En résumé
Les amis de Job ne comprennent ni sa sainteté, ni sa sagesse et, du haut de leur médiocrité, le critiquent avec véhémence. C’est une leçon pour nous : en cette période de désarroi dans l’Église, ne critiquons pas ce que nous ne comprenons pas, mettons-nous au contraire à l’école des sages qui ont fait la preuve de leurs mérites et de leur patience dans les épreuves. On juge l’arbre à ses fruits, encore faut-il savoir quels fruits on veut y trouver.
Transcription du sermon
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
Mes bien, chers frères,
Les amis de Job viennent avec une bonne intention pour le consoler, mais ils ne le comprennent pas et ils ne comprennent pas l’action de Dieu sur lui.
Job est un sage qui s’est laissé enseigner par Dieu parce qu’il lui a toujours été fidèle.
Job est un saint qui règle sa conduite sur la sagesse de Dieu et nous avons vu que, dans sa sainteté, Job aime l’adversité, car elle le protège contre les dangers de la prospérité, surtout dans des postes élevés, ce qui est son cas.
Job cherche à être mort au monde et que le monde soit mort à lui.
Le jugement téméraire des amis de Job :
condamner ce qu’on ne comprend pas
Mais, parce que les amis de Job ne le comprennent pas, ils vont le juger et le condamner. Ils vont lui faire des reproches durs, amers. Lui, le saint, ils vont lui dire que s’il est ainsi affligé par Dieu, cela ne peut être qu’une punition pour ses péchés, des péchés graves. Et Dieu va leur reprocher leur attitude, tout d’abord leur attitude de dureté.
On ne parle pas ainsi à un homme juste et saint comme Job et on ne parle pas ainsi lorsqu’un homme, quel qu’il soit, est dans l’affliction. Parler ainsi, c’est tout simplement de l’orgueil. Ils auraient dû, au contraire, méditer sur ce qui arrive à Job et sur l’attitude de Job, pour craindre pour eux-mêmes, pour s’associer à lui dans ses peines et pour se mettre à l’école de la douleur.
Mes bien chers frères, si je vous décris tout cela avec saint Grégoire le Grand, c’est que nous sommes en plein dans ce problème. Saint Grégoire nous fait remarquer que, à ceux qui sont mauvais, les paroles et les actes de ceux qui sont meilleurs leur déplaisent. Les amis de Job, au lieu de le critiquer et de lui faire des reproches, auraient dû se mettre à son école.
Saint Grégoire nous donne un exemple qui est dans l’Écriture Sainte, celui de l’Arche d’Alliance volée par les Philistins qui est rapportée à Jérusalem. Elle est portée sur un char tiré par des bœufs et, à un moment, les bœufs ayant une marche difficile, l’Arche penche dangereusement sur le plateau qui la transporte. Un lévite qui accompagne l’Arche tend la main pour la retenir et éviter qu’elle ne tombe. Mais voilà, Dieu avait donné un ordre : il était interdit à quiconque, sauf aux prêtres, de toucher l’Arche d’Alliance. Dieu punit immédiatement celui qui a désobéi, et le lévite tombe mort.
L’Arche d’Alliance qui penche,
c’est la condescendance du sage
Vous me direz qu’il avait agi dans une bonne intention ! C’est exactement le cas des amis de Job. Si le lévite est puni, c’est parce qu’il aurait dû se rendre compte que l’ordre donné par Dieu relevait d’une sagesse supérieure, et non d’une prudence ordinaire. Dieu avait donné un ordre qu’il entendait voir respecter quoi qu’il arrive et il avait des raisons supérieures pour cela.
Il y a des ordres que Dieu nous donne sans les laisser à notre appréciation. Par exemple, tu ne tueras pas, alors que cet ordre peut, dans certaines situations, paraître très surprenant, par exemple, quand une mère est gravement malade alors qu’elle est enceinte, il est tentant pour des hommes qui n’ont pas compris les choses de Dieu de se dire que, somme toute, mieux vaudrait enlever l’enfant qui est dans son sein pour la sauver elle, quand, au contraire, si elle garde l’enfant, elle mourra et l’enfant avec elle. Il est fréquent que certaines personnes disent « mieux vaut un mort que deux ». Mais non, Dieu a dit « tu ne prendras pas la vie de l’innocent ». Et c’est à nous de comprendre qu’il y a une sagesse supérieure chez Dieu, ce que Job a compris.
Il y a une sagesse supérieure dans les souffrances que Dieu permet aux hommes d’endurer, voire même envoie aux hommes. Il y a une sagesse supérieure dans le fait que Dieu permette que certaines mères meurent en couche, que de jeunes mères de famille meurent en laissant des enfants orphelins, ce qui peut mettre en cause même leur éducation religieuse par la suite. Mais c’est à nous, même si nous ne comprenons pas, d’admettre que la sagesse de Dieu est supérieure à la nôtre, et qu’il n’est pas question de faire des reproches à Dieu et encore moins de corriger ce qui nous paraît déformé dans les demandes de Dieu.
Reprenons les explications de saint Grégoire « L’arche, c’est l’esprit du juste. Elle penche, car même les meilleurs chefs savent s’incliner avec condescendance et avec bienveillance envers leurs inférieurs qui sont dans la confusion. Mais c’est précisément dans cette action, accomplie avec bienveillance, que l’inclination même de la force d’âme est prise pour une chute par ceux qui n’ont pas d’expérience. »
Et, conclut saint Grégoire, ceux-là se rendent indignes de vivre, comme le lévite a été indigne de vivre en portant la main sur l’arche.
Mgr Lefebvre et Mgr Williamson furent des arches
qui penchent
Mgr Williamson a cherché précisément toute sa vie à faire découvrir que la sagesse de Dieu n’est pas la nôtre, notamment à faire découvrir que Dieu continue à diriger son Église. Monseigneur a cherché à corriger l’orgueil de beaucoup de ceux qui se disent traditionnalistes et qui jugent avec dureté.
Certes, le modernisme est une erreur gravissime, bien plus grave que toutes les hérésies qui ont précédé. Certes, le rite moderne de la messe est un rite horrible fait à la gloire de l’homme et qui vole l’honneur de Dieu. Certes, Mgr Lefebvre a condamné avec toute la force qu’il fallait ce rite moderne et l’erreur moderniste, mais Dieu a pitié.
Dieu a pitié de ceux qui se sont fourvoyés à la suite des chefs. Il a pitié de ceux qui ne savent pas. Il a pitié même des pécheurs qui sont volontairement coupables. C’est pourquoi Dieu, dans sa grande bonté, a réalisé des miracles lors de messes célébrées selon le rite moderne de Paul VI.
Mgr Williamson l’a fait remarquer cela, plusieurs fois, pour montrer que Dieu continue à s’occuper de son Église, pour montrer que l’Église ne se réduit pas aux seuls traditionnalistes, pour montrer aux traditionnalistes que, tout en critiquant les erreurs, ils devraient se pencher vers la misère de ceux qui n’ont pas eu la grâce de connaître Mgr Lefebvre. Mais, voilà, des hommes durs ont aussitôt critiqué Mgr Williamson, ils l’ont même condamné. Ils ont voulu croire qu’il recommandait la messe de Paul VI, la messe nouvelle.
Et, ce faisant, ils ont privé l’Église d’un phare. Ou plutôt, ils se sont privés, eux, d’un phare que Dieu a donné à son Église, Mgr Williamson. Et ils meurent.
Et ils meurent parce que, d’un côté, il y a Mgr Williamson pour guider et éclairer les bons chrétiens, mais ils l’ont repoussé et rejeté. De l’autre côté, il y a, effectivement, l’hérésie moderniste avec ses mauvais pasteurs et ses mauvais évêques, qu’ils rejettent à juste titre. Ainsi, ces gens-là, après avoir critiqué, après avoir condamné, ne savent plus où se situer. Alors, ils se rétractent sur eux-mêmes avec leur volonté propre.
C’est le cas de ceux qu’on appelle « sédévacantistes », lorsqu’ils condamnent tous ceux qui pensent qu’il y a un pape à Rome et que Léon XIV est effectivement le pape de l’Église catholique. Ils refusent les distinctions. Ils ignorent toute la théologie. Ils ont lu de travers l’enseignement de Vatican I. Ils en sont amenés à condamner avec véhémence ceux qui ne pensent pas comme eux, y compris Mgr Lefebvre. Je suis bien obligé de vous en parler parce qu’ils sont dangereux. Parce que, dans leur chute, ils entraînent des personnes crédules.
Et si j’avais une hésitation à parler des sédévacantistes et à les critiquer — jusqu’à maintenant je n’ai jamais rien publié contre eux — si j’avais la moindre hésitation, saint Grégoire le Grand la lèverait. C’est lui qui nous met en garde contre ces attitudes fausses et mauvaises de petits qui ne comprennent pas les grands, d’inexpérimentés qui ne comprennent pas les sages, d’orgueilleux qui ne comprennent pas les humbles, de durs qui ne comprennent pas les bons.
Saint Grégoire le Grand nous fait remarquer que les hommes saints, quand ils s’abaissent aux choses les plus insignifiantes, tiennent un certain discours, tandis qu’en contemplant les choses les plus hautes, ils tiennent un autre discours. Ce n’est pas contradictoire, c’est qu’on ne parle pas des mêmes choses dans des circonstances différentes. Mais, nous dit saint Grégoire le Grand, comme les insensés ignorent la force de la condescendance comme celle de la sublimité, ils osent critiquer. C’est beau cette remarque de saint Grégoire : il y a une force dans la condescendance, et il y a une force, évidemment, dans la sublimité.
Se mettre à l’école des sages, des sublimes et des condescendants
Quand les petits ne sont pas d’accord avec les sages, ils ne leur est pas demandé de se taire, mais de s’exprimer avec humilité, afin que leur intention soit bonne, qu’elle ne soit pas pervertie par l’orgueil et, surtout, qu’ils profitent de l’enseignement que les sages peuvent leur donner. Même saint Paul parlait avec humilité, lui, l’apôtre, quand il enseignait. Voici ce qu’il dit « Faites attention, gardez en mémoire comment pendant trois ans, jour et nuit, j’ai averti chacun d’entre vous avec larmes.
Combien de fois cela nous est arrivé avec Monseigneur Lefebvre de ne pas comprendre des décisions qu’il prenait. Tous ceux qui le critiquaient immédiatement, sans réfléchir, se perdaient, que ce soient les libéraux modérés qui le trouvaient trop dur, que ce soient les sédévacantistes qui le trouvaient trop faible. Tous se sont perdus. Les vrais sages étaient ceux qui se taisaient, qui attendaient, sachant que la lumière se ferait dans leur esprit, et, on peut le dire, toujours la lumière se faisait.
Les vrais sages étaient ceux qui n’hésitaient pas à s’adresser à Monseigneur Lefebvre — sa porte était toujours ouverte — et qui, humblement, sans lui faire de reproches, venaient lui dire « Monseigneur, je ne comprends pas ». Alors, Monseigneur les éclairait.
Trois critères pour faire confiance : les mérites passés, la patience dans les épreuves, les fruits
Mes bien, chers frères, comment savez-vous à qui vous devez faire confiance ? Comment discerner que vous avez affaire à un sage ?
Le premier critère, ce sont les mérites antérieurs. Monseigneur Lefebvre avait accumulé les mérites de sa vie de missionnaire, de sa vie d’évêque missionnaire, il avait accumulé les mérites de sa résistance au modernisme lors du Concile. Ceux qui le critiquaient parce qu’ils ne le comprenaient pas ne pouvaient être que des orgueilleux qui ne tenaient pas compte de ses grands mérites, qui n’avaient pas vu sa grande bonté et sa condescendance. C’est cela, justement, la marque des saints, d’être très condescendant sans jamais manquer pour autant à la justice ni à la vérité, et d’être très élevé dans la justice et la vérité sans jamais manquer pour autant à la condescendance.
Ils auraient dû relever les mérites de Monseigneur Williamson, tous ceux qui se sont permis de le critiquer, qui ont profité du désarroi actuel pour étouffer la voix, pour couvrir la lumière.
Le deuxième critère, pour savoir à qui vous pouvez et devez faire confiance, c’est la patience dans les épreuves.
Comme Job, qui, dans les épreuves, ne se plaint pas et qui, au contraire, loue Dieu, qui ne considère pas que Dieu est injuste envers lui et qui, au contraire, remercie Dieu de le purifier dans les épreuves.
Les épreuves que nous avons subies depuis 2014, depuis que nous avons été éjectés de la Fraternité Saint-Pie X, n’ont fait que purifier notre vision des choses, purifier notre patience, notre confiance en Dieu : la situation de l’Église est tellement grave qu’il est une évidence que seul Dieu peut la sauver et que, puisque Jésus-Christ a promis d’être toujours avec elle, effectivement il la sauvera. Nous ne savons pas comment, et nous ne voyons pas comment, et cependant c’est une certitude. Alors il nous est demandé d’être fidèles et non pas de prendre la place de la Providence.
Il y a un autre critère qu’on peut utiliser, mes bien chers frères, c’est celui de juger l’arbre à ses fruits, mais encore faut-il faire attention à ce qu’on apprécie dans les fruits. Si on apprécie l’amour du monde, et si on apprécie l’efficacité moderne par des grands moyens faciles pour obtenir des résultats immenses d’un seul coup et sans se donner de mal, c’est évident qu’on ne peut pas apprécier Mgr Williamson, ni la toute petite fidélité catholique. Mais si on apprécie l’humilité, si on apprécie l’oubli de soi, si on apprécie d’être mort au monde et que le mort soit mort à nous, si cela est pour nous de véritables fruits, alors allons à l’arbre qui les porte.
Mes bien, chers frères, il ne suffit pas de ne pas critiquer les sages qu’on ne comprend pas, il faut également se mettre à leur école, et en définitive, c’est l’école de la Sainte Vierge qui, à la Salette, à Lourdes, à Fatima, prononce des paroles sublimes que les mauvais ne peuvent pas comprendre, et en même temps se penche avec condescendance vers notre pauvre monde, ce que les orgueilleux ne peuvent pas admettre. Soyons humbles et mettons-nous à son école.
Notre Dame, priez pour nous,
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

