L’Année liturgique ~ Le quatrième dimanche après la Pentecôte
Le quatrième Dimanche après la Pentecôte fut longtemps appelé en Occident le Dimanche de la Miséricorde, Continuer la lecture de « 4e dimanche après la Pentecôte »

La Fidélité Catholique
Le quatrième Dimanche après la Pentecôte fut longtemps appelé en Occident le Dimanche de la Miséricorde, Continuer la lecture de « 4e dimanche après la Pentecôte »
Nous avons eu connaissance du mail suivant de M. l’abbé Rousseau.
De: « Dominique Rousseau » <…>
Envoyé: Vendredi 23 Juin 2017 08:37:24
Objet: ma mutation Continuer la lecture de « Mutation de M. l’abbé Rousseau, suite… »
Mes bien chers Frères,
Dans mon sermon pour la fête du Sacré-Cœur de Jésus, Continuer la lecture de « Sermon du Sacré-Cœur de Jésus »
Dans son bulletin Apostol de juillet, M. l’abbé Rousseau écrit :
« …Avant d’achever ces mots, je vous fais part, bien chers fidèles, de mon départ prochain du Prieuré. Continuer la lecture de « Au tour de M. l’abbé Rousseau d’être « cassé » »
Un nouveau rayon brille au ciel de la sainte Église, et vient échauffer nos cœurs. Le Maître divin donné par le Christ à nos âmes, l’Esprit Paraclet descendu sur le monde, poursuit ses enseignements dans la Liturgie sacrée. La Trinité auguste, révélée tout d’abord à la terre en ces sublimes leçons, a reçu nos premiers hommages ; nous avons connu Dieu dans sa vie intime, pénétré par la foi dans le sanctuaire de l’essence infinie. Puis, d’un seul bond, l’Esprit impétueux de la Pentecôte (Act. 2, 2), entraînant nos âmes à d’autres aspects de la vérité qu’il a pour mission de rappeler au monde (s. Jean 14, 26), les a laissées un long temps prosternées au pied de l’Hostie sainte, mémorial divin des merveilles du Seigneur (Psalm. 110, 4). Aujourd’hui c’est le Cœur sacré du Verbe fait chair qu’il propose à nos adorations.
Partie noble entre toutes du corps de l’Homme-Dieu, le Cœur de Jésus méritait, en effet, au même titre que ce corps adorable, l’hommage réclamé par l’union personnelle au Verbe divin. Mais si nous voulons connaître la cause du culte plus spécial que lui voue la sainte Église, il convient ici que nous la demandions de préférence à l’histoire de ce culte lui-même et à la place qu’occupe au Cycle sacré la solennité de ce jour.
Un lien mystérieux réunit ces trois fêtes de la très sainte Trinité, du Saint-Sacrement et du Sacré-Cœur. Le but de l’Esprit n’est pas autre, en chacune d’elles, que de nous initier plus intimement à cette science de Dieu par la foi qui nous prépare à la claire vision du ciel. Nous avons vu comment Dieu, connu dans la première en lui-même, se manifeste par la seconde en ses opérations extérieures, la très sainte Eucharistie étant le dernier terme ici-bas de ces opérations ineffables. Mais quelle transition, quelle pente merveilleuse a pu nous conduire si rapidement et sans heurt d’une fête à l’autre ? Par quelle voie la pensée divine elle-même, par quel milieu la Sagesse éternelle s’est-elle fait jour, des inaccessibles sommets où nous contemplions le sublime repos de la Trinité bienheureuse, à cet autre sommet des Mystères chrétiens où l’a portée l’inépuisable activité d’un amour sans bornes ? Le Cœur de l’Homme-Dieu répond à ces questions, et nous donne l’explication du plan divin tout entier.
Nous savions que cette félicité souveraine du premier Être, cette vie éternelle communiquée du Père au Fils et des deux à l’Esprit dans la lumière et l’amour, les trois divines personnes avaient résolu d’en faire part à des êtres créés, et non seulement aux sublimes et pures intelligences des célestes hiérarchies, mais encore à l’homme plus voisin du néant, jusque dans la chair qui compose avec l’âme sa double nature. Nous en avions pour gage le Sacrement auguste où l’homme, déjà rendu participant de la nature divine par la grâce de l’Esprit sanctificateur, s’unit au Verbe divin comme le vrai membre de ce Fils très unique du Père. Oui ; « bien que ne paraisse pas encore ce que nous serons un jour, dit l’Apôtre saint Jean, nous sommes dès maintenant les fils de Dieu ; lorsqu’il se montrera, nous lui serons semblables (1 s. Jean 3, 2), » étant destinés à vivre comme le Verbe lui-même en la société de ce Père très-haut dans les siècles des siècles (Ibid. 1, 3).
Mais l’amour infini de la Trinité toute-puissante appelant ainsi de faibles créatures en participation de sa vie bienheureuse, n’a point voulu parvenir à ses fins sans le concours et l’intermédiaire obligé d’un autre amour plus accessible à nos sens, amour créé d’une âme humaine, manifesté dans les battements d’un cœur de chair pareil au nôtre. L’Ange du grand conseil, chargé d’annoncer au monde les desseins miséricordieux de l’Ancien des jours, a revêtu, dans l’accomplissement de son divin message, une forme créée qui pût permettre aux hommes de voir de leurs yeux, de toucher de leurs mains le Verbe de vie, cette vie éternelle qui était dans le Père et venait jusqu’à nous (s. Jean 3, 1-2). Docile instrument de l’amour infini, la nature humaine que le Fils de Dieu s’unit personnellement au sein de la Vierge-Mère ne fut point toutefois absorbée ou perdue dans l’abîme sans fond de la divinité ; elle conserva sa propre substance, ses facultés spéciales, sa volonté distincte et régissant dans une parfaite harmonie, sous l’influx du Verbe divin, les mouvements de sa très sainte âme et de son corps adorable. Dès le premier instant de son existence, l’âme très parfaite du Sauveur, inondée plus directement qu’aucune autre créature de cette vraie lumière du Verbe qui éclaire tout homme venant en ce monde (s. Jean 1, 9), et pénétrant par la claire vision dans l’essence divine, saisit d’un seul regard la beauté absolue du premier Être, et la convenance souveraine des divines résolutions appelant l’être fini en partage de la félicité suprême. Elle comprit sa mission sublime, et s’émut pour l’homme et pour Dieu d’un immense amour. Et cet amour, envahissant avec la vie le corps du Christ formé au même instant par l’Esprit du sang virginal, fit tressaillir son Cœur de chair et donna le signal des pulsations qui mirent en mouvement dans ses veines sacrées le sang rédempteur.
À la différence en effet des autres hommes, chez qui la force vitale de l’organisme préside seule aux mouvements du cœur, jusqu’à ce que les émotions, s’éveillant avec l’intelligence, viennent par intervalles accélérer ses battements ou les ralentir, l’Homme-Dieu sentit son Cœur soumis dès l’origine à la loi d’un amour non moins persévérant, non moins intense que la loi vitale, aussi brûlant dès sa naissance qu’il l’est maintenant dans les cieux. Car l’amour humain du Verbe incarné, fondé sur sa connaissance de Dieu et des créatures, ignora comme elle tout développement progressif, bien que Celui qui devait être notre frère et notre modèle en toutes choses manifestât chaque jour en mille manières nouvelles l’exquise sensibilité de son divin Cœur.
Quand il parut ici-bas, l’homme avait désappris l’amour, en oubliant la vraie beauté. Son cœur de chair lui semblait une excuse, et n’était plus qu’un chemin par où l’âme s’enfuyait des célestes sommets à la région lointaine où le prodigue perd ses trésors (s. Luc 15, 13). À ce monde matériel que l’âme de l’homme eût dû ramener vers son Auteur, et qui la tenait captive au contraire sous le fardeau des sens, l’Esprit-Saint préparait un levier merveilleux : fait de chair lui aussi, le Cœur sacré, de ces limites extrêmes de la création, renvoie au Père, en ses battements, l’ineffable expression d’un amour investi de la dignité du Verbe lui-même. Luth mélodieux, vibrant sans interruption sous le souffle de l’Esprit d’amour, il rassemble en lui les harmonies des mondes ; corrigeant leurs défectuosités, suppléant leurs lacunes, ramenant à l’unité les voix discordantes, il offre à la glorieuse Trinité un délicieux concert. Aussi met-elle en lui ses complaisances. C’est l’unique organum, ainsi l’appelait Gertrude la Grande (Legatus divinae pietatis. Lib. 2, c. 23 ; Lib. 3, c. 25) ; c’est l’instrument qui seul agrée au Dieu très-haut. Par lui devront passer les soupirs enflammés des brûlants Séraphins, comme l’humble hommage de l’inerte matière. Par lui seulement descendront sur le monde les célestes faveurs. Il est, de l’homme à Dieu, l’échelle mystérieuse, le canal des grâces, la voie montante et descendante.
L’Esprit divin, dont il est le chef-d’œuvre, en a fait sa vivante image. L’Esprit-Saint, en effet, bien qu’il ne soit pas dans les ineffables relations des personnes divines la source même de l’amour, en est le terme ou l’expression substantielle ; moteur sublime inclinant au dehors la Trinité bienheureuse, c’est par lui que s’épanche à flots sur les créatures avec l’être et la vie cet amour éternel. Ainsi l’amour de l’Homme-Dieu trouve-t-il dans les battements du Cœur sacré son expression directe et sensible ; ainsi encore verse-t-il par lui sur le monde, avec l’eau et le sang sortis du côté du Sauveur, la rédemption et la grâce, avant-goût et gage assuré de la gloire future.
« Un des soldats, dit l’Évangile, ouvrit le côté de Jésus par la lance, et il en sortit du sang et de l’eau (s. Jean 19, 34). » Arrêtons-nous sur ce fait de l’histoire évangélique qui donne à la fête d’aujourd’hui sa vraie base ; et comprenons l’importance du récit qui nous en est transmis par saint Jean, à l’insistance du disciple de l’amour non moins qu’à la solennité des expressions qu’il emploie. « Celui qui l’a vu, dit-il, en rend témoignage, et son témoignage est véritable ; et il sait, lui, qu’il dit vrai, pour que vous aussi vous croyiez. Car ces choses sont arrivées, pour que l’Écriture fût accomplie (Ibid. 35-36). » L’Évangile ici nous renvoie au passage du prophète Zacharie annonçant l’effusion de l’Esprit de grâce sur la maison du vrai David et les habitants de Jérusalem (Zach. 12, 10). Et ils verront dans celui qu’ils ont percé (Ibid. ; s. Jean 19, 37), ajoutait le prophète.
Mais qu’y verront-ils, sinon cette grande vérité qui est le dernier mot de toute l’Écriture et de l’histoire du monde, à savoir que Dieu a tant aimé le monde, qu’il lui a donné son Fils unique, pour que quiconque croit en lui ait la vie éternelle (s. Jean 3, 16) ? »
Voilée sous les figures et montrée comme de loin durant les siècles de l’attente, cette vérité sublime éclata au grand jour sur les rives du Jourdain (s. Luc 3, 21-22), quand la Trinité sainte intervint tout entière pour désigner l’Élu du Père et l’objet des divines complaisances (Isaï. 42, I). Restait néanmoins encore à montrer la manière dont cette vie éternelle que le Christ apportait au monde passerait de lui dans nous tous, jusqu’à ce que la lance du soldat, ouvrant le divin réservoir et dégageant les ruisseaux de la source sacrée, vînt compléter et parfaire le témoignage de la Trinité bienheureuse. « Il y en a trois, dit saint Jean, qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, le Verbe et le Saint-Esprit ; et ces trois n’en font qu’un. Et il y en a trois qui rendent témoignage sur la terre : l’Esprit, l’eau et le sang ; et ces trois concourent au même but… Et leur témoignage est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et qu’elle est dans son Fils (1 s. Jean 5, 7, 8, 11). » Passage mystérieux qui trouve son explication dans la fête présente ; il nous montre dans le Cœur de l’Homme-Dieu le dénouement de l’œuvre divine, et la solution des difficultés que semblait offrir à la Sagesse du Père l’accomplissement des desseins éternels.
Associer des créatures à sa béatitude, en les faisant participantes dans l’Esprit-Saint de sa propre nature et membres de son Fils bien-aimé, telle était, disions-nous, la miséricordieuse pensée du Père ; tel est le but où tendent les efforts de la Trinité souveraine. Or, voici qu’apparaît Celui qui vient par l’eau et le sang, non dans l’eau seule, mais dans l’eau et le sang, Jésus-Christ ; et l’Esprit, qui de concert avec le Père et le Fils a déjà sur les bords du Jourdain rendu son témoignage, atteste ici encore que le Christ est vérité (Ibid. 6), quand il dit de lui-même que la vie est en lui (s. Jean 5, 26, etc.). Car c’est l’Esprit, nous dit l’Évangile (Ibid. 7, 37-39), qui sort avec l’eau du Cœur sacré, des sources du Sauveur (Isaï. 12, 3), et nous rend dignes du sang divin qui l’accompagne. L’humanité, renaissant de l’eau et de l’Esprit, fait son entrée dans le royaume de Dieu (s. Jean 3, 5) ; et, préparée pour l’Époux dans les flots du baptême, l’Église s’unit au Verbe incarné dans le sang des Mystères. Vraiment sommes-nous avec elle désormais l’os de ses os et la chair de sa chair (Gen. 2, 23 ; Éph. 5, 30), associés pour l’éternité à sa vie divine dans le sein du Père.
Va donc, ô Juif ! ignorant les noces de l’Agneau, donne le signal de ces noces sacrées. Conduis l’Époux au lit nuptial ; qu’il s’étende sur le bois mille fois précieux dont sa mère la synagogue a formé sa couche au soir de l’alliance ; et que de son Cœur sorte l’Épouse, avec l’eau qui la purifie et le sang qui forme sa dot. Pour cette Épouse il a quitté son Père et les splendeurs de la céleste Jérusalem ; il s’est élancé comme un géant dans la voie de l’amour ; la soif du désir a consumé son âme. Le vent brûlant de la souffrance a passé sur lui, desséchant tous ses os ; mais plus actives encore étaient les flammes qui dévoraient son Cœur, plus violents les battements qui précipitaient de ses veines sur le chemin le sang précieux du rachat de l’Épouse. Au bout de la carrière, épuisé, il s’est endormi dans sa soif brûlante. Mais l’Épouse, formée de lui durant ce repos mystérieux, le rappellera bientôt de son grand sommeil. Ce Cœur dont elle est née, brisé sous l’effort, s’est arrêté pour lui livrer passage ; au même temps s’est trouvé suspendu le concert sublime qui montait par lui de la terre au ciel, et la nature en a été troublée dans ses profondeurs. Et pourtant, plus que jamais, ne faut-il pas que chante à Dieu l’humanité rachetée ? Comment donc se renoueront les cordes de la lyre ? Qui réveillera dans le Cœur divin la mélodie des pulsations sacrées ?
Penchée encore sur la béante ouverture du côté du Sauveur, entendons l’Église naissante s’écrier à Dieu, dans l’ivresse de son cœur débordant : « Père souverain, Seigneur mon Dieu, je vous louerai, je vous chanterai des psaumes au milieu des nations. Lève-toi donc, ô ma gloire! 0 réveille-toi, ma cithare et mon psaltérion (Psalm. 107, 1-4). » Et le Seigneur s’est levé triomphant de son lit nuptial au matin du grand jour ; et le Cœur sacré, reprenant ses mélodies interrompues, a transmis au ciel les accents enflammés de la sainte Église. Car le Cœur de l’Époux appartient à l’Épouse, et ils sont deux maintenant dans une même chair (Gen. 2, 24 ; Éph. 5, 31).
Dans la pleine possession de celle qui blessa son Cœur (Cant. 4, 9), le Christ lui confirme tout pouvoir à son tour sur ce Cœur divin d’où elle est sortie. Là sera pour l’Église le secret de sa force. Dans les relations des époux, telles que les constitua le Seigneur à l’origine en vue de ce grand mystère du Christ et de l’Église (Éph. 5, 32), l’homme est le chef (1 Cor. 11, 3), et il n’appartient pas à la femme de le dominer dans les conseils ou la conduite des entreprises ; mais la puissance de la femme est qu’elle s’adresse au cœur, et que rien ne résiste à l’amour. Si Adam a péché, c’est qu’Ève a séduit et affaibli son cœur ; Jésus nous sauve, parce que l’Église a ravi son Cœur, et que ce Cœur humain ne peut être ému et dompté, sans que la divinité elle-même soit fléchie. Telle est, quant au principe sur lequel elle s’appuie, la dévotion au Sacré‑Cœur ; elle est, dans cette notion première et principale, aussi ancienne que l’Église, puisqu’elle repose sur cette vérité, reconnue de tout temps, que le Seigneur est l’Époux et l’Église l’Épouse.
Les Pères et saints Docteurs des premiers âges n’exposaient point autrement que nous ne l’avons fait le mystère de la formation de l’Église du côté du Sauveur ; et leurs paroles, quoique toujours retenues par la présence des non-initiés autour de leurs chaires, ouvraient la voie aux sublimes et plus libres épanchements des siècles qui suivirent. « Les initiés connaissent l’ineffable mystère des sources du Sauveur, dit saint Jean Chrysostome ; de ce sang et de cette eau l’Église a été formée ; de là sont sortis les Mystères, en sorte que, t’approchant du calice redoutable, il faut y venir comme devant boire au côté même du Christ (In Johan. Hom. 84).» — « L’Evangéliste, explique saint Augustin, a usé d’une parole vigilante, ne disant pas de la lance qu’elle frappa ou blessa, mais ouvrit le côté du Seigneur. C’était bien une porte en effet qui se révélait alors, la porte de la vie, figurée par celle que Noé reçut l’ordre d’ouvrir au côté de l’arche, pour l’entrée des animaux qui devaient être sauvés du déluge et figuraient l’Église (In Johan. Tract, 120). »
« Entre dans la pierre, cache-toi dans la terre creusée (Isaï. 2, 10), dans le côté du Christ », interprète pareillement au 12ème iècle un disciple de saint Bernard, le Bienheureux Guerric, abbé d’Igny (In Domin. Palm. Serm. 4). Et l’Abbé de Clairvaux lui-même, commentant le verset du Cantique : Viens, ma colombe, dans les trous de la pierre, dans la caverne de la muraille (Cant. 2, 14) : « Heureuses ouvertures, dit-il, où la colombe est en sûreté et regarde sans crainte l’oiseau de proie volant à l’entour !… Que verrons-nous par l’ouverture ? Par ce fer qui a traversé son âme et passé jusqu’à son Cœur, voici qu’est révélé l’arcane, l’arcane du Cœur, le mystère de l’amour, les entrailles de la miséricorde de notre Dieu. Qu’y a-t-il en vous, ô Seigneur, que des trésors d’amour, des richesses de bonté ? J’irai, j’irai à ces celliers d’abondance ; docile à la voix du prophète (Jérém. 48, 28), j’abandonnerai les villes, j’habiterai dans la pierre, j’aurai mon nid, comme la colombe, dans la plus haute ouverture ; placé comme Moïse (Exod. 33, 22) à l’entrée du rocher, je verrai passer le Seigneur (In Cant. Serm. 61). » Au siècle suivant, le Docteur Séraphique, en de merveilleuses effusions, rappelle à son tour et la naissance de la nouvelle Ève du côté du Christ endormi, et la lance de Saül dirigée contre David et frappant la muraille (1 Reg. 18, 10-11), comme pour creuser dans Celui dont le fils de Jessé n’était que la figure, dans la pierre qui est le Christ (1 Cor. 10, 4), la caverne aux eaux purifiantes, habitation des colombes (Lignum vitae).
Mais nous ne pouvons qu’effleurer ces grands aperçus, écouter en passant la voix des Docteurs. Au reste, le culte de l’ouverture bénie du côté du Christ se confond le plus souvent, pour saint Bernard et saint Bonaventure, avec celui des autres plaies sacrées du Sauveur. Le Cœur sacré, organe de l’amour, ne se dégage pas encore suffisamment dans leurs écrits. Il fallait que le Seigneur intervînt directement pour faire découvrir et goûter au peuple chrétien, par l’intermédiaire de quelques âmes privilégiées, les ineffables conséquences des principes admis par tous dans son Église.
Le 27 janvier 1281, au monastère bénédictin d’Helfta, près Eisleben, en Saxe, l’Époux divin se révélait à l’épouse qu’il avait choisie pour l’introduire dans ses secrets et ses réserves les plus écartées. Mais ici nous céderons la parole à une voix plus autorisée que la nôtre. Gertrude, en la vingt-cinquième année de son âge, a été saisie par l’Esprit, dit en la Préface de sa traduction française l’éditeur du Legatus divinae pietatis : elle a reçu sa mission, elle a vu, entendu, touché ; plus encore, elle a bu à cette coupe du Cœur divin qui enivre les élus, elle y a bu quand elle était encore en cette vallée d’absinthe, et ce qu’elle a pris à longs traits, elle l’a reversé sur les âmes qui voudront le recueillir et s’en montreront saintement avides. Sainte Gertrude eut donc pour mission de révéler le rôle et l’action du Cœur divin dans l’économie de la gloire divine et de la sanctification des âmes ; et sur ce point important nous ne séparerons pas d’elle sainte Mechtilde, sa compagne.
« L’une et l’autre, à l’égard du Cœur du Dieu fait homme, se distinguent entre tous les Docteurs spirituels et tous les mystiques des âges divers de l’Église. Nous n’en excepterons pas les Saints de ces derniers siècles, par lesquels Notre-Seigneur a voulu qu’un culte public, officiel, fût rendu à son Cœur sacré : ils en ont porté la dévotion dans toute l’Église ; mais ils n’en ont pas exposé les mystères multiples, universels, avec l’insistance, la précision, la perfection qui se rencontrent dans les révélations de nos deux Saintes.
« Le Disciple bien-aimé de Jésus, qui avait reposé sur son sein, en la Cène, et avait pu entendre les battements de ce Cœur divin, qui sur la croix l’avait vu percé par la lance du soldat, en dévoila à Gertrude la glorification future, lorsqu’elle lui demanda pourquoi il avait gardé sous le silence ce qu’il avait senti lorsqu’il reposait sur ce Cœur sacré : « Ma mission, dit-il, fut d’écrire pour l’Église encore jeune un seul mot du Verbe incréé de Dieu le Père, lequel pourrait suffire à toute la race des hommes jusqu’à la fin du monde, sans toutefois que jamais personne le comprît dans sa plénitude. Mais le langage de ces bienheureux battements du Cœur du Seigneur est réservé pour les derniers temps, alors que le monde vieilli et refroidi dans l’amour divin devra se réchauffer à la révélation de ces mystères. » (Le héraut de l’amour divin, livre 4, c. 4.)
« Gertrude fut choisie pour cette révélation, et ce qu’elle en a dit dépasse tout ce que l’imagination de l’homme aurait jamais pu concevoir. Tantôt le Cœur divin lui apparaît comme un trésor où sont renfermées toutes les richesses ; tantôt c’est une lyre touchée par l’Esprit-Saint, aux sons de laquelle se réjouissent la très sainte Trinité et toute la Cour céleste. Puis, c’est une source abondante dont le courant va porter le rafraîchissement aux âmes du Purgatoire, les grâces fortifiantes aux âmes qui militent sur la terre, et ces torrents de délices où s’enivrent les élus de la Jérusalem céleste. C’est un encensoir d’or, d’où s’élèvent autant de divers parfums d’encens qu’il y a de races diverses d’hommes pour lesquelles le Sauveur a souffert la mort de la croix. Une autre fois, c’est un autel sur lequel les fidèles déposent leurs offrandes, les élus leurs hommages, les anges leurs respects, et le Prêtre éternel s’immole lui-même. C’est une lampe suspendue entre ciel et terre ; c’est une coupe où s’abreuvent les Saints, mais non les Anges, qui néanmoins en reçoivent des délices. En lui la prière du Seigneur, le Pater noster, a été conçue et élaborée, elle en est le doux fruit. Par lui est suppléé tout ce que nous avons négligé de rendre d’hommages dus à Dieu, à la Sainte Vierge et aux Saints. Pour remplir toutes nos obligations, le Cœur divin se fait notre serviteur, notre gage ; en lui seul nos œuvres revêtent cette perfection, cette noblesse qui les rend agréables aux yeux de la Majesté divine ; par lui seul découlent et passent toutes les grâces qui peuvent descendre sur la terre. À la fin, c’est la demeure suave, le sanctuaire sacré qui s’ouvre aux âmes, à leur départ de ce monde, pour les y conserver dans d’ineffables délices pour l’éternité[1]. »
En découvrant à Gertrude l’ensemble merveilleux que présente la traduction de l’amour infini dans le Cœur de l’Homme-Dieu, l’Esprit divin prévenait l’enfer au lieu même d’où devait surgir, deux siècles plus tard, l’apôtre des théories les plus opposées. En 1483, Luther naissait à Eisleben ; et son imagination désordonnée posait les bases de l’odieux système qui allait faire du Dieu très bon qu’avaient connu ses pères l’auteur direct du mal et de la damnation, créant le pécheur pour le crime et les supplices éternels, à la seule fin de manifester son autocratie toute‑puissante. Calvin bientôt précisait plus encore, en enserrant les blasphèmes du révolté saxon dans les liens de sa sombre et inexorable logique. La queue du dragon, par ces deux hommes, entraîna la troisième partie des étoiles du ciel (Apoc. 12, 4). Se transformant hypocritement au 17ème siècle, changeant les mots, mais non les choses, l’ennemi tenta de pénétrer au sein même de l’Église et d’y faire prévaloir ses dogmes impies : sous prétexte d’affirmer les droits du domaine souverain du premier Être, le Jansénisme oubliait sa bonté. Celui qui a tant aimé le monde voyait les hommes, découragés ou terrifiés, s’éloigner toujours plus de ses intentions miséricordieuses.
Il était temps que la terre se souvînt que le Dieu très-haut l’avait aimée d’amour, qu’il avait pris un Cœur de chair pour mettre à la portée des hommes cet amour infini, et que ce Cœur humain, le Christ en avait fait usage selon sa nature, pour nous aimer comme on aime dans la famille d’Adam le premier père (Osé. 11, 4), tressaillir de nos joies, souffrir de nos tristesses, et jouir ineffablement de nos retours à ses divines avances. Qui donc serait chargé d’accomplir la prophétie de Gertrude la Grande ? Quel autre Paul, quel nouveau Jean manifesterait au monde vieilli le langage des bienheureux battements du divin Cœur?
Laissant de côté tant d’illustrations d’éloquence et de génie qui remplissaient alors de leur insigne renommée l’Église de France, le Dieu qui fait choix des petits pour confondre les forts (1 Cor. 1, 27) avait désigné, pour la manifestation du Cœur sacré, la religieuse inconnue d’un obscur monastère. Comme au 13ème siècle il avait négligé les Docteurs et les grands Saints eux-mêmes de cet âge, pour solliciter auprès de la Bienheureuse Julienne du Mont-Cornillon l’institution de la fête du Corps du Seigneur, il demande de même la glorification de son Cœur divin par une fête solennelle à l’humble Visitandine de Paray-le-Monial, que le monde entier connaît et vénère aujourd’hui sous le nom de la Bienheureuse Marguerite-Marie.
Marguerite-Marie reçut donc pour mission de faire descendre des mystiques sommets, où il était resté comme la part cachée de quelques âmes bénies, le trésor révélé à sainte Gertrude. Elle dut le proposer à toute la terre, en l’adaptant à cette vulgarisation sublime. Il devint en ses mains le réactif suprême offert au monde contre le froid qui s’emparait de ses membres et de son cœur engourdis par l’âge, l’appel touchant aux réparations des âmes fidèles pour tous les mépris, tous les dédains, toutes les froideurs et tous les crimes des hommes des derniers temps contre l’amour méconnu du Christ Sauveur.
« Étant devant le Saint-Sacrement un jour de son Octave (en juin 1675), raconte elle-même la Bienheureuse, je reçus de mon Dieu des grâces excessives de son amour. Et me sentant touchée du désir de quelque retour, et de lui rendre amour pour amour, il me dit : « Tu ne m’en peux rendre un plus grand qu’en faisant ce que je t’ai déjà tant de fois demandé. » Alors me découvrant son divin Cœur : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné, jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce Sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. C’est pour cela que je te demande que le premier vendredi d’après l’Octave du Saint-Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en communiant ce jour-là et en lui faisant réparation d’honneur par une amende honorable, pour réparer les indignités qu’il a reçues pendant le temps qu’il a été exposé sur les autels. Je te promets aussi que mon Cœur se dilatera pour répandre avec abondance les influences de son divin amour sur ceux qui lui rendront cet honneur, et qui procureront qu’il lui soit rendu (Vie de la Bienheureuse écrite par elle-même). »
En appelant sa servante à être l’instrument de la glorification de son divin Cœur, l’Homme-Dieu faisait d’elle un signe de contradiction, comme il l’avait été lui-même (s. Luc 2, 34). Il fallut dix ans et plus à Marguerite-Marie pour surmonter, à force de patience et d’humilité, la défiance de son propre entourage, les rebuts de ses Sœurs, les épreuves de tout genre. Cependant, le 21 juin 1686, vendredi après l’Octave du Saint-Sacrement, elle eut enfin la consolation de voir la petite communauté de Paray-le-Monial prosternée au pied d’une image où le Cœur de Jésus percé par la lance était représenté seul, entouré de flammes et d’une couronne d’épines, avec la croix au-dessus et les trois clous. Cette même année, fut commencée dans le monastère la construction d’une chapelle en l’honneur du Sacré-Cœur ; la Bienheureuse eut la joie de voir bénir le modeste édifice quelque temps avant sa mort, arrivée l’an 1690. Mais il y avait loin encore de ces humbles débuts à l’établissement d’une fête proprement dite, et à sa célébration dans l’Église entière.
Déjà cependant la Providence avait pris soin de susciter, dans le même siècle, à la servante du Sacré-Cœur un précurseur puissant en parole et en œuvres. Né à Ri, au diocèse de Séez, en 1601, le Vénérable Jean Eudes avait porté partout, dans ses innombrables missions, la vénération et l’amour du Cœur de l’Homme-Dieu qu’il ne séparait pas de celui de sa divine Mère. Dès 1664, il creusait à Caen les fondations de la première église du monde, dit-il lui-même, qui porte le nom de l’église du Très-Saint Cœur de Jésus et de Marie[2] ; » et Clément X, en 1674, approuvait cette dénomination. Après s’être borné longtemps à célébrer, dans la Congrégation qu’il avait fondée, la fête du très saint Cœur de Marie en unité de celui de Jésus, le Père Eudes voulut y établir une fête spéciale en l’honneur du Cœur sacré du Sauveur ; le 8 février demeura assigné à la fête du Cœur de la Mère, et le 20 octobre fut déterminé pour honorer celui de son divin Fils. L’Office et la Messe que le Vénérable composa à cette fin, en 1670, furent approuvés pour ses séminaires, dès cette année et la suivante, par l’évêque de Rennes et les évêques de Normandie. Cette même année 1670 les vit insérer au Propre de l’abbaye royale de Montmartre. En 1674, la fête du Sacré-Cœur était également célébrée chez les Bénédictines du Saint-Sacrement. Cependant on peut dire que la fête établie par le Père Eudes ne sortit guère des maisons qu’il avait fondées ou de celles qui recevaient plus directement ses inspirations. Elle avait pour objet de promouvoir la dévotion au Cœur de l’Homme-Dieu, telle qu’elle ressort du dogme même de la divine Incarnation, et sans but particulier autre que de lui rendre les adorations et les hommages qui lui sont dus. C’était à la Bienheureuse Marguerite‑Marie qu’il était réservé de présenter aux hommes le Cœur sacré comme la grande voie de réparation ouverte à la terre. Confidente du Sauveur et dépositaire de ses intentions précises sur le jour et le but que le ciel voulait voir assigner à la nouvelle fête, ce fut elle qui resta véritablement chargée de la promulguer pour le monde et d’amener sa célébration dans l’Église universelle.
Pour obtenir ce résultat qui dépassait les forces personnelles de l’humble Visitandine, le Seigneur avait rapproché mystérieusement de Marguerite-Marie l’un des plus saints Religieux que possédât alors la Compagnie de Jésus, le R. P. Claude de la Colombière. Il reconnut la sainteté des voies par où l’Esprit divin conduisait la Bienheureuse, et se fit l’apôtre dévoué du Sacré-Cœur, à Paray d’abord, et jusqu’en Angleterre, où il mérita le titre glorieux de confesseur de la foi dans les rigueurs des prisons protestantes. Ce fervent disciple du Cœur de l’Homme-Dieu mourait en 1682, épuisé de travaux et de souffrances. Mais la Compagnie de Jésus tout entière hérita de son zèle à propager la dévotion au Sacré-Cœur. Bientôt s’organisèrent des confréries nombreuses, de tous côtés on éleva des chapelles en l’honneur de ce Cœur sacré. Mais l’enfer s’indigna de cette grande prédication d’amour ; les Jansénistes frémirent à cette apparition soudaine de la bonté et de l’humanité du Dieu Sauveur (Tit. 3, 4), qui prétendait ramener la confiance dans les âmes où ils avaient semé la crainte. On cria à la nouveauté, au scandale, à l’idolâtrie ou tout au moins à la dissection inconvenante des membres sacrés de l’humanité du Christ ; et pendant que s’entassaient à grands frais d’érudition dissertations théologiques et physiologiques, les gravures les moins séantes étaient répandues, des plaisanteries de mauvais goût mises en vogue, tous les moyens employés pour tourner en ridicule ceux qu’on appelait les Cordicoles.
Cependant l’année 1720 voyait fondre sur Marseille un fléau redoutable : apportée de Syrie sur un navire, la peste faisait bientôt plus de mille victimes par jour dans la cité de saint Lazare. Le Parlement janséniste de Provence était en fuite, et l’on ne savait où s’arrêterait le progrès toujours croissant de l’affreuse contagion, quand l’évêque, Mgr de Belzunce, réunissant les débris de son clergé fidèle et convoquant son troupeau sur le Cours qui depuis a pris le nom de l’héroïque pasteur, consacra solennellement son diocèse au Sacré-Cœur de Jésus. Dès ce moment, le fléau diminua ; et il avait cessé entièrement, lorsque, deux ans plus tard, il reparut, menaçant de recommencer ses ravages. Il fut arrêté sans retour à la suite du vœu célèbre par lequel les échevins s’engagèrent, pour eux et leurs successeurs à perpétuité, aux actes solennels de religion qui ont fait jusqu’à nos jours la sauvegarde de Marseille et sa gloire la plus pure.
Ces événements, dont le retentissement fut immense, amenèrent la fête du Sacré-Cœur à sortir des monastères de la Visitation où elle avait commencé de se célébrer au jour fixé par Marguerite‑Marie, avec la Messe et l’Office du P. Eudes. On la vit, à partir de là, se répandre dans les diocèses. Lyon toutefois avait précédé Marseille. Autun vint en troisième lieu. On ne croyait pas alors en France qu’il fût nécessaire de recourir à l’autorité du Souverain Pontife pour l’établissement de nouvelles fêtes. Déférant aux vœux de la pieuse reine Marie Leczinska, les prélats qui formaient l’Assemblée de 1765 prirent une résolution pour établir la fête dans leurs diocèses, et engager leurs collègues à imiter cet exemple.
Mais la sanction formelle du Siège apostolique ne devait pas manquer plus longtemps à ces efforts de la piété catholique envers le divin Cœur. Rome avait déjà accordé de nombreuses indulgences aux pratiques privées, érigé par brefs d’innombrables confréries, lorsqu’en cette même année 1765, Clément XIII, cédant aux instances des évêques de Pologne et de l’archiconfrérie romaine du Sacré-Cœur, rendit le premier décret pontifical en faveur de la fête du Cœur de Jésus, et approuva pour cette fête une Messe et un Office. Des concessions locales étendirent peu à peu cette première faveur à d’autres Églises particulières, jusqu’à ce qu’enfin, le 23 août 1856, le Souverain Pontife Pie IX, de glorieuse mémoire, sollicité par tout l’Épiscopat français, rendit le décret qui insérait au Calendrier la fête du Sacré-Cœur et en ordonnait la célébration dans l’Église universelle. Trente-trois ans plus tard, Léon XIII élevait au rite de première classe la solennité que son prédécesseur avait établie.
La glorification du Cœur de Jésus appelait celle de son humble servante. Le 18 septembre 1864 avait vu la béatification de Marguerite-Marie proclamée solennellement par le même Pontife qui venait de donner à la mission qu’elle avait reçue la sanction définitive du Siège apostolique.
Depuis lors, la connaissance et l’amour du Sacré-Cœur ont progressé plus qu’ils n’avaient fait dans les deux siècles précédents. On a vu par tout le monde communautés, ordres religieux, diocèses, se consacrant à l’envi à cette source de toute grâce, seul refuge de l’Église en ces temps calamiteux. Les peuples se sont ébranlés en de dévots pèlerinages ; des multitudes ont passé les mers, pour apporter leurs supplications et leurs hommages au divin Cœur en cette terre de France, où il lui a plu de manifester ses miséricordes. Elle-même si éprouvée, notre patrie tourne les yeux, comme espoir suprême, vers le splendide monument qui s’élève sur le mont arrosé par le sang des martyrs ses premiers apôtres, et, dominant sa capitale, attestera pour les siècles futurs la foi profonde et la noble confiance qu’a su garder, dans ses malheurs, celle qui naquit et demeure à jamais la Fille aînée de la sainte Église.
O Cœur sacré, qui fûtes le lien de cette union puissante et si féconde, daignez rapprocher toujours plus votre Église et la France ; et qu’unies aujourd’hui dans l’épreuve, elles le soient bientôt dans le salut pour le bonheur du monde !
(Depuis la publication de l’Année Liturgique la fête du Sacré-Cœur de Jésus a été étendue au monde entier par le pape Pie XI qui composa un nouveau propre de la messe. Nous ne donnons donc pas le commentaire de l’Année Liturgique sur la messe. Note de l’éditeur.)
Nous réunissons ici l’Hymne des Vêpres et celles des Matines et des Laudes, qui sont également fort belles et très profondes de doctrine.
Hymne des vêpres
Divin créateur de ce monde, ô Christ Rédempteur de tous, lumière issue de la lumière du Père, vrai Dieu engendré par le vrai Dieu.
Votre amour vous contraignit de prendre un corps mortel, pour nous rendre, nouvel Adam, les dons que l’ancien nous avait dérobés.
Cet amour puissant qui créa la terre, la mer et les cieux, fut ému de compassion pour la faute de nos premiers parents, il se dévoua pour briser nos chaînes.
Qu’elle demeure donc toujours dans votre Cœur, cette puissance d’un si noble amour ; que ce Cœur soit toujours la fontaine où les âmes aillent puiser la grâce du pardon.
C’est pour cela que ce Cœur fut percé de la lance, qu’il fut traversé par une blessure sacrée, afin que nous fussions lavés de nos souillures par l’eau et le sang qui en jaillirent.
Gloire soit au Père, et au Fils, et à l’Esprit Saint, dont la puissance, la gloire et la royauté demeurent à jamais.
Amen.
Hymne de Matines
Dans leur orgueil, dans leur cruauté, nos crimes se sont réunis ; ils ont blessé le Cœur d’un Dieu, ce Cœur innocent digne d’un tout autre sort.
Nos péchés dirigeaient la lance du soldat qui le transperça : le crime qui donne la mort avait aiguisé la pointe de ce fer cruel.
Appelée aux honneurs d’Épouse, l’Église est née de la blessure du Cœur du Christ. Cette blessure est la porte qui s’ouvrait au flanc de l’arche où le genre humain devait trouver le salut.
Comme un fleuve à sept courants, la grâce jaillit sans cesse de ce Cœur ; et nous pouvons purifier dans le sang de l’Agneau toutes les souillures de nos vêtements.
Quelle honte de retourner au péché qui déchire ce noble Cœur ! allumons plutôt dans nos cœurs la flamme d’amour qui le consume.
Faites-nous cette grâce, ô Christ ! ô Père ! ô Esprit-Saint ! vous dont la puissance, la gloire et la royauté demeurent à jamais. Amen.
Hymne de Laudes
Cœur sacré, vous êtes l’arche qui contient la loi, non la loi de l’antique servitude, mais la loi de grâce, de pardon et de miséricorde.
Cœur sacré, vous êtes le sanctuaire très pur de la nouvelle alliance, le temple nouveau plus saint que l’ancien temple, le voile dont la rupture nous fut plus utile que celle de l’ancien voile.
Votre charité supporta la blessure que vous fit le coup de la lance ; alors la blessure de l’amour invisible apparut à nos regards et à nos adorations.
En ce Cœur, symbole d’amour, le Christ prêtre offrit, par la souffrance, le double Sacrifice, sanglant et mystique.
Qui n’aimerait celui qui aime ? Quel racheté n’aimerait son Rédempteur ? Qui refuserait d’établir dans ce Cœur sa demeure pour l’éternité ?
Gloire soit au Père, et au Fils, et à l’Esprit-Saint, dont la puissance, la gloire et la royauté demeurent à jamais. Amen.
[1] Préface des Révélations de Sainte Gertrude traduites sur la nouvelle édition latine des Bénédictins de Solesmes.
[2] Le Cœur admirable de la T. Sacrée Mère de Dieu, Épître dédicatoire. Le séminaire des Eudistes à Caen, pour lequel fut bâtie cette église ou chapelle, est aujourd’hui l’Hôtel-de-Ville.
Depuis quelques années, la Fraternité Saint Pie X tente de justifier son accord croissant avec Rome en déclarant vouloir être reconnue « tels que nous sommes ». C’est le titre d’un dernier « papier » de l’abbé Bouchacourt. Il serait facile de répondre : « non, pas tels que vous êtes, mais tels que vous êtes devenus ». Il est en effet vrai que, la Fraternité Saint Pie X étant devenue l’amie de Rome, il lui est désormais facile de chercher à se faire reconnaître telle qu’elle est, c’est-à-dire telle qu’elle est devenue.
Pour autant, ne nous laissons pas enferrer dans ce faux débat ! « Tels que nous sommes » n’est pas un bon critère, c’est « tels que Dieu nous veut ». Continuer la lecture de « La Fraternité Saint Pie X : « Tels que nous sommes » ou « tels que Dieu nous veut ? » »
Le désiré de toutes les nations (Agg. 2, 8), l’Ange de l’alliance voulu par Israël (Malach. 3, 1), est descendu des cieux. La Sagesse l’accompagne. Qui donc, disait le prophète, montera aux cieux pour la saisir et l’amener du sein des nuées ? Qui passera la mer, et le rapportera des plages lointaines, ce trésor plus précieux que l’or le plus pur ? Israël a délaissé la source de la Sagesse. On ne la connaît plus dans la terre de Chanaan ; on ne l’a point vue dans l’Idumée. Les fils d’Agar, les princes des nations, les prudents de la terre, inventeurs fameux, chercheurs de la science, artisans de richesses, de force et de beauté trompeuse, n’ont point trouvé les voies de la Sagesse ; ils ont perdu ses sentiers (Baruch. 3, 12-38 ; Job 28, 12-28). Mais voici que le fils promis à David s’est assis sur son trône d’honneur. C’est lui qui, le premier, l’a connue pleinement dans le mystère des noces sacrées où l’amour éternel conviait notre humble nature. Il est devenu, par cette indissoluble alliance, la source unique de la Sagesse ; les quatre fleuves du Paradis ont rassemblé en lui leurs eaux : réservoir prédestiné, d’où l’amour et la vie s’épancheront sur le monde !
Ses pensées sont plus vastes que la mer, ses conseils plus profonds que l’abîme (Éccli. 24, 34-39.). Il vient accomplir le dessein de la volonté souveraine : relier toutes choses en un sur la terre et au ciel (Éph. 1, 10). Dieu et homme tout ensemble, vrai médiateur, Pontife suprême, il est lui-même le nœud de cette religion sainte qui rattache toute créature au Créateur dans l’unité d’un même hommage, et consomme du même coup la justice et l’amour. Son Sacrifice est bien le chef-d’œuvre de la divine Sagesse ; c’est par lui qu’embrassant tous les êtres créés dans l’immensité de cet amour dont nous avons vu les ardeurs impatientes, elle prétend ne faire plus du monde entier qu’un holocauste sublime à la gloire du Père. Il nous reste maintenant à la voir immoler sa victime, et dresser la table du festin (Prov. 9, 2).
L’Eucharistie, en effet, n’a point d’autre but que l’application incessante ici-bas du grand Sacrifice ; et il nous faut considérer ce Sacrifice de l’Homme-Dieu en lui-même, afin d’admirer mieux la merveilleuse continuation qui s’en fait dans l’Église. Mais il importe à cette fin de préciser tout d’abord la notion générale du Sacrifice.
Dieu a droit à l’hommage de sa créature. Si les rois et seigneurs de la terre sont en droit d’exiger des vassaux de leur domination cette reconnaissance solennelle de leur suzeraineté, le domaine souverain du premier Être, cause première et fin dernière de toutes choses, l’impose à plus juste titre aux êtres appelés du néant par sa bonté toute-puissante. Et de même que, par la redevance qui l’accompagne, l’hommage des serfs et vassaux emporte, avec l’aveu de leur sujétion, la déclaration effective des biens et droits qu’ils reconnaissent tenir de leur seigneur ; ainsi l’acte par lequel la créature s’abaisse en cette qualité devant son Créateur devra manifester suffisamment, par lui-même, qu’elle le reconnaît comme Seigneur de toutes choses et auteur de la vie.
Mais il peut arriver que la créature ait, de son propre fait, conféré contre elle-même à la justice de Dieu des droits non moins sérieux et autrement redoutables que ceux de sa toute-puissance et de sa bonté. La miséricorde infinie peut alors, il est vrai, suspendre ou commuer l’exécution des vengeances du Seigneur suprême ; mais l’acte d’hommage de l’être créé devenu pécheur ne sera complet qu’à la condition d’exprimer désormais, non moins que sa dépendance de créature, l’aveu de sa faute et de la justice du châtiment encouru par la transgression des préceptes divins ; la redevance trop justifiée du serf insoumis, l’oblation suppliante de l’esclave révolté devra montrer, par sa nature même, que Dieu n’est plus seulement pour lui l’auteur de la vie, mais l’arbitre de la mort.
Telle est, dans son essence, la vraie notion du Sacrifice, ainsi appelé de ce qu’il sépare de la multitude des êtres de même nature, et fait sacrée l’offrande par laquelle il s’exprime : oblation intérieure et purement spirituelle dans les esprits dégagés de la matière ; oblation spirituelle et sensible à la fois pour l’homme, qui, composé d’une âme et d’un corps, doit l’hommage à Dieu pour l’un et pour l’autre.
Le Sacrifice ne peut être offert qu’au seul vrai Dieu, comme étant la reconnaissance effective du domaine souverain du Créateur et de cette gloire qu’il ne donne point à un autre (Isaï. 48, 11). Par contre, il est de l’essence de la religion en tout état de chute ou d’innocence. La religion, en effet, cette reine des vertus morales qui a pour objet le culte dû au Seigneur, ne trouve qu’en lui son expression dernière. L’Éden l’eût vu célébré par l’homme innocent dans l’adoration, l’action de grâces et la prière confiante ; offrande de ses fruits les plus beaux, symboles du fruit divin que promettait l’arbre de vie, le péché n’y eût point marqué dans le sang sa sinistre empreinte. Devenu après la chute l’unique voie de propitiation, il apparut toujours plus comme le centre nécessaire de toute religion sur la terre d’exil ; ainsi jusqu’à Luther le comprirent tous les peuples, et les modernes réformateurs, en voulant exclure le Sacrifice de la religion, l’ont détruite chez eux par la base. Bien plus ; il s’impose dans le ciel à la créature déjà glorifiée, qui, non moins et plus même dans les splendeurs de la vision que sous les ombres de la foi, doit à Celui qui l’a couronnée l’hommage de ses dons.
C’est par le Sacrifice que Dieu atteint le but qu’il s’est proposé dans la création : sa propre gloire (Prov. 16, 4). Mais pour que du monde s’élevât vers son Auteur un hommage représentant la mesure de ses dons, il fallait un chef qui résumât le monde entier dans sa personne, et, disposant de lui comme de son bien propre, l’offrît au Seigneur en toute plénitude avec lui-même. Dieu fait mieux encore : en lui donnant pour chef son propre Fils revêtu de notre nature, il obtient que, l’hommage de cette nature inférieure revêtant la dignité de la personne, l’honneur rendu soit vraiment digne de la Majesté souveraine ; comme un banquier habile sait tirer l’or d’une vile monnaie, il fait rapporter au monde sorti du néant un fruit infini.
Merveilleux couronnement de l’œuvre créatrice ! La gloire immense que rend au Père le Verbe incarné a rapproché Dieu et la créature, si distants l’un de l’autre ; elle rejaillit sur le monde en flots de grâce qui achèvent de combler l’abîme. Le Sacrifice du fils de l’homme devient la base et la raison de l’ordre surnaturel, au ciel et sur la terre. Objet premier et principal du décret de création, c’est pour le Christ, sur son modèle et dans l’ordre des aptitudes de sa future nature, que sortirent du néant, à la voix du Père, les divers degrés d’être spirituel et matériel, appelés à former son palais et sa cour : de même encore dans l’ordre de la grâce, est-il vraiment ainsi l’homme, le Bien-Aimé. L’Esprit de dilection se répandra, parfum divin, de cet unique bien-aimé, de cette tête chérie, du Chef sur tous ses membres et jusqu’à la dernière frange de son vêtement (Psalm. 132, 2), communiquant sans mesure la vraie vie, l’être surnaturel, à ceux que le Christ aura daigné appeler en participation de sa divine substance au banquet de l’amour. Car à la suite du Chef viendront les membres, unissant au sien leur hommage ; et cet hommage qui, de soi, fût demeuré trop au-dessous de la Majesté infinie, empruntera, par leur incorporation au Verbe incarné dans l’acte de son Sacrifice, la dignité du Christ lui-même.
Ainsi encore, on ne saurait trop le redire contre l’individualisme étroit qui tend, de nos jours, à donner aux pratiques d’une dévotion privée la prépondérance sur la solennité des grands actes liturgiques formant l’essence de la religion : ainsi par le Sacrifice est consommée dans l’unité la création entière, et fondée en Dieu la vraie vie sociale. Dieu est un dans son essence, et l’ineffable harmonie des trois divines personnes ne fait que mieux ressortir, dans sa sublime fécondité, cette unité puissante. La créature est multiple au contraire, et la division, fruit de la chute, vient encore accuser davantage en elle ce signe d’un être emprunté. Sortie de Dieu néanmoins, c’est à lui qu’elle retourne, mais à la condition de détruire en elle cette division funeste qui la sépare de Dieu et de ses semblables, et de reproduire au sein de la multiplicité, dans sa marche vers Dieu, l’image de la féconde harmonie des trois personnes divines. Qu’ils soient un en nous comme nous-mêmes (s. Jean 17, 21) : tel est le dernier mot des intentions du Créateur, révélé au monde par l’Ange du grand Conseil venu sur terre réaliser ce programme divin. Or, c’est la religion qui rassemble devant Dieu les divers éléments du corps social ; et le Sacrifice, qui en est l’acte fondamental, est à la fois le moyen et le but de cette unification grandiose dans le Christ, dont l’achèvement marquera la consommation du règne éternel du Père devenu par lui tout en tous (1 Cor. 15, 24-28).
Mais cette royauté de l’éternité, que prépare au Père le règne du Christ ici-bas (Ibid. 24, 25), a des ennemis qu’il faut réduire. Les Principautés, les Puissances et les Vertus de l’enfer sont liguées contre elle. Leur jalousie s’attaquant à l’homme, image de Dieu, a introduit dans le monde la désobéissance et la mort (Sap. 2, 23, 24) ; par l’homme devenu son esclave, le péché s’est fait une arme de tous les préceptes divins contre leur Auteur (Rom. 7, 11) : et, loin de songer à présenter au Seigneur suprême un hommage digne de lui, le genre humain semble avoir pris à tâche d’ajouter à la bassesse de son être de néant l’indignité de toutes les souillures. Avant donc que de pouvoir être agréés du Père, les futurs membres du Christ appellent un Sacrifice de propitiation et de délivrance. Il faut que le Christ vive lui-même de la vie expiatrice du pécheur, qu’il souffre de ses souffrances et meure de mort (Gen. 2, 17). Car telle était la peine apposée comme sanction dès l’origine au précepte divin : peine souveraine pour le transgresseur qui n’en pouvait subir de plus grande, mais sans proportion avec l’offense de la suprême Majesté, à moins qu’une personne divine, endossant l’effrayante responsabilité de cette dette infinie, subît la peine de l’homme et le rendît à l’innocence.
Qu’il vienne donc notre Pontife, qu’il apparaisse le Chef divin de notre race et du monde ! Parce qu’il a aimé la justice et haï l’iniquité, Dieu l’a oint de l’huile d’allégresse entre tous ses frères (Psalm. 44, 8). Il était Christ par le sacerdoce à lui destiné dès le sein du Père, et confirmé dans un serment auguste (Psalm. 119, 4) ; il est Jésus, car le Sacrifice qu’il vient offrir sauvera son peuple du péché (s. Matth. 1, 21) : Jésus-Christ, tel doit être à jamais le nom du Pontife éternel.
Quelle puissance et quel amour en son Sacrifice ! Prêtre et victime à la fois, pour la détruire il absorbe la mort, et du même coup terrasse le péché dans sa chair innocente ; il satisfait jusqu’à la dernière obole, et par delà, à la justice du Père ; il arrache le décret qui nous était contraire, le cloue à la croix, l’efface en son sang, et, dépouillant les Principautés ennemies de leur tyrannique empire, il les enchaîne à son char de triomphe (Col. 2 14, 15). Crucifié avec lui, notre vieil homme a perdu son corps de péché ; renouvelé dans le sang rédempteur, il sort avec lui du tombeau pour une vie nouvelle (Rom. 6, 4, 10). « Vous êtes morts, dit l’Apôtre, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu ; quand paraîtra le Christ votre vie, vous aussi paraîtrez avec lui dans la gloire (Col. 3, 3). » C’est comme Chef en effet que le Christ a souffert ; son Sacrifice embrasse le corps entier dont il est la tête, et qu’il transforme avec lui pour l’holocauste éternel dont la suave odeur embaumera les cieux.
Chrétiens, pénétrons-nous de ces grands enseignements. Plus en effet nous comprendrons le Sacrifice de l’Homme-Dieu dans son incommensurable grandeur, plus facilement laisserons-nous l’Église, dans sa Liturgie, enlever nos âmes aux égoïstes et mesquines préoccupations d’une piété trop souvent repliée sur elle-même. Membres du Christ-Pontife, élargissons nos cœurs ; ouvrons-les aux flots de lumière et d’amour qui jaillissent des rochers du Calvaire. Sur ces mêmes sommets, deux mille ans à l’avance, Abraham, le père de notre foi, s’écriait dans l’extase : Le Seigneur verra sur la montagne ! et les échos de l’humanité s’étaient renvoyé sa parole prophétique dans la longue nuit des siècles de l’attente (Gen. 22, 14). Spectacle en effet vraiment digne de Dieu que cette marche en avant de notre Isaac, que cette ascension du Pontife éternel gravissant la montagne où il doit, dans son sang, ramener toutes choses à Dieu son Père, et unir avec soi pour jamais dans une seule oblation la terre et les cieux (Col. 1, 20 ; Héb. 10, 14) !
Sous l’ancienne loi, le Pontife montant à l’autel était revêtu d’une robe éclatante des plus riches couleurs (Exod. 28), dont les détails mystérieux figuraient l’univers (Sap. 18, 24). Véritable Aaron, le Verbe s’avance, dit saint Ambroise, dans la vraie robe du sacerdoce souverain décrite par Moïse, vêtu du monde en sa magnificence, pour tout remplir de la plénitude de Dieu (Ambr. De fuga saeculi, 16). » C’était l’imposante vérité qui faisait dire au Christ Sauveur parlant de son immolation sur la montagne (s. Jean 12, 33) : Lorsque je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi (s. Jean 32). Il annonçait l’ébranlement de la terre et des cieux exaltés avec lui sur la croix réparatrice et triomphante. En ce moment, le plus solennel de l’histoire du monde, l’appel divin devait en effet convoquer de toutes parts et unir étroitement à leur Chef immolé les membres de la victime universelle. Attraction merveilleuse, qui, dans cet unique point de l’espace et du temps, allait rassembler tous les êtres créés sous le regard éternel, et consommer la gloire du Dieu très-haut dans l’hommage parfait d’un seul Sacrifice !
Du pied de l’autel figuratif érigé dans Jacob, David déjà lui aussi contemplait par avance le sublime rendez-vous de toute créature à l’autel du Christ-Pontife, son Seigneur et son fils (s. Matth. 22, 45). À la vue de ce concours immense dont le défilé non interrompu des victimes mosaïques offrait pourtant une trop faible image, ému d’un juste et saint transport, il chantait dans le psaume : A vous viendra toute chair (Psalm. 64, 3) ! Il a pris chair en effet, notre Pontife, s’écrie saint Augustin (Aug. Énarrat. in Ps. 64) ; et la chair qu’il a prise attirera toute chair. Dans le sein de la Vierge il a pris les prémices ; le reste, le genre humain tout entier, suivra les prémices, pour compléter l’holocauste dont il est dit ici même : « À vous je rendrai mon vœu dans Jérusalem (Psalm. 64, 2). »
Car quel est-il ce vœu de notre chef bien-aimé, sinon celui qu’au psaume suivant il décrit plus au long ? S’adressant à son Père : « J’entrerai, dit-il, dans votre maison, portant l’holocauste ; je vous rendrai les vœux qu’ont formulés mes lèvres. Ma bouche a dit, au jour de la tribulation : « Je vous offrirai de grasses victimes avec l’encens des béliers, des bœufs et des boucs en un même holocauste (Psalm. 65, 13-15). » Ce jour de la grande tribulation du Pontife suprême, c’est celui dont parle l’Apôtre, où, daignant par amour sentir en lui la fragilité de la chair, et présentant avec un grand cri ses prières et ses larmes au Dieu qui pouvait le sauver de la mort, il fut exaucé dans l’hommage de son Sacrifice (Héb. 5, 7). Cependant que parle-t-il encore des béliers et des boucs, inutiles offrandes réprouvées de Dieu ? Lui-même ne disait-il pas, en entrant dans le monde : « Vous n’avez point voulu de leurs holocaustes et de leurs victimes, mais vous m’avez formé un corps (Ibid. 10, 5, 6) ? »
Oui, sans doute ; et c’est le corps même du Christ qui paraît ici tout entier, dit saint Augustin, comme l’offrande une et multiple à la fois qu’il présente au Seigneur : les béliers sont les chefs de l’Église, les autres victimes ses divers membres (Énarrat. in Ps. 65). Exaucez ma prière, à vous viendra toute chair : princes et peuples de tous les siècles, enfants, jeunes hommes, vieillards, Juifs et Gentils, Grecs, Romains et Barbares, suspendus au bois, sont la victime promise au Père. C’est avec eux, en leur nom et pour eux tous, dans l’intégrité de son corps et dans son unité, que le Christ s’écrie : J’entrerai dans votre maison portant l’holocauste ; envoyez votre feu, le feu de l’Esprit, la flamme divine de l’éternelle Sagesse : qu’elle brûle et consume ce corps qui est à moi ; qu’il ne m’en reste rien, que tout soit vôtre (Aug. passim in Psalm).
Apportez donc, enfants de Dieu, apportez au Seigneur les fils des béliers (Psalm. 28, 1) ! La voix du Seigneur a retenti dans sa puissance : il appelle la foudre sur la montagne, et déjà l’holocauste est en flammes. Vaste incendie qui, du Calvaire, s’étend bientôt au monde entier ! Le feu divin poursuit son œuvre à travers les générations successives, absorbant un à un les membres de la grande Victime, dévorant le péché, consumant les scories du vice, et purifiant, jusque dans la poussière du tombeau, la chair sanctifiée par l’attouchement du Christ dans les Mystères. Vrai feu du Ciel, flamme incréée qui ne dissipe que le mal, et ne dégage l’âme par la souffrance et la mort des ruines amoncelées autour d’elle, que pour refaire à neuf dans l’expiation l’être humain tout entier !
Un jour viendra, que le feu du grand Sacrifice ayant consommé jusqu’au dernier les membres du Christ, la chair elle-même des élus reparaîtra spirituelle et glorieuse, offrant aux yeux, dans cette transformation merveilleuse de la victime, un Sacrifice vraiment digne du Seigneur suprême ; car en lui, bien mieux que dans la destruction par la mort, s’affirmeront le pouvoir et le domaine souverain de l’Auteur de la vie. C’est alors que le corps complet du Verbe incarné, comme un encens très pur, s’élèvera de la montagne sainte où l’Église avait fixé sa tente ici-bas, jusqu’à l’autel sublime des cieux : aliment éternel de la flamme divine, holocauste immense où sans fin la cité rachetée, la société des Saints, sera offerte à Dieu par le grand Pontife qui s’offrit lui‑même pour nous, dans la Passion, sous la forme d’esclave (Aug. De Civit. Dei, 10, 6). »
Dans cet universel Sacrifice d’adoration et d’action de grâces, où l’expiation n’aura plus de part, entreront eux-mêmes les esprits bienheureux des milices angéliques. Car ils sont, eux aussi, le Sacrifice du Seigneur, formant avec nous l’unique Cité de Dieu célébrée dans le psaume (Ibid. 7. in Psalm. 86). « Tous en effet, dit saint Cyrille d’Alexandrie, nous avons reçu de sa plénitude. Toute créature, visible ou non, participe du Christ. Les Anges et les Archanges, les natures mêmes qui leur sont supérieures, et jusqu’aux Chérubins, ne sont point sanctifiés autrement que par le Christ seul dans le Saint-Esprit. Lui-même donc est l’autel, lui‑même l’encens et le souverain Prêtre, comme lui-même encore le sang de la rémission des péchés (Cyr. Al. De Adorat. in spir. et ver. Lib. 9). »
Ayant donc pour Pontife Jésus le Fils de Dieu, qui dans un seul Sacrifice a consommé pour jamais la Cité sainte, demeurons fermes dans la foi (Héb. 4, 14 ; 10, 14). Comme autrefois le grand Prêtre, au jour solennel de l’Expiation, pénétrait seul dans le Saint des Saints, tenant en mains le vase rempli du sang propitiateur, ainsi notre Pontife, ayant conquis l’éternelle rédemption (Héb. 9, 12), a disparu pour un temps aux regards de son peuple. Ministre du vrai sanctuaire et du tabernacle fixé par Dieu même (Ibid. 8, 2), nous l’avons vu, dans sa triomphante Ascension, pénétrer au delà du voile qui nous dérobe encore la vue de la Majesté souveraine ; poursuivant dans une parfaite unité le rite de son Sacrifice, il présente au Père, en sa nature humaine toujours marquée des stigmates glorieux de sa Passion, l’auguste victime dont l’immolation sur terre appelait la consommation dans les cieux. Cependant, comme autrefois Israël attendant le retour du grand Prêtre, le peuple chrétien s’unit à lui d’ici-bas, prolongeant sa prière autour de l’autel du parvis extérieur.
« C’est le jour de l’Expiation, dit Origène ; il persévère tant que luit le soleil, tant que durera le monde. Nous, debout près des portes, nous attendons notre Pontife arrêté dans le Saint des Saints près du Père, et intercédant pour les péchés de ceux qui l’attendent… Le lieu saint avait deux parties, en effet, nous dit l’Écriture : l’une visible, accessible aux prêtres ; l’autre invisible, et impénétrable à tout autre qu’au seul Pontife. Quelle est cette première partie, sinon celle où nous sommes maintenant dans la chair, l’Église, où les prêtres remplissent leur ministère devant l’autel des holocaustes alimenté par ce feu dont le Sauveur a dit : « Je suis venu apporter le feu sur la terre (s. Luc 12, 49) » ? C’est là, dans cette première partie du lieu saint, que le Pontife immole la victime ; c’est de là qu’il part pour entrer à l’intérieur du voile, dans cette seconde partie qui est le Ciel même et le trône de Dieu. Mais le feu, mais l’encens qu’il porte avec lui dans le Saint des Saints, il le prend de cet autel, il le reçoit d’ici même ; les vêtements sacrés eux-mêmes qui l’enveloppent tout entier de leur pompe mystérieuse, il ne s’en revêt point ailleurs (Orig. In Lévit. Hom. 9). »
Bien plus, devons-nous dire encore : après son départ, le feu du Sacrifice ne s’éteint pas dans le parvis ; et la victime de propitiation, dont le sang lui ouvre l’accès du redoutable sanctuaire, continue de brûler sur l’autel extérieur.
Par suite des mesures consenties entre le Saint-Siège et le Gouvernement français pour la réduction des fêtes, au commencement du XIXe siècle, la plupart des Églises de France célèbrent aujourd’hui seulement la solennité du Corps du Seigneur. La Messe que l’on chante dans ces Églises est celle du jour même de la fête. Dans les lieux au contraire où la solennité s’est célébrée à son jour, on célèbre la Messe du deuxième après la Pentecôte.
L’Introït est tiré des Psaumes. Il chante les bienfaits du Seigneur qui protège son peuple et le dégage de ses ennemis. Célébrons dans l’amour le Dieu notre sûr refuge et notre ferme appui.
Introït
Le Seigneur s’est fait mon protecteur ; il m’a mis au large, et il m’a sauvé, parce qu’il m’a aimé. Ps. Je vous aimerai, Seigneur, vous qui êtes ma Force ; le Seigneur est mon appui, mon refuge et mon libérateur. Gloire au Père. Le Seigneur.
L’Église demande pour nous, dans la Collecte, la crainte et l’amour du Nom sacré du Seigneur. La crainte en effet dont il s’agit ici, la crainte des fils envers leur père, n’exclut point l’amour ; elle l’affermit au contraire, en le préservant de la négligence et des écarts auxquels une fausse familiarité entraîne trop souvent certaines âmes.
Collecte
Faites, Seigneur, que nous ayons toujours la crainte et l’amour de votre saint Nom, parce que vous ne cessez jamais de diriger ceux que vous établissez dans la solidité de votre amour. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Épître
Lecture de l’Épître du bienheureux Jean, Apôtre. 1, Chap. 3.
Mes bien-aimés, ne vous étonnez pas, si le monde vous hait. Pour nous, nous reconnaissons, à l’amour que nous avons pour nos frères, que nous sommes passés de la mort à la vie. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort : tout homme qui hait son frère est un homicide. Or, vous savez que nul homicide n’a la vie éternelle résidant en soi. Nous avons reconnu l’amour de Dieu envers nous, en ce qu’il a donné sa vie pour nous, et nous aussi nous devons donner nos vies pour nos frères. Celui qui possède le bien de ce monde, si voyant son frère dans la nécessité, il lui ferme son cœur, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? Mes petits enfants, aimons, non de parole ni de langue, mais d’œuvre et en vérité.
Ces touchantes paroles du disciple bien-aimé ne pouvaient mieux être rappelées au peuple fidèle qu’en la radieuse Octave qui poursuit son cours. L’amour de Dieu pour nous est le modèle comme la raison de celui que nous devons à nos semblables ; la charité divine est le type de la nôtre. « Je vous ai donné l’exemple, dit le Sauveur, afin que, comme j’ai fait à votre égard, vous fassiez vous-mêmes (s. Jean 13, 15). » Si donc il a été jusqu’à donner sa vie, il faut savoir aussi donner la nôtre à l’occasion pour sauver nos frères. À plus forte raison devons-nous les secourir selon nos moyens dans leurs nécessités, les aimer non de parole ou de langue, mais effectivement et en vérité.
Or le divin mémorial, qui rayonne sur nous dans sa splendeur, est-il autre chose que l’éloquente démonstration de l’amour infini, le monument réel et la représentation permanente de cette mort d’un Dieu à laquelle s’en réfère l’Apôtre ?
Aussi le Seigneur attendit-il, pour promulguer la loi de l’amour fraternel qu’il venait apporter au monde, l’institution du Sacrement divin qui devait fournir à cette loi son puissant point d’appui. Mais à peine a-t-il créé l’auguste Mystère, à peine s’est-il donné sous les espèces sacrées : « Je vous donne un commandement nouveau, dit-il aussitôt ; et mon commandement, c’est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés (Ibid. 13, 34 ; 15, 12). » Précepte nouveau, en effet, pour un monde dont l’égoïsme était l’unique loi ; marque distinctive qui allait faire reconnaître entre tous les disciples du Christ (Ibid. 13, 35), et les vouer du même coup à la haine du genre humain (Tacit. Ann. 15) rebelle à cette loi d’amour. C’est à l’accueil hostile fait par le monde d’alors au nouveau peuple, que répondent les paroles de saint Jean dans notre Épître : « Mes bien-aimés, ne vous étonnez pas que le monde vous haïsse. Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. »
L’union des membres entre eux par le Chef divin est la condition d’existence du christianisme ; l’Eucharistie est l’aliment substantiel de cette union, le lien puissant du corps mystique du Sauveur qui, par elle, croît tous les jours dans la charité (Éph. 6, 16). La charité, la paix, la concorde, est donc, avec l’amour de Dieu lui-même, la plus indispensable et la meilleure préparation aux sacrés Mystères. C’est ce qui nous explique la recommandation du Seigneur dans l’Évangile : « Si, lorsque vous présentez votre offrande à l’autel, vous vous souvenez là même que votre frère a quelque chose contre vous, laissez là votre offrande devant l’autel, et allez d’abord vous réconcilier avec votre frère, et venez ensuite présenter votre offrande (s. Matth. 5, 23‑24) ».
Le Graduel, tiré des Psaumes, rend grâces au Seigneur de sa protection dans le passé, et implore contre des ennemis toujours acharnés la continuation de son puissant secours.
Graduel Alleluia
Lorsque j’étais dans la tribulation, j’ai crié vers le Seigneur, et il m’a exaucé. V/. Seigneur, délivrez ma vie de l’attaque des lèvres iniques et de la langue trompeuse.
Alleluia, alleluia. V/. Seigneur mon Dieu, j’ai espéré en vous ; sauvez‑moi de tous ceux qui me persécutent, et délivrez-moi. Alleluia.
Évangile
La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. 14.
En ce temps-là, Jésus dit aux Pharisiens cette parabole : Un homme fit un grand souper, et il y convia beaucoup de gens. Et à l’heure du souper, il envoya son serviteur dire aux conviés de venir, parce que tout était prêt. Et tous commencèrent à s’excuser. Le premier lui dit : J’ai acheté une maison de campagne, et il faut que je l’aille voir : je vous prie de m’excuser. Et le second dit : J’ai acheté cinq paires de bœufs, et je vais les essayer : je vous prie de m’excuser. Et un autre dit : J’ai épousé une femme, et c’est pourquoi je ne puis venir. Et le serviteur étant de retour, rapporta tout ceci à son maître. Alors le père de famille irrité dit à son serviteur : Va vite par les places et les rues de la ville, et amène ici les pauvres et les infirmes, les aveugles et les boiteux. Et le serviteur dit : Seigneur, il a été fait comme vous avez commandé, et il y a encore de la place. Et le maître dit au serviteur : Va par les chemins et le long des haies, et contrains d’entrer, afin que ma maison se remplisse. Car je vous le dis, aucun de ces gens qui avaient été invités ne goûtera de mon souper.
La fête du Corps du Seigneur n’était point encore établie, que déjà cet Évangile était attribué au présent Dimanche. C’est ce que témoignent, pour le 12ème siècle, Honorius d’Autun (Gemma anim. 4, 45-46) et Rupert (De div. Off. 12, 2). Le divin Esprit, qui assiste l’Église dans l’ordonnance de sa Liturgie, préparait ainsi à l’avance le complément des enseignements de cette grande solennité.
La parabole que propose ici le Sauveur à la table d’un chef des Pharisiens (s. Luc 14, 1) reviendra sur ses lèvres divines au milieu du temple, dans les jours qui précéderont immédiatement sa Passion et sa mort (s. Matth. 22, 1-14). Insistance significative, qui nous révèle assez l’importance de l’allégorie. Quel est, en effet, ce repas aux nombreux invités, ce festin des noces, sinon celui-là même dont la Sagesse éternelle a fait les apprêts dès l’origine du monde ? Rien n’a manqué aux magnificences de ces divins apprêts : ni les splendeurs de la salle du festin élevée au sommet des monts (Isaï. 2, 2) et soutenue par les sept colonnes mystérieuses (Prov. 9, 1) ; ni le choix des mets, ni l’excellence du pain, ni les délices du vin servis sur la table royale. Elle-même, de ses mains, la Sagesse du Père a pressuré dans la coupe la grappe de cypre (Cant. 1, 13) au suc généreux, broyé le froment levé sans semence d’une terre sacrée, immolé la victime (Prov. 9, 2). Israël, l’élu du Père (Éccli. 24, 13), était l’heureux convive qu’attendait son amour ; elle multipliait ses messages aux fils de Jacob. La Sagesse de Dieu s’était dit : Je leur enverrai les prophètes et les apôtres (s. Luc 11, 49). Mais le peuple aimé, engraissé de bienfaits, a regimbé contre l’amour ; il a pris a tâche de provoquer par ses abandons méprisants la colère du Dieu son Sauveur (Deut. 32, 15-16). La fille de Sion, dans son orgueil adultère, a préféré le libelle de répudiation au festin des noces (Isaï. 1, 1) ; Jérusalem a méconnu les célestes messages, tué les prophètes (s. Matth. 23, 34-37), et crucifié l’Époux.
Mais, alors même, la Sagesse éternelle offre encore aux fils ingrats d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, en souvenir de leurs pères, la première place à son divin banquet ; c’est aux brebis perdues de la maison d’Israël que sont d’abord envoyés les Apôtres (Ibid. 10, 6 ; Act. 13, 46). « Ineffables égards, s’écrie saint Jean Chrysostome ! Le Christ appelle les Juifs avant la croix ; il persévère après son immolation et continue de les appeler. Lorsqu’il devait, semble‑t‑il, les accabler du plus dur châtiment, il les invite à son alliance et les comble d’honneurs. Mais eux, qui ont massacré ses prophètes et qui l’ont tué lui-même, sollicités par un tel Époux, conviés à de telles noces par leur propre victime, ils n’en tiennent nul compte, et prétextent leurs paires de bœufs, leurs femmes ou leurs champs (Hom. 69 in Matth.). » Bientôt ces pontifes, ces scribes, ces pharisiens hypocrites, poursuivront et tueront les Apôtres à leur tour ; et le serviteur de la parabole ne ramènera de Jérusalem au banquet du père de famille que les pauvres, les petits, les infirmes des rues et places de la ville, chez qui du moins l’ambition, l’avarice ou les plaisirs n’auront point fait obstacle à l’avènement du royaume de Dieu.
C’est alors que se consommera la vocation des gentils, et le grand mystère de la substitution du nouveau peuple à l’ancien dans l’alliance divine. « Les noces de mon Fils étaient prêtes, dira Dieu le Père à ses serviteurs ; mais ceux que j’y avais invités n’en ont point été dignes. Allez donc ; quittez la ville maudite qui a méconnu le temps de sa visite (s. Luc 19, 44) ; sortez dans les carrefours, parti courez toutes les routes, cherchez dans les champs de la gentilité, et appelez aux noces tous ceux que vous rencontrerez (s. Matth. 22, 8-14). »
Gentils, glorifiez Dieu pour sa miséricorde (Rom. 15, 9). Conviés sans mérites de votre part au festin préparé pour d’autres, craignez d’encourir les reproches qui les ont exclus des faveurs promises à leurs pères. Boiteux et aveugle appelé du carrefour, sois empressé à la table sacrée. Mais songe aussi, par honneur pour Celui qui t’appelle, à déposer les vêtements souillés du mendiant du chemin. Revêts en hâte la robe nuptiale. Ton âme est reine désormais par l’appel à ces noces sublimes : « Orne-la donc de pourpre, dit saint Jean Chrysostome ; mets-lui le diadème, et place-la sur un trône. Songe aux noces qui t’attendent, aux noces de Dieu ! De quels tissus d’or, de quelle variété d’ornements ne doit pas resplendir l’âme appelée à franchir le seuil de cette salle du festin, de cette chambre nuptiale (Hom 69 in Matth.) ! »
L’Offertoire est, comme le Graduel, une prière instante, une demande de secours fondée sur la divine miséricorde.
Offertoire
Seigneur, revenez vers moi et délivrez mon âme ; sauvez-moi à cause de votre miséricorde.
L’Église implore, par la Secrète, le double effet du divin Sacrement dans la transformation des âmes : la purification des restes du péché, et le progrès dans les œuvres de la vie céleste.
Secrète
Que cette offrande, Seigneur, qui va être consacrée à votre Nom, nous purifie ; et qu’elle nous élève de jour en jour aux œuvres d’une vie toute céleste. Par Jésus-Christ.
Pendant la Communion, la sainte Église, inondée des faveurs du ciel, laisse éclater sa reconnaissance pour Celui qui, étant le Seigneur Très-Haut, est aussi son Époux et la comble de ces biens excellents.
Communion
Je chanterai au Seigneur qui m’a accordé tant de biens, et je célébrerai dans mes cantiques le Nom du Seigneur très haut.
Demandons avec l’Église, dans la Postcommunion, que la fréquentation du Mystère sacré ne demeure pas inféconde en nos âmes, mais y produise des fruits de salut toujours plus abondants.
Postcommunion
Ayant reçu les dons sacrés, faites, s’il vous plaît, Seigneur, que notre salut progresse par la fréquentation du divin Mystère. Par Jésus-Christ.
La Liturgie portée sous le nom de saint Jacques aux Constitutions apostoliques continue, après le Trisagion, par la bouche du Pontife :
Constitutio Jacobi
Saint êtes-vous vraiment en effet, très saint, très haut, exalté dans les siècles. Saint de même votre Fils unique, notre Seigneur et Dieu Jésus-Christ.
O Dieu qui êtes son Père, lui, votre ministre dans la création et le gouvernement du monde, ne méprisa point la race humaine qui se perdait. Elle avait eu la loi de nature, le redressement du Sinaï, les reproches des prophètes ; mais violant à la fois la loi naturelle et positive, oubliant le déluge, l’embrasement de Sodome, les plaies d’Égypte et l’extermination des peuples de la Palestine, elle courait à une ruine entière : lorsque, de votre consentement, il voulut bien se faire homme lui créateur de l’homme, sujet des lois lui le législateur, hostie lui pontife, brebis lui pasteur ; et vous, son Dieu et Père, fûtes apaisé et réconcilié avec le monde par ce Dieu Verbe, ce Fils aimé, premier-né de toute créature, né d’une Vierge, né dans la chair, sorti de la race de David et d’Abraham, de la tribu de Juda, conformément aux prophéties que lui-même avait inspirées sur sa propre personne.
Il fut donc façonné dans le sein d’une Vierge, celui qui forme tous les êtres ; il se fit chair, l’immatériel ; il naquit dans le temps, le fils engendré avant tous les temps. Il vécut dans la sainteté, enseigna dans la vérité. Il chassa des hommes maladies et langueurs, sema dans le peuple signes et prodiges. Il mangea, but et dormit, celui qui nourrit ceux qui ont faim et remplit de sa bénédiction tous les êtres. Il manifesta votre Nom à ceux qui ne le connaissaient pas, dissipa l’ignorance, ranima l’amour, accomplit votre volonté, et consomma l’œuvre que vous lui aviez donnée à faire. Ayant donc conduit à bonne fin toutes ces choses, trahi par le fils de perdition, il fut saisi par les mains de pontifes criminels et d’un peuple inique qui l’accablèrent par votre permission de souffrances et d’outrages.
Il fut livré au gouverneur Pilate ; le Juge fut jugé, le Sauveur condamné ; on crucifia celui qui ne peut souffrir ; l’immortel connut la mort ; l’artisan de la vie entra au tombeau : pour délivrer de la souffrance et sauver de la mort ceux pour lesquels il était venu, pour briser les chaînes forgées par l’enfer et arracher les hommes à ses tromperies perfides.
Le troisième jour, il se leva d’entre les morts ; il demeura quarante jours avec ses disciples, monta aux cieux, et s’assit à votre droite, ô Dieu son Père.
Ayant donc mémoire de sa passion et de sa mort, de sa résurrection et de son retour au ciel ; dans la pensée aussi du second avènement où il doit venir, avec gloire et puissance, juger les vivants et les morts, et rendre à chacun selon ses œuvres : à vous, roi et Dieu, nous offrons ce pain et ce calice, ainsi qu’il l’a ordonné, par lui vous rendant grâces.
L’Église syrienne met la belle formule qui suit dans la bouche du Diacre au moment le plus solennel des Mystères.
Concio
Voici le temps de la crainte, voici l’heure remplie de terreur : les esprits célestes sont dans la frayeur et, près de l’autel, s’acquittent en tremblant de leur ministère.
L’effroi saisit les fils de lumière, la terre est indifférente, le pécheur se dérobe à l’heure qui apporte la grâce. Ministres de l’Église, tremblez ; car vous avez en mains le feu vivant, et la puissance qui vous est donnée surpasse les Séraphins.
Heureuse l’âme pure ici présente à cette heure ! car l’Esprit‑Saint écrit son nom, et la transporte aux cieux.
Notre-Dame, ô Marie bienheureuse, implorez avec nous votre unique Fils, pour que, propre à vos prières, il ait pitié de nous tous.
Seigneur, regardez d’un œil de miséricorde le Prêtre notre Père debout à votre Autel. Recevez son offrande, ô vous notre Seigneur, comme l’offrande des Prophètes et des Apôtres.
Souvenez-vous, Seigneur, dans votre grâce et vos divines miséricordes, des Prêtres nos Pères et nos Princes. Que leur prière soit notre rempart.
Souvenez-vous, Seigneur, de nos pères, de nos frères, de nos maîtres ; rendez-nous dignes avec eux du royaume céleste par votre miséricorde.
Souvenez-vous, Seigneur, des absents, et ayez pitié de ceux qui sont ici ; donnez aussi aux âmes des défunts le repos, et pardonnez aux pécheurs à l’heure du jugement.
Aux âmes des morts qui, séparés de nous, ont quitté ce monde, donnez, Christ, le repos avec les bons et les justes.
Que votre croix soit pour eux comme un pont, que votre baptême soit leur vêtement, que votre Corps et votre Sang précieux soient la voie qui les conduise au royaume.
De ce sanctuaire puisse à jamais notre adoration être agréée, et donner gloire au Père, au Fils, à l’Esprit-Saint qui est vie ; que lui-même le Dieu vrai consomme en nous sa grâce, ses bénédictions, sa miséricorde et sa clémence, en ce moment et toujours. Et nous tous implorons le Seigneur.
Ajoutons cette Séquence tirée des manuscrits de Saint-Gall, où l’on retrouvera plus d’un trait du Victimtae paschali laudes.
Séquence
Que les chrétiens louent dévotement le Fils du Père :
Par son sang l’innocent Agneau
À délivré les pécheurs de la mort de l’enfer ;
Par sa mort, il a détruit l’abîme, et délivrés
Il nous conduit là où vivant il règne.
Vous êtes pour les bons l’aliment vivifiant du chemin.
Vous êtes l’espérance vraie du pécheur
Qui veut s’arracher au bourbier du crime.
O chair vénérable, revêtez-vous de la pureté des Anges.
Par le sacrement de ce Corps
Conduisez-nous à la vraie Galilée.
O chair sacrée du Christ,
Prêtez secours : que nous ne soyons pas condamnés
Avec la tourbe perfide des Juifs ;
Mais qu’avec vous nous vivions à jamais.
O Christ roi, prenez pitié de nous !
Mes bien chers Frères,
Dans mon sermon de la Fête-Dieu, je vous expose l’importance de la foi, de la charité dans la communion pour communier en esprit et en vérité.
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« Les termes de « chevalerie, combat, offensive, conquête des âmes, anéantissement des ennemis, munitions, utilisation des bonnes armes, etc. » reviennent constamment dans les écrits du fondateur, comme s’il avait prévu le danger de notre époque, où la chrétienté est endormie et où on a conclu la paix avec le démon. » Continuer la lecture de « L’Immaculée notre idéal : les armes puissantes du chevalier
par Serge Iciar »