Mes bien chers Frères,
Le pardon de Joseph à ses frères nous permet de nous remettre dans la vérité quant à l’amour des ennemis et au pardon. Il y a tellement d’idées fausses sur ce point, qui faussent tout, avec comme conséquence de laisser les pécheurs dans leur péché.
Joseph, au contraire, sait qu’il ne peut pardonner tant que ses frères n’auront pas un cœur de chair à la place de leur cœur de pierre, tant qu’ils n’auront pas reconnu leur faute et n’auront pas réparé. C’est ce à quoi il va travailler avec la sévérité qu’exige la gravité de leur crime. Le pardon qu’il peut alors leur accorder n’en est que plus grand et meilleur, dans l’amour de Dieu.
Notre Dame nous demande la même chose à Fatima : de travailler à la conversion des pécheurs.
Je vous recommande de lire au préalable le texte de la Genèse, ci-dessous. Il est particulièrement touchant et édifiant. Il porte en lui-même une grâce de conversion et un désir de perfection.
Résumé du sermon
Texte de la Genèse
Résumé du sermon
Pardon et amour des ennemis
Deux amours : celui d’amitié qui est impossible avec un ennemi
et celui de bienveillance qui nous est demandé par le Christ au nom de l’amour de Dieu
Bienveillance : vouloir du bien. Principalement le bien de la contrition en vue du salut et du retour en la grâce de Dieu.
Le pardon n’est possible qu’en faveur de celui qui reconnaît sa faute, la regrette, en demande pardon (au moins implicitement) et répare. Dieu ne pardonne le pécheur qu’à ces conditions. Nous ne pouvons pas faire autrement.
Joseph, qui imite le Christ par avance va donc travailler à la conversion de ses frères, il va leur offrir une expiation afin de pouvoir leur pardonner. Pour cela, il est ingénieux.
La conversion des frères de Joseph et leur pardon
Joseph se montre dur envers eux pour qu’ils reconnaissent leur faute. Il ne leur montre aucune bienveillance apparente avant qu’ils ne soient convertis, mais la dureté est de la vraie bienveillance.
Il savait que leur crime ne pouvait être pardonné sans une grande pénitence, il la leur offre par trois fois dans la tribulation.
La grande douleur de Jacob leur père était un rappel constant de leur faute.
Le pardon : « Ne vous affligez pas de m’avoir vendu en esclavage, c’était pour votre salut. »
Il rend le bien pour le mal. Il accomplit déjà les préceptes et les conseils évangéliques.
Texte de la Genèse
Les frères de Joseph en Égypte
Cependant Jacob, ayant entendu dire qu’on vendait du blé en Égypte, dit à ses enfants : Pourquoi cette négligence ? J’ai appris qu’on vend du blé en Égypte ; allez-y acheter ce qui nous est nécessaire, afin que nous puissions vivre et que nous ne mourions pas de faim.
Les dix frères de Joseph allèrent donc en Égypte pour y acheter du blé.
Jacob retint Benjamin avec lui, ayant dit à ses frères qu’il craignait qu’il ne lui arrivât quelque accident en chemin.
Ils entrèrent dans l’Égypte avec les autres qui y allaient pour y acheter du blé ; car la famine était dans le pays de Chanaan.
Or Joseph commandait dans toute l’Égypte, et le blé ne se vendait aux peuples que par son ordre. Ses frères s’étant prosternés devant lui, il les reconnut ; et, leur parlant assez rudement, comme à des étrangers, il leur dit : D’où venez-vous ? Ils lui répondirent : Du pays de Chanaan, pour acheter ici de quoi vivre.
Et quoi qu’il connût bien ses frères, il ne fut néanmoins pas reconnu d’eux.
Alors, se souvenant des songes qu’il avait eus autrefois, il leur dit : Vous êtes des espions, et vous êtes venus ici pour considérer les endroits les plus faibles de l’Égypte.
Ils répondirent : Seigneur, cela n’est pas ainsi ; mais vos serviteurs sont venus ici pour acheter du blé. Nous sommes tous fils d’un même homme ; nous venons avec des pensées de paix, et vos serviteurs n’ont aucun mauvais dessein.
Il leur répondit : Non, cela n’est pas ; mais vous êtes venus pour remarquer ce qu’il y a de moins fortifié dans l’Égypte.
Ils lui dirent : Nous sommes douze frères, tous enfants d’un même homme du pays de Chanaan, et vos serviteurs. Le dernier est avec notre père, et l’autre n’est plus.
Voilà, dit Joseph, ce que je disais : vous êtes des espions. Je m’en vais éprouver si vous dites la vérité. Vive le Pharaon ! vous ne sortirez point d’ici jusqu’à ce que le dernier de vos frères y soit venu. Envoyez l’un de vous pour l’amener ; pendant ce temps, vous demeurerez en prison jusqu’à ce que j’aie reconnu si ce que vous dites est vrai ou faux ; autrement, vive le Pharaon ! vous êtes des espions.
Il les fit donc mettre en prison pour trois jours.
Et le troisième jour, il les fit sortir de prison et il leur dit : Faites ce que je vous dis, et vous vivrez ; car je crains Dieu. Si vous venez ici dans un esprit de paix, que l’un de vos frères demeure enchaîné dans la prison ; pour vous, allez-vous-en, emportez dans votre pays le blé que vous avez acheté, et amenez-moi le dernier de vos frères, afin que je puisse reconnaître si ce que vous dites est véritable, et que vous ne mouriez point. Ils firent ce qu’il leur avait ordonné.
Et ils se disaient l’un à l’autre : C’est justement que nous souffrons tout cela, parce que nous avons péché contre notre frère, et que, voyant l’angoisse de son âme lorsqu’il nous implorait, nous ne l’avons pas écouté ; c’est pour cela que nous sommes tombés dans cette affliction.
Ruben, l’un d’entre eux, leur disait : Ne vous ai-je pas dit : Ne commettez pas un si grand crime contre cet enfant ? et vous ne m’avez point écouté. C’est son sang maintenant que Dieu nous redemande.
Ils ne savaient pas que Joseph les comprenait, parce qu’il leur parlait par un interprète. Mais il s’éloigna quelques instants, et il pleura. Et étant revenu, il leur parla de nouveau.
Il fit prendre Siméon et le fit lier devant eux, et il commanda à ses officiers de remplir leurs sacs de blé, et de remettre l’argent de chacun dans son sac, en y ajoutant encore des vivres pour se nourrir pendant le chemin ; ce qui fut exécuté aussitôt.
Les frères de Joseph s’en allèrent donc, emportant leur blé sur leurs ânes. Et l’un d’eux ayant ouvert son sac dans l’hôtellerie, pour donner à manger à son âne, vit son argent à l’entrée du sac ; et il dit à ses frères : On m’a rendu mon argent ; le voici dans mon sac. Ils furent tous saisis d’étonnement et de trouble, et ils s’entredisaient : Quelle est cette conduite de Dieu sur nous ?
Lorsqu’ils furent arrivés chez Jacob, leur père, au pays de Chanaan, ils lui racontèrent tout ce qui leur était arrivé, en disant : Le seigneur de ce pays-là nous a parlé durement, et il nous a pris pour des espions qui venaient observer le royaume. Nous lui avons répondu : Nous sommes des gens paisibles, et très éloignés d’avoir aucun mauvais dessein. Nous étions douze frères, enfants d’un même père. L’un n’est plus, le plus jeune est avec notre père au pays de Chanaan.
Il nous a répondu : Je veux éprouver s’il est vrai que vous n’ayez que des pensées de paix. Laissez-moi donc ici l’un de vos frères ; prenez le blé qui vous est nécessaire pour vos maisons, et allez-vous-en ; et amenez-moi le plus jeune de vos frères, afin que je sache que vous n’êtes point des espions, que vous puissiez ensuite emmener avec vous celui que je retiens prisonnier, et qu’il vous soit permis à l’avenir d’acheter ici ce que vous voudrez.
Cela dit, comme ils versaient leur blé, ils trouvèrent chacun leur argent lié à l’entrée du sac, et ils en furent tous épouvantés.
Alors Jacob, leur père, leur dit : Vous m’avez réduit à être sans enfants ; Joseph n’est plus, Siméon est en prison, et vous voulez m’enlever Benjamin. Tous ces maux sont retombés sur moi.
Ruben lui répondit : Faites mourir mes deux enfants, si je ne vous le ramène pas. Confiez-le moi, et je vous le rendrai.
Non, dit Jacob, mon fils n’ira point avec vous. Son frère est mort, et il est demeuré seul. S’il lui arrive quelque malheur au pays où vous allez, vous accablerez ma vieillesse d’une douleur qui m’emportera au tombeau.
Deuxième voyage des frères de Joseph en Égypte
Cependant la famine désolait extraordinairement tout le pays ; et le blé que les enfants de Jacob avaient apporté d’Égypte étant consommé, Jacob leur dit : Retournez en Égypte, et achetez-nous un peu de blé.
Juda lui répondit : Celui qui commande là-bas nous a déclaré sa volonté avec serment, en disant : Vous ne verrez point mon visage, à moins que vous n’ameniez avec vous le plus jeune de vos frères. Si donc vous voulez l’envoyer avec nous, nous irons ensemble, et nous achèterons ce qui vous est nécessaire. Si vous ne le voulez pas, nous n’irons point ; car cet homme, comme nous vous l’avons dit plusieurs fois, nous a déclaré que nous ne verrions pas son visage si nous n’avions avec nous notre jeune frère.
Israël leur dit : C’est pour mon malheur que vous lui avez appris que vous aviez encore un autre frère.
Mais ils lui répondirent : Il nous demanda par ordre toute la suite de notre famille : si notre père vivait, si nous avions un autre frère ; et nous lui avons répondu conformément à ce qu’il nous avait demandé. Pouvions-nous deviner qu’il nous dirait : Amenez avec vous votre frère ?
Juda dit encore à son père : Envoyez l’enfant avec moi, afin que nous puissions partir et avoir de quoi vivre, et que nous ne mourions pas, nous et nos petits enfants. Je me charge de cet enfant, et c’est à moi que vous en demanderez compte. Si je ne vous le ramène pas, et si je ne vous le rends pas, je consens que vous ne me pardonniez jamais cette faute. Si nous n’avions point tant différé, nous serions déjà revenus une seconde fois.
Israël, leur père, leur dit donc : Si c’est une nécessité absolue, faites ce que vous voudrez. Prenez avec vous des plus excellents fruits de ce pays-ci, pour en faire présent à celui qui commande : un peu de résine, de miel, de storax, de myrrhe, de térébenthine et d’amandes. Portez aussi deux fois autant d’argent qu’au premier voyage, et reportez celui que vous avez trouvé dans vos sacs, de peur que ce ne soit une méprise.
Enfin menez votre frère avec vous, et allez vers cet homme. Je prie mon Dieu tout-puissant de vous le rendre favorable, afin qu’il renvoie avec vous votre frère qu’il tient prisonnier, et Benjamin ; cependant je demeurerai seul, comme si j’étais sans enfants.
Ils prirent donc avec eux les présents et le double de l’argent, avec Benjamin ; et étant partis, ils arrivèrent en Égypte, où ils se présentèrent devant Joseph.
Joseph les ayant vus, et Benjamin avec eux, dit à son intendant : Faites entrer ces hommes chez moi, tuez des victimes et préparez un festin, parce qu’ils mangeront à midi avec moi.
L’intendant exécuta ce qui lui avait été commandé, et il les fit entrer dans la maison.
Alors étant saisis de crainte, ils s’entredisaient : C’est à cause de cet argent que nous avons remporté dans nos sacs qu’il nous fait entrer ici, pour faire retomber sur nous ce reproche, et nous opprimer en nous réduisant en servitude, ainsi que nos ânes.
C’est pourquoi étant encore à la porte, ils s’approchèrent de l’intendant de Joseph. Et ils lui dirent : Seigneur, nous vous supplions de nous écouter. Nous sommes déjà venus une fois acheter du blé, et après l’avoir acheté, lorsque nous fûmes arrivés à l’hôtellerie, en ouvrant nos sacs, nous y trouvâmes notre argent que nous vous rapportons maintenant au même poids. Et nous vous en rapportons encore d’autre, pour acheter ce qui nous est nécessaire ; mais nous ne savons en aucune manière qui a pu remettre cet argent dans nos sacs.
L’intendant leur répondit : Ayez l’esprit en repos ; ne craignez point. Votre Dieu et le Dieu de votre père vous a donné des trésors dans vos sacs ; car pour moi j’ai reçu l’argent que vous m’avez donné, et j’en suis content. Il fit sortir aussi Siméon de la prison, et il le leur amena. Après les avoir fait entrer dans la maison, il leur apporta de l’eau ; ils se lavèrent les pieds, et il donna à manger à leurs ânes.
Cependant ils tinrent leurs présents tout prêts, attendant que Joseph entrât à midi, parce qu’on leur avait dit qu’ils devaient manger en ce lieu-là.
Joseph étant donc entré dans sa maison, ils lui offrirent leurs présents, qu’ils tenaient en leurs mains, et ils le saluèrent en se baissant jusqu’à terre.
Il les salua aussi, en leur faisant bon visage, et il leur demanda : Votre père, ce vieillard dont vous m’aviez parlé, vit-il encore ? Se porte-t-il bien ?
Ils lui répondirent : Notre père, votre serviteur, est encore en vie, et il se porte bien ; et se baissant profondément, ils le saluèrent.
Joseph, levant les yeux, vit Benjamin, son frère, fils de Rachel, sa mère, et il lui dit : Est-ce là le plus jeune de vos frères, dont vous m’aviez parlé ? Mon fils, ajouta-t-il, je prie Dieu qu’Il vous soit toujours favorable.
Et il se hâta de sortir, parce que ses entrailles avaient été émues en voyant son frère, et qu’il ne pouvait plus retenir ses larmes. Passant donc dans une autre chambre, il pleura. Et après s’être lavé le visage, il revint, se faisant violence, et il dit : Servez à manger.
On servit Joseph à part, et ses frères à part, et les Égyptiens qui mangeaient avec lui furent aussi servis à part (car il n’est pas permis aux Égyptiens de manger avec les Hébreux, et ils croient qu’un festin de cette sorte serait profane).
Ils s’assirent donc en présence de Joseph, l’aîné le premier selon son rang, et le plus jeune selon son âge. Et ils furent extrêmement surpris, en voyant les parts qu’il leur avait données ; la part la plus grande vint à Benjamin, elle était cinq fois plus grande que celle des autres. Ils burent ainsi avec Joseph, et ils firent grande chère.
Mise à l’épreuve des frères de Joseph
Or Joseph donna des ordres à l’intendant de sa maison, et lui dit : Mettez dans leurs sacs autant de blé qu’ils en pourront tenir, et l’argent de chacun à l’entrée du sac ; et mettez ma coupe d’argent à l’entrée du sac du plus jeune, avec l’argent qu’il a donné pour le blé. Cet ordre fut donc exécuté.
Et le lendemain matin, on les laissa aller avec leurs ânes.
Lorsqu’ils furent sortis de la ville, comme ils n’avaient fait encore que peu de chemin, Joseph appela l’intendant de sa maison et lui dit : Courez vite après ces hommes, arrêtez-les et dites-leur : Pourquoi avez-vous rendu le mal pour le bien ? La coupe que vous avez dérobée est celle dans laquelle boit mon maître, et dont il se sert pour deviner. Vous avez fait une très méchante action.
L’intendant fit ce qui lui avait été commandé, et, les ayant arrêtés, il leur dit tout ce qui lui avait été prescrit.
Ils lui répondirent : Pourquoi mon seigneur parle-t-il ainsi à ses serviteurs et les croit-il capables d’une action si honteuse ?
Nous vous avons rapporté du pays de Chanaan l’argent que nous avions trouvé à l’entrée de nos sacs. Comment donc se pourrait-il faire que nous eussions dérobé de la maison de votre maître de l’or ou de l’argent ? Que celui de vos serviteurs, quel qu’il puisse être, auprès de qui l’on trouvera ce que vous cherchez, soit mis à mort, et nous serons esclaves de mon seigneur.
Il leur dit : Que ce que vous prononcez soit exécuté. Quiconque se trouvera avoir pris ce que je cherche sera mon esclave, et vous en serez innocents.
Ils déchargèrent donc aussitôt leurs sacs à terre, et chacun ouvrit le sien.
L’intendant les ayant fouillés, en commençant depuis le plus grand jusqu’au plus petit, trouva la coupe dans le sac de Benjamin.
Alors ayant déchiré leurs vêtements et rechargés leurs ânes, ils revinrent à la ville.
Juda se présenta le premier avec ses frères devant Joseph, qui n’était pas encore sorti du lieu où il était ; et ils se prosternèrent tous ensemble à terre devant lui.
Joseph leur dit : Pourquoi avez-vous agi ainsi ? Ignorez-vous qu’il n’y a personne qui m’égale dans la science de deviner les choses cachées ?
Juda lui dit : Que répondrons-nous à mon seigneur ? que lui dirons-nous, et que pouvons-nous lui représenter avec quelque ombre de justice pour notre défense ? Dieu a trouvé l’iniquité de vos serviteurs. Nous sommes tous les esclaves de mon seigneur, nous et celui à qui on a trouvé la coupe.
Joseph répondit : Dieu me garde d’agir de la sorte. Que celui qui a pris ma coupe soit mon esclave ; et pour vous, allez en liberté retrouver votre père.
Juda, s’approchant alors plus près de Joseph, lui dit avec assurance : Mon seigneur, permettez, je vous prie, à votre serviteur, de vous adresser la parole, et ne vous irritez pas contre votre esclave ; car après le Pharaon, c’est vous qui êtes mon seigneur. Vous avez demandé d’abord à vos serviteurs : Avez-vous encore votre père ou quelque autre frère ? Et nous vous avons répondu, mon seigneur : Nous avons un père qui est âgé, et un jeune frère qu’il a eu dans sa vieillesse, dont le frère qui était né de la même mère est mort : il ne reste plus que celui-là, et son père l’aime tendrement. Vous dites alors à vos serviteurs : Amenez-le-moi pour que mes yeux le contemplent. Mais nous vous répondîmes, mon seigneur : Cet enfant ne peut quitter son père ; car, s’il le quitte, il le fera mourir.
Vous dîtes à vos serviteurs : Si le dernier de vos frères ne vient avec vous, vous ne verrez plus mon visage. Lors donc que nous fûmes retournés vers notre père, votre serviteur, nous lui rapportâmes tout ce que vous aviez dit, mon seigneur. Et notre père nous ayant dit : Retournez en Égypte pour nous acheter un peu de blé, nous lui répondîmes : Nous ne pouvons y aller seuls. Si notre jeune frère vient avec nous, nous irons ensemble ; mais à moins qu’il ne vienne, nous n’osons nous présenter devant celui qui commande en ce pays-là.
Il nous répondit : Vous savez que j’ai eu deux fils de Rachel ma femme. L’un d’eux étant allé aux champs, vous m’avez dit qu’une bête l’avait dévoré, et il ne paraît plus jusqu’à cette heure. Si vous emmenez encore celui-ci, et qu’il lui arrive quelque accident en chemin, vous accablerez ma vieillesse d’une affliction qui la conduira au tombeau.
Si je me présente donc à mon père, votre serviteur, et que l’enfant n’y soit pas, comme sa vie dépend de celle de son fils, lorsqu’il verra qu’il n’est point avec nous, il mourra, et vos serviteurs accableront sa vieillesse d’une douleur qui le mènera au tombeau.
Que ce soit donc plutôt moi qui sois votre esclave, puisque je me suis rendu caution de cet enfant, et que j’en ai répondu à mon père, en lui disant : Si je ne le ramène, je veux bien que mon père m’impute cette faute, et qu’il ne me la pardonne jamais. Ainsi je demeurerai votre esclave, et servirai mon seigneur à la place de l’enfant, afin qu’il retourne avec ses frères. Car je ne puis pas retourner vers mon père sans que l’enfant soit avec nous, de peur que je ne sois moi-même témoin de l’extrême affliction qui accablera notre père.
Joseph reconnu par ses frères
Joseph ne pouvait plus se contenir devant tous ceux qui l’entouraient ; il commanda donc que l’on fît sortir tout le monde, afin que nul étranger ne fût présent lorsqu’il se ferait reconnaître de ses frères. Il éleva la voix en pleurant, et il fut entendu des Égyptiens et de toute la maison du Pharaon.
Et il dit à ses frères : Je suis Joseph. Mon père vit-il encore ? Mais ses frères ne purent lui répondre, tant ils étaient saisis de frayeur.
Il leur dit avec bonté : Approchez-vous de moi. Et ils s’approchèrent. Il ajouta : Je suis Joseph votre frère, que vous avez vendu pour être conduit en Égypte. Ne craignez point, et ne vous affligez pas de ce que vous m’avez vendu pour être conduit en ce pays ; car Dieu m’a envoyé en Égypte avant vous pour votre salut.
Il y a déjà deux ans que la famine a commencé dans cette contrée, et il en reste encore cinq, pendant lesquels on ne pourra ni labourer ni recueillir. Dieu m’a fait venir ici avant vous pour vous conserver la vie, et afin que vous puissiez avoir des vivres pour subsister. Ce n’est point par votre conseil que j’ai été envoyé ici, mais par la volonté de Dieu, qui m’a rendu comme le père du Pharaon, le maître de sa maison, et le prince de toute l’Égypte. Hâtez-vous d’aller trouver mon père, et dites-lui : Voici ce que vous mande votre fils Joseph : Dieu m’a établi seigneur de toute l’Égypte. Venez me trouver, ne différez point ; vous demeurerez dans la terre de Gessen ; vous serez près de moi, vous et vos enfants, et les enfants de vos enfants, vos brebis, vos troupeaux de bœufs et tout ce que vous possédez. Et je vous nourrirai là, parce qu’il reste encore cinq années de famine ; de peur qu’autrement vous ne périssiez avec toute votre famille et tout ce qui est à vous.
Vous voyez de vos yeux, vous et mon frère Benjamin, que c’est moi-même qui vous parle de ma propre bouche. Annoncez à mon père quelle est ma gloire, et tout ce que vous avez vu dans l’Égypte. Hâtez-vous de me l’amener.
Et s’étant jeté au cou de Benjamin son frère, pour l’embrasser, il pleura, et Benjamin pleura aussi en le tenant embrassé. Joseph embrassa aussi tous ses frères ; il pleura sur chacun d’eux ; et après cela ils se rassurèrent pour lui parler.
Aussitôt le bruit se répandit dans toute la cour du roi que les frères de Joseph étaient venus, et le Pharaon s’en réjouit avec toute sa maison. Et il dit à Joseph : Dites à vos frères : Chargez vos ânes de blé, retournez en Chanaan ; et amenez de là votre père avec toute votre famille, et venez me trouver. Je vous donnerai tous les biens de l’Égypte, et vous serez nourris de ce qu’il y a de meilleur dans ce pays.
Ordonnez-leur aussi d’emmener des chariots de l’Égypte, pour faire venir leurs femmes avec leurs petits enfants, et dites-leur : Amenez votre père, et hâtez-vous de venir le plus tôt que vous pourrez, sans rien laisser de ce qui est dans vos maisons, parce que toutes les richesses de l’Égypte seront à vous.
Les enfants d’Israël firent ce qui leur avait été ordonné. Et Joseph leur fit donner des chariots, selon l’ordre qu’il en avait reçu du Pharaon, et des vivres pour le chemin. Il commanda aussi que l’on donnât deux robes à chacun de ses frères ; mais il en donna cinq des plus belles à Benjamin, et trois cents pièces d’argent. Il envoya autant d’argent et de robes pour son père, avec dix ânes chargés de tout ce qu’il y avait de plus précieux dans l’Égypte, et autant d’ânesses qui portaient du blé et du pain pour le chemin.
Il renvoya donc ses frères, et il leur dit au départ : Ne vous querellez point le long du chemin.
Ils vinrent donc de l’Égypte au pays de Chanaan, vers Jacob leur père,
Et ils lui dirent cette nouvelle : Votre fils Joseph est vivant, et il gouverne tout le pays d’Égypte. Ce que Jacob ayant entendu, il se réveilla comme d’un profond sommeil, et cependant il ne pouvait croire ce qu’ils lui disaient.
Ses enfants insistaient, au contraire, en lui rapportant comment toute la chose s’était passée. Enfin, ayant vu les chariots et tout ce que Joseph lui envoyait, il reprit ses esprits ; et il dit : Je n’ai plus rien à souhaiter, puisque mon fils Joseph vit encore. J’irai, et je le verrai avant de mourir.
Jacob et sa famille en Égypte
Israël partit donc avec tout ce qu’il avait, et vint au Puits du serment ; et ayant immolé en ce lieu des victimes au Dieu de son père Isaac, il L’entendit dans une vision, pendant la nuit, qui l’appelait, et qui lui disait : Jacob, Jacob.
Il Lui répondit : Me voici.
Et Dieu ajouta : Je suis le Dieu très puissant de votre père, ne craignez point ; allez en Égypte, parce que Je vous y rendrai le chef d’un grand peuple. J’irai là avec vous, et Je vous en ramènerai lorsque vous en reviendrez, Joseph aussi vous fermera les yeux de ses mains.
Jacob étant donc parti du Puits du serment, ses enfants l’amenèrent avec ses petits-enfants et leurs femmes, dans les chariots que le Pharaon avait envoyés pour porter ce vieillard,
Avec tout ce qu’il possédait au pays de Chanaan ; et il arriva en Égypte avec toute sa race,
Ses fils, ses petits-fils, ses filles, et tout ce qui était né de lui.
(…)
Or Jacob envoya Juda devant lui vers Joseph pour l’avertir de sa venue, afin qu’il vînt au-devant de lui en la terre de Gessen.
Quand Jacob y fut arrivé, Joseph fit atteler son char, et vint au même lieu au-devant de son père ; et le voyant, il se jeta à son cou, et l’embrassa en pleurant.
Jacob dit à Joseph : Je mourrai maintenant avec joie, puisque j’ai vu votre visage, et que je vous laisse après moi.
Joseph dit à ses frères et à toute la maison de son père : Je m’en vais dire au Pharaon que mes frères et tous ceux de la maison de mon père sont venus me trouver de la terre de Chanaan où ils demeuraient ; que ce sont des pasteurs de brebis, qui s’occupent à nourrir des troupeaux, et qu’ils ont amené avec eux leurs brebis, leurs bœufs et tout ce qu’ils pouvaient avoir.
Et lorsque le Pharaon vous fera venir, et vous demandera : Quelle est votre occupation ? Vous lui répondrez : Vos serviteurs sont pasteurs depuis leur enfance jusqu’à présent, et nos pères l’ont toujours été comme nous. Vous direz cela pour pouvoir demeurer dans la terre de Gessen, parce que les Égyptiens ont en abomination tous les pasteurs de brebis.
La famille de Jacob dans la région de Gosen
Joseph, étant donc allé trouver le Pharaon, lui dit : Mon père et mes frères sont venus du pays de Chanaan avec leurs brebis, leurs troupeaux, et tout ce qu’ils possèdent, et ils se sont arrêtés en la terre de Gessen.
Il présenta aussi au roi cinq de ses frères ;
Et le roi leur ayant demandé : À quoi vous occupez-vous ? Ils lui répondirent : Vos serviteurs sont pasteurs de brebis, comme l’ont été nos pères. Nous sommes venus passer quelque temps dans vos terres, parce que la famine est si grande dans le pays de Chanaan, qu’il n’y a plus d’herbe pour les troupeaux de vos serviteurs. Et nous vous supplions d’agréer que vos serviteurs demeurent dans la terre de Gessen.
Le roi dit donc à Joseph : Votre père et vos frères sont venus vous trouver. Vous pouvez choisir dans toute l’Égypte ; faites-les demeurer dans l’endroit du pays qui vous paraîtra le meilleur, et donnez-leur la terre de Gessen. Que si vous connaissez qu’il y ait parmi eux des hommes habiles, donnez-leur l’intendance sur mes troupeaux.
Joseph introduisit ensuite son père devant le roi, et il le lui présenta. Jacob salua le Pharaon, et le bénit.
Le roi lui ayant demandé quel âge il avait,
Il lui répondit : Les jours de ma pérégrination sont de cent trente ans ; ils ont été peu nombreux et mauvais, et ils n’ont point atteint ceux de la pérégrination de mes pères.
Et après avoir souhaité toute sorte de bonheur au roi, il se retira.
Joseph, selon le commandement du Pharaon, mit son père et ses frères en possession de Ramessès, dans le pays le plus fertile de l’Égypte. Et il les nourrissait avec toute la maison de son père, donnant à chacun ce qui lui était nécessaire pour vivre. Car le pain manquait dans tout le pays, et la famine affligeait toute la terre, mais principalement l’Égypte et le pays de Chanaan.
