4e mystère douloureux
Le portement de Croix
Fruit du mystère : la fidélité


4e mystère douloureux : Le portement de la croix
Fruit du mystère : la patience et la persévérance dans les épreuves

Saint Laurent Justinien
L’arbre de vie ou les douze fruits de la foi
Chapitre 2

Comme la lumière est nécessaire aux yeux pour remplir leur destination, ainsi la persévérance est indispensable aux élus pour arriver au royaume du ciel. De même encore, celui qui ne persévère pas jusqu’à la fin, court et combat aussi vainement que celui qui ouvre les yeux dans les ténèbres. Afin donc d’inspirer à tous ceux qui servent Dieu et qui suivent la voie de ses commandements le courage de persévérer, je crois devoir dire ici quelques mots à la louange de cette vertu. Tout travail est allégé par l’appât et la considération du salaire. Or, la persévérance nous est recommandée d’abord et principalement par la promesse qui a été faite à ceux qui persévèrent, comme nous le voyons dans l’Apocalypse : Soyez fidèle jusqu’à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie. Aussi, n’est-il rien à quoi le démon s’attaque plus violemment qu’à la persévérance parce qu’il sait que c’est la seule vertu qui nous obtienne la couronne.

Les nombreux avantages qu’elle nous procure doivent aussi nous encourager à la pratiquer. D’abord, elle obtient tout ce qu’elle veut : témoin cet ami qui va trouver son ami au milieu de la nuit pour lui demander du pain. S’il continue à frapper, nous dit le Seigneur, je vous assure que quand l’autre ne lui en donnerait pas, parce qu’il est son ami, il se lèverait du moins à cause de son importunité et lui en donnerait autant qu’il en aurait besoin. Mais si l’homme accorde par lassitude ce que son semblable lui demande avec persévérance, à combien plus forte raison Dieu nous exaucera-l-il, lui qui, avec la plus grande libéralité, a coutume d’accorder ce qu’on lui demande. Comment rejetterait-il une prière persévérante lui qui, pour avoir lieu de nous donner gratuitement, nous exhorte à lui demander ; lui qui se plaint si nous ne lui demandons rien ? Comment refuserait-il quelque chose à ceux qui l’implorent avec persévérance, lui qui de lui-même donne à ceux qui ne lui demandent pas ? Comment enfin ne nous accorderait-il pas tout ce que nous lui demandons avec persévérance, lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré à la mort pour nous tous ?

Cette vertu rend faciles les choses les plus ardues. Si l’on passe subitement de l’ombre au soleil, du repos au travail, l’habitude lève les difficultés et rend bientôt facile ce qui au commencement avait paru impossible.

La persévérance ne laisse rien d’imparfait. Il n’est rien dont on ne vienne à bout par un travail opiniâtre et soutenu, par une attention et un soin persévérants. Ne voyons-nous pas des femmes d’un âge très avancé accomplir, à force de patience, des voyages longs et pénibles ? Ne voyons-nous pas l’eau qui est une substance molle finir par creuser le rocher le plus dur, en tombant constamment à la même place ?

C’est la persévérance seule qui obtient la récompense. Elle est la fille bien-aimée du souverain Roi, la fin des vertus et leur consommation ; sans elle, point de victoire pour le combattant, point de palme pour le vainqueur. C’est elle qui entretient nos mérites et nous mène à la récompense ; elle est la sœur de la patience, la fille de la constance, le lien de là charité, le boulevard de la sainteté. Sans elle, l’obéissance reste sans salaire, le bienfait sans reconnaissance, le courage sans honneur. C’est la seule vertu à qui l’éternité soit rendue, ou plutôt qui rende l’homme à l’éternité, puisque le Seigneur a dit : Celui-là seul qui aura persévéré jusqu’à la fin sera sauvé.