Mes bien chers Frères,
Que ferez-vous pendant le prochain confinement ? Que ferons vos enfants enrôlés loin de vous dans une guerre inique ? Faut-il vous voiler la face ? Dois-je vous entretenir dans un christianisme de bon aloi pour ne pas tenir le rôle ingrat de prophète de malheur ?
Notre Seigneur nous a avertis : « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. » Et ailleurs « Vous êtes des lys au milieu des épines », « des lumières au milieu des ténèbres ».
C’est pour cela que le Saint-Esprit nous donne l’exemple de Job. Non seulement il fut réduit à gratter ses ulcères sur son fumier, mais ses braves amis se firent ses pires tentateurs tout en croyant bien faire. Comme les libéraux, comme les hommes du monde…
Nous aurons pour guide saint Grégoire le Grand, pape, dont l’ouvrage « Les morales de Job » fut un des plus lus dans la chrétienté.
Histoire de Job, texte de la Bible
Résumé du sermon
L’histoire de Job
chapitres 1 et 2
Il y avait dans la terre de Hus un homme qui s’appelait Job. Et cet homme était simple et droit ; et il craignait Dieu, et fuyait le mal.
Et il lui naquit sept fils et trois filles.
Il possédait sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, et cinq cents ânesses, et un très grand nombre de serviteurs. Et cet homme était grand parmi tous les Orientaux.
Et ses fils allaient les uns chez les autres, et donnaient un festin chacun à leur jour. Et ils envoyaient prier leurs trois sœurs de venir manger et boire avec eux.
Et lorsque ce cercle des jours de festin était achevé, Job envoyait chercher ses enfants, et les purifiait ; et, se levant de grand matin, il offrait des holocaustes pour chacun d’eux. Car il disait : Peut-être mes enfants ont-ils péché, et ont-ils offensé Dieu dans leur cœur. C’est ainsi que Job faisait tous les jours.
Première série d’épreuves
Or les fils de Dieu étant venus un jour se présenter devant le Seigneur, Satan se trouva aussi parmi eux.
Le Seigneur lui dit : D’où viens-tu ? Il Lui répondit : J’ai fait le tour de la terre, et je l’ai parcourue tout entière.
Et le Seigneur lui dit : As-tu considéré Mon serviteur Job, qui n’a point d’égal sur la terre, qui est un homme simple et droit, qui craint Dieu et fuit le mal ?
Satan lui répondit : Est-ce pour rien que Job craint Dieu ?
N’avez-vous pas protégé de toutes parts sa personne, et sa maison, et tous ses biens ? Vous avez béni les œuvres de ses mains, et ses possessions se sont multipliées sur la terre.
Mais étendez un peu Votre main, et touchez tout ce qui est à lui, et Vous verrez s’il ne Vous maudira pas en face.
Le Seigneur répondit à Satan : Va, tout ce qu’il a est en ton pouvoir ; seulement ne porte pas la main sur lui. Et Satan sortit aussitôt de devant le Seigneur.
Un jour donc que les fils et les filles de Job mangeaient et buvaient dans la maison de leur frère aîné,
un messager vint à Job et lui dit : Les bœufs labouraient, et les ânesses paissaient auprès d’eux, et les Sabéens se sont précipités, ont tout enlevé, et ont passé les serviteurs au fil de l’épée ; et je me suis échappé moi seul pour vous en apporter la nouvelle.
Il parlait encore, lorsqu’un autre vint et dit : Le feu de Dieu est tombé du ciel sur les brebis et sur les serviteurs, et les a consumés, et je me suis échappé seul pour vous en apporter la nouvelle.
Il parlait encore, lorsqu’un autre vint et dit : Les Chaldéens ont formé trois bandes, se sont jetés sur les chameaux et les ont enlevés, et ils ont passé les serviteurs au fil de l’épée, et je me suis échappé seul pour vous en apporter la nouvelle.
Il parlait encore, quand un autre se présenta et dit : Vos fils et vos filles mangeaient et buvaient dans la maison de leur frère aîné, lorsqu’un vent impétueux s’est levé tout à coup du côté du désert, et a ébranlé les quatre coins de la maison, qui, s’écroulant, a écrasé vos enfants, et ils sont morts. Et je me suis échappé seul pour vous en apporter la nouvelle.
Alors Job se leva et déchira ses vêtements, et, s’étant rasé la tête, il se jeta par terre, et adora, et dit : Je suis sorti nu du sein de ma mère, et j’y retournerai nu. Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté ; il est arrivé ce qui a plu au Seigneur ; que le nom du Seigneur soit béni !
En tout cela Job ne pécha point par ses lèvres, et il ne dit rien d’insensé contre Dieu.
Deuxième épreuve
Or il arriva que les fils de Dieu étant venus un jour se présenter devant le Seigneur, et Satan étant aussi venu parmi eux se présenter devant le Seigneur, le Seigneur lui dit : D’où viens-tu ? Il répondit : J’ai fait le tour de la terre, et je l’ai parcourue tout entière.
Le Seigneur dit encore à Satan : As-tu considéré Mon serviteur Job, qui n’a point d’égal sur la terre, qui est un homme simple et droit, qui craint Dieu et fuit le mal, et qui maintient encore son innocence ? Cependant tu m’as porté à agir contre lui pour l’affliger sans motif.
Satan lui répondit : L’homme donnera peau pour peau, et tout ce qu’il a pour sauver sa vie ;
mais étendez Votre main, et frappez ses os et sa chair, et Vous verrez s’il ne Vous maudira pas en face.
Le Seigneur dit donc à Satan : Va, il est en ta main ; mais ne touche point à sa vie.
Satan, étant sorti de devant le Seigneur, frappa Job d’un ulcère malin, depuis la plante des pieds jusqu’à la tête.
Et Job, assis sur un fumier, ôtait avec un tesson la pourriture de ses ulcères.
Alors sa femme lui dit : Vous demeurez encore dans votre simplicité ? Maudissez Dieu, et mourez.
Il lui dit : Vous parlez comme une femme qui n’a point de sens. Si nous avons reçu les biens de la main du Seigneur, pourquoi n’en recevrons-nous pas les maux ? Dans toutes ces choses Job ne pécha point par ses lèvres.
Arrivée des amis de Job
Cependant trois amis de Job apprirent tous les maux qui lui étaient arrivés, et ils vinrent chacun de leur pays : Eliphaz de Théman, Baldad de Suha, et Sophar de Naamath. Car ils s’étaient concertés pour venir le voir ensemble, et le consoler.
Et ayant levé de loin les yeux, ils ne le reconnurent point ; et ils pleurèrent à haute voix, déchirèrent leurs vêtements, et jetèrent de la poussière en l’air au-dessus de leur tête.
Et ils se tinrent assis à terre avec lui sept jours et sept nuits, et nul ne lui dit une parole, car ils voyaient que sa douleur était extrême.
Résumé du sermon
Job vivait dans la terre de Hus, c’est-à-dire au milieu de païens et de pécheurs. Je fus le frère des dragons et des autruches, dit Job. Frater fui draconum, et socius struthionum
C’est pour cette raison que saint Paul écrit à ses disciples : « Au milieu de ce peuple pervers et corrompu, au sein duquel vous brillez comme des flambeaux dans le monde » ; pour cette raison, qu’il est dit à l’ange de l’Église de Pergame : « Je sais où tu habites, là où se trouve le trône de Satan ; mais tu es fermement attaché à mon nom et tu n’as point renié ma Foi » ; pour cette raison, que la voix de l’Époux loue la sainte Église, en lui disant au Cantique d’Amour : « Comme le lys au milieu des épines, telle est ma Bien-Aimée parmi les jeunes filles ». C’est donc avec justesse qu’en nous rappelant sa patrie en terre païenne, on nous décrit la vie du bienheureux Job parmi les pécheurs : de la sorte, selon le chant de l’Époux, on nous montre la croissance du lys au milieu des épines.
2. Job était simple et droit. Les deux sont nécessaires.
Il est en effet des gens qui sont tellement simples qu’ils ignorent ce qui est droit ; mais ne s’élevant pas jusqu’à la vertu de droiture, ils délaissent la candeur de la vraie simplicité ; ignorant la prudence qu’impliqué la droiture, ils se rendent incapables de persévérer dans l’innocence de leur simplicité. Aussi saint Paul exhorte-t-il ses disciples : « Je veux que vous soyez ingénieux pour le bien, ingénus pour le mal », et : « Ne soyez pas des enfants pour ce qui est du jugement, mais pour la malice, soyez comme de petits enfants » ; et la Vérité en personne prescrit-elle à ses disciples : « Soyez prudents comme des serpents et simples comme des colombes » : c’est dans un même précepte que les deux vertus sont jointes comme nécessaires : la prudence du serpent doit guider la simplicité de la colombe ; et à son tour, la simplicité de la colombe modérer la prudence du serpent. Le Saint-Esprit s’est manifesté aux hommes non seulement sous forme de colombe, mais aussi de feu signifiant la simplicité par la colombe et le zèle par le feu ; il s’est manifesté sous ces deux aspects, parce que ceux qui sont remplis de lui, gardent une douceur empreinte de bonhomie, tout en s’enflammant du zèle de la justice contre les fautes des coupables. Quiconque aspire à l’éternelle patrie vit, sans aucun doute, dans la droiture et la simplicité : simple dans ses œuvres, droit dans sa foi ; simple dans le bien qu’il fait ici-bas, droit dans l’élévation de ses sentiments intimes. Il y a en effet des gens qui dans leurs bonnes œuvres manquent de simplicité : ils ne cherchent pas une récompense au dedans, mais des avantages au dehors. Un sage a dit d’eux : « Malheur au pécheur qui marche sur la terre par deux chemins ». Le pécheur marche sur la terre par deux chemins, quand ses actes paraissent être de Dieu, mais que ses intentions sont du monde.
