Le chapelet est une prière, un enseignement et une communion spirituelle
Lettres de Sœur Lucie de Fatima

📖 Présentation


Le monde est en proie aux ennemis de Dieu, le Rosaire est la prière d’ultime recours.

Les hommes d’Église pervertissent l’enseignement de Jésus, le Rosaire au contraire le proclame l’enseignement de Jésus par les mystères contemplés.

Les prêtres et les messes se font rares, le Rosaire est une communion spirituelle.

En 1970, Sœur Lucie, de Fatima devenue carmélite à Coïmbra, écrit à deux correspondants pour défendre la récitation du chapelet. Elle y explique pourquoi cette prière, faite de paroles venues du Ciel, est trinitaire et eucharistique avant d’être mariale, et pourquoi elle est « le pain spirituel des âmes ». Voici ces deux lettres.

Lettre de sœur Lucie pour la défense du chapelet

J. M. J.

Pax Christi.

Chère Mère Martins

La prière qui nous unit le plus à Dieu

Quant à ce que vous me dites au sujet de la récitation du chapelet, c’est une grande peine ! Parce que la prière du Rosaire ou chapelet est, après la sacrée liturgie de l’Eucharistie, celle qui nous unit le plus à Dieu par la richesse des prières qui la composent, toutes venant du Ciel, dictées par le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. Le Gloria que nous récitons à tous les mystères fut dicté par le Père aux Anges lorsqu’Il les envoya chanter auprès de son Verbe qui venait de naître, et c’est une hymne à la Sainte Trinité. Le Notre Père nous fut dicté par le Fils et c’est une prière dirigée vers le Père. L’Ave Maria tout entier est imprégné de sens trinitaire et eucharistique : les premières paroles furent dictées par le Père à l’Ange lorsqu’il l’envoya annoncer le mystère de l’Incarnation du Verbe : « Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. » Vous êtes pleine de grâce parce que, en vous, réside la fontaine de cette même grâce. C’est par votre union à la Très Sainte Trinité que vous êtes pleine de grâce.

Mue par l’Esprit-Saint, sainte Élisabeth a dit : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus le fruit de vos entrailles est béni. » Si vous êtes bénie, c’est parce que Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Mue par l’Esprit-Saint, l’Église aussi a ajouté : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort ». Cela est aussi une prière dirigée à Dieu par Marie. Parce que vous êtes Mère de Dieu, priez pour nous. C’est une prière trinitaire, oui, parce que Marie fut le premier temple vivant de la Très Sainte Trinité : « L’Esprit-Saint descendra sur vous. Le Père vous couvrira de Son ombre. Et le Fils qui naîtra de vous sera appelé le Fils du Très-Haut. »

Marie est le premier tabernacle vivant où le Père a enfermé son Verbe. Son Cœur Immaculé est la première custode qui l’a gardé, son sein et ses bras furent le premier autel et le trône sur lequel le Fils de Dieu fait homme a été adoré. C’est là que les anges, les bergers et les mages l’ont adoré. Marie est le premier prêtre qui prit en ses mains pures et immaculées le Fils de Dieu et le conduisit au temple pour l’offrir au Père, comme victime pour le salut du monde.

Le chapelet, prière d’union à Dieu

Ainsi la prière du chapelet est, après la sacrée liturgie de l’Eucharistie, celle qui nous introduit le mieux dans le mystère intime de la Très Sainte Trinité et de l’Eucharistie, et celle qui nous met le mieux dans l’esprit les mystères de Foi, d’Espérance et de Charité. Elle est le pain spirituel des âmes. Celui qui ne prie pas dépérit et meurt. C’est dans la prière que nous rencontrons Dieu et c’est dans cette rencontre qu’il nous communique la Foi, l’Espérance et la Charité, vertus sans lesquelles nous ne nous sauverons pas. Le chapelet est la prière des pauvres et des riches, des savants et des ignorants : retirer cette dévotion aux âmes, c’est leur retirer le pain spirituel de chaque jour. C’est elle qui maintient la petite flamme de la foi qui n’est pas encore tout à fait éteinte dans beaucoup de consciences. Même pour ces âmes qui le récitent sans méditer, le simple fait de prendre leur chapelet pour prier, c’est déjà se souvenir de Dieu, du surnaturel. Le simple rappel des mystères, à chaque dizaine, est plus qu’un rayon de lumière pour soutenir dans les âmes la mèche qui fume encore. C’est pour cela que le démon lui a tant fait la guerre ! Et le pire c’est qu’il a réussi à abuser et à tromper des âmes ayant une lourde responsabilité par le poste qu’elles occupent !… Ce sont des aveugles guidant d’autres aveugles !… Et ils veulent s’appuyer sur le concile, et ne voient pas que le saint Concile a ordonné que soient conservées toutes les pratiques, qui, au long des années, ont été pratiquées en l’honneur de la Vierge Immaculée, Mère de Dieu, et que la prière du Saint Rosaire ou du chapelet en est une des principales, laquelle en face de l’ordre donné par le saint Concile et par le Pontife Suprême, nous sommes obligés, c’est-à-dire nous devons le conserver.

J’ai une grande espérance que n’est pas loin le jour où la prière du saint rosaire et du chapelet sera déclarée prière liturgique ; oui, parce qu’elle fait tout entière partie de la sacrée liturgie eucharistique. Prions, travaillons, sacrifions-nous, et ayons confiance : « À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ! »

Sœur Lucie, o. c. d.

Lettre de sœur Lucie au Père Pasquale sur le chapelet

26 novembre 1970

Très Révérend Père

Remède à la désorientation

J’ai été très contente d’apprendre quel était votre nouvel apostolat. Je crois que c’est là le fruit d’une grande inspiration qui vient à la rencontre, me semble-t-il, de ce dont notre époque a le plus grand besoin. La décadence du monde est sans nul doute l’effet du manque d’esprit de prière. Ce fut en prévision de cette désorientation que la Vierge a recommandé avec tant d’insistance la récitation du chapelet. C’est parce que la prière du Rosaire est, après la sainte Messe, la plus apte à conserver et à augmenter la foi dans les âmes, que le démon a déchaîné contre lui la guerre que l’on sait. Et nous voyons, hélas ! les ruines lamentables qu’il a provoquées.

Propager le chapelet

Aussi devons-nous travailler sans relâche pour établir et augmenter l’esprit de prière puisque c’est l’oraison qui nous rapproche de Dieu. C’est dans cette rencontre que Dieu accorde ses grâces, qu’il nous donne lumière et force pour vaincre les tentations et les difficultés et que se résolvent bien des problèmes dont nous ne trouvions pas la solution.

Comme, hélas ! rares sont les personnes qui assistent chaque jour à la Messe et se nourrissent du Pain eucharistique, la prière du Rosaire devient indispensable pour les âmes. Car, si elles ne récitent pas le chapelet, quelle prière feront-elles ? Et, sans la prière, qui se sauvera ?

Mais même pour ceux qui vont à la Messe chaque jour, la récitation quotidienne du chapelet est une nécessité pour conserver la Foi, l’Espérance et la Charité. Le chapelet est le fondement de la sainte Liturgie parce qu’il rappelle aux âmes les principaux mystères de notre Rédemption.

Communion avec Dieu

Le Rosaire nous met d’abord en contact avec la très Sainte Trinité. En effet, nous le commençons en disant : « Seigneur, venez à mon secours ! Hâtez-vous de me secourir ! Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit. » Ensuite, nous récitons le Gloria après chaque dizaine d’Ave pour louer la très Sainte Trinité. N’est-ce pas le Père qui inspira cette louange aux Anges qu’Il envoya chanter près de son Fils à peine né et fait homme ? Je crois que c’est la raison pour laquelle nous pouvons appeler le Rosaire une prière trinitaire plus qu’une prière mariale. Après le Gloria, nous récitons le Pater, prière qui s’adresse au Père et qui nous a été enseignée par Jésus : elle n’est qu’une louange et une supplication adressée à Dieu. Et Jésus-Christ ne nous a pas dit qu’avec le temps elle vieillirait et qu’il faudrait en trouver une autre. Il a dit : « Vous prierez ainsi : « Notre Père qui êtes aux Cieux. » » (Mt 6, 9–13)

L’Ave Maria aussi est une prière adressée à Dieu, et on y trouve la première révélation du Mystère de la Sainte Trinité, faite par Lui aux hommes.

L’Ange envoyé par le Seigneur pour annoncer à Marie l’Incarnation du Verbe, la salue avec des paroles dictées par le Père : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. » C’est-à-dire : « Vous êtes le Temple où Dieu réside. » Et l’Ange ajouta : « L’Esprit-Saint descendra sur vous et la Puissance du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’Être Saint qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu. » (Lc 1, 28–35).

Nous avons ici le premier Temple vivant où réside la Sainte Trinité, et la première révélation de ce mystère aux hommes : le Père la couvre de son ombre ; le Saint-Esprit descend sur Elle ; et le Fils de Dieu s’y fait homme. De la sorte, Marie fut le premier Tabernacle vivant où le Père enferma son Fils, le Verbe fait chair ; son Cœur Immaculé fut le premier Ostensoir pour l’accueillir ; dans son Cœur Immaculé et dans ses veines a circulé le premier sang du Dieu fait homme ; le sein et les bras de cette Vierge furent le premier Autel sur lequel Dieu présenta son Fils à nos adorations : c’est là que les Anges, les pasteurs et les mages l’adorèrent.

Prière eucharistique

Si nous voyons dans l’Ave Maria toute la beauté de sa véritable signification, il sera pour nous vraiment plus qu’une simple prière mariale, une oraison trinitaire et eucharistique. Je ne sais si l’on peut trouver des prières plus sublimes, plus appropriées et plus agréables à Dieu, à réciter devant le Saint-Sacrement.

Mais voyons le reste de cette prière. Le texte sacré nous dit : « Élisabeth, remplie du Saint-Esprit et élevant la voix, s’exclama : “Vous êtes bénie entre les femmes et le fruit de votre sein est béni.” » (Lc 1, 41–42) C’est donc le Saint-Esprit qui nous dicta ces paroles par la bouche d’Élisabeth. Cette salutation elle-même est une louange à l’adresse de Dieu : « Vous êtes bénie entre les femmes parce que le Fruit de votre sein est béni. » Même la supplication que la Sainte Église y a ajoutée, sûrement mue par le Saint-Esprit, s’adresse à Dieu : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. »

Tout est dirigé vers Dieu, grâce à l’union de Marie avec Dieu : « Parce que vous êtes la Mère de Dieu, Temple vivant de Dieu, Tabernacle vivant du Verbe fait chair, priez pour nous pauvres pécheurs. »

Nos frères protestants s’arrêtent aux mots de saint Paul disant : « Il y a un seul Médiateur auprès du Père. » Ils ne tiennent pas compte du fait que ce même Apôtre reconnaît qu’il est utile de prier les uns pour les autres. Et Marie, qui est la Mère de Dieu, ne pourrait prier pour nous ?

L’apostolat du rosaire

Nous devons défendre les âmes contre les erreurs qui les égareraient hors du bon chemin. Moi, je ne peux rien faire d’autre que vous aider de mes pauvres et humbles prières et sacrifices ; mais vous, Père Umberto, vous avez devant vous un champ beaucoup plus étendu pour développer votre apostolat. Et nous ne devons pas nous reposer ni laisser, comme dit Notre-Seigneur, les fils des ténèbres être plus habiles que les fils de la lumière.

Ici, au Portugal, des jeunes se sont mis à organiser une campagne de prière avec le Rosaire, pour rétablir la pratique de cette dévotion dans les âmes et dans les familles, en groupes ou individuellement, parmi les diverses populations.

À cette fin, ils recrutent le plus grand nombre de familles possible qui s’engagent à réciter le Rosaire tous les jours. Parfois, comme le dimanche et les jours de fêtes, ils forment des groupes et s’en vont sur les routes, disant le chapelet à haute voix et chantant des cantiques, jusqu’à l’église ou la chapelle choisie pour terminer leur prière. S’ils ont un prêtre, ils terminent par la bénédiction du Saint-Sacrement ou la sainte Messe ; sinon, par la visite au Saint-Sacrement. S’il n’y a pas le Saint-Sacrement, ils concluent par une louange à la Sainte Vierge.

Ces jeunes ont trouvé les gens pleins d’enthousiasme. Je crois que, présentement, c’est le meilleur apostolat pour conserver et augmenter la foi.

En Argentine, s’est fondé récemment un institut séculier, l’association Notre-Dame de Fatima, dont le but est cet apostolat. On se rassemble sur les places et on récite le Rosaire avec le peuple ; de grandes foules, dit-on. On va aussi le réciter dans les hôpitaux, dans les prisons. On raconte que tous prient avec une ferveur incroyable. Les évêques en sont si contents, que le Saint-Siège a permis aux fondatrices de venir m’en parler.

Je vous dis ces choses pour que vous voyiez les fruits que peut produire le Rosaire. Je crois qu’avec les moyens que Dieu vous a mis entre les mains vous pouvez en faire autant et même plus. Le Rosaire est l’arme la plus puissante pour nous défendre sur le champ de bataille.

Je prie pour vous, pour que le Seigneur vous donne encore assez de vie, assez de force et de courage pour mener à terme et avec succès cet apostolat.

Toujours reconnaissante et en union de prières.

Sœur Lucie, o. c. d.

P. S. : Ce que je vous ai raconté vise aussi à conserver la foi du peuple de Dieu en la présence réelle de Jésus dans l’Eucharistie. C’est pour cela que l’on conclut la récitation du Rosaire dans une église par la bénédiction du Saint-Sacrement, par la Messe, ou simplement, faute de prêtre, par une visite au Saint-Sacrement.

Coïmbra, 16 septembre 1970

Prier le chapelet en communion avec nous

Pour mettre en pratique ces lettres, vous pouvez réciter le chapelet en communion avec nous : chapelet en direct. ou bien Chapelet en différé

Sur le même thème, lisez aussi « Ne rien attendre du pape et des évêques », où Sœur Lucie présente le Rosaire comme l’un des deux derniers remèdes donnés au monde.