Sermon ~ La Genèse
01. Au commencement Dieu créa,
Au commencement était le Verbe

Mes bien chers Frères,

Durant cette nouvelle série, nous allons réviser, sous un jour nouveau, plus concret, ce que nous avons déjà étudié dans nos sermons doctrinaux. Après la méditation de la création, viendront le récit du péché originel et l’Annonce de l’Incarnation, puis la vie de ces saints modèles que sont Abraham, Isaac, Jacob, Joseph… qui vécurent à une époque où il n’y avait pas encore de sacrements, ni de structures.

N. B. Vers la fin du sermon, je donne la signification de la première lettre de la Bible en hébreu. Il s’agit de la lettre ב. Elle s’appelle beth et non aleph comme je l’ai nommée par inattention.

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Résumé du sermon
Mgr Lefebvre

Résumé du sermon

In principio creavit Deus cælum et terram… et spiritus Dei ferebatur super aquas.
Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. … et l’esprit de Dieu planait dessus des eaux.

Au commencement

On parle de commencement pour quelque chose qui va se dérouler jusqu’à atteindre son but.

Ce commencement est aussi celui de notre éternité.

Dieu a un plan et un but (une fin), et cette fin, c’est sa ressemblance dans la vie et dans l’éternité.

In principio erat Verbum

sens éternel dans lequel Augustin contemple l’œuvre du Verbe, 2e personne de la Trinité. Il est le divin modèle à la ressemblance de qui tout sera fait.

L’évangile de Saint Jean commence de même : au commencement était le Verbe.

C’est que, par l’Incarnation, le Verbe est venu restaurer d’une façon plus admirable ce qu’il avait créé d’une façon déjà admirable.

Par saint Jean nous savons donc que le commencement du monde s’est fait dans le Verbe.

L’esprit de Dieu planait sur les eaux

Le Saint-Esprit, esprit d’amour.

Un sens moral, car Dieu appelle la créature à lui et l’invite à le suivre, en cela il continue son œuvre de création jusqu’à aujourd’hui ne cessant d’appeler ses créatures à lui en perpétuant sa Parole créatrice à chaque instant, maintenant l’ordre du cosmos.

Dieu est amour, il ne peut communiquer que de l’amour.

Amour inconscient chez les créatures, amour conscient chez l’homme. La perfection de l’amour est de pouvoir communiquer de l’amour. C’est ce que Dieu fait, mais c’est aussi ce qu’il donne à ses créatures : elles sont appelées à communiquer de l’amour.

Erreurs

Nombreuses. Se ramènent toutes à un refus de la dépendance.

Erreur la plus fondamentale qui sert de fondement à toutes les autres : aleph, lettre hébraïque par laquelle commence la Genèse : tournée vers l’avenir, fermée sur le dessus (Dieu), fermée sur le dessous (la matière), fermée sur le passé (en réalité sur la permanence de la vérité.

Mgr Lefebvre, Itinéraire spirituel

Il est bon de méditer sur la création, “ex nihilo sui et subjecti”, fait de rien, par la simple décision du Créateur “qui putas se esse aliquid, cum nihil sit, ipse se seducit : si quelqu’un se croit quelque chose, alors qu’il n’est rien, il se fait illusion” (Gai. VI, S).

Plus on creuse cette réalité, plus on est stupéfait de la toute-puissance de Dieu et de notre néant, de la nécessité pour toute créature d’être constamment soutenue dans cette existence, sous peine de disparition, de retour au néant. C’est bien ce que nous enseignent et la foi et la philosophie.

Rien que cette méditation et cette constatation devraient nous jeter dans l’humilité, l’adoration profonde, et mettre dans cette attitude une immutabilité semblable à Dieu lui-même immuable. Nous devrions être remplis d’une confiance sans bornes, envers Celui qui est notre Tout et qui a décidé de nous créer, et de nous sauver.

Avec quelle dévotion et sincérité nous devrions tous les matins au début des Matines, réciter le Psaume XCIV “Venite exsultemus… Venite adoremus… quoniam ipsius est mare et ipse fecit illud et aridam fundaverunt manus ejus, venue adoremus et procidamus ante Deum, ploremus coram Domino, qui fecit nos, quia ipse est Dominus Deus noster, nos autem populus ejus et oves pascuae ejus. “Venez, chantons avec allégresse… Venez, adorons le Seigneur… A Lui est la mer, c’est Lui, en effet, qui l’a faite et ses mains ont formé le continent ; venez, adorons, prosternons-nous devant Dieu, et pleurons devant le Seigneur qui nous a faits, car Lui-même est le Seigneur notre Dieu, et nous sommes son peuple et les brebis de son pâturage.”

Comment ne pas rendre grâces à l’Église qui met ces paroles sur nos lèvres pour exprimer les sentiments les plus profonds de nos âmes de créatures !

Si la création est un grand mystère, c’est que Dieu est pour nous le grand Mystère et le demeurera éternellement même dans la vision béatifique. “Nemo Deum vidit unquam, nisi qui ex Deo est ~ seul le Verbe et l’Esprit-Saint voient Dieu, étant de Dieu et un seul Dieu avec le Père. (Jn. VI,46)

Création

Si nous passons de cette Charité éternelle à la diffusion de cette Charité dans les créatures, nous aurons tôt fait de découvrir dans toutes les créatures la marque de la Charité divine. Dieu étant Charité peut-il communiquer autre chose que de la charité ?

La marque de la charité dans les créatures se découvre par la finalisation. Chaque créature est constituée en vue de sa fin ; sa fin est inscrite dans la nature et la surnature des créatures spirituelles et dans la nature des êtres corporels. Un “ordo ad finem” est inscrit dans toute créature. C’est dans cet ordre que se trouve le dynamisme de la charité, qui entraîne chaque créature vers sa fin. Évidemment ce dynamisme se trouve pleinement conscient dans les créatures spirituelles, et inconscient dans l’ordre animal, végétal, minéral.

“Homo ad Deum ordinatur” dit saint Thomas. La finalisation de l’homme, et d’ailleurs celle de l’ange, c’est Dieu.

L’Église nous enseigne dans nos catéchismes catholiques :

“Pourquoi Dieu a-t-il créé l’homme ? — Dieu a créé l’homme pour Le connaître, L’aimer et Le servir et par ce moyen obtenir la Vie éternelle.”

Cette réponse n’est que la synthèse de ce que Notre Seigneur nous enseigne dans l’Évangile : “Haec est autem vita aeterna, ut cognoscant te solum Deum verum et quem misisti Jesum Christum : la vie éternelle, c’est qu’ils Vous connaissent, Vous le seul vrai Dieu, et celui que Vous avez envoyé, Jésus-Christ” (Jn. XVII, 3)

Ce principe de finalisation, réalisant la diffusion de la charité, sera le moteur de toute activité dans la création, et l’intelligence et la volonté des esprits devront concourir à l’obtention de la fin, même par les actes libres. La liberté est elle aussi dépendante de la fin et doit concourir méritoirement à atteindre ce but. La liberté n’est donnée que pour le choix des divers moyens qui mènent à la fin, mais elle ne peut, sans entrer dans le désordre, faire le choix de moyens qui détournent de cette fin.

Ces principes sont élémentaires pour la réalisation du plan divin : répandre la charité, qui n’est autre que l’union à Dieu. Toute la Providence de Dieu a été, et est toujours, orientée en ce sens.

Le vrai sens de l’intelligence, de la volonté, de la liberté ne se comprennent qu’à cette lumière venant de Dieu “qui illumine tout homme venant en ce monde” (Jn. 1, 29), Lumière vivante et ardente de la Charité divine. Dieu est libre et communique la liberté en fonction du premier commandement d’amour, qui contient toute la loi : “un seul Dieu tu adoreras et aimeras parfaitement.”

Toute la création est en dépendance de ce premier commandement, et toutes les personnes et toutes les sociétés, créatures de Dieu, doivent s’y soumettre, même les sociétés civiles. Tout doit concourir à cet amour et rien ne doit s’y opposer. Le règne de Dieu que Notre Seigneur est venu rétablir n’est pas autre chose que ce règne d’Amour.

(C’est au niveau de ces principes fondamentaux de la Providence divine et de sa Sagesse infinie, que se situe l’erreur du libéralisme qui tend à ignorer la finalisation de la liberté, pour lui accorder une extension qu’elle n’a pas dans le plan divin, au détriment de la Loi divine et au détriment des devoirs des diverses sociétés qui laissent proliférer les péchés et les scandales. Cette erreur détruit la morale individuelle et la morale sociale. Elle s’oppose au règne d’Amour de Dieu et de Notre Seigneur.)

Contemplons l’acte d’amour qu’a été la création et efforçons-nous de réaliser en nous et autour de nous ce règne de Dieu et de Notre Seigneur, pour le rétablissement duquel Dieu a accepté de mourir sur la Croix, manifestant à nouveau son amour infini pour les créatures désordonnées et pécheresses. “O admirabile commercium !…“ Aimons à relire le passage admirable de l’épître de saint Paul aux Éphésiens (Eph. III, 8 sq.) que la liturgie nous présente au jour de la fête du Sacré Cœur : La création de cette nouvelle famille humaine des chrétiens est à vrai dire une nouvelle création qui prépare les prédestinés et les élus de Dieu : “Quotquot autem receperunt eum, dedit eis potestatem filios Dei fieri : à tous ceux qui L’ont reçu, Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.” (Jn. J, 12) ; c’est la création du Corps mystique de Jésus auquel nous adhérons par un baptême valide et fructueux. “Euntes docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti : allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils, et du Saint-Esprit” (Mt. XXVIII, 19). Cette famille est la famille catholique, et elle exclusivement, parce que seule elle possède une foi intégrale en Jésus-Christ et en son œuvre : l’Église.

(La volonté de Vatican Il de vouloir intégrer dans l’Église les non-catholiques tels qu’ils sont, est une volonté adultère et scandaleuse. Le Secrétariat pour l’Unité des Chrétiens par des concessions mutuelles — le dialogue aboutit à la destruction de la foi catholique, la destruction du sacerdoce catholique, l’élimination du pouvoir de Pierre et des évêques, l’esprit missionnaire des apôtres, des martyrs, des saints, est éliminé ; tant que ce Secrétariat gardera le faux œcuménisme comme orientation et que les autorités romaines et ecclésiastiques l’approuveront, on peut affirmer qu’elles demeureront en rupture ouverte et officielle avec tout le passé de l’Église et avec son Magistère officiel. C’est donc un devoir strict pour tout prêtre voulant demeurer catholique de se séparer de cette Église conciliaire, tant qu’elle ne retrouvera pas la tradition du Magistère de l’Église et de la foi catholique.)

En conclusion de ces quelques considérations sur la Sagesse divine dans le plan de la Création, rappelons que l’œuvre de la sanctification des âmes ici-bas, que l’exercice de la charité s’exerçant par l’application des commandements d’amour contre l’esprit de la chair, l’esprit du monde et du démon, est attribué particulièrement à l’Esprit-Saint, Esprit d’Amour. Saint Grégoire dans les leçons de la fête de la Pentecôte exprime avec éloquence et force ce lien entre l’amour de Dieu et l’observance des commandements, s’appuyant sur les paroles de Notre Seigneur lui-même : “Si quis diligit me sermonem servabit, et Pater meus diliget eum et ad eum veniemus et mansionem apud eum faciem us” et sur celles de saint Jean dans ses épîtres : “qui dicit, diligo Deum et mandataejus non custodit, mendax est. “Si quelqu’un m’aime, fi gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons en lui et nous ferons nu lui notre demeure ; Si quelqu’un dit : J’aime Dieu’, et qu’il ne garde pas les Commandements, c’est un menteur.”

O Jésus, ô Marie, aidez-nous à réaliser cette demande du “Pater” : “Que votre volonté soit faite sur la terre comme au Ciel”, afin que nos âmes deviennent le temple de la Trinité Sainte aujourd’hui et pour l’éternité !

Puissions-nous, prêtres ou futurs prêtres du Seigneur, vivre dans cette présence active de Dieu omniprésent et tout-puissant. Puissions-nous voir dans l’Eucharistie, le Dieu créateur et rédempteur, le Jésus de la Crèche, le Jésus de Nazareth, le Jésus Prophète, Prêtre et Roi enseignant ses futurs prêtres et les ordonnant avant de monter sur la Croix, le Jésus qui ressuscite, monte au Ciel et envoie son Esprit d’Amour pour fonder son Église, son épouse, son Corps mystique et attirer ses membres au Ciel ! Puissions-nous acquérir un esprit missionnaire qui transmette ce feu divin aux âmes, par l’exemple d’une foi vive qui rapporte tout à Dieu et à Jésus-Christ, éclairant les âmes sur l’infinie sagesse de Dieu, sa bonté, sa miséricorde et habituant les âmes à l’humilité devant Dieu, à adorer sa Volonté, à se mettre en totale dépendance de Lui, associant les âmes à la conquête du règne de Notre Seigneur, de son Cœur Sacré, et au règne du Cœur Immaculé de Marie.