Mon Père vient de décéder

Monsieur Yves Pivert
Monsieur Yves Pivert

Mon Père vient de décéder ce soir 23 mars 2023.

Vous lui devez beaucoup par ce qu’il m’a transmis en union avec ma mère et vous cueillez les fruits de ce qu’ils ont semé. Après avoir semé la charité dans notre pauvre pays qui la bafouait, maintenu et défendu la foi malgré les modernistes, il m’a annoncé la ruine de la Fraternité Saint Pie X et a approuvé, soutenu, partagé les décisions que j’ai dû prendre. En tout cela c’est à vous qu’il pensait, pour vous qu’il agissait, pour vous qu’il priait son rosaire chaque jour avec maman et même souvent plus.

La cérémonie des obsèques aura lieu sur le terrain de notre maison à Rouen et il sera ensuite inhumé à Bois-Guillaume près de son fils Didier. Votre présence, si cela vous est possible, sera une consolation pour ma mère, une reconnaissance pour ce qu’il a fait, un témoignage de fidélité à ce qu’il a toujours poursuivi.

Ci-dessous mon père reçoit ma première bénédiction, en présence de Mgr Lefebvre, du futur Mgr Williamson, du Père Barrielle…

Sacres discrets, sacres secrets

Mgr Ballini 13 janvier 2023

Nous sommes très peinés d’entendre des critiques sur le sacre de Mgr Ballini par Mgr Williamson, d’autant plus que ces critiques portent sur des détails qui n’ont aucune gravité, aucune conséquence néfaste et que cela ne vaudrait même pas la peine de s’y arrêter. Quelle est l’importance que Mgr Ballini ait été sacré en privé ou en public, que la révélation du sacre ait été faite plus ou moins tôt ? Critiquer ces détails, c’est oublier la nuisance perverse du monde hostile à l’Église et à ses serviteurs. Nous avons un nouvel évêque, défenseur de la foi, zélé, ami des prêtres, dévoué aux fidèles, qui, en Irlande, fut le seul prêtre à poursuivre et à étendre le soin des âmes par des déplacements aussi courageux que nombreux alors que pas un prêtre de l’Église moderne, pas un prêtre de la Fraternité Saint Pie X, à notre connaissance, n’osait sortir. Ceux qui ne s’en réjouissent pas ont vraiment un grave problème et font le jeu de l’adversaire de l’Église.

Nous avons donc interrogé le principal intéressé ainsi que l’Église. Voici leurs réponses.

Continuer la lecture de « Sacres discrets, sacres secrets »

Saints Marius, Marthe, Audiface et Abacus, martyrs
19 janvier
par saint Jean Bosco

Saints Marius, Marthe, Audiface et Abacus, martyrs
19 janvier
par saint Jean Bosco

Les parents des saints Audiface et Abacus
Éducation donnée à leurs enfants
Leur venue à Rome

Les chefs de cette famille de martyrs appartenaient à la maison de l’empereur de Perse qui est un vaste royaume situé dans les parties orientales de l’Asie. Le père s’appelait Marius et était le fils de l’empereur Maromenus. La mère s’appelait Marthe et était la fille du vice-roi Cusinite. En plus de leur dignité, les bons parents avaient de grandes richesses dont ils faisaient usage comme Dieu le commande dans l’Évangile, c’est-à-dire qu’ils utilisaient au profit des pauvres ce qui dépassait leurs propres besoins. Dieu bénit ce mariage et leur accorda deux fils. Ils nommèrent le premier Audiface, le second Abacus.

Marius et Marthe étaient intimement persuadés que la première richesse de la descendance est la sainte crainte de Dieu, et que sans elle toutes les grandeurs de la terre ne sont rien. C’est pourquoi, tout en faisant un saint usage des biens que la divine providence leur avait accordés, ils prirent le plus grand soin d’enseigner les vérités de la religion à leurs enfants, afin qu’ils grandissent en vertu en même temps qu’ils grandissent en âge. Les deux jeunes gens correspondirent aux soins de leurs parents : la science des lettres, l’accomplissement de leurs devoirs envers leurs parents, l’obéissance, la piété furent les vertus qui rendirent les deux jeunes gens chers à Dieu et aux hommes. Pour exciter dans leur cœur des pensées de piété, leurs parents les conduisaient de temps en temps dans les lieux les plus célèbres à cette époque par la dévotion et les miracles.

Dès les premiers temps de l’Église, il y eut toujours un grand concours de fidèles pour vénérer les lieux célèbres par la magnificence du culte ou par les signes de la puissance divine qui s’y manifestaient. Sous l’ancienne loi, le temple de Salomon construit à Jérusalem était tenu en grande vénération. Après la venue du Sauveur, ce fut le tombeau des saints apôtres. De pays lointains, on entreprenait de pénibles voyages pour se rendre à Rome, communément appelée la ville éternelle, parce qu’elle avait été choisie par Dieu pour être le centre du catholicisme et le siège du Vicaire de Jésus-Christ, dont la religion doit être adorée pour toujours. Parmi les tombeaux vénérés à Rome, le plus célèbre était celui de saint Pierre, au pied de la colline du Vatican. Tout le monde était convaincu que la visite de ce merveilleux sépulcre apportait l’indulgence plénière, c’est-à-dire la rémission de toutes les peines que l’on devait faire pour les péchés commis dans sa vie passée.

De tels sanctuaires et pèlerinages sont recommandés par saint Paul lorsqu’il dit que l’homme s’élève des choses sensibles de la terre pour connaître et goûter les choses spirituelles et invisibles du Ciel. Marius et Marthe, avec leurs fils Audiface et Abacus, résolurent de faire un de ces pèlerinages de la Perse à Rome. Ayant tout préparé, pourvus de l’argent nécessaire tant pour leurs dépenses familiales que pour prodiguer des œuvres de charité selon leur condition, ils entreprirent ce long voyage. Ils arrivèrent à Rome alors que saint Denis gouvernait le Saint-Siège et que l’empereur Claude II, persécuteur des chrétiens, était au pouvoir.

Marius avec sa famille va vénérer les corps des saints, secourir les prisonniers, enterrer les corps des martyrs

L’objet principal du voyage de nos saints était d’aller prier sur le tombeau de saint Pierre. Ce prince des Apôtres avait été crucifié sur le mont Janicule, mais après son martyre son corps fut emmené pour être enterré au pied du mont Vatican, près des murs des jardins de Néron. Saint Anaclet fit construire une petite église sur ce tombeau, qui devint avec le temps la célèbre basilique Saint-Pierre du Vatican, le sanctuaire le plus majestueux du monde.

Ayant satisfait leur dévotion, Marius et sa famille se mirent à la recherche de ceux qui souffraient dans les prisons ou qui enterraient les corps de ceux qui étaient morts pour la foi. Alors qu’ils effectuaient ces recherches avec diligence, ils passèrent au-delà du Tibre, dans une prison connue sous le nom de Castel Vecchio. Là, ils apprirent que parmi les détenus se trouvait un vénérable vieillard nommé Cyrinus, qui avait été dépouillé de tous ses biens, jeté en prison et soumis à de nombreux coups à cause de sa constance dans la foi. Dès qu’ils purent l’atteindre, ils se prosternèrent à ses pieds et, avec les plus grandes marques de vénération, le supplièrent de prier Dieu pour eux. Cette sainte famille éprouva une telle consolation à vivre avec ce confesseur de la foi, qu’avec la permission du geôlier, ils restèrent huit jours dans la même prison. Pendant ce temps, ils pourvoyaient au nécessaire pour Cyrinus et ceux qui étaient emprisonnés avec lui, leur rendant tous les services les plus humbles. Pendant ce temps, la persécution faisait de plus en plus rage contre les chrétiens : {10[66]} quiconque était reconnu comme tel était rapidement puni de mort. Afin de semer la terreur dans le cœur des disciples de Jésus-Christ, les sentences étaient exécutées tantôt dans les rues, tantôt dans les prisons ou ailleurs, sans même entendre les raisons de l’accusé. Une fois l’édit publié, 260 chrétiens sont immédiatement saisis et conduits hors de Rome par la Via Salaria. Là, ils furent condamnés à creuser la terre, à porter du sable pour former des pots. Quand ils se virent endurer joyeusement tous les labeurs, mais toujours constants dans la foi, ils furent d’abord soumis à de nombreux châtiments, puis transportés à l’Amphithéâtre romain et tous furent tués avec violence.

Lorsque Marius, Marthe et leurs enfants apprirent l’horrible massacre de ces serviteurs de Dieu, ils furent grandement attristés.

Leur tristesse, cependant, se transforma rapidement en consolation à la pensée qu’ils avaient laissé leurs corps en lambeaux sur la terre, mais que leurs âmes s’étaient envolées glorieuses vers le ciel. Avec un saint prêtre nommé Jean, ils arrivèrent à l’endroit où ils avaient été martyrisés. Ils y trouvèrent les corps des martyrs placés sur un tas de bois auquel on avait déjà mis le feu. Ils retirèrent du feu les restes des corps de ces serviteurs de Dieu, les enveloppèrent dans des draps et, avec un grand respect, les emmenèrent pour les enterrer dans la crypte ou église souterraine, sur la Via Salaria, sur la pente d’une colline appelée Cucumero. Avec ces saints martyrs fut également enterré un tribun du nom de Blasto, mort lui aussi pour la Foi. Lorsque les corps furent enterrés, on fit beaucoup de prières, de jeûnes, d’aumônes et d’autres exercices pieux, certainement pour soulager les âmes de ceux qui étaient enterrés là, si c’était encore nécessaire.

Mais les ennemis de Dieu étaient partout prêts à empêcher les bonnes œuvres ; ils rapportèrent bientôt à l’empereur que Marius et Marthe faisaient chaque jour des œuvres de charité pour les pauvres chrétiens. Le tyran ordonna que cette famille fût immédiatement amenée en sa présence. Mais personne ne put les découvrir, car sachant qu’ils étaient poursuivis à mort, ils s’étudiaient à exercer secrètement leur charité.

Marius avec sa famille donne une sépulture à saint Cyrinus, après quoi il est reçu dans une assemblée de chrétiens

Un jour, Marius, Marthe et leurs enfants traversèrent à nouveau le Tibre pour rendre visite à saint Cyrinus qu’ils croyaient toujours emprisonné, mais ils ne le trouvèrent plus. Il n’y avait qu’un prêtre, nommé Pastor, qui leur raconta ce qui lui était arrivé. La nuit, leur dit-il, les bourreaux sont venus ici, l’ont pris, lui ont coupé la tête et l’ont jeté dans le Tibre, mais, par bonheur, son corps est resté dans l’île de Lycaonie, connue maintenant sous le nom d’île du Tibre ou île Saint-Barthélemy. En entendant ces paroles, ils se rendirent la nuit avec saint Pastor en ce lieu, recueillirent le corps de saint Cyrinus et l’enterrèrent dans le cimetière de saint Calixte, dans la crypte ou salle de saint Pontien, ainsi appelée du nom de ce Pontife qui y fut enterré.

Après cela, Marius et sa famille, poursuivant leurs visites de dévotion au-delà du Tibre, arrivèrent à un endroit où ils entendirent une multitude de chrétiens chantant les louanges du Seigneur. Ils s’approchèrent avec joie de cette maison et, la trouvant fermée, se mirent à frapper à sa porte. Ceux qui étaient à l’intérieur, les prenant pour des persécuteurs, furent effrayés et personne n’osa ouvrir. Mais un évêque du nom de Calixte, qui avait lui aussi fui à Rome pour éviter la persécution, réconforta les fidèles en disant : « N’ayez pas peur, c’est Jésus-Christ qui frappe à la porte. Chantons et consolons-nous mutuellement en louant le Seigneur, car c’est lui qui nous appelle. » Ayant dit cela, il courut ouvrir la porte. Marius, Marte, Audiface et Abacus, voyant le vénérable prélat, se jetèrent à ses pieds. Par cet acte de dévotion, les fidèles assemblés surent que leurs nouveaux hôtes étaient des chrétiens, aussi se donnèrent-ils le baiser de paix.

À ce moment-là, saint Caliste, transporté de joie, leva les yeux et les mains au ciel et prononça la prière suivante : « Ô Dieu, Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui rassemble ce qui est dispersé et garde ce qui est rassemblé, augmentez la foi et la confiance dans le cœur de vos serviteurs par Jésus-Christ notre Seigneur, qui vit avec Dieu le Père tout-puissant et le Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Tous les fidèles réunis répondent : Amen, ainsi soit-il. Cet endroit étant un peu à l’écart du centre de la ville semblait inconnu des persécuteurs, aussi Marius et sa famille y restèrent-ils cachés pendant deux mois.

Saint Valentin confesse la foi de Jésus Christ et rend la vue à une jeune aveugle

L’empereur Claude, ne trouvant pas Marius avec sa famille, fit rechercher d’autres chrétiens et parvint à mettre la main sur un saint prêtre nommé Valentin. Il le fit lier avec des chaînes et conduire devant lui au palais près de l’amphithéâtre. Dès qu’il fut devant lui, l’empereur l’interrogea : « Pourquoi ne te soucies-tu pas de notre amitié et refuses-tu de vivre comme les autres sujets de notre empire ? On m’a dit que les chrétiens possèdent une grande sagesse, et si tu es sage, pourquoi te laisses-tu égarer par une vaine superstition comme les autres ? ».

Valentin répondit : « Ô prince, si vous saviez combien sont précieux les dons du Seigneur, vous et tous vos sujets éprouveriez la même consolation, vous rejetteriez le culte des démons, et les idoles faites de la main des hommes, vous confesseriez un seul Dieu le Père tout-puissant, et Jésus-Christ son Fils, qui a créé le ciel et la terre, la mer et toutes les choses qui s’y trouvent. À ces mots, l’empereur parut étonné, et pendant qu’il réfléchissait à ce qu’il avait entendu, un juriste ou avocat prit la parole à la place de l’empereur et dit à haute voix à saint Valentin : « Que dites-vous du dieu Jupiter et du dieu Mercure ? ».

Valentin répondit : « Je n’en dis pas autre chose que je les regarde comme des hommes misérables qui, dans leur vie mortelle, ont vécu dans la souillure ; que si vous connaissiez la série de leurs actes, vous verriez combien leur manière de vivre était abominable. »

L’accusateur s’écria à haute voix : « Cet homme a blasphémé contre nos dieux et contre les protecteurs de l’empire ! »

L’empereur, cependant, écouta calmement les paroles de saint Valentin, et se tournant vers lui, il dit : « Si votre Jésus-Christ est Dieu, pourquoi ne me révélez-vous pas rapidement la vérité ? » Valentin répondit : « Je t’exposerai volontiers la vérité, pourvu que tu m’écoute. Si tu veux, ô prince, suivre la vérité que je te propose, tu augmenteras ton empire, tes ennemis seront anéantis, tu seras vainqueur en toutes choses, et tu jouiras d’un règne glorieux dans la vie présente et dans l’avenir. Mais pour y parvenir, tu dois te repentir du sang versé par les serviteurs du Seigneur, croire en Jésus-Christ, puis en recevant le baptême, tu sauveras ton âme pour toujours. »

Claudius s’adressa aux spectateurs et dit : « Écoutez, ô citoyens romains et magistrats de la République, écoutez et admirez combien la doctrine de cet homme est saine ! ».

Le préfet, dont le nom était Calpurnius, homme de mauvaise réputation, pour empêcher le fruit des paroles de Valentin, éleva aussi la voix et dit : « Attention, ô prince, tu te laisses tromper par cet homme ; penses-tu qu’il soit juste d’abandonner ces dieux que nous avons honorés et adorés depuis notre enfance ? ».

L’empereur alors, par respect humain, eut honte de se laisser vaincre par l’évidence, et se borna à livrer Valentin au préfet Calpurnius, en lui disant : « Écoute-le patiemment, et s’il propose une doctrine peu solide, tu lui appliqueras les lois établies contre les sacrilèges : que si sa doctrine est bonne, tu le laisseras libre. »

Calpurnius prit donc Valentin et le remit à un prince nommé Astérion avec ces paroles : « Je te recommande cet homme. Si, par de bonnes paroles, tu parviens à lui faire changer sa façon de penser, je ferai un rapport à l’empereur dans le sens le plus favorable ; tu deviendras ainsi son ami et tu multiplieras tes richesses ». Astérion conduisit Valentin dans sa maison, prêt à exécuter les ordres donnés.

La grâce offerte à l’empereur et à ses conseillers avait été refusée, et, par un jugement redoutable et toujours adorable, Dieu la retira aux méchants pour la donner à d’autres mieux disposés à la recevoir. Dès que Valentin fut entré dans la maison, il se mit à genoux et pria : « Dieu, Maître de toutes les choses visibles et invisibles. Créateur du genre humain, qui avez envoyé votre fils Jésus-Christ notre Seigneur pour nous délivrer des ténèbres du monde et nous conduire à la lumière de la vérité, ce Jésus-Christ qui a dit : « Vous tous qui êtes opprimés par le travail et la fatigue, venez à moi et je vous fortifierai », convertissez, Seigneur, cette maison et donnez-lui la lumière de la vérité, afin qu’elle connaisse comme vrai Dieu Jésus-Christ notre Seigneur qui vit et règne dans l’unité du Saint-Esprit. Ainsi soit-il ».

Le prince Astérion entendant cette prière dit à Valentin : « J’admire votre sagesse et je suis heureux d’entendre que votre Jésus-Christ est la vraie lumière ».

Valentin répondit d’une voix claire : « Il en est vraiment ainsi : notre Seigneur Jésus-Christ, qui est né de la Vierge Marie par le Saint-Esprit, est la vraie lumière qui éclaire tout homme qui vient en ce monde.

Astérion interrompit son discours en disant : « Si Jésus-Christ est le Dieu qui éclaire tout homme, je vais en faire l’épreuve et, si je suis satisfait, je croirai ce que vous me direz ; sinon, je rejetterai votre sophisme. Sachez donc que j’ai une fille à laquelle je porte toute mon affection. Cette malheureuse fille est aveugle depuis deux ans. Je vais vous l’amener ici et, si vous la guérissez, je croirai et ferai tout ce que vous me direz. »

Valentin s’empressa de répondre : « Allez, et au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, amenez votre fille ici. » Astérion courut et, avec une grande anxiété, conduisit la jeune fille à saint Valentin.

Le fidèle martyr de Jésus-Christ leva les mains vers le ciel, les yeux pleins de larmes, et dit cette prière : « Dieu tout-puissant, Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, Père des miséricordes, qui avez envoyé sur terre Votre Fils, Notre Seigneur Jésus-Christ, pour nous faire passer des ténèbres du péché à la vraie lumière de la grâce, moi, pécheur indigne, j’invoque Votre puissance. Vous voulez que toute âme soit sauvée et qu’aucune ne périsse, c’est pourquoi j’implore et je supplie votre miséricorde afin que tous sachent que vous êtes Dieu le Père et le Créateur de tous. Et puisque vous avez ouvert les yeux de l’aveugle-né, et ramené à la vie nouvelle Lazare, qui sentait déjà mauvais dans le tombeau, je vous invoque, vous qui êtes la vraie lumière et le Seigneur de tous les princes et de toutes les puissances. Que ma volonté ne soit pas faite, mais faites ce que vous voulez concernant votre servante. Ainsi, si c’est pour votre plus grande gloire, daignez l’éclairer de la lumière de votre intelligence. » Ayant achevé sa prière saint Valentin mit la main sur les yeux de la jeune fille en disant : « Seigneur Jésus-Christ, éclairez votre servante, car vous êtes la vraie lumière «. Ces mots n’avaient pas encore été prononcés que ses yeux s’ouvrirent et qu’elle recouvra parfaitement la vue.

Conversion et martyre de saint Astérion et de sa famille

Dès qu’Astérion vit sa fille guérie de la cécité, il se prosterna avec sa femme devant le pieux saint Valentin, en disant : « Pour l’amour de Jésus-Christ, par qui nous connaissons la lumière, nous vous supplions de faire ce que vous savez pour sauver nos âmes ».

Saint Valentin ajouta : « Si vous voulez sauver vos âmes, croyez de tout votre cœur en notre divin Sauveur, brisez toutes les idoles, jeûnez, repentez-vous de vos péchés, et en faisant une humble confession recevez le baptême et ainsi vous serez sauvés. »

Valentin ordonna alors un jeûne de trois jours. Pendant ce temps, Astérion qui avait de nombreux chrétiens à son service, leur donna à tous la liberté. Lorsque ces trois jours furent terminés, comme c’était un dimanche, jour consacré au Seigneur, Valentin baptisa Astérion avec toute sa famille. Pour achever l’œuvre du Seigneur, saint Valentin appela saint Calixte à prendre part aux actes de miséricorde du Seigneur envers cette maison. Celui-ci vint donc et administra le sacrement de la confirmation à Astérion et à toute sa maison, au nombre de quarante-six.

Marius et sa famille s’étaient tenus cachés pendant quelque temps. Mais lorsqu’ils apprirent que saint Valentin avait rendu la vue à une aveugle et que, par ce miracle, toute la maison d’Astérion avait cru en Jésus-Christ, ils vinrent avec une grande joie à la maison d’Astérion pour remercier le Seigneur de la miséricorde dont il avait usé et restèrent dans cette maison pendant trente-deux jours.

Peu après, l’empereur Claude ayant cherché Astérion, on lui annonça comment sa fille avait miraculeusement recouvré la vue et que, par ce miracle, lui et toute sa famille avaient reçu le baptême au nom de Jésus-Christ. Furieusement indigné, il s’empressa d’envoyer chercher ces nouveaux chrétiens avec ordre de les amener tous en sa présence. Il jeta un regard sévère sur Marius, Marthe, Audiface et Abacus et, les jugeant comme des personnages illustres, les sépara des autres. Il ordonna ensuite qu’Astérion soit conduit avec sa famille à Ostie, ville située à 15 milles de Rome, pour l’y soumettre à un examen rigoureux. L’empereur avait en effet expulsé de Rome les fidèles, estimant que l’éloignement de leurs parents et amis, la privation de leurs dignités et de leurs richesses, les pousseraient à apostasier. Ils furent donc remis à un juge nommé Gélase qui les fit tous enfermer en prison. Après vingt jours d’emprisonnement et de souffrances, ce juge leur fit subir l’interrogatoire suivant :

« Savez-vous ce que sont les ordres des maîtres de l’Empire ? »

Ils répondirent d’une seule voix : « Nous ne le savons pas. « 

Gélase poursuivit : « Voici les commandements impériaux : quiconque sacrifiera aux dieux vivra heureux, aura la pleine liberté et sera comblé de richesses. Celui qui refusera de s’humilier devant la majesté de nos dieux sera mis à mort avec toute sorte de châtiments. »

Astérion répondit : « Qu’ils sacrifient aux dieux et qu’avec eux périssent ceux qui leur ressemblent, moi je dis seulement que nous nous offrons tous en sacrifice au Dieu tout-puissant et à notre Seigneur Jésus-Christ, son Fils. »

Gélase, irrité par cette réponse, ordonna qu’Astérion soit placé sur le chevalet de torture et soumis aux supplices ; tous les autres furent ensuite battus à coups de verges. Ces braves chrétiens, loin de se laisser intimider, prièrent : « Ô notre Seigneur Jésus-Christ, qui avez éteint les flammes qui entouraient les trois enfants dans la fournaise, faites que les menaces de ce tyran restent sans effet, afin qu’il ne puisse pas se vanter d’avoir vaincu vos serviteurs, et faites qu’aucun de nous ne soit séparé de notre maître Astérion. »

Alors Gélase ordonna qu’ils soient descendus des chevalets et enfermés de nouveau en prison, en disant : « Il faut préparer pour ceux-là des tourments plus affreux. » Pendant ce temps, il invita tout le peuple à se rassembler de bon matin pour assister au spectacle et, pour cela, ordonna qu’un pavillon soit préparé dans l’amphithéâtre et qu’Astérion soit amené devant son tribunal avec tous ses compagnons.

Lorsqu’ils furent tous rassemblés à l’endroit désigné, le juge adressa ce discours à Astérion : « Ô Astérion, abandonne pour une fois ta folle doctrine et promets-moi de faire un sacrifice aux dieux, de peur que tu ne finisses ta vie dans les tourments, et qu’avec toi tous ceux qui sont ici ne périssent misérablement ».

Saint Astérion répondit : « Périr dans les tourments, nous le désirons tous de tout cœur. Comme notre Sauveur Jésus-Christ a souffert pour nos péchés, il est juste que nous aussi, pour promouvoir son honneur et sa gloire, nous endurions ces tourments et, ainsi purifiés des souillures de ce monde, nous méritions d’arriver sains et saufs au royaume des cieux tant désiré. »

À cette réponse, Gélase se mit encore plus en colère et ordonna qu’on les jette aussitôt aux bêtes. Les bourreaux s’empressèrent de les saisir et de les conduire à un endroit appelé Orsario, près d’un temple d’or où se trouvait une ménagerie de bêtes féroces. Lorsque les saints confesseurs entrèrent dans la ménagerie, les bêtes furent immédiatement libérées pour qu’elles se jettent sur eux et les mettent en pièces. Mais saint Astérion trouva le moyen de vaincre la férocité de ces animaux. Après avoir fait le signe de la croix, il se mit à prier d’une voix claire et forte afin que ses compagnons l’entendent : « Seigneur Dieu tout-puissant, qui avez eu pitié du prophète Daniel, enfermé dans une ménagerie de lions, et qui l’avez consolé par votre serviteur Habacuc, visitez aussi vos serviteurs par quelques-uns de vos saints Anges. » Alors, par la volonté de Dieu, ces bêtes qui se montraient affamées déposèrent leur férocité et se mirent à vénérer saint Astérion et les autres confesseurs. Gelase, voyant ce miracle, dit furieusement au peuple : « Avez-vous vu comment ils savent utiliser l’art de la magie pour rendre dociles ces bêtes ? »

Beaucoup, cependant, disaient que le Dieu de ces chrétiens les avait délivrés. Gélase ordonna alors de les sortir de la ménagerie et de les brûler vifs. Alors saint Astérion encouragea ses compagnons en disant : « Courage, mes amis, et ne craignez rien, car ce même Ange qui était présent pour délivrer du feu les trois jeunes juifs de Babylone, ce même Ange est avec nous ». À cet instant, les flammes s’écartèrent tellement que toutes les parties de leurs corps restèrent indemnes. Gélase, voyant toutes les épreuves inutiles, ordonna qu’ils soient emmenés hors des murs de la ville d’Ostie, et qu’ils y subissent la peine de mort, les autres étant ensuite lapidés. C’est ainsi qu’Astérion et toute sa famille furent glorieusement martyrisés.

Martyre de Saint Valentin Marius avec sa famille devant l’empereur

Le saint prêtre Valentin, qui avait tant œuvré pour encourager les chrétiens à rester fermes dans la foi, ce pour quoi il avait déjà lui-même subi de graves tourments, fut finalement condamné à mort et eut la tête coupée le 14 février. Son corps fut enterré avec vénération sur le lieu même de son martyre. Autour de ses reliques, selon les actes de son martyre, de nombreux miracles se produisirent pour la plus grande gloire de Dieu et à la louange de son saint nom.

Marius, Marthe, Audiface et Abacus apprirent la mort de leurs compagnons et, tandis qu’ils cherchaient à leur apporter un secours spirituel, ils se préparaient déjà au martyre par la prière et les œuvres de charité. L’empereur avait voulu que cette famille soit séparée de tous les fidèles, à la fois pour être terrifiée par les tortures et les tourments des autres, et aussi pour les juger lui-même avec une grande solennité. Il commença à les interroger ainsi : « D’où venez-vous ? » Audiface, leur fils aîné, répondit simplement : « Nous sommes des Perses. »

L’empereur Claude répliqua : « De quelle lignée êtes-vous, et quel rapport avez-vous entre vous ? » Audiface continua son discours et désignant ses parents répondit à l’empereur : « Moi et Abacus sommes leurs fils par le corps ».

Claudius : « Pour quelle raison avez-vous entrepris un si long voyage et êtes venus à Rome ? »

Audiface : « Nous sommes venus dans la capitale de l’Empire romain poussés par le désir d’aller prier sur le tombeau des saints Apôtres. »

Claudius : « Où avez-vous trouvé l’argent nécessaire pour faire des dépenses aussi importantes que celles que l’on doit faire au cours d’un si long voyage ? Et quels sont vos lieux de naissance ? » Audiface n’étant peut-être pas en mesure de donner à l’empereur une réponse exacte, son père Marius prit la parole et dit : « Dieu tout-puissant sait que nous appartenons à une noble famille. Et pour que tu puisses connaître notre naissance, nous te dirons que moi, Marius, je suis le fils de l’empereur Maromenus, et elle, ma femme, est la fille du vice-roi Cusinite. »

À ces mots, Claude s’étonne, mais leur dit d’un air respectueux : « Si vous appartenez à une si haute noblesse, pourquoi ne professez-vous pas la religion de votre pays ? Pourquoi abandonnez-vous les dieux que vos parents ont toujours adorés, et cela pour aller chercher des morts à enterrer et, qui plus est, adorez-vous un mort que vous dites ressuscité à la vie nouvelle ? ».

Marius répondit : « Il n’est pas nécessaire que je te réponde ici pourquoi nous n’adorons pas les dieux : je te dirai seulement que nous sommes des serviteurs de Jésus-Christ et que nous sommes venus à Rome pour prier aux pieds des Apôtres, ses serviteurs, afin qu’ils intercèdent pour nous auprès du Seigneur Dieu. »

Claude n’aimait pas beaucoup les disputes religieuses ; il avait à cœur de savoir si cette sainte famille avait des richesses sur elle ou non. Il se tourna donc vers Marius et lui demanda : « Avez-vous vos trésors avec vous ? »

Marius répondit : « Nos trésors ont déjà été remis à Notre Seigneur Jésus-Christ qui nous les avait confiés pour un court laps de temps dans le seul but de promouvoir son honneur et sa gloire. » Claudius sut par ce discours qu’il était déçu dans son attente, et c’est donc d’un air méprisant qu’il les remit à Muscianus son vicaire, en disant : « Prends ces hommes, emmène-les loin d’ici ; s’ils ne veulent pas sacrifier aux dieux et abandonner leur superstition, tu leur feras subir toutes sortes de tourments. »

Marius, Marthe, Audiface et Abacus méprisant les menaces et les promesses de Muscianus, ils furent battus de verges et placés sur le chevalet de torture

Muscianus, lorsqu’il eut cette famille chrétienne entre les mains, éprouva du plaisir dans son cœur, considérant que c’était une occasion favorable de s’attirer la bienveillance de l’empereur en améliorant son salaire et sa charge. Aussi, le jour même, il se mit à exécuter fidèlement les ordres de son souverain. Il ordonna qu’un haut tribunal lui soit aménagé dans un temple dédié à la déesse Fellure. Pour que ses paroles fassent une plus grande impression sur ces confesseurs de la foi, il voulut que tous les instruments et machines servant à terrifier ou à tourmenter les chrétiens soient tenus prêts à son tribunal. Puis, ayant fait venir auprès de lui Marius et sa famille, il leur dit d’une voix lugubre : « Savez-vous ce que nos princes, les maîtres de l’empire, vous ont ordonné de faire ? »

Audiface, d’une voix calme, répondit : « Non, nous ne le savons pas. »

Muscianus : « Voulez-vous donc savoir quel est le décret impérial ? »

Marius et Marthe répondirent : « Nous désirons savoir de vous ce qui vous a été ordonné à notre sujet. »

À ce moment-là, Muscianus fit entrer les bourreaux avec les instruments dont il se servait pour tourmenter les chrétiens et, se tournant vers les martyrs i leur dit : « Maintenant, je vais vous dire quels sont les ordres de l’empereur vous concernant : regardez toutes ces sortes de tourments qui seront tous utilisés contre vous si vous n’exécutez pas les ordres impériaux ». Alors il se calma un peu et, feignant de s’y intéresser, il ajouta : « Que si tu exécutes les ordres de nos princes, tu auras de la chance, la noblesse de ta naissance sera conservée, de hautes charges et des honneurs te rendront plus illustre dans notre empire, mais pour être leurs amis il faut faire un sacrifice aux dieux. »

Audiface répondit : « Vous nous avez fait une proposition insensée, et nous ne pouvons en aucun cas l’admettre. »

Muscianus feignit de ne pas avoir entendu et, considérant cette réponse comme hors de propos, il se tourna vers Marius, Marthe et Abacus pour leur demander s’ils étaient du même avis : « Que dites-vous de ce que je vous ai proposé ? » Ils répondirent tous : « Ce qu’a dit Audiface est aussi notre pensée et c’est la même chose que si nous avions tous parlé d’une seule bouche. »

Lorsque Muscianus se rendit compte que les paroles ne servaient à rien, il pensa à agir et ordonna qu’on les dépouille de leurs vêtements, qu’on les batte avec des bâtons et, dans un excès de cruauté, il voulut que Marthe assiste à la flagellation de son mari et de ses enfants. Le tyran croyait que Marthe, émue à la vue des tourments auxquels étaient exposés son mari et ses enfants, les persuaderait peut-être de renoncer à la foi ou, du moins qu’elle montrerait elle-même des signes d’abandon de la foi. Pendant que ceux-ci étaient farouchement battus, quelques assesseurs allaient de temps en temps leur dire : « Ne méprisez pas les ordres de nos princes ».

Marthe regardait sans trembler son mari et ses enfants sous la flagellation et, loin d’être déconcertée, elle sentait son cœur plein de joie et disait : « Mes enfants, prenez courage, soyez constants dans votre foi ».

Marius, quant à lui, remercia Dieu et le glorifia par ces mots : « Gloire à vous, ô mon Seigneur Jésus-Christ. »

Muscianus, confus de l’indifférence avec laquelle ils supportaient ces tourments répétés, en vint à une autre épreuve en les faisant retirer de ces fléaux et placer sur le chevalet. Le chevalet est un moyen de tourmenter les martyrs avec une douleur est très vive. C’est une sorte de tréteau formé de deux chevrons aux extrémités desquels sont fixés deux pivots ou poulies auxquels sont attachées des cordes liées aux pieds et aux mains du martyr. Lorsqu’on tourne les pivots, les bras et le reste du corps des martyrs sont étirés à tel point que les articulations se détachent presque et que du sang coule parfois des parties les plus faibles du corps, comme les yeux, les oreilles et la bouche. À un certain moment, les deux chevrons sont détachés, et les martyrs restent suspendus par les pieds et les mains. Pendant qu’ils étaient ainsi tourmentés, Audiface s’exclama à haute voix : « Gloire à vous, Notre Seigneur Jésus-Christ, qui avez daigné nous compter parmi vos serviteurs. »

Marius, Marthe, Audiface et Abacus soumis au feu, les mains coupées ~ Paroles de sainte Marthe et de saint Abacus

Il semble que la vue de tant de tourments atroces endurés par ces saints martyrs aurait dû produire des sentiments de compassion, ou mieux encore, faire pénétrer la vérité dans le cœur de Musciaco, mais il n’en fut rien. Au lieu de reconnaître la puissance de la grâce de Dieu dans le courage des martyrs, il attribua tout à la magie. Quand il vit leurs corps meurtris par les coups et les tortures des chevalets, il les fit déshabiller et ordonna qu’on allume un feu ardent autour de leurs flancs. Puis il détendit les cordes des chevalets de sorte qu’ils restèrent suspendus par les pieds et les mains. Puis ce furent de nouveaux tourments. Les bourreaux prirent des verges et les frappèrent, ajoutant blessures aux blessures. Ensuite, avec des crochets de fer, ils déchiraient leur chair en morceaux, de sorte que leurs corps étaient couverts d’ecchymoses, lacérés, dégoulinants de sang.

Sous ces tourments répétés, ils ne se lamentaient pas, ils ne soupiraient pas, mais, réconfortés par la grâce du Seigneur et satisfaits de souffrir pour l’amour de Dieu, ils se réjouissaient en disant : « Gratias tibi agimus, Domine. Nous vous rendons grâces, Seigneur, de ce que vous nous avez rendus dignes de souffrir quelque chose pour la gloire de votre saint nom. »

Muscianus, ne comprenant pas la raison d’une telle constance, voulut attaquer de nouveau leur fermeté, alliant la cruauté à la barbarie. Il ordonna qu’ils fussent tous déliés et déposés du chevalet puis, suivant l’exemple du cruel Antiochus dans le massacre des sept Maccabées, il fit disposer Marius, Audiface et Abacus devant Marthe avec l’ordre de leur couper les mains en sa présence.

Pendant que se déroulait cet horrible spectacle, Marthe redoublait de courage, et, élevant ses pensées vers Dieu et se rappelant la constance de la mère des jeunes Maccabées, elle dut certainement encourager saint Abacus par ces paroles :

« Courage, mon fils, courage. C’est un moment où tu dois souffrir, mais éternel est celui dont tu dois jouir. Vois les cieux et la terre et tout ce qu’ils contiennent. Toutes les choses ont été créées par le Seigneur. Les hommes aussi ont tous été créés par lui, alors ne crains ni les tourments, ni les bourreaux, ni les tyrans. Imite la fermeté de ton père et de ton frère. Crains Dieu seul. Tu souffriras de bon cœur pour lui. Tu donneras pour lui la vie mortelle présente, mais il te récompensera par un bonheur qui n’aura pas de fin. Courage, Abacus, Dieu est avec nous, et en mourant pour lui dans quelques instants, nous serons reçus par lui dans la bienheureuse Éternité. »

Abacus l’interrompit en disant : « Ne craignez rien, ô mère, je suivrai résolument l’exemple de mon père et de mon frère ; les coups, les crochets, le fer, le feu, la mort même ne me causeront aucune crainte, je ne m’écarterai jamais de la loi du Seigneur. Non, je ne me laisserai jamais aller à obéir à la loi injuste du tyran, mais je resterai toujours ferme dans la loi du Seigneur. » Non obedio prœcepto regis, sed prœcepto legis quae data est nobis. Macch. 2, 7.

Pendant ce temps, les ordres du tyran avaient été exécutés : Marius, Audiface et le petit Abacus ayant eu les mains barbarement coupées, le sang jaillissait abondamment de leurs bras mutilés. À cette vue, Marthe fut horrifiée et faillit s’évanouir ; mais bientôt, pensant que ce sang avait été versé pour l’amour de Jésus-Christ, elle fut réconfortée par la grâce divine et, surmontant les sollicitations de la nature, elle recueillit le sang qui coulait des mains de son mari et de ses enfants et s’oignit joyeusement la tête. Elle voulait indiquer par là qu’elle était résolue non seulement à se laisser mutiler les mains pour la foi, mais encore à se faire couper la tête. C’est ce qu’on lit dans les actes de leur martyre.

Marius, Marthe, Audiface et Abacus conduits enchaînés à travers Rome – À la fin, ils furent tous couronnés par le martyre

Muscianus, voyant que ses inventions barbares ne suffisaient pas à faire céder les intrépides serviteurs de Jésus Christ, voulut au moins que ce supplice frappât de terreur le cœur des autres chrétiens et de ceux qui voulaient embrasser la foi. Il fit prendre les mains tronquées qui étaient tombées à terre et ordonna qu’elles soient attachées avec des cordes autour du cou de chacun. Puis il les fit conduire dans les rues de la ville. Pendant qu’ils marchaient, un crieur passait devant eux en criant : « Ne blasphémez pas les dieux. »

Marius confondit le crieur et encouragea ses fils par ces mots : « Non, ce ne sont pas des dieux, mais des démons, qui vous mèneront à la perdition, vous et vos propres princes. »

Muscianus se rendit compte que toute épreuve et tout retard étaient inutiles, d’une part parce que les martyrs se montraient constamment intrépides au milieu des tourments, et d’autre part parce que le peuple comprenait de plus en plus la vanité des dieux, et que beaucoup parvenaient à la foi, aussi donna-t-il l’ordre de les conduire au lieu de supplice et de leur couper la tête.

Les raisons invoquées pour cette condamnation à mort étaient doubles : la première, parce qu’ils pratiquaient la magie, car les païens appelaient les miracles accomplis quotidiennement par les chrétiens des œuvres de magie. La seconde parce qu’ils étaient ennemis des dieux de l’Empire. Cela est tout à fait vrai, car la religion chrétienne qui est la seule vraie religion, n’admettant qu’un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre et de tout ce qu’ils contiennent, ne peut que refuser de sacrifier aux dieux païens qui sont de misérables créatures, représentées pour la plupart par des statues faites de main d’homme.

Comme un cerf désire ardemment atteindre la source d’eau vive, ainsi les glorieux héros de la foi, satisfaits de souffrir pour la foi et de donner honneur et gloire au divin Maître Jésus, étaient impatients d’atteindre le lieu qui devait mettre fin à leurs souffrances et les unir éternellement à Jésus-Christ. Ils furent conduits le long de la Via Cornelia, à treize miles de la ville, jusqu’à un tronçon de route alors connu sous le nom de Ninfe de Catabasso, et que l’on pense être le lieu même connu aujourd’hui sous le nom de sainte Nymphe.

Tout au long du chemin, ils adressaient de chaleureuses prières à Dieu, afin qu’avec son aide puissante il les affermisse dans la foi. En même temps, ils s’exhortaient mutuellement à donner intrépidement leur vie pour aller tous ensemble jouir avec Jésus-Christ dans le ciel.

Lorsqu’ils arrivèrent au lieu désigné pour le supplice, Marius, Audiface et Abacus furent décapités. Marthe, après avoir aidé et encouragé son mari et ses fils au martyre, fut conduite un peu à l’écart et accomplit son martyre en étant jetée dans un puits. Muscianus voulut être cruel envers les saints martyrs même après leur mort et ordonna que leurs corps soient brûlés et restent ainsi sans sépulture. Cependant, une riche matrone romaine du nom de Félicité, qui employait sa fortune et sa vie à des œuvres de charité, trouva le moyen d’enlever aux flammes ces vénérables reliques qui étaient déjà à moitié brûlées, et les emmena pour les enterrer dans l’un de ses domaines. Félicité partit elle-même à la recherche du corps de Marthe, le sortit du puits dans lequel il avait été jeté et le porta au même endroit où se trouvaient les corps de Marius, Audiface et Abacus. Ces choses se firent le 19 janvier de l’année 270.

Près du lieu où nos saints furent martyrisés, on peut encore voir les restes d’une ancienne église sous laquelle se ramifient plusieurs souterrains en forme de catacombes.

Les actes des martyrs, dont nous avons tiré les renseignements sur cette célèbre famille, se terminent par des paroles qui montrent combien est ancien le culte des reliques des martyrs dans l’Église catholique, et comment Dieu a de tout temps accordé des faveurs particulières à ceux qui se sont rendus sur les tombeaux de ses serviteurs pour interposer leur médiation auprès de son trône divin. Les paroles sont les suivantes : « Là, où les corps de Marius, Marthe, Audiface et Abacus ont été enterrés, une grande assemblée de fidèles a commencé à se rassembler, et notre Seigneur Dieu a accordé et accorde encore de grandes faveurs, tandis que règne notre Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Amen. »

Exercice de dévotion pour la neuvaine et la fête de saint Abacus et de ses compagnons

Deus, in adiutorium meum intende.
Domine, ad adiuvandum me festina.
Gloria Patri etc. Sicut erat etc.

1º Ô glorieux martyrs de Jésus-Christ, et surtout vous, ô saint Abacus qui dès vos premières années avez consacré tout votre cœur au Seigneur ; daignez accepter nos supplications et obtenez-nous de Dieu la grâce de pouvoir consacrer nos cœurs au service divin, et de passer au moins le reste de notre vie dans l’observance de la sainte loi du Seigneur.

 Pater, Ave, Gloria etc.

2° Glorieux Martyrs de Jésus-Christ, vous qui avez renoncé aux honneurs, aux plaisirs et aux vanités du monde pour mériter une récompense éternelle, daignez, nous vous en supplions, écouter nos humbles supplications et nous communiquer de la part de Dieu force et courage, afin que nous puissions, nous aussi, tenir en échec toute vanité terrestre, et être prêts à donner tout le bien du monde plutôt que de faire ou de dire quelque chose de contraire à l’amour que nous devons à notre Sauveur Jésus-Christ.

 Pater, Ave, Gloria etc.

3° Glorieux protecteurs, vous qui, guidés par l’esprit de religion, avez affronté les dangers d’un long et pénible voyage pour visiter le tombeau et les reliques des saints Apôtres, daignez nous obtenir la grâce de venir nous aussi fidèlement à vos pieds pour implorer votre céleste patronage et pour suivre votre exemple par la fuite du péché et la pratique de la vertu.

 Pater, Ave, Gloria etc.

4° Glorieux modèles de sainteté, vous qui, outre la visite des malades et des prisonniers, employiez vos ressources à secourir les indigents, à soutenir ceux qui souffraient pour la foi, daigne nous obtenir les lumières nécessaires pour faire bon usage des ressources que Dieu nous a données, afin que nous employions toutes nos ressources et toutes nos forces à secourir les pauvres et à soutenir ceux qui travaillent dans le ministère sacré pour conduire les âmes au Ciel.

 Pater, Ave, Gloria etc.

5° Glorieux saints martyrs, qui au milieu de tourments impitoyables n’avez jamais cessé de confesser la sainte foi de Jésus-Christ, daignez entendre nos prières, et obtenez-nous la grâce d’être constants dans la pratique de notre sainte religion catholique jusqu’à la mort.

 Pater, Ave, Gloria etc. {89 [145]}

6° Glorieux confesseurs de la foi, qui, dans l’espoir du bienfait céleste, avez enduré des tourments prolongés, une flagellation sanglante et une crucifixion affreuse, nous vous en supplions, aidez-nous du ciel, afin que nous puissions, nous aussi, supporter avec résignation la perte de tous les biens temporels et toutes les tribulations qu’il plaira à Dieu de nous envoyer au cours de notre vie mortelle.

 Pater, Ave, Gloria etc.

7° Ô fidèles et forts confesseurs de la foi qui, terminant la vie au milieu des tourments et chantant des hymnes de joie, vous envolèrent glorieusement pour jouir de l’incompréhensible bonheur du ciel ; daignez, nous vous en supplions humblement, nous obtenir le secours divin afin que nous puissions, nous aussi, surmonter les dangers de la vie présente et expirer enfin nos âmes en prononçant les doux noms de Jésus, Joseph et Marie.

 Pater, Ave, Gloria etc.

8° Ô glorieux et heureux habitants du ciel, vous qui, par la sainteté de votre vie, par les souffrances, avez mérité pour vous-mêmes un bonheur dont vous jouissez depuis plusieurs siècles et dont vous jouirez dans l’éternité, daignez nous aider afin que nous puissions vous imiter dans vos vertus et avoir un jour part à la même gloire dans le ciel.

 Pater, Ave, Gloria, etc.

9° Glorieux saints martyrs qui nous avez été donnés par le Seigneur pour nous protéger dans nos besoins spirituels et temporels, daignez nous obtenir de Dieu la grâce de pouvoir correspondre aux bienfaits reçus, et ainsi par votre puissant patronage nous pourrons à l’avenir mener une bonne vie chrétienne, mourir saintement et atteindre un jour l’immense bonheur du ciel pour vous remercier des bienfaits que vous nous avez faits et en même temps bénir et louer Dieu avec vous pour toujours.

 Pater, Ave, Gloria etc.

Sources d’où nous tirons les souvenirs de ces saints

S’il est précieux pour moi d’exposer la vie des hommes qui ont vécu vertueusement sur la terre, il doit l’être encore plus pour tout chrétien fidèle de connaître les actions glorieuses de ces vaillants héros du christianisme qui, après avoir procuré mille bienfaits à la misérable humanité, nous protègent maintenant du Ciel et invoquent sur nous grâces et bénédictions. C’est dans cet esprit que j’ai résolu d’écrire la vie d’une sainte famille de martyrs dont les noms sont Marius, Marthe, Audiface et Abacus. Les nombreux miracles accomplis par ces saints et l’extension de leur culte, un sanctuaire qui leur est dédié à l’ouest de Turin, m’ont incité à entreprendre ce travail. Pour que vous puissiez lire avec plus de confiance ce que je vais écrire, je crois bon de mentionner les sources, ou plutôt les documents, d’où proviennent ces informations. Je suis d’autant plus obligé de le faire que quelques auteurs, très estimés à d’autres titres, ont mis en doute les actes qui contiennent les faits se rapportant à cette glorieuse famille. Je crois que ces écrivains n’ont pas fait les recherches nécessaires pour s’assurer de la vérité des faits qu’ils ont entrepris d’exposer. Nous citerons donc les principaux auteurs qui peuvent être consultés par ceux qui désirent s’instruire sur ce sujet.

Le Martyrologe et le Bréviaire romain rapportent leurs belles actions à la date du 19 janvier.

Molanus, Belinus, Maurilius, et Bède l’écrivain du huitième siècle, et d’autres parlent de ces saints, fixant leur fête au 20 janvier.

Usuard, Raban Maur, Vot-Kero, le Martyrologe d’Adonis, écrivain du Xe siècle ; le Martyrologe de saint Jérôme, jugé du Ve siècle, et de nombreux manuscrits la célèbrent le 15 du même mois.

Lorenzo Surio rapporte les actes du martyre de cette sainte famille au 14 février, tandis qu’il parle de saint Valentin.

Le cardinal Baronius rapporte aussi divers traits des actes de nos saints dans le tome 2 de l’année 270.

Les Bollandistes, au 19 janvier, traitent copieusement du culte de saint Abaque et de ses compagnons martyrs. Après avoir soigneusement examiné les actes du martyre et les documents qui en donnent la mémoire, ils concluent : Quae hic damus, fide dignissima ducimus, les choses que nous allons rapporter, nous les jugeons les plus dignes de la foi.

En outre, avant de commencer le récit, il est bon que je note quelques autres choses.

Les auteurs qui parlent de ces martyrs rapportent leur fête à des époques différentes, et cela vient de ce que les uns rendent solennelle leur fête le jour de leur mort, d’autres le jour de leur sépulture, d’autres enfin le jour où leurs reliques ont été transportées ailleurs du lieu de leur sépulture primitive.

Il convient également de noter que saint Abacus est appelé par ces auteurs sous des noms quelque peu variés. Il est appelé Abaco, Ambaco, Abacum et Abacuc ; et cela vient de ce que ce nom persan a été diversement prononcé par les auteurs qui l’ont écrit dans d’autres langues. Mais le nom adopté par l’Église catholique est celui d’Abacus ; comme il ressort de la cérémonie du 19 janvier fixée pour la commémoration de cette glorieuse famille.

Enfin, saint Abacus fut martyrisé à un très jeune âge, et ses actes sont de même nature que ceux de ses parents et de son frère, qui furent simultanément couronnés du martyre.

Que la religion chrétienne qui dans les temps les plus calamiteux a eu tant de héros qui ont consacré leur esprit, leurs biens et leur vie pour la foi, ait parmi nous des fidèles qui, s’ils n’ont pas l’occasion de donner leur vie pour la foi, soient au moins des disciples fidèles de ce même Évangile qui, dans les temps primitifs, a été soutenu par le sang de ces glorieux héros, que nous invoquons maintenant et qui nous protègent du ciel.

Un nouvel évêque pour la Fidélité Catholique
par Mgr Williamson

 
À « Rome » on ne veut pas veiller sur les agneaux ? 
Alors gardons la Foi près de pasteurs loyaux !

LA NOUVELLE ANNÉE commence, et il est prévu d’ordonner un nouveau prêtre pour la Tradition catholique sur l’île d’Émeraude, par un évêque qui est bien connu dans ce pays comme prêtre, mais pas comme évêque. Le fait est qu’il a été consacré en privé il y a presque deux ans, en janvier 2021, alors que la fausse crise du Covid battait son plein, avec toutes les restrictions concernant les déplacements. Il était alors envisageable que l’Eire puisse être complètement coupée de l’Angleterre pour une durée indéterminée, et alors, qu’est ce qui aurait continué à protéger, au Pays des Saints et des Savants, ces catholiques qui ont compris les dangers qui existent contre leur Foi, qu’ils viennent de la Néo-église ou de la Néo-Fraternité Saint Pie X ? Ces catholiques-ci ne sont sans doute pas nombreux, mais ils ont pour l’avenir de l’Église une importance rare à cause de leur rare compréhension de l’immuable Foi catholique. Cette précieuse consécration aurait pu rester inconnue plus longtemps, mais les circonstances semblent devenir de plus en plus contraires à la Tradition catholique. 

Continuer la lecture de « Un nouvel évêque pour la Fidélité Catholique par Mgr Williamson »

Le Désiré de toutes les nations
Message de S. Exc. Mgr Carlo Maria Viganò à l’occasion de la fin de l’année civile

En ces dernières heures qui marquent la conclusion de l’année civile, chacun de nous se prépare à participer aux services solennels par lesquels l’Église élève à la divine Majesté les louanges d’action de grâce du Te Deum.

Te Deum laudamus : te Dominum confitemur. Nous te louons, ô Dieu : nous te proclamons Seigneur. Dans ce pluriel, nous percevons la voix auguste de l’Épouse de l’Agneau, parée des joyaux précieux des Sacrements et des pierres les plus précieuses de sa couronne royale : le très auguste Sacrement de l’Autel, le Sacrosaint Sacrifice de la Messe et l’Ordre sacerdotal. Et c’est devant le Saint Sacrement que tous, debout comme il sied à des vainqueurs avec le Christ au jour du triomphe, nous rendons grâce à Dieu pour l’année qui s’achève.

Regardons donc ce pour quoi nous devons rendre grâce à la Très Sainte Trinité.

Remercions le Seigneur Dieu de nous avoir punis de notre tiédeur, de nos silences, de notre inclination au compromis, de nos hypocrisies, de notre soumission à l’esprit du monde et aux erreurs des idéologies dominantes.

Continuer la lecture de « Le Désiré de toutes les nations Message de S. Exc. Mgr Carlo Maria Viganò à l’occasion de la fin de l’année civile »

8 décembre
L’Immaculée Conception
de la Très Sainte Vierge

Dom Guéranger
L’Année liturgique ~8 décembre

8 décembre
L’Immaculée Conception
de la Très Sainte Vierge

Introduction
Vêpres
Messe
Autres liturgies

Enfin, l’aurore du Soleil tant désiré brille aux extrémités du ciel,   tendre et radieuse. L’heureuse Mère du Messie devait naître avant le Messie lui-même ; et ce jour est celui de la Conception de Marie. La terre possède déjà un premier gage des célestes miséricordes ; le Fils de l’homme est à la porte. Deux vrais Israélites, Joachim et Anne, nobles rejetons de la famille de David, voient enfin, après une longue stérilité, leur union rendue féconde par la toute-puissance divine. Gloire au Seigneur qui s’est souvenu de ses promesses, et qui daigne, du haut du ciel, annoncer la fin du déluge de l’iniquité, en envoyant à la terre la blanche et douce colombe qui porte la nouvelle de paix !

La fête de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge est la plus solen­nelle de toutes celles que l’Église célèbre au saint temps de l’Avent ; et s’il était nécessaire que la première partie du Cycle présentât la commé­moration de quelqu’un des Mystères de Marie, il n’en est aucun dont l’objet pût offrir de plus touchantes harmonies avec les pieuses préoc­cupations de l’Église en cette mystique saison de l’attente. Célébrons donc avec joie cette solennité ; car la Conception de Marie présage la prochaine naissance de Jésus.

L’intention de l’Église, dans cette fête, n’est pas seulement de célébrer l’anniversaire de l’instant fortuné auquel commença, au sein de la pieuse Anne, la vie de la très glorieuse Vierge Marie ; mais encore d’honorer le sublime privilège en vertu duquel Marie a été préservée de la tache originelle que, par un décret souverain et universel, tous les enfants d’Adam contractent au moment même où ils sont conçus dans le sein de leurs mères. La foi de l’Église catholique que nous avons entendu solennellement reconnaître comme révélée de Dieu même, au jour à jamais mémorable du huit décembre 1854, cette foi qu’a pro­clamée l’oracle apostolique, par la bouche de Pie IX, aux acclama­tions de la chrétienté tout entière, nous enseigne qu’au moment où Dieu a uni l’âme de Marie qu’il venait de créer au corps qu’elle devait animer, cette âme à jamais bénie, non seulement n’a pas contracté la souillure qui envahit à ce moment toute âme humaine, mais qu’elle a été remplie d’une grâce immense qui l’a rendue, dès ce moment, le miroir de la sainteté de Dieu même, autant qu’il est possible à un être créé.

Une telle suspension de la loi portée par la justice divine contre toute la postérité de nos premiers parents était motivée par le respect que Dieu porte à sa propre sainteté. Les rapports que Marie devait avoir avec la divinité même, étant non seulement la Fille du Père céleste, mais appelée à devenir la propre Mère du Fils, et le Sanctuaire ineffable de l’Esprit-Saint, ces rapports exigeaient que rien de souillé ne se ren­contrât, même un seul instant, dans la créature prédestinée à de si étroites relations avec l’adorable Trinité ; qu’aucune ombre n’eût jamais obscurci en Marie la pureté parfaite que le Dieu souverainement saint veut trouver même dans les êtres qu’il appelle à jouir au ciel de sa simple vue ; en un mot, comme le dit le grand Docteur saint Anselme : « Il était juste qu’elle fût ornée d’une pureté au-dessus de laquelle on n’en puisse concevoir de plus grande que celle de Dieu même, cette Vierge à qui Dieu le Père devait donner son Fils d’une manière si particulière que ce Fils deviendrait par nature le Fils commun et unique de Dieu et de la Vierge ; cette Vierge que le Fils devait élire pour en faire substan­tiellement sa Mère, et au sein de laquelle l’Esprit-Saint voulait opérer la conception et la naissance de Celui dont il procédait lui-même. [1] »

En même temps, les relations que le Fils de Dieu avait à contracter avec Marie, relations ineffables de tendresse et de déférence filiales, avant été éternellement présentes à sa pensée, elles obligent à conclure que le Verbe divin a ressenti pour cette Mère qu’il devait avoir dans le temps, un amour d’une nature infiniment supérieure à celui qu’il éprouvait pour tous les êtres créés par sa puissance. L’honneur de Marie lui a été cher au-dessus de tout, parce qu’elle devait être sa Mère, qu’elle l’était même déjà dans ses éternels et miséricordieux desseins. L’amour du Fils a donc protégé la Mère ; et si celle-ci, dans son humilité sublime, n’a repoussé aucune des conditions auxquelles sont soumises toutes les créatures de Dieu, aucune des exigences même de la loi de Moïse qui n’avait pas été portée pour elle, la main du Fils divin a abaissé pour elle l’humiliante barrière qui arrête tout enfant d’Adam venant en ce monde, et lui ferme le sentier de la lumière et de la grâce jusqu’à ce qu’il ait été régénéré dans une nouvelle naissance.

Le Père céleste ne pouvait pas faire moins pour la nouvelle Ève qu’il n’avait fait pour l’ancienne, qui fut établie tout d’abord, ainsi que le premier homme, dans l’état de sainteté originelle où elle ne sut pas se maintenir. Le Fils de Dieu ne devait pas souffrir que la femme à laquelle il emprunterait sa nature humaine eût à envier quelque chose à celle qui a été la mère de prévarication. L’Esprit-Saint, qui devait la couvrir de son ombre et la rendre féconde par sa divine opération, ne pouvait pas permettre que sa Bien-Aimée fût un seul instant maculée de la tache honteuse avec laquelle nous sommes conçus. La sentence est universelle ; mais une Mère de Dieu devait en être exempte. Dieu auteur de la loi, Dieu qui a posé librement cette loi, n’était-il pas le maître d’en affranchir celle qu’il avait destinée à lui être unie en tant de manières ? Il le pouvait, il le devait : il l’a donc fait.

Et n’était-ce pas cette glorieuse exception qu’il annonçait lui-même au moment où comparurent devant sa majesté offensée les deux prévarica­teurs dont nous sommes tous issus ? La promesse miséricordieuse descendait sur nous dans l’anathème qui tombait sur le serpent. « J’établirai moi-même, disait Jéhovah, une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et son fruit ; et elle-même t’écrasera la tête. » Ainsi, le salut était annoncé à la famille humaine sous la forme d’une victoire contre Satan ; et cette victoire, c’est la Femme qui la devait remporter pour nous tous. Et que l’on ne dise pas que ce sera le fils de la femme qui la remportera seul, cette victoire : le Seigneur nous dit que l’inimitié de la femme contre le serpent sera personnelle, et que, de son pied vainqueur, elle brisera la tête de l’odieux reptile ; en un mot, que la nouvelle Ève sera digne du nouvel Adam, triomphante comme lui ; que la race humaine un jour sera vengée, non seulement par le Dieu fait homme, mais aussi par la Femme miraculeusement soustraite à toute atteinte du péché ; en sorte que la création primitive dans la sainteté et la justice [2] reparaîtra en elle, comme si la faute primitive n’avait pas été commise.

Relevez donc la tête, enfants d’Adam, et secouez vos chaînes. Aujour­d’hui, l’humiliation qui pesait sur vous est anéantie. Voici que Marie, qui est votre chair et votre sang, a vu reculer devant elle le torrent du péché qui entraîne toutes les générations : le souffle du dragon infernal s’est détourné pour ne pas la flétrir ; la dignité première de votre origine est rétablie en elle. Saluez donc ce jour fortuné où la pureté première de votre sang est renouvelée : la nouvelle Ève est produite ; et de son sang qui est aussi le vôtre, moins le péché, elle va vous donner, sous peu d’heures, le Dieu-homme qui procède d’elle selon la chair, comme il sort de son Père par une génération éternelle.

Et comment n’admirerions-nous pas la pureté incomparable de Marie dans sa conception immaculée, lorsque nous entendons, dans le divin Cantique, le Dieu même qui l’a ainsi préparée pour être sa Mère, lui dire avec l’accent d’une complaisance toute d’amour : « Vous êtes toute belle, ma bien-aimée, et il n’y a en vous aucune tache ? [3] » C’est le Dieu de toute sainteté qui parle ; son œil qui pénètre tout ne décou­vre en Marie aucune trace, aucune cicatrice du péché ; voilà pourquoi il se conjoint avec elle, et la félicite du don qu’il a daigné lui faire. Après cela, nous étonnerons-nous que Gabriel, descendu des cieux pour lui apporter le divin message, soit saisi d’admiration à la vue de cette pureté dont le point de départ a été si glorieux et les accroisse­ments sans limites ; qu’il s’incline profondément devant une telle merveille, et qu’il dise : « Salut, ô Marie, pleine de grâce ! » Gabriel mène sa vie immortelle au centre de toutes les magnificences de la création, de toutes les richesses du ciel ; il est le frère des Chérubins et des Séra­phins, des Trônes et des Dominations ; son regard parcourt éternelle­ment ces neuf hiérarchies angéliques où la lumière et la sainteté resplendissent souverainement, croissant toujours de degré en degré ; mais voici qu’il a rencontré sur la terre, dans une créature d’un rang inférieur aux anges, la plénitude de la grâce, de cette grâce qui n’a été donnée qu’avec mesure aux Esprits célestes, et qui repose en Marie depuis le premier instant de sa création. C’est la future Mère de Dieu toujours sainte, toujours pure, toujours immaculée.

Cette vérité révélée aux Apôtres par le divin Fils de Marie, recueillie dans l’Église, enseignée par les saints Docteurs, crue avec une fidélité toujours plus grande par le peuple chrétien, était contenue dans la notion même d’une Mère de Dieu. Croire Marie Mère de Dieu, c’était déjà croire implicitement que celle en qui devait se réaliser ce titre sublime n’avait jamais rien eu de commun avec le péché, et que nulle exception n’avait pu coûter à Dieu pour l’en préserver. Mais désormais l’honneur de Marie est appuyé sur la sentence explicite qu’a dictée l’Esprit-Saint. Pierre a parlé par la bouche de Pie IX ; et lorsque Pierre a parlé, tout fidèle doit croire ; car le Fils de Dieu a dit : « J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille jamais [4] » ; et il a dit aussi : « Je vous enverrai l’Esprit de vérité qui demeurera avec vous à jamais, et vous fera souvenir de tout ce que je vous avais enseigné. [5] »

Le symbole de notre foi a donc acquis, non une vérité nouvelle, mais une nouvelle lumière sur la vérité qui était auparavant l’objet de la croyance universelle. En ce jour, le serpent infernal a senti de nouveau la pression victorieuse du pied de la Vierge-mère, et le Seigneur a daigné nous donner le gage le plus signalé de ses miséricordes. Il aime encore cette terre coupable ; car il a daigné l’éclairer tout entière d’un des plus beaux rayons de la gloire de sa Mère. N’a-t-elle pas tressailli, cette terre ? N’a-t-elle pas ressenti à ce moment un enthousiasme que notre génération n’oubliera jamais ? Quelque chose de grand s’accomplissait à cette moitié du siècle ; et nous attendrons désormais les temps avec plus de confiance, puisque si l’Esprit-Saint nous avertit de craindre pour les jours où les vérités diminuent chez les enfants des hommes, il nous dit assez par là que nous devons regarder comme heureux les jours où les vérités croissent pour nous en lumière et en autorité.

En attendant l’heure de la proclamation solennelle du grand dogme, la sainte Église le confessait chaque année, en célébrant la fête d’aujourd’hui. Cette fête n’était pas appelée, il est vrai, la Conception immaculée, mais simplement la Conception de Marie. Toutefois, le fait de son institution et de sa célébration exprimait déjà suffisamment la croyance de la chrétienté. Saint Bernard et l’Angélique Docteur saint Thomas s’accordent à enseigner que l’Église ne peut pas célébrer la fête de ce qui n’est pas saint ; la Conception de Marie fut donc sainte et immaculée, puisque l’Église, depuis tant de siècles, l’honore d’une fête spéciale. La Nativité de Marie est l’objet d’une solennité dans l’Église, parce que Marie naquit pleine de grâce ; si donc le premier instant de son existence eût été marqué par la flétrissure commune, sa Concep­tion n’aurait pu être l’objet d’un culte. Or, il est peu de fêtes plus générales et mieux établies dans l’Église que celle que nous célébrons aujourd’hui.

L’Église grecque, héritière plus prochaine des pieuses traditions de l’Orient, la célébrait déjà au 6e siècle, comme on le voit par le Type ou cérémonial de saint Sabbas. En Occident nous la trouvons établie dès le 8e siècle, dans l’Église gothique d’Espagne. Un célèbre calendrier gravé sur le marbre, au 9e siècle, pour l’usage de l’Église de Naples, nous la montre déjà instituée à cette époque. Paul Diacre, secrétaire de Charlemagne, puis moine au Mont-Cassin, célébrait le mystère de l’Immaculée-Conception dans une Hymne remarquable, que nous donnerons tout à l’heure, d’après les manuscrits du Mont-Cassin, de Subiaco et de Bénévent. En 1066, la fête s’établissait en Angleterre à la suite d’un prodige opéré sur mer en faveur du pieux abbé Helsin, et bientôt elle s’étendait dans cette île par les soins du grand saint Anselme, moine et archevêque de Cantorbéry ; de là elle passait en Normandie, et prenait possession du sol français. Nous la trouvons en Allemagne sanctionnée dans un concile présidé, en 1049, par saint Léon IX ; dans la Navarre, en 1090, à l’abbaye d’Irach ; en Belgique, à Liège, en 1142. C’est ainsi que toutes les Églises de l’Occident rendaient tour à tour témoignage au mystère, en acceptant la fête qui l’exprimait.

Enfin, l’Église de Rome l’adopta elle-même, et par son concours vint rendre plus imposant encore ce concert de toutes les Églises. Ce fut Sixte IV qui, en 1476, rendit le décret qui instituait la fête de la Conception de Notre-Dame dans la ville de saint Pierre. Au siècle suivant, en 1568, saint Pie V publiait l’édition universelle du Bréviaire Romain ; on y voyait cette fête inscrite au calendrier, comme l’une des solennités chrétiennes qui doivent chaque année réunir les vœux des fidèles. Rome n’avait pas déterminé le mouvement de la piété catholi­que envers le mystère ; elle le sanctionnait de son autorité liturgique, comme elle l’a confirmé, dans ces derniers temps, de son autorité doctrinale.

Les trois grands États de l’Europe catholique, l’Empire d’Allemagne, la France et l’Espagne, se signalèrent, chacun à sa manière, par les mani­festations de leur piété envers Marie immaculée dans sa Concep­tion. La France, par l’entremise de Louis XIV, obtint de Clément IX que la fête serait célébrée avec Octave dans le royaume : faveur qui fut bientôt étendue à l’Église universelle par Innocent XII. Déjà, depuis des siècles, la Faculté de théologie de Paris astreignait tous ses Docteurs à prêter serment de soutenir le privilège de Marie, et elle maintint cette pieuse pratique jusqu’à son dernier jour.

L’empereur Ferdinand III, en 1647, fit élever sur la grande place de Vienne une splendide colonne couverte d’emblèmes et de figures qui sont autant de symboles de la victoire que Marie a remportée sur le péché, et surmontée de la statue de notre Reine immaculée, avec cette pompeuse et catholique inscription :

Au Dieu très bon et très grand,
Monarque du ciel et de la terre,
Par qui règnent les rois ;
À la Vierge Mère de dieu,
Immaculée dans sa conception.
Par qui les princes commandent,
Que l’Autriche a choisie avec amour
Pour souveraine et patronne,
Ferdinand III Auguste
Confie, donne, consacre soi-même,
Ses enfants, ses peuples, ses armées,
Ses provinces,
Enfin tout ce qu’il possède,
Et érige pour accomplir un vœu
Cette statue,
En souvenir éternel.

L’Espagne dépassa tous les États catholiques par son zèle pour le privi­lège de Marie. Dès l’année 1398, Jean Ier, roi d’Aragon, donnait une charte solennelle pour mettre sa personne et son royaume sous la protection de Marie conçue sans péché. Plus tard, les rois Philippe III et Philippe IV faisaient partir pour Rome des ambassades qui sollici­taient en leur nom la solennelle décision que le ciel, dans sa miséri­corde, avait réservée pour nos temps. Charles III, au siècle dernier, obtenait de Clément XIII que la Conception immaculée devînt la fête patronale des Espagnes. Les habitants du royaume Catholique inscri­vaient sur la porte ou sur la façade de leurs maisons la louange du privilège de Marie ; ils se saluaient en le prononçant dans une formule touchante. Marie de Jésus, abbesse du monastère de l’Immaculée-Conception d’Agréda, écrivait son livre de la Cité mystique de Dieu, dans lequel Murillo s’inspirait pour produire le chef-d’œuvre de la peinture espagnole.

Mais il ne serait pas juste d’omettre, dans cette énumération des hommages rendus à Marie immaculée, la part immense qu’a eue l’Ordre Séraphique au triomphe terrestre de cette auguste Souveraine de la terre et des cieux. Le pieux et profond docteur Jean Duns Scot, qui le premier sut assigner au dogme de la Conception immaculée le rang qu’il occupe dans la divine théorie de l’Incarnation du Verbe, ne mérite-t-il pas d’être nommé aujourd’hui avec l’honneur qui lui est dû ? Et toute l’Église n’a-t-elle pas applaudi à l’audience sublime que reçut du Pontife la grande famille des Frères-Mineurs, au moment où toutes les pompes de la solennelle proclamation du dogme paraissant accomplies, Pie IX y mit le dernier sceau en acceptant des mains de l’Ordre de Saint-François l’hommage touchant et les actions de grâces que lui offrait l’école scotiste, après quatre siècles de savants travaux en faveur du privilège de Marie ?

En présence de cinquante-quatre cardinaux, de quarante-deux archevê­ques et de quatre-vingt-douze évêques, sous les regards d’un peuple immense qui remplissait le plus vaste temple de l’univers, et avait joint sa voix pour implorer la présence de l’Esprit de vérité, le Vicaire du Christ venait de prononcer l’oracle attendu depuis des siècles ; le divin sacrifice avait été offert par lui sur la Confession de saint Pierre ; la main du Pontife avait orné d’un splendide diadème l’image de la Reine immaculée ; porté sur son trône aérien et le front ceint de la triple couronne, il était arrivé près du portique de la basili­que. Là, prosternés à ses pieds, les deux représentants du Patriar­che Séraphique arrêtèrent sa marche triomphale. L’un présentait une branche de lis en argent : c’était le Général des Frères-Mineurs de l’Observance ; une tige de rosier chargée de ses fleurs, de même métal, brillait aux mains du second : c’était le Général des Frères-Mineurs Conventuels. Lis et roses, fleurs de Marie, pureté et amour symbolisés dans cette offrande que rehaussait la blancheur de l’argent, pour rappeler le doux éclat de l’astre sur lequel se réfléchit la lumière du soleil : car Marie « est belle comme la lune », nous dit le divin Canti­que [6]. Le Pontife ému daigna accepter le don de la famille Franciscaine, de qui l’on pouvait dire en ce jour, comme de l’étendard de notre héroïne française, « qu’ayant été à la lutte, il était juste qu’elle fût aussi au triomphe. » Et ainsi se terminèrent les pompes si imposan­tes de cette grande matinée du huit décembre 1854.

C’est ainsi que vous avez été glorifiée sur la terre en votre Conception Immaculée, ô vous la plus humble des créatures ! Mais comment les hommes ne mettraient-ils pas toute leur joie à vous honorer, divine aurore du Soleil de justice ? Ne leur apportez-vous pas, en ces jours, la nouvelle de leur salut ? N’êtes-vous pas, ô Marie, cette radieuse espé­rance qui vient tout d’un coup briller au sein même de l’abîme de la désolation ? Qu’allions-nous devenir sans le Christ qui vient nous sauver ? et vous êtes sa Mère à jamais chérie, la plus sainte des créatures de Dieu, la plus pure des vierges, la plus aimante des mères !

Ô Marie ! que votre douce lumière réjouit délicieusement nos yeux fatigués ! De génération en génération, les hommes se succédaient sur la terre ; ils regardaient le ciel avec inquiétude, espérant à chaque instant voir poindre à l’horizon l’astre qui devait les arracher à l’horreur des ténèbres ; mais la mort avait fermé leurs yeux, avant qu’ils eussent pu seulement entrevoir l’objet de leurs désirs. Il nous était réservé de voir votre lever radieux, ô brillante Étoile du matin ! vous dont les rayons bénis se réfléchissent sur les ondes de la mer, et lui apportent le calme après une nuit d’orages ! Oh ! préparez nos yeux à contempler l’éclat vainqueur du divin Soleil qui marche à votre suite. Préparez nos cœurs ; car c’est à nos cœurs qu’il veut se révéler. Mais, pour mériter de le voir, il est nécessaire que nos cœurs soient purs ; purifiez-les, ô vous, l’Immaculée, la très pure ! Entre toutes les fêtes que l’Église a consacrées à votre honneur, la divine Sagesse a voulu que celle de votre Conception sans tache se célébrât dans ces jours de l’avent, afin que les enfants de l’Église, songeant avec quelle divine jalousie le Seigneur a pris soin d’éloigner de vous tout contact du péché, par honneur pour Celui dont vous deviez être la Mère, ils se préparassent eux-mêmes à le recevoir par le renoncement absolu à tout ce qui est péché et affection au péché. Aidez-nous, ô Marie ! à opérer ce grand changement. Détruisez en nous, par votre Conception Immaculée,

les racines de la cupidité, éteignez les flammes de la volupté, abaissez les hauteurs de la superbe. Souvenez-vous que Dieu ne vous a choisie pour son habitation, qu’afin de venir ensuite faire sa demeure en chacun de nous.

Ô Marie ! Arche d’alliance, formée d’un bois incorruptible, revêtue de l’or le plus pur, aidez-nous à correspondre aux desseins ineffables du Dieu qui, après s’être glorifié dans votre pureté incomparable, veut maintenant se glorifier dans notre indignité, et ne nous a arrachés au démon que pour faire de nous son temple et sa demeure la plus chère. Venez à notre aide, ô vous qui, par la miséricorde de votre Fils, n’avez jamais connu le péché ! et recevez en ce jour nos hommages. Car vous êtes l’Arche de Salut qui surnage seule sur les eaux du déluge universel ; la blanche Toison rafraîchie par la rosée du ciel, pendant que la terre entière demeure dans la sécheresse ; la Flamme que les grandes eaux n’ont pu éteindre ; le Lis qui fleurit entre les épines ; le Jardin fermé au serpent infernal ; la Fontaine scellée, dont la limpidité ne fut jamais troublée ; la Maison du Seigneur, sur laquelle ses yeux sont ouverts sans cesse, et dans laquelle rien de souillé ne doit jamais entrer ; la Cité mystique dont on raconte tant de merveilles [7]. Nous nous plaisons à redire vos titres d’honneur, ô Marie ! car nous vous aimons ; et la gloire de la Mère est celle des enfants. Continuez de bénir et de protéger ceux qui honorent votre auguste privilège, vous qui êtes conçue en ce jour ; et bientôt naissez, concevez l’Emmanuel, enfantez-le et montrez-le à notre amour.

Aux premières vêpres

Les cinq psaumes que l’Église chante dans cet office sont ceux avec lesquels elle a coutume de célébrer les vêpres dans les solennités de Marie.

Le premier rappelle la Royauté, le Sacerdoce et la suprême Judicature du Christ, Fils de Dieu et fils de Marie : c’est annoncer déjà la haute dignité, l’incomparable pureté de celle qui doit le donner au monde.

1. Ant. Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tâche originelle n’est point en vous.

Psaume 109

Celui qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, et régnez avec moi ;

Jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.

Ô Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force : c’est de là que vous partirez, pour dominer au milieu de vos ennemis.

La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai en­gendré de mon sein avant l’aurore.

Le Seigneur l’a juré, et sa parole est sans repentir : Il a dit en vous parlant : Dieu-homme, vous êtes Prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisédech.

Ô Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite ; c’est lui qui au jour de sa colère viendra juger les rois.

Il jugera aussi les nations : dans cet avènement terrible, il consom­mera la ruine du monde et brisera contre terre la tête de plusieurs.

Maintenant, il vient dans l’humilité ; il s’abaissera pour boire l’eau du torrent des afflictions ; mais c’est pour cela même qu’un jour il élèvera la tête.

1. Ant. Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache originelle n’est point en vous.

2. Ant. Votre vêtement est blanc comme la neige, et votre visage éclatant comme le soleil.

Le second psaume célèbre la grandeur de Dieu, et en même temps nous le montre attentif à considérer les cœurs humbles du haut du ciel. L’humilité de Marie l’a attiré en elle, et il l’a établie Reine de l’univers. Elle est demeurée vierge, et le Seigneur l’a faite mère d’une famille innombrable.

Psaume 112

Serviteurs du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.

Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd’hui et jusque dans l’éternité.

De l’aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.

Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations ; sa gloire est par-delà les cieux.

Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ? C’est de là qu’il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles dans le ciel et sur la terre.

C’est de là qu’il soulève de terre l’indigent, qu’il élève le pauvre de dessus le fumier, où il languissait ;

Pour le placer avec les princes, avec les princes même de son peuple.

C’est lui qui fait habiter pleine de joie dans sa maison celle qui auparavant fut stérile, et qui maintenant est mère de nombreux enfants.

2. Ant. Votre vêtement est blanc comme la neige, et votre visage éclatant comme le soleil.

3. Ant. Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d’Israël, l’honneur de notre peuple.

Le troisième psaume chante la gloire de Jérusalem, Cité de Dieu ; Marie, demeure du Très-Haut, était figurée par cette cité bénie. C’est en elle, en l’admiration que font naître ses grandeurs, en la confiance qu’inspire que se réunissent les enfants est la Cité de Dieu.

Psaume 121

Je me suis réjoui quand on m’a dit : Nous irons vers Marie, la maison du Seigneur.

Nos pieds se sont fixés dans tes parvis, ô Jérusalem ! notre cœur dans votre amour, ô Marie !

Marie, semblable à Jérusalem, est bâtie comme une Cité : tous ceux qui habitent dans son amour sont unis et liés ensemble.

C’est en elle que se sont donné rendez-vous les tribus du Seigneur, selon l’ordre qu’il en a donné à Israël, pour y louer le Nom du Seigneur.

Là, sont dressés les sièges de la justice, les trônes de la maison de David ; et Marie est la fille des Rois.

Demandez à Dieu par Marie la paix pour Jérusalem : que tous les biens soient pour ceux qui t’aiment, ô Église !

Voix de Marie : Que la paix règne sur tes remparts, ô nouvelle Sion ! et l’abondance dans tes forteresses.

Moi, fille d’Israël, je prononce sur toi des paroles de paix, à cause de mes frères et de mes amis qui sont au milieu de toi.

Parce que tu es la maison du Seigneur notre Dieu, j’ai appelé sur toi tous les biens.

3. Ant. Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d’Israël, l’honneur de notre peuple.

4. Ant Vous êtes bénie, ô vierge Marie, par le Seigneur Dieu Très-Haut, plus que toutes les femmes de la terre.

Le psaume suivant est employé dans l’Office de la Sainte Vierge à cause de l’allusion qu’il fait à une Maison que Dieu même a bâtie, à une Cité dont il se fait le gardien. Marie est cette Maison que Dieu a construite pour lui-même, cette Cité qu’il a protégée contre toute insulte de l’ennemi.

Psaume 126

Si le Seigneur ne bâtit la Maison, en vain travaillent ceux qui la bâtissent.

Si le Seigneur ne garde la Cité, inutilement veilleront ses gardiens.

En vain vous vous lèveriez avant le jour : mais levez-vous après le repos, vous qui mangez le pain de la douleur.

Le Seigneur donnera un sommeil tranquille à ceux qu’il aime : des fils, voilà l’héritage que le Seigneur leur destine ; le fruit des entrailles, voilà leur récompense.

Comme des flèches dans une main puissante, ainsi seront les fils de ceux que l’on opprime.

Heureux l’homme qui en a rempli son désir ! il ne sera pas con­fon­du, quand il parlera à ses ennemis aux portes de la ville.

4. Ant. Vous êtes bénie, ô Vierge Marie, par le seigneur Dieu Très-Haut, plus que toutes les femmes de la terre.

5. Ant. Attirez-nous, Vierge immaculée ; nous courrons sur vos pas, à l’odeur de vos parfums.

C’est encore Marie, Cité mystique de Dieu, que l’Église a en vue dans le choix qu’elle a fait aujourd’hui du beau psaume suivant. Le Seigneur, en ce jour, a fortifié les portes de sa Cité chérie ; l’ennemi n’a pu y péné­trer. Dieu devait ce secours à celle par qui il a envoyé son Verbe à la terre.

Psaume 147

Marie, vraie Jérusalem, chantez le Seigneur : Marie, sainte Sion, chantez votre Dieu.

C’est lui qui fortifie contre le péché les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.

Il a placé la paix sur vos frontières ; il vous nourrit de la fleur du froment, Jésus, le Pain de vie.

Il envoie par vous son Verbe à la terre ; sa Parole parcourt le monde avec rapidité.

Il donne la neige comme des flocons de laine : il répand les frimas comme la poussière.

Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger : qui pourra résister devant le froid que son souffle répand ?

Mais bientôt il envoie son Verbe en Marie ; et cette glace si dure se fond à sa chaleur : l’Esprit de Dieu souffle, et les eaux repren­nent leur cours.

Il a donné son Verbe à Jacob, sa loi et ses jugements à Israël.

Jusqu’aux jours où nous sommes, il n’avait point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur avait pas manifesté ses décrets.

5. Ant. Attirez-nous, Vierge immaculée ; nous courrons sur vos pas, à l’odeur de vos parfums.

Le Capitule est un passage du livre des Proverbes de Salomon, dans lequel on entend la divine Sagesse, le Fils de Dieu, déclarer l’éternité du dessein de l’Incarnation. L’Église met aujourd’hui ces mêmes paroles dans la bouche de Marie, parce que cette créature privilégiée a été décrétée comme Mère de l’Homme-Dieu, avant tous les temps.

Capitule (Prov. 8)

Le Seigneur m’a possédée, dès le commencement de ses voies, avant qu’il créât aucune chose au commencement. J’ai été établi dès l’éternité, et de toute antiquité, avant que la terre fût créée. Les abîmes n’étaient pas encore, et déjà j’étais conçue.

L’Hymne est cet antique chant de la catholicité, qui s’étend à toutes les fêtes de Marie : cantique de confiance et de tendresse et d’une incom­parable fraîcheur, que les vierges sacrées aiment à faire retentir sous l’abri mystique du cloître, et le nautonnier chrétien au milieu des mugissements de la tempête.

Hymne

Ave, maris Stella,
Dei Mater alma,
Atque semper Virgo,
Felix cœli porta. Sumens illud
Ave Gabrielis ore,
Funda nos in pace,
Mutans Evae nomen. Solve vincla reis,
Profer lumen caecis,
Mala nostra pelle,
Bona cuncta posce. Monstra te esse Matrem,
Sumat per te preces,
Qui pro nobis natus,
Tulit esse tuus. Virgo singularis,
Inter omnes mitis,
Nos culpis solutos
Mites fac et castos. Vitam praesta puram,
Iter para tutum;
Ut videntes Jesum,
Semper collaetemur. Sit laus Deo Patri,
Summo Christo decus,
Spiritui Sancto,
Tribus honor unus. Amen.
Salut, astre des mers,
Mère de Dieu féconde !
Salut, ô toujours Vierge,
Porte heureuse du ciel ! Vous qui de Gabriel
Avez reçu l’Ave,
Fondez-nous dans la paix,
Changez le nom d’Eva. Délivrez les captifs.
Éclairez les aveugles,
Chassez loin tous nos maux,
Demandez tous les biens. Montrez en vous la Mère ;
Vous-même offrez nos vœux
Au Dieu qui, né pour nous,
Voulut naître de vous. Ô Vierge incomparable,
Vierge douce entre toutes ;
Affranchis du péché,
Rendez-nous doux et chastes. Donnez vie innocente,
Et sûr pèlerinage,
Pour qu’un jour soit Jésus
Notre liesse à tous. Louange à Dieu le Père,
Gloire au Christ souverain ;
Louange au Saint-Esprit ;
Aux trois un même honneur. Amen.

V/. C’est aujourd’hui la Conception immaculée de la sainte Vierge Marie,
R/. Qui, de son pied virginal, a brisé la tête du serpent.

Antienne de Magnificat

Toutes les générations m’appelleront bienheureuse ; car Celui qui est puissant a fait en moi de grandes choses. Alleluia.

Oraison

Ô Dieu, qui, par l’Immaculée Conception de la Vierge, avez préparé une digne habitation à votre Fils, nous vous supplions, vous qui, en vue de la mort de ce même Fils, l’avez préservée de toute tache, de nous faire la grâce d’arriver jusqu’à vous purifiés par son intercession. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur, Amen.

On fait ensuite mémoire de l’avent, par l’antienne, le verset et l’oraison du temps.

À la messe

L’introït est un chant d’actions de grâces emprunté à Isaïe et à David. Marie célèbre les dons supérieurs dont Dieu l’a honorée et la victoire qu’il lui a donnée sur l’enfer.

Introït

Je me réjouirai dans le Seigneur, et mon âme tressaillera en mon Dieu ; car il m’a revêtue des vêtements du salut, et il m’a entourée d’une parure de sainteté comme une épouse ornée de ses joyaux. Ps. Je vous célébrerai, Seigneur, parce que vous m’avez protégée et que vous n’avez pas permis à mes ennemis de triompher de moi. Gloire au Père. Je me réjouirai.

La Collecte présente l’application morale du mystère. Marie a été préservée de la tache originelle, parce qu’elle devait être l’habitation du Dieu trois fois Saint. Que cette pensée nous engage à recourir à la bonté divine pour en obtenir la purification de nos âmes.

Collecte

Ô Dieu, qui, par l’Immaculée Conception de la Vierge, avez préparé une digne habitation à votre Fils, nous vous supplions, vous qui, en vue de la mort de ce même Fils, l’avez préservée de toute tache, de nous faire la grâce d’arriver jusqu’à vous purifiés par son intercession. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

On fait ici la mémoire de l’avent, par la collecte du dimanche précé­dent.

Épître

Lecture du livre de la Sagesse. Prov. 8

Le Seigneur m’a possédée au commencement de ses voies, avant qu’il créât aucune chose au commencement. J’ai été établie dès l’éternité et de toute antiquité, avant que la terre fût créée. Les abîmes n’étaient point encore, et déjà j’étais conçue ; les fontaines n’avaient point encore répandu leurs eaux ; la pesante masse des montagnes n’était pas encore formée : j’étais enfantée avant les collines : il n’avait point encore créé la terre, ni les fleuves, ni les pôles du monde. Lorsqu’il préparait les cieux, j’étais présente ; lorsqu’il environnait les abîmes de cette circonférence qui a de si justes proportions ; lorsqu’il affermissait l’air au-dessus de la terre, et qu’il pesait comme dans une balance les eaux des fontaines ; lorsqu’il renfermait la mer dans ses bornes, et qu’il imposait une loi aux eaux, afin qu’elles ne franchissent point leurs limites ; lorsqu’il fondait la terre sur son propre poids, j’étais avec lui et je réglais toutes choses. Je prenais plaisir chaque jour, me jouant sans cesse devant lui, me jouant dans l’univers ; et mes délices sont d’être avec les enfants des hommes. Maintenant donc, ô mes enfants ! écoutez-moi : Heureux ceux qui gardent mes voies ! Écoutez mes instructions, soyez sages, et ne les rejetez pas. Heureux celui qui m’écoute, qui veille tous les jours à l’entrée de ma maison, et qui se tient tout prêt à ma porte ! Celui qui m’aura trouvée trouvera la vie, et il puisera le salut dans le Seigneur.

L’Apôtre nous enseigne que Jésus, notre Emmanuel, est le premier-né de toute créature [8]. Ce mot profond signifie non seulement qu’il est, en tant que Dieu, éternellement engendré du Père ; mais il exprime encore que le Verbe divin, en tant qu’homme, est antérieur à tous les êtres créés. Cependant ce monde était sorti du néant, le genre humain habitait cette terre depuis déjà quatre mille ans, lorsque le Fils de Dieu s’unit à une nature créée. C’est donc dans l’intention éternelle de Dieu, et non dans l’ordre des temps, qu’il faut chercher cette antériorité de l’Homme-Dieu sur toute créature. Le Tout-Puissant a d’abord résolu de donner à son Fils éternel une nature créée, la nature humaine, et, par suite de cette résolution, de créer pour être le domaine de cet Homme-Dieu, tous les êtres spirituels et corporels. Voilà pourquoi la divine Sagesse, le Fils de Dieu, dans le passage de l’Écriture que l’Église nous propose aujourd’hui et que nous venons de lire, insiste sur sa préexistence à toutes les créatures qui forment cet univers. Comme Dieu, il est engendré de toute éternité au sein de son Père ; comme homme, il était dans la pensée de Dieu le type de toutes les créatures, avant qu’elles fussent sorties du néant. Mais le Fils de Dieu, pour être un homme de notre filiation, ainsi que l’exigeait le décret divin, devait naître dans le temps, et naître d’une Mère : cette Mère a donc été présente éternellement à la pensée de Dieu comme le moyen par lequel le Verbe prendrait la nature humaine ; le Fils et la Mère sont donc unis dans le même plan de l’Incarnation ; Marie était donc présente comme Jésus dans le décret divin, avant que la création sortît du néant. Voilà pourquoi, dès les premiers siècles du christianisme, la sainte Église a reconnu la voix de la Mère unie à celle du Fils dans ce sublime passage du livre sacré, et a voulu qu’on le lût dans l’assemblée des fidèles, ainsi que les autres passages analogues de l’Écriture, aux solennités de la Mère de Dieu. Mais si Marie importe à ce degré dans le plan éternel ; si, comme son fils, elle est, en un sens, avant toute créature, Dieu pouvait-il permettre qu’elle fût sujette à la flétrissure originelle encourue par la race humaine ? Sans doute, elle ne naîtrait qu’à son tour, ainsi que son fils, dans le temps marqué ; mais la grâce détournerait le cours du torrent qui entraîne tous les hommes, afin qu’elle n’en fût pas même touchée, et qu’elle transmît à son fils qui devait être aussi le Fils de Dieu, l’être humain primitif qui fut créé dans la sainteté et dans la justice.

Le Graduel est formé des éloges que les anciens de Béthulie adressèrent à Judith, après qu’elle eut frappé l’ennemi de son peuple. Judith est un des types de Marie qui a brisé la tête du serpent.

Le Verset alléluiatique applique à Marie les paroles du divin Cantique où l’Épouse de Dieu est déclarée toute belle et sans tache.

Graduel

Vous êtes bénie, ô Vierge Marie, par le Seigneur Dieu Très-Haut, plus que toutes les femmes qui sont sur la terre. V/. Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d’Israël, l’honneur de notre peuple. Alleluia, alleluia. V/. Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache originelle n’est point en vous. Alleluia.

Évangile

La suite du saint Évangile selon saint Luc. Chap. 1

En ce temps-là, l’ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, à une Vierge mariée à un homme de la maison de David, nommé Joseph, et le nom de la Vierge était Marie. Et l’Ange étant entré où elle était, lui dit : Salut, ô pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes.

Telle est la salutation qu’apporte à Marie l’Archange descendu du ciel. Tout y respire l’admiration et le plus humble respect. Le saint Évangile nous dit qu’à ces paroles la Vierge se sentit troublée, et qu’elle se demandait à elle-même ce que pouvait signifier une telle salutation. Les saintes Écritures en reproduisent plusieurs autres, et, comme le remar­quent les Pères, saint Ambroise, saint André de Crète, à la suite d’Origène, il n’en est pas une seule qui contienne de tels éloges. La Vierge prudente dut donc s’étonner d’être le sujet d’un langage si flatteur, et ainsi que le remarquent les auteurs de l’antiquité, elle dut penser au colloque du jardin entre Ève et le serpent. Elle se retrancha donc dans le silence, et attendit, pour répondre, que l’Archange eût parlé une seconde fois.

Néanmoins Gabriel avait parlé non seulement avec toute l’éloquence, mais avec toute la profondeur d’un Esprit céleste initié aux pensées divines ; et, dans son langage surhumain, il annonçait que le moment était venu où Ève se transformait en Marie. Une femme était devant lui, destinée aux plus sublimes grandeurs, une future Mère de Dieu ; mais, à cet instant solennel, Marie n’était encore qu’une fille des hommes. Or, dans ce premier état, mesurez la sainteté de Marie telle que Gabriel la décrit ; vous comprendrez alors que l’oracle divin du paradis terrestre a déjà reçu en elle son accomplissement.

L’Archange la proclame pleine de grâce. Qu’est-ce à dire ? sinon que la seconde femme possède en elle l’élément dont le péché priva la première. Et remarquez qu’il ne dit pas seulement que la grâce divine agit en elle, mais qu’elle en est remplie. « Chez d’autres réside la grâce, dit notre saint Pierre Chrysologue, mais en Marie habite la plénitude de la grâce. » En elle tout est resplendissant de la pureté divine, et jamais le péché n’a répandu son ombre sur sa beauté. Voulez-vous connaître la portée de l’expression angélique ? Demandez-la à la langue même dont s’est servi le narrateur sacré d’une telle scène. Les grammai­riens nous disent que le mot unique qu’il emploie dépasse encore ce que nous exprimons par « pleine de grâce ». Non seulement il rend l’état présent, mais encore le passé, mais une incorporation native de la grâce, mais son attribution pleine et complète, mais sa permanence totale. Il a fallu affaiblir le terme en le traduisant.

Que si nous cherchons un texte analogue dans les Écritures, afin de pénétrer les termes de la traduction au moyen d’une confrontation, nous pouvons interroger l’Évangéliste saint Jean. Parlant de l’humanité du Verbe incarné, il la caractérise d’un seul mot : il dit qu’elle est « pleine de grâce et de vérité ». Mais cette plénitude serait-elle réelle, si elle eût été précédée d’un moment où le péché tenait la place de la grâce ? Appellera-t-on plein de grâce, celui qui aurait eu besoin d’être purifié ? Sans doute il faut tenir compte respectueusement de la distance qui sépare l’humanité du Verbe incarné de la personne de Marie au sein de laquelle le Fils de Dieu a puisé cette humanité ; mais le texte sacré nous oblige à confesser que la plénitude de la grâce a régné proportionnellement dans l’une et dans l’autre.

Gabriel continue d’énumérer les richesses surnaturelles de Marie. « Le Seigneur est avec vous », lui dit-il. Qu’est-ce à dire ? sinon qu’avant même d’avoir conçu le Seigneur dans son chaste sein, Marie le possède déjà dans son âme. Or, ces paroles pourraient-elles subsister, s’il fallait entendre que cette société avec Dieu n’a pas été perpétuelle, qu’elle ne s’est établie qu’après l’expulsion du péché ? Qui oserait le dire ? Qui oserait le penser, lorsque le langage de l’Archange est d’une si haute gravité ? Qui ne sent ici le contraste entre Ève que le Seigneur n’habite plus, et la seconde femme qui, l’ayant reçu en elle comme Ève, dès le premier moment de son existence, l’a conservé par sa fidélité, étant demeurée telle qu’elle fut dès le commencement ?

Pour mieux saisir encore l’intention du discours de Gabriel qui vient déclarer l’accomplissement de l’oracle divin, et signale ici la femme promise pour être l’instrument de la victoire sur Satan, écoutons les dernières paroles de la salutation. « Vous êtes bénie entre les fem­mes » : qu’est-ce à dire ? sinon que depuis quatre mille ans toute femme ayant été sous la malédiction, condamnée à enfanter dans la douleur, voici maintenant l’unique, celle qui a toujours été dans la bénédiction, qui a été l’ennemie constante du serpent, et qui donnera sans douleur le fruit de ses entrailles.

La Conception immaculée de Marie est donc exprimée dans la saluta­tion que lui adresse Gabriel ; et nous comprenons maintenant le motif qui a porté la sainte Église à faire choix de ce passage de l’Évangile, pour le faire lire aujourd’hui dans l’assemblée des fidèles.

Après le chant triomphal du Symbole de la foi, le chœur entonne l’Offertoire ; il est formé des paroles de la Salutation de l’ange. Disons à Marie avec Gabriel : Vous êtes véritablement pleine de toute grâce.

Offertoire

Salut, ô Marie, pleine de grâce : le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes. Alleluia.

Secrète

Recevez, Seigneur, l’hostie de notre salut que nous vous offrons dans la solennité de la Conception immaculée de la bienheureuse Vierge Marie ; et de même que nous confessons qu’elle a été exempte de toute tache par votre grâce prévenante, ainsi daignez, par son intercession, nous délivrer de tous nos péchés commis. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

On fait mémoire de l’avent, par la secrète du dimanche précédent.

Préface

Dans son enthousiasme, l’Église ne se contente pas de la forme ordi­naire de l’Action de Grâces ; elle mêle aux accents de sa joie la mémoire glorieuse de la Mère de Dieu, dont la conception est le principe de son espérance, et annonce le lever prochain de la Lumière éternelle.

C’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, spécialement de vous louer, de vous bénir, de vous célébrer, en la Conception immaculée de la bien­heureuse Marie, toujours vierge. C’est elle qui a conçu votre Fils unique par l’opération du Saint-Esprit, et qui, sans rien perdre de la gloire de sa virginité, a donné au monde la Lumière éternelle, Jésus-Christ notre Seigneur : par qui les anges louent votre Majesté, les Dominations l’adorent, les Puissances la révèrent en tremblant, les Cieux et les Vertus des cieux, et les heureux Séra­phins la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s’unir à leurs voix, afin que nous puissions dire dans une humble confession : Saint ! Saint ! Saint !

Pendant la Communion, l’Église s’unit à David qui proclame dans un saint enthousiasme les gloires et les grandeurs de la Cité mystique de Dieu.

Communion

On a dit de vous des choses glorieuses, ô Marie ; car Celui qui est puissant a fait de grandes choses en votre faveur.

Postcommunion

Daignez faire, Seigneur notre Dieu, que les Mystères auxquels nous venons de participer guérissent en nous les blessures de ce péché dont vous avez si efficacement préservé la Conception immaculée de la bienheureuse Marie. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

On fait ici mémoire de l’avent, par la postcommunion du dimanche précédent.

Aux secondes vêpres

Les antiennes, les psaumes, le capitule, l’hymne et le verset sont les mêmes qu’aux premières vêpres.

Antienne de Magnificat

Aujourd’hui un rameau est sorti du tronc de Jessé : aujourd’hui Marie a été conçue sans aucune tache : aujourd’hui la tête de l’ancien serpent a été brisée par elle. Alleluia.

L’oraison comme aux premières vêpres.

Autres liturgies

Nous couronnerons cette journée par les poésies liturgiques que le mystère de l’Immaculée Conception de Marie a inspirées. Au premier rang, nous devons placer les belles strophes que Prudence a consacrées, dans son Hymne Ante cibum, à célébrer le triomphe de la femme sur le serpent. Dès le commencement du 5e siècle, ce chantre divin glorifiait Marie d’avoir vaincu tous les poisons du dragon infernal, parce qu’à elle était réservé l’honneur de la Maternité divine.

Hymne

Une nouvelle race est au moment de naître ; c’est un autre homme venu du ciel, non du limon de la terre comme le premier ; c’est un Dieu même revêtu de la nature humaine, mais exempt des imper­fections de la chair.

Le Verbe du Père s’est fait chair vivante ; rendue féconde par l’action divine, et non par les lois ordinaires de l’union conjugale, une jeune fille l’a conçu sans souillure, et va l’enfanter.

Une haine antique violente régnait entre le serpent et l’homme ; elle avait pour cause la victoire future de la femme. Aujourd’hui la promesse s’accomplit : sous le pied de la femme, la vipère se sent écrasée.

La Vierge qui a été digne d’enfanter un Dieu triomphe de tous les poisons. Repliant sur lui-même avec rage sa croupe tortueuse, le serpent désarmé revomit son virus impuissant sur le gazon verdâ­tre comme ses impurs anneaux.

Comment notre ennemi ne tremblerait-il pas, effrayé de la faveur divine envers l’humble troupeau ? Ce loup maintenant parcourt avec tristesse les rangs des brebis rassurées ; oublieux du carnage, il contient désormais sa gueule fameuse par tant de ravages.

Par un changement merveilleux, c’est désormais l’Agneau qui commande aux lions ; et la Colombe du ciel, dans son vol vers la terre, met en fuite les aigles cruels, en traversant les nuages et les tempêtes.

L’hymne suivante appartient au 8e siècle. Elle a pour auteur le célèbre Paul Diacre, d’abord secrétaire de Charlemagne, ensuite moine au Mont-Cassin. Nous y trouvons aussi l’énergique expression de la croyance à la Conception immaculée. Le virus originel, y est-il dit, a infecté la race humaine tout entière ; mais le Créateur a vu que le sein de Marie n’en avait pas été souillé, et il est descendu en elle.

Hymne

Qui jamais possédera un langage assez sublime pour célébrer dignement les grandeurs de la Vierge, par laquelle fut rendue la vie au monde qui languissait dans les liens de l’antique mort ?

Elle est la branche de l’arbre de Jessé, la Vierge qui devait être Mère, le jardin qui recevra le germe céleste, la fontaine sacrée sur laquelle le ciel a mis son sceau, cette femme dont la virginité a produit le bonheur du monde.

Le père des humains tomba dans la mort, pour avoir aspiré les poisons du serpent ennemi ; le virus qui l’atteignit a infecté sa race tout entière, et l’a frappée d’une plaie profonde.

Mais le Créateur, plein de compassion pour son œuvre, et voyant du haut du ciel le sein de la Vierge exempt de cette souillure, veut s’en servir pour donner au monde, languissant sous le poids du péché, les joies du salut.

Gabriel, envoyé des cieux, vient apporter à la chaste Vierge le message éternellement préparé ; le sein de la jeune fille, devenu vaste comme un ciel, contient tout à coup Celui qui remplit le monde.

Elle demeure vierge, elle devient mère ; le Créateur de la terre vient de naître sur la terre ; le pouvoir du redoutable ennemi de l’homme est brisé ; une lumière nouvelle éclaire tout l’univers.

Gloire, honneur, puissance à la royale Trinité, Dieu unique ! qu’elle règne à jamais dans les siècles des siècles ! Amen.

La prose suivante n’est pas un des moindres ornements des missels dont se servaient nos Églises, il y a deux siècles, au jour de la Concep­tion de Marie.

Prose

Qu’il soit fêté, ce jour, dans lequel l’Église célèbre la Conception de Marie.

Une Vierge Mère est engendrée ; elle est conçue, elle est créée, la douce et féconde source de miséricorde.

L’antique exil d’Adam et l’opprobre de Joachim ont ici leur terme heureux.

Les prophètes l’ont prévu ; les Patriarches en ont tressailli, inspirés par la grâce.

La Branche sur laquelle doit éclore un fruit, l’Étoile qui enfantera le Soleil, est conçue aujourd’hui.

Dans la fleur qui doit sortir de la Branche, dans le Soleil qui naîtra de l’Étoile, déjà s’entrevoit le Christ.

Oh ! qu’elle fut heureuse et triomphale, ravissante pour nous et chère à Dieu même, la Conception immaculée !

Notre misère a son terme ; miséricorde nous est faite ; au deuil succède la joie.

C’est une Mère nouvelle qui enfantera un Fils nouveau ; une Étoile nouvelle d’où sortira un nouveau Soleil, par une grâce incomparable.

Un enfant donne la vie à l’auteur de ses jours ; de la créature naît le Créateur ; la fille engendre le Père.

Ô étonnante nouveauté ! nouveau privilège ! la conception d’un fils ajoute à la virginité de la mère.

Réjouissez-vous, très glorieuse Vierge ! Branche embellie de sa fleur, Mère ennoblie de son Fils, vraiment pleine de joie !

Ce qui fut autrefois caché sous l’épais nuage des figures, la Vierge Immaculée, née d’une mère sainte, le manifeste au grand jour ; une rosée divine se répand sur elle ; et dans l’étonnement de la nature, les lois de l’enfantement sont suspendues.

Ève, nom lugubre, se terminait en malédiction, vae ! Eva, par un heureux changement, se transforme en cri de salut, Ave ! Vous qui avez entendu dans votre demeure cette parole de bonheur et de suavité, Vierge Mère, soyez-nous favorable, et donnez-nous de jouir de votre faveur.

Venez tous, ô hommes ! hâtez-vous ; qu’à pleine voix éclatent ses louanges ; rendez-lui honneur et prière tout le jour, à toute heure ; que le cœur soit suppliant, la voix mélodieuse : ainsi faut-il supplier, ainsi faut-il implorer son puissant patronage.

Sûre espérance des malheureux, vraie mère des orphelins, soula­gement des opprimés, baume des infirmes ; vous êtes toute à tous.

Nous vous prions d’un même vœu, vous, digne de louange singu­lière, afin qu’après avoir erré sur cette mer, votre bonté nous fixe au port de salut. Amen


[1]  De Conceptu Virginali. Cap. 18.

[2]  Éphes. 4, 24.

[3]  Cant. 4, 7.

[4]  s. Luc 22, 32.

[5]  s. Jean 14, 20.

[6]  6, 9.

[7]  Ps. 86.

[8]  Coloss. 1, 15.

Prise d’habit dans la communauté
N. D. du Christ-Roi

Monsieur l’abbé Pivert, prieur
a la joie de vous faire part de la prise d’habit en vue du sacerdoce de

Nicolas Floury

dans la communauté N. D. du Christ-Roi
à Noël, lors de la messe de minuit.

Il vous invite à participer à la cérémonie ou, du moins, à prier pour le nouveau frère et la communauté.

Vous êtes également invités au réveillon et au repas de Noël et vous pourrez loger sur place. Prière de vous inscrire avant le 17 décembre pour une bonne organisation.

Matines de Noël à 22 h 00
Veillée de Noël à 23 h 15
Messe à minuit
Prise d’habit au cours de la messe
Messe du jour à 10 h 30
Apéritif et repas après la messe
Vêpres à 16 h.

Dernier dimanche d’octobre
Fête du Christ-Roi

L’année liturgique
Dernier dimanche d’octobre, Fête du Christ-Roi

Cette fête ayant été instituée par Pie XI, Dom Guéranger ne donne rien alors qu’il fut un grand défenseur des droits de Jésus-Christ sur la société civile. Nous donnons ci-dessous les leçons du bréviaire à matines.

En ce jour, on récite l’Acte de consécration du genre humain au Christ-Roi enrichi d’une indulgence plénière

On lira avec profit et on mettra en œuvre de Mgr Lefebvre, Le guide du chevalier au service du Christ-Roi

Leçons des Matines

Au premier nocturne

De l’Épître de saint Paul Apôtre aux Colossiens, Chap. 1, 3-8, 9-17, 18-23

 Nous ne cessons de rendre grâces à Dieu, Père de notre Seigneur Jésus Christ, en pensant à vous dans nos prières, depuis que nous avons appris votre foi dans le Christ Jésus, et la charité que vous avez à l’égard de tous les Saints, en raison de l’espérance qui vous est réservée dans les cieux. Cette espérance, vous en avez naguère entendu l’annonce dans la Parole de vérité, la Bonne Nouvelle, qui est parvenue chez vous de même que dans le monde entier elle fructifie et se développe ; chez vous elle fait de même depuis le jour où vous avez appris et compris dans sa vérité la grâce de Dieu. C’est Épaphras, notre cher compagnon de service, qui vous en a instruits ; il nous supplée fidèlement comme ministre du Christ, et c’est lui-même qui nous a fait connaître votre dilection dans l’Esprit.

C’est pourquoi nous aussi, depuis le jour où nous avons reçu ces nouvelles, nous ne cessons de prier pour vous et de demander à Dieu qu’il vous fasse parvenir à la pleine connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle. Vous pourrez ainsi mener une vie digne du Seigneur et qui Lui plaise en tout : vous produirez toutes sortes de bonnes œuvres et grandirez dans la connaissance de Dieu ; animés d’une puissante énergie par la vigueur de sa gloire, vous acquerrez une parfaite constance et endurance ; avec joie vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des Saints dans la lumière. Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés. Il est l’image du Dieu invisible, Premier-né de toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui.

Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église : II est le Principe, Premier-né d’entre les morts, (il fallait qu’il obtînt en tout la primauté), car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix. Vous-mêmes, qui étiez devenus jadis des étrangers et des ennemis, par vos pensées et vos œuvres mauvaises, voici qu’à présent II vous a réconciliés dans son corps de chair, le livrant à la mort, pour vous faire paraître devant Lui saints, sans tache et sans reproche. Il faut seulement que vous persévériez dans la foi, affermis sur des bases solides, sans vous laisser détourner de l’espérance promise par l’Évangile que vous avez entendu, qui a été prêché à toute créature sous le ciel, et dont moi, Paul, je suis devenu le ministre.

Au deuxième nocturne

De la lettre encyclique du Pape Pie XI

L’Année sainte ayant offert plus d’une occasion de glorifier la royauté du Christ, Nous agirons, semble-t-il, de manière pleinement conforme à Notre charge apostolique si, répondant aux demandes qui Nous ont été adressées individuellement ou en commun par de très nombreux cardinaux, évêques et fidèles, Nous terminons cette année en introduisant dans la liturgie de l’Église une fête spéciale de Notre-Seigneur Jésus Christ Roi. Que le Christ soit appelé Roi au sens figuré, en raison du degré suprême d’excellence par lequel il surpasse et domine toutes les créatures, c’est là depuis longtemps un usage communément reçu. On dit ainsi de lui qu’il règne « sur les esprits des hommes », non pas tant à cause de la pénétration de son intelligence ou de la profondeur de sa science que parce qu’il est lui-même la Vérité et que les hommes doivent puiser en lui la vérité et l’accepter avec soumission ; il règne de même « sur les volontés des hommes », non seulement parce qu’à la sainteté de la volonté divine correspondent en lui l’intégrité et l’obéissance parfaites de la volonté humaine, mais aussi parce qu’il donne à notre volonté libre les inspirations qui la portent à s’enflammer pour de nobles buts. Le Christ est enfin reconnu « Roi des cœurs » en raison de sa « charité qui surpasse toute connaissance », ainsi que de sa bonté et de sa tendresse qui attirent les âmes : personne n’a jamais eu et personne n’aura jamais à l’avenir le privilège d’être aimé par toutes les nations, comme l’a été le Christ Jésus. Mais, pour entrer plus profondément dans notre sujet, nul ne saurait nier que le titre de roi et le pouvoir royal doivent, au sens propre du mot, être reconnus au Christ Homme ; c’est seulement en tant qu’il est homme qu’il a reçu du Père « la puissance, l’honneur et la royauté » ; en effet, le Verbe de Dieu, qui a la même substance que le Père, possède nécessairement tout en commun avec le Père et il a donc le pouvoir suprême et absolu sur toutes les créatures.

Le fondement sur lequel reposent cette dignité et cette puissance de Notre-Seigneur est bien Indiqué par Cyrille d’Alexandrie en ces termes : « II possède, en résumé, sur toutes les créatures, un pouvoir qui n’a pas été conquis par la violence, ni reçu d’ailleurs, mais il l’a par son essence et sa nature » ; sa souveraineté se fonde en effet sur cette union admirable qu’on appelle hypostatique. Il en résulte non seulement que le Christ doit être adoré comme Dieu par les anges et par les hommes, mais aussi que les anges et les hommes doivent obéir et se soumettre au pouvoir de cet Homme : ainsi, même au seul titre de l’union hypostatique, le Christ possède l’autorité sur toutes les créatures. Si nous voulons maintenant expliquer brièvement la grandeur et la nature de cette dignité, il est à peine nécessaire de dire qu’elle comporte trois pouvoirs, à défaut desquels elle ne peut guère se concevoir. Des témoignages recueillis dans la Sainte Écriture et concernant la suprématie universelle de notre Rédempteur le montrent de manière surabondante et il faut le croire de foi catholique : le Christ Jésus a été donné aux hommes comme le Rédempteur en qui ils doivent avoir confiance, mais aussi comme le législateur à qui ils doivent obéir. Les évangiles ne rapportent pas tant qu’il a établi des lois qu’ils ne le font voir lui-même établissant ces lois : tous ceux qui observeront ces préceptes, déclare le divin Maître en divers endroits et en des termes différents, prouveront leur charité envers lui et demeureront en son amour. Quant au pouvoir judiciaire, Jésus déclare lui-même aux Juifs qu’il lui a été attribué par le Père, lorsque ceux-ci l’accusent d’avoir violé le repos du sabbat en guérissant miraculeusement un malade : « Le Père ne juge personne, mais il a donné tout jugement au Fils ». Ce pouvoir comporte également pour lui le droit (car cette prérogative ne peut être séparée du jugement) de décerner aux hommes encore vivants des récompenses et des châtiments. Mais il faut encore reconnaître au Christ le pouvoir qu’on appelle exécutif : la nécessité d’obéir à son commandement s’impose en effet à tous et cela sous la menace faite aux rebelles de supplices auxquels nul ne saurait se soustraire.

Il n’en est pas moins vrai que cette royauté est principalement de nature spirituelle et se rapporte aux réalités spirituelles, ainsi que le montrent les textes bibliques que nous avons rappelés et comme le Christ Seigneur le confirme par sa façon d’agir. En plus d’une occasion en effet, comme les Juifs et les Apôtres eux-mêmes croyaient faussement que le Messie allait rendre la liberté au peuple et rétablir le royaume d’Israël, il leur enleva et détruisit cette opinion et cette espérance vaines ; lorsque la foule d’admirateurs qui l’environnaient voulut le proclamer roi, il refusa le nom et l’honneur, en fuyant et en se cachant ; devant le magistrat romain, il déclara que son royaume n’était pas « de ce monde ». Le royaume qu’il propose dans les évangiles est tel que les hommes doivent se préparer à y entrer en faisant pénitence, mais qu’ils ne peuvent y entrer que par la foi et par le baptême, lequel, tout en étant un rite extérieur, signifie et opère cependant la régénération intérieure ; il s’oppose uniquement au royaume de Satan et à la puissance des ténèbres et il demande à ses membres non seulement que, détachant leur cœur des richesses et des biens terrestres, ils pratiquent la douceur et aient faim et soif de la justice, mais encore qu’ils renoncent à eux-mêmes et portent leur croix. Comme le Christ Rédempteur a acquis l’Église par son sang et s’est offert et s’offre perpétuellement comme Prêtre en victime pour les péchés, qui ne voit que la fonction royale elle-même revêt le caractère de ces deux fonctions et y participe ? Ce serait d’ailleurs une grossière erreur de refuser au Christ Homme l’autorité sur les choses civiles, puisqu’il reçoit de son Père un pouvoir tellement absolu sur les êtres créés que tout est placé sous sa souveraineté. C’est pourquoi, par Notre autorité apostolique, Nous instituons la fête de Notre-Seigneur Jésus Christ Roi, qui devra être célébrée dans tout l’univers, chaque année, le dernier dimanche d’octobre, c’est-à-dire le dimanche qui précède la fête de Tous les Saints. Nous ordonnons aussi que soit renouvelée chaque année en ce même jour la consécration du genre humain au Sacré-Cœur de Jésus.

Au troisième  nocturne

Lecture du saint Évangile selon saint Jean.
En ce temps-là, Pilate dit à Jésus « Tu es le roi des Juifs ? » Jésus lui répondit : « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ?  » Et la suite.

Homélie de saint Augustin, évêque

Quel intérêt pour le Roi des siècles de devenir le roi des hommes ? Le Christ n’est pas roi d’Israël pour lever un tribut, pour équiper une armée ou pour combattre des ennemis visibles, mais pour gouverner les âmes, pour veiller à leur salut éternel, et pour conduire au royaume des cieux ceux qui croient, espèrent et aiment. Pour le Fils de Dieu égal au Père, Verbe « par qui tout fut fait », c’est donc une condescendance de consentir à être roi d’Israël et non une promotion. C’est la marque de sa miséricorde, bien loin d’être un accroissement de pouvoir. II est au ciel le Seigneur des anges celui qui reçoit sur terre le nom de roi des Juifs… Mais le Christ n’est-il que roi des Juifs ? Ne l’est-il pas de toutes les nations ? — Bien sûr que si ! Il l’avait dit prophétiquement : « J’ai été constitué par Dieu roi sur Sion, sa montagne sainte, je publierai le décret du Seigneur. » Mais, puisqu’il s’agit de la montagne de Sion, on pourrait dire qu’il a été constitué roi des Juifs seulement, aussi les versets suivants déclarent-ils : « Le Seigneur m’a dit : tu es mon fils, c’est moi qui t’engendre aujourd’hui ; demande et je te donnerai les nations pour héritage et pour ta possession les confins de la terre. »

Jésus répondit : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne fusse pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici. » Voici l’enseignement que notre bon Maître a voulu nous donner ; mais il fallait d’abord nous faire connaître quelle fausse opinion les gens (païens ou juifs de qui Pilate l’avait recueillie) s’étaient faite sur le royaume de Dieu. Gomme si le Christ avait été condamné à mort, pour avoir brigué un règne indu ou comme s’il avait fallu s’opposer prudemment au danger que son royaume aurait fait courir soit aux Romains, soit aux Juifs, étant donné la jalousie réciproque habituelle aux souverains !

Le Seigneur aurait pu répondre : « Mon royaume n’est pas de ce monde », dès la première question du procurateur : « Es-tu le roi des Juifs ? ». Mais il préféra interroger Pilate à son tour : « Dis-tu cela de toi-même, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? », pour lui prouver d’après sa réponse qu’il s’agissait là d’une accusation jetée par les juifs devant le gouverneur. Ainsi le Christ nous dévoile-t-il les pensées des hommes dans toute leur vanité qu’il connaît fort bien. Après la réponse de Pilate, c’est donc avec plus d’à-propos encore qu’il peut rétorquer, s’adressant à la fois aux Juifs et aux païens : « Mon royaume n’est pas de ce monde. »