Mgr Lazo
ma conversion à la Tradition

Mgr Lazo
ma conversion à la Tradition

Conférence donnée aux Etats-Unis devant les séminaristes de la Fraternité Saint Pie X, le jour de la Toussaint 1996.

Voici comment j’étais autrefois un évêque “ nouvelle messe ” et comment je suis devenu catholique traditionnel.

J’appartiens à Rome, la Rome éternelle, la Rome de saint Pierre et saint Paul, la Rome de saint Athanase et, laissez-moi ajouter, celle de Mgr Lefebvre !

Je fus ordonné prêtre en 1947 aux Philippines. La coutume alors était que, le lendemain de notre ordination, nous célébrions notre première messe. Bien sûr il n’était pas question de messe de Paul VI à l’époque ! Mon bon évêque m’envoya aider à la paroisse de la cathédrale et, après quelques postes de vicaire dans différentes paroisses, me donna l’expérience d’un poste de curé.

Après trois ans au service du diocèse, en tout ce que l’on trouva convenable pour moi, je fus nommé au séminaire comme préfet de discipline. Au bout d’un an il y eut une restructuration du séminaire et l’on me nomma recteur du séminaire San Jacinto. Je protestai en disant que j’étais trop jeune pour ce type d’emploi, mais l’évêque me dit : “ne vous inquiétez pas. Je serai là pour prendre les décisions. Tout ce que vous aurez à faire sera de signer les papiers ”.

Je le crus, mais après deux semaines il rentra chez lui à Nueva Segovia et ne reparut plus avant un an. Je n’eus pas seulement à signer, mais également à décider quoi signer ! Alors, jeunes prêtres, attention !

Ce fut le début d’une affectation qui dura dix-sept ans ! Le sentiment général des prêtres était de ne pas aimer retourner au séminaire… “ Vais-je redevenir séminariste ? Suivre tout un règlement ? ”  N’importe, j’en pris mon parti. Dans chaque diocèse il faut que quelqu’un prenne soin du séminaire ! C’est ainsi que j’essayai de me résigner à la volonté de Dieu, d’apprendre ce qu’il fallait faire et de le bien faire.

Black-out sur le concile

Lorsqu’en 1962 le Pape Jean XXIII annonça le concile Vatican II, mon évêque se rendit à Rome. Lorsqu’il rentra de Rome pour la première fois au cours du concile, nous attendions qu’il nous rapportât quelques bulletins nous relatant ce qui se passait au concile. Mais on ne nous dit jamais rien sur le sujet. Lorsque enfin le concile fut achevé, nous nous demandâmes ce qui était arrivé et ce qu’avaient fait les Pères conciliaires, mais toujours aucune information. C’était un silence assourdissant ! Malgré cela, j’essayai de faire de mon mieux en ces circonstances.

En 1969 la messe de Paul VI arriva dans le diocèse. Pourquoi ? Pour exécution ! Comme nous tenions à notre réputation d’obéissance, nous acceptâmes la messe de Paul VI. Il n’y eut pas de plaintes. D’autres changements arrivèrent également, mais nous acceptions le principe “ Roma locuta, causa finita, quand Rome a parlé, l’affaire est entendue ”. Ainsi c’était entendu.

En 1970, je fus consacré évêque auxiliaire de mon diocèse. Je continuai à dire la nouvelle messe après ma consécration et je continuai mon rôle de recteur du séminaire. Après quelque temps l’archevêque de Nueva Segovia perdit son évêque auxiliaire et l’on me demanda de le remplacer. Je fus installé comme évêque auxiliaire par le nonce, Mgr Bruno Tropigliani. J’y restai trois ans, après quoi l’on nous apprit que l’évêque de San Fernando La Union était dans le coma. A la demande de mon archevêque je vins le voir et, quand il répondit à l’appel de Dieu et quitta ce monde, je fus nommé évêque de ce diocèse, j’y fus installé et je dus commencer à le gouverner.

 La ligne de conduite, alors, était de dire la messe de Paul VI, et je continuai à la dire pendant les treize ans où je gouvernai le diocèse de San Fernando La Union.

J’atteignis mes soixante-quinze ans, l’âge où le droit canon demande aux évêques de se retirer. J’en informai la nonciature en lui demandant de pourvoir à mon remplacement. C’est ainsi que le Très Révérend Antonio Tobias, évêque de Pagadian Mindanao, au sud des Philippines fut installé à ma place. Aussitôt que les cérémonies et le banquet des adieux furent achevés, je dis au revoir à Mgr Tobias et je quittai le diocèse pour poursuivre ma route.

On  me fit des invitations de rester en raison de mon âge. Des sœurs me dirent : “demeurez ici et nous prendrons soin de vous”. Je les remerciai pour leur gentille proposition, mais il me sembla qu’on souhaitait mon départ. Je savais qu’il y avait peu de perspectives en dehors du diocèse, mais je m’aperçus qu’on me faisait un “ appel du pied ” pour aller à Manille, c’est ainsi que je m’y établis avec ma sœur qui venait de prendre sa retraite de doyen de son université. Je construisis une humble résidence et nous y vécurent ensemble.

Cela n’était pas loin du prieuré de la Fraternité Saint Pie X. Un soir, un des hommes de confiance du prieuré me rendit visite, accompagné de quatre catéchistes chargés de livres. Je leur demandai brusquement : “ puis-je vous demander la raison de votre visite ? ” Ils répondirent “ nous venons faire votre connaissance ”. J’étais heureux de  me dire : “ il y a encore des gens qui veulent être mes amis ! ”

La découverte de la vérité

Après quelques moments de plaisanteries et une demi-heure à parler de choses et d’autres, l’un des catéchistes me dit : “ puis-je vous laisser les livres que nous avons apportés ? ” J’étais très heureux car j’aime lire. C’était une des choses qui me manquait lorsque j’étais évêque de diocèse, de lire pour le plaisir, de lire ce qui plaît, pour soi.

Ce qui avait été suffoquant, c’est qu’une grande conférence internationale, le second concile du Vatican, avait eu lieu sans que pas même un bulletin nous soit disponible pour nous apprendre ce qui s’y était passé. Il me semblait qu’il y avait eu un effort orchestré pour nous garder dans le noir. Oui, nous étions dans le noir, nous ne savions rien. Nous essayions de chercher à tâtons, mais nous ne trouvions que ce que l’on trouve dans un trou vide ! Vous vous redressez, vous vous cognez la tête et vous trouvez votre tête plus dure que du bois !

Ainsi, lorsque ces livres m’arrivèrent, je m’aperçus que c’était juste ceux que je désirais. Il s’agissait des trois tomes de La révolution liturgique de Michael Davies et de L’apologie pour Marcel Lefebvre par le même Michael Davies. J’éprouvai de la tristesse : voici un évêque qui essaye d’arrêter les entreprises des ennemis de l’Eglise et, au lieu d’être soutenu, il est méprisé. Une persécution était organisée contre lui.

Ensuite je vis La bouche du lion que je trouvai un titre vraiment étrange ! Je me demandais : “  quel est ce lion (Mgr Antonio de Castro Mayer) ? ” Je regardai également d’autres livres : la Lettre ouverte aux catholiques perplexes et J’accuse le Concile de Mgr Marcel Lefebvre. Une petite brochure rappelait : “ la foi vient en premier et l’obéissance doit être au service de la foi ”.

Là encore j’éprouvai une grande tristesse pour l’Eglise que j’aimais tant. Je voulais être éclairé, je voulais savoir ce qui était juste et ce qui ne l’était pas. Après avoir beaucoup lu, avoir réfléchi et prié, je commençai à fréquenter les prêtres du prieuré Saint Pie X à Manille. Ils me donnèrent d’autres livres que je lus avec attention. Un des ces livres était intitulé Le complot contre l’Eglise. Il me fut une grande lumière, mais, en même temps, j’éprouvai une grande tristesse à constater que l’Eglise avait des ennemis qui désiraient éteindre la lumière de la foi. On me donna Iota Unum et je fus très heureux de recevoir ce livre que Mgr Lefebvre avait recommandé. J’en ai lu les deux premiers chapitres et c’est certainement un livre très profond.

Le programme des francs-maçons

Je lus également un autre petit livre, ES 1025 par Marie Carré. Connaissez-vous ce livre ? C’est une vraie bombe ! Il décrit le programme des francs-maçons pour détruire l’Eglise, le programme de la judéo-maçonnerie. Le livre que je lis actuellement les papes et la franc-maçonnerie, explique que la Franc-maçonnerie n’est pas qu’une association mais bien une contre-Eglise, une contre-Eglise catho-lique ! Leur plan est d’envoyer leurs jeunes au séminaire, même s’ils ne veulent pas devenir prêtres. Certains sont assez brillants pour devenir plus tard, peut-être, prêtres et même évêques. C’est pourquoi nous ne sommes pas surpris de voir leur plan marcher maintenant car cela fait longtemps qu’ils ont commencé à le mettre en œuvre. Lorsque le concile Vatican II commença, certains de leurs hommes, des francs-maçons, étaient déjà postés à différentes positions.

Quand on demandait à Jean XXIII pourquoi il avait lancé ce concile, il répondait : “ c’est une inspiration ! ”… Etait-il vraiment inspiré ?… D’habitude il faut un gros problème pour justifier la réunion d’un concile. Mais à Vatican II, ils n’ont pas attaqué le problème de l’époque, le communisme ! Non ! Ils voulaient manipuler, réarranger et réorienter l’Eglise catholique, non seulement pour l’empêcher de grandir, mais pour la détruire.

Le premier livre que je lus me troubla beaucoup. J’en lus un autre, Le Rhin se jette dans le Tibre de Ralph Wiltgen. Mon Dieu ! Je me rendis compte que quelque chose de très important se produisait. Je me demandai à moi-même : “ pourquoi cela arrive-t-il ? ” Les Maçons n’ont qu’une ambition dans la vie, détruire l’Eglise. Je me demandai : “ pourquoi la judéo-maçonnerie ?! ” Vous rappelez-vous le cri des juifs, le dernier jour du Vendredi Saint ? “ Crucifie-le ! Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! ” et ainsi cette malédiction pèse toujours sur les Maçons et les juifs. C’est très troublant, mes biens chers frères.

On nous dit qu’une centaine d’ecclésiastiques de Vatican II étaient francs-maçons. Ce qui m’ennuie, c’est que Léon XIII a écrit son encyclique Humanum Genus précisément contre la franc-maçonnerie ! Comment se fait-il que les papes suivants aient nommé des nonces et des évêques maçons, les aient fait cardinaux ? Préparaient-ils la destruction de l’Eglise, ou quoi ? Quand le pape meurt, il y en a toujours pour déterminer le nouveau pape ! Bien entendu il y a eu des cardinaux qui ont voulu obtenir le vote des Maçons pour devenir pape. Il y a des papes qui le sont devenus avec leurs votes. La question est, sont-ils devenus papes pour faire leur devoir de vicaire du Christ ? !

La lecture de ces livres me troubla grandement. Mais je copris aussi que j’avais peut-être tort de dire la nouvelle messe, qu’elle n’était plus le sacrifice du calvaire, mais un repas, un mémorial. Je me demandai comment cela avait pu arriver. Je ressentis de l’amertume et de la tristesse. Comment était-il possible que mes supérieurs m’aient fait une telle chose ?

C’est pourquoi je lus et lus encore. Après six mois à chercher la vérité, je commençai à former mon esprit et à prendre une décision. Pendant tout ce temps je rendais également souvent visite au prieuré de la Fraternité Saint Pie X.

Peu à peu je pris la sainte résolution de changer la messe que je disais. Cependant comme j’avais oublié comment se célébrait la messe traditionnelle je demandai au supérieur du prieuré : “je veux réapprendre à dire la messe traditionnelle. Pouvez-vous m’aider ?” Un des prêtres, Monsieur l’abbé Blute, m’aida et me guida à suivre les rubriques du missel et, en l’espace de quelques semaines, j’avais de nouveau appris à dire la messe de toujours.

Les modernistes s’affolent

Une fois, durant cette période où je visitai le prieuré, je reçus un visiteur envoyé par le Cardinal (des Philippines). Je lui demandai : “ puis-je savoir le but de votre visite, Frère Pascal ? ” “ Je viens me confesser ”“ Ah, bien ! ” Mais avant la confession nous parlâmes… Il me dit : “ Monseigneur, cessez d’aller au prieuré, car vous êtes un mauvais exemple et le peuple va vous suivre ”. Quoi ? ! C’est un mauvais exemple d’aller au prieuré des fils de Mgr Lefebvre ? Il vint, il s’en alla, et quand il fut parti je retournai au prieuré ! Je ne m’arrêtai certes pas d’y retourner ! Tête de mule !

Le supérieur général de la Fraternité Saint Pie X, Mgr Fellay, visita le prieuré et j’étais présent lors de la bénédiction de l’église. Je lui dis “ bonjour ”, il me répondit, nous eûmes un échange agréable et, finalement, les prêtres suggérèrent qu’on fît quelques photos. “ Oh, ce n’est pas un problème pour moi ! ” dis-je. Nous essayâmes de sourire de notre mieux. Le lendemain cette photo avait déjà atteint le Cardinal ! Il me sembla qu’ils commençaient  à devenir nerveux, ce qui fit que, après quelque temps, ils m’envoyèrent de nouveau le visiteur ! Il me rappela que je devais ne pas aller au prieuré, car le fondateur de cette fraternité sacerdotale, Mgr Lefebvre, était “ schismatique ” et, évidemment, “ excommunié ”. Mais, grâce aux documents que j’avais lus, je savais que ces décrets contre Mgr Lefebvre ne s’appliquaient pas,( le décret du Cardinal Gantin et celui du Pape). L’avertissement du visiteur ne servit à rien.

Le Cardinal m’invita à dîner. Soit, j’acceptai. Je consultai quelques autres personnes qui me conseillèrent de ne pas y aller seul et me rappelèrent l’histoire de cette religieuse qui était venue parler avec le cardinal à propos de la nouvelle messe. Lorsqu’elle en sortit, elle était comme Zacharie : elle faisait des signes, mais ne pouvait plus parler ! Lorsque Zacharie sortit du temple, le peuple dit qu’il devait avoir vu un ange. Dans ce cas je me dis : “ non, avec cette religieuse il n’y avait pas d’ange, peut-être un ange noir ! ” Je retins donc le conseil et un de mes amis décommanda l’invitation.

Je vins en Europe, et là, je visitai les sanctuaires. Le lendemain de mon retour, l’évêque qui m’avait succédé à La Union vint me demander ce que j’avais fait en Europe. Je lui répondis : “ eh bien, je suis allé aux ordinations à Ecône ! Oui, j’ai même imposé les mains aux ordinands ! ”. Très peu après je reçus une lettre ainsi libellée : “ Monseigneur vous devenez vieux et vous êtes membre du mouvement traditionaliste. Dieu peut vous rappeler n’importe quand. Revenez en arrière pour pouvoir mourir au nom de Dieu ”. Je répondis que j’avais choisi la Tradition et que je n’allais pas revenir en arrière. J’avais brûlé mes ponts. La veille de mon départ aux États-Unis, je trouvai une autre lettre pour me dire que j’étais perdu. Je répondis aux arguments.

La raison pour laquelle je ne peux accepter la nouvelle messe et les réformes liturgiques, est que la réforme liturgique post-conciliaire a été inspirée, organisée et pensée par les Maçons. Et les Maçons reçoivent leur inspiration de Satan. Finalement, en dernière analyse, s’agit-il du Christ ou de Satan ? J’ai choisi de vivre ma vie avec le Christ et c’est ainsi que je veux continuer.

 Les Causes de la réprobation divine

Dans la lettre au Cardinal je citai la brochure Pourquoi la crise dans l’Eglise ? L’auteur, John Cotter, dit que l’Eglise est dans un très mauvais pas, que la réprobation divine est bien notable dans l’Eglise d’aujourd’hui, et il en donne les causes.

La première cause est que la nouvelle messe elle-même déplaît à Dieu. La seconde raison est l’affaiblissement de la papauté. Voilà ce que j’ai donné au Cardinal et je suis sûr qu’il est allé le montrer au nonce, au cardinal Sanchez à Rome, et au cardinal Sin, primat des Philippines, ainsi qu’au président de la conférence épiscopale, Mgr Oscar Cruz.

Pourquoi je suis devenu traditionaliste

Vous allez peut-être me demander pourquoi je suis devenu catholique traditionnel. Eh bien, voici, c’est parce que j’ai rejeté la nouvelle messe ! “ Pourquoi avez-vous rejeté la nouvelle messe ? ” Je l’ai fait pour plusieurs raisons. La première lorsque les évêques du Concile ont réformé la liturgie, les Maçons avaient en vue d’éteindre la lumière de la Foi. Il fallait souffler la lumière de la messe. Mais le peuple a pour la messe une telle inclination et il l’aime tellement ! Que faire alors pour le tromper  ? Ils ôtèrent l’ancienne messe, mais lui donnèrent un substitut, la messe de Paul VI. Voilà pourquoi il nous arrive d’entendre aux Philippines : “ la nouvelle messe est un fantôme de messe catholique. C’est un truquage ”. Voilà ce que disent les gens ! Cela vient du peuple ! Ceux qui ne suivent pas les évêques les yeux fermés se forment eux-mêmes et lisent. Certains sont arrivés à la conclusion que ce n’est pas la vraie messe, mais un repas, un récit, un mémorial.

La grande idée que cache la nouvelle messe est de donner à la longue aux catholiques l’état d’esprit protestant. On ne leur parlerait plus des vérités catholiques mais on leur rappellerait  la valeur de l’homme, comme dans les sectes protestantes. Ce fut l’œuvre d’Annibale Bugnini que l’on appelle quelquefois “ Cannibale Bugnini ” à cause de tout ce qu’il a fait à la liturgie. Alors, qu’est-ce que les réformateurs ont fait à la messe ?

Une messe inacceptable

1) On commence la messe de Saint Pie V avec le Judica me en esprit de pénitence pour préparer nos cœurs par un acte de repentir. Il faut éveiller et approfondir l’esprit de pénitence. On dit :  “ Judica me, jugez-moi, ô Dieu… ” Mais cela a été retiré de la nouvelle messe. Pour la même raison lors des enterrements selon le nouveau rite, on ne nous rappelle plus que nous sommes pécheurs, nous sommes canonisés ! C’est l’impression qu’on en retire. Le Judica me est un psaume qui souligne l’état pécheur de l’homme, on l’a enlevé.

2) Les oraisons qui enchâssent avec tant de beauté les vérités de notre religion, les mystères de la Rédemption, les actes héroïques de nos saints, ainsi que les fins dernières, la mort, le jugement, le ciel et l’enfer, ont été également supprimées. Qu’a-t-on à la place ? Les réformateurs, conduits par Bugnini et les six protestants, ont ôté ce qui déplaisait aux oreilles protestantes et ont mis à la place les notions protestantes et les valeurs humaines, et ainsi ces prières sont devenues celles du culte de l’homme, non plus celles du culte de Dieu. On prie ainsi l’homme à la place de Dieu. C’est pourquoi le prêtre se retourne pour devenir un président. Il se tient non plus devant un autel, mais devant une table, comme pour pendre un repas. C’est du protestantisme.

3) Ensuite, les prières de l’offertoire indiquent de façon parfaitement nette la nature sacrificielle de la messe. Elles ont été enlevées. La nouvelle messe parle juste des “ fruits du travail de l’homme ”et de choses semblables. On a délibérément enlevé l’idée du sacrifice.

4) Après cela nous entrons dans la Consécration. Les protestants ne croient pas en la transsubstantiation, alors, pourquoi faire la génuflexion après une consécration qui n’en est pas une ? Depuis le début, la nouvelle messe est une tricherie, un moyen de tromper.

5) Venons-en au respect pour le Saint Sacrement. Même s’il y a le Saint Sacrement, où mettent-ils le Tabernacle ? Pas au centre de l’autel ! On l’a vu à la sacristie ou même sur un tas d’immondices. Cela s’est souvent produit. Le Seigneur a été mis de côté afin que nous ne pensions plus à Lui.

6) Il y a une grande controverse à propos des paroles de la consécration. Si l’on dit que le sang de Jésus-Christ est répandu “ pour beaucoup ”, on reprend les paroles du Christ. Si l’on dit “ pour tous ”, on change les paroles du Christ. Peut-on changer ces paroles ? Et pourtant, c’est ce qu’a fait l’officielle commission liturgique de la nouvelle Eglise.

7) Et qu’ont-ils fait de la bulle de 1570, Quo Primum, dans laquelle saint Pie V décide que la messe qu’il établit est valable à perpétuité ? Il y a de nombreuses manières de célébrer la nouvelle messe. Il semble que le pape saint Pie V avait prévu une crise comme celle-ci et, voici, nous l’avons.

8) Quelle explication théologique peut-on donner à la soi-disant valeur enrichissante de la nouvelle messe ? Elle n’a aucun fondement dogmatique. Quand on lit la vie des saints, on voit que des millions sont allés au Ciel. C’est grâce à la messe traditionnelle qu’ils ont saintement vécu. A-t-on lu quelque part que la nouvelle messe produise des saints ? Que produit-elle, en réalité ? Des églises vides, des religieuses quittant leur couvent, des prêtres abandonnant leurs vœux, et un peuple laïc désorienté. Ils ont passé l’Eglise au bulldozer, quelle tragédie ! J’ai vu une photo de Paul VI la tête dans les mains, avec la légende “ auto-démolition de l’Eglise ”. L’Eglise est détruite depuis l’intérieur, mais par qui ? Par les chefs spirituels qui sont supposés l’édifier et la faire grandir. Ce sont eux les vrais agents du démon dans la destruction de l’Eglise. Et si vous leur demandez : “ qu’allez-vous faire maintenant ? L’Eglise est en pleine destruction ! ” Ils ne répondent rien. Ils sont même heureux d’atteindre leur but, la destruction de l’Eglise. Exposer les catholiques aux nouveaux enseignements qui les mènent à leur damnation éternelle, voilà l’effort concerté de l’Eglise post-conciliaire.

9) Dans la messe dite de saint Pie V on a le Memento des morts. En entendez-vous parler dans la nouvelle messe ? Il semble qu’ils n’y croient plus. Pourtant le purgatoire est l’une des vérités du dépôt de la foi. C’est pourquoi nous avons une messe pour les défunts. Je ne sais pas ce que pensent les gens. Ils donnent une grosse offrande afin que le sacrifice de la messe soit offert pour le repos éternel de leurs défunts, mais qu’arrive-t-il ? C’est le pique-nique entre amis. Est-il justifié de garder les honoraires de la messe dans ces conditions ? Rendez l’argent ! Les prêtres n’ont pas accompli les conditions qui justifiaient l’offrande. N’ont-ils pas eux aussi un contrat à respecter ? Sinon il faut restituer.

10) Venons-en à la communion dans la main. L’un de ceux qui voulaient la communion dans la main déclarait qu’il était plus naturel de manger avec la main. Pour çà, c’est naturel ! Mais que dire de la désacralisation ? Un homme éminent qui demeure près de chez moi demanda longtemps qu’on l’autorisât à être ministre de l’Eucharistie. Ce lui fut refusé. Mais quand cela fut accordé aux religieuses, il vint les voir, leur donna de l’argent et leur dit : “ confiez-moi ce ministère ”. On le lui confia et, après quelque temps, on apprit que cet homme donnait la sainte communion et que, au lieu de dire “ le corps du Christ ”, il disait “ vous êtes belle ma chérie ”. La jeune fille était choquée comme le serait, je le pense, toute jeune fille honnête. Voilà jusqu’où s’étend le manque de respect ! Et cela continue.

11) Vous avez également noté qu’à la nouvelle messe le dernier évangile a disparu. Cela est dû à ce qu’il proclame la divinité de Jésus-Christ, mais, pour les réformateurs, Jésus-Christ n’est pas Dieu. Ils disent que c’était un homme, un homme bon, brillant, mais probablement pas Dieu. Et ainsi on a enlevé cet évangile, pour raccourcir la messe.

12) Les prières de Léon XIII à la fin de la messe ont également été enlevées parce que la nouvelle messe n’aime pas l’idée de convertir les communistes.

Voici les raisons pour lesquelles j’ai décidé d’abandonner la nouvelle messe.

Combien de conséquences celle-ci a eues ! Des milliers de prêtres ont abandonné leur prêtrise, des milliers de religieuses sont sorties de leur couvent, les laïques ont vu qu’il manquait quelque chose à la messe et n’y vont plus. Nous avons entendu parler d’églises et de paroisses fermées. Hier, quelqu’un m’a dit : “ ici, deux cents églises ont été fermées ”. C’est vrai. Cela n’arrive pas qu’aux Etats-Unis, mais aussi en Europe.

Je suis allé à Rome récemment et j’ai du me frotter les yeux en entrant dans les grandes basiliques. Les foules ne les visitent pas pour le culte de Dieu, mais pour connaître l’histoire des peintures, certes pas pour s’agenouiller et adorer, même à Saint Pierre. Cela arrive vraiment, mes biens chers frères, je suis heureux que vous ne soyez pas en leur compagnie. Un des prêtres du séminaire de la Fraternité à Winona, me disant au revoir, ajouta : “ Monseigneur, vous n’êtes pas seul, nous sommes avec vous ”. C’est bon de le constater entre nous tous, mes biens chers frères !

Les sacres de 1988

Qu’en est-il du problème des sacres épiscopaux de 1988 ? Le droit canon lui-même détermine que l’excommunication ne s’applique pas. Mais l’Eglise conciliaire continue à nous dire de ne pas assister aux messes célébrées par les prêtres de la Fraternité Saint Pie X, pour ne pas devenir schismatiques. Être schismatique, c’est se damner. J’espère que vous ne vous croyez pas schismatiques ! Vous venez à ces messes, parce que l’excommunication n’est pas valable. Revenez, revenez à la messe de saint Pie V ! C’est la messe de tous les temps ! Lisez des livres qui en parlent. Cette messe a fait les grands saints comme saint Thomas d’Aquin, saint Albert le Grand, la sainte Vierge, les vierges, des milliers de saints à travers les siècles de l’Eglise. On vous demande pourquoi vous allez à la messe. “ Parce que je veux être proche de Dieu, je veux enrichir mon âme ”. Entendez-vous des gens dire la même chose lorsqu’ils vont à la nouvelle messe ?

 On nous demande souvent : “ mais pourquoi avez-vous quitté l’Eglise ? Il faut être humble et conserver l’unité dans l’obéissance ! ” Certainement, c’est une bonne chose d’être obéissant. Saint Thomas nous le dit. Mais il dit également qu’on n’a pas toujours à obéir, notamment qu’on ne peut obéir lorsqu’il s’agit de commettre un péché. On doit même attirer l’attention du supérieur, même en public s’il le faut, pour éviter un dommage.

Ainsi, je n’obéis pas à l’Eglise conciliaire, et mon raisonnement est le suivant : je sais que l’Eglise conciliaire a planifié ses propres réformes liturgiques. Les intentions des réformateurs sont maçonniques, et par conséquent, la tendance de ces réformes est de détruire l’Eglise, ce qui est évident partout aujourd’hui. Par conséquent, je retire mon obéissance. “ Mieux vaut obéir à Dieu qu’aux hommes ”. C’est ce que nous enseigne l’Ecriture Sainte. C’est pourquoi je suis revenu à la messe traditionnelle et j’espère que, à ma mort, on célébrera pour moi la messe de saint Pie V, la messe de tous les temps

Éteindre le feu

Je voudrais ajouter autre chose à propos de ma découverte de ce qui n’allait pas dans la nouvelle messe. Lorsque vous voyez une maison en feu, vous croisez-vous les bras ? Vous apportez votre aide, n’est-ce pas ? J’ai donc essayé d’aider ces évêques. Je leur ai envoyé des choses à lire, par exemple la brochure L’intervention du Cardinal Ottaviani. Je le leur donne parce que je pense que c’est à ce niveau d’idées que doit se livrer la bataille. Ce sont les idées qui combattent les idées, c’est pourquoi ma campagne consiste à distribuer gratuitement des photocopies qui expliquent aux gens pourquoi il y a une crise dans l’Eglise et pourquoi nous avons à nous réformer.

Nous distribuons des photo-copies. Quelqu’un nous a acheté un multicopieur, mais nous sommes souvent à court d’encre ou de papier. Nous avons également à l’étude la construction d’une maison d’études qui enseignera la théologie vraiment catholique, la morale, le Droit Canon, la liturgie et le dogme. Nous avons trouvé l’endroit mais il faut un gros investissement et nous n’avons pas l’argent. Mais, c’est le travail de Dieu et Dieu nous aidera à accomplir ce qu’Il veut.

Je ne suis pas seul

Bien que je sois le seul évêque des Philippines, j’ai avec moi des laïcs ainsi que deux prêtres, l’abbé Santi et le R.P. Manuel Piñon. Le R.P. Piñon. a été professeur de philosophie et de théologie à la fameuse université du séminaire central Saint Thomas. Il a célébré récemment son cinquantième anniversaire de professeur de théologie dans ce pays et pour cette occasion,  a demandé à son supérieur de célébrer la messe de saint Pie V dans la grande église de son couvent. Comme cela lui fut refusé, il se tourna vers l’église Notre Dame des Victoires qui appartient à la Fraternité Saint Pie X. M. l’abbé Blute, responsable de cette église, accepta. Je fus heureux de l’apprendre car, ainsi, les gens se sont pressés à l’église pour fortifier les prières d’action de grâce du R.P. Piñon et remercier Dieu de l’avoir gardé fidèle durant toutes ces années. Le R.P. Manuel Piñon est le seul dominicain traditionnel de la grande communauté dominicaine de la ville de Manille. Il est très heureux de se trouver avec nous et de célébrer la messe traditionnelle.

Pour terminer, mes biens chers frères, je vous remercie d’être venus m’écouter. Disons-nous mutuellement : “ nous nous séparons, mais nous sommes unis par nos prières ”. Que Dieu vous bénisse et vous donne la grâce de persévérer jusqu’à la fin parce que seulement ceux qui persévèrent recevront la couronne de victoire. Puissions tous nous retrouver au Ciel.

Vive la messe traditionnelle !

Vive la Tradition Catholique !

 

Profession solennelle de Foi de Mgr Salvador L. Lazo,
21 mai 1998

À Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, Évêque de Rome et Vicaire de Jésus-Christ, Successeur de saint Pierre, Prince des Apôtres, Suprême Pontife de l’Église Universelle, Patriarche d’Occident, Primat d’Italie, Archevêque et Métropolitain de la Province de Rome, Souverain de la Cité du Vatican.

Jeudi de l’Ascension, 21 mai 1998

Très Saint Père,

En ce dixième anniversaire de la consécration de quatre évêques Catholiques par Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre pour la survie de la Foi Catholique, par la grâce de Dieu, je déclare que je suis Catholique Romain. Ma religion a été fondée par Jésus Christ quand Il a dit à Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » (Mat., 16,18)

Saint Père, mon Credo est le Credo des Apôtres. Le dépôt de la Foi vient de Jésus-Christ et était complet à la mort du dernier Apôtre. Il a été confié à l’Église Catholique Romaine pour servir de guide pour le salut des âmes jusqu’à la fin des temps.

Saint-Paul ordonna à Timothée : « Ô Timothée, garde le dépôts » (1, Tim., 6, 20), le dépôt de la Foi !

Saint Père, il semble que Saint Paul me dit : « Garde le dépôt… Un dépôt c’est ce que l’on vous a confié, non ce que vous avez découvert. Vous l’avez reçu ; vous ne l’avez pas tiré de votre propre fond. Il ne dépend pas de l’invention personnelle, mais de la doctrine. Il n’est pas pour votre usage privé, mais il appartient à la Tradition publique. Il ne vient pas de vous, mais il est venu à vous. Vis-à-vis de lui, vous ne pouvez agir comme son auteur, mais seulement comme son gardien. Vous n’en êtes pas l’initiateur, mais le disciple. Il ne vous appartient pas de le régler, mais d’être réglé par lui. » (Saint Vincent de Lérins, Commonitorium, n° 22)

Le Saint Concile de Vatican I enseigne que «  la doctrine de Foi que Dieu a révélée n’a pas été proposée comme une découverte philosophique à faire progresser par la réflexion de l’homme, mais comme un dépôt divin confiée à l’Épouse du Christ pour qu’elle le garde fidèlement et le présente infailliblement. En conséquence, le sens des dogmes sacrés qui doit être conservé à perpétuité est celui que notre Mère la sainte Église a présenté une fois pour toutes et jamais il n’est loisible de s’en écarter sous le prétexte ou au nom d’une compréhension plus poussée. » (Constitution Dogmatique Dei Filius, DzS 1800)

« Le Saint-Esprit a été promis aux successeurs de Pierre, non pour qu’ils fassent connaître sous sa révélation une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la Foi. » (Vatican I, constitution dogmatique Pastor Aeternus, DzS 1836)

De plus, « le pouvoir du Pape n’est pas illimité : non seulement il ne peut rien changer à ce qui est d’institution divine, par exemple, supprimer la juridiction épiscopale, mais, placé pour édifier et non pour détruire, il est tenu de par la loi naturelle à ne pas jeter la confusion dans le troupeau du Christ. » (Dictionnaire de Théologie Catholique, t. II, col. 2039-2040)

Saint Paul lui aussi affermissait ainsi la Foi de ses convertis : « Mais si nous ou un ange du Ciel vous prêchait un autre Évangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème ! » (Gal., 1,8)

Comme évêque catholique, voici brièvement ma position sur les réformes post-conciliaires du deuxième concile du Vatican. Si les réformes conciliaires sont conformes à la volonté de Jésus-Christ, alors je collaborerais volontiers à leur réalisation. Mais si les réformes conciliaires sont planifiées pour la destruction de la Religion Catholique fondée par Jésus-Christ, alors je refuse de donner ma coopération.

La messe

Saint-Père, en 1969, une notification de Rome fut reçue à San Fernando, dans le diocèse de La Union. Elle disait que la messe latine tridentine devait être supprimée et que le Novus Ordo Missae devait être utilisé. Aucune raison n’était donnée. Du fait que l’ordre venait de Rome, il fut obéi sans protestations (Roma locuta est, causa finita est).

J’ai pris ma retraite en 1993, vingt-trois ans après ma consécration épiscopale. Depuis ma retraite, j’ai découvert la vraie raison de la suppression illégale de la messe latine traditionnelle. La messe ancienne était un obstacle à l’introduction de l’œcuménisme. La Messe Catholique contenait les dogmes catholiques, que les Protestants nient. Afin d’arriver à l’unité avec les sectes protestantes, la Messe latine Tridentine devait être mise au rancart et remplacée par le Novus Ordo Missae.

Le Novus Ordo Missae fut composé par Mgr Annibale Bugnini, un franc-maçon. Six ministres protestants ont aidé Mgr Bugnini à la fabriquer. Les novateurs prirent soin qu’aucun dogme Catholique, offensant aux oreilles protestantes ne soit laissé dans les prières. Ils ont supprimé tout ce qui exprimait pleinement les dogmes catholiques et l’ont remplacé par des textes très ambigus de tendance protestante et hérétique. Ils sont même changé la forme de la Consécration donnée par Jésus-Christ. Avec de telles modifications, le nouveau rite de la Messe devint plus Protestant que Catholique.

Les Protestants affirment que la Messe n’est qu’un simple repas, une simple communion, un simple banquet, un mémorial. Le Concile de Trente a insisté sur la réalité du sacrifice de la Messe, qui est le renouvellement non sanglant du sacrifice sanglant du Christ sur le Calvaire. «  C’est pourquoi, Lui, notre Dieu et Seigneur, bien qu’Il allait s’offrir Lui-même une fois pour toutes à Dieu le Père sur l’autel de la Croix, […] offrit à Dieu le Père son Corps et son Sang sous les espèces du pain et du vin lors de la dernière Cène, la nuit où Il fut livré, afin de laisser à l’Église, son épouse bien aimée, un sacrifice qui soit visible (comme l’exige la nature humaine), par lequel le sacrifice sanglant accompli une fois pour toutes sur la Croix puisse être présenté de nouveau. » (DzS 938). La messe est aussi par voie de conséquence une communion au sacrifice qui vient d’être célébré : un banquet où l’on mange la Victime immolée en sacrifice. Mais s’il n’y a pas sacrifice, il n’y a pas communion avec Lui. La Messe est d’abord et avant tout un sacrifice et en second lieu une communion ou repas.

On doit aussi remarquer que dans le Novus Ordo Missae, la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie est implicitement niée. La même observation est aussi vraie au sujet de la doctrine de l’Église sur la Transsubstantiation.

En relation avec cela, le prêtre, qui était autrefois un prêtre offrant un sacrifice, a été rabaissé dans le Novus Ordo Missae au rôle de président d’une assemblée. Maintenant il est le président de l’assemblée. Pour ce rôle il se tient face au peuple. Dans la Messe Traditionnelle au contraire, le prêtre se tient face au Tabernacle et à l’autel où se trouve le Christ.

Après avoir pris conscience de ces changements, j’ai décidé d’arrêter de dire le nouveau rite de la Messe, que j’avais dit pendant plus de 27 ans en obéissance à mes supérieurs ecclésiastiques. Je suis revenu à la Messe latine Tridentine parce que c’est la Messe instituée par Jésus-Christ à la dernière Cène, le renouvellement non sanglant du sacrifice sanglant de Jésus-Christ sur le Calvaire. Cette messe de toujours a sanctifié des millions de chrétiens au cours des siècles.

Saint Père, avec tout le respect que j’ai pour vous et pour le Saint Siège de Saint-Pierre, je ne peux pas suivre votre enseignement personnel sur « le salut universel », il est en contradiction avec les Saintes Écritures.

L’œcuménisme

Saint Père, est-ce que tous les hommes seront sauvés ? Jésus-Christ voulait que tous les hommes soient rachetés. Il mourut de fait pour nous tous. Cependant tous les hommes ne seront pas sauvés, parce que tous les hommes ne remplissent pas les conditions nécessaires pour être au nombre des élus de Dieu au Ciel.

Avant de monter au Ciel, Jésus Christ confia à ses apôtres le devoir de prêcher l’Évangile à toute créature. Ses instructions indiquaient déjà que les âmes ne seraient pas toutes sauvées. Il dit : « Allez dans le monde entier et prêchez l’Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné. » (Marc, 16, 15-16)

Saint-Paul tenait le même langage à ses convertis : « Ne savez-vous pas que les injustes ne posséderont pas le royaume de Dieu ? Ne vous trompez pas : ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les sodomites, ni les voleurs, ni les avides, ni les ivrognes, ni les injurieux, ni les bandits ne posséderont le Royaume de Dieu. » (1, Cor., 6, 9-10)

Saint Père, devons-nous respecter les fausses religions ? Jésus Christ n’a fondé qu’une seule Église au sein de laquelle on peut être sauvé. C’est la Sainte Église Catholique Apostolique et Romaine. Quand Il donna toutes les doctrines et vérités nécessaires pour être sauvé, le Christ ne dit pas : « Respectez toutes les fausses religions. » En fait, le Fils de Dieu a été crucifié sur la Croix par ce qu’Il a été sans compromis dans ses enseignements.

En 1910, dans sa lettre Notre Charge Apostolique, le Pape saint Pie X a mis en garde contre l’esprit interconfessionnel, car il fait partie du grand mouvement d’apostasie organisé dans tous les pays pour une Église Mondiale. Le Pape Léon XIII a averti que « traiter toutes les religions de la même manière… est calculé pour amener la ruine de toute forme de religion, et spécialement de la Religion Catholique qui, étant la seule vraie, ne peut sans grande injustice être regardée comme simplement égale aux autres religions. » (Encyclique Humanum Genus). Le processus va DU CATHOLICISME AU PROTESTANTISME, DU PROTESTANTISME AU MODERNISME, DU MODERNISME A L’ATHEISME.

L’œcuménisme, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, est diamétralement opposé à la doctrine et à la pratique Catholique Traditionnelle. Il ravale la seule vraie Religion, fondée par Notre Seigneur, au même niveau que les religions fausses, œuvres des hommes – chose que les papes au cours des siècles ont strictement interdites aux Catholiques de faire. « Il est évident que le Siège Apostolique ne peut d’aucune façon prendre part à ces assemblées (œcuméniques), et qu’il n’est d’aucune manière permis aux Catholiques de donner à de telles entreprises leur encouragement ou soutien. » (Pape Pie XI, Mortalium Animos)

L’Église conciliaire

Je suis pour la Rome éternelle, la Rome des saints Pierre et Paul. Je ne veux pas suivre la Rome maçonnique. Le Pape Léon XIII a condamné la Franc-maçonnerie dans son encyclique Humanum Genus en 1884.

Je n’accepte pas non plus la Rome moderniste. Le Pape saint Pie X a condamné le modernisme dans son encyclique Pascendi Dominici Gregis, en 1907.

Je ne sers pas la Rome contrôlée par les Francs-maçons qui sont les agents de Lucifer, le Prince des démons. Mais je soutiens la Rome qui conduit l’Église Catholique fidèlement afin d’accomplir la volonté de Jésus Christ la glorification du Dieu trois fois saint, Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit.

Je m’estime heureux d’avoir reçu en cette crise de l’Église Catholique la grâce d’être revenu à l’Église qui adhère à la Tradition Catholique. Dieu merci, je dis de nouveau la messe latine traditionnelle – la Messe instituée par Jésus à la dernière Cène, la Messe de mon ordination.

Daignent la Bienheureuse Vierge Marie, Saint Joseph, Saint Antoine mon saint patron, Saint Michel et mon ange gardien m’aider à demeurer fidèle à l’Église Catholique fondée par Jésus-Christ pour le salut des hommes.

Puissé-je obtenir la grâce de demeurer jusqu’à la mort dans le sein de la Sainte Église Catholique Apostolique et Romaine, qui adhère aux anciennes traditions et d’être toujours fidèle prêtre et évêque de Jésus-Christ, Fils de Dieu.

Très respectueusement,

Monseigneur Salvador L. Lazo, DD Évêque émérite Diocèse de San Fernando de La Union

Louise de France, fille de Louis XV devenue Mère Thérèse de Saint-Augustin
Textes et méditations

Textes de Mère Thérèse de Saint Augustin

Au fil de l’année liturgique
Réflexions générales
Exercice intérieur pour la Fête des cinq plaies de Notre-Seigneur
Conduite pour le saint temps de Carême
Exercice pour la Communion dans la neuvaine de Saint François-Xavier
Exercice pour la Fête de Saint joseph
Exercice pour la Communion pascale
Prière à Jésus crucifié
Exercice pour le temps d’après la Communion
Exercice pour la Communion d’une Fête d’Apôtre
Exercice pour la Fête de l’Exaltation de la Sainte Croix
Prière à la Croix
Exercice pour la fête de l’Ascension de Notre-Seigneur
Exercice pour la Fête de la Pentecôte et pendant l’octave
Après la Pentecôte
Fête-Dieu
Neuvaine à sainte Thérèse de Jésus
Testaments spirituels

Tout au long de son séjour à Versailles, Madame Louise a rédigé au jour le jour ses pensées en suivant le fil de l’année liturgique. Après sa mort, juste avant que n’éclate la Révolution, son confesseur en publia le recueil qu’il dédia à Madame Adélaïde. En 1878, une seconde édition en fut faite, dans le cadre du procès de béatification. Enfin, en 1988 fut adjoint à ces « Méditations eucharistiques » un florilège de conseils et maximes notés par Mère Thérèse de Saint-Augustin à l’intention de ses novices et de ses filles. Retrouvées dans ses papiers après sa mort, ces pensées furent réunies puis classées et publiées sous le titre de « Testaments spirituels ».

Voir aussi la vie de Louise de France, Mère Thérèse de Saint-Augustin

Au fil de l’année liturgique

Que chacune des solennités établies par l’Église pour être des époques plus particulières de sanctification, excite ma ferveur et me suggère de pieuses résolutions ; […] que chaque année soit une suite renouvelée d’exercices et de méditations inspirées et dirigées par Vous-même, pour la gloire de Votre Nom et le salut de mon âme.

Réflexions générales

Il dépendait, Seigneur, de votre volonté souveraine de me laisser pour jamais ensevelie dans les abîmes du néant, plutôt que de m’élever à l’existence, comme vous l’avez fait. Après le bienfait de la vie, vous étiez libre de m’abandonner, comme tant d’autres, aux ténèbres d’une de ces conditions obscures et nulles, selon les préjugés du monde. Eh ! que serait-ce encore de la grâce d’être née, que serait-ce des avantages divers dont il vous a plu de gratifier tous les temps de ma vie, que serait-ce du privilège d’une naissance qui semble me transporter dans une sphère étrangère à la plupart des hommes, si vous n’eussiez placé mon berceau dans un Royaume qui s’honore plus encore du titre de Royaume très-chrétien, que du nom antique et célèbre qui le distingue des autres Empires du monde, où votre nom est adoré,où votre culte est béni, où votre religion sainte compte dans tous les ordres de citoyens, des sanctuaires vivants, et des temples aussi augustes que ceux que vous élève la main des hommes ?

Mais, Seigneur, en me rappelant vos bienfaits, quels souvenirs affligeants viennent en même temps se retracer à mon esprit ! Vous ne m’avez placée dans ce monde que pour être chrétienne ; et j’ai à peine commencé à l’être. À cette vocation générale qui m’est commune avec tout ce qui reconnaît ici la religion de Charlemagne et de saint Louis, vous en avez ajouté une particulière pour moi, celle du haut rang où vous m’avez fait naître : et le dernier peut-être des citoyens qui forment ce vaste Empire, est plus grand à vos yeux que moi. Au milieu des exemples pieux qui m’environnent, au milieu des pièges et des dangers dont je suis investie de toutes parts, quels motifs d’émulation auxquels je me suis trop souvent dérobée ! que d’obstacles à la fois arrêtent encore les saints désirs que vous m’inspirez sans cesse ! Si quelquefois des affections célestes m’élancent vers vous, comme à l’instant les inquiétudes d’un rang qui ne fait pas le bonheur me font retomber au-dessous des résolutions que je prends, et des promesses que je vous fais. D’où me viennent, Ô mon Dieu ! ces agitations pénibles et redoutables pour ma faiblesse : car je le sens trop, je n’ai pas encore mérité de souffrir. Eh, que je suis loin d’apprendre à la mériter ! Ce ne sont pas des épreuves qu’il faut à mon âme : et quoique vous soyez le Dieu de force et de vertu, quoique vos serviteurs ne soient jamais plus puissants, que quand ils sont dans le creuset de la tribulation, ah ! j’ai besoin de ne goûter de votre joug que ses douceurs.

Vous m’avez fait, Seigneur, une âme sensible, et dont l’activité ne peut se reposer que dans votre sein. Tout ce qui est autour de moi semble m’inviter à m’arrêter sur cette terre, en apparence, riante et heureuse : tout ce qui est dans moi me crie qu’elle n’est en effet qu’une terre d’exil et de pèlerinage, et qu’il est ailleurs une patrie qui seule peut être l’asile de la paix, l’image de la félicité. Seigneur, mon âme vous interroge et vous écoute. Venez fixer ses irrésolutions, dissiper ses tristesses et ses langueurs ; venez y assurer à jamais votre empire. Dès mes plus tendres années, mon cœur déjà prévenu par votre grâce, déjà détrompé sur l’éclat trop souvent perfide de ces honneurs, de ces distinctions qui font les grands de la terre, cherchait dans vos tabernacles le calme et la félicité qu’il ne trouvait pas encore la terre. Détachez-le de plus en plus de tous les liens qui pourraient l’y retenir. Dieu, qui commandez aux orages et aux tempêtes, apaisez les troubles intérieurs qui pourraient empêcher votre voix de se faire entendre toute seule au-dedans de moi ; calmez, s’il le faut, jusqu’à mes espérances ; anéantissez en moi jusqu’aux regrets ; remplissez mon âme de cette sérénité pure qui fait le vœu de toutes ses puissances, et qui surpasse tout sentiment. Dieu d’amour et de paix, paraissez pour toujours au milieu de moi ; régnez sur tout mon cœur, et rendez-le digne de vous posséder dans le mystère de votre amour. Que chacune des solennités établies par l’Église pour être des époques plus particulières de sanctification, soit pour moi une occasion de ferveur et de pieuses résolutions : que chacun des intervalles qui les séparent, soit un cercle perpétuel de préparation et d’actions de grâces, pour la participation aux saints mystères : que chaque année soit une suite toujours renouvelée d’exercices et de Méditations, inspirées et dirigées par vous-même, pour la gloire de votre nom, et pour ma sanctification.

Toute ma vie j’aurai donc le bonheur de m’entretenir avec vous, ô mon Dieu ! de converser avec votre grâce qui parlera à mon cœur : bonheur ineffable, dont j’anticipe les jouissances par les vœux les plus ardents ! Esprit saint ! apprenez à mon cœur la science du salut, la science qui fait les Saints, et que vous seul pouvez faire descendre sur la terre ; ramenez à vous le désordre de mes idées, mais surtout renversez l’idole de la vanité ; consumez toute flamme qui n’est pas celle de la charité ; disposez-moi à la célébration des mystères et de l’avènement de notre Rédempteur, en m’inspirant vous-même les obligations que je dois me prescrire, et surtout, en me donnant la grâce de les accomplir. Ah ! si mon cœur venait à oublier ces saintes résolutions, ce papier tout muet qu’il est, s’élèvera contre moi, il m’accusera hautement de mes prévarications, et si je puis devenir un jour infidèle, au moins ne serai-je point parjure au serment que je fais de ne l’être qu’un moment.

Exercice intérieur pour la Fête des cinq plaies de Notre-Seigneur

L’Église nous propose cette dévotion, presqu’à l’entrée du temps qu’elle prescrit plus particulièrement à la pénitence de ses enfants ; et elle le fait pour nous disposer au grand ouvrage de notre réconciliation, par les mérites de Jésus souffrant.

Deux objets d’instruction s’offrent à moi dans la vénération que je dois rendre aux plaies sacrées de mon Dieu et mon divin Rédempteur. J’y apprends d’abord la nécessité d’une vie pénitente à son exemple. J’y découvre ensuite les plus légitimes motifs de ma confiance dans les situations diverses qui pourraient l’ébranler. Leçons de pénitence que me fournissent les cinq plaies de Jésus. IL me les présente comme un maître qui exige toute ma docilité aux lois rigoureuses qu’il a bien voulu s’imposer à lui-même, et comme un modèle qui demande ma plus exacte imitation.

1° La qualité de chrétienne, dont j’ai l’honneur d’être revêtue, me retrace l’obligation la plus pressante de suivre Jésus dans cette voie étroite où il a marché lui-même ; qu’il me l’ouvre par les épreuves qu’il m’enverra, ou par la violence que je ferai à mes inclinations naturelles, ce sera toujours pour moi un devoir indispensable, et auquel me rappellera le spectacle adorable de ces plaies.

2° J’ai péché, et en manquant de fidélité à la grâce, et en négligeant les moyens qu’elle m’offrait pour remplir mes résolutions : une vie sans trouble, sans combats et sans efforts, quand il s’agissait de vaincre mes lâchetés, les a fait souvent succéder à mes plus ferventes promesses. Par ce seul motif, quelle réparation ne suis-je pas obligée d’accepter, et combien la loi en est-elle intime pour moi, quand je contemple les plaies, dont le Saint des Saints est couvert pour mes péchés ?

3° Menacée, comme je le suis, des plus extrêmes dangers, moins peut-être au-dehors qu’au-dedans de moi-même, où pourrais-je trouver un plus sûr préservatif à opposer aux ennemis de mon salut, que dans cet esprit de pénitence qui en a soutenu tant d’autres dans des conditions aussi critiques que la mienne ? Avec ce bouclier, je me tiendrai en garde contre l’orgueil, le poison de toute élévation ; contre l’indolence et la mollesse que suggère une situation sans contrainte ; contre la vivacité des désirs, qui naît du pouvoir attaché à mon rang ; contre une dissipation à laquelle me porterait une imagination difficile à se fixer ; contre une multitude d’autres penchants, dont Dieu a daigné me préserver jusqu’ici, mais que je n’ai pas moins à craindre dans un séjour où tout les flatte, et où tout peut me les rendre funestes. Un regard fréquent sur les plaies de Jésus innocent et inaccessible à tout désordre des passions, m’animera à prévenir et à dompter les miennes, par la conformité à sa pénitence.

4° Les grandeurs de ce monde ne sont pas à l’abri des souffrances. Enfant d’Adam, j’y suis condamnée comme ceux qui naissent dans les plus abjectes conditions ; l’esprit, le cœur, le corps, rien dans moi qui ne soit exposé à ce sort douloureux. Les plaies de l’Homme-Dieu souffrant me feront connaître tout le prix d’une situation si peu au goût de la nature, mais si estimable dans l’ordre de la religion. Je ne me plaindrai point de tout ce qui m’en coûtera dans un état que mon Sauveur s’est choisi par préférence ; j’y mettrai ma gloire par ma soumission, et j’en ferai mes délices par mon amour : que de trésors ne m’attirera point une pénitence volontaire ?

5° Enfin, si les plaies de Jésus ont dû précéder son retour dans sa gloire, je dois être convaincue que, sans les œuvres d’une vie pénitente et mortifiée, je ne puis entrer dans le ciel ; c’est donc par cette vue que je vais, en ce saint temps, accomplir tout ce que l’Église me prescrira d’austères devoirs, au moins y suppléer par la générosité de mes sacrifices intérieurs, par une plus exacte pureté de conscience, par un plus constant recueillement, et par un usage plus fréquent de la prière.

Avec ces dispositions de pénitence, que m’enseignent les plaies de Jésus, et qui m’apprennent dans quel esprit je dois les révérer, je suis autorisée à y placer ma plus tendre confiance.

1° dans mes craintes, dans mes inquiétudes et dans mes perplexités, au milieu des troubles que l’esprit des ténèbres pourrait quelquefois jeter dans mon âme, je réclamerai les mérites du Sang adorable de mon Sauveur, je le conjurerai de me les appliquer pour relever mon courage abattu, pour écarter mes ténèbres, et pour me redonner cette paix, cette force, et cette sévérité, qui sont les fruits de tout ce qu’il a souffert pour moi.

2° Si j’ai à combattre les répugnances de la nature, à porter le joug de l’Évangile, et à remplir les devoirs gênants pour mon amour-propre, je présenterai mes vœux de mon Dieu souffrant ; j’attacherai mes regards à ses plaies et, animée par cette douce contemplation, je prendrai les armes contre moi-même ; j’embrasserai avec ardeur ce qui me sera le plus mortifiant, et j’y éprouverai une onction secrète, qui tempérera toute l’amertume du calice que j’avais tout d’abord tant de peine à goûter.

3° Mes chutes ne doivent jamais être pour moi une occasion de découragement ; je retrouverai toujours, quand je voudrai recourir aux plaies de mon Sauveur, tout ce qui pourra m’aider à fermer les miennes, je m’humilierai en sa présence, je lui avouerai avec douleur mon péché, et je me hâterai de puiser dans son Sang précieux tous les biens de la grâce, de la pureté, de la sainteté, et des autres vertus qui peuvent réparer mes pertes.

4° Trop faible, par moi-même, pour soutenir la durée et les travaux d’une conduite fidèle et persévérante, je ne cesserai aucun jour d’en demander la grâce, par la voix de ces plaies sacrées, qui parlent si constamment et si éloquemment pour moi. Quelle médiation plus propice pourrais-je désirer auprès du cœur dont j’ai à solliciter les miséricordes, et à conserver les faveurs ?

5° L’humiliation, les traverses, et toute autre semblable mortification qui pourrait heurter ou barrer ma propre volonté, ne doivent plus me paraître un fardeau trop pesant à l’amour de moi-même ; qu’il me sera aisé de l’adoucir, quand je rapprocherai ces légères atteintes des plaies qui ont défiguré le corps de l’Homme-Dieu ! Quelle ressource ne trouverai-je pas dans ces divines plaies, pour sanctifier celles qui n’affecteraient que mon orgueil ?

6° L’état éblouissant des plus flatteuses grandeurs de la terre n’aura rien qui puisse repaître ma vanité, dès que je serai attentive à y opposer les dehors ensanglantés sous lesquels la foi me représente mon Roi, mon Dieu. Dans ses plaies, je retrouve tout ce que peut faire la solide grandeur d’une âme chrétienne, son espérance et sa dignité. Non, il n’y aura rien de grand dans moi, que ce qui m’apetissera avec mon Jésus, ce qui me rendra l’imitatrice de l’état humiliant et douloureux, qu’il expose à ma vénération dans ces cinq principales plaies.

7° Ainsi dois-je le penser pendant ma vie. Ainsi me disposerai-je à le penser à la mort. Honneurs, distinctions, rang supérieur, auguste naissance, prééminences, prérogatives glorieuses, tout m’échappera à ce dernier moment. Jésus crucifié seul me restera, et dans ces plaies sacrées, je retrouverai mon unique richesse. Je les reverrai avec confiance, mille fois j’y appliquerai mes lèvres et mon cœur ; je m’y retirerai, m’y cacherai, je m’y défendrai contre tous les traits de sa justice, et j’y lirai tout ce que j’aurai à espérer de sa miséricorde ; il les conserve au ciel pour la consolation et la gloire des Saints. Puissent-elles un jour y devenir pour moi les mêmes sources de bonheur, et dès ce moment, préparer, par leurs puissants mérites, mon âme à cette béatitude éternelle et ineffable !

Antienne. Il est véritablement chargé de nos maux, et il a essuyé toutes nos douleurs.

Verset. Et ils ont percé mes mains et pieds.

Répons. Et ils ont compté tout mes os.

ORAISON

Ô mon Dieu ! qui par la passion de Notre-Seigneur, votre Fils unique, et par le Sang qui a coulé de ses cinq plaies, avez racheté les hommes perdus par le péché ; accordez-nous, nous vous en supplions, qu’après avoir révéré sur la terre les plaies qu’il a acceptées, nous puissions recueillir au ciel les fruits de ce Sang adorable, qu’il a versé pour nous. Ainsi soit-il.

Conduite pour le saint temps de Carême

Les six semaines de pratiques intérieures auront pour objet les circonstances principales de la passion de Notre Seigneur. Ainsi partagées dans diverses considérations, elles fourniront une matière d’exercices, propres à nourrir la piété, et à sanctifier même l’extérieur.

Première Semaine. Jésus pénitent au jardin des olives.

Pratique Prières accompagnées de la contrition

Deuxième Semaine. Jésus trahi par un de ses Disciples.

Pratique. Sentiments de défiance de soi-même.

Troisième Semaine. Jésus accusé devant les tribunaux.

Pratique. Silence sur ce qui n’intéresse que l’amour-propre.

Quatrième Semaine. Jésus essuyant la flagellation.

Pratique. Mortification des sensualités corporelles.

Cinquième Semaine Jésus couronné d’épines.

Pratique. Acceptation de tout ce qui affligera l’âme ou le corps.

Sixième Semaine. Jésus portant sa croix.

Pratique. Soumission dans le cœur, et réserve dans les plaintes.

Vendredi Saint. Jésus attaché à la croix.

Pratique. Sacrifice de la propre volonté.

Samedi Saint. Jésus dans le tombeau.

Pratique. Retranchement de tout éclat qui n’est pas le devoir. Tous les vendredis une amende honorable aux pieds de Jésus crucifié, en réparation de tous les abus de grâces.

Adoration à la Croix tous les vendredis de Carême

Antienne. Nous vous adorons Ô Jésus ! et nous vous bénissons, parce que vous nous avez rachetés par votre Sainte Croix.

Verset. Ô vous qui avez souffert pour nous !

Répons. Seigneur, ayez pitié de nous.

ORAISON

Regardez, nous vous en prions, Seigneur, regardez dans votre miséricorde, cette famille qui vous appartient, et pour laquelle notre Sauveur Jésus-Christ a bien voulu s’abandonner à la cruauté des méchants, et subir le tourment de la Croix. Ainsi soit-il. Antienne. Ô Marie ! montrez-vous toujours à nous comme une tendre mère ; présentez pour nous nos prières à celui qui, en devenant votre fils, s’est rendu notre Sauveur.

Verset. Seigneur, remplissez des grâces du salut

Répons. Votre Servante qui espère en vous.

Oraison

Préservez, ô mon Dieu ! nous vous en supplions, par l’intercession de Marie toujours Vierge, votre Servante LOUISE-MARIE, de toute adversité, et que celle qui vous est dévouée de tout son cœur, soit à l’abri de toutes les embûches des ennemis de son salut. Ainsi soit-il.

Exercice pour la Communion dans la neuvaine de Saint François-Xavier

Je me préparerai à cette sainte action, en demandant à notre Seigneur la grâce de profiter des leçons et des exemples de ce grand Saint ; c’est un des appuis les plus nécessaires à ma confiance et à ma dévotion. L’imitation des Saints assure le succès des prières, qu’ils portent pour nous au trône de la miséricorde.

1° Je réfléchirai d’abord sur ces importantes paroles de Jésus-Christ, qui décidèrent la conversion de Saint Xavier : Que sert à l’homme de gagner l’univers entier, s’il vient à perdre son âme ? De cette vérité bien méditée, je conclurai qu’il n’y a rien de précieux et d’estimable pour moi dans ce monde, qu’autant que j’y trouverai un moyen de salut ; que la plus haute élévation est indigne de fixer mes regards, si elle m’écarte de ce que je dois au plus cher de mes intérêts ; et que tout est condamnable dans mes sentiments et dans mes actions, si je ne les rapproche de cette fin principale que j’ai à remplir sur la terre, en aimant et en servant Dieu de tout mon cœur et au-dessus de tout.

2° Je me rappellerai ensuite avec quelle fidélité le Saint s’applique à suivre l’oracle du Sauveur, et quel divorce il fit avec le monde et tout ce qui pouvait y flatter sa vanité. Si je ne suis pas appelée à un genre de sacrifice aussi éclatant, je tâcherai de me bien con vaincre de l’obligation où je suis de combattre cet ennemi secret dont les artifices semblent plus inévitables dans le centre des grandeurs, cet amour-propre que tout y flatte et y nourrit. Je me dirai souvent à moi-même que rien n’est bon dans moi que ce que Dieu y peut aimer.

3° Ce ne fut point dans le nouveau pénitent un de ces accès passagers de ferveur qui se borne à ne rompre qu’en partie avec le péché, ou à conserver, jusque dans la pénitence, les restes d’une vie molle et paresseuse. Il se sépare sans réserve de tout ce qui a été dans lui l’occasion et l’amorce de ses infidélités, et pour mieux s’assurer du changement parfait de son cœur, il embrasse tout ce que l’humilité et la mortification ont de plus opposé à son ancien orgueil, et à son attachement déréglé pour son corps… Je reconnaîtrai sur ce modèle combien j’ai à me défier de toutes mes dispositions de constance dans le bien, lorsque je ménage quelqu’une des sources ordinaires de mes fautes, ou quand je n’y applique point les remèdes qui peuvent les guérir, les affaiblir au moins, et toujours les prévenir.

4° De tous les prodiges du zèle de Saint Xavier pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, je choisirai ceux qui me conviennent le plus dans l’état distingué où le Ciel m’a fait naître. Je me fixerai aux enseignements qu’il a adressés dans les cours d’Europe et d’Asie ; avec quelle vertu divine ne s’y est-il pas élevé contre les vices qui y régnaient ? Et avec quel succès n’y a-t-il pas fait succéder la pureté chrétienne, le détachement des grandeurs, la bonne foi, la sévérité évangélique, les œuvres de miséricorde, l’assiduité à la prière et aux Sacrements ? Il n’y a aucun de ces devoirs que je ne puisse m’approprier, ou faire passer au prochain par mes exemples et par l’ardeur de mes demandes auprès de Dieu. Toujours ce dernier moyen peut m’être aussi familier qu’il l’a été pour tant d’autres placés dans la même situation que moi.

5° Lorsque je ferai attention aux immenses travaux, aux fatigues, aux contradictions et aux souffrances que Saint Xavier a essuyé pour convertir les pécheurs, les hérétiques et les idolâtres, que ne dois-je pas penser du prix des âmes ? Ce qu’il en pensait sans doute, quand il considérait chacune d’elle comme la conquête du sang d’un Dieu. Quelle estime n’en dois-je pas faire moi-même à l’égard du prochain, d’abord en l’édifiant, en le ramenant à Dieu par l’usage de mon autorité, de mes conseils, et de tout autre secours de ma charité, quand la Providence m’en offre la vue et les moyens ; et toujours ensuite à l’égard de moi-même, en ne souffrant jamais que mon âme s’avilisse, ni se dégrade par aucun péché volontaire, et en travaillant à la purifier par la grâce des Sacrements autant que par l’exercice des vertus.

6° La tendre dévotion du Saint pour J.C crucifié réveillera la mienne. Comme lui, j’en ferai le devoir le plus cher à ma conscience, un moyen de courage contre les assauts et les tentations, un objet de consolation dans les peines, une ressource d’abandon et de résignation dans les sacrifices, une instruction continuelle de reconnaissance et d’amour dans les sécheresses et les langueurs de ma piété.

7° Enfin, en m’attachant au souvenir de tant de faveurs de toute espèce, obtenues du Ciel par l’intercession d’un médiateur si chéri de Dieu, que de motifs ne sentirai-je pas de le choisir pour un de mes anges tutélaires auprès du Seigneur ? Aussi chaque jour, et spécialement pendant cette neuvaine, je lui adresserai mes hommages, je lui représenterai mes besoins, je le conjurerai d’être l’interprète aux pieds du Sauveur, de tous les désirs que je forme, d’être toute à lui pour le temps et pour l’éternité.

PRIÈRE

Divin Jésus qui nous avez aimés jusqu’à mourir pour nous sur la croix, et qui ne cessez encore de nous appliquer les effets de cette miséricorde bienfaisante, soyez béni de toutes les grâces que vous avez communiquées au Saint qui fait aujourd’hui l’objet de notre confiance auprès de vous, aussi bien que de celles que vous avez daigné nous départir par son intercession. Vous avez glorifié ce serviteur fidèle aux yeux des hommes ; il est devenu l’homme de votre droite par le don des miracles qui l’a honoré pendant sa vie et après sa mort ; vous continuez d’écouter la voix de ses mérites, en faveur de tous ceux qui les réclament ; voilà, Seigneur, les titres sur lesquels j’ose établir tous les vœux que je viens répandre devant vous dans cette neuvaine. Votre amour y sera sensible, parce que vous ne désirez que de les exaucer.

J’ai besoin, et je le reconnais, d’une médiation puissante qui supplée à toute mon indignité, et je l’emploie en vous offrant vos propres bienfaits, tous ces prodiges que vous avez opérés par le ministère de Saint François Xavier. Ne refusez pas, ô mon Dieu ! de reproduire, en ma faveur, quelques-uns de ces présents de votre bonté ; je vous demande moins encore ce qui a été salutaire pour le corps, que ce qui a procuré la guérison des âmes. Donnez à la mienne une vertu nouvelle qui l’affermisse dans votre amour, qui la précautionne contre tous les dangers de perdre votre grâce, qui la rende sensible à cette clémence dont elle éprouve sans cesse les fruits divins, qui la dispose en ce moment à une digne participation de votre corps et de votre sang. Vous connaissez, ô mon Dieu ! tout ce qui doit encore intéresser les désirs de mon cœur ; il me suffit de les exposer au vôtre ; vous daignerez les couronner de toutes les bénédictions que sollicite mon ardente confiance, et qu’implore pour moi mon saint intercesseur, sous les auspices de la plus pure des Vierges, et des neuf chœurs des Anges.

Exercice pour la Fête de Saint joseph

Je considérerai dans Saint Joseph un homme juste sur lequel la Providence s’est reposée, et un homme fidèle qui s’est reposé sur la Providence.

1° La Providence s’est reposée sur Saint Joseph en lui confiant le plus glorieux ministère. Quel trésor confié à ses soins ! un Dieu même sous le voile de l’enfance ! Quelle vigilance aussi, quelle tendresse attentive à la conservation de l’inestimable dépôt dont il est chargé ! Que ne dois-je pas moi-même de circonspection pour défendre contre les ennemis du salut, Jésus, ses grâces, et son amour, lorsque je l’ai recouvré dans le tribunal de la pénitence, ou que je le possède dans la communion ?

2° La Providence instruit Saint Joseph des voies qui doivent disposer Marie à la maternité divine et des hautes vertus qui font déjà d’elle un objet de complaisance aux yeux de Dieu. Quel respect le chaste époux de la Sainte-Vierge n’a-t-il pas pour les vues du ciel, et pour celle qui y servira de coopératrice ? C’est la loi que m’impose mon rang à l’égard de toute personne qui fait profession de piété. Plus j’y reconnais les bienfaits de Dieu, plus je dois y placer mon estime et ma protection.

3° La Providence annonce à Saint Joseph, par la voix d’une Ange, ces grands mystères, il les garde dans un profond secret ; son silence dans ces conjonctures, fait l’éloge de sa sagesse. Je me repentirai rarement d’avoir parlé peu, et presque toujours d’avoir trop parlé.

L’indiscrétion ou l’excès des paroles n’est point d’ordinaire un mal indifférent dans ceux qui sont élevés au-dessus du commun des hommes. Je m’attacherai à considérer l’abandon de Saint Joseph à la Providence ; et j’en découvrirai plus particulièrement les traits marqués, lorsqu’il reçut l’ordre de dérober l’Enfant Jésus et sa Sainte Mère à la persécution d’Hérode. Dans cette circonstance combien se présente-t-il d’instructions pour l’obéissance que je dois à la voix de Dieu !

La soumission de l’homme fidèle est prompte, généreuse et entière.

1° Soumission prompte. Le Ciel s’explique par l’organe de l’Ange ; Joseph ne réplique point, il impose silence à tous les préjugés de sa raison, il ne met aucun délai entre l’ordre qui lui est donné, et l’obéissance qu’il lui doit. Dieu lui parle : c’en est assez, il se détermine aussitôt à obéir et il s’abandonne sans prétexte, comme sans réserve, à la conduite de la Providence. Telle doit être mon obéissance à la voix de Dieu : qu’il me parle par ses avertissements intérieurs, ou par le ministère de ceux qui tiennent sa place auprès de moi ; par l’autorité de sa loi, ou par les lumières de ma conscience, il ne m’est pas permis de différer à suivre sa voix : tout refus d’une correspondance aussi prompte qu’universelle, ne serait qu’illusion d’une préférence dangereuse que je donnerais à ma volonté propre, aux dépens de celle de Dieu. De ces délais naîtraient mon indécision pour le bien, et peut-être hélas ! une facilité à tomber dans le mal.

2° Soumission généreuse. Que de difficultés s’offraient à Saint Joseph pour prendre le parti de la retraite qui lui était ordonné ! Ne pouvait-il pas craindre la fureur d’un ennemi obstiné à découvrir, par toutes sortes de voies, le trésor qu’il devait dérober à ses recherches ? Que de risques dans la nouvelle route ! Quels moyens d’y parvenir ? Quelles ressources pour s’y fixer, pour s’y cacher ? Tous ces obstacles ne l’épouvantent point ; son obéissance, sans lui en dissimuler aucun, lui donne la force de les surmonter tous… Dans la suite des sacrifices, qu’une conduite décidée pour la piété pourra m’imposer, je dois m’attendre à essuyer au-dedans et au-dehors de moi des difficultés capables de m’effrayer.

Comment dois-je me comporter dans ces circonstances critiques ? Avec une résolution et un courage qui, sans me déguiser ma faiblesse, me fasse tout attendre de Dieu… La vue d’un Maître qui ne me demande rien d’impossible, qui m’aime, et qui est toujours prêt à me secourir, me soutiendra ; et avec cette conviction de ma force, que n’aurai-je pas droit d’espérer de son secours ? Que n’entreprendrai-je point malgré toutes les oppositions du monde, malgré les résistances, plus fortes peut-être encore, de mon propre cœur ?

3° Soumission entière. Fidèle dépositaire du plus précieux de tous les biens, Joseph ne pense qu’à le conserver. Qu’on lui ordonne de s’expatrier, de sacrifier toutes les ressources d’une occupation, qui, toute vile et obscure qu’elle est, fournissait à ses besoins, de s’éloigner de ses proches et de ses amis, d’exposer à une marche pénible un tendre Enfant, et une Mère dont il connaissait tout le mérite aux yeux de Dieu ; qu’on lui demande d’accepter tant d’épreuves, toutes si sensibles, il s’y soumettra avec respect ; il y adorera les desseins de la Providence, sans vouloir les pénétrer ; et il n’omettra aucun des devoirs que le Ciel lui prescrira… Ah ! que j’aime Dieu au-dessus de tout ce qui peut le plus m’attacher sur la terre, et je ne mettrai plus de réserve dans les démarches que son service exigera de ma fidélité ; je ne me donnerai point à lui avec partage ; celui qui s’est donné tout entier à moi, mérite bien que je sois tout entière à lui ! Une considération humaine, un timide regard sur le monde et ses décisions, m’exposeraient bientôt au sort des lâches disciples de Jésus-Christ. Je ne le conserverai dans mon cœur, qu’autant que mon amour ne refusera rien à celui qu’il a pour moi-même. Je le conserverai donc toujours puisque désormais mon amour tâchera d’être égal au sien.

Prière à Saint Joseph

Ô vous que la Providence favorisa des plus glorieuses prérogatives, grand Saint, qui sûtes répondre avec tant de fidélité aux desseins de sa profonde sagesse, vous, le tuteur et le dépositaire de l’enfance de mon divin Sauveur, chaste époux de la plus pure des Vierges, serviteur vigilant, nommé par Dieu même, pour être la protecteur et le guide de la plus auguste famille ; vous que le Très-Haut initia à la connaissance de ses mystères le plus intimement reculés dans son essence infinie, digne, autant qu’une créature peut l’être, des révélations qu’il plut à la Majesté suprême de vous communiquer : oh ! que de droits vous donnent à ma confiance et à mes respects ces titres puissants et multipliés, auxquels je reconnais l’effusion et l’abondance des grâces de l’Esprit-Saint envers vous ! Oui, chacune de ces faveurs qui vous furent dispensées par l’Eternel doit être pour moi autant d’appuis aux vœux que j’adresserai au trône de la divine miséricorde. Quelque multipliées que puissent être mes misères, j’en espérerai la guérison du moment où vous daignerez me servir de Patron.

Ce Jésus, votre Fils sur la terre, pourrait-il se refuser à vos demandes ? Il vous aima comme son Père, il vous couronne aujourd’hui dans les Cieux d’un diadème immortel : il ne mettra de bornes à ses dons, que celles que vous-même vous aurez mises à votre intercession. Dans le jour consacré à la mémoire de vos triomphes, attendez tout de l’affection éternelle que promit à vos tendres soins l’Enfant auguste, échappé, sous votre conduite, à la barbarie d’Hérode. Prêtez pour organe à mes besoins, comme à mes désirs, prêtez cette voix qui le guida dans les premières années de sa vie cachée, et dont, au milieu de ses ineffables splendeurs, il agréera pour moi les vives sollicitations : unissez, puissant Médiateur, votre zèle pour mon salut à celui de votre miséricordieuse épouse. Obtenez-moi l’une et l’autre quelque légère participation au trésors de grâces dont vous fûtes enrichis, et le bonheur d’y correspondre, autant par la pureté de mon cœur, que par la sainteté de mes actions, qui sera pour vous-mêmes un surcroît à la félicité dont vous jouissez au sein des chastes embrassements de votre Fils.

Présidez à tous les événements que la Providence me ménagera dans la suite d’une vie dont je commence à redouter les grandeurs et les écueils, à toutes les situations où m’appellera sa volonté sainte, à tous les desseins qu’elle aura sur moi. Puissé-je, à votre exemple, ne cesser jamais de la glorifier par ma soumission, par tous les efforts de l’amour et de la vertu ! Puissé-je et vivre et mourir comme vous, entre les bras de Jésus et de Marie !

Exercice pour la Communion pascale

Je viens de lire encore les terribles anathèmes que profère le grand Apôtre contre les Chrétiens indignes d’un nom aussi saint, profanateurs sacrilèges du plus redoutable des mystères, et qui changent le pain de vie en un pain de malédiction et de mort. Grand Dieu, terrible dans vos châtiments, comme vous êtes infini dans vos miséricordes ! Qui suis-je pour oser m’approcher de cette table auguste que les Chérubins, accoutumés à contempler vos perfections, n’envisagent qu’avec un religieux tremblement ? Est-ce pour moi que vous avez préparé le banquet, destiné à nourrir vos élus ? Ou ne serai-je qu’un de ces conviés, exclus de la salle du festin, pour y être entrés sans la robe nuptiale et précipités, au sortir de là, dans ces lieux de ténèbres et d’horreurs où le plus grand supplice est celui d’être condamné à ne vous voir jamais.

Alternative effrayante ! Tant de trésors d’un côté, tant de nudité de l’autre, tant de communions, et si peu de réforme ! Tant de grâces et si peu de correspondance aux insignes faveurs dont vous me prévenez, dont vous daignez combler, ô mon Dieu ! la plus indigente de vos servantes ! Ah ! pour réparer, dans une seule, le défaut de toutes mes communions précédentes, (car qui pourrait prescrire des limites à la miséricorde d’un Dieu mort pour mon salut ?) je vais m’appliquer à rentrer au fond de mon âme, pour interroger et juger toutes ses dispositions : présidez vous-même, ô divin Sauveur ! à cet examen, éloignez-en l’amour-propre, la vaine complaisance pour moi-même, l’indifférence ou la tiédeur dans l’exécution du ferme propos que vous m’aurez inspiré. Combien n’ai-je pas reçu de grâces depuis ma dernière Communion Pascale ? De quelle manière y ai-je répondu ? Que dois-je faire pour en réparer ou pour en prévenir les abus ? Chacune de ces réflexions porte l’effroi dans mon cœur : mais ne crains pas, ô mon âme ! de les approfondir ! Et vous, ô Dieu sévère, mais toujours bon ! vous qui sondez les reins et les cœurs, daignez compter pour quelque chose l’épouvante, dont elles me pénètrent, afin que les impressions ne m’en soient point inutiles.

  1. Avec quelle prédilection la bonté de Dieu n’a-t-elle pas continué à manifester ses dons sur moi! Tout ce qu’elle m’inspire de courage pour soutenir le plan de conduire que j’ai eu le bonheur d’embrasser; la force dont elle m’anime pour résister aux assauts du dehors autant qu’aux dégoûts et aux aridités intérieures ; les lumières qu’elle a versées dans mon âme, pour m’éclairer dans certaines circonstances critiques et délicates, où ne pouvait manquer d’échouer ma malheureuse nature abandonnée à sa propre faiblesse ; les réflexions salutaires que la grâce m’a inculquées avec une éloquence si vive sur la brièveté de la vie, sur les difficultés du salut, dans un monde où la corruption se masque sous les dehors de la simplicité, où le crime se déguise sous les attraits naïfs de l’innocence, et où la vertu même est un danger, sur la vanité des jouissances humaines, le néant de toutes ces grandeurs importunes qui m’environnent ; les spectacles successifs, si variés et si frappants, qui m’ont été offerts par la Providence, comme un cours d’instructions les plus pressantes, les plus efficaces ; une suite d’événements de toute espèce, qui, depuis ma première éducation, ont été autant de voies, ménagées par la miséricorde divine, pour me tenir sans cesse en garde contre les illusions de la prospérité, et me fixer dans la route glissante du bien ; une fermeté de caractère qui ne m’a été donnée du Ciel que pour me rendre plus inexcusable dans mes inconstances ; une conscience qui ne tarde point à se faire entendre à mon cœur aussitôt que je cesse d’être docile à la loi ; tant de secours précieux, puisés dans la prière ou dans mes méditations, dans les revers journaliers de ma vie, dans les lectures pieuses, dans les instructions secrètes ou publiques, dans les exemples religieux, dans les Communions fréquentes, et dans la sainte ardeur qui m’y portait ou m’y accompagnait par intervalles, dans la dispensation des trésors de l’Église au Jubilé ; ces affections tendres, ces délices ravissantes, joies ineffables auxquelles mon âme ne pouvait suffire, et que votre main libérale versait avec profusion dans le calice des amertumes et des douleurs ; voilà un détail abrégé des faveurs que j’ai reçues, et dont je suis comptable.
  2. Que d’humiliants retours sur moi-même m’offre la vue et le souvenir des abus que j’ai si souvent eu le malheur d’opposer à tant de grâces! Hélas! je ne vois en général dans toute ma conduite spirituelle qu’une suite coupable d’indifférences et d’infidélités. Ai-je respecté tant de biens et de richesses intérieures comme les fruits de son Sang adorable ? Les ai-je chéris comme les gages de son amour ? Me suis-je appliquée à les conserver comme des trésors confiés à mes soins pour les faire valoir, ou du moins pour ne les point condamner aux ténèbres ? Quels ont été mon exactitude et mon empressement à acquitter les sacrifices qu’ils m’imposaient ? Comment ai-je apprécié des ressources qui devaient être pour moi des moyens de victoire et salut ? Loin d’en profiter, ne les ai-je pas combattues ces grâces précieuses, lorsqu’elles me rappelaient à des devoirs gênants pour mon indolence, contraires aux intérêts de ma vanité ?

Je crains de m’étudier encore, je rougis de me connaître ; mais coupez, tranchez, ô médecin charitable, parce que vous êtes sévère d’un cœur que vous voulez guérir en le blessant ! N’ai-je pas préféré de temps en temps la vivacité de mes désirs naturels au langage secret de justice, de charité, d’humilité, de mortification qui exigeait de ma part des efforts et des combats ? Quelle attention ai-je apportée à solliciter ces secours puissants, les seuls suppléments capables d’aider ma faiblesse, et de remplacer mon impuissance ? Que de dettes nouvelles ajoutées à des obligations contractées si solennellement ! que de tiédeur, que de légèretés, d’irrévérences, de distractions trop volontaires dans la prière, jusqu’aux pieds des autels, jusqu’à l’ombre du sanctuaire ! Au lieu d’y trouver les forces qui m’étaient nécessaires, et que la grâce me présentait, j’allais trop souvent n’y chercher que des titres nouveaux de condamnation.

Le récit, la lecture de la divine parole n’ont-ils pas été pour moi des exercices sans fruit, par les inattentions de l’esprit, ou par la langueur des affections, par l’absence du cœur ? Me suis-je toujours sérieusement attachée à’examiner, à me suivre de près, à développer tous les motifs habituels qui dirigent mes actions, à peser dans la balance du sanctuaire mes iniquités, à les détester toutes, à les prévenir par des préservatifs nécessaires, à les réparer par les saintes mortifications de la pénitence, par les humiliations et les douleurs d’un repentir sincère ? N’ai-je point eu peut-être plus de répugnance à les accuser, que de contrition en les pleurant ? Et mes communions… Oh ! serais-je du nombre, du grand nombre des profanes, qui, en recevant le Corps du Sauveur, ne font que manger et boire leur propre jugement et leur condamnation ? Mes confessions m’ont-elles rendue plus humble, plus patiente, plus détachée de moi-même ; moins esclave du respect humain, moins sévère à l’égard du prochain ?

Quand il serait vrai, comme l’amour-propre est si empressé de me le persuader, que je ne trouvasse en moi que peu de mal, quel bien puis-je me répondre d’avoir fait ? s’il n’y a point d’écart sensible, quels progrès aussi y a-t-il dans la vertu ? Quels rapports y a-t-il entre ce que je suis et ce que la grâce devrait m’avoir fait ?

III. Touchée et confuse comme je dois l’être à la vue de ce que je suis devant Dieu, je m’appliquerai désormais à réparer l’abus de tant de grâces, par le saint usage de celles que va me procurer de nouveau la communion pascale. La confession qui la précédera servira d’abord à corriger tout ce qu’il y a eu d’imparfait dans mes préparations, soit éloignées, soit prochaines, dans l’accusation et la douleur du péché, dans la résolution et la satisfaction qui doivent justifier la sincérité de mes regrets ; tant d’autres défauts qui ont donné lieu habituellement aux rechutes dans les mêmes infidélités.

Après quoi je consacrerai ma communion à venger Notre Seigneur de toutes les participations infructueuses que j’aurais eu le malheur de faire de son Corps adorable. Je le conjurerai de ranimer ma foi, mes désirs, ma confiance, mon amour et ma reconnaissance ; j’abjurerai, à ses pieds, toutes mes misères passées : je les détesterai de nouveau ; mille fois je lui protesterai que je craindrai mille fois plus qu’aucun des maux de ce monde, que tous les maux de ce monde à la fois, la résistance à ses grâces, l’abus de ses grâces, la perte de ses grâces.

Pour effectuer ces projets, heureux fruits d’une Pâque chrétienne, je m’armerai contre moi-même d’une sage défiance ; en me rappelant ma faiblesse, je sentirai plus vivement le besoin de m’appuyer sur un cœur le plus miséricordieux, le plus compatissant, toujours ouvert, comme il nous en assure lui-même, pour recevoir dans ses immenses plaies l’âme pécheresse qui vient y chercher le remède à ses infirmités. Fidèle à me mettre sous sa sainte présence, à l’invoquer par de tendres aspirations, à lui dévouer mes affections les plus sensibles, à lui faire hommage de mes pensées, de mes sentiments, de mon existence tout entière, je trouverai dans son indulgente charité, et dans l’ardeur de mes efforts le secret de cimenter mon union avec lui, de la rendre inébranlable.

Oh ! Dans quel délicieux avenir j’aime à me porter ! Mes prières toujours préparées par l’exercice de la présence de Dieu, à laquelle je m’élèverai par intervalles, ne souffriront plus ou de la vivacité de mon imagination, ou de la malheureuse dissipation qu’entraînent presque nécessairement des rapports étendus avec le monde, ou de la trop grande occupation de moi-même. Cette pratique du recueillement, devenue ainsi habituelle, me rendra chers tous mes devoirs de religion, elle en fera les premiers de mes besoins, mes seuls besoins. Nulle atteinte de dégoût et de paresse ne m’exposera plus à la funeste ressource de les abréger pour les trouver moins longs, moins pénibles. Je saurai remplir avec une humble condescendance tous les engagements de sujette, d’enfant, de maîtresse, de chrétienne. La plus sévère circonspection veillera sur tout mon extérieur, présidera à mes conversations, à mes loisirs, à mes occupations diverses, aux détails de mes affaires, à l’usage de ma protection, à mes devoirs de charité, aux entreprises de zèle que Dieu me suggérera pour sa gloire et pour le salut du prochain ; elle me consolera de la supériorité de mon rang. Etre avec Jésus ! Etre toujours avec Jésus ! Une simple mortelle est-elle capable de ce bonheur ?

Prière à Jésus crucifié

Vous m’avez, aimée, divin Jésus. Les plaies dont votre Corps sacré est couvert ; ce sang qui coule en abondance de vos membres défaillants ; cette Croix où vous expirez, cette Croix, au pied de laquelle je vous adore, tout m’annonce les sacrifices, les miracles de l’amour ; ce n’est pas sur le Calvaire seul que vous avez consenti à perdre la vie ; hélas ! mes péchés ont plus d’une fois renouvelé dans mon cœur vos supplices et votre mort. Victime éternelle du genre humain, votre amour renaît sans cesse, inépuisable, immortel.

Toutes ces grâces qui n’ont cessé jusqu’ici de m’inviter, de m’appeler, d’une manière si pressante, à votre service, ce sont les fruits de tant d’humiliations et de douleurs auxquelles vous avez bien voulu vous soumettre pour moi. Les mérites infinis de votre Sang sollicitent à chaque instant en ma faveur, et font découler sur moi les richesses de votre sacrifice. Voilà ce que je dois me rappeler en parcourant toute la suite de mes années ; chacune d’elles est marquée par un trait distinctif d’une prédilection particulière pour moi. Déjà la plus ingrate de vos créatures, si je venais à oublier vos bienfaits passés, de quelles expressions pourrais-je peindre et caractériser l’indifférence ou l’oubli de ceux que vous daignez m’accorder aujourd’hui ? Depuis ma dernière Pâque, que de saints retours ! Que de généreux sentiments ! Que de dispositions aux vertus chrétiennes ont accompagné mon union avec vous, Seigneur, dans la prière et dans les sacrements ! Que de reproches affectueux vous m’avez fait entendre sur mes infidélités anciennes ! Combien d’impulsions secrètes m’ont animée, agrandie ! Il semble que vous m’ayez donné un cœur de plus, pour vous l’offrir tout entier, et vous aimer encore davantage. Oubliez, oubliez vous-même, ô mon Jésus ! que j’ai pu cesser un moment d’être à vous. Je me trouverais trop vile, trop malheureuse d’y penser, et je ne veux pas que rien trouble à présent la joie d’être à vous.

Exercice pour le temps d’après la Communion

Me bornerai-je à de simples actions de grâces pour exprimer les bienfaits dont Jésus-Christ m’a comblée, en daignant s’incorporer à moi ! La reconnaissance la plus vraie que je puisse lui promettre, c’est l’obéissance à sa voix qui se fait entendre si puissamment dans mon cœur. Ma conduite intérieure et extérieure doit donc être l’image de ces bienfaits, et l’imitation, autant qu’elle dépend de moi, des prodiges au milieu desquels il s’est donné à mon cœur. Le plus grand, le plus glorieux de ces prodiges, celui qui les couronne tous, est sans doute le miracle de sa résurrection. Comme la sienne, ma résurrection à la grâce doit être vraie et durable.

1° Je dois appréhender d’abord de m’être fait illusion à moi-même, si je me suis bornée dans les temps du deuil et de la pénitence aux dehors de la régularité qu’elle impose alors plus spécialement à ses enfants. Oui, peut-être ai-je donné plus de suite et de loisir à la prière, à la retraite, à la méditation des douleurs de Jésus souffrant ; à l’examen secret de mes imperfections, à la fréquentation des Temples, à l’assiduité aux pieds des Autels, aux sentiments affectueux qu’opèrent nécessairement, dans une âme sensible, les grands spectacles offerts par la religion. Mais, hélas ! combien ignorerais-je mes vrais intérêts, si je réduisais à ces uniques témoignages la garantie de ma résurrection spirituelle !

2° Elle demande de moi des effets, et non plus seulement des préparations ; une réforme véritable, et non plus des résolutions, un passage réel à un état de vie, et non plus de simples moyens pour sortir d’un état de mort.

3° Les réflexions que j’ai faites sur tant de grâces passées, dont la bonté divine m’a prévenue, et sur les grâces actuelles, dont il vient de me gratifier, ne me permettent plus de me dissimuler la prédilection de son amour, et les obligations nouvelles qu’elle m’impose. Or, une vertu commune qui consisterait à écarter quelques fautes plus marquées et plus habituelles, ce n’en est point assez pour répondre aux vues du Seigneur sur moi. Je le sens : il m’appelle à quelque chose de plus élevé, et qui m’attache plus particulièrement à son service. Ce qu’il veut, ce qu’il exige de moi, c’est une conformité plus exacte à la morale de l’Évangile qui a dit : que celui qui veut être à moi porte sa croix et qu’il me suivre. Votre croix ! ô divin Jésus ! époux désiré, époux adoré de toutes les puissances de mon âme ! Ah ! faites-la paraître à mes regards ! que je l’embrasse, que je m’y tienne attachée, oui, et pour ne la quitter jamais ; est-ce sur le Calvaire que vous m’attendez ? Indiquez-moi la route qui y conduit, et vous allez m’y voir à vos côtés.

4° Mais, hélas ! si vous ne m’avez point honorée d’une vocation aussi sublime, j’ai toujours à remplir d’importantes obligations. La solidarité de ma dévotion exige que j’obéisse à tous les devoirs de ma religion et de mon rang, avec toute la ferveur, toute l’exactitude, tout l’amour et toute la pureté d’intention qui peuvent en rehausser le prix aux yeux de Dieu. C’est à quoi m’aideront une délicatesse de conscience, qui me fera craindre jusqu’à l’ombre du péché ; une sévérité qui m’empêchera d’en commettre un seul de propos délibéré, une attention prompte à m’humilier devant Dieu, aussitôt que j’aurai le malheur d’en commettre quelqu’un, une vigilance exacte à en prévenir, à en éloigner toute occasion.

5° Un autre moyen que vous m’inspirez, ô mon Dieu ! pour acquérir cette piété solide, c’est le soin que j’aurai de m’unir plus fréquemment à Dieu dans la Méditation, dans les Sacrements, dans l’exercice de sa présence. Par là, j’apprendrai à le connaître, et à me connaître moi-même. J’y trouverai tous les secours nécessaires pour travailler à un plus grand détachement de moi-même, au renoncement, à tout ce qui flatte d’ordinaire ma vanité et mon amour-propre, cet ennemi si dangereux et si commun de la piété ; à la mortification de ma paresse et de mon indolence ; à l’humilité qui, par la vue de mes faiblesses, m’apprendra à compatir à celles du prochain, à l’indifférence pour toutes les grandeurs qui m’environnent, dès qu’elles me feraient oublier Celui auquel elles doivent essentiellement se rapporter !

6° En agissant par cet esprit de Dieu, je n’en serai pas moins attentive à remplir tout ce que je dois à l’Autorité, à la tendresse, aux bienséances, à la société, à la charité. Tous ces différents rapports ne laisseront jamais entrevoir, dans ma conduite, ni humeur, ni hauteur, ni caprices, ni vivacité, qui ne soient au moins réprimés aussitôt par un secret retour vers Jésus crucifié, et souffrant sans se plaindre. Jamais surtout, je ne me permettrai le sombre ou le rebutant d’une piété qui ne sait point s’accommoder aux personnes et aux circonstances ; plier à propos, se relâcher pour maintenir la subordination et l’union, quand d’ailleurs il n’y va ni de la gloire de Dieu, ni du salut.

7° Lorsque je m’étudierai ainsi à rapprocher mes vues et mes actions de cette intention habituelle, soit d’éviter tout ce qui peut déplaire à Dieu, soit de pratiquer tout ce qui peut lui être agréable, je me précautionnerai contre tous les assauts du respect humain. Je craindrai également ou l’excès de ma timidité dans mes égards illégitimes pour le monde, ou l’empressement de ma satisfaction dans mes complaisances pour moi-même. Souvent ce n’est pas tant la crainte de déplaire que le désir de plaire, qui est le ressort de ces frivoles considérations. Appliquée plus constamment à me garantir de ce double écueil, je consulterai uniquement devant Dieu ce qui est de sa gloire et de ma sanctification, et avec cette règle essentielle, je redresserai tout ce qui peut se trouver d’imparfait, de lâche, d’humain dans mes motifs, dans mes paroles, dans mes projets, dans mes actions.

8° Ma vie nouvelle ainsi appuyée sur les fondements d’une piété solide, je dois m’appliquer à lui donner une base solide, inattaquable. Des promesses réitérées, et presqu’aussitôt démenties, des lumières multipliées, et plus souvent éteintes, des désirs formés en foule, mais sans fruits, sans exécution, ne pourraient avoir d’autre terme qu’une vie au moins très tiède et très languissante dans le bien. Pour prévenir cet affreux malheur, le plus redoutable après l’état du péché mortel, et qui y conduit insensiblement ; je considérerai, d’une confession à l’autre, les grâces reçues dans la communion précédente, les moyens de me conserver dans les saintes résolutions que j’y aurai prises ; les promesses faites à Dieu, les causes ou les occasions de mes chutes, les précautions que je dois opposer à de nouvelles infidélités et surtout les progrès que Dieu, et le monde, toujours plus sévère encore que Dieu, demandent de ma fréquente réception des Sacrements. Ces engagements, que je renouvelle à vos pieds, adorable Jésus ! seront-ils encore infructueux ? Une seule goutte de votre Sang suffisait pour changer le monde, et vous l’avez répandu tout entier. Quels motifs d’espérance pour moi ! Dieu de toute force, venez au secours de ma faiblesse, et je n’aurai plus rien à redouter de moi.

RÉFLEXIONS

Heureuse l’âme, ô mon Jésus ! qui a recueilli ces fruits de votre sainte résurrection, et dont la vie nouvelle ne retrace aucun des caractères de son ancien état de mort. Mais, moi ! puis-je me comparer à tant de félicité ? Le temps des délices est-il passé ? La pierre qui couvrait le tombeau où je languissais se serait-elle refermée sur moi pour m’ensevelir de nouveau dans les ombres du trépas ? L’aurai-je trouvée trop pesante pour pouvoir la lever, et franchir les obstacles qu’elle opposait à mes efforts, pour aller me réunir à vous ? Non, Seigneur : votre grâce victorieuse animera mon courage, elle me fera triompher de toutes ces frivoles alarmes. Je vous ai confessé ma faiblesse, j’ai demandé avec confiance, au pied de votre croix, et baignée du Sang que vous y avez répandu pour moi, les forces qui pourraient m’aider à vaincre le monde, la nature et moi-même ; je vous ai renouvelé les assurances, tant de fois répétées, de ma fidélité ; et mon cœur répondait aux promesses que ma bouche vous adressait ; mon cœur enchérissait sur elle.

Sur le point de m’unir encore à vous dans le Sacrement de votre amour, je les confirme encore devant vous ces promesses sacrées pour moi, j’ajoute toutes celles que vous désirez de moi : tout ce que votre miséricorde me prescrit de devoirs, je veux m’y soumettre, je veux ne vivre plus que pour vous. Mes vues, mes empressements, mes affections, tout le plan de ma conduite seront dirigés vers ce désir constant de vous plaire, que vous avez si puissamment suscité dans mon âme ; enflammez-les encore, prêtez-lui tous les feux de cet amour que vous êtes venu allumer sur la terre, et dont une étincelle suffit pour l’embraser, et la rendre digne de vous. Tracez vous-même, tracez-moi la règle de mes actions : que je puisse redoubler sans cesse de fidélité et d’amour dans votre service ; que sans cesse je me reproche de n’en point avoir assez. Prévenez, déracinez dans un cœur qui doit être tout entier à vous, les malheureuses inclinations qui m’entraînent vers la vanité, la tiédeur, la dissipation : que votre esprit sanctificateur domine et règne sur tous mes sens. Accordez-moi, divin Jésus ! ce gage inestimable de votre vie nouvelle dans moi. Que je vous cherche en tout avec ardeur, que je m’occupe de vous, et de vous seul ; que je vive en vous, que je persévère en vous, que je meure en vous.

Exercice pour la Communion d’une Fête d’Apôtre

Ce n’est pas, je le sais bien, aux seuls Ministres de l’Évangile qu’appartiennent les fonctions de l’apostolat. Il y a pour chaque Chrétien un ministère particulier qu’il est chargé d’exercer pour la gloire de Dieu, et pour le salut du prochain. Jésus-Christ nous l’a enseigné lui-même : nous sommes tous obligés de contribuer à glorifier son Saint Nom. Tous, nous devons nous intéresser au bien spirituel de nos frères. Le Saint-Esprit n’a point fait d’exception à cette loi : générale à tout ce qui est Chrétien, elle s’étend donc aussi sur moi.

Les personnes d’un rang supérieur à celui de la multitude ont, à cet égard, des obligations plus essentielles encore, plus pressantes, et tout à la fois plus faciles : c’est ce que je dois souvent considérer comme une des prérogatives attachées à l’élévation du rang où la Providence m’a placée. Ma naissance, en me distinguant de la foule des sujets, loin de m’affranchir de la nécessité d’être plus singulièrement appliquée au service de Dieu, et à l’intérêt de mes frères et sœurs en Jésus-Christ, achève de rendre pour moi cette obligation inviolable, en multipliant autour de moi les occasions d’être utile. N’être grande que pour mieux m’occuper de mes intérêts humains, et les servir avec plus de pouvoir et d’autorité, ce serait méconnaître, ce serait oublier les desseins de Dieu sur moi, ce serait dégrader les privilèges de mon rang. Ici, l’exemple ne peut prescrire, et la religion m’avertit que cet abus, aussi coupable qu’il est commun, ne sera pas un des moindres titres de l’accusation et de la condamnation d’une foule de grands.

Et, si non contente de négliger les secours de ma condition, pour édifier les autres, et servir à l’intérêt de leur salut, si j’allais être pour eux un sujet de scandale ! Ah ! Seigneur ! prévenez, je vous en conjure, prévenez ce malheur en m’inspirant fortement ces pensées salutaires : que je ne puis plus utilement illustrer les grandeurs que je tiens de vous, qu’en consacrant leur usage, et contribuant, de tout mon pouvoir, à vous faire connaître, aimer et servir ! Ô vous ! le premier et le meilleur de tous les Maîtres ! Les plus glorieux éloges qu’aient mérités et reçus les saint Louis, les saint Casimir, les saintes Clotilde, Elisabeth, et tant d’autres Princes ou Princesses chrétiennes, ne sont appuyés que sur cette fidélité confiante à faire régner Jésus-Christ sur leur trône, ou sur celui dont ils approchaient.

Eloignée par mon sexe, par mon incapacité, du ministère de la parole, heureuse de l’entendre, si je ne puis la porter de vive voix, au moins puis-je l’annoncer par l’exemple. Je l’éprouve par ma propre expérience : on ne résiste guère à l’exemple. C’est là une sorte d’éloquence qui ne rebute personne ; c’est celle que Dieu me permet et me commande : au défaut de toute autre mission, voilà celle qui m’est confiée, et que je ferai valoir, si vous daignez, ô mon Dieu, m’animer de la force nécessaire, pour profiter de tous les bons exemples que je reçois et n’en donner moi-même que de bons.

Lorsque ma conduite laissera voir à ce qui m’environne, un esprit d’ordre, qui ne se démentira point, soit pour les pratiques communes de la piété, soit pour les bienséances et les devoirs qui me sont indispensables ; lorsque je paraîtrai toujours égale dans mes humeurs, toujours patiente dans les contradictions, toujours modérée dans la poursuite de mes volontés et de mes désirs ; affable et populaire, sans hauteur dans mes manières comme dans mes paroles, toujours réservée à l’égard du secret qui m’aura été confié ; indifférente, et sans curiosité, pour celui des autres ; toujours déclarée pour la piété, et pour les personnes qui en font profession ; toujours respectueuses dans les hommages publics que je rends à Dieu ; toujours soumise et tendrement attachée à un père mon souverain, dont la grâce et la majesté me retracent, sous les plus aimables traits, le Dieu du Ciel que j’adore et que je chéris ; toujours également empressée dans les témoignages de l’affection si vive que je dois à l’auguste mère que le Ciel m’a donnée pour modèle ; toujours inviolablement unie à une famille que j’aime, par sentiment autant que par devoir ; lorsque je n’offrirai aux yeux du monde que des exemples irréprochables ; alors, quel crédit n’assurerai-je pas à la vertu ? et de quel mérite ne sera point pour moi, devant le Seigneur, cette espèce d’apostolat, si capable d’ennoblir la grandeur chrétienne ?

Le désir de ma sanctification ne sera point alors le seul motif qui animera mes sentiments et mes actions. Quel bonheur pour moi, ô mon Jésus ! d’imiter, quoique de si loin, les vues d’un Dieu Rédempteur, à qui les sacrifices les plus douloureux n’ont point coûté pour le salut des hommes. Appliquée à lui demander, dans des prières fréquentes, quelque communication de son zèle divin pour mon âme, et pour toutes celles qu’il a sauvées au prix de son Sang ; je consacrerai tous les soins de l’amour que je lui dois à conserver ou à lui ramener des adorateurs, des serviteurs, des enfants qui le connaissent et le glorifient. C’est à cette fin, la seule digne de mon élévation que se portera, exclusivement à toute autre, l’usage de mon autorité.

Oui, le cœur qu’il m’a donné, ce Dieu miséricordieux, ce cœur qu’il a rempli d’une sensibilité quelquefois malheureuse pour des infortunes temporelles sera plus sensible encore aux misères spirituelles du prochain. Un zèle attentif m’engagera à les prévenir, ou à les réparer. Conseils, remontrances, instructions, vigilance, fermeté même, si les conjonctures l’exigeaient et que j’en eusse l’autorité, tout sera de ma part une barrière au vice, à l’irréligion, à la licence des mœurs, tout sera protection pour la vertu et pour la loi sainte du seigneur. Dans ces circonstances, si elles viennent à se rencontrer, donnez-moi, ô mon Dieu ! l’art d’étudier les caractères et de les connaître, de peur d’irriter le mal en voulant le guérir ! Je vous entends, Seigneur : c’est votre voix qui me parle à mon cœur, en m’inspirant de commencer alors par recommander à votre infinie miséricorde, les personnes que vous m’aurez indiquées pour être les objets de mon zèle. Les difficultés qui s’opposeront au succès de mes entreprises, je les regarderai comme autant d’épreuves suscitées par votre permission pour me purifier : si les obstacles se multiplient, et devenaient insurmontables, je me soumettrai à votre volonté sainte, je garderai le silence, je gémirai en secret, je m’humilierai en secret, et j’adorerai vos redoutables jugements sur le pécheur qui s’éloigne de vous.

PRIÈRE

Ô vous, qu’un Dieu-Sauveur appela à sa suite, vous, qu’il associa au plus glorieux ministère, aux travaux de la mission divine, dont il avait daigné se charger pour procurer la gloire de son père, et la rédemption des hommes ; vous, qui embrasé d’un zèle saint, puisé dans le cœur et dans les exemples de Jésus-Christ, consacrates votre vie tout entière à la glorieuse fonction de lui conquérir des âmes, déjà les fruits de son Sang adorable, et à embellir la céleste Jérusalem des dépouilles enlevées à l’enfer ; grand Apôtre que l’Église révère dans ce jour solennel, obtenez-moi cet amour ardent, qui, en vous attachant à votre divin Maître, vous rendit si zélé à étendre son Royaume et son Évangile ; qu’à votre exemple je m’applique à le faire connaître, et à le faire aimer ; que j’y emploie le langage et le crédit persuasif de la vertu, auxquels j’ajouterai les secours que pourra me suggérer un zèle courageux, mais toujours accompagné de sagesse ; un zèle éclairé, mais toujours charitable, un zèle actif, mais toujours proportionné aux circonstances des besoins et des caractères ; un zèle constant, mais toujours soumis aux ordres de Dieu.

Qu’inaccessible à ces indignes complaisances sous lesquelles se masque le respect humain, j’oppose une fermeté inaltérable aux pièges de l’intrigue, aux illusions de la sensibilité, aux assauts de l’importunité ; que je préfère hautement à tout intérêt humain, celui de la gloire de Dieu ou du salut des âmes ; que tout ce qui m’approche, que tout ce qui dépend de moi reconnaisse qu’on ne saurait me plaire, qu’autant qu’on respecte la religion et la vertu ; qu’un des objets les plus ordinaires de mes oraisons et de mes bonnes œuvres, soit d’attirer des grâces de conversion aux pécheurs : quelle demande plus agréable au cœur de celui qui a donné sa vie pour eux ? Enfin, que je consacre tout l’emploi de la grandeur que Dieu m’a confiée à l’honorer par ma fidélité, et à protéger sa loi par mon zèle !…

Heureux favori d’un Dieu Sauveur, voilà ce que me retracent les glorieux caractères de votre apostolat. Je vais plus que jamais m’approprier vos exemples dans tout ce qu’ils ont de proportionné à mon état. Puisse le Dieu Rédempteur que je me dispose à recevoir, accepter et bénir tous les désirs de mon zèle pour sa gloire ; les animer par de nouvelles grâces, les récompenser un jour en me plaçant aux pieds du trône que vous occupez. Portez, grand Saint, les mêmes vœux auprès du Rémunérateur suprême pour ces sœurs chéries [1], si dignes de toute ma tendresse, dont les exemples vertueux semblent me rendre plus doux encore le joug du Seigneur. Quand le sort m’eût fait naître loin d’elles, j’eusse voulu franchir l’intervalle du rang et de l’opulence, pour mériter de les admirer de près ; mon ambition eût été de former mon âme sur le modèle de la leur ; mes vœux, toujours ardents, toujours empressés, auraient oublié mes propres besoins pour ne présenter au Ciel que leurs désirs ; ma vie eût été mille fois offerte à l’Eternel dispensateur de nos destinées, pour ajouter à la durée de leurs jours, et mon bonheur eût été parfait, s’il m’eût été possible de leur offrir les hommages d’un respect et d’une confiance que le cœur acquitte si volontiers quand c’est l’estime qui les commande.

[1] ses sœurs, Madame Adélaïde, Madame Victoire et Madame Sophie, peut être même Mesdames Henriette (1752+) et Elisabeth ( 1759+) sont-elles ici comprises dans la pensée de Madame Louise.

Exercice pour la Fête de l’Exaltation de la Sainte Croix

1° Le monde, idolâtre des honneurs et des plaisirs, ne connaît point le prix de la Croix, il la fuit ; il la fuit, il la méprise dans ceux qui la portent. Il lui substitue tout ce qui flatte l’ambition et la sensualité… L’âme, solidement chrétienne, jette les yeux sur le Dieu-Sauveur que son amour attache à cette Croix : c’en est assez pour qu’elle s’y condamne elle-même, pour qu’elle s’y soumette, pour qu’elle se trouve heureuse s’y participer. Une contradiction qui heurte la volonté propre, un sacrifice aux dépens de la vanité, un refus, un oubli qui confondent l’orgueil, un écart qui humilie l’amour de soi-même, une contrainte qui gêne les sens, tout est précieux à son courage, parce qu’il y découvre de quoi se rapprocher de la Croix, et de celui qui a établi le trône de ses grandeurs sur le théâtre de ses divines abjections.

2° Le monde, ennemi de la Croix, force les mérites de la Croix d’être stériles et infructueux pour lui. Elle ne sera pour lui qu’un témoin accusateur, qu’un juge sévère, qu’un organe de mort… Le péché qu’ils aiment, et dans lequel ils s’obstinent, est un obstacle aux fruits de pardon qu’elle leur procurerait…
L’âme chrétienne ne se pardonne point tout état de péché qui lui ravirait la grâce de son Dieu ; elle le déteste au plutôt, elle se hâte de s’en purifier, elle réclame les richesses de la Croix, pour obtenir la réconciliation, et bientôt le calme succède aux agitations, aux angoisses du remords, l’amour de Dieu, à son insensibilité, la force, à ses faiblesses, la pureté de l’âme, aux taches qui la souillent. À l’ombre de la Croix, elle se soutient dans ses combats, dans ses infirmités, dans ses craintes. Pendant la vie, à l’heure de la mort, la Croix est son bouclier et son refuge.
Autant le monde ennemi de Jésus-Christ s’estime malheureux de porter sa croix, autant le vrai chrétien s’y attache avec l’ardeur que lui inspire une foi dégagée, affranchie de tous les préjugés de la nature et de l’amour-propre. Perçant les nuages d’une orgueilleuse sensibilité, il reconnaît tous les avantages que lui procure cette humiliation, ce mépris, cet abandon de la part de ceux sur lesquels il comptait le plus. Il apprend à supporter avec joie jusqu’aux coups qui attaquent le plus vivement son cœur. Il embrasse la Croix, il s’unit à la croix du Sauveur, et trouve dans cette douce union tout ce qui peut lui rendre chères les épreuves et les souffrances toujours si pénibles à l’humanité abandonnée à sa propre faiblesse. Les plaintes, les murmures, les révoltes secrètes, les dépits d’une délicatesse offensée, tout cède aux impressions que fait sur son âme le spectacle de la Croix, ce symbole glorieux et consolant que la religion ne cesse de lui offrir.
Aussi est-ce sur cette règle qu’il s’applique à diriger ses sentiments et ses mœurs. Il ne mesure, comme les Louis et les Edouard, sa véritable grandeur, que sur sa conformité avec Jésus crucifié. Une situation brillante et élevée, loin de captiver son cœur, n’est pour lui qu’un fardeau pesant. Il ne fait que se prêter aux égards que son rang exige de lui, et ses moments les plus doux sont ceux où on paraît l’oublier et le méconnaître. Dans cet esprit, il fait mille fois hommage à la Croix de toutes ses grandeurs, il se fait un devoir de lui offrir le tribut d’une prière fervente, il y colle ses lèvres enflammées, souvent il en réitère le signe adorable sur lui-même, sans cesse il en porte avec soi l’image. Telle est la conduite du vrai chrétien. Et voilà le modèle que j’ai à suivre pour honorer la Croix ; elle doit être pour moi une source de grandeur, un motif de confiance, un objet d’amour, une règle de conduite.

  • Prière à la Croix

Croix adorable, autel sacré sur lequel mon Sauveur m’a donné les témoignages les plus incontestables de son amour miséricordieux, recevez en ce jour les hommages profonds de ma vénération et de ma reconnaissance. Que ne dois-je point aux mérites infinis de la victime qui expira entre vos bras. Que ne me rappelez-vous point des trésors de sa charité pour moi, lorsque je viens déposer à vos pieds le poids immense de dettes que j’ai contractées et que je contracte encore tous les jours à son égard ? Mais, ô Croix précieuse ! vous serez toujours ma défense au tribunal de sa justice ; vous ne lui présenterez que de nouveaux motifs de me pardonner en lui présentant dans vous-même le trône des anciennes richesses de son cœur pour tous les hommes. Si vous m’instruisez des objections qu’il embrassa pour me sauver, et des grandeurs qui accompagnèrent son dernier sacrifice, c’est pour m’apprendre que la gloire véritable pour une âme chrétienne consiste dans l’imitation fidèle de ses humiliations. Si vous étalez aux yeux de ma foi les trésors de grâce dont vous fûtes l’heureuse dépositaire, j’y découvre les motifs les plus puissants d’animer ma confiance. Si je considère l’amour extrême qui vous attacha le Dieu mourant pour mon salut ; ah ! de quel amour ne dois-je pas être pénétrée moi-même, lorsque je vous contemple et que je vous adore ? Si je médite les grandes leçons dont vous fûtes l’Ecole dans les derniers moments de la vie de Jésus expirant, puis-je n’y pas découvrir toute la science qui doit m’être la plus chère, celle qui me porte sans cesse à être humble, mortifiée, patiente, détachée de moi-même ; généreuse à sacrifier mes ressentiments, attentive à appuyer ma faiblesse du secours de la prière. Obtenez-moi, ô Croix de mon Jésus, ces fruits abondants si nécessaires à mes besoins ; protégez-moi contre tous les ennemis de mon salut : régnez sur mon cœur et sur mes désirs. Purifiez, sanctifiez, animez, occupez toute mon âme ; portez au moment de ma mort tous mes désirs, toutes mes affections au séjour des miséricordes éternelles !

Exercice pour la fête de l’Ascension de Notre-Seigneur

Le Seigneur va-t-il donc quitter la terre pour toujours ? Non. Bientôt il s’y rendra présent par son Esprit-Saint, qu’il a promis à ses Apôtres de leur envoyer sous une forme sensible. En attendant cet heureux jour, parmi les grandes leçons que me donne le mystère de son Ascension, il est, surtout, deux vérités qui méritent particulièrement de fixer mon attention. L’une et l’autre m’est présentée dans les paroles que le Sauveur adresse à ses disciples bien aimés, au moment où il allait s’élever au Ciel en leur présence. « Je quitte le monde, leur dit-il, et je retourne vers mon père » ; paroles courtes, mais bien éloquentes, qui me prescriront d’être détachée du monde, au milieu du monde même, et de m’y occuper souvent de la pensée du Ciel.

Tant que Jésus-Christ est resté sur la terre, il a daigné se condamner aux humiliations et aux souffrances ; c’est l’apanage de ce monde. C’est donc en vain que je prétendrais moi-même y trouver le vrai bonheur. Que je réfléchisse sur tout ce qui m’environne : y trouverai-je la plus légère trace d’une véritable félicité ? Est-ce dans cet assemblage tumultueux de passions et d’intrigues qui se heurtent sans cesse sur le théâtre du monde ? Les passions faire le bonheur ! Ah, je n’y vois que des victimes qu’elles minent et qu’elles dévorent. Se trouve-t-il dans l’élévation et dans le haut rang qui nous décore ? il faudrait pour cela que nous y vécussions sans inquiétude. Hélas ! que de mécontentements, que de contradictions, que d’importunités et d’humeurs nous avons à essuyer ! Les peines arrivées aux personnes qui nous touchent nous deviennent personnelles par contre-coup. Est-ce dans le zèle de ceux qui nous approchent et qui nous servent ? Tous les livres, tous les siècles passés me crient que l’intérêt est souvent l’unique ressort qui les fasse agir. Dans la douceur du commerce et de la société ? Il ne m’est pas permis de former d’autres attachements que ceux que me prescrivent ma naissance, la nature et le devoir. Quelqu’agrément que j’y trouve, ne peut-il pas quelquefois m’en coûter pour plier mon humeur, et l’assortir à celle d’autrui ? La sérénité des plus douces unions est-elle toujours inaccessible aux nuages des inégalités ? – Est-ce dans certains moments où, rendue à moi-même, je cherche à goûter quelques courtes impressions de tranquillité ? La retraite et la prière ont été pour moi la source de mille douceurs ; mais les bienséances que j’ai à remplir les abrègent ; mais un cercle de distractions inévitables ne cesse de les troubler, mais une foule d’événements inattendus m’égare et m’agite.

Que de motifs pour moi de me détacher de toute affection pour ce monde ! Je dois m’y regarder comme étrangère, comme captive : le bonheur le plus apparent, qu’il puisse offrir à mes yeux, n’est qu’une surface trompeuse et sans réalité : pour peu qu’on y creuse, on n’aperçoit plus qu’un flux et reflux d’espérances chimériques. Un coup d’œil sur les diverses prétentions des personnes attachées à ma fortune me convaincra de tout ce que la religion m’en apprend d ailleurs.

Que je vienne à considérer ce que l’amour du monde pourrait avoir de dangereux ; que de raisons pour m’en détacher entièrement ! Comme chrétienne, je dois renoncer au monde, à ses pompes, à ses œuvres ; voilà l’engagement sacré que j’ai contracté sur les fonds baptismaux. Princesse, puisque la Providence a voulu que j’en eusse les titres dans le monde ; investie de ses biens, de ses honneurs, de ses vanités, attirée par ses fausses vertus ; quelle sainte et courageuse résistance ne dois-je pas opposer à ses perfides caresses ? Quels préservatifs ne m’offre pas aujourd’hui ce Dieu triomphant, qui se détache de la terre pour s’élever au Ciel ! Dans lui seul, dans son service, dans son amour, se trouve le vrai bonheur du chrétien, et c’est où je dois, où je veux le chercher…

Qu’il est instructif et consolant à la fois, le spectacle que l’Ascension de Jésus-Christ offre aux yeux de ma foi ! Je ne dois pas me borner à admirer les glorieux dédommagements qu’il accorde à son humanité sainte, après tous les supplices qu’il a endurés pour moi. Je lis encore dans ce mystère tout ce qui peut servir à appuyer ma plus vive confiance. Il m’apprend qu’il ne monte au Ciel que pour m’y assurer une place, pour animer le désir que j’ai de la mériter, pour seconder mes travaux dans cette importante acquisition, pour couronner les saintes œuvres qui doivent m’y conduire, pour être lui-même ma récompense au terme de mes combats, pour me réunir éternellement à lui dans le séjour glorieux où il s’élève aujourd’hui.

Combien ces promesses d’un Dieu glorifié doivent me rendre méprisable tout ce qu’un monde flatteur m’étalerait de séductions et d’enchantements ! Oui, la céleste demeure, dont Jésus prend possession, m’est destinée à moi-même ; il m’y invite, il m’y appelle. Son cœur me répond de la vive impatience où il est de m’admettre à la participation de ce bonheur ineffable. Juge, Médiateur, Pontife, Sauveur, voilà les titres qu’il a empruntés en ma faveur, et dont il est toujours disposé à suivre les miséricordieuses impressions. Juge, il m’absout. Médiateur, il parle pour moi. Pontife et victime, il s’immole lui-même à son père pour moi. Sauveur, il rouvre, il étend pour moi ses plaies sacrées.

Telles sont les assurances du bonheur auquel le mystère de l’Ascension me donne lieu d’aspirer. Cependant, qu’ai-je fait jusqu’ici pour m’en rendre digne ? Cette vue de la gloire, qui m’est réservée, ne m’a-t-elle pas souvent échappé, lorsqu’elle aurait dû ranimer mon courage et ma fidélité ? Que de langueurs dans mes désirs ! que de réserves dans mes efforts ! que de pusillanimité dans mes sentiments ! C’est ce que je ne puis assez déplorer, ni assez promptement réparer : et qui peut m’offrir plus efficacement les moyens d’y parvenir que ce Dieu triomphant, qui ne monte au Ciel que pour y préparer le rang qu’il m’y destine ?

Prière

Ô Dieu glorifié, qui abandonnez un séjour de crimes, un monde ingrat et si peu digne de vous, pour vous rendre au séjour de votre suprême béatitude, Dieu de bonté, qui nous invitez à partager ce bonheur parfait dont vous devez être l’objet unique, Dieu Sauveur qui voulûtes nous l’obtenir au prix de votre Sang, accordez-moi la grâce de me détacher du monde, d’y habiter et d’y vivre sans me rendre l’esclave de son esprit, de me défier de ses charmes trompeurs, de les craindre, d’y résister, de n’y paraître que pour y respecter votre loi et pour l’appuyer de mon zèle, de mon autorité et de mes exemples ; que jamais je n’y cherche un bonheur qu’il ne peut me donner, ni conserver ; qu’il n’y ait désormais pour moi d’autre félicité que celle pour laquelle je suis créée, et dont vous prenez possession dans cet heureux jour… Rien de ce que j’exécuterai, de ce que je désirerai, ne me paraîtra bon, juste, raisonnable, s’il n’est marqué du sceau des vertus que vous adoptez et que vous récompensez. Remplie de cette douce pensée du ciel, je m’écrierai dans les transports de mon admiration : ô gloire, ô repos, ô vie que j’attends avec confiance selon la promesse de mon Dieu ! Augustes assurances que ma religion me confirme, lumières si favorables, si consolantes de l’Évangile, ravissante majesté des espérances chrétiennes, ah ! vous faites disparaître tout le faux brillant de la grandeur qui m’environne sur la terre. Le Ciel réunit seul les vrais biens. Je soupire après le moment où j’y entrerai à votre suite, divin Jésus, où je vous y posséderai, où je vous y aimerai sans que mon cœur puisse craindre jamais de vous perdre. Devenez dès aujourd’hui pour moi le gage de cette éternelle félicité. Rendez mon âme dépositaire de ce bonheur et de ces richesses que les habitants du Ciel goûtent dans leur union avec nous ; que j’en reçoive quelques effets dans ma communion, et qu’en me renouvelant en pureté, en ferveur et en amour, ils me disposent à obtenir, à remplir la place que vous me promettez dans votre Gloire.

Exercice pour la Fête de la Pentecôte et pendant l’octave

Le Sauveur avait promis à ses Apôtres de leur communiquer les grâces de son Esprit sanctificateur. C’était le plus riche dédommagement à son absence ; et il les en avait assurés en les quittant pour monter au Ciel. Accablés de tristesse, lorsqu’ils le virent près de se séparer d’eux, ils ne pouvaient trouver de consolation plus propre à leur adoucir cette perte, que l’espérance du trésor qui leur était annoncé par leur divin maître. Ils ne tardèrent pas à goûter les fruits de leur confiance en sa parole. Mais ils se disposèrent au bienfait promis conformément aux instructions que Jésus lui-même leur avait tracées. C’est la conduite que j’ai à tenir pour participer aux même avantages.

Retirés dans un asile écarté de Jérusalem, les Apôtres préparent dans le silence de la retraite leurs âmes aux saintes impressions des grâces multipliées dont ils vont être enrichis…

Pour mettre à profit la descente du Saint-Esprit en moi, surtout dans la communion, je dois me dégager de ce tourbillon bruyant dans lequel le monde et ses dissipations essaieraient de m’envelopper. L’esprit de sainteté n’entre et n’habite point dans un cœur ouvert au tumulte des distractions. Il n’est qu’un moyen de le recevoir et de le conserver cet esprit pacifique ; c’est le recueillement, l’attention à prévenir, à éloigner, à combattre, à sacrifier tout ce qu’il y aurait d’inutile, de léger au-dedans, comme au-dehors de moi.

Occupés de la prière, de la méditation, du souvenir des promesses de Jésus-Christ, les Apôtres offrent en particulier et en commun les vœux les plus ardents ; et chacun réunissant en soi la ferveur de tous les autres, tous s’empressent unanimement à obtenir les biens célestes, qui vont découler sur eux avec tant d’abondance…

Pourrais-je sentir combien les dons du Saint-Esprit me sont nécessaires, et ne pas reconnaître qu’ils ne me sont accordés, qu’à proportion qu’une prière fervente, humble et assidue me les ménagera. Si la fréquentation des Sacrements a été jusqu’ici presque infructueuse pour moi, c’est ma froideur, ma dissipation, mes dégoûts qu’il faut en accuser. Dois-je compter sur une dévotion fervente dans les moments où Jésus m’honore de sa visite, tandis que l’état de tiédeur et d’indifférence, dont je ne puis dissimuler ou éviter le reproche, dégrade la plupart des hommages que je lui rends à l’ombre de l’oratoire et des saints Autels ?

Unis par les doux liens d’une charité mutuelle, les Apôtres en consacrent tous les sentiments à solliciter les uns pour les autres l’accomplissement des promesses qui leur répondent de la venue prochaine du Saint-Esprit. Sainte occupation, digne de ces cœurs que l’amour divin doit bientôt embraser pour la sanctification de l’univers. Le Saint-Esprit est le principe de l’amour et de la charité. Si je suis infidèle à la loi de l’amour, qu’il est venu apporter sur la terre, puis-je espérer qu’il veuille choisir et maintenir sa demeure au-dedans de moi ? Chaque fois que je me disposerai à lui donner entrée dans mon âme, je dois donc ajouter à mes autres préparations la détestation, le sacrifice de tout ce qui pourrait blesser le précepte divin de la charité.

Soutenue de la présence de la Sainte Vierge et enrichie de la participation de ses mérites, les Apôtres fondent sur elle le principal appui de leur confiance.

Ce sera donc également par la voie des mérites de Marie que je conjurerai mon Jésus de m’ouvrir son cœur et de m’associer à la participation des biens célestes. Cette intercession, ces vertus, qui, dans le cénacle, furent si puissantes pour accélérer et pour obtenir aux Apôtres la plénitude des dons de l’Esprit-Saint pourraient-elles être aujourd’hui moins efficaces ? Non, sans doute. Aussi vais-je les présenter avec confiance au trône des miséricordes : je les regarderai comme un précieux supplément à l’insuffisance de mes vœux. La plus tendre des mères ne cessera pas de l’être pour moi seule. Et que pourrait alors lui refuser ce Fils bien-aimé, dont la félicité semble se confondre avec celle de sa Mère, tant leur amour réciproque a de force et d’énergie !…

En approfondissant ce mystère, et méditant ces circonstances les plus caractéristiques, mon esprit s’arrête à quatre objets tous également frappants qui doivent être pour moi autant de témoignages du plus ou moins de fruits, que la descente du Saint Esprit aura produits dans mon âme.

D’abord un bruit éclatant se fait entendre dans la retraite où les Apôtres étaient rassemblés. Un vent impétueux y souffle et agite l’auguste demeure qui renfermait ces prémices de l’Église naissante. C’étaient autant de présages qui, dans l’ordre des desseins du Ciel, annonçaient les triomphes futurs de ces premiers héros de la religion, la destruction de l’idolâtrie, leurs exploits contre le péché, la rapidité de leurs succès évangéliques, leurs prédications dans toutes les parties du monde…

Mon zèle pour glorifier Dieu et pour édifier le prochain doit avoir cet éclat. La grâce du Saint-Esprit ne doit pas être cachée dans le secret de mon cœur. Il y a des conjectures où le silence serait une espèce d’apostasie, et s’il en est où la prudence chrétienne me fait un devoir de me taire, il en est aussi où cette même prudence me donne le droit d’user des privilèges de mon rang, pour réprimer les efforts du libertinage ou de l’irréligion.

En second lieu, tout le cénacle se ressent de cette subite commotion… Mon âme, devenue le sanctuaire de l’Esprit Saint, doit, dans toute elle-même, éprouver les mêmes impressions. Elles se manifesteront par l’ardeur de mon amour pour Dieu, par la fidélité à pratiquer mes obligations dans toute leur étendue, par la générosité de mes sacrifices, par la plénitude de mon dévouement au service de la religion.

Troisièmement, des langues de feu se dispersent et se reposent sur chacun de ceux qui étaient réunis dans le cénacle… Oh ! qui me donnera de désirer avec autant de vivacité que je le voudrais le bonheur de cette sainte assemblée ! Qui me donnera d’être embrasée de cette divine flamme, et de ne jamais l’éteindre par le souffle d’aucune passion, par les atteintes de la froideur et de l’indifférence dans le service de mon Dieu !

Enfin, les divines écritures me font observer que tous furent remplis de l’Esprit Saint, et commencèrent à parler diverses langues. C’était l’Esprit de Dieu qui leur communiquait ce don, relativement aux diverses nations où ils devaient porter la parole de vérité.

Un des gages les plus assurés que j’aurais reçu, le Saint-Esprit, sera toujours attaché aux conversations que je tiendrai. Quand mon cœur sera pénétré d’un amour sincère pour Dieu, et d’un vrai désir de le faire aimer aux autres, ma langue sera l’interprète de ces sentiments. Ils s’épancheront d’eux-mêmes du fond de mon âme ; ma bouche pourra les exprimer diversement, avec moins d’éloquence sans doute, que n’en avaient les Apôtres, mais avec une affection égale à la leur. Je ne convertirai point le monde : non. Ma mission ne sera jamais aussi relevée, aussi sublime, mais je me sauverai moi-même ; j’aurai du moins rempli la tâche principale pour laquelle Dieu m’a mise au monde : et je pourrai offrir au Seigneur mes regrets de ne présenter au trône de sa justice qu’une seule âme !

Après la Pentecôte

PARAPHRASE

De la Prose Veni Sancte Spiritus

Divin Auteur de tous les dons, bien qui surpassez tous les biens et qui les répandez dans l’âme que vous enrichissez, Esprit Saint, communiquez à la mienne en ce jour, toutes les grâces qui peuvent remédier à ses misères. Le nombre en est effrayant ; mais, le fût-il davantage, elle ne sont point au-dessus de vos compatissantes miséricordes. La gloire du médecin est de guérir les plaies qui sont dangereuses ou invétérées. Venez, céleste Médecin des âmes : la mienne a besoin de tout votre secours.

Venez, descendez sur moi, Esprit sanctificateur : faites briller en moi un rayon de votre lumière, allumez en mon cœur une étincelle de vos feux sacrés ; c’en sera assez pour m’éclairer, pour me purifier, pour m’embraser. Venez, mon cœur est ouvert pour vous recevoir ; c’est vous qui m’en avez inspiré le désir. Couronnez-le, exaucez-le. Détruisez, réformez, remplacez en moi tout autre esprit ; l’esprit du monde, cet esprit d’orgueil, cet esprit de sensualité, cet esprit de dissipation, cet esprit d’amour propre, cet esprit de délicatesse pour tout ce qui me flatte, ou ce qui m’offense, cet esprit de mollesse et de lâcheté pour les devoirs qui me gênent ou me contrarient, cet esprit d’affection aux vanités et aux pompes de la terre. Venez, sanctifiez mon âme et toutes ses affections, mes pensées, mes paroles et mes actions ; que tout ce qui est en moi porte, désormais, l’empreinte de votre sainteté.

Je suis dans une indigence bien humiliante ; mais vous êtes le Père des pauvres. Riche des biens de ce monde, je suis dépourvue des biens du Ciel, des seuls biens véritables ; mais vous êtes le Dispensateur de tous les trésors.

Je ne suis que ténèbres et aveuglement ; mais vous êtes la source des lumières.

Divin consolateur ! mon âme languit sous le poids de son affliction ! Mon cœur incertain et volage s’égare sur les objets divers qui paraissent vouloir lui offrir le bonheur. Illusion funeste ! c’est en vous seul qu’il réside : il n’y a d’heureux que le cœur où vous régnez : possédez le mien : la plus douce paix accompagnera l’onction que vous y verserez : elle sera le baume qui adoucira mes plaies, et mes peines intérieures.

Lumière éternelle et vivifiante, guidez-moi, soyez toujours ma véritable vie, fixez-moi dans les sentiers de votre loi, et ne permettez pas que je m’en écarte jamais, pour marcher dans les voies qui conduisent à la perdition.

Que votre grâce, semblable à une eau purifiante, me lave de toutes mes souillures. Telle qu’une rosée salutaire, elle me pénétrera dans mes langueurs, elle m’enivrera des plus pures délices. Qu’elle touche mon cœur, qu’elle l’échauffe, qu’elle se l’attache par des liens que le péché ne puisse plus rompre.

Esprit de sainteté, accordez-moi tous les dons que vous répandîtes avec tant d’abondance sur les Apôtres et sur les premiers fidèles. Les dons de sagesse et d’intelligence, les dons de science, de conseil, de force, de piété et de crainte. Ils me soutiendront dans les routes glissantes de la grandeur. Ils me détacheront de moi-même : ils m’enchaîneront à Dieu pour tous les jours de ma vie, pour tous les instants du jour.

Couronnez ces faveurs que je sollicite avec toute l’ardeur de mes désirs, par la grâce qui met le comble à toutes les autres, celle de vivre saintement, de mourir saintement, de régner éternellement avec vous ; c’est le vœu de mon cœur, dans ces moments heureux où il s’apprête à vous posséder : et que son dernier soupir sur la terre soit un désir nouveau de vous aimer toujours.

Paraphrase

De l’Hymne Veni Creator Spiritus

Divin Esprit, créateur de l’univers, venez descendez sur moi, répandez abondamment vos grâces dans cette âme qui fut l’ouvrage de votre puissance miséricordieuse. Vos propres bienfaits parlent en sa faveur. Si elle a eu le malheur d’en abuser, ou de n’en pas profiter, ils n’en sont pas moins un témoignage que vous l’avez aimée, et que vous êtes disposé à l’aimer toujours.

Condamnée à couler mes jours dans cette vallée de larmes, en butte à toutes les misères qui en sont l’apanage inséparable, je trouverai dans vous ma solide consolation, celle que le monde et tout ce qu’il a de plus flatteur ne saurait me procurer. Vous êtes au-dessus de tous les biens ; vous êtes le seul bien que je doive ambitionner ici-bas : le seul bien qui doit suffire à mon bonheur dans le ciel. Vous êtes le don par excellence du Très Haut ; la source de la vie, le feu pur qui consume toute affection terrestre, la charité par essence, l’onction qui par sa douceur pénètre, inonde, comble tous les cœurs. Le mien pourrait-il être heureux, lorsque vous n’y fixerez pas votre demeure, lorsque vous n’en ferez pas votre sanctuaire ?

De vous seul émanent les trésors qui doivent enrichir l’âme chrétienne ; dans les différents dons que vous lui communiquez, éclate cette divine bonté avec laquelle vous daignez pourvoir à ses divers besoins. Oui, j’y reconnais la magnificence du Père Eternel envers chacun de ses enfants ; et l’accomplissement des promesses que son Fils lui a adressées avant de monter au ciel. Vrai Dieu, je vous adore, je révère tous les prodiges que vous opérez en ce jour ; je ne désire autre chose que d’y participer moi-même, en devenant cette créature nouvelle que vous formez et que vous confirmez par votre grâce.

Dissipez par vos lumières toutes les ténèbres qui m’environnent : faites luire au milieu des nuages terrestres qui couvrent mon entendement le beau jour des vérités éternelles : que du fond de mes sens grossiers, il ne s’élève plus d’obscurités qui me dérobent vos pures clartés. Que ma volonté n’ait plus d’autre inclination ni d’autre ardeur que celles d’être occupées de vous et de votre amour.

Eloignez de moi tous les assauts de l’ennemi du salut : donnez-moi la grâce de triompher de ses attaques, et cette heureuse et inaltérable paix qui est le fruit de la victoire. Que toujours protégée par votre invincible défense, je me garantisse de tous les pièges que j’aurais à redouter de la part du monde, et de moi-même : vivez, régnez, présidez au milieu de mon cœur, et il n’est plus d’ennemi qui puisse jamais me paraître redoutable.

Ranimez ma foi, dirigez-la dans tous les hommages qu’elle doit rendre au Père Tout-Puissant, à Jésus son Fils unique, à vous-même, Esprit sanctificateur, à l’adorable Trinité, Dieu seul en trois personnes : que cette foi soit également efficace et soumise : qu’elle m’attache inviolablement à l’Église, infaillible dépositaire de la vérité ; que j’honore cette foi par mes œuvres ; que je la soutienne par ma protection ; que je la conserve par ma vigilance.

Aidez-moi dans tous les temps à glorifier Dieu le Père, mon Sauveur ressuscité ; et vous, notre puissant consolateur, pardonnez-moi toutes mes désobéissances à vos divines inspirations, mes résistances, mes réserves et tout ce qui a pu vous contrister dans les délais et dans les refus de ma correspondance. Je vous écouterai désormais avec docilité, je vous suivrai avec promptitude, je vous obéirai avec la résignation la plus dévouée, avec la reconnaissance la plus fidèle, avec l’amour le plus vif, le plus constant. Puissent les fruits ineffables de votre présence, puissent-ils en ce moment et toujours, se répandre, et persévérer dans mon cœur et dans mes œuvres. Ainsi soit-il.

Fête-Dieu

ENTRETIEN

Avec Notre Seigneur au Saint Sacrement pour l’octave de la Fête-Dieu

Quelle est intéressante pour la piété de vos disciples, ô divin Jésus ! cette solennité que votre Église consacre à la gloire de votre chair adorable ! Que j’y découvre de pressants motifs, d’utiles moyens d’accroître ma vénération pour cet ineffable Sacrement !

Ce n’est plus comme autrefois au milieu des éclairs et des tonnerres que vous annoncez votre redoutable présence, ce n’est plus un tribut, accompagné de frayeur et de tremblement, que vous imposez à vos adorateurs : vous vous montrez à nous dans cette sainte célébrité avec une pompe et un éclat dont les dehors n’ont rien qui ne doive nous rassurer. Oui, peu content de nous avoir laissé, en quittant la terre, le gage le plus sensible de votre libéralité dans l’institution de ce Sacrement, où vous résidez réellement et corporellement au milieu de nous jusqu’à la consommation des siècles, de nous y servir d’aliment, d’avoir multiplié les sanctuaires, pour vous y rendre présent à nous, sans vous permettre un seul moment d’absence ; vous couronnez chaque année dans les jours propices cette suite de faveurs qui nous sont offertes à l’ombre de vos Tabernacles ; vous en sortez aujourd’hui, vous les abandonnez pour quelques heures ces demeures augustes qui vous renferment avec toutes les richesses de votre divinité : vous vous faites porter par les mains de vos ministres au milieu de nos villes et de nos habitations : vous agréez les cantiques d’allégresse dont retentissent tous les lieux que vous parcourez ; vous daignez accepter cet hommage unanime de toutes nos langues et de tous nos cœurs ; et par un excès de bonté qui mérite toute notre reconnaissance en vous confondant avec le peuple de fidèles qui vous environne, vous sanctifiez la réparation solennelle qu’ils s’empressent de rendre à votre gloire tant de fois et si criminellement outragée.

J’adore, ô mon divin Sauveur ! ce prodige nouveau de l’amour qui vous rapproche de vos enfants, d’une manière aussi sensible, aussi honorable pour eux. C’est vous-même, et vous seul qui l’avez inspirée à votre Église, pour augmenter en nous la confiance, en vous montrant accessible à ceux que le sentiment de leurs misères semble devoir éloigner de vous.

Ah ! que ne suis-je pénétrée en ce moment de ces sentiments religieux, dont sont embrasées tant d’âmes ferventes, dont votre Cour est composée ! Qui me donnera de participer à la vivacité de leur foi, à l’étendue de leur reconnaissance, à la profondeur de leur anéantissement, à la tendresse de leur dévotion, à tous ces épanchements affectueux, langage éloquent, lors même que la langue est muette, d’un cœur vivement touché, d’un cœur qui brûle d’amour pour vous !

Que j’aime, ô Dieu de charité ! que j’aime à vous considérer ainsi régnant dans tous les cœurs, les ayant pour escorte, et leur faisant sentir que ces pieux hommages sont pour vous la plus chère portion du triomphe qu’ils vous décernent. C’est dans ces dispositions que je désire moi-même de le célébrer, soit en m’unissant à cette troupe fidèle qui accompagnera votre marche triomphante au sortir de vos Temples, soit en vous adorant dans le Sanctuaire où vous êtes exposé à la vénération publique. Chaque jour de la durée de cette Octave solennelle sera pour moi un jour d’empressement, d’assiduité, de respect, de gratitude, de tendresse, d’offrande de tout moi-même.

Dès ce moment, à l’exemple du Saint Roi dont le sang coule dans mes veines, et dont je vous conjure, ô Dieu Protecteur de cette monarchie et de la famille de Saint Louis, dont je vous conjure, de faire passer dans mon âme la foi vivifiante, l’active charité, et l’ardent amour pour vous ! Je dépose aux pieds de votre trône tous les biens que je tiens de votre main libérale ; grandeurs, distinctions du rang et de la naissance, avantages de l’esprit, qualités du cœur, tout ce qui peut me relever aux yeux du monde ; je vous le consacre par devoir et par affection. Je ne reconnais plus d’autre grandeur, d’autre prérogative, que celle d’être votre enfant.

Agréez, ô mon bien-aimé ! ô le plus aimable des Epoux ! agréez ce cœur qui brûle d’être à vous. Vous avez tant de droits à sa possession ! Régnez seul, et régnez pour jamais sur mon âme et sur toutes ses facultés, sur ma volonté et sur toutes ses affections, sur mon corps et sur tous ses sens.

Que ma mémoire ne soit plus occupée que du souvenir de vos bienfaits ; que mon esprit fasse ses occupations les plus chères de la méditation de vos qualités aimables ; que mon cœur ne soit rempli que des ardeurs ineffables dont vous brûlez ici pour moi. Que tout mon corps soit purifié aux approches de votre chair adorable ; qu’il se sacrifie pour votre gloire, par le travail et l’infirmité, et que ses efforts uniques, ses vœux les plus habituels soient de vous imiter et de devenir semblable à vous.

Combien je m’estimerais heureuse, ô mon Jésus ! de pouvoir entraîner et fixer ici toutes les vertus, réparer dignement tous les outrages que vous recevez dans le Sacrement de nos Autels ; vous venger de l’incrédulité, des hérétiques, des irrévérences de tant de mauvais Chrétiens, des attentats de tant de profanateurs, de l’insensibilité même et de l’indifférence de mes propres tiédeurs, si souvent, hélas ! réitérées en votre présence.

Du moins désormais m’appliquerai-je à expier, à prévenir tout ce que je me reproche aujourd’hui ; s’il ne m’est pas permis, ô mon Dieu ! de perpétuer, comme les esprits bienheureux, mon séjour à l’ombre de votre Sanctuaire, de vous y offrir sans cesse mes adorations ; au moins m’y rendrai-je le plus assidue qu’il me sera possible ; au moins tâcherai-je de répondre, par l’ardeur de mes empressements, à l’honneur que vous nous faites, de placer vos délices au milieu de nous.

Eloignée par l’ordre de votre volonté sainte, du Temple de votre gloire, je m’y transporterai souvent en esprit ; je vous y contemplerai avec les lumières de la foi ; je vous y adorerai dans le plus profond de mon cœur ; je m’occuperai de cette admirable charité que vous nous y témoignez ; je m’y entretiendrai avec vous de vos miséricordes et de mes besoins. Je vous présenterai mes aspirations, mes actions de grâce, mes désirs, mes affections. Je m’unirai d’intention avec ces saintes âmes, qui nuit et jour vous offrent l’hommage d’une perpétuelle adoration.

Tandis que les esprits célestes, prosternés devant votre trône, s’écrieront d’un concert unanime et continuel : Saint, Saint, Saint est le Dieu que nous adorons ; mille fois je répéterai dans le secret de mon cœur : Loué soit et adoré à jamais, le Très Saint-Sacrement de l’Autel !

Divin Jésus, aimable Sauveur, accordez-moi la grâce de prononcer toujours ces paroles salutaires, avec toute la foi, tout le respect, tout l’amour dont je suis capable. Qu’elles soient gravées profondément dans mon cœur, et qu’elles animent tous mes sentiments, soit que je vienne vous adorer dans l’Eucharistie, soit que j’aie le bonheur de vous y posséder.

Neuvaine à sainte Thérèse de Jésus

Premier jour

Me voici encore à vos pieds, ô ma Mère ; et toujours pour obtenir la grâce que je sollicite depuis tant d’années ; mes espérances sont augmentées, mais, hélas ! ce ne sont que des espérances, je suis toujours dans le monde, toujours loin de vos saints asiles, et je ne vois pas même de route certaine pour y arriver.

Je persiste, ô mon Dieu, à me soumettre sans réserve à votre sainte volonté ; je ne demandais que de la connaître. Eût-elle été opposée à mes vœux, sur le champ je m’y serais soumise, j’aurais renoncé à mes plus chers desseins, et je me serais fixée dans l’état où votre adorable Providence m’aurait retenue. Mais soyez-en loué à jamais, ô mon Dieu, votre miséricorde n’a point rejeté mes vœux ; votre oracle a parlé ; vous avez agréé mon sacrifice ; et il ne me reste qu’à attendre le moment que vous avez marqué. Je l’attends ô mon Dieu, et c’est avec autant de soumission que d’empressement : mais vous nous permettez de vous prier, et vous ne prenez point mes sollicitations pour des révoltes. Hâtez donc, ô mon Dieu, hâtez, précipitez cet heureux moment.

Deuxième jour

Ô ma bonne Mère, joignez vos instances à celles d’un enfant que vous ne pouvez plus désavouer : jetez les yeux sur moi, voyez l’esclavage où je suis, l’agitation où je vis ; mes prières gênées, mes méditations coupées, mes dévotions contrariées ; voyez les affaires temporelles dont je suis assaillie ; voyez le monde, qui sème sous mes pas ses pompes, ses jeux, ses spectacles, ses conversations, ses délices, ses vanités, ses méchancetés, ses tentations, sans que je puisse ni fuir ni me détourner ; voyez les dangers que je cours, les épines sur lesquelles je marche, mes fautes, le peu de bien que je fais ; voyez mes désolations, mes tristesses, mes ennuis ; ayez pitié de moi ; obtenez-moi, enfin la sainte liberté des enfants de Dieu.

Troisième jour

Ne suis-je pas assez éprouvée, ne connaissez-vous pas à fond le vœu de mon cœur ; après tant d’années de constance ? Doutez-vous de ma résolution, m’avez-vous vue varier un seul instant, ne m’avez-vous pas toujours aperçue toute tournée vers la voix qui m’appelle, tendant à elle de toutes mes pensées, de tous mes désirs et de toutes mes forces ; soupirant sans cesse après le bonheur de la suivre ; fondant en larmes de me voir ainsi renvoyée d’année en année ; conjurant Dieu de toute la ferveur, et dans toute la sincérité de mon âme, de briser, enfin, mes liens ; vous pressant, vous sollicitant de m’aider à les rompre, employant pour vous y engager, l’intercession de vos plus chères filles ? N’ai-je pas connu assez le monde pour le détester à jamais, pour ne jamais le regretter ? J’ai considéré tant de fois, une à une, toutes les douceurs de cet état, auquel je veux renoncer ! Vous m’êtes témoin, ô mon Jésus, qu’il n’en est point que j’aie balancé à vous sacrifier. Vaines douceurs, douceurs pleines d’amertume, fussent-elles mille fois plus pures, je préfère le Calice de mon Sauveur. Ne me dites point, ma Sainte Mère, que je ne connais pas encore assez votre règle. Ah ! ne m’avez-vous pas vu la lire sans cesse, la méditer, la porter toujours sur moi, en faire mes délices ? Je ne me suis rien déguisé, abaissements, pauvreté, austérités de toutes espèces, privations de toutes sortes, solitude, délaissements, contradictions, humiliations, mépris, mauvais traitements, j’ai mis tout au pis ; rien ne m’a effrayée, j’ai comparé l’état de Princesse et l’état de Carmélite, et toujours j’ai prononcé que celui de Carmélite valait mieux que celui de Princesse ; et jamais ce jugement ne s’effacera de mon cœur ; j’ai vu, ô mon Jésus, j’ai soupesé la croix, dont je, vous prie de me charger. Ah ! que n’est-elle aussi pesante que la vôtre !

Quatrième jour

Ô ma bonne Mère, que faut-il donc de plus ? Mes jours se dissipent, mes années s’écoulent ; hélas ! que me restera-t-il à donner à Dieu ? Vos filles elles-mêmes ne me trouveront-elles pas trop âgée ? Ouvrez-moi donc enfin, ô ma Mère, ouvrez-moi la porte de votre maison, tracez-moi la route, frayez-moi le chemin, aplanissez-moi tout obstacle ; dès le premier pas, j’ai besoin de tous vos secours pour me déclarer à celui dont le consentement m’est nécessaire ; faites-moi naître une occasion favorable, préparez-moi son cœur, disposez-le à m’écouter, défendez-moi de sa tendresse, défendez-moi de la mienne, donnez-moi avec le courage de lui parler, des paroles persuasives qui vainquent toutes ses répugnances ; mettez-moi sur les lèvres ce que je dois lui dire, ce que je dois lui répondre ; parlez-lui vous-même pour moi, et répondez-moi pour lui. Vous obtîntes autrefois tant de grâces pour rompre les liens qui vous retenaient dans le monde ; vous en obtenez tant de pareilles pour vos filles ; intercédez donc aussi pour moi, ô ma Mère, et dites à mon cœur, avant que je sorte d’ici, que je puis parler quand je voudrai et que le cœur du Roi est incliné à mes vœux ; mais, ma sainte Mère, comment apprendra-t-il ma résolution ? Y consentira-t-il ? La verra-t-il s’exécuter sans être touché de Dieu, et sans retourner entièrement vers lui. Moi Carmélite et le Roi tout à Dieu. Quel bonheur ! Dieu le peut, Dieu le fera, ô ma sainte Mère, si vous le lui demandez. Hélas ! il le ferait même pour moi, si j’avais autant de foi que de désir ; ah ! je crois, ô mon Dieu, je crois, ô ma bonne Mère, présentez ma foi aux pieds de votre divin Epoux ; qu’elle croisse, qu’elle s’augmente entre vos mains, et qu’elle égale la vôtre ; et comme elle a mérité des miracles, après cela qu’aurais-je à désirer ? Mourir, et mourir Carmélite ; et laisser ici-bas toute ma famille dans le chemin du Ciel.

Cinquième jour

Mais s’il faut encore par quelque délai acheter de si grandes grâces ; ah ! du moins, ma sainte Mère, augmentez-en le pressentiment dans mon cœur ; faites-y luire le plein jour de la volonté de Dieu ; daignez sans cesse m’y certifier ma vocation, mais surtout ne me laissez pas perdre cet intervalle, quelqu’encore qu’il puisse être, aidez-moi à me défaire dès aujourd’hui de tous les attachements contraires à ma vocation. Hélas ! à quoi ne s’attache pas notre cœur, et presque toujours sans que nous nous doutions de l’attachement. Parents, amis, honneurs, richesses, appartements, meubles, habits, bijoux, bonne chère, commodités, habitudes, consolations humaines : que sais-je ? Voyez, faites moi voir, arrachez-y tout ce que je ne dois pas porter chez vous. Ah ! n’épargnez rien au-dedans de moi ; mais au dehors, ma bonne Mère, retenez par vos instances les plus vives, ce bras terrible qui a déchiré mon âme par tant de funestes coups. Ô mon Dieu, conservez la Reine ; donnez-lui la consolation de me voir au nombre de ses chères Carmélites ; conservez toute ma famille, conservez tous ceux que j’aime, ne m’en détachez que par votre grâce. Non, je ne serai pas rebelle, et je foulerai aux pieds toutes mes inclinations pour suivre votre voix. Mais, ô ma sainte Mère, pendant que je travaille à déraciner toutes mes anciennes attaches, ne permettez pas que j’en contracte de nouvelles ; protégez-moi contre toutes les occasions, contre tous les pièges qu’on me tend.

Sixième jour

À mesure que mon cœur se videra de toutes les pensées de la terre, il se remplira de celles de ma vocation, de celles du Ciel. Ô ma Mère, dilatez, étendez dans mon âme toutes les vertus religieuses ; que dès à présent j’en pratique tout ce qu’il m’est possible de pratiquer dans le monde ; donnez-moi des occasions fréquentes d’obéir, de me mortifier, de m’humilier, de me confondre avec mes inférieurs, de descendre au-dessous d’eux, de fouler aux pieds le monde et ses vanités, de glorifier Dieu sans respect humain, d’embrasser, sans honte, la croix de Jésus, de confesser hautement sa Religion et son Église, de renoncer à moi-même et à toutes mes affections, de goûter les contradictions, les délaissements, le défaut de consolations humaines ; de sentir le froid, le chaud, la faim, la lassitude, de me dépouiller de ma propre volonté, de me résigner à celle de Dieu ; de m’élever à lui ; de le prier, de converser avec lui, de l’aller visiter au pieds de ses autels ; de participer à sa Sainte-Table, d’entendre sa Parole, d’assister à ses saints offices. Multipliez toutes les occasions pareilles, et que je n’en perde pas une ; que partout, et dans les lieux les plus consacrés au monde, je porte un cœur crucifié, un cœur de Carmélite ; que toutes mes pensées soient dignes de vous.

Septième jour

Soyez sans cesse à mes côtés, ô ma sainte Mère, pour me dire, sans relâche, songez à votre vocation, il vous reste peu de temps, songez à former une Carmélite ; une Carmélite ne penserait pas, ne dirait pas, ne ferait pas cela. Ah ! qu’avec cette assistance, j’espérerais former en moi dès à présent, et au milieu même du monde, une parfaite Carmélite, à qui il ne manquerait que le cloître et l’habit. Daignez donc, ma sainte Mère, si vous voulez encore me laisser dans le monde, daignez ne me pas perdre un moment de vue ; veillez sur moi comme sur une de vos filles, soyez mon soutien, soyez ma sûre garde, soyez mon conseil assidu.

Huitième jour

Je vous recommande non seulement mon cœur pour y former toutes les vertus et toutes la perfection de votre règle, mais encore mon corps pour le mettre en état d’en soutenir les austérités ; je ne demande pas une santé parfaite, je veux ô ma sainte Mère, vous ressembler en tout point, je veux ressembler à Jésus-Christ, mon divin modèle, et porter sa croix en mon cœur et en mon corps jusqu’au dernier soupir. Ou souffrir ou mourir, sera ma devise, comme ce fut la vôtre ; mais qu’au milieu des douleurs et des infirmités, mon tempérament se fortifie, afin que sa faiblesse ne soit pas un obstacle à ma vocation, quand par la miséricorde de Dieu, tous les autres obstacles seront levés.

Neuvième jour

Mais tandis que je m’occupe de mon cœur, que je m’en propose les vertus, et que je m’y exerce, ne me laissez pas non plus, ô ma sainte Mère, négliger l’état où la Providence me retient encore, quelque court que doive être le temps qu’elle m’y retiendra. Suggérez-moi aussi tous les devoirs, obtenez-moi de les remplir ponctuellement avec autant d’exactitude, d’émulation, et de perfection, que si je devais être toute ma vie ce que je suis à présent ; multipliez aussi, sous mes mains, les occasions de faire le bien propre de cet état, le bien que je ne pourrai plus faire dans le cloître. Hélas ! qu’ai-je fait jusqu’ici pour répondre à la Providence, et la justifier de m’avoir placée, et de m’avoir tenue plus de trente ans dans ce rang d’élévation ? Ô mon Dieu ! Remplissez le peu de jours qui me restent de cette grandeur, et que de leur plénitude soient comblés tous les vides de ma vie passée. Donnez-moi dans ce court espace de temps de servir la Religion, l’Église et l’État ; de tirer de la misère tous les malheureux, de soutenir, de ranimer, d’encourager la piété, de protéger l’innocence opprimée, d’imposer un silence éternel à la calomnie et à la médisance, de vous gagner toute ma maison, d’édifier toute la Cour ; et avant de m’enfermer pour travailler uniquement à mon salut, d’avoir procuré celui de tous ceux à qui l’élévation dont je descends m’aura donnée en spectacle. Ainsi soit-il.

Testaments spirituels

Testaments spirituels

I

Ma fille, c’est l’amour qui élargit le chemin de la pénitence et qui nous le fait paraître uni et spacieux ; et, par un effet tout contraire, la grâce qui poursuit le pécheur remplit de gênes, d’épines, de montuosités, le chemin où il marche. Telle est cette miséricorde adorable, soit qu’elle coure après nous pour nous regagner, soit qu’elle se montre à côté de nous pour nous soutenir. Ah ! ne nous lassons jamais de la bénir, de la louer, de l’invoquer, d’avoir les yeux sur elle, de nous y confier, de nous y appuyer, de prêter l’oreille à sa voix, de suivre son attrait sans balancer, avec courage, amour, ferveur et dévotion.

AVIS

Faisons toutes nos actions pour Dieu seul et de notre mieux, avec une grande confiance et un grand amour. Qui méritera jamais mieux d’être aimé ?…

II

Ma fille, les miséricordes de Dieu toutes nombreuses, toutes infinies qu’elles aient été pour nous jusqu’ici, ne sont pas épuisées ; il nous reste encore à les éprouver avec la même abondance, si nous le voulons. Oui, si nous le voulons, quelque grands, quelque multipliés qu’aient été nos égarements, il suffit que nous revenions à Dieu sincèrement, de tout notre cœur, pour qu’aussitôt il pardonne tout, il oublie tout, il se livre à nous comme si jamais nous n’avions été ses ennemis. Ô bonté ! ô miséricorde ! Quand on l’a médité, peut-on aimer autre chose que lui ? Peut-on ne pas mourir de regret de l’avoir offensé ? Peut-on en même temps ne pas mourir de joie de se sentir bien avec lui ?

SENTIMENT

Toutes mes sœurs ont plus sacrifié à Dieu que moi, car elles lui ont fait le sacrifice de leur liberté, au lieu que j’étais esclave à la Cour, et mes chaînes, pour être plus brillantes, n’en étaient pas moins des chaînes.

III

Ma fille regardons la Sainte Vierge se reconnaître pauvre, et attribuer à l’aveu que son cœur en faisait sans cesse, toutes les grâces dont elle est comblée. Qui pourrait ne pas s’anéantir en considérant l’humilité d’une créature si parfaite ? Mais aussi, qui pourrait n’être pas rempli de confiance au milieu même de son anéantissement, en considérant dans un si bel exemple, la récompense de l’humilité ?

SENTIMENT

Je redoute tout ce qui tient à mon ancien rang, et je fuis même les bonnes choses qui pourraient m’en faire souvenir et en faire souvenir les autres.

IV

Ma fille, lorsque, pour désarmer le Seigneur, nous nous armons contre nous-mêmes, il faut que la vue de nos péchés nous anéantisse en présence de ce Dieu si grand, si terrible, que nous avons eu le malheur d’offenser ; il faut qu’elle brise notre cœur de crainte et de regret ; il faut qu’elle nous pénètre d’une sainte haine contre nous-mêmes. Cependant, il ne faut pas que la vue des miséricordes de Dieu nous abandonne, que le souvenir du sang précieux qui a coulé pour effacer ces péchés que nous détestons nous échappe. C’est du fond de l’accablement où David était plongé par la vive image de ses péchés, c’est en se repliant sur la contrition même dont son cœur était déchiré, et sur la profonde humiliation où il était, qu’il s’écrie avec la plus ferme et la plus douce confiance : Mon Dieu, vous ne rejetterez pas un cœur contrit et humilié !

SENTIMENT

Tout mon but, dans ce que j’ai fait pour l’Ordre, a été de sauver des âmes, pour lesquelles je donnerais jusqu’à la dernière goutte de mon sang, à l’imitation de notre divin Epoux.

V

Ma fille, Dieu demande de nous la plus grande fidélité plutôt que les austérités, et en cela il ne nous traite pas plus doucement que ceux à qui il demande des choses extraordinaires. Non, les haires, les cilices, les ceintures de fer, les bracelets, les disciplines n’ont rien de plus difficile, rien même de si difficile que l’exactitude, la ponctualité constante et soutenue dans cette suite continuelle d’exercices qui ne finissent point, qui renaissent toujours, et qui ne laissent pas un moment pour reprendre haleine. Il n’est pas douteux que c’est à cette fidélité que Dieu a attaché les consolations que nous désirons tant ; elles en sont, dans l’ordre de la grâce, comme l’effet naturel. Dieu est fidèle à ceux qui le sont.

AVIS

Quand vous vivriez cent ans, souvenez-vous, jusqu’au dernier jour de votre vie, que votre maîtresse vous recommandait la fidélité aux petites choses.

VI

Ma fille, armons-nous de courage et de constance, suivons Jésus-Christ que nous avons toujours sur les lèvres, toujours dans le cœur ; suivons-le pas à pas ; ne le laissons jamais lorsqu’il nous appelle à l’oraison, à l’office, à quelque devoir de charité ; ne tergiversons jamais avec lui, ne lui disputons rien, ne le contristons pas. Faisons sa volonté franchement, entièrement ; sacrifions-lui toute la nôtre sans réserve ; n’ayons qu’un cœur avec lui, et ne craignons pas de tomber dans son esclavage, car son joug est doux et léger, et là où il y a de l’amour il n’y a point de peine.

SENTIMENT

Je voudrais écrire partout la formule de mes vœux, afin, si cela se pouvait, de rendre mon engagement plus étroit. Il n’y a pas de couronne qui vaille le contentement que j’éprouve même dès cette vie de les avoir faits.

VII

Ma fille, ne nous alarmons pas si, d’après la faiblesse dont nous ne saurions nous dépouiller tant que nous porterons ce corps mortel, nous nous apercevons de quelque manquement, ou même si nous sentons notre dévotion se refroidir. Ce n’est qu’un avertissement que Dieu nous donne pour nous réveiller, pour nous renouveler. Il faut partir de là pour faire une autre course, avec un nouveau courage, une nouvelle ferveur, reconnaissant que c’est avec justice que Dieu nous prive de ses consolations. Demandons-les-lui humblement pour nous aider à le mieux servir, nous soumettant cependant, si c’est sa volonté, à en être privées toute notre vie, nous réduisant alors à lui demander la force dont nous avons besoin pour persévérer.

MAXIME

Un grand sacrifice qui nous arrache au monde peut bien prouver notre crainte de nous damner avec le monde ; mais ce sont les souffrances journalières qui prouvent la pureté du désir que nous avons de plaire à notre divin Epoux.

VIII

Ma fille, bannissons de notre esprit tous les scrupules et demandons à Dieu la paix et la joie d’une bonne conscience, sans que cela affaiblisse en nous les sentiments de pénitence auxquels nous sommes obligées. Nos propres forces ne sont rien ; nous sommes des enfants que leur ombre effraie ; mais avec Dieu nous sommes des braves que le fer, la mort et l’enfer même ne feraient pas reculer

MAXIME

Qu’est tout ce que nous pouvons souffrir, pour marquer notre amour à celui auquel notre âme a coûté tout son sang ?

IX

Ma fille, lorsque nous avons été touchées des bontés de Dieu, prions-le de conserver ces sentiments dans notre cœur, et d’y graver en traits ineffaçables le souvenir de ses miséricordes, afin qu’elles se représentent continuellement à nos yeux, qu’elles soient notre consolation, notre force, notre unique appui. Hélas ! dans notre faiblesse, dans notre misère, où trouverions-nous un autre soutien ? Mais d’ailleurs, quel soutien que celui de la fidélité d’un Dieu, de la toute puissance, de la bonté de Dieu même ! Appuyées sur ce roc inébranlable, quel est l’ennemi que nous ne devions braver ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Que ce soit notre devise ; opposons-la à tous les obstacles qui se rencontreront sur notre chemin, et nous les verrons tous s’aplanir et nous livrer un passage aisé.

MAXIME

Aucune de nos paroles, aucun de nos soupirs ne doit être sans mérite pour l’éternité.

X

Ma fille, ne nous confions point dans nos propres forces ; mais uniquement en celles de Dieu. Le manque de cette confiance est un outrage à Celui auquel nous devons nous confier. Nous éprouvons chaque jour ce que l’on gagne à n’aimer rien que Dieu et pour Dieu. Autant d’affections naturelles que nous retournons vers lui, autant d’épines que nous arrachons de notre cœur. L’épreuve que nous en ferons nous animera à travailler de plus en plus sur nous-mêmes. Quelle paix, quelle joie nous goûterons lorsque notre conscience nous rendra ce témoignage consolant, qu’il n’y a plus rien du tout dans notre cœur qui ne soit à Dieu, qui ne vienne de Dieu, qui n’appartienne à Dieu ; que surtout Dieu vit en nous et que nous vivons en Dieu.

SENTIMENT

Toute la joie que j’ai pu ressentir dans les fêtes du monde ne m’est rien pour le ciel, au lieu qu’au Carmel tout, jusqu’à la moindre poussière, peut me valoir des diamants pour l’éternité.

XI

Ma fille, l’état de sécheresse où nous nous trouvons quelquefois est peut-être de la part de Dieu une grande miséricorde. Si notre vanité nous porte à nous complaire dans les louanges des hommes, que ferions-nous des louanges de Dieu même ? Et ces grâces sensibles dont nous sommes privées, ces douceurs, ces consolations, ne sont-ce pas des signes que Dieu est content de nous ? Ne sont-ce pas de véritables louanges de la part de Dieu ? Mais qu’elles sont flatteuses ! Il faut être bien fort pour les soutenir ; Saint Paul lui-même aurait pu craindre d’y succomber, et elles ne lui furent données qu’avec un terrible contre-poids qui l’avertissait sans cesse de s’humilier. Bénissons donc la miséricorde de Dieu quand elle nous épargne cette tentation, en nous conduisant par des voies plus pénibles, mais peut-être plus sûres, et beaucoup moins dangereuses.

MAXIME

Les bonnes religieuses se piquent moins d’intelligence dans les bienséances de la société, que de ponctualité au service de Dieu.

XII

Ma fille, un temps viendra où Dieu, nous ayant fortifiés contre toutes sortes d’épreuves, se livrera à nous avec toutes ses douceurs ; mais il faut attendre ce temps avec patience, avec résignation, avec constance. Prions-le, sollicitons-le, exposons-lui nos peines ; mais sans murmurer, sans nous rebuter, sans nous décourager. Soyons toujours soumises, toujours humbles, toujours reconnaissantes, toujours résolues de le servir à quelque prix que ce soit, et ce jusqu’à la mort. Et après tout, quand cela durerait jusque-là, serait-ce trop pour mériter le ciel ? Serait-ce trop pour faire pénitence ? La vie est-elle donc si longue ? L’éternité est-elle si peu de choses ? Jésus-Christ, notre chef, notre modèle, a-t-il été traité autrement ?

SENTIMENT

Tout dans le monde m’est indifférent, et par la grâce de Dieu je ne me sens de désirs que pour l’éternité et ce qui peut m’y conduire.

XIII

Ma fille, nous avons à faire à un Dieu fidèle qui ne permettra pas que nous soyons tentées au-dessus de nos forces. Aimons la pénitence, non seulement parce qu’elle nous obtient le pardon de nos fautes, mais encore l’amitié de Dieu que nous avons offensé. Notre pénitence, c’est l’état que nous avons embrassé ; elle est du choix de Celui à qui nous voulons la faire agréer, ce qui doit nous porter à l’accomplir avec joie, comme la meilleure que nous puissions faire.

SENTIMENT

Il faut que le monde me croie impropre au royaume des cieux, puisqu’il est si émerveillé de me voir faire, pour y parvenir, ce que tant d’autres font chaque jour sans qu’on s’en aperçoive.

XIV

Ma fille, lorsque nous avons quelque chose de plus pénible à soutenir qu’à l’ordinaire, soit du genre de vie que nous avons embrassé, soit de l’influence des saisons, souvenons-nous de ce que Jésus-Christ a souffert pour nous ; représentons-nous ce poids immense de gloire auquel il veut nous faire participer, et dont la comparaison, avec le poids le plus lourd que nous ayons à supporter dans ce monde, est si propre à le faire disparaître.

SENTIMENT

Je désirerais qu’il n’y eût pas dans l’Ordre de monastère plus simplement bâti que le nôtre, et qu’on pût toujours le citer comme un modèle de l’esprit de notre sainte Mère.

XV

Ma fille, le Seigneur se plaît à exercer ses élus, tantôt au-dehors, tantôt au-dedans, et en cela il agit envers nous avec miséricorde ; s’il nous laissait tranquilles ici-bas, nous nous y établirions, nous ne songerions point au ciel, et lorsque pourtant il faudrait y partir, nous regretterions la terre. Ces épreuves dont nous nous plaignons sont donc propres à nous détacher de ce monde et à nous élever vers les cieux. C’est pourquoi laissons les vents gronder, la mer s’agiter ; allons à Jésus-Christ avec confiance ; sa main, quelque invisible qu’elle soit, nous soutient. Tâchons de ne pas mériter le reproche qu’il fit à Saint Pierre : « Homme de peu de foi, pourquoi avez-vous douté ? »

MAXIME

À Dieu ne plaise que je me permette jamais en présence du ciel une action pour laquelle je craindrais les regards de la terre ! Soyons partout ce que nous devons être, nous ne craindrons nulle part de paraître ce que nous sommes.

XVI

Ma fille, dans le ciel nous serons à Dieu sans peine, sans travail, sans contention d’esprit, sans tiédeur ; plus de corps qui nous affaisse, plus de besoins qui nous occupent, plus de peines qui nous distraient ; point de sommeil, point de maladies, point de froid, point de chaud, point de faim, point de gênes, point de souffrances. Soutenons donc nos misères avec courage, avec patience, avec résignation, en vue de cette bienheureuse éternité ; secouons de nos faiblesses ce que nous pouvons, mais ne nous décourageons pas par ce qui nous en reste ; si nous ne courons pas, si nous ne volons pas, du moins traînons-nous toujours vers le ciel.

MAXIME

Une religieuse ne doit pas trop facilement se croire malade, et lorsqu’elle n’est qu’incommodée, elle doit se réjouir d’avoir quelque chose de plus que ses sœurs à offrir au divin Epoux.

XVII

Ma fille, il faut se faire tout à tous comme l’Apôtre : rire avec ceux qui rient, pleurer avec ceux qui pleurent, être malade avec ceux qui le sont ; mais il faut néanmoins tenir son cœur dans la dépendance de Dieu seul, et ne jamais le tirer de ce centre de notre repos.

SENTIMENT

Si j’ai joui du bonheur de faire du bien aux malheureux, en me consacrant à Dieu je lui ai sacrifié jusqu’à cette douceur.

XVIII

Ma fille, la science des saints consiste à n’aimer que Dieu, à n’avoir de véritable estime que pour lui. Puisse cet amour s’accroître en notre cœur de plus en plus, et remplir tellement toutes nos facultés, qu’immuables comme son appui, la paix de notre âme soit à toute épreuve et ne reçoive plus aucune altération dans les vicissitudes des objets qui nous environnent, et qui ne sont que des ombres sans réalité.

MAXIME

Que faisons-nous en ce monde si nous n’y retraçons la mortification de notre divin Maître ?

XIX

Ma fille, lorsqu’il plaît à Dieu de nous envoyer des croix, il faut adorer l’usage qu’il fait de son souverain domaine sur nous ; nous savons qu’il n’en use que dans sa miséricorde, et pour notre bien ; que c’est par les épreuves, les contradictions qu’il a conduit tous les saints, et le premier de tous, Jésus-Christ, son Fils bien-aimé, notre Sauveur, notre modèle, notre divin Epoux. Et nous n’embrasserions pas notre croix avec des transports d’amour, de joie, et de reconnaissance ! Et nous nous plaindrions d’être traitées comme Jésus-Christ.

MAXIME

Ceux qui nous calomnient nous font plus de bien que ceux qui nous flattent, et lorsque nous prions pour nos bienfaiteurs, nous devons les avoir particulièrement en vue.

XX

Ma fille, il est difficile qu’à l’aspect d’une croix qui se présente, le premier mouvement ne soit de tristesse et d’affliction ; la nature est si prompte à se révolter contre ce qui lui répugne, et la raison si lente à venir à son secours ! Mais au moins le second mouvement, le mouvement de la réflexion, doit être tout d’allégresse et de joie. Laissons faire le Seigneur, ne nous occupons qu’à le suivre, il nous conduira bien ; c’est lui-même qui nous en assure.

MAXIME

Le Dieu du Paradis vaut bien nos sacrifices. Je n’ai pas payé trop cher par douze ans complets de peine le commencement de tranquillité dont je jouis.

XXI

Ma fille, à la suite de Jésus-Christ, point de ténèbres ; elles ne surviennent que lorsque, loin de le suivre, nous prétendons le mener ; alors, n’ayant pas de lumière devant nous et nous écartant d’elle à chaque pas, nous tombons dans une nuit profonde où nous nous égarons de plus en plus. Tout ce que Dieu voudra, quand il voudra, comme il voudra : telle doit être notre constante disposition ; et c’est là cette simplicité chrétienne qu’il faut nous proposer de pratiquer.

MAXIME

Le joug d’une Carmélite est léger ou pesant, selon le courage ou la pusillanimité de celle qui le porte.

XXII

Ma fille, confions-nous en Dieu et il subviendra à tous nos besoins. La seule perte de Dieu serait pour nous déplorable, rien ne pourrait nous en dédommager. Rien, rien au monde ne serait capable de remplacer celui qui est notre tout. C’est donc sur lui seul que nous devons arrêter nos regards. Qu’il nous reste et que toutes les créatures s’évanouissent devant nous, rien ne nous manquera. Ce n’est que dans le ciel que nous sentirons bien cette vérité ; mais il faut cependant en cette vie la méditer, la goûter, nous en nourrir et nous en convaincre de plus en plus.

AVIS

Conservons notre vocation au prix de tous les sacrifices. Pour moi, j’aimerais mieux être Carmélite à Constantinople que de retourner au château de Versailles.

XXIII

Ma fille, nos peines et nos épreuves sont-elles donc si grandes que nous ne puissions suffisamment les exprimer en disant avec notre divin maître : Mon Dieu, pourquoi m’avez vous abandonnée ? Et, vous le savez, notre divin Epoux est mort ayant encore pour ainsi dire ces paroles sur les lèvres. Pourrions-nous donc nous plaindre de vivre comme il a vécu, et de mourir avec lui dans les rigueurs et sur la croix du Calvaire ?

AVIS

Ce qui doit nous soutenir dans notre solitude, lorsque nous sommes privées de la lumière divine, c’est que du moins nous habitons une terre sainte, et que si Dieu se dérobe à nos regards, il ne peut jamais être bien loin de nous.

XXIV

Ma fille, si tout à coup Jésus-Christ, levant le voile qui le cache à nos yeux dans le Saint-Sacrement, nous apparaissait comme aux disciples sur le Thabor ; si la divinité, sortant du nuage qui la couvre, se communiquait face à face à notre âme, de cette manière ineffable qui fait le bonheur des saints dans le ciel, sans doute toutes les glaces de notre cœur seraient fondues à l’instant, et nous serions embrasées de l’amour le plus vif et le plus pur pour cet aimable objet ; toutes les autres affections, tous nos attachements disparaîtraient en un clin d’œil. Que manque-t-il à la sainte Eucharistie pour opérer en nous ces merveilleux effets ?…

MAXIME

La présence réelle de notre divin Epoux au Saint-Sacrement éclaire et épure la conscience, élargit le cœur, en bannit l’ennui, la tristesse et les vains scrupules, pour n’y laisser régner que la confiance et l’amour.

XXV

Ma fille, Dieu seul est notre bien et notre tout. C’est avec cette conviction que nous devons approcher de la sainte Table, en nous pénétrant, par de vives considérations, du don que renferme pour nous ce grand mystère. Faudrait-il, parce qu’un voile léger le cache à nos regards, manquer de recueillir les fruits précieux qu’il renferme pour nous ? et notre foi ne saurait-elle percer ce voile ? Prions le Seigneur d’augmenter de plus en plus notre foi ; il ne faut que cela pour nous faire jouir sans mesure du bienfait inestimable que Jésus-Christ nous a préparé dans la sainte Eucharistie.

MAXIME

Toute la force d’une épouse de Jésus-Christ est dans la communion ; le moyen le plus sûr pour elle d’avancer dans la perfection, c’est la communion ; le secours le plus puissant contre ses ennemis, c’est encore la communion. Une Carmélite doit être toujours prête à se confesser, à communier et à mourir.

Vie de Marie Louise de France, fille de Louis XV devenue Mère Thérèse de Saint-Augustin

Tout ce qui ne vient pas de Dieu ne saurait être bon et les scrupules ne sont pas de lui. Faisons-nous non une conscience large, mais une conscience paisible.

Mère Thérèse de Saint-Augustin, conseils à ses novices

Sa vie à la Cour 1737 ~ 1770

L’aile des Princes

Louise naît à Versailles le 15 juillet 1737. Elle est désignée comme Madame Septième, née Huitième, puisque l’une de ses sœurs est morte quatre ans auparavant. En dix ans, la reine a mis au monde dix enfants. Un seul des deux garçons, le petit Dauphin, a survécu. Épuisée par tant de naissances qui ont assuré fragilement l’avenir de la dynastie, Marie Leszczynska continue de tenir sa cour tout en se ménageant une vie intime de prière et de méditation. La petite princesse rejoint ses sœurs aînées dans l’aile des Princes qui domine le parterre du Midi et l’Orangerie. Dès ses premiers jours, elle est entourée des soins empressés de sa nourrice et des douze personnes attachées à sa Chambre sous les ordres de Madame de Tallard, gouvernante des Enfants de France.

Madame Septième jouit dès ses premiers jours d’un train de vie princier, soumis à une étiquette parfois bien contraignante. Elle fut entourée de soins attentifs et soigneusement réglés à l’avance.

Une année à peine a passé quand le couple royal se sépare de ses filles cadettes. Les quatre plus jeunes princesses sont conduites à l’abbaye de Fontevraud. Leur éducation est confiée aux religieuses. La décision d’éloigner les petites princesses de Versailles est due au désir de les faire grandir dans un climat plus sain et plus serein que celui du château, où s’entassent les courtisans et où, paradoxalement, l’espace commence à manquer.

Fontevraud

L’éducation que la petite princesse reçoit des religieuses à qui elle est confiée tend à la préparer au rang qu’elle aura à tenir dans le monde, mais aussi à dompter son orgueil et sa vivacité parfois mordante. À une suivante qui, un jour, tarde à la satisfaire, elle rappelle avec dédain Je suis la fille de votre roi !Et moi, Madame, je suis la fille de votre Dieu ! s’entend-elle répondre. Elle acquiert ainsi une lucidité qui lui permet de se remettre en question et de se corriger. Sans doute se souviendra-t-elle des talents pédagogiques de ses éducatrices quand elle aura elle-même la charge du noviciat à Saint-Denis.

Toute petite, Madame Louise apprend à aimer Dieu, ressentant déjà, de façon enfantine le désir de se donner toute à lui. Sa générosité allant avec l’impétuosité de son tempérament est accompagnée cependant du scrupule d’être indigne de tant d’amour. Cela au point qu’elle appréhende presque le moment de sa première communion : Il n’est pas encore temps d’y penser. La cérémonie a lieu le 21 novembre 1748, jour de la fête de la Présentation de la Vierge. Elle a alors douze ans et en gardera toujours un souvenir ému : À peine mes premières années s’étaient-elles écoulées, à peine les enseignements de votre sainte religion avaient-ils pénétré mon âme, que vous y fîtes naître une piété affectueuse pour le sacrement de vos autels. Je ne soupirai plus qu’après le moment de vous y recevoir, de vous y posséder : une foi vive, un ardent amour, avec de nouveaux dons de votre grâce, accrurent encore mes désirs. Vous les entendîtes pour les exaucer, Dieu de bonté ! Vous les avez couronnés en me donnant votre corps pour nourriture. Ô faveur qui jusqu’au dernier instant de ma vie sera présente à ma reconnaissance ! (« Méditations Eucharistiques, Fête de la présentation de la Sainte Vierge »)

Jamais le couple royal ne fera le voyage pour rendre visite à ses filles. En septembre 1747 cependant, Jean-Marc Nattier est dépêché auprès d’elles pour faire leurs portraits. En découvrant le visage de Louise la reine commente :…je n’ai jamais rien vu de si agréable que la petite. Elle a la physionomie attendrissante et fort éloignée de la tristesse […] elle est touchante, douce spirituelle (Lettre à la duchesse de Luynes, citée par le duc de Luynes, « Mémoires », t. VIII, p. 309). Le peintre a su faire ressortir le charme et la fraîcheur de la petite princesse. Il a aussi habilement « gommé » la déformation de son dos, due à une scoliose ou à une mauvaise chute que Louise aurait faite en voulant descendre seule de son lit alors qu’elle était encore à Fontevraud. Il y a loin du charme de la petite fille à l’apparence, peu avenante il faut bien le dire, de la femme qui plus tard se dépeindra ainsi, avec un humour teinté de cruauté : Votre servante est fort petite, grosse tête, grand front, sourcils noirs, yeux bleu-gris-brun, nez long et crochu, menton fourchu, grasse comme une boule et bossue. (Lettre à la Prieure du carmel de Bruxelles, 6 mars 1783)

Âgée de quinze ans, Victoire retourne à Versailles en 1748. Louise et Sophie devront patienter deux années encore.

Les Lumières du Siècle

Revenue en octobre 1750 à Versailles, avec sa sœur Sophie, Louise restera à la Cour jusqu’en 1770. L’état du personnel employé au service de sa Chambre donne une idée du nombre des personnes qui s’empressent autour des princesses ou continuent de recevoir leurs gages, même une fois leur service terminé, comme Anne d’Hoppen, la nourrice.

Loin d’être éblouie par tout ce faste, Louise observe et se tient à distance des querelles et des intrigues. Il lui faut pourtant, comme son frère et ses sœurs, composer avec Madame de Pompadour qui règne sur le cœur du roi. Succédant aux trois sœurs de Nesles, Jeanne-Antoinette, née Poisson, devenue par son mariage Madame d’Étiolles, a rencontré le roi lors de ses chasses en forêt de Sénart. Les apparitions de la jeune femme conduisant son cabriolet au détours des allées, ne sont pas tout à fait fortuites. Elle habite à l’orée de ces bois, et sait fort bien que le roi les parcourt souvent. Toute petite encore, ne s’était-elle pas laissé dire par une diseuse de bonne aventure qu’un jour elle serait sa maîtresse ? Une telle perspective n’est pas pour effaroucher l’ambitieuse et charmante demoiselle dont la mère défraye depuis longtemps la chronique pas ses aventures amoureuses au point que l’on hésite sur l’identité de son véritable père. Celui que la loi désigne comme tel travaille pour les milieux de la haute finance et la fourniture des armées. Constamment en déplacement, il a veillé cependant à l’éducation de sa fille : confiée d’abord aux religieuses ursulines de Poissy, puis parfaite dans les salons parisiens fréquentés par les meilleurs esprits.

La jeune femme n’est pas seulement belle, mais aussi intelligente, cultivée et raffinée. Louis XV s’attache à elle au point de la présenter officiellement en 1745, sous le titre de marquise de Pompadour. C’est là objet de scandale, non pas que le monarque s’enfonce dans l’adultère, mais bien plutôt qu’il prenne sa favorite hors de « ce pays-ci », selon la formule désignant la Cour. Une tendre complicité succédant à la passion subsiste entre le roi et Madame de Pompadour, qui bravant tous les obstacles hiérarchiques parvient à obtenir en 1752 le rang de duchesse, c’est à dire le droit de s’asseoir en présence des souverains. En 1756 elle est admise comme dame du palais de la reine. Celle-ci s’accommode tant bien que mal de la présence de sa rivale : « autant celle-là qu’une autre ! » La déférence dont elle fait toujours preuve à son égard finit par susciter de la part de Marie une certaine estime pour la favorite. Les enfants royaux, d’abord tout à fait hostiles adoptent une attitude polie. De la guerre feutrée aux relations de simple courtoisie, Mesdames, quant à elles, passent par quelques tentatives de rapprochement mais s’insurgent quand Madame de Pompadour prétend s’installer dans l’appartement du rez-de-chaussée de l’aile nord du château qu’elles souhaitent elles-mêmes investir. Elles devront patienter jusqu’à la mort de la favorite pour se voir attribuer la totalité des pièces situées juste sous l’appartement intérieur de leur père. C’est dire toute l’influence de Madame de Pompadour. Si elle ne joue jamais le rôle de premier ministre auprès de lui, elle est sa confidente de tous les instants, sa conseillère, et exerce sur les arts et la culture une influence certaine.

Faisant partie de la suite de Madame Victoire venue à la rencontre de ses cadettes à Bouron, la favorite est l’une des premières à voir Louise qui lui fait plutôt bonne impression : Madame Louise est grande comme rien, point formée, les traits plutôt mal que bien, avec cela une physionomie fine qui plaît beaucoup plus que si elle était belle. (Madame de Pompadour, Lettre à son frère M. de Vandières, 20 oct. 1750) À la Cour, les fillettes sont attendues avec curiosité. Louise passe pour « fort jolie, gaie avec de l’esprit » (Barbier, “Journal”,t. III) ; « petite sans doute, mais avec beaucoup de physionomie » (duc de Luynes, “Mémoires”, t. X)

Ces propos tenus par sa sœur laissent à penser que c’est bien sans illusion et avec un regard lucide que Madame Louise a fait son entrée dans le monde : Qu’une jeune personne entre dans le monde, que de dangers, Grand Dieu, naissent sous ses pas. Elle s’expose à être libre avec celles qui n’ont pas de retenue, railleuse et médisante avec celles qui ont de mauvaises langues, joueuse et dissipatrice avec celles qui font profession ouverte de jouer, les fainéantes la porteront à l’oisiveté, les capricieuses à la bizarrerie, les opiniâtres à l’entêtement, les hypocrites à la dissimulation, les indévotes à l’impiété. (Sermon de Madame Sophie, archives du Séminaire de Saint-Sulpice)

En fait, malgré l’apparat et le faste, la vie à la Cour est d’un ennui mortel. Même allégée depuis la mort de Louis XIV, l’étiquette s’y révèle extrêmement contraignante. L’existence des princesses est d’une languissante monotonie.

Au bal, au spectacle, aux réceptions, aux repas pris en public, il faut paraître par devoir plus que par plaisir : Je sentais que j’avais besoin de repos, mais l’heure du jeu était venue, j’allais au jeu par complaisance. Suivait l’heure du spectacle, la complaisance m’y conduisait encore et je m’y endormais de lassitude. Ce train de vie me fatiguait et m’échauffait le sang. Mais j’étais à la Cour, et je le faisais sans me plaindre, contre mes inclinations et au préjudice de ma santé. (Cité par l’abbé Proyart, « Vie de Madame Louise de France »)

Louise ne faillit cependant pas à ses obligations. Elle s’astreint scrupuleusement à remplir les devoirs qui incombent à son rang, mais elle suit volontiers les chasses du roi. À Choisy au printemps, à Compiègne l’été, à Fontainebleau en automne, la cour se déplace au fil des saisons. Excellente cavalière, elle suit son père dans les parties de chasse qu’il prépare lui-même avec soin faisant l’admiration de ses officiers de vénerie. La princesse se rend aussi chaque printemps à la plaine des Sablons pour y assister à la revue des gardes françaises et suisses. De la voiture qu’elle partage avec ses sœurs, elle peut voir son père et son frère, le Dauphin, inspecter les troupes.

Condamnée à couler mes jours dans ce monde, véritable exil pour moi…
je dois m’y regarder comme étrangère, comme captive.

(« Méditations eucharistiques »)

L’entourage familial

Lorsque Mesdames cadettes reviennent à Versailles Louis XV est âgé de quarante ans. En pleine maturité, il est alors encore sans aucun doute le plus bel homme de tout le royaume. Sa prestance lui donne un air de majesté qui ne peut qu’intimider au premier abord. Vers le milieu de ce siècle, son crédit commence cependant à décroître : bientôt il ne sera plus le roi « Bien aimé » de ses peuples. À Versailles, tout en veillant à reproduire scrupuleusement le cérémonial voulu par Louis XIV, il améliore l’espace de vie privée que s’était déjà aménagé son aïeul à partir de 1680. Ainsi à certaines heures, peut-il échapper au rituel et à la représentation dans ses appartements intérieurs, au premier étage, donnant sur la cour de marbre et la cour royale. Mieux encore, dans les petits appartements privés aménagés au second étage ou dans les combles, seuls les intimes sont admis. Ce mode de vie ne fait qu’accentuer la séparation du couple royal. Avant même d’avoir seize ans, Louis a été marié à une obscure petite princesse, fille du roi détrôné de Pologne dont il n’avait fait la connaissance que la veille. Bien qu’épris, dans les premières années, de cette épouse de sept ans son aînée, il ne trouve pas auprès d’elle le réconfort d’une affection maternelle dont, orphelin de ses deux parents à l’âge de deux ans, il a cruellement manqué. Pas plus Marie ne lui offre-t-elle le chaleureux refuge d’un foyer et d’une tendre complicité. Il respecte la reine, qui remplit de façon exemplaire ses devoirs, mais cesse toute relation avec elle l’année qui suit la naissance de Louise. Entre temps deux garçons sont nés, le Dauphin en 1729 puis le duc d’Anjou qui n’a vécu que trois ans. L’avenir du trône repose donc sur le seul fils du couple royal.

À partir de 1733, Louis XV prend une maîtresse. Trois sœurs se succèdent d’abord dans ses faveurs, puis vient la délicieuse Madame d’Étiolles Mais derrière l’apparence de séducteur se cache en vérité un homme timide, introverti et dont la grande réserve va jusqu’à la dissimulation : « Le caractère de notre maître est peut-être plus difficile à dépeindre qu’on ne se l’imagine ; c’est un caractère caché non seulement impénétrable dans son secret, mais encore très souvent dans les mouvements qui se passent dans son âme » (duc de Luynes).

Rares, mais combien précieux sont les moments passés avec « papa-roi » qui a affublé ses quatre filles cadettes, selon la mode du temps, de surnoms affectueux et ridicules : Torche (Adélaïde), Coche (Victoire), Graille (Sophie) et Chiffe (Louise). Les visites que ses enfants rendent chaque jour à Louis XV sont entourées de tout un cérémonial.

Cependant, à partir de l’automne 1750, Louis XV prend l’habitude de convier régulièrement ses enfants à souper avec lui dans ses appartements privés. Quant à Louis XV, il essaye, malgré les devoirs de sa charge de trouver des moments d’intimité avec ses enfants. En vérité, rien n’est plus touchant que ces entrevues, la tendresse du roi pour ses enfants est incroyable et ils y répondent de tout leur cœur (Lettre de Madame de Pompadour à son frère, 20 octobre 1750)

Les princesses admirent aussi la reine et leur frère, qui leur semblent des modèles de vertu dans une société où la frivolité est de bon ton. Quand Mesdames, fort jeunes encore, furent revenues à la Cour, elles jouirent de l’amitié de Monseigneur le Dauphin et profitèrent de ses conseils. Elles se livrèrent avec ardeur à l’étude et y consacrèrent presque tout leur temps. (Madame Campan, « Mémoires »)

Entouré de l’admiration de ses sœurs et de leur affection le Dauphin était un homme de cabinet, cultivé et grand amateur de musique, il préférait la conversation à tout autre plaisir, notamment ceux de la chasse, du bal ou du spectacle. Il goûtait l’intimité familiale à la façon d’un prince bourgeois, surveillant de près l’éducation de ses enfants, et passait de longues heures à lire dans son cabinet, tandis que sa femme, Marie-Josèphe de Saxe, toute dévouée à lui assurer une abondante postérité, brodait à ses côtés. Mais Louis XV, tout en l’admettant au Conseil, ne lui accorda jamais une grande responsabilité : peut–être y était-il d’autant moins disposé qu’il percevait chez son fils, très pieux, une sourde réprobation de sa conduite […]

Ardent partisan de la Compagnie de Jésus, comme sa mère et ses sœurs, [le Dauphin] avait adopté sa spiritualité et ses dévotions, notamment le culte du Sacré Cœur. Inlassablement, il avait sollicité Rome avec la reine, pour que sa fête fût officiellement reconnue par l’Église. Il devait obtenir gain de cause en 1765.

Quant à la Reine, femme de devoir, elle manifeste peu ses sentiments. Elle dira cependant de sa fille cadette : je n’aime pas seulement Louise, je la respecte. La princesse éprouve aussi une grande admiration envers elle et souhaite suivre son exemple. J’admirais souvent comment la Reine, qui avait de grands devoirs à remplir, et auxquels elle était très fidèle, avait su se mettre en liberté et vivre comme une sainte au milieu de la Cour. J’aurais souvent désiré être auprès d’elle plus longtemps et plus particulièrement avec elle ; mais il y a des usages à la Cour auxquels il faut faire plier jusqu’aux sentiments de la nature. J’aurais voulu lui ressembler. (Lettre de Madame Louise, slnd, citée par l’abbé Proyart, « Vie de Madame Louise de France »)

De même Louise est-elle édifiée par la conduite de sa sœur Henriette dont la mort, survenue en 1752, l’affecte profondément. Henriette vivait comme la Reine. Tout le monde disait que c’était une sainte et ce que nous en voyions nous le disait aussi. Sa mort me fit la plus grande impression. Je sentais combien il était doux de mourir aussi saintement qu’elle, mais ma vie était bien différente de la sienne, et j’avais grand peur de mourir avant d’avoir commencé à mieux vivre. (Lettre de Madame Louise, slnd, citée par l’abbé Proyart, « Vie de Madame Louise de France »)

Tombée malade à Versailles, le jour de la Chandeleur, la princesse, atteinte de tuberculose intestinale, meurt le 10 février, à l’âge de vingt quatre ans. L’enterrement a lieu le Jeudi saint dans la basilique de Saint-Denis, nécropole royale. L’oraison funèbre prononcée par Monseigneur Poncet de la Rivière évoque la caducité de l’existence. Madame Louise y fait ici écho : Je m’applique à considérer les caducités des grandeurs de ce monde, la rapidité avec laquelle elles s’évanouissent, le peu qu’il faut pour les enlever, à quoi elles se terminent ; une pompeuse décoration, un éloge funèbre, un lugubre cérémonial, tristes restes des vains honneurs qui ont été rendus pendant la vie. (« Méditations eucharistiques, Exercice pour une Communion anniversaire, à l’occasion des devoirs de charité rendus aux morts »)

Henriette morte, Madame Élisabeth ayant quitté la Cour après son mariage avec l’Infant d’Espagne (1739), restent les quatre plus jeunes. Tout enfant déjà, refusant de quitter la Cour pour Fontevraud, Adélaïde s’était signalée par une force de caractère qui ne fera que s’accentuer avec l’âge. Sa personnalité efface celles de ses deux cadettes, Victoire et Sophie. Seule, Madame Louise aurait pu face à elle s’affirmer par la vigueur de son tempérament. Mais tout en accomplissant avec ponctualité tous les devoirs de son état elle ne tend qu’à la solitude d’une vie cachée en Dieu.

La nouvelle génération

En 1770, quand Madame Louise quitte Versailles, le duc de Berry n’a pas encore 16 ans. Il est né du second mariage du Dauphin avec Marie-Josèphe de Saxe ; son frère aîné, le duc de Bourgogne, est mort prématurément, de tuberculose intestinale. En décembre 1765, par le décès de son père que suit de peu celui de sa mère, il est devenu, à l’âge de 11 ans, l’héritier présomptif du trône. Son éducation, confiée depuis 1760 au duc de La Vauguyon, s’oriente alors nettement vers la formation d’un futur roi. Malingre, myope, timide et réservé, le jeune homme n’a certes pas l’étoffe de son aïeul Louis XIV, pas même celle de son grand père, Louis XV. Mais il est loin d’être l’imbécile que certains portraits réducteurs et caricaturaux le font paraître. La chasse à laquelle il s’adonne avec passion, la serrurerie qu’il pratique avec méticulosité, lui permettent de se dépenser physiquement et de se délasser. Ses lectures, ses centres d’intérêts révèleraient plutôt un « honnête homme ». Ouvert aux idées nouvelles, il s’intéresse à la pensée des philosophes, avec une prédilection pour Montesquieu. Curieux de sciences et de découvertes, une fois roi, il commanditera et suivra avec attention, les expéditions de Bougainville et de La Pérouse autour du monde. Lucide cependant, dès l’adolescence il avoue une certaine paresse d’esprit, une certaine indolence, contre lesquelles il se promet de lutter. Soucieux du bien public, il s’entourera de conseillers en vue de réformer la société, mais manquera, pour imposer ses décisions, de l’autorité qui sied au gouvernement des peuples. Accueilli avec espoir au lendemain de la mort de Louis XV, il restera, même au début de la Révolution, considéré comme le Père de la nation.

L’année du départ de sa tante pour le carmel, Berry est fiancé avec une jeune princesse autrichienne fille de Marie-Thérèse de Habsbourg. Ce mariage tend à consolider l’alliance entre deux puissances longtemps ennemies et confirme le retournement de la diplomatie française inauguré en 1756. son pays et suscitera bientôt la haine contre « l’Autrichienne ».

Née en 1764, « Babet », dernier enfant du Dauphin Louis et de Marie Josèphe de Saxe, devint orpheline à l’âge de trois ans. Très pieuse, bonne et charitable, mais d’une grande force de caractère, elle a aussi une haute idée de son rang. Douée pour l’étude, passionnée de botanique, amateur de grandes courses en forêt elle s’est aussi initiée aux agréments de la vie à la Cour où elle est appréciée pour son charme et sa vivacité joyeuse et où dès l’âge de 14 ans elle est jugée apte à se voir attribuer une Maison. En 1770, quand Madame Louise quitte Versailles, Élisabeth n’est encore qu’une toute petite fille. Par la suite, ses fréquentes visites à Saint-Denis, laissent à penser qu’elle souhaite y rejoindre sa tante. Madame Louise elle-même décèle en elle « par la grâce de Dieu, une volonté bien décidée d’être à lui. » Mais elle dément cependant la rumeur qui se répand : « Il n’est point vrai qu’Élisabeth demande à se faire carmélite, quoique le bruit en ait couru partout. J’en serais fort aise car bien sûrement c’est l’état le plus heureux, sans compter la vie future. » (lettre à Sœur Marie-Anne-Bernard de Sainte Thérèse, 2 août 1782). Très attachée à ses trois frères – (les deux autres : Provence et Artois règneront sous les noms de Louis XVIII et Charles X) – Madame Élisabeth éprouve un respect mêlé de tendresse pour Louis XVI. Refusant les partis qui s’offrent à elle, elle renonce aussi au couvent pour rester proche de sa famille depuis son domaine de Montreuil, reçu en cadeau du roi en 1782. À partir de mai 1789, elle décide de ne plus quitter Versailles et suit désormais partout la famille royale jusqu’à la prison du Temple où elle devient la seule compagne de Marie-Antoinette après la mort du roi. C’est à elle que la reine, lors de la nuit précédant son exécution, adresse une lettre bouleversante lui confiant ses enfants. Elle ne la recevra jamais et meurt elle-même sur l’échafaud le 10 mai 1794.

L’appel au Carmel

En fait, Louise mène à la Cour une vie retirée, autant que le lui permet son rang. Sa réserve ne vient pas de sa timidité, elle aurait plutôt un tempérament emporté qu’elle maîtrise à force de volonté. Pas de langueur non plus chez cette jeune femme qui n’est pas insensible aux plaisirs de l’existence. Pas de rêverie romantique pour cet esprit lucide. La princesse est sans illusion sur elle-même. Mais elle a très tôt l’intuition profonde d’un appel indicible qui se confirmera de plus en plus. Je le sens [le Seigneur] m’appelle à quelque chose de plus élevé et qui m’attache plus particulièrement à son service. Ce qu’il veut, ce qu’il exige de moi, c’est une conformité plus exacte à la morale de l’Évangile qui dit “Que celui qui veut être à moi porte sa croix et qu’il me suive” S. Mt 16,24 (“Méditations eucharistiques, Fête de Pâques, exercice pour le temps d’après la communion pascale”)

L’entrée au Carmel, en 1751, de Madame de Rupelmonde qui vient de perdre en quelques mois son époux, son fils de quatre ans et son père, frappe la princesse qui assiste à la cérémonie de prise d’habit. Sa vocation se précise, bien qu’elle ne sache pas encore vers quel ordre se diriger. Pendant la cérémonie et avant de sortir de l’église, je pris la résolution de demander tous les jours à Dieu qu’il me donnât les moyens de briser les liens qui me retenaient dans le monde, et de pouvoir être un jour, sinon carmélite, car je n’osais me flatter d’en avoir la force, du moins religieuse dans une maison bien régulière. (Lettre de Madame Louise, s.d.n.l., citée par l’abbé Proyart, “Vie de Madame Louise de France”)

Je vais vous dire les motifs qui m’ont engagée à quitter le monde, tout brillant qu’il pût être pour moi […] : mes péchés, ce qu’il en a coûté à Jésus-Christ pour nous sauver, la nécessité de la pénitence en cette vie ou en l’autre, bien difficile dans une vie aisée, surtout aimant autant ses aises que je les aimais, la parabole du chameau qui passerait plutôt par le trou d’une aiguille qu’un riche n’entrerait dans le Royaume du Ciel, la nécessité de l’aumône qui doit s’étendre sur tout le superflu, et ce superflu pour moi était immense, enfin le désir de posséder Dieu éternellement et de jouir de la couronne qui nous est préparée dans le ciel. (Lettre de Madame Louise, 1er avril 1774, archives du carmel d’Avignon)

Le Carmel, auquel sa mère est attachée, l’attire. En 1762 en tous cas, elle est déterminée à y entrer. Elle se procure les constitutions de Sainte Thérèse d’Avila et une robe de bure qu’elle s’habitue à porter dès qu’elle se retrouve seule dans ses appartements. À l’insu de tous, elle mène au cœur du château une vie monacale : sans attendre que son désir se réalise, elle s’exerce à la vie à laquelle elle aspire. J’avais pris, dès lors quelques renseignements sur la vie que mènent les carmélites et, sans avoir encore de vocation exclusive pour l’ordre dans lequel je me consacrerais au Seigneur, j’étais néanmoins assez décidée pour le leur, à moins que des difficultés insurmontables ne m’en fermassent l’entrée. (Lettre de Madame Louise, slnd, citée par l’abbé Proyart, “Vie de Madame Louise de France” )

Princesse ou Carmélite

Retenue à Versailles pendant de longues années, elle ne cherche pas de vain prétexte pour remettre à plus tard l’effort quotidien de la régularité d’une existence consacrée. Au jour le jour, tout en respectant les obligations de son rang, elle trouve l’occasion d’une existence humble et fidèle. Au fil de l’année liturgique elle rédige le carnet de bord de sa longue traversée du désert. (voir ci-dessous.)

Chaque grande fête de la vie du Christ lui est un repère dont elle tire enseignement de même qu’elle s’inspire de la vie des saints pour en suivre l’exemple.

Mes prières toujours préparées par l’exercice de la présence de Dieu, vers qui je m’élèverai par intervalles, ne souffriront plus, ou de la vivacité de mon imagination, ou de la malheureuse dissipation qu’entraînent presque nécessairement des rapport trop étendus avec le monde, ou de la trop grande occupation de soi-même. (“Méditations eucharistiques”)

Tout ce qui est autour de moi serait de m’inviter à m’arrêter sur cette terre en apparence riante et heureuse ; tout ce qui est dans moi me dit qu’elle n’est qu’un lieu d’exil et de pèlerinage

Elle s’applique continuellement et sans complaisance à un examen de conscience où elle ne laisse rien échapper au regard miséricordieux de son Dieu. : Me suis-je toujours attachée sérieusement à m’examiner, à me suivre de près, à développer tous les motifs habituels qui dirigent mes actions, à peser dans la balance du sanctuaire mes iniquités, à les détester toutes sans réserve, sans mélange, à les prévenir par des préservatifs nécessaires, à les réparer par les saintes mortifications de la pénitence, par les humiliations et les douleurs d’un repentir sincère ? N’ai-je point eu peut-être plus de répugnance à les accuser que de contrition en les pleurant ? Et mes communions, ne serais-je pas du nombre, du grand nombre des profanes qui, en recevant le corps du Sauveur, ne font que manger et boire leur propre jugement et condamnation ? ( “Méditations eucharistiques, Exercice pour la Communion pascale”)

Réceptions d’ambassadeurs, dîners officiels en public, présentation des dames de la Cour en grande robe noire dans la chambre de la reine, bal dans la grande galerie ou la galerie des glaces, expositions d’œuvres d’art dans le salon d’Hercule, revues militaires, représentations de théâtre ou concerts se succèdent sans que la princesse ait à se soucier de l’organisation de son emploi du temps. Quand trouve-t-elle donc le loisir de se retirer dans ses appartements pour poursuivre dans le plus grand secret, au rythme de l’année liturgique, le silencieux dialogue qu’elle entretient jour après jour avec son Dieu ?

La vie de représentation à laquelle la contraint son rang lui pèse de plus en plus. Elle en vient à se sentir prisonnière dans ce château où son âme s’égare de demeure en demeure, dans les mirages renvoyés à l’infini par les miroirs où se reflètent les scintillements du siècle des Lumières.

Qu’est-ce que le monde avec ses enchantements pourrait jamais m’offrir de comparable aux célestes douceurs que vous prodiguez, ô mon Dieu, à ceux qui vous aiment ?

Voyez l’esclavage où je suis, l’agitation où je vis, mes prières gênées, mes méditations coupées, mes dévotions contrariées ; voyez les affaires temporelles dont je suis assaillie, voyez le monde qui sème sous mes pas ses pompes, ses jeux, ses spectacles, ses conversations, ses délices, ses vanités, ses méchancetés, ses tentations sans que je puisse ni fuir ni me détourner. (“Méditations eucharistiques, Neuvaine à Sainte Thérèse” )

Dilatez, étendez dans mon âme toutes les vertus religieuses. Que, dès à présent, j’en pratique tout ce qui m’est possible. Donnez-moi des occasions fréquentes d’obéir, de me mortifier, de m’humilier, de me confondre avec mes inférieurs, de descendre au dessous d’eux, de fouler aux pieds le monde et ses vanités, de glorifier Dieu sans respect humain, d’embrasser sans honte la croix de Jésus-Christ, de confesser hautement sa religion et son Église, de renoncer à moi-même et à toutes mes affections, […] de me dépouiller de ma propre volonté, de me résigner à celle de Dieu, de m’élever à lui, de le prier, de converser avec lui, de l’aller visiter au pied de ses autels, de participer à sa table, d’entendre sa parole, d’assister aux offices. Multipliez toutes les occasions pareilles, je n’en perdrai pas une. Que partout, même dans les lieux les plus consacrés au monde, je porte un cœur crucifié, un cœur de carmélite.

Seul Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, est dans la confidence. Il incite la princesse à la patience. Bien que sa santé soit fragile, là n’est pas la raison de cette longue attente. Depuis le retour à Versailles en 1750, vingt ans se sont écoulés avant que le vœu le plus cher de Louise se réalise. Elle commence à se désoler d’être ainsi sans cesse retardée dans l’accomplissement de sa vocation et s’en remet à Sainte Thérèse dans une neuvaine où elle clame son impatience. (ci-dessous)

Ô ma bonne Mère, que faut-il donc de plus ? Mes jours se dissipent, mes années s’écoulent ; hélas ! que me restera-t-il à donner à Dieu ? Vos filles elles-mêmes ne me trouveront-elles pas trop âgée ? Ouvrez-moi donc enfin, ô ma Mère, ouvrez-moi la porte de votre maison, tracez-moi la route, frayez-moi le chemin, aplanissez-moi tout obstacle ; dès le premier pas, j’ai besoin de tous vos secours pour me déclarer à celui dont le consentement m’est nécessaire ; faites-moi naître une occasion favorable, préparez-moi son cœur, disposez-le à m’écouter, défendez-moi de sa tendresse, défendez-moi de la mienne, donnez-moi avec le courage de lui parler, des paroles persuasives qui vainquent toutes ses répugnances ; mettez-moi sur les lèvres ce que je dois lui dire, ce que je dois lui répondre ; parlez-lui vous-même pour moi, et répondez-moi pour lui. (“Méditations eucharistiques, Neuvaine à Sainte Thérèse”)

Les deuils successifs qui frappent la famille royale la retiennent sans doute auprès des siens. Le Dauphin, meurt en 1765, suivi deux ans plus tard par la Dauphine. Entre temps, le grand père Stanislas Leszczynski a disparu, brûlé vif accidentellement. Puis c’est le tour de la reine qui s’éteint en 1768. Louise n’est plus retenue à la Cour que par l’affection profonde qu’elle porte à son père.

Où sont tant de personnes que j’ai chéries ? Si [la religion] m’a autorisée dans les premiers épanchements de ma douleur, si elle me permet encore de l’écouter parler dans un souvenir qui me retrace la grandeur des pertes que j’ai faites, elle m’interdit aussi tout ce qui ne serait pas assez chrétien dans cette sensibilité d’ailleurs si légitime. Le foi m’apprend que ces séparations ne sont pas éternelles, qu’un jour viendra, où, ressuscitée avec ceux que je pleure aujourd’hui, nous nous réunirons par des nœuds qui subsisteront au-delà des siècles ; qu’une liaison fondée sur les droits du sang et du cœur ne porte point avec elle l’assurance de ne jamais finir sur la terre, mais qu’il est un terme où ces liens interrompus doivent se renouer d’une manière plus pure et plus durable. (“Méditations eucharistiques, Pour le jour des morts”)

Le départ au Carmel

Enfin, le 30 janvier 1770, Christophe de Beaumont demande audience au roi et lui annonce l’intention de sa fille de se faire carmélite. Louis XV est consterné, mais connaissant la détermination de Louise il sait qu’elle ne s’engage pas sur un coup de tête : c’est cruel, c’est cruel, c’est cruel répète-t-il mais si Dieu la demande je ne puis pas la refuser, je répondrai dans quinze jours (Annales du carmel de Saint-Denis)

Le 16 février suivant, il accepte, la mort dans l’âme. Sa lettre, dont l’original a disparu, a été pieusement recopiée dans le livre des Annales du carmel de Saint-Denis. Monsieur l’Archevêque, chère fille, m’ayant rendu compte de ce que vous lui avez dit et mandé, vous a sûrement rapporté exactement tout ce que je lui ai répondu. Si c’est pour Dieu seul, je ne puis m’opposer à sa volonté et à votre détermination. Depuis dix huit ans vous devez avoir fait toutes vos réflexions, ainsi je ne puis plus vous en demander. Il me paraît que vos arrangements sont faits, vous pourrez en parler à vos sœurs quand vous le jugerez à propos. Compiègne n’est pas possible, partout ailleurs c’est à vous de décider et je serais bien fâché de rien vous prescrire là-dessus. Jamais une belle-fille ne peut remplacer une fille, elle peut tout au plus distraire. Mon petit fils m’occupe beaucoup, il est vrai, mais comment se tournera-t-il ? J’ai fait des sacrifices forcés, celui-ci sera de volonté de votre part. Dieu vous donne la force de soutenir votre nouvel état, car une fois cette première démarche faite, il n’y a plus à y revenir. Je vous embrasse de tout mon cœur, chère fille, et vous donne ma bénédiction. (Lettre de Louis XV à Madame Louise, 16 février 1771)

Pourquoi la princesse, après avoir tant attendu, a-telle voulu précipiter son départ ? La présentation de Madame du Barry à la Cour en avril 1769 a dû la convaincre qu’à Versailles elle ne peut plus être de grande utilité et que sa prière à l’abri du couvent sera désormais la meilleure intercession pour le salut de son père. Sincèrement chrétien, celui-ci est conscient de son indignité et de son péché. Refusant toute hypocrisie, il a depuis longtemps renoncé à faire ses Pâques et ne veut plus toucher les écrouelles. Hanté par la peur de la mort et de la damnation, il traverse parfois de longues crises de neurasthénie. Quand sa vie est mise en danger, à Metz, en 1744, en pleine campagne militaire, puis en 1757, lors de l’attentat de Damiens, il fait preuve de contrition et de repentir au point de céder aux objurgations de l’Église et du clan familial de renvoyer sa maîtresse du moment. Mais le danger passé, la vie et le désir reprennent le dessus, ou simplement l’habitude, et le besoin d’avoir près de lui une amie sûre et fidèle. La mort de Madame de Pompadour en 1764, le laisse face à la solitude que ses filles s’emploient à lui faire oublier par la tendresse dont elles redoublent après le décès de leur mère en 1768. Mais alors il a déjà fait connaissance de Madame du Barry.

L’affection qu’elle porte à son père, le désir de le voir s’amender ont sans aucun doute pesé sur la décision de Louise : Verra-t-il [ma résolution ] sans être touché de Dieu et sans retourner entièrement à Lui ? Moi carmélite et le Roi tout à Dieu ! ( “Méditations eucharistiques, Neuvaine à Sainte Thérèse”). Sa vocation de carmélite pourtant, ne saurait reposer sur ce seul désir, si louable qu’il soit. Il s’agit de la réponse à un appel entendu depuis longtemps, réponse longuement mûrie et s’enracinant dans une foi profonde et une réelle aspiration à la solitude et au silence pour l’orientation de toute une vie vers l’union à Dieu.

N’ai-je pas connu assez le monde, pour le détester à jamais, pour ne jamais le regretter ? J’ai considéré tant de fois une à une, toutes les douceurs de cet état, auquel je veux renoncer ! Vous m’êtes témoin, ô mon Jésus, qu’il n’en est point que j’aie balancé à vous sacrifier. Vaines douceurs, douceurs pleines d’amertumes, fussent-elles mille fois plus pures, je préfère le calice de mon Sauveur… Ne me dites point, ma Sainte mère, que je ne connais pas encore assez votre règle. Ah ! ne m’avez-vous pas vu la lire sans cesse, la méditer, la porter toujours sur moi, en faire mes délices ? Je ne me suis rien déguisé, abaissements, pauvreté, austérités de toutes espèces, privations de toutes sortes, solitude, délaissement, contradictions, humiliations, mépris, mauvais traitements, j’ai mis tout au pis ; rien ne m’a effrayée, j’ai comparé l’état de Princesse et l’état de Carmélite, et toujours j’ai prononcé que celui de Carmélite valait mieux que celui de Princesse ; et jamais ce jugement ne s’effacera de mon cœur… (“Méditations eucharistiques, Neuvaine à Sainte Thérèse”)

Mais tandis que je m’occupe de mon cœur, que je m’en propose les vertus, et que je m’y exerce, ne me laissez pas non plus, ô ma sainte Mère, négliger l’état où la Providence me retient encore, quelque court que doive être le temps qu’elle m’y retiendra. Suggérez-moi aussi tous les devoirs, obtenez-moi de les remplir ponctuellement avec autant d’exactitude, d’émulation, et de perfection, que si je devais être toute ma vie ce que je suis à présent ; multipliez aussi, sous mes mains, les occasions de faire le bien propre de cet état, le bien que je ne pourrai plus faire dans le cloître. Hélas ! qu’ai-je fait ici pour répondre à la Providence, et la justifier de m’avoir placée, et de m’avoir tenue plus de trente ans dans ce rang d’élévation ? Ô mon Dieu ! Remplissez le peu de jours qui me restent de cette grandeur, et que de leur plénitude soient comblés tous les vides de ma vie passée. Donnez-moi dans ce court espace de temps de servir la Religion, l’Église et l’État ; de tirer de la misère tous les malheureux, de soutenir, de ranimer, d’encourager la piété, de protéger l’innocence opprimée, d’imposer un silence éternel à la calomnie et à la médisance, de vous gagner toute ma maison, d’édifier toute la Cour ; et avant de m’enfermer pour travailler uniquement à mon salut, d’avoir procuré celui de tous ceux à qui l’élévation dont je descends m’aura donnée en spectacle.


Sa vie au Carmel 1770 ~ 1787

L’entrée au Carmel

Ne craignez pas que je me rappelle jamais ce que j’ai été,
je veux oublier jusqu’à mon nom

C’est à Saint-Denis, à deux pas de la nécropole des rois de France, que Louise a décidé de passer désormais sa vie. Elle a choisi un couvent pauvre, si austère aussi qu’on le surnomme « la trappe du Carmel ». Pour la communauté sa venue est providentielle. Menacées d’être dispersées en raison de leur trop grande pauvreté, les religieuses ont entamé, dès le 8 février, une neuvaine au Cœur de Marie pour obtenir un secours du ciel. L’une d’entre elles en plaisantant a fait la remarque il nous faudrait au moins une fille de roi ! La prière des sœurs a donc été exaucée au-delà de ce qu’elles pouvaient imaginer.

L’amour du Christ, le désir de le suivre, de trouver dans les sacrements de l’Eucharistie la grâce de la fidélité en toutes choses et d’une existence toujours plus unifiée dans le don total de soi, telles sont les aspirations de Louise.

Agréez, ô mon bien-aimé ! ô le plus aimable des Époux ! agréez ce cœur qui brûle d’être à vous. Vous avez tant de droits à sa possession ! Régnez seul, et régnez pour toujours sur mon âme et sur toutes ses facultés, sur ma volonté et sur toutes ses affections, sur mon corps et sur tous ses sens […] Que ma mémoire ne soit plus occupée que du souvenir de vos bienfaits ; que mon esprit fasse ses occupations les plus chères de la méditation de vos qualités aimables ; que mon cœur ne soit rempli que des ardeurs ineffables dont vous brûlez ici pour moi. Que tout mon corps soit purifié aux approches de votre chair adorable ; qu’il se sacrifie pour votre gloire, par le travail et l’infirmité, et que ses efforts uniques, ses vœux les plus habituels soient de vous imiter et de devenir semblable à vous. (« Méditations eucharistiques, Entretien avec notre Seigneur au Saint-Sacrement, pour l’octave de la Fête-Dieu »)

L’intention de Louise n’est pas qu’on la traite comme une princesse du sang. Elle vient ici pour partager la vie humble et cachée des moniales et accepte bien malgré elle quelques aménagements à la Règle qui lui permettront de s’habituer à son nouveau sort. S’il en est un qu’elle apprécie toutefois, c’est de pouvoir s’aider de cordes qui lui servent de rampe dans l’étroit et raide escalier du couvent. Jamais elle n’a descendu seule les marches du château. Toujours aidée par un page, elle est maintenant prise de vertige face au vide et doit s’asseoir pour ne pas tomber. Mais mis à part quelques détails de la vie quotidienne, elle se met avec bonheur à sa nouvelle existence et supporte avec abnégation la rudesse de sa nouvelle condition. À part quelques rhumes et des attaques de goutte, les rigueurs de l’hiver, pas plus que les chaleurs de l’été, qu’elle endure stoïquement sous sa robe de bure, n’altéreront une santé bien plus florissante qu’au château. Je ne suis pas revenue de la joie qui s’est emparée de mon cœur depuis que je suis dans ce monastère (Lettre de mai 1770, citée par l’abbé Proyart, « Vie de Madame Louise ») Louise qui a reçu le nom de Sœur Thérèse de Saint-Augustin se coule avec facilité dans cette nouvelle vie à laquelle elle s’est secrètement préparée. Elle entend être traitée à l’égal de ses nouvelles sœurs, et n’accepte que par obéissance et à contrecœur quelques accommodements.

Ses sœurs, qui n’ont appris qu’après son départ sa décision, viennent la visiter. La toute jeune Marie-Antoinette à peine arrivée en France pour épouser le Dauphin, futur Louis XVI, se rend aussi à Saint-Denis pour faire la connaissance de sa tante. C’est même elle qui lui remettra le voile le 10 septembre 1770, jour de sa prise d’habit. Un an plus tard, le 11 septembre 1771, Madame Louise fait profession. À la cérémonie privée, en succède une seconde, publique, au cours de laquelle, en présence d’une vingtaine d’évêques et d’une nombreuse assemblée, elle reçoit le voile noir des mains de la comtesse de Provence (épouse du futur Louis XVIII).

Quelles grâces n’ai-je pas à vous rendre, ô mon Dieu, de m’avoir amenée dans votre sainte Maison ? C’est donc aux pieds de vos saints autels que mes jours vont désormais s’écouler jusqu’au dernier de ma vie. Quel bonheur, mon Dieu ! Est-ce trop que de vous faire l’oblation de tout moi-même, sous le joug de la sainte règle que je suis venue embrasser ? Puis-je regretter rien de ce que j’ai quitté ? Ce que j’ai quitté n’est rien, et ce que j’ai trouvé ici est tout, puisque c’est vous que j’y ai trouvé. Ô mon Dieu, mon tout ! désormais la pauvreté fera mes richesses. Hé ! Quel trésor, puisqu’il m’acquerra votre Royaume ! quelle proportion entre quelques jours de pénitence et un poids immense de gloire ? Oui, mon Jésus, j’embrasse votre croix, je l’embrasse de tout mon cœur. Faites que je ne m’en sépare jamais ; accordez-moi, Seigneur, toutes les grâces qui me sont nécessaires pour achever mon sacrifice pour parvenir à être votre victime ; ah ! Jésus ! Quel beau titre, et qu’il est honorable de quitter les vains honneurs du monde, pour prendre celui de votre victime ! (Prière de Madame Louise au moment de sa prise de voile, in « Méditations eucharistiques »)

Maîtresse des novices

Le lendemain de sa prise de voile, elle est nommée maîtresse des novices. Son expérience du monde, sa finesse psychologique, la font apprécier par celles qui lui sont confiées. Toutes gardent le souvenir des conseils avisés qu’elle a su leur donner pour les guider avec une ferme douceur. Elle leur est elle-même très attachée et se dit édifiée par leur ferveur.

Comment voulez-vous que j’aie un moment à moi ; chargée de treize novices qui m’aiment au point de venir me le répéter plusieurs fois par jour ? Elles me le prouvent encore mieux par leur vertu. Leur petit cœur est toujours sur leurs lèvres. Elles sont d’une ferveur qu’il faut s’étudier continuellement à modérer. Je n’ai de difficulté que quand il faut les faire reposer. Au plus grand goût pour la prière, elles joignent le plus grand zèle pour les travaux pénibles : elles avaleraient comme du miel ce que la Règle nous tolère de surplus, si l’on n’apportait la plus grande prudence pour les arrêter. (Lettre de Madame Louise à la Mère Dépositaire de Grenelle, 29 août 1782, in “Oraison funèbre” prononcée par le Père François)

Je ne puis voir mes novices sans me sentir encouragée au service du Seigneur. Leur ferveur s’élève sans cesse contre mes lâchetés. Je rends grâce à la divine Providence d’avoir environné ma faiblesse de ce petit groupe d’anges qui ne respirent que le pur amour de Dieu, et qui en faisant ma confusion, font cependant aussi ma joie. Je regarde mes novices comme autant de maîtresses que le Seigneur m’a données dans sa miséricorde pour m’apprendre à être humble, mortifiée, courageuse, pénitente et fervente (Mère Stanislas Tourel, “Vie de la révérende Mère Thérèse de Saint-Augustin”, 1857, t. I.)

Sachant avec lucidité et discrétion aider ses « filles » à discerner et approfondir leur vocation, Sœur Thérèse de Saint-Augustin, sait gagner leur confiance et leur cœur. Une humble persévérance, la constance, la modération dans les tâches et les épreuves quotidiennes assumées avec bonne humeur telle sont ses recommandations essentielles. Après sa mort, on a retrouvé les papiers où étaient écrits ses instructions et ses conseils. On en a formé un petit recueil sous le titre de “Testaments spirituels”, publié à la suite des « Méditations eucharistiques ».

Ma fille, c’est l’amour qui élargit le chemin de la pénitence et qui nous le fait paraître uni et spacieux.
***
Faisons toutes nos actions pour Dieu seul et de notre mieux, avec une grande confiance et un grand amour.
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Dieu demande de nous la plus grande fidélité plutôt que les austérités, et en cela il ne nous traite pas plus doucement que ceux à qui il demande des choses extraordinaires.
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Quand vous vivriez cent ans souvenez-vous, jusqu’au dernier jour de votre vie, que votre maîtresse vous recommandait la fidélité aux petites choses.
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L’état de sécheresse où nous nous trouvons quelquefois est peut-être, de la part de Dieu, une grande miséricorde. Dans le penchant qu’il nous voit, à nous complaire en nous-même […] si les louanges des hommes nous tentent que serait-ce des louanges de Dieu lui-même !
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Tout ce que Dieu voudra, quand il voudra, comme il voudra : telle doit être notre constante disposition ; et c’est là cette simplicité chrétienne qu’il faut nous proposer de pratiquer.
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Toute la force d’une épouse de Jésus-Christ est dans la communion ; le moyen le plus sûr pour elle d’avancer dans la perfection, c’est la communion ; le secours le plus puissant contre ses ennemis, c’est encore la communion…
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Si la pédagogie de Madame Louise à l’égard des jeunes religieuses qui lui sont confiées s’appuie sur un jugement sain et équilibré, l’exemple qu’elle donne jour après jour lui vaut aussi l’estime de toutes les sœurs. Sa piété est aussi éloignée du Quiétisme que du Jansénisme. Sereine, mais sans complaisance, lucide, mais sans rigueur excessive ou vain orgueil, elle repose sur un fond de bons sens qui fait bien le propre de son caractère. Sa charité active se traduit par maints petits gestes attentionnés envers ses sœurs. Elle qui, à Versailles, avait toujours été servie, n’hésite pas à arranger la paillasse de telle d’entre elles pour lui en éviter la peine.

À l’infirmerie elle précède celle qui doit tôt le matin administrer des potions aux malades pour alléger son travail : j’étais bien aise d’apporter tous mes soins à cette pauvre sœur. On ne peut être indifférente en religion pour aucune, car c’est l’âme que je considère en toutes et je serais désolée de les voir privées par ma faute de la plus petite consolation chrétienne et religieuse. (Lettre de Madame Louise à l’abbé Bertin 1775, cité par l’abbé Proyart “Vie de Madame Louise de France”).

Elle était pour nous une règle vivante. Toujours à la tête de la communauté, et la première à toutes les observances, elle était si éloignée de s’écouter pour quelques incommodités, qu’à peine on pouvait obtenir d’elle qu’elle se tranquillisât dans la maladie. Dure et austère pour elle-même, elle réservait pour ses sœurs toute sa douceur et ses ménagements. Elle les portait aussi loin que pouvait le permettre la charité, sans nuire au devoir et à la régularité (Témoignage cité par l’Abbé Proyart, “Vie de Madame Louise de France”)

Elle ne boude pas non plus les récréations au cours desquelles la communauté se réunit et se distrait. Les sœurs y font de menus travaux de broderie ou d’aiguilles, d’autres préparent des poèmes ou des saynètes. À l’occasion de l’un des premiers essais de vol en montgolfière, l’une d’elles s’amuse à représenter sur un mode fantaisiste les adieux de la princesse à « Mesdames » ses sœurs. Cette invention toute nouvelle (comme un siècle plus tard l’ascenseur pour Thérèse de l’Enfant Jésus !) inspire déjà à la facétieuse moniale le moyen le plus rapide de gagner le ciel. Madame Louise, quant à elle ne manifeste guère d’enthousiasme pour ces expériences périlleuses. Témoin cette lettre amusante où elle fait part de ses inquiétudes lors des premiers essais d’aérostation.

Oh ! quelle folie d’aller dans les airs ! Il en partit [un ballon] hier des Tuileries, il passa ici, m’a-t-on dit, pendant vêpres. Je bénis Dieu qu’il ne soit pas tombé dans notre enclos. Si cela dure, personne ne sera en sûreté chez soi, la compagnie tombera des nues comme la grêle. Moi qui ne suis pas physicienne, j’ai fait une remarque […] c’est qu’ils nous emmèneront beaucoup de brouillards et de pluie ; on dit que non, mais l’expérience prouvera si j’ai tort ; il fait aujourd’hui beaucoup de brouillard […] Cela vous fera juger jusqu’où va la folie des hommes puisque jusqu’à une pauvre carmélite en est occupée, il est vrai beaucoup plus pour les pauvres humains qui s’y sont nichés que pour les conséquences qu’on en pourra tirer. Je crains pour eux quelque précipice d’où, avec toutes les choses utiles et savantes qu’ils auront ramassées par les airs, ils n’auront pas la science de se tirer, et je prie beaucoup pour eux. (Lettre au cardinal de Bernis, 2 décembre 1783)

Chef de travaux

À la fin de l’année 1771, Madame Louise est nommée dépositaire, c’est à dire sœur économe. Elle gardera longtemps cette tâche qu’elle accomplira avec perspicacité. Elle fait effectuer de nombreux travaux dans le carmel dont elle surveille de près l’exécution, comme l’attestent ses nombreux billets à M. Collemberg, le chargé d’affaires de la communauté.

Sous le règne de Louis XVI, le projet – déjà envisagé sous Louis XV – de reconstruire l’église délabrée, est mené à bien. Les travaux sont confiés dès 1779 à Richard Mique. Originaire de Nancy, cet architecte a travaillé pour le roi Stanislas Leszczynski. En 1782, il est nommé architecte du roi et directeur de l’Académie royale d’architecture. La correspondance de Madame Louise reflète toute l’attention qu’elle porte au chantier qui dure jusqu’en 1785.

Ce qui m’inquiète le plus aujourd’hui, c’est que quand on a bâti l’église du couvent de Versailles, ni les religieuses ni mes sœurs n’ont pu obtenir de Monsieur Mique qu’on n’y travaillât pas les dimanches et fêtes. Mais je vous avertis que je n’entends pas cela et il est temps d’en parler. Il vaut mieux qu’on soit un an de plus à bâtir et qu’on observe les préceptes de Dieu et de l’Église (…) Faites le promettre à M. Mique et par écrit pour plus de sûreté. Travailler à nous bâtir une église est une excellente chose sans doute, mais vouloir y travailler sans aucune nécessité les jours de fête, c’est un acte antireligieux et antichrétien auquel, s’il plaît à Dieu, je ne donnerai jamais la main. J’ai déjà fait dire à plusieurs ouvriers que s’ils s’avisaient de travailler ces jours-là pour nous, ils le feraient pour la gloire de Dieu, et que je saurais si bien tenir les cordons de la bourse, qu’assurément leur profanation ne serait pas payée. Ces pauvres gens n’auraient même pas cette pensée, si elle n’était pas dans la tête de ceux qui les emploient (Lettre de Madame Louise à l’abbé Bertin, 1780, citée par l’abbé Proyart, “Vie de Madame Louise de France”).

Qu’il s’agisse du gros œuvre, des finitions ou de la décoration, d’une écriture hâtive, où l’orthographe est souvent malmenée, Mère Thérèse de Saint-Augustin donne des instructions précises :

Voicy Monsieur la liste des saints que vous m’avez demandé pour le sculpteur 1° au fronton l’adoration des mages 2° sur la porte de l’église l’assomption de la Ste Vierge 3° d’un côté du portail St Joseph et le médaillon au-dessus le sommeil de St Joseph qu’un ange rassure, de l’autre côté notre Ste Mère Thérèse et le médaillon au-dessus Ste Thérèse avec un séraphin qui lui perce le cœur d’un dard enflam[m]é. Les 4 figures de l’Église à la place des 4 évangélistes qui sont à la congrégation de Versailles, le prophète Élie avec son chariot de feu, le second le prophète Élisée recevant du ciel le manteau du prophète, la 3e St Albert patriarche de Jérusalem tenant à sa main la règle du Carmel et la 4e St Jean de la Croix en carme avec un crucifix rayonnant qui lui apparaît

À ce programme iconographique s’ajoutent trois bas reliefs dans le vestibule : la « Déposition de croix », la « Présentation de Jésus au temple » et « Jésus devant les Docteurs »

Elle ne manque pas à l’occasion de manifester son impatience, voire son agacement devant la lenteur des travaux et ne s’en laisse pas conter quant à la qualité et au coût des matériaux.

J’ai été fort surprise l’autre jour, Monsieur, en pressant le charpentier pour travailler vite à notre clocher qui avait l’air d’en rester là. Il dit qu’il était tout prêt, mais que dans ce moment, il n’avait rien à faire pour ce qu’il attendait le menuisier. Vous m’aviez promis qu’il serait revêtu de plomb et j’apprends que ce ne sera que du bois peint. Comment voulez-vous que cela dure ? Peut-être cela ira-t-il 20 ou 30 ans et fort sujet à des réparations fort coûteuses Pour une communauté il faut que cela soit plus durable. Je vous prie si la menuiserie est nécessaire que cela n’empêche pas qu’il soit revêtu de plomb par dessus. Les cloches sont fondues et arrivées, je suis très pressée. Donnez je vous prie des ordres, Monsieur, pour que cela aille promptement et solidement […]

Le chantier est aussi retardé par des accidents de travail. En 1780, un charretier est écrasé sous les pierres qu’il transporte. La communauté émue assure les frais de son enterrement. En 1782, un ouvrier a le doigt écrasé ; Madame Louise le déplore : cela fait grand pitié. Quand le Saint Sacrement est installé dans le nouveau chœur le 28 mai 1784, reste l’aménagement et la décoration à terminer. Madame Louise demande à Richard Mique d’intervenir auprès du sculpteur Deschamps : Je crois qu’il a monté sur l’échafaud une ou deux fois depuis que vous êtes venu, il n’y laisse pas même d’ouvriers, si bien que l’église est fermée, tandis que ces temps-ci on devrait travailler dès cinq heures du matin ; et on ne peut pas nous tromper là-dessus, car on entend bien de notre chœur si on travaille ou ne travaille pas. (Lettre de Madame Louise à Richard Mique, 30 Juin 1785, Centre historique des archives nationales)

Carmélite et princesse

En novembre 1773, Madame Louise est élue prieure, puis réélue trois ans plus tard. Elle sera à nouveau appelée à cette charge en 1785. Toujours active, elle refuse cependant d’intervenir en toute affaire de privilège : Il faut faire oublier tout ce que j’ai été. Pourtant elle sait rappeler l’autorité de sa naissance et se dépense sans compter dès qu’il s’agit du bien de l’Ordre et de l’intérêt de la Religion. Elle qui voulait disparaître du monde, comprend peu à peu qu’il lui faut accepter sa naissance et assumer son rang jusqu’au fond de son couvent, pour la plus grande gloire de Dieu. Elle sera princesse et carmélite.

Ainsi appuie-t-elle de son autorité le règlement de la question janséniste dans les carmels qui avaient adhéré à la bulle « Unigenitus ». La querelle janséniste empoisonne en effet la vie religieuse et politique durant tout le siècle : une minorité active, en particulier dans le clergé et dans la magistrature, n’a jamais accepté la condamnation définitive par la bulle Unigenitus en 1713, des thèses forgées dans le sillage de Port-Royal. La polémique entrave trop souvent le traitement des vrais problèmes et nuit à l’image du clergé. Les parlementaires eux-mêmes, en intervenant dans les conflits nés des refus de sacrements entendent défendre leur autorité et leurs privilèges face au roi. Madame Louise n’entre pas dans la polémique ou dans le débat théologique. Son souci est avant tout inspiré par la crainte de voir ses sœurs se perdre dans l’erreur. Elle essaie de faire revenir les « brebis égarées » qui avaient fui le couvent au plus fort de la crise d’épuration. Seule la sœur Marie-Marthe de Saint-Joseph réintégrera le carmel, après trente années passées dans le siècle. Âgée de 89 ans, les jambes paralysées, elle a gardé toute sa tête. Madame Louise tout en l’entourant de soins attentifs s’attache à la ramener à la vraie foi. La vieille religieuse après avoir satisfait à un examen tendant à prouver qu’elle adhère à la bulle Unigenitus, renouvelle ses vœux le 15 août 1775.

Dans les affaires du siècle, ses sympathies vont plutôt au parti dévot. Sa foi est sincère et pure, mais sans compromission avec les idées des Philosophes : pour elle l’impiété croît avec l’influence des Lumières. Ainsi s’insurge-t-elle contre les « glissements » de vocabulaire par lesquels des mots à connotation par trop « pieuse » disparaissent du langage, remplacés par des termes mieux adaptés à un humanisme de bon aloi. À titre d’exemple, dans son mandement de Carême 1783, Monseigneur Le Clerc de Juigné, regrette de voir le vocable « bienfaisance » remplacer celui de « charité », la carmélite prend aussitôt le pas : Oh le beau mandement ! Comme il drape la bienfaisance ! J’en suis ravie, car je déteste dans la bouche des chrétiens ces expressions que la philosophie ne fait tant ronfler que pour bannir la charité. Ce n’est pas que la bienfaisance soit un mal, mais ses motifs trop humains sont insuffisants pour faire l’aumône et en remplir le précepte.

L’application la plus aboutie de l’influence des Lumières en politique est la signature par Louis XVI de l’édit de tolérance, par lequel l’état civil est reconnu aux protestants, sans que toutefois leur soit accordée une totale liberté de culte. Madame Louise ressent la mesure comme une véritable trahison. Fille de France, elle n’admet pas que le roi puisse manquer au serment du Sacre de défendre la foi catholique et de combattre l’hérésie. Nous sommes-là sur le plan des idées, et comme dans son combat contre le Jansénisme, Mère Thérèse de Saint-Augustin ne se montre jamais tiède. Mais devant toute humanité blessée ou diminuée, par la maladie ou l’âge, elle se révèle pleine de compassion. Ainsi prodigue-t-elle sans compter soins et attentions à cette vieille sœur janséniste revenue mourir à Saint-Denis qu’elle s’applique à servir au détriment de sa propre santé. Bien sûr tant de sollicitude s’explique aussi par le souci de ne pas laisser de jeunes sœurs et surtout des novices s’approcher de cette brebis subversive ; bien sûr s’attache-t-elle à la ramener sur la bonne voie autant qu’à remédier à ses maux. Peut-on lui reprocher de se soucier du salut de l’âme en même temps que du réconfort moral et physique de ses semblables ? Peut-on lui reprocher de se désoler de l’édit de 1787, elle qui pense sans doute sincèrement que son neveu, en cédant à la mode des temps laisse s’égarer des chrétiens dans des chemins de perdition ?

Plus qu’idéologiques, ses prises de position sont avant tout empreintes d’une charité active. Et c’est bien en ce sens, qu’en juin 1783, elle accueille à Saint-Denis les treize religieuses du carmel de Bruxelles, chassées de leur couvent par la politique de Joseph II, frère de Marie-Antoinette, qui gouverne seul l’empire autrichien depuis 1780 et qui entend que les Flandres soient « balayées de tous les fainéants contemplatifs ». En « catholique éclairé », il pense que l’Église, soumise à l’État, doit participer à la construction du bonheur dès ici-bas. Pour cela, la foi doit être épurée de toute superstition et le clergé de ses membres parasites : contrairement aux enseignantes et aux hospitalières, les contemplatives, à ses yeux, ne contribuent en rien au bien commun. Pour recevoir ses sœurs bannies, Madame Louise ouvre son couvent où s’entasseront, en 1787, cinquante huit religieuses qui devront fraternellement apprendre à s’accepter mutuellement, malgré leurs différences d’habitudes et de mode de vie.

Elle qui avait tant souhaité qu’on oublie son état comprend peu à peu que par les relations que lui valent son rang, elle peut se mettre au service de l’Église. Toujours elle refusera d’intervenir en toute affaire de privilège ou de bénéfice, mais dès qu’il y va de l’intérêt de l’Ordre et de la défense de la pureté de la foi, elle se démène sans compter. Tout au long de sa vie, elle entretient une correspondance suivie avec de nombreuses personnalités, n’hésitant pas à jouer de son influence pour venir en aide à une communauté en difficulté, ou à encourager une vocation. Ainsi fait-elle parrainer par Marie-Antoinette Madame Lidoine qui, reconnaissante, prendra en religion le nom de Thérèse de Saint-Augustin. Devenue prieure du carmel de Compiègne, elle montera la dernière à l’échafaud après toute sa communauté, le 17 juillet 1794.

Madame Louise elle, ne connaîtra pas le martyre. Brutalement frappée par la maladie, elle meurt en 1787, âgée de cinquante ans. Ses dernières paroles disent toute son impatience pour enfin rejoindre l’Époux en son Royaume : « Allons vite au galop, au Paradis ! » En son temps, elle avait déjà compris le prix des petits sacrifices quotidiens assumés avec discrétion et persévérance. Son plus grand titre de gloire se trouve dans la fidélité à un « Oui » renouvelé jour après jour. « L’héroïcité » de ses vertus, se fonde dans une constante attitude d’obéissance face à une réalité joyeusement assumée ; le secret de sa sainteté, dans l’intuition d’une « petite voie bien droite » : une voie royale !

Témoignage de l’auteur de cette présentation de Louise de France

La relecture du parcours effectué par Madame Louise depuis ses premières années à la Cour jusqu’à ses derniers instants m’a rappelé l’expression selon laquelle le Père Dominique Poirot aime à évoquer « l’unité royale » de cette vie. À y bien regarder, la rupture a-t-elle été si radicale entre les années où la princesse a su mener, malgré ses obligations, une vie effacée vouée à la prière et à la méditation et celles où la carmélite, investie de charges qu’elle soupçonnait lui avoir été confiées en raison de son origine, se vit sollicitée maintes fois pour intervenir dans quelque affaire ou l’intérêt de l’Ordre ou de l’Église était en jeu.

Ainsi de chacun d’entre nous qui sommes souvent conduits à renoncer à ce que nous aurions idéalement voulu qu’il advînt de notre vie, pour nous mettre à l’écoute de la seule volonté du Seigneur dans la quotidienneté la plus incarnée de nos existences d’hommes et de femmes du XXIe siècle. Élevés par la grâce du baptême à la dignité de fils et filles de Dieu, ne sommes nous pas appelés à assumer à chaque instant « Ici et maintenant » l’appel qui nous a saisis, en tout ce que nous sommes, pour nous faire avec Jésus Christ, prêtres prophètes et rois.

Princesse et carmélite

Tout au long des années qu’elle a dû patienter à Versailles, Madame Louise s’est trouvée devant cette question. Serait-elle un jour vraiment carmélite ou resterait-elle toujours princesse, prisonnière des chaînes dorées en lesquelles sa naissance l’avait enfermée ? Sa prière à Sainte-Thérèse à la veille de quitter le château, au bout de dix huit années de patience, disait l’ardeur de son désir de se voir libérée définitivement de sa condition pour se donner toute à Dieu. Ne suis-je pas assez éprouvée, ne connaissez-vous pas à fond le vœu de mon cœur après tant d’années de constance ? Doutez-vous de ma résolution, m’avez-vous vue varier un seul instant, ne m’avez-vous pas toujours aperçue toute tournée vers la voix qui m’appelle, tendant à elle de toutes mes pensées, de tous mes désirs et de toutes mes forces ?

Au lendemain de sa prise de voile, son action de grâce exprimait bien le soulagement de se voir enfin admise en ce lieu devenu pour elle une Terre promise. Ce que j’ai quitté n’est rien, et ce que j’ai trouvé ici est tout, puisque c’est vous que j’y ai trouvé. Ô mon Dieu, mon tout ! Comparant son sacrifice à celui de ses compagnes elle disait : Toutes mes sœurs ont plus sacrifié à Dieu que moi, car elles lui ont fait le sacrifice de leur liberté, au lieu que j’étais esclave à la Cour, et mes chaînes pour être plus brillantes, n’en étaient pas moins des chaînes. Cette radicalité qui lui a fait, même au milieu des fastes de la Cour, rechercher le plus grand effacement en se retirant seule dès que ses devoirs le lui permettaient la poussa à désirer instamment être oubliée, perdue aux yeux des hommes pour ne plus vivre que sous le regard de Dieu : Ne craignez pas que je me rappelle jamais ce que j’ai été, je veux oublier jusqu’à mon nom.

Or dès son entrée à Saint Denis, ce saint et pieux désir ne s’avéra-t-il pas vain ? Eût-elle pu rester en clôture en renvoyant sa suite si elle n’avait pris la précaution de présenter ce billet écrit de la main même du roi : Les dames qui suivront ma fille Louise, lors de son départ pour le couvent où elle désire se retirer avec mon agrément et permission, lui obéiront ainsi que l’officier de mes Gardes et les gardes du corps et écuyers, sur tout ce qu’elle leur commandera, comme si c’était moi-même qui le leur disait. Il lui fallut donc bien se prévaloir de l’autorité de son père pour qu’on la laissât. On peut s’imaginer l’étonnement des religieuses, apprenant par leur Supérieur, l’abbé Bertin, que la princesse serait désormais des leurs. L’une d’elles, quand la communauté menacée d’être dispersée par la Commission des réguliers avait fait une neuvaine pour recevoir une novice, n’avait-elle pas dit : Il nous faudrait au moins une fille de roi !

S’habituer à l’âpre vie du Carmel ne fut sans doute pas chose facile, mais tous les petits sacrifices de sa sensibilité lui furent doux. D’ailleurs, pour être rude la bure de sa nouvelle tenue était-elle tellement plus inconfortable que les roides soieries, les dentelles raides d’amidon dont elle devait se parer à Versailles ? La jeune Marie-Antoinette quand elle lança la mode des tissus légers et vaporeux ne le fit pas seulement par coquetterie, mais pour se sentir plus libre dans ses mouvements. Sans doute descendre seule l’escalier du couvent, quand on n’a jamais fait un pas sans être accompagnée d’un page, chausser des alpargates, alors que l’on est habituée aux talons hauts et que les cheville gonflent au bout de quelques heures : voilà bien quelques petites mortifications acceptées et vite surmontées.

Le plus difficile fut de se faire reconnaître comme une carmélite ordinaire. Quand il s’agit de lui choisir un nouveau nom elle se contenta de dire : Tous les noms me sont égaux pourvu qu’on ne me donne ni celui de Marie ni celui de Louise : il faut faire oublier ce que j’ai été. Elle accepta donc de bon cœur celui qui lui fut proposé, rappelant toujours avec insistance : La sœur Thérèse de Saint-Augustin ou une autre carmélite c’est la même chose, à la différence près qu’elle est la moins vertueuse de toutes.

Ne plus s’entendre appeler « Madame », tel était bien son souhait. N’obtenant pas satisfaction, spontanément, elle se tourna vers son père pour qu’il demande que cessent tous ces égards. La réponse de Louis XV fut toute simple et pleine de bon sens. L’obéissance ne consistait-elle pas aller jusqu’à accepter humblement de ne pas être mise tout de suite au même rang que les autres : Si vous êtes venue pour faire votre volonté, on vous les ôtera [les ménagements ] par respect à vos ordres, mais si vous êtes venue pour obéir on vous les laissera parce que je les ai ordonnés.

Madame Louise, en vérité, ne put jamais obtenir que l’on oubliât totalement son origine. Le faste de la cérémonie de la prise de voile qu’elle reçut des mains de la jeune Marie-Antoinette le confirme. D’ailleurs sa seule venue à Saint-Denis changea complètement le sort de la communauté. La pension accordée par le roi permit non seulement de régler les dettes du couvent et d’y faire des travaux nécessaires, mais aussi de venir en aide à d’autres maisons.

L’entrée de Madame Louise à Saint-Denis eut aussi un effet d’entraînement : le noviciat se repeupla. Au lendemain de sa prise de voile elle fut nommée maîtresse des novices. Nouvelle faveur ? Ou plutôt choix judicieux, tenant compte de l’expérience du monde de cette femme de trente quatre ans qui avait su persévérer dans sa vocation au milieu d’une société où tout aurait pu l’inciter à se laisser aller à la douceur de vivre. Surmontant son scrupule de n’avoir été désignée qu’en raison de sa dignité, dépassant l’appréhension de ne pas être à la hauteur de la tâche, Sœur Thérèse de Saint-Augustin, s’appliqua à faire de celles qui lui étaient confiées de vraies filles de Sainte Thérèse. Dépassées ses premières craintes, elle ne cessa de rendre grâce et de s’émerveiller : Je ne puis voir mes novices sans me sentir encouragée au service du Seigneur. Leur ferveur s’élève sans cesse contre mes lâchetés. Je rends grâce à la divine Providence d’avoir environné ma faiblesse de ce petit groupe d’anges qui ne respirent que le pur amour de Dieu, et qui en faisant ma confusion, font cependant aussi ma joie…. Je regarde mes novices comme autant de maîtresses que le Seigneur m’a données dans sa miséricorde pour m’apprendre à être humble, mortifiée, courageuse, pénitente et fervente. Ses filles lui rendaient bien la même estime et les conseils qu’elle leur prodigua, tant pendant les deux ans où elle fut investie de cette charge que lorsqu’elle devint à trois reprises leur prieure, témoignent de l’équilibre, du bon sens avec lequel elle les guidait. Rapportés au procès de béatification leurs témoignages furent réunis dans un recueil publié à la suite des “Méditations eucharistiques” sous le titre de “Testaments spirituels”.

Je ne sais qu’une chose, c’est de faire la Règle de mon mieux, et de la faire faire aux autres de son mieux aussi, mais avec beaucoup de charité, de condescendance pour les faibles, sans tomber dans la faiblesse. Ainsi définissait-elle sa « méthode » pédagogique fondée avant tout sur l’exemple. Aucun laxisme, aucune rigueur, une grande humanité, un brin d’humour, une sincérité, une spontanéité qui lui faisaient dire sans détour sa pensée. Au quotidien une attention toujours en éveil la rendait soucieuse des moindres besoins de ses compagnes. Mais elle veillait aussi à une discrétion nécessaire qui permît non seulement d’éviter entre elles tout attachement particulier mais aussi de divulguer quelque confidence qu’elle aurait reçue de l’une d’elles : Il y a une infinité de choses qu’elles [les supérieures] ne doivent pas communiquer parce que c’est le secret des cœurs.

***

Sa piété était simple, aussi éloignée du Quiétisme que du Jansénisme, et à mille lieues des pensées des Philosophes. Mais elle n’entra pas vraiment dans les débats idéologiques de son temps. Son seul souci : préserver la pureté de la foi et ramener les âmes égarées vers leur unique Pasteur ; voir rentrer au bercail les brebis égarées dont elle croyait sincèrement qu’elles allaient à leur perte. D’où les efforts déployés pour que la Sœur Marthe revenue âgée et impotente à Saint-Denis après en avoir fui au moment de la crise janséniste adhèrât à la bulle Unigenitus. D’où sa consternation en apprenant que son neveu le roi Louis XVI avait signé l’édit de Tolérance. D’où aussi sa réticence à l’idée de toute sécularisation, moyen commode en ce siècle de caser les cadet(te)s de famille tout en leur permettant une vie facile. Elle rêva même peut-être de contribuer à rétablir une plus stricte observance au sein de l’Ordre. Son enthousiasme l’entraîna en cela à agir inconsidérément en saisissant directement le Pape Clément XIV du projet de réforme des Carmes de Charenton désireux de revenir à plus de fidélité à la Règle primitive. Envisageant que l’exemple pût se propager, elle saisit Rome par l’intermédiaire du cardinal de Bernis en « court-circuitant », il faut bien le dire, le provincial des Carmes. Peut-on en conclure pour autant, à l’instar de Marie-Antoinette qu’elle fut « la petite carmélite la plus intrigante du royaume ? »

En entrant ici j’ai renoncé au bonheur de faire des heureux

Vu son caractère entier, Madame Louise n’a pu prononcer ces paroles sans penser s’y tenir. Mais à l’épreuve des circonstances, entre le désir de se retirer du monde et d’en être oubliée et la tentation d’user de ses relations familiales pour servir l’Église, quelle a donc été réellement son attitude ? À y regarder de plus près, on constate qu’elle agit toujours, avec pragmatisme, souvent sur un coup de cœur, parfois avec maladresse, mais toujours avec une grande sincérité. Refusant systématiquement toute intervention dans une affaire de privilège ou d’honneur, elle se laissait toucher dès lors qu’il s’agissait de favoriser une vocation sincère, de promouvoir l’Ordre mais aussi de défendre les valeurs auxquelles elle était sincèrement attachée. S’agissait-il de la fondation d’un nouveau couvent à Alençon, elle se dépensa sans compter. S’agissait-il d’encourager la vocation d’une jeune fille désireuse de prendre le voile, elle s’entremettait pour lever le veto familial ou pour faire payer sa dot si l’obstacle ne venait que d’un manque de moyens. Ainsi obtint-t-elle la protection de la Reine pour Madame Lidoine qui prit par reconnaissance le même nom qu’elle en religion. L’héroïque sacrifice de celle qui, devenue prieure du carmel de Compiègne, fut la dernière à monter à l’échafaud après avoir soutenu le courage de ses filles, donne à penser de quelle trempe était les religieuses formées pourrait on dire « à l’école de Madame Louise. »

En toute chose, on reconnaît bien le tempérament fougueux et la franche spontanéité qui lui feront de la même façon s’adresser avec tant de vivacité à Mique, l’architecte de Marie-Antoinette pour se plaindre de la lenteur des travaux pour la construction de la nouvelle église du carmel. Je suis désespérée Monsieur, notre église n’avance point, toutes les fois que je veux presser les ouvriers… ils me répondent qu’ils attendent vos ordres et vous ne venez ni ne les envoyez. On m’a dit dernièrement que vous étiez enrhumé, mais vous ne l’êtes pas depuis trois mois !… Elle suivit attentivement le chantier ; refusant que l’on y travaillât le dimanche, elle ne s’en laissa pas conter sur la façon dont il devait être conduit : ce temps ci on devrait travailler dès cinq heures du matin ; et on ne peut pas nous tromper là-dessus, car on entend bien de notre chœur si on travaille ou ne travaille pas

Cette véhémence a peut-être parfois poussé Madame Louise à se départir de sa réserve au point d’être considérée comme la tête du parti dévot. Résistance spirituelle à l’image du zèle ardent qui enflammait le prophète Elie ? Elle n’était pourtant pas toujours si libre qu’on peut le croire, du fait même de sa position. Le meilleur exemple qui en soit est celui de l’accueil à Saint-Denis des carmélites des Flandres. Chassées de leurs couvents par l’édit de Joseph II, qui ne voulait plus dans ses états de congrégations qui ne fussent vouées à quelque œuvre « utile », les religieux et religieuses contemplatifs se voyaient condamnés à s’exiler ou à retourner dans le siècle. Les carmélites étaient évidemment au premier titre frappées par cette mesure. Madame Louise en fut touchée mais ne fut pourtant pas la première à leur ouvrir son couvent. Pour elle l’affaire, inévitablement, se tournait en affaire de famille. Joseph II n’était-il pas le frère de la Reine ! Quand elle l’avait reçu à Saint-Denis quelques années auparavant, alors qu’il était en visite en France sous le nom de comte de Falkenstein, il avait manifesté son peu d’enthousiasme pour la vie menée au couvent : Vraiment Madame, j’aimerais mieux être pendu que vivre ici comme vous vivez ! Ce à quoi elle avait répondu : Croyez ma double expérience : je suis en droit de prononcer que la carmélite est plus heureuse dans sa cellule que la princesse dans son palais. Il n’en avait évidemment pas été convaincu !

Mais comment obtenir de Louis XVI qu’il invitât officiellement les religieuses vivant sur les états de son beau frère à venir se réfugier en France sans que cela parût une provocation, un défi, une ingérence pourrait-on dire dans l’exercice du pouvoir de ce prince ? La prudence de Madame Louise au commencement de cette affaire s’explique donc. Toute carmélite qu’elle fût, elle restait tenue par son devoir d’état qui, eu égard au jeu des alliances de la France dans le concert européen, l’obligeait à tenir compte de la raison d’état ! Mais dès lors que son neveu eût autorisé la venue des religieuses cloîtrées en son royaume, Mère Thérèse de Saint-Augustin laissa libre cours à son naturel. Saint-Denis devint la plaque tournante par laquelle les moniales étrangères passaient avant d’être redirigées vers d’autres couvents. À certain moment les effectifs y atteignirent la soixantaine ! Rien ne fut épargné surtout pour accueillir et garder les treize sœurs du carmel de Bruxelles. Il fallut d’abord vaincre leurs réticences : le climat, la nourriture, mais, aussi les usages du Carmel français où la Règle n’était pas appliquée comme « chez elles ». L’abbé Consolin, confesseur de Saint-Denis dépêché auprès d’elles, finit par les rassurer. Elles arrivèrent avec lui en juin 1783, reçues chaleureusement elles s’intégrèrent dans leur nouvelle communauté.

Puis, fatal retournement de l’histoire, quand éclata la Révolution elles quittèrent la France. Bientôt celles-là même qui les y avaient accueillies durent à leur tour abandonner le couvent pour se cacher dans leurs familles ou s’exiler. Madame Louise, morte en 1787, ne connut pas le déferlement qui balaya la monarchie. Dans la biographie qu’elle lui consacrèrent au XIXe siècle, ses héritières du carmel d’Autun prétendirent qu’elle avait été victime d’un complot des « ennemis de la religion ». Il n’en est rien bien sûr, mais l’on ne peut leur reprocher d’avoir voulu embellir l’histoire pour que la princesse pût elle aussi être déclarée martyre. L’ouvrage de Mère Tourel ne fait qu’emprunter au style hagiographique courant à son époque pour mettre en valeur celle qui était restée un exemple de sainteté dans la plupart des communautés reconstituées après la Révolution.

En vérité, frappée par la maladie, Madame Louise a expiré au milieu de ses filles. Ses dernières paroles furent pieusement recueillies : Au galop, au galop, au paradis ! Et là on la reconnaît bien à l’impétuosité qu’elle mit en toute chose. Elle voyait s’ouvrir enfin les portes du royaume, et c’est bien d’une allure princière qu’elle y courait ! Elle qui avait tant voulu être oubliée ne le fut même pas par ceux-là qui, en 1793, profanèrent les tombes des Bourbons dans la basilique de Saint-Denis. Se rappelant que la princesse dormait non loin de là. Ils y vinrent chercher ses restes, enterrés comme ceux des autres religieuses autour du cloître, pour les jeter avec ceux de sa famille dans la fosse commune. Ainsi rejoignait-elle les siens. Peut-être le fallait-il pour qu’elle les entraîna à sa suite. L’un de ses vœux les plus chers exprimé au moment de quitter Versailles n’avait il pas été Moi carmélite, le roi, tout à Dieu et toute ma famille dans le chemin du ciel.

****

Il y a quelques années, le souvenir de Madame Louise a de nouveau resurgi de l’ombre où il semblait qu’elle eût fini par entrer au début de ce siècle. Il a resurgi en ce lieu même où elle avait voulu s’enfouir, devenu après bien des avatars Musée des arts et d’histoire de Saint-Denis. Tandis qu’au rez-de-chaussée se trouvent présentés les vestiges archéologiques de la ville, au premier étage, dans les anciennes cellules, sont exposés les souvenirs du passage de Louise de France au carmel, alors qu’au second, sont évoqués les événements de la Commune. Providentielle rencontre en ces lieux où se sont posées sans les accaparer les traces de divers courants de notre histoire. Comment ne pas redire les mots que Madame Louise ne prononçait peut-être que pour elle-même mais qui prennent ici une signification presque prophétique : “Travailler au grand ouvrage de notre réconciliation”. Cela peut-être, sûrement même, a commencé à se produire là-même où une municipalité communiste a contribué activement à préserver ces bâtiments de l’avidité des promoteurs pour en faire un lieu de mémoire ; là même où vivent aujourd’hui des hommes venus de toutes les nations, à l’ombre de la basilique des rois de France tout près de l’endroit où beaucoup, s’ils n’y pénètrent, ignoreront toujours que vécut la fille de Louis XV.

Brigitte-Marie L. B.(ocds)

Chronologie

15 juillet 1737 : Naissance de Louise-Marie, Madame Septième née Huitième, (en 1728 une première petite Louise-Marie était née, morte en février 1733), dixième et dernier enfant du couple royal.

16 juin 1738 : Départ de Mesdames cadettes (Victoire, Sophie et Louise) pour Fontevraud.

26 août 1739 : Mariage de Madame Élisabeth avec l’Infant Dom Philippe (futur duc de Parme).

1740 : Guerre de succession d’Autriche.

1743 : Début du règne personnel de Louis XV.

23 février 1745 : Mariage du Dauphin Louis, et de Marie-Thérèse, infante d’Espagne.

11 mai : Victoire de Fontenoy.

15 août : Confirmation de Louise et de ses sœurs à Fontevraud.

14 septembre : Présentation de Madame de Pompadour à la Cour.

22 juillet 1746 : Mort de Marie-Thérèse, Dauphine.

9 février 1747 : Second mariage du Dauphin avec Marie-Josèphe de Saxe.

28 octobre 1748 : Fin de la guerre de Succession d’Autriche.

21 novembre : Première communion de Madame Louise.

14-18 octobre 1750 : Retour de Mesdames Sophie et Louise à la Cour (Victoire les a précédées d’un an).

1751 Publication du Premier volume de l’Encyclopédie.

13 septembre : Naissance du duc de Bourgogne, fils du Dauphin.

1752

10 février 1752 : Mort de Madame Henriette (Adélaïde devient « Madame »).

7 octobre : Prise d’habit de Madame de Rupelmonde au carmel de la rue de Grenelle sous le nom de sœur Thaïs de Jésus.

8 sept. 1753 : Naissance du duc d’Aquitaine, second fils du Dauphin.

22 février 1754 : Mort du duc d’Aquitaine.

23 août : Naissance du duc de Berry, troisième fils du dauphin (futur Louis XVI).

17 nov. 1755 : Naissance de Louis-Stanislas-Xavier, fils du Dauphin, comte de Provence (futur Louis XVIII).

1756 : Guerre de Sept ans.

5 janvier 1757 Attentat de Damiens.

9 oct : Naissance de Charles-Philippe, comte d’Artois, fils du Dauphin (futur Charles X).

6 déc. 1759 : Mort de Madame Infante (Madame Elisabeth).

22 mars 1761 : Mort de Louis-Joseph-Xavier, duc de Bourgogne.

1762 : Affaire Calas.

1763 : Fin de la guerre de Sept ans.

15 avril 1764 : Mort de Madame de Pompadour.

26 nov. : Edit supprimant l’Ordre des Jésuites en France.

20 déc. 1765 : Mort du Dauphin.

23 février 1766 : Mort de Stanislas Leszczynski.

13 mars 1767 : Mort de Marie-Josèphe de Saxe.

24 juin 1768 : Mort de Marie Leszczynska.

22 avril 1769 : Présentation de Madame du Barry à la Cour.

30 Janvier 1770 : Monseigneur de Beaumont annonce à Louis XV la décision de Madame Louise d’entrer au Carmel.

16 février 1770 : Lettre de Louis XV à sa fille.

11 avril : Entrée de Madame Louise au Carmel.

16 mai : Mariage du Dauphin et de Marie-Antoinette.

10 septembre : Prise d’habit de Madame Louise, Sœur Thérèse de Saint-Augustin.

12 septembre 1771 : Profession de sœur Thérèse de Saint-Augustin.

1er octobre : Prise de voile de sœur Thérèse de Saint-Augustin

2 octobre : Nomination de sœur Thérèse de Saint-Augustin comme maîtresse des novices.

décembre : Nomination de sœur Thérèse de Saint-Augustin comme dépositaire.

27 novembre 1773 : Election de sœur Thérèse de Saint-Augustin comme Prieure.

10 mai 1774 : Mort de Louis XV.

11 juin : Sacre de Louis XVI.

22 septembre : Mort du Pape Clément XIV.

1775 : Visite à Saint-Denis de l’archiduc Maximilien d’Autriche, frère de Marie-Antoinette.

15 février : Élection de Pie VI.

5 juillet : Retour au carmel de Saint-Denis de la sœur Marie-Marthe, sortie au moment de la « crise » janséniste.

déc. 1776 : Réélection de Mère Thérèse de Saint-Augustin comme Prieure.

17 mai 1777 : Visite à Saint-Denis de l’empereur Joseph II sous le nom de comte de Falkenstein.

1778 : Traité entre la France et les Insurgents américains.

15 septembre : Pose de la première pierre du réfectoire du carmel par Mesdames Adélaïde, Victoire et Sophie.

30 novembre : Nomination de sœur Thérèse de Saint-Augustin comme dépositaire, Mère Julie de Mac-Mahon élue Prieure.

19 mai 1781 : Disgrâce de Necker.

22 octobre : Naissance de Louis-Joseph-Xavier, Dauphin, fils de Louis XVI.

29 novembre : Edit de Joseph II, empereur d’Autriche, supprimant les ordres contemplatifs dans ses États.

3 mars 1782 : Mort de Madame Sophie.

1er décembre : Réélection de Mère Thérèse de Saint-Augustin comme dépositaire.

10 mai 1783 : Annonce aux carmélites de Bruxelles du décret supprimant leur monastère.

14 juin : Arrivée des treize carmélites de Bruxelles à Saint-Denis.

10 novembre : Ascension de Montgolfier et de Pilâtre de Rozier en ballon.

1785 : Affaire du collier de la Reine.

27 mars : Naissance de Louis-Charles, duc de Normandie (futur Louis XVII).

27 septembre : Mort de Mère Julie de Mac-Mahon.

octobre : Mère Thérèse de Saint-Augustin, Prieure.

9 octobre 1786 : Consécration par l’archevêque de Paris de la nouvelle église de Saint-Denis, construite par Richard Mique.

22 février 1787 : Ouverture de l’Assemblée des notables à la salle des Menus Plaisirs à Versailles.

19 novembre : Edit de tolérance accordant l’état civil aux protestants.

23 décembre : Mort de Madame Louise.

Qu’est devenu le Carmel de Saint-Denis ?

La communauté fut dispersée en 1792. Après la Révolution, les carmélites de Saint-Denis, se rassemblèrent, d’abord à Paris en 1807, puis en 1838, à Autun. Après de nombreuses démarches pour récupérer l’ancien monastère transformé en caserne, une petite délégation de religieuses put enfin s’y installer en 1868. Mais le 21 décembre 1895, les sœurs quittèrent définitivement Saint-Denis pour Versailles. Exilées à Berckt, en Hollande en 1901, suite aux mesures frappant les congrégations, elles revinrent en France en 1921 et s’installèrent à Montgeron. Le carmel de Montgeron ayant été fermé en 1988, la communauté fut dispersée entre plusieurs couvents ; la sœur qui conservait les archives de Madame Louise rejoint le carmel d’Autun. Le couvent d’Autun fut à son tour fermé en 2000 ; les sœurs ne furent pas séparées et furent accueillies par le carmel de Nogent.

L’église de Richard Mique fut transformée en tribunal à la fin du XIXe siècle, ce qui explique l’inscription « Justice de Paix » sur le fronton. Occupés par les Sœurs de la Sainte-Famille du Sacré Cœur jusqu’en 1959, les bâtiments conventuels furent ensuite convoités par les promoteurs immobiliers. Mais en 1972, la municipalité de Saint-Denis décida de les acheter à l’évêché pour y installer un musée. Aujourd’hui, le musée d’art et d’histoire de Saint-Denis, accueille de nombreux visiteurs et propose un programme d’expositions et d’animations culturelles très diversifié. Le défi de faire de cet ancien carmel, un lieu d’humanité et de vie a été relevé.

Bibliographie succincte

  • Édouard de Barthélémy, Mesdames filles de Louis XV, Paris, Didier, 1870.
  • Geoffroy de Grandmaison, Madame Louise de France, la vénérable Thérèse de Saint-Augustin, Paris, Gabalda, 1907.
  • Bernard Hours, Madame Louise, princesse au Carmel, Paris, Cerf, 1987 : Biographie de la Mère Thérèse de Saint-Augustin, fille de Louis XV et carmélite à Saint-Denis. Belle figure du Carmel français au XVIIIe siècle.
  • S. Poignant, L’Abbaye de Fontevrault et les filles de Louis XV, Paris, Nouvelles éditions latines, 1966.
  • Idem, Mesdames filles de Louis XV, l’aile des Princes, Arthaud, 1970.
  • Dominique Poirot (Père, O.C.D.), Louise de France, carmélite à Saint-Denis, textes spirituels (présentés par), Paris, O.E.I.L.,1988.
  • Abbé Proyart, Vie de Madame Louise de France, religieuse carmélite, fille de Louis XV, Paris, Lyon, 1860, nouv. éd., 2 vol.
  • Jean Rollin, Murs mystiques. Les sentences du Carmel de Saint-Denis, Paris, O.E.I.L, 1988
  • Mère Stanislas Tourel, Vie de la révérende Mère Thérèse de Saint-Augustin, Madame Louise de France par une religieuse de sa communauté rétablie à Paris en 1807, transférée à Autun en 1838. Autun, imp. R. Dejussieu, 1857, 2 vol.

Lire les textes et méditations de Louise de France, Mère Thérèse de Saint-Augustin

Le programme de la Tradition exposé par Mgr Lefebvre au cardinal Seper

Éminence Révérendissime,

Je ne puis croire que vous ne compreniez pas les motifs exacts de mon attitude qui est celle de milliers de catholiques et de nom­breux prêtres parmi les plus fidèles à l’Église catholique et à la Papauté.

Le problème de fond de notre persé­vé­rance dans la Tradition, malgré les ordres donnés par Rome pour l’abandonner, c’est un problème de grave et profond change­ment dans le rapport de l’Église avec le monde. Continuer la lecture de « Le programme de la Tradition exposé par Mgr Lefebvre au cardinal Seper »

Volkoff dévoile pourquoi la Fraternité St Pie X trahit

Mes chers Amis,

Comment Mgr Fellay, fils de Mgr Lefebvre, peut-il en arriver à trahir ? Comment l’abbé de Cacqueray, si pieux et si droit, a-t-il pu étouffer la résistance à la trahison ?

Volkoff expose très bien la mentalité des alliés plus ou moins conscients de la Révolution. Voici une conférence que j’ai donnée à Paris sur ce sujet qui me paraît des plus importants. L’enregistrement est hélas médiocre, n’hésitez pas à me dire si je dois le refaire.

Les trois livres clés de Volkoff sont en vente à notre librairie.

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