Sermon ~ Le Christ s’est offert par obéissance dans l’amour de son Père

Mes bien chers Frères,

Il est très important de comprendre les motivations du Christ dans sa Passion, de pénétrer son état d’esprit. Jésus Christ est en effet la seule voie pour parvenir à notre Père du Ciel.

Or, le Christ s’est offert librement, par obéissance, et c’est son amour de Dieu qui rend sa liberté si obéissante, son obéissance si libre. Arriver à obéir de bon cœur par amour, telle est la perfection que nous cherchons.

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Je vous donne ci-dessous les notes qui m’ont servi à préparer ce sermon.

L’auteur de la Passion

Résumé : Le Christ s’est offert librement, par obéissance et par amour. Son amour avait pour objet le plein accord de sa volonté avec celle de son Père, la pleine soumission à la sagesse divine. Cet amour, comme tout véritable amour, était exigeant.

S. Jean (10, 18) : “J’ai le pouvoir de donner ma vie, et le pouvoir de la reprendre, tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père.” “Pour que le monde sache que j’aime mon Père, et que j’agis comme mon Père me l’a ordonné, levez-vous, sortons d’ici” (s. Jean 14, 31)

Le Christ s’est-il offert soi-même ?

“Personne ne me prend ma vie, c’est moi qui la donne.”

S. Augustin : “l’esprit du Christ n’a pas quitté sa chair malgré lui, mais parce qu’il le voulut, quand il le voulut, et comme il le voulut”.

Le Christ a voulu mourir, car il a laissé libre cours à la mort. Il pouvait en effet empêcher la passion et sa mort. Premièrement en arrêtant ses ennemis de manière à ce qu’ils ne veuillent pas ou ne puissent pas le mettre à mort. Deuxièmement car son esprit avait le pouvoir de conserver la nature de sa chair pour qu’elle ne soit opprimée par aucune blessure. L’âme du Christ en avait le pouvoir car elle était unie au Verbe de Dieu dans l’unité de la personne, ainsi que le dit s aint Augustin.

L’âme du Christ n’ayant pas écarté de son propre corps les coups qui lui étaient portés, mais ayant voulu que sa nature corporelle succombe sous ces coups, on peut dire que le Christ a donné sa vie ou qu’il est mort volontairement.

C’est depuis le début de l’Incarnation que le Christ a en quelque sorte caché sa divinité pour souffrir.

La différence entre le Christ et les martyrs est patente : comme le Christ, les martyrs ont consenti volontairement à la mort, en acceptant la volonté de Dieu ; mais ils ne possédaient aucune puissance de s’y soustraire. Ce qui n’est pas le cas du Christ :

Saint Ignace : 1. Jésus souffre, 2. Jésus veut souffrir, 3. Jésus cache (depuis le début de l’Incarnation) sa divinité pour mieux souffrir, 4. C’est pour moi que Jésus souffre, 5. Que ferai-je pour lui ?

Le Christ s’est-il livré à la Passion par obéissance ?

Il est de la plus haute convenance que le Christ ait souffert par obéissance.

1° Parce que cela convenait à la justification des hommes : “De même que par la désobéissance d’un seul, beaucoup ont été constitués pécheurs, de même aussi, par l’obéissance d’un seul, beaucoup sont constitués justes” (Rm 5, 19). 

2° Cela convenait à la réconciliation de Dieu avec les hommes. “Nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils” (Rm 5, 10), c’est-à-dire en tant que la mort du Christ fut elle-même un sacrifice très agréable à Dieu : “Il s’est livré lui-même à Dieu pour nous en oblation et en sacrifice d’agréable odeur” (Ep 5, 2). Or l’obéissance est préférée à tous les sacrifices d’après l’Écriture (1 S 15, 22) : “L’obéissance vaut mieux que les sacrifices.” Aussi convenait-il que le sacrifice de la passion du Christ eût sa source dans l’obéissance.

N. B. Le sacrifice est ce qui fait entrer dans le sacré. L’obéissance est le meilleur sacrifice, car elle consacre notre volonté à la sagesse divine. C’est cette consécration qui opère la réconciliation entre Dieu et les hommes.

3° Cela convenait à la victoire par laquelle il triompha de la mort et de l’auteur de la mort. Car un soldat ne peut vaincre s’il n’obéit à son chef. Et ainsi l’homme Christ a obtenu la victoire en obéissant à Dieu : “L’homme obéissant remportera la victoire” (Pr 21, 28 Vg).

Est-ce le Père qui a livré le Christ à la Passion ?

Dieu le Père a livré le Christ à la passion de trois façons.

1° Selon sa volonté éternelle, il a ordonné par avance la passion du Christ à la libération du genre humain, selon cette prophétie d’Isaïe (53, 6) : “Le Seigneur a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous.” Et il ajoute : “Le Seigneur a voulu le broyer par la souffrance.”

2° Il lui a inspiré la volonté de souffrir pour nous, en infusant en lui la charité. Aussi Isaïe ajoute-t-il “Il s’est livré en sacrifice parce qu’il l’a voulu.”

3° Il ne l’a pas mis à l’abri de la passion, mais il l’a abandonné à ses persécuteurs. C’est pourquoi il est écrit (Mt 27, 46) que, sur la croix, le Christ disait : “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?” Parce que, remarque S. Augustin Dieu a abandonné le Christ à ses persécuteurs.

Conclusion

La liberté du Christ est pleinement soumise et obéissante. L’obéissance du Christ est pleinement libre. C’est l’amour qui unit les deux et qui les enrichit mutuellement. Telle fut la perfection du Christ, tel doit être notre idéal.