4e semaine après Pâques

Dom Guéranger ~ L’année liturgique
Quatrième semaine après Pâques

V/. In resurrectione tua, Christe, alleluia,
R/. Cœli et terra laetentur, alleluia.
V/. À votre résurrection, ô Christ ! alleluia,
R/. Le ciel et la terre sont dans l’allégresse, alleluia.

Lundi

Jésus ressuscité ne se borne pas à constituer son Église, à établir la hiérarchie qui doit la régir en son nom jusqu’à la consommation des siècles ; il confie en même temps à ses disciples sa divine parole, les vérités qu’il est venu révéler à la terre, et dont il a ébauché en eux la connaissance durant les trois années qui précédèrent sa passion La Parole de Dieu, que nous appelons autrement la Révélation, est, avec la Grâce, le plus précieux don que le ciel ait pu nous faire. Par la Parole de Dieu nous connaissons les mystères de sa divine essence, le plan selon lequel il a ordonné la création, la fin surnaturelle qu’il a préparée pour les êtres intelligents et libres, les conséquences de la chute originelle, l’œuvre sublime de la réparation par l’Incarnation du Verbe, enfin les moyens par lesquels nous devons l’honorer et le servir, et obtenir ainsi notre fin.

Dieu dès le commencement avait fait entendre sa Parole à l’homme ; plus tard il parla par les Prophètes ; mais lorsque la plénitude des temps fut arrivée, son propre Fils descendit sur la terre pour compléter la révélation première. Jésus n’a cessé d’enseigner les hommes depuis trois ans, et pour faire pénétrer sa doctrine dans leurs esprits, il s’est mis pour ainsi dire à leur niveau. Rien de plus élevé, de plus divin, et en même temps rien de plus familier que son enseignement ; pour en faciliter l’intelligence, il a eu recours souvent à d’ingénieuses et simples paraboles dans lesquelles l’imagination venait en aide à la pensée de ses auditeurs. Ses apôtres et ses disciples, destinés à recevoir l’héritage de sa doctrine, ont été l’objet d’une instruction spéciale ; mais jusqu’à l’accomplissement des mystères de la mort et de la résurrection de leur Maître, ils avaient peu compris ce qu’il leur disait. Depuis sa résurrection, il a repris l’œuvre de leur initiation. Leur esprit saisit mieux son enseignement, en ces jours où il le leur donne avec tout l’ascendant de sa victoire sur la mort, où leur intelligence s’est développée à la lumière des événements surhumains qu’ils ont vu s’accomplir. Si déjà, lors de la dernière Cène, il pouvait leur dire : « Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais mes amis ; car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai manifesté » (s. Jean 15, 15) ; comment doit-il les traiter aujourd’hui qu’il a résumé à leurs yeux toute la somme de ses enseignements, qu’ils sont en possession de sa Parole tout entière, et n’attendent plus que la venue de l’Esprit-Saint en eux pour la confirmer dans leur intelligence, et leur donner la force de la proclamer à la face du monde entier ?

Parole divine, révélation sacrée, qui nous initiez aux secrets de Dieu que la raison n’eût jamais connus, nous nous inclinons devant vous avec reconnaissance et soumission. Vous donnez naissance à une vertu « sans laquelle l’homme ne saurait être agréable à Dieu » (Hebr. 11, 6), à une vertu par laquelle commence l’œuvre du salut de l’homme, et sans laquelle cette œuvre ne pourrait ni se continuer ni se conclure. La foi est cette vertu, la foi qui incline la raison devant la divine Parole ; la foi qui répand plus de lumière, du fond de ses glorieuses ténèbres, que toutes les spéculations de la raison entourées de toute leur évidence. Cette vertu sera le lien intime de la nouvelle société ; pour en devenir membre, il faudra commencer par croire ; pour en demeurer membre, il faudra ne pas cesser un seul instant de croire. « Celui qui croira, » nous dira tout à l’heure Jésus, au moment de monter au ciel, « celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné. » (s. Marc 16, 16) Afin d’exprimer cette nécessité de la foi, les membres de la nouvelle société porteront le beau nom de fidèles, et l’on appellera infidèles ceux qui n’ont pas le bonheur de croire.

La foi étant le premier lien qui unit surnaturellement l’homme à Dieu, lien dont la rupture entraîne une séparation complète, celui qui, après avoir joui de ce lien, aura le malheur de le rompre en rejetant la Parole divine pour y substituer une doctrine contraire, aura commis le plus grand des crimes. On l’appellera hérétique, c’est-à-dire celui qui se sépare ; et les fidèles verront sa ruine avec terreur. Quand bien même sa rupture avec la Parole révélée n’aurait lieu que sur un seul article, il commet le plus énorme blasphème ; car ou il se sépare de Dieu comme d’un être trompeur, ou il déclare que sa raison d’emprunt, si faible et si bornée, est au-dessus de la Vérité éternelle et infinie.

Durant de longs siècles l’hérésie se montrera, attaquant et cherchant à ébranler chaque dogme tour à tour, mais en vain. La divine révélation sortira toujours plus pure, plus lumineuse et plus primitive de ces assauts redoublés. Mais arrivera un temps, et ce temps est le nôtre, où l’hérésie ne s’exercera plus sur tel ou tel article de la foi, en conservant les autres. Il paraîtra des hommes qui proclameront l’indépendance absolue de la raison en face de toute révélation divine, déclarée impossible ; et ce système impie s’intitulera du nom superbe de Rationalisme. Au dire de ces infidèles, Jésus-Christ sera non avenu, son Église une école d’abaissement pour la dignité humaine, dix-huit siècles de civilisation chrétienne une illusion. Ces hommes qui se disent Philosophes chercheront à mettre la main sur la société humaine. Leurs affreux essais l’eussent anéantie, si Dieu ne fût venu à son secours, pour remplir la promesse qu’il a faite de ne pas laisser périr au sein de l’humanité la Parole révélée dont il l’a dotée, ni l’Église dépositaire de cette divine Parole jusqu’au dernier jour.

D’autres, moins audacieux, et ne pouvant fermer les yeux aux faits si évidents de l’histoire et de l’humanité, qui attestent le progrès si visible dont le christianisme a été la source pour le monde, refusant d’ailleurs de soumettre leur raison à des mystères intimés d’en haut, s’y prennent autrement pour enlever de ce monde l’élément de la foi. Poursuivant toute croyance révélée, tout prodige destiné à certifier l’intervention divine, ils veulent expliquer par la marche naturelle des événements tous les faits qui rendent témoignage de la présence du propre Fils de Dieu ici-bas. Ils n’insultent pas, ils dédaignent ; selon eux le surnaturel est inutile ; on a pris, disent-ils, des apparences pour des réalités : peu leur importent l’histoire et les lois du bon sens. Au nom de leur système qu’ils appellent Naturalisme, ils nient ce qu’ils ne peuvent expliquer, ils déclarent que dix-huit siècles se sont trompés, et proclament que le Créateur n’a pu violer les lois de la nature, de même que les rationalistes soutiennent qu’il n’existe rien qui soit au-dessus de la raison.

Raison et Nature ! faibles obstacles pour arrêter l’amour du Fils de Dieu venant au secours de l’homme. La Raison, il la redresse et la perfectionne par la foi ; la Nature, il en enfreint les lois par son souverain pouvoir, afin que nous ouvrions les yeux, et que notre foi ne soit pas téméraire, mais appuyée sur le témoignage divin que rendent les prodiges. Jésus est véritablement ressuscité ; que la raison et la nature se réjouissent ; car il vient les relever et les sanctifier l’une et l’autre.

Chantons la gloire du divin triomphateur que notre foi adore, et offrons‑lui cette Séquence du Missel de Cluny de 1523.

Séquence

Il a vaincu, le rejeton de David, le Lion de la tribu de Juda.

La mort a triomphé de la mort ; elle est devenue notre vie.

Duel merveilleux, victoire admirable aux yeux des brebis du troupeau,

Lorsqu’on le vit surmonter par sa mort l’ennemi robuste et tous ses artifices.

Le Roi éternel a pénétré jusque dans sa demeure ; il y a brisé les armes de l’enfer.

Il a rapporté avec lui la drachme qui était perdue ; il a abaissé les barrières du royaume céleste.

La porte du Paradis qui fut close dès les premiers jours, à cause du fruit défendu qui donna la mort ;

La porte qu’Ève révoltée contre son créateur, avait fermée à tous les fils qui sortiraient de sa race,

Un Dieu l’a ouverte en effaçant le péché du premier père dont il a pris la descendance.

La mort s’était emparée sans droit de celui qui n’eût jamais pu tomber sous ses lois par le péché.

Convoitant plus qu’il ne lui fut permis, elle a perdu justement ce que par droit elle avait gagné.

Elle voulut accroître son empire, et elle a été dépouillée de ce qu’elle possédait.

Voici le véritable Agneau manifesté sous les nombreuses figures de la Loi. Pour racheter ses propres membres, il s’est offert comme hostie à son Père, en nos jours, afin de sauver le monde.

Il est la pierre angulaire rejetée par ceux qui construisaient l’édifice.

Cette pierre est maintenant la tête de l’angle, dominant toutes les autres.

Son royaume est vaste, et sa puissance s’exerce dès l’origine des siècles.

Amen.

Mardi

La Parole divine impose la foi à la créature qui l’entend ; mais cette parole ne se révèle pas sans être accompagnée de tous les signes qui la font discerner comme venant de Dieu même. Jésus ne s’est pas dit le Fils de Dieu, sans prouver qu’il l’était véritablement ; il n’a pas réclamé la foi en sa parole, sans garantir cette parole par un argument irréfragable. Cet argument est le miracle : le miracle par lequel Dieu s’atteste lui-même. Quand le miracle a lieu, l’homme se rend attentif ; car il sait que la volonté seule du Créateur peut déroger aux lois sur lesquelles il a fondé la nature. Si Dieu déclare ses volontés à la suite du miracle, il a droit de trouver l’homme obéissant. Israël sentit que Dieu le conduisait, lorsque la mer s’ouvrit pour lui donner passage, aussitôt que Moïse eut étendu sa main sur les flots.

Or Jésus, « l’auteur et le consommateur de notre foi », n’a exigé notre croyance aux vérités qu’il venait nous apporter qu’à la suite des miracles qui certifiaient sa mission divine. « Les œuvres que j’opère, disait-il, rendent témoignage de moi (s. Jean 5, 36) ; si vous ne voulez pas croire à moi, « croyez à mes œuvres. » (Ibid. 10, 38) Veut-on savoir quelles sont les œuvres dont il invoque ainsi la sanction ? Jean lui envoie dire : « Êtes-vous celui qui doit « venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Pour toute réponse, Jésus dit aux envoyés : « Allez, et dites à Jean ce que vous avez vu et entendu : que les aveugles voient, que les boiteux marchent, que les lépreux sont guéris, que les a sourds entendent, que les morts ressuscitent, que les pauvres sont évangélisés. » (s. Luc 7, 22)

Tel est le motif de notre foi. Jésus a agi en maître sur la nature, et après s’être montré le Fils de Dieu par ses œuvres, il a exigé que nous le reconnussions pour tel dans ses paroles. Oh ! combien « son témoignage est croyable » ! (Psalm. 92) À qui croirons-nous, si nous ne croyons pas à lui ? Et quelle responsabilité pour ceux qui refuseront de croire ! Écoutons encore notre divin ressuscité parlant de ces esprits superbes que la vue de ses miracles n’a pas rendus dociles à ses enseignements : « Si, dit-il, je n’avais pas fait au milieu d’eux des œuvres que personne encore n’avait faites, ils seraient sans péché. » (s. Jean 15, 24) C’est leur incrédulité qui les a perdus ; mais cette incrédulité s’est montrée lorsque, témoins des miracles opérés sous leurs yeux, la résurrection de Lazare par exemple, ils ont refusé de reconnaître la divinité du personnage qui s’affirmait par de telles œuvres.

Mais notre divin ressuscité va monter au ciel sous quelques jours ; les miracles qu’il opérait vont cesser sur la terre ; sa Parole, l’objet de notre foi, restera-t-elle donc désormais sans son divin témoignage ? Gardons‑nous de le penser. Ne savons-nous pas que les monuments de l’histoire, quand ils sont certains et avérés, apportent autant de lumière dans notre esprit sur les faits qui se sont passés loin de nous et loin de notre temps, que si ces faits avaient eu lieu sous nos yeux ? N’est-ce pas une des lois de notre intelligence, un des fondements de notre certitude rationnelle, de déférer au témoignage de nos semblables, quand nous reconnaissons avec évidence qu’ils n’ont été ni trompeurs, ni trompés ? Les prodiges accomplis par Jésus, en confirmation de la doctrine qu’il est venu imposer à notre foi, arriveront jusqu’à la dernière génération humaine entourés d’une certitude supérieure à celle qui garantit les faits les plus incontestables de l’histoire, ces faits sur lesquels nul ne saurait émettre un doute sans passer pour insensé. Nous n’aurons pas été témoins de ces merveilles ; mais elles seront pour nous tellement assurées, que l’adhésion de notre foi suivra avec la même sécurité, avec la même docilité, que si nous eussions assisté aux scènes de l’Évangile.

Toutefois, Jésus qui ne nous doit rien de plus que la certitude de ses miracles, veut faire davantage encore en faveur de notre foi dont le miracle est la base. Il va perpétuer le miracle sur la terre par ses disciples, afin que notre foi se retrempe sans cesse à sa divine source. En ces jours où nous sommes, entouré de ses Apôtres, il leur donne en ces termes leur mission : « Allez, leur dit-il, dans le monde entier : prêchez l’Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné. » (s. Marc 16, 15) Mais cette foi, sur quoi s’appuiera-t-elle ? Nous l’avons dit déjà ; mais ce n’est pas tout ; écoutez la suite : « Or, voici, continua Jésus, les prodiges qui accompagneront ceux qui croiront : En mon nom ils chasseront les démons, ils parleront des langues qui leur seront nouvelles ; ils manieront les serpents ; s’ils boivent quelque breuvage mortel, ils n’en sentiront pas l’atteinte ; ils imposeront les mains sur les malades, et les malades seront guéris. » (Ibid. 17) Voilà donc le pouvoir des miracles confié aux disciples de Jésus. Établis pour exiger la foi divine de ceux qui les écouteront, ils sont munis désormais d’un pouvoir sur la nature qui les montrera aux hommes comme les envoyés du Tout-Puissant. Leur parole ne sera plus dès lors leur parole, mais celle de Dieu ; ils seront les intermédiaires entre le Verbe incarné et les hommes ; mais notre foi ne s’arrêtera pas à eux ; elle s’élèvera jusqu’à Celui qui les a envoyés, et qui les accrédite près de nous par le moyen dont il s’est servi pour s’accréditer lui-même.

Ce n’est pas tout encore. Pesez les paroles du Sauveur, et remarquez que le don des miracles qu’il leur octroie ne s’arrête pas à eux. Sans doute l’histoire suffit pour nous attester que Jésus a été fidèle à son engagement, et que les Apôtres, en réclamant la foi des peuples pour les dogmes qu’ils leur proposaient, ont justifié leur mission par toute sorte de prodiges ; mais le divin ressuscité a promis davantage. Il n’a pas dit : « Voici les prodiges qui accompagneront mes Apôtres ; » il a dit : « Voici les prodiges qui accompagneront ceux qui croiront. » Il assurait à son Église par ces paroles le don des miracles jusqu’à la fin ; il faisait de ce don l’un des principaux caractères, l’une des bases de notre foi. Avant sa passion, il était allé jusqu’à dire : « Celui qui croit en moi, fera lui-même les œuvres, que je fais, et il en fera même de plus grandes. » (s. Jean 16, 12) En ces jours, il met son Église en possession de cette noble prérogative ; et dès lors nous ne devrons pas être surpris de voir ses saints opérer quelquefois des merveilles plus étonnantes que celles qu’il opéra lui-même. Il s’y engage, et il a tenu parole : tant il a à cœur que la foi qui procède du miracle se maintienne, se nourrisse et fructifie dans son Église ! Loin donc de tout enfant de l’Église cette frayeur, cet embarras, ou cette indifférence que témoignent quelques-uns, lorsqu’ils rencontrent un récit miraculeux. Une seule chose a droit de nous préoccuper : la valeur des témoins. S’ils sont sincères et éclairés, le vrai catholique s’incline avec joie et reconnaissance ; il rend grâces à Jésus qui a daigné se souvenir de sa promesse, et qui veille du haut du ciel à la conservation de la foi.

Rendons-lui hommage dans sa Résurrection, le miracle des miracles, en chantant à sa gloire cette noble Séquence du IXème siècle que nous emprunterons à l’inépuisable source de Saint-Gall.

Séquence

Chantons d’une voix suppliante les louanges du Sauveur ; que nos dévotes mélodies retentissent à l’honneur du Messie, le Seigneur du ciel, qui s’est anéanti lui-même, pour nous délivrer, nous hommes qui étions perdus.

Il cache sous le voile de la chair l’éclat de sa divinité ; couché dans la crèche, il est couvert de langes ; c’est par pitié pour l’homme qui transgressa le précepte, et qui fut chassé nu du Paradis sa patrie.

Il se soumet à Joseph, à Marie, à Siméon ; il est circoncis, et on offre l’hostie légale pour son rachat, comme d’un pécheur ; lui accoutumé à nous remettre nos crimes.

Il se courbe sous la main de son serviteur qui le baptise ; il souffre les pièges indignes du tentateur ; il fuit devant ceux qui le poursuivent à coups de pierres.

Il éprouve la faim, le sommeil, la tristesse ; à ses disciples il lave les pieds, lui Dieu et homme, le plus grand et le plus humble.

Mais au milieu de ses abaissements extérieurs, sa divinité ne pouvait demeurer cachée ; de nombreux prodiges, un sublime enseignement la trahissent.

Au festin nuptial il donne à l’eau la saveur du vin.

L’œil des aveugles, à sa parole, s’illumine au flambeau du jour.

Il touche légèrement les lépreux, et leurs plaies hideuses disparaissent.

Le mort déjà corrompu se lève à sa voix ; les membres malades reçoivent de lui leur guérison.

Il arrête un flux de sang par son pouvoir ; avec cinq pains il rassasie cinq mille hommes.

Il marche sur les flots agités comme sur la terre ferme ; il apaise la fureur des vents.

Il délie une langue enchaînée ; il ouvre des oreilles auxquelles la voix de l’homme n’avait jamais retenti ; la fièvre jusque-là rebelle fuit devant lui.

Après tant de prodiges merveilleux, il se laisse prendre nar ses ennemis ; on le condamne, et il ne repousse pas le supplice de la croix ; mais le soleil se voila pour ne pas voir sa mort.

Aujourd’hui s’est levé le jour que le Seigneur a fait, jour qui renverse la mort, où le vainqueur apparaît vivant à ceux qui l’aimaient, d’abord à Marie, ensuite aux Apôtres. Il leur explique les Écritures, il ouvre leur cœur, afin qu’ils comprennent les paroles mystérieuses écrites à son sujet.

En ce jour la nature tout entière tressaille de joie pour la fête du Christ sortant du tombeau.

Les fleurs s’épanouissent ; les moissons verdoyante s’annoncent que le grain confié à la terre reprend vie ; les oiseaux qui ont vu fuir les frimas expriment leur joie par les chants les plus doux.

Le soleil et la lune, dont la mort du Christ avait obscurci les disques lumineux, luisent maintenant d’un nouvel éclat.

La terre qui trembla et sembla menacer ruine au moment où il expirait, étale aujourd’hui toutes les richesses de sa végétation pour le saluer quand il sort du tombeau.

Tressaillons en ce jour, où Jésus par sa résurrection nous a ouvert le chemin de la vie.

Que les astres, la terre et la mer soient dans l’allégresse : que tous les chœurs des Esprits bienheureux chantent louange à la glorieuse Trinité dans les cieux.

Amen.

Mercredi

Nous l’avons entendu : le Fils de Dieu qui s’apprête à monter vers son Père, a dit à ses Apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations ; prêchez l’Évangile à toute créature. » Ainsi, les nations n’entendront pas la parole immédiate de l’Homme-Dieu ; c’est par interprètes qu’il nous parlera. La gloire et le bonheur de l’entendre lui-même directement furent réservés à Israël ; et encore la prédication de Jésus ne dura que trois années.

L’impie a dit dans son orgueil : « Pourquoi des hommes entre Dieu et moi ? » Dieu pourrait lui répondre : « De quel droit voudrais-tu m’obliger à te parler moi-même, lorsque tu peux être aussi assuré de ma parole que si tu l’avais entendue ? » Le Fils de Dieu devait-il donc demeurer sur la terre jusqu’à la fin des siècles, pour avoir droit d’obtenir l’obéissance de notre raison à ses enseignements ? Celui qui mesure la distance qui sépare le Créateur de la créature aura horreur d’un tel blasphème. « Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu n’est-il pas plus digne encore de nos respects ? » (s. Jean 5, 9) Est-ce un témoignage humain que celui des Apôtres se présentant aux hommes, et offrant pour garantie de leur véracité le pouvoir que leur Maître leur a laissé sur la nature qui n’obéit qu’à Dieu ? Mais l’orgueil de la raison peut se révolter, il peut contester et refuser de croire à des hommes parlant au nom de Dieu. Qui en doute ? le Fils de Dieu en personne n’a-t-il pas rencontré plus d’incrédules que de croyants ? Pourquoi ? Parce qu’il se disait Dieu, et qu’il ne montrait que les dehors de l’humanité. Il y avait donc un acte de foi à faire, quand Jésus lui-même parlait ; l’orgueil pouvait donc se révolter et dire : « Je ne croirai pas », de même qu’il le dira lorsque les Apôtres parleront au nom de leur Maître. L’explication est la même. Dieu en cette vie exige de nous la foi ; mais la foi n’est possible qu’avec l’humilité. Dieu appuie sa parole sur le miracle ; mais il demeure toujours possible à l’homme de résister, et c’est pour cela que la foi est une vertu.

Que si vous demandez pourquoi Dieu, retirant son Fils à la terre, n’a pas chargé les Anges d’exercer ici bas la fonction de docteurs en son nom, au lieu de confier à des hommes fragiles et mortels une si haute mission vis-à-vis de leurs semblables, nous vous répondrons que l’homme ne pouvant être relevé de la chute où son orgueil l’avait entraîné, que par la soumission et l’humilité, il était juste que le ministère de l’enseignement divin nous fût dispensé par des organes dont la nature supérieure ne fût pas en état de flatter notre vanité. Sur la parole du serpent, nous avions eu l’orgueil de croire qu’il nous était possible de devenir autant de dieux : le Créateur, pour nous sauver, nous a fait une loi de nous incliner désormais devant des hommes parlant en son nom.

Ces hommes « prêcheront donc l’Évangile à toute créature » ; et « celui qui ne croira pas sera condamné ». O Parole divine, semence merveilleuse confiée au champ de l’Église, que vous êtes féconde ! Encore un peu de temps, et la moisson blanchira sur les sillons. La foi sera partout, en tous lieux on rencontrera des fidèles. Et comment la foi est-elle entrée en eux ? « Par l’ouïe, » nous répond le grand Apôtre des Gentils (Rom. 10, 17). Ils ont écouté la Parole, et ils ont cru. O dignité et supériorité de l’ouïe durant notre vie mortelle ! Écoutez sur ce sujet l’admirable langage de saint Bernard ; nul n’a mieux exposé que lui la destinée de ce sens privilégié en nous sur la terre. « Il eût été plus noble, nous dit-il, que la Vérité pénétrât dans notre intelligence par la vue, un sens si relevé ; mais ceci, ô âme, est réservé pour plus tard, lorsque nous la verrons face à face. Pour le présent, le remède doit entrer par où est entré le mal ; la vie doit pénétrer par le chemin que suivit la mort, la lumière par le chemin que suivirent les ténèbres, l’antidote de vérité par le chemin que suivit le venin du serpent. Ainsi sera guéri l’œil qui maintenant est troublé. L’ouïe fut la première porte de la mort ; la première aussi elle est ouverte à la vie. En retour, c’est à l’ouïe de préparer la vue ; car si nous ne commençons par croire, nous ne saurions comprendre. L’ouïe est donc pour nous l’instrument du mérite, et la vue l’objet de la récompense. Telle est la voie que suit l’Esprit-Saint dans l’éducation spirituelle de l’âme ; il forme l’ouïe avant de donner satisfaction à l’œil. Écoute, dit-il, ô ma fille ! et vois (Psalm. 44, 11). Ne songe pas à l’œil d’abord, prépare ton oreille. Tu désires voir le Christ : il te faut d’abord l’entendre, entendre parler de lui ; afin que toi aussi tu puisses dire : Ainsi que nous avions entendu, ainsi avons-nous vu (Ps. 47, 9). La lumière à voir est immense ; tu serais impuissante à l’embrasser ; car ton œil est étroit ; mais ce que ton regard ne saurait faire, ton ouïe le peut. Qu’elle soit pieuse, vigilante et fidèle ; la foi purifiera la souillure de l’impiété, et l’obéissance ouvrira la porte qu’avait fermée la désobéissance (In Cantica, Serm. 28). »

Pour célébrer la gloire de celui qui nous a envoyé sa Parole par ses ambassadeurs que nous avons reçus comme lui-même, empruntons encore un des monuments de la foi de nos pères, cette vieille Séquence de Saint-Gall.

Séquence

Rendez grâces au Sauveur, au Christ Roi votre Dieu, vous tous habitants de la terre.

Longtemps vous l’avez attendu ; présentement vous le possédez ; gardez donc ses lois d’un cœur empressé.

Lorsqu’il a fait son choix, il a repoussé le peuple Hébreu, peuple issu d’Abraham par la chair.

Par la foi il nous a faits enfants d’Abraham ; par son sang divin, il nous a rendus ses propres frères.

O Christ, devenu membre de notre nature, protégez-nous.

Par votre divin pouvoir, défendez-nous de toute attaque de l’ennemi, et de ses embûches.

Vous lui avez présenté comme un appât votre chair, séduit par son avidité, il a rencontré l’hameçon de votre Majesté, ô Fils de Dieu !

Aujourd’hui, sortant du tombeau, ne devant plus mourir, vous triomphez.

Notre corps mortel et formé de la terre, vous le rendez incorruptible, vous l’enlevez jusqu’aux cieux par votre résurrection.

Amen.

Jeudi

Les Apôtres ont reçu leur mission, le souverain Maître leur a donné l’ordre de se partager les provinces de la terre, et de prêcher partout l’Évangile, c’est-à-dire la bonne nouvelle, la nouvelle du salut des hommes par le Fils de Dieu incarné, crucifié et ressuscité d’entre les morts. Mais quel sera le point d’appui de ces humbles Juifs transformés tout à coup en conquérants, et devant lesquels est le monde entier ? Ce point d’appui est la promesse solennelle qu’il leur fait en ces jours, lorsqu’après leur avoir dit : « Allez, enseignez toutes les nations », il ajoute : « Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles.» (s. Matth. 28, 20) Ainsi, il s’engage à ne les quitter jamais, à les présider et à les conduire toujours. Ils ne le verront plus en cette vie ; mais ils savent qu’il continuera d’être au milieu d’eux.

Mais les Apôtres avec lesquels le Christ s’est engagé à résider, qu’il préservera de toute chute et de toute erreur dans l’enseignement de sa doctrine, les Apôtres ne sont pas immortels. On les verra tour à tour rendre à leur Maître divin le témoignage du sang, et disparaître de ce monde. Sommes-nous donc condamnés à l’incertitude, aux ténèbres, qui sont le partage de ceux sur qui la lumière a cessé de luire ? Le passage de l’Emmanuel sur la terre aura-t-il donc été semblable à celui de ces météores qui, la nuit, traversent l’horizon en l’illuminant de mille feux, et s’éclipsent en un instant, laissant le ciel dans une obscurité plus profonde qu’auparavant ?

Rassurons-nous par la parole même de notre divin ressuscité. Il n’a pas dit à ses Apôtres : « Voici que je suis avec vous jusqu’à la fin de « votre vie » ; il a dit : « jusqu’à la consommation des siècles. » Ceux auxquels il parlait à ce moment devaient donc vivre autant que le monde. Qu’est‑ce à dire, sinon que les Apôtres devaient avoir des successeurs, dans lesquels se perpétueraient leurs droits, des successeurs que Jésus ne cesserait d’assister de sa présence et de soutenir de son pouvoir ? Elle devait être impérissable, l’œuvre qu’un Dieu, dans son amour pour les hommes, avait fondée au prix de son sang. Jésus, par sa présence au milieu de ses Apôtres, préservait leur enseignement de toute erreur ; par sa présence aussi il dirigera jusqu’à la fin l’enseignement de leurs successeurs.

O don précieux et nécessaire de l’infaillibilité dans l’Église ! Don sans lequel la mission du Fils de Dieu eût manqué son effet ! Don par lequel la foi, cet élément essentiel du salut de l’homme, se conserve sur la terre ! Oui, nous avons la promesse ; et les effets de cette promesse sont visibles, même aux yeux de ceux qui n’ont pas le bonheur de croire. Qui pourrait, s’il est de bonne foi, ne pas reconnaître la main divine dans la perpétuité du symbole catholique sur cette terre où tout change, où rien n’a pu demeurer stable ? Est-il naturel qu’une société ayant pour lien l’unité dans les pensées traverse les siècles, sans rien perdre et sans rien emprunter à ce qui l’entoure ? qu’elle ait été successivement en butte à mille sectes sorties de son sein, et qu’elle ait triomphé de toutes, survécu à toutes, se faisant gloire de proclamer au dernier jour du monde les mêmes dogmes qu’elle professait le jour qu’elle sortit des mains de son divin initiateur ? N’est-ce pas un prodige inouï que des centaines de millions d’hommes, différents d’origine, de mœurs, d’institutions, souvent hostiles les uns aux autres, s’unissent dans une égale soumission à une même autorité, qui d’un seul mot gouverne leur raison dans les choses de la croyance ?

Que votre fidélité à vos promesses est grande, ô Jésus ! Qui ne sentirait votre présence au milieu de votre Église, maîtrisant les éléments contraires, et se faisant sentir par cet empire irrésistible et doux qui contient l’orgueil et la mobilité de notre esprit sous votre joug aimé ? Et ce sont des hommes, des hommes comme nous, qui règlent et gouvernent notre croyance ! C’est le successeur de Pierre, en qui la foi ne peut défaillir, et dont la parole souveraine parcourt le monde entier, produisant l’unité dans les pensées et dans les sentiments, dissipant les doutes et apaisant tout d’un coup les controverses. C’est le corps vénérable de l’Épiscopat uni à son Chef, et empruntant de cette union une force invincible dans la proclamation d’une même vérité en toutes les régions du monde. Oui, il est ainsi : des hommes sont devenus infaillibles, parce que Jésus est avec eux et en eux. Pour tout le reste, ils seront des hommes semblables aux autres ; mais la chaire sur laquelle ils sont assis est soutenue par le bras même de Dieu, et elle est la chaire de vérité sur la terre.

O triomphe de notre foi, issue du miracle qui commande à la nature, et dirigée, éclairée, conservée par cet autre miracle qui défie toutes les expériences de la sagesse humaine ! Que de merveilles notre divin ressuscité a opérées dans le cours de ces quarante jours qu’il daigne nous donner encore ! Jusqu’alors il avait préparé ; il consomme maintenant. Louange, action de grâces à sa divine sollicitude pour ses brebis ! S’il a exigé d’elles la foi, comme l’hommage premier de leur soumission, nous pouvons dire qu’il en a rendu le sacrifice aussi attrayant à la droiture de leur cœur que méritoire à leur humble raison.

Honorons sa résurrection glorieuse par un nouveau cantique, que nous prendrons dans les anciens Missels de l’Allemagne.

Séquence

Au Christ, nous ses rachetés, chantons d’un accent pieux.

Qu’en ce jour toute la nature, avec transport,

Offre ses actions de grâces au Fils de Dieu.

Guerriers du céleste palais, partagés en neuf chœurs, vous nos concitoyens, admettez-nous dans votre concert de joie.

Hiérarchies supérieures, faites entendre vos cantiques, et vous, légions inférieures, faites retentir vos acclamations.

Que tout esprit célèbre avec enthousiasme les merveilles qu’a opérées le Seigneur,

Qui étant Dieu a voulu naître homme pour le salut de l’homme.

Cachant sa divinité sous une chair fragile, il a supporté les outrages avec patience :

Tandis que, comme Dieu, il éclatait par ses prodiges.

Soumis à toutes les conditions de notre corps, il semblait un simple habitant de la terre.

L’ennemi osa le tenter ; il ne sut pas le connaître, et la divinité ne se révéla pas à lui.

Elle déjoua avec sagesse l’artifice de l’ennemi, jusqu’à ce que le moment fût venu où elle trancha le nœud de l’antique faute.

Sur l’autel de la croix, le Christ s’offrit pour nous en hostie à Dieu son Père, et par sa mort il mit à mort nos péchés.

Aujourd’hui vainqueur, ayant ravagé l’enfer, enchaîné le prince de la mort, il remonte des limbes entouré d’une pompe sublime.

Voici le jour qui enfin a lui après le règne ténébreux du noir Éthiopien :

Jour auquel est ressuscité le Christ, qui vivra sans fin dans la chair qu’il a prise de la Vierge Marie.

C’est lui qui rapporte avec joie, sur ses épaules, à son Père la brebis qu’il avait perdue.

Amen.

Vendredi

Béni soit notre Sauveur ressuscité qui nous a dit en ces jours : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ! » Grâce à sa miséricorde, nous croyons et nous avons été régénérés dans le saint Baptême ; nous sommes donc dans la voie du salut. Il est vrai que la foi ne nous sauverait pas sans les œuvres ; mais les œuvres aussi sans la foi seraient incapables de nous mériter le salut. Avec quel transport ne devons-nous pas rendre grâces à Dieu qui a produit en nous par sa grâce ce don inénarrable, premier gage de notre béatitude éternelle ! avec quel soin ne devons-nous pas veiller à le conserver intact, à l’accroître par notre fidélité ! La foi a ses degrés, comme les autres vertus ; notre prière doit donc être souvent celle que les Apôtres adressèrent à Jésus : « Seigneur, augmentez en nous la foi. » (s. Luc 17, 5)

Nous sommes appelés à vivre dans un siècle où la foi est diminuée chez la plupart de ceux qui croient : et c’est là l’un des plus grands dangers qui peuvent assaillir le chrétien en ce monde. Quand la foi est languissante, la charité ne peut que se refroidir. Jésus demande à ses disciples s’ils pensent que, lors de son dernier avènement, il trouvera encore de la foi sur la terre (s. Luc 18, 8). N’est-il pas à craindre qu’elle ne soit voisine de nous, cette époque où les cœurs seront comme paralysés par le manque de foi !

La foi procède de la volonté mue par l’Esprit-Saint. On croit, parce qu’on veut croire ; et c’est pour cette raison que le bonheur est dans la foi. L’aveugle à qui Jésus rendit la vue, exhorté par lui à croire au Fils de Dieu, répond : « Quel est-il ? afin que je croie en lui. » (s. Jean 9, 36) Ainsi devons-nous être disposés en présence de l’objet de notre foi. Croire, afin de connaître ce que nous ne connaîtrions pas sans la foi ; alors Dieu se manifeste à notre pensée et à notre cœur.

Mais vous rencontrez des chrétiens qui se scandalisent des saintes hardiesses de la foi. Ils nous parlent sans cesse des droits de la raison ; ils accusent les fidèles de méconnaître sa dignité, son étendue, son origine divine. Que les fidèles se hâtent donc de leur répondre : « Nous n’avons garde de nier la raison ; l’Église nous fait un devoir de reconnaître l’existence d’une lumière naturelle en nous ; mais en même temps elle nous enseigne que cette lumière, déjà obscurcie par l’effet de la chute originelle, serait incapable, fût-elle même demeurée dans son intégrité, de découvrir par ses seules forces la fin à laquelle l’homme est appelé, et les moyens d’y parvenir. La foi seule peut établir l’homme dans les conditions de la destinée sublime à laquelle la divine bonté l’a appelé. »

D’autres se persuadent qu’il existe pour le chrétien parvenu à l’âge du développement de la raison, une sorte de liberté de suspendre l’exercice de la foi, afin d’examiner s’il est raisonnable de continuer à croire. Combien font naufrage contre l’écueil que leur présente ce coupable préjugé ! La sainte Église cependant enseigne depuis les Apôtres jusqu’à nos jours, et continuera d’enseigner jusqu’à la fin des siècles, que l’enfant qui a reçu le saint Baptême a reçu en même temps la foi infuse dans son âme, qu’il est pour jamais membre de Jésus-Christ et enfant de son Église ; et que si, à l’âge de raison, la foi est combattue en lui par le doute, il reçoit la grâce pour anéantir le doute par la foi, et risquerait son salut en suspendant sa croyance. Non assurément que l’Église lui interdise de confirmer sa foi par la science ; loin de là ; car alors il ne cesse pas de croire. C’est « la foi qui cherche l’intelligence », selon la belle parole du grand saint Anselme, et pour récompense elle la trouve.

On en rencontre d’autres qui admettent qu’au sein même de la société chrétienne, il peut exister des philosophes, c’est-à-dire des hommes étrangers à la foi, professant sur Dieu et sur sa créature un enseignement où la parole révélée n’est pour rien, une morale dépourvue de l’élément surnaturel. Des chrétiens acceptent ces philosophes, les louent et les honorent, leur reconnaissent plus ou moins implicitement le droit d’être ce qu’ils sont. Aveugles, qui ne voient pas qu’ils sont en présence de l’apostat ! qui ne sentent pas le frisson qu’éprouvèrent tous les enfants de l’Église, lorsque Julien, cherchant en vain à laver la trace ineffaçable de son baptême, se déclara philosophe sous les yeux d’une génération issue des Martyrs ! Parlerons-nous des tristes effets que produit pour la foi la fréquentation des hérétiques, les complaisances périlleuses qu’elle entraîne, les arrangements déplorables qu’elle fait naître dans un grand nombre d’esprits ? La terrible ligne de démarcation tracée par saint Jean, dans sa deuxième Épître (2 s. Jean 10, 11), tend à s’effacer ; et la rappeler seulement serait déjà pour plusieurs un sujet de scandale. Il n’y paraît que trop par la facilité avec laquelle se contractent ces mariages mixtes qui commencent par la profanation d’un sacrement, et conduisent doucement à l’indifférentisme la partie catholique, qu’un entraînement, ou des calculs humains, ont égarée dans des voies si peu sûres. Quelles clameurs n’exciterions-nous pas si, dans notre pays, nous osions parler le langage qu’osait tenir dans Londres un illustre apôtre de la piété catholique ? Prenons du moins la liberté de le répéter après lui : « L’ancienne haine de l’hérésie devient rare ; on perd l’habitude de regarder Dieu comme l’unique vérité, en sorte que l’existence des hérésies n’est plus un sujet d’épouvante. On tient pour certain que Dieu ne doit rien faire qui nous soit pénible, et que son autorité ne doit prendre aucune forme désagréable ni blessante pour la liberté de ses créatures. Comme le monde a rejeté les idées exclusives, il faut bien que Dieu suive le progrès et mette de côté des principes surannés dans sa conduite à notre égard. Les majorités doivent finir par avoir le dessus : telle est la règle et le fait d’expérience dans un pays constitutionnel. C’est ainsi que la discorde et l’erreur en religion ont fini par devenir moins odieuses et moins alarmantes, simplement parce qu’on s’y est accoutumé. Il faut une certaine hardiesse de cœur et d’intelligence pour croire que toute une grande nation ait tort, ou que tout un siècle puisse aller de travers. Mais la théologie, dans sa simplicité, met bravement le monde tout entier au ban comme pécheur, et ne trouve pas de difficulté à n’assigner à la vraie Église qu’une portion modérée de la population du globe. La croyance dans la facilité du salut hors de l’Église est fort douce, si nous avons des parents ou des amis dans les liens de l’hérésie ; de plus, si nous voulons admettre cette maxime, le monde nous pardonnera une foule d’erreurs et de superstitions, et nous fera l’honneur de nous complimenter de notre religion comme étant un produit littéraire ou philosophique de notre crû, plutôt qu’un don de Dieu. Est-ce donc là un si grand avantage, pour que tant de gens en soient si enchantés, le paient si cher et sans regret ? Il est clair que cette croyance diminue notre estime pour l’Église, et doit affaiblir notre empressement à convertir les autres. Ceux qui font le moins d’usage du système de l’Église, sont naturellement ceux qui le connaissant et l’estimant le moins, seront le moins en état d’en juger ; et avec cela, ce sont justement ceux qui sont les premiers à faire généreusement le sacrifice des prérogatives de l’Église aux exigences de la mollesse et de l’indifférentisme modernes. »[1]

Signalons encore comme l’une des marques de la décadence de l’esprit de foi chez un grand nombre qui remplissent d’ailleurs les devoirs du chrétien, l’oubli, l’ignorance même des pratiques les plus recommandées par l’Église. Combien de maisons habitées exclusivement par des catholiques, où l’on chercherait en vain une goutte d’eau bénite, le cierge de la Chandeleur, le rameau consacré le jour des Palmes : ces objets sacrés et protecteurs que les huguenots du XVIème siècle poursuivaient avec tant de fureur, et que nos pères défendaient au prix de leur sang ! Quelle défiance chez beaucoup d’entre nous, si l’on parle devant eux de miracles qui ne sont pas consignés dans la Bible ! Quelle incrédulité superbe, s’ils entendent dire quelque chose des phénomènes de la vie mystique, des extases, des ravissements, des révélations privées ! Quelles révoltes soulèvent en eux les récits héroïques de la pénitence des saints, ou même les plus simples pratiques de la mortification corporelle ! Quelles protestations contre les nobles sacrifices que la grâce inspire à certaines âmes d’élite, qu’elle pousse à briser en un moment les liens les plus chers et les plus doux, pour aller s’ensevelir, victimes volontaires, derrière les grilles impénétrables d’un monastère ! L’esprit de foi révèle au vrai catholique toute la beauté, toute la convenance, toute la grandeur de ces pratiques et de ces actes ; mais l’absence de cet esprit est cause que beaucoup n’y voient qu’excès, inutilité, et manie.

La foi aspire à croire ; car croire est sa vie. Elle ne se borne donc pas à adhérer au strict symbole promulgué par la sainte Église. Elle sait que cette Épouse de Jésus possède en son sein toutes les vérités, bien qu’elle ne les déclare pas toujours avec solennité et sous peine d’anathème. La foi pressent le mystère non encore déclaré ; avant de croire par devoir, elle croit pieusement. Un aimant secret l’attire vers cette vérité qui semble sommeiller encore ; et quand le dogme éclate au grand jour par une décision suprême, elle s’associe avec d’autant plus de transport au triomphe de la parole révélée dès le commencement, qu’elle lui a rendu plus fidèle hommage dans les temps où une obscurité sacrée la dérobait encore à des regards moins purs et moins pénétrants que les siens.

Gloire soit donc au divin ressuscité qui récompensa la foi de Marie, qui fortifia celle de ses disciples et des saintes femmes, et qui daignera, nous le lui demandons humblement, couronner la nôtre ! Présentons-lui nos hommages par cette Séquence des anciens Missels de Saint-Gall.

Séquence

Célébrons la gloire du Créateur et du Rédempteur.

Par sa grâce, il a rétabli ceux qu’il avait créés dans sa bonté, et que le perfide serpent avait séduits par sa ruse.

Il annonça d’abord qu’un jour une femme sainte enfanterait un germe saint ;

Qu’elle dominerait la tête cruelle de l’antique ennemi.

Nos temps enfin voient s’accomplir la promesse qui fut faite, que l’antique désastre serait réparé.

Marie, le rameau glorieux, a produit la fleur nouvelle,

Qui enfantée par un prodige, éclate par la gloire des miracles,

Sans attendre les années, dès les jours même de sa naissance.

Par les feux de l’astre nouveau, par les paroles inspirées de Siméon, il attire à lui le cœur des vrais Israélites et les présents de la gentilité.

Le Père le glorifie par une voix qui descend du ciel, l’Esprit-Saint, par la forme visible sous laquelle il apparaît.

Ceux qui ont reconnu ce docteur divin, ce médecin des hommes, sont choisis pour enseigner les autres en vertu de son pouvoir.

Après avoir répandu avec abondance les dons du salut, et promulgué de sa bouche éloquente les enseignements de sa doctrine qui sauve les hommes,

Il est soumis aux opprobres, aux crachats, aux soufflets, à la flagellation ; ses vêtements sont tirés au sort ; lui-même couronné d’épines est cloué aux bras de la croix.

Mais aujourd’hui il ressuscite d’entre les morts ; vainqueur, il obtient un superbe triomphe. Il entraîne à sa suite dans les cieux, comme ses membres, les justes des antiques générations ; sur la terre, il réunit en un seul troupeau ses brebis éparses ;

Et à nous-mêmes, les derniers de ses membres, il nous promet à la fin de notre vie des dons sublimes, qui sont l’objet de notre espérance. Amen.

Samedi

Le Samedi ramène le doux et cher souvenir de Marie. Samedi dernier, en terminant la semaine consacrée à méditer sur l’établissement de l’Église par le Sauveur ressuscité, nous avons contemplé les rapports qui unissent les destinées de l’Épouse du Christ et celles de Marie. Durant la semaine qui finit aujourd’hui, nous avons considéré le Seigneur Jésus confiant à ses Apôtres l’ensemble de sa doctrine, objet de notre foi ; rendons un hommage particulier aux dogmes qu’il leur révèle sur les grandeurs et le ministère de celle qu’il a choisie pour être sa Mère et la Mère du genre humain.

La sainte Église enseigne à ses enfants plusieurs vérités relatives à Marie ; et ces vérités sont l’objet de notre foi, au même titre que les autres qui sont contenues au Symbole. Or, elles ne peuvent être l’objet de la foi que parce qu’elles furent révélées de la bouche même du Christ. L’Église de nos jours les a reçues de l’Église des siècles antérieurs, et celle-ci des Apôtres à qui leur Maître les confia. Il n’y a pas eu de nouvelle révélation depuis l’Ascension du Rédempteur ; la manifestation de tous les dogmes transmis à l’Église et promulgués par elle remonte donc aux enseignements de Jésus à ses Apôtres ; et c’est pour cette raison que nous leur accordons l’adhésion de notre foi théologale, adhésion réservée absolument aux vérités directement révélées de Dieu à la terre.

Qu’elle est touchante, l’affection filiale du Fils de Dieu envers sa Mère, lorsque sa parole ineffable, après avoir manifesté aux Apôtres les impénétrables secrets de l’essence divine, la Trinité dans l’unité, la génération éternelle du Verbe dans le sein du Père, l’éternelle procession de l’Esprit-Saint produit par le Père et le Fils, l’union des deux natures en une seule personne dans le Verbe incarné, la rédemption du monde par le sang divin, la grâce réparant l’homme tombé et l’élevant à l’état surnaturel ; lorsque, disons-nous, cette parole révélatrice s’emploie à faire ressortir les prérogatives d’une simple créature, dont les grandeurs devront être acceptées par notre raison soumise, au même titre que les dogmes qui nous dévoilent la nature même de Dieu ! Jésus, Sagesse du Père, vainqueur de la mort, nous a révélé la dignité de Marie de la même bouche qui nous manifestait ce qu’il est lui-même ; nous croyons l’un et l’autre d’une même foi, parce qu’il l’a dit.

Ainsi Jésus a dit à ses Apôtres, qui l’ont mystérieusement confié à l’Église, sous la garde de l’Esprit-Saint : « Marie, ma Mère, descend d’Adam et d’Ève selon la chair ; mais la tache originelle ne l’a pas souillée. Le décret en vertu duquel toute créature humaine est conçue dans le péché a subi pour elle une exception. Dès le premier instant de sa conception, elle fut pleine de grâce. Jérémie et Jean-Baptiste furent sanctifiés dans le sein de leurs mères ; Marie a été immaculée dès le premier moment de son existence. »

Jésus a dit encore à ses Apôtres, avec ordre de le répéter à son Église : « Marie est véritablement Mère de Dieu, et doit être honorée en cette qualité par toute créature ; car elle m’a véritablement conçu et enfanté dans ma nature humaine, qui ne forme qu’une seule personne avec ma nature divine. »

Jésus a dit encore à ses Apôtres, avec ordre de le répéter à son Église : « Marie, ma Mère, m’a conçu dans son chaste sein sans cesser d’être vierge, et elle m’a enfanté sans que sa virginité en ait souffert aucune atteinte. »

Ainsi, la Conception immaculée de Marie, qui est la préparation de son rôle sublime, sa divine Maternité, qui en est le but divin, sa perpétuelle Virginité, qui en est l’ineffable splendeur : ces trois dogmes inséparables, objet sacré de notre foi, furent directement manifestés par Jésus à ses Apôtres ; et la sainte Église ne fait que les répéter après eux, qui les ont répétés après leur Maître divin.

Mais le Sauveur n’a-t-il pas manifesté encore d’autres prérogatives de son auguste Mère, prérogatives qui sont la conséquence des trois dons magnifiques que nous venons d’énumérer ? Demandons à la sainte Église ce qu’elle croit à ce sujet, ce qu’elle enseigne par sa doctrine, et par sa pratique infaillible comme sa doctrine. Tout ce qui se développe en elle, sous l’action de l’Esprit-Saint, a pour germe la Parole divine prononcée au commencement. Ainsi, nous ne saurions douter que le Rédempteur n’ait dévoilé aux Apôtres son dessein d’élever aux honneurs de Reine de toute la création, de Médiatrice des hommes, de dispensatrice de la grâce, de coopératrice du salut, celle que les trois dons incommunicables placent si fort au-dessus de tout ce que la puissance divine a créé. Sans aucun doute, toutes ces magnificences ont été connues des Apôtres ; elles ont fait l’objet de leur admiration et de leur amour ; et nous, mis en possession de ces mêmes trésors de vérité et de consolation par la sainte Église, nous nous en délectons après eux. Le fils de Marie ne devait pas monter à la droite de son Père, avant d’avoir déclaré au monde les grandeurs inénarrables de celle qu’il avait choisie pour Mère, et qu’il aimait en fils et en Dieu.

Quels furent, ô Marie, les sentiments de votre incomparable humilité, lorsque Jésus manifesta vos excellences à ces hommes mortels dont la vénération vous entourait, mais qu’un Dieu pouvait seul initier aux merveilles de votre personne et de votre mission ! « O Cité de Dieu ! quelles choses admirables furent racontées de vous ! » (Psalm. 86, 5) Si autrefois, lorsqu’un Ange vous salua « pleine de grâce et bénie entre toutes les femmes, » votre modestie s’alarma de tels éloges ; avec quel trouble aujourd’hui n’accueillez-vous pas les hommages des Apôtres s’inclinant devant votre dignité de Mère de Dieu, toujours Vierge, immaculée dans sa Conception ! Mais c’est en vain, ô Marie, que vous voudriez fuir les honneurs qui vous sont dus, que vous vous réfugiez dans les profondeurs de votre humilité. Il doit s’accomplir, l’oracle que votre bouche inspirée prononça jadis dans la maison de Zacharie. Si le Seigneur a regardé en vous « la bassesse de sa servante », il faut aussi que toutes les générations vous proclament bienheureuse ». Le moment est venu ; d’ici à peu de jours la prédication évangélique commencera son cours. Votre nom, votre ministère et vos grandeurs font partie essentielle du Symbole qui doit être porté dans le monde entier. Assez longtemps votre gloire a été couverte d’un nuage mystérieux ; Jésus veut que ce nuage se dissipe, et que vous apparaissiez aux yeux des peuples comme la Mère du Dieu qui, voulant sauver l’ouvrage de ses mains, n’a pas dédaigné de venir prendre l’être humain dans vos chastes entrailles. Laissez-nous, ô notre douce Mère, notre auguste Reine, nous unir de cœur aux premiers hommages que vous rendit le collège apostolique, lorsque Jésus lui révéla vos grandeurs.

À Marie, Mère du divin ressuscité, chantons cette pieuse Séquence du Missel de Cluny de 1523. Elle consiste en une gracieuse imitation du Victimae paschali.

Séquence

De la vierge Marie, chrétiens, faites retentir les louanges.

O bienheureuse dame, par votre intercession, réconciliez les pécheurs à Dieu.

Afin qu’ils puissent recevoir la victime pascale, daignez les délivrer du vieux levain.

O Marie, vierge clémente et miséricordieuse,

Faites-nous jouir de la vue du Christ vivant, et contempler la gloire de sa résurrection.

Par vos tendres prières, faites notre paix avec lui.

Vous seule êtes mère et vierge, la Mère du Verbe de Dieu.

La foi nous enseigne que celui qui de vous naquit Dieu et homme, est ressuscité glorieux du tombeau.

Oui, nous savons que le Christ est vraiment ressuscité des morts ; ô vous qui êtes sa Mère, soyez notre salut et notre défense. Amen.

Quatrième dimanche après Pâques

Nous avons vu Jésus constituer son Église, et confier aux mains de ses Apôtres le dépôt des vérités qui seront l’objet de notre foi. Il est une autre œuvre non moins importante pour le monde, à laquelle il donne ses soins durant cette dernière période de son séjour sur la terre : c’est l’institution définitive des Sacrements. Il ne nous suffit pas de croire ; il faut encore que nous soyons rendus justes, c’est-à-dire conformes à la sainteté de Dieu ; il faut que la grâce, fruit de la Rédemption, descende en nous, s’incorpore à nous ; afin qu’étant devenus les membres vivants de notre divin Chef, nous puissions être les cohéritiers de son Royaume. Or, c’est au moyen des Sacrements que Jésus doit opérer en nous cette merveille de la justification, en nous appliquant les mérites de son incarnation et de son Sacrifice par les moyens qu’il a décrétés dans sa puissance et dans sa sagesse.

Souverain maître de la grâce, il est libre de déterminer les sources par lesquelles il la fera descendre sur nous ; c’est à nous de nous conformer à ses volontés. Chacun des Sacrements sera donc une loi de sa religion, en sorte que l’homme ne pourra prétendre aux effets que le Sacrement est destiné à produire, s’il dédaigne ou néglige de remplir les conditions selon lesquelles il opère. Admirable économie, qui concilie, dans un même acte, l’humble soumission de l’homme avec la plus prodigue largesse de la munificence divine.

Nous avons montré, il y a quelques jours, comment la sainte Église, société spirituelle, était en même temps une société visible et extérieure, parce que l’homme auquel elle est destinée est composé d’un corps et d’une âme. Jésus, en instituant ses Sacrements, leur assigne à chacun un rite essentiel ; et ce rite est extérieur et sensible. Le Verbe divin, en prenant la chair, en a fait l’instrument de notre salut dans sa Passion sur la croix : c’est par le sang de ses veines qu’il nous a rachetés ; poursuivant ce plan mystérieux, il prend les éléments de la nature physique pour auxiliaires dans l’œuvre de notre justification. Il les élève à l’état surnaturel, et en fait jusqu’au plus intime de nos âmes les conducteurs fidèles et tout-puissants de sa grâce. Ainsi s’appliquera jusqu’à ses dernières conséquences le mystère de la divine incarnation, qui a eu pour but de nous élever, par les choses visibles, à la connaissance et à la possession des choses invisibles. Ainsi est brisé l’orgueil de Satan, qui dédaignait la créature humaine, parce que l’élément matériel s’unit en elle à la grandeur spirituelle, et qui refusa, pour son éternel malheur, de fléchir le genou devant le Verbe fait chair.

En même temps, les divins Sacrements étant autant de signes sensibles, formeront un lien de plus entre les membres de l’Église, déjà unis entre eux par la soumission à Pierre et aux Pasteurs qu’il envoie, et par la profession d’une même foi. L’Esprit-Saint nous dit dans les divines Écritures que « le lien tressé en trois ne se rompt pas aisément » (Écclé. 4, 12) ; or, tel est celui qui nous retient dans la glorieuse unité de l’Église : Hiérarchie, Dogme et Sacrements, tout contribue à faire de nous un seul corps. Du septentrion au midi, de l’orient à l’occident, les Sacrements proclament la fraternité des chrétiens ; ils sont en tous lieux leur signe de reconnaissance, et la marque qui les désigne aux yeux des infidèles. C’est dans ce but que ces Sacrements divins sont identiques pour toutes les races baptisées, quelle que soit la variété des formules liturgiques qui en accompagnent l’administration : partout le fond est le même, et la même grâce est produite sous les mêmes signes essentiels.

Notre divin ressuscité choisit le septénaire pour le nombre de ses Sacrements. Il empreint ce nombre sacré sur son œuvre la plus sublime, de même qu’il l’avait marqué au commencement, en créant ce monde visible et inaugurant la semaine par six jours d’action et un jour de repos. Sagesse éternelle du Père, il nous révèle, dès l’Ancien Testament, qu’il se bâtira une maison qui est la sainte Église, et il ajoute qu’il la fera reposer sur sept colonnes (Prov. 9, 1). Cette Église, il la figure d’avance dans le tabernacle de Moïse, et il ordonne qu’un superbe chandelier qui lance sept branches chargées de fleurs et de fruits, éclaire jour et nuit le sanctuaire (Exod. 25, 37). S’il transporte au ciel, dans un ravissement, son disciple bien-aimé, c’est pour se montrer à lui environné de sept chandeliers, et tenant sept étoiles dans sa main (Apoc. 1, 12, 16). S’il se manifeste sous les traits de l’Agneau vainqueur, cet Agneau porte sept cornes, symbole de sa force, et sept yeux qui marquent l’étendue infinie de sa science (Ibid. 5, 6). Près de lui est le livre qui contient les destinées du genre humain, et ce livre est scellé de sept sceaux que l’Agneau seul peut lever (Ibid. 5, 5). Devant le trône de la Majesté divine, le disciple aperçoit sept Esprits bienheureux ardents comme sept lampes (Ibid. 4, 5), attentifs aux moindres ordres de Jéhovah, et prêts à porter sa parole jusqu’aux dernières limites de la création.

Si maintenant nous tournons nos regards vers l’empire des ténèbres, nous voyons l’esprit de malice occupé à contrefaire l’œuvre divine, et usurpant le septénaire pour le souiller en le consacrant au mal. Sept péchés capitaux sont l’instrument de sa victoire sur l’homme ; et le Seigneur nous avertit que lorsque, dans sa fureur, Satan s’élance sur une âme, il prend avec lui sept esprits des plus méchants de l’abîme. Nous savons que Madeleine, l’heureuse pécheresse, ne recouvra la vie de l’âme qu’après que le Sauveur eut expulsé d’elle sept démons. Cette provocation de l’esprit d’orgueil forcera la colère divine, lorsqu’elle tombera sur le monde pécheur, à empreindre le septénaire jusque dans ses justices. Saint Jean nous apprend que sept trompettes, sonnées par sept Anges, annonceront les convulsions successives de la race humaine (Apoc. 8, 2), et que sept autres Anges verseront tour à tour sur la terre coupable sept coupes remplies de la colère de Dieu (Ibid. 15, 1).

Nous donc qui voulons être sauvés, et jouir de la grâce en ce monde, et en l’autre de la vue de notre divin ressuscité, accueillons avec un souverain respect et une tendre reconnaissance le Septénaire miséricordieux de ses Sacrements. Sous ce nombre sacré il a su renfermer toutes les formes de sa grâce. Soit qu’il veuille dans sa bonté nous faire passer de la mort à la vie, par le Baptême et la Pénitence ; soit qu’il s’applique à soutenir en nous la vie surnaturelle, et à nous consoler dans nos épreuves, par la Confirmation, l’Eucharistie et l’Extrême-Onction ; soit enfin qu’il pourvoie au ministère de son Église et à sa propagation par l’Ordre et le Mariage : on ne saurait trouver un besoin de l’âme, une nécessité de la société chrétienne auxquels il n’ait satisfait au moyen des sept sources de régénération et de vie qu’il a ouvertes pour nous, et qu’il ne cesse de faire couler sur nos âmes. Les sept Sacrements suffisent à tout ; un seul de moins, l’harmonie serait rompue. Les Églises de l’Orient, séparées de l’unité catholique depuis tant de siècles, confessent avec nous le septénaire sacramentel ; et le protestantisme, en portant sur ce nombre sacré sa main profane, a montré en cela, comme en toutes ses autres réformes prétendues, que le sens chrétien lui faisait défaut. Ne nous en étonnons pas ; la théorie des Sacrements s’impose tout entière à la foi ; l’humble soumission du fidèle doit l’accueillir d’abord comme venant du souverain Maître : c’est lorsqu’elle s’applique à l’âme que sa magnificence et son efficacité divine se révèlent ; alors nous comprenons, parce que nous avons cru. Credite et intelligetis.

Aujourd’hui, consacrons notre admiration et notre reconnaissance au premier des Sacrements, au Baptême. Le Temps pascal nous le montre dans toute sa gloire. Nous l’avons vu, au Samedi saint, comblant les vœux de l’heureux catéchumène, et enfantant à la patrie céleste des peuples entiers. Mais ce divin mystère avait eu sa préparation. En la fête de l’Épiphanie, nous adorâmes notre Emmanuel descendant dans les flots du Jourdain, et communiquant à l’élément de l’eau, par le contact de sa chair sacrée, la vertu de purifier toutes les souillures de l’âme. L’Esprit-Saint, colombe mystique, vint reposer sur la tête de l’Homme-poDieu, et féconder par sa divine influence l’élément régénérateur, tandis que la voix du Père céleste retentissait dans la nue, annonçant l’adoption qu’il daignerait faire des baptisés, en son Fils Jésus, l’objet de son éternelle complaisance.

Durant sa vie mortelle, le Rédempteur s’explique déjà devant un docteur de la loi sur ses mystérieuses intentions. « Celui, dit-il, qui ne sera pas rené de l’eau et du Saint-Esprit ne pourra entrer dans le royaume de Dieu. » (s. Jean 3, 5) Selon son usage presque constant, il annonce ce qu’il doit faire un jour, mais il ne l’accomplit pas encore ; nous apprenons seulement que notre première naissance n’ayant pas été pure, il nous en prépare une seconde qui sera sainte, et que l’eau en sera l’instrument.

Mais en ces jours le moment est venu où notre Emmanuel va déclarer la puissance qu’il a donnée aux eaux de produire la sublime adoption projetée par le Père. S’adressant à ses Apôtres, il leur dit tout à coup avec la majesté d’un roi qui promulgue la loi fondamentale de son empire :  « Allez ; enseignez toutes les nations ; baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » (s. Matth. 28, 19) Le salut par l’eau, avec l’invocation de la glorieuse Trinité, tel est le bienfait capital qu’il annonce au monde ; car, dit-il encore : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé. » (s. Marc 16, 16) Révélation pleine de miséricorde pour la race humaine ; inauguration des Sacrements, par la déclaration du premier, de celui qui, selon le langage des saints Pères, est la porte de tous les autres !

Nous qui lui devons la vie de nos âmes, avec le sceau éternel et mystérieux qui fait de nous les membres de Jésus, saluons avec amour cet auguste mystère. Saint Louis, baptisé sur les humbles fonts de Poissy, se plaisait à signer Louis de Poissy, considérant la fontaine baptismale comme une mère qui l’avait enfanté à la vie céleste, et oubliant son origine royale pour ne se souvenir que de celle d’enfant de Dieu. Nos sentiments doivent être les mêmes que ceux du saint roi.

Mais admirons avec attendrissement la condescendance de notre divin ressuscité, lorsqu’il institua le plus indispensable de ses Sacrements. La matière qu’il choisit est la plus commune, la plus aisée à rencontrer. Le pain, le vin, l’huile d’olives, ne sont pas partout sur la terre ; l’eau coule en tous lieux ; la providence de Dieu l’a multipliée sous toutes les formes, afin qu’au jour marqué, la fontaine de régénération fût accessible de toutes parts à l’homme pécheur.

Ses autres Sacrements, le Sauveur les a confiés au sacerdoce qui seul a pouvoir de les administrer ; il n’en sera pas ainsi du Baptême. Tout fidèle pourra en être le ministre, sans distinction de sexe ni de condition. Bien plus, tout homme, ne fût-il pas même membre de l’Église chrétienne, pourra conférer à son semblable, par l’eau et l’invocation de la sainte Trinité, la grâce baptismale qui n’est pas en lui, à la seule condition de vouloir, en cet acte, accomplir sérieusement ce que fait la sainte Église, quand elle administre le sacrement du Baptême.

Ce n’est pas tout encore. Ce ministre du sacrement peut manquer à l’homme qui va mourir ; l’éternité va s’ouvrir pour lui sans que la main d’autrui se lève pour répandre sur sa tête l’eau purificatrice ; le divin instituteur de la régénération des âmes ne l’abandonne pas dans ce moment suprême. Qu’il rende hommage au saint Baptême, qu’il le désire de toute l’ardeur de son âme, qu’il entre dans les sentiments d’une componction sincère et d’un véritable amour ; après cela qu’il meure : la porte du ciel est ouverte au baptisé de désir.

Mais l’enfant qui n’a pas encore l’usage de sa raison, et que la mort va moissonner dans quelques heures, a-t-il donc été oublié dans cette munificence générale ? Jésus a dit : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; » comment alors obtiendra-t-il le salut, cet être faible qui va s’éteindre, chargé de la faute originelle, et incapable de la foi ? Rassurez-vous. La puissance du saint Baptême s’étendra jusqu’à lui. La foi de l’Église qui le veut pour fils, lui va être imputée ; qu’on répande l’eau sur sa tête au nom des trois divines Personnes, et le voilà chrétien pour jamais. Baptisé dans la foi de l’Église, cette foi est maintenant personnelle en lui, avec l’Espérance et la Charité ; l’eau sacramentelle a produit cette merveille. Qu’il expire maintenant, ce tendre rejeton de la race humaine ; le royaume du ciel est à lui.

Tels sont, ô Rédempteur, les prodiges que vous opérez dans le premier de vos Sacrements, par l’effet de cette volonté sincère que vous avez du salut de tous (1 Tim. 2, 4) ; en sorte que ceux en qui cette volonté ne s’accomplit pas, n’échappent à la grâce de la régénération que par suite du péché commis antérieurement, péché que votre éternelle justice ne vous permet pas toujours de prévenir en lui-même, ou de réparer dans ses suites. Mais votre miséricorde est venue au secours ; elle a tendu ses filets, et d’innombrables élus y sont tombés. L’eau sainte est venue couler jusque sur le front de l’enfant qui s’éteignait entre les bras d’une mère païenne, et les Anges ont ouvert leurs rangs pour recevoir cet heureux transfuge. À la vue de tant de merveilles, que nous reste-t-il à faire, sinon de nous écrier avec le Psalmiste : « Nous qui possédons la vie, bénissons le Seigneur » ?

Le quatrième Dimanche après Pâques est appelé, dans l’Église grecque, le Dimanche de la Samaritaine, parce qu’on y lit le passage de l’Évangile où la conversion de cette femme est rapportée.

L’Église Romaine commence aujourd’hui, à l’Office de la nuit, la lecture des Épîtres dites Canoniques, qu’elle continue jusqu’à la fête de la Pentecôte.

1. À la Messe

Dans l’Introït, l’Église, adoptant un des plus beaux cantiques du Psalmiste, célèbre avec enthousiasme les bienfaits que le Seigneur son Époux a répandus sur elle, toutes les nations appelées à connaître ses grandeurs, à recevoir l’effusion de la sainteté dont il est la source, le salut auquel il a appelé tout les hommes.

Introït

Chantez au Seigneur un cantique nouveau, alleluia : car le Seigneur a opéré des merveilles, alleluia : il a fait paraître sa justice à la face des nations, alleluia, alleluia, alleluia. Ps. Sa droite nous a sauvés, et la sainteté de son bras nous a délivrés. Gloire au Père. Chantez.

Comblés des bienfaits de Dieu qui les unit en un seul peuple par ses divins Sacrements, les fidèles doivent s’élever à l’amour des préceptes du Seigneur, et aspirer aux délices éternelles qu’il leur promet : l’Église implore pour eux cette grâce dans la Collecte.

Collecte

O Dieu,qui unissez les esprits des fidèles en une même volonté, donnez à vos peuples d’aimer ce que vous leur commandez, de désirer ce que vous leur promettez ; afin qu’au milieu des changements de ce monde, nos cœurs demeurent fixés là où sont les seules joies véritables. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Épître
Lecture de l’Épître du bienheureux Jacques, Apôtre. Chap. 1.

Mes bien-aimés, toute grâce excellente et tout don parfait viennent d’en haut, et descendent du Père des lumières, chez lequel il n’y a ni changement, ni ombre de vicissitude. C’est lui qui nous a librement engendrés par la parole de vérité, afin que nous fussions comme les prémices de ses créatures. Vous le savez, mes frères très chers. Que tout homme soit donc prompt à écouter, lent à parler, et lent à se mettre en colère ; car ce n’est pas la colère de l’homme qui accomplit la justice de Dieu. Rejetant donc toutes les suites immondes et superflues du péché, recevez dans la douceur la parole qui est greffée en vous, et qui a la puissance de sauver vos âmes.

Les faveurs répandues sur le peuple chrétien procèdent de la haute et sereine bonté du Père céleste. Il est le principe de tout dans l’ordre de la nature ; et si, dans l’ordre de la grâce, nous sommes devenus ses enfants, c’est parce que lui-même a envoyé vers nous son Verbe consubstantiel, qui est la Parole de vérité, par laquelle nous sommes devenus, au moyen du Baptême, les fils de Dieu. Il suit de là que nous devons imiter, autant qu’il est possible à notre faiblesse, le calme divin de notre Père qui est dans les cieux, et nous garantir de cette agitation passionnée qui est le caractère d’une vie toute terrestre, tandis que la nôtre doit être du ciel où Dieu nous attire. Le saint Apôtre nous avertit de recevoir dans la douceur cette Parole qui nous fait ce que nous sommes. Elle est, selon sa doctrine, une greffe de salut entée sur nos âmes. Qu’elle s’y développe, que son succès ne soit pas traversé par nous, et nous serons sauvés.

Dans le premier Verset alleluiatique, le Christ ressuscité célèbre, par la voix du Psalmiste, la puissance du Père qui lui a donné la victoire dans sa résurrection. Le second, emprunté à saint Paul, proclame la vie immortelle de notre divin ressuscité.

Alleluia, alleluia. V/. La droite du Seigneur a signalé sa force : la droite du Seigneur m’a élevé en gloire. Alleluia. V/. Le Christ ressuscité d’entre les morts, ne meurt plus : la mort n’aura plus sur lui d’empire, alleluia.

Évangile
La suite du saint Évangile selon saint Jean. Chap. 16.

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Je m’en vais à celui qui m’a envoyé, et aucun de vous ne me demande : Où allez-vous ? Mais parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre cœur. Néanmoins je vous dis la vérité : Il vous est bon que je m’en aille ; car si je ne m’en vais pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai. Et lorsqu’il sera venu, il convaincra le monde en ce qui touche le péché, et la justice, et le jugement. En ce qui touche le péché, parce qu’ils n’ont pas cru en moi ; en ce qui touche la justice, parce que je vais au Père, et que vous ne me verrez plus ; en ce qui touche le jugement, parce que le prince de ce monde est déjà jugé. J’ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne les pourriez porter présentement. Quand cet Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité. Car il ne parlera pas de lui-même ; mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et vous annoncera ce qui doit advenir. Il me glorifiera, parce qu’il recevra de ce qui est à moi et vous l’annoncera.

Les Apôtres furent attristés lorsque Jésus leur eut dit : « Je m’en vais. » Ne le sommes-nous pas aussi, nous qui, depuis sa naissance en Bethléhem, l’avons suivi constamment, grâce à la sainte Liturgie qui nous attachait à ses pas ? Encore quelques jours, et il va s’élever au ciel, et l’année va perdre ce charme qu’elle empruntait, jour par jour, aux actions et aux discours de notre Emmanuel. Il ne veut pas cependant que nous nous laissions aller à une trop grande tristesse. Il nous annonce qu’en sa place le divin Consolateur, le Paraclet, va descendre sur la terre, et qu’il restera avec nous pour nous éclairer et nous fortifier jusqu’à la fin des temps. Profitons avec Jésus des dernières heures ; bientôt il sera temps de nous préparer à recevoir l’hôte céleste qui doit venir le remplacer.

Jésus, qui prononçait ces paroles la veille de sa Passion, ne se borne pas à nous montrer la venue de l’Esprit-Saint comme la consolation de ses fidèles ; il nous la fait voir en même temps comme redoutable à ceux qui auront méconnu leur Sauveur. Les paroles de Jésus sont aussi mystérieuses que terribles ; empruntons-en l’explication à saint Augustin, le Docteur des docteurs. « Lorsque l’Esprit-Saint sera venu, dit le Sauveur, il convaincra le monde en ce qui touche le péché. » Pourquoi ? « parce que les hommes n’ont pas cru en Jésus. » Combien, en effet, sera grande la responsabilité de ceux qui, ayant été les témoins des merveilles opérées par le Rédempteur, ne se rendront pas à sa parole ! Jérusalem entendra dire que l’Esprit est descendu sur les disciples de Jésus, et elle demeurera aussi indifférente qu’elle le fut aux prodiges qui lui désignaient son Messie. La venue de l’Esprit-Saint sera comme le prélude de la ruine de cette ville déicide. Jésus ajoute que « le Paraclet convaincra le monde au sujet de la justice, parce que, dit-il, je vais au Père, et que vous ne me verrez plus ». Les Apôtres et ceux qui croiront à leur parole seront saints et justes par la foi. Ils croiront en celui qui s’en est allé au Père, en celui que leurs yeux ne verront plus en ce monde. Jérusalem, au contraire, ne gardera souvenir de lui que pour le blasphémer ; la justice, la sainteté, la foi de ceux qui auront cru seront sa condamnation, et l’Esprit-Saint l’abandonnera à son sort. Jésus dit encore : « Le Paraclet convaincra le monde en ce qui touche le jugement. » Et pourquoi ? « parce que le prince du monde est déjà jugé. » Ceux qui ne suivent pas Jésus-Christ ont cependant un chef qu’ils suivent. Ce chef est Satan. Or, le jugement de Satan est déjà prononcé. L’Esprit-Saint avertit donc les disciples du monde que leur prince est pour jamais plongé dans la réprobation. Qu’ils y réfléchissent ; car, ajoute saint Augustin, « l’orgueil de l’homme aurait tort de compter sur l’indulgence ; qu’il se donne la peine de contempler le supplice auquel sont livrés les anges superbes. » (In Johannem, Tract. 95)

Dans l’Offertoire, le chrétien emploie les paroles de David pour célébrer les bienfaits de Dieu envers son âme. Il associe la terre entière à sa reconnaissance, et avec raison ; car les faveurs dont le chrétien est comblé sont le bien commun du genre humain, que Jésus ressuscité a appelé tout entier à prendre part, dans les divins Sacrements, aux grâces de la Rédemption.

Offertoire

Réjouissez-vous en Dieu, peuples de la terre entière ; chantez un cantique à la gloire de son Nom. Venez et écoutez, vous tous qui craignez Dieu ; je vous raconterai quelles grandes faveurs le Seigneur a faites à mon âme, alleluia.

La sainte Église, qui prend ses délices dans la contemplation de la vérité, dont Jésus ressuscité lui prodigue les trésors, demande pour ses enfants, dans la Secrète, la grâce de mener une vie pure, afin qu’ils puissent mériter d’être admis à voir éternellement cette auguste vérité dans sa source.

Secrète

O Dieu, qui par l’auguste communion que ce Sacrifice établit entre vous et nous, nous rendez participants de votre divinité souveraine : faites, s’il vous plaît, qu’étant mis en rapport avec votre vérité par la connaissance que vous nous en donnez, nous puissions l’atteindre par la pureté de notre vie. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

L’Antienne de la Communion reproduit les paroles mystérieuses de l’Évangile que nous venons d’interpréter, et dans lesquelles la venue du divin Esprit nous est montrée comme devant apporter en même temps la récompense aux croyants et le châtiment aux incrédules.

Communion

Lorsque le Paraclet, Esprit de vérité, sera venu, il convaincra le monde sur le péché, la justice et le jugement, alleluia, alleluia.

En offrant ses actions de grâces pour le divin Mystère auquel ils viennent de participer, la sainte Église enseigne à ses enfants, dans la Postcommunion, que l’Eucharistie a en même temps la vertu de nous purifier de nos péchés et de nous préserver des dangers auxquels nous vivons exposés.

Postcommunion

Assistez-nous, Seigneur notre Dieu, afin que par ce Mystère que nous venons de recevoir avec foi et sincérité, nous soyons purifiés de nos péchés et délivrés de tous périls. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

2. Autres liturgie

Pour terminer cette journée, nous emprunterons cette belle Préface à l’antique Missel gothique publié par dom Mabillon, et qui a été en usage autrefois dans un grand nombre d’Églises des Gaules.

Contestatio

Il est digne et juste, équitable et salutaire, que nous vous rendions grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout‑puissant, Dieu éternel ; mais dans ce jour de la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ votre Fils, une allégresse plus grande fait tressaillir nos cœurs. Car c’est ici le jour en lequel nous est apparue la cause des joies éternelles. C’est le jour de la résurrection de l’humanité et le principe de la vie qui ne doit pas finir. C’est le jour où dès le matin nous avons été rassasiés par votre miséricorde, où il a lui sur nous, celui qui est béni et qui vient au nom du Seigneur, celui qui est notre Dieu. C’est le jour où notre Seigneur Jésus-Christ votre Fils, accomplissant les prophéties au temps marqué, nous a visités après deux jours, en ressuscitant le troisième. C’est le jour béni par le souvenir de si grands bienfaits, que, par toute la terre, il est la source de la joie des mortels ; car si la mort a succombé sur la Croix même du Christ, la vie de tous les hommes s’est relevée dans sa Résurrection.

 

[1] William Faber. Conférences spirituelles. Le ciel et l’enfer, page 341.