent aussi divinement frappés d’une terreur religieuse à son égard ; ils la conservèrent précieusement, disant que le Dieu des chrétiens était arrivé dans leur pays.

Héraclius, pour réparer de si grands malheurs et délivrer les chrétiens d’Orient du joug des Perses, résolut de porter à son tour la guerre au cœur de la Perse, non-seulement par des levées de troupes, mais par plusieurs actions de piété. Avant de partir de Constantinople, il vint à la grande église, les pieds couverts de noir et non d’écarlate, pour montrer sa pénitence. Il se prosterna devant le saint autel et pria Dieu ardemment de bénir ses bonnes intentions. Georges Pisidès lui prédit alors, qu’au lieu des chaussures noires qu’il avait prises par humilité, il reviendrait avec des chaussures rougies du sang des Perses : ce que l’événement vérifia. Il recommanda la ville à Dieu et à la sainte Vierge, et son fils Constantin au patriarche Sergius. Enfin, il emporta avec lui une image miraculeuse de Notre-Seigneur, protestant qu’il combattrait avec elle jusqu’à la mort.

En cet état, Héraclius, plus fort encore par la confiance qu’il avait en Dieu que par le nombre de ses soldats, entra dans la Perse et battit Chosroès, qui fut obligé de prendre honteusement la fuite. Plus il était victorieux, plus il implorait le secours du ciel, auquel il attribuait de si heureux succès, faisant faire à son armée des processions solennelles pour demander à Dieu la continuation de sa protection et de sa bénédiction. Il marcha de victoire en victoire. Chosroès, craignant de tomber entre les mains de son vainqueur, prit le parti de la fuite, et se retira avec ses femmes et ses trésors à Séleucie, au-delà du Tigre ; là, son fils aîné Siroès se saisit de lui et le mit en prison où il mourut de faim, de mauvais traitements et d’outrages. Ainsi finit Chosroès, qui avait désolé tout l’Orient et fait aux chrétiens la plus inhumaine et la plus sanglante guerre qu’ils eussent jamais soufferte, enlevé et emporté la Croix du Fils de Dieu, pillé ses églises, profané ses autels et commis un nombre infini de sacrilèges.

Siroès, se voyant élevé sur le trône de Perse par des voies si condamnables et si tyranniques, ne demanda pas mieux que de faire la paix avec les Romains : il envoya donc des dépêches à Héraclius pour l’obtenir. Ce prince la lui accorda volontiers, mais, entre les conditions du traité, il l’obligea surtout de rendre la Croix de Notre-Seigneur dans le même état que son père l’avait emportée, et de mettre en liberté le patriarche Zacharie et tous les esclaves chrétiens. Il revint ensuite tout triomphant à Constantinople, où il fut reçu avec de grandes acclamations du peuple ; on applaudissait celui qui avait réparé l’honneur de l’empire romain par la défaite des barbares. On alla au-devant de lui avec des rameaux d’olivier et des flambeaux, et on n’oublia rien qui pût témoigner l’allégresse et la joie publiques de voir la Croix du Sauveur entre les mains des chrétiens.

Héraclius, pour rendre à Dieu des actions de grâces solennelles des grandes et insignes victoires qu’il avait remportées, voulut conduire lui-même à Jérusalem le bois de la vraie Croix qui avait été quatorze ans sous la puissance des barbares. Lorsqu’il y fut arrivé, il la chargea sur ses propres épaules, pour la reporter avec plus de pompe sur le Calvaire, d’où elle avait été enlevée ; mais, quand il fut à la porte qui mène à cette sainte colline, il se trouva immobilisé et ne put avancer un seul pas. Cette merveille, dont on ne connaissait point la cause, étonna tout le monde ; il n’y eut que la patriarche Zacharie qui, jugeant d’où cela provenait, lui dit : « Prenez garde, ô empereur, qu’avec cet habit impérial dont vous êtes revêtu, vous ne soyez pas assez conforme à l’état pauvre et humilié qu’avait Jésus-Christ lorsqu’il portait sa Croix ». Héraclius, touché de ces paroles et en reconnaissant la vérité, quitta aussitôt son habit couvert d’or et de pierreries, ôta ses souliers et se revêtit de la robe d’un homme pauvre, après quoi il marcha sans difficulté et alla jusqu’au Calvaire, où il replaça la croix au même endroit d’où on l’avait enlevée. Enfin, pour rendre ce triomphe encore plus mémorable et exalter davantage la gloire de la Croix, il se fit, ce jour-là, plusieurs miracles par la vertu de ce bois sacré : un mort fut ressuscité, quatre paralytiques furent guéris, dix lépreux purifiés, quinze aveugles illuminés, quantité de possédés délivrés et une infinité de malades remis en parfaite santé.

Dans la suite, il fut ordonné que tous les ans on ferait la fête solennelle de ce rétablissement, et l’Église la célèbre encore, le 14 septembre, sous le non de l’Exaltation de la sainte Croix. Elle fut très-célèbre en Orient, et, ce jour-là, il accourait à Jérusalem des pèlerins de tous les endroits du monde. Voilà pour ce qui regarde l’institution de cette fête, en mémoire du recouvrement de la Croix fait par Héraclius ; mais longtemps auparavant on faisait, dans l’Église grecque et dans l’Église latine, une solennité en l’honneur de la Croix, sous le nom d’Exaltation pour se remémorer les paroles de Jésus-Christ qui dit, en parlant de sa mort : « Lorsque je serai exalté, c’est-à-dire élevé au-dessus de la terre, j’attirerai toutes choses à moi. Tout ainsi que Moïse a exalté le serpent dans le désert, de même il faut que le Fils de l’homme soit exalté. Lorsque vous aurez exalté le Fils de l’Homme, vous connaîtrez qui je suis ». Le cardinal Baronius, dans ses Notes sur le martyrologe, dit que cette fête fut établie au temps de l’empereur Constantin, pour remercier Dieu de ce qu’alors la Croix fut exaltée dans tout l’univers par la liberté qu’eurent les fidèles de prêcher l’Évangile et de bâtir des églises. Peut-être le fut-elle après que la vraie Croix eut été trouvée par sainte Hélène, et lorsqu’elle fut placée sur le Calvaire.

C’est ce jour que saint Benoît, le père des moines, a fixé pour le début du carême monastique qui s’achève le jour de Pâques.

Cette fête peut se fêter tous les jours et à tous moments dans le cœur du chrétien. C’est l’endroit où Jésus-Christ veut principalement que sa Croix soit exaltée. L’exaltation extérieure qui se fait ou sous les voûtes des temples, ou sur les portes des villes, ou même sur la tête des souverains, n’est qu’un signe de ce qui se doit faire dans ce sanctuaire vivant et animé.

Nous l’exalterons par une haute estime que nous concevrons de son mérite, par un grand zèle à la porter comme Jésus-Christ l’a portée, par un profond respect pour les souffrances que cet aimable Sauveur a endurées, par un soin particulier de la glorifier en toutes nos actions, et par une sainte application à la faire triompher dans le cœur de nos frères. Et qu’y a-t-il de plus noble et de plus salutaire que la dévotion envers ce précieux instrument de notre salut ? Car la Croix est l’espérance des chrétiens, le soutien des désespérés, le port de ceux qui sont agités par la tempête, et la médecine des infirmes. C’est elle qui éteint le feu des passions, rend la santé aux âmes malades, donne la vie de la grâce à ceux qui étaient morts par le péché, et ruine l’empire du vice et de l’impiété. Elle nous sert d’épée et de bouclier pour combattre nos adversaires, de sceptre pour triompher de leur malice, de diadème pour nous orner, de boulevard pour défendre notre foi, de bâton pour nous soutenir dans nos faiblesses, de flambeau pour nous éclairer dans nos ténèbres, de guide pour nous redresser dans nos égarements, et de leçon pour nous apprendre les vérités du salut. Elle efface les péchés, excite à la pénitence, amortit les flammes de la cupidité, arrête l’ambition, dissipe la vanité, condamne le luxe, réprouve la délicatesse, porte à la confiance en Dieu, nous ouvre le ciel, nous fortifie contre les tentations, nous préserve des périls, nous assiste dans nos infortunes, nous console dans nos afflictions, nous délasse dans nos travaux, rassasie les faméliques, nourrit ceux qui jeûnent, couvre ceux qui sont dépouillés, enrichit les pauvres, châtie les riches, secourt les nécessiteux, accompagne les voyageurs, protège les veuves, défend les orphelins, garde les villes, conserve les maisons, unit les amis, résiste aux ennemis, est l’honneur des magistrats, la puissance des rois, la victoire des généraux d’armée, la gloire des prêtres, le refuge des religieux, la retraite des vierges et le sceau inviolable de la chasteté.

Les pieux habitants du Liban célèbrent avec une dévotion et une solennité particulière la fête de l’Exaltation de la sainte Croix. La veille, à la tombée de la nuit, cent mille feux brillent sur toutes les hauteurs, rivalisant d’éclat avec les étoiles du ciel, et se réfléchissant dans l’azur de la mer. II n’y a pas une colline, pas un rocher, pas une anse du. rivage, pas une habitation, depuis le pied des montagnes jusqu’à leurs cimes les plus élevées, de Sidon jusqu’à Tripoli, partout où bat un cœur catholique, qui ne rende gloire à Dieu. Toutes les cloches unissent leurs voix aux chants des fidèles, au murmure des ondes, à la joie de la terre, pour exalter l’arbre de vie qui a porté le Salut du monde.

12 septembre
Le Très Saint Nom de Marie

Dom Guéranger ~ L’Année liturgique
12 septembre
Le Très Saint Nom de Marie

Fête instituée par le Bx Innocent XI en action de grâces pour la victoire des armées chrétiennes sur les Turcs à Vienne en 1683. Elle fut fixée au dimanche qui suivait la Nativité de la Sainte Vierge. La réforme de Pie X, « libérant » les dimanches des fêtes de saints, l’a fixée au 12 septembre.

 Et le nom de la Vierge était Marie (s. Luc 1, 27). Ce nom signifie étoile de la mer ; il convient pleinement à la Mère de Dieu. Comme l’astre émet son rayon, ainsi la Vierge enfanta son fils ; ni le rayon n’amoindrit la clarté de l’étoile, ni l’Enfant la virginité de la Mère. Noble étoile qui s’est levée de Jacob, et dont le rayon illumine le monde, resplendissant aux cieux, pénétrant l’abîme, parcourant toute terre ; il échauffe plus les âmes que les corps, il dessèche le vice et féconde la vertu. Oui, donc ; Marie est bien l’astre éclatant et sans pareil qu’il fallait au-dessus de la mer immense, étincelante comme elle l’est de mérites, nous éclairant des exemples de sa vie.

« O qui que vous soyez qui, dans le flux et reflux de ce siècle, avez conscience de marcher moins sur la terre ferme qu’au milieu des tempêtes et des tourbillons, ne détachez pas les yeux de l’astre splendide si vous ne voulez être englouti par l’ouragan. Si s’élève la bourrasque des tentations, si se dressent les écueils des tribulations, regardez l’étoile, appelez Marie. Si vous êtes ballotté par les flots de la superbe ou de l’ambition, si par ceux de la calomnie ou de la jalousie, regardez l’étoile, appelez Marie. Si la colère, ou l’avarice, ou l’attrait de la chair viennent à soulever la nef de l’âme, tournez vers Marie les yeux. Troublé de l’énormité de vos crimes, honteux de vous-même, tremblant à l’approche du terrible jugement, sentez-vous se creuser sous vos pas le gouffre de la tristesse ou l’abîme du désespoir ? pensez à Marie. Dans les dangers, dans l’angoisse et le doute, pensez à Marie, invoquez Marie.

« Qu’elle soit sur vos lèvres sans cesse, qu’elle soit toujours en votre cœur ; imitez-la, pour vous assurer son suffrage. La suivant, vous ne déviez pas ; la priant, vous ne désespérez pas ; pensant à elle, vous ne sauriez vous égarer. Soutenu par elle, vous ne tombez pas ; couvert par elle, vous ne craignez pas ; guidé par elle, nulle lassitude à redouter : celui qu’elle favorise arrive au but sûrement. Et ainsi expérimentez-vous en vous-même le bien fondé de cette parole que le nom de la Vierge était Marie[1]. »

Ainsi s’exprime aujourd’hui pour l’Église le dévot saint Bernard. Mais l’explication si pieuse qu’il donne du très saint nom de la Mère de Dieu, n’épuise pas le sens de ce nom béni ; complétant l’Abbé de Clairvaux, saint Pierre Chrysologue dit de même dans l’Office de la nuit : « Marie en hébreu signifie Dame ou Souveraine ; en effet, l’autorité de son Fils, Dominateur du monde, la constitue Souveraine, de fait et de nom, dès sa naissance[2]. »

Notre Dame : tel est bien le titre qui lui convient en toutes manières, comme celui de Notre Seigneur à son Fils ; base doctrinale de ce culte d’hyperdulie dont les honneurs sont pour elle seule, au-dessous de ce Fils qu’elle adore avec nous, au-dessus des serviteurs que l’angélique et l’humaine natures ont pour fin de donner au Dieu dont elle est la Mère. Au nom de Jésus tout genou fléchit (Philipp. 2, 10), au nom de Marie toute tête s’incline ; et bien que le premier soit le seul dans lequel nous puissions être sauvés (Act. 4, 12), le Fils ne souffrant pas d’aller jamais sans la Mère, ni le ciel ne sépare leurs deux noms dans ses chants, ni la terre en sa confiance, ni l’enfer dans son épouvante et sa haine.

Il était donc dans l’ordre de la Providence que le culte spécial de l’adorable nom de Jésus, dont Bernardin de Sienne fut au 15ème siècle l’apôtre, entraînât comme simultanément celui du nom de la Vierge très sainte. En 1513, une église d’Espagne, celle de Cuenca, célébrait la première, avec approbation du Siège apostolique, une fête particulière en l’honneur de ce dernier, alors que les instances de l’Ordre de saint François n’avaient point encore obtenu privilège semblable en ce qui concernait le nom du Sauveur : la mémoire de ce nom sacré incluse dans la solennité de la Circoncision, au jour où il fut donné par l’ordre du ciel, semblait suffire à la prudente réserve des Pontifes romains. Ainsi, et pour le même motif, en fut-il de nouveau, lorsque les fêtes spéciales des deux noms augustes passèrent du calendrier des églises particulières à celui de l’Église universelle : l’institution définitive de la fête du Très Saint Nom de Marie remonte à l’année 1683, celle de la solennité du Très Saint Nom de Jésus à l’année 1721.

Or, combien Notre Dame justifie son beau nom en participant à l’empire effectif, à la principauté militante du Roi des rois, c’est ce qui ressort des circonstances auxquelles nous devons l’allégresse de ce jour ; c’est ce qu’attestent et la ville de Vienne sauvée du Croissant contre toute espérance, et le Vénérable Innocent XI faisant de cette fête le monument de la reconnaissance universelle pour la libératrice de l’Occident. Mais il convient de laisser, sinon le récit, du moins une mention plus explicite de la glorieuse délivrance au douze septembre, dont elle fut l’honneur.

À la Messe

Dans l’Introït, avec l’Église, saluons la douce enfant dont le nom nous présage aujourd’hui la puissance ; tous les grands, rois, pontifes, séraphins, imploreront son sourire ; mais les vierges formeront sa suite bienheureuse (Psalm. 44), chantant le cantique qu’elles seules peuvent chanter (Apoc. 14, 3-4).

Introït

Tous les puissants de la terre imploreront votre regard. À votre suite viendront les chœurs des vierges, vos compagnes ; elles seront présentées au Roi dans la joie et l’allégresse. Ps. Mon cœur a proféré une parole excellente ; c’est au Roi que je dédie mes chants. Gloire au Père. Tous les puissants.

Joie des Anges, frayeur des démons, le nom de Marie protège l’homme contre les maux sans nombre de cette terre et le soutient dans la route qui conduit au ciel. Puisse la prière de l’Église, dans la Collecte, nous obtenir de mettre à profit pleinement un tel secours.

Collecte

Dans la joie que goûtent vos fidèles sous le Nom et la protection de la très sainte Vierge Marie, accordez-leur, Dieu tout-puissant, d’être délivrés de tous maux sur terre et de mériter de parvenir aux joies éternelles des cieux par son intercession maternelle. Par Jésus-Christ.

Épître
Lecture du livre de la Sagesse. Eccli. 24

J’ai comme la vigne donné des fleurs au parfum suave, et mes fleurs se transforment en fruits d’honneur et de gloire. Je suis la mère du bel amour, de la crainte, de la science, de la sainte espérance. En moi réside toute grâce de conduite et de vérité, toute espérance de vie et de vertu. Venez à moi, vous tous qui me désirez, et remplissez-vous de mes fruits ; car mon esprit est plus doux que le miel, ma possession l’emporte sur les plus exquises suavités. Ma mémoire vivra dans la suite des siècles. Ceux qui me mangent auront encore faim, ceux qui me boivent auront encore soif. Celui qui m’écoute ne sera pas confondu, et ceux qui travaillent pour moi ne pécheront pas. Ceux qui me font connaître auront la vie éternelle.

Toutes les complaisances du ciel, toutes les espérances de la terre, se fixent sur le berceau où Marie dort, tenant en éveil pour Dieu son cœur (Cant. 5, 2). La Sagesse s’applaudit (Eccli. 24, 1) : par la bienheureuse enfant d’Anne et de Joachim, les préférences que son amour avouait à l’origine du monde sont déjà justifiées ; à tout jamais ses délices seront d’être avec les enfants des hommes (Prov. 8, 31). Sa vigne de choix, la vigne du Pacifique, est devant nous (Cant. 8, 11-12), annonçant par ses fleurs embaumées la grappe divine dont le suc, exprimé sous le pressoir, fécondera toute âme, enivrera la terre et les cieux.

L’Église ne se lasse pas de revenir, au Graduel, sur la virginale maternité qui donna Dieu au monde et fit la grandeur de Marie.

Graduel

Vous êtes bénie et digne de toute vénération, Vierge Marie, qui, sans la moindre souillure, êtes devenue mère du Sauveur. V/. Vierge Mère de Dieu, celui que le monde entier ne saurait contenir s’est enfermé dans votre sein, s’y faisant homme. Alleluia, alleluia. V/. Après votre enfantement, ô Vierge, vous êtes demeurée pure : Mère de Dieu, intercédez pour nous. Alleluia.

Évangile
La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. 1

En ce temps-là, l’Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, à une vierge mariée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la vierge était Marie. Et l’Ange, étant entré où elle était, lui dit : Salut, ô pleine de grâce ! le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes. Elle, l’ayant entendu, fut troublée de ses paroles, et elle pensait en elle-même quelle pouvait être cette salutation. Et l’Ange lui dit : Ne craignez point, Marie : car vous avez trouvé grâce devant Dieu : voici que vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; et il régnera éternellement sur la maison de Jacob ; et son règne n’aura point de fin. Alors Marie dit à l’Ange : Comment cela se fera-t-il ? car je ne connais point d’homme. Et l’Ange lui répondit : L’Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. Et voilà qu’Élisabeth votre parente a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse : et ce mois est le sixième de celle qui était appelée stérile : car rien n’est impossible à Dieu. Et Marie dit : Voici la servante du Seigneur : qu’il me soit fait selon votre parole.

C’est ici la plus solennelle ambassade dont l’histoire angélique ou humaine ait gardé le souvenir ; elle montre en Marie ce qu’indique son nom, la Maîtresse du monde. Le plus haut intérêt qui puisse concerner l’humanité présente, passée ou future, les célestes hiérarchies, Dieu lui-même, s’agite entre le Très-Haut et la vierge de Nazareth exclusivement, comme ayant seuls titre, d’une part pour proposer, de l’autre pour accepter, des deux pour conclure. L’ange n’est qu’un messager ; l’homme est avec lui dans l’attente : Marie contracte avec le Créateur, au nom de l’homme et de l’ange comme au sien propre, au nom du monde entier qu’elle représente et qu’elle domine de sa suréminente principauté.

Salut donc à la Reine en son jour natal ! salut à Marie ! Qu’elle-même, au Sacrifice, présente pour son peuple à Dieu notre offrande.

Offertoire

Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni.

Obtenons que l’intercession de Notre Dame et la miséricorde divine éloignent de nous tout ce qui ferait obstacle à l’efficacité du Sacrifice préparé sur l’autel.

Secrète

Que par votre miséricorde et l’intercession de la bienheu­reuse Marie toujours vierge, Seigneur, cette oblation nous concilie paix et prospérité pour la vie présente et l’éternelle. Par Jésus-Christ.

Sous l’influence du breuvage des Mystères divins, félicitons la vigne auguste qui nous le promettait tout à l’heure en l’Épître.

Communion

Bienheureuses les entrailles de la Vierge Marie, qui ont porté le Fils du Père éternel !

La Postcommunion proclame l’universalité du patronage de Marie ; daigne le Seigneur nous accorder de l’expérimenter toujours !

Postcommunion

Nous venons, Seigneur, de goûter l’aliment du salut ; c’est en l’honneur de la bienheureuse Marie toujours vierge que nous avons présenté nos dons à votre majesté : accordez à notre prière d’éprouver en tous lieux sa protection sur nous. Par Jésus-Christ.

[1] Leçons du deuxième Nocturne de la fête, ex Bernard. Homil. 2 super Missus est

[2] Petr. Chrys. Sermo 142, de Annuntiat. Homélie du troisième Nocturne

14e dimanche après la Pentecôte

Dom Guéranger ~ L’Année liturgique
14e dimanche après la Pentecôte

Ce Dimanche s’appelle aujourd’hui, dans l’Église d’Occident, le Dimanche des deux maîtres en raison de son Évangile.

À la Messe

Regardez-nous, ô Dieu notre protecteur, jetez les yeux sur la face de votre Christ. Ainsi débute aujourd’hui l’Église s’avançant vers l’autel. L’Église est l’Épouse de l’Homme-Dieu et sa gloire (1 Cor. 11, 7) ; mais l’Époux, dit saint Paul, est à la fois l’image et la gloire de Dieu (Ibid.) et la tête de l’Épouse (Ibid. 3 ; Éph. 5, 23). C’est donc en toute vérité, comme avec une pleine assurance d’être exaucée, que l’Église, s’adressant au Dieu trois fois saint, le prie de jeter les yeux, en la regardant, sur la face de son Christ.

Introit

Regardez-nous, ô Dieu notre protecteur, et jetez les yeux sur la face de votre Christ ; car un seul jour dans vos parvis vaut mieux que mille jours. Ps. Qu’ils sont aimés vos tabernacles, ô Seigneur des armées ! mon âme désire entrer dans les parvis du Seigneur, et défaille à leur pensée. Gloire au Père. Regardez-nous.

Les gloires futures à la pensée desquelles l’Église tressaille, la dignité de l’union divine qui la rend dès ce monde véritablement Épouse, ne l’empêchent point de sentir le besoin continuel qu’elle a du secours d’en haut. Un seul moment d’abandon du côté du ciel, et elle verrait l’humaine fragilité emporter ses membres à l’abîme de vice que décrit l’Apôtre dans l’Épître, bien loin des vertus qu’il célèbre. Demandons avec notre Mère, dans la Collecte, cette assistance miséricordieuse de tous les instants qui nous est si nécessaire.

Collecte

Nous vous en supplions Seigneur, gardez toujours miséricordieusement votre Église ; et parce que sans vous l’humaine nature chancelle, que sans cesse votre secours l’arrache au mal et la dirige dans la voie du salut. Par Jésus‑Christ.

Épître
Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Galates. Chap. 5.

Mes Frères, marchez selon l’Esprit, et vous n’accomplirez point les désirs de la chair. Car la chair convoite contre l’esprit, et l’esprit contre la chair : ils se combattent l’un l’autre, afin que vous ne fassiez pas tout ce que vous voulez. Que si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes point sous la loi. Or les œuvres de la chair sont faciles à connaître : à savoir, la fornication, l’impureté, l’impudicité, la luxure, l’idolâtrie, les maléfices, les inimitiés, les contentions, les jalousies, les colères, les rixes, les dissensions, les sectes, les envies, les homicides, les ivrogneries, les excès de bonne chère et autres crimes pareils, dont je vous déclare, comme je l’ai déjà fait, que ceux qui les commettent n’obtiendront point le royaume de Dieu. Le fruit de l’Esprit est au contraire : charité, joie, paix, patience, bénignité, bonté, longanimité, douceur, bonne foi, modestie, continence, chasteté. Il n’y a point de loi contre ceux qui vivent de la sorte. Or ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses convoitises.

L’Épouse venue pour être couronnée des hauteurs de Sanir et d’Hermon (Cant. 4, 8), ne connaît point la servitude du Sinaï (Gal. 4, 24-26). Bien moins encore est-elle soumise à l’esclavage des sens. Sur la montagne où sa tente est fixée jusqu’aux derniers jours (Isaï. 2, 2), l’Époux a brisé, avec les liens de la loi juive, la chaîne plus terrible encore qui liait tout les peuples, la trame de péché enveloppant les nations (Ibid. 15, 7). Ses fils sont rois comme elle (1 s. Pierre 2, 9) ; le lait qu’elle leur donne (Isaï. 66, 8‑12) infuse en eux la liberté (Gal. 4, 31). Remplis de l’Esprit-Saint qui fait leur noblesse et leur force (Rom. 8, 14, 26), ils grandissent sous l’œil du Dieu des armées dans les combats qui conviennent à des princes (Éph. 4, 8 ; 6, 12). Satan a vu leurs luttes glorieuses restreindre son empire (s. Jean 12, 31). Deux cités se partagent la terre désormais (Aug. De civit. Dei) ; et la cité sainte, composée des vainqueurs du démon, du monde et de la chair, tressaille de voir affluer dans son sein l’élite des nations (Isaï. 60, 5). L’amour supplée à toute loi dans ses murs ; car l’Esprit, qui conduit ses heureux citoyens, dirige leur marche bien au delà des prescriptions ou des défenses d’une loi quelconque. Avec la charité, la joie et tous ces fruits divins qu’énumère l’Apôtre, y naissent, comme d’eux-mêmes, sur un sol imbibé des eaux du fleuve qui n’est autre encore que l’Esprit sanctificateur inondant de ses flots la cité de Dieu (Psalm. 64, 11 ; Ps. 14, 5). Ne nous étonnons point que la nouvelle Sion soit plus aimée du Seigneur que ne le furent toutes les tentes (Ps. 86, 2) de Jacob autrefois si belles (Num. 24, 5). Depuis que la bénédiction a remplacé la loi sur terre, les serviteurs de Dieu ont fait place à ses fils. Prouvant dans la chair même leur céleste origine, ils vont de vertu en vertu ; sans quitter la vallée des larmes, ils montent incessamment, atteignant les plus hauts sommets de la sainteté, retraçant ici-bas la perfection du Père céleste (s. Matth. 5, 48) qui apparaît véritablement comme le Dieu des dieux (Psalm. 73, 6-8), entouré qu’il est dans Sion de leur noble cour.

La chair et le sang n’ont eu nulle part à leur divine naissance (s. Jean 1, 12) ; la chair et le sang n’en ont point davantage en leur vie renouvelée (1 Cor. 15, 5o). Nés de la chair primitivement, ils étaient chair, et faisaient les œuvres de honte citées dans l’Épître, montrant bien en tout qu’ils sortaient du limon (Gen. 2, 17) ; nés de l’Esprit, ils sont esprit (s. Jean 3, 6), et font les œuvres de l’Esprit malgré la chair qui les enveloppe toujours (2 Cor. 10, 3). Car l’Esprit en leur donnant la vie, les a soustraits, par la force de l’amour, à l’empire du péché (Rom. 8, 2) qui régnait dans leurs membres (Ibid. 8, 23) ; et, greffés sur le Christ, ils fructifient maintenant pour Dieu (Ibid. 4).

L’homme, asservi par la concupiscence, a donc retrouvé sur la croix de l’Homme-Dieu l’équilibre de son être (Ibid. 8, 3) avec la liberté. La suprématie que l’âme avait perdue en punition de sa révolte contre Dieu (Rom. 1, 28) lui a été rendue sous les eaux de la fontaine sacrée ; redevenue reine, qu’a-t-elle à faire qu’à châtier l’esclave qui, si longtemps, tyrannisa sa légitime maîtresse ? Certes, de lui-même déjà, l’homme ne doit rien à la chair (Ibid. 8, 12). Mais de plus, Dieu, insulté par tant d’ignominies commises sous ses yeux trois fois saints, réclame aussi sa vengeance ; et il daigne faire alliance avec l’homme affranchi, en lui confiant la mission d’exercer sur l’usurpatrice ennemie leurs communes représailles. Au reste il y va, dans la continuation de la lutte, de la sûreté même des résultats acquis. Car, bien que réduite à l’impuissance de nuire à ceux qui sont en Jésus-Christ et ne suivent point ses honteuses suggestions (Ibid. 1), l’ancienne révoltée n’en demeure pas moins toujours en état de rébellion ouverte contre l’esprit, n’épargnant qu’à de rares privilégiés ses importunes attaques, suivant Antoine au désert, souffletant Paul au sortir de ses révélations sublimes (2 Cor. 12, 7).

C’est pourquoi, n’eussions-nous aucune faute à expier, la plus élémentaire sagesse nous dicterait encore, contre cette persévérante et trop intime ennemie, des mesures de répression préventive. « Je châtie mon corps, disait l’Apôtre, et je le réduis en servitude, de peur que je ne devienne réprouvé (1 Cor. 9, 27). »

La pénitence est une dette de justice, qui s’impose au pécheur ; la mortification est un devoir de haute prudence, qui regarde quiconque ne peut se vanter d’avoir éteint en lui sans retour les feux de la concupiscence. Et qui donc se rendra le double témoignage d’être quitte envers Dieu, et d’avoir étouffé dans son sein tous les germes des basses convoitises ? C’est pourquoi tous les auteurs qui traitent de la conduite des âmes professent, sans exception, qu’aucun homme soucieux de la perfection et du salut ne doit se borner à l’observation des règles de la simple tempérance, qui prohibe l’excès dans l’usage des jouissances de tout genre ; il faut que, s’armant de force, il sache de temps en temps se refuser des plaisirs permis d’ailleurs, s’imposer des privations qui n’étaient pas commandées, aller même au-devant de la souffrance proprement dite, selon le mode et dans la mesure que conseillera un sage directeur.

Écoutons entre mille, sur ce sujet, l’aimable et doux saint François de Sales : « Si vous pouvez supporter le jeûne », dit-il, dans l’Introduction à la vie dévote, à sa chère Philothée, « vous ferez bien de jeûner quelques jours outre les jeûnes que l’Église nous commande… ; bien qu’on ne jeûne pas beaucoup, l’ennemi néanmoins nous craint davantage quand il connaît que nous savons jeûner. Les mercredi, vendredi et samedi sont les jours en lesquels les anciens chrétiens s’exerçaient le plus à l’abstinence. Prenez-en donc de ceux-là pour jeûner, autant que votre dévotion et la discrétion de votre directeur vous le conseilleront… La discipline a une merveilleuse vertu pour réveiller l’appétit de la dévotion, étant prise modérément. La haire mâte puissamment le corps… ; ès jours plus signalés de la pénitence, on la peut employer avec l’avis d’un discret confesseur (Introd. à la vie dévote, 3ème partie, chap. 23). »

Ainsi s’exprime le docte et pieux évêque de Genève, malgré sa douceur ; et c’est aux personnes vivant dans le monde que s’adressent ses instructions. C’est qu’en effet, dans le monde comme dans le cloître, la vie chrétienne, dès qu’on la prend au sérieux, exige cet incessant combat de l’esprit contre la chair, faute duquel celle-ci reprend bientôt son empire usurpé et réduit l’âme à l’impuissance, en éteignant ses premières aspirations vers la vertu dans la torpeur d’un engourdissement fatal, quand elle ne la replonge pas d’un seul bond dans la fange.

Qu’on ne craigne point, au reste, que l’affabilité des rapports sociaux ait rien à souffrir de cette énergie que le chrétien saura déployer contre lui-même : la vertu qui repose sur l’oubli de soi jusqu’à aimer pour Dieu la souffrance et la gêne, n’enlève rien aux grâces de qui la possède, ni aux charmes de la société où elle se rencontre ; et il n’est point de parure, quand c’est l’amour du Christ Jésus qui préside à son agencement, où les bijoux de la pénitence ne sachent très bien trouver leur place sans faire nul tort à ceux du siècle. Quelle leçon ne réserve pas le jour du jugement à tant de chrétiens, tièdes et lâches, qui pensent que tout autour d’eux partage sur ce point la mollesse où ils s’endorment si volontiers ! Alors ils verront, révélées au grand jour, les pieuses industries que le culte de la croix suggérait, pour crucifier leur chair au sein même des plaisirs, à tels et telles dont l’aménité faisait le plus bel ornement de leurs fêtes mondaines.

Et ne faut-il pas reconnaître qu’il en doit être ainsi d’ailleurs, à moins de dire que le christianisme et l’amour divin ne sont plus de ce monde ? Comment aimer Jésus, l’homme de douleurs (Isaï. 53, 3), sans aimer ses souffrances ? Comment prétendre marcher après lui, si l’on n’est pas dans la voie du Calvaire ? Si quelqu’un veut venir après moi, dit l’Homme-Dieu, qu’il se renonce lui-même, qu’il porte sa croix tous les jours, et qu’il me suive (s. Matth. 16, 24). Et l’Église qui ne fait qu’un avec son Époux, qui le complète en toutes choses (Éph. 1, 23), poursuivant et développant sa vie d’expiation et de réparation à travers les siècles, l’Église demande à ses fils l’accomplissement de cette tâche sublime que l’Apôtre exprimait par ces mots : Je supplée à ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ, en souffrant dans ma chair pour son corps qui est l’Église (Col. 1, 24).

Tâche sublime en effet, toute filiale du côté qui regarde l’Église, mais aussi toute divine et déifiante, considérée entre le Verbe et l’âme qu’il daigne élever au-dessus des anges à ce point de l’appeler en part du calice réservé par le Père souverain à son humanité-sainte (s. Jean 18, 11). C’est là vraiment l’intimité de l’Épouse ; c’est le breuvage dont la vertu confond leurs deux vies en une seule ; et l’on ne doit pas s’étonner si l’ivresse douloureuse qu’ils puisent à l’envi dans la coupe sacrée donne une telle force à leur union, que la créature redescend parfois de l’extase marquée dans son âme, et dans sa chair même, des plaies du divin Crucifié. Mais que le Seigneur daigne ou non communiquer d’une manière invisible ou visible à sa bien-aimée les stigmates de son amour, la souffrance, sous ses mille formes, est le sceau royal qui donne ici‑bas son cachet d’authenticité le plus sûr au contrat de l’union divine. Plusieurs, qui tressaillent d’une pieuse envie au récit des faveurs gratuitement accordées à quelques âmes saintes, reculeraient terrifiés devant l’exposé des épreuves qu’elles ont dû traverser pour gagner ces sommets mystérieux. Après même que les épreuves purifiantes dont nous avons parlé ailleurs (6ème Dim. apr. la Pentec.) sont accomplies, le rendez-vous du Cantique n’en demeure pas moins fixé toujours au mont de la myrrhe (Cant. 4, 6) qui signifie la souffrance ; la myrrhe est le premier des parfums que le Verbe divin recueille au jardin symbolique, le seul qu’il nomme entre tous (Ibid. 5, 1) ; la myrrhe découle des mains de l’Épouse et remplit ses doigts (Ibid. 5) ; il est lui-même au sein de son élue le bouquet de myrrhe (Ibid. 1, 12), et c’est la myrrhe que distillent pour elle ses lèvres d’Époux (Ibid. 5, 13).

Ne prétendons point, dans notre misère, être emportés jamais par l’Esprit jusqu’aux cimes élevées de la vie mystique où l’union divine produit les merveilleux résultats cités plus haut ; mais rappelons-nous que ni l’intensité, ni le mérite de l’amour, ni la réalité même de l’union effective ne dépendent de ces manifestations extérieures. Il doit nous suffire, pour aimer, pour rechercher la souffrance, de nous souvenir par la foi qu’elle a été toute la vie de Celui qui désire et mérite si bien être l’unique objet de nos affections et de nos pensées. Nous sommes les membres d’un Chef couronné d’épines : pourrions-nous ne rêver que délices et fleurs ? N’oublions point que tous les saints, au ciel, doivent reproduire les traits de l’Adam nouveau (1 Cor. 15, 45-49) ; le Père éternel n’admet dans sa maison que des images de son Fils (Rom. 8, 29-30).

L’Église chante, au Graduel, la bienheureuse confiance qu’elle a mise dans le Seigneur son Époux. Le Verset alléluiatique invite ses fils à se réjouir comme elle en Dieu leur Sauveur

Graduel

Il est bon de se confier dans le Seigneur, plutôt que de se confier dans l’homme. R/. Il est bon d’espérer dans le Seigneur, plutôt que d’espérer dans les princes. Alléluia, alléluia. V/. Venez, tressaillons dans le Seigneur, réjouissons-nous en Dieu notre Sauveur. Alléluia.

Évangile

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Personne ne peut servir deux maîtres ; car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent. C’est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie où vous trouverez de quoi manger, ni pour votre corps où vous aurez de quoi le vêtir. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Considérez les oiseaux du ciel : ils ne sèment point, ni ne moissonnent, ni n’amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas, vous, beaucoup plus qu’eux ? Qui de vous par ses soucis peut ajouter à sa taille une seule coudée ? Et pourquoi êtes-vous inquiets du vêtement ? Voyez les lis des champs, comment ils croissent : ils ne travaillent, ni ne filent point. Or je vous dis que même Salomon dans toute sa gloire n’a jamais été vêtu comme l’un d’eux. Mais si Dieu prend soin de vêtir ainsi une herbe des champs qui est aujourd’hui, et sera demain jetée au four, combien plus aura-t-il soin de vous vêtir, hommes de peu de foi ? Ne vous inquiétez donc point, en disant : Que mangerons-nous, ou que boirons-nous, ou de quoi nous couvrirons-nous ? comme font les païens qui recherchent toutes ces choses. Car votre Père sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez donc d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît.

La vie surnaturelle, pour arriver à son plein épanouissement dans les âmes, doit triompher de trois ennemis que saint Jean a nommés la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l’orgueil de la vie (1 s. Jean 2, l6). Nous venons de voir, dans l’Épître du jour, l’obstacle opposé par le premier de ces ennemis à l’Esprit-Saint et la manière de le surmonter ; l’humilité, sur laquelle l’Église a ramené plus d’une fois notre attention dans les Dimanches précédents, est le renversement de l’orgueil de la vie ; la concupiscence des yeux, ou l’attache aux biens de ce monde qui n’ont de biens que le faux nom et l’apparence trompeuse, est l’objet de l’Évangile qu’on vient d’entendre.

« Personne, dit l’Homme-Dieu, ne peut servir deux maîtres ; » et ces deux maîtres dont il parle sont Dieu et Mammon, c’est-à-dire la richesse (Homil. diei). Non que la richesse soit mauvaise par elle-même. Acquise légitimement et employée suivant la volonté du Seigneur suprême, elle sert à gagner les vrais biens, à entasser par avance dans l’éternelle patrie des trésors qui ne craignent point les voleurs ou la rouille (s. Matth. 6, 19-20). Quoique la pauvreté soit la noblesse des cieux depuis que le Verbe divin l’a épousée, c’est une grande mission que celle du riche, établi pour faire valoir, au nom du Très-Haut, les diverses parties de la création matérielle. Dieu daigne remettre à ses soins la nourriture et l’entretien de ses fils les plus aimés, des membres dénués et souffrants de son Christ ; il l’appelle à se faire le soutien des intérêts de son Église, le promoteur des œuvres du salut ; il lui confie la splendeur de ses temples. Heureux et digne de toute louange est celui qui ramène directement ainsi à la gloire de leur auteur les fruits de la terre et les métaux qu’elle renferme en son sein ! Qu’il ne craigne point : ce n’est pas à lui que s’adressent les anathèmes tombés si souvent de la bouche de l’Homme-Dieu sur les riches et les heureux du siècle. Lui n’a qu’un maître : le Père qui est aux cieux, dont il se reconnaît humblement l’économe. Mammon ne le domine pas ; car, au contraire, il en a fait son esclave et l’a mis au service de son zèle. Le soin qu’il prend pour administrer ses biens dans la justice et la charité, n’est point celui que condamne l’Évangile ; car en cela même il suit la parole du Seigneur, cherchant d’abord le royaume de Dieu ; et la richesse qui passe par ses mains en bonnes œuvres ne distrait point ses pensées du ciel où est son trésor et son cœur (s. Matth. 6, 21).

Tout autrement en est-il, quand la richesse n’est plus envisagée comme un simple moyen, mais devient le but de l’existence, au point de faire négliger et parfois oublier à l’homme sa fin dernière. Les voies de l’avare ravissent son âme, dit l’Esprit-Saint (Prov. 1, 19). C’est qu’en effet, explique l’Apôtre à son disciple Timothée, l’amour de l’argent précipite l’homme dans la tentation et les filets du diable par la multitude des désirs pernicieux et vains qu’il engendre ; il l’enfonce toujours plus avant dans l’abîme, lui faisant vendre au besoin jusqu’à sa foi (1 Tim. 6, 9‑10). Et cependant plus l’avare amasse, et moins il dépense. Garder chèrement son trésor, le contempler (Ecclé. 5, 9-10), ne penser qu’à lui quand la nécessité l’en éloigne, c’est là toute sa vie ; sa passion tourne en idolâtrie (Éph. 5, 5 ; Col. 3, 5). Mammon bientôt, en effet, n’est plus seulement pour lui un maître aux ordres primant tous les autres ; c’est un dieu devant qui, courbé jour et nuit, l’avare immole amis, parents, patrie et lui-même, dévouant son âme à son idole, et lui jetant tout vivant, dit l’Ecclésiastique, ses propres entrailles (Eccli. 10, 10). Ne soyons point étonnés que notre Évangile représente Dieu et Mammon comme d’irréconciliables rivaux : quel autre que Mammon a vu Dieu en personne sacrifié pour trente pièces d’argent sur son vil autel ? Est-il un ange déchu dont la hideuse gloire rayonne d’un plus sinistre éclat sous les voûtes infernales, que le démon du gain, auteur du marché qui livra aux bourreaux le Verbe éternel ? Le déicide est à la charge des avares ; leur misérable passion, que l’Apôtre qualifie de racine de tous les maux (1 Tim. 6, 10), revendique légitimement le plus grand des crimes que le monde ait commis.

Mais, sans aller jusqu’aux excès qui firent dire aux auteurs inspirés des livres eux-mêmes de l’ancienne alliance : « Rien de plus criminel que l’avare, rien de plus inique que d’aimer l’argent (Eccli. 10, 9-10), » il est facile de se laisser entraîner, au sujet des biens de ce monde, à une sollicitude exagérée, dépassant celle que permet la prudence. Le Créateur qui ne néglige ni les oiseaux du ciel, ni les lis des champs, oublierait-il, soit de nourrir, soit de vêtir l’homme même, pour qui furent faits les oiseaux et les lis ? Depuis surtout que l’homme peut dire à Dieu : Mon Père, l’inquiétude que condamne la simple raison serait pour des chrétiens une injure à Celui dont ils sont les fils. Leur bassesse d’âme mériterait l’abandon du Seigneur de toutes choses. Si répondant au contraire à leur noblesse de race, ils cherchent avant tout ce royaume de Dieu dont la couronne est pour eux dans la vraie patrie, les biens de la vallée d’exil leur sont assurés par la parole expresse du Seigneur même, dans la mesure utile au voyage qui les conduit au ciel. Quelle ineffable suavité dans ces déductions du Sauveur ! vouloir y ajouter d’humaines paroles serait en diminuer le charme et la force à la fois.

Insistons seulement pour faire observer que la préoccupation blâmée ici comme un manque de confiance envers le Père qui est aux cieux, serait, en outre, la preuve d’une attache incompatible avec la perfection de la vie chrétienne et le désir d’avancer dans les voies de l’union divine. La Vie unitive n’est fermée à aucun des états de ce monde ; mais c’est à la condition pour l’âme de se dégager des liens qui l’empêchent de monter vers son Dieu. Le religieux brise ces liens par ses trois vœux, qui répondent directement aux efforts de la triple concupiscence ; le séculier qui désire, quoique dans le monde, répondre autant que possible à l’appel du Seigneur, doit arriver, sans l’aide de cette séparation effective, à se détacher non moins complètement de sa volonté propre, de ses sens et des biens qu’il possède, pour n’avoir plus de regards et d’aspirations qu’au ciel où réside son amour. S’il ne fait pas en sorte d’être, au sein même des richesses, aussi pauvre d’esprit que l’est de fait le religieux, sa marche se trouve arrêtée dès le premier degré de l’échelle contemplative ; tant qu’il n’aura pas triomphé de l’obstacle, il ne doit pas compter s’élever, dans la vie et l’amour, au-dessus des sentiers du grand nombre.

L’Offertoire, comme les autres parties de cette Messe, est tout à la confiance. Le chef des milices de Dieu, l’archange Michel dont la fête approche, et que l’Église invoque tous les jours dans la bénédiction de l’encens à ce moment du Sacrifice, n’est-il pas là pour garder ceux qui craignent le Seigneur ?

Offertoire

L’Ange du Seigneur environnera ceux qui le craignent et les délivrera ; goûtez et voyez combien le Seigneur est doux.

Demandons, dans la Secrète, que l’hostie offerte sur l’autel purifie notre âme par sa vertu et détermine la divine puissance à se montrer en notre faveur.

Secrète

Accordez, nous vous en supplions, Seigneur,que cette hostie salutaire détruise nos fautes et incline miséricordieusement vers nous votre puissance. Par notre Seigneur.

L’Antienne de la Communion, tirée de l’Évangile qui est aujourd’hui celui du présent Dimanche, ne se trouvait pas ici primitivement ; les anciens liturgistes n’en font point mention à cette place, et on ne l’y rencontre dans aucun des manuscrits consultés par le Bienheureux Tommasi pour la publication de son Antiphonaire. La composition de cette Messe et de quelques autres présente au reste, historiquement, plus d’une autre variante ; mais ces détails, si intéressants qu’ils soient d’ailleurs, relèvent trop exclusivement de l’érudition, et nous ne pourrions y entrer sans changer le caractère de cet ouvrage.

Communion

Cherchez d’abord le royaume de Dieu, et toutes choses vous seront données par surcroît, dit le Seigneur.

Pureté croissante, protection du ciel et persévérance finale, tels sont les fruits précieux de la fréquentation des Mystères. Obtenons-les, en priant avec l’Église dans la Postcommunion.

Postcommunion

Que votre Sacrement nous purifie toujours et nous défende, ô Dieu ; qu’il nous conduise au port du salut éternel. Par notre Seigneur.

Autres liturgies

Les deux Répons suivants, que nous empruntons au Bréviaire romain, s’adaptent aux enseignements qui viennent de nous être donnés.

Répons

R/. Éloignez de moi, Seigneur, la parole mauvaise et trompeuse.* Ne me donnez ni les richesses ni la pauvreté, mais accordez-moi seulement le nécessaire de la vie.

V/. Je vous ai demandé deux choses, ne me les refusez pas avant que je meure.* Ne me donnez.

R/. O Seigneur, Père et Dieu de ma vie, ne m’abandonnez pas aux pensées mauvaises ; éloignez de mes yeux l’arrogance, Seigneur, et détournez de moi le désir pervers : arrachez de moi la concupiscence. * Et ne me livrez pas à un esprit sans honte ni retenue.

V/. Ne m’abandonnez pas, Seigneur, de peur que ne s’accroissent mes ignorances, et que ne se multiplient mes péchés.* Et ne me livrez pas.

Il en est de même de la Préface qui répondait autrefois à notre Évangile, lorsqu’il était placé au quinzième Dimanche après la Pentecôte.

Préface

Il est vraiment digne de vous rendre grâces, Dieu éternel, qui des biens du temps nous conduisez à ceux qui durent toujours : vous donnez ceux-ci, vous accordez ceux-là de telle sorte que nous commencions à nous attacher dès maintenant aux éternels et à nous détacher de ceux de la vie présente. C’est à vous, en effet, que nous devons de vivre ; viciés dans notre nature par la plaie du péché, nés de la terre, c’est vous qui faites que nous passions aux cieux.

L’ancienne Préface du quatorzième dimanche était ainsi conçue :

Préface

C’est une chose bien juste de vous rendre grâces, Dieu éternel ; car c’est vous qui, toujours tirant la force de notre faiblesse, avez donné à votre Église de grandir au milieu des obstacles. La croyait-on vaincue : c’est alors surtout qu’elle l’emportait triomphante ; ainsi en même temps, et l’affliction éprouve la solidité de la foi, et toujours par votre aide, la dévotion reste victorieuse.

Approprions-nous enfin dans l’esprit du Temps que nous traversons, cette admirable formule de notre Sacramentaire gallican.

Contestatio

Oui, il est digne et juste, Seigneur Roi des cieux, Roi des rois, Dieu des dieux et Maître des maîtres, de te rendre grâces, de t’immoler les hosties de la louange. Exauce la prière et les supplications de tes serviteurs et de tes servantes ; que tes oreilles perçoivent leurs larmes, Abba, ô Père. Accomplis l’office de ce nom qui est le tien sur tes serviteurs et tes servantes : à toi de les conduire, à toi de les protéger, à toi de les conserver, à toi de les sanctifier, à toi de les gouverner, à toi de les consoler. Puisque tu n’as pas dédaigné de les rassembler et de les appeler, embrase-les de ton amour, pour qu’ils ne tombent pas sous ton mépris, Seigneur très clément et très tendre Père. Je t’en prie, Seigneur, que ne périsse pas en nous l’œuvre de la rédemption et ton appel : tu nous as appelés quand nous étions égarés, garde-nous maintenant que nous habitons ce bercail. Nous t’en prions, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, exauce tes serviteurs, car ta miséricorde est bienveillante. Accorde-leur d’être enflammés de ton Saint-Esprit, d’être affermis de ta force, d’être illuminés de ta splendeur, d’être remplis de ta grâce, de profiter avec ton aide. Donne-leur, Seigneur, une foi droite, une charité parfaite, une humilité vraie. Fais, Seigneur, que soit en nous simplicité de l’amour, patience courageuse, obéissance persévérante, paix sans fin, âme pure, cœur droit et non souillé, bonne volonté, sainte conscience, componction de l’esprit, force d’âme, vie sans tache, irrépréhensible ; et que, la course accomplie virilement, nous méritions d’entrer heureusement dans ton royaume.

8 septembre
Nativité de la Vierge Marie
par saint Alphonse de Liguori

8 septembre Nativité de la Vierge Marie
par saint Alphonse de Liguori

1. Avant la naissance de Marie, le monde était plongé dans les ténèbres du péché. « Mais l’aurore se leva, dit l’abbé Rupert, quand la Vierge fit son apparition sur la terre. » (Sur le Cantique des Cantiques, liv. 6 ; PL 168, 936-937). Aussi fut-il écrit d’elle dans le Cantique des cantiques : « Quelle est celle-ci qui s’avance comme l’aurore à son lever ? » (Ct 6, 10). Au lever de l’aurore, en effet, la terre tressaille de joie, parce que l’aurore est l’avant-courrière du soleil ; de même, l’univers entier tressaille de joie à la naissance de Marie, parce qu’elle est l’avant-courrière du Soleil de Justice, du Fils de Dieu qui doit être aussi son Fils et notre Sauveur par sa mort.

C’est donc à juste titre que l’Église chante en ce jour : « Votre naissance, ô Vierge Mère de Dieu, fut pour le monde entier l’annonce de la grande joie ; car de vous est né le Soleil de justice, le Christ notre Dieu, qui nous donna la vie éternelle. » (Bréviaire Romain : Nativité de la B. V. M., répons de la lecture 6). On peut dire que la naissance de Marie fut la première apparition de notre remède, de notre consolation, de notre salut : n’est-ce pas d’elle que nous avons reçu le Sauveur ?

2. Destinée pour Mère au Verbe éternel, cette Enfant fortunée reçut des mains de Dieu une telle abondance de grâces, que, dès son Immaculée Conception, elle dépassait en sainteté tous les anges et tous les saints réunis. Il lui fallait une grâce suréminente, proportionnée à sa dignité de Mère de Dieu : c’est de cette grâce d’ordre supérieur qu’elle fut comblée.

Ô saint Enfant, Ô Reine de grâce, je vous salue, moi pauvre pécheur, et je me prosterne devant vous. Vous êtes la Bien-aimée, vous êtes les délices de Dieu, ayez pitié de moi qui suis devenu par mes péchés un objet de haine et d’horreur pour Dieu. Vous, ô Vierge très pure, vous avez su, dès votre enfance, vous gagner si bien le cœur de Dieu, qu’il ne vous refuse rien et s’empresse d’exaucer toutes vos demandes. Recommandez-moi seulement à votre Fils, et je serai sauvé.

3. C’est par le même décret divin qui la prédestinait à devenir la Mère de notre Rédempteur, que Marie fut choisie pour remplir le rôle de Médiatrice entre Dieu et les pécheurs. C’est pour cette raison, d’après le Docteur Angélique, qu’elle reçut une grâce suffisante pour sauver tous les hommes (S. Thomas d’Aquin, Opuscule 8, Opuscules, trad. Védrine, tome 2, Paris 1857, 45) ; pour cette raison aussi, que saint Bernard l’appelle un Aqueduc surabondant, qui déverse sur nous sa plénitude, son trop-plein. (S. Bernard, Sermon de l’Aqueduc, n. 3).

Ô ma Reine, ô Médiatrice des pécheurs, je vous conjure d’accomplir votre office et d’intercéder pour moi. Je ne veux pas que mes péchés m’empêchent d’avoir confiance en vous, auguste Mère de Dieu ; au contraire, je veux me confier en vous toujours, et si complètement que si mon salut était entre mes mains, je le remettrais dans les vôtres. Ô Marie, daignez me prendre sous votre protection, et c’est assez.

Fatima
L’importance de la hiérarchie dans l’accomplissement des demandes de Notre Dame

Une critique revient régulièrement concernant le secret de Fatima. Celui-ci n’ayant été mis par écrit qu’en 1941, sœur Lucie est souvent accusée d’avoir fait des prophéties post eventum (après les événements), en particulier en ce qui concerne l’embrasement du ciel durant la nuit du 25 au 26 janvier 1938. Continuer la lecture de « Fatima
L’importance de la hiérarchie dans l’accomplissement des demandes de Notre Dame »

Saint Pie X
Brève biographie

ORIGINES

Giuseppe Sarto, plus connu sous le nom de Pape Pie X, naquit le 2 juin 1835 à Riese, une bourgade de 4 500 habitants, où ses parents, Jean Baptiste Sarto et Marguerite Sanson, avaient contracté mariage le 13 février 1833 à l’église paroissiale Saint-Mathieu. C’est justement là que fut baptisé le petit Joseph, le lendemain de sa venue au monde.

Issu d’une famille modeste, Jean Baptiste exerçait l’emploi d’huissier municipal ; quant à Marguerite, elle était couturière de campagne. De leur union naquirent dix enfants : Joseph, Guiseppe (Joseph), Ange, Thérèse, Rose, Antonia, Marie, Lucie, Anne, et Pierre ; mais le premier et le dernier des garçons (Joseph et Pierre), à peine nés s’envolèrent au Paradis. Voilà pourquoi le second enfant fut baptisé Giuseppe (Joseph). Pourtant, qui pouvait dire de ce dernier, qu’un jour il serait le successeur de saint Pierre !…

Comme dans toutes les modestes familles nombreuses, la famille Sarto devait faire attention, car les revenus étaient faibles, mais tous se résignaient à la volonté du Seigneur, contents de la table qu’il leur servait chaque jour.
Epouse et mère exemplaire, Marguerite s’efforçait d’inculquer à ses enfants les vertus chrétiennes qu’elle avait elle même hérité de ses parents.

C’est dans cet esprit que le petit Joseph grandissait. Souvent, il allait prier au sanctuaire de Cendrole, à un kilomètre de Riese, car déjà très jeune il avait une dévotion toute spéciale pour la Sainte Vierge. Jamais il ne manquait le catéchisme ni manquait à la Messe. C’était pour lui une joie d’assister aux offices et servir à l’autel comme enfant de chœur. À la maison, il se plaisait à construire avec ses frères de petits autels, où, avec une simplicité enfantine, il s’exerçait aux cérémonies de l’église. Ces actes de piété naïve déposaient en son cœur les premiers germes de cette vocation qui un jour devait faire de lui le saint Pape que nous connaissons.

Ce goût prononcé pour le catéchisme et la Messe ne manqua pas d’attirer l’attention de Don Fusarini, le curé qui l’avait baptisé. Quand il eut terminé, avec succès, ses études élémentaires, il apprit le latin et fréquenta comme externe, de 1846 à 1850, le collège de Castelfranco (à 7 km de Riese) pour des études secondaires. Sur ces entrefaites, Joseph Sarto reçut la Confirmation le 1er décembre 1845 dans la cathédrale d’Asolo, et la première Communion le 6 avril 1847.

Été comme hiver, il parcourait à pied deux fois par jour la route qui le conduisait de chez lui au collège, avec un morceau de pain dans la poche pour son repas. Excellent élève, il était toujours le premier. Après un brillant succès aux examens, le jeune garçon voulait entrer au Séminaire car il se sentait appelé par le sacerdoce. Ses parents n’étaient pas en état de faire des frais pour payer les études de leur fils. Les maigres revenus de ses parents suffisaient à peine à faire vivre la nombreuse famille, et il était impossible de s’engager dans des frais supplémentaires.
Les prières et la confiance en la Divine providence apporta consolation à la famille : Le patriarche de Venise disposait de plusieurs bourses d’études pour le séminaire de Padoue, en faveur des jeunes gens qui souhaitaient aspirer au sacerdoce. Le cardinal Jacopo Monico, originaire de Riese, fut informé par un curé du cas difficile de la famille Sarto, et très volontiers on lui attribua l’une de ces bourses.

AU SEMINAIRE DE PADOUE

Le jeune Joseph entra au séminaire à l’automne de 1850 où il y resta pendant huit ans. Ses supérieurs avaient gardé de lui un très bon souvenir. Il devint bien vite pour ses condisciples un modèle d’humilité et de simplicité ; vertus qu’il sut toujours allier à une grande fermeté de caractère. Maîtres et élèves appréciaient son intelligence, mais lui n’en tirait point vanité, ni ne cherchait point à paraître.
A Riese, tout le monde connaissait la situation très modeste de la famille Sarto. Bien que reçu gratuitement au Séminaire pour ce qui regarde la pension, les parents devaient faire face aux frais d’habillement, aux achats de livres et tout ce qu’il faut à un élève de Grand Séminaire. Quelques familles, qui estimaient et aimaient le jeune Sarto lui fournissaient un peu d’argent pour ces dépenses.

Le 4 mai 1852 un grand malheur vint troubler la joie de Joseph Sarto : la mort de son père, qui du coup plongea la famille dans une situation économique plus que dramatique. En cette douloureuse circonstance, Don Fusarini, archiprêtre, fut vraiment son ange consolateur : il assura à son père mourant qu’il continuerait à aider son fils Joseph dans ses études et ne cesserait de soulager les misères de la famille. Ainsi, le jeune séminariste se remit entre les mains de Dieu et se résigna à Sa volonté divine en esprit de sacrifice.
Son attention était aussi tourné à la musique et au chant d’église, si bien que ses supérieurs firent de lui le maître de chapelle du Séminaire. À la fin de l’année scolaire 1857-58, Joseph Sarto termina ses brillantes études.

PREMIÈRE MESSE

Le 18 septembre 1858 il fut ordonné prêtre. L’ordination se fit à la cathédrale de Castelfranco, et le lendemain, assisté par le curé de Riese, il put chanter avec une grande dévotion se première Messe là même où il fut baptisé. Peu après il fut nommé vicaire à Tombolo.

CURÉ À SALZANO

Au mois de mai 1867, alors âgé de 32 ans, il fut nommé archiprêtre de Salzano où il restera pendant neuf ans. Ses revenus étaient un peu plus important ici, mais ils servaient aux pauvres et aux malades. Il pensait à tous, excepté à lui-même, heureux seulement quand il pouvait faire du bien au prochain.
En neuf ans, il avait gagné les cœurs des paroissiens par sa parole, par ses actes et l’exemple d’une vie sainte.

CHANOINE À TREVISE

Trévise est situé à trente kilomètres de Venise. En 1875, trois stalles de chanoines se trouvèrent vacantes à la cathédrale de Trévise. L’Èvêque songea donc à l’archiprêtre Sarto, dont il appréciait les éminentes qualités d’esprit et de cœur. En apprenant que L’Èvêque voulait le nommer chanoine, il demanda à être ; dispensé de cette charge, mais en vain. C’est donc le 21 juillet 1875 qu’il se rendit à la cathédrale de Trévise pour prendre possession de son canonicat.
Quand il entra en fonction comme Directeur spirituel, le Séminaire comptait deux cent trente élèves, dont soixante-dix clercs.
A Trévise aussi Mgr. Sarto distribuait en aumônes une bonne partie des ses revenus. Il voulait que personne ne le sût, selon le mot de l’Èvangile : « Que votre main gauche ignore ce que fait votre main droite » (Matthieu 6 : 3) ; mais il avait beau agir dans le secret, on sut bientôt qu’il venait en aide aux séminaristes pauvres, qu’il payait aux uns la soutane, aux autres le chapeau, à beaucoup les livres…
Autant il était charitable pour les autres, autant par contre il était sévère pour lui-même : il se souciait peu de ses vêtements ou de ses chaussures. Quel bel exemple de charité pour son prochain… !

VICAIRE CAPITULAIRE

Après la mort de Mgr. Zinelli, survenu le 24 novembre 1879, il eut la charge de gouverner le diocèse de Trévise du 27 novembre 1879 au 23 juin 1880. Ce peu de temps lui suffit pour faire beaucoup : Il prêchait plus qu’à l’ordinaire, redressait les mauvaises habitudes, introduisait les réformes que les constitutions Apostoliques permettent aux vicaires capitulaires ; mais son plus grand souci était que le peuple fût instruit de la religion, les enfants catéchisés et préparés avec soin à la première Communion.

LE SIÈGE EPISCOPAL

Les multiples mérites de cet homme de Dieu, ses vertus remarquables, sa sainteté de vie, son zèle pour le salut des âmes, sa compétence à gouverner le diocèse de Trévise étaient choses bien connues du Pape Léon XIII, qui, voulant lui témoigner sa confiance, le nomma dans le Consistoire du 10 novembre 1884, à l’évêché de Mantoue.

St. Pie XL‘humble Joseph Sarto, loin de s’en réjouir, regarda cette nomination comme un malheur et écrivit même au Vatican pour la faire révoquer, se déclarant indigne d’un tel honneur et incapable de porter ce fardeau ; mais sa demande fut rejetée. Il partit donc pour Rome, où, le dimanche 16 novembre 1884, jour dédié au patronage de Marie la Vierge Immaculée protectrice de Mantoue, il fut sacré évêque dans l’Eglise de St Apollinaire.
Le 25 février 1885, Mgr Sarto obtint l’exequatur à la Bulle pontificale qui le nommait à l’évêché de Mantoue; et c’est le 18 avril 1885 qu’il fit son entrée solennelle dans cette ville sous les applaudissements de la foule joyeuse et au son des cloches de la citée.

Pour les hommes destiné à de grandes choses, les voies de la Providence sont souvent mystérieuses. Mgr. Sarto dut faire face à beaucoup de difficultés ; sa nouvelle fonction se présentant toute hérissée d’épines: nombreuses étaient les réformes à faire ; mais avec une inaltérable confiance en Dieu, il se mit au travail.
Il s’occupa d’abord du clergé : afin de relancer les vocations, il demanda que chacun selon son pouvoir vînt en aide aux séminaristes, de qui dépendait tout espoir d’un avenir meilleur pour le diocèse. Le résultat fut positif car le nombre des clercs s’éleva à 147.
Mgr. Sarto eut particulièrement à cœur de former les séminaristes à l’esprit sacerdotal, au zèle pour le salut des âmes jusqu’au sacrifice de soi-même. Pour chaque jeune homme qui souhaitait entrer au séminaire, il voulait savoir si celui-ci avait la vocation, s’il était pieux, s’il fréquentait les sacrements, s’il priait… Bref, il souhaitait de vrais futurs prêtres pour l’Eglise.
Face au laissé aller qu’il y avait déjà à cette époque là dans certaines paroisses, il décida la tenue d’un Synode diocésain au terme duquel on y édita certaines prescriptions relatives à l’instruction religieuse du peuple :
– Explication, chaque dimanche, de l’Evangile ;
– Mieux préparer les enfants à la première Communion ;
– Création de cercles et associations catholiques de jeunes gens, pour les tenir éloignés des dangers ;
– Réorganisation des confréries.
On peut considérer ce Synode comme le point de départ de la restauration morale et religieuse de tout le diocèse de Mantoue.

CARDINAL ET PATRIARCHE

Suite au décès, à, du Cardinal Patriarche Dominique Agostini, le Pape Léon XIII nommait, le 12 juin 1892, Joseph Sarto pour lui succéder. Une fois de plus, il demanda à être dispensé de ces fonctions, mais en vain, et se soumit à la volonté de Dieu.
En octobre de cette année là, il alla revoir sa mère bien-aimée et sa ville natale et baptisa grand nombre d’enfants. Hélas, ce fut la dernière fois qu’il embrassa sa chère maman : celle-ci rendit sa belle âme à Dieu en février de l’année suivante. Pour perpétuer le souvenir de la pieuse femme, on grava sur sa tombe cette inscription composée par son fils :

MARGUERITE SANSON
FEMME EXEMPLAIRE, ÈPOUSE VERTUEUSE
MÈRE INCOMPARABLE
LE 4 MAI 1852
PERDIT SON MARI BIEN-AIMÈ
JEAN-BAPTISTE SARTO
RÉSIGNÉE ET CALME
DANS LES PEINES COMME DANS LES JOIES
AVEC UN COURAGE VIRIL
ELLE ÉLEVA CHRÉTIENNEMENT SES NEUF ENFANTS
LE 2 FÉVRIER 1894
DANS SA QUATRE-VINGT UNIÈME ANNÉE
ELLE COURONNA
PAR LA MORT DU JUSTE
UNE VIE DE TRAVAIL ET DE SACRIFICE.
__________

POUR LEURS CHERS PARENTS
LE CARDINAL JOSEPH SARTO
SON FRÈRE ET SES SOEURS
DEMANDENT
L’ÉTERNELLE PAIX.

La perte de sa mère lui causa une grande douleur.

Le 25 novembre 1894, il officia pontificalement pour la première fois dans la Basilique St. Marc, à Venise. Le nouveau Patriarche recevait chaque jour quiconque avait besoin de lui et administrait le sacrement de Confirmation. Né pauvre lui-même, il vécut toujours pauvre d’esprit, plein de pitié pour les souffrances des malheureux; aussi était-il toujours prêt à secourir ceux d’entre eux qui s’adressaient à lui. On peut dire que personne ne frappa vainement à sa porte sans avoir été secouru.
Souvent, il visitait les hôpitaux, les hospices d’aliénés et les prisons. Le zèle et l’activité du Cardinal Sarto n’avaient pas de bornes quand il s’agissait de soulager les misères humaines de toutes sortes.

Armoiries de St. Pie XLes armoiries de Mgr. Sarto furent d’abord : « d’azur à l’ancre tridentée d’argent au naturel au dessus d’une mer agitée, illuminée d’une étoile d’or ».

Les trois branches de l’ancre symbolisaient la foi, la charité et l’espérance ; « que nous retenons pour notre âme comme une ancre sûre et ferme » (Hebr. VI-19) ;
L’étoile rappelait Marie, Etoile de la mer ;
Devenu patriarche de Venise, il ajouta à ses armoiries le lion ailé tenant l’Evangile, qui représente l’évangéliste saint Marc, patron principal de l’auguste cité, avec ces mots : « Pax tibi Marce evangelista meus ! » ;
Devenu Pape, Sa Sainteté Pie X a conservé le lion dans ses armes, y ajoutant seulement les insignes du Souverain Pontificat.

UN PAPE REMARQUABLE

Le 20 juillet 1903, Léon XIII rendit son âme à Dieu. Quelques jours plus tard, le 26, il quittait Venise pour se rendre au Conclave.
Après les neuf jours de prières prescrites pour le Pontife défunt, le soir du 31 juillet, les Cardinaux entrèrent en Conclave ; ils étaient au nombre de 62.
Les premiers scrutins s’étaient orientés vers le cardinal Rampolla, collaborateur direct de Léon XIII, et fort intelligent ; « Rampolla avait pour lui tous ceux qui voulaient voir se poursuivre la politique libérale du Pape défunt » (déjà !). Le 1er août, le veto de l’empereur d’Autriche François-Joseph Ier fut apporté par l’évêque de Cracovie, contre le cardinal Rampolla. Ce veto, qui fut tant critiqué, sauva l’Eglise ; car, après sa mort, Mgr. Jouin découvrit des documents prouvant qu’il était Franc-maçon. Chaque samedi, en effet, le cardinal Rampolla allait en Suisse y chercher les instructions du pouvoir occulte qu’il avait mission d’appliquer dans le gouvernement de la Sainte Eglise. D’après ces documents, il avait reçu l’ordre, pour la France, de faire rallier les catholiques à la république ; et pour l’église, de fonder au Vatican même une loge dont les membres seraient destinés à occuper les plus hauts postes dans la hiérarchie ecclésiastique.
Suite à ce veto, le choix du Conclave se porta en faveur du Cardinal Sarto. A chaque tour de scrutin les voix allaient croissant, et il supplia très humblement ses collègues de ne plus voter pour lui. Il s’efforçait, après chaque tour, d’énumérer avec preuves à l’appui, les titres qui lui manquaient, d’après lui, pour pouvoir être Pape ; mais Dieu avait décidé autrement: Au septième tour le Cardinal Sarto fut élu Successeur de saint Pierre, le 4 août 1903, par 50 voix en sa faveur.
L’humble élu, la tête basse, les yeux fermés et les lèvres murmurant une prière, écoute la sentence, et selon la formule habituelle, le Cardinal doyen s’approche de lui et l’interroge : « Acceptez-vous votre élection, selon les règles canoniques, au Souverain Pontificat ? ». L’auguste élu, levant au ciel des yeux baignés de larmes dit, à l’exemple du Sauveur au Jardin des Oliviers : « Si ce calice ne peut être éloigné de moi, que la volonté de Dieu soit faite : J’accepte ». Le grand sacrifice est accompli ; Joseph Sarto, l’humble enfant de l’huissier municipal et de la couturière de campagne, est Pape !

Les clés de saint Pierre et la mitre imprimés sur le drapeau du VaticanTrès émouvante fut la cérémonie du couronnement, le 9 août 1903, dans la basilique saint Pierre où Pie X y célébra sa toute première Messe en tant que Souverain Pontife. La cérémonie dura cinq heures.

Durant les onze années de son pontificat, ce ne sont pas moins de 3 300 documents officiels qu’il rédigera pour restaurer tout dans le Christ : « Nous déclarons que notre but unique, dans l’exercice du suprême Pontificat, est de tout restaurer dans le Christ afin que le Christ soit tout et en tout », écrivait-il dans sa première Encyclique « E Supremi Apostolatus » du 4 octobre 1903.

LE DEFENSEUR DE JESUS-CHRIST ET DE SON EGLISE

Quel est le rôle d’un Pape ?, demandais-je un jour au curé qui se chargeait de faire le catéchisme. Le Pape, me dit-il, en sa qualité de Vicaire de Jésus-Christ sur la terre et défenseur de l’Eglise, a pour rôle de maintenir intacte la foi et la doctrine catholique. Voilà une définition dont on devrait s’en inspirer aujourd’hui encore !… A peine monté sur le trône pontifical, Pie X se mit courageusement à l’œuvre et commença par revendiquer la pleine liberté du Sacré-Collège dans l’élection du Souverain Pontife.
Un peu plus d’un an après son élection, Pie X dut faire face à l’injuste loi française de séparation de l’Eglise et de l’état, votée par le parlement, le 9 décembre 1905. Les effets de cette loi se firent sentir aussitôt :
– Spoliation des biens du clergé ;
– Persécution contre les institutions de bienfaisance ;
– Dissolution des congrégations religieuses ;
– Attaque sans merci contre les Sœurs des hôpitaux, des écoles ; des orphelinats et des asiles d’aliénés.
Pourtant, combien de services n’avaient-elles pas rendus à la France, ces Sœurs qui, pour s’occuper des handicapés, des orphelins, des enfants ou des malades, avaient quitté parents, amis, richesses, honneurs et tout ce que leur offrait le monde !
C’est dans ce contexte que Pie X protesta énergiquement : par l’Encyclique Vehementer du 11 février 1906 ; le Pape condamna solennellement la loi de séparation ; puis, près d’un an plus tard, il condamna dans son Encyclique « Une fois encore » la persécution contre l’Eglise, en France.
L’Eglise du Portugal fut elle aussi persécutée, d’une manière plus violente et plus barbare que l’avait été celle de France. Là encore, Pie X se conduisit comme il s’était conduit pour la France : L’Encyclique Jamdudum in Lusitania du 24 mai 1911 condamna les lois de persécutions et renouvela l’appel à l’union et à la persévérance dans la foi catholique. Ainsi, une seconde fois, le Pape Pie X, avec une charité évangélique, vint au secours des victimes de la persécution, accueillant par la même occasion, au Vatican, les prêtres et évêques portugais.

Le 24 mai 1910, il publia l’Encyclique Editae saepe dans laquelle il mettait en relief sa force d’âme dans la lutte contre les erreurs du temps. Il indiquait les caractères qui distinguent la vraie réforme de la fausse, en démasquant les prétendus réformateurs dont le but inavoué était de détruire la foi. C’est pourquoi, Pie X exhortait tous les fidèles à vivre en bons chrétiens, à fréquenter les sacrements et à se dépenser pour le salut des âmes.

IL eut également à protester contre les vexations des indiens du Pérou et des autres pays voisins. Il le fit par la lettre Lamentabili, du 7 juin 1912, aux évêques de l’Amérique Latine.

Les incroyants eux-mêmes ne purent s’empêcher d’admirer l’œuvre de Pie X : c’est ainsi que, le 24 juin 1914, la Serbie conclut un Concordat aux termes duquel les catholiques de ce pays jouiraient désormais d’une pleine liberté dans l’exercice du culte, et un Séminaire ouvrit à Belgrade.

LE VENGEUR DE LA FOI

Déjà à l’époque, des théories nouvelles menaçaient l’Eglise. Certains éprouvaient la démangeaison de réformer les doctrines catholiques en les remplaçant par d’autres mieux adaptées aux conditions des temps modernes ; comme si les dogmes catholiques devaient changer avec les idées des hommes et comme si c’était à la religion à s’adapter aux hommes, et non le contraire. Dieu devrait-il être au service de l’homme ? Penser cela serait faire de l’homme un dieu dont Dieu serait son esclave ! Hérésie aujourd’hui largement répandue par la doctrine progressiste…
Les modernistes, donc, commençaient à s’infiltrer un peu de partout. Pie X s’en inquiéta pour le salut des âmes et pour la doctrine même de Eglise. Le 8 septembre 1907, il publia son admirable Encyclique Pascendi dominici gregis contre le modernisme, qui faisait suite au décret Lamentabili sane exitu paru un trimestre plus tôt, le 3 juillet 1907. C’est sensiblement à cette époque qu’il intervient dans la question du Sillon.

LE REFORMATEUR

Le Pape Pie X réglementa aussi la prédication et l’enseignement du catéchisme. Rappelant aux curés leur devoir d’instruire le peuple des vérités de la religion, il voulut que, chaque dimanche et à chaque fête de l’année, ils expliquent le texte du catéchisme du Concile de Trente.

Le 20 décembre 1905, il publia le décret Sacra Tridentina Synodus où il exhortait à la Communion fréquente et quotidienne, tous les fidèles ayant atteint l’âge de raison.
Cette sollicitude du Saint-Père à rappeler tous les fidèles à la Communion fréquente et quotidienne produisit partout une bonne impression: les prêtres rivalisèrent de zèle pour répandre cette sainte pratique, et les fidèles répondirent avec empressement à l’appel du Souverain Pontife. Ce fut un véritable réveil universel de la dévotion à l’Eucharistie.
Constatant qu’un peu partout on retardait d’une façon abusive l’acte solennel de la première Communion, il décida que celle-ci se ferait désormais à l’âge de sept ans.

LE LITURGISTE

Le seul chant liturgique adopté par l’Eglise fut celui auquel St. Grégoire le Grand a donné son nom. A côté du chant grégorien l’Eglise admit aussi la musique polyphonique, que le génie classique de Palestrina et de quelques autres compositeurs porta à son apogée au XVIème siècle.
Toutefois, ça et là, les compositions profanes et théâtrales prenaient le pas sur le chant grégorien qui, par ailleurs commençait à être dénaturé par les liturgistes.
Dans son Encyclique Motu proprio du 22 novembre 1903, le Pape Pie X s’élevait avec force contre cette profanation. Il créa une commission spécialement chargée de rétablir dans sa beauté primitive le chant liturgique, et fonda l’école supérieure de musique sacrée.

A ses réformes nécessaires, il se devait d’y ajouter celle du Bréviaire et du Missel: par la Bulle Divino afflatu du 1er novembre 1911, il traça les grandes lignes de cette importante réforme, à l’issu de quoi le nouveau Bréviaire et le nouveau Missel furent publiés.

Comme chacun le sait, les Saints et les Bienheureux sont nos intercesseurs auprès de Dieu. Nous recourons à eux pour obtenir les grâces dont nous avons besoin. Pie X canonisa donc quatre Saints et béatifia soixante-treize Bienheureux :

Canonisations :

11 décembre 1904 : saint Alexandre sauli, barnabite, Supérieur de sa congrégation, puis évêque du diocèse d’Aléria.
saint Gérard Majella, Frère laïque chez les rédemptoristes. Nombreux miracles.
20 mai 1909 : saint Joseph Oriol, Chanoine de Sainte-Marie du Pin, près de Barcelone.
saint Clément-Marie Hofbauer, Rédemptoriste. Fonda à Varsovie une congrégation de son Ordre.

Béatifications :

18 décembre 1904 : Bx. Gaspar del Buffalo, fondateur de la congrégation des Missionnaires du Précieux-sang
27 décembre 1904 : Bx. Etienne Bellesini, Ermite de l’Ordre de St. Augustin, puis curé de Notre-Dame de Gennazano
1er janvier 1905 : Bx. Agathange de Vendôme, Capucin à Vendôme, fut envoyé en Egypte. Martyr en Abyssinie.
Bx. Cassien de Nantes, Capucin. Martyrisé en Abyssinie.
8 janvier 1905 : Bx. Jean-Marie Vianney, curé d’Ars, en France
15 janvier 1905 : Bx. Marc Crison, Chanoine, brutalement tué par des soldats calvistes à Körösi, en Hongrie.
Bx. Etienne Pongracz, Jésuite, brutalement tué par des soldats calvistes à Körösi, en Hongrie.
Bx. Melchior Grodecz, Jésuite, brutalement tué par des soldats calvistes à Körösi, en Hongrie.
13 mai 1906 : Bse. Julie Billiart, Fondatrice de l’institut de N.D pour l’éducation chrétienne des filles, à Amiens (France).
20 mai 1906 : Les huit Martyrs dominicains du Tonkin, Missionnaires envoyés au Viêt-nam, Martyrisés à Tonkin, en 1745
27 mai 1906 : Les seize Carmélites de Compiègne, Religieuses Martyrs sous la Révolution française, exécutées en 1794.
10 juin 1906 : Bx. Bonaventure Gran, Frère mineur, fonda plusieurs maisons de retraite de son Ordre, en Italie.
17 mai 1908 : Bse. Marie-Madeleine Postel, Fondatrice des Sœurs des écoles chrétiennes.
24 mai 1908 : Bse. Madeleine-Sophie Barat, Fondatrice de la congrégation du Sacré-Cœur de Jésus.
31 mai 1908 : Gabriel dell’Addolorata, Passioniste.
18 avril 1909 : Bse. Jeanne d’Arc, Fille de paysans, elle délivra la France des anglais.
25 avril 1909 : Bx. Jean Eudes, fonda la congrégation N.D de la Charité du refuge, et la Société de Jésus et de Marie.
2 mai 1909 : Trente-quatre missionnaires Martyrs d’Extrême-Orient, Missionnaires envoyés en Chine, martyrs

Le cinquantième anniversaire de la proclamation du Dogme de l’Immaculée Conception fut pour Pie X un motif de plus de faire aimer la Vierge Marie. L’Encyclique Ad diem illum, du 2 février 1904 exhorte tous les fidèles à honorer cette bonne Mère du Ciel et à implorer souvent sa protection.
Quatre ans plus tard, on y célébra le cinquantenaire de l’Apparition de la Sainte Vierge à Lourdes.

LE LEGISLATEUR

Le 19 mars 1904, Pie X décida qu’il fallait codifier le Droit canonique. Dans ce but, il établit une commission de Cardinaux chargée d’établir des projets de lois. Le nouveau code fut publié sous Benoît XV, son successeur, mais cela n’enlève rien à la gloire de Pie X, qui vraiment mit toute son âme au service de son élaboration.
En France, la famille commençait à être attaquée par les idées franc-maçonnes. Aussi, pour protéger l’intégrité de la famille, Pie X modifia, par décret Ne temere, du 2 août 1907, les règles relatives aux fiançailles et à la célébration du mariage.

LA MORT DU SAINT PAPE

1914 : la première guerre mondiale éclate ! On ne saurait dire la souffrance de Pie X à la pensée de l’affreuse tuerie sur les champs de bataille. L’ardente prière pour la paix qu’il envoya à tous les catholiques du monde, le 2 août 1914, fut l’expression la plus émouvante de sa douleur.

Une bronchite avait affaibli sa robuste constitution, mais surtout la vision de cette horrible guerre, de jour en jour plus sanglante, l’avait abattu. L’auguste malade passait ses journées et ses nuits à prier, pour le retour de la paix. Cependant, son état de santé empirait de jour en jour.

Le 19 août 1914, le Prélat Sacriste lui administra les derniers sacrements, qu’il reçut avec beaucoup de piété. Il avait perdu déjà l’usage de la parole, mais il gardait sa lucidité et comprenait tout. A une heure et quart du matin (donc la nuit du 19 au 20), le saint Pape rendait son âme à Dieu.

LE TESTAMENT DE PIE X

Pie X débute son testament par une invocation à la Très Sainte Trinité, suivie d’un acte de confiance en la divine miséricorde, puis il ajoute :

« Je suis né pauvre, j’ai vécu pauvre et je veux mourir pauvre. Je prie le Saint-Siège d’accorder à mes sœurs Anne et Marie une pension qui ne dépasse pas 300 francs par mois, et à mon valet de chambre une pension de 60 francs ».

De plus, il lègue 10 000 francs à ses neveux, mais en soumettant ce don à l’approbation de son Successeur, qu’il prie également de considérer s’il est possible de délivrer à sa famille les 100 000 francs qu’un généreux donateur lui remit à cette intention. (Ici, les sommes sont exprimées en anciens francs, valeur 1914. Bien entendu, sur le testament elles apparaissent en lires) Il demande que ses funérailles soient aussi simple que les règles liturgiques le permettent. Il défend d’embaumer son corps, et veut qu’on l’ensevelisse dans les souterrains de la Basilique Vaticane.

Ce que Pie X lègue à ses sœurs suffit à peine à leur assurer le vivre et le couvert. Aussi, les parents du Serviteur de Dieu restèrent-ils, après sa mort, dans l’humble condition où ils se trouvaient lors de son élévation au Saint-Siège.

La dépouille mortelle de Pie X, revêtue des ornements pontificaux, fut exposée dans la Salle du Trône, puis on le transporta à la Basilique saint Pierre et exposée dans la chapelle du Très Saint Sacrement. La cérémonie religieuse eut lieu le 23 août 1914.

Le premier procès en vue de sa canonisation eut lieu le 14 février 1923 et dura jusqu’en 1931. Douze années plus tard, le Pape Pie XII ouvrit le second procès et, le 3 juin 1951 au matin, après le chant des Litanies des Saints, Pie X fut solennellement proclamé Bienheureux dans la Basilique Saint Pierre de Rome, puis enfin canonisé en 1954.

13e dimanche après la Pentecôte

Dom Guéranger ~ Année liturgique
13e dimanche après la Pentecôte

L’Église, en possession des promesses si longtemps attendues par le monde, aime à revenir sur l’expression des sentiments qui remplissaient l’âme des justes durant ces siècles désolés où le genre humain végétait sous les ombres de la mort. Elle redoute le danger où se trouvent ses trop heureux fils d’oublier, dans leur abondance, les conditions désastreuses que l’éternelle Sagesse leur a épargnées, en les appelant à vivre dans les temps qui ont suivi l’accomplissement des mystères du salut. D’un tel oubli naîtrait sans peine l’ingratitude, condamnée à bon droit par l’Évangile du jour. C’est pourquoi l’Épître, et, avant elle, l’Introït, nous reportent au temps où l’homme vivait de la seule espérance, ayant bien la promesse d’une alliance sublime qui devait se consommer dans les siècles futurs, mais, ce pendant, dénué de tout, en butte aux perfidies de Satan, abandonné aux représailles de la justice divine en attendant de retrouver l’amour.

Introït

Ayez un regard pour votre alliance, Seigneur, et n’abandon­nez pas pour toujours les âmes de vos pauvres ; levez-vous, Seigneur, et jugez votre cause, et n’oubliez pas les appels de ceux qui vous cherchent. Ps. Pourquoi, ô Dieu, nous avez-vous repoussés pour toujours ? pourquoi votre fureur est-elle allumée contre les brebis de votre pâturage ? Gloire au Père. Ayez.

Nous avons vu, il y a huit jours, le rôle de la foi et l’importance de la charité dans le chrétien vivant sous la loi de grâce. L’espérance aussi lui est nécessaire ; car bien que déjà en possession substantielle des trésors qui feront à jamais son bonheur, l’obscurité de cette terre d’exil les dérobe à sa vue, et, la vie présente restant toujours le temps d’épreuve où chacun doit mériter sa couronne (1 Cor. 9, 25), la lutte fait peser jusqu’au bout sur les meilleurs son incertitude et ses amertumes. Implorons donc avec l’Église, dans la Collecte, l’accroissement en nous des trois vertus fondamentales de foi, d’espérance et de charité ; pour mériter d’arriver à la consommation de tout bien qui nous est promise au ciel, obtenons la grâce de nous attacher de cœur à ces commandements de Dieu qui nous y conduisent, et que l’Évangile de Dimanche dernier résumait dans l’amour.

Collecte

Dieu tout-puissant et éternel, donnez-nous l’accroissement de la foi, de l’espérance et de la charité ; et pour que nous méritions d’obtenir ce que vous promettez, faites-nous aimer vos commandements. Par Jésus-Christ.

Épître
Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Galates. Chap. 3.

Mes Frères, les promesses de Dieu ont été faites à Abraham et à sa race. L’Écriture ne dit pas : Et à ceux de sa race comme à plusieurs, mais comme à un seul : Et à ta race, qui est le Christ. Voici donc ce que je dis : Une alliance ayant été confirmée par Dieu, la loi faite quatre cent trente ans après n’a pu l’annuler ni détruire la promesse. Or, si c’est par la loi que nous vient l’héritage, ce n’est plus par la promesse. Cependant, c’est par la promesse que Dieu l’a donné à Abraham. À quel but donc la loi? Elle a été établie à cause des transgressions, jusqu’à ce que vînt celui de la race que regardait la promesse ; elle a été donnée par le ministère des anges et l’entremise d’un médiateur. Or on n’est pas médiateur d’un seul ; et Dieu est un. La loi est-elle donc contre les promesses de Dieu ? Nullement. Si en effet la loi promulguée eût pu donner la vie, la justice viendrait véritablement de la loi. Mais l’Écriture a tout renfermé sous le péché, afin que la promesse fût donnée par la foi en Jésus‑Christ à ceux qui croiraient.

«Regarde le ciel et comptes en, si tu peux, les étoiles : aussi nombreuse sera ta descendance (Gen. 15, 5). » Abraham avait près de cent ans (Rom. 4, 19), et la stérilité de Sara lui enlevait tout espoir naturel de postérité, quand le Seigneur lui parla de la sorte. Abraham cependant crut à Dieu, nous dit l’Écriture, et sa foi lui fut imputée à justice (Gen. 15, 6). Et quand, plus tard, la même foi (Heb. 11, 17-19) lui eut fait offrir sur la montagne le fils de la promesse, son unique espérance, Dieu renouvela sa prophétie, et il ajouta : En ton germe seront bénies toutes les nations de la terre (Gen. 22, 18).

Or voici qu’à cette heure la promesse s’accomplit ; l’événement donne raison à la foi d’Abraham. Il crut contre toute espérance, se confiant au Dieu qui donne la vie aux morts et appelle ce qui est comme ce qui n’est pas (Rom. 4, 17-18) ; et voici que, selon la parole de Jean-Baptiste, des pierres mêmes de la gentilité surgissent en tous lieux des fils d’Abraham (s. Matth. 3, 9).

Sa foi, en même temps si ferme et si simple, rendit à Dieu la gloire qu’il attend de la créature (Rom. 4, 20). L’homme ne peut rien ajouter aux perfections divines ; mais, sur la parole du Seigneur lui-même, quoique ne les voyant point directement ici-bas, il reconnaît ces perfections dans l’adoration et l’amour, il inspire de la foi sa vie entière ; et cet usage qu’il fait librement de ses facultés, cette adhésion spontanée d’un être intelligent, magnifie Dieu par l’extension de sa gloire extérieure.

Sur les traces d’Abraham (Rom. 4, 12) sont donc venues des multitudes nées pour le ciel de la foi dont il donna le spectacle au monde, vivant d’elle seule (Ibid. 1, 17), rendant au Seigneur, dans tous leurs actes, l’hommage de la confession et de la louange par Jésus-Christ son Fils, et comme Abraham, recevant en retour la bénédiction d’une justice toujours croissante (Ibid. 4, 23-24 ; Gal. 3, 9). Le splendide épanouissement de la sainte Église, qui suscite au père des croyants cette nouvelle descendance, s’est encore accentué depuis la chute d’Israël. Dans les contrées les plus reculées, au sein des villes jadis païennes, voyons ces foules nombreuses d’hommes, de femmes et d’enfants quittant comme Abraham (Gen. 12, 1), à la voix du ciel, sinon leur pays, du moins tout ce qui les rattachait à la terre ; confiants comme lui dans la fidélité de Dieu et sa puissance (Rom. 4, 20-21), ils se sont faits étrangers au milieu de leurs proches et dans leurs maisons mêmes, usant de ce monde comme n’en usant pas (1 Cor. 7, 31). Dans le tumulte des cités comme au désert, au milieu des vains plaisirs de ce monde dont la figure passe (Ibid.), ils n’ont d’autre pensée que celle des réalités invisibles (Héb. 11, 1), d’autre souci que de plaire au Seigneur (1 Cor. 7, 32). Ils prennent pour eux la parole qui fut dite à leur père : Marche en ma présence, et sois parfait (Gen. 17, 1). C’était bien, en effet, à eux tous qu’elle s’adressait dès lors ; c’était la clause de l’alliance conclue par Dieu pour la suite des âges avec ces hommes fidèles, dans la personne du patriarche leur modèle et leur souche ; et Dieu répond de même à leur foi en d’intimes manifestations, ou par la voix plus sûre encore des Écritures (2 s. Pierre 1, 19), disant : Ne crains pas, je suis moi-même ta récompense immense (Gen. 15, 1) !

Véritablement donc la bénédiction d’Abraham s’est répandue sur les nations (Gal. 3, 14). Jésus-Christ, vrai fils de la promesse, germe unique du salut, a par la foi dans sa résurrection (Rom. 4, 24) rassemblé de toute race (Gal. 3, 28) les hommes de bonne volonté (s. Luc 2, 14), les faisant un en lui, les rendant comme lui fils d’Abraham (Gal. 3, 29) et, qui mieux est, fils de Dieu (Ibid. 4, 5-7). Car la bénédiction promise au début de l’alliance, c’était l’Esprit-Saint lui-même (Ibid. 3, 14), l’Esprit d’adoption des enfants descendu dans nos cœurs pour faire de tous les héritiers de Dieu et les cohéritiers du Christ (Rom. 8, 15-17). Puissance merveilleuse de la foi qui brise les anciennes barrières de séparation, unit les peuples (Éph. 2, 14-18), et substitue l’amour et la liberté sainte des fils du Très-Haut à la loi d’esclavage et de défiance (Rom. 8, 2) !

Pourtant ce spectacle grandiose des nations incorporées à la race élue, et devenant participantes en Jésus-Christ des promesses sacrées (Éph. 3, 6), n’agrée pas à tous. Le Juif charnel qui se vante d’avoir Abraham pour père sans se soucier d’imiter ses œuvres (s. Jean 8, 39), le circoncis qui se glorifie de porter en sa chair les marques d’une foi qui n’est pas dans son cœur (Rom. 4, 11), ces hommes qui ont renié le Christ renient maintenant ses membres et voudraient repousser ou tronquer son Église. C’est avec rage qu’ils voient de tous les points de l’horizon (s. Luc 13, 29) ce concours immense que leur jalousie mesquine n’a pu arrêter. Tandis que leur orgueil froissé se tenait à l’écart (s. Luc 15, 28), les peuples s’asseyaient en foule avec Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes, au banquet du royaume de Dieu (Ibid. 13, 28) ; les derniers devenaient les premiers (Ibid. 3o). Jusqu’à la fin des temps, Israël, déchu par son obstination de son antique gloire, restera l’ennemi de cette postérité spirituelle d’Abraham qui l’a supplanté (Gen. 27, 36) ; mais ses persécutions contre les fils de la promesse et l’Épouse légitime n’aboutiront qu’à faire voir en lui, comme dit saint Paul, le fils d’Agar, le fils de l’esclave exclue avec son fruit de l’héritage et du royaume (Gal. 4, 22-31).

Libre à lui de repousser l’affranchissement que lui offrait le Seigneur, plutôt que de reconnaître l’abrogation définitive de sa loi périmée. Sa haine n’amènera point les fils de l’Église, figurée par Sara la femme libre, à rejeter la grâce de leur Dieu pour lui complaire, à délaisser la justice de la foi, les richesses de l’Esprit, la vie dans le Christ, pour retourner au joug de servitude (Ibid. 5, 1) brisé à jamais, quoi qu’en ait le Juif, par la croix qu’il dressa au Calvaire (Ibid. 2, 19-21). Jusqu’à la fin la vraie Jérusalem, la cité libre notre mère, l’Épouse jadis stérile, maintenant si féconde, opposera aux prétentions surannées et cependant toujours vivaces de la synagogue, la lecture publique de l’Épître qu’on vient d’entendre. Jusqu’à la fin, Paul, en son nom, traitant de la loi du Sinaï signifiée aux hommes qu’elle concernait par l’intermédiaire de Moïse et des anges, fera ressortir son infériorité relativement à l’alliance conclue par Abraham directement avec Dieu ; chaque année, aussi fortement qu’au premier jour, il redira le caractère transitoire de cette législation venue quatre cent trente ans après une promesse qui ne pouvait changer, pour durer seulement jusqu’au jour où paraîtrait ce fils d’Abraham de qui le monde attendait la bénédiction promise.

Mais que dire de l’impuissance du ministère mosaïque à fortifier l’homme, à le relever de sa chute ? L’Évangile que nous méditions il y a huit jours donnait de l’inutilité de l’ancienne loi sous ce rapport un symbolique et frappant commentaire, en même temps qu’il affirmait la puissance de guérison résidant dans le Christ et transmise par lui aux ministres de la loi nouvelle. Or, n’oublions pas que cet Évangile était autrefois l’Évangile du jour même où nous sommes. « Tout dans l’Office du treizième Dimanche, dit justement l’Abbé Rupert, se rapporte à l’histoire de ce Samaritain dont le nom signifie le gardien divin, notre Seigneur Jésus-Christ, venant par son incarnation au secours de l’homme que l’ancienne loi n’a pu sauver, et le remettant, quand il quitte la terre, aux soins des Apôtres et des hommes apostoliques dans l’hôtellerie de l’Église. La proximité voulue de cet Évangile jette une grande lumière sur notre Épître, ainsi que sur toute la Lettre aux Galates d’où elle est tirée. Le prêtre et le lévite de la parabole, en effet, c’est toute la loi représentée ; et leur passage auprès de l’homme à demi-mort qu’ils voient, sans chercher à le guérir, marque ce qu’a fait la loi. Elle n’allait point à l’encontre des promesses de Dieu, mais par elle-même ne pouvait justifier personne. Quelquefois le médecin qui ne doit pas venir encore envoie au malade un serviteur expert dans la connaissance des causes de maladie, mais inhabile à composer le remède contraire, et pouvant seulement indiquer à l’infirme les aliments, les breuvages dont il doit s’abstenir de crainte que son mal, en s’aggravant, n’amène la mort. Telle fut la loi, établie, nous dit l’Épître, à cause des transgressions, comme simple surveillante, jusqu’à l’arrivée du bon Samaritain, du médecin céleste. L’homme, en effet, tombé dès son entrée dans la vie entre les mains des voleurs, naît dépouillé de ses biens surnaturels et couvert des plaies que lui a faites le péché d’origine ; s’il ne s’abstient des péchés actuels, de ces transgressions pour l’indication desquelles la loi a été établie, il court risque de mourir tout à fait sans retour (Rup. De div. Off. 12, 13). »

C’est pourquoi on reprend de nouveau, dans le Graduel, la supplication de l’Introït : Respice, Domine, in testamentum tuum. Car, dit Rupert (Ibid.), c’était la parole des anciens qui, gémissant sous l’infirmité de la loi impuissante du Sinaï, imploraient la consommation de l’alliance promise à la foi d’Abraham. Ils criaient au Christ, comme pouvait le faire au Samaritain libérateur le pauvre blessé qui voyait le prêtre et le lévite passer outre, sans apporter de remède à ses maux.

Graduel

Ayez un regard pour votre alliance, Seigneur, et n’oubliez pas pour toujours les âmes de vos pauvres. V/. Levez-vous, Seigneur, et jugez votre cause ; souvenez-vous de l’opprobre dont on charge vos serviteurs. Alléluia, alléluia. V/. Seigneur, vous avez été notre refuge de génération en génération. Alléluia.

Évangile
La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. 17.

En ce temps-là, Jésus allant à Jérusalem passait par le milieu de la Samarie et de la Galilée. Et comme il allait entrer dans un certain village, dix lépreux se présentèrent au-devant de lui, et, se tenant de loin, ils élevèrent la voix, disant: Jésus notre maître, ayez pitié de nous. Les ayant aperçus, il leur dit : Allez, montrez-vous aux prêtres. Et il arriva que, comme ils y allaient, ils furent guéris. Or, l’un d’eux, dès qu’il se vit guéri, revint sur ses pas, glorifiant Dieu à haute voix, et il se jeta le visage contre terre aux pieds de Jésus pour lui rendre grâces ; et celui-là était Samaritain. Jésus donc lui répondant, dit ces paroles : Est-ce que les dix n’ont pas été guéris? et les neuf autres, où sont-ils? il ne s’est trouvé pour revenir et rendre gloire à Dieu que cet étranger. Et il lui dit : Levez‑vous, allez ; car votre foi vous a sauvé.

Le lépreux Samaritain, guéri de sa hideuse maladie, figure du péché, en compagnie de neuf lépreux de nationalité juive, représente la race décriée des gentils admise d’abord comme à la dérobée, et par surcroît, en communication des grâces destinées aux brebis perdues de la maison d’Israël (s. Matth. 15, 24). La conduite différente que tiennent ces dix hommes, à l’occasion du miracle qui les concerne, répond elle-même à l’attitude des deux peuples dont ils sont l’image, en présence du salut apporté au monde par le Fils de Dieu. Elle démontre une fois de plus le principe posé par l’Apôtre : « Tous ceux-là ne sont pas Israélites qui sont nés d’Israël, tous ceux-là ne sont pas fils d’Abraham qui sont sortis de lui ; mais en Isaac, dit l’Écriture (Gen. 21, 12), est établie la race qui portera son nom : c’est-à-dire, ce ne sont pas les enfants nés de la chair qui sont les fils de Dieu, mais bien les fils de la promesse, nés de la foi d’Abraham et formant sa vraie race devant le Seigneur (Rom. 9, 6-8). »

La sainte Église ne se lasse point de revenir sur cette comparaison des deux Testaments et le contraste offert par les deux peuples. C’est pourquoi, avant d’aller plus loin, nous sentons la nécessité de répondre à l’étonnement qu’une telle insistance ne peut manquer d’exciter en certaines âmes déshabituées de la sainte Liturgie. Le genre de spiritualité qui remplace aujourd’hui chez plusieurs l’ancienne vie liturgique de nos pères, ne les dispose en effet que médiocrement à entrer dans cet ordre d’idées. Accoutumés à ne vivre qu’en face d’eux-mêmes et de la vérité telle qu’ils la conçoivent, mettant la perfection dans l’oubli de tout le reste, il n’est pas surprenant que ces chrétiens ne comprennent aucunement ce retour continuel vers un passé fini, croient-ils, depuis des siècles. Mais la vie intérieure, vraiment digne de ce nom, n’est point ce que ces chrétiens s’imaginent ; aucune école de spiritualité, ni maintenant, ni jamais, ne plaça l’idéal de la vertu dans l’oubli des grands faits de l’histoire qui intéressent à ce point l’Église et Dieu même. Aussi qu’advient-il, trop souvent, de ce délaissement de la Mère commune par ses fils ? C’est que, dans l’isolement voulu de leurs prières privées, ils perdent de vue, par une juste punition, le but suprême de l’oraison qui est l’union et l’amour. La méditation dépouille en eux ce caractère de conversation intime avec Dieu, que lui assignent tous les maîtres de la vie spirituelle ; elle n’est bientôt plus qu’un exercice stérile d’analyse et de raisonnement, où l’abstraction domine en souveraine.

Quand Dieu, cependant, voulut manifester son Verbe, en appelant l’homme aux noces divines, il ne recourut point à l’abstraction pour traduire à la terre ce fils de sa substance éternelle que l’homme ne pouvait voir encore directement dans sa divinité. Pareille traduction de l’éternelle Sagesse, où résident dans l’amour toute beauté, toute chaleur et toute vie, eût été plus qu’imparfaite et que froide. Aussi Dieu, selon l’expression de saint Paul, jeta dans la chair ce grand mystère de la piété (1 Tim. 3, 16) ; le Verbe fut fait âme vivante (Gen. 2, 7) ; l’éternelle Vérité prit un corps pour converser avec les hommes (Bar. 3, 38) et grandit comme l’un d’eux (s. Luc 2, 52). Et quand ce corps que la Vérité doit garder à jamais fut enlevé dans la gloire (1 Tim. 3, 16), l’Église, Épouse de l’Homme-Dieu, os de ses os, chair de sa chair (Éph. 5, 3o-32), continua dans le monde cette manifestation de Dieu par les membres du Christ, ce développement (Ibid. 1, 23) historique du Verbe, qui ne s’arrêtera qu’au dernier jour, qui surpasse tout raisonnement, et révèle aux anges mêmes sous des aspects nouveaux la Sagesse de Dieu (Ibid. 3, 10). Assurément un respect profond est dû aux axiomes où l’homme renferme dans un ordre logique, indépendant de l’histoire et des faits, les principes de la science ; mais pas plus en Dieu qu’en l’homme même, la vie ne répond à cette immobilité de raison qui ne ressemble en rien, qu’on se garde de le croire, à l’immutabilité toujours féconde, essentiellement active, de la Vérité substantielle. Or donc, dans l’Église comme en Dieu, la vérité est vie et lumière (s. Jean 1, 4). S’il ne fallait y voir qu’une suite de formules, les accents de son Credo n’éclateraient pas aussi triomphants sous les voûtes de ses temples. S’il force victorieusement les portes du ciel, c’est que tous ses articles ont jusqu’à nous leur sublime histoire : c’est que chaque mot qui le compose se présente au Dieu très haut ruisselant du sang des martyrs ; que de siècle en siècle il rayonne toujours plus de l’éclat des travaux et des luttes glorieuses de tant de saints confesseurs, qui sont l’élite de l’humanité baptisée chargée de compléter le Christ ici-bas (Col. 1, 24 ; 2, 19).

Il nous faut abréger ces considérations. Disons donc de suite qu’après ce grand fait de l’incarnation du Verbe venu en terre pour manifester Dieu dans la suite des âges par le Christ et ses membres (2 Cor. 4, 10, 11), il n’en est point de plus important, il n’en est point qui ait tenu, qui tienne encore davantage au cœur de Dieu, que l’élection des deux peuples appelés par lui successivement au bénéfice de son alliance. Les dons et la vocation de Dieu sont sans repentir, nous dit l’Apôtre ; ces Juifs, ennemis aujourd’hui parce qu’ils repoussent l’Évangile, n’en sont pas moins toujours aimés et très aimés, carissimi, à cause de leurs pères (Rom. 11, 28-29). C’est pourquoi aussi un temps viendra, attendu par le monde, où le reniement de Juda étant rétracté, ses iniquités effacées, les promesses reçues par Abraham, Isaac et Jacob auront leur accomplissement littéral (Ibid. 25-27). Alors apparaîtra la divine unité des deux Testaments ; les deux peuples eux-mêmes n’en feront plus qu’un sous le Christ leur chef (Éph. 2, 14). L’alliance de Dieu avec l’homme étant dès lors pleinement consommée telle qu’il l’avait voulue dans ses desseins éternels, la terre ayant donné son fruit (Psalm. 66, 7), le monde ayant atteint son but, les tombes rendront leurs morts (Rom. 11, 15) et l’histoire cessera ici-bas, pour laisser l’humanité glorifiée s’épanouir dans la plénitude de la vie sous le regard éternel.

Rien donc n’est moins suranné que l’ordre d’idées auquel nous ramène de nouveau l’Évangile du jour ; rien n’est plus grand ; et ajoutons, quoi qu’il en puisse sembler à première vue : rien n’est plus pratique, dans cette partie de l’année consacrée aux mystères de la Vie unitive. Qu’est-ce, en effet, que l’union entre Dieu et l’homme, sinon tout d’abord la communauté des sentiments et des vues ? Or, nous venons de le montrer, les vues divines se trouvent résumées tout entières dans l’histoire comparée des deux Testaments et des deux peuples ; le résultat final qui clora l’histoire de ces rapports est l’unique but que poursuivait et que poursuive l’amour infini, au commencement, maintenant et toujours. L’Église donc, loin de se montrer d’un autre âge en revenant continuellement à ces pensées, ne fait que manifester ainsi l’éternelle jeunesse de son cœur d’Épouse à l’unisson toujours de celui de l’Époux.

Reprenons brièvement l’explication littérale de notre Évangile, interrompue par cette longue digression. Ici encore donc le Seigneur veut plutôt nous instruire symboliquement, que montrer sa puissance. C’est pourquoi il ne rend pas d’un mot la santé aux malheureux qui l’invoquent, comme il le fit dans une autre circonstance pour un cas semblable « Je le veux, sois guéri, » dit‑il un jour à un de ces infortunés qui implorait son secours dans les débuts de sa vie publique, et la lèpre avait disparu aussitôt (s. Matth. 8, 3). Les lépreux de notre Évangile, qui se rapporte aux derniers temps du Sauveur, sont délivrés seulement en allant se montrer aux prêtres ; Jésus les y renvoie, comme il l’avait fait pour le premier, donnant à tous, depuis le commencement jusqu’au dernier jour de sa vie mortelle, l’exemple du respect dû jusqu’au bout à l’ancienne loi non encore abrogée. Cette loi en effet donnait au fils d’Aaron le pouvoir, non de guérir, mais de discerner la lèpre et de prononcer sur sa guérison (Lévit. 13).

Le temps est venu cependant d’une loi plus auguste que celle du Sinaï, d’un sacerdoce dont les jugements n’auront plus pour objet de constater l’état des corps, mais d’enlever effectivement, par le prononcé même de leur sentence d’absolution, la lèpre des âmes. La guérison rencontrée par les dix lépreux avant d’être arrivés aux prêtres qu’ils cherchent, devrait suffire à leur montrer dans l’Homme-Dieu la puissance du sacerdoce nouveau qu’annonçaient les prophètes (Isaï. 66, 21-23) ; le pouvoir qui surpasse pour eux, en la prévenant ainsi, l’autorité du ministère antique, révèle de soi dans celui qui l’exerce une dignité plus grande. Si, du moins, ils apportaient les dispositions convenables aux rites sacrés qui vont s’accomplir dans la cérémonie de leur purification (Lévit. 14, 1-32), l’Esprit-Saint, qui régla autrefois, en vue du moment où ils sont, les prophétiques détails de cette fonction mystérieuse, les aiderait à comprendre la signification du passereau expiatoire dont le sang, versé sur les eaux vives, délivre par le bois l’autre passereau son semblable. Le premier, en effet, c’est le Christ, qui se compare dans le psaume au passereau solitaire (Psalm. 101, 8) ; son immolation sur la croix, qui donne à l’eau la vertu de laver les âmes, communique aux autres passereaux ses frères (Psalm. 83, 4) la pureté du sang divin.

Mais le Juif est loin d’être préparé à l’intelligence de ces grands mystères. La loi pourtant lui fut donnée pour le conduire au Christ comme par la main et sans crainte d’erreur (Gal. 3, 24) : faveur précieuse qu’il ne méritait point, qu’il devait à ses pères (Deut. 5, 37 ; 9, 4-6), et d’autant plus inestimable qu’au moment où elle lui fut accordée, la notion du sauveur à venir allait se corrompant toujours plus dans l’esprit des peuples. La reconnaissance eût dû s’imposer à Juda ; l’orgueil prit sa place. L’attache au privilège surmonte en lui le désir du Messie. Il refuse de se faire à la pensée qu’un temps viendra où, le Soleil de justice s’étant levé pour la terre entière, l’avantage fait à quelques-uns durant les heures de nuit s’effacera dans les flots surabondants d’une lumière égale pour tous. Il proclame donc sa loi définitive en dépit d’elle-même, affirmant ainsi l’éternité du règne des figures et des ombres. Il pose en dogme qu’aucune intervention divine n’égalera celle du Sinaï dans l’avenir, que tout prophète futur, tout envoyé de Dieu, ne pourra qu’être inférieur à Moïse, que tout salut possible est dans sa loi et que d’elle seule découle toute grâce.

C’est la raison pour laquelle de ces dix hommes guéris par Jésus de la lèpre, il s’en trouve neuf qui ne songent même pas à venir remercier leur libérateur : ceux-là sont juifs, et Jésus n’est pour eux qu’un disciple de Moïse, un instrument des grâces provenant du Sinaï ; la formalité légale de leur purification accomplie, ils se croient quittes envers le ciel. Seul le Samaritain abandonné, le gentil, disposé par sa longue misère à l’humilité qui rend au pécheur la simplicité du regard de l’âme, reconnaît Dieu à ses œuvres et lui rend grâces pour ses bienfaits. Que de siècles d’abandon apparent, d’humiliation et de souffrance, devront passer sur Juda à son tour, pour qu’enfin, reconnaissant lui‑même son Dieu et son Roi dans l’adoration, le repentir et l’amour, il entende comme cet étranger tomber de la bouche du Christ les paroles de pardon : Lève-toi et va, ta foi t’a sauvé !

Hâtons de nos vœux le moment si glorieux pour le ciel où les deux peuples, réunis dans une même foi par la conscience des mêmes espérances réalisées, s’écrieront au Christ, comme dans l’Offertoire : Seigneur, j’ai espéré en vous, vous êtes mon Dieu !

Offertoire

Seigneur, j’ai espéré en vous ; j’ai dit : Vous êtes mon Dieu, ma vie est dans vos mains.

C’est l’oblation déposée sur l’autel qui doit nous obtenir de Dieu le pardon du passé et les grâces de l’avenir. Prions-le, dans la Secrète, d’agréer pour le Sacrifice ces dons présentés par l’Église en notre nom à tous.

Secrète

Soyez propice, Seigneur, à votre peuple, soyez propice à ses dons, pour qu’apaisé par cette offrande, vous pardonniez nos fautes et exauciez nos prières. Par notre Seigneur.

Quand donc les Juifs voudront-ils venir éprouver enfin la supériorité du pain de l’alliance nouvelle sur la manne du Vieux Testament ? Nous gentils, les derniers-venus, qui avons précédé nos aînés au banquet de l’amour, chantons d’autant mieux, dans la Communion, les divines suavités de ce vrai pain du ciel.

Communion

Vous nous avez donné, Seigneur, le pain du ciel, ayant en lui toutes délices et toute saveur de suavité.

Comme l’exprime la Postcommunion, l’œuvre de notre rachat par Jésus-Christ s’affirme et croit en nous aussi souvent que nous recourons aux sacrés Mystères. L’Église demande pour ses enfants la grâce de cette fréquentation fructueuse des Mystères du salut.

Postcommunion

Que cette réception des célestes Mystères, nous vous en supplions, Seigneur, fasse croître en nous l’éternelle rédemp­tion. Par Jésus-Christ.

Autres liturgies

Chantons Abraham le père de notre foi, en conformité avec les enseignements de l’Épître du jour. Le Sacramentaire gallican nous fournira à cette fin de sublimes développements.

Contestatio de Abraham

Il est vraiment digne et juste de vous rendre grâces, Dieu tout-puissant qui commandez à Abraham votre serviteur de vous offrir en sacrifice le fils unique que vous lui aviez donné. O Seigneur fidèle dans la promesse, libéral dans l’accomplis­sement, vous donnez la fécondité à un vieillard stérile ; mais il ne savait par où passerait son amour, ce père qui devait vous montrer sa fidélité en mettant après elle la tendresse qu’il avait pour son enfant. La joie qu’il eut de vous offrir son fils fut plus grande, en effet, que celle que lui avait causée la promesse de sa naissance. Religieux père plus que chef de nations à sortir de lui, il était visible que ce n’était pas pour lui mais pour vous qu’il avait engendré ce fils qu’il se hâtait ainsi d’offrir ; portant le sacrifice tout préparé, allait aussi le fidèle fils avec le prêtre parfait. Car tous deux avaient tellement uni leurs vœux, que ni le père ne suspectait la volonté du fils, ni le fils ne s’inquiétait de la volonté du père. La victime consulte le prêtre, celui qui doit mourir interroge celui qui va le frapper : Voici le feu et le bois, où est la brebis qui sera la victime ? O spectacle digne de Dieu ! ô invincible triomphe de la fidélité, et grand et inviolable mystère ! Frappe, disait la fidélité ; Épargne, criait la tendresse. Celle-là provoquait, celle-ci s’opposait. Le fils cependant s’étendait pour mourir ; il gisait, moins retenu par les liens, que revêtu d’eux pour son pieux office. Le père donc s’élance de toutes ses entrailles pour frapper ses entrailles ; il ne souffre pas de retard à sa fidélité, et ainsi ne perd-il point la récompense. Car voici que le même Dieu qui avait commandé de frapper, dit maintenant : Épargne, épargne, père fidèle ; épargne, pieux bourreau ; épargne, innocent parricide. J’ai, pleinement satisfait, accepté ta victime ; je ne réprouve pas le désir, je loue le sacrifice, ta foi n’est point repoussée. Il est vrai, tu n’égorgeras point ton fils ; mais ton action demeure à jamais comme exemple. O fait admirable ! le fils victime n’a eu nulle crainte, le père n’a point été parricide ; car il attendait l’avènement de notre Seigneur Jésus Christ, en présence de qui chantent tous les Anges et les Archanges, disant : Saint ! Saint ! Saint.

Concluons par ces formules du Temps, que nous trouvons au Bréviaire mozarabe.

Oraison

Seigneur Dieu assis sur les Chérubins , la louange de la création qui est au-dessous de vous, vous honore : auteur en effet de tant de grandes choses, vous-même apparaissez incomparablement plus grand ; au moindre de vos signes obéit tout ce qui par vous subsiste ; c’est l’honneur du monde, que de vous avoir pour auteur et de vous être soumis. Donnez-nous donc cet avantage, qu’ouvrant nos lèvres pour vous bénir, nous obtenions la bénédiction de la grâce céleste.

Répons

Soyez, Seigneur, notre protecteur et notre médecin : c’est vous qui, dans votre habituelle bonté, guérissez les blessures de nos péchés ; c’est vous qui êtes la voie des égarés. * Et c’est vous, ô Dieu bon, que vous donnez pour couronne à ceux qui vous cherchent.

V/. Soyez vous-même des orphelins le père, vous-même des pécheurs et des malheureux le pasteur. * Et c’est vous.

Gloire au Père. Soyez.

Bénédiction

Bénissez, ô Seigneur, ce peuple qui est à vous, qui vous fut acquis par le sang du Christ.

R/. Amen.

Qu’ils n’aient plus rien de leur ancien aveuglement ces troupeaux devenus ceux du Christ.

R/. Amen.

Conservez en eux, Seigneur, la vie de vos noces sacrées, afin qu’ils méritent d’être les convives des Patriarches et de tous les Saints.

R/. Amen.