📖 Présentation
Être assuré de la paix au moment de la mort est une des plus grandes grâces, mais Dieu n’attend pas la mort pour la donner, il la communique bien avant. Paradoxalement, les attaques du démon, loin de détruire cette paix, en deviennent la cause. Saint Grégoire le Grand dans ses Morales sur Job est toujours notre guide pour nous révéler les richesses du cœur de Jésus pour tous ceux qui se réfugient en lui.
Ce sermon est le n° 20 de la série : Sermons sur le livre de Job — saint Grégoire le Grand
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Transcription du sermon
« Dans la dévastation et la faim, tu seras dans les rires » Job 5, 22
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
Mes bien chers Frères,
Cette phrase de l’Écriture sainte, du livre de Job, « Dans la dévastation et la faim, tu seras dans les rires » nous promet la paix et de la sécurité dans lesquelles sont les amis de Dieu.
La paix et la sécurité au moment de la mort
Cette paix et cette sécurité se manifesteront au moment de la mort. Et j’espère, mes bien chers Frères, que vous vous rendez compte de la valeur de cette promesse de Dieu. L’âme arrive au jour du jugement et il est inutile de vous dire que le démon, à ce moment, déchaîne toute sa fureur pour essayer de gagner à la dernière minute l’âme qu’il n’a pas réussi à gagner auparavant, d’autant plus que, s’il la gagne alors il est certain, puisque c’est la dernière minute, que celle-ci ne pourra pas revenir vers Dieu.
Puisque cette promesse de nous donner la paix au moment de la mort est dans l’Écriture sainte, c’est une promesse du Saint-Esprit lui-même : devant la dévastation et la faim, nous serons dans les rires. Saint Grégoire le Grand nous dit que la géhenne dévaste, car elle réduit par le feu ceux qui ont mal agi : à cause de leurs mauvaises actions, ils sont dévastés, c’est-à-dire réduits par le feu. Et ensuite la géhenne cause une faim qui tue, car elle cache aux damnés la face du Rédempteur. Nous avons vu cela, mes bien chers Frères, dans le dernier sermon, que l’âme dans l’épreuve a faim de Dieu, et que cette faim est assouvie par la parole de Dieu, et notamment par la contemplation des mystères de la vie du Christ. → Sermon sur Job 19. Dieu nous frappe par son amour. Or si saint Grégoire nous dit que les damnés sont torturés par la faim, c’est parce qu’ils n’ont pas contemplé Dieu, ils n’ont pas nourri leur âme de la parole, de la sagesse de Dieu. Et maintenant il est trop tard.
Le juste, au contraire, se réjouit de la récompense qui lui est destinée et cela, non seulement au moment de paraître devant Dieu, mais même auparavant, nous affirme saint Grégoire le Grand, il goûte les débuts de la sécurité à venir et ne craint pas le démon, n’en a pas peur. Saint Grégoire le Grand peut l’affirmer avec beaucoup de certitude, car c’est la suite du verset : « Tu ne craindras pas la bête de la terre » (Job 5, 22). La bête de la terre, c’est évidemment le démon.
« Au moment de la mort, ils craignent le diable, ceux qui n’ont pas craint la puissance du Créateur de leur vivant. Les saints, au contraire, parce qu’ils se soumettent du fond du cœur à la crainte de Dieu repoussent toute crainte devant l’arrivée de l’adversaire »nous affirme Saint Grégoire qui conclut par cette belle formule : « Vivants, ils craignent le juge, pour ne pas, morts, redouter l’accusateur. »
Je vous rappelle, mes bien chers Frères, qu’il y a crainte et crainte. La crainte de Dieu est une crainte d’amour. Le premier degré, c’est d’avoir peur de la punition si l’on manque à respecter la volonté de Dieu. C’est la crainte servile. Mais celui qui est dans l’amour de Dieu s’établit dans le deuxième degré de crainte : il a peur de perdre cet amour, ce qui est une véritable crainte d’amour. Et, troisième degré, celui de l’amour parfait, c’est la crainte de faire de la peine à Dieu son père. Peur de perdre l’amour, c’est encore une crainte intéressée, noble, mais intéressée. Mais peur de faire de la peine à son père, c’est une crainte tout à fait désintéressée, une crainte pleine d’amour.
Ceux-là qui, du fond du cœur, se sont donnés à cet amour attentif, respectueux de Dieu sont évidemment en sécurité et en paix lorsque l’adversaire se présente devant eux. Tandis que ceux qui non seulement n’ont pas eu cette délicatesse d’âme envers Dieu, mais qui n’ont même pas craint le péché, qui n’ont même pas craint de désobéir à Dieu, ceux-là, devant le diable, sont dans une crainte stérile, une crainte de peur.
Mes bien chers Frères, je n’ai pas à développer cela plus longtemps, car la promesse de Dieu doit nous suffire : « dans la dévastation et la faim, tu seras dans les rires ». Cela doit nous suffire, mes bien chers Frères, pour être en paix, si nous avons cherché à aimer Dieu, et pour ne pas craindre la mort.
Grâce à Don Bosco, une femme meurt en paix
Une femme, bonne chrétienne, qui connaissait Don Bosco, un jour où elle le recevait, lui déclare : « Mon Père, j’ai grand-peur de la mort. Je vous en supplie, priez pour moi, pour que je n’aie pas peur et que je ne sois pas troublée au moment de la mort. » Don Bosco le lui promet.
Quelque temps après, cette femme dit à son mari : « J’ai envie de faire une neuvaine de communions. Je vais faire une bonne confession, et neuf bonnes communions. » À la fin de la neuvaine, elle rentre chez elle et dit à son mari — c’était dans la matinée puisque la messe était toujours le matin autrefois — : « Il fait sombre, ouvre donc les volets. » Son mari lui répondit : « Mais les volets sont ouverts, il fait jour. » « Mais non, dit-elle, comment se fait-il que je sois dans le sombre ? » Et à ce moment-là, elle réalise : « Ah, c’est que je suis en train de mourir. Don Bosco a accompli sa promesse ! » Et dans cette paix, elle rend son âme à Dieu.
Ceci est miraculeux, mes bien chers Frères, mais la promesse qui est faite par le Saint-Esprit dans le livre de Job est une promesse ordinaire, faite à tous ceux qui aiment Dieu et cherchent à aimer Dieu.
Les bêtes de la terre, cause de paix
Le livre de Job continue, au verset 5, 23 : « Et les bêtes de la terre seront cause de paix. » Saint Grégoire fait remarquer que le Saint-Esprit ne dit pas qu’ils seront paisibles, mais qu’ils seront cause de paix. Comment cela ? Comment les démons peuvent-ils être cause de paix ?
Quiconque aime Dieu, quand il se trouve face à une attaque du démon, se réfugie dans la paix et la sécurité toute-puissante de Dieu.
C’est ce qui se passe, mes bien chers Frères, quand vous allez vous confesser. Le mal ne vous plaît pas. Et même si vous êtes tombé dedans volontairement, plus ou moins gravement, par la grâce de Dieu, vous vous rendez compte que ce mal est déplaisant, qu’il est mauvais, et Dieu vous en donne le dégoût, parce qu’il ne pourrait pas vous donner son amour sans vous donner le dégoût du mal. Que faites-vous quand vous avez le dégoût du mal ? Vous allez vous confesser ! Et, en sortant de la confession, vous êtes en paix.
Saint Grégoire nous affirme que, plus les bêtes de la terre cherchent à déprimer nos cœurs, c’est-à-dire à diminuer l’amour de Dieu, plus cela provoque un mouvement de répulsion de notre part qui nous pousse dans l’amour de Dieu. Regardez un enfant qui a peur : il se réfugie près de sa mère. Et si celui qui lui fait peur insiste, l’enfant se réfugie d’autant plus dans le sein de sa mère, et se blottit dans ses jupes. Et plus celui qui fait peur insiste, plus il provoque ce mouvement de refuge dans la paix de la mère.
On peut certes faire une objection. Saint Paul, nous dit : « Je vois dans mes membres une loi qui répugne à la loi de mon esprit » (Rm 7, 23). Si saint Paul est soumis à cette loi, nous le serons beaucoup plus.
La réponse de saint Grégoire est celle-ci : « Autre chose est de voir le démon en fureur dans le champ des œuvres, autre chose est de le retenir dans le sein de notre cœur. » Saint Paul dit : « Je vois mes membres attaqués par la fureur du démon, mais cela répugne à la loi de mon esprit. » Il ne dit pas que cette loi le domine.
On pourrait résumer les choses ainsi : la paix ne vient pas de l’absence de tentation, mais de ce que la résistance de la chair à l’esprit dégoûte l’âme et la tourne vers Dieu.
Et cela est vrai même pour le pécheur qui est tombé dans le péché, comme je vous le disais à propos de la confession. Il se rappelle qu’en perdant la paix de Dieu, il s’est trouvé affronté à la lutte. Et comme il regrette cette paix, il se réfugie de nouveau près de Dieu.
Il est donc vrai de dire que les bêtes de la terre sont cause de notre paix, comme celui qui fait peur à un enfant est cause de ce que celui-ci se réfugie près de sa mère. Et l’Écriture sainte continue : « Tu auras la paix dans ta tente » (Job 5, 24). Pourquoi la tente ? Tout d’abord parce que la tente est un lieu de passage en attendant d’arriver à la demeure définitive. Cela veut dire que tu auras la paix avant même d’arriver au jugement de Dieu. Deuxièmement, parce que « dans la tente » signifie « en nous », en notre intérieur : nous aurons la paix dans le corps et dans l’âme. Cela mérite une explication, que voici :
La paix du corps soumis à l’esprit
Celui qui vit dans son corps ignore la vie de l’esprit et est soumis à toutes les vicissitudes du corps et à toutes les attaques du démon. Il se croit en paix, il se croit en joie, parce qu’il jouit des biens d’ici-bas. Et cependant il n’est pas en paix, parce que ses biens sont toujours attaqués. Quand ils ne sont pas attaqués, ils sont fragiles. Et il se dit : si c’est cela la vie de l’homme sur la terre, vraiment cela ne vaut pas la peine, parce que je désire quelque chose que je n’obtiens jamais. Très souvent, hélas ! le pécheur qui vit dans son corps pousse encore plus loin, et il accuse Dieu. Combien souvent vous entendez cela : « C’est Dieu qui m’a mis dans cet état, dans cette vie, sur la terre où je n’arrive pas à être heureux ; c’est de la faute de Dieu. » Il n’arrive même plus à imaginer que Dieu puisse donner la paix. — À moins, comme nous l’avons vu dans le dernier sermon, que Dieu ne frappe le corps pour liquéfier la dureté du cœur, ce que, heureusement, Dieu fait souvent.
Tandis que celui qui vit en Dieu jouit de la paix de l’esprit, et il n’est plus soumis aux vicissitudes du corps, parce que son corps est habité par l’esprit. Le corps est alors comme un cheval dompté par le cavalier. Au début, le cheval cherche à ruer, ou à se cabrer, ou à se débarrasser du cavalier, mais comme celui-ci est le plus fort, très vite le cheval se calme. Et encore, dans cet exemple, le cavalier est extérieur au cheval, tandis qu’en nous, l’esprit habite dans notre corps, c’est-à-dire qu’il possède notre corps.
Saint Thomas d’Aquin a une très belle formule : « Si ton âme est soumise à Dieu, alors ton corps sera soumis à ton âme » (Le Pater, 3e demande, texte paraphrasé). Celui, au contraire, qui est attentif en premier à la vie du corps, et au plaisir, aux satisfactions, à la délectation du corps, alors c’est l’inverse : son corps emprisonne son esprit. C’est l’application de ce que nous dit saint Augustin : Si mon âme n’est pas soumise à Dieu, comment mon corps pourrait-il m’être soumis ?
Mes bien chers Frères, ne vous plaignez jamais des conditions de vie d’ici-bas. Souffrez-en tant que vous voulez, mais ne vous en plaignez pas, parce que cela signifierait que votre corps est encore le maître, que votre esprit, plein d’amour de Dieu, n’est pas encore le maître. Oh, je sais bien, vous pourrez me dire : « Monsieur l’abbé, c’est de l’idéalisme que vous nous prêchez là ! » Non, pas du tout.
Je sais bien qu’il nous arrive à tous de nous plaindre, et pas seulement de souffrir, mais c’est ce que nous dit saint Grégoire, à la suite du Saint-Esprit : « Cette souffrance dans un cœur qui aime Dieu le pousse à se réfugier en Dieu. » Et donc, mes bien chers Frères, quand vous avez souffert dans votre corps — ou dans les biens extérieurs, peu importe — à cause du monde, à cause du malin, à cause de ses complices, à cause même de vos faiblesses, quand après avoir souffert vous vous plaignez, faites que cette plainte, au lieu de grandir, vous pousse vers le cœur de Jésus-Christ, le Sacré-Cœur, et votre plainte se guérira, se calmera, et vous retrouverez la paix. Il est quand même stupéfiant, mes bien chers Frères, de voir des gens qui se plaignent de ce qu’ils subissent dans leur corps et de ce qu’ils subissent dans leur âme, et qui, au lieu de chercher la paix en Dieu, entretiennent leur souffrance, entretiennent leur plainte, et la plainte augmente la souffrance ! Alors qu’il est si simple, au contraire, de calmer l’une et l’autre.
La paix communiquée par Dieu nous est communiquée dès ici-bas. « Je vous laisse ma paix, je ne vous la laisse pas comme le monde la laisse. » Et saint Grégoire nous fait remarquer que cela, c’est la paix commencée, qui doit s’achever en paix parfaite, celle que le vieillard Siméon a désirée, lorsque, après avoir vu l’Enfant Jésus, le Verbe incarné, il demande à entrer dans la paix de Dieu, la paix parfaite et définitive. « nunc dimittis servum tuum Domine secundum verbum tuum in pace, Maintenant, Seigneur, vous laisserez votre serviteur s’en aller en paix, selon votre parole. »
Mes bien chers Frères, cette paix est un tel trésor qu’il ne faut pas seulement la cultiver en nous, il faut la communiquer autour de nous. C’est à la fois très important et très simple, et nous verrons cela dans le prochain sermon.
Notre Dame de Fatima, Reine de la paix
Notre-Dame, Reine de la Paix, priez pour nous ! J’espère, mes bien chers Frères, que vous avez compris de quelle paix il s’agit lorsque nous la demandons à Notre-Dame. Il ne s’agit pas d’abord du silence des armes, il s’agit d’abord de la paix des cœurs qui rend les armes impuissantes. Au fur et à mesure que la paix de Dieu gagne les cœurs, les armes se taisent, et, tant qu’elles ne se sont pas complètement tues, les cœurs des chrétiens, eux, restent en paix.
Notre-Dame de la Paix, Notre-Dame de Fatima, priez pour nous !
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
Test de connaissances
Réfléchissez à chaque question, puis affichez la réponse.
1. Pourquoi l’homme juste est-il en paix malgré les attaques du démon ?
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Le juste est en paix
1. Parce que les attaques du démon le poussent à se réfugier en Dieu,
2. Qu’il aime avec une crainte filiale : « Vivants, ils craignent le juge, pour ne pas, morts, redouter l’accusateur. »
3. Que son âme étant soumise à Dieu, son corps est soumis à son âme.
2. Quelle paix Notre-Dame promet-elle ?
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À Fatima, Notre Dame promet la paix des armes, mais celle-ci ne viendra que de la paix des cœurs dévoués à Marie.
3. Quels sont les trois degrés de la crainte de Dieu ?
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La crainte servile (peur de la punition) ; la peur de perdre l’amour de Dieu ; la crainte filiale et parfaitement désintéressée, celle de faire de la peine à Dieu son Père.
4. Pourquoi les bêtes de la terre sont-elles « cause de paix » ?
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Plus le démon attaque, plus l’âme éprouve de répulsion pour le mal et se réfugie en Dieu, comme l’enfant effrayé se blottit près de sa mère.
