Sermon 06. Job décrit les étapes du péché

Comment le péché a-t-il pu envahir le monde et presque le submerger ? C’est ce que Job déplore en un style imagé vigoureux. Inspiré par le Saint-Esprit, il décrit les étapes du péché : quatre étapes dans le cœur, et les quatre étapes dans sa réalisation extérieure. Saint Grégoire le Grand nous donne un catéchisme sur le péché qui sera fort utile à tout chrétien, aux éducateurs et à quiconque veut accomplir les demandes de la Très Sainte Vierge à Fatima : prière et pénitence pour la conversion des pauvres pécheurs. Tel est l’enseignement traditionnel de l’Église sur le péché.

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Transcription du sermon

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.

Mes bien, chers frères, Job, après toutes ses épreuves, va prendre la parole pour maudire le jour où il est né, pour regretter sa naissance, pour souhaiter que le jour se termine en nuit. Or, nous avons vu que Job est un homme saint, qu’il n’a jamais récriminé dans les épreuves, au contraire, puisqu’il a proféré cette déclaration extraordinairement belle : C’est Dieu qui a donné, c’est Dieu qui a repris, c’est comme il plait à Dieu, que le nom de Dieu soit béni. Et lorsque son épouse lui fait des reproches, il lui dit, « Si nous recevons de Dieu les biens, pourquoi ne recevrions-nous pas de sa main les maux ? » Donc, c’est à un autre niveau qu’il faut se situer pour comprendre les paroles de Job. Et ce niveau, c’est celui du péché, du monde de péché.

Il déclare combien de lumières sont fausses et se terminent en ténèbres. Et donc, il est évident, c’est ce que nous dit saint Grégoire le Grand, et encore une fois, c’est cela l’enseignement de l’Église, Job regrette que l’homme soit né dans le péché. Job, qui représente le Christ, non seulement ne regrette pas ses malheurs, mais certainement il est heureux de ce que ses malheurs soient une rédemption, d’une part pour ses propres péchés, parce que, quoiqu’il ait toujours vécu en état de grâce, il sait malgré tout qu’il n’a pas toujours fait exactement ce que Dieu lui demandait, c’est une évidence.

Donc ses propres péchés, et puis, comme le demande la Très Sainte Vierge à Fatima, l’expiation des péchés des hommes pour sauver les pécheurs de l’enfer. Pour que la leçon porte bien, saint Grégoire le Grand, comme à son habitude, donne un commentaire très utile, très pastoral, et il montre quelles sont les quatre étapes du péché dans le cœur, et les quatre étapes du péché dans sa réalisation. Les quatre étapes du péché dans le cœur sont la suggestion, la délectation, le consentement et l’audace à se défendre ou à se justifier.

Les quatre étapes du péché dans le cœur

La première étape, c’est la suggestion, qui vient du démon et de tous ses complices. On la voit très nettement dans le péché originel, Satan vient suggérer à Ève de profiter de sa liberté pour se rendre totalement indépendante de Dieu. La deuxième étape, c’est la délectation dans la chair, dans notre corps, disons, dans notre homme charnel.

Ce ne sont pas que des délectations sensuelles, mais ce sont des délectations qui plaisent à notre nature charnelle faible. Effectivement, Ève écoute le serpent et l’écriture sainte nous dit qu’elle trouve un goût agréable aux fruits défendus. Le fruit défendu qui n’est évidemment pas simplement la pomme, mais qui est le fruit que Satan lui propose, à savoir profiter de sa liberté pour devenir indépendante.

La troisième étape, c’est le consentement et là nous le voyons chez Adam, je ne dis pas qu’il n’y a pas de consentement chez Ève, mais chez Adam cela est beaucoup plus visible, parce qu’il n’a pas subi la suggestion du démon, il n’a pas eu la délectation, il arrive directement à l’approbation de son épouse et cette approbation, ce consentement se fait dans l’esprit. C’est lorsque nous donnons notre consentement à ce qui nous plaît que le péché se commet. Tant que le péché reste une délectation, c’est une tentation.

Mais dès que le consentement est donné, à ce moment-là, le péché est commis. Il y a une quatrième étape sur laquelle saint Grégoire le Grand insiste, à savoir que Adam s’excuse, se justifie, et il dit « c’est ce qui est le plus grave ». Et bien, mes bien chers frères, nous sommes tous dans cette situation, et si je vous en parle, c’est parce que c’est très utile pour vous-même, c’est utile également pour les pères et mères de famille dans l’éducation des enfants. Voyez un enfant, tout pour lui est une suggestion, le gros feutre pour faire des descences sur les murs, la tarte aux fraises que maman a préparée pour faire un acte de gourmandise, les cheveux de sa sœur pour tirer dessus, les habitudes de maman pour la faire crier, tout cela ce sont des suggestions qui viennent du diable, des complices du diable, qui se font encore en secret, il y a évidemment des suggestions qui ne viennent pas des choses comme je viens de vous les décrire, mais plus du démon, pourquoi tu n’écrirais pas sur les murs, cela va faire crier maman, c’est drôle de faire crier maman.

Et puis tu t’ennuies là, tout seul, alors cela va mettre un petit peu de piment dans la journée. Et il n’est pas difficile de vous dire qu’il y a une délectation chez l’enfant, ah oui, ce serait drôle, ce serait intéressant, ce serait amusant. La troisième étape, c’est le consentement, et là c’est l’esprit qui donne le consentement.

Bien sûr, si je vous prends l’exemple d’un tout jeune enfant, ce consentement est très faible, parce que surtout s’il n’a pas encore l’âge de raison, il ne se rend pas pleinement compte des choses, n’empêche qu’il s’en rend bien compte, il tire les cheveux de sa sœur parce que c’est amusant, et il ne tire pas la queue du chat parce qu’il sait qu’il va se faire griffer. Il y a donc bien un discernement, un consentement, et après cela, quand il est pris sur le vif, il cherche à se justifier, et là son invention, se justifier, n’a d’égal que son invention à faire des bêtises. Quant à nous-mêmes, mes bien chers frères, il est difficile de donner des exemples, parce que c’est constamment que nous sommes soumis aux suggestions du démon, suggestions de paresse, de remettre son devoir, de ne pas faire ce qui était prévu, de se dire « je le prierai plus tard, je ne ferai pas cette lecture parce que j’ai le temps de la faire demain après-demain, je préfère prendre le journal ou aller voir une vidéo sur YouTube.

 » Puis il y a des choses beaucoup plus graves, les mauvaises amitiés. Pourquoi tu n’irais pas voir un tel ? Pourquoi tu n’irais pas parler avec un tel ? Pourquoi tu n’irais pas dire du mal de ton voisin ? Et malheureusement, cela fait naître en nous une délectation, une délectation de faire ce que nous voulons, il y a hélas une délectation à parler mal du prochain parce que nous avons l’impression que cela nous met en valeur nous-mêmes, et puis vient le consentement, et quand nous nous apercevons que le péché n’était pas raisonnable, parce qu’il n’est jamais raisonnable, alors nous nous donnons des bonnes justifications, soit parce que quelqu’un nous fait des reproches, et nous lui disons « tu ne te rends pas compte, je n’avais pas que cela à faire, on voit bien que tu n’es pas à ma place, c’est madame une telle qui m’a téléphoné, voire même, comment, mais tu n’es pas au courant, mais je viens d’apprendre sur Youtube, tu me reproches d’avoir perdu du temps, mais je viens d’apprendre sur Youtube que le président américain avait fait telle déclaration, et là on se justifie. Quand il s’agit de la foi, on trouve la même chose.

Pourquoi veux-tu lutter contre le vice dans le monde, contre le modernisme ? Tu ferais bien mieux de rester tranquille chez toi. Inutile de vous décrire, la délectation comprend effectivement à ne pas être obligé de se donner du mal pour lutter contre le mal, le péché, l’hérésie, que sais-je. Et dès qu’on a consenti, le péché est commis.

Et le pire, c’est qu’on n’a pas l’impression d’avoir consenti à quelque chose de mal, on se justifie. « Je ne peux pas demander à mes enfants de trop gros efforts, je ne peux pas demander, dira le prêtre, à mes fidèles de réagir, ce sont de trop gros sacrifices, ils ont leur vie de famille à mener, etc. Mais ce n’est pas fini, et saint Grégoire le Grand nous dit qu’il y a quatre étapes après cela dans le déroulement extérieur du péché.

Les quatre étapes du péché à l’extérieur

La première étape, c’est que le péché est commis en secret, en privé. La deuxième étape, c’est qu’il paraît à nos yeux sans confusion. Là, on arrive vraiment à quelque chose de grave, et on le voit bien aux conséquences, parce que s’il n’y a pas la confusion du péché, si on n’en voit pas, ou si on refuse d’en voir le caractère pécamineux, si on refuse d’en voir le désordre, alors on n’hésite plus à le commettre ouvertement.

C’est là que, si on est père ou mère de famille, le désordre commence à s’installer dans la maison. Mais il y a une troisième étape, qui est l’habitude. Le péché passe en habitude, puisque le péché n’est plus un péché à nos yeux, puisqu’on refuse d’en voir la gravité, alors pourquoi ne pas continuer, c’est tellement agréable.

Bien sûr, la conscience continue à mordre un peu, mais comme on a pris des habitudes, on a peu de force pour lutter contre l’habitude, contre le péché. Les forces ont été affaiblies. Et alors, il reste dans la réalisation extérieure, une quatrième et dernière étape, qui est la présomption ou le désespoir.

La présomption, oui, c’est vrai, j’ai tort. Oui, c’est vrai, quand j’ai un sursaut de conscience, je m’aperçois que cela fait des mois, des années, que je justifie ce péché, que je refuse d’en voir le caractère pécamineux, que je refuse d’en voir les conséquences. Mais le bon Dieu est bon, je me confesserai plus tard, je me confesserai sur mon lit de mort.

Le bon Dieu permettra que, plus tard, je sorte sans difficulté du péché. Voir, on se berce d’illusions à cause des bonnes œuvres que l’on fait par ailleurs. J’aide à la paroisse, je fais du bien autour de moi.

Le bon Dieu mettra cela dans la balance, et ça pèse plus que toutes mes mauvaises habitudes. Et si ce n’est pas la présomption, alors c’est le désespoir. Je ne m’en sortirai jamais, ce n’est plus la peine de lutter.

C’est trop tard. Si nous reprenons l’exemple des enfants, et donc de l’éducation qu’on doit leur donner, les quatre étapes extérieures, tout d’abord la faute est faite en secret, plus ou moins cachée. Et puis, si l’enfant n’est pas repris immédiatement, il ne va plus considérer le péché comme une faute, comme un péché, mais comme un jeu.

Et à ce moment-là, il le commet ouvertement. C’est alors que le péché passe en habitude, et les parents deviennent très désemparés devant cela. Parce que cela fait dix fois, vingt fois, cent fois qu’il tire les cheveux de sa sœur, il arrive un moment où les parents disent « il faut que cela s’arrête, il est grand maintenant, il va comprendre ». Mais l’habitude est là, alors on est obligé de se fâcher, cela fait des drames.

Cela fait des drames et c’est de la faute des parents, parce que c’est les reproches des parents qui permettent à l’enfant de se rendre compte du caractère pécamineux de ce qu’il a fait. Les reproches et, quelquefois, les pénitences qu’ils imposent, même si elles ne sont pas lourdes, le fait qu’elles soient une désapprobation sentie suffisent pour éclairer la conscience morale de l’enfant. Et si on ne réussit pas à supprimer cette mauvaise habitude, alors les parents s’installent soit dans la présomption « bon, ce n’est pas grave, après tout, tous les enfants sont comme ça, il faut que jeunesse se passe ». Combien de fois je l’ai entendu cela ? Mais la jeunesse ne se passe pas toute seule.

On ne sort pas d’une mauvaise habitude comme cela, surtout quand on ne la considère plus comme mauvaise. Et la dernière étape, c’est la présomption, je vous le disais, avec tous les camarades qui viennent le flatter. Et saint Grégoire le Grand insiste sur toutes ces flatteries des pêcheurs qui viennent nourrir le péché du pêcheur et qui entretiennent en lui non seulement la mauvaise habitude, mais surtout étouffent la conscience et font que le pêcheur se dit que tout ira toujours bien et qu’il pourra toujours en sortir.

C’est pour cela que tant et tant restent dans le modernisme, parce qu’ils y trouvent des justifications et surtout des flatters. C’est pour cela que tant et tant restent dans le libéralisme prétendument catholique, parce que le libéralisme prétendument catholique, c’est une justification du péché pour continuer à jouir de ses délectations. Saint Grégoire le Grand nous fait remarquer que notre Seigneur a ressuscité une jeune fille dans sa maison.

Cela nous montre que notre Seigneur vient nous sortir du péché à la première étape, lorsque le péché est encore secret. Il ressuscite le jeune homme en dehors de la ville, le fils de la veuve de Naïm, parce qu’il ressuscite celui dont le péché est devenu public et qu’il n’a pas eu honte de le commettre en public. Attention, c’est symbolique tout cela, je ne dis pas que le fils de la veuve de Naïm était dans le péché, mais comme la mort est le salaire du péché, il est normal de faire des applications.

Il ressuscite enfin Lazare qui était déjà dans le tombeau. Là le péché est devenu plus qu’une habitude puisqu’il est définitif, mais il n’y a personne pour flatter. Au contraire, les sœurs de Lazare avertissent notre Seigneur qui ressuscite Lazare.

Mais la quatrième étape, c’est lorsque notre Seigneur appelle un disciple à le suivre et que celui-ci lui dit que ce n’est pas possible, il faut d’abord me laisser rentrer en famille pour enterrer mon père qui est mort. Et là, à la quatrième étape, notre Seigneur qui s’est dérangé si souvent pour ressusciter les morts auparavant et qui pourrait bien le faire pour celui qui l’appelle à le suivre, dit au contraire non, laisse les morts enterrer les morts et toi viens et suis-moi. Et saint Grégoire le Grand nous fait remarquer et cela prouve qu’à la quatrième étape, il est particulièrement difficile de sortir du péché, mais nous l’avons vu, c’est un péché contre le Saint-Esprit.

Y a-t-il moyen de sortir de toutes ces étapes du péché ? Bien évidemment, sinon le Christ ne serait pas venu sur la terre ou il serait venu en vain s’il ne nous avait pas donné les moyens. Mais alors là, on peut s’attendre à ce que cela rende Satan furieux et cela nous en parlerons la prochaine fois parce que nous allons réveiller un dragon et nous allons découvrir avec Job le plan de Dieu dans cette lutte du dragon contre l’homme et cette lutte surtout de l’homme contre le dragon. Je termine cependant sur une dernière remarque.

Il n’y a pas que le péché mortel qui offre les dangers que je viens de vous décrire avec saint Grégoire le Grand. Tous les péchés, même véniels, parcourent ces quatre étapes intérieures et ces quatre étapes extérieures. Et si on ne fait pas attention, ils passent en habitude.

De là, on se justifie d’autant plus facilement qu’il s’agit de péchés véniels et quand on prend l’habitude de se justifier auprès de Dieu, alors on peut dire que les choses deviennent vraiment, vraiment graves. Notre Dame de la Sainte Espérance, convertissez-nous au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

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