Mes bien chers Frères,
Si nous y prêtons attention, c’est une véritable retraite que Dieu nous prêche et sur laquelle il nous invite à méditer lorsqu’il nous fait le récit de la création.
Je vous conseille de lire le commentaire d’Origène :
“La terre était invisible et informe ; les ténèbres couvraient l’abîme et l’Esprit de Dieu se mouvait sur les eaux ”. La terre était invisible et informe avant que Dieu eût dit : “ Que la lumière soit ”, et avant qu’il eût séparé la lumière des ténèbres, selon que l’indique l’ordre du récit. Dans la suite, Dieu ordonne que le firmament soit, et il l’appelle “ ciel ”. Quand nous en viendrons là, nous dirons la différence qu’il y a entre ciel et firmament et pourquoi le firmament a été appelé Ciel ; mais maintenant il est dit : “ Les Ténèbres couvraient l’abîme. ” Quel est cet abîme ? C’est celui dans lequel se trouveront “ le diable et ses anges ”. Il est clairement désigné dans l’Évangile quand il est dit du Sauveur que les démons qu’il chassait “ lui demandaient de ne pas leur commander d’aller dans l’abîme ”.
Aussi Dieu dissipe les ténèbres, selon qu’il est écrit : “ Et Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut. Et Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière et les ténèbres. Et Dieu appela la lumière Jour, et il appela les ténèbres Nuit. Et il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut un jour. ”
L’explication littérale, c’est que Dieu appelle la lumière Jour et les ténèbres Nuit.
Mais, selon le sens spirituel, voyons pourquoi Dieu, après avoir, dans ce “ commencement ” dont nous avons parlé plus haut, “ fait le ciel et la terre ”, après avoir dit : “ Que la lumière soit ”, après avoir séparé la lumière et les ténèbres, appelé la lumière Jour et les ténèbres Nuit et dit qu’il y eût un soir et qu’il y eût un matin, voyons pourquoi Dieu a dit : “Ce fut un jour” et non pas : “ Ce fut le premier jour.”
C’est parce que le temps n’existait pas avant le monde, mais qu’il a commencé à partir des jours suivants. C’est le deuxième, le troisième, le quatrième et les autres jours qui commencent à désigner le temps.
“ Et Dieu dit : Qu’il y ait un firmament entre les eaux et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux. Et il en fut ainsi. Et Dieu fit le firmament. ”
Comme auparavant le ciel, Dieu fait maintenant le firmament. Il fit d’abord le ciel, dont il est dit : “ Le ciel est mon trône ”, et ensuite, le firmament, c’est-à-dire le ciel corporel. Un corps présente évidemment de la fermeté et de la résistance ; c’est ce qui explique que le firmament “ sépara l’eau qui est au-dessus du ciel de celle qui est au dessous.”
Comme tout ce que Dieu allait faire était constitué d’esprit et de corps, il est dit que le ciel, c’est-à-dire la substance spirituelle, où Dieu repose en quelque façon comme “ sur un trône ”, fut fait “ dans le commencement ” et “ avant toutes choses ”. Quant au firmament, c’est un ciel corporel. Le premier ciel, que nous avons qualifié de spirituel, c’est notre esprit (mens nostra) qui est essentiellement spirituel (spiritus est) ; autrement dit c’est notre homme spirituel qui voit et contemple Dieu ; et le ciel corporel ou firmament, c’est notre homme extérieur, celui qui voit avec les yeux du corps.
Et de même que le ciel a été appelé firmament parce qu’il sépare les eaux qui sont au-dessus de lui de celles qui sont au-dessous, ainsi l’homme, établi dans un corps, s’il peut réaliser une séparation entre “ les eaux supérieures qui sont au-dessus du firmament et celles qui sont au-dessous ”, sera lui aussi appelé Ciel ou “ homme céleste ”, selon la parole de l’Apôtre Paul : “ Notre demeure est dans le ciel. ”
Voilà ce que contiennent ces paroles de l’Écriture : “ Et Dieu fit le firmament, et il sépara les eaux qui sont sous le firmament de celles qui sont au-dessus. Et Dieu appela le firmament Ciel. Et Dieu vit que cela était bon ; et il y eut un soir, et il y eut un matin, ce fut le second jour. ”
Que chacun de vous prenne donc à cœur la tâche de séparer “ l’eau qui est en haut de celle qui est en bas ”, afin de comprendre et de s’assimiler cette eau spirituelle “ qui est au-dessus du firmament ” pour tirer de “ son sein des fleuves d’eau vive ” “ jaillissant jusqu’à la vie éternelle ”, loin, bien loin de l’eau d’en bas, c’est-à-dire” de l’eau de l’abîme où l’Écriture place les ténèbres et où habitent “ le prince de ce monde ” et le “ dragon ” ennemi “ avec ses anges ”, comme il a été dit plus haut.
En participant à l’eau supérieure qui est au-dessus des cieux, le fidèle devient céleste : il s’applique aux choses supérieures et élevées, n’a aucune de ses pensées en la terre, mais toutes dans le ciel et “ cherche les choses d’en haut où le Christ se tient à la droite du Père ”. Et c’est ainsi qu’il se rend digne de cet éloge de Dieu qui se trouve dans notre texte : “ Et Dieu vit que cela était bon ”.
