Sermon 07. Malheur à celui qui ne réveille pas le démon !
Faut-il avoir peur du démon ?

Résumé du sermon

Après avoir été mis en garde contre la lente descente dans le péché, voici que nous sommes incités à nous battre contre le démon, vigoureusement, en hommes libres pour le service de Dieu. C’est pourquoi Job déclare : malheur à celui qui ne réveille pas le démon ! Faut-il avoir peur du démon ? Non, il faut le réveiller pour le combattre !

Nous verrons ainsi que signifie réveiller le démon, comment combattre le démon avec les anges du Ciel, selon l’Apocalypse, ce qu’est le combat spirituel

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Transcription du sermon

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

Mes bien chers frères, la dernière fois, saint Grégoire le Grand nous a décrit de façon poignante le drame de la chute progressive dans le péché. C’est le drame de ceux qui s’endorment dans la nuit, la nuit du péché, dénoncée par Job, la nuit de la mort, et qui se réveilleront à la lumière du jugement dernier qui dévoilera toutes leurs fautes sans exception.

1. Malheur à celui qui ne réveille pas le démon !

Face à ce drame, il n’y a qu’un seul autre drame à opposer, et Job nous le dit, malheur à celui qui ne réveille pas le Léviathan, c’est-à-dire le démon, le dragon, le démon vu comme un dragon. Nous pourrions croire, au contraire, qu’il faille ne pas réveiller le démon. Il est dangereux, il tourne contre nous toute l’habileté, tous les arts de la lacération, dit saint Grégoire le Grand.

Alors nous aurions tendance à penser que la sagesse consiste à ne pas le provoquer, mais ce n’est pas du tout l’avis de Job qui dit : « malheur à celui qui ne réveille pas le Léviathan » ! Saint Grégoire le Grand va insister sur ce point. Il nous explique que ceux qui sont soumis à la volonté du démon sont comme possédés par lui en vertu d’un droit paisible. Et leur roi orgueilleux, le démon, jouit comme d’une certaine sécurité, car il domine leur cœur. Ceux, au contraire, continue saint Grégoire le Grand, qui foulent aux pieds par l’esprit les choses du monde, qui désirent de toutes leurs intentions les choses de Dieu, cela soulève contre eux le démon comme un dragon, parce que leur conduite le pique comme avec une fourche. Lorsque le pécheur abandonne la torpeur de sa négligence, lorsqu’il remplace la froideur de son cœur par le feu de l’amour sacré, quand il a honte d’avoir été retenu si longtemps par l’ennemi et qu’il se souvient de sa liberté que Dieu lui a donnée, alors le démon est furieux, il s’estime volé, bien plus il s’estime méprisé, et c’est vrai.

Il est furieux que son captif lui résiste, et il s’enflamme pour cela de zèle, c’est-à-dire de jalousie, et comme le démon sait très bien qu’il faut réagir aussitôt, aussitôt il lève contre eux cet homme d’innombrables tentations. Il dormait tranquille, le démon, dans un cœur mauvais, mais voici qu’il est réveillé par la provocation du combat. De fait, l’Écriture sainte nous dit dans l’Ecclésiastique, « Mon fils, lorsque tu t’approches du service de Dieu, tiens-toi dans la justice à la crainte et prépare ton âme à la tentation, et prépare ton âme à la tentation. »

Et plus loin, nous verrons cela dans le livre de Job, Job dit que la vie de l’homme sur la terre est un combat, et saint Grégoire le Grand appuie encore sur cette vérité : « Celui qui s’empresse de se ceindre — c’est-à-dire de prendre la ceinture au service divin — se prépare à combattre contre l’ancien adversaire, afin de recevoir les coups en homme libre, lui qui servait tranquille, mais captif sous la tyrannie. »

Il n’y a rien à contredire à l’enseignement de l’Écriture sainte, Job, l’Ecclésiastique, appuyé par le grand saint Grégoire le Grand : où nous sommes tranquilles, captifs sous le démon, et comme assoupis, aveuglés par l’habitude, ou bien nous nous levons libres dans un combat qui ne s’achèvera qu’au ciel.

2. cela est vrai à titre personnel, et c’est vrai peut-être encore plus pour la défense de l’Église.

Pourquoi je dis « peut-être encore plus » ? Parce que penser à son propre salut, sans penser au salut de ses frères, ni au salut de l’Église, c’est être déjà à moitié endormi, à moitié dans la torpeur du démon.

À titre personnel, pour commencer, qu’avons-nous à faire ? Nous l’avons vu dans un sermon précédent, nous devons commencer par gratter avec des tessons d’argile ce qui sort de nos pensées, nos désirs du monde, nos désirs de la sensualité, nos mauvaises intentions. Et nous devons, au contraire, les consacrer à Dieu.

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort demande que celui qui se consacre à la Très sainte Vierge, lui consacre ses intentions. Avec tout ce qui suit, bien entendu, mais on commence déjà par là, les intentions. Et quand on a fait cela, qu’on a repéré le mal et qu’on veut en sortir, alors on prend de bonnes et fermes résolutions avec l’aide de la Très sainte Vierge, puis on serre la ceinture autour de ses reins et on part au combat.

C’est le critère pour savoir quels sont les bons prêtres dignes de confiance, les évêques dignes de confiance, les amis également auxquels on peut s’attacher. Réveillent-il le démon ? Il ne suffit pas d’avoir la foi, il faut que cette foi porte au combat. Saint Grégoire-le-Grand nous en a déjà parlé, et je vous ai transmis son enseignement lorsqu’il décrivait les amis de Job qui sont des amis parce qu’ils croient en l’incarnation de Jésus-Christ, qui croient à l’Église et à beaucoup d’autres vérités, ils ont une vraie foi. Mais ils ne mettent pas cette foi en œuvre et ils ne croient pas à l’importance de la Rédemption, à l’importance de l’effusion du sang de Jésus-Christ et aux conséquences de cette effusion du sang de Jésus-Christ : ce sang nourrit les combattants.

Il est de la nature de la foi d’être active, d’éclairer la route pour nous permettre d’avancer. C’est saint Thomas d’Aquin qui l’enseigne. Si la foi éclaire, mais que nous n’avançons pas sous l’impulsion de la foi, alors elle est morte.

On réveille le démon en rendant la foi active, en dénonçant les erreurs, en corrigeant les pécheurs. Attention, je vous l’ai dit, corriger ne veut pas dire “taper dessus”, cela veut dire “rendre droit”. C’est la correction fraternelle, la conversion de ceux qui n’ont pas la foi.

Et sachez-le, mes biens chers frères, cela ne se fait pas à tambour battant, mais dans la charité, dans le Saint-Esprit. N’opposez jamais, mes biens chers frères, la vérité à la charité, n’opposez jamais la rigueur à la douceur. Toute vérité vraie est charitable, toute charité vraie est pleine de foi. La douceur accompagne la fermeté et la discipline, elle ne s’y oppose pas.

Oh ! que voilà un sermon bien sévère, penserez-vous, bien exigeant ! Certes, puisque saint Grégoire le Grand le dit à la suite de Job, il va falloir s’y mettre, retrousser les manches et s’armer de force. Oh ! mais que c’est difficile, penserez-vous ! Eh bien non, et c’est la troisième partie du sermon, c’est celle à laquelle je voulais arriver, c’est que le ciel tout entier descend sur la terre pour combattre avec nous le démon.

3. Le ciel entier descend sur la terre pour combattre avec nous le démon

Ce que nous demande Job et ce que nous demande saint Grégoire le Grand, ce n’est pas de vaincre le démon, il nous demande de le réveiller. Cela dépend de nous. Pour le reste, le Christ sera avec nous dans le combat, les saints seront avec nous, les anges du ciel seront avec nous. Mais ils ne le seront que si nous avons commencé par réveiller le démon. Personne ne vient au secours de celui qui dort et qui veut dormir. L’Église a toujours été dans la lutte, mes bien chers frères, et plus le démon se déchaîne, plus Dieu veut rendre brillante la victoire des élus.

C’est la grande leçon de l’Apocalypse. Si je voulais résumer l’Apocalypse en un seul enseignement, c’est celui-ci. L’Apocalypse nous révèle que dans les luttes des chrétiens contre le Léviathan, contre le dragon, dans les luttes de l’Église contre le dragon, le ciel entier se déplace sur la terre pour accompagner l’Église dans sa lutte.

Cela a commencé par notre Seigneur Jésus-Christ, qui, tout Dieu qu’il soit, au sein de la sainte Trinité, a voulu descendre sur la terre et affronter le démon. Il a fait plus que l’affronter, il l’a réveillé, lui le premier. Et l’Apocalypse nous montre les anges descendant sur la terre.

Sœur Lucie de Fatima, à qui on demandait le contenu de la troisième partie du secret de Fatima, répondit « Ce n’est pas difficile, c’est le chapitre 12 de l’Apocalypse. Voici ce que dit ce chapitre :

« Un grand signe apparu dans le ciel, une femme revêtue du soleil et la lune sous les pieds, et sur sa tête comme une couronne de douze étoiles. » Très souvent on applique cela à la sainte Vierge, mais le sens premier de cette révélation c’est l’Église. « Elle porte en son sein un fruit, et elle crie dans le désir de l’enfantement », ce qui nous concerne nous qui devons être enfantés à la vie éternelle. « Et il apparut un autre signe dans le ciel, un grand dragon roux qui avait sept têtes et dix cornes. » Les têtes c’est les péchés capitaux, les cornes c’est l’orgueil. « Sur ses têtes, sept diadèmes, » il se présente comme un roi, et il est accompagné des rois de la terre. « Et le dragon se tint devant la femme qui allait enfanter », c’est-à-dire devant l’Église pour l’empêcher de faire des chrétiens, « afin que lorsqu’elle l’aurait enfantée, il dévorât son fils. Et elle mit au monde un fils de sexe masculin. »

C’est étonnant ce que dit l’Apocalypse : un fils est toujours du sexe masculin. L’Écriture sainte nous dit cela pour nous montrer que cet homme doit être vigoureux, « Un fils de sexe masculin qui devait gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer, et son fils fut enlevé vers Dieu et vers son trône. » Cela désigne tous les saints. « Et la femme s’enfuit dans le désert où elle avait une place préparée par Dieu afin d’être nourrie. » Dieu a préparé à l’Église la place. « Et un grand combat s’engagea dans le ciel, Michel et ses anges combattaient contre le dragon, et le dragon combattait, et ses anges avec lui, les démons. Et ils furent impuissants, et il ne se trouva plus dès lors de place pour eux dans le ciel. Et ce grand dragon fut jeté bas, l’antique serpent qui est appelé Diable, ou Satan, qui séduit tout l’univers, il fut rejeté sur la terre, et ses anges furent chassés avec lui. Et j’entendis une grande voix dans le ciel qui disait “Maintenant s’est accompli le salut, et la vertu, et le règne de notre Dieu, et la puissance de son Christ, parce que l’accusateur de nos frères a été rejeté, lui qui les accusait jour et nuit en présence de Dieu”. » Remarquez, mes bien chers frères, que le Saint-Esprit, en inspirant ces paroles de l’Apocalypse à saint Jean, fait dire aux anges : “l’accusateur de nos frères”, les anges sont nos frères « et eux — c’est-à-dire nous avec qui les anges se sont battu, les frères donc — ont triomphé de lui à cause du sang de l’Agneau, et à cause de la parole de leur témoignage, et parce qu’ils n’ont pas cherché à sauver leur vie. »

Mais le démon ne se sent pas battu pour autant, et l’apocalypse continue. « Après que le dragon eut vu qu’il était jeté sur la terre, il poursuivit la femme qui enfanta un fils, et à la femme furent données deux grandes ailes pour qu’elle volât au désert vers son lieu de refuge. »

Ces ailes, c’est la sagesse et la patience. La sagesse pour dominer le démon de haut, dominer le monde de haut, et la patience pour continuer la lutte. « Et la terre vint au secours de la femme, et la terre ouvrit sa bouche, et elle absorba le fleuve que le dragon avait envoyé de sa bouche » pour noyer la femme. « Et le dragon s’irrita contre la femme, et il s’en alla faire la guerre contre le reste de sa descendance, contre ceux qui gardent les commandements de Dieu. »

Vous voyez bien, mes bien chers frères, deux choses. La première, c’est que nous n’avons pas le choix. Ou nous refusons le combat et effectivement le démon nous laisse tranquille, mais nous avons vu avec saint Grégoire le Grand que cela signifie que nous sommes déjà captifs et qu’il loge dans notre cœur comme chez lui.

Ou bien nous refusons que le démon habite dans notre cœur comme chez lui, et c’est le combat. Mais ce combat est le plus aisé, le plus facile, parce que le ciel entier est avec nous. Écoutons de nouveau Notre-Dame de Fatima qui nous lance, elle aussi, dans ce combat : Prière et pénitence pour la conversion des pécheurs. Mais évidemment n’est que le début du combat. Même si la sainte Vierge n’en parle pas, notre Seigneur en parle lorsqu’il décrit le jugement dernier. Seront à la droite du Père ceux qui auront exercé les œuvres de miséricorde, les œuvres de miséricorde spirituelles, bien entendu et pas seulement les corporelles : corriger les pécheurs, enseigner la vérité, combattre les erreurs, et dès qu’un ennemi se rapproche de Dieu, lui ouvrir grand les bras dans le pardon.

Cherchez, mes biens chers frères, des prêtres, des évêques, des amis, qui vous feront participer à ce combat, un combat qui réveille le démon, un combat à la hauteur de celui décrit par l’Apocalypse, pas un combat pour se donner bonne conscience. Et lisez la vie des saints, la vie des martyrs particulièrement et spécialement des martyrs du XXe siècle qui ont tant à nous apprendre.

Cœur sacré de Jésus, ayez pitié de nous ! Cœur sacré de Jésus, j’ai confiance et j’espère en vous, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

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