Courte biographie de S. Exc. Mgr Williamson
par John McAuley

Pour l’anniversaire du rappel à Dieu de Monseigneur Williamson, nous vous donnons cette courte biographie écrite par M. McAuley que nous remercions de nous avoir autorisé à publier. Il s’agit de la traduction du texte original et non de celui modifié par Le Sel de la Terre.

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MGR Richard Williamson, décédé le 29 janvier 2025, jour de la fête de saint François de Sales, était l’un des quatre prêtres consacrés évêques par Mgr Marcel Lefebvre en 1988. Sa vie terrestre a commencé et s’est terminée en Angleterre, mais son travail et sa vocation l’ont conduit dans plusieurs autres pays. Le parcours qui l’a mené de sa naissance dans le nord de Londres à sa mort dans le Kent, 85 ans plus tard, est extraordinaire et fascinant.

Richard Nelson Williamson est né à Hampstead, au nord de Londres, le 8 mars 1940, deuxième fils de John Williamson et de son épouse Helen (née Nelson). John Williamson, originaire du Nottinghamshire dans les Midlands anglais, était un cadre supérieur de Marks & Spencer, la célèbre chaîne de magasins. Helen Nelson, qui s’est consacrée à son foyer et à sa famille après son mariage, était la fille unique de Harry Nelson, un homme d’affaires américain prospère, et de son épouse Olive.

Les premières années de la vie de Richard Williamson, même si elles ont été quelque peu perturbées par la Seconde Guerre mondiale (notamment par un déménagement temporaire dans le Leicestershire), se sont déroulées dans un foyer bourgeois tranquille. John et Helen Williamson s’entendaient bien, et la vie dans leur maison était donc ordonnée et paisible. La famille avait un sens aigu des coutumes, de la civilité et de la décence, mais la religion était plus ou moins absente. Le mariage de John et Helen Williamson, en 1936, avait été une cérémonie purement civile. John Williamson ne fréquentait aucun lieu de culte le dimanche matin, mais on le trouvait plutôt sur le terrain de golf.

Enfant, Richard fut envoyé dans une école préparatoire privée, Downsend, à Leatherhead, dans le Surrey, juste au sud de Londres. Des années plus tard, Monseigneur parla en bien de Downsend et de la bonne formation qu’elle donnait à ses élèves dans des matières telles que les mathématiques, le français et le latin. Finalement, à l’aube de l’adolescence, il fut temps de passer à l’école secondaire. À l’époque, pour les élèves d’écoles comme Downsend, le choix normal – et celui que fit John Williamson pour son fils – était une « public school » prestigieuse (les lecteurs non britanniques seront peut-être surpris d’apprendre qu’en Angleterre, ce terme désigne en fait une école privée très sélective !). Le jeune Richard, brillant élève, obtint une bourse pour le Winchester College, sans doute l’école la plus prestigieuse intellectuellement de tout le pays.

Jusqu’à présent, la vie de Richard ressemble à celle d’un Anglais typique de sa classe et de sa génération. Si les choses avaient continué ainsi, il aurait probablement mené une brillante carrière dans les affaires ou dans une profession libérale, et aurait joui d’une vie confortable et irréligieuse quelque part dans le sud de l’Angleterre. C’est à Winchester que l’on voit apparaître les premiers signes de cette remise en question et de cette obstination qui allaient le conduire à sortir du moule bourgeois et, finalement, à embrasser la prêtrise catholique. Richard remarqua rapidement une différence entre son propre milieu social, prospère mais seulement bourgeois, et celui de la plupart des autres élèves du Winchester College, qui provenaient des plus hautes sphères de la société anglaise. Cette disparité sociale le rendit quelque peu mal à l’aise pendant la majeure partie de son séjour en cette l’école. Une autre source de mécontentement plus importante pour Richard était la religion à Winchester. Au début, il accepta l’anglicanisme de l’école et reçut la « confirmation » anglicane, mais il devint rapidement athée et fut même réprimandé une fois pour son comportement dans la chapelle de l’école.

Même si ses années à Winchester ne furent pas très heureuses, Richard Williamson y obtint de bons résultats qui lui permirent d’être admis à l’université de Cambridge (Clare College). Là encore, il ne se sentait pas à l’aise. Il commença par étudier les langues modernes, avant de se tourner vers le droit pendant un an, puis finalement vers la littérature anglaise. Il obtint son diplôme à Cambridge en 1961.

Quelle orientation pour ce jeune homme bien éduqué ? Il était cultivé et doué pour l’écriture. Il n’est donc pas surprenant qu’il ait ensuite passé deux ans comme critique d’art et de musique pour un journal gallois. Très découragé d’avoir été contraint de réécrire un article dans lequel il avait exprimé son opinion sincère, il quitta rapidement le journalisme.

Après sa brève carrière de journaliste, Richard se lança dans ce qu’il allait faire pendant la majeure partie de sa vie adulte : l’enseignement. Downsend, son ancienne école préparatoire, avait besoin d’un enseignant pour le dernier trimestre de l’année scolaire 1962-1963. Il occupe donc le poste vacant temporaire dans cette école de Leatherhead. Sur la suggestion d’un ami, il passa ensuite deux ans à enseigner au Ghana, une ancienne colonie britannique récemment indépendante. À son retour d’Afrique, il accepta un poste à St. Paul’s à Londres, une prestigieuse école pour garçons. Richard Williamson remarqua rapidement que le St. Paul’s des années 1960 était très différent du Winchester des années 1950 ; l’éducation classique, qui avait longtemps été la norme incontestée dans les « public schools » anglaises, était désormais abandonnée. Même les parents de St. Paul’s, bien qu’ils fussent issus des classes supérieures de Londres et de sa banlieue, ne soutenaient généralement pas les efforts de Richard Williamson pour donner à leurs fils une véritable éducation.

C’est pendant son séjour à St Paul’s que Richard Williamson commença à s’intéresser au catholicisme. Il se mit à lire des ouvrages sur sa future religion et rendit visite à plusieurs prêtres. Pour l’instant, cependant, il restait athée. Au cours de sa cinquième et dernière année à St Paul’s, il étudia sérieusement la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin. À la grande déception des professeurs et des élèves, il quitta St Paul’s en 1970. Il passa ensuite plusieurs mois seul dans un cottage des Highlands écossais, à lire et à prier (notamment en récitant quinze dizaines du rosaire chaque jour).

Une ruse d’un prêtre irlandais finit par amener Williamson à entrer dans l’Église catholique. L’ancien enseignant accepta d’assister à la réception d’un ancien élève dans l’Église. Le prêtre officiant, le père John Flanagan, demanda à M. Williamson s’il pensait que son ancien élève avait raison de devenir catholique. Après quelques hésitations, Williamson répondit qu’il pensait que le jeune converti avait effectivement raison. Le prêtre invita alors Williamson à revenir trois semaines plus tard afin d’être lui-même reçu dans l’Église catholique. Williamson chercha en vain une raison de refuser cette invitation, mais en quelques minutes, il comprit que le jeu était terminé. Il accepta de devenir catholique. La réception de Richard Williamson eut lieu le 23 janvier 1971, en présence de ses parents (mais aucun d’eux ne devint catholique).

Le nouveau converti partit ensuite pour un voyage catholique à travers l’Europe, mais pas avant que le père Flanagan ne lui ait suggéré de devenir prêtre (une idée qui ne suscita guère l’enthousiasme du dirigé). Il visita plusieurs sanctuaires mariaux (dont la Rue du Bac, Lourdes, Garabandal, San Damiano, Heroldsbach et Fatima, ces apparitions n’ayant pas toutes l’approbation de l’Église). Il parlera plus tard de sa déception lorsque, de retour en Angleterre, les prêtres à qui il s’adressa ne montrèrent que peu d’intérêt pour les sanctuaires qu’il avait visités. Il se rendit également dans la grotte de Manrese où saint Ignace de Loyola s’était retiré pendant sa propre conversion. À Rome, Richard Williamson remarqua un manque de foi préoccupant chez le clergé. Tout au long de ces voyages, il poursuivit l’étude de la Somme Théologique. Au cours de cette visite d’un an sur le continent, le voyageur rencontra des personnes intéressantes, notamment le célèbre journaliste britannique Malcolm Muggeridge, qu’il connaissait déjà, le romancier catholique Graham Greene et… Mgr Lefebvre, lors d’une courte visite à Écône. Cette première rencontre avec le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X semble avoir été plutôt brève. La rencontre la plus importante qu’il fit pendant son séjour sur le continent fut peut-être celle avec Mama Rosa de San Damiano, qui lui conseilla, lorsqu’il lui dit qu’il ne savait pas quoi faire de sa vie, d’aller voir son directeur spirituel, le père Flanagan.

De retour en Angleterre au printemps 1972, Richard Williamson alla effectivement voir le père Flanagan. Sur les conseils de son directeur, il enseigna – brièvement – dans une école voisine. Il commença également à se poser la question de sa vocation sacerdotale. Une tentative d’inscription au clergé séculier du nouveau diocèse d’Arundel & Brighton (dans lequel le père Flanagan exerçait) échoua, le candidat étant trop catholique pour les sélectionneurs conciliaires. Une courte période comme postulant à l’Oratoire de Brompton se termina par le rejet de ce futur oratorien, peut-être à cause d’une question « impertinente » (« Pourquoi n’étudions-nous pas saint Augustin ? ») posée dans un cours d’Écriture sainte.

Le père Flanagan était un prêtre conservateur, sans aucun doute orthodoxe dans sa doctrine. Mais il acceptait de célébrer le Novus Ordo Missae et ne prenait aucune part au mouvement traditionaliste naissant. Il est même arrivé, une fois, que le père Flanagan refuse de rencontrer Mgr Lefebvre. Mais il était conscient que Richard Williamson, trop « à droite » sur le plan théologique, même pour l’Oratoire de Brompton (qui a longtemps eu la réputation d’être l’une des églises les plus conservatrices de Londres), ne pourrait probablement survivre que dans un certain séminaire nouvellement fondé en Suisse. Le père Flanagan reconnut la réalité de la situation de son protégé et lui dit que sa place était à Écône.

À la fin de l’année 1972, Richard Williamson arriva au séminaire international Saint-Pie X. Il fit d’abord une retraite ignatienne de trente jours, prêchée par le père Ludovic-Marie Barrielle. À l’issue de cette retraite, il décida de rester à Écône pour étudier en vue de devenir prêtre. Il était heureux à Écône. La quête incessante de quelque chose, qui avait peut-être commencé lors de ses tout sauf heureuses années à Winchester, était satisfaite.

Mgr Lefebvre accordait une grande confiance au jeune Anglais. À deux reprises, il fut choisi pour représenter le séminaire lors de la visite d’équipes de télévision françaises. Il fut également le premier séminariste que Mgr Lefebvre choisit en 1974 pour être interrogé par deux enquêteurs venus de Rome.

Grâce à l’éducation qu’il avait déjà reçue, Richard Williamson a suivi un parcours accéléré au séminaire et est devenu prêtre quatre ans après son entrée à Écône. Le 29 juin 1976, il faisait partie de la douzaine d’hommes ordonnés prêtres par Mgr Lefebvre. À la suite de ces ordinations, les autorités conciliaires ont prétendu suspendre l’archevêque a divinis.

Après son ordination, l’abbé Williamson fut envoyé en Allemagne pour former des prêtres pour la Fraternité Saint-Pie X. Un an plus tard, il fut rappelé pour enseigner à Écône. Il y resta jusqu’en 1983.

L’abbé Williamson fut ensuite nommé vice-recteur du séminaire de la Fraternité aux États-Unis
Amérique, le séminaire Saint-Thomas-d’Aquin, basé à l’époque à Ridgefield (Connecticut). Quelques
mois après son arrivée en Amérique, un désaccord au sein de la Fraternité Saint-Pie X – il y en eut beaucoup au fil des ans – fut l’occasion pour l’abbé Williamson d’être nommé nouveau recteur de ce
séminaire. À la suite d’un désaccord avec la Fraternité sur plusieurs questions (parmi lesquelles l’utilisation de la liturgie de Jean XXIII et la reconnaissance des annulations de mariage conciliaires), quatre prêtres de la Fraternité Saint-Pie X du district du Nord-Est (États-Unis) furent expulsés, bientôt rejoints par cinq autres. L’abbé Williamson fut invité à combler les vides importants laissés par ces départs. Il remplaça l’abbé Donald Sanborn comme directeur du séminaire et, pendant une courte période, l’abbé Clarence Kelly comme supérieur du district.

En tant que professeur de séminaire, tant en Europe qu’en Amérique, l’abbé Williamson était peut-être surtout connu pour ses cours de philosophie thomiste, ainsi que pour ses cours sur les actes du Magistère, consacrés aux encycliques antilibérales, de Grégoire XVI à Pie XII. Le thomisme et la condamnation pontificale du libéralisme étaient sans aucun doute deux des grandes passions de sa vie, passions qu’il s’efforçait de transmettre à la jeune génération. Plus tard, il enseigna également la doctrine pontificale préconciliaire à des groupes de laïcs.

À son arrivée à Ridgefield, l’abbé Williamson commença ce qui allait devenir une partie importante de l’œuvre de sa vie : ses lettres du recteur, qui allaient beaucoup plus tard évoluer vers les commentaires Eleison. Les premières de ces lettres n’étaient guère plus que des bulletins d’information, destinés à tenir les bienfaiteurs au courant des événements qui ont suivi l’exode des « neuf » et à solliciter des fonds. Après quelques mois, ces missives (imprimées sur papier et envoyées par la poste) ont commencé à inclure des commentaires sur les événements dans l’Église et dans le monde en général. Les lettres de l’abbé Williamson se sont poursuivies pendant les 20 années où il a occupé le poste de recteur.

Mgr Lefebvre, né en 1905, étant désormais très âgé et aucune autre perspective réaliste ne se profilant quant à l’arrivée d’un autre évêque vivant pour venir en aide aux catholiques souhaitant conserver la foi, la question des consécrations épiscopales par Son Excellence  a commencé à se poser. En temps normal, il serait en effet très grave pour un évêque de consacrer un autre évêque sans avoir reçu l’autorisation nécessaire du pape. Certains prêtres de la Fraternité étaient farouchement opposés à un tel acte de la part de leur fondateur, et plusieurs d’entre eux finirent par le quitter à cause de cette question. D’autres étaient ouverts à cette idée, et d’autres encore souhaitaient vivement voir une consécration épiscopale. À l’automne 1987, l’abbé Williamson écrivit qu’il espérait que toute consécration épiscopale serait approuvée par Jean-Paul II, mais il n’était manifestement pas alarmé par la perspective d’une consécration « non approuvée ».

À cette époque, les traditionalistes discutaient pour savoir qui serait consacré évêque. L’abbé Williamson était considéré comme le candidat anglophone le plus probable ; il confirma d’ailleurs plus tard qu’il aurait été le choix de l’archevêque si un seul évêque avait été consacré (« Il voulait un Britannique obstiné ! »).

Les négociations entre la Fraternité Saint-Pie X et la Rome de Jean-Paul II se sont poursuivies pendant la majeure partie de l’année universitaire 1987-1988. En mai 1988, l’archevêque a même signé les grandes lignes d’un accord, ce qui l’a mis très mal à l’aise presque immédiatement après. En juin, Son Excellence annonça qu’il consacrerait quatre évêques le dernier jour du mois, même sans l’approbation de Jean-Paul II. Comme prévu, l’abbé Williamson figurait parmi les quatre. Les autres nouveaux évêques étaient l’abbé Bernard Tissier de Mallerais, l’abbé Alfonso de Galarreta et l’abbé Bernard Fellay. Une foule de plusieurs milliers de personnes, dont Helen Williamson, était présente à Écône pour cette cérémonie historique. John Williamson était décédé l’année précédente, mais Mgr Williamson déclara que son père aurait assisté à la cérémonie s’il en avait eu la possibilité. Le Vatican annonça que les évêques consécrateurs (à savoir Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer) et les quatre consacrés avaient été automatiquement excommuniés. Ni Mgr Williamson, ni aucun des cinq autres évêques ne tinrent compte de ce décret. Peu après les consécrations épiscopales, un chapitre de la Fraternité Saint-Pie X eut lieu, à l’issue duquel Mgr Williamson fut nommé deuxième assistant du supérieur général. Le mandat de Mgr Williamson en tant que deuxième assistant, qui expira en 1994, fut la seule fois où il siégea au conseil de direction de la Fraternité Saint-Pie X.

Pour Mgr Williamson, l’autre événement majeur de 1988 fut le déménagement du séminaire de Ridgefield (Connecticut) à Winona (Minnesota). Le bâtiment du séminaire de Winona, un ancien noviciat dominicain construit dans les années 1950, était plus grand que les locaux de Ridgefield et disposait d’un terrain beaucoup plus vaste ; ce vaste terrain permit à l’évêque d’offrir aux séminaristes une formation plus « en plein air ». Constatant chez ses séminaristes un manque de culture, qu’il considérait comme essentielle pour que la grâce surnaturelle puisse véritablement s’emparer d’une âme, cet Anglais très cultivé instaura une année préparatoire en sciences humaines afin de combler, ne serait-ce que partiellement, leurs lacunes en matière de musique, de littérature et d’histoire.

En plus de diriger le séminaire nord-américain de la Fraternité Saint-Pie X, l’évêque parcourait désormais de longues distances pour administrer la confirmation à des âmes du monde entier. Il a un jour plaisanté en disant que pour un évêque de la Fraternité Saint Pie X, sa cathédrale est un Boeing 747 !

De retour au séminaire, il continua à rédiger ses lettres mensuelles. Toutes ne faisaient pas l’unanimité parmi ses lecteurs. Une lettre dans laquelle Monseigneur critiquait le film La Mélodie du bonheur et une série de missives dans lesquelles il s’opposait au port du pantalon par les femmes lui firent perdre quelques amis.

Les années 1990 touchaient rapidement à leur fin. En 1994, Mgr Fellay fut élu supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X. Tout semblait aller pour le mieux au sein de la Fraternité Saint-Pie X. L’historien attentif de la Fraternité notera cependant que c’était l’époque des pourparlers du GREC (Groupe pour la réconciliation entre catholiques), qui ont beaucoup encouragé les prêtres de la Fraternité qui espéraient parvenir à un accord canonique avec l’Église conciliaire. S’exprimant longtemps après son expulsion de la Fraternité, Monseigneur déclara que ceux qui cherchaient à conclure un accord avec la Nouvelle Église ont commencé à s’activer dès la mort de Mgr Lefebvre (en 1991).

En août 2000, la Fraternité organisa un impressionnant pèlerinage à Rome. Des dizaines et des dizaines de prêtres et de religieux, ainsi que des centaines de laïcs, ont prié et défilé dans la Ville éternelle pendant plusieurs jours. À la fin du pèlerinage, les quatre évêques de la Fraternité Saint Pie X furent invités à déjeuner par le cardinal Castrillón Hoyos, préfet de la Congrégation pour le clergé. Mgr Williamson assista à ce magnifique repas, sans doute conscient que la nourriture et la boisson peuvent être des armes efficaces en politique. Les pourparlers entre la Fraternité et la nouvelle Rome ont rapidement commencé. Certains des dangers d’un accord entre la Fraternité Saint Pie X et l’Église conciliaire ont été exposés dans une lettre du recteur de Winona. Les pourparlers de 2001 se sont soldés par une impasse, mais d’autres pourparlers ont suivi par la suite.

Les premiers signes des relations difficiles entre Mgr Williamson et la direction de la Fraternité Saint Pie X apparurent en 1999, lorsque le supérieur général de l’époque, Mgr Fellay, lui demanda de quitter Winona pour devenir supérieur de district aux Philippines. Mgr Williamson refusa. Quatre ans plus tard, il accepta de quitter son poste de recteur à Winona pour devenir recteur du séminaire de la Fraternité à La Reja, en Argentine. Avec le temps, il en est venu à considérer ce déménagement en Amérique latine comme un moyen de réduire son influence au sein de la Fraternité. En 2006, le manque d’enthousiasme de Monseigneur pour la réélection (lors du chapitre général de cette année-là) de Mgr Fellay comme supérieur général était facile à discerner.

En juillet 2007, quatre ans après sa dernière lettre écrite depuis le bureau du recteur à Winona, Mgr Williamson a ravi de nombreux traditionalistes, et sans doute exaspéré quelques autres, lorsqu’il a lancé ses Commentaires Eleison hebdomadaires. Ces lettres, plus courtes que celles de Winona et Ridgefield, et hebdomadaires plutôt que mensuelles, étaient envoyées par courrier électronique à des âmes dispersées à travers le monde. Elles ne faisaient pas office de bulletins d’information pour le séminaire ou toute autre institution, et couvraient un large éventail de sujets, reflétant les nombreux domaines d’intérêt et d’expertise de l’évêque. Une semaine, la lettre pouvait porter sur la musique, et la semaine suivante, sur le sionisme ! La religion et la crise dans l’Église catholique faisaient également l’objet d’une large couverture.

Mgr Williamson était heureux en Argentine et aurait pu y rester encore de nombreuses années, mais les choses commencèrent à se gâter pour lui à la fin de l’année 2008. Son Excellence se trouvait au séminaire de la Fraternité Saint Pie X à Zaitzkofen, en Allemagne, pour une ordination. Il fut  interviewé par la télévision suédoise pendant son séjour là-bas. Vers la fin de l’interview, le journaliste lui demanda s’il pensait que le récit historique conventionnel de la persécution des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale était « mensonges, mensonges, mensonges ». L’évêque sembla surpris par la question, mais il décida d’exprimer son opinion selon laquelle le nombre de Juifs morts dans les camps de concentration nazis n’était pas supérieur à environ 300 000 – bien loin des six millions – et qu’aucun d’entre eux n’était mort dans les chambres à gaz. Il déclara que les preuves historiques contredisaient largement la version largement répandue de ces événements. L’enregistrement de l’interview fut, pour ainsi dire, rangé dans un placard… mais pas pour longtemps.

Le 21 janvier 2009, un décret du Vatican fut signé, levant les excommunications présumées de 1988. Il n’est pas nécessaire de s’attarder ici sur l’opportunité et la validité de ce décret (un décret que la Fraternité Saint Pie X avait demandé). Presque le même jour, l’interview accordée à la télévision suédoise fut diffusée. Une explosion mondiale (une explosion de quoi, l’auteur préfère ne pas le dire) éclata. « Benoît XVI ne savait-il pas », ont crié les médias, « qu’un des évêques de la Fraternité Saint Pie X était un négationniste de l’Holocauste » ? La couverture médiatique dans la presse, à la télévision et sur Internet a atteint une ampleur sans doute jamais vue pour une affaire liée à la Fraternité Saint Pie X. La direction de la Fraternité prit ses distances avec Mgr Williamson. Le mois suivant, la Fraternité Saint Pie X confirmait qu’il avait été démis de ses fonctions de recteur de La Reja. Peu après, Mgr Williamson fut expulsé d’Argentine par le gouvernement de ce pays. Il s’envola pour Londres, où plusieurs policiers l’attendaient. Les hommes en bleu étaient-ils sur le point d’arrêter l’évêque de retour au pays ? Non ! En fait, des appels téléphoniques nocturnes entre le supérieur du district britannique de la Fraternité Saint Pie X de l’époque, l’abbé Paul Morgan, et la police avaient abouti à leur présence à l’aéroport d’Heathrow pour protéger Mgr Williamson !

Les quatre années suivantes se passèrent à la maison de la Fraternité Saint Pie X à Wimbledon, au sud-ouest de Londres. L’évêque appréciait la compagnie et l’hospitalité du clergé de la Fraternité à St. George’s House, mais il était sans doute frustré par l’absence de rôle défini pour lui. Les relations avec Mgr Fellay et la direction de la Fraternité ne s’améliorèrent pas. La Fraternité semblait se précipiter tête baissée vers un accord avec la Nouvelle Rome, et l’évêque devint un opposant de plus en plus virulent à une telle capitulation. Il donna des conférences, dont beaucoup dans les locaux de la Fraternité Saint Pie X, dans lesquelles il s’insurgeait contre la trahison de l’héritage de Mgr Lefebvre. Pendant ce temps, les procès en Allemagne – résultant de l’interview à la télévision suédoise en 2008 – se sont poursuivis, par intermittence, pendant plusieurs années.

En 2012, la situation entre Monseigneur et la direction de la Fraternité Saint Pie X atteignit son paroxysme. Il ne fut pas autorisé à assister au chapitre de la Fraternité Saint Pie X à Écône et on lui demanda de cesser les Eleison Comments. En réponse à une demande de se soumettre à la direction de la Fraternité, il appela à la démission de son supérieur général. En octobre, la Fraternité déclara que Mgr Williamson n’en était plus membre. Il a répondit à cette déclaration par une lettre bien rédigée adressée à Mgr Fellay.

Pendant plusieurs semaines après son expulsion de la Fraternité Saint Pie X, Mgr Williamson resta à St. George’s House. En décembre 2012, quarante ans après son arrivée à Écône, il quittait Wimbledon. La Fraternité ne lui ayant fourni aucun logement, il s’installa temporairement chez un laïc juste à l’extérieur de Londres. Au printemps 2014, grâce à des dons substantiel de ses sympathisants, il acheta une maison de taille respectable à Broadstairs, dans le Kent. Il y disposait d’un espace suffisant pour aménager une chapelle digne, un bureau et une salle pour recevoir des visiteurs. Un autre prêtre (un cuisinier talentueux, ce qui a amené l’évêque à remarquer qu’il mangeait désormais trop bien !) vint également vivre dans la maison.

En 2018, Son Excellence a fait l’objet d’une biographie, The Voice of the Trumpet, écrite par son ami le Dr David Allen White, qui avait déjà rédigé les biographies de Mgr Lefebvre (The Horn of the Unicorn) et de Mgr de Castro Mayer (The Mouth of the Lion). Le Dr White avait fait la connaissance de l’évêque en assistant à une série de conférences données par celui-ci. Au cours d’une conversation entre le Dr White et Mgr Williamson, il est apparu que le Dr White avait une vaste culture qui le rendait cher à l’ancien élève de Winchester érudit et mélomane. Le Dr White fut ensuite invité par l’évêque à donner des conférences sur la littérature aux séminaristes de Winona, puis à un groupe de laïcs à Broadstairs. Ces deux hommes érudits restèrent en contact jusqu’à la mort de l’évêque. Malheureusement, le Dr White décéda le 11 février 2025.

L’évêque était âgé d’environ 75 ans lorsqu’il arriva dans le Kent. Mais il n’a pas passé les dernières années de sa vie à se prélasser au bord de la mer. Les Eleison Comments continuèrent à paraître jusqu’à quelques jours avant sa mort. Il y avait des âmes, tant localement qu’ailleurs en Angleterre, qui recherchaient son ministère. Et, bien sûr, partout dans le monde, il y avait des personnes qui avaient besoin de la confirmation, ainsi que des séminaires et des communautés religieuses (composées de personnes expulsées ou ayant quitté de leur propre gré le milieu de la Fraternité Saint Pie X) qui avaient besoin d’ordinations. Bien que Son Excellence ait refusé de fonder une structure formelle, il exerça son ministère à travers le monde auprès de « poches de résistance ». Il a consacré six évêques entre 2015 et 2022, à savoir, par ordre de date de consécration, l’abbé Jean-Michel Faure, Dom Thomas d’Aquin, O.S.B., l’abbé Gerardo Zendejas, l’abbé Giacomo Ballini, l’abbé Michal Stobnicki et l’abbé Paul Morgan.

Le vendredi 24 janvier 2025, Mgr Williamson fut victime d’une hémorragie cérébrale soudaine. Il fut admis à l’hôpital, où il décéda cinq jours plus tard, fortifié par les rites de la Sainte Église.

Requiescat in pace.