4e mystère douloureux
Le portement de Croix
Fruit du mystère : la fidélité


4e mystère douloureux : Le portement de la croix
Fruit du mystère : la patience et la persévérance dans les épreuves

Saint Laurent Justinien
L’arbre de vie ou les douze fruits de la foi
Chapitre 2

Comme la lumière est nécessaire aux yeux pour remplir leur destination, ainsi la persévérance est indispensable aux élus pour arriver au royaume du ciel. De même encore, celui qui ne persévère pas jusqu’à la fin, court et combat aussi vainement que celui qui ouvre les yeux dans les ténèbres. Afin donc d’inspirer à tous ceux qui servent Dieu et qui suivent la voie de ses commandements le courage de persévérer, je crois devoir dire ici quelques mots à la louange de cette vertu. Tout travail est allégé par l’appât et la considération du salaire. Or, la persévérance nous est recommandée d’abord et principalement par la promesse qui a été faite à ceux qui persévèrent, comme nous le voyons dans l’Apocalypse : Soyez fidèle jusqu’à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie. Aussi, n’est-il rien à quoi le démon s’attaque plus violemment qu’à la persévérance parce qu’il sait que c’est la seule vertu qui nous obtienne la couronne.

Les nombreux avantages qu’elle nous procure doivent aussi nous encourager à la pratiquer. D’abord, elle obtient tout ce qu’elle veut : témoin cet ami qui va trouver son ami au milieu de la nuit pour lui demander du pain. S’il continue à frapper, nous dit le Seigneur, je vous assure que quand l’autre ne lui en donnerait pas, parce qu’il est son ami, il se lèverait du moins à cause de son importunité et lui en donnerait autant qu’il en aurait besoin. Mais si l’homme accorde par lassitude ce que son semblable lui demande avec persévérance, à combien plus forte raison Dieu nous exaucera-l-il, lui qui, avec la plus grande libéralité, a coutume d’accorder ce qu’on lui demande. Comment rejetterait-il une prière persévérante lui qui, pour avoir lieu de nous donner gratuitement, nous exhorte à lui demander ; lui qui se plaint si nous ne lui demandons rien ? Comment refuserait-il quelque chose à ceux qui l’implorent avec persévérance, lui qui de lui-même donne à ceux qui ne lui demandent pas ? Comment enfin ne nous accorderait-il pas tout ce que nous lui demandons avec persévérance, lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré à la mort pour nous tous ?

Cette vertu rend faciles les choses les plus ardues. Si l’on passe subitement de l’ombre au soleil, du repos au travail, l’habitude lève les difficultés et rend bientôt facile ce qui au commencement avait paru impossible.

La persévérance ne laisse rien d’imparfait. Il n’est rien dont on ne vienne à bout par un travail opiniâtre et soutenu, par une attention et un soin persévérants. Ne voyons-nous pas des femmes d’un âge très avancé accomplir, à force de patience, des voyages longs et pénibles ? Ne voyons-nous pas l’eau qui est une substance molle finir par creuser le rocher le plus dur, en tombant constamment à la même place ?

C’est la persévérance seule qui obtient la récompense. Elle est la fille bien-aimée du souverain Roi, la fin des vertus et leur consommation ; sans elle, point de victoire pour le combattant, point de palme pour le vainqueur. C’est elle qui entretient nos mérites et nous mène à la récompense ; elle est la sœur de la patience, la fille de la constance, le lien de là charité, le boulevard de la sainteté. Sans elle, l’obéissance reste sans salaire, le bienfait sans reconnaissance, le courage sans honneur. C’est la seule vertu à qui l’éternité soit rendue, ou plutôt qui rende l’homme à l’éternité, puisque le Seigneur a dit : Celui-là seul qui aura persévéré jusqu’à la fin sera sauvé.

Sermon ~ La Genèse
06. L’homme est roi

Mes bien chers Frères,

Bien que le sujet soit surprenant, il est important, très important. Il s’agit des premières paroles adressées par Dieu à l’homme, il le fait roi et maître.

Ne nous étonnons pas que la Révolution s’attaque principalement à cette royauté de l’homme, elle sait ce qu’elle fait.

Aujourd’hui : l’homme est roi. La prochaine fois, comment nous devons exercer notre royauté dans la crise de l’Église et de la société.

Continuer la lecture de « Sermon ~ La Genèse
06. L’homme est roi  »

Ordination aux ordres mineurs du Frère Nicolas Marie

Le Frère Nicolas Marie recevra les ordres d’exorciste et d’acolyte des mains de Mgr Morgan dimanche prochain lors de la tournée de Monseigneur en Alsace. C’est la dernière étape avant le sous-diaconat. Nous le recommandons particulièrement à vos bonne prières.

Ci-dessous, un sermon de Mgr Lefebvre sur ce sujet.

N. B. Il n’y aura pas de chapelet en direct sur notre site jusqu’à lundi soir compris.

Ordinations au sous-diaconat et ordres mineurs
Sermon de Mgr Lefebvre

15 mars 1975

Mes chers amis,

Un bon nombre d’entre vous, vont recevoir une participation plus ou moins grande, plus ou moins importante, au sacrement de 1’ordre.

Ce sacrement institué par Notre Seigneur, est sans doute le plus sublime, le plus grand, le plus mystérieux, je dirai le plus divin, que Notre Seigneur ait institué. Et je suis persuadé qu’aujourd’hui, vous en êtes convaincus, par la préparation que vous avez eue, par la méditation que vous avez faite des textes de l’ordination, par les prières que vous avez adressées à Dieu tous les jours, dans cette chapelle, vous comprenez mieux la grandeur de ce sacrement. Et je suis persuadé aussi que vous vous en approchez avec joie sans doute, mais aussi un peu avec crainte et tremblement. Comme Moïse montant au Sinaï craignait de s’approcher de la présence de Dieu, vous aussi vous montez au Sinaï, vous aussi vous gravissez cette montagne vers laquelle et auprès de laquelle vous trouverez Dieu, vous trouverez Notre Seigneur Jésus-Christ : Emitte lucem tuam, et veritatem tuam : ipsa me deduxerunt, et adduxerunt in montem sanctum tuum, et in tabernacula tua : « Donnez-moi votre lumière, ô mon Dieu, donnez-moi votre vérité, afin que je monte à cet autel et que je gravisse les pentes de cette montagne où je pourrai entrer dans vos tabernacles ».

Continuer la lecture de « Ordinations au sous-diaconat et ordres mineurs
Sermon de Mgr Lefebvre  »

Sermon ~ La Genèse
05. L’homme à l’image de Dieu

Mes bien chers Frères,

Dieu après avoir béni les animaux — béni de simples animaux, vous vous rendez compte ! — achève son œuvre de façon merveilleuse : il crée l’homme à son image.

Dans ce sermon nous admirerons ce mystère de l’homme à l’image de Dieu. La semaine prochaine, nous découvrirons avec étonnement en quoi se trouve cette ressemblance.

Continuer la lecture de « Sermon ~ La Genèse
05. L’homme à l’image de Dieu  »

Pourquoi l’IA, c’est-à-dire la prétendue intelligence artificielle ?

Il ne peut pas y avoir d’intelligence artificielle, comme il ne peut pas y avoir d’amour ou d’amitié artificielle. Il faut bannir cette appellation de notre vocabulaire qui est celui de nos ennemis. Et ce n’est pas pour rien que le mondialisme veut nous imposer cette technique. La preuve dans une entrevue du Journal financier Investir du 9 août.

Continuer la lecture de « Pourquoi l’IA, c’est-à-dire la prétendue intelligence artificielle ? »

Sermon ~ Matt Talbot
Sortir de la dépendance du vice et vivre pour Dieu

Mes bien chers Frères,

Une lecture très intéressante, suivie d’une discussion non moins intéressante sur le devoir d’état, m’incite à vous donner ce sermon hors série.

Que les jeunes en profitent, il leur convient pleinement.

Je vous recommande de lire la courte biographie de Matt Talbot, pour vous et pour vos enfants. Nous l’avons rééditée elle est en vente à notre librairie.

Écouter le sermon

Dom Guéranger ~ L’Année Liturgique
6 août
Transfiguration de Notre Seigneur Jésus-Christ
 
 

Dom Guéranger ~ L’Année Liturgique
6 août
Transfiguration de Notre Seigneur Jésus-Christ

Ô Dieu qui, dans la glorieuse Transfiguration de votre Fils unique, avez confirmé par le témoignage des pères les mystères de la foi, et par la voix sortie de la nuée lumineuse avez admirablement signifié d’avance l’adoption parfaite des enfants ; rendez-nous dans votre miséricordieuse bonté les cohéritiers effectifs de ce Roi de gloire, en nous faisant participants de la même gloire qui resplendit en lui ». Noble formule, qui résume la prière de l’Église et nous donne sa pensée en cette fête de témoignage et d’espérance.

Or, il convient d’observer tout d’abord que la mémoire de la glorieuse Transfiguration s’est vue déjà représentée au Cycle sacré ; par deux fois, au deuxième dimanche de Carême et au samedi précédent, le récit en a passé sous nos yeux. Qu’est-ce à dire, sinon que la solennité présente a pour objet moins le fait historique déjà connu que le mystère permanent qui s’y rattache, moins la faveur personnelle qui honora Simon Pierre et les fils de Zébédée que l’accomplissement du message auguste dont ils furent alors chargés pour l’Église ? Ne parlez à personne de cette vision, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts[1]. L’Église, née du côté ouvert de l’Homme-Dieu sur la croix, ne devait point se rencontrer avec lui face à face ici-bas ; lorsque, ressuscité des morts, il aurait scellé son alliance avec elle dans l’Esprit-Saint envoyé pour cela des cieux, c’est de la foi seule que devait s’alimenter son amour. Mais, par le témoignage suppléant la vue, rien ne devait manquer à ses légitimes aspirations de connaître.

À cause de cela, c’est pour elle qu’un jour de sa vie mortelle encore, faisant trêve à la commune loi de souffrance et d’obscurité qu’il s’était imposée pour sauver le monde, il laissa son naturel écoulement à la gloire qui remplissait en lui l’âme bienheureuse. Le Roi des Juifs et des Gentils (Hymne des vêpres) se révélait sur la montagne où sa calme splendeur éclipsait pour jamais les foudres du Sinaï ; le Testament de l’alliance éternelle se déclarait, non plus dans la promulgation d’une loi de servitude gravée sur la pierre, mais dans la manifestation du Législateur lui-même, venant sous les traits de l’Époux[2] régner par la grâce et la beauté sur les cœurs[3]. La prophétie et la loi, qui préparèrent ses voies dans les siècles d’attente, Elie et Moïse, partis de points différents, se rencontraient près de lui comme des courriers fidèles au point d’arrivée ; faisant hommage au Maître commun de leur mission conduite à son terme, ils s’effaçaient devant lui à la voix du Père disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimés[4] ! Trois témoins, autorisés plus que tous autres, assistaient à cette scène solennelle : le disciple de la foi, celui de l’amour, et l’autre fils du tonnerre qui devait le premier sceller dans le sang la foi et l’amour apostoliques. Conformément à l’ordre donné et à toute convenance, ils gardèrent religieusement le secret du Roi[5], jusqu’au jour où celle qu’il concernait pût la première en recevoir communication de leurs bouches prédestinées.

Le six août fut-il ce jour à jamais précieux pour l’Église ? Plus d’un docteur des rites sacrés l’affirme[6]. Du moins convenait-il que le fortuné souvenir en fût de préférence célébré au mois de l’éternelle Sagesse, éclat de la lumière incréée, miroir sans tache de l’infinie bonté[7], c’est elle qui, répandant la grâce sur les lèvres du Fils de l’homme, en fait aujourd’hui le plus beau de ses frères[8], et dicte plus mélodieux que jamais au chantre inspiré les accents de l’épithalame : Mon cœur a proféré une parole excellente, c’est au Roi que je dédie mes chants[9].

Aujourd’hui, sept mois écoulés depuis l’Épiphanie manifestent pleinement le mystère dont la première annonce illumina de si doux rayons le Cycle à ses débuts ; par la vertu du septénaire ici à nouveau révélée, les commencements de la bienheureuse espérance[10] que nous célébrions alors, enfants nous-mêmes avec Jésus enfant, ont grandi comme l’Homme-Dieu et l’Église ; et celle-ci, établie dans l’inénarrable paix de la pleine croissance qui la donne à l’Époux[11], appelle tous ses fils à croître comme elle par la contemplation du Fils de Dieu jusqu’à la mesure de l’âge parfait du Christ[12]. Comprenons donc la reprise en ce jour, dans la Liturgie sainte, des formules et des chants de la glorieuse Théophanie. Lève-toi, Jérusalem ! sois illuminée ; car ta lumière est venue, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi[13]. C’est qu’en effet, sur la montagne, avec le Seigneur est glorifiée aussi l’Épouse, resplen­dis­sante elle-même de la clarté de Dieu[14].

Car tandis que « sa face resplendissait comme le soleil, dit de Jésus l’Évangile, ses vêtements devinrent blancs comme la neige ». Or ces vêtements, d’un tel éclat de neige, observe saint Marc, qu’il n’y a point de foulon qui puisse en faire d’aussi blancs sur la terre, que sont-ils sinon les justes, inséparables de l’Homme-Dieu et son royal ornement, sinon la robe sans couture qui est l’Église, et que la douce souveraine célébrée hier continue de tisser à son Fils de la plus pure laine, du plus beau lin qu’ait trouvés la femme forte[15] ? Aussi, bien que le Seigneur, ayant traversé le torrent de la souffrance[16], soit personnellement entré déjà sans retour dans sa gloire, le mystère de la radieuse Transfiguration ne sera complet qu’à l’heure où le dernier des élus, ayant lui-même passé par la préparation laborieuse du foulon divin[17] et goûté la mort, aura rejoint dans sa résurrection le chef adoré. Face du Sauveur, ravissement des cieux, c’est alors qu’en vous brilleront toute gloire, toute beauté, tout amour. Exprimant Dieu dans la directe ressemblance du Fils par nature, vous étendrez les complaisances du Père au reflet de son Verbe constituant les fils d’adoption, et se jouant dans l’Esprit-Saint jusqu’aux dernières franges du manteau qui remplit au-dessous de lui le temple[18].

D’après la doctrine de l’Ange de l’école, saint Thomas d’Aquin,[19] en effet, l’adoption des enfants de Dieu, qui consiste en une conformité d’image avec le Fils de Dieu par nature[20], s’opère en une double manière : d’abord par la grâce de cette vie, et c’est la conformité imparfaite ; ensuite par la gloire de la patrie, et c’est la conformité parfaite, selon cette parole de saint Jean : « Nous sommes dès maintenant les enfants de Dieu, et cependant ce que nous serons ne paraît pas encore ; nous savons que lorsque Jésus apparaîtra, nous lui serons semblables, parce que nous le verrons comme il est »[21].

La parole éternelle : Vous êtes mon Fils Je vous ai engendré aujourd’hui[22], a eu deux échos dans le temps, au Jourdain et sur le Thabor ; et Dieu, qui ne se répète jamais[23], n’a point en cela fait exception à la règle de ne dire qu’une fois ce qu’il dit. Car, bien que les termes employés dans les deux circonstances soient identiques, ils ne tendent pas au même but, dit toujours saint Thomas, mais à montrer cette manière différente dont l’homme participe à la ressemblance de la filiation éternelle. Au baptême du Seigneur, où fut déclaré le mystère de la première régénération, comme dans sa Transfiguration qui nous manifeste la seconde, la Trinité apparut tout entière : le Père dans la voix entendue, le Fils dans son humanité, le Saint-Esprit, d’abord en forme de colombe, ensuite dans la nuée éclatante ; car si, au baptême, il confère l’innocence qui est désignée par la simplicité de la colombe, dans la résurrection il donnera aux élus la clarté de la gloire et le rafraîchissement de tout mal, qui sont signifiés par la nuée lumineuse.

Mais, sans attendre le jour où notre désiré Sauveur renouvellera nos corps eux-mêmes conformément à la clarté glorieuse de son divin corps[24], ici-bas même déjà, le mystère de la radieuse Transfiguration s’opère en nos âmes. C’est de la vie présente qu’il a été écrit, et qu’aujourd’hui l’Église chante : Le Dieu qui fait briller la lumière au sein des ténèbres a resplendi dans nos cœurs, pour les éclairer de la science de la clarté de Dieu par la face du Christ Jésus[25]. Thabor, saint et divin mont qui rivalises avec les cieux[26], comment ne pas redire avec Pierre : il nous est bon d’habiter ton sommet ! Car ton sommet c’est l’amour, la charité, qui domine au milieu des vertus comme tu l’emportes en grâce, en hauteur, en parfums, sur les autres montagnes de Galilée qui virent aussi Jésus passer, parler, prier, accomplir des prodiges, mais ne le connurent pas dans l’intimité des parfaits. C’est après six jours, observe l’Évangile, et dès lors dans le repos du septième, qui déjà confine au huitième de la résurrection[27], que Jésus s’y révèle aux privilégiés répondant à son amour. Le royaume de Dieu est en nous[28] ; lorsque, laissant endormi tout souvenir des sens, nous nous élevons par l’oraison au-dessus des œuvres et soucis de la terre, il nous est donné d’entrer avec l’Homme-Dieu dans la nuée : là, contemplant directement sa gloire, autant que le comporte l’exil, nous sommes transformés de clarté en clarté par la puissance de son Esprit dans sa propre image[29].

« Donc, s’écrie saint Ambroise, gravissons la montagne ; supplions le Verbe de Dieu de se montrer à nous dans sa splendeur, dans sa beauté ; qu’il se fortifie, qu’il progresse heureusement, qu’il règne en nos âmes[30]. Car, mystère profond ! sur ta mesure, le Verbe décroît ou grandit en toi. Si tu ne gagnes ce sommet plus élevé que l’humaine pensée, la Sagesse ne t’apparaît pas ; le Verbe se montre à toi comme dans un corps sans éclat et sans gloire »[31].

Si la vocation qui se révèle pour toi en ce jour est à ce point grande et sainte[32], « révère l’appel de Dieu, reprend à son tour André de Crète : ne t’ignore pas toi-même, ne dédaigne pas un don si grand, ne te montre pas indigne de la grâce, ne sois pas si lâche en ta vie que de perdre ce trésor des cieux. Laisse la terre à la terre, et les morts ensevelir leurs morts[33] ; méprisant tout ce qui passe, tout ce qui s’éteint avec le siècle et la chair, suis jusqu’au ciel inséparablement le Christ qui fait route en ce monde pour toi. Aide-toi de la crainte et du désir, pour écarter la défaillance et garder l’amour. Donne toi tout entier ; sois souple au Verbe dans l’Esprit-Saint, pour la poursuite de cette fin bienheureuse et pure : ta déification, avec la jouissance d’inénarrables biens. Par le zèle des vertus, par la contemplation de la vérité, par la sagesse, arrive à la Sagesse, principe de tout et en laquelle subsistent toutes choses »[34].

La fête de la Transfiguration remonte aux temps les plus reculés chez les Orientaux. Elle est, chez les Grecs, précédée d’une vigile et suivie d’une octave ; et l’on s’y abstient des œuvres serviles, du commerce et des plaidoiries. Sous le gracieux nom de rose-flamme, on la voit dès le commencement du IVe siècle, en Arménie, supplanter Diane et sa fête des fleurs par le souvenir du jour où la rose divine entrouvrit un moment sur terre sa corolle brillante. Précédée d’une semaine entière de jeûnes, elle compte parmi les cinq principales du Cycle arménien, où elle donne son nom à l’une des huit sections de l’année. Bien que le Ménologe de cette Église l’indique au six août comme celui des Grecs et le Martyrologe romain, elle y est cependant célébrée toujours au septième dimanche après la Pentecôte, et par un rapprochement plein de profondeur, on y fête au samedi qui précède l’Arche de l’alliance du Seigneur, figure de l’Église.

En Occident, les origines de la fête de ce jour sont moins faciles à déterminer. Mais les auteurs qui reculent son introduction dans nos contrées jusqu’à l’année 1457, où en effet Calliste III promulgua de précepte un Office nouveau de cette solennité enrichi d’indulgences, n’ont pas vu que le Pontife en parle comme d’une fête déjà répandue et, dit-il, « populairement appelée du Sauveur ». On ne peut nier toutefois qu’à Rome principalement, la célébrité de la fête plus ancienne de Sixte II, et sa double station aux deux cimetières qui avaient recueilli séparément les reliques du pontife martyr et de ses compagnons, n’ait nui longtemps à l’acceptation au même jour d’une autre solennité, fût-ce celle de la Transfiguration. Quelques églises même, tournant la difficulté, choisirent une autre date de l’année que le six août pour honorer le mystère. Par une marche semblable à celle que nous constations hier pour Notre-Dame-des-Neiges, la fête de la Transfigu­ration devait s’étendre plus ou moins privément, avec Offices et Messes de composition variée, jusqu’au jour où l’autorité suprême interviendrait pour sanctionner[35] et ramener à l’unité cette expression de la piété des diverses églises. Calliste III crut l’heure venue de consacrer sur ce point le travail des siècles ; il fit de l’insertion solennelle et définitive de cette fête de triomphe au calendrier universel le monument de la victoire qui arrêta sous les murs de Belgrade, en 1456, la marche en avant de Mahomet II, vainqueur de Byzance, contre la chrétienté.

Mais au IXe siècle déjà, sinon plus tôt, les documents liturgiques, martyrologes et autres, fournissent la preuve qu’elle était en possession d’une solennité plus ou moins grande ou d’une mémoire en divers lieux. Au XIIe, Pierre le Vénérable, sous le gouvernement duquel Cluny prit possession du Thabor, statue que « dans tous les monastères ou églises appartenant à son Ordre, la Transfiguration sera fêtée avec le même degré de solennité que la Purification de Notre-Dame » ; et la raison qu’il en donne, outre la dignité du mystère, est « l’usage ancien ou récent de beaucoup d’églises par le monde, qui célèbrent la mémoire de la dite Transfiguration avec non moins d’honneur que l’Épiphanie et l’Ascension du Seigneur ».

Sicard de Crémone s’exprime ainsi dans son Mitrale : « Nous célébrons la Transfiguration du Seigneur au jour de saint Sixte ». N’était-ce pas indiquer assez que si la fête de ce dernier continuait toujours de donner son nom traditionnel au 8 des ides d’août, elle n’empêchait pas que déjà une solennité nouvelle, et plus grande même, ne prît place à côté de la première, en attendant qu’elle l’absorbât dans ses puissants rayons ? Car il ajoute : « C’est pourquoi en ce même jour, la Transfiguration se rapportant à l’état qui doit être celui des fidèles après la résurrection, on consacre le sang du Seigneur avec du vin nouveau, s’il est possible d’en avoir, afin de signifier ce qui est dit dans l’Évangile : Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’à ce que je le boive nouveau avec vous dans le royaume de mon Père[36]. Si l’on ne peut s’en procurer, qu’on pressure au moins dans le calice un peu de raisin arrive à maturité, ou qu’on bénisse des grappes qui soient partagées au peuple ».

L’auteur du Mitrale mourut en 1215. Or il ne fait que reprendre ici l’explication déjà donnée dans la seconde moitié du siècle précédent par Jean Beleth, recteur de l’Université de Paris. Les paroles de l’évêque de Crémone et du recteur de Paris montrent que Durand de Mende, exposant la même interprétation symbolique à la fin du XIIIe siècle, est en cela l’écho d’une tradition plus ancienne que son temps.

L’ancien Office de la fête a été conservé par saint Pie V, sauf les leçons du premier et du deuxième nocturne qui étaient tirées d’Origène, et les trois Hymnes des Vêpres, des Matines et des Laudes, rappelant quelque peu la facture des Hymnes correspondantes du Très-Saint Sacrement.

Hymne des Vêpres et de Laudes

L’Hymne actuelle des Vêpres et des Matines, est empruntée au beau chant de Prudence sur l’Épiphanie, dans son Cathemerinon.

O vous qui cherchez le Christ, levez les yeux en haut ; là, vous apercevrez le signe de son éternelle gloire.

La lumière qui éclate manifeste Celui qui ne connaît pas de terme, le Dieu sublime, immense, sans limites, dont la durée précède celle du ciel et du chaos. 

Il est le Roi des nations, le Roi du peuple judaïque ; il fut promis au Patriarche Abraham et à sa race, dans les siècles. 

Les Prophètes sont ses témoins, et sous leur propre garantie, témoin lui-même, le Père nous ordonne de l’écouter et de le croire. 

Jésus, gloire soit à vous qui vous révélez aux petits, à vous avec le Père et l’Esprit-Saint dans les siècles éternels. Amen.

À Matines

Deuxième nocturne    
Sermon de saint Léon, pape

Le Seigneur découvre sa gloire devant les témoins qu’il a choisis ; et cette forme corporelle, qui lui est commune avec le reste des hommes, il la fait briller d’une telle splendeur, que « son visage est éblouissant comme le soleil, et son vêtement aussi blanc que la neige ». Dans cette transfiguration, il avait sans doute pour but principal d’ôter du cœur de ses disciples le scandale de la croix, et de faire que l’ignominie volontaire de sa mort ne pût déconcerter ceux devant qui se serait découverte l’excellence de sa dignité cachée. Mais il n’avait pas moins en vue de fonder l’espérance de la sainte Église : en sorte que le corps entier du Christ, ayant connu quelle transformation lui était réservée, chacun des membres pût se promettre de partager la gloire dont le chef aurait brillé par avance.

Mais voulant affermir les Apôtres et les élever à une science parfaite, le Seigneur renferma encore une autre instruction dans ce miracle. Car Moïse et Élie, autrement la Loi et les Prophètes, apparurent s’entretenant avec lui. Cette réunion de cinq personnes accomplissait très exactement ce que dit l’Écriture : « Sur la parole de deux ou trois témoins, tout est avéré ». Quoi de mieux établi, quoi de plus certain qu’une chose que la trompette de l’ancien Testament et celle du nouveau annoncent de concert, qu’une chose au sujet de laquelle les instruments des témoignages antiques s’accordent avec la doctrine évangélique ? En effet, les livres des deux alliances s’accordent parfaitement ensemble : et celui qu’autrefois les figures avaient annoncé sous le voile de leurs mystères, se montre aujourd’hui à découvert dans la splendeur de sa gloire.

Animé donc par ces révélations de choses mystérieuses, l’Apôtre Pierre, tout au mépris du monde et au dégoût de la terre, se laisse emporter hors de lui-même jusqu’au ravissement des désirs éternels ; et rempli de joie par tout ce qu’il a devant lui, il ne demande plus qu’à demeurer avec Jésus en ce lieu où le délecte la manifestation de sa gloire. C’est ce qui lui fait dire : « Seigneur, il nous est bon d’être ici ; si vous voulez, dressons‑y trois tentes, une pour vous, une pour Moïse, une pour Élie ». Mais le Seigneur ne répondit pas à cette proposition de Pierre, lui marquant ainsi que son souhait, sans être mauvais, n’était pas dans l’ordre, puisque le monde ne pouvait être sauvé que par la mort du Christ. C’était aussi pour amener la foi des croyants à comprendre qu’au milieu des tentations de cette vie, si l’on ne doit jamais douter des promesses de la béatitude, il faut néanmoins demander la patience plutôt que la gloire.

Troisième nocturne    
Homélie de saint Jean Chrysostome

Le Seigneur avait beaucoup parlé de périls à ses disciples, beaucoup aussi de sa passion et de sa mort : il leur avait souvent prédit qu’on les ferait mourir eux-mêmes, et leur avait enjoint bien des choses austères et difficiles. Or ces maux étaient pour la vie présente, et pour un temps déjà tout proche ; tandis qu’au contraire, ce qu’il leur annonçait d’heureux, à savoir, qu’en perdant leur vie ils sauveraient leurs âmes ; que lui-même viendrait en la gloire de son Père leur décerner des récompenses : tout cela n’était qu’en espérance et en expectative. Voulant donc affermir leur certitude au moyen de la vue, et leur montrer ce qu’est la gloire avec laquelle il doit revenir, il leur découvre et leur manifeste cette gloire, autant qu’ils sont capables de la contempler en ce monde, de manière à les empêcher, tous, et surtout Pierre, de s’attrister trop de leur mort et de celle de leur Maître.

Et voyez comment procède notre Seigneur, en parlant aux siens du royaume et de la géhenne. Par ces mots : « Celui qui trouve son âme la perdra, et quiconque la perd à cause de moi la trouvera » ; et par ceux-ci : « Il rendra à chacun selon ses œuvres » ; Jésus-Christ a fait allusion, et au royaume et à la géhenne. Après donc avoir ainsi parlé de l’un et de l’autre, il permet de jeter les yeux sur le royaume, mais il ne fait point voir la géhenne, parce que cela n’eût été nécessaire qu’à l’égard des hommes très grossiers et des plus igno­rants ; tandis que pour les Apôtres qui étaient vertueux et perspi­caces, il suffisait de les affermir par la vue de choses meilleures. Cela convenait aussi beaucoup mieux au Seigneur lui-même. Toutefois il n’a pas absolument écarté l’autre moyen, et quelquefois il met, on peut dire, devant les yeux, l’horrible tableau de la géhenne, comme en retraçant l’histoire de Lazare, et en nous parlant du créancier qui réclame cent deniers.

Quant à vous, remarquez la philosophie de saint Matthieu, qui n’a point passé sous silence les noms des Apôtres qui lui furent préférés. Saint Jean a agi de même ; car très souvent, il raconte avec beaucoup de fidélité et de soin ce qui est spécialement à la gloire de Pierre. C’est que, dans cette communauté des Apôtres, la jalousie et la vaine gloire n’avaient aucune place. Jésus donc prit à part les premiers d’entre les Apôtres. Pourquoi n’emmena-t-il qu’eux seuls ? Apparemment parce qu’ils se distinguaient de tous les autres. Et pourquoi n’a‑t-il fait cela qu’au bout de six jours et non point sur-le-champ ? Afin que les autres disciples ne fussent pas agités de sentiments humains ; c’est pourquoi il n’a pas non plus nommé ceux qu’il devait prendre avec lui.

Autres liturgies

Adam de Saint-Victor a aussi chanté le glorieux mystère.

Séquence

Réjouissons-nous en allégresse
et fêtons dévotement
ces saintes solennités ;
qu’à l’honneur du souverain Dieu
la louange du présent jour
retentisse en l’Église.

Le Christ en ce jour fortuné
donna les signes
manifestes de sa gloire ;
qu’il soit en aide
et nous remplisse de sa grâce,
afin que nous puissions le redire !

Le Christ donc, le Dieu fort,
qui donne la vie, qui dompte la mort,
le véritable soleil de justice,
transfiguré au sommet du Thabor,
glorifie aujourd’hui la chair
qu’il reçut de la Vierge.

Oh ! Qu’heureux est des bons le partage !
Car telle sera la résurrection
des bienheureux.
Comme brille le soleil en sa pleine lumière,
ainsi, au témoignage de l’Évangile,
brilla le visage du Dieu homme.

L’éclat aussi de son sacré vêtement
attesta sa divinité
et la future gloire.
Admirable et sublime honneur !
Admirable, ô Dieu, plus que tout est
la vertu de votre puissance.

Et lorsque le Christ, vertu de Dieu,
devant Pierre et les fils de Zébédée,
manifestait pleinement
la gloire de sa majesté,
voici qu’apparaissent, dit saint Luc,
Moïse et Élie.

Nous apprenons de saint Matthieu
qu’ils étaient vus parlant à Dieu,
au Fils du Dieu Père :
chose vraiment sainte et vraiment digne,
parler à Dieu ! chose bonne
et pleine de toute joie.

Grande est la gloire de ce jour
que consacre la voix de Dieu,
insigne est son honneur !
une nuée les couvrit de lumière,
et la voix du Père proclama :
« C’est là mon Fils ».

« Écoutez sa voix ;
car il a les paroles de la vie,
par sa parole il peut toutes choses ».

C’est là le Christ, le roi de tous,
salut du monde, lumière des Saints,
lumière éclairant toutes choses.

C’est là le Christ, Verbe du Père,
par qui finit le droit cruel
qu’eut contre nous l’ennemi méchant,
l’odieux serpent qui,
pénétrant Ève de son poison,
fut notre perte.

Le Christ qui en mourant nous guérit,
en ressuscitant rétablit
la vie et condamna
la tyrannie de la mort.

C’est là lé Christ, éternelle Paix,
gouvernant hauteurs et abîmes,
à qui des cieux la voix du Père
rend témoignage.

À cette voix sont troublés
les trois Pères nommés plus haut ;
quand retentit cette parole,
ils sont prosternés en terre.

Au signe du Christ enfin ils se relèvent,
regardent attentivement tout autour,
quand soudain Jésus
seul est en vue.

Voulant que ces faits fussent secrets,
le Christ ne permit point qu’on les racontât,
avant que, réparateur de la vie,
triomphateur de l’ennemi de la vie,
la mort vaincue, il fut ressuscité.

Tel est ce jour digne de louange
où s’opèrent tant de saints prodiges ;
que le Christ, splendeur de Dieu le Père,
par la prière sainte de sa mère
nous délivre de la mort.

À vous, ô Père, à vous, ô Fils,
à vous, Esprit-Saint,
soient avec puissance souveraine
la louange et l’honneur qui sont dus !
Amen.

Les Ménées des Grecs nous donneront ces strophes de saint Jean Damascène.

Ménées, Matines du six août

Toi qui de tes invisibles mains as formé l’homme à ton image, ô Christ, dans ton humanité tu as montré la beauté archétype, non comme en une image, mais l’étant toi-même substantiellement, ensemble homme et Dieu.

Quel redoutable et grand spectacle en ce jour ! du ciel le soleil qui affecte les sens, d’ici-bas le soleil spirituel de justice, incomparable, brillent au mont Thabor.

De tous les rois le plus beau, de tous les souverains le seigneur, bienheureux prince, habitant une inaccessible lumière, à toi hors d’eux-mêmes les disciples criaient : Enfants, bénissez-le ; chantez-le, prêtres ; peuple, exaltez-le dans tous les siècles.

À toi, en tant que seigneur du ciel, roi de la terre, maître des souter­raines demeures, ô Christ, firent cortège : représentants de la terre, les Apôtres ; du ciel, Élie de Thesbé ; des morts, Moïse : ils chantaient sans fin : Enfants, bénissez-le ; chantez-le, prêtres ; peuple, exaltez-le dans tous les siècles.

Laissant à la terre ses vaines préoccupations, ô ami des hommes, l’élite des Apôtres t’a suivi loin de la terre vers la divine cité ; aussi, admis à bon droit à voir ta divine manifestation, ils chantaient : Enfants, bénissez-le ; chantez-le, prêtres ; peuple, exaltez-le dans tous les siècles.

Venez, peuples, écoutez-moi, gravissons la sainte, la céleste montagne ; rejetant la matière, comportons-nous en citoyens de la cité du Dieu vivant, et par l’âme contemplons la divinité immatérielle du Père et de l’Esprit qui éclate dans le Fils unique.

Tu m’as fasciné de désir, ô Christ, et enivré de ton divin amour ; mais brûle d’un feu immatériel mes péchés et rends-moi digne de me rassasier des délices qui sont en toi, afin que j’exalte dans l’allégresse, ô très bon, tes deux avènements.

Il convient d’emprunter aussi quelques accents à l’Église d’Arménie qui célèbre ce jour avec tant de solennité.

Liturgie arménienne, Transfiguration du Seigneur

Lumière intelligible, nous vous glorifions, vous qui, transfiguré sur la montagne, avez montré votre vertu divine.

Or, cette ineffable Lumière de divinité, ton sein bienheureux l’a portée, Marie Mère et Vierge : nous te louons et bénissons.

Le chœur des Apôtres tremble à la vue de la Lumière amoindrie ; en toi pleinement a résidé le feu divin, Marie Mère et Vierge : nous te louons et bénissons.

Une nuée lumineuse s’étend au-dessus des Apôtres ; en toi, sainte Mère de Dieu, se répand l’Esprit-Saint, vertu du Très-Haut, te couvrant de son ombre : nous te louons et bénissons.

O Christ, notre Dieu, faites qu’avec Pierre et les fils de Zébédée, nous soyons dignes de votre divine vision.

Par delà les monts de cette terre enlevez-nous au tabernacle intelligible plus élevé que les cieux.

Elles tressaillent aujourd’hui les montagnes de Dieu allant au-devant du Créateur, les troupes des Apôtres et des Prophètes associés aux monts éternels.

La montagne de Sion, l’Épouse du Roi immortel, est aujourd’hui dans la joie, à la vue du céleste Époux paré de lumière en la gloire du Père.

Aujourd’hui la branche de Jessé a fleuri sur le Thabor.

Aujourd’hui s’exhale le parfum de l’immortalité, enivrant les disciples.

Nous vous bénissons, consubstantiel au Père, vous qui venez sauver le monde.

Terminons, en adressant à Dieu cette prière du Missel ambrosien.

Prière sur le Suaire

Nous vous en prions, Seigneur, éclairez votre peuple, et que la splendeur de votre grâce embrase toujours nos cœurs ; afin que par la vertu de la gloire du Sauveur du monde, lumière éternelle, le mystère manifesté dans cette tête se révèle toujours plus et croisse en nos âmes. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur.


[1] S. Mt 17, 9

[2] Basil. Seleuc. Oratio XL, 3, in Transfig Dom.

[3] Ps 44, 5

[4] S. Mt 17 ; S. Mc 9 ; S. Lc 9 ; 2 P 1

[5] Tobie 12, 7

[6] Sicard. Cremon. Mitrale, 9, 38 ; Beleth. Rationale, 144 ; Durand. 7, 22 ; etc.

[7] Alleluia, Sag 7, 26

[8] Graduel

[9] Graduel

[10] Léon, Sermon 2, 4 sur l’Épiphanie

[11] Cant 8, 10

[12] Eph 4, 13

[13] Matines, 1er répons, Is. 60, 1

[14] Apoc 21, 11

[15] Prov 31, 13

[16] Ps 109, 7

[17] Mal 3, 2

[18] Is 6, 9

[19] S. Th. III q 45 a 4

[20] Rm 8, 2930

[21] 1 Jo 3,2

[22] Ps 2, 7

[23] Jon 33, 14

[24] Capitule de Vêpres et de Laudes, Phil 3, 2021

[25] Huitième Répons des Matines, 2 Cor 4, 6.

[26] S. Jean Damasc. Oratio in Transfig

[27] S. Mt 17, 1 ; S. Mc 9, 1 ; Lc 9, 28.

[28] S. Lc 17, 11

[29] Capitule de sexte, 2 Cor 3, 18

[30] Ps 44

[31] Ambr. in Luc liv.7, 12

[32] Septième Répons des Matines, 2 Tim 1, 910

[33] S. Mt 8, 22

[34] Col 1, 1617

[35] Sanctionner : reconnaître, approuver

[36] S. Mt 26, 29

14 août
Vigile de l’Assomption

Dom Guéranger ~ L’Année liturgique
14 août
Vigile de l’Assomption

Demeurée sur terre après l’Ascension pour donner le jour à l’Église de son Fils, Marie ne pouvait voir éterniser son exil ; elle ne devait cependant gagner à son tour les cieux que lorsque ce nouveau fruit de sa maternité aurait pris d’elle la croissance et l’affermissement qui relèvent d’une mère. Dépendance d’ineffable suavité pour l’Église ! Notre Seigneur, en se faisant fils de Marie en avait assuré le bienheureux privilège à ses membres : « Le Christ suça vos mamelles de chair pour que vous nourrissiez des biens spirituels ! » (Richard de Saint Victor, in Cant. cap. 23) Comme nous vîmes, au temps de Noël, le Dieu fait homme porté le premier dans les bras de celle qui l’avait mis au monde, puisant ses forces, alimentant sa vie au sein virginal : ainsi donc le corps mystique de cet Homme-Dieu, la sainte Église, fut pour Marie dans ses premières années l’objet des mêmes soins dont elle avait entouré l’enfance de l’Emmanuel.

Comme autrefois Joseph à Nazareth, Pierre maintenant gouvernait la maison de Dieu ; mais Notre-Dame n’en était pas moins pour l’assemblée fidèle la source de la vie dans l’ordre du salut, comme jadis elle l’était pour Jésus dans son être humain. Au jour de la Pentecôte féconde, nul don de l’Esprit-Saint qui, comme l’Esprit lui-même, ne se fût reposé en elle premièrement et dans la plénitude ; nulle grâce communiquée aux privilégiés du cénacle, qui ne demeurât plus éminente, plus abondante au béni réservoir. Le fleuve sacré inonde comme un torrent la cité de Dieu ; mais c’est que le Très-Haut a d’abord sanctifié celle qui fut son temple (Ps. 45, 5), et qu’il en a fait le puits des eaux vives qui coulent avec impétuosité du Liban (Cant. 4, 15).

Elle-même, en effet, l’éternelle Sagesse se compare dans l’Écriture aux eaux débordantes (Eccli. 24, 3546) ; à cette heure, la voix de ses messagers parcourt le monde pleine de magnificence comme la voix du Seigneur sur les grandes eaux, comme le tonnerre qui révèle sa force et sa majesté (Psalm. 28) : déluge nouveau renversant les remparts de la fausse science, réduisant toute hauteur qui s’élève contre Dieu (2 Cor. 10, 46), fertilisant le désert (Is. 35). O fontaine des jardins (Cant. 4, 15), qui dans le même temps vous cachez en Sion si calme et si pure, le silence qui vous garde ignorée des profanes (Is. 8, 6) voile à leurs yeux souillés la dérivation de ces flots portant le salut aux plus lointaines plages de la gentilité. À vous pourtant, comme à la Sagesse sortie de vous elle-même, s’applique l’oracle où elle dit : C’est de moi que sortent les fleuves (Eccli. 24, 40). À vous s’abreuve l’Église naissante, altérée du Verbe. Fontaine et soleil, disait l’Esprit-Saint parlant d’Esther votre figure, fleuve qui se transforme en lumière sans cesser de répandre ses eaux (Esth. 10, 6) ! les Apôtres, à l’âme inondée de la divine science, reconnaissent en vous la source plus riche qu’eux tous, qui, ayant donné une fois au monde le Seigneur Dieu, continue d’être pour eux-mêmes le canal de sa grâce et de sa vérité.

Comme une montagne élargit sa base en raison de l’altitude où se perd son sommet, l’incomparable dignité de Marie s’élevait sur une humilité chaque jour croissante. Ne croyons pas pourtant que le rôle d’intermédiaire silencieux des faveurs du ciel fût le seul alors de cette mère des Églises. L’heure était venue pour elle de communiquer aux amis de l’Époux les ineffables secrets que son âme virginale avait seule connus ; et quant aux faits publics de l’histoire du Sauveur, quelle mémoire plus sûre, plus complète que la sienne, quelle intelligence plus profonde des mystères du salut, pouvait fournir aux évangélistes du Dieu fait chair l’inspiration et la trame de leurs sublimes récits ? Comment au reste, en toute entreprise, les chefs du peuple chrétien n’eussent‑ils point consulté la céleste prudence de celle dont nulle erreur ne pouvait obscurcir le jugement, pas plus qu’aucune faute n’en pouvait ternir l’âme ? Aussi, bien que sa douce voix (Cant. 4, 3) ne retentît jamais au dehors (Isaï. 42, 2), bien qu’elle se complût dans l’ombre de la dernière place aux assemblées (Act. 1, 14), Marie fut vraiment dès lors, ainsi qu’observent les docteurs, le fléau de l’hérésie, la maîtresse des Apôtres et leur inspiratrice aimée.

« Si l’Esprit instruisait les Apôtres, on ne doit pas en conclure qu’ils n’eussent point à recourir au très suave magistère de Marie, dit Rupert (Rupert. in Cant. 1). Bien plutôt, déclare-t-il, sa parole était pour eux la parole de l’Esprit lui-même ; elle complétait et confirmait les inspirations reçues par chacun de Celui qui divise ses dons comme il veut (1 Cor. 12, 11). » Et l’illustre évêque de Milan, saint Ambroise, rappelant le privilège du disciple bien‑aimé à la Cène, n’hésite pas à reconnaître aussi dans l’intimité plus persévérante de Jean avec Notre-Dame, qui lui fut confiée, la raison de l’élévation plus grande de ses enseigne­ments : « Ce bien-aimé du Seigneur, qui sur sa poitrine avait puisé aux profondeurs de la Sagesse, je ne m’étonne pas qu’il se soit expliqué des mystères divins mieux que tous autres, lui pour qui demeurait toujours ouvert en Marie le trésor des secrets célestes (Ambr. De instit. virg. 7) ».

Heureux les fidèles admis à contempler dans ces temps l’arche de l’alliance où, mieux que sur des tables de pierre, résidait et vivait la plénitude de la loi d’amour ! Tandis que la verge du nouvel Aaron, le sceptre de Simon Pierre, gardait près d’elle sa force verdoyante, à son ombre aussi la vraie manne des cieux restait accessible aux élus du désert de ce monde. Denys d’Athènes, Hiérothée, que nous retrouverons bientôt de compagnie près de l’arche sainte, combien d’autres, venaient aux pieds de Marie se reposer du chemin, s’affermir en l’amour, consulter le propitia­toire auguste où la Divinité s’était reposée ! Des lèvres de la divine Mère ils recueillaient ces oracles plus doux que le lait et le miel (Cant. 4, 11), pacifiant l’âme, ordonnant toute vie, rassasiant leurs très nobles intelligences des clartés des cieux. C’est bien à ces privilégiés du premier âge, que s’applique la parole de l’Époux achevant dans ces années bénies la moisson du jardin fermé qui fut Notre-Dame : J’ai moissonné ma myrrhe et mes parfums, j’ai mangé le miel avec son rayon, j’ai bu le vin avec le lait ; mangez, mes amis, et buvez ; enivrez-vous, mes très chers (Cant. 5, 1).

Comment s’étonner que Jérusalem, favorisée d’une si auguste présence, ait vu l’assemblée des premiers fidèles s’élever unani­mement par delà l’observation des préceptes à la perfection des conseils ? Ils persévéraient d’une seule âme en la prière, louant Dieu en toute simplicité de cœur et allégresse, aimables à tous (Act. 2, 4247 ; 4, 3235). Communauté fortunée qui ne pouvait que présenter l’image du ciel sur la terre, ayant pour membre la Reine des cieux ; le spectacle de sa vie, son intercession toute-puissante, ses mérites plus vastes que tous les trésors réunis des saintetés créées, étaient la part de contribution que Marie apportait à cette famille bénie où tout était commun à tous, dit l’Esprit-Saint.

De la colline de Sion, cependant, l’Église a étendu ses rameaux sur toute montagne et sur toute mer (Ps. 79, 1012) ; la vigne du Roi pacifique est en plein rapport au milieu des nations (Cant. 8, 11) : l’heure est venue de la laisser pour la durée des siècles aux vignerons qui doivent la garder pour l’Époux (Ibid. 1112). Instant solennel, où va s’ouvrir une nouvelle phase dans l’histoire du salut. O vous qui habitez dans les jardins, les amis en suspens prêtent l’oreille ; faites-moi entendre votre voix (Cant. 8, 13). C’est l’Époux, c’est l’Église de la terre et celle des cieux, attendant de la céleste jardinière à qui la vigne doit d’avoir affermi ses racines un signal semblable à celui qui autrefois fit descendre l’Époux. Mais les cieux vont l’emporter aujourd’hui sur la terre. Fuyez, mon bien-aimé (Ibid. 14) ; c’est la voix de Marie qui va suivre les traces embaumées du Seigneur son Fils, pour gagner les montagnes éternelles où l’ont précédée ses propres parfums.

Autres liturgies

Entrons dans les sentiments de la sainte Église, qui se dispose, par l’abstinence et le jeûne de ce jour de Vigile, à célébrer le triomphe de Marie. L’homme ne peut trouver quelque assurance à s’unir d’ici-bas aux joies de la patrie, qu’en se rappelant d’abord qu’il est pécheur et débiteur à la justice de Dieu. La tâche bien légère qui nous est imposée aujourd’hui le paraîtra plus encore, si nous la rapprochons du Carême par lequel les Grecs se préparent depuis le premier de ce mois à fêter Notre-Dame.

Oraison

Dieu qui avez daigné choisir l’enceinte virginale de la bienheureuse Marie pour en faire votre demeure ; accordez à nos prières que, en sécurité sous sa protection, nous prenions part dans la joie aux allégresses de sa solennité. Vous qui vivez.

À cette Collecte du jour de Vigile ajoutons, comme la sainte Liturgie, la mémoire d’un saint Confesseur dont l’emprisonne­ment et les souffrances à Rome, au temps des Ariens, firent presque l’égal des Martyrs. Honoré d’une église dans la Ville éternelle, Eusèbe a droit aux hommages du monde.

Oraison

O Dieu qui nous réjouissez par la solennité annuelle du bienheureux Eusèbe, votre Confesseur ; accordez-nous miséricordieusement de marcher vers vous sur les traces de celui dont nous célébrons la naissance au ciel. Par Jésus-Christ.