Sermon sur Job 16. Homme, oiseau et lézard

En résumé

Si la Providence de Dieu nous déconcerte et nous ébranle, si les épreuves nous pèsent, c’est que nous n’avons pas compris la sagesse de Dieu. Saint Grégoire, dans ses Morales sur Job nous explique comment entrer dans cette sagesse. Du coup, plus rien ne devient pénible et l’oiseau peut voler.
Pourquoi lézard ? Vous le découvrirez dans le sermon.

Ce sermon est le n° 16 de la série : Sermons sur le livre de Job — saint Grégoire le Grand

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Transcription

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

Mes bien chers frères,

Vous êtes désormais plusieurs à m’avoir dit que vous vous sentiez personnellement atteints par les sermons sur Job de saint Grégoire le Grand et c’est bon signe. Cela prouve que saint Grégoire connaît les ressorts de l’esprit humain et qu’il les relie à la plus haute sagesse de Dieu, qu’il est un bon guide et un bon prédicateur.

Plusieurs autres m’ont fait la remarque qu’ils trouvaient les sermons sur Job déprimants et cela est plus inquiétant, parce que l’adage dit qu’on reçoit une chose en fonction des dispositions de l’âme. Si l’on est déprimé par le rappel des épreuves, c’est que l’âme est mal disposée.

Et justement, saint Grégoire nous invite, nous donne même, de bonnes dispositions d’âme pour dire comme Job : « si nous recevons les bienfaits de la main de Dieu, pourquoi n’accepterons-nous pas les maux que Dieu nous envoie ? » Oui, mes bien chers frères, profitons de saint Grégoire le Grand pour changer nos dispositions d’âme et alors, tout simplement, presque sans effort, nous serons libérés d’un grand poids et nous monterons dans les hauteurs de la sagesse et de l’amour de Dieu.

Cette fois-ci, je prends le commentaire de saint Grégoire dans ses Morales sur Job, livre 6, sur cette parole de l’Écriture Sainte : « L’oiseau est fait pour voler, l’homme pour travailler. » (Job 5, 7)

Il y a deux possibilités. Soit on regrette que l’homme soit fait pour travailler, voire même on s’en plaint et on subit. Soit on se réjouit que l’oiseau soit fait pour voler, parce que l’oiseau c’est la part spirituelle de notre nature et on trouve tout à fait normal et même bénéfique de devoir travailler si la récompense, c’est que notre oiseau puisse voler.

Il y aura trois parties dans mon sermon, tout d’abord une très belle histoire dont je viens de prendre connaissance, deuxièmement, nous mettre à l’école de Dieu et troisièmement, pour être oiseau, soyons lézard.

1. L’histoire d’un jeune cycliste devenu prêtre

C’est l’histoire d’un jeune né dans une famille profondément catholique, une famille nombreuse, qui malgré cela, à quinze ans, a une crise existentielle. Il a une foi superficielle et cela pourrait très mal tourner. Il s’en sort en se lançant dans des compétitions cyclistes, mais, le 15 août, il fait une chute inexplicable de vélo, passant par-dessus le guidon, est transféré en hélicoptère et cela interrompt sa carrière cycliste et surtout ses illusions sportives. La cause, c’est sa mère qui a placé sous la selle du vélo une médaille miraculeuse. Lorsque, bien des années plus tard, ce jeune devenu adulte fait ce récit, il est bien conscient que cette épreuve a été une grande grâce de Dieu.

Malgré tout, cela n’est pas suffisant pour le remettre totalement dans l’amitié de Dieu et il faudra attendre huit ans avant que ce jeune homme se consacre à la très sainte Vierge Marie. Consécration sérieuse, bien sûr, et quelques années plus tard, après de nouvelles épreuves qu’il porte avec foi, il frappe à la porte d’un monastère. Il est désormais prêtre et un prêtre très fidèle.

2. Ne pas chercher à comprende la Providence : se mettre à l’école de Dieu

Voici ce qu’enseigne saint Grégoire le Grand : les miracles divins, il faut toujours les considérer avec une application attentive et ne jamais les discuter par l’intellect, ne jamais en faire une discussion intellectuelle.

Les miracles de Dieu, cela s’étend à tout ce que Dieu fait et que nous ne comprenons pas. D’une façon générale, c’est toute l’œuvre de la Providence et notamment les choses au milieu desquelles nous titubons. L’une des raisons pour lesquelles nous sommes affligés par les difficultés de la vie et nous aimerions les fuir, c’est que nous les discutons intellectuellement, nous discutons avec le bon Dieu, alors qu’il faut au contraire s’y appliquer avec zèle et avec amour pour en découvrir toute la richesse. Saint Grégoire nous dit que ce sont des choses qu’on ne peut pas comprendre par la raison, mais qu’il est facile de croire par les exemples que nous avons déjà sous les yeux.

Il fait une petite liste qui est assez d’actualité : lorsque nous attendons la pluie sur la terre sèche, lorsque l’air est desséché par le soleil, lorsque la mer s’enfle contre le voyageur, lorsque la terre non seulement produit moins, mais qu’elle consomme la semence qu’on lui a donnée… Et pourtant, ne savons nous pas que Dieu fait croître les arbres, qu’il fait mûrir les fruits, qu’il accomplit quotidiennement ce miracle extraordinaire qu’un petit enfant grandisse depuis le sein de sa mère jusqu’à devenir un homme ? Alors, si Dieu fait attendre la pluie, s’il fait attendre la fraîcheur, s’il fait attendre les moissons, ce n’est pas sa sagesse qui est en défaut, ce n’est pas plus sa bonté, au contraire. Il y a dans tout cela une richesse à découvrir que nous ne découvrirons pas en nous tendant, mais que nous découvrirons par une application soigneuse.

Cela s’applique à nos épreuves présentes, mes bien chers frères, et vous pouvez compter qu’avec la sécheresse elles ne sont pas terminées, car les gouvernements mondiaux vont profiter de cette aubaine pour eux, sous prétexte de lutter contre le réchauffement climatique, pour abattre un peu plus leur poigne sur les hommes. Ils l’ont annoncé, ils le feront.

Mais il y a d’autres épreuves qui nous troublent considérablement, ce sont les épreuves de l’Église. Combien titubent devant la petite fidélité catholique qu’ils ne comprennent pas ? Combien titubent devant ce qu’ils croient être un abandon général des bons catholiques par la divine Providence ? Combien titubent en cherchant à se raccrocher à ceci ou à cela plus ou moins humain ? Combien titubent devant la question du pape ? Mgr Lefebvre disait avec beaucoup de sagesse que c’est un problème que nous ne pouvons pas résoudre, que les théologiens résoudront plus tard. Il ne nous est pas donné à nous de résoudre ces problèmes-là. Il nous est donné, demandé, demandé et donné à nous d’être fidèles au milieu de ces problèmes.

Ce n’est pas en cherchant à comprendre qu’on comprend, c’est en s’appliquant avec confiance, c’est en ramenant à notre mémoire l’expérience passée, la nôtre, celle de l’Écriture sainte, l’expérience du peuple que Dieu s’est choisi et qu’il guide par les bénédictions quand le peuple lui est fidèle et qu’il guide par la correction quand le peuple lui est infidèle, et alors le peuple revient à la fidélité.

Depuis le Concile, soixante-dix ans ne se sont pas encore écoulés alors que le grand schisme d’Occident a duré soixante-dix ans, que l’exil à Babylone a duré soixante-dix ans.

D’où la troisième partie de ce sermon :

3. Pour être oiseau, être lézard (Proverbes 30, 28)

La réponse nous est donnée par l’Écriture sainte : pour être oiseau, il faut être lézard. (Proverbes 30, 28)

Je vous ai dit, l’oiseau est fait pour voler, l’homme pour travailler. Plus ce qu’il y a d’humain en nous travaille, plus l’esprit oiseau s’envole vers les hauteurs de Dieu. Mais, pour cela, il faut tout d’abord respecter avec soin les préceptes divins.

Lorsqu’un adulte, dans les choses humaines, veut agir, il commence par comprendre et ensuite il agit. Mais, d’un enfant, c’est l’inverse qu’on attend. L’enfant commence par faire son expérience et ensuite il comprend. L’enfant commence par obéir à ses parents et ensuite il comprend. Jusqu’aux portes de l’adolescence, plus un enfant s’applique à bien faire ce qu’on lui demande et plus il comprendra et pourra par la suite se diriger et même diriger les autres.

Pour cela, saint Grégoire dit qu’il faut non seulement se rappeler à la mémoire l’expérience qui nous porte déjà les leçons de l’existence, mais il faut s’aider des mains. Il ne précise pas en quoi cela consiste, mais il est facile de le comprendre.

Notre attention à appliquer les préceptes divins sera d’autant plus solide avec des bonnes bases qu’elle sera concrète. Si l’on veut secourir le prochain, il ne suffit pas de prier pour lui, il faut également exercer les œuvres de miséricorde et souvent les œuvres de miséricorde corporelles. Et en tout cas, puisque je vous ai pris l’exemple de l’enfant, on ne peut pas enseigner à un enfant les œuvres de miséricorde sans qu’il pratique les œuvres de miséricorde corporelles. On ne peut pas lui enseigner la vertu de courage, sans qu’il mette la main à des œuvres difficiles. On ne peut pas lui enseigner la vertu de tempérance sans qu’il mette la main à la pratique de la pénitence. C’est cela y mettre les mains.

Eh bien, mes bien chers frères, tant que nous sommes ici bas, nous sommes dans la situation de l’enfant. Non pas que Dieu veuille nous cacher ses secrets, non, au contraire, il veut nous faire pénétrer dans son intimité, dans l’intimité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, dans la richesse de la sagesse et de l’amour.

Mais pour y arriver, il veut que nous pratiquions avec soin ce qu’il nous demande, il veut que nous ne discutions pas, mais qu’au contraire, nous mettions en œuvre la foi, l’expérience de la foi qui nous a déjà tant et tant de fois montré que l’œuvre de Dieu était bénéfique y compris quand elle était difficile et pénible, qui nous l’a montré dans l’histoire de l’Église, qui nous l’a montré dans l’histoire de Jésus-Christ, qui nous l’a montré dans notre histoire propre.

Saint Grégoire nous met en garde, il y a de grands savants qui étudient la parole de Dieu, qui la scrutent et même qui la méditent, mais s’ils négligent de la mettre en œuvre, ils seront des affamés dont les greniers sont pleins. Ils posséderont une source et pourtant seront assoiffés.

Oh oui, mes bien chers frères, je ne vise personne, et pourtant combien d’entre nous appartiennent à cette catégorie de chrétiens qui savent, qui connaissent, qui ont été formés, qui ont reçu l’enseignement de Mgr Lefebvre, celui de Mgr Williamson. Quel danger nous courons si nous savons tant de belles choses si élevées et que nous ne sommes pas attentifs à les mettre en œuvre ! Alors, nous dit saint Grégoire le Grand, nous serions dépassés par des petits qui ne connaissent pas aussi bien que nous les choses de Dieu, mais qui s’y appliquent avec zèle, avec amour et qui les mettent en pratique. Et saint Grégoire conclut que ces petits monteront à des hauteurs qui dépasseront celles de ceux qui pourtant avaient la science.

S’appuyer sur les mains, c’est être lézard. L’Écriture Sainte, dans le Livre des Proverbes, — le Livre des Proverbes n’est pas un recueil de proverbes humains qui auraient été intégrés à l’Écriture Sainte, non, ce sont des remarques brèves mais profondes de la sagesse de Dieu communiquées aux hommes — le Saint-Esprit, dans le Livre des Proverbes, nous dit que le lézard marche sur les mains et pourtant il habite dans le palais des rois. Voilà où nous devons en venir. Nous ne pouvons pas entrer d’emblée dans le palais du grand roi parce que nous ne sommes pas Dieu. Pourtant nous sommes bien appelés à y entrer et à y vivre et même à y demeurer éternellement, mais pour cela il faut que nous soyons des lézards qui s’appuient sur leurs mains.

Conclusion : avoir des résolutions concrètes

Je termine ce sermon sur l’image précédente qu’il faut également bien se rappeler et ne pas oublier. L’oiseau est fait pour voler, notre esprit est fait pour voler, mais si nous voulons que notre esprit vole, il faut que notre nature humaine terrestre commence par être lézard.

Mes bien chers frères, dès la fin de ce sermon, vérifiez si vous avez des résolutions concrètes. Je ne dis pas des résolutions générales et peut-être vagues, je dis des résolutions concrètes. Si vous les avez prises, vérifiez que vous y êtes attentif. Et si vous constatez que vous n’avez peut-être pas suffisamment été lézard, alors précisez de nouveau vos résolutions, vos résolutions concrètes, très concrètes. Nourrissez-les de la contemplation des mystères de la vie de Jésus-Christ que vous rappellerez à votre mémoire, et alors, soyez-en certains, l’oiseau volera. Si nous ne faisons pas cela, alors l’oiseau se découragera, ou bien, il volera, peut-être, mais de buisson d’épines en buisson d’épines, et se plaindra de n’habiter que des épines alors qu’il voit le lézard habiter dans le palais des rois.

Très sainte Vierge Marie, puisque vous êtes ma mère, enseignez-moi à être un enfant appliqué. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.