Mgr Viganò : Les déclarations de Bergoglio sont une apostasie

« Je suis le chemin, la vérité et la vie.
Personne ne vient au Père si ce n’est par moi » (Jn 14,6).

Bergoglio, avec ses déclarations impies adressées aux jeunes de Singapour selon lesquelles « toutes les religions sont un chemin vers Dieu », offense la Majesté de Dieu, trahit la Révélation divine, piétine les principaux Mystères de notre Foi et annule le Sacrifice rédempteur du Fils de Dieu, Notre Seigneur Jésus-Christ.

Ses paroles mensongères sont particulièrement insidieuses car elles s’adressent aux nouvelles générations, que Bergoglio trompe en leur faisant croire qu’il est possible d’être sauvé sans reconnaître que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, l’unique Sauveur, et que son Église est l’unique arche de salut. Je suis la porte (Jn. 10 :9) dit Notre Seigneur de lui-même. Nier cette vérité, c’est apostasier de la foi et piétiner la croix. Le faire depuis le plus haut seuil est un scandale d’une gravité sans précédent, qui n’est surpassé que par le silence craintif ou complice de la majorité de l’épiscopat.

La « passio Ecclesiæ » – passion de l’Église – s’accomplit dans la trahison d’une autorité usurpée, d’un nouveau Sanhédrin tout aussi apostat.

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Quant à Mgr Strickland, il a déclaré qu’il y a manifestement un « effort militant pour détruire l’Église ».

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Encore une apostasie de Bergoglio

Voici ce que Bergoglio a déclaré Singapour :

« L’une des choses qui m’a le plus frappé chez vous, les jeunes, ici, c’est votre capacité de dialogue interreligieux. Et c’est très important, parce que si vous commencez à vous disputer : “Ma religion est plus importante que la tienne… ”, “La mienne est la vraie, la tienne n’est pas vraie… ”. Où cela mène-t-il ? Où ? [quelqu’un répond : “La destruction”]. C’est ainsi. Toutes les religions sont un chemin vers Dieu. Elles sont – je fais une comparaison – comme des langues différentes, des idiomes différents, pour y parvenir. Mais Dieu est Dieu pour tous. Et parce que Dieu est Dieu pour tous, nous sommes tous fils de Dieu. “Mais mon Dieu est plus important que le vôtre !” Est-ce vrai ? Il n’y a qu’un seul Dieu, et nous, nos religions sont des langues, des chemins vers Dieu. Certains sont sikhs, d’autres musulmans, d’autres hindous, d’autres chrétiens, mais ce sont des chemins différents. Understood ? Mais le dialogue interreligieux, entre les jeunes, demande du courage. »

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Lettre encyclique Ubi primum
Condamnation de l’indifférentisme en matière de religion

Lettre encyclique Ubi primum
Condamnation de l’indifférentisme en matière de religion

Aux Vénérables Frères Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques
Léon XII
Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.

Dès que nous avons été élevés à la haute dignité du pontificat, nous nous sommes immédiatement mis à nous exclamer avec saint Léon le Grand : « Seigneur, j’ai entendu votre voix et j’ai eu peur ; j’ai regardé votre œuvre et j’ai été rempli de crainte. Car quoi de plus extraordinaire et de plus effrayant que le travail pour les faibles, l’élévation pour les humbles, la dignité pour les non méritants ? Cependant, ne désespérons pas et ne nous décourageons pas, car nous ne comptons pas sur nous-mêmes, mais sur Celui qui agit en nous ». C’est ainsi que, par modestie, ce Pontife jamais assez loué a parlé ; Nous, en hommage à la vérité, nous le disons et le confirmons.

Nous aussi, Vénérables Frères, nous étions impatients de vous parler dès que possible, et de vous ouvrir notre cœur, vous qui êtes notre couronne et notre joie ; tout comme nous avons confiance que vous trouverez votre joie et votre couronne dans le troupeau qui vous est confié. Mais en partie d’autres travaux importants de Notre mission apostolique, et en partie surtout les douleurs d’une longue maladie, Nous ont empêché jusqu’à présent, à Notre peine et à Notre regret, de réaliser Nos désirs. Mais Dieu, qui est généreux en miséricorde et abondamment généreux envers les suppliants et ceux qui prient avec confiance, Dieu, qui nous a inspiré cette intention, nous accorde aujourd’hui de la réaliser. Cependant, le silence que nous avons gardé de force jusqu’à présent n’a pas été entièrement sans réconfort. Celui qui console les humbles nous a consolés par l’affection religieuse de votre dévouement et de votre zèle pour Nous : dans de tels sentiments nous reconnaissons bien la piété de l’unité chrétienne, si bien que nous nous sommes réjouis et avons remercié Dieu de plus en plus. Ainsi, en témoignage de Notre affection, Nous vous envoyons cette lettre pour vous inciter à poursuivre sur la voie des commandements divins et à mener avec plus de vigueur les combats du Seigneur. De cette façon, la victoire du troupeau du Seigneur glorifiera le zèle du berger.

Vous n’ignorez pas, Vénérables Frères, ce que l’Apôtre Pierre a enseigné aux évêques en ces termes : « Faites paître en vous le troupeau de Dieu, non pas par la force, mais de bon gré, selon la volonté de Dieu ; non pas dans l’espoir d’un gain honteux, mais de bon gré ; non en dominant sur ceux qui sont votre partage, mais devenant les modèles du troupeau, du fond du cœur. » [I P, 5, 2–3].

De ces paroles, vous comprenez clairement quelle conduite vous est proposée, de quelles vertus vous devez de plus en plus enrichir votre cœur, de quelles abondantes connaissances vous devez orner votre esprit, et quels fruits de piété et d’affection vous devez non seulement produire, mais partager avec votre troupeau. C’est ainsi que vous atteindrez le but de votre ministère, car, étant devenu dans vos âmes la forme de votre troupeau, et donnant du lait aux uns, et une nourriture plus solide aux autres, vous ne vous contenterez pas d’informer ce même troupeau de la doctrine, mais vous le conduirez par vos travaux et vos exemples à une vie tranquille en Jésus-Christ et à l’obtention de la félicité éternelle avec vous, comme l’exprime le chef des Apôtres lui-même : « Et quand le prince des bergers paraîtra, vous obtiendrez une couronne de gloire impérissable » [1 P, 5, 4].

Nous voudrions vraiment vous rappeler tant de considérations, mais nous n’en aborderons que quelques-unes, car nous devrons nous étendre plus longuement sur des sujets de plus grande importance, comme l’exige la nécessité de ces temps malheureux.

C’est ainsi que l’Apôtre, en écrivant à Timothée, nous a enseigné quelles sages précautions et quel sérieux examen sont nécessaires pour conférer les ordres mineurs, et surtout les ordres sacrés : « Ne te hâte pas d’imposer les mains à quelqu’un trop tôt » [1 Tm, 5, 22].

Quant au choix des pasteurs qui, dans vos diocèses, doivent être chargés du soin des âmes, et en ce qui concerne les séminaires, le Concile de Trente a donné des règles précises, précisées ensuite par Nos Prédécesseurs : tout cela vous est si bien connu qu’il n’est pas nécessaire de s’y attarder davantage.

Vous savez, Vénérables Frères, combien il est important que vous résidiez constamment et personnellement dans vos diocèses ; c’est une obligation que vous avez contractée en acceptant votre ministère, comme le déclarent plusieurs décrets des Conciles et les Constitutions Apostoliques, confirmées en ces termes par le saint Concile de Trente : « Car, par un précepte divin, il a été ordonné à tous ceux à qui est confié le soin des âmes de connaître leurs brebis, d’offrir pour elles le saint Sacrifice, de les nourrir par la prédication de la parole divine, par l’administration des Sacrements et par l’exemple de toute bonne œuvre, d’avoir une sollicitude paternelle pour les pauvres et pour toutes les autres personnes qui sont dans l’affliction », et pour pourvoir à tous les autres devoirs pastoraux, qui ne peuvent certainement pas être assurés et remplis par ceux qui ne veillent pas sur leur troupeau, ni ne l’assistent, mais l’abandonnent comme des mercenaires, le saint Synode les exhorte et les exhorte afin que, attentifs aux préceptes divins, et s’étant vraiment fait les modèles de leur troupeau, ils le nourrissent et le guident dans la justice et la vérité ». Nous aussi, impressionnés par l’obligation d’un devoir si grand et si grave, pleins de zèle pour la gloire de Dieu, nous louons de tout cœur ceux qui observent scrupuleusement ce précepte. Si certains n’obéissent pas pleinement à cette obligation (dans un si grand nombre de bergers, il peut y en avoir : cela ne doit pas surprendre, si pénible que cela puisse être), par les entrailles de la miséricorde de Jésus-Christ, nous les avertissons, les exhortons et les supplions de penser sérieusement que le juge suprême cherchera dans leurs mains le sang de ses brebis et prononcera un jugement très sévère contre ceux qui en ont la charge.

Cette terrible sentence, comme vous le savez sans doute, touchera non seulement ceux qui négligent personnellement leur résidence, ou tentent de s’y soustraire sous quelque vain prétexte, mais aussi ceux qui refusent sans raison valable de prendre sur eux la tâche de la visite pastorale et de l’accomplir selon les prescriptions canoniques. Ils ne seront jamais obéissants au décret tridentin s’ils ne prennent pas soin de s’approcher personnellement des brebis et, comme le fait le bon berger, de nourrir les bonnes, de rechercher les dispersées et, enfin, en les rappelant et en agissant tantôt avec douceur, tantôt avec force, de les ramener au bercail.

En vérité, les évêques qui n’obéissent pas avec la sollicitude voulue aux obligations de résidence et de visite pastorale n’échapperont pas au jugement redoutable du Pasteur suprême notre sauveur, en prétendant comme justification qu’ils ont rempli ces devoirs par l’intermédiaire de ministres spéciaux.

Car c’est à eux, et non aux ministres, qu’est confié le soin du troupeau ; c’est à eux qu’ont été promis les charismes. Il s’ensuit que les brebis sont beaucoup plus disposées à entendre la voix de leur berger que celle d’un substitut, et qu’elles prennent avec plus de confiance et reçoivent d’un cœur plus joyeux la nourriture salutaire de la main du premier plutôt que du second, comme de la main de Dieu, dont elles reconnaissent l’image dans leur évêque. Tout cela, en plus de ce qui a été dit jusqu’à présent, est abondamment confirmé par l’expérience elle-même, qui est la maîtresse des choses.

Il suffirait d’avoir écrit ce qui précède, Vénérables Frères : à vous, dis-je, qui n’êtes pas ingrats en taisant les dons, ni orgueilleux en présumant des mérites. Tels doivent être, sans doute, ceux qui veulent passer de vertu en vertu [Ps 83, 8], progresser avec un esprit ardent, et imitant les exemples des saints évêques anciens et récents, se glorifient d’avoir vaincu les ennemis de l’Église et d’avoir réformé en Dieu les coutumes corrompues. Que la phrase d’or de saint Léon le Grand soit toujours présente à votre esprit : « Dans cette bataille, on n’obtient jamais une victoire si heureuse que, après le triomphe, le besoin ne se fasse pas sentir de soutenir de nouvelles batailles ».

Combien de batailles, en vérité, et combien cruelles ont été allumées à notre époque, et se manifestent presque chaque jour contre la Religion Catholique ! Qui, en se les remémorant et en les méditant, peut retenir ses larmes ?

Prenez garde, Vénérables Frères, « Ce n’est pas la petite étincelle » dont parle saint Jérôme ; ce n’est pas – dis-je – la petite étincelle que l’on voit à peine quand on regarde, mais une flamme qui cherche à dévorer la terre entière, à détruire les murs, les villes, les plus vastes forêts et toute la terre ; c’est un levain qui, joint à la farine, cherche à corrompre toute la pâte. Dans cette situation alarmante, le service de notre apostolat serait totalement inadéquat si Celui qui veille sur Israël et qui dit à ses disciples : « Voici, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » [Mt, 28, 20], ne daignait pas être non seulement le gardien des brebis, mais aussi le berger des bergers eux-mêmes.

Mais, qu’est-ce que tout cela signifie ? Il y a une secte, connue de vous, qui, s’appelant à tort philosophique, a exhumé des cendres les phalanges éparses de presque toutes les erreurs. Cette secte, se présentant sous les apparences caressantes de la piété et de la libéralité, professe le tolérantisme (comme elle l’appelle), ou l’indifférentisme, et l’étend non seulement aux affaires civiles, dont nous ne parlons pas, mais encore aux affaires religieuses, enseignant que Dieu a donné à tous les hommes une large liberté, afin que chacun puisse sans danger embrasser et professer la secte et l’opinion qu’il préfère, selon son propre jugement. L’apôtre Paul nous met en garde contre de telles illusions impies : « Je vous exhorte, frères, à contrôler ceux qui suscitent des divisions et des scandales contre la doctrine que vous avez apprise, et à vous en détourner. Ainsi, ils ne servent pas notre Seigneur Jésus-Christ, mais leur propre ventre, et par des paroles douces et des bénédictions, ils séduisent les âmes simples » [Rm 16, 17–18].

Il est vrai que cette erreur n’est pas nouvelle, mais à notre époque, elle fait rage contre la stabilité et l’intégrité de la foi catholique. En effet, Eusèbe, citant Rodon, rapporte que cette folie avait déjà été propagée par Apelles, un hérétique du IIe siècle, qui affirmait qu’il n’était pas nécessaire d’approfondir la foi, mais que chacun devait s’accrocher à l’opinion qu’il s’était forgée. Apelles soutenait que ceux qui plaçaient leur espoir dans le Crucifié seraient sauvés, à condition que la mort les atteigne au cours des bonnes œuvres. Rhétorius aussi, comme l’atteste Augustin, babillait que tous les hérétiques marchaient dans le droit chemin et prêchaient des vérités. « Mais c’est tellement absurde, observe le Saint-Père, que cela me semble incroyable ». Par la suite, cet indifférentisme s’est tellement répandu et accru que ses adeptes non seulement reconnaissent toutes les sectes qui, en dehors de l’Église catholique, admettent oralement la révélation comme base et fondement, mais encore affirment sans vergogne que les sociétés qui, rejetant la révélation divine, professent le simple déisme et même le simple naturalisme sont également dans la bonne voie. L’indifférentisme de Rhétorius a été jugé par Saint Augustin comme absurde en droit et en mérite, même s’il était circonscrit dans certaines limites. Mais une tolérance s’étendant au déisme et au naturalisme – théories qui étaient rejetées même par les anciens hérétiques – pourrait-elle jamais être admise par une personne utilisant la raison ? Cependant (Oh temps ! Oh philosophie mensongère !) une pareille pseudo-philosophie est approuvée, défendue et soutenue.

En effet, il n’a pas manqué d’écrivains qualifiés qui, professant la vraie philosophie, ont attaqué ce monstre et démoli certaines œuvres avec des arguments invincibles. Mais il est évidemment impossible que Dieu, qui est suprêmement vrai, et lui-même la Vérité suprême, la Providence la plus excellente et la plus sage, et le rémunérateur des bonnes œuvres, puisse approuver toutes les sectes qui prêchent des principes faux, souvent contradictoires, et qu’il puisse assurer la récompense éternelle à ceux qui les professent ; et il est de même superflu de faire d’autres considérations sur ce sujet. Car nous avons des prophéties bien plus certaines, et en vous écrivant, nous parlons de sagesse entre savants, non de la sagesse de ce monde, mais de la sagesse du mystère divin, dans lequel nous sommes instruits ; par la foi divine, nous croyons qu’il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, et qu’aucun autre nom n’a été donné aux hommes sur la terre pour opérer leur salut que celui de Jésus-Christ de Nazareth : nous déclarons donc qu’en dehors de l’Église il n’y a pas de salut.

Pour la vérité, oh, richesses sans limites de la sagesse et de la connaissance de Dieu ! Oh, incompréhensible pensée de Lui ! Dieu, qui anéantit la sagesse des sages (cf. 1 Co 1, 18), semble avoir consigné les ennemis de son Église et les détracteurs de la Révélation surnaturelle à ce sens réprouvé [Rm 1, 28] et à ce mystère d’iniquité qui était inscrit sur le front de la femme impudente dont parle Jean [Ap 1, 5]. Car quelle plus grande iniquité que celle de ces orgueilleux, qui non seulement se détachent de la vraie religion, mais encore veulent tromper les simples par toutes sortes d’arguties, par des paroles et des écrits pleins de sophismes ? Que Dieu se lève et empêche, vainque et annihile cette licence débridée de parler, d’écrire et de diffuser de tels écrits.

Que dire de plus maintenant ? L’iniquité de nos ennemis augmente tellement que, outre la collusion de livres pernicieux et contraires à la foi, ils vont jusqu’à détourner au détriment de la Religion les écrits sacrés qui nous ont été accordés d’en haut pour l’édification de la Religion elle-même.

Vous savez bien, Vénérables Frères, qu’une société vulgairement appelée Biblique se répand aujourd’hui hardiment sur toute la terre, et que, au mépris des traditions des Saints Pères et contre le décret bien connu du Concile de Trente, elle entreprend de toutes ses forces et avec tous les moyens dont elle dispose de traduire, ou plutôt de corrompre la Sainte Bible, en la transformant en la langue vernaculaire de toutes les nations. De là découle une raison fondée de craindre que, comme dans certaines traductions déjà connues, pour d’autres il faille dire, comme conséquence d’une interprétation pervertie, qu’au lieu de l’Évangile du Christ nous trouvons l’Évangile de l’homme ou, pire encore, l’Évangile du diable.

Pour conjurer ce fléau, plusieurs de nos prédécesseurs ont publié des Constitutions, et dans ces derniers temps, Pie VII, de sainte mémoire, a envoyé deux projets de loi, l’un à Ignace, archevêque de Gnesna, et l’autre à Stanislas, archevêque de Mohilow. Nous y trouvons de nombreux témoignages, soigneusement et sagement tirés des écritures divines et de la tradition : ils nous montrent combien cette subtile invention peut nuire à la foi et aux mœurs.

Nous aussi, Vénérables Frères, en vertu de Notre engagement, nous vous exhortons à tenir votre troupeau soigneusement éloigné de ces pâturages mortels. Faites-le savoir, priez, insistez sur le sujet et sur le tort, avec patience et doctrine, afin que vos fidèles, se référant scrupuleusement aux règles de notre Congrégation de l’Index, soient persuadés que « si l’on permet que la Bible soit traduite en langue vulgaire sans permission, il en résultera, à cause de l’imprudence des hommes, plus de mal que de bien ».

L’expérience prouve la véracité de cette hypothèse. Saint Augustin, ainsi que d’autres Pères, le confirme par ces mots : « Les hérésies et certains dogmes pervers qui empêchent les âmes et les plongent dans l’abîme naissent chez ceux qui ne comprennent pas bien les écritures sacrées : les ayant mal comprises, ils soutiennent l’erreur avec témérité et arrogance ».

Voilà, ô Vénérables Frères, où va cette société qui ne néglige rien pour parvenir à l’affirmation de son but impie. Car elle se plaît non seulement à imprimer ses propres versions, mais aussi à les diffuser dans toutes les villes parmi le peuple. De plus, afin de séduire les âmes des simples, elle prend soin tantôt de les vendre, tantôt, avec une perfide libéralité, de les distribuer gratuitement.

Si quelqu’un veut chercher la véritable origine de tous les maux que nous avons déplorés jusqu’ici, et d’autres que, par souci de brièveté, nous avons omis, il sera sans doute convaincu que c’est aux origines mêmes de l’Église, comme aujourd’hui, qu’il faut la chercher dans le mépris obstiné de l’autorité de l’Église : de cette Église qui, comme l’enseigne saint Léon le Grand, « par la volonté de la Providence reconnaît Pierre dans le Siège Apostolique, et dans la personne du Pontife Romain voit et honore son successeur : celui en qui résident le soin de tous les pasteurs et la protection des brebis qui leur sont confiées, et dont la dignité n’est pas diminuée même si c’est un héritier indigne ».

« En Pierre, donc (comme l’affirme à ce propos le saint docteur susmentionné), la force de tous est consolidée, et l’aide de la grâce divine est dirigée afin que la fermeté accordée à Pierre au nom du Christ, par Pierre soit transmise aux Apôtres ».

Il est donc évident que ce mépris de l’autorité de l’Église s’oppose au commandement du Christ aux Apôtres, et en leur personne aux ministres de l’Église qui leur succèdent : « Celui qui vous écoute m’écoute ; celui qui vous méprise me méprise ». [Lc 10, 16]. Ce mépris s’oppose aux paroles de l’apôtre Paul : « L’Église est la colonne et le fondement de la vérité » [1 Tm 3, 15]. Augustin, méditant sur ces indications, dit : « Si quelqu’un se trouve en dehors de l’Église, il sera exclu du nombre de ses enfants ; il n’aura pas Dieu pour père s’il n’aura pas l’Église pour mère ».

C’est pourquoi, Vénérables Frères, gardez en mémoire avec Augustin et méditez fréquemment les paroles du Christ et de l’Apôtre Paul, afin d’apprendre aux personnes qui vous sont confiées à respecter l’autorité de l’Église voulue directement par Dieu lui-même. Mais vous, Vénérables Frères, ne perdez pas courage. De toutes parts, déclarons-nous encore avec saint Augustin, les eaux du déluge (c’est-à-dire la multiplicité des doctrines différentes) murmurent autour de nous. Nous ne sommes pas immergés dans le déluge, mais nous sommes entourés par lui : ses eaux nous pressent, mais ne nous touchent pas ; elles nous poursuivent, mais ne nous submergent pas.

Par conséquent, nous vous invitons une fois de plus à ne pas perdre courage. Vous aurez pour vous – et nous avons certainement confiance dans le Seigneur – l’aide des princes terrestres, qui, comme le prouvent la raison et l’histoire, en défendant leur propre cause défendent l’autorité de l’Église. Car il ne sera jamais possible de rendre à César ce qui appartient à César, si nous ne rendons pas à Dieu ce qui appartient à Dieu. De plus, pour reprendre les mots de saint Léon, les bons offices de Notre ministère seront pour vous tous. Dans les adversités, dans les doutes, dans tous vos besoins, ayez recours à ce Siège Apostolique. « Dieu, comme le dit saint Augustin, a placé la doctrine de la vérité sur la chaire de l’unité ».

Enfin, nous vous implorons par la miséricorde du Seigneur. Aidez-nous par vos vœux et vos prières adressés à Dieu, afin que l’Esprit de grâce demeure en nous et que vos jugements ne soient pas incertains : que Celui qui vous a inspiré le plaisir de l’unanimité sollicite le don de la paix en commun avec nous, afin que dans tous les jours de Notre vie passée au service du Dieu tout-puissant, prêts à vous prêter notre appui, nous puissions élever avec confiance cette prière au Seigneur : « Père saint, gardez en Votre nom ceux que Vous m’avez confiés ». En gage de Notre confiance et de Notre amour, Nous vous accordons de tout cœur la Bénédiction apostolique, à vous et à votre troupeau.

Donné à Rome, à Sainte-Marie-Majeure, le 5 mai 1824, la première année de Notre Pontificat.

Interview de Mgr Vigano

Le texte de la grande interview de Mgr Vigano avec le Dr Taylor Marshall est disponible sur le site de Monseigneur. Entretien avec le Dr. Taylor Marshall – 8 Juillet 2024

On y trouvera les publications plus récentes de Monseigneur :

Le message de Notre Dame à la Salette


Le message de Notre Dame à la Salette
le 19 septembre 1846
contenant le texte entier du secret
publié par Mélanie Calvat, bergère de la Salette

avec Imprimatur de Mgr l’évêque de Lecce.

Simple reproduction sans commentaire de l’édition originale de Lecce, en 1879, avec les corrections typographiques de l’édition ne varietur de Lyon, en 1904, et la suppression des fautes, rares mais évidentes, d’orthographe et de ponctuation, conte­nues dans cette dernière.

I

Le 18 septembre, veille de la sainte Apparition de la Sainte Vierge, j’étais seule, comme à mon ordinaire, à garder les quatre vaches de mes Maîtres. Vers les 11 heures du matin, je vis venir auprès de moi un petit garçon. À cette vue, je m’effrayai, parce qu’il me semblait que tout le monde devait savoir que je fuyais toute sorte de compa­gnies. Cet enfant s’approcha de moi et me dit : « Petite, je viens avec toi, je suis aussi de Corps. » A ces paroles, mon mauvais naturel se fit bientôt voir, et, faisant quelques pas en arrière, je lui dis : « Je ne veux personne, je veux rester seule. » Puis, je m’éloignais, mais cet enfant me suivait en me disant : « Va, laisse-moi avec toi, mon Maître m’a dit de venir garder mes vaches avec les tiennes ; je suis de Corps. » Moi je m’éloignai de lui, en lui faisant signe que je ne voulais personne ; et après m’être éloignée, je m’assis sur le gazon. Là, je faisais ma conversation avec les petites fleurs du Bon Dieu.

Un moment après, je regarde derrière moi, et je trouve Maximin assis tout près de moi. Il me dit aussitôt : « Garde-moi, je serai bien sage. » Mais mon mauvais naturel n’entendit pas raison. Je me relève avec précipita­tion, et je m’enfuis un peu plus loin sans rien lui dire, et je me remis à jouer avec les fleurs du Bon Dieu. Un instant après, Maximin était encore là à me dire qu’il serait bien sage, qu’il ne parlerait pas, qu’il s’ennuierait d’être tout seul, et que son Maître l’envoyait auprès de moi, etc… Cette fois, j’en eus pitié, je lui fis signe de s’asseoir, et moi, je continuai avec les petites fleurs du Bon Dieu.

Maximin ne tarda pas à rompre le silence, il se mit à rire, (je crois qu’il se moquait de moi) ; je le regarde, et il me dit : « Amusons-nous. Faisons un jeu. » Je ne lui répondis rien, car j’étais si ignorante, que je ne comprenais rien au jeu avec une autre personne, ayant toujours été seule. Je m’amusais seule avec les fleurs, et Maximin, s’approchant tout à fait de moi, ne faisait que rire en me disant que les fleurs n’avaient pas d’oreilles pour m’entendre, et que nous devions jouer ensemble. Mais je n’avais aucune inclination pour le jeu qu’il me disait de faire. Cependant je me mis à lui parler, et il me dit que les dix jours qu’il devait passer avec son Maître allaient bientôt finir, et qu’ensuite il s’en irait à Corps chez son père, etc…

Tandis qu’il me parlait, la cloche de la Salette se fit entendre, c’était l’Angélus ; je fis signe à Maximin d’élever son âme à Dieu. Il se découvrit la tête et garda un moment le silence. Ensuite, je lui dis : « Veux-tu dîner ? — Oui, me dit-il. Allons. » Nous nous assîmes ; je sortis de mon sac les provisions que m’avaient données mes Maîtres, et, selon mon habitude, avant d’entamer mon petit pain rond, avec la pointe de mon couteau je fis une croix sur mon pain, et au milieu un tout petit trou, en disant : « Si le diable y est, qu’il en sorte, et si le Bon Dieu y est qu’il y reste, » et vite, vite, je recouvris le petit trou. Maximin partit d’un grand éclat de rire et donna un coup de pied à mon pain, qui s’échappa de mes mains, roula jusqu’au bas de la mon­tagne et se perdit.

J’avais un autre morceau de pain, nous le mangeâmes ensemble ; ensuite nous fîmes un jeu ; puis comprenant que Maximin devait avoir besoin de manger, je lui indiquai un endroit de la montagne couvert de petits fruits. Je l’engageai à aller en manger, ce qu’il fit aussitôt ; il en mangea et en rapporta plein son chapeau. Le soir nous descen­dîmes ensemble de la montagne, et nous nous promîmes de revenir garder nos vaches ensemble.

Le lendemain, 19 septembre, je me retrouve en chemin avec Maximin ; nous gravis­sons ensemble la montagne. Je trouvais que Maximin était très bon, très simple, et que volontiers il parlait de ce dont je voulais parler ; il était aussi très souple, ne tenant pas à son sentiment ; il était seulement un peu curieux, car quand je m’éloignais de lui, dès qu’il me voyait arrêtée, il accourait vite pour voir ce que je faisais, et entendre ce que je disais avec les fleurs du Bon Dieu ; et s’il n’arrivait pas à temps, il me demandait ce que j’avais dit. Maximin me dit de lui apprendre un jeu. La matinée était déjà avan­cée : je lui dis de ramasser des fleurs pour faire le « Paradis ».

Nous nous mîmes tous les deux à l’ouvrage ; nous eûmes bientôt une quantité de fleurs de diverses couleurs. L’Angélus du village se fit enten­dre, car le ciel était beau, il n’y avait pas de nuages. Après avoir dit au Bon Dieu ce que nous savions, je dis à Maximin que nous devions conduire nos vaches sur un petit plateau près du petit ravin, où il y aurait des pierres pour bâtir le « Paradis ». Nous conduisîmes nos vaches au lieu désigné, et ensuite nous prîmes notre petit repas ; puis, nous nous mîmes à porter des pierres et à construire notre petite maison, qui consistait en un rez-de-chaussée, qui soi-disant était notre habitation, puis un étage au-dessus qui était selon nous le « Paradis ».

Cet étage était tout garni de fleurs de différentes couleurs, avec des couronnes suspendues par des tiges de fleurs. Ce « Paradis » était couvert par une seule et large pierre que nous avions recouverte de fleurs ; nous avions aussi suspendu des couron­nes tout autour. Le « Paradis » terminé, nous le regardions ; le sommeil nous vint ; nous nous éloignâmes de là à environ deux pas, et nous nous endormîmes sur le gazon.

La Belle Dame s’assied sur notre « Paradis » sans le faire crouler.

II

M’étant réveillée, et ne voyant pas nos vaches, j’appelai Maximin et je gravis le petit monticule. De là, ayant vu que nos vaches étaient couchées tranquillement, je redes­cendais et Maximin montait, quand tout à coup je vis une belle lumière, plus brillante que le soleil, et à peine ai-je pu dire ces paroles : « Maximin, vois-tu, là-bas ? Ah ! mon Dieu ! » En même temps je laisse tomber le bâton que j’avais en main. Je ne sais ce qui se passait en moi de délicieux dans ce moment, mais je me sentais attirer, je me sentais un grand respect plein d’amour, et mon cœur aurait voulu courir plus vite que moi.

Je regardais bien fortement celle lumière qui était immobile, et comme si elle fût ouverte, j’aperçus une autre lumière bien plus brillante et qui était en mouvement, et dans cette lumière une très belle Dame assise sur notre « Paradis », ayant la tête dans ses mains. Cette belle Dame s’est levée, elle a croisé médiocrement ses bras en nous regardant et nous a dit : « Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur ; je suis ici pour vous annoncer une grande nouvelle. » Ces douces et suaves paroles me firent voler jusqu’à elle, et mon cœur aurait voulu se coller à elle pour toujours. Arrivée bien près de la belle Dame, devant elle, à sa droite, elle commence le discours, et des larmes commencent aussi à couler de ses beaux yeux :

« Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller la main de mon Fils. Elle est si lourde et si pesante, que je ne puis plus la retenir.

« Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse. Et pour vous autres, vous n’en faites pas cas. Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j’ai prise pour vous autres.

« Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième, et on ne veut pas me l’accorder. C’est ce qui appesantit tant le bras de mon Fils.

« Ceux qui conduisent les charrettes, ne savent pas parler sans y mettre le Nom de mon Fils au milieu. Ce sont les deux choses qui appesantissent tant le bras de mon Fils. »

« Si la récolte se gâte, ce n’est qu’à cause de vous autres.

« Je vous l’ai fait voir l’année passée par les pommes de terre ; vous n’en avez pas fait cas ; c’est au contraire, quand vous en trouviez de gâtées, vous juriez et vous mettiez le Nom de mon Fils. Elles vont continuer à se gâter, à la Noël, il n’y en aura plus. »

Ici je cherchais à interpréter la parole : pomme de terre ; je croyais com­prendre que cela signifiait pommes. La belle et bonne Dame devinant ma pensée reprit ainsi :

« Vous ne me comprenez pas, mes enfants ? Je vais vous le dire autre­ment. »

La traduction en français est celle-ci :

« Si la récolte se gâte, ce n’est rien que pour vous autres ; je vous l’ai fait voir l’année passée par les pommes de terre, et vous n’en avez pas fait cas ; c’était, au contraire, quand vous en trouviez de gâtées, vous juriez, et vous mettiez le nom de mon Fils. Elles vont continuer à se gâter, et, à la Noël, il n’y en aura plus.

« Si vous avez du blé, il ne faut pas le semer.

« Tout ce que vous sèmerez, les bêtes le mangeront ; et ce qui viendra, tombera tout en poussière quand vous le battrez. Il viendra une grande famine. Avant que la famine vienne, les petits enfants au-dessous de sept ans prendront un tremblement et mourront entre les mains des personnes qui les tiendront ; les autres feront pénitence par la faim. Les noix devien­dront mauvaises ; les raisins pourriront. »

Ici, la belle Dame qui me ravissait, resta un moment sans se faire enten­dre ; je voyais cependant qu’elle continuait, comme si elle parlait, de remuer gracieusement ses aimables lèvres. Maximin recevait alors son secret. Puis, s’adressant à moi, la Très Sainte Vierge me parla et me donna un secret en français. Ce secret, le voici tout entier, et telle qu’elle me l’a donné :

III

« Mélanie, ce que je vais vous dire maintenant, ne sera pas toujours secret ; vous pourrez le publier en 1858.

« Les prêtres, ministres de mon Fils, les prêtres, par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences et leur impiété à célébrer les saints mystères, par l’amour de l’argent, l’amour de l’honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des cloaques d’impureté. Oui, les prêtres demandent vengeance, et la vengeance est suspendue sur leurs têtes. Malheur aux prêtres, et aux personnes consacrées à Dieu, lesquelles, par leurs infidélités et leur mauvaise vie, crucifient de nouveau mon Fils ! Les péchés des personnes consacrées à Dieu crient vers le Ciel et appellent la vengeance, et voilà que la vengeance est à leurs portes, car il ne se trouve plus personne pour implorer misé­ricorde et pardon pour le peuple ; il n’y a plus d’âmes géné­reuses, il n’y a plus personne digne d’offrir la Victime sans tache à l’Éternel en faveur du monde.

« Dieu va frapper d’une manière sans exemple.

« Malheur aux habitants de la terre ! Dieu va épuiser sa colère, et personne ne pourra se soustraire à tant de maux réunis.

« Les chefs, les conducteurs du peuple de Dieu ont négligé la prière et la pénitence, et le démon a obscurci leurs intelligences ; ils sont devenus ces étoiles errantes que le vieux diable traînera avec sa queue pour les faire périr. Dieu permettra au vieux serpent de mettre des divisions parmi les régnants, dans toutes les sociétés et dans toutes les familles ; on souffrira des peines physiques et morales ; Dieu abandonnera les hommes à eux-mêmes, et enverra des châtiments qui se succéderont pendant plus de trente-cinq ans.

« La Société est à la veille des fléaux les plus terribles et des plus grands événe­ments ; on doit s’attendre à être gouverné par une verge de fer et à boire le calice de la colère de Dieu.

« Que le Vicaire de mon Fils, le Souverain Pontife Pie IX, ne sorte plus de Rome après l’année 1859 ; mais qu’il soit ferme et généreux, qu’il combatte avec les armes de la foi et de l’amour ; je serai avec lui.

« Qu’il se méfie de Napoléon ; son cœur est double, et quand il voudra être à la fois Pape et empereur, bientôt Dieu se retirera de lui : il est cet aigle qui, voulant toujours s’élever, tombera sur l’épée dont il voulait se servir pour obliger les peuples à se faire élever.

« L’Italie sera punie de son ambition en voulant secouer le joug du Seigneur des Seigneurs ; aussi elle sera livrée à la guerre ; le sang coulera de tous côtés ; les Églises seront fermées ou profanées ; les prêtres, les religieux seront chassés ; on les fera mourir, et mourir d’une mort cruelle. Plusieurs abandonneront la foi, et le nombre des prêtres et des religieux qui se sépareront de la vraie religion sera grand ; parmi ces personnes il se trouvera même des Évêques.

« Que le Pape se tienne en garde contre les faiseurs de miracles, car le temps est venu que les prodiges les plus étonnants auront lieu sur la terre et dans les airs.

« En l’année 1864, Lucifer avec un grand nombre de démons seront détachés de l’enfer : ils aboliront la foi peu à peu et même dans les personnes consacrées à Dieu ; ils les aveugleront d’une telle manière, qu’à moins d’une grâce particulière ces personnes prendront l’esprit de ces mauvais anges ; plusieurs maisons religieuses perdront entièrement la foi et perdront beaucoup d’âmes.

« Les mauvais livres abonderont sur la terre, et les esprits de ténèbres répandront partout un relâchement universel pour tout ce qui regarde le service de Dieu ; ils auront un très grand pouvoir sur la nature ; il y aura des églises pour servir ces esprits. Des personnes seront transportées d’un lieu à un autre par ces esprits mauvais, et même des prêtres, parce qu’ils ne se seront pas conduits par le bon esprit de l’Évangile, qui est un esprit d’humilité, de charité et de zèle pour la gloire de Dieu.

« On fera ressusciter des morts et des justes [c’est-à-dire que ces morts prendront la figure des âmes justes qui avaient vécu sur la terre, afin de mieux séduire les hommes ; ces soi-disant morts ressuscités, qui ne seront autre chose que le démon sous ces figures, prêcheront un autre Évangile, contraire à celui du vrai Christ-Jésus, niant l’existence du Ciel, soit encore les âmes des damnés. Toutes ces âmes paraîtront comme unies à leurs corps]. « Il y aura en tous lieux des prodiges extraordinaires, parce que la vraie foi s’est éteinte et que la fausse lumière éclaire le monde. Malheur aux Princes de l’Église qui ne seront occupés qu’à entasser richesses sur richesses, qu’à sauvegarder leur autorité et à dominer avec orgueil !

« Le Vicaire de mon Fils aura beaucoup à souffrir, parce que pour un temps l’Église sera livrée à de grandes persécutions ; ce sera le temps des ténèbres ; l’Église aura une crise affreuse.

« La sainte foi de Dieu étant oubliée, chaque individu voudra se guider par lui-même et être supérieur à ses semblables. On abolira les pouvoirs civils et ecclésias­tiques, tout ordre et toute justice seront foulés aux pieds ; on ne verra qu’homicides, haine, jalousie, mensonge et discorde, sans amour pour la patrie ni pour la famille.

« Le Saint-Père souffrira beaucoup. Je serai avec lui jusqu’à la fin pour recevoir son sacrifice.

« Les méchants attenteront plusieurs fois à sa vie sans pouvoir nuire à ses jours ; mais ni lui, ni son successeur (1)…, ne verront le triomphe de l’Église de Dieu.

(1) En marge de son exemplaire de Lecce Mélanie a écrit ces mots entre crochet : [qui ne règnera pas longtemps.].

« Les gouvernants civils auront tous un même dessein, qui sera d’abolir et de faire disparaître tout principe religieux, pour faire place au matérialisme, à l’athéisme, au spiritisme et à toutes sortes de vices.

« Dans l’année 1865, on verra l’abomination dans les lieux saints ; dans les couvents, les fleurs de l’Église seront putréfiées et le démon se rendra comme le roi des cœurs. Que ceux qui sont à la tête des communautés religieuses se tiennent en garde pour les personnes qu’ils doivent recevoir, parce que le démon usera de toute sa malice pour introduire dans les ordres religieux des personnes adonnées au péché, car les désordres et l’amour des plaisirs charnels seront répandus par toute la terre.

« La France, l’Italie, l’Espagne et l’Angleterre seront en guerre ; le sang coulera dans les rues ; le Français se battra avec le Français, l’Italien avec l’Italien ; ensuite il y aura une guerre générale qui sera épouvantable. Pour un temps, Dieu ne se souviendra plus de la France ni de l’Italie, parce que l’Évangile de Jésus-Christ n’est plus connu. Les méchants déploieront toute leur malice ; on se tuera, on se massa­crera mutuelle­ment jusque dans les maisons.

« Au premier coup de son épée foudroyante, les montagnes et la nature entière trembleront d’épouvante, parce que les désordres et les crimes des hommes percent la voûte des cieux. Paris sera brûlé et Marseille englouti ; plusieurs grandes villes seront ébranlées et englouties par des tremblements de terre ; on croira que tout est perdu ; on ne verra qu’homicides, on n’entendra que bruits d’armes et que blasphè­mes. Les justes souffriront beaucoup ; leurs prières, leur pénitence et leurs larmes monteront jusqu’au Ciel, et tout le peuple de Dieu demandera pardon et miséricorde, et demandera mon aide et mon intercession. Alors Jésus-Christ, par un acte de sa justice et de sa grande miséricorde pour les justes, commandera à ses anges que tous ses ennemis soient mis à mort. Tout à coup les persécuteurs de l’Église de Jésus-Christ et tous les hommes adonnés au péché périront, et la terre deviendra comme un désert. Alors se fera la paix, la réconciliation de Dieu avec les hommes ; Jésus-Christ sera servi, adoré et glorifié ; la charité fleurira partout. Les nouveaux rois seront le bras droit de la Sainte Église, qui sera forte, humble, pieuse, pauvre, zélée et imita­trice des vertus de Jésus-Christ. L’Évangile sera prêché partout, et les hommes feront de grands progrès dans la foi, parce qu’il y aura unité parmi les ouvriers de Jésus-Christ et que les hommes vivront dans la crainte de Dieu.

« Cette paix parmi les hommes ne sera pas longue : vingt-cinq ans d’abondantes récoltes leur feront oublier que les péchés des hommes sont cause de toutes les peines qui arrivent sur la terre.

« Un avant-coureur de l’antéchrist, avec ses troupes de plusieurs nations, combattra contre le vrai Christ, le seul Sauveur du monde ; il répandra beaucoup de sang et voudra anéantir le culte de Dieu pour se faire regarder comme un Dieu.

« La terre sera frappée de toutes sortes de plaies [outre la peste et la famine, qui seront générales] ; il y aura des guerres jusqu’à la dernière guerre, qui sera alors faite par les dix rois de l’antéchrist, lesquels rois auront tous un même dessein et seront les seuls qui gouverneront le monde.

« Avant que ceci arrive, il y aura une espèce de fausse paix dans le monde ; on ne pensera qu’à se divertir ; les méchants se livreront à toutes sortes de péchés ; mais les enfants de la Sainte Église, les enfants de la foi, mes vrais imitateurs, croîtront dans l’amour de Dieu et dans les vertus qui me sont les plus chères. Heureuses les âmes humbles conduites par l’Esprit-Saint ! Je combattrai avec elles jusqu’à ce qu’elles arrivent à la plénitude de l’âge.

« La nature demande vengeance pour les hommes, et elle frémit d’épouvante dans l’attente de ce qui doit arriver à la terre souillée de crimes.

« Tremblez, terre, et vous qui faites profession de servir Jésus-Christ et qui au-dedans vous adorez vous-mêmes, tremblez ; car Dieu va vous livrer à son ennemi. Parce que les lieux saints sont dans la corruption ; beaucoup de couvents ne sont plus les maisons de Dieu, mais les pâturages d’Asmodée et des siens.

« Ce sera pendant ce temps que naîtra l’antéchrist, d’une religieuse hébraïque, d’une fausse vierge qui aura communication avec le vieux serpent, le maître de l’impureté ; son père sera Ev. ; en naissant, il vomira des blasphèmes, il aura des dents ; en un mot, ce sera le diable incarné ; il poussera des cris effrayants, il fera des prodiges, il ne se nourrira que d’impuretés. Il aura des frères qui, quoiqu’ils ne soient pas comme lui des démons incarnés, seront des enfants de mal ; à 12 ans, ils se feront remar­quer par leurs vaillantes victoires qu’ils remporteront ; bientôt, ils seront chacun à la tête des armées, assistés par des légions de l’enfer.

« Les saisons seront changées, la terre ne produira que de mauvais fruits, les astres perdront leurs mouvements réguliers, la lune ne reflètera qu’une faible lumière rougeâtre ; l’eau et le feu donneront au globe de la terre des mouvements convulsifs et d’horribles tremblements de terre, qui feront engloutir des montagnes, des villes [etc.].

« Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’antéchrist.

« Les démons de l’air avec l’antéchrist feront de grands prodiges sur la terre et dans les airs, et les hommes se pervertiront de plus en plus. Dieu aura soin de ses fidèles serviteurs et des hommes de bonne volonté ; l’Évangile sera prêché partout, tous les peuples et toutes les nations auront connaissance de la vérité !

« J’adresse un pressant appel à la terre : j’appelle les vrais disciples du Dieu vivant et régnant dans les cieux ; j’appelle les vrais imitateurs du Christ fait homme, le seul et vrai Sauveur des hommes ; j’appelle mes enfants, mes vrais dévôts, ceux qui se sont donnés à moi pour que je les conduise à mon divin Fils, ceux que je porte pour ainsi dire dans mes bras, ceux qui ont vécu de mon esprit ; enfin, j’appelle les Apôtres des derniers temps, les fidèles disciples de Jésus-Christ qui ont vécu dans un mépris du monde et d’eux-mêmes, dans la pauvreté et dans l’humilité, dans le mépris et dans le silence, dans l’oraison et dans la mortification, dans la chasteté et dans l’union avec Dieu, dans la souffrance et inconnus du monde. Il est temps qu’ils sortent et viennent éclairer la terre. Allez, et montrez-vous comme mes enfants chéris ; je suis avec vous et en vous, pourvu que votre foi soit la lumière qui vous éclaire dans ces jours de malheurs. Que votre zèle vous rende comme des affamés pour la gloire et l’honneur de Jésus-Christ. Combattez, enfants de lumière, vous, petit nombre qui y voyez ; car voici le temps des temps, la fin des fins.

« L’Église sera éclipsée, le monde sera dans la consternation. Mais voilà Enoch et Elie remplis de l’Esprit de Dieu ; ils prêcheront avec la force de Dieu, et les hommes de bonne volonté croiront en Dieu, et beaucoup d’âmes seront consolées ; ils feront de grands progrès par la vertu du Saint-Esprit et condamneront les erreurs diaboli­ques de l’antéchrist.

« Malheur aux habitants de la terre ! Il y aura des guerres sanglantes et des famines ; des pestes et des maladies contagieuses ; il y aura des pluies d’une grêle effroyable d’animaux ; des tonnerres qui ébranleront des villes ; des tremblements de terre qui engloutiront des pays ; on entendra des voix dans les airs ; les hommes se battront la tête contre les murail­les ; ils appelleront la mort, et, d’un autre côté la mort fera leur supplice ; le sang coulera de tous côtés. Qui pourra vaincre, si Dieu ne diminue le temps de l’épreuve ? Par le sang, les larmes et les prières des justes, Dieu se laissera fléchir ; Enoch et Elie seront mis à mort ; Rome païenne dispa­raîtra ; le feu du Ciel tombera et consumera trois villes ; tout l’univers sera frappé de terreur, et beaucoup se laisseront séduire parce qu’ils n’ont pas adoré le vrai Christ vivant parmi eux. Il est temps ; le soleil s’obscurcit ; la foi seule vivra.

« Voici le temps ; l’abîme s’ouvre. Voici le roi des rois des ténèbres. Voici la bête avec ses sujets, se disant le sauveur du monde. Il s’élèvera avec orgueil dans les airs pour aller jusqu’au Ciel ; il sera étouffé par le souffle de Saint Michel Archange. Il tombera, et la terre qui, depuis trois jours, sera en de continuelles évolutions, ouvrira son sein plein de feu ; il sera plongé pour jamais avec tous les siens dans les gouf­fres éternels de l’enfer. Alors l’eau et le feu purifieront la terre et consu­meront toute les œuvres de l’orgueil des hommes, et tout sera renouvelé : Dieu sera servi et glorifié. »

IV

Ensuite la Sainte Vierge me donna, aussi en français, la Règle d’un nouvel Ordre religieux.

Après m’avoir donné la Règle de ce nouvel Ordre religieux, la Sainte Vierge reprit ainsi la suite du Discours :

« S’ils se convertissent, les pierres et les rochers se changeront en blé, et les pommes de terre se trouveront ensemencées par les terres.

« Faites-vous bien votre prière, mes enfants ? »

Nous répondîmes tous les deux :

« Oh ! non, Madame, pas beaucoup. »

« Ah ! mes enfants, il faut bien la faire, soir et matin. Quand vous ne pourrez pas mieux faire, dites un Pater et un Ave Maria ; et quand vous aurez le temps et que vous pourrez mieux faire, vous en direz davantage.

« Il ne va que quelques femmes un peu âgées à la Messe ; les autres travaillent tout l’été le Dimanche ; et l’hiver, quand ils ne savent que faire, ils ne vont à la Messe que pour se moquer de la religion. Le carême, ils vont à la boucherie comme les chiens.

« N’avez-vous pas vu du blé gâté, mes enfants ? »

Tous les deux nous avons répondu : « Oh ! non, Madame. »

La Sainte Vierge s’adressant à Maximin : « Mais toi, mon enfant, tu dois bien en avoir vu une fois vers le Coin, avec ton père. L’homme de la pièce dit à ton père : Venez voir comme mon blé se gâte. Vous y allâtes. Ton père prit deux ou trois épis dans sa main, il les frotta, et ils tombèrent en poussière. Puis, en vous en retournant, quand vous n’étiez plus qu’à demi-heure de Corps, ton père te donna un morceau de pain en te disant : Tiens, mon enfant, mange cette année, car je ne sais pas qui mangera l’année prochaine, si le blé se gâte comme cela. »

Maximin répondit : « C’est bien vrai, Madame, je ne me le rappelais pas. »

La Très Sainte Vierge a terminé son discours en français : « Eh bien ! mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple. »

La très belle Dame traversa le ruisseau ; et, à deux pas du ruisseau, sans se retourner vers nous qui la suivions (parce qu’elle attirait à elle par son éclat et plus encore par sa bonté qui m’enivrait, qui semblait me faire fondre le cœur), elle nous a dit encore :

« Eh bien ! mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple. »

Puis elle a continué de marcher jusqu’à l’endroit où j’étais montée pour regarder où étaient nos vaches. Ses pieds ne touchaient que le bout de l’herbe sans la faire plier. Arrivée sur la petite hauteur, la belle Dame s’arrêta, et vite je me plaçai devant elle, pour bien, bien la regarder, et tâcher de savoir quel chemin elle inclinait le plus à prendre ; car c’était fait de moi, j’avais oublié et mes vaches et les maîtres chez lesquels j’étais en service ; je m’étais attachée pour toujours et sans condition à Ma Dame ; oui, je voulais ne plus jamais, jamais la quitter ; je la suivais sans arrière-pensée, et dans la disposition de la servir tant que je vivrai.

Avec Ma Dame je croyais avoir oublié le paradis ; je n’avais plus que la pensée de bien la servir en tout ; et je croyais que j’aurais pu faire tout ce qu’Elle m’aurait dit de faire, car il me semblait qu’Elle avait beaucoup de pouvoir. Elle me regardait avec une tendre bonté qui m’attirait à Elle ; j’aurais voulu, avec les yeux fermés, m’élancer dans ses bras. Elle ne m’a pas donné le temps de le faire. Elle s’est élevée insensible­ment de terre à une hauteur d’environ un mètre et plus ; et restant ainsi suspendue en l’air un tout petit instant, Ma belle Dame regarda le ciel, puis la terre à sa droite et à sa gauche, puis Elle me regarda avec des yeux si doux, si aimables et si bons, que je croyais qu’Elle m’attirait dans son intérieur, et il me sem­blait que mon cœur s’ouvrait au sien.

Et, tandis que mon cœur se fondait en une douce dilatation, la belle figure de Ma bonne Dame disparaissait peu à peu ; il me semblait que la lumière en mouvement se multipliait ou bien se condensait autour de la Très Sainte Vierge, pour m’empêcher de la voir plus longtemps. Ainsi la lumière prenait la place des parties du corps qui dispa­raissaient à mes yeux ; ou bien il me semblait que le corps de Ma Dame se changeait en lumière en se fondant. Ainsi la lumière en forme de globe s’élevait doucement en direction droite.

Je ne puis pas dire si le volume de lumière diminuait à mesure qu’elle s’élevait, ou bien si c’était l’éloignement qui faisait que je voyais diminuer la lumière à mesure qu’elle s’élevait ; ce que je sais, c’est que je suis restée la tête levée et les yeux fixés sur la lumière, même après que cette lumière, qui allait toujours s’éloignant et dimi­nuant de volume, eut fini par disparaître.

Mes yeux se détachent du firmament, je regarde autour de moi, je vois Maximin qui me regardait, je lui dis : « Mémin, cela doit être le bon Dieu de mon père, ou la Sainte Vierge, ou quelque grande sainte. » Et Maximin lançant la main en l’air, il dit : « Ah ! si je l’avais su ! »

V

Le soir du 19 septembre, nous nous retirâmes un peu plus tôt qu’à l’ordinaire. Arrivée chez mes maîtres, je m’occupais à attacher mes vaches et à mettre tout en ordre dans l’écurie. Je n’avais pas terminé, que ma maîtresse vint à moi en pleurant et me dit : « Pourquoi, mon enfant, ne venez-vous pas me dire ce qui vous est arrivé sur la montagne ? » (Maximin n’ayant pas trouvé ses maîtres, qui ne s’étaient pas encore retirés de leurs travaux, était venu chez les miens, et avait raconté tout ce qu’il avait vu et entendu). Je lui répondis : « Je voulais bien vous le dire, mais je voulais finir mon ouvrage auparavant. » Un moment après, je me rendis dans la maison, et ma maîtresse me dit : « Racontez ce que vous avez vu ; le berger de Bruite (c’était le surnom de Pierre Selme, maître de Maximin) m’a tout raconté. »

Je commence et, vers la moitié du récit, mes maîtres arrivèrent de leurs champs ; ma maîtresse, qui pleurait en entendant les plaintes et les mena­ces de notre tendre Mère, dit : « Ah ! vous vouliez aller ramasser le blé demain ; gardez-vous en bien, venez entendre ce qui est arrivé aujourd’hui à cette enfant et au berger de Selme. » Et, se tournant vers moi, elle dit : « Recommencez tout ce que vous m’avez dit. » Je recom­mence ; et lorsque j’eus terminé, mon maître dit : « C’était la Sainte Vierge, ou bien une grande sainte, qui est venue de la part du bon Dieu ; mais c’est comme si le bon Dieu était venu lui-même : il faut faire tout ce que cette Sainte a dit. Comment allez-vous faire pour dire cela à tout son peuple ? » Je lui répondis : « Vous me direz comment je dois faire, et je le ferai. » Ensuite il ajouta, en regardant sa mère, sa femme et son frère : « Il faut y penser. » Puis chacun se retira à ses affaires.

C’était après le souper, Maximin et ses maîtres vinrent chez les miens pour raconter ce que Maximin leur avait dit, et pour savoir ce qu’il y avait à faire : « Car, dirent-ils, il nous semble que c’est la Sainte Vierge qui a été envoyée par le bon Dieu ; les paroles qu’elle a dites le font croire. Et Elle leur a dit de le faire passer à tout son peuple ; il faudra peut-être que ces enfants parcourent le monde entier pour faire connaître qu’il faut que tout le monde observe les commandements du bon Dieu, sinon de grands malheurs vont arriver sur nous. » Après un moment de silence, mon maître dit, en s’adressant à Maximin et à moi : « Savez-vous ce que vous devez faire, mes enfants ? Demain, levez-vous de bon matin, allez tous deux à Monsieur le Curé, et racontez-lui tout ce que vous avez vu et entendu ; dites-lui bien comment la chose s’est passée : il vous dira ce que vous avez à faire. »

Le 20 septembre, lendemain de l’apparition, je partis de bonne heure avec Maximin. Arrivés à la Cure, je frappe à la porte. La domestique de Monsieur le Curé vint ouvrir, et demanda ce que nous voulions. Je lui dis (en français, moi qui ne l’avais jamais parlé) : « Nous voudrions parler à Monsieur le Curé. » — « Et que voulez-vous lui dire ? », nous demanda-t-elle. — « Nous voulons lui dire, Mademoiselle, qu’hier nous sommes allés garder nos vaches sur la montagne des Baisses, et après avoir dîné, etc., etc. » Nous lui racontâmes une bonne partie du discours de la Très Sainte Vierge. Alors la cloche de l’Église sonna ; c’était le dernier coup de la Messe. M. l’abbé Perrin, curé de la Salette, qui nous avait entendus, ouvrit la porte avec fracas : il pleurait ; il se frappait la poitrine ; il nous dit : « Mes enfants, nous sommes perdus, le bon Dieu va nous punir. Ah ! mon Dieu, c’est la Sainte Vierge qui vous est appa­rue ! » Et il partit pour dire la Sainte Messe. Nous nous regardâmes avec Maximin et la domestique ; puis Maximin me dit : « Moi, je m’en vais chez mon père, à Corps. » Et nous nous séparâmes.

N’ayant pas reçu d’ordre de mes maîtres de me retirer aussitôt après avoir parlé à Monsieur le Curé, je ne crus pas faire mal en assistant à la Messe. Je fus donc à l’Église. La Messe commence, et, après le premier Évangile, Monsieur le Curé se tourne vers le peuple et essaie de raconter à ses paroissiens l’apparition qui venait d’avoir lieu, la veille, sur une de leurs Montagnes, et les exhorte à ne plus travailler le Dimanche : sa voix était entrecoupée de sanglots, et tout le peuple était ému. Après la Sainte Messe, je me retirai chez mes maîtres. Monsieur Peytard, qui est encore aujourd’hui Maire de la Salette, y vint m’interroger sur le fait de l’apparition ; et, après s’être assuré de la vérité de ce que je lui disais, il se retira convaincu.

Je continuai de rester au service de mes maîtres jusqu’à la fête de la Toussaint. Ensuite je fus mise comme pensionnaire chez les religieuses de la Providence, dans mon pays, à Corps.

VI

La Très Sainte Vierge était très grande et bien proportionnée ; elle parais­sait être si légère qu’avec un souffle on l’aurait fait remuer, cependant, elle était immobile et bien posée. Sa physionomie était majestueuse, impo­sante, mais non imposante comme le sont les Seigneurs d’ici-bas. Elle imposait une crainte respectueuse. En même temps que Sa Majesté impo­sait du respect mêlé d’amour, elle attirait à elle. Son regard était doux et pénétrant ; ses yeux semblaient parler avec les miens, mais la conversation venait d’un profond et vif sentiment d’amour envers cette beauté ravis­sante qui me liquéfiait. La douceur de son regard, son air de bonté incom­préhensible faisait comprendre et sentir qu’elle attirait à elle et voulait se donner ; c’était une expression d’amour qui ne peut pas s’exprimer avec la langue de chair ni avec les lettres de l’alphabet.

Le vêtement de la Très Sainte Vierge était blanc argenté et tout brillant ; il n’avait rien de matériel : il était composé de lumière et de gloire, variant et scintillant. Sur la terre il n’y a pas d’expression ni de comparaison à donner.

La Sainte Vierge était toute belle et toute formée d’amour ; en la regar­dant, je languissais de me fondre en elle. Dans ses atours, comme dans sa personne, tout respi­rait la majesté, la splendeur, la magnificence d’une Reine incomparable. Elle parais­sait belle, blanche, immaculée, cristallisée, éblouissante, céleste, fraîche, neuve comme une Vierge ; il semblait que la parole : Amour s’échappait de ses lèvres argentées et toutes pures. Elle me paraissait comme une bonne Mère, pleine de bonté, d’amabilité, d’amour pour nous, de compassion, de miséricorde.

La couronne de roses qu’elle avait sur la tête était si belle, si brillante, qu’on ne peut pas s’en faire une idée : les roses, de diverses couleurs, n’étaient pas de la terre ; c’était une réunion de fleurs qui entouraient la tête de la Très Sainte Vierge en forme de couronne ; mais les roses se changeaient ou se remplaçaient ; puis, du cœur de chaque rose, il sortait une si belle lumière, qu’elle ravissait, et rendait les roses d’une beauté éclatante. De la couronne de roses s’élevaient comme des branches d’or, et une quantité d’autres petites fleurs mêlées avec des brillants.

Le tout formait un très beau diadème, qui brillait tout seul plus que notre soleil de la terre.

La Sainte Vierge avait une très jolie Croix suspendue à son cou. Cette Croix parais­sait être dorée, je dis dorée pour ne pas dire une plaque d’or ; car j’ai vu quelquefois des objets dorés avec diverses nuances d’or, ce qui faisait à mes yeux un bien plus bel effet qu’une simple plaque d’or. Sur cette belle Croix toute brillante de lumière était un Christ, était Notre-Seigneur, les bras étendus sur la Croix. Presque aux deux extré­mités de la Croix, d’un côté il y avait un marteau, de l’autre une tenaille. Le Christ était couleur de chair naturelle ; mais il brillait d’un grand éclat ; et la lumière qui sortait de tout son corps paraissait comme des dards très brillants, qui me fendaient le cœur du désir de me fondre en lui. Quelquefois le Christ paraissait être mort : il avait la tête penchée, et le corps était comme affaissé, comme pour tomber, s’il n’avait pas été retenu par les clous qui le retenaient à la Croix.

J’en avais une vive compassion, et j’aurais voulu redire au monde entier son amour inconnu et infiltrer dans les âmes des mortels l’amour le plus senti et la reconnais­sance la plus vive envers un Dieu qui n’avait nulle­ment besoin de nous pour être ce qu’il est, ce qu’il était et ce qu’il sera toujours ; et pourtant, ô amour incompréhensible à l’homme ! il s’est fait homme, et il a voulu mourir, oui mourir, pour mieux écrire dans nos âmes et dans notre mémoire l’amour Fou qu’il a pour nous ! Oh ! que je suis malheureuse de me trouver si pauvre en expression pour redire l’amour, oui, l’amour de notre bon Sauveur pour nous ! mais, d’un autre côté, que nous sommes heureux de pouvoir sentir mieux ce que nous ne pouvons exprimer !

D’autres fois, le Christ semblait vivant ; il avait la tête droite, les yeux ouverts, et paraissait être sur la Croix par sa propre volonté. Quelquefois aussi il paraissait parler : il semblait vouloir montrer qu’il était en Croix pour nous, par amour pour nous, pour nous attirer à son amour, qu’il a toujours un amour nouveau pour nous, que son amour du commencement et de l’année 33 est toujours celui d’aujourd’hui et qu’il sera toujours.

La Sainte Vierge pleurait presque tout le temps qu’Elle me parla. Ses larmes coulaient, une à une, lentement, jusque vers ses genoux ; puis, comme des étincelles de lumière, elles disparaissaient. Elles étaient brillantes et pleines d’amour. J’aurais voulu la consoler, et qu’Elle ne pleurât plus. Mais il me semblait qu’Elle avait besoin de montrer ses larmes pour mieux montrer son amour oublié par les hommes. J’aurais voulu me jeter dans ses bras et lui dire : « Ma bonne Mère, ne pleurez pas ! je veux vous aimer pour tous les hommes de la terre. » Mais il me semblait qu’Elle me disait : « Il y en a tant qui ne me connaissent pas ! »

J’étais entre la mort et la vie, en voyant d’un côté tant d’amour, tant de désir d’être aimée, et d’un autre côté tant de froideur, tant d’indifférence… Oh ! ma Mère, Mère toute toute belle et toute aimable, mon amour, cœur de mon cœur !…

Les larmes de notre tendre Mère, loin d’amoindrir son air de Majesté, de Reine et de Maîtresse, semblaient, au contraire, l’embellir, la rendre plus aimable, plus belle, plus puissante, plus remplie d’amour, plus maternelle, plus ravissante ; et j’aurais mangé ses larmes, qui faisaient sauter mon cœur de compassion et d’amour. Voir pleurer une Mère, et une telle Mère, sans prendre tous les moyens imaginables pour la consoler, pour changer ses douleurs en joie, cela se comprend-il ? O Mère plus que bonne ! Vous avez été formée de toutes les prérogatives dont Dieu est capable ; vous avez comme épuisé la puissance de Dieu ; vous êtes bonne et puis bonne de la bonté de Dieu même ; Dieu s’est agrandi en vous formant son chef-d’œuvre terrestre et céleste.

La Très Sainte Vierge avait un tablier jaune. Que dis-je, jaune ? Elle avait un tablier plus brillant que plusieurs soleils ensemble. Ce n’était pas une étoffe matérielle, c’était un composé de gloire, et cette gloire était scintil­lante et d’une beauté ravissante. Tout en la Très Sainte Vierge me portait fortement, et me faisait comme glisser à adorer et à aimer mon Jésus dans tous les états de sa vie mortelle.

La Très Sainte Vierge avait deux chaînes, l’une un peu plus large que l’autre. À la plus étroite était suspendue la Croix dont j’ai fait mention plus haut. Ces chaînes (puisqu’il faut donner le nom de chaînes) étaient comme des rayons de gloire d’un grand éclat variant et scintillant.

Les souliers (puisque souliers il faut dire) étaient blancs, mais un blanc argenté, brillant ; il y avait des roses autour. Ces roses étaient d’une beauté éblouissante, et du cœur de chaque rose sortait une flamme de lumière très belle et très agréable à voir. Sur les souliers, il y avait une boucle en or, non en or de la terre, mais bien de l’or du paradis.

La vue de la Très Sainte Vierge était elle-même un paradis accompli. Elle avait en Elle tout ce qui pouvait satisfaire, car la terre était oubliée.

La Sainte Vierge était entourée de deux lumières. La première lumière, plus près de la Très Sainte Vierge, arrivait jusqu’à nous ; elle brillait d’un éclat très beau et scintillant. La seconde lumière s’étendait un peu plus autour de la Belle-Dame, et nous nous trouvions dans celle-là ; elle était immobile (c’est-à-dire qu’elle ne scintillait pas), mais bien plus brillante que notre pauvre soleil de la terre. Toutes ces lumières ne faisaient pas mal aux yeux, et ne fatiguaient nullement la vue.

Outre toutes ces lumières, toute cette splendeur, il sortait encore des groupes ou faisceaux de lumière ou des rayons de lumière, du Corps de la Sainte Vierge, de ses habits et de partout.

La voix de la Belle Dame était douce ; elle enchantait, ravissait, faisait du bien au cœur ; elle rassasiait, aplanissait tous les obstacles, calmait, adou­cissait. Il me semblait que j’aurais toujours voulu manger de sa belle voix, et mon cœur semblait danser ou vouloir aller à sa rencontre pour se liqué­fier en elle.

Les yeux de la Très Sainte Vierge, notre tendre Mère, ne peuvent pas se décrire par une langue humaine. Pour en parler, il faudrait un séraphin ; il faudrait plus, il faudrait le langage de Dieu même, de ce Dieu qui a formé la Vierge Immaculée, chef d’œuvre de toute sa puissance.

Les yeux de l’auguste Marie paraissaient mille et mille fois plus beaux que les brillants, les diamants et les pierres précieuses les plus recherchées ; ils brillaient comme deux soleils ; ils étaient doux de la douceur même, clairs comme un miroir. Dans ses yeux on voyait le paradis ; ils attiraient à Elle ; il semblait qu’Elle voulait se donner et attirer. Plus je la regardais, plus je la voulais voir ; plus je la voyais, plus je l’aimais, et je l’aimais de toutes mes forces.

Les yeux de la belle Immaculée étaient comme la porte de Dieu, d’où l’on voyait tout ce qui peut enivrer l’âme. Quand mes yeux se rencontraient avec ceux de la Mère de Dieu et la mienne, j’éprouvais au-dedans de moi-même une heureuse révolution d’amour et de protestation de l’aimer et de me fondre d’amour.

En nous regardant, nos yeux se parlaient à leur mode, et je l’aimais tant que j’aurais voulu l’embrasser dans le milieu de ses yeux, qui attendrissaient mon âme et semblaient l’attirer et la faire fondre avec la sienne. Ses yeux me plantèrent un doux tremblement dans tout mon être ; et je craignais de faire le moindre mouvement qui pût lui être désagréable tant soit peu.

Cette seule vue des yeux de la plus pure des Vierges aurait suffi pour être le Ciel d’un bienheureux ; aurait suffi pour faire entrer une âme dans la plénitude des volon­tés du Très Haut parmi tous les événements qui arri­vent dans le cours de la vie mortelle ; aurait suffi pour faire faire à cette âme de continuels actes de louange, de remerciements, de réparation et d’expiation. Cette seule vue concentre l’âme en Dieu et la rend comme une morte-vivante, ne regardant toutes les choses de la terre, même les choses qui paraissent les plus sérieuses, que comme des amusements d’enfants ; elle ne voulait entendre parler que de Dieu et de ce qui touche à sa Gloire.

Le péché est le seul mal qu’Elle voit sur la terre. Elle en mourrait de dou­leur si Dieu ne la soutenait. Amen.

Castellamare, le 21 novembre 1878.

MARIE de la Croix, Victime de Jésus,
née MÉLANIE CALVAT, Bergère de la Salette.

Nihil obstat : imprimatur
Datum Lycii ex Curia Ep. die 15 Nov. 1879

Vicarius Generalis

Carmelus Archus Cosma

5e mystère glorieux
Le couronnement de Marie au Ciel


5e mystère glorieux 
Le couronnement de Marie

Tirée de Les gloires de Marie
de saint Alphonse de Liguori

L’auguste Vierge Marie a été élevée à la dignité de Mère du Roi des rois ; dès lors et avec juste raison, la sainte Église lui décerne et demande à tous les fidèles de lui décerner le titre glorieux de Reine.

« Si le Fils qu’elle a mis au monde est roi, dit saint Athanase, la Vierge, sa Mère, doit, en toute rigueur de vérité, être tenue pour Reine et Souveraine et en porter le nom. » C’est, remarque saint Bernardin de Sienne, à partir du moment où elle consentit à devenir la Mère du Verbe éternel, que Marie mérita d’être constituée Reine du monde et de la création tout entière. « Son consentement, dit-il, lui valut le sceptre du monde, l’empire de l’univers et la souveraineté sur toutes les créatures. » Voici comment raisonne Arnauld de Chartres : « La chair de Jésus et celle de Marie sont une seule et même chair. Comment donc la Mère pourrait-elle ne point partager la souveraineté de son Fils ? Ce n’est point assez dire qu’elle la partage : la gloire royale du Fils et celle de la Mère sont une seule et même gloire. »

Jésus étant roi de l’univers, c’est de l’univers aussi que Marie est la reine. « Établie Reine, dit l’abbé Rupert, elle possède à bon droit tout le royaume de son Fils. » De là cette affirmation de saint Bernardin de Sienne : « Autant il y a de créatures au service de Dieu, autant Marie en compte à son service. Et les anges, et les hommes, et tout ce qui est au ciel et sur la terre, en un mot toute la création, par le fait qu’elle est soumise à Dieu, est soumise à la glorieuse Vierge. » Aussi l’abbé Guerric tient-il à la divine Mère ce langage : « Continuez, ô Marie, continuez avec assurance à exercer votre empire ; n’hésitez pas, agissez en Reine, disposant à votre gré des biens de votre Fils. Vous êtes la mère et l’épouse du Roi de l’univers, à vous le droit de régner, à vous la puissance souveraine sur toutes les créatures. »

Marie est donc Reine. Mais, sachons-le bien pour notre commune consolation, c’est une Reine toute bonne, toute clémente, toute inclinée à nous faire du bien, à nous si misérables. C’est pourquoi la sainte Église, dans le Salve Regina, nous invite à saluer Marie en la proclamant Reine de miséricorde.

Le nom même de reine, observe le bienheureux Albert le Grand, signifie compassion et sollicitude pour les pauvres. « Secourir les malheureux, dit Sénèque, c’est en quoi consiste la magnificence des rois » et des reines. Alors que les tyrans font servir leur pouvoir à leur intérêt personnel, les rois doivent avoir en vue le bien de leur peuple. Aussi, au sacre des rois, on leur verse sur la tête de l’huile, symbole de la miséricorde, pour leur rappeler qu’ils doivent garder sur le trône un cœur rempli, par-dessus tout, de compassion et de bienveillance à l’égard de leurs sujets.

Le premier devoir des rois est donc de s’employer aux œuvres de miséricorde, avec cette réserve, cependant, qu’il leur faut, au besoin, exercer la justice à l’égard des malfaiteurs. Il n’en est pas ainsi de Marie. Reine, elle ne tient pas le sceptre de la justice pour le châtiment des coupables, mais uniquement celui de la miséricorde, n’ayant d’autre ministère que celui de la grâce et du pardon. C’est la pensée de l’Église quand elle nous fait acclamer Marie comme Reine de miséricorde.

Dans sa Préface aux Épitres canoniques, saint Thomas confirme ce privilège de la sainte Vierge : « Quand, dans son sein, elle conçut le Fils de Dieu, quand, ensuite, elle le mit au monde, alors, dit-il, elle obtint la moitié du règne de Dieu : elle fut constituée reine de miséricorde, comme le Christ est roi de justice. »

C’est pour la constituer Reine de miséricorde que, selon la prophétie de David, Dieu lui-même conféra, en quelque sorte, l’onction royale à Marie, en répandant sur elle l’huile de l’allégresse. Grand sujet d’allégresse pour nous, pauvres enfants d’Adam, de penser que nous avons au ciel une si grande Reine qui laisse découler sur nous « l’onction de sa surabondante compassion et miséricorde », ainsi que le dit saint Bonaventure.

Ici vient à propos l’histoire de la reine Esther. Le bienheureux Albert le Grand en fait une heureuse application à notre Reine Marie, dont Esther d’ailleurs était une figure.

Voici ce que nous lisons au chapitre quatrième du Livre d’Esther. Sous le règne d’Assuérus, il fut publié dans ses états un édit ordonnant la mise à mort de tous les Juifs. Mardochée, l’un des condamnés, recommanda leur salut à Esther, la priant de s’interposer auprès du roi pour obtenir la révocation de la sentence. Esther s’y refusa d’abord, par crainte d’aviver encore le courroux d’Assuérus. Mais Mardochée la réprimanda et lui envoya dire : Ne vous imaginez point, parce que vous êtes de la maison du roi, que vous sauverez seule votre vie, à l’exclusion de tous les Juifs. Il ajouta que le Seigneur l’avait élevée au trône précisément pour qu’elle assurât le salut de sa nation. Ainsi parla Mardochée à la reine Esther. Pauvres pécheurs condamnés à un juste châtiment, si jamais notre Reine Marie hésitait à obtenir de Dieu notre délivrance, nous aurions lieu de lui tenir le même langage : Ô notre Souveraine, vous êtes dans la maison du Roi, Dieu vous ayant constituée Reine de l’univers ; ne pensez point pour autant à vous sauver seule, à l’exclusion de tous les autres hommes ; car, votre élévation n’a pas eu pour but votre seul avantage ; si Dieu vous a faite si grande, c’est pour vous mettre plus à même de compatir à notre misère et de la secourir.

Assuérus, quand il vit Esther en sa présence, s’informa avec amour de l’objet de sa visite. Quelle est votre demande ? lui dit-il. La reine répondit : Ô mon roi, si j’ai trouvé grâce à vos yeux, accordez-moi mon peuple, pour lequel je vous implore. Elle fut exaucée : un ordre du roi révoqua aussitôt la sentence de condamnation.

Or, si Assuérus accorda le salut des Juifs à Esther, parce qu’il l’aimait, comment Dieu, qui aime immensément Marie, pourra-t-Il ne pas l’exaucer, quand elle le prie pour les pauvres pécheurs qui se recommandent à elle ? Ô mon Roi et mon Dieu, dit-elle, si j’ai trouvé grâce devant vous… Mais elle sait bien, la divine Mère, qu’elle est la bénie, la bienheureuse, la seule, parmi tous les hommes, à trouver la grâce qu’ils ont perdue ; elle sait bien qu’elle est l’aimée de son Seigneur, plus chérie que tous les saints et les anges ensemble. Si donc vous m’aimez, continue-t-elle, donnez-moi mon peuple, donnez-moi ces pécheurs pour lesquels je vous supplie. Et il se pourrait que Dieu ne l’exauçât point ? Mais qui ne sait le pouvoir qu’ont auprès de Dieu les prières de Marie ? La loi de la clémence est sur sa langue. Chaque prière de Marie à force de loi, le Seigneur ayant décrété qu’il sera fait miséricorde à tous ceux pour qui elle intercède. Pourquoi, demande saint Bernard, l’Église appelle-t-elle Marie Reine de miséricorde ? « C’est, répond-il, afin de nous assurer qu’elle ouvre l’abîme insondable de la pitié divine à qui elle veut, quand elle veut et comme elle veut ; si bien qu’un pécheur ne périra pas, fût-il un monstre d’iniquité, dès lors que cette sainte des saints le prend sous sa protection. »

Mais peut-être craindrons-nous que Marie ne dédaigne d’intervenir en faveur de tel pécheur, le voyant trop chargé de crimes ? Ou encore n’y a-t-il pas lieu de nous laisser effrayer par la majesté et la sainteté de cette grande Reine ? Non, dit saint Grégoire VII, car « la grandeur et la sainteté de Marie ne la rendent que plus clémente et plus douce à l’égard des pécheurs désireux de se convertir » et qui recourent à elle. Rois et reines, avec l’apparat de leur majesté, répandent la terreur et font craindre à leurs sujets de paraître en leur présence. Mais, observe saint Bernard, « quelle crainte pourrait retenir » la misère et « la fragilité humaine loin de Marie », la Reine de la miséricorde ? Regardons-la bien : « en elle, rien de sévère, rien de terrible ; elle est toute suavité » et affabilité. Elle nous donne, bien plus, « elle nous offre d’elle-même à tous le lait et la laine » : le lait de sa miséricorde qui ranime notre confiance ; la laine, la douceur de sa protection qui nous abrite contre les rigueurs de la justice divine.

Écoutons saint Bernard : « Comment pourriez-vous, ô Marie, vous refuser à secourir les misérables, alors que vous êtes la Reine de la miséricorde ? Les sujets de la miséricorde ce sont précisément les misérables. Vous êtes la Reine de la miséricorde, et moi, étant le dernier des pécheurs, je suis le premier, le plus grand de vos sujets » et j’ai droit, par conséquent, de préférence à tout autre, à vos soins les plus assidus. « Régnez donc sur nous, ô Reine de miséricorde », prenez-nous en pitié, et chargez-vous de notre salut éternel.

Quelle grande confiance nous devons donc avoir en notre Reine ; connaissant sa puissance auprès de Dieu, et sachant, d’autre part que son cœur est rempli d’une telle et si surabondante plénitude de miséricorde, qu’il n’est personne sur la terre à n’avoir pas de part aux effets de sa bonté et à ses faveurs ! La sainte Vierge le révéla elle-même à sainte Brigitte : « Je suis, lui dit-elle, la Reine du ciel et la Mère de la miséricorde ; je suis l’allégresse des justes et la porte ouverte aux pécheurs pour aller à Dieu. Il n’y a pas sur la terre, de pécheur assez maudit pour ne point éprouver, tant qu’il respire, la miséricorde, tout au moins — à défaut d’autre faveur — en étant moins tenté par les démons qu’il ne le serait sans mon intercession. » « Personne, ajouta-t-elle, à moins d’être absolument maudit — ce qui s’entend de la malédiction finale et irrévocable réservée aux damnés — n’est tellement rejeté, qu’il ne revienne à Dieu et ne trouve miséricorde, s’il m’appelle à son secours. » Elle lui dit encore : « Mère de miséricorde, c’est le titre que tout le monde me donne ; et vraiment la miséricorde de Dieu envers les hommes a fait de moi la toute miséricordieuse. » Et elle conclut : « Ah ! malheureux celui qui, tandis qu’il le peut, ne recourt pas à moi ! » Oui, malheureux pour l’éternité celui, qui, en cette vie, pouvant m’invoquer, moi, si pleine de pitié pour tous et si désireuse d’aider les pécheurs, néglige de recourir à moi et ainsi lamentablement se damne !

Courons donc aux pieds de notre très douce Reine, et soyons toujours fidèles à la prier, si nous voulons mettre notre salut en assurance. Si la vue de nos péchés nous épouvante et nous décourage, rappelons-nous à quelle fin Marie a été constituée Reine de miséricorde : c’est pour qu’elle sauve, par sa protection, les pécheurs les plus coupables, les plus désespérés, dès qu’ils se recommandent à elle. Ne doivent-ils pas être sa couronne au ciel ? Son divin Époux le lui a dit : Viens du Liban, ô mon Épouse, viens du Liban… Tu recevras pour couronne les tanières des lions, les montagnes des léopards. Que peuvent bien être ces tanières de bêtes féroces et monstrueuses, sinon les pauvres âmes coupables, devenues le repaire des péchés, ces monstres les plus affreux que l’on puisse rencontrer ? Eh bien ! s’écrie l’abbé Rupert, en commentant ce texte, « voilà, ô Marie, les lions dont les tanières seront votre couronne : votre couronne sera leur salut. » Ces malheureux pécheurs, seule votre intercession les sauve, ô glorieuse Souveraine ; il est juste qu’au ciel ils soient votre diadème ; et c’est bien celui qui convient en propre à une Reine de miséricorde.

L’exemple qu’on va lire vient à l’appui de cette vérité.

Exemple

On lit dans la vie de Sœur Catherine de Saint-Augustin qu’au même endroit où vivait cette servante de Dieu se trouvait une femme nommée Marie, laquelle, après une jeunesse passée dans le vice, s’obstinait, jusque dans la vieillesse, à poursuivre le cours de ses désordres ; tellement que, chassée du pays par ses concitoyens, elle fut réduite à se réfugier dans une grotte, loin de toute habitation. C’est là que, tombant d’avance en pourriture, elle finit par mourir sans sacrements, abandonnée de tous. On l’enfouit en plein champ, comme on aurait fait d’un vil animal. Or Sœur Catherine avait coutume de recommander à Dieu avec une grande ferveur les âmes de tous ceux qui entraient dans leur éternité ; mais pour cette misérable vieille femmes quand elle apprit sa triste fin, elle ne songea pas à prier. Comme tout le monde, elle la tenait pour damnée.

Quatre ans s’étaient écoulés, quand un jour elle vit apparaître une âme du purgatoire qui lui dit : « Sœur Catherine, que je suis donc malheureuse Vous recommandez à Dieu les âmes de tous ceux qui meurent, et il n’y a que mon âme dont vous n’avez pas eu pitié ! — Et qui êtes-vous ? demande la servante de Dieu. — Je suis, répond l’apparition, cette pauvre Marie qui mourut dans la grotte. — Eh ! quoi ! vous êtes sauvée ? s’écrie alors Sœur Catherine. — Oui, je suis sauvée par la miséricorde de la sainte Vierge. — Et comment cela ? — Quand je me vis sur le point de mourir, me voyant si chargée de péchés et privée de tout secours, je me tournai vers la Mère de Dieu, et je lui dis : « Ô Notre-Dame vous êtes le refuge des abandonnés ; voyez, en ce moment tout le monde m’abandonne ; vous êtes mon unique espérance, vous seule pouvez me venir en aide, ayez pitié de moi ! » La sainte Vierge m’obtint de faire un acte de contrition, je mourus et je fus sauvée. Ma bonne Reine m’a obtenu une autre grâce : que l’intensité de mes souffrances abrégeât la durée de mon expiation, laquelle aurait dû se prolonger pendant bien des années encore. Il ne me faut plus maintenant que quelques messes pour être délivrée du purgatoire. Je vous prie de me les faire dire, et moi, en échange, je vous le promets, je ne cesserai pas de prier le bon Dieu et la sainte Vierge pour vous. » Sœur Catherine fit aussitôt célébrer les messes, et, peu de jours après, cette âme lui apparut de nouveau, plus brillante que le soleil, et lui. dit : « Je vous remercie, Sœur Catherine, je m’en vais au ciel chanter les miséricordes de mon Dieu et prier pour vous. »

Prière

Ô Marie, Mère de mon Dieu et ma Souveraine, tel se présente à une grande reine un pauvre couvert de plaies et repoussant, tel je me présente à vous qui êtes la Reine du ciel et de la terre. Du trône sublime où vous êtes assise, ne dédaignez pas, je vous en prie, d’abaisser vos regards jusqu’à moi, pauvre pécheur. Si Dieu vous a comblée de richesses, c’est pour subvenir à notre pauvreté ; s’il vous a établie Reine de miséricorde, c’est pour réconforter les misérables. Regardez-moi donc, et laissez-vous toucher. Regardez-moi et ne me laissez point aller que, du pécheur que je suis, vous n’ayez fait un saint.

Je m’en rends compte, je ne mérite rien ; ou plutôt je mériterais, à cause de mon ingratitude, d’être dépouillé de toutes les grâces que, par vos mains, j’ai reçues du Seigneur. Mais vous êtes la Reine de la miséricorde, et, dès lors, ce ne sont pas des mérites que vous cherchez, mais des misères : vous voulez secourir qui est dans le besoin. Eh bien ! qui est plus pauvre et plus besogneux que moi ?

Ô Vierge sublime ! Je sais bien que je suis votre sujet, puisque vous êtes la Reine de l’univers. Mais je veux me consacrer à votre service d’une manière plus spéciale, afin que vous disposiez de moi selon votre bon plaisir. Aussi je vous dis avec saint Bonaventure : « Ma Souveraine, je m’abandonne à votre domination ; que je sois régi et gouverné par vous en toutes choses. Ne me laissez pas me reprendre. » Donnez-moi vos ordres, servez-vous de moi à votre gré ; et même n’hésitez pas à me châtier, si je suis indocile ; combien ils me seront salutaires les châtiments qui me viendront de votre main !

Être votre serviteur, ô Marie, c’est pour moi bien plus que devenir le maître du monde. Je suis à vous, sauvez-moi ! Acceptez-moi pour vôtre, et, à ce titre, occupez-vous de mon salut. Je ne veux plus être mon maître : je vous fais don de moi-même. Sans doute, je vous ai bien, mal servie ; que de belles occasions j’ai perdues de vous honorer ! Mais à l’avenir, je veux égaler vos serviteurs les plus aimants, les plus fidèles. Non, je ne laisserai désormais personne l’emporter sur moi en ardeur à vous rendre hommage et à vous aimer, ô ma très aimable Reine. C’est à quoi je m’engage, et c’est ce que j’espère tenir, avec votre assistance. Ainsi soit-il.

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