Sermon sur Job 15. Saint Grégoire parle à ceux qui pourraient se décourager

En résumé

Lorsque quelqu’un néglige l’amour de Dieu, le bon esprit lui fait des reproches et l’inquiète. Le mauvais esprit, au contraire, le rassure.
Mais, lorsque quelqu’un veut progresser dans l’amour de Dieu le démon cherche à le décourager par la tristesse, tandis que le bon esprit lui donne du courage et des forces, le console, l’établit dans le calme et lui facilite la voie dans l’amour de Dieu.
Oui, nous sommes dans les épreuves, mais nous ne réalisons pas à quel point Dieu est proche de nous.
Il est bon d’en être averti pour ne pas tomber dans le piège du démon quand survient une difficulté, pour savoir au contraire découvrir plus avant le Sacré Cœur de Jésus, sous l’influence du Saint Esprit.

Saint Grégoire le Grand et le découragement spirituel

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Transcription du sermon

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

Mes bien chers Frères,

Je vais parler aujourd’hui pour ceux qui sont dans les épreuves et tentés de découragement, mais également pour ceux qui ne sont pas dans les épreuves, car nécessairement les épreuves viendront et le démon en profitera pour essayer de les décourager, et troisièmement, pour ceux qui sont dans les épreuves ou ne le sont pas, en tout cas qui ont été dans les épreuves, et qui sont reconnaissants à Dieu de leur avoir permis d’être si proches de lui et d’entrer dans son intimité.

Avec ces trois catégories de chrétiens, je parle à tout le monde : tout chrétien a été, est ou sera dans les épreuves. Je devrais même mieux dire tout chrétien est dans les épreuves, puisque chaque jour dans le Salve Regina nous chantons que nous sommes in hac lacrimarum valle, dans cette vallée de larmes.

Dieu n’est jamais tant présent à nous que dans les épreuves

La question n’est pas de savoir si nous sommes dans les épreuves ou non, la question est de savoir comment nous nous y comportons.

Il faut que nous nous rendions bien compte que Dieu n’est jamais tant présent à nous que dans les épreuves. Dieu est ému par la misère de l’homme et, pour répondre le plus parfaitement possible à cette misère, il se rend présent à l’homme, il lutte à ses côtés, nous devrions mieux dire qu’il lutte en nous. Ce n’est pas seulement qu’il lutte contre les misères, mais dans cette lutte il élève, il se donne, il fait entrer dans son intimité, il prépare un ciel glorieux, il donne déjà d’une certaine manière ici-bas sur terre les joies du ciel.

Saint Thomas d’Aquin le dit expressément dans son commentaire sur le Credo : la foi nous communique déjà la joie du ciel, la foi c’est-à-dire Dieu en qui nous croyons.

Celui qui se décourage dans les épreuves, c’est comme s’il refusait cette présence, cette consolation, cette aide de Dieu. Il serait tout de même dommage d’être dans l’épreuve et de ne pas profiter de toute cette richesse extraordinaire qu’elle nous apporte, richesse qui est absolument sans comparaison avec les épreuves de cette vie.

La présence de Dieu par le Sacré-Cœur

Cette présence de Dieu est double, elle est tout d’abord visible à travers Notre Seigneur Jésus-Christ, le Verbe incarné qui s’est fait chair et qui se rend visible à nous, le Sacré-Cœur ce Cœur que nous voyons, ce Cœur qui a été transpercé pour nous. Or, les mystères du Christ sont nos mystères, c’est-à-dire que le Sacré-Cœur en vivant sur terre les mystères que nous pouvons contempler de nos yeux de chair, en prononçant les paroles que nous pouvons entendre avec nos oreilles de chair, le Sacré-Cœur a fait en sorte que ces mystères, ces paroles soient efficaces en eux-mêmes, que le simple fait de les voir communique la grâce — à condition bien entendu de vouloir la recevoir. La question n’est pas de savoir si celui qui contemple les mystères, Dieu veut ou non lui donner la grâce, si Dieu veut ou non l’enrichir par ce mystère, car Dieu veut vraiment lui communiquer la grâce, il veut vraiment l’enrichir, la question est donc de savoir si nous voulons profiter, si nous nous mettons dans les dispositions pour profiter de cette grâce, de cette richesse qui est celle de Dieu au ciel.

L’action intime de Dieu par le Saint-Esprit

Bien plus, le Sacré-Cœur en se rendant visible est, par l’humanité de Jésus-Christ, le canal de l’action du Saint-Esprit lui-même dans l’âme. Évidemment le Verbe et le Saint-Esprit sont inséparables lorsqu’ils agissent dans le monde, mais cela nous aide à mieux comprendre lorsque nous voyons d’une part l’action de Dieu dans le Verbe, le Sacré-Cœur qui se communique à nous, c’est-à-dire qui cherche à nous communiquer sa divinité, et l’action de Dieu à travers le Saint-Esprit qui nous spiritualise, qui nous rend spirituel.

L’Écriture Sainte ose même dire que grâce au Saint-Esprit nous serons comme des dieux. Évidemment il faut bien comprendre la chose et ne pas la prendre de façon matérielle, mais, si nous avons été créés et rachetés, si Sacré-Cœur est présent près de nous et en nous, c’est pour nous faire entrer dans l’intimité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, ce qui est bien une manière d’être comme des dieux. D’être à la table de Dieu — nous avons cela souvent dans l’Évangile : nous sommes invités à la table de Dieu, au banquet de Dieu.

Vous vous rendez compte, mes bien chers frères, de ce que je vous enseigne ici ? Nous ne sommes plus aux simples commandements de Dieu — qui sont nécessaires, qui sont des repères, qui bien pratiqués suffisent à faire de bons chrétiens, mais qui ne font pas profondément entrer dans l’intimité de Dieu. Nous sommes à un niveau beaucoup plus élevé auquel le Sacré-Cœur appelle tous les hommes.

Mes bien chers frères, vous tous qui m’écoutez, il y a parmi vous des convertis récents qui ont été saisis par l’enthousiasme de Dieu et qui voient immédiatement la vérité de ce que je viens de vous enseigner. Il y a des convertis récents qui travaillent laborieusement parce que Dieu l’a voulu ainsi et à qui il faut révéler ces gloires du Ciel qui sont les gloires des mystères glorieux. On ne peut pas limiter le rosaire à la contemplation des mystères joyeux et douloureux, il faut nécessairement contempler les mystères glorieux. Il y a aussi parmi vous des catholiques de vieille souche qui pouvez vous décourager ou au contraire reconnaître la grandeur du bienfait de Dieu. Il y a parmi vous des grands pécheurs qui entendent cette parole de Dieu et qui savent que Dieu leur parle au cœur. Il y a parmi vous des saints qui cependant au contact de Dieu se rendent bien compte que leur justice est tordue — que leur justice est réelle puisqu’elle vient de Dieu, puisque Dieu ne trompe pas. Quand Dieu rend juste, il rend vraiment juste, mais nous, hélas, nous tordons cette justice. Et alors, notre proximité avec Dieu nous fait désirer ardemment d’avoir une justice droite.

Oui, saint Grégoire voit Job sur son fumier et tous les hommes sur le fumier de leurs péchés, de leurs difficultés, de leurs tentations, mais s’il y a quelque chose de marquant dans tout ce que saint Grégoire nous a enseigné jusqu’au point où nous en sommes, c’est de sortir des difficultés de ce monde par le haut, de prendre conscience de cette proximité que Dieu crée avec nous, que ce soit par le Sacré-Cœur ou par le Saint-Esprit, et notre réponse ne peut être que de peupler notre esprit avec nos pensées sur Dieu, sur ses saints et sur la gloire du Ciel.

Oui, nous vivons dans ce monde. Bien sûr, il n’est pas question d’échapper à ce monde, ne serait-ce que parce que nous avons une mission pour y faire du bien et si nous voulions échapper à ce monde, nous cesserions de lui faire du bien alors que tout l’exemple de notre Seigneur Jésus-Christ est justement de faire du bien à notre prochain et nous serons jugés sur le bien que nous aurons fait. Non, la question n’est évidemment pas de savoir si nous pouvons sortir de ce monde, si nous devons sortir de ce monde, la question de savoir si, dans ce monde, nous peuplons notre esprit de nos pensées sur Dieu, pour vivre en compagnie de Dieu en même temps que nous sommes en compagnie des hommes.

Voilà la grande réponse transmise par saint Grégoire le Grand. Je dis ‘transmise’ parce qu’elle ne vient pas de lui, bien sûr, mais de la révélation divine, elle vient de l’Écriture Sainte, elle vient du Saint-Esprit qui l’assistait.

Si nous comprenons ce message de Dieu, lorsque nous serons dans la joie et dans la consolation, nous en jouirons parfaitement et lorsque nous serons dans la désolation, nous n’en serons pas moins pour autant dans la joie profonde de Dieu, dans son intimité. La désolation demeurera à la surface, comme les vagues de la mer qui ne troublent pas les poissons.

Ne pas nous plaindre d’être corrigés par Dieu

Mais mon sermon ne serait pas juste si je me contentais de vous enseigner cette seule vérité, et c’est le deuxième enseignement de saint Grégoire le Grand : nous devons accepter ici bas d’être flagellés par Dieu — c’est le terme que saint Grégoire emploie. Comme j’aurais peur de vous décourager, je dirais que nous devons accepter d’être corrigés par Dieu.

Mais la vérité, le fond de la pensée de saint Grégoire, c’est que nous devons faire confiance à la justice de Dieu et à sa bonté pour être guidés par lui. Nous plaindre de Dieu, c’est exactement ce que le démon attend de nous. Vous vous rappelez, mes biens chers frères ce que saint Grégoire nous a enseigné : il faut craindre la prospérité et nous réjouir d’être enseignés par la discipline.

L’école du service de Dieu

Nous sommes ici bas à l’école du service de Dieu. Cette vérité, saint Grégoire le Grand, qui était moine bénédictin, l’a trouvée dans la grande règle de saint Benoît. Certes, saint Benoît ne cache pas que dans cette école il y a nécessairement des choses difficiles, mais il ajoute aussitôt qu’il va travailler par sa règle à les rendre faciles. Non pas à nous dispenser de travailler, mais à rendre le travail facile. Non pas à nous dispenser de faire des efforts, mais à nous enthousiasmer dans l’effort.

Celui qui est encore à l’école constate que son savoir est encore bien tordu, limité. Non pas qu’il ne sache rien — ce sont les mauvais élèves qui se découragent en disant qu’ils sont nuls, qu’ils n’y arriveront jamais — non, nous savons que ce que nous savons est vrai, mais nous découvrons en même temps que c’est bien limité et même bien tordu. Dans l’école de la vie, l’école chrétienne de la vie, il ne s’agit pas seulement de savoir, il s’agit de justice et nous découvrons que notre justice est vraie mais cependant tordue. C’est ce que nous avons vu dans le dernier sermon : Sermon sur Job 14. Devant Dieu notre justice est bien tordue

À l’école, il y a une deuxième difficulté, c’est qu’on ne jouit pas encore du fruit de son travail : celui qui apprend le travail de menuisier ne connaît pas encore la joie d’avoir réalisé un beau meuble.

Ces difficultés, il faut les accepter, elles font partie de notre formation. Et le mieux, pour bien en profiter, c’est de ne pas y penser, mais au contraire de peupler notre esprit de nos pensées sur Dieu. Non pas de penser à l’effort qu’on doit faire, non pas de penser à la difficulté que Dieu impose pour nous guider, voire pour nous corriger. Ne pas penser à ce que Dieu a retiré après l’avoir donné, mais au contraire de n’avoir qu’une pensée à l’esprit : « Que le nom de Dieu soit béni ! » Dieu fait comme il veut, justement, parce qu’il est béni.

Travailler à notre vertu en faisant rayonner la grâce de Dieu

Et enfin, la troisième leçon de saint Grégoire le Grand, c’est de travailler à notre vertu. Les morales de saint Grégoire sont justement un exposé pour bien travailler à notre vertu, pour bien cultiver la vertu.

Mais d’expérience, nous savons que le meilleur moyen de cultiver la vertu, c’est de chercher à la rayonner. Mes bien chers frères, aimez Dieu et faites-le aimer. Si vous faites cela, vous ne penserez plus à vos misères, vous ne penserez plus à la correction que Dieu vous donne pour vous aider.

Attention, correction ne veut pas dire châtiment, cela veut dire ‘rendre droit’, même si quelquefois, pour rendre droit, il faut un peu châtier. Mais le bon Dieu châtie avec tant de miséricorde ! Quand on voit qu’il porte le plus lourd de la croix et qu’il ne nous demande, à nous comme à Simon de Cyrène, que de porter simplement l’extrémité ! Dans le chemin de la croix tombe, c’est lui qui tombe et c’est nous qui sommes relevés. Simon de Cyrène ne tombe pas, il voit Jésus tomber, mais il ne tombe pas.

Je vous disais donc que si vous cherchez à rayonner l’amour de Dieu autour de vous, plus aucun travail ne vous sera pénible, plus aucune réforme de vous-même ne vous paraîtra difficile, plus aucun effort de la vertu ne vous coûtera. C’est tellement beau d’amener des âmes à Dieu !

Vous pensez que c’est hors de votre portée ? Vous aimeriez bien le faire à condition qu’on vous ait guidé presque par la main en vous montrant des exemples ? Mais il me semble vous en avoir déjà donné. Cette femme qui avait répondu avec dureté à un mendiant et qui le soir, à son examen de conscience, demande à Dieu de lui donner l’occasion de se racheter. Le lendemain, elle voit un mendiant à la porte d’une église. Elle l’encourage à se confesser. Et voici que ce mendiant est devenu un chrétien édifiant.

Et lui-même communique sa joie à son frère et lui dit : « J’ai trouvé Dieu. Toi aussi, va jusqu’au bout de ton baptême ! » Et le frère, après cinquante ans de vie commune, s’est marié devant Dieu.

Et cette jeune fille de quatorze ou quinze ans qui porte le panier de provisions d’une femme qui semblait peiner sous le poids. La femme n’est pas baptisée, alors elle lui parle de Dieu. Elle lui en parle non pas une année, ni deux années, mais sept ans, huit ans. Et elle touche le cœur de cette femme. Le démon est venu tenter cette femme et je la confie à vos prières pour que le Sacré-Cœur la sorte des griffes du démon. Malgré tout, ce que cette jeune fille a fait, elle l’a fait et bien fait.

Peuplez votre esprit des mystères du Sacré-Cœur, mes bien chers frères, et le Sacré-Cœur vous inspirera tout naturellement ce qu’il faut faire pour rayonner à votre tour son amour divin.

Ô Marie, mère de Jésus, co-rédemptrice et médiatrice de toutes grâces, priez pour nous, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Ainsi soit-il.