Le début de la Semaine Sainte

Dom Guéranger ~ Année liturgique
des Rameaux au Mercredi saint

Le dimanche des Rameaux

Aujourd’hui, si vous entendez la voix du Seigneur, n’endurcissez pas vos cœurs.

Dès le matin de cette journée, Jésus laissant à Béthanie Marie sa mère, les deux sœurs Marthe et Marie-Madeleine avec Lazare, se dirige vers Jérusalem, dans la compagnie de ses disciples. La mère des douleurs frémit en voyant son Fils se rapprocher ainsi de ses ennemis, qui ne songent qu’à répandre son sang ; cependant ce n’est pas la mort que Jésus va chercher aujourd’hui à Jérusalem : c’est le triomphe. Il faut que le Messie, avant d’être attaché à la croix, ait été proclamé Roi dans Jérusalem par le peuple ; qu’en face des aigles romaines, sous les yeux des Pontifes et des Pharisiens muets de rage et de stupeur, la voix des enfants, se mêlant aux acclamations de la cité, fasse retentir la louange au Fils de David.

Le prophète Zacharie avait prédit cette ovation préparée de toute éternité pour le Fils de l’homme, à la veille de ses humiliations : « Tressaille d’allégresse, fille de Sion, avait-il dit ; livre-toi aux transports de la joie, fille de Jérusalem : voici ton Roi qui vient vers toi ; il est le Juste et le Sauveur. Il est pauvre, et il s’avance monté sur l’ânesse et sur le petit de l’ânesse. » (Zachar. 9, 9) Jésus, voyant que l’heure de l’accomplissement de cet oracle était venue, détache deux de ses disciples. et leur ordonne de lui amener une ânesse et un ânon qu’ils trouveront à quelque distance. Le Sauveur était déjà arrivé à Bethphagé, sur le mont des Oliviers. Les deux disciples s’empressent de remplir la commission de leur maître ; et bientôt l’ânesse et l’ânon sont amenés aux pieds du Sauveur.

Les saints Pères nous ont donné la clef du mystère de ces deux animaux. L’ânesse figure le peuple juif qui, dès longtemps, avait été placé sous le joug de la Loi ; « l’ânon sur lequel, dit l’Évangile, aucun homme n’était encore monté » (s. Marc 11, 2), représente la gentilité, que nul n’avait domptée jusqu’alors. Le sort de ces deux peuples se décidera d’ici à quelques jours. Pour avoir repoussé le Messie, le peuple juif sera délaissé ; en sa place Dieu adoptera les nations qui, de sauvages qu’elles étaient, deviendront dociles et fidèles.

Les disciples étendent leurs vêtements sur l’ânon ; alors Jésus, pour accomplir la figure prophétique, monte sur cet animal (s. Marc 11, 7), et se prépare à faire ainsi son entrée dans la ville. En même temps le bruit se répand dans Jérusalem que Jésus approche. Par un mouvement de l’Esprit divin, la multitude de Juifs qui s’était réunie de toutes parts dans la cité sainte pour y célébrer la fête de Pâques, sort à sa rencontre, portant des palmes et faisant retentir l’air d’acclamations. Le cortège qui accompagnait Jésus depuis Béthanie se confond avec cette foule que l’enthousiasme transporte ; les uns étendent leurs vêtements sur la terre qu’il doit fouler, d’autres jettent des branches de palmier sur son passage. Le cri d’Hosannah retentit ; et la grande nouvelle dans la citeé, c’est que Jésus, fils de David, vient d’y faire son entrée comme Roi.

C’est ainsi que Dieu, dans sa puissance sur les cœurs, ménagea un triomphe à son Fils au sein même de cette ville qui devait, si peu de temps après, demander à grands cris le sang de ce divin Messie. Cette journée fut un moment de gloire pour Jésus, et la sainte Église, comme nous l’allons voir tout à l’heure, veut que nous renouvelions chaque année la mémoire de ce triomphe de l’Homme-Dieu. Dans les temps de la naissance de l’Emmanuel, nous vîmes les Mages arriver du fond de l’Orient, cherchant et demandant à Jérusalem le Roi des Juifs, afin de lui rendre leurs hommages et de lui offrir leurs présents ; aujourd’hui c’est Jérusalem elle‑même qui se lève comme un seul homme pour aller au-devant de lui. Ces deux faits se rapportent au même but ; ils sont une reconnaissance de la royauté de Jésus-Christ : le premier de la part des Gentils, le second de la part des Juifs. Il fallait que le Fils de Dieu, avant de souffrir sa Passion, eût recueilli l’un et l’autre hommage. L’inscription que bientôt Pilate placera au-dessus de la tête du Rédempteur : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs, exprimera l’indispensable caractère du Messie. En vain les ennemis de Jésus feront tous leurs efforts pour faire changer les termes de cet écriteau : ils n’y réussiront pas. « Ce que j’ai écrit est écrit », répondra le gouverneur romain, dont la main païenne et lâche a déclaré, sans le savoir, l’accomplissement des Prophéties. Israël aujourd’hui proclame Jésus son Roi ; Israël bientôt sera dispersé, en punition de sa révolte contre le fils de David ; mais Jésus, qu’il a proclamé, demeure Roi à jamais. Ainsi s’accomplissait à la lettre l’oracle de l’Ange parlant à Marie, et lui annonçant les grandeurs du fils qui devait naître d’elle : « Le Seigneur lui donnera le trône de David son aïeul, et il régnera sur la maison de Jacob à jamais » (s. Luc 1, 32). Jésus commence aujourd’hui son règne sur la terre ; et si le premier Israël ne doit pas tarder à se soustraire à son sceptre, un nouvel Israël, issu de la portion fidèle de l’ancien, va s’élever, formé de tous les peuples de la terre, et offrir au Christ un empire plus vaste que jamais conquérant ne l’a ambitionné.

Tel est, au milieu du deuil de la Semaine des douleurs, le glorieux mystère de ce jour. La sainte Église veut que nos cœurs se soulagent par un moment d’allégresse, et que Jésus aujourd’hui soit salué par nous comme notre Roi. Elle a donc disposé le service divin de cette journée de manière à exprimer à la fois la joie et la tristesse : la joie, en s’unissant aux acclamations dont retentit la cité de David ; la tristesse, en reprenant bientôt le cours de ses gémissements sur les douleurs de son Époux divin. Toute la fonction est partagée comme en trois actes distincts, dont nous allons successivement expliquer les mystères et les intentions.

(Note de l’éditeur : La réforme de Pie XII a profondément simplifié les rites de bénédiction et la procession des Rameaux. Nous maintenons cependant le commentaire de Dom Guéranger en son entier, car il permet de comprendre les cérémonies que nous connaissons aujourd’hui. La cérémonie de bénédiction des Rameaux commençait comme une messe dont le canon et la consécration étaient remplacés par la bénédiction, manière de faire le lien entre le triomphe du Christ-Roi et la messe. Fin de la note.)

La bénédiction des Palmes, ou des Rameaux, comme nous disons en France, est le premier rite qui s’accomplit sous nos yeux ; et l’on peut juger de son importance par la solennité que l’Église y déploie. On dirait d’abord que le Sacrifice va s’offrir, sans autre intention que de célébrer l’anniversaire de rentrée de Jésus à Jérusalem. Introït, Collecte, Épître, Graduel, Évangile, Préface même, se succèdent comme pour préparer l’immolation de l’Agneau sans tache ; mais après le Trisagion : Sanctus ! Sanctus ! Sanctus ! l’Église suspend ces solennelles formules, et son ministre procède à la sanctification de ces mystiques rameaux qui sont devant lui. Les prières employées à leur bénédiction sont éloquentes et remplies d’enseignements. Ces branches d’arbres, objet de la première partie de la fonction, reçoivent par ces oraisons, accompagnées de l’encens et de l’aspersion de l’eau sainte, une vertu qui les élève à l’ordre surnaturel, et les rend propres à aider à la sanctification de nos âmes, et à la protection de nos corps et de nos demeures. Les fidèles doivent tenir respectueusement ces rameaux dans leurs mains durant la procession, et à la Messe durant le chant de la Passion, et les placer avec honneur dans leurs maisons, comme un signe de leur foi, et une espérance dans le secours divin.

Il n’est pas besoin d’expliquer au lecteur que les palmes et les branches d’olivier, qui reçoivent en ce moment la bénédiction de l’Église, sont portées en mémoire de celles dont le peuple de Jérusalem honora la marche triomphale du Sauveur ; mais il est à propos de dire quelques mots sur l’antiquité de cette coutume. Elle commença de bonne heure en Orient, et probablement, dès la paix de l’Église, à Jérusalem. Déjà au IVème siècle, saint Cyrille, Évêque de cette ville, atteste que le palmier qui avait fourni ses branches au peuple qui vint au-devant du Christ, existait encore dans la vallée de Cédron (Catéchèses 10) ; rien n’était plus naturel que d’en tirer occasion pour instituer une commémoration anniversaire de ce grand événement. Au siècle suivant, on voit cette cérémonie établie, non plus seulement dans les Églises de l’Orient, mais jusque dans les monastères dont les solitudes de l’Égypte et de la Syrie étaient peuplées. À l’entrée du Carême, beaucoup de saints moines obtenaient de leur abbé la permission de s’enfoncer dans le désert, afin d’y passer ce temps dans une profonde retraite ; mais ils devaient rentrer au monastère pour le Dimanche des Palmes, comme nous l’apprenons de la Vie de saint Euthymius. écrite par son disciple Cyrille (Acta Sanctorum, 20 janvier). En Occident, ce rite ne s’établit pas aussi promptement ; la première trace que l’on en trouve est dans le Sacramentaire de saint Grégoire : ce qui donne la fin du VIème siècle, ou le commencement du VIIème. À mesure que la foi pénétrait dans le Nord, il n’était même plus possible de solenniser cette cérémonie dans toute son intégrité, le palmier et l’olivier ne croissant pas dans nos climats. On fut obligé de les remplacer par des branches d’autres arbres ; mais l’Église ne permet pas de rien changer aux oraisons prescrites pour la bénédiction de ces humbles rameaux, parce que les mystères qui sont exposés dans ces belles prières sont fondés sur l’olivier et la palme du récit évangélique, figurés par nos branches de buis ou de laurier.

Le second rite de cette journée est la Procession célèbre qui fait suite à la bénédiction solennelle des Rameaux. Elle a pour objet de représenter la marche du Sauveur vers Jérusalem et son entrée dans cette ville ; et c’est afin que rien ne manque à l’imitation du fait raconté dans le saint Évangile, que les rameaux qui viennent d’être bénits sont portés par tous ceux qui prennent part à cette Procession. Chez les Juifs, tenir en main des branches d’arbres était un signe d’allégresse ; et la loi divine sanctionnait pour eux cet usage. Dieu avait dit au livre du Lévitique, en établissant la fête des Tabernacles : « Le premier jour de la fête, vous tiendrez dans vos mains des fruits pris sur les plus beaux arbres ; vous porterez des rameaux de palmier, des branches avec leur feuillage, vous en détacherez des saules du torrent, et vous vous livrerez à la joie, en présence du Seigneur votre Dieu. » (Levit. 23, 40) C’est donc dans l’intention de témoigner leur enthousiasme pour l’arrivée de Jésus dans leurs murs que les habitants de Jérusalem, et jusqu’aux enfants, eurent recours à cette joyeuse démonstration. Nous aussi allons au-devant de notre Roi, et chantons Hosannah à ce vainqueur de la mort, à ce libérateur de son peuple.

Au Moyen Âge, en beaucoup d’églises, on portait avec pompe, à cette Procession, le livre des saints Évangiles qui représentait Jésus-Christ dont il contient les paroles. À un lieu marqué et préparé pour une station, la Procession s’arrêtait : le diacre ouvrait alors le livre sacré, et chantait le passage où l’entrée de Jésus dans Jérusalem est racontée. On découvrait ensuite la croix, qui jusqu’alors était demeurée voilée ; tout le clergé venait solennellement lui rendre ses adorations, et chacun déposait à ses pieds un fragment du rameau qu’il tenait à la main. La Procession repartait ensuite précédée de la croix, qui demeurait alors sans voile, jusqu’à ce que le cortège fût rentré à l’église. En Angleterre et en Normandie, dès le XIème siècle, on pratiquait un rite qui représentait plus vivement encore la scène qui eut lieu, en ce jour, à Jérusalem. La sainte Eucharistie était portée en triomphe à la Procession. L’hérésie de Bérenger contre la présence réelle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie venait d’éclater à cette époque ; et ce triomphe de l’Hostie sacrée était un prélude lointain à l’institution de la Fête et de la Procession du très saint Sacrement.

Un usage touchant avait lieu aussi à Jérusalem, dans la Procession des Palmes, toujours dans la même intention de renouveler la scène évangélique qui se rapporte à ce jour. Toute la communauté des Franciscains qui veille à la garde des saints lieux se rendait dès le matin à Bethphagé. Là le Père Gardien de Terre Sainte, en habits pontificaux, montait sur un ânon qu’on avait couvert de vêtements ; et accompagné des religieux et des catholiques de Jérusalem, tous portant des palmes, il faisait son entrée dans la ville et descendait à la porte de l’Église du Saint-Sépulcre, où la Messe était célébrée avec la plus grande solennité. Depuis deux siècles environ, les autorités turques de Jérusalem ont interdit cette belle cérémonie, qui remontait aux temps du royaume latin de Jérusalem.

Nous avons réuni ici, selon notre usage, les différents faits qui peuvent servir à élever la pensée des fidèles aux divers mystères de la Liturgie ; ces manifestations de la foi les aideront à comprendre que, dans la Procession des Palmes, l’Église veut qu’ils honorent Jésus-Christ comme présent au triomphe qu’elle lui décerne aujourd’hui. Cherchons donc par l’amour « cet humble et doux Sauveur qui vient visiter la fille de Sion », comme parle le Prophète. Il est là au milieu de nous ; c’est à lui que s’adresse l’hommage de nos palmes ; joignons-y celui de nos cœurs. Il se présente pour être notre Roi ; accueillons-le, et disons à notre tour : Hosannah au fils de David !

La fin de la Procession est marquée par une cérémonie empreinte du plus haut et du plus profond symbolisme. Au moment de rentrer dans l’église, le pieux cortège en trouve les portes fermées. La marche triomphale est arrêtée ; mais les chants d’allégresse ne sont pas suspendus. Une hymne spéciale au Christ-Roi retentit dans les airs avec son joyeux refrain, jusqu’à ce qu’enfin le sous-diacre ayant frappé la porte avec le bâton de la croix, cette porte s’ouvre, et la foule, précédée du clergé, rentre dans l’église en célébrant celui qui seul est la Résurrection et la Vie.

Cette scène mystérieuse a pour but de retracer l’entrée du Sauveur dans une autre Jérusalem, dont celle de la terre n’était que la figure. Cette Jérusalem est la patrie céleste dont Jésus nous a procuré l’entrée. Le péché du premier homme en avait fermé les portes ; mais Jésus, le Roi de gloire, les a rouvertes par la vertu de sa Croix, à laquelle elles n’ont pu résister. Continuons donc de suivre les pas du fils de David ; car il est aussi le Fils de Dieu, et il nous convie à venir prendre part à son royaume. C’est ainsi que la sainte Église, dans la Procession des Palmes, qui n’est d’abord que la commémoration de l’événement accompli en ce jour, élève notre pensée jusqu’au glorieux mystère de l’Ascension, par lequel se termine au ciel la mission du Fils de Dieu sur la terre. Mais, hélas ! les jours qui séparent l’un de l’autre ces deux triomphes du Rédempteur ne sont pas tous des jours d’allégresse, et la Procession ne sera pas plutôt terminée, que la sainte Église, qui a soulevé un moment le poids de ses tristesses, n’aura plus à faire entendre que des gémissements.

La troisième partie de la fonction de ce jour est l’offrande du saint Sacrifice. Tous les chants qui l’accompagnent sont empreints de désolation ; et pour mettre le comble au deuil qui signale désormais le reste de cette journée, le récit de la Passion du Rédempteur va être lu par avance dans l’assemblée des fidèles. Depuis cinq à six siècles, l’Église a adopté un récitatif particulier pour cette narration du saint Évangile, qui devient ainsi un véritable drame. On entend d’abord l’historien qui raconte les faits sur un mode grave et pathétique ; les paroles de Jésus ont un accent noble et doux, qui contraste d’une manière saisissante avec le ton élevé des autres interlocuteurs, et avec les clameurs de la populace juive. Durant le chant de la Passion, tous les assistants doivent tenir leur rameau à la main, afin de protester par cet emblème de triomphe contre les humiliations dont le Rédempteur est l’objet de la part de ses ennemis. C’est au moment où, dans son amour pour nous, il se laisse fouler sous les pieds des pécheurs, que nous devons le proclamer plus haut notre Dieu et notre souverain Roi.

Tels sont les rites généraux de cette grande journée ; nous insérerons dans le cours des prières et des lectures sacrées, selon notre coutume, les détails qui seront nécessaires pour en compléter l’intelligence.

Ce Dimanche, outre son nom liturgique et populaire de Dimanche des Rameaux, ou des Palmes, est appelé aussi Dimanche d’Hosannah, à cause du cri de triomphe dont les Juifs saluèrent l’arrivée de Jésus. Nos pères l’ont nommé longtemps Dimanche de Pâque fleurie, parce que la Pâque, qui n’est plus qu’à huit jours d’intervalle, est aujourd’hui comme en floraison, et que les fidèles peuvent remplir dès maintenant le devoir de la communion annuelle. C’est en souvenir de cette appellation, que les Espagnols ayant découvert, le Dimanche des Rameaux de l’an 1513, la vaste contrée qui avoisine le Mexique, lui donnèrent le nom de Floride. On trouve ce Dimanche appelé aussi Capitilavium, c’est-à-dire lave-tête, parce que, dans les siècles de la moyenne antiquité, où l’on renvoyait au Samedi-Saint le baptême des enfants nés dans les mois précédents, et qui pouvaient attendre cette époque sans danger, les parents lavaient aujourd’hui la tête de ces enfants, afin que le samedi suivant on pût avec décence y faire l’onction du Saint-Chrême. À une époque plus reculée, ce Dimanche, dans certaines Églises, était nommé la Pâque des Compétents. On appelait Compétents les catéchumènes admis au baptême. Ils se rassemblaient en ce jour à l’église, et on leur faisait une explication particulière du Symbole qu’ils avaient reçu au scrutin précédent. Dans l’Église gothique d’Espagne, on ne le donnait même qu’aujourd’hui. Enfin, chez les Grecs, ce Dimanche est désigné sous le nom de Baïphore, c’est-à-dire Porte-Palmes.

1. La bénédiction des rameaux

La fonction commence par le chant de l’Hosannah, dans cette Antienne qui sert comme d’Introït :

Antienne.

Hosannah au fils de David ! Béni celui qui vient au nom du Seigneur. O roi d’Israël ! Hosannah au plus haut des cieux !

Le Prêtre prend ensuite la parole, et recueillant les vœux de toute l’assemblée, il demande à Dieu, pour son peuple, la grâce d’arriver, après ce monde passager, au terme heureux que la mort et la résurrection de Jésus-Christ nous ont préparé.

V/. Le Seigneur soit avec vous ;
R/. Et avec votre esprit.

Prions.

O Dieu que nous devons aimer pour être justes, multipliez en nous les dons de votre grâce ineffable ; par la mort de votre Fils, vous nous avez donné droit d’espérer ce qui est l’objet de notre foi ; faites-nous arriver, par sa résurrection, au terme vers lequel nous aspirons. Par Jésus‑Christ notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

Après cette Oraison, le sous-diacre lit un passage du livre de l’Exode, dans lequel on voit le peuple de Dieu sortant de l’Égypte, et venant camper à Elim, à l’ombre de soixante-dix palmiers, et auprès de douze fontaines. C’est là qu’il reçoit avis de la part de Moïse que la manne ne tardera pas à descendre du ciel pour le nourrir, et que dès le jour suivant, au matin, il en pourra apaiser sa faim. Toutes ces figures s’accomplissent dans le peuple chrétien. Par une sincère conversion, les fidèles ont rompu avec l’Égypte qui représente le monde. Les voici qui empruntent au palmier ses branches pour faire honneur à Jésus leur Roi. Les fontaines figurent le baptême qui sera conféré bientôt à nos catéchumènes ; elles sont au nombre de douze, parce que les douze articles du Symbole ont été annoncés au monde par les douze Apôtres. Enfin, le jour de Pâques, au matin, Jésus, Pain de vie, Manne céleste, sortira du tombeau et manifestera sa gloire.

Lecture du livre de l’Exode. Chap. XV et XVI

En ces jours-là, les enfants d’Israël vinrent à Elim, où il y avait douze fontaines et soixante‑dix palmiers ; et ils campèrent auprès des eaux. Toute la multitude des enfants d’Israël partit ensuite d’Elim, et arriva au désert de Sin, qui est entre Elim et Sinaï, le quinzième jour du second mois depuis la sortie d’Égypte. Et toute la foule des enfants d’Israël murmura contre Moïse et Aaron dans le désert ; et les enfants d’Israël leur disaient : Que ne sommes-nous morts dans la terre d’Égypte par la main du Seigneur, lorsque nous étions assis près des chaudières pleines de viandes, et que nous mangions du pain à notre contentement ! Pourquoi nous avez‑vous amenés dans ce désert, pour y faire mourir de faim toute cette multitude ? Alors le Seigneur dit à Moïse : Je vais vous faire pleuvoir des pains du ciel ; que le peuple sorte pour en recueillir ce qui lui suffira pour chaque jour, afin que j’éprouve s’il marche ou non dans ma loi. Le sixième jour ils en amasseront pour garder chez eux ; et il y aura le double de ce qu’ils recueillaient les autres jours. Moïse et Aaron dirent donc à tous les enfants d’Israël : Dès ce soir vous connaîtrez que c’est le Seigneur qui vous a tirés de la terre d’Égypte ; et demain au matin vous verrez éclater la gloire du Seigneur.

Après cette lecture, le chœur chante l’un des deux Répons suivants, qui rappellent la Passion du Sauveur :

R/.Les Pontifes et les Pharisiens rassemblèrent le conseil et dirent : Que faisons-nous ? Cet homme fait beaucoup de prodiges : si nous le laissons aller de la sorte, tous croiront en lui ; Et les Romains viendront et détruiront notre pays et notre nation. V/. Mais l’un d’eux, nomme Caïphe, étant Pontife cette année-là, prophétisa et dit : Il vous est avantageux qu’un seul homme meure pour le peuple entier, et que toute la nation ne périsse pas. Depuis ce jour, ils songèrent aux moyens de le faire mourir,et ils disaient : Et les Romains viendront et détruiront notre pays et notre nation. R/. Sur le mont des Oliviers, Jésus fit cette prière à son Père : Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi : Car l’esprit est prompt, mais la chair est faible ; que votre volonté soit faite. V/. Veillez et priez, pour que vous n’entriez point en tentation. Car l’esprit est prompt, mais la chair est faible ; que votre volonté soit faite.

Le diacre monte ensuite à l’ambon, et lit le récit de saint Mathieu sur l’entrée triomphante de Jésus-Christ dans Jérusalem. Les palmes du Nouveau Testament s’unissent à celles de l’Ancien pour glorifier l’Homme-Dieu, qui est le nœud de l’un et de l’autre.

La suite du saint Évangile selon saint Mathieu. Chap. XXI.

En ce temps-là, comme Jésus approchait de Jérusalem, étant arrivé à Bethphagé, près du mont des Oliviers, il envoya deux disciples auxquels il dit : Allez au village qui est devant vous : vous y trouverez une ânesse attachée, et son ânon avec elle : déliez-les et amenez-les-moi ; et si quelqu’un vous dit quelque chose, dites que le Seigneur en a besoin ; et aussitôt il les laissera emmener. Or tout cela fut fait, afin que s’accomplit cette parole du Prophète : Dites à la fille de Sion : Voici que ton Roi vient à toi plein de douceur, assis sur l’ânesse, et sur l’ânon de celle qui est sous le joug. Les disciples s’en allant firent ce que Jésus leur avait commandé. Ils amenèrent l’ânesse et l’ânon ; et ayant mis dessus leurs vêtements, ils l’y firent asseoir. Le peuple en foule étendit ses vêtements le long de la route ; d’autres coupaient des branches d’arbres et les jetaient sur le chemin ; et toute cette multitude, tant ceux qui précédaient que ceux qui suivaient, criaient et disaient : Hosannah au fils de David ! béni celui qui vient au nom du Seigneur !

Le moment approche où les palmes mystérieuses vont recevoir la bénédiction de l’Église. Le Prêtre invoque d’abord les souvenirs de Noé, à qui la branche d’olivier annonça la fin du déluge, et de Moïse, dont le peuple, à sa sortie d’Égypte, vint camper à l’ombre de soixante‑dix palmiers ; ensuite, empruntant le mode solennel de la Préface, il adjure tous les êtres de confesser en ce moment le grand nom du Fils de Dieu, auquel va être rendu un si éclatant hommage. L’assistance répond par l’acclamation au Dieu trois fois Saint, et crie, à sa gloire : Hosannah au plus haut des cieux.

V/. Le Seigneur soit avec vous ;
R/. Et avec votre esprit.

O Dieu, augmentez la Foi de ceux qui espèrent en vous ; et, dans votre clémence, exaucez leurs supplications. Que votre miséricorde descende sur nous ; que ces rameaux de palmier et d’olivier soient bénis ; et de même que, voulant figurer l’Église, vous avez multiplié vos grâces sur Noé sortant de l’arche, et sur Moïse quittant l’Égypte avec les enfants d’Israël : ainsi faites que, portant ces rameaux de palmier et ces branches d’olivier, nous allions au-devant du Christ par nos bonnes œuvres, et que nous entrions dans la joie éternelle ; par lui qui, étant Dieu, vit et règne avec vous. Dans tous les siècles des siècles.

R/. Amen.

V/. Le Seigneur soit avec vous ;
R/. Et avec votre esprit.

V/. Les cœurs en haut !
R/. Nous les tenons élevés vers le Seigneur.

V/. Rendons grâces au Seigneur notre Dieu.
R/. C’est une chose digne et juste.

Oui, c’est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui vous glorifiez dans l’assemblée de vos Saints. C’est vous que servent toutes vos créatures, parce qu’elles vous connaissent comme leur seul auteur et leur seul Dieu. Votre œuvre tout entière vous loue, et vos Saints vous bénissent en confessant avec liberté, devant les princes et les puissances de ce siècle, le grand nom de votre Fils unique, en présence duquel se tiennent les Anges et les Archanges, les Trônes et les Dominations, qui chantent, avec toute l’armée de la céleste milice, l’hymne de votre gloire, et disent sans fin :

Saint, Saint, Saint est le Seigneur, Dieu des armées !

Les cieux et la terre sont remplis de sa gloire.

Hosannah au plus haut des cieux !

Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.

Hosannah soit à lui, au plus haut des cieux !

Les Oraisons qui suivent expliquent le mystère des rameaux, et attirent sur ceux que l’on présente à la bénédiction du Prêtre, et sur les fidèles qui les porteront et les conserveront avec foi, les faveurs célestes.

V/. Le Seigneur soit avec vous ;
R/. Et avec votre esprit.

Prions.

Nous vous demandons, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, de daigner bénir et sanctifier ces branches d’olivier qui sont votre créature, que vous avez fait naître sur l’arbre qui les portait, et qui sont semblables à celle que la colombe, rentrant dans l’arche, apporta dans son bec. Faites que ceux qui en recevront quelque chose obtiennent votre protection pour leur âme et pour leur corps ; et que ces rameaux, Seigneur, deviennent un remède pour nos infirmités et un symbole de votre grâce. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Prions.

O Dieu, qui réunissez les choses dispersées, et les conservez après les avoir réunies, vous qui avez béni le peuple qui portait des rameaux au-devant de Jésus, bénissez aussi ces branches de palme et d’olivier que vos fidèles serviteurs prennent en l’honneur de votre nom ; afin que, lorsqu’ils les placeront dans leurs maisons, les habitants en éprouvent votre bénédiction, et que, toute adversité étant éloignée d’eux, votre droite protège ceux qu’a rachetés Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur. Qui vit et règne avec vous dans tous les siècles des siècles. Amen.

Prions.

O Dieu, qui, par un ordre merveilleux de votre Providence, avez voulu vous servir des choses même insensibles pour exprimer l’admirable économie de notre salut, éclairez, s’il vous plaît, les cœurs de vos fidèles serviteurs, et faites-leur comprendre, pour leur salut, le mystère représenté dans l’action de ce peuple qui, poussé par l’inspiration céleste, marcha en ce jour au‑devant du Rédempteur, et joncha de rameaux de palmier et d’olivier la route qu’il devait parcourir. Les branches de palmier marquaient la victoire qui allait être remportée sur le prince de la mort ; et les branches d’olivier publiaient en quelque manière que l’onction spirituelle allait se répandre. Cette heureuse multitude d’hommes pressentit alors que notre Rédempteur, touché des misères de l’humanité, allait livrer le combat avec le prince de la mort pour la vie du monde entier, et qu’il triompherait par sa mort même. C’est pour cela qu’il lui fit hommage de ces branches d’arbre dont les unes exprimaient la victoire et le triomphe, et les autres l’effusion de la miséricorde. Nous donc qui possédons la foi dans sa plénitude, voyant dans cet événement le fait et la signification, nous vous supplions, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, par le même Jésus-Christ notre Seigneur, dont vous nous avez rendus les membres, de nous faire triompher en lui et par lui de l’empire de la mort, et de nous rendre participants de sa glorieuse Résurrection. Lui qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

Prions.

O Dieu, qui avez voulu qu’une colombe annonçât autrefois la paix par une branche d’olivier ; daignez répandre une bénédiction céleste sur ces rameaux pris sur l’olivier et sur d’autres arbres, afin qu’ils soient utiles et salutaires à votre peuple. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Prions.

Daignez bénir, Seigneur, ces branches de palmier ou d’olivier, et faites que votre peuple accomplisse spirituellement, avec une dévotion véritable, ce qu’il fait extérieurement aujourd’hui en votre honneur ; et que, remportant la victoire sur l’ennemi, il réponde par l’amour à l’œuvre miséricordieuse que vous avez accomplie pour son salut. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Le Prêtre consomme la sanctification des rameaux, en les arrosant de l’eau sainte et en les parfumant avec l’encens qu’il vient de bénir. Puis il conclut ce rite imposant par l’Oraison suivante :

V/. Le Seigneur soit avec vous ;
R/. Et avec votre esprit.

Prions.

O Dieu qui, pour notre salut, avez envoyé en ce monde votre Fils Jésus-Christ notre Seigneur, afin qu’en s’abaissant jusqu’à nous, il nous fit remonter à vous ; et qui avez voulu que, lorsqu’il entra à Jérusalem pour accomplir les Écritures, une troupe de peuple fidèle et croyante jetât sur ses pas ses vêtements avec des palmes, faites que nous aussi, par notre foi, nous lui préparions une voie, que nous en ôtions la pierre d’achoppement et de scandale, et que nos œuvres poussent des rameaux de justice ; afin que nous méritions de marcher sur les pas de celui qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l’unité du Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.

Après cette Oraison, le Prêtre procède à la distribution des rameaux ; et pendant qu’elle dure, le chœur rappelle, dans les deux Antiennes suivantes, l’enthousiasme des enfants hébreux portant des palmes, et chantant Hosannah au fils de David.

Antienne.

Les enfants des Hébreux, portant des branches d’olivier, allèrent au-devant du Seigneur ; ils criaient et disaient : Hosannah au plus haut des cieux !

Antienne.

Les enfants des Hébreux étendaient leurs vêtements sur le chemin ; ils criaient et disaient : Hosannah au fils de David ! béni celui qui vient au nom du Seigneur !

La distribution des palmes étant terminée, le Prêtre recueille les sentiments de l’assistance dans cette Oraison qui met fin à la première partie de la fonction des Rameaux.

V/. Le Seigneur soit avec vous ;
R/. Et avec votre esprit.

Prions.

Dieu tout-puissant et éternel, qui avez envoyé la foule du peuple au-devant de Jésus-Christ notre Seigneur monté sur l’ânesse, et leur avez inspiré d’étendre leurs vêtements, de jeter des branches sur son passage, et de chanter Hosannah à sa louange ; faites-nous la grâce d’imiter leur innocence, et d’avoir part à leur mérite. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

2. La procession des rameaux.

Le Prêtre ayant béni l’encens qui, selon l’usage de l’Église, doit toujours purifier et parfumer la voie que parcourt une Procession, le Diacre se tourne vers le peuple et donne le signal du départ, en disant :

Procedamus in pace, Mettons-nous en marche dans la paix.

Le Chœur répond :

Au nom du Christ. Amen.

La Procession commence à défiler, chacun tenant en main son rameau. Le Chœur chante les Antiennes qui suivent, à l’honneur de Jésus, Roi d’Israël :

Antienne.

Le Seigneur étant proche de Jérusalem, envoya deux de ses disciples, leur disant : Allez au village qui est devant vous ; vous y trouverez un ânon attaché, et que personne n’a encore monté ; détachez-le, et amenez-le-moi. Si quelqu’un vous dit quelque chose, dites : Le Seigneur en a besoin. Ayant donc détaché l’ânon, ils l’amenèrent à Jésus, et le couvrirent de leurs vêtements, et Jésus monta dessus. Les uns étendaient leurs vêtements au passage, les autres jetaient des branches d’arbres ; et la foule criait : Hosannah ! béni celui qui vient au nom du Seigneur ; béni le règne de David notre père ! Hosannah au plus haut des cieux ! Ayez pitié de nous, fils de David !

Antienne.

Le peuple ayant appris que Jésus venait à Jérusalem, prit des branches de palmier, et marcha au-devant de lui. Les enfants criaient : Voici celui qui doit venir pour sauver son peuple ; il est notre salut et la rédemption d’Israël. Qu’il est grand ! Les Trônes et les Dominations viennent au‑devant de lui. Ne crains point, fille de Sion : voici ton Roi qui vient à toi, monté sur le fils de l’ânesse, comme il est prédit. Salut, Ô Roi, créateur du monde, qui venez pour nous racheter !

Antienne.

Six jours avant la solennité de la Pâque, lorsque le Seigneur vint dans la ville de Jérusalem, les enfants allèrent au-devant de lui. Ils portaient dans leurs mains des rameaux de palmier et criaient à haute voix : Hosannah au plus haut des cieux ! Soyez béni, vous qui venez dans l’abondance de votre miséricorde ! Hosannah au plus haut des cieux !

Antienne.

Une foule de peuple portant des fleurs et des palmes marche au-devant du Rédempteur, et rend un digne hommage à ce vainqueur triomphant. Aujourd’hui les nations publient la grandeur du Fils de Dieu, et à la gloire du Christ l’air retentit d’acclamations : Hosannah au plus haut des cieux !

Antienne.

Fidèles, unissons-nous aux Anges et aux enfants ; chantons au vainqueur de la mort : Hosannah au plus haut des cieux !

Antienne.

La foule qui s’était réunie pour la fête alla au-devant du Seigneur, en criant : Béni celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosannah au plus haut des cieux !

La Procession a achevé son cours, et se dispose à rentrer dans l’église. Elle en trouve les portes fermées. Nous avons expliqué plus haut le sens de ce mystère. Tout à coup des voix retentissent dans l’intérieur du temple : elles saluent le Roi-Christ et Rédempteur. Ces voix représentent celles des saints Anges qui, au plus haut des cieux, célébrèrent l’arrivée de Jésus dans l’éternelle Jérusalem. Au dehors de l’église, le Chœur répète ces accents de triomphe ; mais ces voix sont celles de la terre, qui ne célèbrent encore que l’entrée du fils de David dans la Jérusalem terrestre. Un dialogue chanté s’établit entre les deux chœurs, à travers les portes du temple qui demeurent toujours fermées, jusqu’au moment où la Croix victorieuse, faisant violence à ces portes qui figurent celles du ciel, ouvre à l’Église militante un passage pour se réunir à l’Église triomphante. L’Hymne qui se chante ainsi à deux chœurs fut composée par Théodulphe, Évêque d’Orléans, lorsqu’il était prisonnier à Angers, par ordre de Louis le Débonnaire. L’Église romaine, en adoptant les six premières strophes de ce petit poème pour servir en cette rencontre, l’a rendu célèbre dans le monde entier.

Les chantres qui sont au dedans de l’église font entendre, comme on vient de le dire, la première strophe ; au dehors, le chœur chante le refrain.

Hymne.

Gloire, louange et honneur soient à vous, Roi-Christ, Rédempteur ! vous à qui l’élite des enfants chanta avec amour : Hosannah.

R/. Gloire, louange, etc.

Vous êtes le Roi d’Israël ; le noble fils de David, ô Roi béni, qui venez au nom du Seigneur.

R/. Gloire, louange, etc.

L’armée angélique, au plus haut des cieux, l’homme mortel lui-même et toute créature célèbrent vos louanges.

R/. Gloire, louange, etc.

Le peuple hébreu en ce jour vint au-devant de vous avec des palmes ; nous voici à notre tour, avec des prières, des vœux et des cantiques.

R/. Gloire, louange, etc.

Vous alliez bientôt souffrir, lorsque ce peuple vous présenta le tribut de ses hommages ; c’est à vous régnant aux cieux, que nous adressons ces chants.

R/. Gloire, louange, etc.

Leurs vœux furent agréés ; que notre dévouement le soit aussi de vous, Roi de bonté, Roi de clémence, à qui tout ce qui est bon plaît toujours.

R/. Gloire, louange, etc.

Quand le dernier refrain a cessé de retentir, le Sous-Diacre frappe la porte avec le bâton de la croix, et elle s’ouvre aussitôt. En plusieurs lieux, c’est le célébrant lui-même qui accomplit cet acte mystérieux, en prononçant les paroles du Psaume XXIII, par lequel David célèbre l’entrée du Rédempteur dans le ciel, au moment de sa glorieuse Ascension.

La Procession rentre dans l’église, en chantant le Répons suivant.

Répons

Comme le Seigneur entrait dans la ville sainte, les enfants des Hébreux annoncèrent par avance la résurrection de celui qui est la vie ; * Et tenant des rameaux de palmiers, ils criaient : Hosannah au plus haut des cieux ! V/. Le peuple, ayant appris que Jésus venait à Jérusalem, sortit au-devant de lui ; * Et tenant des rameaux de palmiers, ils criaient : Hosannah au plus haut des cieux !

3. À La Messe

À Rome, la Station est dans la Basilique de Latran[1]. Une si auguste fonction ne demandait pas moins que l’Église Mère et Maîtresse de toutes les autres. De nos jours, cependant, la Fonction papale a lieu à Saint-Pierre ; mais cette dérogation est sans préjudice des droits de l’Archibasilique qui, dans l’antiquité, avait en ce jour l’honneur de la présence du Souverain Pontife, et a conservé les indulgences accordées à ceux qui la visitent aujourd’hui.

La Messe de ce Dimanche ne retient plus aucune trace de la joie qui éclatait dans la cérémonie des Palmes. L’Introït est extrait du Psaume 21, dans lequel David exprime les angoisses du Christ sur la croix.

Introït.

Seigneur, n’éloignez pas de moi votre secours ; protégez-moi de votre regard ; délivrez-moi de la gueule du lion, et arrachez ma faiblesse à la fureur des licornes. Ps. O Dieu, mon Dieu, jetez un regard sur moi ; pourquoi m’avez-vous délaissé ? Le cri de mes péchés a éloigné de moi le salut. Seigneur, n’éloignez pas.

Dans la Collecte, l’Église demande pour nous la grâce d’imiter la patience et l’humilité du Sauveur. C’est pour l’homme pécheur que Jésus-Christ souffre et qu’il s’abaisse ; il est juste que l’homme profite de l’exemple, et opère son salut par les moyens que lui révèle la conduite de son Rédempteur.

Collecte.

Dieu tout-puissant et éternel, qui. pour donner au genre humain un modèle d’humilité, avez voulu que notre Sauveur se revêtît de notre chair et souffrît la croix ; accordez-nous de recevoir les leçons de sa patience et d’avoir part à sa résurrection. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Épître.
Lecture de l’Épître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Philippiens. Chap. 2.

Mes Frères, ayez à l’égard de vous-mêmes les sentiments qu’a eus Jésus-Christ, lui qui, étant dans la nature même de Dieu, ne devait pas croire que ce fût pour lui usurpation d’être égal à Dieu, et qui néanmoins s’est anéanti lui-même, prenant la nature d’esclave, se rendant semblable aux hommes, et paraissant à l’extérieur un pur homme. Il s’est humilié lui-même, obéissant jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort de la Croix : c’est pourquoi Dieu l’a exalté, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom ; en sorte qu’au nom de Jésus (à cet endroit, le Prêtre et toute l’assistance fléchissent le genou) tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers ; et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père.

La sainte Église nous prescrit de fléchir les genoux à l’endroit de cette Épître où l’Apôtre dit que tout doit s’abaisser quand le nom de Jésus est prononcé. Nous venons d’accomplir ce commandement. Comprenons que, s’il est une époque dans l’année où le Fils de Dieu ait droit à nos plus profondes adorations, c’est surtout en cette Semaine, où sa divine majesté est violée, où nous le voyons foulé sous les pieds des pécheurs. Sans doute nos cœurs doivent être animés de tendresse et de compassion à la vue des douleurs qu’il endure pour nous ; mais nous devons ressentir avec non moins de vivacité les outrages et les indignités dont il est abreuvé, lui qui est l’égal du Père, et Dieu comme lui. Rendons-lui par nos abaissements, autant du moins qu’il est en nous, la gloire dont il se prive pour réparer notre orgueil et nos révoltes, et unissons-nous aux saints Anges qui, témoins de tout ce que lui a fait accepter son amour pour l’homme, s’anéantissent plus profondément encore, en voyant l’ignominie à laquelle il est réduit.

Dans le Graduel, l’Église se sert des paroles du Roi-Prophète qui prédit les grandeurs futures de la victime du Calvaire, mais qui, en même temps, confesse que l’affreuse sécurité avec laquelle les Juifs devaient commettre le déicide avait ébranlé son âme tout entière.

Graduel.

Vous m’avez tenu par la main droite ; vous m’avez conduit dans votre bonté, et vous m’avez enlevé dans la gloire. V/. Qu’il est bon, le Dieu d’Israël, à ceux qui ont le cœur droit ! Cependant mes pieds ont été ébranlés, mes pas ont presque défailli par l’indignation que j’éprouvais contre les pécheurs, en voyant la paix dont ils jouissaient.

Le Trait est formé d’une partie considérable du Psaume 21, dont Jésus-Christ répéta les premières paroles sur la Croix, et qui est autant une histoire de la Passion du Sauveur qu’une prophétie : tant les paroles en sont claires et évidentes.

Trait.

O Dieu, mon Dieu, jetez un regard sur moi ; pourquoi m’avez-vous délaissé ? V/. Le cri de mes péchés a éloigné de moi le salut.  V/. Mon Dieu, j’ai crié vers vous durant le jour, et vous ne m’avez pas exaucé ; durant la nuit, et ma plainte était fondée.  V/. Mais vous, la gloire d’Israël, vous habitez dans votre sanctuaire.  V/. Nos pères ont espéré en vous ; ils ont mis en vous leur confiance, et vous les avez délivrés.  V/. Ils ont crié vers vous, et ils ont été sauvés : ils ont espéré en vous, et leur espoir n’a pas été confondu.  V/. Mais moi, je ne suis qu’un ver, et non pas un homme ; l’opprobre des hommes et le mépris du peuple.  V/. Tous ceux qui me voient me couvrent d’injures ; leur bouche parle contre moi, et ils branlent la tête.  V/. Il a espéré, disent-ils, dans le Seigneur ; que le Seigneur le délivre, qu’il le sauve, puisqu’il lui est si cher.  V/. Ils sont là à me regarder, à me considérer ; ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont jeté le sort sur ma robe.  V/. Délivrez-moi de la gueule du lion, et arrachez ma faiblesse à la fureur des licornes.  V/. Louez le Seigneur, vous qui avez sa crainte ; race de Jacob, exalte sa gloire.  V/. On célébrera devant le Seigneur la génération qui doit venir ; et les cieux annonceront la justice du Seigneur,  V/. À ce peuple qui doit naître, à ce peuple que le Seigneur créera.

Il est temps d’écouter le récit de la Passion de notre Sauveur ; mais afin de montrer au ciel et à la terre que nous ne sommes pas scandalisés, comme le furent les disciples, par le spectacle de son apparente faiblesse et du triomphe de ses ennemis, tenons en mains les rameaux avec lesquels tout à l’heure nous l’avons proclamé notre Roi.

L’Église lit, à quatre jours différents de cette Semaine, la narration des quatre Évangiles. Elle commence aujourd’hui par celle de saint Matthieu, qui le premier a écrit son récit sur la vie et la mort du Rédempteur. En signe de tristesse, les Acolytes ne viennent pas à l’ambon avec leurs cierges, et le livre n’est pas encensé. Sans saluer le peuple fidèle par le souhait ordinaire, le Diacre qui remplit le rôle de l’historien commence immédiatement son lamentable récit.

La Passion de notre Seigneur Jésus-Christ selon saint Matthieu. Chap. 26.

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Vous savez que la Pâque se fera dans deux jours, et que le Fils de l’homme sera livré pour être crucifié. Alors les princes des prêtres et les Anciens du peuple se réunirent dans la salle du grand-prêtre, appelé Caïphe, et délibérèrent de se saisir de Jésus par ruse, et de le faire mourir. Mais ils disaient : Que ce ne soit pas pendant la fête, de peur d’émotion dans le peuple.

Or Jésus étant à Béthanie, dans la maison de Simon le Lépreux, une femme portant un vase d’albâtre plein d’un parfum de grand prix, s’approcha, et le répandit sur la tête de Jésus qui était à table. Ce que voyant, ses disciples s’indignèrent et dirent : À quoi bon cette profusion ? On aurait pu vendre très cher ce parfum et donner le prix aux pauvres. Mais Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ? Ce qu’elle vient de faire envers moi est une bonne œuvre. Car vous aurez toujours parmi vous des pauvres ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. Elle a répandu ce parfum sur mon corps en vue de ma sépulture. En vérité, je vous le dis, dans le monde entier, partout où sera prêché cet Évangile, on dira ce qu’elle a fait, et elle en sera louée.

Alors un des douze, nommé Judas Iscariote, s’en alla vers les princes des prêtres, et leur dit : Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai ? Et ils convinrent avec lui de trente pièces d’argent. Et de ce moment il cherchait l’occasion de le leur livrer. Or, le premier jour des azymes, les disciples venant à Jésus lui dirent : Où voulez-vous que nous vous préparions ce qu’il faut pour manger la Pâque ? Et Jésus leur dit : Allez dans la ville chez un tel, et dites-lui : Le Maître dit : Mon temps est proche : je ferai la Pâque chez vous avec mes disciples. Et les disciples firent ce que Jésus leur avait commandé, et ils préparèrent la Pâque.

Sur le soir, il était à table avec ses disciples. Et pendant qu’ils mangeaient, il leur dit : Je vous le dis en vérité, un de vous me trahira. Cette parole les contrista beaucoup, et ils se mirent chacun à lui demander : Est-ce moi, Seigneur ? Mais il leur répondit : Celui qui met avec moi la main dans le plat, est celui qui me trahira. Pour ce qui est du Fils de l’homme, il s’en va, selon ce qui a été écrit de lui ; mais malheur à l’homme par qui le fils de l’homme sera trahi ! Il vaudrait mieux pour cet homme qu’il ne fût pas né. Judas, celui qui le trahit, dit : Est-ce moi, Maître ? Il lui répondit : Tu l’as dit.

Pendant qu’ils soupaient, Jésus prit du pain, le bénit et le rompit, et le donna à ses disciples, disant : Prenez et mangez ; ceci est mon corps. Et prenant la coupe, il rendit grâces, et la leur donna, disant : Buvez tous de ceci ; car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance qui sera répandu pour plusieurs, en rémission des péchés. Or je vous le dis : Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon Père.

Et après avoir dit le cantique, ils s’en allèrent à la montagne des Oliviers. Alors Jésus leur dit : Je vous serai cette nuit à tous un sujet de scandale ; car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées. Mais après être ressuscité, je vous précéderai en Galilée. Pierre lui répondit : Quand tous se scandaliseraient à votre sujet, moi je ne me scandaliserai jamais. Jésus lui dit : Je te le dis en vérité, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. Pierre lui dit : Quand il me faudrait mourir avec vous, je ne vous renierai point. Tous les autres disciples parlèrent de même.

Alors Jésus vint avec eux en un lieu appelé Gethsémani, et dit à ses disciples : Asseyez-vous ici, pendant que j’irai là pour prier. Et ayant pris avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença de tomber en grande tristesse. Alors il leur dit : Mon âme est triste jusqu’à la mort ; demeurez ici, et veillez avec moi. Et s’étant éloigné un peu, il se prosterna sur sa face, priant et disant : Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi ; cependant, non pas comme je veux, mais comme vous voulez. Ensuite il vint à ses disciples, et les trouvant endormis, il dit à Pierre : Ainsi vous n’avez pu veiller une heure avec moi ? Veillez et priez pour ne point entrer en tentation ; l’esprit est prompt, mais la chair est faible. Il s’en alla une seconde fois et pria, disant : Mon Père, si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté se fasse. Et il vint de nouveau, et les trouva encore endormis ; car leurs yeux étaient appesantis. Et les laissant, il s’en alla encore, et pria une troisième fois, disant les mêmes paroles. Ensuite il revint à ses disciples, et leur dit : Dormez maintenant et reposez-vous ; voici que l’heure approche où le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs. Levez-vous, allons : celui qui doit me trahir est près d’ici.

Il parlait encore, lorsque Judas, un des douze, arriva, et avec lui une troupe nombreuse, armée d’épées et de bâtons, envoyée par les princes des prêtres et les anciens du peuple. Or celui qui le livrait leur avait donné un signe, disant : Celui que je baiserai, c’est lui : arrêtez-le. Et aussitôt, s’approchant de Jésus, il dit : Salut, Maître ! Et il le baisa. Et Jésus lui dit : Mon ami, qu’es-tu venu faire ? Alors les autres s’approchèrent, mirent la main sur Jésus, et se saisirent de lui. Et voilà qu’un de ceux qui étaient avec Jésus, étendant la main, tira son épée, et, frappant un serviteur du prince des prêtres, lui coupa l’oreille. Alors Jésus lui dit : Remets ton épée en son lieu : car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée. Penses-tu que je ne puisse pas prier mon Père, et il m’enverrait aussitôt plus de douze légions d’Anges ? Comment donc s’accompliront les Écritures qui déclarent qu’il doit être fait ainsi ? En même temps Jésus dit à cette troupe : Vous êtes venus à moi avec des épées et des bâtons, comme pour prendre un voleur. Assis dans le Temple, j’y enseignais chaque jour, et vous ne m’avez pas pris. Or tout cela s’est fait pour que s’accomplît ce qu’avaient écrit Les Prophètes. Alors tous les disciples, l’abandonnant, s’enfuirent.

Et les gens qui s’étaient saisis de Jésus l’emmenèrent chez Caïphe, prince des prêtres, où s’étaient assemblés les scribes et les anciens du peuple. Pierre le suivait de loin, jusque dans la cour du prince des prêtres ; et y étant entré, il s’assit avec les serviteurs pour voir la fin. Or les princes des prêtres et toute l’assemblée cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire mourir. Et ils n’en trouvèrent point, quoique beaucoup de faux témoins se fussent présentés. Enfin il vint deux faux témoins, qui dirent : Celui-ci a dit : Je puis détruire le Temple de Dieu, et le rebâtir après trois jours. Et le prince des prêtres, se levant, lui dit : Vous ne répondez rien à ce que ceux-ci témoignent contre vous : Et Jésus se taisait. Le prince des prêtres lui dit : Je vous adjure par le Dieu vivant de nous dire si vous êtes le Christ Fils de Dieu. Jésus lui répondit : Vous l’avez dit. Au reste, je vous déclare qu’un jour vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la Vertu de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. Alors le prince des prêtres déchira ses vêtements, disant : Il a blasphémé ; qu’avons-nous encore besoin de témoins ! Vous venez d’entendre le blasphème. Que vous en semble ? Ils répondirent : Il mérite la mort. Alors ils lui crachèrent au visage, et le frappèrent avec le poing ; et d’autres lui donnèrent des soufflets, disant : Christ, prophétise-nous qui est-ce qui t’a frappé ?

Cependant Pierre était assis dans la cour, et une servante s’approchant, lui dit : Et toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. Mais il le nia devant tous, disant : Je ne sais ce que tu dis. Et comme il était à la porte pour sortir, une autre servante le vit, et dit à ceux qui étaient là : Celui-ci était aussi avec Jésus le Nazaréen. Il le nia une seconde fois avec serment, disant : Je ne connais point cet homme. Peu après, ceux qui se trouvaient là, s’approchant de Pierre, lui dirent : Certainement toi aussi, tu es de ces gens-là : ton langage même te décèle. Alors il se mit à jurer avec exécration qu’il ne connaissait point cet homme. Et aussitôt le coq chanta. Et Pierre se souvint de la parole que lui avait dite Jésus : Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. Et étant sorti dehors, il pleura amèrement.

Le matin étant venu, tous les princes des prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire mourir. Et l’ayant lié, ils l’emmenèrent et le livrèrent au gouverneur Ponce-Pilate. Alors Judas, celui qui le trahit, voyant qu’il était condamné, se repentit et reporta les trente pièces d’argent aux princes des prêtres et aux anciens, disant : J’ai péché, en livrant le sang innocent. Mais ils lui dirent : Que nous importe ? c’est ton affaire. Sur quoi, ayant jeté l’argent dans le Temple, il se retira, et alla se pendre. Mais les princes des prêtres ayant pris l’argent, dirent : Il n’est pas permis de le mettre dans le trésor, parce que c’est le prix du sang. Et s’étant consultés entre eux, ils en achetèrent le champ d’un potier pour la sépulture des étrangers. C’est pourquoi ce champ est encore aujourd’hui appelé Haceldama, c’est-à-dire le champ du Sang. Alors fut accompli ce qu’avait dit le prophète Jérémie : Ils ont reçu trente pièces d’argent, prix de celui mis à prix suivant l’appréciation des enfants d’Israël ; et ils les ont données pour le champ d’un potier, comme le Seigneur me l’a ordonné.

Jésus comparut donc devant le gouverneur ; et le gouverneur l’interrogea, disant : Êtes-vous le Roi des Juifs ? Jésus lui répondit : Vous le dites. Et comme les princes des prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : N’entendez-vous pas combien de choses ils disent contre vous ? Mais à tout ce qu’il lui dit, il ne répondit rien, de sorte que le gouverneur s’étonnait grandement.

Au jour de la fête de Pâque, le gouverneur avait coutume de délivrer un prisonnier, celui que le peuple voulait. Il y en avait alors un fameux nommé Barabbas. Comme donc ils étaient tous assemblés, Pilate dit : Lequel voulez-vous que je vous délivre, Barabbas, ou Jésus, qu’on appelle le Christ ? Car il savait qu’ils l’avaient livré par envie. Pendant qu’il siégeait sur son tribunal, sa femme lui envoya dire : Ne prends aucune part à l’affaire de ce juste ; car j’ai été aujourd’hui étrangement tourmentée en songe à cause de lui. Mais les princes des prêtres et les anciens persuadèrent au peuple de demander Barabbas, et de faire périr Jésus. Le gouverneur donc leur dit : Lequel des deux voulez-vous que je vous délivre ? Ils lui répondirent : Barabbas. Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus, qu’on appelle le Christ ? Tous dirent : Qu’il soit crucifié. Le gouverneur leur dit : Quel mal a-t-il fait ? Mais ils criaient encore plus fort, disant : Qu’il soit crucifié.

Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte croissait de plus en plus, se fit apporter de l’eau, et se lavant les mains devant le peuple, il dit : Je suis innocent du sang de ce juste : vous en répondrez. Et tout le peuple dit : Que son sang soit sur nous et sur nos enfants. Alors il leur délivra Barabbas ; et, après avoir fait flageller Jésus, il le leur livra pour être crucifié.

Les soldats du gouverneur le menèrent dans le prétoire ; et toute la cohorte s’assembla autour de lui. Et, l’ayant dépouillé, ils jetèrent sur lui un manteau de pourpre. Et tressant une couronne d’épines, ils la mirent sur sa tête, et un roseau dans sa main droite ; et, fléchissant le genou devant lui, ils le raillaient, disant : Salut, Roi des Juifs. Et, crachant sur lui, ils prenaient le roseau, et en frappaient sa tête. Après s’être ainsi joués de lui, ils lui ôtèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.

Comme ils sortaient, ils trouvèrent un homme de la Cyrénaïque, nommé Simon, qu’ils contraignirent de porter sa croix. Et ils vinrent au lieu appelé Golgotha, qui est le lieu du Calvaire. Et ils lui donnèrent à boire du vin mêlé avec du fiel ; et, l’ayant goûté, il n’en voulut pas boire. Après qu’ils l’eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements, en les tirant au sort, afin que s’accomplit ce qu’avait dit le Prophète : Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont tiré ma robe au sort. Et, s’étant assis, ils le gardaient. Et au-dessus de sa tête ils mirent un écriteau portant le sujet de sa condamnation : Jésus, Roi des Juifs. En même temps, ils crucifièrent avec lui deux voleurs, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.

Les passants le chargeaient d’injures, branlant la tête et disant : Eh bien ! toi qui détruis le Temple de Dieu et le rebâtis en trois jours, que ne te sauves-tu toi-même ? Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix. Les princes des prêtres aussi, avec les scribes et les anciens, disaient en se moquant de lui : Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même. S’il est le Roi d’Israël, qu’il descende maintenant de sa croix, et nous croirons en lui. Il se confie en Dieu : que Dieu maintenant le délivre, s’il l’aime ; car il a dit : Je suis le Fils de Dieu. Les voleurs qu’on avait crucifiés avec lui, lui adressaient les mêmes reproches.

Or, depuis la sixième heure jusqu’à la neuvième, les ténèbres couvrirent toute la terre. Et vers la neuvième heure, Jésus jeta un grand cri, disant : Eli, Eli, lamma sabacthani ? C’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? Ce qu’entendant quelques-uns de ceux qui étaient là, ils disaient : Il appelle Élie. Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il remplit de vinaigre, et la mettant au bout d’un roseau, il lui présenta à boire. Les autres disaient : Attendez : voyons si Élie viendra le délivrer. Mais Jésus, de nouveau jetant un grand cri, rendit l’esprit.

Ici l’historien fait une pause dans sa lecture, pour honorer par un acte solennel de deuil la mort du Sauveur des hommes. Toute l’assistance se met à genoux, et demeure quelque temps dans le silence. En beaucoup de lieux, on se prosterne et on baise humblement la terre. Le Diacre reprend ensuite son récit.

Et voilà que le voile du Temple se déchira en deux du haut jusqu’en bas, et la terre trembla : les pierres se fendirent, et les tombeaux s’ouvrirent ; et plusieurs corps de saints qui s’étaient endormis se levèrent, et sortant de leurs sépulcres après sa résurrection, ils vinrent dans la cité sainte, et furent vus de plusieurs. Le centurion et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, voyant le tremblement de terre et tout ce qui se passait, furent saisis d’une grande crainte, et dirent : Celui-ci était vraiment le Fils de Dieu. Il y avait là aussi, un peu éloignées, plusieurs femmes qui, de la Galilée, avaient suivi Jésus pour le servir, parmi lesquelles étaient Marie‑Madeleine, et Marie mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zebédée. Sur le soir, un homme riche d’Arimathie, nommé Joseph, qui était, lui aussi, disciple de Jésus, vint trouver Pilate et lui demanda le corps de Jésus. Pilate commanda qu’on le lui donnât. Ayant pris le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul blanc, et le déposa dans un sépulcre neuf, qu’il avait fait creuser dans le roc ; et ayant roulé une grande pierre à l’entrée du sépulcre, il s’en alla. Or, Marie-Madeleine et l’autre Marie étaient là assises devant le sépulcre.

Afin que la Messe de ce jour ne soit pas privée d’un rite essentiel, qui consiste dans la lecture solennelle de l’Évangile, le Diacre réserve une dernière partie du récit lugubre qu’il a fait entendre, et s’approchant de l’autel, il vient y faire bénir l’encens par le Prêtre et recevoir la bénédiction. Il se rend ensuite à l’Ambon ; mais les Acolytes ne l’accompagnent pas avec leurs flambeaux. Après avoir encensé le livre, il termine ainsi la narration évangélique :

Le lendemain, qui était le Sabbat, les princes des prêtres et les pharisiens s’étant assemblés, vinrent trouver Pilate, et lui dirent : Seigneur, nous nous sommes souvenus que ce séducteur, lorsqu’il vivait encore, a dit : Après trois jours je ressusciterai. Commandez donc que l’on garde le sépulcre jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent enlever le corps, et ne disent au peuple : Il est ressuscité d’entre les morts ; et la dernière erreur serait pire que la première. Pilate leur dit : Vous avez des gardes ; allez, et gardez-le comme vous l’entendrez. Ils allèrent donc, fermèrent soigneusement le sépulcre, en scellèrent la pierre, et y mirent des gardes.

L’Offertoire est une nouvelle prophétie de David. Elle annonce l’abandon où le Messie se verra réduit au milieu de ses angoisses, et la férocité de ses ennemis qui dans sa faim lui présenteront le fiel, et dans sa soif l’abreuveront de vinaigre. Ainsi a été traité celui qui s’apprête à nous donner son corps pour nourriture et son sang pour breuvage.

Offertoire.

L’opprobre et l’angoisse ont pénétré mon cœur ; j’ai attendu que quelqu’un prît part à ma douleur, et il ne s’est trouvé personne ; j’ai cherché un consolateur, et je n’en ai pas trouvé ; pour nourriture ils m’ont donné du fiel, et dans ma soif ils m’ont abreuvé de vinaigre.

La Secrète demande à Dieu pour ses serviteurs le double fruit de la Passion du Christ : la grâce dans le temps et la gloire pour l’éternité.

Secrète.

Faites, nous vous en supplions, Seigneur, que cette offrande, présentée aux regards de votre divine Majesté, nous obtienne la grâce de la dévotion et nous ménage la possession de l’éternité bienheureuse. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Dans l’Antienne de la Communion, l’Église, qui vient d’aspirer la vie du Christ dans le calice du salut, rappelle cet autre calice que le Christ a dû boire pour nous mériter le breuvage de l’immortalité.

Communion.

Mon Père, si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite.

La sainte Église conclut les demandes du Sacrifice qu’elle vient d’offrir, en implorant la rémission des péchés pour tous ses enfants, et l’accomplissement du désir qu’ils ont d’avoir part à la résurrection glorieuse de l’Homme-Dieu.

Postcommunion.

Faites, Seigneur, par la vertu de ce mystère, que nous soyons purifiés de nos péchés, et que nos justes désirs soient accomplis. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

À vêpres.

Les Psaumes se trouvent ci-dessus.

Capitule.

Mes Frères, Ayez à l’égard de vous-mêmes les sentiments qu’a eus Jésus-Christ, lui qui, étant dans la nature même de Dieu, ne devait pas croire que ce fût pour lui usurpation d’être égal à Dieu, et qui néanmoins s’est anéanti lui-même, prenant la nature d’esclave, se rendant semblable aux hommes, et paraissant à l’extérieur un pur homme.

L’Hymne et le Verset ci-dessus.

Antienne de Magnificat.

Il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées ; mais lorsque je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée ; c’est là que vous me verrez, dit le Seigneur.

Oraison.

Dieu tout-puissant et éternel qui, pour donner au genre humain un modèle d’humilité, avez voulu que notre Sauveur se revêtit de notre chair et souffrît la croix ; accordez-nous de recevoir les leçons de sa patience, et d’avoir part à sa résurrection. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

4. La suite de la journée des Rameaux

Achevons cette journée du Rédempteur à Jérusalem, en repassant dans notre mémoire les autres faits qui la signalèrent. Saint Luc nous apprend que ce fut pendant sa marche triomphale vers cette ville que Jésus, près d’y entrer, pleura sur elle, et exprima sa douleur par ces lugubres paroles : « Oh ! si tu connaissais, aujourd’hui surtout, ce qui pourrait te donner la paix ! Mais tout cela est maintenant caché à tes yeux. Il viendra des jours où tes ennemis t’environneront, te renverseront par terre, et ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas connu le temps de ta visite. » (s. Luc 19, 41 – 44)

Il y a peu de jours, le saint Évangile nous montrait Jésus pleurant sur le tombeau de Lazare ; aujourd’hui nous le voyons répandre de nouvelles larmes sur Jérusalem. À Béthanie, il pleurait en songeant à la mort du corps, suite et châtiment du péché ; mais cette mort n’est pas sans remède. Jésus est « la résurrection et la vie ; et celui qui croit en lui ne demeurera pas dans la mort toujours » (s. Jean 11, 25). Mais l’état de l’infidèle Jérusalem figure la mort de l’âme, et cette mort est sans résurrection, si l’âme ne revient pas à temps vers l’auteur de la vie. Voilà pourquoi les larmes que Jésus répand aujourd’hui sont si amères. Au milieu des acclamations qui accueillent son entrée dans la cité de David, son cœur est triste ; car il sait que beaucoup « ne connaîtront pas le temps de leur visite ». Consolons le cœur de notre Rédempteur, et soyons-lui une Jérusalem fidèle.

Le divin récit nous apprend que Jésus, aussitôt après son entrée dans la ville, se rendit au Temple, et qu’il en chassa les vendeurs (s. Matth. 21, 12). C’était la seconde fois qu’il accomplissait cet acte d’autorité dans la maison de son Père, et nul n’osa lui résister. Les princes des prêtres et les Pharisiens murmurèrent, ils se plaignirent à lui du tumulte qu’avait causé son entrée ; mais leur audace était déconcertée. C’est ainsi que, dans la suite des siècles, quand il plaît à Dieu de glorifier, à certaines époques, son Fils et l’Église de son Fils, les ennemis de l’un et de l’autre protestent dans la rage de leur cœur ; le char triomphal n’en poursuit pas moins sa marche. Mais sitôt que Dieu, dans sa haute sagesse, a résolu de faire succéder des jours de persécution et d’épreuves à ces heures de gloire, ces lâches ennemis se retrouvent, et, plus irrités que jamais, ils ne se donnent point de repos qu’ils n’aient entraîné une partie de ce peuple, qui criait Hosannah au fils de David, à demander qu’on le lui livre et qu’il soit crucifié. Mais Jésus et son Église n’en ont pas moins régné ; et si leur règne visible semble interrompu, c’est pour reparaître plus tard, jusqu’à ce que, après une succession de gloire et d’ignominies, la royauté de l’Époux et de l’Épouse soit proclamée éternelle sur les ruines du monde « qui n’aura pas connu le temps de sa visite ».

Nous apprenons de saint Matthieu (s. Matth. 21, 17) que le Sauveur alla terminer cette journée à Béthanie. Sa présence dut suspendre les maternelles inquiétudes de Marie et rassurer la pieuse famille de Lazare. Mais dans Jérusalem nul ne se présenta pour offrir l’hospitalité à Jésus ; du moins l’Évangile ne fait aucune mention à ce sujet. Les âmes pieuses qui ont médité la vie de notre Seigneur ont appuyé sur cette considération : Jésus honoré le matin d’un triomphe solennel, et réduit, le soir, à aller chercher la nourriture et le repos hors de la ville qui l’avait accueilli avec tant d’acclamations. Dans les monastères de Carmélites de la réforme de sainte Thérèse, il existe un usage touchant qui a pour but d’offrir au Sauveur une réparation pour l’abandon dont il fut l’objet de la part des habitants de Jérusalem. On dresse une table au milieu du réfectoire, et on y sert un repas, après le dîner de la communauté, ce repas offert au Sauveur du monde est distribué aux pauvres qui sont ses membres.

5. Les autres liturgies

Nous terminerons cette journée en insérant ici quelques strophes d’une Hymne de la Liturgie Grecque, en ce Dimanche des Palmes. Elle a pour auteur le célèbre hymnographe Côme de Jérusalem.

Hymne grecque pour les Rameaux

Le Dieu qui est assis sur les Chérubins, au plus haut des cieux, et qui abaisse ses regards sur ce qu’il y a de plus humble, vient aujourd’hui dans la gloire et la puissance ; tout est rempli de sa divine grandeur. Paix sur Israël, et salut pour les gentils !

Les âmes des justes s’écrièrent dans l’allégresse : Une nouvelle alliance se prépare aujourd’hui pour le monde ; les peuples vont être renouvelés par l’aspersion du sang divin.

Le peuple et les disciples fléchissent les genoux avec joie, et portant des palmes chantent : Hosannah au fils de David : vous êtes digne de toute louange, Seigneur, Dieu de nos pères ; vous êtes béni.

La multitude au cœur simple, l’enfance naïve vous ont célébré comme il convient à un Dieu, vous, roi d’Israël et souverain des Anges : Vous êtes digne de toute louange, Seigneur, Dieu de nos pères ; vous êtes béni.

Ton roi s’est présenté, ô Sion ! le Christ monte sur le petit de l’ânesse. Il vient délier le joug de l’erreur grossière qui poussait l’homme à adorer les idoles ; il vient arrêter le cours des passions aveugles qui règnent sur toutes les nations ; tous chanteront maintenant : Œuvres du Seigneur, bénissez-le, et exaltez son nom dans tous les siècles.

Livre-toi à la joie, ô Sion ! le Christ ton Dieu règne à jamais. Il est doux, et il vient pour sauver, comme il est écrit de lui ; il est le juste, notre rédempteur qui s’avance monté sur le petit de l’ânesse. Il brisera l’audace de ceux qui ne veulent pas chanter en ce jour ; Œuvres du Seigneur, bénissez-le, et exaltez son nom dans tous les siècles.

L’inique et obstiné Sanhédrin, qui usurpait le Temple sacré, est chassé aujourd’hui ; il avait fait de la maison de prière, de la maison de Dieu, une caverne de voleurs, et refusait son amour au Rédempteur à qui nous chantons : Œuvres du Seigneur, bénissez-le, et exaltez son nom dans tous les siècles.

Le Seigneur Dieu paraît devant nous ; faites-lui fête solennelle ; accourez pleins de joie ; chantons le Christ, et portant des palmes, crions à sa louange : Béni celui qui vient au nom de Dieu, notre Sauveur !

Peuple, pourquoi as-tu frémi contre les Écritures ? Prêtres, pourquoi méditez-vous de vains projets ? Pourquoi dites-vous : Quel est celui devant qui les enfants portant des palmes s’écrient : Béni celui qui vient au nom de Dieu, notre Sauveur ?

Hommes sans frein, pourquoi semez-vous le scandale sur la voie ? Vos pieds sont rapides pour répandre le sang du Seigneur ; mais il ressuscitera pour sauver tous ceux qui crieront : Béni celui qui vient au nom de Dieu notre Sauveur !

 Lundi Saint

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Jésus se rend encore aujourd’hui à Jérusalem, dès le matin, avec ses disciples. Il était parti à jeun, et le récit sacré nous dit qu’il eut faim sur la route (s. Matth. 21, 18). Il s’approcha d’un figuier ; mais cet arbre n’avait encore que des feuilles. Jésus, voulant nous donner un enseignement, maudit le figuier, qui sécha tout à coup. Il exprimait par ce châtiment le sort de ceux qui n’ont que de bons désirs, et sur lesquels le fruit de la conversion ne se cueille jamais. L’allusion à Jérusalem n’était pas moins frappante. Cette ville était zélée pour l’extérieur du culte divin ; mais son cœur était aveugle et endurci ; bientôt elle allait rejeter et crucifier le Fils du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.

La journée se passa en grande partie dans le Temple, où Jésus eut de longs entretiens avec les princes des prêtres et les anciens du peuple. Il parla avec plus de force que jamais, et déjoua leurs questions insidieuses. On peut voir, principalement en saint Matthieu, chapitres 21, 22 et 23, le détail des discours du Sauveur, qui deviennent de plus en plus véhéments, et dénoncent aux Juifs avec une énergie toujours croissante le crime de leur infidélité et la terrible vengeance qu’elle doit amener.

Enfin Jésus sortit du Temple, et se dirigea vers Béthanie. Arrivé sur la montagne des Oliviers, d’où l’on dominait la ville, il s’assit un moment. Ses disciples profitèrent de cet instant de repos pour lui demander à quelle époque auraient lieu les châtiments qu’il venait de prédire contre le Temple. Alors Jésus, réunissant dans un même tableau prophétique le désastre de Jérusalem et la destruction violente de ce monde à la fin des temps, parce que la première de ces deux calamités est la figure de la seconde, annonça ce qui doit arriver quand la mesure du péché sera comblée. Quant à ce qui est de la ruine de Jérusalem en particulier, il en fixa la date par ces paroles : « En vérité, je vous le dis : Cette génération d’hommes ne passera pas que toutes ces choses ne soient accomplies. » (s. Matth. 24, 34) En effet, quarante ans étaient à peine écoulés que l’armée romaine, accourue pour exterminer le peuple déicide, menaçait du haut de la montagne des Oliviers, de cette place même où le Sauveur est assis aujourd’hui, l’ingrate et dédaigneuse Jérusalem. Jésus, après avoir parlé longuement encore sur le jugement divin qui doit réviser un jour tous les jugements des hommes, rentre dans Béthanie, et vient rassurer par sa présence le cœur affligé de sa très sainte mère.

En ce jour, la Station, à Rome, est dans l’Église de Sainte-Praxède. Cette église dans laquelle, au IXème siècle, le pape saint Paschal déposa deux mille trois cents corps de Martyrs qu’il avait extraits des Catacombes, possède la colonne à laquelle notre Seigneur fut attaché pendant le supplice de la flagellation.

1. À la messe

Les paroles de l’Introït sont extraites du Psaume XXXIV. Le Christ, par la bouche de David, implore le secours de son Père contre les ennemis qui l’environnent de toutes parts.

Introït.

Jugez, Seigneur, ceux qui me persécutent ; désarmez ceux qui m’attaquent ; prenez vos armes et votre bouclier, et levez-vous pour venir à mon secours, ô Seigneur, ma force et mon salut ! Ps. Tirez votre glaive, et fermez le passage à ceux qui me poursuivent ; dites à mon âme : Je suis ton salut. Jugez, Seigneur.

Dans la Collecte, l’Église nous apprend à recourir aux mérites de la Passion du Sauveur, quand nous voulons obtenir de Dieu le secours dont nous avons besoin dans nos nécessités.

Collecte.

Dieu tout-puissant, qui voyez que notre faiblesse succombe au milieu de tant d’épreuves, faites-nous respirer un peu, par les mérites de la Passion de votre Fils unique. Qui vit et règne avec vous. Amen.

On ajoute une autre Oraison, comme au Dimanche de la Passion.

Épitre.
Lecture du Prophète Isaïe. Chap. L.

En ces jours-là, Isaïe dit : Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille, en m’instruisant de ses volontés ; et je n’ai pas contredit, ni ne me suis retiré en arrière. J’ai livré mon corps à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai point détourné mon visage de ceux qui me couvraient d’injures et de crachats. Le Seigneur Dieu est mon protecteur ; c’est pourquoi je n’ai point été confondu. J’ai présenté mon visage comme une pierre très dure ; et je sais que je n’aurai point à rougir. Celui qui me justifie est près de moi ; qui pourra me contredire ? Allons ensemble devant le juge : quel est celui qui se déclare mon adversaire ? qu’il approche de moi. Le Seigneur Dieu est mon secours ; qui osera me condamner ? Tous pourriront comme un vêtement : le ver les mangera. Qui d’entre vous craint le Seigneur, lorsqu’il parle par la bouche de son serviteur ? Celui qui marchait dans les ténèbres et qui n’avait pas la lumière, qu’il espère maintenant dans le nom du Seigneur, et qu’il s’appuie sur son Dieu.

Aujourd’hui, c’est Isaïe, ce Prophète si précis et si éloquent sur les épreuves du Messie, qui vient nous révéler les souffrances de notre Rédempteur, et la patience qu’il opposera aux mauvais traitements de ses ennemis. Jésus a accepté sa mission de Victime universelle, et il ne recule devant aucune douleur, devant aucune humiliation. « Il ne détourne point son visage de ceux qui le frappent et le couvrent de crachats. » Quelles réparations ne devons-nous pas à cette souveraine majesté qui, pour nous sauver, s’est livrée à de tels outrages ? Voyez ces Juifs lâches et cruels : ils ne tremblent plus devant leur victime. Auparavant, dans le jardin des Oliviers, un seul mot de sa bouche les a jetés par terre ; mais, depuis, il s’est laissé lier et traîner chez le grand-prêtre. On l’accuse ; des clameurs s’élèvent contre lui ; il répond à peine quelques mots. Jésus de Nazareth, ce docteur, ce thaumaturge, a perdu son prestige ; on peut tout oser contre lui. C’est ainsi que le pécheur se rassure, quand il a entendu gronder la foudre et qu’elle ne l’a pas écrasé. Cependant les saints Anges s’anéantissent devant cette face auguste que ces misérables ont meurtrie et souillée ; prosternons-nous avec eux, et demandons grâce : car nos péchés aussi ont maltraité cet auguste visage,

Mais écoutons les dernières paroles de notre Sauveur, et rendons grâces. Il dit : « Celui qui marchait dans les ténèbres et qui n’avait pas la lumière, qu’il espère maintenant. » C’est le Gentil plongé dans le vice et dans l’idolâtrie. Il ignore ce qui se passe en ce moment à Jérusalem ; il ne sait pas que la terre possède un Homme-Dieu, et que cet Homme-Dieu est, à cette heure même, foulé sous les pieds d’un peuple qu’il avait choisi et comblé de faveurs ; mais bientôt la lumière de L’Évangile viendra poursuivre de ses rayons cet infidèle. Il croira, il se soumettra ; il aimera son libérateur jusqu’à lui rendre vie pour vie et sang pour sang. Alors s’accomplira l’oracle de l’indigne pontife qui, prophétisant malgré lui le salut des Gentils par la mort de Jésus, annonçait en ces derniers jours que cette mort allait réunir dans une seule famille les enfants de Dieu qui étaient dispersés sur la surface de la terre.

Dans le Graduel, David continue d’appeler contre les bourreaux du Messie les vengeances qu’ont méritées leur ingratitude et leur endurcissement.

Le Trait est celui que, depuis le Mercredi des Cendres, l’Église chante à la Messe chaque semaine, les lundi, mercredi et vendredi, pour implorer la miséricorde divine sur les œuvres de la pénitence quadragésimale.

Graduel.

Levez-vous, Seigneur, et songez à me rendre justice ; mon Dieu et mon Seigneur, prenez ma cause en main.  V/. Tirez votre glaive, et fermez le passage à ceux qui me poursuivent.

Trait.

V/. Seigneur, ne nous traitez pas selon les péchés que nous avons commis, et ne nous rendez pas selon nos iniquités.  V/. Seigneur, ne vous souvenez plus de nos iniquités passées ; que vos miséricordes se hâtent de nous prévenir ; car nous sommes réduits à une extrême misère.  V/. Secourez-nous, ô Dieu notre Sauveur ! et pour la gloire de votre Nom, délivrez-nous, Seigneur, et pardonnez-nous nos péchés à cause de votre Nom.

Évangile.
La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. XII.

Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie, où était mort Lazare qu’il avait ressuscité. Là ils lui préparèrent à souper ; et Marthe servait, et Lazare était un des convives. Or Marie prit une livre d’un nard précieux, et en parfuma les pieds de Jésus, et les essuya avec ses cheveux, et toute la maison fut remplie de l’odeur du parfum. Un de ses disciples, Judas Iscariote, qui devait trahir son maître, dit : Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers, qu’on aurait donnés aux pauvres ? Il dit cela, non qu’il se mît en peine des pauvres, mais parce qu’il était voleur, et qu’ayant la bourse, il portait ce qu’on y mettait. Jésus dit donc : Laissez-la ; elle a gardé ce parfum pour le jour de ma sépulture. Vous avez toujours des pauvres parmi vous ; mais moi, vous ne m’avez pas toujours. Les Juifs, ayant su que Jésus était là, vinrent en grand nombre, non seulement à cause de lui, mais pour voir Lazare qu’il avait ressuscité d’entre les morts.

Nous avons remarqué plus haut que le récit évangélique qui vient d’être lu se rapporte au Samedi, veille du Dimanche des Rameaux, et qu’il a été inséré dans la Messe d’aujourd’hui parce que, dans l’antiquité, ce Samedi n’avait pas de Station. La sainte Église a voulu porter notre attention sur cet intéressant épisode des derniers jours de notre Rédempteur, parce qu’il nous aide à saisir l’ensemble des circonstances qui se produisaient à ce moment autour de lui.

Marie-Madeleine, dont la conversion était, il y a quelques jours, l’objet de notre admiration, est appelée à figurer dans les scènes de la Passion et de la Résurrection de son maître. Type de l’âme purifiée et admise ensuite aux faveurs célestes, il nous importe de la suivre dans les diverses phases que la grâce divine lui fait parcourir. Nous l’avons montrée s’attachant aux pas de son Sauveur et subvenant à ses besoins ; ailleurs le saint Évangile nous la fait voir préférée à Marthe sa sœur, parce qu’elle a choisi la meilleure part ; dans les jours où nous sommes, elle nous intéresse surtout par son tendre attachement à Jésus. Elle sait qu’on le cherche pour le faire mourir ; et l’Esprit Saint, qui la conduit intérieurement à travers les états toujours plus parfaits qui se succèdent en elle, veut qu’aujourd’hui elle accomplisse une action prophétique à l’égard de ce qu’elle redoute le plus.

Entre les trois présents des Mages, l’un d’eux était un signe de mort pour le divin Roi que ces hommes fidèles étaient venus saluer du fond de l’Orient : c’était la myrrhe, parfum funéraire qui fut employé si abondamment dans la sépulture du Sauveur. Nous avons vu que Madeleine, au jour de sa pénitence, témoigna de son changement de vie par l’effusion du plus précieux de ses parfums sur les pieds de Jésus. Aujourd’hui, elle a recours encore à cette touchante manifestation de son amour. Son maître divin est à table chez Simon le Lépreux ; Marie, la Mère de douleurs, est avec lui, ainsi que les disciples ; Marthe veille au service ; tout est calme dans cette maison ; mais de tristes pressentiments sont au fond des cœurs. Tout à coup Madeleine paraît, portant dans ses mains un vase rempli d’une huile de nard du plus grand prix. Elle se dirige vers Jésus, et s’attachant à ses pieds, elle les inonde de ce parfum ; et cette fois encore elle les essuie avec ses cheveux.

Jésus était étendu sur un de ces lits dont les Orientaux se servaient, lorsqu’ils prenaient leur repas dans les festins ; il était donc facile à Madeleine d’arriver aux pieds de son maître, et de renouveler cette démonstration de respect et de tendresse à laquelle elle s’était livrée autrefois chez le pharisien ; mais en ce jour le récit sacré ne nous dit pas qu’elle ait mêlé ses larmes à son parfum. Deux des Évangélistes, dont saint Jean a voulu compléter la narration trop succincte, nous apprennent qu’elle répandit aussi cette huile de senteur sur la tête du Sauveur. Madeleine sentait-elle en ce moment toute la portée de l’action que l’Esprit divin lui inspirait ? L’Évangile ne le dit pas ; mais Jésus révéla le mystère à ses disciples ; et nous qui recueillons ses paroles, nous apprenons par ce fait que la Passion de notre Rédempteur est, pour ainsi dire, commencée, puisque déjà la main de Madeleine l’embaume pour le tombeau.

La suave et pénétrante odeur du parfum avait rempli toute la salle. L’un des disciples, Judas Iscariote, ose protester contre ce qu’il appelle une profusion. La bassesse de cet homme et son avarice l’ont rendu insensible et sans pudeur. La voix de plusieurs des disciples s’unit à la sienne : tant leurs pensées étaient vulgaires encore ! Jésus permit cette indigne réclamation pour plusieurs motifs. Il voulait d’abord annoncer sa mort prochaine à ceux qui l’entouraient, en leur dévoilant le secret exprimé par cette effusion d’un parfum sur son corps. Son but ensuite était de glorifier Madeleine, dont l’amour était à la fois si tendre et si ardent ; et c’est alors qu’il annonça que la renommée de cette illustre pénitente s’étendrait par toute la terre, aussi loin que l’Évangile lui-même pénétrerait. Enfin il voulait par avance consoler les âmes pieuses auxquelles son amour inspirerait de faire des largesses à ses autels, et les venger des critiques mesquines dont elles devaient souvent être l’objet.

Recueillons ces enseignements divins. Aimons à honorer Jésus dans sa personne comme dans ses pauvres. Honorons Madeleine et mettons-nous à sa suite, lorsque bientôt nous la verrons si assidue au Calvaire et au sépulcre. Enfin préparons-nous à embaumer notre Sauveur, en réunissant pour sa sépulture la myrrhe des Mages, qui figure la pénitence, et le précieux nard de Madeleine, qui représente l’amour généreux et compatissant.

Dans l’Offertoire, le Psalmiste, au nom du Rédempteur, après avoir imploré le secours, demande à Dieu qu’il daigne être fidèle dans l’accomplissement de ses divins décrets pour le salut de l’homme.

Offertoire.

Arrachez-moi à mes ennemis, Seigneur : j’ai recours à vous. Enseignez-moi à faire votre volonté ; car vous êtes mon Dieu.

La Secrète exprime toute la force divine de nos augustes Mystères. Non seulement ce Sacrifice purifie les âmes, mais il les élève jusqu’à l’union parfaite avec celui qui est leur principe et leur auteur.

Secrète.

Que ces mystères, Seigneur Dieu tout-puissant, après nous avoir purifiés par leur efficace vertu, nous donnent de parvenir plus purs à celui qui est leur principe. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen

On ajoute une autre Oraison, comme au Dimanche de la Passion.

Après la participation des fidèles au Mystère divin, on entend retentir, dans l’Antienne de la Communion, une malédiction contre les ennemis du Sauveur. C’est ainsi que, dans le gouvernement du monde, Dieu opère au même moment selon la miséricorde et selon la justice.

Communion.

Que ceux, qui se réjouissent de mes maux soient couverts de confusion et saisis de crainte : que la honte et l’ignominie deviennent le partage de ceux qui parlent contre moi.

La sainte Église conclut les prières de ce Sacrifice en demandant pour ses enfants la conservation de l’esprit de ferveur qu’ils viennent de puiser à sa source.

Postcommunion.

Que vos Mystères, Seigneur, nous inspirent une ferveur divine ; afin que leur accomplissement et les fruits qu’ils produisent soient l’objet de nos plus chères délices. Par Jésus‑Christ notre Seigneur. Amen.

On ajoute une autre Oraison, comme au Dimanche de la Passion.

Prions.

Humiliez vos têtes devant Dieu.

Venez à notre aide, ô Dieu notre Seigneur, et donnez-nous d’arriver pleins de joie aux anniversaires des bienfaits par lesquels vous avez daigné opérer notre régénération. Par Jésus‑Christ notre Seigneur. Amen.

2. Les autres liturgies

Nous terminerons la journée par cette belle prière empruntée à l’antique Liturgie Gallicane.

O Christ ! ô Dieu, souverain Seigneur, crucifiez-nous comme vous même à ce monde ; que votre vie soit en nous. Mettez sur vous nos péchés, afin qu’ils soient, eux aussi, par vous attachés à la Croix. Vous qui avez été élevé de terre, afin de nous soustraire au joug de l’impur tyran, attirez-nous à vous. Nous sommes, il est vrai, exposés aux insultes du diable ; à cause de notre chair et de ses convoitises ; mais ce n’est pas lui, c’est vous que nous voulons servir. Nous voulons vivre sous vos lois ; nous vous prions de nous gouverner, vous qui, par la mort de la Croix, avez daigné nous délivrer, nous mortels et envahis par la mort. Aujourd’hui donc, pour cet immense bienfait, nous vous présentons notre très humble service ; nous vous adorons, nous vous implorons, nous vous supplions de venir promptement vers nous, ô Dieu éternellement puissant ! que votre Croix, par sa vertu souveraine, triomphe en nous des attraits du monde ; que votre bonté rétablisse nos âmes dans leur état primitif de vertu et de grâce. Vous dont la puissance ccomplit ce qui jusqu’alors n’était que possible ; vous devant qui le passé et le présent sont unis, faites que votre Passion nous soit salutaire en ce moment, comme si elle avait lieu aujourd’hui ; qu’une goutte de votre sang divin épanché un jour sur la terre soit aujourd’hui notre salut ; qu’elle lave tous les péchés de notre nature terrestre ; qu’elle se mêle à la terre de notre corps ; et qu’elle nous rende tout vôtres, étant redevenus votre corps par notre réconciliation avec vous, notre Chef, qui vivez et régnez avec le Père et le Saint-Esprit. Maintenant donc commencez à régner sur nous, Homme-Dieu, Christ Jésus, Roi dans les siècles des siècles !

 Mardi Saint

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Cette journée voit encore Jésus se diriger dès le matin vers Jérusalem. Il veut se rendre au Temple, et y confirmer ses derniers enseignements. Mais il est aisé de voir que le dénouement de sa mission est au moment d’éclater. Lui-même, aujourd’hui, a dit à ses disciples : « Vous savez que c’est dans deux jours que l’on fera la Pâque, et que le Fils de l’homme sera livré pour être crucifié. » (s. Matth. 26, 2)

Sur la route de Béthanie à Jérusalem, les disciples qui marchent en la compagnie de leur maître sont frappés d’étonnement à la vue du figuier que Jésus avait maudit le jour précédent. Il était desséché, comme un bois mort, des racines au sommet. Pierre alors s’adressant à Jésus : « Maître, lui dit-il, voici le figuier que vous avez maudit ; voyez comme il s’est desséché. » Jésus, profitant de l’occasion pour nous apprendre à tous que la nature physique est subordonnée à l’élément spirituel, quand celui-ci se tient uni à Dieu par la foi, leur dit : « Ayez foi en Dieu. Je vous le dis : celui qui dira à cette montagne : Ote-toi, et va te jeter dans la mer ; s’il n’hésite pas dans son cœur, mais s’il croit fermement à l’accomplissement de ce qu’il vient de dire, celui-là verra l’effet de sa parole. Quand vous demandez une chose dans la prière, croyez que vous l’obtiendrez, et il en sera ainsi. » (s. Marc 11, 20 – 24)

Continuant la route, bientôt on entre dans la ville, et à peine Jésus est-il arrivé dans le Temple, que les princes des prêtres, les scribes et les anciens l’accostent et lui disent : « Par quelle autorité faites-vous ce que vous faites ? qui vous a donné ce pouvoir ? » (Ibid. 27, 28) On peut voir dans le saint Évangile la réponse de Jésus, ainsi que les divers enseignements qu’il donna en cette rencontre. Nous ne faisons qu’indiquer d’une manière générale l’emploi des dernières heures de la vie mortelle du Rédempteur ; la méditation du livre sacré suppléera à ce que nous ne disons pas.

Comme les jours précédents, Jésus sort de la ville vers le soir, et franchissant la montagne des Oliviers, il se retire à Béthanie, auprès de sa mère et de ses amis fidèles.

L’Église lit aujourd’hui, à la Messe, le récit de la Passion selon saint Marc. Dans l’ordre des temps, l’Évangile de saint Marc fut écrit après celui de saint Matthieu : c’est la raison pour laquelle cette Passion vient au second rang. Elle est plus courte que celle de saint Matthieu, dont elle semble le plus souvent l’abrégé ; mais on y trouve certains détails qui sont propres à cet Évangéliste, et attestent les remarques d’un témoin oculaire. On sait que saint Marc était disciple de saint Pierre, et que ce fut sous les yeux du Prince des Apôtres qu’il écrivit son Évangile.

À Rome, la Station est aujourd’hui dans l’Église de Sainte-Prisque, qui fut la maison où habitèrent les deux époux Aquila et Prisca, auxquels saint Paul envoie ses salutations dans son Épître aux Romains. Plus tard, au IIIème siècle, le Pape saint Eutychien y transporta, à cause de la similitude du nom, le corps de sainte Prisque, vierge romaine et martyre.

1. À la messe

Dans trois jours la Croix s’élèvera sur la montagne sainte, portant sur ses bras l’auteur de notre salut. Aujourd’hui l’Église, dans l’Introït, nous avertit par avance de saluer ce trophée de notre victoire, et de nous glorifier en lui.

Introït.

Glorifions-nous dans la Croix de Jésus-Christ notre Seigneur ; c’est lui qui est notre salut, notre vie et notre résurrection, lui par qui nous sommes sauvés et délivrés.

Ps. Que Dieu ait pitié de nous et qu’il nous bénisse, qu’il fasse luire sur nous la lumière de son visage, et qu’il ait pitié de nous. Glorifions-nous.

Dans la Collecte, l’Église demande que les saints anniversaires de la Passion du Sauveur soient pour nous une source de pardon ; et qu’ils ne se terminent pas sans que nous soyons pleinement réconciliés avec la justice divine.

Collecte.

Dieu tout-puissant et éternel, donnez-nous de célébrer les mystères de la Passion du Seigneur, de telle sorte que nous méritions la rémission de nos péchés. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Épître.
Lecture du Prophète Jérémie. Chap. XI.

En ces jours-là, Jérémie dit : Seigneur, vous m’avez fait voir, et j’ai connu ; alors vous m’avez découvert leurs desseins. Pour moi, j’étais comme un agneau plein de douceur, que l’on porte pour en faire une victime ; j’ignorais qu’ils eussent formé contre moi une entreprise, en disant : Mettons du bois dans son pain : exterminons-le de la terre des vivants ; et que son nom ne soit jamais rappelé. Mais vous, Seigneur des armées, qui jugez selon l’équité, et qui sondez les reins et les cœurs, faites-moi voir la vengeance que vous devez tirer d’eux ; car c’est en vos mains que j’ai remis ma cause, ô Seigneur mon Dieu.

C’est encore une fois Jérémie qui nous fait entendre sa voix plaintive. Il nous donne aujourd’hui les propres paroles de ses ennemis, qui ont conspiré de le faire mourir. Tout y est mystérieux ; et l’on sent que le Prophète est ici la figure d’un plus grand que lui. « Mettons, disent-ils, du bois dans son pain », c’est-à-dire : Jetons un bois vénéneux dans sa nourriture, afin de lui causer la mort. Tel est le sens littéral, quand il ne s’agit que du Prophète ; mais combien ces paroles s’accomplissent plus pleinement dans notre Rédempteur ! Sa chair divine est, nous dit-il, un Pain véritable descendu du ciel ; ce Pain, ce corps de l’Homme-Dieu, est meurtri, déchiré, sanglant ; les Juifs le clouent sur le bois, en sorte qu’il en est tout pénétré, en même temps que ce bois est tout arrosé de son sang. C’est sur le bois de la croix que l’Agneau de Dieu est immolé ; c’est par son immolation que nous sommes mis en possession d’un Sacrifice digne de Dieu ; et c’est par ce Sacrifice que nous participons au Pain céleste, qui est en même temps la chair de l’Agneau et notre Pâque véritable.

Le Graduel, tiré du Psaume XXXIV, exprime le contraste de la vie humble du Sauveur avec les airs menaçants et superbes de ses ennemis.

Graduel.

Tandis que mes ennemis me persécutaient, je me revêtais d’un cilice ; j’affligeais mon âme par le jeûne, et, la tête penchée sur mon sein, je réitérais ma prière.

V/. Jugez, Seigneur, ceux qui me persécutent : désarmez ceux qui m’attaquent ; Prenez vos armes et votre bouclier, et levez-vous pour venir à mon secours.

La Passion selon saint Marc est chantée, après ce Graduel, avec les mêmes rites qui ont été observés pour celle de saint Matthieu, sauf l’usage des rameaux qui ne sont plus employés.

La Passion de notre Seigneur Jésus-Christ selon saint Marc. Chap. XIV.

En ce temps-là, la Pâque et les azymes étaient à deux jours de là, et les princes des prêtres avec les scribes cherchaient le moyen de se saisir de Jésus par ruse et de le faire mourir. Car ils disaient : Que ce ne soit pas le jour de la fête, de peur que peut-être il ne s’élève quelque tumulte parmi le peuple.

Et comme il était à table à Béthanie, dans la maison de Simon le Lépreux, une femme vint avec un vase d’albâtre plein d’un parfum de nard précieux : et ayant rompu le vase, elle répandit le parfum sur sa tête. Plusieurs s’en indignèrent en eux-mêmes, disant : À quoi bon perdre ainsi ce parfum ? On aurait pu le vendre plus de trois cents deniers, et les donner aux pauvres. Et ils étaient indignés contre elle. Mais Jésus dit : Laissez-la ; pourquoi lui faites-vous de la peine ? Ce qu’elle vient de faire à mon égard est une bonne action. Car vous avez toujours parmi vous des pauvres, et vous pouvez leur faire du bien quand vous voudrez ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. Elle a fait ce qui était en son pouvoir : elle a embaumé d’avance mon corps pour la sépulture. En vérité, je vous le dis : Partout où sera prêché cet Évangile, dans le monde entier, on racontera ce qu’elle a fait : et elle en sera louée.

Et Judas Iscariote, un des douze, s’en alla vers les princes des prêtres, pour le leur livrer. Ceux-ci l’ayant écouté, furent dans la joie, et promirent de lui donner de l’argent. Et il cherchait une occasion favorable pour le leur livrer.

Et le premier jour des azymes, où on immole la Pâque, ses disciples lui dirent : Où voulez‑vous que nous allions vous préparer ce qu’il faut pour manger la Pâque ? Et il envoya deux de ses disciples, et leur dit : Allez dans la ville ; vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau ; suivez-le ; et quelque part qu’il entre, dites au maître de la maison : Le Maître dit : Où est le lieu où je dois manger la Pâque avec mes disciples ? Et il vous montrera une grande salle meublée ; préparez-nous là ce qu’il faut. Ses disciples s’en allèrent, et vinrent dans la ville, et trouvèrent les choses comme il leur avait dit, et préparèrent la Pâque.

Sur le soir, il vint avec les douze. Et comme ils étaient à table et qu’ils mangeaient, Jésus leur dit : En vérité je vous le dis, un de vous, qui mange avec moi, me trahira. Alors ils commencèrent à s’attrister et à lui dire chacun : Est-ce moi ? Il leur dit : L’un des douze, qui met avec moi la main dans le plat. Pour le Fils de l’homme, il s’en va, selon qu’il est écrit de lui ; mais malheur à l’homme par qui le Fils de l’homme sera livré ; il vaudrait mieux pour cet homme qu’il ne fût pas né. Et pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain, et l’ayant béni, il le leur donna, disant : Prenez : Ceci est mon corps. Et, ayant pris la coupe et rendu grâces, il la leur donna ; et ils en burent tous. Et il leur dit : Ceci est mon sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour plusieurs. En vérité, je vous le dis : Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai de nouveau dans le royaume de Dieu.

Et après avoir dit le cantique, ils s’en allèrent au mont des Oliviers. Et Jésus leur dit : Je vous serai cette nuit à tous un sujet de scandale ; car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis se disperseront. Mais après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. Pierre lui dit : Quand tous seraient scandalisés à votre sujet, moi je ne le serai pas. Jésus lui dit : Je te le dis en vérité : Aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq ait chanté deux fois, tu m auras renié trois fois. Mais Pierre insistait encore plus : Quand je devrais mourir avec vous, je ne vous renoncerai pas. Et tous disaient la même chose.

Et ils arrivèrent en un lieu nommé Gethsémani ; et il dit à ses disciples : Asseyez-vous ici pendant que je prierai. Et il prit avec lui Pierre, et Jacques et Jean ; et il commença à être saisi de frayeur et d’angoisse. Et il leur dit : Mon âme est triste jusqu’à la mort : demeurez ici et veillez. Et s’étant avancé un peu, il tomba la face contre terre ; et il priait que cette heure, s’il se pouvait, s’éloignât de lui. Et il dit : Mon Père, tout vous est possible : éloignez de moi ce calice ; cependant non ce que je veux, mais ce que vous voulez. Il vint, et il les trouva endormis ; et il dit à Pierre : Simon, tu dors ; n’as-tu pu veiller une heure ? Veillez, afin que vous n’entriez point en tentation. À la vérité, l’esprit est prompt ; mais la chair est faible. Et, s’en allant de nouveau, il priait, disant les mêmes paroles. Étant revenu, il les trouva encore endormis (car leurs yeux étaient appesantis), et ils ne savaient que lui répondre. Il vint une troisième fois, et leur dit : Dormez maintenant, et reposez-vous. C’est assez : l’heure est venue ; voici que le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs. Levez-vous, allons ; voilà qu’il approche, celui qui doit me livrer.

Comme il parlait encore, Judas Iscariote, l’un des douze, arriva ; et avec lui une grande foule armée d’épées et de bâtons, et envoyée par les princes des prêtres, et les scribes, et les anciens. Or le traître leur avait donné ce signe : Celui que je baiserai, c’est lui, saisissez-le, et emmenez-le avec précaution. Étant venu, aussitôt il s’approcha de lui, disant : Salut, Maître ; et il le baisa. Mais eux mirent aussitôt la main sur lui, et le saisirent. Un de ceux qui étaient avec lui, tirant une épée, en frappa un des serviteurs du grand-prêtre, et lui coupa une oreille. Mais Jésus prenant la parole leur dit : Vous êtes venus avec des bâtons pour me prendre comme un voleur. J’étais tous les jours parmi vous, enseignant dans le temple, et vous ne m’avez point pris. Mais il faut que les Écritures s’accomplissent. Alors ses disciples, l’abandonnant, s’enfuirent tous. Un jeune homme le suivait, couvert seulement d’un linceul ; ils se saisirent de lui. Mais lui, laissant aller le linceul, s’échappa nu de leurs mains.

Ils menèrent Jésus chez le grand-prêtre où s’assemblèrent tous les prêtres, et les scribes, et les anciens. Pierre le suivit de loin jusque dans le vestibule du grand-prêtre, et assis près du feu avec les serviteurs, il se chauffait. Or les princes des prêtres et tout le conseil cherchaient un témoignage contre Jésus, pour le faire mourir, et ils n’en trouvaient point. Car plusieurs rendaient de faux témoignages contre lui ; mais ces dépositions ne s’accordaient pas. Quelques-uns, se levant, portèrent contre lui un faux témoignage : Nous l’avons entendu dire : Je détruirai ce temple fait de main d’homme ; et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de la main des hommes. Mais ce témoignage ne suffisait point.

Alors le grand-prêtre se levant interrogea Jésus, disant : Vous ne répondez rien à ce dont ceux-ci vous accusent ! Mais Jésus se taisait, et il ne répondit rien. Le grand-prêtre l’interrogea de nouveau, et lui dit : Êtes-vous le Christ, Fils du Dieu béni ? Jésus lui dit : Je le suis ; et vous verrez le Fils de l’homme, assis à la droite de la Vertu de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. Alors le grand-prêtre, déchirant ses vêtements, dit : Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? vous avez entendu le blasphème : que vous en semble ? Tous jugèrent qu’il méritait la mort. Et quelques-uns commencèrent à cracher sur lui et à voiler sa face, et à le souffleter, en lui disant : Prophétise. Et les valets le frappaient du poing.

Et Pierre étant en bas dans le vestibule, il vint une des servantes du grand-prêtre ; et avant vu Pierre qui se chauffait, le regardant, elle dit : Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth. Mais il le nia, disant : Je ne sais, ni ne connais ce que tu dis. Et il sortit devant le vestibule ; et le coq chanta. Une servante qui l’aperçut encore, dit à ceux qui étaient présents : Cet homme était de ces gens‑là. Mais il le nia de nouveau. Et peu après, ceux qui étaient là dirent à Pierre : Tu es certainement l’un d’entre eux, car toi aussi tu es Galiléen. Alors il se mit à faire des imprécations, et dit avec serment : Je ne connais point cet homme dont vous parlez. Et aussitôt le coq chanta encore. Et Pierre se ressouvint de la parole que lui avait dite Jésus : Avant que le coq ait chanté deux fois, trois fois tu me renieras. Et il se mit à pleurer.

Et dès le matin, les princes des prêtres s’étant assemblés avec les anciens, et les scribes, et tout le conseil, ils emmenèrent Jésus, après l’avoir lié, et ils le livrèrent à Pilate. Et Pilate l’interrogea : Êtes-vous le Roi des Juifs ? Il lui répondit : Vous le dites. Et les princes des prêtres l’accusaient sur plusieurs chefs. Pilate l’interrogea de nouveau, et lui dit : Vous ne répondez rien ? Voyez de combien de choses ils vous accusent. Mais Jésus ne répondit plus rien, de sorte que Pilate était étonné.

Le jour de la fête, il avait coutume de leur remettre un prisonnier, celui qu’ils demandaient. Or un nommé Barabbas était en prison avec d’autres séditieux, pour avoir commis un meurtre dans une sédition. Et le peuple, étant monté devant le prétoire, commença à demander ce qu’il avait accoutumé de leur accorder. Pilate leur répondant, dit : Voulez-vous que je vous délivre le Roi des Juifs ? Car il savait que c’était par envie que les princes des prêtres l’avaient livré. Mais les pontifes excitèrent le peuple à demander qu’il leur délivrât plutôt Barabbas. Pilate, leur parlant de nouveau, dit : Que voulez-vous donc que je fasse au Roi des Juifs ? Mais de nouveau ils crièrent : Crucifiez-le. Pilate cependant leur disait : Mais quel mal a-t-il fait ? Et eux criaient encore plus : Crucifiez-le.

Pilate donc, voulant contenter le peuple, leur remit Barabbas ; et après que Jésus eut été flagellé, il le leur livra pour être crucifié. Les soldats le conduisirent dans le vestibule du prétoire. Et, ayant convoqué toute la cohorte, ils le vêtirent de pourpre et lui mirent une couronne d’épines entrelacées. Et ils commencèrent à le saluer, disant : Salut, Roi des Juifs. Et ils lui frappaient la tête avec un roseau, et ils crachaient sur lui, et, fléchissant le genou, ils l’adoraient.

Et après s’être ainsi joués de lui, ils le dépouillèrent de la pourpre, et le revêtirent de ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier. Et un certain Simon de Cyrène, père d’Alexandre et de Rufus, passant par là en revenant de sa maison des champs, ils le contraignirent de porter la croix de Jésus. Et ils le conduisirent au lieu appelé Golgotha, c’est-à-dire le lieu du Calvaire. Et ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de myrrhe ; mais il n’en prit point. Et l’ayant crucifié, ils se partagèrent ses vêtements, tirant au sort ce que chacun aurait. Et il était la troisième heure lorsqu’ils le crucifièrent. Et le sujet de sa condamnation était ainsi écrit : Le Roi des Juifs. Et ils crucifièrent avec lui deux voleurs, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Et ainsi fut accomplie l’Écriture qui dit : Il a été rangé parmi les criminels.

Et les passants le blasphémaient, branlant la tête et disant : Toi qui détruis le Temple de Dieu, et le rebâtis en trois jours sauve-toi toi-même, et descends de la croix. Les princes des prêtres et les scribes le raillaient aussi, se disant l’un à l’autre : Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même. Que le Christ, Roi d’Israël, descende maintenant de la croix, afin que nous croyions. Et ceux qui avaient été crucifiés avec lui l’outrageaient aussi.

Et à la sixième heure, les ténèbres couvrirent toute la terre jusqu’à la neuvième. Et à la neuvième heure, Jésus jeta un grand cri, disant : Eloï, Eloï, lamma sabacthani ; ce qui veut dire :

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous délaissé ? Et quelques-uns de ceux qui étaient là, l’entendant, disaient : Il appelle Élie. L’un d’eux courut emplir de vinaigre une éponge, et l’ayant mise au bout d’un roseau, la lui présenta pour boire, disant : Laissez, voyons si Élie viendra le délivrer. Mais Jésus, ayant jeté un grand cri, expira.

Ici on fait une pause, comme au Dimanche des Rameaux. Toute l’assistance se met à genoux ; et, selon l’usage des lieux, on se prosterne et on baise humblement la terre.

Et le voile du temple se déchira en deux depuis le haut jusqu’en bas. Le centurion qui était debout devant lui, voyant qu’il avait expiré en jetant un grand cri, dit : Cet homme était vraiment le Fils de Dieu. Il y avait aussi des femmes qui regardaient de loin, parmi lesquelles étaient Marie-Madeleine, et Marie mère de Jacques le Mineur et de Joseph et Salomé, lesquelles, lorsqu’il était en Galilée, le suivaient et le servaient, et plusieurs autres qui avaient monté à Jérusalem avec lui.

Ici le Diacre fait bénir l’encens par le Prêtre ; et après avoir reçu lui-même la bénédiction, il termine le récit de la Passion, en observant les rites accoutumés pour le chant de l’Évangile, à la Messe solennelle.

Le soir étant déjà venu (comme c’était le jour de la préparation qui précède le Sabbat), Joseph d’Arimathie, qui était du conseil et fort considéré, et qui attendait, lui aussi, le royaume de Dieu, vint hardiment trouver Pilate, et lui demanda le corps de Jésus. Pilate, s’étonnant qu’il fût mort sitôt, fit venir le centurion, et lui demanda s’il était déjà mort. S’en étant assuré par le centurion, il donna le corps à Joseph. Et Joseph, ayant acheté un linceul, détacha Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul, et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc, et roula une pierre à l’entrée du sépulcre.

À l’Offertoire, le Messie demande le secours de son Père contre les embûches de ses ennemis qui se préparent à le faire mourir.

Offertoire.

Défendez-moi, Seigneur, de la main des méchants, et arrachez-moi aux attaques injustes des hommes.

Dans la Secrète, la sainte Église présente à la Majesté divine le tribut de nos jeûnes avec l’hostie sainte, de laquelle ils empruntent leur mérite et leur efficacité.

Secrète.

Faites, Seigneur, nous vous en prions, que ces sacrifices accompagnés des jeûnes salutaires qui nous sont prescrits, renouvellent la vigueur de nos âmes. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Les paroles du Psalmiste que l’Église emprunte pour l’Antienne de la Communion nous représentent l’audace toujours croissante des ennemis du Sauveur, et les dispositions de son âme à la veille du sacrifice qu’il va bientôt offrir.

Communion.

Ceux qui étaient assis sur leur tribunal parlaient contre moi ; les buveurs me prenaient pour le sujet de leurs chants d’insulte ; pour moi, Seigneur, je dirige ma prière vers vous ; ô Dieu, il est temps de montrer votre bienveillance, selon l’étendue de votre miséricorde.

Dans la Postcommunion, l’Église demande pour nous, par les mérites du Sacrifice qu’elle vient de renouveler, l’entière guérison de nos maux, dont le sang de l’Agneau divin est le remède.

Postcommunion.

Dieu tout-puissant, guérissez nos vices par la vertu de ce Sacrifice qui est le vôtre ; et daignez nous appliquer le remède qui produit le salut éternel. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Prions.

Humiliez vos têtes devant Dieu.

O Dieu, que votre miséricorde nous purifie des restes cachés du vieil homme, et nous rende capables d’un saint renouvellement. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

2. Les autres liturgies

Nous terminerons cette journée en insérant ici quelques strophes empruntées à l’Église grecque sur la Passion du Sauveur.

Hymne grecque sur la Passion.

Votre côté ouvert, ô Christ, semblable à la fontaine qui jaillissait d’Éden, arrose votre Église comme un jardin spirituel ; la source qui en émane se divise en quatre fleuves qui sont les quatre Évangiles ; le monde en est arrosé, la création vivifiée, les nations instruites à vénérer dans la foi votre règne.

O Christ, auteur de la vie, vous avez été crucifié pour moi, afin de verser sur mon âme, comme d’une fontaine, la rémission des péchés. Votre côté a été traversé par la lance, afin d’ouvrir sur moi les sources de la vie ; vous avez été percé par les clous, afin que, découvrant dans la profondeur de vos souffrances l’immensité de votre souverain pouvoir, je m’écrie : Gloire à votre Croix et à votre Passion, ô Sauveur !

Vous avez déchiré, ô Christ, la cédule de notre condamnation sur votre Croix ; mis au rang des morts, vous avez enchaîné le tyran et délivré tous les captifs par votre résurrection. C’est elle qui nous a illuminés, ô Seigneur, ami des hommes ! Nous vous crions : Souvenez-vous de nous aussi, ô Sauveur, dans votre Royaume !

Votre Mère, ô Christ, qui vous a enfanté sans le secours de l’homme, et qui est demeurée vierge après l’enfantement, nous l’amenons devant vous, Seigneur miséricordieux, afin qu’elle intercède pour nous, et que vous accordiez l’éternel pardon à ceux qui crient : Souvenez-vous de nous aussi, Seigneur, dans votre Royaume !

 Mercredi Saint

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Aujourd’hui les princes des prêtres et les anciens du peuple se sont réunis dans une des salles du Temple, pour délibérer une dernière fois sur les moyens de se défaire de Jésus. On a discuté divers projets. Est-il prudent de mettre la main sur lui, en ce moment où la fête de Pâques retient dans la ville tant d’étrangers qui ne connaissent le Nazaréen que par l’ovation solennelle dont il a été l’objet il y a seulement trois jours ? Parmi les habitants de Jérusalem, n’en est-il pas aussi un grand nombre qui ont applaudi à ce triomphe, et dont l’enthousiasme pour Jésus serait à redouter ? Non : il ne faut pas songer, pour le moment, aux mesures violentes : une sédition pourrait éclater au milieu même des solennités de la Pâque. Ceux qui en auraient été les moteurs seraient aisément compromis vis-à-vis de Ponce-Pilate, et ils auraient à craindre peut-être la vengeance du peuple. Il vaut donc mieux laisser passer la fête, et chercher quelque moyen de se saisir sans bruit de la personne de Jésus.

Mais ces hommes de sang se faisaient illusion en croyant retarder au gré de leur politique la mort du juste. Ils ajournaient un meurtre ; mais les décrets divins qui, de toute éternité, ont préparé un sacrifice pour le salut du genre humain, ont fixé précisément ce sacrifice à cette même fête de Pâques que la trompette sacrée doit annoncer dès demain dans la ville sainte. Assez longtemps l’agneau mystérieux a été offert en figure de l’Agneau véritable ; elle va s’ouvrir, cette Pâque qui doit voir les ombres s’évanouir devant la réalité ; et le sang rédempteur versé par la main des pontifes aveuglés va se mêler à celui de ces victimes grossières que Jéhovah n’agréera plus désormais. Le sacerdoce judaïque se portera tout à l’heure à lui-même le coup de la mort, en immolant celui dont le sang doit abroger l’ancienne alliance et sceller pour jamais la nouvelle.

Mais comment les ennemis du Sauveur se mettront-ils en possession de l’auguste victime que convoitent leurs désirs sanguinaires, eux qui veulent éviter l’éclat et le bruit ? Ils ont compté sans la trahison ; mais voici que la trahison vient à leur secours. Un disciple du Sauveur demande à être introduit près d’eux ; il a une proposition à leur faire : « Que me donnerez‑vous, leur dit-il, et je vous le livrerai ? » Quelle joie pour ces misérables ! Ils sont docteurs de la loi, et ils ne se souviennent pas du Psaume CVIII, dans lequel David a prédit toutes les circonstances de cet infâme marché ; ni de l’oracle de Jérémie, qui va jusqu’à exprimer le prix de trente pièces d’argent comme la rançon du Juste. Cette même somme, Judas vient la leur demander ; ils la lui comptent sur l’heure. Tout est convenu. Demain Jésus sera dans Jérusalem ; il fera la Pâque. Sur le soir, il se rendra, selon son habitude, dans un jardin situé sur le penchant de la montagne des Oliviers. Mais, au milieu des ténèbres de la nuit, comment les gens chargés de l’arrêter le distingueront-ils de ses disciples ? Judas a tout prévu. Les soldats pourront en toute sûreté mettre la main sur celui auquel il aura donné un baiser.

Tel est l’horrible forfait qui s’accomplit aujourd’hui à l’ombre du Temple de Jérusalem. Pour en témoigner son exécration, et pour faire amende honorable au Fils de Dieu si indignement outragé par ce pacte monstrueux, la sainte Église, dès les premiers siècles, a consacré le jour du Mercredi à la pénitence. En nos temps encore, la sainte Quarantaine s’ouvre par un Mercredi ; et lorsque l’Église, quatre fois dans l’année, nous impose les jeûnes qui marquent chaque saison, le Mercredi est l’un des trois jours que nous devons consacrer à la mortification de notre corps.

Aujourd’hui avait lieu, dans l’Église Romaine, le sixième Scrutin pour l’admission des catéchumènes au baptême. On recevait, s’ils en étaient dignes, ceux sur lesquels on n’avait pas encore prononcé définitivement. À la Messe, il y avait deux lectures tirées des Prophètes, comme au jour du grand Scrutin, le Mercredi de la quatrième Semaine de Carême. Les catéchumènes sortaient de l’église comme à l’ordinaire, après l’Évangile ; mais lorsque le Sacrifice était terminé, ils étaient introduits de nouveau par le Portier, et l’un des Prêtres leur disait ces paroles : « Samedi prochain, veille de la Pâque, à telle heure, vous vous réunirez dans la Basilique de Latran, pour le septième Scrutin ; ensuite pour rendre le Symbole que vous devez avoir appris ; enfin pour recevoir, par le secours de Dieu, le bain sacré de la régénération. Préparez-vous-y avec zèle et humilité dans les jeûnes et les prières continuelles, afin que, ayant été ensevelis, par ce saint baptême, avec Jésus-Christ, vous ressuscitiez avec lui pour la vie éternelle. Amen. »

À Rome, la Station a lieu aujourd’hui dans la Basilique de Sainte-Marie-Majeure. Compatissons aux douleurs de notre Mère, dont le cœur éprouve de si cruelles angoisses dans l’attente du sacrifice qui se prépare.

1. À la messe

La sainte Église débute dans l’Introït par la glorification du saint Nom de Jésus, si outragé aujourd’hui par les hommes infâmes qui le prononcent avec tant de haine, dans l’odieux complot qu’ils ourdissent contre celui auquel il fut imposé, par ordre du ciel, pour annoncer notre salut. Ce Nom béni signifie Sauveur ; nous voici dans les jours où il doit recevoir toute sa signification.

Introït.

Qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, au ciel, sur la terre, et dans les enfers ; parce que le Seigneur s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort de la Croix ; c’est pour cela que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père.  Ps. Seigneur, exaucez ma prière, et que mon cri monte jusqu’à vous. Qu’au nom de Jésus.

Dans la première Collecte, l’Église confesse que ses enfants ont péché ; mais elle représente au Seigneur la Passion qu’a soufferte pour eux son Fils unique, et elle se laisse aller à l’espérance.

Prions.

V/. Fléchissons les genoux.
R/. Levez-vous.

Faites, s’il vous plaît, Dieu tout-puissant, que, par les mérites de la Passion de votre Fils unique, nous soyons délivrés des maux qui sans cesse nous affligent à cause de nos péchés ; nous vous en supplions par lui, qui vit et règne avec vous dans tous les siècles des siècles. Amen.

Lecture du Prophète Isaïe. Chap. LXII et LXIII.

Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Dites à la fille de Sion : Ton Sauveur vient ; voici sa récompense avec lui. Quel est celui qui vient d’Edom, qui arrive de Bosra avec sa robe teinte de frais, qui éclate en la beauté de ses vêtements, et qui marche avec une force toute-puissante ? C’est moi dont la parole est toute de justice, moi qui viens défendre et sauver. Pourquoi donc votre robe est-elle rouge, et vos vêtements comme les habits de ceux qui foulent le vin dans le pressoir ? J’ai été seul à fouler le vin, nul d’entre les hommes n’a travaillé avec moi. J’ai foulé mes ennemis dans ma fureur ; je les ai broyés dans ma colère ; leur sang a jailli sur ma robe, et tous mes vêtements en sont tachés ; car c’est le jour de la vengeance qu’appelaient mes désirs ; le temps de racheter les miens est arrivé. J’ai regardé autour de moi, et personne n’était là pour m’aider ; j’ai cherché : et je n’ai point trouvé de secours ; mon bras seul m’a sauvé, et ma colère a été mon seul auxiliaire. Et j’ai foulé les peuples sous mes pieds dans ma fureur ; et je les ai enivrés dans ma colère, et j’ai renversé par terre toute leur force. Je me souviendrai des miséricordes du Seigneur ; je louerai le Seigneur pour tous les biens qu’il nous a faits, lui le Seigneur notre Dieu.

Qu’il est terrible ce libérateur qui foule ses ennemis sous ses pieds, comme les grappes du pressoir, au point que ses vêtements sont teints de leur sang ! Mais n’est-ce pas aujourd’hui qu’il importe de relever et d’exalter la vigueur de son bras, aujourd’hui qu’il est abreuvé d’humiliations, que ses ennemis, par le plus ignoble de tous les marchés, l’ont acheté d’un de ses disciples ? Il ne sera pas toujours dans l’abaissement ; il se relèvera bientôt, et la terre apprendra quelle est sa puissance, à la vue des châtiments dont il accablera ceux qui ont osé le fouler aux pieds. Jérusalem s’apprête à lapider ceux qui prêcheront en son nom ; elle sera la plus cruelle des marâtres pour ces vrais Israélites qui, dociles aux enseignements des Prophètes, ont reconnu dans Jésus tous les caractères du Messie. La Synagogue tentera d’étouffer l’Église dans son berceau ; mais à peine l’Église, secouant la poussière de ses pieds contre Jérusalem, se sera tournée vers les nations, que, semblable à une tempête, la vengeance du Christ viendra fondre sur la ville qui l’a acheté, qui l’a trahi, qui l’a crucifié. C’est alors que le sang du Juif coulera par torrents, à ce point que, dans une des rues de Jérusalem que dévorait l’incendie, il lutta avec la flamme et l’arrêta Nous savons cet affreux détail par l’historien juif Josèphe, témoin oculaire du désastre de sa patrie. C’est ainsi que le Seigneur se vengera d’un peuple parricide, au jour où s’accompliront les menaces qu’il proférait avant‑hier sur la montagne des Oliviers, en vue de la cité ingrate et perfide.

Et cependant la ruine de Jérusalem n’a été que la figure de cette autre ruine à laquelle le monde coupable est destiné, lorsque le divin vengeur que nous entendons contredire et bafouer tous les jours, reparaîtra sur les nuées du ciel pour rétablir son honneur outragé. Présentement il se laisse livrer, conspuer et méconnaître ; mais lorsque « le temps de racheter les siens sera venu, le jour de vengeance qu’appellent les désirs du juste », heureux ceux qui l’auront connu, qui auront compati à ses abaissements et à ses douleurs ! Malheur à ceux qui n’auront vu en lui qu’un homme ! Malheur à ceux qui, non contents de secouer son joug pour eux-mêmes, lui auront enlevé l’empire sur les autres ! Car il est Roi ; et il est venu en ce monde pour régner, et ceux qui auront repoussé sa clémence ne pourront fuir sa justice.

Le Graduel qui suit cette sublime lecture d’Isaïe est un cri de détresse que le Messie fait entendre par la bouche de David.

Graduel.

Ne détournez pas votre visage de votre serviteur ; l’affliction me presse, hâtez-vous de m’exaucer.   V/. O Dieu, sauvez-moi, car un torrent de maux a inondé mon âme ; je suis descendu dans un abîme, et je ne trouve pas le fond.

Dans la seconde Collecte, la sainte Église rappelle encore au Père céleste le supplice que son Fils a daigné endurer pour nous affranchir du joug de notre ennemi infernal, et demande que nous ayons part à la résurrection glorieuse de ce divin Médiateur.

Collecte.

O Dieu, qui avez voulu que votre Fils souffrît pour nous le supplice de la Croix, afin de nous délivrer de la puissance de l’ennemi ; accordez à vos serviteurs la grâce d’avoir part à sa résurrection. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Épître.
Lecture du Prophète Isaïe. Chap. LIII.

En ces jours-là, Isaïe dit : Qui a cru à notre parole ? à qui le Christ, bras du Seigneur, a-t-il été révélé ? Il s’élèvera comme un faible arbrisseau devant le Seigneur, comme un rejeton qui sort d’une terre dévorée du soleil : il n’a ni beauté ni éclat ; nous l’avons vu : rien en lui n’attirait les regards ; nous l’avons méconnu. Il nous a semblé un objet de mépris, le dernier des hommes, un homme de douleurs, voué à la souffrance. Son visage était comme caché ; il ne paraissait digne que de mépris ; et nous n’avons fait de lui aucun cas. Véritablement il a pris sur lui nos maladies ; il s’est chargé de nos douleurs. Nous l’avons pris pour un lépreux, pour un homme frappé de Dieu et humilié sous ses coups. C’est pour nos iniquités qu’il a été couvert de plaies ; pour nos crimes qu’il a été broyé. Le châtiment qui devait nous ménager la paix est tombé sur lui ; et nous avons été guéris par ses meurtrissures. Tous nous nous étions égarés comme des brebis errantes ; chacun s’était détourné pour suivre sa propre voie ; et le Seigneur a mis sur lui l’iniquité de nous tous. Il a été sacrifié parce que lui-même l’a voulu, et il n’a pas ouvert la bouche. Il sera mené à la mort comme une brebis ; il demeurera dans le silence sans ouvrir la bouche, semblable à l’agneau devant celui qui le tond. Il a été enlevé au milieu des douleurs, après avoir été jugé. Qui racontera sa génération ? Il a été retranché de la terre des vivants ; je l’ai frappé à cause des crimes de mon peuple. Le Seigneur lui donnera des impies pour garder son sépulcre, et un homme riche pour l’ensevelir après sa mort. Car il n’a point commis l’iniquité, et le mensonge n’a jamais été dans sa bouche. Et le Seigneur a voulu le briser dans son infirmité ; mais, parce qu’il a donné sa vie pour l’expiation du péché, il verra sa race durer longtemps, et la volonté de Dieu s’exécutera par son bras. Il verra le fruit de ce que son âme aura souffert, et il en sera rassasié. Mon serviteur est juste, et par l’enseignement de sa doctrine il rendra justes un grand nombre d’hommes, et il prendra sur lui-même leurs iniquités : c’est pourquoi je lui donnerai pour partage une multitude de disciples ; il vaincra ses puissants ennemis et distribuera leurs dépouilles, parce qu’il a livré son âme à la mort, été mis au nombre des scélérats, porté les péchés de tous, et prié pour les transgresseurs de la loi.

C’est encore Isaïe que nous entendons dans cette prophétie ; mais ce n’est plus le poète sublime qui chantait tout à l’heure les vengeances de l’Emmanuel. Le fils d’Amos soupire sur le ton de l’élégie les angoisses de l’Homme-Dieu, « du dernier des hommes, de l’homme de douleurs et voué à la souffrance ». C’est bien ici que le plus éloquent des Prophètes mérite d’être appelé le cinquième Évangéliste, comme parlent les Pères. Ne résume-t-il pas par avance le récit de la Passion, en nous montrant le Fils de Dieu « semblable à un lépreux, à un homme frappé de Dieu et humilié sous ses coups » ? Mais nous, à qui la sainte Église lit ces pages inspirées, et qui voyons se réunir l’Ancien et le Nouveau Testament pour nous donner tous les traits de la Victime universelle, comment reconnaîtrons-nous l’amour que Jésus nous témoigne en assumant sur lui seul toutes les vengeances que nous avions méritées ?

« Nous avons été guéris par ses meurtrissures. » O médecin céleste, qui prend sur lui les maladies de ceux qu’il veut guérir ! Mais il n’a pas seulement été « meurtri » pour nous ; il a encore été égorgé comme l’agneau à la boucherie. Mais peut-être n’a-t-il fait que se soumettre à l’inflexible justice du Père, «  qui a mis sur lui l’iniquité de nous tous » ? Écoutez le Prophète : « S’il a été sacrifié, c’est parce que lui-même l’a voulu. » Son amour pour nous est égal à sa soumission envers son Père. Voyez comme il se garde de parler devant Pilate, qui pourrait d’un seul mot l’arracher à ses ennemis. « Il demeure dans le silence, sans ouvrir la bouche, semblable à l’agneau devant celui qui le tond. » Adorons ce divin silence qui nous sauve ; recueillons tous ces détails d’un dévouement que l’homme n’eut jamais pour l’homme, et qui ne pouvait se rencontrer que dans le cœur d’un Dieu. Comme il nous aime, nous « sa race », les fils de son sang, le salaire de son sacrifice ! Église sainte, postérité de Jésus mourant, tu lui es chère ; il t’a achetée d’un grand prix, et il se complaît en toi. Âmes fidèles, rendez-lui amour pour amour ; âmes pécheresses, redevenez fidèles, puisez la vie dans son sang, et souvenez-vous que si « nous nous étions tous égarés comme des brebis errantes », le Seigneur « a mis sur lui l’iniquité de nous tous ». Il n’est pas de pécheur si coupable, pas de païen, pas d’infidèle, qui n’ait sa part dans ce sang précieux, dont la vertu infinie est telle qu’elle pourrait racheter des millions de mondes plus criminels encore que le nôtre.

Le Trait qui fait suite à cette Lecture est formé de quelques versets du Psaume CI, dans lequel David exprime les souffrances de la nature humaine dans le Christ, au milieu des délaissements qu’il éprouve.

Trait.

Seigneur, exaucez ma prière ; et que mon cri s’élève jusqu’à vous.  V/. Ne détournez pas de moi votre face ; en quelque moment que je tombe dans la tribulation, inclinez vers moi votre oreille.  V/. En quelque jour que je vous invoque, hâtez-vous de m’exaucer.  V/. Tous mes jours se sont évanouis comme la fumée, et mes os sont desséchés comme ce qui a passé par le feu.  V/. Je suis semblable à l’herbe que l’on a fauchée ; mon cœur a défailli, parce que j’ai oublié de prendre ma nourriture.  V/. Vous vous lèverez, Seigneur ; vous aurez pitié de Sion ; le temps est venu d’avoir compassion d’elle.

La sainte Église commence ensuite le récit de la Passion selon saint Luc. Cet Évangéliste donne un grand nombre de détails que les deux premiers avaient omis de rapporter ; avec son aide, nous pénétrons toujours plus avant dans le divin mystère des douleurs et du sacrifice de l’Homme-Dieu.

La Passion de notre Seigneur Jésus-Christ selon saint Luc. Chap. XXII.

En ce temps-là, la fête des Azymes, que l’on appelle la Pâque, approchait. Et les princes des prêtres et les scribes cherchaient comment ils pourraient faire mourir Jésus ; mais ils craignaient le peuple. Or Satan entra dans Judas, surnommé Iscariote, l’un des douze. Et il alla conférer avec les princes des prêtres et les officiers du Temple, touchant la manière en laquelle il le leur livrerait. Et, pleins de joie, ils convinrent de lui donner de l’argent. Et, s’étant engagé, il cherchait l’occasion de le leur livrer sans tumulte.

Vint le jour des Azymes, où il était nécessaire d’immoler la Pâque. Et Jésus envoya Pierre et Jean, disant : Allez, et préparez-nous ce qu’il faut pour manger la Pâque. Et ils lui dirent : Où voulez-vous que nous la préparions ? Et il leur répondit : En entrant dans la ville, vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau : suivez-le dans la maison où il entrera, et vous direz au maître de cette maison : Le Maître vous envoie dire : Où est le lieu où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ? Et il vous montrera une grande salle meublée : préparez-y ce qu’il faut.

S’en allant donc, ils trouvèrent tout comme il leur avait dit, et préparèrent la Pâque. Et l’heure étant venue, il se mit à table, et les douze Apôtres avec lui, et il leur dit : J’ai souhaité avec ardeur de manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. Car, je vous le dis, je ne la mangerai plus jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. Et, prenant la coupe, il rendit grâces, et dit : Prenez, et partagez entre vous. Car, je vous le dis, je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’à ce que vienne le royaume de Dieu. Et ayant pris du pain, il rendit grâces, et le rompit, et le leur donna, disant : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous : faites ceci en mémoire de moi. Il prit de même la coupe, après le souper, disant : Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang, qui sera répandu pour vous. Cependant la main de celui qui me trahit est avec moi à cette table. Pour ce qui est du Fils de l’homme, il s’en va, selon ce qui a été déterminé ; mais malheur à cet homme par qui il sera trahi ! Et ils commencèrent à s’entre‑demander qui était celui d’entre eux qui ferait cela.

Il s’éleva aussi parmi eux une contestation : lequel d’entre eux devait être estimé le plus grand ? Mais il leur dit : Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui ont puissance sur elles sont appelés bienfaisants. Entre vous, il n’en est pas ainsi ; mais que celui de vous qui est le plus grand soit comme le moindre, et celui qui gouverne comme celui qui sert. Car quel est le plus grand, celui qui est assis à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Or, moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. C’est vous qui êtes demeurés constamment avec moi durant mes épreuves : et moi, je vous prépare le royaume, comme mon Père me l’a préparé ; afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume, et que vous soyez assis sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël. Le Seigneur dit ensuite : Simon, Simon, voilà que Satan vous a demandés pour vous cribler comme le froment ; mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand tu seras converti, confirme tes frères.

Pierre lui dit : Seigneur, je suis prêt à aller avec vous en prison et à la mort. Jésus lui répondit : Je te le dis, Pierre, le coq aujourd’hui ne chantera point que, par trois fois, tu n’aies nié me connaître. Et il leur dit : Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans sac et sans souliers, quelque chose vous a-t-il manqué ? Ils répondirent : Rien. Et il ajouta : Mais maintenant, que celui qui a une bourse la prenne, et un sac pareillement ; et que celui qui n’en a point vende sa tunique et achète une épée. Car je vous le dis, il faut que ceci encore qui a été écrit s’accomplisse en moi : Il a été mis au rang des malfaiteurs ; et toutes les choses qui ont été prédites de moi touchent à leur fin. Ils lui dirent : Seigneur, voici deux épées. Il répondit : C’est assez.

Et étant sorti, il s’en alla, suivant sa coutume, au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent. Et arrivé en ce lieu, il leur dit : Priez, afin de ne point entrer en tentation. Et il s’éloigna d’eux à la distance d’un jet de pierre ; et s’étant mis à genoux, il priait disant : Père, si vous le voulez, éloignez de moi ce calice : cependant que votre volonté se fasse, et non pas la mienne. Alors un Ange du ciel lui apparut, qui le fortifiait. Et, étant tombé en agonie, il redoublait sa prière. Et il lui vint une sueur, comme de gouttes de sang, qui tombaient à terre. Et, s’étant levé après sa prière, il vint à ses disciples et les trouva endormis par l’effet de leur tristesse. Et il leur dit : Pourquoi dormez-vous ? levez-vous, priez, afin de ne point entrer en tentation.

Il parlait encore, quand parut une troupe de gens, et à la tête marchait Judas, l’un des douze ; et il s’approcha de Jésus pour le baiser. Et Jésus lui dit : Judas, tu trahis donc le Fils de l’homme par un baiser ? Ceux qui étaient autour de lui, voyant ce qui allait arriver, lui dirent : Seigneur, frapperons-nous de l’épée ? Et l’un d’eux frappa un serviteur du grand-prêtre, et lui coupa l’oreille droite. Mais Jésus dit : Demeurez-en là. Et ayant touché l’oreille de cet homme, il le guérit. Puis Jésus dit à ceux qui étaient venus vers lui, aux princes des prêtres et aux anciens : Vous êtes venus avec des épées et des bâtons, comme à un voleur : j’étais tous les jours avec vous dans le Temple, et vous n’avez pas mis la main sur moi. Mais c’est maintenant votre heure, et la puissance des ténèbres.

S’emparant donc de lui, ils l’amenèrent à la maison du grand-prêtre ; et Pierre le suivait de loin. Ayant allumé du feu au milieu de la cour, ils s’assirent autour, et Pierre se mêla à eux. Une servante qui le vit assis devant le feu, l’ayant regardé, dit : Celui-ci était aussi avec cet homme. Mais il le nia, disant : Femme, je ne le connais point. Et peu après, un autre le voyant, dit : Tu es aussi de ceux-là. Et Pierre dit : Mon ami, je n’en suis point. Et environ une heure après, un autre affirmait la même chose, disant : Certainement celui-ci était avec lui ; car il est aussi de Galilée. Et Pierre dit : Mon ami, je ne sais ce que tu dis. Et aussitôt, comme il parlait encore, le coq chanta. Et le Seigneur, se retournant, regarda Pierre. Et Pierre se ressouvint de la parole que le Seigneur lui avait dite : Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. Et Pierre, étant sorti, pleura amèrement.

Et ceux qui tenaient Jésus le raillaient et le frappaient. Et ils voilèrent sa face, et ils la frappaient, et ils l’interrogeaient, disant : Prophétise qui est celui qui t’a frappé. Et ils proféraient contre lui beaucoup d’autres outrages. Et lorsque le jour se fit, les anciens du peuple, et les princes des prêtres, et les scribes s’assemblèrent ; et l’ayant fait amener devant eux, ils lui dirent : Si vous êtes le Christ, dites-le-nous. Il leur répondit : Si je vous le dis, vous ne me croirez point. Et si je vous interroge, vous ne me répondrez point, ni ne me laisserez aller. Mais désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu. Alors tous dirent : Vous êtes donc le Fils de Dieu ? Il répondit : Vous le dites, je le suis. Et ils dirent : Qu’avons-nous besoin d’autre témoignage ? Nous l’avons nous-mêmes entendu de sa bouche.

Et toute l’assemblée s’étant levée, ils le menèrent à Pilate. Et ils commencèrent à l’accuser, disant : Nous avons trouvé cet homme pervertissant la nation, et défendant de payer le tribut à César, et se disant le Christ-Roi. Pilate l’interrogea donc, disant : Êtes-vous le Roi des Juifs ? Jésus répondit : Vous le dites. Et Pilate dit aux princes des prêtres et à la foule : Je ne trouve rien de criminel en cet homme. Mais eux insistaient, disant : Il soulève le peuple, enseignant depuis la Galilée où il a commencé, jusqu’ici. Pilate, entendant parler de la Galilée, demanda si cet homme était Galiléen. Et dès qu’il sut qu’il était de la juridiction d’Hérode, il le renvoya à Hérode, qui était aussi à Jérusalem en ces jours-là. Hérode, voyant Jésus, en eut grande joie ; car, depuis longtemps, il désirait le voir, ayant entendu dire beaucoup de choses de lui, et espérant le voir opérer quelque prodige. Il lui fit donc plusieurs questions ; mais Jésus ne répondit rien. Or les princes des prêtres et les scribes là présents l’accusaient avec insistance. Mais Hérode et sa cour le méprisèrent ; et l’ayant par moquerie revêtu d’une robe blanche, il le renvoya à Pilate. Et de ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent amis, d’ennemis qu’ils étaient auparavant. Or Pilate, ayant convoqué les princes des prêtres, et les magistrats, et le peuple, leur dit : Vous m’avez présenté cet homme comme soulevant le peuple ; et voilà que, l’interrogeant devant vous, je n’ai rien trouvé en lui de ce dont vous l’accusez, ni Hérode non plus ; car je vous ai renvoyés à lui ; et on ne l’a convaincu de rien qui mérite la mort. Je le renverrai donc, après l’avoir fait châtier.

Il fallait, en effet, que le jour de la fête il leur remit un prisonnier. Mais la foule entière cria : faites mourir celui-ci, et remettez-nous Barabbas. C’était un homme mis en prison à cause d’une sédition qui s’était faite dans la ville, et d’un meurtre. Pilate, désirant renvoyer Jésus, leur parla de nouveau. Mais ils redoublaient leurs cris, disant : Crucifiez-le, crucifiez-le. Et une troisième fois il leur dit : Qu’a-t-il fait de mal ? Je ne trouve rien en lui qui mérite la mort. Je le châtierai donc, et je le renverrai. Mais ils insistaient avec de grands cris pour qu’il fut crucifié ; et leurs clameurs redoublaient. Pilate ordonna que leur demande leur fût accordée. Il leur livra donc celui qu’ils demandaient, cet homme qui avait été mis en prison pour cause de sédition et de meurtre, et abandonna Jésus à leur volonté.

Et comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et le forcèrent de porter la croix derrière Jésus. Or il était suivi d’une grande foule de peuple, et de femmes qui pleuraient sur lui, et se lamentaient. Et Jésus, se tournant vers elles, dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez point sur moi ; mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants : car voici que viendront des jours où l’on dira : Heureuses les stériles, et les entrailles qui n’ont point porté, et les mamelles qui n’ont point allaité ! Alors ils commenceront à dire aux montagnes : Tombez sur nous ; et aux collines : Couvrez-nous. Car si on traite ainsi le bois vert, comment sera traité le bois sec ? On conduisait avec lui deux malfaiteurs, pour les faire mourir.

Et, arrivés au lieu nommé Calvaire, ils le crucifièrent, et les deux voleurs aussi, l’un à sa droite, et l’autre à sa gauche. Et Jésus disait : Mon Père, pardonnez-leur ; car ils ne savent ce qu’ils font. Partageant ensuite ses vêtements, ils les tirèrent au sort. Cependant le peuple qui regardait, et les magistrats, aussi bien que le peuple, le raillaient en disant : il a sauvé les autres ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ élu de Dieu. Les soldats aussi, s’approchant et lui présentant du vinaigre, l’insultaient, disant : Si tu es le Roi des Juifs, sauve-toi. Il y avait aussi au‑dessus de sa tête une inscription en grec, en latin et en hébreu, où il était écrit : Celui-ci est le Roi des Juifs.

Un des voleurs suspendus en croix le blasphémait, disant : Si tu es le Christ, sauve-toi et nous aussi. Mais l’autre le reprenait, disant : Ne crains-tu point Dieu, toi non plus qui subis la même condamnation ? Pour nous c’est justice ; car nous recevons ce que nos actions méritent ; mais celui-ci n’a rien fait de mal. Et il disait à Jésus : Seigneur, souvenez-vous de moi, quand vous serez entré dans votre royaume. Et Jésus lui dit : En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis.

Il était environ la sixième heure ; et les ténèbres couvrirent toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Et le soleil s’obscurcit, et le voile du Temple se déchira par le milieu. Et jetant un grand cri, Jésus dit : Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains. Et disant cela, il expira.

Ici l’on fait une pause comme au Dimanche des Rameaux. Toute l’assistance se met à genoux ; et, selon l’usage des lieux, on se prosterne et l’on baise humblement la terre.

Le centurion, voyant ce qui était arrivé, glorifia Dieu, disant : Certainement cet homme était juste. Et ceux qui assistaient en foule à ce spectacle et qui virent ce qui se passait, s’en retournèrent frappant leur poitrine. Ceux de la connaissance de Jésus, et les femmes qui l’avaient suivi de Galilée, étaient là aussi, et regardaient de loin ce qui se passait.

Ici le Diacre fait bénir l’encens par le Prêtre, et après avoir reçu lui-même la bénédiction, il termine le récit de la Passion, en observant les rites accoutumés pour le chant de l’Évangile à la Messe solennelle.

Un décurion nommé Joseph, homme bon et juste, qui n’avait point consenti à leur dessein et à leurs actes, et qui était d’Arimathie, ville de Judée, et attendait, lui aussi, le royaume de Dieu, alla trouver Pilate, et lui demanda le corps de Jésus. Et l’ayant descendu de la croix, il l’enveloppa d’un linceul, et le mit dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne n’avait encore été mis.

C’est encore la voix suppliante du Christ que l’on entend, à l’Offertoire, implorer le secours divin, et demander au Père céleste qu’il daigne ne pas détourner son visage de son propre Fils, qui est en proie à toutes les douleurs du corps et de l’âme.

Offertoire.

Seigneur, exaucez ma prière, et que mon cri s’élève jusqu’à vous ; ne détournez pas de moi votre visage.

Dans la Secrète, l’Église demande que nous ayons un sincère amour pour le divin Mystère dans lequel la Passion du Sauveur est retracée chaque jour.

Secrète.

Daignez recevoir, Seigneur, le don qui vous est offert, et faites par votre bonté que nous méritions de participer, avec un tendre amour, à l’œuvre par laquelle nous renouvelons le Mystère de la Passion de votre Fils notre Seigneur. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Pour Antienne de la Communion, l’Église prend encore quelques versets de ce même Psaume 101, qu’elle a employé au Trait et à l’Offertoire.

Communion.

Je mêlais mes larmes à mon breuvage, parce que, après m’avoir élevé, vous m’avez brisé ; et j’ai séché comme l’herbe. Pour vous, Seigneur, vous demeurez à jamais ; mais vous vous lèverez enfin pour secourir Sion ; car le temps est venu d’avoir pitié d’elle.

La mort du Fils de Dieu pour nous doit nous être sans cesse un motif de confiance en la divine miséricorde. Cette confiance est un des premiers éléments de notre salut. La sainte Église la demande pour nous dans la Postcommunion.

Postcommunion.

Par la mort temporelle de votre Fils que ces augustes Mystères nous retracent, faites concevoir à nos âmes, Dieu tout-puissant, la confiance d’obtenir un jour la vie éternelle. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Prions.

Humiliez vos têtes devant Dieu,

Daignez, Seigneur, jeter un regard sur votre famille ici présente, pour laquelle notre Seigneur Jésus-Christ a bien voulu être livré aux mains des méchants, et souffrir le supplice de la Croix ; Lui qui, étant Dieu, vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.

2. L’office des Ténèbres

Aujourd’hui et les deux jours suivants, l’Église anticipe à la veille l’Office de nuit du lendemain, afin de donner au peuple chrétien une plus grande facilité d’y prendre part. Les Matines et Laudes du Jeudi saint seront donc célébrées aujourd’hui dans les heures de l’après‑midi. Les fidèles doivent s’empresser d’assister à ce solennel office, autant que leurs occupations le leur permettent, puisque c’est pour eux-mêmes que l’Église en intervertit les heures. Quant au mérite de cette pieuse assistance, on ne saurait douter qu’il ne surpasse celui de toute pratique de dévotion privée. Le plus sûr moyen d’arriver au cœur de Dieu sera toujours d’employer l’intermédiaire de son Église ; et quant aux saintes impressions qui peuvent nous aider à pénétrer dans les mystères de ces trois grandes journées, celles que l’on puise dans les divins Offices sont, pour l’ordinaire, plus fortes et plus sûres que celles que l’on chercherait dans les livres humains. Nourrie de la méditation des paroles et des rites de la sainte Liturgie, l’âme chrétienne profitera doublement des exercices et des lectures auxquels elle ne manquera pas de se livrer en son particulier. La prière de l’Église sera donc la base sur laquelle s’élèvera tout l’édifice de la piété chrétienne, en ces sublimes anniversaires : par là nous imiterons nos pères qui, dans les siècles de foi, furent si profondément chrétiens, parce qu’ils vivaient de la vie de l’Église par la sainte Liturgie.

On trouvera l’Office des Ténèbres pour aujourd’hui ci-après, au Jeudi saint, à l’Office de la nuit.

3. Les autres liturgies

Pour terminer cette journée, nous empruntons à l’Église Grecque les strophes suivantes, qui se rapportent aux mystères du Mercredi saint.

Hymne grecque pour le Mercredi Saint.

Aujourd’hui Judas a quitté son Maître pour se faire le disciple du diable ; la passion de l’argent l’a aveuglé ; ébloui par la lumière, il est tombé. Peut-on dire qu’il avait encore l’usage de la vue, celui qui a vendu pour trente pièces d’argent la Lumière du monde ? Mais celui qui a souffert pour le monde s’est levé sur nous comme un soleil. Crions vers lui et disons : Vous qui avez eu compassion des hommes, et avez souffert pour eux, gloire à vous !

Qui t’a porté, Judas, à trahir le Sauveur ? T’a-t-il retranché du collège des Apôtres ? T’a-t-il privé du don de guérir les maladies ? Dans la cène qu’il faisait avec les autres, t’a-t-il chassé de la table ? Quand il a lavé les pieds des autres, a-t-il négligé les tiens ? Que de bienfaits envers toi ! et tu les as tous oubliés. Ton ingrat complot t’a rendu infâme. Son incomparable patience, son immense miséricorde sont connues de tous.

Hommes injustes, dites, qu’avez-vous entendu de la bouche de notre Sauveur ? N’a-t-il pas exposé la Loi et les enseignements des Prophètes ? Pourquoi donc ce Verbe, qui est de Dieu et qui vient racheter nos âmes,voulez-vous le livrer à Pilate ?

Ceux-là mêmes, ô Christ, qui avaient été comblés de vos continuelles faveurs, criaient : Qu’il soit crucifié ! Ces meurtriers des justes demandaient que celui qui avait fait le bien fût traité comme un malfaiteur ; mais vous gardiez le silence, et vous supportiez leur méchanceté ; vous vouliez souffrir et nous sauver, ô ami des hommes.

Nos péchés nombreux nous enlèvent la hardiesse de parler ; mais vous,Vierge Mère de Dieu, suppliez pour nous celui qui est né de vous. La prière d’une mère a un grand pouvoir sur la clémence du Seigneur. Ne méprisez pas l’humble demande des pécheurs, ô très chaste ! car il est miséricordieux et puissant pour sauver, celui qui est allé jusqu’à souffrir pour nous.

Nous ajouterons cette belle Préface du Missel Ambrosien, qui exprime d’une manière si touchante les sentiments que doit éprouver le chrétien en cette veille de la Cène du Seigneur.

Préface

Il est digne et juste, équitable et salutaire, que nous vous rendions grâces, sans cesse, ici et en tout lieu, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, par Jésus-Christ notre Seigneur qui a daigné souffrir, quoique innocent, pour les impies, et être injustement condamné pour les coupables. C’est sa mort qui a effacé nos péchés, et sa résurrection qui nous a ouvert les portes du Paradis. C’est en son nom que nous supplions votre miséricorde de nous purifier aujourd’hui de la tache de nos péchés, et demain de nous rassasier du mets sacré de l’auguste Cène. Acceptez aujourd’hui la confession de nos fautes : demain accordez-nous l’accroissement des dons spirituels. Aujourd’hui vous recevez le sacrifice de nos jeûnes : demain introduisez-nous dans la salle du divin festin. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

[1] La basilique du Latran est la cathédrale du pape. Elle est donc la première en dignité de toutes les églises du monde, même si la basilique Saint-Pierre tend à l’éclipser dans l’esprit des fidèles du fait que la résidence du pape est désormais près de celle-ci alors qu’elle était auparavant auprès de celle-là.