Sermon ~ L’ascension
Il est bon pour vous que je m’en aille ~ Il est bon que je vous prive de sacrements…

Mes bien chers Frères,

Notre Seigneur dit à ses disciples “Il est bon pour vous que je m’en aille”. C’est que l’instrument doit disparaître au profit de la réalité. Il faut faire application de ces paroles divines à toutes les situations où la sagesse divine nous prive des sacrements et des secours visibles.

La décision du gouvernement, la crise dans l’Église, nous privent des sacrements. La sagesse de Dieu ne le ferait-elle pas pour notre bien ? Il ne s’agit évidemment pas d’approuver la décision du gouvernement, elle est illégitime comme la messe moderne est illégitime, il s’agit de monter plus haut pour nous unir à Dieu.

Je vous recommande, mes bien chers Frères, de diffuser largement ce sermon pour qu’il rassure tant de bons fidèles désemparés.

Comme d’habitude, voici l’enregistrement, suivi des notes que j’ai rédigées pour ce sermon.

Je vous associe aux messes que je célèbre, c’est la première fonction du prêtre.

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Notes pour le sermon

Les raisons de l’ascension du Christ (saint Thomas d’Aquin)

Le Christ, par sa résurrection, a commencé une vie immortelle et incorruptible. Or, le lieu où nous habitons est celui de la génération et de la corruption, mais le ciel est celui de l’incorruption. Il ne convenait donc pas qu’après sa résurrection le Christ demeure sur la terre ; mais bien au contraire, il fallait qu’il monte au ciel.

Objection : Le Fils de Dieu a pris la nature humaine pour notre salut. Mais il aurait été plus salutaire pour les hommes qu’il vive toujours avec nous sur la terre. Il le déclare lui-même à ses disciples (Lc 17, 22) : “Des jours viennent où vous désirerez voir un seul des jours du Fils de l’homme, et vous ne le verrez pas.” Il semble donc qu’il ne convenait pas au Christ de monter au ciel.

Réponse : L’ascension a retiré aux fidèles la présence corporelle du Christ ; cependant, par sa divinité, le Christ reste toujours présent parmi eux. Aussi dit-il lui-même en S. Matthieu (28, 20) : “Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles.” Celui “qui est monté aux cieux, dit S. Léon n’abandonne pas ceux qu’il a adoptés.” Mais l’ascension du Christ qui nous a privés de sa présence corporelle, nous a été plus utile que ne l’aurait été cette présence elle-même, pour les raisons suivantes :

1° Elle augmente notre foi, qui a pour objet ce qu’on ne voit pas. Le Seigneur lui-même dit en S. Jean (16, 8) que l’Esprit Saint, lorsqu’il sera venu, “convaincra le monde au sujet de la justice”, la justice “de ceux qui auront cru”, remarque S. Augustin : “car la comparaison des fidèles avec les infidèles est par elle-même la condamnation de ces derniers”. Aussi le Seigneur ajoute-t-il : “je vais au Père, et vous ne me verrez plus.” S. Augustin reprend : “Bienheureux ceux qui ne voient pas et qui croient. Ce sera donc par notre justice que le monde sera condamné, car vous croirez en moi sans me voir.”

2° Elle relève notre espérance. Le Seigneur déclare (Jn 14, 3) : “Lorsque je m’en serai allé et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aussi.” Et le Christ, en emmenant au ciel la nature humaine qu’il avait prise, nous a donné l’espoir d’y parvenir, car “partout où sera le corps s’assembleront les aigles” (Mt 24, 28). Et Michée (2, 13) avait prophétisé “Il monte en frayant le chemin devant eux.”

3° Elle dirige vers les réalités célestes l’affection de notre charité : “Recherchez les choses d’en haut, où le Christ demeure assis à la droite de Dieu ; affectionnez-vous aux choses d’en haut, et non à celles de la terre” (Col 3, 1). Car, d’après S. Matthieu, “où est ton trésor, là aussi est ton cœur”. L’Esprit Saint étant l’amour qui nous ravit vers les réalités du ciel, le Seigneur dit aux disciples (Jn 16, 7) : “Il vous est bon que je m’en aille car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai.” Ce que S. Augustin commente ainsi : “Vous ne pouvez saisir l’Esprit Saint tant que vous persistez à connaître le Christ selon la chair. Lorsque le Christ se fut éloigné corporellement, non seulement l’Esprit Saint, mais encore le Père et le Fils leur furent présents spirituellement.”

4° En outre, notre respect pour le Christ s’augmente, car nous ne le considérons plus comme un homme terrestre, mais comme Dieu. Aussi l’Apôtre écrit-il (2 Co 5, 16) : “Si nous avons connu le Christ selon la chair”, c’est-à-dire, d’après la Glose, selon une chair mortelle qui nous faisait penser qu’il n’était qu’un homme, “à présent, nous ne le connaissons plus comme tel”.

Application : l’union au Christ dans la sainte Eucharistie

L’humanité du Christ est un instrument, l’instrument de la divinité

Pour chaque mystère, saint Thomas, nous l’avons constaté, pose la question de la causalité, c’est-à-dire « comment ce mystère produit-il son effet ? » et, à chaque fois il répond que l’humanité du Christ est l’instrument de la divinité.

Ce qu’est un instrument. La femme malade d’un flux de sang et la frange du manteau de N.S. « Qui m’a touché ? » Une force sortait de lui, dit l’évangéliste.

L’effet principal : le contact avec la divinité par la foi. N.S. pose toujours la foi comme condition aux miracles.

Les mystères opèrent donc toujours deux effets : l’un instrumental par l’humanité du Christ, l’autre spirituel qui est l’effet propre. Le premier n’est qu’un moyen, le second est le but.

La causalité instrumentale des sacrements et, principalement, de l’Eucharistie

L’Eucharistie contient le corps, le sang, l’âme et la divinité de Jésus-Christ.

Il faut donc lui appliquer, quant à ses effets, tout ce que nous dit la théologie sur l’humanité du Christ : elle est cause instrumentale. Le corps et le sang sont l’instrument pour « toucher » la divinité par la foi et la charité.

La seule manière de participer pleinement à la messe est de communier sacramentellement, car c’est la seule manière de toucher l’humanité du Christ. Celui qui ne communie pas sacramentellement participe spirituellement, par la foi et le désir. C’est donc une erreur de séparer la participation à la messe et la communion. Le rite aide à participer spirituellement, mais la présence physique n’est nécessaire que pour communier sacramentellement.

Le danger d’abus quant à l’instrument :

Le photographe et la cuisinière.

Notre Seigneur : il est bon que je m’en aille. Saint Thomas donne quatre raisons à cela : augmenter la foi, augmenter l’espérance, tourner vers les réalités célestes, plus grand respect de N. S.

L’instrument est sensible, danger de ne pas s’élever suffisamment au-dessus du sensible.

Il faut en dire autant des sacrements : dans sa sagesse, Dieu nous en prive pour un plus grand bien et pour les mêmes raisons : foi, espérance, vie intérieure, plus grand respect.

Ainsi, une seule communion par jour, alors qu’on doit constamment est uni à la divinité.

Plus on vieillit et qu’on devient plus ou moins impotent et moins, ordinairement, on peut participer à la messe. Les grands malades qui approchent de la mort sont ordinairement privés de messes. La sagesse de Dieu a mis cela dans notre nature, c’est pour que, plus ils approchent de l’éternité, plus les vieillards recherchent Dieu dans la foi.

Il faut de plus de bonnes dispositions du sujet pour profiter des sacrements. Mgr Lefebvre mettait en garde contre la négligence de cultiver de bonnes dispositions sous prétexte que le sacrement agit « ex opere operato » c’est-à-dire de lui-même.

Il recommandait la messe quotidienne, mais il a interdit de la rendre obligatoire dans les écoles, alors que le chapelet était obligatoire quotidiennement.

Conséquences dans la situation actuelle

Le coronavirus, mais, auparavant, l’impossibilité morale de participer à des messes de modernistes et même de « ralliés ».

Si l’on oublie la participation spirituelle, de désir, on ne voit que la participation physique au rite et on est désemparé.

Il faut au contraire réfléchir : si Dieu prive de messe, ce ne peut être que pour un plus grand bien. Ce bien N.S. l’affirme : la venue du Saint-Esprit, il nous prépare une place au Ciel.

Beaucoup de prêtres de la Fraternité Saint Pie X, ainsi que la plupart des prêtres zélés, même dans l’Église moderne, s’inquiètent de ce que leurs fidèles n’aient pas les sacrements et se dépensent pour donner la messe et la communion. C’est bon et louable à condition de ne pas augmenter la confusion : s’ils n’ont pas une bonne théologie sur l’humanité du Christ et sur les sacrements, ils n’aideront pas les fidèles à entrer dans le plan de Dieu.