1er samedi du mois

À Fatima, la Très Sainte Vierge à demandé la dévotion des cinq premiers samedis du mois. Elle promet une sainte mort à ceux qui auront répondu à cette demande. De plus, une indulgence plénière peut être gagnée ainsi chaque samedi. Voir ci-dessous.

Pour vous y aider, nous avons publié plusieurs méditations des mystères du chapelet.

En outre, le premier vendredi de ce mois de février, nous fêterons la Purification de Notre Dame (chandeleur) je vous conseille de profiter de l’Année liturgique de Dom Guéranger.

Il y a cinq conditions pour gagner le privilège des cinq premiers samedis du mois.

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1er samedi du mois

À Fatima, la Très Sainte Vierge à demandé la dévotion des cinq premiers samedis du mois. Elle promet une sainte mort à ceux qui auront répondu à cette demande. De plus, une indulgence plénière peut être gagnée ainsi chaque samedi. Voir ci-dessous.

Pour vous y aider, nous avons publié plusieurs méditations des mystères du chapelet.

En outre, c’est aujourd’hui la fête de l’Épiphanie. je vous conseille vivement de lire l’Année Liturgique de Dom Guéranger

Il y a cinq conditions pour gagner le privilège des cinq premiers samedis du mois.

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5e mystère douloureux
La mort de Jésus en Croix


5e mystère douloureux
La mort de Jésus en Croix

Méditation par Dom Guéranger
L’Année liturgique

Après bien des coups Jésus parvient enfin au sommet de ce monticule qui doit servir d’autel au plus sacré et au plus puissant de tous les holocaustes. Les bourreaux s’emparent de la croix et vont l’étendre sur la terre, en attendant qu’ils y attachent la victime. Auparavant, selon l’usage des Romains, qui était aussi pratiqué par les Juifs, on offre à Jésus une coupe qui contenait du vin mêlé de myrrhe. Ce breuvage qui avait l’amertume du fiel, était un narcotique destiné à engourdir jusqu’à un certain point les sens du patient, et à diminuer les douleurs de son supplice. Jésus touche un moment de ses lèvres cette potion que la coutume, plutôt que l’humanité, lui faisait offrir ; mais Il refuse d’en boire, voulant rester tout entier aux souffrances qu’Il a daigné accepter pour le salut des hommes. Alors les bourreaux Lui arrachent avec violence ses vêtements collés à ses plaies et s’apprêtent à Le conduire au lieu où la croix l’attend. L’endroit du Calvaire où Jésus fut ainsi dépouillé, et où on Lui présenta le breuvage amer, est désigné comme la dixième station de la Voie douloureuse. Les neuf premières sont encore visibles dans les rues de Jérusalem, de l’emplacement du prétoire jusqu’au pied du Calvaire ; mais cette dernière ainsi que les quatre suivantes, sont dans l’intérieur de l’église du Saint-Sépulcre qui renferme dans sa vaste enceinte le théâtre des dernières scènes de la Passion du Sauveur.

Jésus est conduit à quelques pas de là par ses bourreaux, à l’endroit où, la Croix étendue par terre marque la onzième station de la Voie douloureuse. Il se couche, comme un agneau destiné à l’holocauste, sur le bois qui doit servir d’autel. On étend ses membres avec violence, et des clous qui pénètrent entre les nerfs et les os, fixent au gibet ses mains et ses pieds. Le sang jaillit en ruisseaux de ces quatre sources vivifiantes où nos âmes viendront se purifier. C’est la quatrième fois qu’il s’échappe des veines du Rédempteur. Marie entend le bruit sinistre du marteau, et son cœur de mère en est déchiré. Madeleine est en proie à une désolation d’autant plus amère, qu’elle sent son impuissance à soulager le Maître tant aimé que les hommes lui ont ravi. Cependant Jésus élève la voix ; Il profère sa première parole du Calvaire : « Père, dit-il, pardonnez-leur ; car ils ne savent ce qu’ils font. » (Luc. 23, 34) Ô bonté infinie du Créateur ! Il est venu sur cette terre, ouvrage des mains, et les hommes L’ont crucifié ; jusque sur la Croix, Il a prié pour eux, et dans sa prière Il semble vouloir les excuser !

La Victime est attachée au bois sur lequel il faut qu’elle expire ; mais elle ne doit pas rester ainsi étendue à terre. Isaïe a prédit que le royal rejeton de Jessé serait arboré comme un étendard à la vue de toutes les nations. (1s. 11, 10). Il faut que le divin crucifié sanctifie les airs infestés de la présence des esprits de malice ; il faut que le Médiateur de Dieu et des hommes, le souverain Prêtre et intercesseur, soit établi entre le ciel et la terre, pour traiter la réconciliation de l’un et de l’autre. À peu de distance de l’endroit où la Croix est étendue, on a pratiqué un trou dans la roche ; il faut que la Croix y soit enfoncée, afin qu’elle domine toute la colline du Calvaire. C’est le lieu de la douzième Station. Les soldats opèrent avec de grands efforts la plantation de l’arbre du salut. La violence du contre-coup vient encore accroître les douleurs de Jésus dont le corps tout entier est déchiré, et qui n’est soutenu que sur les plaies de ses pieds et de ses mains. Le voilà exposé nu aux yeux de tout un peuple, Lui qui est venu en ce monde pour couvrir la nudité que le péché avait causée en nous. Au pied de la Croix, les soldats se partagent ses vêtements ; ils les déchirent et en font quatre parts ; mais un sentiment de terreur les porte à respecter la tunique. Selon une pieuse tradition, Marie l’avait tissée de ses mains virginales. Ils la tirent au sort, sans l’avoir rompue ; et elle devient ainsi le symbole de l’unité de l’Église que l’on ne doit jamais rompre sous aucun prétexte.

Au-dessus de la tête du Rédempteur est écrit en hébreu, en grec et en latin : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs. Tout le peuple lit et répète cette inscription ; il proclame ainsi de nouveau, sans le vouloir, la royauté du fils de David. Les ennemis de Jésus l’ont compris ; ils courent demander à Pilate que cet écriteau soit changé ; mais ils n’en reçoivent d’autre réponse que celle-ci : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit ». (Jn 19, 22). Une circonstance que la tradition des Pères nous a transmise, annonce que ce Roi des Juifs, repoussé par son peuple, n’en régnera qu’avec plus de gloire sur les nations de la terre qu’Il a reçues de son Père en héritage. Les soldats, en plantant la Croix dans le sol, l’ont disposée de sorte que le divin crucifié tourne le dos à Jérusalem, et étend ses bras vers les régions de l’occident. Le Soleil de la vérité se couche sur la ville déicide et se lève en même temps sur la nouvelle Jérusalem, sur Rome, cette fière cité, qui a la conscience de son éternité, mais qui ignore encore qu’elle ne sera éternelle que par la Croix.

L’arbre de salut, en plongeant dans la terre, a rencontré une tombe ; et cette tombe est celle du premier homme. Le sang rédempteur coulant le long du bois sacré descend sur un crâne desséché ; et ce crâne est celui d’Adam, le grand coupable dont le crime a rendu nécessaire une telle expiation. La miséricorde du Fils de Dieu vient planter sur ces ossements endormis depuis tant de siècles le trophée du pardon, pour la honte de Satan, qui voulut un jour faire tourner la création de l’homme à la confusion du Créateur. La colline sur laquelle s’élève l’étendard de notre salut s’appelait le Calvaire, nom qui signifie un Crâne humain ; et la tradition de Jérusalem porte que c’est en ce lieu que fut enseveli le père des hommes, le premier pécheur. Les saints Docteurs des premiers siècles ont conservé à l’Église la mémoire d’un fait si frappant ; saint Basile, saint Ambroise, saint Jean Chrysostome, saint Épiphane, saint Jérôme, joignent leur témoignage à celui d’Origène, si voisin des lieux ; et les traditions de l’iconographie chrétienne s’unissant à celles de la piété, on a de bonne heure adopté la coutume de placer, en mémoire de ce grand fait, un crâne humain au pied de l’image du Sauveur en croix.

Mais levons nos regards vers cet Homme-Dieu, dont la vie s’écoule si rapidement sur l’instrument de son supplice. Le voilà suspendu dans les airs, à la vue de tout Israël, « comme le serpent d’airain que Moïse avait offert aux regards du peuple dans le désert » (Joan. 3, 14) ; mais ce peuple n’a pour Lui que des outrages. Leurs voix insolentes et sans pitié montent jusqu’à lui : « Toi qui détruis le temple de Dieu, et le rebâtis en trois jours, délivre-toi maintenant ; si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix, si tu peux. » (Mt. 17, 40) Puis les indignes pontifes du judaïsme enchérissent encore sur ces blasphèmes : « Il est le sauveur des autres, et il ne peut se sauver lui-même ! Allons ! Roi d’Israël, descends de la croix, et nous croirons en toi, ! Tu as mis ta confiance en Dieu ; c’est à lui de te délivrer. N’as-tu pas dit : Je suis le Fils de Dieu ? » (Mt. 27, 42-43) Et les deux voleurs crucifiés avec lui s’unissaient à ce concert d’outrages.

Jamais la terre, depuis quatre mille ans, n’avait reçu de Dieu un bienfait comparable à celui qu’Il daignait lui accorder à cette heure ; et jamais non plus l’insulte à la majesté divine n’était montée vers elle avec tant d’audace.

Nous chrétiens, qui adorons Celui que les Juifs blasphèment, offrons-Lui en ce moment la réparation à laquelle Il a tant de droits. Ces impies Lui reprochent ses divines paroles, et les tournent contre Lui ; rappelons-Lui à notre tour celle-ci qu’Il a dite aussi, et qui doit remplir nos cœurs d’espérance : « Lorsque Je serai élevé de terre, J’attirerai tout à Moi. » (Jn 12, 32) Le moment est venu, Seigneur Jésus, de remplir votre promesse ; attirez-nous à Vous. Nous tenons encore à la terre ; nous y sommes enchaînés par mille intérêts et par mille attraits ; nous y sommes captifs de l’amour de nous-mêmes, et sans cesse notre essor vers Vous en est arrêté ; soyez l’aimant qui nous attire et qui rompe nos liens, afin que nous montions jusqu’à Vous, et que la conquête de nos âmes vienne enfin consoler votre Cœur oppressé.

Cependant on est arrivé, au milieu du jour ; il est la sixième heure, celle que nous appelons midi. Le soleil qui brillait au ciel, comme un témoin insensible, refuse tout à coup sa lumière ; et une nuit épaisse étend ses ténèbres sur la terre entière. Les étoiles paraissent au ciel, les mille voix de la nature s’éteignent et le monde semble prêt à retomber dans le chaos.

Un phénomène si imposant, témoignage trop visible du courroux céleste, glace de crainte les plus audacieux blasphémateurs. Le silence succède à tant de clameurs. C’est alors que celui des deux voleurs, dont la croix était à la droite de celle de Jésus, sent le remords et l’espérance naître à la fois dans son cœur. Il ose reprendre son compagnon avec lequel tout à l’heure il insultait l’innocent : « Ne crains-tu point Dieu, lui dit-il, toi non plus qui subis la même condamnation ? Pour nous, c’est justice ; car nous recevons ce que nos actions méritent ; mais celui-ci, il n’a rien fait de mal. » Jésus défendu par un voleur, en ce moment où les docteurs de la loi juive, ceux qui sont assis dans la chaire de Moïse, n’ont pour lui que des outrages ! Rien ne fait mieux sentir le degré d’aveuglement auquel la Synagogue est arrivée. Dymas, ce larron, cet abandonné, figure en ce moment la gentilité qui succombe sous le poids de ses crimes, mais qui bientôt se purifiera en confessant la divinité du crucifié. Il tourne péniblement sa tête vers la Croix de Jésus, et s’adressant au Sauveur : « Seigneur, dit-il, souvenez-vous de moi quand vous serez entré dans votre royaume. » Il croit à la royauté de Jésus, à cette royauté que les prêtres et les magistrats de sa nation tournaient tout à l’heure en dérision. Le calme divin, la dignité de l’auguste victime sur le gibet, lui ont révélé toute sa grandeur ; il Lui donne sa foi, il implore d’elle avec confiance un simple souvenir, lorsque la gloire aura succédé à l’humiliation. Quel chrétien la grâce vient de faire de ce larron !

Et cette grâce, qui oserait dire qu’elle n’a pas été demandée et obtenue par la Mère de miséricorde, en ce moment solennel où elle s’offre dans un même sacrifice avec son fils ? Jésus est ému de rencontrer dans un voleur supplicié pour ses crimes cette foi qu’Il a cherchée en vain dans Israël ; Il répond à son humble prière : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui même tu seras avec Moi dans le Paradis. » (Luc 23, 43) C’est la deuxième parole de Jésus sur la croix. L’heureux pénitent la recueille dans la joie de son cœur ; il garde désormais le silence et attend, dans l’expiation, l’heure fortunée qui doit le délivrer.

Cependant Marie s’est approchée de la Croix sur laquelle Jésus est attaché. Il n’est point de ténèbres pour le cœur d’une mère qui l’empêchent de reconnaître son fils. Le tumulte s’est apaisé depuis que le soleil a dérobé sa lumière, et les soldats ne mettent pas obstacle à ce douloureux rapprochement. Jésus regarde tendrement Marie, Il voit sa désolation ; et la souffrance de son cœur, qui semblait arrivée au plus haut degré, s’en accroît encore. Il va quitter la vie ; et sa mère ne peut monter jusqu’à Lui, Le serrer dans ses bras, Lui prodiguer ses dernières caresses ! Madeleine est là aussi, éplorée, hors d’elle-même. Les pieds de son Sauveur qu’elle aimait tant, qu’elle arrosait encore de ses parfums il y a quelques jours, ils sont blessés, noyés dans le sang qui en a jailli et qui déjà se fige sur les plaies. Elle peut encore les baigner de ses larmes ; mais ses larmes ne guériront pas. Elle est venue pour voir mourir celui qui récompensa son amour par le pardon. Jean le bien-aimé, le seul Apôtre qui ait suivi son maître jusqu’au Calvaire, est abîmé dans sa douleur ; il se rappelle la prédilection que Jésus daigna lui témoigner, hier encore, au festin mystérieux ; il souffre pour le fils, il souffre pour la mère ; mais son cœur ne s’attend pas au prix inestimable dont Jésus a résolu de payer son amour. Marie de Cléophas a accompagné Marie près de la Croix ; les autres femmes forment un groupe à quelque distance. (Matth. 27, 55)

Tout à coup, au milieu d’un silence qui n’était interrompu que par des sanglots, la voix de Jésus mourant a retenti pour la troisième fois. C’est à sa mère qu’Il s’adresse : « Femme, lui dit-il ; car il n’ose l’appeler sa mère afin de ne pas retourner le glaive dans la plaie de son cœur ; Femme, voilà votre fils. » Il désignait Jean par cette parole. Puis Il ajoute, en s’adressant à Jean lui-même : « Fils, voilà votre mère. » (Joan. 19, 26) Échange douloureux au cœur de Marie, mais substitution fortunée qui assure pour jamais à Jean, et en lui à la race humaine, le bienfait d’une mère. Acceptons ce généreux testament de notre Sauveur qui par son incarnation nous avait procuré l’adoption de son Père céleste, et dans ce moment nous fait don de sa propre mère.

Déjà la neuvième heure (trois heures de l’après-midi) approche ; c’est celle que les décrets éternels ont fixée pour le trépas de l’Homme-Dieu. Jésus éprouve en son âme un nouvel accès de ce cruel abandon qu’Il a ressenti dans le jardin. Il sent tout le poids de la disgrâce de Dieu qu’Il a encourue en se faisant caution pour les pécheurs. L’amertume du calice de la colère de Dieu, qu’il Lui faut boire jusqu’à la lie, Lui cause une défaillance qui s’exprime par ce cri plaintif : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! pourquoi M’avez-Vous abandonné ? » (Mt. 27, 46) C’est la quatrième parole ; mais cette parole ne ramène pas la sérénité au ciel. Jésus n’ose plus dire : « Mon Père ! » On dirait qu’Il n’est plus qu’un homme pécheur, au pied du tribunal inflexible de Dieu. Cependant une ardeur dévorante consume ses entrailles, et de sa bouche haletante s’échappe à grand-peine cette parole qui est la cinquième : « J’ai soif. » (Joan. 19, 28) Un des soldats vient présenter à ses lèvres mourantes une éponge imbibée de vinaigre ; c’est tout le soulagement que Lui offre dans sa soif brûlante cette terre qu’Il rafraîchit chaque jour de sa rosée, et, dont Il a fait jaillir les fontaines et les fleuves.

Le moment est enfin venu où Jésus doit rendre son âme à son Père. Il parcourt d’un regard les oracles divins qui ont annoncé jusqu’aux moindres circonstances de sa mission ; Il voit qu’il n’en est pas un seul qui n’ait reçu son accomplissement, jusqu’à cette soif qu’Il éprouve, jusqu’à ce vinaigre dont on L’abreuve. Proférant alors la sixième parole, Il dit : « Tout est consommé. » (Jn 19, 30) Il n’a donc plus qu’à mourir, pour mettre le dernier sceau aux prophéties qui ont annoncé sa mort comme le moyen final de notre rédemption. Mais il faut qu’Il meure en Dieu. Cet homme épuisé, agonisant, qui tout à l’heure murmurait à peine quelques paroles, pousse un cri éclatant qui retentit au loin et saisit à la fois de crainte et d’admiration le centurion romain qui commandait les gardes au pied de la Croix. « Mon Père ! s’écrie- t-il, Je remets mon esprit entre vos mains. » (Lc 23, 46) Après cette septième et dernière parole, sa tête s’incline sur sa poitrine d’où s’échappe son dernier soupir.

À ce moment terrible et solennel, les ténèbres cessent, le soleil reparaît au ciel ; mais la terre tremble, les pierres éclatent, la roche même du Calvaire se fend entre la Croix de Jésus et celle du mauvais larron ; la crevasse violente est encore visible aujourd’hui. Dans le Temple de Jérusalem, un phénomène effrayant vient épouvanter les prêtres juifs. Le voile du Temple qui cachait le Saint des Saints se déchire de haut en bas, annonçant la fin du règne des figures. Plusieurs tombeaux où reposaient de saints personnages s’ouvrent d’eux-mêmes et les morts qu’ils contenaient vont revenir à la vie. Mais c’est surtout au fond des enfers que le contre-coup de cette mort qui sauve le genre humain se fait sentir. Satan comprend enfin la puissance et la divinité de ce juste contre lequel il a imprudemment ameuté les passions de la Synagogue. C’est son aveuglement qui a fait répandre ce sang dont la vertu délivre le genre humain, et lui rouvre les portes du ciel. Il sait maintenant à quoi s’en tenir sur Jésus de Nazareth, dont il osa approcher au désert pour le tenter. Il reconnaît avec désespoir que ce Jésus est le propre Fils de l’Éternel, et que la rédemption refusée aux anges rebelles vient d’être accordée surabondante à l’homme, par les mérites du sang que lui-même Satan a fait verser sur le Calvaire.

Fils adorable du Père, nous vous adorons expiré sur le bois de votre sacrifice. Votre mort si amère nous a rendu la vie. Nous frappons nos poitrines, à l’exemple de ces Juifs qui avaient attendu votre dernier soupir, et qui rentrent dans la ville émus de componction. Nous confessons que ce sont nos péchés qui Vous ont arraché violemment la vie ; daignez recevoir nos humbles actions de grâces pour l’amour que Vous nous avez témoigné jusqu’à la fin. Vous nous avez aimés en Dieu ; désormais, c’est à nous de Vous servir comme rachetés par votre sang. Nous sommes en votre possession, et Vous êtes notre Seigneur. Marie, votre mère, demeure au pied de la Croix ; rien ne la peut séparer de votre dépouille mortelle. Madeleine est enchaînée à vos pieds glacés par la mort ; Jean et les saintes femmes forment autour de vous un cortège de désolation. Nous adorons encore une fois votre corps sacré, votre sang précieux, votre Croix qui nous a sauvés.

1er mystère glorieux
La résurrection

1er mystère glorieux
La résurrection

Méditation par Dom Guéranger
L’Année liturgique

La nuit du samedi au dimanche voit enfin s’épuiser ses longues heures ; et le lever du jour est proche. Marie, le cœur oppressé, attend avec une courageuse patience le moment fortuné qui doit lui rendre son Fils. Madeleine et ses compagnes ont veillé toute la nuit et ne tarderont pas à se mettre en marche vers le saint tombeau. Au fond des limbes, l’âme du divin Rédempteur s’apprête à donner le signal du départ à ces myriades d’âmes justes si longtemps captives, qui l’entourent de leur respect et de leur amour. La mort plane en silence sur le sépulcre où elle retient sa victime. Depuis le jour où elle dévora Abel, elle a englouti d’innombrables générations ; mais jamais elle n’a tenu dans ses liens une si noble proie. Jamais la sentence terrible du jardin n’a reçu un si effrayant accomplissement ; mais aussi jamais la tombe n’aura vu ses espérances déjouées par un si cruel démenti. Plus d’une fois, la puissance divine lui a dérobé ses victimes : le fils de la veuve de Naïm, la fille du chef de la synagogue, le frère de Marthe et de Madeleine lui ont été ravis ; mais elle les attend à la seconde mort. Il en est un autre cependant, au sujet duquel il est écrit : « Ô mort, je serai ta mort ; tombeau, je serai ta ruine. » (Os. 13, 14) Encore quelques instants : les deux adversaires vont se livrer combat.

De même que l’honneur de la divine Majesté ne pouvait permettre que le corps uni à un Dieu attendît dans la poussière, comme celui des pécheurs, le moment où la trompette de l’Ange nous doit tous appeler au jugement suprême ; de même il convenait que les heures durant lesquelles la mort devait prévaloir fussent abrégées. « Cette génération perverse demande un prodige, avait dit le Rédempteur ; il ne lui en sera accordé qu’un seul : celui du prophète Jonas. » (Matth. 12, 39) Trois jours de sépulture : la fin de la journée du vendredi, la nuit suivante, le samedi tout entier avec sa nuit, et les premières heures du dimanche ; c’est assez : assez pour la justice divine désormais satisfaite ; assez pour certifier la mort de l’auguste victime, et pour assurer le plus éclatant des triomphes ; assez pour le cœur désolé de la plus aimante des mères.

« Personne ne m’ôte la vie ; c’est moi-même qui la dépose ; j’ai le pouvoir de la quitter ; et j’ai aussi celui de la reprendre. » (Jo. 10, 18). Ainsi parlait aux Juifs le Rédempteur avant sa Passion ; la mort sentira tout à l’heure la force de cette parole de maître. Le dimanche, jour de la Lumière, commence à poindre ; les premières lueurs de l’aurore combattent déjà les ténèbres. Aussitôt l’âme divine, du Rédempteur s’élance de la prison des limbes, suivie, de toute la foule des âmes saintes qui l’environnaient. Elle traverse en un clin d’œil l’espace et, pénétrant dans le sépulcre, elle rentre dans ce corps qu’elle avait quitté trois jours auparavant au milieu des angoisses de l’agonie. Le corps sacré se ranime, se relève et se dégage des linceuls, des aromates et des bandelettes dont il était entouré. Les meurtrissures ont disparu, le sang est revenu dans les veines ; et de ces membres lacérés par les fouets, de cette tête déchirée par les épines, de ces pieds et de ces mains percés par les clous, s’échappe une lumière éclatante qui remplit la caverne. Les saints Anges, qui adorèrent avec attendrissement l’enfant de Bethléhem, adorent avec un tremblement le vainqueur du tombeau. Ils plient avec respect et déposent sur la pierre où le corps immobile reposait tout à l’heure, les linceuls dont la piété des deux disciples et des saintes femmes l’avait enveloppé.

Mais le Roi des siècles ne doit pas s’arrêter davantage sous cette voûte funèbre ; plus prompt que la lumière qui pénètre le cristal, il franchit l’obstacle que lui opposait la pierre qui fermait l’entrée de la caverne, et que la puissance publique avait scellée et entourée de soldats armés qui faisaient la garde. Tout est resté intact ; il est libre, le triomphateur du trépas ; ainsi, nous disent unanimement les saints docteurs, parut-il aux yeux de Marie dans l’étable, sans avoir fait ressentir aucune violence au sein maternel. Ces deux mystères de notre foi s’unissent, et proclament le premier et le dernier terme de la mission du Fils de Dieu : au début, une Vierge-Mère ; au dénouement, un tombeau scellé rendant son captif.

Le silence le plus profond règne encore à ce moment où l’Homme-Dieu vient de briser le sceptre de la mort. Son affranchissement et le nôtre ne lui ont coûté aucun effort. Ô Mort ! que reste-t-il maintenant de ton empire ? Le péché nous avait livrés à toi ; tu te reposais sur ta conquête ; et voici que ta défaite est au comble. Jésus, que tu étais si fière de tenir sous ta cruelle loi, t’a échappé ; et nous tous, après que tu nous auras possédés, nous t’échapperons aussi. Le tombeau que tu nous creuses deviendra notre berceau pour une vie nouvelle : car ton vainqueur est le premier-né entre les morts (Apoc. 1, 5) ; et c’est aujourd’hui la Pâque, le Passage, la délivrance, pour Jésus et pour tous ses frères. La route qu’il a frayée, nous la suivrons

tous ; et le jour viendra où toi qui détruis tout, toi l’ennemie, tu seras anéantie à ton tour par le règne de l’immortalité (Cor. 15, 26). Mais dès ce moment nous contemplons ta défaite, et nous répétons, pour ta honte, ce cri du grand Apôtre : « Ô Mort, qu’est devenue ta victoire ? Qu’as-tu, fait de ton glaive ? Un moment tu as triomphé, et te voilà engloutie dans ton triomphe. » (Ibid. 55)

Mais le sépulcre ne doit pas rester toujours scellé ; il faut qu’il s’ouvre, et qu’il témoigne au grand jour que celui dont le corps inanimé l’habita quelques heures, l’a quitté pour jamais. Soudain la terre tremble, comme au moment où Jésus expirait sur la croix ; mais ce tressaillement du globe n’indique plus l’horreur ; il exprime l’allégresse. L’Ange du Seigneur descend du ciel ; il arrache la pierre d’entrée, et s’assied dessus avec majesté ; une robe éblouissante de blancheur est son vêtement, et ses regards lancent des éclairs. À son aspect, les gardes tombent par terre épouvantés ; ils sont là comme morts, jusqu’à ce que la bonté divine apaisant leur terreur, ils se relèvent et, quittant ce lieu redoutable, se dirigent vers la ville pour rendre compte de ce qu’ils ont vu.

Cependant Jésus ressuscité, et dont nulle créature mortelle n’a encore contemplé la gloire, a franchi l’espace et en un moment il s’est réuni à sa très sainte Mère. Il est le Fils de Dieu, il est le vainqueur de la mort ; mais il est le fils de Marie. Marie a assisté près de lui jusqu’à la fin de son agonie ; elle a uni le sacrifice de son cœur de mère à celui qu’il offrait lui-même sur la croix ; il est donc juste que les premières joies de la résurrection soient pour elle. Le saint Évangile ne raconte pas l’apparition du Sauveur à sa Mère, tandis qu’il s’étend sur toutes les autres ; la raison en est aisée à saisir. Les autres apparitions avaient pour but de promulguer le fait de la résurrection ; celle-ci était réclamée par le cœur d’un fils, et d’un fils tel que Jésus. La nature et la grâce exigeaient à la fois cette entrevue première, dont le touchant mystère fait les délices des âmes chrétiennes. Elle n’avait pas besoin d’être consignée dans le livre sacré ; la tradition des Pères, à commencer par saint Ambroise, suffisait à nous la transmettre, quand bien même nos cœurs ne l’auraient pas pressentie ; et lorsque nous en venons à nous demander pour quelle raison le Sauveur, qui devait sortir du tombeau le jour du dimanche, voulut le faire dès les premières heures de ce jour, avant même que le soleil eût éclairé l’univers, nous adhérons sans peine au sentiment des pieux et savants auteurs qui ont attribué cette hâte du Fils de Dieu à l’empressement qu’éprouvait son cœur, de mettre un terme à la douloureuse attente de la plus tendre et de la plus affligée des mères.

Quelle langue humaine oserait essayer de traduire les épanchements du Fils et de la Mère à cette heure tant désirée ? Les yeux de Marie, épuisés de pleurs et d’insomnie, s’ouvrant tout à coup à la douce et vive lumière qui lui annonce l’approche de son bien-aimé ; la voix de Jésus retentissant à ses oreilles, non plus avec l’accent douloureux qui naguère descendait de la croix et transperçait comme d’un glaive son cœur maternel, mais joyeuse et tendre, comme il convient à un fils qui vient raconter ses triomphes à celle qui lui a donné le jour ; l’aspect de ce corps qu’elle recevait dans ses bras ; il y a trois jours, sanglant et inanimé, maintenant radieux et plein de vie, lançant comme les reflets de la divinité à laquelle il est uni ; les caresses d’un tel fils, ses paroles de tendresse, ses embrassements qui sont ceux d’un Dieu.

Notre Seigneur a bien voulu décrire lui-même cette ineffable scène dans une révélation qu’il fit à la séraphique vierge sainte Thérèse. Il daigna lui confier que l’accablement de la divine Mère était si profond, qu’elle n’eût pas tardé à succomber à son martyre, et que lorsqu’il se montra à elle au moment où il venait de sortir du tombeau, elle eut besoin de quelques moments pour revenir à elle-même avant d’être en état de goûter une telle joie ; et le Seigneur ajoute qu’il resta longtemps auprès d’elle, parce que cette présence prolongée lui était nécessaire.

Nous, chrétiens, qui aimons notre Mère, qui l’avons vue sacrifier pour, nous son propre fils sur le Calvaire, partageons d’un cœur filial la félicité dont Jésus se plait à la combler en ce moment, et apprenons en même temps à compatir aux douleurs de son cœur maternel. C’est ici la première manifestation de Jésus ressuscité : récompense de la foi qui veilla toujours au cœur de Marie, pendant même la sombre éclipse qui avait duré trois jours.

Mais il est temps que le Christ se montre à d’autres, et que la gloire de sa résurrection commence à briller sur le monde. Il s’est fait voir d’abord à celle de toutes les créatures qui lui était la plus chère, et qui seule était digne d’un tel bonheur ; maintenant, dans sa bonté, il va récompenser, par sa vue pleine de consolation, les âmes dévouées qui sont demeurées fidèles à son amour, dans un deuil trop humain peut-être, mais inspiré par une reconnaissance que ni la mort, ni le tombeau n’avaient découragée.

Hier, Madeleine et ses compagnes, lorsque le coucher du soleil vint annoncer que, selon l’usage des Juifs, le grand samedi faisait place au dimanche, sont allées par la ville acheter des parfums, pour embaumer de nouveau le corps de leur cher maître, aussitôt que la lumière du jour leur permettra d’aller lui rendre ce pieux devoir. La nuit s’est passée sans sommeil ; et les ombres ne sont pas encore totalement dissipées que Madeleine, avec Marie, mère de Jacques, et Salomé, est déjà sur le chemin qui conduit au Calvaire, près duquel est le sépulcre où repose Jésus. Dans leur préoccupation, elles ne s’étaient pas même demandé quels

bras elles emploieraient pour déranger la pierre qui ferme l’entrée de la grotte ; moins encore ont-elles songé au sceau de la puissance publique qu’il faudrait auparavant briser, et aux gardes qu’elles vont rencontrer près du tombeau. Aux premiers rayons du jour, elles arrivent au terme de leur pieux voyage ; et la première chose qui frappe leurs regards, c’est la pierre qui fermait l’entrée, ôtée de sa place, et laissant pénétrer le regard dans les profondeurs de la chambre sépulcrale. L’Ange du Seigneur, qui avait eu mission de déranger cette pierre et qui s’était assis dessus comme sur un trône, ne les laisse pas longtemps dans la stupeur qui les a saisies : « Ne craignez pas, leur dit-il ; je sais que vous cherchez Jésus ; il n’est plus ici ; il est ressuscité, comme il l’avait dit ; pénétrez vous-mêmes dans le tombeau, et reconnaissez la place où il a reposé. »

C’était trop pour ces âmes que l’amour de leur maître transportait, mais qui ne le connaissaient pas encore par l’esprit. Elles demeurent « consternées », nous dit le saint Évangile. C’est un mort qu’elles cherchent, un mort chéri ; on leur dit qu’il est ressuscité ; et cette parole ne réveille chez elles aucun souvenir. Deux autres Anges se présentent à elles dans la grotte tout illuminée de l’éclat qu’ils répandent. Éblouies de cette lumière inattendue, Madeleine et ses compagnes, nous dit saint Luc, abaissent vers la terre leurs regards mornes et étonnés. « Pourquoi cherchez-vous chez les morts, leur disent les Anges, celui qui est vivant ? Rappelez- vous donc ce qu’il vous disait en Galilée : qu’il serait crucifié, et que, le troisième jour, il ressusciterait. » Ces paroles font quelques impressions sur les saintes femmes ; et au milieu de leur émotion, un léger souvenir du passé semble renaître dans leur mémoire. « Allez donc, continuent les Anges ; dites aux disciples et à Pierre qu’il est ressuscité, et qu’il les devancera en Galilée. »

Elles sortent en hâte du tombeau et se dirigent vers la ville, partagées entre la terreur et un sentiment de joie intérieure qui les pénètre comme malgré elles. Cependant elles n’ont vu que les Anges, et un sépulcre ouvert et vide. À leur récit, les Apôtres, loin de se laisser aller à la confiance, attribuent, nous dit encore saint Luc, à l’exaltation d’un sexe faible tout ce merveilleux qu’elles s’accordent à raconter. La résurrection prédite si clairement, et à plusieurs reprises, par leur maître ne leur revient pas non plus en mémoire. Madeleine s’adresse en particulier à Pierre et à Jean ; mais que sa foi à elle est faible encore ! Elle est partie pour embaumer le corps de son cher maître et elle ne l’a pas trouvé ; sa déception douloureuse s’épanche encore devant les deux Apôtres : « Ils ont enlevé, dit-elle, le Seigneur du tombeau ; et nous ne savons pas où ils l’ont mis. »

Pierre et Jean se déterminent à se rendre sur le lieu. Ils pénètrent dans la grotte ; ils voient les linceuls disposés en ordre sur la table de pierre qui a reçu le corps de leur maître ; mais les Esprits célestes qui font la garde ne se montrent point à eux. Jean cependant, et c’est lui-même qui nous en rend témoignage, reçoit en ce moment la foi : désormais il croit à la résurrection de Jésus.

Jusqu’à cette heure, Jésus n’a encore apparu qu’à sa Mère : les femmes n’ont vu que des Anges qui leur ont parlé. Ces bienheureux Esprits leur ont commandé d’aller annoncer la résurrection de leur maître aux disciples et à Pierre. Elles ne reçoivent pas cette commission pour Marie ; il est aisé d’en saisir la raison : le fils s’est déjà réuni à sa mère ; et la mystérieuse et touchante entrevue se poursuit encore durant ces préludes. Mais déjà le soleil brille de tous ses feux, et les heures de la matinée avancent ; c’est l’Homme- Dieu qui va proclamer lui-même le triomphe que le genre humain vient de remporter en lui sur la mort. Suivons avec un saint respect l’ordre de ces manifestations, et efforçons-nous respectueusement d’en découvrir les mystères.

Madeleine, après le retour des deux Apôtres, n’a pu résister au désir de visiter de nouveau la tombe de son maître. La pensée de ce corps qui a disparu, et qui, peut-être, devenu le jouet des ennemis de Jésus, gît sans honneurs et sans sépulture, tourmente son âme ardente et bouleversée. Elle est repartie, et bientôt elle arrive à la porte du sépulcre. Là, dans son inconsolable douleur, elle se livre à ses sanglots ; puis bientôt, se penchant vers l’intérieur de la grotte, elle aperçoit les deux Anges assis chacun à une des extrémités de la table de pierre sur laquelle le corps de Jésus fut étendu sous ses yeux. Elle ne les interroge pas ; ce sont eux qui lui parlent : « Femme, disent-ils, pourquoi pleures-tu ? — Ils ont enlevé mon maître, et je ne sais où ils l’ont mis. » Et après ces paroles, elle sort brusquement du sépulcre, sans attendre la réponse des Anges. Tout à coup, à l’entrée de la grotte, elle se voit en face d’un homme, et cet homme est Jésus. Madeleine ne le reconnaît pas ; elle est à la recherche du corps mort de son maître ; elle veut l’ensevelir de nouveau. L’amour la transporte, mais la foi n’éclaire pas cet amour ; elle ne sent pas que celui dont elle cherche la dépouille inanimée est là, vivant, près d’elle.

Jésus, dans son ineffable condescendance, daigne lui faire entendre sa voix : « Femme, lui dit-il, pourquoi pleures-tu ? que cherches-tu ? » Madeleine n’a pas reconnu cette voix ; son cœur est comme engourdi par une excessive et aveugle sensibilité ; elle ne connaît pas encore Jésus par l’esprit. Ses yeux se sont pourtant arrêtés sur lui ; mais son imagination qui l’entraîne lui fait voir dans cet homme le jardinier chargé de cultiver le jardin qui entoure le sépulcre. Peut-être, se dit-elle, est-ce lui qui a dérobé le trésor que je cherche ; et sans réfléchir plus longtemps, elle s’adresse à lui-même sous cette impression : « Seigneur,

dit-elle humblement à l’inconnu, si c’est vous qui l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez mis, et je vais l’emporter. » C’était trop pour le cœur du Rédempteur des hommes, pour celui qui daigna louer hautement chez le pharisien l’amour de la pauvre pécheresse ; Il ne peut plus tarder à récompenser cette naïve tendresse ; Il va l’éclairer. Alors, avec cet accent qui rappelle à Madeleine tant de souvenirs de divine familiarité, Il parle ; mais Il ne dit que ce seul mot : « Marie ! — Cher maître ! » répond avec effusion l’heureuse et humble femme, illuminée tout à coup des splendeurs du mystère.

Elle s’élance et voudrait coller ses lèvres à ces pieds sacrés dans l’embrassement desquels elle reçut autrefois son pardon. Jésus l’arrête ; le moment n’est pas venu de se livrer à de tels épanchements. Il faut que Madeleine, premier témoin de la résurrection de l’Homme-Dieu, soit élevée pour prix de son amour, au plus haut degré de l’honneur. Il ne convient pas que Marie révèle à d’autres les secrets sublimes de son cœur maternel ; c’est à Madeleine de témoigner de ce qu’elle a vu, de ce qu’elle a entendu dans le jardin. C’est elle qui sera, comme disent les saints docteurs, l’Apôtre des Apôtres eux-mêmes. Jésus lui dit : « Va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et le leur, vers mon Dieu et le leur. »

Telle est la seconde apparition de Jésus ressuscité, l’apparition à Marie-Madeleine, la première dans l’ordre du témoignage. Adorons l’infinie bonté du Seigneur, qui, avant de songer à établir la foi de sa résurrection dans ceux qui devaient la prêcher jusqu’aux extrémités du monde, daigne d’abord récompenser l’amour de cette femme qui l’a suivi jusqu’à la croix, jusqu’au-delà du tombeau, et qui, étant plus redevable que les autres, a su aussi aimer plus que les autres. En se montrant d’abord à Madeleine, Jésus a voulu satisfaire avant tout l’amour de son cœur divin pour la créature, et nous apprendre que le soin de sa gloire ne vient qu’après.

Madeleine, empressée de remplir l’ordre de son maître, se dirige vers la ville et ne tarde pas à se trouver en présence des disciples. « J’ai vu le Seigneur, leur dit-elle, et il m’a dit ceci. » Mais la foi n’est pas encore entrée dans leurs âmes ; le seul Jean a reçu ce don au sépulcre, bien que ses yeux n’aient vu que le tombeau désert. Souvenons-nous qu’après avoir fui comme les autres, il s’est retrouvé au Calvaire pour recevoir le dernier soupir de Jésus, et que là il est devenu le fils adoptif de Marie.

Cependant les compagnes de Madeleine, Marie mère de Jacques, et Salomé, qui l’ont suivie de loin sur la route du saint tombeau, reviennent seules à Jérusalem. Soudain Jésus se présente à leurs regards, et arrête leur marche lente et silencieuse. « Je vous salue », leur dit-il. À cette parole, leur cœur se fond de tendresse et d’admiration. Elles se précipitent avec ardeur à ses pieds sacrés, elles les embrassent, et lui prodiguent leurs adorations. C’est la troisième apparition du Sauveur ressuscité, moins intime mais plus familière que celle dont Madeleine fut favorisée. Jésus n’achèvera pas la journée sans se manifester à ceux qui sont appelés à devenir les hérauts de sa gloire ; mais il veut, avant tout, honorer aux yeux de tous les siècles à venir ces généreuses femmes qui, bravant le péril et triomphant de la faiblesse de leur sexe, l’ont consolé sur la croix par une fidélité qu’il ne rencontra pas dans ceux qu’il avait choisis et comblés de ses faveurs. Autour de la crèche où il se montrait pour la première fois aux hommes, il convoqua de pauvres bergers par la voix des Anges, avant d’appeler les rois par le ministère d’un astre matériel ; aujourd’hui qu’il est arrivé au comble de sa gloire, qu’il a mis par sa résurrection le sceau à toutes ses œuvres et rendu certaine sa divine origine, en rassurant notre foi par le plus irréfragable de tous les prodiges, il attend, avant d’instruire et d’éclairer ses Apôtres, que d’humbles femmes aient été par lui instruites, consolées, comblées enfin des marques de son amour. Quelle grandeur dans cette conduite si suave et si forte du Seigneur notre Dieu, et qu’il a raison de nous dire par le Prophète : « Mes pensées ne sont pas vos pensées ! » (Is. 55, 8).

S’il eût été à notre disposition d’ordonner les circonstances de sa venue en ce monde, quel bruit n’eussions-nous pas fait pour appeler le genre humain tout entier, rois et peuples, autour de son berceau ? Avec quel fracas eussions-nous promulgué devant toutes les nations le miracle des miracles, la Résurrection du crucifié, la mort vaincue et l’immortalité reconquise ? Le Fils de Dieu, qui est « la Force et la Sagesse de Père » (1 Cor. 1, 24), s’y est pris autrement. Au moment de sa naissance, Il n’a voulu pour premiers adorateurs que des hommes simples et rustiques, dont les récits ne devaient pas retentir au-delà des confins de Bethléhem ; et voilà qu’aujourd’hui la date de cette naissance est l’ère de tous les peuples civilisés. Pour premiers témoins de sa Résurrection, Il n’a voulu que de faibles femmes ; et voilà qu’en ce jour même, à l’heure où nous sommes, la terre entière célèbre l’anniversaire de cette Résurrection ; tout est remué, un élan inconnu le reste de l’année se fait sentir aux plus indifférents ; l’incrédule qui coudoie le croyant sait du moins que c’est aujourd’hui Pâques ; et, du sein même des nations infidèles, d’innombrables voix chrétiennes s’unissent aux nôtres, afin que s’élève de tous les points du globe vers notre divin ressuscité l’acclamation joyeuse qui nous réunit tous en un seul peuple, le divin Alléluia. « Ô Seigneur », devons-nous nous écrier avec Moïse, quand le peuple élu célébra la première Pâque et traversa à pied sec la mer Rouge, « ô Seigneur, qui d’entre les forts est semblable à vous ? » (Ex. 15, 11).

2e mystère joyeux
La Visitation


2e mystère joyeux
La Visitation

Comment le Verbe incarné, encore dans le sein de sa mère, alla sanctifier Jean-Baptiste, son précurseur

Méditations sur les mystères de notre sainte foi
du vénérable Père Du Pont, s. j.

I. — Désir du Messie de sanctifier son Précurseur

Considérons, en premier lieu, comment Notre-Seigneur, peu de temps après son Incarnation, possédé d’un ardent désir de sauver les hommes, jeta les yeux sur Jean-Baptiste, qui était encore dans les entrailles d’Élisabeth, et qu’il destinait à être son Précurseur. Le voyant souillé du péché originel, il en fut touché de compassion. Il résolut de purifier son âme de cette tache et de la sanctifier au plus tôt, voulant ainsi prendre possession de l’office de Rédempteur, dont son Père l’avait chargé. Il inspira donc efficacement à sa bienheureuse Mère la pensée d’aller en toute diligence visiter sa cousine Élisabeth, dans l’intention d’exécuter, à cette occasion, le pieux dessein qu’il avait formé.

Trois choses dignes de remarque se présentent à ce sujet. La première est le vif désir qu’éprouve le Verbe incarné d’opérer notre salut. Témoignons-en Lui notre reconnaissance, et confondons-nous nous-même de montrer si peu de zèle pour le nôtre. La seconde est le soin qu’il prend du bien de ses élus, et son empressement à exercer la fonction de Rédempteur, puisqu’il la commence dès le sein de sa Mère, tant il craint de rester un moment dans l’oisiveté. La troisième est la gravité du péché et la grandeur de la peine que ressent le Fils de Dieu lorsqu’il le voit, même un seul instant, dans ses élus. Pourquoi, en effet, presse-t-il si vivement sa Mère de partir pour les montagnes de la Judée ? C’est afin de délivrer plus promptement Jean-Baptiste son élu du plus grand des maux.

Ô Verbe divin, qui avez daigné vous faire homme afin de nous retirer de l’esclavage du péché et qui avez voulu exercer si tôt cet emploi, que le prophète Isaïe vous nomme pour cette raison : Celui qui se hâte d’arracher les dépouilles et d’enlever le butin, vous ne portez aucun nom qui ne soit significatif, et dont vous ne remplissiez toute la signification. Venez donc au plus tôt me purifier de mes péchés, hâtez-vous de me sanctifier par votre grâce ; emparez-vous de mon cœur et consacrez-le à votre service comme un trophée de votre victoire, afin que je commence sans délai à vous servir avec toute la ferveur dont je suis capable.

II. — Pourquoi le Sauveur voulut aller en personne sanctifier son Précurseur

Considérons, en second lieu, pourquoi Notre-Seigneur, qui pouvait sanctifier Jean-Baptiste sans quitter Nazareth, inspira néanmoins à sa sainte Mère la pensée de le transporter dans la maison d’Élisabeth, pour y opérer cette sanctification miraculeuse. Les raisons de cette conduite sont aussi dignes de sa divine sagesse qu’utiles à notre instruction.

1. Il voulut nous donner de nouvelles preuves de son humilité et de sa charité. Car, comme ces deux vertus l’avaient fait descendre du Ciel sur la terre pour visiter les hommes et les retirer des ténèbres et de l’ombre de la mort dans lesquelles ils étaient ensevelis, ainsi ces deux mêmes vertus l’obligent aujourd’hui à sortir de Nazareth pour visiter Jean-Baptiste et le purifier du péché originel. Le supérieur se rend auprès de son inférieur, pour l’honorer ; le médecin, auprès de son malade, pour le guérir.

2. C’était l’intention du Fils de Marie que sa très sainte Mère eût part à cette œuvre de charité. Il la choisit pour être l’instrument de la première œuvre de sanctification qu’il opère dans le monde, justifiant par son intermédiaire Jean-Baptiste, qui était pécheur, et remplissant du Saint-Esprit Élisabeth qui était juste. D’un côté, il veut que les pécheurs comprennent que la Vierge doit être leur médiatrice auprès de Dieu, s’ils désirent obtenir le pardon de leurs péchés ; de l’autre, il apprend aux justes que c’est par son moyen qu’ils obtiendront la plénitude du Saint-Esprit, la perfection des vertus et l’abondance des grâces et des dons qui viennent d’en haut, afin que les uns et les autres s’efforcent de l’aimer et de la servir avec une tendre dévotion.

Ô Vierge toute-puissante, qui commencez aujourd’hui, avec votre divin Fils, à remplir l’emploi qu’il vous a confié à notre grand avantage ; continuez maintenant à l’exercer en ma faveur, en m’obtenant le pardon de mes péchés, et l’abondance des grâces du ciel.

3. C’est le propre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, lorsqu’il entre dans une âme, de l’exciter à la pratique de la vertu et de lui inspirer des désirs fervents de la plus haute perfection. Tantôt Il la porte à l’exercice de l’oraison, de la contemplation et des autres œuvres de la vie intérieure, tantôt Il la persuade de quitter la solitude et de s’adonner aux fonctions de la vie active qui regardent le service du prochain. C’est ainsi qu’aussitôt après sa conception dans le sein de Marie, il lui fit prendre la résolution de partir pour les montagnes de la Judée, où elle rencontrerait l’occasion d’accomplir des œuvres insignes de charité, de miséricorde et d’obéissance. Il lui disait sans doute au fond du cœur ces paroles des Cantiques :

Levez-vous, ma bien-aimée, ma colombe, ma toute belle, et venez. Ô colombe chaste et féconde, qui vous cachez dans le creux des rochers et dans les trous des masures, qui contemplez comme à découvert les plus profonds mystères de ma divinité et de mon humanité, et qui vivez toujours sous ma protection, levez-vous, hâtez-vous ; laissez le lieu secret de votre repos et allez au pays des montagnes pour y faire connaître mon Nom et me glorifier par des œuvres de charité en faveur des âmes que j’ai créées.

Concluons de là que c’est aussi le propre de notre divin Sauveur, lorsqu’Il vient dans une âme juste par la sainte communion, de lui inspirer une ardeur semblable pour la pratique de la vertu et un égal désir d’arriver au comble de la perfection, soit par les œuvres de la vie contemplative, soit par celles de la vie active, portant chacun en particulier aux exercices qui lui conviennent le plus. Et si nous ne recevons pas ces saintes inspirations lorsque nous communions, c’est à cause de notre tiédeur et de nos dispositions imparfaites qui nous rendent indigne de cette faveur. Nous devons donc nous en humilier sincèrement et supplier Notre-Seigneur d’user envers nous de sa miséricorde, en nous inspirant efficacement ce qui est conforme à sa très sainte volonté.

III. — Fidélité de Marie à l’inspiration divine

Considérons, en troisième lieu, l’obéissance parfaite de la Vierge à l’inspiration de son divin Fils. L’évangéliste la loue en ces termes : « Aussitôt après, Marie, se levant, partit en toute hâte et prit le chemin des montagnes de la Judée. »

1. Elle n’attendit pas un commandement formel : ce fut assez pour elle de savoir que Dieu désirait qu’elle allât visiter Élisabeth. L’homme parfaitement obéissant exécute tout ce qu’il sait être plus conforme au bon plaisir de Dieu et de son supérieur.

2. L’obéissance de Marie fut prompte et ponctuelle. Elle ne différa point de plusieurs jours sa visite : elle la rendit aussitôt qu’il lui fut possible et elle y mit une diligence extrême, parce que l’Esprit-Saint la pressait intérieurement et que la grâce divine est ennemie des lenteurs et des délais.

3. Elle obéit avec une intention très pure, n’ayant en vue que la gloire de Dieu et l’accomplissement de sa volonté, sans aucun mélange de ces motifs humains qui entrent le plus souvent pour beaucoup dans les visites du monde. Elle alla, dit saint Ambroise, dans la maison d’Élisabeth, non pour satisfaire sa curiosité, non pour s’assurer de la vérité des paroles de l’Ange relativement à la grossesse de sa parente, car elle n’en doutait nullement, mais pour glorifier le Seigneur en voyant de ses yeux cette œuvre miraculeuse.

4. Son obéissance fut accompagnée de beaucoup de charité, de patience et d’humilité. Sans tenir compte de sa nouvelle dignité de Mère de Dieu, elle s’empresse de visiter celle qui lui est inférieure, pour la servir et la féliciter de la grâce que le Seigneur lui a faite. Le chemin est long et difficile ; elle est encore jeune et peu accoutumée à la fatigue ; mais elle ne craint point de sortir de sa retraite et de paraître en public, car Dieu le veut ainsi.

5. Il nous reste à voir de quelle manière la Reine du ciel fit ce pénible voyage. Elle marchait avec une rare modestie, sans regarder avec curiosité les personnes qu’elle rencontrait dans le chemin. Si quelqu’un jetait les yeux sur elle, il sentait naître en lui le désir de la sainteté et de la pureté. Son cœur était attaché au fruit divin qu’elle portait dans son sein ; elle s’entretenait amoureusement avec Lui durant tout le voyage ; et la consolation qu’elle en recevait lui ôtait le sentiment de ses peines, de sa pauvreté et de la privation des choses les plus nécessaires.

Ô glorieuse Vierge, que vous êtes remplie de Dieu, et quel plaisir vous prenez à faire sa volonté ! Oh ! que l’on peut justement vous comparer au char magnifique du roi Salomon ! N’êtes-vous pas, en effet, ce char d’un travail exquis, que le vrai Salomon s’est lui-même préparé pour être transporté d’un lieu à un autre ? Les colonnes d’argent sont vos vertus ; le dossier d’or est votre contemplation ; le siège de pourpre, votre humilité et votre patience ; le milieu, qui est votre cœur, a pour ornement la charité ; car Dieu en personne est au-dedans de vous ; et Dieu, selon l’Écriture, est charité. Et comme tous ces avantages vous sont accordés en faveur des filles de Jérusalem, c’est-à-dire des âmes faibles et imparfaites, je vous supplie, ô Mère de miséricorde, de me les obtenir de votre Fils, afin qu’imitant vos vertus, mon âme soit comme un char sur lequel il repose, et d’où il se fasse connaître à tout le monde. Ainsi soit-il.