Sermon sur Dieu ~ 12 Pourquoi il faut méditer sur les perfections divines

Mes bien chers Frères,

“Dieu est si grand que meilleur ne se peut !” C’est ce que répondit Joinville à saint Louis qui le félicita pour sa réponse.

Nous allons voir aujourd’hui la richesse de méditer les perfections de Dieu comme un enfant admire son père et cherche à mieux le connaître.

Je vous donne ci-dessous une très belle méditation de Mgr Lefebvre, extraite de son livre Itinéraire spirituel.

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Résumé du sermon
Mgr Lefebvre : L’itinéraire spirituel

Résumé du sermon

L’importance de méditer sur Dieu

1. En raison de la louange que nous adressons à Dieu : Que votre nom soit sanctifié.
mieux nous connaissons les perfections de Dieu et plus notre louange sera parfaite.

Les psaumes, le prologue de saint Jean…

2. En raison de ce que Dieu est pour nous

Comment avons-nous démontré l’existence de Dieu ?

Nous sommes partis de perfections – relatives, mais réelles – que Dieu a mises dans la nature créée, de là nous sommes montés à la perfection sans limite qui en est à l’origine.

Mais il faut redescendre l’échelle : tout ce qui est dans la nature doit correspondre aux perfections infinies de Dieu. C’est évident dans l’éducation des enfants, ce doit l’être tout autant dans la conduite des hommes par les supérieurs, et aussi dans la conduite des hommes par eux-mêmes.

3. Nous connaissons Dieu par voie de négation et d’éminence. C’est limité, mais vrai et réel.

Dieu est simple : la pureté de Dieu

Dieu est simple, c’est-à-dire sans corps, sans matière.
remarque : lorsque l’Écriture Sainte attribue des qualités corporelles à Dieu, c’est une image poétique, utilisée car elle est très parlante.

Il n’A pas la perfection, mais il EST la perfection. Il n’a pas de nature, il est sa nature. Il ne reçoit pas l’existence, il est sa propre existence.

Il n’est sujet d’aucune vicissitude, ne peut recevoir aucun ajout.

Et, tout en ayant créé le monde, il ne se mélange pas au monde. Il n’est pas l’âme du monde, ni le ferment du progrès. Le monde ne sort pas de lui par émanation, etc.

Conséquences pour nous

Ressembler à Dieu c’est en premier entrer dans sa pureté et sa simplicité.

En éducation

Remarque préliminaire : ne jamais dire en montrant le crucifix ou la sainte hostie : « Vois, c’est le Bon Dieu ! » Il faut lui faire comprendre que Dieu est un être invisible, présent partout, qui lui donne la vie.

Ne pas éparpiller l’enfant, ni l’écarteler entre le monde et Dieu, entre le corps et Dieu, etc.
mais tout ramener à Dieu.
C’est très facile en préparant bien la première communion.

Quant à l’apostolat sacerdotal

Notre apostolat doit vous ramener à l’essentiel, c’est-à-dire à Dieu.
C’est très important car, aujourd’hui, sous prétexte d’efficacité, de nous mettre à la portée du monde, on craint de ramener le monde à Dieu, quand on ne l’englue pas dans ce qui n’est pas Dieu

Nous avons le devoir de vous faire découvrir la noix sous la coque, l’esprit de Dieu sous les choses humaines.

Et, puisque Dieu est la sainte Trinité, de vous faire vivre dans la sainte communion du Père, du Fils et du Saint-Esprit, étrangers à ce monde qui passe.

Quant à votre vie chrétienne

La séparation du monde, le mépris du monde, ont leur raison d’être en Dieu, c’est la simplicité de Dieu qui les rend nécessaires.

A fortiori la séparation de l’audiovisuel, de la curiosité sur internet, de romans romantiques, des musiques sensuelles, des danses

La pauvreté évangélique trouve en la simplicité de Dieu sa légitimité et sa nécessité.
elle est nécessaire à sa manière aux laïcs dans le monde et pas seulement aux religieux.

Itinéraire spirituel de Mgr Lefebvre

Chapitre I
Dieu

à l’image de saint Thomas et à sa suite, nos considéra­tions seront établies sur la foi, sur la Révélation, même éventuelle­ment sur les arguments de raison. “Justus ex fide vivit” : le juste, le saint, vit de la foi, parce que la foi porte en elle comme en germe la vision béatifique ; or nous avons été créés dans ce but. La foi assume la lumière de notre intelli­gence et lui confère une sagesse incomparable.

Le premier sujet d’étude que présente la Somme théolo­gique, c’est Dieu. C’est aussi le premier sujet de la Prière de Notre Seigneur : “Notre Père, qui êtes aux Cieux”. C’est la première affirmation de notre Credo : “je crois en Dieu…” ; c’est le premier commandement : “Un seul Dieu, tu adoreras”.

Le premier bien de l’homme et le dernier, son origine et sa fin, son bonheur de tous les jours et l’éternité, c’est Dieu. Dès ses premières heures de conscience l’âme de l’enfant doit se tourner vers Dieu et s’épanouir au grand soleil de Dieu “qui illuminai omnem hominem venientem in hunc mundum : qui illumine tout homme venant en ce monde.” (Jn. J, 9)

Bienheureux les anges, qui ont gardé inscrit dans leur cœur “quis ut Deus” : qui est comme Dieu ? et qui n’ont pas bronché dans l’épreuve.

Bienheureuse Vierge Marie, immaculée dans sa Concep­tion, qui a tourné pour toujours son âme vers Dieu dès sa plus tendre enfance.

Bienheureuse âme de Notre Seigneur illuminée par la vision béatifique dès l’instant de sa création.

Pourquoi ces atermoiements, pourquoi ces retards, pour­quoi cette cécité dans la connaissance et l’amour de Dieu, même chez beaucoup de baptisés ?

Cette constatation déclenche les lamentations de Notre Seigneur, dans les Psaumes, dans les impropères du Vendredi Saint, dans le premier chapitre de saint Jean. On peut penser que son agonie au jardin des Oliviers était la constatation de cet athéisme de fait. L’Amour n’est pas aimé : “non requirunt Deum”…”Non receperunt”.

Ce drame nous laisse-t-il indifférents ? nous sommes dépassés par cette réalité de l’ignorance de Dieu. Qu’y pouvons-nous ? Toute la société moderne porte à cette igno­rance. Mais n’y aurait-il pas chez nous-mêmes trop d’ignorance de Dieu ? Faisons-nous un effort pour méditer Dieu, pour approcher de ce mystère insondable, de “l’Alpha et l’Omega”, du “Principium et finis” du Mystère d’amour exprimé dans le Verbe incarné ?

Saint Thomas nous invite à mieux connaître Dieu, dans son Unité, dans sa Trinité, dans ses œuvres.

Cette contemplation de la Trinité bienheureuse qui fera notre bonheur éternel ne peut-elle, dans la foi et l’Esprit-Saint, nous procurer une esquisse, un effluve de ce bonheur ?

Voici quelques études qui peuvent aider à compléter ou expliquer l’enseignement de la Somme :
“Les Perfections divines” du R.P. Garrigou-Lagrange
Les Commentaires de la Somme théologique du Père Pègues et du Père Hugon.
“Les Noms divins” du Père Lessius.
“Dieu”, “La Trinité” du Père Emmanuel.
“Le Christ, Idéal du Moine”, ch.1 de Dom Marmion.

Il ne s’agit pas de faire une étude théologique mais d’approcher quelque peu la grande réalité qu’est Dieu et devant ses attributs et ses perfections infinies, de nous jeter dans l’adoration, l’humilité, l’oblation ardente en imita­tion de Jésus-Christ et de la Vierge Marie.

Un peu plus de connaissance de l’infinité de Dieu, de son infinie charité et miséricorde devrait nous faire progresser dans la Charité de Dieu, nous éloigner du péché et nous confirmer dans la vertu ; et c’est d’ailleurs la voie qu’ont suivie toutes les âmes saintes, sous l’influence de l’Esprit de Jésus.

Existence de Dieu

La foi qui est la science la plus sûre, à laquelle nous nous référons, nous enseigne l’existence de Dieu : “Credo in unum Deum Patrem omnipotentem, creatorem cœli et terrae, visibi­lium et invisibilium”.

Elle nous enseigne qu’Il est esprit : “Deus spiritus est”, c’est Notre Seigneur qui l’enseigne à la Samaritaine. C’est donc un Esprit tout-puissant qui a tout cree.

Il fut donc un moment où le monde n’existait pas, où Dieu seul existait éternellement, dans sa sainteté et son bonheur parfaits et infinis, n’ayant nul besoin de créer. Notre Seigneur au début de sa prière sacerdotale fait allusion à cette époque “et maintenant, Père, glorifiez-moi de la gloire que j’avais auprès de vous avant que le monde fût” (Jn. XVII, 5).

La foi nous enseigne que la raison peut et doit parvenir à la conclusion de l’existence de Dieu, et saint Pierre dans sa première épître (I P. 1, 18 sq.) reproche avec véhémence aux hommes de n’avoir pas connu le vrai Dieu qui se manifeste par ses œuvres.

En effet tout ce qui est, tout ce que nous sommes, pro­clame l’existence de Dieu, et chante ses perfections divines. Tout l’Ancien Testament, et particulièrement les Psaumes et les Livres sapientiaux, chantent la gloire du Créateur. C’est pourquoi dans la prière liturgique et sacerdotale les psaumes ont une place primordiale.

Il est bon de méditer sur la création, “ex nihilo sui et sub­jecti”, fait de rien, par la simple décision du Créateur “qui putas se esse aliquid, cum nihil sit, ipse se seducit : si quelqu’un se croit quelque chose, alors qu il n’est rien, il se fait illusion” (Gal. VI, 5).

Plus on creuse cette réalité, plus on est stupéfait de la toute-puissance de Dieu et de notre néant, de la nécessité pour toute créature d’être constamment soutenue dans cette existence, sous peine de disparition, de retour au néant. C’est bien ce que nous enseignent et la foi et la philosophie.

Rien que cette méditation et cette constatation devraient nous jeter dans l’humilité, l’adoration profonde, et mettre dans cette attitude une immutabilité semblable à Dieu lui-même immuable. Nous devrions être remplis d’une confiance sans bornes, envers Celui qui est notre Tout et qui a décidé de nous créer, et de nous sauver.

Avec quelle dévotion et sincérité nous devrions tous les matins au début des Matines, réciter le Psaume XCIV “Venite exsultemus… Venite adoremus… quoniam ipsius est mare et ipse fecit illud et aridam fundaverunt manus ejus, venue adoremus et procidamus ante Deum, ploremus coram Domino, qui fecit nos, quia ipse est Dominus Deus noster, nos autem populus ejus et oves pascuae ejus. “Venez, chantons avec allégresse… Venez, adorons le Seigneur… A Lui est la mer, c’est Lui, en effet, qui l’a faite et ses mains ont formé le continent ; venez, adorons, prosternons-nous devant Dieu, et pleurons devant le Seigneur qui nous a faits, car Lui— mime est le Seigneur notre Dieu, et nous sommes son peuple et les brebis de son pâturage.”

Comment ne pas rendre grâces à l’Église qui met ces paroles sur nos lèvres pour exprimer les sentiments les plus profonds de nos âmes de créatures !

Si la création est un grand mystère, c’est que Dieu est pour nous le grand Mystère et le demeurera éternellement même dans la vision béatifique. “Nemo Deum vidit unquam, nisi qui ex Deo est” seul le Verbe et l’Esprit-Saint voient Dieu, étant de Dieu et un seul Dieu avec le Père. (Jn 6, 46)

Effleurer les attributs et les perfections de Dieu, réalité spirituelle qui embrasse tout, qui vivifie tout, qui soutient tout dans l’existence, ne pourra qu’augmenter le Mystère di­vin, pour notre plus grande satisfaction, édification, sanctifi­cation.

Saint Thomas dit ceci : “Plus nous connaîtrons parfaite­ment Dieu ici-bas, mieux nous comprendrons qu’Il surpasse tout ce que l’intelligence comprend. “(lIa IIae q.8, a.3)

La foi venant au secours de la raison pour nous convain­cre de l’existence de Dieu et nous ouvrant des horizons merveil­leux sur l’intimité de Dieu par la Révélation et surtout par l’incarnation du Verbe divin, il nous faut l’interroger pour savoir si l’on peut donner à Dieu un nom qui serait propre à Dieu et nous aiderait à mieux le connaître.

Or c’est précisément ce que Dieu a fait tant dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau. Voici les paroles de Dieu à Moïse : “Je leur dirai : le Dieu de vos pères m’envoie vers vous. S’ils me demandent quel est son nom ? que leur répon­drai-je ? et Dieu dit à Moïse : Je suis Celui qui suis. Et il ajouta : c’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : Celui qui est, m’envoie vers vous” (Ex. III, 13-14) ; et Notre Seigneur s’exprime de même vis-à-vis des juifs qui lui disent “Vous n’avez pas encore cinquante ans et vous avez vu Abra­ham ? Jésus leur répondit : En vérité en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, Je suis.” (Jn. VIII, 5-9)

On n’admirera jamais assez ces réponses lumineuses, qui correspondent d’ailleurs aux conclusions de notre raison. “Dieu est” ; Il est “ens a se”, l’être par lui-même, tous les autres êtres sont “ab alio”, n’ont pas leur raison d’être par eux-mêmes.

Ces affirmations simples sont une source de méditation et de sanctification inépuisable. Que ce soit le regard sur Dieu qui s’épuise dans l’infini ! Que ce soit la constatation des rapports de la créature au Créateur, ou la vue du néant de la créature, nous sommes en face de ce qu’il y a de plus vrai, de plus profond et de plus mystérieux en Dieu et en nous.

Chapitre Il
Les perfections de Dieu

Il est bon de nous rappeler pendant toute cette contem­pla­tion de Dieu que nous devons appliquer tout ce qui est dit de Dieu, à Notre Seigneur Jésus-Christ qui est Dieu. On ne peut pas séparer Jésus-Christ et Dieu. On ne peut pas séparer la religion chrétienne de Jésus-Christ qui est Dieu et on doit constater et croire que seule la religion catholique est la religion chrétienne. Ces affirmations ont pour conséquences des conclusions inéluctables et qu’aucune autorité ecclésiasti­que ne peut contester : hors de Jésus-Christ et de la religion catholique, de l’Église, pas de salut, pas de vie éternelle ; quiconque se sauve, arrive à la vie éternelle par son adhésion au Corps mystique de Notre Seigneur.

Autre conséquence : toutes les sociétés que Notre Sei­gneur a créées doivent nécessairement concourir, selon leur finalité, à faire devenir ou à conserver les âmes catholiques, afin de leur procurer le salut éternel, fin de toute la Création, fin de l’incarnation et de la Rédemption.

Ces conclusions sont immortelles, inchangeables. Elles sont l’expression de toute la Révélation, et ont été les principes directifs de toute l’Église jusqu’au Concile Vatican Il.

(L’instauration de cette “Église conciliaire” imbue des principes de 89, des principes maçonniques vis-à-vis de la religion et des religions, vis-à-vis de la société civile, est une imposture inspirée par l’Enfer pour la destruction de la reli­gion catholique, de son magistère, de son sacerdoce et du sacrifice de Notre Seigneur.

Cette nouvelle Église ne pouvait plus logiquement chan­ter les louanges de Jésus-Christ, Roi universel des nations, ne peut plus avoir les pensées de Notre Seigneur vis-à-vis du monde ; c’est pourquoi tout l’esprit de la Liturgie a été modifié, par la modification d’une multitude de détails, dans les textes et dans les gestes.

La contemplation du Verbe incarné tel qu’il est chanté dans toutes les fêtes liturgiques, est désormais rendue impossible pour la nouvelle Église. Nous devons à tout prix demeurer fidèles à l’esprit de l’Église catholique, si nous voulons nous adonner à la contemplation des mystères divins, du mystère du Verbe incarné, du mystère de la Trinité Sainte.)

Les perfections divines se distinguent des opérations divi­nes, bien que rien ne soit séparé en Dieu. C’est la faiblesse de notre esprit qui nous contraint à étudier Dieu d’une manière humaine.

Dieu est la Vérité, la Bonté, la Beauté.

Ces attributs sont ceux de l’être qu’est Dieu. Dieu possé­dant tout l’être en lui-même possède donc la vérité, la bonté, la beauté en leur perfection parfaite.

Plus les êtres participent à l’Être divin et plus ils partici­pent à sa Vérité, à sa Bonté, à sa Beauté.

Notre connaissance de Dieu est bien imparfaite ici-bas et elle le sera encore au Ciel, car il faudrait être Dieu pour le connaître dans toute sa perfection et son être, c’est le cas des trois personnes divines.

Une approche d’une meilleure connaissance de Dieu consiste à nier de Lui toutes les limites des créatures, qui nous servent d’ailleurs à prouver l’existence de Dieu ; ainsi donc de Dieu nous nions toute imperfection : Dieu est parfait ; nous nions toute limite : Il est infini ; nous nions toute limite dans l’espace : Il est partout, omniprésent ; nous nions toute limite dans le temps : Il est éternel ; nous nions toute mutation : Il est immuable.

Il faudrait citer ici à cette occasion de nombreux textes de la sainte Écriture. On peut dire que tout l’Ancien Testament est un hymne à la perfection infinie de Dieu ; on est émerveillé de l’esprit d’adoration, de la grandeur, de la toute-puissance de Dieu, de sa Providence dans l’histoire de l’humanité et spé­cialement dans l’histoire d’Israël préparant le Messie.

Puis dans le Nouveau Testament ce sera la manifestation, l’épiphanie de sa Trinité Sainte, de sa Charité infinie, de sa miséricorde insondable pour les pécheurs que nous sommes.

Avec quelle profonde conviction nous devrions prononcer toutes les prières liturgiques qui nous rappellent sans cesse ces perfections divines. Alors l’humilité, le silence et tout ce qui nous éloigne du monde nous deviendront naturels, pour aimer vivre en Dieu, en la Trinité Sainte, en Jésus-Christ et par Jésus-Christ, en cet océan de bonté, de miséricorde, de toute-puissance.

Alors ainsi Jésus-Christ prendra toujours plus en nous la vraie place qui Lui est due comme Dieu incarné, et son Eucha­ristie, sacrifice et sacrement, deviendra le centre de notre vie, de nos pensées, à travers laquelle nous pénétrerons dans l’immense réalité de la Trinité Sainte.