Le chemin de la Croix
Recommandations

Les indulgences du chemin de Croix
Remarques
Prières

LES INDULGENCES DU CHEMIN DE LA CROIX

Les brefs et constitutions des Papes Innocent X, Innocent XII, Benoit XIII, Clément XII, Benoit XIV, déclarent que ceux qui font le Chemin de la Croix avec les dispositions convenables gagnent toutes les indulgences accordées aux fidèles qui visitent en personne les Saints Lieux, et ces indulgences sont applicables aux défunts.

Or les indulgences, tant plénières que partielles, accordées par les Souverains Pontifes aux pèlerins de Jérusalem, furent nombreuses.

Quand on ne fait ce pieux exercice qu’une seule fois le jour on obtient toutes les indulgences plénières et partielles qui y sont attachées ; parmi ces indulgences plénières, on n’en peut gagner qu’une seule pour soi-même, mais on peut appliquer toutes les autres aux âmes du purgatoire.

Si, le même jour, on fait le Chemin de la Croix à différentes reprises, on ne peut pas, il est vrai, en gagner plusieurs fois les indulgences plénières ; mais on peut à chaque fois gagner de nouveau pour soi-même ou pour les âmes du purgatoire toutes les indulgences partielles qui y sont attachées.

Deux conditions sont nécessaires pour gagner ces indulgences.

La première, c’est de parcourir toutes les stations sans en omettre aucune. Il faut donc que l’on change de place et qu’on aille d’une station à l’autre. Toutefois, si pour cause d’infirmité, ou en raison de l’exiguïté du lieu, ou parce que la foule est trop nombreuse on ne pouvait changer de place, il faudrait au moins faire un mouvement (aliquem corporis motum) et se tourner vers la station dont on médite le mystère. C’est ainsi que, sans sortir du sanctuaire, et même de la tribune, on pourrait suivre le chemin de la croix en faisant le mouvement requis, et en se plaçant, quoiqu’à distance, en face des différentes stations.

Il est même permis, quand le Chemin de la Croix se fait publiquement, de se conformer à la méthode suivie par Saint Léonard de Port-Maurice, et que l’Église a approuvée en l’adoptant. Le prêtre, accompagné des clercs ou des chantres, parcourt seul les stations, et les fidèles restent à leur place, se levant et s’agenouillant à chaque station et répondant aux prières.

Il faut que toutes les stations soient parcourues successivement, sans interruption notable, de sorte que le Chemin de la Croix, dans son ensemble, soit un seul et même exercice. Une interruption légère, qui ne détruirait pas l’unité morale de la méditation prescrite, n’empêcherait pas de gagner les indulgences ; par exemple, si l’on adressait quelques paroles, ou si on rendait un léger service à une personne qui se trouve sur le passage. D’après une décision de la Sacrée-Congrégation, l’unité morale ne cesserait pas si quelqu’un interrompait l’exercice du Chemin de la Croix pour entendre la messe, recevoir la communion, se confesser (16 Décembre 1760).

La seconde condition pour gagner les indulgences du Chemin de la Croix, c’est de méditer la Passion du Sauveur en parcourant les quatorze stations. Mais une méditation générale sur les souffrances de Notre Seigneur semble suffire, et il n’est pas rigoureusement nécessaire de méditer sur le mystère spécial représenté par chaque station. C’est ce qui résulte d’un décret de la Congrégation des Indulgences où il est dit qu’une méditation même courte, sur la Passion du Seigneur, est l’œuvre prescrite pour gagner les indulgences.

De la sorte, même les personnes simples qui ne sont pas capables de faire une méditation suivie, peuvent remplir cette condition en pensant affectueusement à quelque circonstance de la Passion.

Toutefois la méthode la plus ordinaire et peut-être la plus facile est de méditer sur le mystère représenté par chaque station.

La confession et la communion ne sont pas nécessaires pour gagner les indulgences du Chemin de la Croix ; il suffit d’être en état de grâce, et d’avoir un sincère repentir de ses fautes.

Aucune prière vocale n’est exigée, ni le Pater, ni l’Ave, ni l’Adoramus te Christe, ni les autres invocations, ni les pieuses réflexions qui se trouvent dans les livres composés sur le Chemin de la Croix. Nous le répétons, la seule chose requise est la méditation des souffrances de Notre Seigneur. Mais ces prières et ces réflexions, pouvant aider la dévotion des fidèles, il leur est habituellement très utile de s’en servir.

REMARQUES

Le chemin de la vie est un chemin de croix…

Entre les diverses stations de la Voie douloureuse et les différentes étapes de la vie humaine il y a de remarquables ressemblances et d’harmonieux rapports.

La raison en est bien simple : C’est que, pendant sa Passion, Jésus laisse voir tout particulièrement son humanité.

Jusque-là, le Dieu se révélait et s’affirmait par des prodiges sans nombre, et, même au Jardin des Olives, il terrassait encore d’un regard les soldats venus pour l’arrêter.

Mais dans les dernières heures de sa vie, qui commencent au prétoire et qui finissent au Calvaire, le Dieu reste voilé.

La divinité se cache, et l’homme seul apparaît pour endurer toutes les humiliations, toutes les tortures et la mort la plus cruelle.

C’est donc à ce moment de sa vie que Jésus personnifie mieux l’humanité ; c’est à ce moment qu’il ressemble davantage à chacun de nous, et Pilate a prononcé, sans le savoir, une grande et éloquente parole quand il a dit aux Juifs en leur présentant Jésus : Ecce homo ! Voilà l’homme !

Voilà la plus haute et la complète personnification de l’humanité ! Voilà l’homme type, l’homme modèle, l’homme idéal, à l’image duquel tous les autres ont été faits. Aussi tous les actes de Jésus dans le chemin de la croix sont-ils les leçons les plus touchantes qu’il nous ait laissées, pour nous apprendre à marcher sans faiblir dans le chemin douloureux de la vie.

PRIÈRES FACULTATIVES
AVANT ET APRÈS CHAQUE STATION

    • AVANT

v. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi. v. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons.
r. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum. r. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix.

    • APRÈS

Pater Noster, etc. Notre Père, etc.
Ave Maria, etc. Je vous salue, Marie, etc.
Gloria, Patri, etc. Gloire au Père, etc.
v. Miserere nostri, Domine. v. Ayez pitié de nous, Seigneur.
r. Miserere nostri. r. Ayez pitié de nous.
v. Fidelium animæ per misericordiam Dei requiescant in pace. v. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles trépassés reposent en paix.
r. Amen. r. Ainsi soit-il.

On peut omettre ces prières, et lire seulement les Méditations, ou bien réciter seulement les prières, sans lire les Méditations, mais en méditant les sujets qui y sont développés.

Chemin de Croix
pour honorer les Saintes Plaies de Jésus Christ

Chemin de Croix pour honorer
les Saintes Plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ

Prière préliminaire :

Pour donner plus de prix à nos faibles prières, nous nous adressons à Vous, très aimable Jésus Christ et nous vous supplions humblement : offrez Vous-même à Votre Père Eternel les Plaies Sacrées de Vos pieds, de Vos mains et de Votre côté ; offrez-Lui en même temps Votre Sang très précieux, Votre agonie et Votre mort.

Et vous aussi, Vierge Marie, Mère des douleurs, offrez-Lui avec la cruelle passion de votre Fils bien-aimé, vos soupirs, vos larmes et toutes les douleurs que vos souffrances vous ont causées, afin que, par leurs mérites, les âmes qui sont dans les flammes dévorantes du purgatoire obtiennent le rafraîchissement, que, délivrées de cette douloureuse prison, elles soient dans le Ciel, revêtues de la gloire et qu’elles y chantent à jamais les divines miséricordes. Ainsi soit-il.

Sacré-Coeur gif

 1ère station : Jésus est condamné à mort.

V./ : Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons.
R./ : Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

Père Eternel, je Vous offre les Plaies de Notre Seigneur Jésus Christ, flagellé, rejeté par son peuple et condamné à la mort cruelle et ignominieuse de la Croix pour expier les péchés du genre humain.
Par les mérites des Saintes Plaies de Jésus Christ, accordez-nous le pardon de nos péchés et faites que tous les agonisants trouvent miséricorde auprès de Vous.

V./ : Mon Jésus, pardon et miséricorde.
R./ : Par les mérites de Vos Saintes Plaies.

Sacré-Coeur de Jésus.jpg

2ème station : Jésus est chargé de sa Croix.

V./ : Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons.
R./ : Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

Père Eternel, je Vous offre les Plaies profondes et douloureuses de Jésus Christ couronné d’épines.
Par les mérites de ces Saintes Plaies, accordez-moi la contrition de mes péchés et la grâce d’accepter avec paix et douceur d’esprit, toutes les Croix qu’il Vous plaira de m’envoyer.

V./ : Mon Jésus, pardon et miséricorde.
R./ : Par les mérites de Vos Saintes Plaies.

Sacré-Coeur de Jésus.jpg

3ème station : Jésus tombe sous le poids de sa Croix.

V./ : Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons.
R./ : Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

Père Eternel, je Vous offre les Plaies de Notre Seigneur Jésus Christ, tombé sous le poids écrasant de sa Croix et je Vous prie, par les mérites de cette première chute et des Saintes Plaies de Jésus, de nous accorder la grâce de commencer une nouvelle vie de ferveur et d’amour et de marcher d’un pas ferme et constant dans la voie de Vos Saints commandements.

V./ : Mon Jésus, pardon et miséricorde.
R./ : Par les mérites de Vos Saintes Plaies.

Sacré-Coeur de Jésus.jpg

4ème station : Jésus rencontre Sa Très Sainte Mère.

V./ : Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons.
R./ : Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

Père Eternel, je Vous offre les Plaies de Notre Seigneur Jésus Christ qui transpercèrent d’un glaive de douleur le Cœur si aimant de Sa Très Sainte Mère lorsqu’elle Le rencontra, chargé de Sa Croix, sur le chemin du calvaire.
Par l’angoisse des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie et par les mérites des Saintes Plaies de Jésus, accordez-nous la contrition parfaite de nos péchés, maintenant et à l’heure de la mort.

V./ : Mon Jésus, pardon et miséricorde.
R./ : Par les mérites de Vos Saintes Plaies.

Sacré-Coeur de Jésus.jpg

5ème station : Simon le Cyrénéen aide Jésus à porter Sa Croix.

V./ : Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons.
R./ : Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

Père Eternel, je Vous offre les Plaies si profondes de Notre Seigneur Jésus Christ, qui L’épuisèrent de sang et de force, de sorte que Ses ennemis, malgré leur cruauté, furent obligés de Le décharger de Sa Croix et de Le faire aider par le Cyrénéen.
Par les mérites des Saintes Plaies de Jésus Christ et par Son épuisement total, accordez-nous le véritable esprit de pénitence et l’amour de la Croix.

V./ : Mon Jésus, pardon et miséricorde.
R./ : Par les mérites de Vos Saintes Plaies.

Sacré-Coeur de Jésus.jpg

6ème station : Sainte Véronique essuie la Sainte face de Jésus.

V./ : Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons.
R./ : Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

Père Eternel, je Vous offre les Plaies de la Sainte Face de Jésus Christ, qui Le rendirent semblable à un lépreux, sans forme ni beauté, ou, selon la parole du prophète : « comme un objet dont on se détourne ».
Par les mérites des Saintes Plaies de Jésus Christ, purifiez, je Vous en supplie, la face de mon âme et donnez-moi, comme à Sainte Véronique, un cœur bon et compatissant pour le prochain.

V./ : Mon Jésus, pardon et miséricorde.
R./ : Par les mérites de Vos Saintes Plaies.

Sacré-Coeur de Jésus.jpg

7ème station : Jésus tombe pour la deuxième fois.

V./ : Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons.
R./ : Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

Père Eternel, je Vous offre les Plaies de Notre Seigneur Jésus Christ rouvertes et avivées par ses chutes réitérées.
Par les mérites de cette deuxième chute si douloureuse et des Saintes Plaies de Jésus, préservez-moi de la rechute dans le péché, et accordez-moi la grâce de mettre en pratique des moyens efficaces pour me corriger de mes défauts et de mes mauvaises habitudes.

V./ : Mon Jésus, pardon et miséricorde.
R./ : Par les mérites de Vos Saintes Plaies.

Sacré-Coeur de Jésus.jpg

8ème station : Jésus console les filles de Jérusalem.

V./ : Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons.
R./ : Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

Père Eternel, je Vous offre les Plaies de Notre Seigneur Jésus Christ qui émurent de pitié les pieuses femmes de Jérusalem, pleurant de compassion de Le voir si maltraité et si défiguré.
Au Nom des Saintes Plaies de Jésus, jetez un regard de miséricorde sur les enfants d’Israël, afin que, reconnaissant leur Divin Messie, ils aient part au grand bienfait de la rédemption et deviennent de zélés apôtres du Christ.

V./ : Mon Jésus, pardon et miséricorde.
R./ : Par les mérites de Vos Saintes Plaies.

Sacré-Coeur de Jésus.jpg

9ème station : Jésus tombe une troisième fois.

V./ : Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons.
R./ : Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

Père Eternel, je Vous offre les Plaies de Notre Seigneur Jésus Christ, aggravées et élargies par la violence de cette chute si douloureuse qui excita la colère et les moqueries de ses ennemis.
Par les mérites de cette troisième chute et des Saintes Plaies de Jésus Christ, préservez-nous de l’aveuglement spirituel, et accordez à tous Vos prêtres et à Vos religieux et religieuses la grâce de marcher d’un pas ferme et constant dans le chemin de l’abnégation et du renoncement à soi-même.

V./ : Mon Jésus, pardon et miséricorde.
R./ : Par les mérites de Vos Saintes Plaies.

Sacré-Coeur de Jésus.jpg

10ème station : Jésus est dépouillé de Ses vêtements.

V./ : Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons.
R./ : Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

Père Eternel, je Vous offre les Plaies béantes du Corps Sacré de Jésus Christ, tout ruisselant de sang, après avoir été inhumainement dépouillé de Ses vêtements qui étaient collés à Ses chairs.
Par les mérites des Saintes Plaies de Jésus et de la confusion dont il était couvert, accordez-moi la sainte humilité et un complet détachement de moi-même.

V./ : Mon Jésus, pardon et miséricorde.
R./ : Par les mérites de Vos Saintes Plaies.

Sacré-Coeur de Jésus.jpg

11ème station : Jésus est cloué à la Croix.

V./ : Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons.
R./ : Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

Père Eternel, je Vous offre les Plaies des mains et des pieds de notre Divin Sauveur et la douleur de sa tête adorable qui, à chaque coup de marteau, bondit et retombe durement contre le bois de la Croix.
Par les mérites des douleurs indicibles de Jésus et par Ses Saintes Plaies, transpercez d’un rayon de votre grâce les cœurs endurcis des infidèles et des pécheurs obstinés, et amenez-les, contrits et humiliés, au pied de la croix de Votre Fils bien-aimé.

V./ : Mon Jésus, pardon et miséricorde.
R./ : Par les mérites de Vos Saintes Plaies.

Sacré-Coeur de Jésus.jpg

12ème station : Jésus meurt sur la Croix.

V./ : Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons.
R./ : Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

Père Eternel, je Vous offre, en réparation des péchés du monde, les Plaies Sacrées de Votre Fils bien-aimé, agonisant sur la Croix, les tortures lancinantes de Sa tête adorable, couronnée d’épines, de Ses mains et de Ses pieds transpercés de gros clous, et de tout Son corps en proie à des souffrances indicibles.
Au Nom et par les Saintes Plaies de Jésus, délivrez, nous Vous en supplions, les Saintes âmes du purgatoire, faites miséricorde aux âmes agonisantes, et ensevelissez tous nos péchés dans l’abîme sans fond de Votre divine miséricorde.

V./ : Mon Jésus, pardon et miséricorde.
R./ : Par les mérites de Vos Saintes Plaies.

Sacré-Coeur de Jésus.jpg

13ème station : Jésus est remis à Sa Très Sainte Mère.

V./ : Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons.
R./ : Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

Père Eternel, je Vous offre les Plaies de Notre Seigneur Jésus Christ, déposé dans les bras de Sa Très Sainte Mère.
O Reine des martyrs, imprimez dans mon cœur les plaies de Jésus Crucifié. Apprenez-moi à méditer comme vous Sa sainte couronne d’épines, Ses mains et Ses pieds transpercés, Son côté ouvert par la lance et tout Son corps labouré par les fouets de la flagellation.
Par les mérites des Saintes Plaies de Jésus, obtenez-nous, ô Mère Bien-aimée, la contrition parfaite de nos péchés maintenant et à l’heure de la mort.

V./ : Mon Jésus, pardon et miséricorde.
R./ : Par les mérites de Vos Saintes Plaies.

Sacré-Coeur de Jésus.jpg

14ème station : Jésus est déposé dans le tombeau.

V./ : Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons.
R./ : Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

Père Eternel, je Vous offre les Plaies du corps sacré de Jésus, dans le sépulcre, de ce corps dont le prophète Isaïe nous dit que « de la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête, il n’y avait plus rien de sain en Lui… Ce n’était que blessures, meurtrissures, plaies vives qui n’ont pas été pansées, ni bandées, ni adoucies avec de l’huile ».
Par les mérites des Saintes Plaies de Jésus, ayez pitié de mon âme lorsqu’elle se séparera de mon corps. Ne soyez pas alors mon Juge mais mon Sauveur !

V./ : Mon Jésus, pardon et miséricorde.
R./ : Par les mérites de Vos Saintes Plaies.

Sacré-Coeur de Jésus.jpg

Oraison de la Messe des Cinq Plaies de Notre-Seigneur :

O Dieu qui, par la Passion de Votre Fils unique, et par l’effusion de Son Sang découlant de Ses cinq plaies, avez rétabli la nature humaine perdue par le péché, faites, nous Vous en supplions, qu’en vénérant ici-bas les plaies qu’Il a reçues pour nous, nous méritions de recueillir dans le ciel le fruit de ce même Sang très précieux. Nous Vous le demandons par ce même Jésus-Christ Notre-Seigneur, Votre fils, qui vit et règne avec Vous, dans l’unité du Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il !

Où c’est le chemin de la Croix
Poésie

Où c’est le chemin de la Croix

Victor Kinon, poète belge ( – )

 

Puis il faut, sur la colline,
Suivre la Mère divine
Dans son chemin douloureux.

Pendant l’ascension lente
Un rossignol se lamente
Sous les lilas blancs et bleus.

Oh ! quelle tristesse amère
De voir cette bonne Mère
En mortelle angoisse ainsi.

Oh ! vraiment, quelle tristesse,
Et devant telle détresse
Qui ne pleurerait aussi ?

Tandis que la Croix s’élève,
Par les lames de sept glaives
Son cœur est transverbéré.

Et les sept horribles lames,
Et les sept glaives de flamme,
Nous les avons enfoncés !

Douce Dame en blanc martyre,
Douce Dame en pâle cire,
Douce Dame en sang pour nous,

Par les fouets et la colonne,
Par le jonc et la couronne,
Par la croix et par les clous,

Fais-nous, à l’heure suprême,
Trouver grâce tout de même
Auprès du Juge en courroux.

Le Chemin de la Croix
par l’abbé Routhier

Méditation
du Chemin de la Croix

par l’abbé Routhier

 

AU PIED DE L’AUTEL

Ô Jésus, mon Sauveur, je viens me ranger à votre suite, et vous accompagner dans le chemin qui vous conduit au supplice.

Ce n’est plus par des paroles, mais par des actes, que vous allez maintenant m’enseigner la science de vivre.

C’est quand vous souffrez que j’ose m’approcher de vous parce que la souffrance vous rend plus semblable à nous. Mais, quelque défiguré que vous m’apparaissiez dans la Voie Douloureuse, je vous reconnais encore pour mon Dieu, afin que vous reconnaissiez aussi mon âme sous les haillons et les plaies qui la couvrent. Faites que ma vie ressemble à la vôtre, et quand j’arriverai à mon Calvaire à votre suite, faites que mon âme, en s’échappant de mon corps crucifié, vous suive également au delà du tombeau.

PREMIÈRE STATION

Jésus est condamné à mort.

Pourquoi Jésus est-il condamné à mort ? A‑t-il commis quelque crime ? Non. Personnellement il est l’innocence même. Et cependant il faut qu’il meure pour les péchés des hommes dont il s’est fait le frère. En entrant dans la famille humaine, il est devenu solidaire de nos fautes, et il doit subir la sentence de mort portée contre le péché.

En entrant dans la vie, nous aussi sommes condamnés à mort.

Pourquoi ? Pour nos fautes personnelles ? — Non, puisque nous n’avons pas encore péché ; mais pour la faute de nos premiers parents.

Terrible et mystérieuse solidarité ! Par le seul fait que nous naissons hommes, nous recevons au même instant et le bienfait de la vie et notre condamnation à mort !

La sentence est irréformable, et sans commutation de peine possible — morte morieris ! Seule la date de l’exécution est incertaine.

Ah ! quel mal épouvantable est-ce donc que le péché puisqu’il a attiré un pareil châtiment sur l’humanité, et puisqu’il a fallu le dernier supplice d’un Dieu pour l’expier !

Ô mon Jésus, qui avez voulu mourir pour moi, vous ne me demandez pas de mourir mais de vivre pour vous en ce monde afin de vivre avec vous dans l’autre. Car je ne mourrai pas tout entier, non omnis moriar.

DEUXIÈME STATION

Jésus est chargé de sa Croix.

Voilà l’arbre de vie qui va réparer tous les maux causés par l’arbre de mort du paradis terrestre.

C’est instrument du supplice de Jésus, mais c’est aussi l’instrument de notre salut. C’est par la croix qu’un Dieu va mourir, mais c’est aussi par elle qu’il va triompher de l’enfer et racheter l’humanité.

C’est l’étendard qui va remplacer les aigles romaines, et reconquérir l’univers pour les siècles des siècles !

Dès notre entrée dans la vie, chacun de nous est aussi chargé de sa croix. À peine nés, nous sommes en proie aux maladies et aux souffrances physiques ; puis viennent le travail, la lutte pour la vie, les peines d’esprit et les douleurs morales.

Mais la croix principale qui blesse nos épaules et nous fait succomber sous son poids, c’est notre nature portée au mal.

Voilà l’instrument du supplice qui doit devenir pour nous l’instrument du salut.

On raconte que la croix de Jésus fut taillée dans un arbre, qui avait poussé au bord du torrent de Cédron, et qui, ayant été renversé, servait de pont pour franchir le torrent, et relier la Vallée de Josaphat à Jérusalem. Touchant symbole !

La croix est aussi pour chacun de nous le pont mystérique qui relie cette vallée de larmes à la Jérusalem céleste !

Ô mon Jésus, puisque telle est la vertu et la puissance de la croix, je l’accepte de vos mains, et je veux la porter courageusement tous les jours de ma vie.

TROISIÈME STATION

Jésus tombe pour la première fois.

Jésus n’a fait encore que quelques pas dans la Voie douloureuse, et déjà les forces lui manquent. Le poids de la croix l’accable, et il tombe.

Hélas ! Tel est le sort de chacun de nous à ses premiers pas dans le chemin de la vie. Rappelons nos souvenirs, remontons jusqu’à notre enfance, et nous serons forcés d’avouer que nous avons péché dès que nous sommes devenus responsables de nos actes.

La première étape de notre voyage en ce monde a été marquée par une chute.

Mais entre nos chutes et celles de Jésus il y a une différence essentielle. Les nôtres sont morales, celles de Jésus sont physiques. C’est la force corporelle qui manque au Sauveur, c’est le courage moral qui nous fait défaut.

Le poids de la croix était hors de proportion avec la vigueur physique de notre doux Jésus, et c’est pourquoi il succombe, malgré son courage et son énergie. Mais nous, pourquoi tombons-nous ? La croix qu’il plait à Dieu de mettre sur nos épaules est-elle au-dessus de nos forces ? Jamais ! Dieu est juste et il proportionne les grâces aux épreuves. C’est le bon vouloir et le courage qui nous font défaut. Quand nous tombons c’est que nous le voulons bien ; c’est que la chute a pour nous des charmes ; c’est que la terre nous attire avec ses fleurs et ses fanges.

Ô mon Jésus, je veux être à l’avenir plus généreux et plus fort ; plus généreux dans mes épreuves, plus fort contre mes passions mauvaises.

QUATRIÈME STATION

Jésus rencontre sa très-sainte mère.

Dans l’abattement qui suit la chute, il faut quelque chose qui réconforte. Sans doute, il était triste pour Jésus de rencontrer sa mère dans les douloureuses circonstances où il se trouvait. Et cependant, au milieu de tous ces ennemis acharnés, qui l’accompagnaient en vociférant, ce dût être un soulagement d’apercevoir tout-à-coup l’angélique figure de sa mère bien-aimée. Il s’en allait mourir, et cette dernière rencontre sur terre avec celle qui lui avait donné la vie fut sans doute sa dernière lueur de bonheur en ce monde. Mais en même temps il a dû puiser dans la vue de cette mère intrépide, qu’aucun obstacle n’arrêtait, un nouveau courage pour accomplir son sacrifice.

Rappelez-vous les souvenirs de votre première chute, et vous y retrouverez quelque scène analogue.

Dans les jours de stupeur, de tristesse et de remords qui ont suivi, vous avez aussi rencontré votre mère ; ou, si elle était loin de vous, dans un monde meilleur, peut-être, vous vous êtes souvenu d’elle et de ses enseignements.

Sa vue ou son souvenir ont suffi pour vous faire regretter votre chute.

Mais, hélas ! peut-être êtes-vous de ceux qui n’ont pas eu de mère digne de ce nom, et qui n’ont pas reçu les salutaires leçons de l’amour maternel.

Alors il y a une autre mère qui s’est certainement trouvée sur votre chemin, et dont la rencontre a dû vous faire rentrer en vous-même : c’est l’Église.

Elle vous a appelés pour vous consoler et vous donner de nouvelles forces — L’avez-vous écoutée ?

Ô Marie, quand vous me voyez faiblir sous le poids de ma croix, venez à ma rencontre. Un regard de vous m’encouragera à la porter généreusement jusqu’à mon calvaire.

CINQUIÈME STATION

Simon le Cyrénéen aide Jésus à porter sa croix.

Un homme aidant un Dieu à porter sa croix ! Quel sujet de méditation !

Cette aide était bien due, certes, puisque c’était pour les péchés de l’humanité que Jésus souffrait.

Et cependant il semble que le secours donné par l’homme à Dieu ne fut que prêté, et que Jésus ait contracté l’engagement de le rendre. Car aujourd’hui c’est nous qui portons notre croix et c’est Jésus qui nous aide.

« Venez à moi, vous tous qui êtes chargés, et je vous soulagerai, » nous dit-il.

Et les prêtres qui sont d’autres Christs sont toujours à nos côtés, prêts à nous assister, et à soulever nos croix quand elles nous écrasent.

Mais pour mériter que Dieu nous aide, il faut que nous aidions nos frères.

Dans ce grand pèlerinage de la vie où nous cheminons tous si péniblement, chargés de nos croix, c’est un devoir social de nous aider mutuellement. Il faut que les forts assistent les faibles, et que les moins chargés viennent au secours de ceux dont les croix sont plus lourdes.

Ô mon Jésus ! Ai-je bien compris ce grand devoir de la charité ? Au lieu d’allégir les croix des autres ne les ai-je pas rendues plus lourdes par mes dénigrements, mes injustices, mes envieuses et basses jalousies ? Au lieu d’aplanir le chemin qu’ils suivent, n’y ai-je pas plutôt semé des obstacles pour les faire tomber ? Ne me suis-je pas réjoui de leurs misères et de leurs chutes ?

Ô Jésus, donnez-moi pour mon prochain la charité du Cyrénéen, et faites moi bien comprendre que qui donne aux pauvres et aux faibles prête à Dieu.

SIXIÈME STATION

Sainte Véronique essuie la face de Jésus.

Que représentent cette femme et sa louable action ? Quand nos crimes ont défiguré notre âme, quand ployant sous le poids de notre croix, meurtris, brisés et souillés, nous ne pouvons plus être regardés comme des images de Dieu, trouvons-nous en ce monde une Véronique qui vienne essuyer notre visage, en effacer les souillures, et nous rendre notre ressemblance avec le Créateur ?

Oui, l’Église remplit ce rôle. Comme Véronique, qui s’ouvrit un chemin à travers les soldats et les bourreaux, elle s’avance au milieu des démons qui entourent notre âme pécheresse, et elle leur dit : arrêtez, cet homme est un enfant de Dieu ; laissez-moi essuyer sa face et lui rendre sa primitive beauté.

Et par ses prières, et par ses signes mystérieux qu’elle nomme Sacrements, l’Église rétablit en nous les divins caractères ; elle fait reparaître au front du chrétien les traits célestes qu’il avait après son baptême, et, s’il meurt en cet état, les anges le reconnaissent au seuil du paradis et s’écrient : Voilà bien l’image de notre Dieu ! Voilà son portrait fidèle. Deus, ecce Deus !

SEPTIÈME STATION

Jésus tombe pour la deuxième fois.

Pourquoi ces chutes réitérées de Jésus dans la Voie douloureuse ?

Sans doute, notre divin Sauveur a voulu nous apprendre que même après plusieurs chutes nous ne devons pas nous décourager et perdre espérance.

Mais pourquoi ce chiffre mystérieux de trois chutes ? Il doit y avoir une raison qui explique ce nombre ; car Dieu ne fait rien au hasard.

Serait-ce parce que nos chutes dans le chemin de la vie sont de trois espèces, puisque nous péchons envers Dieu, envers le prochain et envers nous-mêmes ?

Serait-ce parce que nous sommes soumis dans ce monde à trois genres d’épreuves qui nous accablent tour à tour, 1o dans nos corps, par les maladies, les infirmités et les fatigues ; 2o dans nos âmes, par les peines d’esprit et les angoisses du cœur ; 3o dans nos biens, par les revers de fortune, la pauvreté et la misère ?

Ces explications sont peut-être plausibles ; mais je croirais plutôt que Jésus a voulu par ses trois chutes expier les péchés que nous commettons contre chacune des personnes de la Sainte Trinité.

Ô mon Jésus, je confesse à vos pieds que je ne saurais calculer le nombre de mes chutes, tant elles ont été multipliées ! N’en tenez pas vous-même un compte trop rigoureux, et faites en sorte qu’elles ne m’enlèvent pas les forces nécessaires pour continuer de marcher à votre suite.

HUITIÈME STATION

Jésus rencontre les filles de Jérusalem.

À la vue de ces femmes qui pleuraient sur son sort, Jésus fut sans doute bien touché, et il dût leur en être reconnaissant. Mais il vit en même temps qu’elles s’affligeaient de ses souffrances, sans songer aux péchés des hommes qui en étaient la cause.

Leur douleur était toute naturelle, un effet purement nerveux, peut-être, et elles étaient loin de penser que c’était pour leurs propres fautes et pour les crimes de leur nation et du monde entier que Jésus allait mourir.

Le divin condamné veut les éclairer, et leur adresse cette leçon, que nous avons nous-mêmes méritée tant de fois :

« Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ! »

Cette scène pleine d’enseignements est une des plus fréquentes dans la vie.

Nos âmes sont des filles de la Jérusalem céleste ; et quels sont les maux qui les attendrissent et les font pleurer ? Ce sont les maux purement temporels et elles restent insensibles aux maux spirituels. Les spectacles de la souffrance, de la misère, de la maladie, de la mort, les émeuvent jusqu’aux larmes ; et elles regardent d’un œil sec les révoltes contre Dieu, les crimes, les immoralités, les scandales. Que dis-je ? Les scandales les amusent, et elles ne s’affligent pas même sur leurs propres misères morales et sur leurs fautes sans nombre !

Ô Jésus, faites-moi comprendre de plus en plus que, parmi tous les maux qui affligent l’humanité, le plus digne de nos larmes est le nombre et l’énormité des péchés que nous commettons contre vous.

NEUVIÈME STATION

Jésus tombe pour la troisième fois.

Scrutons encore ce mystère douloureux des trois chutes de Jésus.

La troisième est plus profonde que les deux autres. Jésus est littéralement écrasé sous le poids de sa croix. Il est étendu, le front dans la poussière, et les bourreaux craignent qu’il ne puisse plus se relever ; car la vie semble éteinte en lui.

Ce triste état de Jésus est celui de l’homme qui a péché contre la troisième personne de la Sainte Trinité. Sa condition est désespérée parce que son crime est presque irrémissible. Tant que le chrétien n’a péché que contre Dieu le Père, ou Dieu le Fils, il peut encore se repentir parce qu’il lui reste la volonté de se sauver. Mais quand il a péché contre le Saint-Esprit, c’est sa volonté qui est pervertie ; c’est son intelligence qui s’est rendue coupable, en repoussant et reniant la vérité qu’elle reconnaît, en fermant les oreilles pour ne pas entendre Dieu qui lui parle, et en n’ouvrant la bouche que pour l’outrager et le blasphémer !

C’est le crime presque irréparable, la déchéance finale. Le pécheur ressemble alors à un cadavre, car toute vie surnaturelle est éteinte en lui.

Ô Jésus, ne permettez pas que je tombe jamais dans ce lamentable état. Mais s’il m’arrivait d’y tomber, ne m’abandonnez pas, vous qui vous êtes relevé de votre troisième chute, et donnez-moi encore une fois la force et la volonté de me sauver.

DIXIÈME STATION

Jésus est dépouillé de ses vêtements.

Jésus est arrivé au bout de la Voie douloureuse, au sommet de la montagne où il doit mourir, et c’est alors qu’il est dépouillé de ses vêtements.

Ce dépouillement symbolise le détachement de toutes choses qu’il faut subir bon gré mal gré à la fin de la vie. Quand l’homme achève de parcourir son pénible chemin, et a gravi la montagne de la vieillesse, tous les biens de ce monde lui sont ravis les uns après les autres. Les forces l’abandonnent, la santé lui fait défaut, les espérances, les amours, les illusions se flétrissent et tombent comme des vêtements en lambeaux. Il a encore des richesses, peut-être, mais il n’en peut plus jouir ; des honneurs, mais il n’y tient plus.

Tous les vains dehors du faste et des plaisirs n’ont plus de charme pour lui, et il les sacrifierait pour une seule année de jeunesse. Mais la jeunesse ne reviendra plus ; et les vains ornements de sa vie, tombant les uns après les autres, le laissent bientôt dans cet état de nudité qu’il avait à son entrée dans le monde.

Une seule chose lui reste encore. C’est la croix, et il n’en sera séparé que par la mort.

Ô mon Jésus, faites-moi la grâce de l’aimer cette croix, puisqu’elle doit être ma compagne pendant toute ma vie. Car pour le chrétien qui l’aime elle devient un appui, un bâton de vieillesse, une échelle merveilleuse qui lui sert à monter vers vous.

ONZIÈME STATION

Jésus est attaché à la Croix

Voilà bien le dernier acte du drame de la vie.

Jusque là l’homme a seulement porté la croix ; mais rien ne l’y attachait, et il pouvait encore la rejeter loin de lui. Dorénavant il y sera attaché, cloué. Il ne formera plus avec elle qu’un seul être, et la mort seule pourra les séparer.

Mais si cette immolation du chrétien sur la croix est volontaire et résignée, quelle transformation elle opère en lui !

Jusque là la croix pesait sur lui et l’écrasait. Maintenant c’est lui-même qui s’étend sur elle, qui la domine comme un vainqueur, qui en prend possession comme un roi fait de son trône. Elle est encore l’instrument du supplice, mais elle rayonne déjà comme un instrument de glorification.

Pour reconnaître et honorer les plus méritants de leurs sujets, les souverains de ce monde attachent sur leurs poitrines des croix d’honneur. Ainsi la croix de Jésus devient la décoration du chrétien, et le signe qui le fera reconnaître par le roi du ciel.

Ô mon Jésus, je veux m’attacher volontairement à la croix, puisque vous avez transformé ce signe d’ignominie en signe de gloire, et puisque c’est la marque à laquelle vous reconnaîtrez vos élus.

DOUZIÈME STATION

Jésus est élevé en croix et meurt.

Voilà le commencement de l’apothéose. La croix se fait piédestal, et le supplicié est élevé au-dessus des autres hommes. Il domine la terre dont il est dorénavant détaché. La Jérusalem terrestre est sous ses pieds, et les rayons qui descendent du ciel, en perçant les ténèbres qui l’enveloppent, lui révèlent que les portes de la Jérusalem céleste sont ouvertes pour le recevoir.

Il meurt ; et dès lors le Dieu, qui s’était éclipsé, reparaît et manifeste sa puissance. La terre tremble, les tombeaux s’ouvrent et les morts ressuscitent.

Ô Jésus ! j’allais déjà m’habituer à ne voir en vous que l’homme ! Pardon, je reconnais en vous mon Dieu, et je vous adore ! J’adore aussi votre croix sainte, et je reconnais qu’elle est l’arbre de la vie. Greffez-moi sur ce bois sacré comme un rameau vivace afin que j’y puise la sève divine que votre sang y fait circuler !

TREIZIÈME STATION

Jésus est descendu de la croix et remis à sa mère.

La mission de la croix est finie, et Jésus peut maintenant en être détaché. Elle devait être pour lui une source de mérites infinis et racheter l’humanité. C’est fait ; consummatum est, tout est consommé. C’est pourquoi le corps est détaché de la croix, devenue inutile ; et il est remis à sa mère qui reconnaît à peine le fruit de ses entrailles tant il est défiguré.

Le même sort nous attend. Un jour, qui est peut être bien proche, après notre crucifixion dans les terreurs et les angoisses de l’agonie, notre âme s’envolera vers la patrie ; et notre corps descendu de la croix — c’est-à-dire délivré enfin de toute douleur, — sera remis à notre mère, la sainte Église.

Elle nous recevra sur ses genoux, comme elle nous a reçus au jour du baptême, et, gémissant tristement, elle dira à son époux Jésus : « Voyez comme nos enfants sont fatigués, et comme leurs yeux sont fermés à la lumière de ce monde ; donnez-leur le repos et la lumière de l’éternité, requiem æternam dona eis Domine, et lux perpetua luceat eis !

QUATORZIÈME STATION

Jésus est mis dans le sépulcre.

Tout défiguré qu’il est, le corps de Jésus est encore un objet d’amour et de vénération pour sa mère. Elle l’embaume, elle l’enveloppe dans un linceul parfumé, et elle le dépose dans un sépulcre neuf, où il attendra sa résurrection.

Ainsi fera l’Église de nos corps. Envahis déjà par la corruption du tombeau, ils seront devenus pour tous un objet d’horreur ; mais notre mère l’Église leur témoignera du respect et de la vénération. Elle n’oubliera pas qu’ils ont été les compagnons de nos âmes, et qu’ils sont destinés à revivre. Elle jettera sur eux ses longs voiles de deuil ; elle les parfumera de son encens, et enfin elle les confiera à la mère primitive du genre humain, la terre, d’où l’homme a été tiré.

Mais, se ressouvenant aussitôt de l’âme, elle chantera son entrée triomphale dans l’immortalité : In paradisum deducant te Angeli.….….….….… Au paradis que les Anges te conduisent !

Ô mon Jésus, quand l’Église catholique, dans le sein de laquelle je veux vivre et mourir, entonnera sur ma dépouille mortelle cet admirable chant d’adieu, daignez écouter sa prière et ses vœux, et commandez vous-même à vos Anges de m’ouvrir les portes de la bienheureuse éternité.

Car je crois en vous, et vous l’avez promis : celui qui croit en vous ne mourra pas pour toujours, qui credit in me non morietur in æternum.

AU PIED DE L’AUTEL

Acte de Foi

Mon Dieu, je crois fermement tout ce que la Sainte Église catholique croit et enseigne, par ce que c’est vous qui l’avez dit, et que vous êtes la vérité même.

Acte d’Espérance

Mon Dieu, appuyé sur vos promesses et sur les mérites de Jésus-Christ, mon Sauveur, j’espère avec une ferme confiance que vous me ferez la grâce d’observer vos commandements en ce monde, et d’obtenir par ce moyen la vie éternelle.

Acte d’Amour et de Charité

Mon Dieu, qui êtes digne de tout amour, à cause de vos perfections infinies, je vous aime de tout mon cœur, et j’aime mon prochain comme moi-même pour l’amour de vous.

Ainsi soit-il.

Indulgence de sept ans et sept quarantaines chaque fois que l’on récite ces trois actes.

 

Rome de plus en plus protestante

Le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a réfléchi sur le sens de la commémoration des 500 ans de la « Réforme » protestante sur les pages de L’Osservatore Romano en italien du 21 février 2017 en précisant que cette commémoration sera imprégnée d’un « un esprit œcuménique » et que sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a été parmi les précurseurs de l’œcuménisme. Continuer la lecture de « Rome de plus en plus protestante »

Mgr Lefebvre
recommande le jeûne

Lettre de Mgr Lefebvre sur le carême 1982
Lettre de Mgr Lefebvre sur le carême 1987
Consignes de Mgr Lefebvre
Commandements de l’Église

Lettre de Mgr Lefebvre sur le carême
aux fidèles de la Tradition

+ le 14 février 1982

Bien chers fidèles,

Selon une ancienne et salutaire tradition dans 1’Église, à l’occasion du Carême, je vous adresse ces quelques paroles pour vous encourager à entrer de toute votre âme dans ce temps de pénitence, avec les dispositions voulues par l’Église et dans le but pour lequel elle l’a prescrit.

Si je recherche dans les livres du début du siècle les fins pour lesquelles l’Église a prescrit ce temps de pénitence, ils en indiquent trois :

– d’abord réprimer la concupiscence de la chair
– puis faciliter l’élévation de nos âmes vers les réalités divines
– enfin satisfaire pour nos péchés.

N’est-ce pas ce dont Notre Seigneur nous montre l’exemple au cours de son existence ici-bas : prier et faire pénitence. Mais n’ayant ni concupiscence, ni péché, il a fait pénitence et satisfait pour nos péchés, nous montrant par là que notre pénitence peut être bénéfique non seulement pour nous, mais pour notre prochain.

Prier et faire pénitence. Faire pénitence pour mieux prier, pour nous approcher davantage de Dieu, voilà ce que tous les Saints ont fait, ce que la Vierge Marie rappelle dans tous ses messages.

Oserons-nous dire que cette nécessité est moins grande à notre époque qu’aux époques précédentes ? Nous pouvons et devons au contraire affirmer que jamais plus qu’aujourd’hui la prière et la pénitence sont nécessaires, parce qu’on a tout fait pour diminuer et mépriser ces deux éléments fondamentaux de la vie chrétienne.

A‑t-on jamais comme aujourd’hui cherché à satisfaire sans aucune limite tous les instincts désordonnés de la chair, jusqu’à l’assassinat de millions d’innocents. On croirait de même que la société n’a de raison d’être que de donner le maximum de “standing” de vie à tous les hommes, pour leur éviter toute privation des biens matériels.

Ainsi le but de la Société serait opposé à ce que prescrit 1’Église. Et l’on comprend qu’en ces temps où les hommes d’Église s’alignent sur l’esprit du monde, on assiste à la disparition de la prière et de la pénitence, et particulièrement dans leur aspect de réparation pour les péchés, d’obtention du pardon des fautes. Qui aime aujourd’hui redire le psaume si émouvant du “Miserere” et répéter avec le psalmiste « Peccatum meum contra me est semper : mon péché est toujours devant moi » ? Et comment une âme chrétienne peut-elle éloigner la pensée du péché si l’image du crucifix est toujours devant ses yeux ?

*

Les Évêques ont demandé au Concile une diminution telle du jeûne et de l’abstinence que ces prescriptions ont pratiquement disparu. Nous devons reconnaître que cette disparition est une conséquence de l’esprit œcuménique et protestant qui nie la nécessité de notre participation pour l’application des mérites de Notre Seigneur à chacun de nous, pour la rémission de nos péchés et la restauration de notre filiation divine.

Tandis qu’autrefois les commandements de l’Église prévoyaient :

– le jeûne obligatoire pour tous les jours du Carême excepté les Dimanches, pour les jours des Quatre-temps et plusieurs vigiles

– l’abstinence pour tous les Vendredis de l’année, les Dimanches de Carême, et dans de nombreux diocèses tous les Samedis de l’année.[1]

Que reste-t-il aujourd’hui de ces prescriptions ?

– le jeûne le Mercredi des cendres et le Vendredi Saint
– l’abstinence le Mercredi des cendres et les Vendredis de Carême.

On peut se demander, pourquoi une telle diminution.

Quels sont ceux qui sont astreints au jeûne ?

— les adultes de 21 ans jusqu’à l’âge de 60 ans

Qui doit observer l’abstinence ?

— Sont astreints à l’abstinence tous les fidèles à partir de l’âge de 7 ans.

Qu’est-ce que le jeûne ? C’est ne faire qu’un repas par jour, auquel il est permis d’ajouter deux collations, une le matin et une le soir, ne dépassant pas deux onces, soit 60 g d’aliment solide.

Qu’est-ce que l’abstinence ? C’est s’abstenir de viande.

Les fidèles qui ont vraiment l’esprit de foi et qui comprennent profondément les motifs de l’Église, qui ont été indiqués ci-dessus, auront à cœur non seulement d’accomplir ces légères prescriptions d’aujourd’hui, mais entrant dans l’esprit de Notre Seigneur et de la Vierge Marie, ils porteront les péchés qu’ils ont commis et ceux de leur prochain, de leur famille, de leurs amis, de leurs concitoyens.

C’est pourquoi ils ajouteront à ces prescriptions soit le jeûne tous les Vendredis de Carême, soit l’abstinence d’alcool ou de vin, ou ils s’abstiendront de télévision. Ils s’efforceront de prier davantage, d’assister plus souvent à la Sainte Messe, de réciter le Rosaire, de ne pas manquer la prière du soir en famille. Ils se sépareront de biens superflus pour aider les Séminaires, pour fonder des écoles, pour aider leurs prêtres à l’aménagement des chapelles, pour aider le développement des maisons des religieux et des religieuses.

Les prescriptions de l’Église ne concernent pas seulement le jeûne et l’abstinence, mais encore le devoir pascal.

Voici ce que recommandait le Vicaire capitulaire de Sion aux diocésains le 20 février 1919 :

1. Pendant le Carême, Messieurs les Curés feront deux fois le chemin de la Croix chaque semaine : un jour avec les enfants des écoles, un autre jour avec les autres paroissiens. Après le chemin de la Croix, on récitera les litanies du Sacré Cœur.

2. La Semaine de la Passion, c’est-à-dire la Semaine avant le Dimanche des Rameaux, il y aura un triduum dans toutes les églises paroissiales. Instruction – Litanies du Sacré Cœur en présence du St Sacrement – Bénédiction.

Dans ces trois instructions, Messieurs les Curés rappelleront à leurs paroissiens simplement et clairement quelles sont les principales conditions pour recevoir dignement le Sacrement de pénitence.

3. Le temps pendant lequel on peut remplir le devoir pascal est fixé pour toutes les paroisses du Dimanche de la Passion au 1er Dimanche après Pâques.

Pourquoi ces directives ne seraient-elles plus valables aujourd’hui ?

Profitons de ce temps salutaire au cours duquel Notre Seigneur a coutume de dispenser d’abondantes grâces. N’imitons pas les vierges insensées qui n’ayant pas d’huile dans leur lampe trouvèrent la porte de la maison de l’époux fermée et entendirent cette terrible réponse “Nescio vos” : “Je ne vous connais pas”.

*

Bienheureux ceux qui ont l’esprit de pauvreté, car le royaume des Cieux est à eux ; c’est-à-dire l’esprit de détachement des biens de ce monde.

Bienheureux ceux qui pleurent car ils seront consolés. Pensons à Jésus au jardin des oliviers qui pleura nos péchés. A nous désormais de pleurer les nôtres et ceux de nos frères.

Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la sainteté car ils seront rassasiés. La sainteté passe par la croix, la pénitence, la privation. Si vraiment nous recherchons la perfection, nous devons emprunter le chemin de la Croix.

Puissions-nous en ce Carême entendre l’appel de Jésus et Marie et nous engager à leur suite dans cette croisade de prière et de pénitence.

Que nos prières, nos supplications, nos privations obtiennent du Ciel que les responsables dans l’Église retournent à ses vraies et saintes traditions, seule solution pour que les institutions de l’Église revivent et refleurissent à nouveau.

Aimons à redire cette conclusion du “Te Deum” :

“In te Domine speravi, non confundar in aeternum” : “En vous, Seigneur, j’ai placé mon espoir, je ne serai jamais déçu.”

+ Marcel Lefebvre

Ancien Archevêque de Tulle
Fondateur de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X

Rickenbach, le 14 février 1982 Dimanche de la Sexagésime

Lettre à nos chers fidèles
à l’occasion du carême

C’était autrefois une excellente coutume que l’évêque du diocèse adressât une lettre à ses fidèles diocésains à l’approche du carême.

En effet, comme le dit l’Épître du 1er dimanche du carême : “Frères, nous vous exhortons à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu… C’est maintenant le temps favorable, c’est maintenant le jour du salut” (2e Cor. 6,1 à 10).

Bien chers fidèles, lisez et relisez les notes qui, dans vos anciens missels, vous pré­sentent le temps du carême. Elles vous rappelleront l’origine et la signification de ces quarante jours de prière et de jeûne, qui nous préparent à la Semaine Sainte, au grand mystère de la Croix pour arriver à la Résurrection.

L’Église veut nous entraîner à la pratique d’une vie chrétienne plus parfaite. Elle nous montre l’exemple du Christ et par le jeûne et la pénitence nous associe à ses souffrances pour nous donner part à sa rédemption.

Tout au long de cette “sainte quarantaine” elle nous rappelle que nous sommes des pécheurs, assaillis par la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l’orgueil de cette vie, elle met sur nos lèvres des supplications émouvantes : “Seigneur ne nous traite pas selon nos péchés, ne nous châtie pas selon nos fau­tes… hâte-toi, préviens-nous de tes misé­ricordes” (Trait, Mercredi des Cendres).

Bienheureux êtes-vous, chers fidèles, qui avez gardé l’esprit de foi et qui vous dis­posez à cette période de prière et de péni­tence avec dévotion, persuadés que vous vous sanctifierez par l’assistance plus assidue à la Sainte Messe, par la commu­nion fréquente, par le sacrement de péni­tence, par le jeûne et l’abstinence, par l’aumône, par une plus grande pratique des vertus chrétiennes l’humilité, la dou­ceur, la patience, la bonté, la mansuétude ; et, si possible par une sainte retraite, qui vous éloignera du péché, de l’attachement à ce monde pour trouver l’intimité de l’amour de Jésus et de Marie et ainsi transformer votre vie.

Mais pour croire à cette reviviscence de la grâce dans les âmes, il faut avoir non seulement la foi, mais l’esprit de foi, c’est-à-dire une foi vive animée de l’Esprit Saint, qui entraîne nos âmes dans la voie de la perfection, dans une charité toujours plus grande envers Dieu et envers le prochain.

Or nous constatons que l’esprit de foi qui croît et vit de la grâce du baptême a dis­paru dans les milieux les plus élevés de la hiérarchie, les principes qui orientent et dirigent l’esprit du pape et des évêques ne sont plus les principes de la foi, mais les principes de la raison désordonnée, comme ceux qui sont à l’origine du libé­ralisme protestant, du modernisme, de l’américanisme et du sillonisme, autant de principes qui ont été condamnés par le concile de Trente et tous les papes jusqu’à Pie XII inclusivement.

Les derniers papes ont rejeté l’héritage de vingt siècles de l’Église pour se faire les héritiers des libéraux et des modernistes. Tout ce qu’ils disent ou ce qu’ils font n’est que l’écho de ce qui a été dit et fait par ceux qui depuis quatre siècles sont imbus de ces faux principes. Assise est le fruit le plus parfait du catholicisme libéral condamné par tous les papes qui ont pré­cédé Vatican II.

Nous nous trouvons donc affrontés à un monde ecclésiastique en pleine incohé­rence, en plein illogisme, cherchant des compromis entre la Vérité et l’erreur, le Bien et le mal, la Lumière et les ténèbres, Dieu et Bélial.

Cet ébranlement de la foi semble bien préparer l’Antéchrist, selon les prédictions de saint Paul aux Thessaloniciens et selon les commentaires des Pères de l’Église.

Lorsque Notre Seigneur décrit la fin des temps, et à Sa suite les apôtres dans leurs lettres, ils s’adressent à ceux qui demeure­ront fidèles en leur disant Vigilate, vigi­late. Veillez et soyez prêts. “Ainsi donc, frères, dit saint Paul, demeurez fermes et gardez les enseignements que vous avez reçus…”

“Cependant le jour du Seigneur viendra comme un voleur, dit saint Pierre, dans sa deuxième épître, en ces jours les cieux passeront avec fracas… la terre sera consumée… Dans cette attente, bien aimés, faites tous vos efforts, afin d’être trouvés par Lui sans tache et irréprocha­bles dans la paix”.

Que nos prières et nos jeûnes soient donc pour nous une source de sanctification, et une supplication pour le retour des pas­teurs à la Vérité du Magistère traditionnel de l’Église pour l’honneur de Notre Sei­gneur, pour son règne universel et pour le règne de Marie, sa Sainte Mère.

+ Marcel LEFEBVRF

Arch. Evèque émérite de Tulle
Fondateur de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X

Ecône, le 25 janvier 1987,
en la fête de la Conversion de St Paul.

Consignes de Mgr Lefebvre

Mgr Lefebvre publia le 1er mai 1980 un recueil de règles et de facultés pour tous les prêtres de la Fraternité Saint Pie X. On y lisait les règles suivantes que son successeur immédiat fit disparaître :

Du jeûne et de l’abstinence

– Le jeûne est à observer : le Mercredi des Cendres, le Vendredi Saint, aux Vigiles de l’immaculée Conception et de Noël, aux Quatre-temps et aux vendredis de carême.

– L’abstinence les mêmes jours, plus les vendredis de Carême.

Nous conseillons vivement d’encourager les fidèles à observer l’abstinence tous les vendredis et de jeûner les vendredis de Carême, et s’ils le peuvent d’étendre le jeûne et l’abstinence à tout le Carême et aux Quatre-Temps.

Fin des consignes de Mgr Lefebvre édictées dans les « Ordonnances ».

Commandements de l’Église
Code de droit canonique traditionnel

Canon[2] 1251 § 1 La loi du jeûne prescrit qu’il ne soit fait qu’un repas par jour ; mais elle ne défend pas de prendre un peu de nourriture matin et soir, en observant toutefois la coutume approuvée des lieux, relativement à la quantité et à la qualité des aliments.

§ 2 Il n’est pas défendu de consommer viandes et poissons au même repas ; ni de remplacer la réfection du soir par celle de midi.

Canon 1252 § 1 L’abstinence seule est prescrite les vendredis de chaque semaine.

§ 2 A la fois le jeûne et l’abstinence sont prescrits le mercredi des Cendres, les vendredis et samedis de carême, les jours des Quatre-Temps ; les vigiles de la Pentecôte, de l’Assomption, de la Toussaint et de Noël. (Pie XII transféra le jeune et l’abstinence la vigile de l’Assomption à celle de l’Immaculée Conception.)

§ 3 Le jeûne seul est prescrit tous les autres jours du Carême.

§ 4 La loi de l’abstinence, ou de l’abstinence et du jeûne, ou du jeûne seul, cesse les dimanches et les fêtes de précepte, exceptées les fêtes qui tombent en Carême ; on n’anticipe pas les vigiles ; cette loi cesse aussi le Samedi Saint à partir de midi.

Canon 1254 § 1 Sont obligés par la loi de l’abstinence tous ceux qui ont atteint sept ans révolus.

§ 2 Par la loi du jeûne, ceux qui ont accompli leur vingt et unième année et ce jusqu’au commencement de leur soixantième.

___________________________________________

[1] Sa mémoire a trompé Mgr Lefebvre comme le montrent les commandements de l’Église énoncés dans le code de droit canonique et rapportés ci-dessus.

[2] « Canon » est un terme ecclésiastique qu’il faut traduire par « règle ».

Dom Guéranger
Les dons du Saint Esprit

Dom Guéranger
Les dons du Saint Esprit

Dans son Année Liturgique, Dom Guéranger profite de chacun des jours de l’Octave de la Pentecôte pour donner un cours traité sur les dons du Saint-Esprit. Il y donne des avis très en rapport avec les temps modernes que nous connaissons.

Seuls ceux qui seront attentifs à ne pas contrister le Saint-Esprit pourront tenir dans le chaos des hommes.

Voici son étude.

Sommaire

LES DONS DU SAINT-ESPRIT
LE DON DE CRAINTE
LE DON DE PIÉTÉ
LE DON DE SCIENCE
LE DON DE FORCE
LE DON DE CONSEIL
LE DON D’INTELLIGENCE
LE DON DE SAGESSE

LES DONS DU SAINT-ESPRIT

Nous devons exposer durant toute cette semaine les divines opérations du Saint-Esprit dans l’Église et dans l’âme du fidèle ; mais il est nécessaire d’anticiper dès aujourd’hui sur l’enseignement que nous aurons à présenter. Sept journées nous sont données pour étudier et connaître le Don suprême que le Père et le Fils ont daigné nous envoyer, et l’Esprit qui procède des deux se manifeste en sept manières dans les âmes. Il est donc juste que chacun des jours de cette heureuse semaine soit consacré à honorer et à recueillir ce septénaire de bienfaits par lequel doivent s’opérer notre salut et notre sanctification.

Les sept Dons du Saint-Esprit sont sept énergies qu’il daigne déposer dans nos âmes, lorsqu’il y pénètre par la grâce sanctifiante. Les grâces actuelles mettent en mouvement simultanément ou séparément ces puissances divinement infuses en nous, et le bien surnaturel et méritoire de la vie éternelle est produit avec l’acquiescement de notre volonté.

Le prophète Isaïe, conduit par l’inspiration divine, nous a fait connaître ces sept Dons dans le passage où décrivant l’opération de l’Esprit-Saint sur l’âme du Fils de Dieu fait homme, qu’il nous représente comme la fleur sortie de la branche virginale issue du tronc de Jessé, il nous dit : « Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur, l’Esprit de Sagesse et d’Intelligence, l’Esprit de Conseil et de Force, l’Esprit de Science et de Piété ; et l’Esprit de Crainte du Seigneur le remplira » [1].

Rien de plus mystérieux que ces paroles ; mais on sent que ce qu’elles expriment n’est pas une simple énumération des caractères du divin Esprit, mais bien la description des effets qu’il opère dans l’âme humaine. Ainsi l’a compris la tradition chrétienne énoncée dans les écrits des anciens Pères, et formulée par la théologie.

L’humanité sainte du Fils de Dieu incarné est le type surnaturel de la nôtre, et ce que l’Esprit-Saint a opère en elle pour la sanctifier doit en proportion avoir lieu en nous. Il a déposé dans le fils de Marie les sept énergies que décrit le Prophète ; les mêmes Dons en même nombre sont préparés à l’homme régénéré. On doit remarquer la progression qui se manifeste dans leur série. Isaïe énonce d’abord l’Esprit de Sagesse, et s’arrête en descendant à l’Esprit de Crainte de Dieu. La Sagesse est en effet, ainsi que nous le verrons, la plus haute des prérogatives à laquelle puisse être élevée l’âme humaine, tandis que la Crainte de Dieu, selon la profonde expression du Psalmiste, n’est que le commencement et l’ébauche de cette divine qualité. On comprend aisément que l’âme de Jésus appelée à contracter l’union personnelle avec le Verbe divin ait été traitée avec une dignité particulière, en sorte que le Don de la Sagesse ait dû être infus en elle d’une manière primordiale, et que le Don de la Crainte de Dieu, qualité nécessaire à une nature créée, n’ait été mis en elle que comme un complément.

Pour nous au contraire, fragiles et inconstants que nous sommes, la Crainte de Dieu est la base de tout l’édifice, et c’est par elle que nous nous élevons de degré en degré jusqu’à cette Sagesse qui unit à Dieu. C’est donc dans l’ordre inverse à celui qu’a posé Isaïe pour le Fils de Dieu incarné, que l’homme monte à la perfection au moyen des Dons de l’Esprit-Saint qui lui ont été conférés dans le Baptême, et qui lui sont rendus dans le sacrement de la réconciliation, s’il a eu le malheur de perdre la grâce sanctifiante parle péché mortel.

Admirons avec un profond respect l’auguste septénaire qui se trouve empreint dans toute l’œuvre de notre salut et de notre sanctification. Sept vertus rendent l’âme agréable à Dieu ; par ses sept Dons, l’Esprit-Saint la conduit à sa fin ; sept Sacrements lui communiquent les fruits de l’incarnation et de la rédemption de Jésus-Christ ; enfin, c’est après sept semaines écoulées depuis la Pâque, que le divin Esprit est envoyé sur la terre pour y établir et y consolider le règne de Dieu. Nous ne nous étonnerons pas après cela que Satan ait cherché à parodier sacrilègement l’œuvre divine, en lui opposant l’affreux septénaire des péchés capitaux, par lesquels il s’efforce de perdre l’homme que Dieu veut sauver.

Retour en haut de page

LE DON DE CRAINTE

L’obstacle au bien en nous est l’orgueil. C’est l’orgueil qui nous porte à résister à Dieu, à mettre notre fin en nous-mêmes, en un mot à nous perdre. L’humilité seule peut nous sauver d’un si grand péril. Qui nous donnera l’humilité ? l’Esprit-Saint, en répandant en nous le Don de la Crainte de Dieu.

Ce sentiment repose sur l’idée que la foi nous donne de la majesté de Dieu, en présence duquel nous ne sommes que néant, de sa sainteté infinie, devant laquelle nous ne sommes qu’indignité et souillure, du jugement souverainement équitable qu’il doit exercer sur nous au sortir de cette vie, et du danger d’une chute toujours possible, si nous manquons à la grâce qui ne nous manque jamais, mais à laquelle nous pouvons résister.

Le salut de l’homme s’opère donc « dans la crainte et le tremblement », comme l’enseigne l’Apôtre [2] ; mais cette crainte, qui est un don de l’Esprit-Saint, n’est pas un sentiment grossier qui se bornerait à nous jeter dans l’épouvante à la pensée des châtiments éternels. Elle nous maintient dans la componction du cœur, quand bien même nos péchés seraient depuis longtemps pardonnes ; elle nous empêche d’oublier que nous sommes pécheurs, que nous devons tout à la miséricorde divine, et que nous ne sommes encore sauvés qu’en espérance [3].

Cette crainte de Dieu n’est donc pas une crainte servile ; elle devient au contraire la source des sentiments les plus délicats. Elle peut s’allier avec l’amour, n’étant plus qu’un sentiment filial qui redoute le péché à cause de l’outrage qu’il fait à Dieu. Inspirée par le respect de la majesté divine, parle sentiment de la sainteté infinie, elle met la créature à sa vraie place, et saint Paul nous enseigne qu’ainsi épurée, elle contribue à « l’achèvement de la sanctification » [4]. Aussi entendons-nous ce grand Apôtre, qui avait été ravi jusqu’au troisième ciel, confesser qu’il est rigoureux envers lui-même « afin de n’être pas réprouvé » [5].

L’esprit d’indépendance et de fausse liberté qui règne aujourd’hui contribue à rendre plus rare la crainte de Dieu, et c’est là une des plaies de notre temps. La familiarité avec Dieu tient trop souvent la place de cette disposition fondamentale de la vie chrétienne, et dès lors tout progrès s’arrête, l’illusion s’introduit dans l’âme, et les divins Sacrements, qui au moment d’un retour à Dieu avaient opéré avec tant de puissance, deviennent à peu près stériles. C’est que le Don de Crainte a été étouffé sous la vaine complaisance de l’âme en elle-même. L’humilité s’est éteinte ; un orgueil secret et universel est venu paralyser les mouvements de cette âme. Elle arrive, sans s’en douter, à ne plus connaître Dieu, par cela même qu’elle ne tremble plus devant lui.

Conservez donc en nous, ô divin Esprit, le Don de la Crainte de Dieu que vous avez répandu en nous dans notre baptême. Cette crainte salutaire assurera notre persévérance dans le bien, en arrêtant les progrès de l’esprit d’orgueil. Qu’elle soit donc comme un trait qui traverse notre âme de part en part, et qu’elle y reste toujours fixée comme notre sauvegarde. Qu’elle abaisse nos hauteurs, qu’elle nous arrache à la mollesse, en nous révélant sans cesse la grandeur et la sainteté de celui qui nous a créés et qui doit nous juger.

Nous savons, ô divin Esprit, que cette heureuse crainte n’étouffe pas l’amour ; loin de là, elle enlève les obstacles qui l’arrêteraient dans son développement. Les Puissances célestes voient et aiment avec ardeur le souverain Bien, elles en sont enivrées pour l’éternité ; cependant elles tremblent devant sa majesté redoutable, tremunt Potestates. Et nous, couverts des cicatrices du péché, remplis d’imperfections, exposés à mille pièges, obliges de limer contre tant d’ennemis, nous ne sentirions pas qu’il nous faut stimuler par une crainte forte, et en même temps filiale, notre volonté qui s’endort si aisément, notre esprit que tant de ténèbres assiègent ! Veillez sur votre œuvre, ô divin Esprit ! Préservez en nous le précieux don que vous avez daigné nous faire ; apprenez-nous à concilier la paix et la joie du cœur avec la crainte de Dieu, selon cet avertissement du Psalmiste : « Servez le Seigneur « avec crainte, et tressaillez de bonheur en tremblant devant lui » [6].

Retour en haut de page

LE DON DE PIÉTÉ

Le don de Crainte de Dieu est destiné à guérir en nous la plaie de l’orgueil ; le don de Piété est répandu dans nos âmes par le Saint-Esprit pour combattre l’égoïsme, qui est l’une des mauvaises passions de l’homme déchu, et le second obstacle à son union avec Dieu. Le cœur du chrétien ne doit être ni froid ni indifférent ; il faut qu’il soit tendre et dévoué ; autrement il ne pourrait s’élever dans la voie à laquelle Dieu, qui est amour, a daigné l’appeler.

L’Esprit-Saint produit donc en l’homme le Don de Piété, en lui inspirant un retour filial vers son Créateur. « Vous avez reçu l’Esprit d’adoption, nous dit l’Apôtre, et c’est par cet Esprit que nous crions à Dieu : Père ! Père [7] ! » Cette disposition rend l’âme sensible à tout ce qui touche l’honneur de Dieu. Elle fait que l’homme nourrit en lui-même la componction de ses péchés, à la vue de l’infinie bonté qui a daigné le supporter et lui pardonner, à la pensée des souffrances et de la mort du Rédempteur.

L’âme initiée par le don de Piété désire constamment la gloire de Dieu ; elle voudrait amener tous les hommes à ses pieds, et les outrages qu’il reçoit lui sont particulièrement sensibles. Sa joie est de voir le progrès des âmes dans l’amour, et les dévouements que cet amour leur inspire pour celui qui est le souverain bien. Remplie d’une soumission filiale envers ce Père universel qui est aux cieux, elle est prête à toutes ses volontés. Elle se résigne de cœur à toutes les dispositions de sa Providence.

Sa foi est simple et vive. Elle se tient amoureusement soumise à l’Église, toujours prête à renoncer à ses idées les plus chères, si elles s’écartent en quelque chose de son enseignement ou de sa pratique, ayant une horreur instinctive de la nouveauté et de l’indépendance.

Ce dévouement à Dieu qu’inspire le don de Piété en unissant l’âme à son Créateur par l’affection filiale, l’unit d’une affection fraternelle à toutes les créatures, puisqu’elles sont l’œuvre de la puissance de Dieu et qu’elles sont à lui.

Au premier rang dans les affections du chrétien animé du don de Piété se placent les créatures glorifiées dont Dieu jouit éternellement, et qui jouissent de lui pour jamais. Il aime tendrement Marie, et il est jaloux de son honneur ; il vénère avec amour les saints ; il admire avec effusion le courage des martyrs, et les actes héroïques de vertu accomplis par les amis de Dieu ; il se délecte de leurs miracles, il honore religieusement leurs reliques sacrées.

Mais son affection n’est pas seulement pour les créatures couronnées au ciel ; celles qui sont encore ici-bas tiennent une large place dans son cœur. Le don de Piété lui fait trouver en elles Jésus lui-même. Sa bienveillance pour ses frères est universelle. Son cœur est disposé au pardon des injures, au support des imperfections d’autrui, à l’excuse pour les torts du prochain. Il est compatissant pour le pauvre, empressé auprès de l’infirme. Une douceur affectueuse révèle le fond de son cœur ; et dans ses rapports avec ses frères de la terre, on le voit toujours disposé à pleurer avec ceux qui pleurent, à se réjouir avec ceux qui sont dans la joie.

Telle est, ô divin Esprit, la disposition de ceux qui cultivent le don de Piété que vous avez versé dans leurs âmes. Par cet ineffable bienfait, vous neutralisez le triste égoïsme qui flétrirait leur cœur, vous les délivrez de cette sécheresse odieuse qui rend l’homme indifférent à ses frères, et vous fermez son âme à l’envie et à la haine. Pour cela il ne lui a fallu que cette piété filiale envers son Créateur ; elle a attendri son cœur, et ce cœur s’est fondu dans une vive affection pour tout ce qui est sorti des mains de Dieu. Faites fructifier en nous un si précieux don, ô divin Esprit ! Ne permettez pas qu’il soit étouffé par l’amour de nous-mêmes. Jésus nous a encouragés en nous disant que son Père céleste « fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants » [8] ; ne soutirez pas, divin Paraclet, qu’une si paternelle indulgence soit un exemple perdu pour nous, et daignez développer dans nos âmes ce germe de dévouement, de bienveillance et de compassion que vous y avez daigné placer au moment où vous en preniez possession par le saint Baptême.

Retour en haut de page

LE DON DE SCIENCE

L’âme ayant été détachée du mal par la Crainte de Dieu et ouverte aux nobles affections par le don de Piété, éprouve le besoin de savoir par quel moyen elle évitera ce qui fait l’objet de sa crainte et pourra trouver ce qu’elle doit aimer. L’Esprit-Saint vient à son secours, et lui apporte ce qu’elle désire, en répandant en elle le Don de Science. Par ce don précieux la vérité lui apparaît, elle connaît ce que Dieu demande et ce qu’il reprouve, ce qu’elle doit rechercher et ce qu’elle doit fuir. Sans la science divine notre vue court risque de s’égarer, à cause des ténèbres qui trop souvent obscurcissent en tout ou en partie l’intelligence de l’homme. Ces ténèbres proviennent d’abord de notre propre fonds qui porte des traces trop réelles de la déchéance. Elles ont encore pour cause les préjugés et les maximes du monde qui faussent tous les jours les esprits que l’on croirait les plus droits. Enfin l’action de Satan, qui est le Prince des ténèbres, s’exerce en grande partie dans le but d’environner notre âme d’obscurités, ou de l’égarer à l’aide de fausses lueurs.

La foi qui nous a été infuse dans le baptême est la lumière de notre âme. Par le don de Science, l’Esprit-Saint fait produire à cette vertu des rayons assez vifs pour dissiper toutes nos ténèbres. Les doutes alors s’éclaircissent, l’erreur s’évanouit, et la vérité apparaît dans tout son éclat. On voit chaque chose dans son véritable jour, qui est le jour de la foi. On découvre les déplorables erreurs qui ont cours dans le monde, qui séduisent un si grand nombre d’âmes, et dont peut-être on a été soi-même longtemps la victime.

Le don de Science nous révèle la fin que Dieu s’est proposée dans la création, cette fin hors laquelle les êtres ne sauraient trouver ni le bien ni le repos. Il nous apprend l’usage que nous devons faire des créatures, qui nous ont été données non pour nous être un écueil, mais pour nous aider dans notre marche vers Dieu. Le secret de la vie nous étant ainsi manifesté, notre route devient sûre, nous n’hésitons plus, et nous nous sentons disposés à nous retirer de toute voie qui ne nous conduirait pas au but.

C’est cette Science, don de l’Esprit-Saint, que l’Apôtre a en vue lorsque, parlant aux chrétiens, il leur dit : « Autrefois vous étiez ténèbres ; maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur : marchez désormais comme les fils de la lumière » [9]. De là vient cette fermeté, cette assurance de la conduite chrétienne. L’expérience peut manquer quelquefois, et le monde s’émeut à la pensée des faux pas qui sont à redouter ; mais le monde a compté sans le don de Science. « Le Seigneur conduit le juste par les voies droites, et pour assurer ses pas il lui a donné la Science des saints » [10]. Chaque jour cette leçon est donnée. Le chrétien, au moyen de la lumière surnaturelle, échappe à tous les dangers, et s’il n’a pas l’expérience propre, il a l’expérience de Dieu.

Soyez béni, divin Esprit, pour cette lumière que vous répandez en nous, que vous y maintenez avec une si aimable persévérance. Ne permettez pas que nous en cherchions jamais une autre. Elle seule nous suffit ; hors d’elle il n’y a que ténèbres. Gardez-nous des tristes inconséquences auxquelles plusieurs se laissent aller imprudemment, acceptant un jour votre conduite, et le lendemain se livrant aux préjugés du monde ; menant une double vie qui ne satisfait ni le monde ni vous. Il nous faut donc l’amour de cette Science que vous nous avez donnée pour que nous fussions sauvés ; l’ennemi de nos âmes la jalouse en nous, cette science salutaire ; il voudrait y substituer ses ombres. Ne permettez pas, divin Esprit, qu’il réussisse dans son perfide dessein, et aidez-nous toujours à discerner ce qui est vrai de ce qui est faux, ce qui est juste de ce qui est injuste. Que, selon la parole de Jésus, notre œil soit simple, afin que tout notre corps, c’est-à-dire l’ensemble de nos actes, de nos désirs et de nos pensées, soit dans la lumière [11] ; et sauvez-nous, divin Esprit, de cet œil que Jésus appelle mauvais, et qui rend ténébreux le corps tout entier.

Retour en haut de page

LE DON DE FORCE

Le don de Science nous a appris ce que nous devons faire et ce que nous devons éviter pour être conformes au dessein de Jésus-Christ notre divin chef. Il faut maintenant que l’Esprit-Saint établisse en nous un principe duquel nous puissions emprunter l’énergie qui devra nous soutenir dans la voie qu’il vient de nous montrer. Nous devons en effet compter sur des obstacles, et le grand nombre de ceux qui succombent suffit à nous convaincre du besoin que nous avons d’être aidés. Le secours que le divin Esprit nous communique est le Don de Force, par lequel, si nous sommes fidèles à l’employer, il nous sera possible et même aisé de triompher de tout ce qui pourrait arrêter notre marche.

Dans les difficultés et les épreuves de la vie, l’homme est tantôt porté à la faiblesse et à l’abattement, tantôt poussé par une ardeur naturelle qui a sa source dans le tempérament ou dans la vanité. Cette double disposition avancerait peu la victoire dans les combats que l’âme doit livrer pour son salut. L’Esprit-Saint apporte donc un élément nouveau, cette force surnaturelle qui lui est tellement propre que le Sauveur, instituant ses Sacrements, en a établi un qui a pour objet spécial de nous donner ce divin Esprit comme principe d’énergie. Il est hors de doute qu’ayant à lutter pendant cette vie contre le démon, le monde et nous-mêmes, il nous faut autre chose pour résister que la pusillanimité ou l’audace. Nous avons besoin d’un don qui modère en nous la peur, en même temps qu’il tempère la confiance que nous serions portés à mettre en nous-mêmes. L’homme ainsi modifié par le Saint-Esprit vaincra sûrement ; car la grâce suppléera en lui à la faiblesse de la nature, en même temps qu’elle en corrigera la fougue.

Deux nécessités se rencontrent dans la vie du chrétien : il lui faut savoir résister et savoir supporter. Que pourrait-il opposer aux tentations de Satan, si la Force du divin Esprit ne venait le couvrir d’une armure céleste et aguerrir son bras ? Le monde n’est-il pas aussi un adversaire terrible, si l’on considère le nombre des victimes qu’il fait chaque jour par la tyrannie de ses maximes et de ses prétentions ? Quelle ne doit pas être l’assistance du divin Esprit, lorsqu’il s’agit de rendre le chrétien invulnérable aux traits meurtriers qui font tant de ravages autour de lui ?

Les passions du cœur de l’homme ne sont pas un moindre obstacle à son salut et à sa sanctification : obstacle d’autant plus redoutable qu’il est plus intime. Il faut que l’Esprit-Saint transforme le cœur, qu’il l’entraîne même à se renoncer, lorsque la lumière céleste indique une autre voie que celle vers laquelle nous pousse l’amour et la recherche de nous-mêmes. Quelle Force divine ne faut-il pas pour « haïr jusqu’à sa propre vie », quand Jésus-Christ l’exige [12], quand il s’agit de faire le choix entre deux maîtres dont le service est incompatible [13] ? L’Esprit-Saint fait tous les jours de ces prodiges au moyen du don qu’il a répandu en nous, si nous ne méprisons pas ce don, si nous ne l’étouffons pas dans notre lâcheté ou dans notre imprudence. Il apprend au chrétien à dominer ses passions, à ne pas se laisser conduire par ces guides aveugles, à ne céder à ses instincts que lorsqu’ils sont conformes à l’ordre que Dieu a établi.

Quelquefois ce divin Esprit ne demande pas seulement que le chrétien résiste intérieurement aux ennemis de son âme ; il exige qu’il proteste ouvertement contre l’erreur et le mal, si le devoir d’état ou la position le réclament. C’est alors qu’il faut braver cette sorte d’impopularité qui s’attache parfois au chrétien, et qui ne doit pas le surprendre quand il se rappelle les paroles de l’Apôtre : « Si j’étais agréable aux hommes, je ne serais pas serviteur du Christ » [14]. Mais l’Esprit-Saint ne fait jamais défaut, et lorsqu’il rencontre une âme résolue à user de la Force divine dont il est la source, non seulement il lui assure le triomphe, mais il l’établit pour l’ordinaire dans cette paix pleine de douceur et de courage qu’apporte la victoire sur les passions.

Telle est la manière dont l’Esprit-Saint applique le don de Force au chrétien, lorsque celui-ci doit s’exercer à la résistance. Nous avons dit que ce précieux don apportait en même temps l’énergie nécessaire pour supporter les épreuves au prix desquelles est le salut. Il est des frayeurs qui glacent le courage et peuvent entraîner l’homme à sa perte. Le don de Force les dissipe ; il les remplace par un calme et une assurance qui déconcertent la nature. Voyez les martyrs, et non pas seulement un saint Maurice, chef de la légion Thébaine, accoutumé aux luttes du champ de bataille, mais ces Félicité, mère de sept enfants, ces Perpétue, noble dame de Carthage pour laquelle le monde n’avait que des faveurs ; ces Agnès, enfant de treize ans, et tant de milliers d’autres, et dites si le don de Force est stérile en sacrifices. Qu’est devenue la peur de la mort, de cette mort dont la seule pensée nous accable parfois ? Et ces généreuses offrandes de toute une vie immolée dans le renoncement et les privations, afin de trouver Jésus sans partage et de suivre ses traces de plus près ! Et tant d’existences voilées aux regards distraits et superficiels des hommes, existences dont l’élément est le sacrifice, où la sérénité n’est jamais vaincue par l’épreuve, où la croix toujours renaissante est toujours acceptée !

Quels trophées pour l’Esprit de Force ! Que de dévouements au devoir il sait produire ! Et si l’homme à lui seul est peu de chose, combien il grandit sous l’action de l’Esprit-Saint !
C’est lui encore qui aide le chrétien à braver la triste tentation du respect humain, l’élevant au-dessus des considérations mondaines qui dicteraient une autre conduite. C’est lui qui pousse l’homme à préférer au vain honneur du monde la joie de n’avoir pas violé le commandement de son Dieu. C’est cet Esprit de Force qui fait accepter les disgrâces de la fortune comme autant de desseins miséricordieux du ciel, qui soutient le courage du chrétien dans la perte si douloureuse d’êtres chéris, dans les souffrances physiques qui lui rendraient la vie à charge, s’il ne savait qu’elles sont des visites du Seigneur. C’est lui enfin, comme nous le lisons dans la Vie des saints, qui se sert des répugnances mêmes de la nature, pour provoquer ces actes héroïques où la créature humaine semble avoir franchi les limites de son être pour s’élever au rang des esprits impassibles et glorifiés.

Esprit de Force, soyez toujours plus en nous, et sauvez-nous de la mollesse de ce siècle. A aucune époque l’énergie des âmes n’a été plus affaiblie, l’esprit mondain plus triomphant, le sensualisme plus insolent, l’orgueil et l’indépendance plus prononcés. Savoir être fort contre soi-même, est une rareté qui excite l’étonnement dans ceux qui en sont témoins : tant les maximes de l’Évangile ont perdu de terrain ! Retenez-nous sur cette pente qui nous entraînerait comme tant d’autres, ô divin Esprit ! Souffrez que nous vous adressions en forme de demande les vœux que formait Paul pour les chrétiens d’Éphèse, et que nous osions réclamer de votre largesse « cette armure divine qui nous mettra en état de résister au jour mauvais et de demeurer parfaits en toutes choses. Ceignez nos reins de la vérité, couvrez-nous de la cuirasse de la justice, donnez à nos pieds l’Évangile de paix pour chaussure indestructible ; munissez-nous du bouclier de la foi, contre lequel viennent s’éteindre les traits enflammés de notre cruel ennemi. Placez sur notre tête le casque qui est l’espérance du salut, et dans notre main le glaive spirituel qui est la parole même de Dieu » [15], et à l’aide duquel, comme le Seigneur dans le désert, nous pouvons venir à bout de tous nos adversaires. Esprit de Force, faites qu’il en soit ainsi.

Retour en haut de page

LE DON DE CONSEIL

Le don de Force dont nous avons reconnu la nécessité dans l’œuvre de la sanctification du chrétien, ne suffirait pas pour assurer ce grand résultat, si le divin Esprit n’avait pris soin de l’unir à un autre don qui vient à la suite et prévient tout danger. Ce nouveau bienfait consiste dans le Don de Conseil. La Force ne saurait être laissée à elle seule : il lui faut un élément qui la dirige. Le don de Science ne pourrait être cet élément, parce que s’il éclaire l’âme sur sa fin, et sur les règles générales de la conduite qu’elle doit tenir, il n’apporte pas une lumière suffisante sur les applications spéciales de la loi de Dieu et sur le gouvernement de la vie.

Dans les diverses situations où nous pouvons être placés, dans les résolutions que nous pouvons avoir à prendre, il est nécessaire que nous entendions la voix de l’Esprit-Saint, et c’est par le don de Conseil que cette voix divine arrive jusqu’à nous. C’est elle qui nous dit, si nous voulons l’écouter, ce que nous devons faire et ce que nous devons éviter, ce que nous devons dire et ce que nous devons taire, ce que nous pouvons conserver et ce à quoi nous devons renoncer. Par le don de Conseil, l’Esprit-Saint agit sur notre intelligence, de même qu’il agit sur notre volonté par le don de Force.

Ce don précieux s’applique à la vie entière ; car il nous faut sans cesse nous déterminer pour un parti ou pour l’autre, et ce nous est un grand sujet de reconnaissance envers l’Esprit divin, de penser qu’il ne nous laisse jamais à nous-mêmes, tant que nous sommes disposés à suivre la direction qu’il nous imprime. Que de pièges il peut nous faire éviter ! Que d’illusions il peut détruire en nous ! Que de réalités il nous découvre ! Mais pour ne pas perdre ses inspirations, il nous faut nous garder de l’entraînement naturel qui nous détermine trop souvent peut-être, de la témérité qui nous emporte au gré de la passion, de la précipitation qui nous sollicite de juger et d’agir, lors même que nous n’avons vu encore qu’un côté des choses, de l’insouciance enfin qui fait que nous nous décidons au hasard, dans la crainte de nous fatiguer par la recherche de ce qui serait le meilleur.

Le Saint-Esprit, par le don de Conseil, arrache l’homme à tous ces inconvénients. Il réforme la nature si souvent excessive, quand elle n’est pas apathique. Il tient l’âme attentive à ce qui est vrai, à ce qui est bon, à ce qui lui est vraiment avantageux. Il lui insinue cette vertu qui est le complément et comme l’assaisonnement de toutes les autres, nous voulons dire la discrétion dont il a le secret, et par laquelle les vertus se conservent, s’harmonisent et ne dégénèrent pas en défauts. Sous la direction du don de Conseil, le chrétien n’a rien à craindre ; l’Esprit-Saint prend sur lui la responsabilité de tout. Qu’importe donc que le monde blâme ou critique, qu’il s’étonne ou se scandalise ! Le monde se croit sage ; mais il n’a pas le don de Conseil. De là vient que souvent les résolutions prises sous son inspiration aboutissent à un but tout autre que celui qu’il s’était proposé. Et il en devait être ainsi ; car c’est à lui que le Seigneur a dit : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes voies ne sont pas vos voies » [16].

Appelons donc de toute l’ardeur de nos désirs le don divin qui nous préservera du danger de nous gouverner nous-mêmes ; mais comprenons que ce don n’habite que dans ceux qui l’estiment assez pour se renoncer en sa présence. Si l’Esprit-Saint nous trouve détachés des idées humaines, convaincus de notre fragilité, il daignera être notre Conseil ; de même que si nous étions sages à nos propres yeux, il retirerait sa lumière et nous laisserait à nous-mêmes.

Nous ne voulons pas qu’il en arrive ainsi pour nous, ô divin Esprit ! Nous savons trop par notre expérience qu’il ne nous est pas avantageux de courir les hasards de la prudence humaine, et nous abdiquons sincèrement devant vous les prétentions de notre esprit si prompt à s’éblouir et à se faire illusion. Conservez en nous et daignez y développer en toute liberté ce don ineffable que vous nous avez octroyé dans le Baptême : soyez pour toujours notre Conseil. « Faites-nous connaître vos voies, et enseignez-nous vos sentiers. Dirigez-nous dans la vérité et instruisez-nous ; car c’est de vous que nous viendra le salut, et c’est pour cela que nous nous attachons à votre conduite » [17]. Nous savons que nous serons jugés sur toutes nos œuvres et sur tous nos desseins ; mais nous savons aussi que nous n’avons rien à craindre tant que nous sommes fidèles à votre conduite. Nous serons donc attentifs « à écouter ce que dit en nous le Seigneur notre Dieu » [18], l’Esprit de Conseil, soit qu’il nous parle directement, soit qu’il nous renvoie à l’organe qu’il a voulu choisir pour nous. Soit donc béni Jésus qui nous a envoyé son Esprit pour être notre conducteur, et soit béni ce divin Esprit qui daigne nous assister toujours, et que nos résistances passées n’ont pas éloigné de nous !

Retour en haut de page

LE DON D’INTELLIGENCE

Ce sixième Don de l’Esprit-Saint fait entrer l’âme dans une voie supérieure à celle où elle s’est exercée jusqu’ici. Les cinq premiers Dons tendent tous à l’action. La Crainte de Dieu remet l’homme à sa place en l’humiliant, la Piété ouvre son cœur aux affections divines, la Science lui fait discerner la voie du salut de la voie de perdition, la Force l’arme pour le combat, le Conseil le dirige dans ses pensées et dans ses œuvres ; il peut donc agir maintenant, et poursuivre sa route avec l’espoir d’arriver au terme. Mais la bonté du divin Esprit lui réserve encore d’autres faveurs. Il a résolu de le faire jouir dès ce monde d’un avant-goût de la félicité qu’il lui réserve dans l’autre vie. Ce sera le moyen d’affermir sa marche, d’animer son courage et de récompenser ses efforts. La voie de la contemplation lui sera donc désormais ouverte, et le divin Esprit l’y introduira au moyen de l’Intelligence.

A ce mot de contemplation, plusieurs personnes s’inquiéteront peut-être, persuadées à tort que l’élément qu’il signifie ne saurait se rencontrer que dans les conditions rares d’une vie passée dans la retraite et loin du commerce des hommes. C’est une grave et dangereuse erreur, et qui arrête trop souvent l’essor des âmes. La contemplation est l’état auquel est appelée, dans une certaine mesure, toute âme qui cherche Dieu. Elle ne consiste pas dans les phénomènes qu’il plaît à l’Esprit-Saint de manifester en certaines personnes privilégiées, et qu’il destine à prouver la réalité de la vie surnaturelle. Elle est simplement cette relation plus intime qui s’établit entre Dieu et l’âme qui lui est fidèle dans l’action ; à cette âme, si elle n’y met obstacle, sont réservées deux faveurs, dont la première est le don d’Intelligence qui consiste dans l’illumination de l’esprit éclairé désormais d’une lumière supérieure.

Cette lumière n’enlève pas la foi, mais elle éclaircit l’œil de l’âme en la fortifiant, et lui donne une vue plus étendue sur les choses divines. Beaucoup de nuages s’effacent, qui provenaient de la faiblesse et de la grossièreté de l’âme non initiée encore. La beauté pleine de charme des mystères que 1’on ne sentait que vaguement se révèle, d’ineffables harmonies que l’on ne soupçonnait pas apparaissent. Ce n’est pas la vue face à face réservée pour le jour éternel ; mais ce n’est déjà plus cette faible lueur qui dirigeait les pas. Un ensemble d’analogies, de convenances, qui se montrent successivement à l’œil de l’esprit, apportent une certitude pleine de douceur. L’âme se dilate à ces clartés qui enrichissent la foi, accroissent l’espérance et développent l’amour. Tout lui semble nouveau ; et quand elle regarde derrière elle, elle compare et voit clairement que la vérité, toujours la même, est maintenant saisie par elle d’une manière incomparablement plus complète.

Le récit des Évangiles l’impressionne davantage ; elle trouve une saveur inconnue pour elle jusqu’alors dans les paroles du Sauveur. Elle comprend mieux le but qu’il s’est proposé dans l’institution de ses Sacrements. La sainte Liturgie l’émeut par ses formules si augustes et ses rites si profonds. La lecture de la Vie des Saints l’attire, rien ne l’étonne dans leurs sentiments et leurs actes ; elle goûte leurs écrits plus que tous les autres, et elle ressent un accroissement de bien-être spirituel en traitant avec ces amis de Dieu. Entourée de devoirs de toute nature, le flambeau divin la guide pour satisfaire à chacun. Les vertus si diverses qu’elle doit pratiquer se concilient dans sa conduite ; l’une n’est jamais sacrifiée à l’autre, parce qu’elle voit l’harmonie qui doit régner entre elles. Elle est loin du scrupule comme du relâchement, et toujours attentive a réparer aussitôt les pertes qu’elle a pu faire.

Quelquefois même le divin Esprit l’instruit par une parole intérieure que son âme entend, et qui éclaire sa situation d’un nouveau jour.

Désormais le monde et ses vaines erreurs sont appréciés par elle pour ce qu’ils sont, et l’âme se purifie du reste d’attache et de complaisance qu’elle pouvait encore conserver pour eux. Ce qui n’a de grandeur et de beautés que selon la nature, paraît chétif et misérable à cet œil que l’Esprit-Saint a ouvert aux grandeurs et aux beautés divines et éternelles. Un seul côté rachète à ses yeux ce monde extérieur qui fait illusion à l’homme charnel : c’est que la créature visible, qui porte la trace de la beauté de Dieu, est susceptible de servir à la gloire de son auteur. L’âme apprend à user d’elle avec action de grâces, la rendant surnaturelle, glorifiant avec le Roi-Prophète celui qui a empreint les traits de sa beauté dans cette multitude d’êtres qui servent si souvent à la perte de l’homme, tandis qu’ils sont appelés à devenir les degrés qui le conduiraient à Dieu.

Le don d’Intelligence répand aussi dans l’âme la connaissance de sa propre voie. Il lui fait comprendre combien ont été sages et miséricordieux les desseins d’en haut qui l’ont parfois brisée et transportée là où elle ne comptait pas aller. Elle voit que si elle eût été maîtresse de disposer elle-même son existence, elle eût manqué son but, et que Dieu l’a fait arriver, en lui cachant d’abord les desseins de sa paternelle Sagesse. Maintenant elle est heureuse, car elle jouit de la paix, et son cœur n’a pas assez d’actions de grâces pour remercier Dieu qui l’a conduite au terme sans la consulter. S’il arrive qu’elle soit appelée à donner des conseils, à exercer une direction par devoir ou par le motif de la charité, on peut se confier en elle ; le don d’Intelligence l’éclairé pour les autres comme pour elle-même. Elle ne s’ingère pas cependant à poursuivre de ses leçons ceux qui ne les lui demandent pas ; mais si elle est interrogée, elle répond, et ses réponses sont lumineuses comme le flambeau qui l’éclairé.

Tel est le don d’Intelligence, véritable illumination de l’âme chrétienne, et qui se fait sentir à elle en proportion de sa fidélité à user des autres dons. Celui-ci se conserve par l’humilité, la modération des désirs et le recueillement intérieur. Une conduite dissipée en arrêterait le développement et pourrait même l’étouffer. Dans une vie occupée et remplie par des devoirs, au sein même de distractions obligées auxquelles l’âme se prête sans s’y livrer, cette âme fidèle peut se conserver recueillie. Qu’elle soit donc simple, qu’elle soit petite à ses propres yeux, et ce que Dieu cache aux superbes et révèle aux petits [19] lui sera manifesté et demeurera en elle.

Nul doute qu’un tel don ne soit d’un secours immense pour le salut et la sanctification de l’âme. Nous devons donc l’implorer du divin Esprit avec toute l’ardeur de nos désirs, en demeurant convaincus que nous l’atteindrons plus sûrement par l’élan de notre cœur que par l’effort de notre esprit. C’est dans l’intelligence, il est vrai, que se répand la lumière divine qui est l’objet de ce don ; mais son effusion provient surtout de la volonté échauffée du feu de la charité, selon la parole d’Isaïe : « Croyez, et vous aurez l’intelligence » [20]. Adressons-nous à l’Esprit-Saint, et nous servant des paroles de David, disons-lui : « Ouvrez nos yeux, et nous contemplerons les merveilles de vos préceptes ; donnez-nous l’intelligence, et nous aurons la vie » [21]. Instruits par l’Apôtre, nous exposerons notre demande d’une manière plus pressante encore, en nous appropriant la prière qu’il adresse au Père céleste en faveur des fidèles d’Éphèse, lorsqu’il implore pour eux « l’Esprit de Sagesse et de révélation par lequel on connaît Dieu, les yeux illuminés du cœur qui découvrent l’objet de notre espérance et les richesses du glorieux héritage que Dieu s’est préparé dans ses saints » [22].

Retour en haut de page

LE DON DE SAGESSE

La seconde faveur qu’a destinée le divin Esprit à l’âme qui lui est fidèle dans l’action, est le don de Sagesse, supérieur encore à celui de l’Intelligence. Il est lié cependant à ce dernier, en ce sens que l’objet montré dans l’Intelligence est goûté, et possédé dans le don de Sagesse. Le Psalmiste, invitant l’homme à s’approcher de Dieu, lui recommande la saveur du souverain bien. « Goûtez, dit-il, et expérimentez que le Seigneur est rempli de douceur » [23]. La sainte Église, au jour même de la Pentecôte, demande à Dieu pour nous la faveur de goûter le bien, recta sapere, parce que l’union de l’âme avec Dieu est plutôt l’expérimentation par le goût qu’une vue qui serait incompatible avec notre état présent. La lumière donnée par le don d’Intelligence n’est pas immédiate, elle réjouit vivement l’âme, et dirige son sens vers la vérité ; mais elle tend à se compléter par le don de Sagesse qui est comme sa fin.

L’Intelligence est donc illumination, et la Sagesse est union. Or, l’union avec le souverain bien s’accomplit par la volonté, c’est-à-dire par l’amour qui réside dans la volonté. Nous remarquons cette progression dans les hiérarchies angéliques. Le Chérubin étincelle d’intelligence, mais au-dessus de lui encore est le Séraphin embrasé. L’amour est ardent chez le Chérubin, de même que l’intelligence éclaire de sa vive lumière le Séraphin ; mais l’un est différencié de l’autre par la qualité prédominante, et le plus élevé est celui qui atteint le plus intimement la divinité par l’amour, celui qui goûte le souverain bien.

Le septième don est décoré du beau nom de Sagesse, et ce nom lui vient de l’éternelle Sagesse à laquelle il tend à s’assimiler par l’ardeur de l’affection. Cette Sagesse incréée, qui daigne se laisser goûter par l’homme dans cette vallée de larmes, est le Verbe divin, celui-là même que l’Apôtre appelle a la splendeur de la gloire du « Père et la forme de sa substance » [24]. C’est lui qui nous a envoyé l’Esprit pour nous sanctifier et nous ramener à lui, en sorte que l’opération la plus élevée de ce divin Esprit est de procurer notre union avec celui qui, étant Dieu, s’est fait chair et s’est rendu pour nous obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix [25]. Par les mystères accomplis dans son humanité, Jésus nous a fait pénétrer jusqu’à sa divinité ; par la foi éclairée de l’Intelligence surnaturelle, « nous voyons sa gloire qui est celle du Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité » [26] ; et de même qu’il s’est fait participant de notre humble nature humaine, il se donne dès ce monde à goûter, lui Sagesse incréée, à cette Sagesse créée que l’Esprit-Saint forme en nous comme le plus sublime de ses dons.

Heureux donc celui en qui règne cette précieuse Sagesse qui révèle à l’âme la saveur de Dieu et de ce qui est de Dieu ! « L’homme animal, nous dit l’Apôtre, est privé de ce goût qui perçoit ce qui vient de l’Esprit de Dieu » [27] pour jouir de ce don, il lui faudrait devenir spirituel, se prêter docilement au désir de l’Esprit, et il arriverait comme d’autres qui après avoir été ainsi que lui esclaves de la vie charnelle, en ont été affranchis par la docilité à l’égard de l’Esprit divin qui les a cherchés et qui les a retrouvés. L’homme moins grossier, mais livré à l’esprit du monde, est également impuissant à comprendre ce qui fait l’objet du don de Sagesse et ce que révèle le don d’Intelligence. Il juge ceux qui ont reçu ces dons, et il les blâme ; heureux s’il ne les traverse pas, s’il ne les poursuit pas ! Jésus nous le dit expressément : « Le monde ne peut recevoir « l’Esprit de Vérité, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas » [28] Que ceux-là donc qui ont le bonheur de désirer le bien suprême, sachent qu’il leur faut être entièrement dégagés de l’esprit profane qui est l’ennemi personnel de l’Esprit de Dieu. Affranchis de sa chaîne, ils pourront s’élever jusqu’à la Sagesse.

Le propre de ce don est de procurer une grande vigueur à l’âme et de fortifier ses puissances. Toute la vie en est comme assainie, ainsi qu’il arrive à ceux qui font usage d’aliments qui leur conviennent. Il n’y a plus de contradiction entre Dieu et l’âme, et c’est pour cette raison que l’union est rendue facile. « Où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté, » dit l’Apôtre [29]. Tout devient aisé pour l’âme, sous l’action de l’Esprit de Sagesse. Les choses dures à la nature, loin d’étonner, semblent douces, et le cœur ne s’effraye plus autant de la souffrance. Non seulement on peut dire que Dieu n’est pas loin d’une âme que l’Esprit-Saint a mise dans cette disposition ; il est visible qu’elle lui est unie. Qu’elle veille cependant sur l’humilité ; car l’orgueil peut encore monter jusqu’à elle, et sa chute serait d’autant plus profonde que son élévation est plus grande.

Insistons auprès du divin Esprit, et prions-le de ne pas nous refuser cette précieuse Sagesse qui nous conduira à Jésus, la Sagesse infinie. Un sage de l’ancienne loi aspirait déjà à cette faveur, quand il écrivait ces paroles dont le chrétien seul a l’intelligence parfaite : « J’ai désiré, disait-il, et l’Intelligence m’a été donnée ; j’ai prié, et l’Esprit de Sagesse est venu en moi » [30]. Il faut donc demander ce don avec instance. Dans la nouvelle Alliance, l’Apôtre saint Jacques nous y invite par ses exhortations les plus pressantes. « Si quelqu’un de vous, dit-il, veut avoir la Sagesse, qu’il la demande à Dieu qui donne à tous avec tant de largesse et qui ne reproche pas ses dons ; qu’il demande avec foi, et qu’il n’hésite pas » [31]. Nous osons prendre pour nous cette invitation de l’Apôtre, ô divin Esprit, et nous vous disons : O vous qui procédez de la Puissance et de la Sagesse, donnez-nous la Sagesse. Celui qui est la Sagesse vous a envoyé vers nous pour nous réunir à lui. Enlevez-nous à nous-mêmes, et unissez-nous à celui qui s’est uni à notre faible nature. Moyen sacré de l’unité, soyez le lien qui nous unira pour jamais à Jésus, et celui qui est la Puissance et le Père nous adoptera « pour ses héritiers et pour les cohéritiers de son Fils » [32].

Retour en haut de page

[1] Isai. XI, 2, 3.

[2] Philip, II, 12.

[3] Rom. VIII, 24.

[4] II Cor. VII, 1.

[5] I Cor. IX, 27.

[6] Psalm. II, 11.

[7] Rom. VIII, 15.

[8] Matth. V, 45.

[9] Eph. V, 8.

[10] Sap. X, 10.

[11] Matth. VI, 23.

[12] Johan. XII, 25.

[13] Matth. VI, 24.

[14] Gal. I, 10.

[15] Eph. VI, II-17.

[16] Isai. LV, 8.

[17] Psalm. CXVIII.

[18] Psalm. LXXXIV, 9.

[19] Luc. X, 21.

[20] Isai. VI, 9, cité ainsi par les Pères grecs et latins d’après les Septante.

[21] Psalm. CXVIII.

[22] Eph. I, 17–18.

[23] Psalm. XXXIII, 9.

[24] Heb. I, 3.

[25] Philip, II, 8.

[26] Johan. I, 14.

[27] I Cor. II, 14.

[28] Johan. XIV, 17.

[29] II Cor. III, 17.

[30] Sap. VII, 7.

[31] Jac. I, 5.

[32] Rom. VIII, 17.

Textes fondamentaux

Un de mes professeurs de séminaire nous proclamait : « Si vous ne lisez pas, vous finirez par trahir ! » Voici donc, pour ne pas trahir, quelques textes fondamentaux dont je vous conseille vivement la lecture. mais, comme tout le site a pour objet de vous former pour demeurer fidèles dans les épreuves de l’Église. Alors, le meilleur, c’est que vous alliez voir le contenu du site où vous trouverez des livres, des textes et documents, de l’audio, les évêques fidèles…

Catéchisme et Magistère

Vie chrétienne

Ceci est une simple liste indicative du contenu. cliquer ici pour accéder aux documents.

  • Intronisation du Sacré Coeur dans les familles
  • Sous le regard de Dieu, par dom Belorgey.
  • Traité de l’Oraison, par Dom de Monléon.
  • Lettre aux Amis de la Croix, par St Louis-Marie Grignion de Montfort
  • Mgr Lefebvre recommande le jeûne
  • Pratique de l’amour envers Jésus-Christ, par saint Alphonse de Liguori
  • La Passion de Jésus-Christ, par saint Alphonse de Liguori, fichiers audio
  • Textes et méditations de Louise de France, fille de Louis XV et carmélite
  • Conduite pour passer saintement le carême, par le Père Avrillon
  • Conduite pour passer saintement le temps de l’Avent par le Père Avrillon
  • et bien d’autres textes et documents

Le combat chrétien

Ceci est une simple liste indicative du contenu. cliquer ici pour accéder aux documents.

  • Nécessité de l’élite pour l’avenir de la foi
    Conférence de M. l’abbé Pivert en vidéo
  • Le chevalier au service du Christ-Roi, par Mgr Lefebvre
    Principes qui engagent toute la vie et l’activité du chevalier
  • Dans sa prédication, le Christ aurait-il dû éviter de heurter ?
  • Alerte ! Les pièges que nous nous tendons à nous-mêmes
  • L’Église et les persécutions
  • Polémique et charité par l’abbé Berto
  • et bien d’autres textes et documents

Les évêques fidèles

De nombreuses analyses, etc.