En résumé
Les mystères du Christ sont nos mystères. Il les a vécus pour nous et nous étions présents dans sa pensée et son amour. Cela est vrai également des mystères de la Vierge Marie.
Pour bien entrer dans les mystères du Christ et de la Vierge, il est bon de contempler les personnes, d’écouter leurs paroles, de comprendre leurs actions. C’est ce que nous appliquons dans ce sermon aux deux mystères de l’Assomption de Marie et de son couronnement au Ciel.
Transcription du sermon
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
Mes bien chers frères,
Un sermon très simple aujourd’hui sur l’Assomption de la Très-Sainte Vierge Marie et son Couronnement au Ciel. Nous interrompons donc en son honneur notre cycle de sermons sur les Morales de Job.
Les mystères du Christ sont nos mystères
Je voudrais tout d’abord vous rappeler une vérité simple et importante, à savoir que les mystères du Christ sont nos mystères. Le Christ a reçu de son Père, dans son humanité, une connaissance totale et précise de tout ce qui concernait son incarnation et sa vie sur la terre. Bien sûr, le Christ, comme Dieu, connaît toutes choses, mais également dans son humanité.
Il avait donc une connaissance précise de chacun d’entre nous et de chacune des situations dans lesquelles nous devrions nous trouver, et donc de chaque grâce dont nous aurions besoin pour l’aimer, l’honorer, le servir. Notre Seigneur, lorsqu’il vivait les mystères, d’une part intercédait pour nous auprès de son Père, afin que nous ayons, le moment venu, les grâces précises qu’il nous fallait, mais en plus, il gagnait ces grâces, il le méritait par sa soumission à son Père, par son humilité dans la Passion, par son offrande de lui-même.
Mais cette offrande ne se limita pas à la seule Passion, bien entendu, elle dura toute sa vie, depuis son entrée dans ce monde — où nous savons par saint Paul que Notre Seigneur s’offre à Dieu son Père, lorsqu’il s’incarne dans le sein de la Très Sainte Vierge — jusqu’à son ascension dans le ciel. Il y a donc quelque chose d’analogue aux sacrements dans les mystères de Notre Seigneur Jésus-Christ, et les sacrements ne sont que la continuation, le prolongement des mystères du Christ pour nous les appliquer.
La réception des sacrements est ponctuelle, tandis que le fruit qu’ils doivent porter en nous faisant entrer dans les mystères du Christ, lui, doit être continuel. Le baptême, par exemple, nous fait entrer — saint Paul nous l’enseigne expressément, et cela nous est rappelé lors de la nuit pascale — le baptême nous fait entrer dans les mystères de la mort et de la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et il en va ainsi de tous les autres sacrements, y compris le sacrement de mariage, qui fait entrer dans la fécondité de la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ. Vous vous rendez donc bien compte, mes bien chers frères, que la vie chrétienne ne peut pas se limiter à la vie sacramentelle, et que, après avoir reçu les sacrements, nous devons entrer dans une vie intérieure d’intimité avec Notre Seigneur Jésus-Christ. La vie chrétienne, rappelle-t-il à la samaritaine, est une vie en esprit et en vérité. C’est justement ce que la méditation — ou la contemplation — des mystères de la vie du Christ opère en nous.
Contempler un mystère, c’est répondre à l’appel du Christ
À chaque fois que nous méditons ou contemplons un mystère de la vie du Christ, à chaque fois nous nous approchons de lui, et même bien plus, nous répondons à son appel. Vous savez, mes bien chers frères, que Notre Seigneur nous enseigne que nous ne pouvons rien faire sans lui, or il veut notre sanctification, il veut notre salut, il veut que nous entrions dans la sainte communion du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et pour cela, continuellement, il nous appelle à le rejoindre, à vivre avec lui, à demeurer près de lui.
Par conséquent, lorsque nous contemplons les mystères ou que nous nous approchons de notre Seigneur, nous répondons à son appel. Fra Angelico, qui était un religieux, non seulement un grand artiste, mais un grand contemplatif et qui a été béatifié, Fra Angelico met très souvent un personnage contemporain ou un dominicain dans les scènes de la vie du Christ qu’il représente. Ce n’est pas vraiment un anachronisme, parce que ces personnages, comme nous tous, étaient vraiment présents dans la pensée de Notre Seigneur Jésus-Christ au moment où il vivait les scènes et les mystères de sa vie sur la terre.
Le bon Père Barielle, notre directeur spirituel au séminaire et que Mgr Lefebvre tenait en grande estime, nous disait : « adressez-vous à Notre Seigneur lorsque vous contemplez les mystères du chapelet. Dites-lui, “Seigneur, je me mets dans un petit coin de la pièce ou dans un petit coin de la grotte de Bethléem, je me fais tout petit et je ne vous dérangerai pas”. Notre Seigneur vous répondra, “mais tu ne me déranges pas, justement, je pensais à toi, et lorsque tu viens, tu crois que c’est sur ton initiative strictement personnelle, en réalité, tu ne fais que répondre à mon appel.” »
Selon le degré de désir avec lequel nous voulons aimer notre Seigneur Jésus-Christ, nous recevrons les grâces que Dieu a méritées pour nous. Celui qui a un grand désir recevra plus de grâces, celui qui n’a qu’un faible désir recevra peu de grâces.
Il est donc très important, mes bien chers frères, lorsque vous récitez le chapelet — et même le rosaire si vous le pouvez — que vous preniez le temps, même si c’est bref, avant de commencer chaque dizaine, que vous preniez le temps de vous recueillir pour entrer dans le mystère. Rappelez-vous que le rosaire est une prière à la fois vocale et mentale. Vocale, nous récitons les « Je vous salue Marie » et il est très difficile de penser aux paroles qui sont répétées cent cinquante fois. Elles sont très belles, on peut méditer les paroles, mais il est beaucoup plus facile de méditer les mystères. Et donc avant de commencer la dizaine, recueillons-nous quelques instants et rappelons-nous quel est le mystère et essayons de le voir de nos yeux du corps, parce que c’est pour cela que Notre Seigneur s’est incarné.
Les conseils de saint Ignace de Loyola :
considérer les personnes,
écouter leurs paroles, contempler leurs actions
Saint Ignace de Loyola nous donne une méthode très simple pour bien entrer dans les mystères et bien les contempler : personnes, paroles, actions. Quelles sont les personnes ? Quelles sont leurs paroles ? Quelles sont leurs actions ?
Personnes, paroles actions dans le mystère de l’Assomption
Dans le mystère de l’Assompion de la Très Sainte Vierge Marie, quelles sont les personnes ? La Très Sainte Vierge, en premier, mère de Dieu, la plus sainte de toutes les saintes, celle qui a vécu dans l’intimité de Notre Seigneur Jésus-Christ et qui, paradoxalement, a vécu encore plus dans l’intimité de Notre Seigneur Jésus-Christ après l’Ascension de celui-ci, parce que, tout au long de sa vie, son désir d’entrer dans l’intimité de son Fils n’a fait que croître et augmenter. L’effusion du Saint-Esprit lors de la Pentecôte a porté son intimité avec Dieu à une perfection inimaginable. Après l’Ascension de Notre Seigneur au Ciel, elle vivait de plus en plus avec lui mentalement, spirituellement, et c’est tout naturellement qu’à la fin de sa vie, son âme s’est détachée de son corps pour rejoindre Notre Seigneur Jésus-Christ.
Mais Dieu n’a pas permis qu’elle mourût comme n’importe quel autre être humain. Il n’a pas permis que son corps connût la corruption du tombeau. Aussitôt qu’elle fut morte, en union avec la mort de son Fils, offrant sa vie comme son Fils avait offert sa vie, aussitôt Dieu ressuscite son corps, lui donne un corps glorieux qu’il réunit à son âme, et envoie les anges chercher Notre-Dame et la porter devant lui jusqu’à son trône céleste.
Parmi les personnes, il faut que nous nous mettions nous-mêmes, mes biens chers frères, pour la raison que je vous ai dite, puisque nous étions présents dans l’esprit de Jésus-Christ. Même si la Sainte Vierge n’avait pas, la connaissance presque infinie qu’avait son Fils, malgré tout, elle a vécu pour nous, elle était au pied de la croix pour nous, elle s’est unie à son Fils pour nous, pour nous sauver, parce qu’elle est co-rédemptrice et parce qu’elle est médiatrice de toute grâce. Il est donc normal que, dans cette scène, nous nous mettions nous aussi, mes biens chers frères.
La pieuse croyance est que les apôtres se sont réunis autour de la Sainte Vierge. Ce n’est qu’une simple croyance. Serait-elle montée au ciel avant que les apôtres se dispersent sur la terre ? En tout cas, saint Jean se trouvait près d’elle, c’est une évidence. Alors, mettez-vous à côté de saint Jean, et entrez dans cette scène.
Après les personnes, les paroles. Dans ce mystère, il n’y a pas de paroles, il n’y aura que les vôtres. Qu’avez-vous à dire à Marie ? Le catéchisme de Saint Pie X nous enseigne que nous devons nous réjouir avec elle de son assomption, que nous devons la vénérer et que nous devons la prier pour mener une vie chrétienne pour que, nous aussi, nous puissions unir notre mort à celle de son Fils et à la sienne.
Les actions. Je vous en ai déjà dit une bonne partie. La Sainte Vierge arrive au terme d’une vie d’amour et d’union à son fils et au sacrifice de son fils. Son fils envoie les anges qui portent la Sainte Vierge devant le trône de Dieu.
Personnes, paroles, actions dans le Couronnement de Marie
Si nous contemplons maintenant le couronnement de la Très-Sainte Vierge, alors nous voyons comme personnes les mêmes, plus tous les anges. La Sainte Vierge entre au ciel, elle est acclamée par tous les anges qui l’attendaient, qui avaient déjà connaissance de tous les mystères du Christ parce que le Verbe de Dieu les leur avait révélés. Lui qui partage avec les anges sa gloire, sa perfection, son amour, a évidemment partagé avec eux cette œuvre magnifique, la plus belle œuvre de toute la Création, à savoir l’Incarnation et sa vie terrestre pour le salut des hommes.
Les anges ont suivi tout cela du haut du ciel et ils acclament leur reine. Ils lui font un triomphe. Elle traverse la cour céleste, toujours portée par des anges — en réalité par des archanges, bien entendu — qui la mènent jusqu’au trône de son Fils, qui siège à la droite de Dieu le Père Tout-Puissant, et qui la couronne. Il la couronne parce qu’elle est la mère du roi, il la couronne parce qu’elle règne avec lui.
Et elle était déjà toute puissante sur le cœur de son Fils, nous l’avons vu lors des noces de Cana, où Notre Seigneur lui dit que son heure n’était pas encore venue pour faire un miracle, et cependant la Sainte Vierge sait bien, et elle dit aux serviteurs, « faites tout ce qu’il vous dira », et Notre Seigneur fait le miracle. La Sainte Vierge n’a même pas eu à demander, il lui a suffi de dire « ils n’ont plus de vin. » C’est dire la puissance de cette reine sur le cœur du roi du ciel et de la terre. Elle est donc notre avocate.
Mais elle est aussi médiatrice de toute grâce.
C’est-à-dire que d’une part elle intervient auprès de son Fils en notre faveur, d’autre part elle intervient auprès de nous pour nous former à recevoir les grâces de son Fils, pour ouvrir notre cœur, pour nous suggérer les paroles que nous avons à dire à Notre Seigneur.
Après avoir contemplé les paroles, méditons les paroles. C’est un immense alléluia de tous les anges auxquels nous allons joindre nous-mêmes nos alléluia.
Et action, c’est l’attitude humble et pleine de révérence de la Sainte Vierge pour recevoir la couronne que son Fils met sur sa tête.
Action, il faut que ce soit également nos actions à nous, d’une part pour contribuer au couronnement de la Très Sainte Vierge en chantant ses louanges, mais la plus belle louange que nous pouvons chanter pour la Très Sainte Vierge, n’est pas seulement sur notre bouche, elle est surtout dans nos actions, c’est-à-dire d’imiter ses vertus. Plus nous imitons les vertus de la Très Sainte Vierge — le catéchisme de saint Pie X énonce principalement sa pureté et son humilité — plus nous imitons la Très Sainte Vierge, et plus nous contribuons à sa gloire.
Collaborer avec Marie au salut des pécheurs
Enfin, mes bien chers frères, prenons conscience d’une vérité très importante, c’est que, si nous vénérons la Sainte Vierge, et si nous l’aimons vraiment, et si nous voulons lui faire plaisir, alors nous devons avoir en nous les mêmes sentiments qu’elle a, la même volonté. Or, la volonté de la Très Sainte Vierge, tant qu’il restera un pêcheur sur la terre, c’est que les pêcheurs se convertissent.
Et par conséquent, si vraiment nous aimons la Sainte Vierge et nous voulons l’honorer, alors nous aussi, nous voulons la conversion des pauvres pêcheurs. Nous ne pouvons pas limiter notre vie chrétienne à une vie strictement personnelle. Le cœur de Marie embrasse tous les hommes, et par conséquent notre cœur, qui doit être à l’image du sien, doit embrasser tous les hommes. Et de même que la Très Sainte Vierge, jusqu’à la fin du monde, intercédera pour nous et pour tous les hommes auprès de Dieu, et qu’elle fera descendre sur nous les grâces de Dieu, — rappelez-vous qu’elle est médiatrice de toute grâce — eh bien, nous de même, nous devons l’imiter en cela. C’est pour cela que Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a déclaré qu’elle passerait son ciel à faire du bien sur la terre, et que du ciel elle enverrait une pluie de roses. Alors, dès ici-bas, imitons Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et tous les saints, imitons la Très Sainte Vierge et faisons du bien sur la terre à l’imitation de la Très Sainte Vierge Marie.
Très Sainte Vierge, je vous offre mes pauvres actions pour la conversion des pauvres pécheurs.
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint d’Esprit, ainsi soit-il.
