Entrevue avec Mgr Michal Stobnicki

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Dans cet entretien, Monseigneur, après nous avoir dit pourquoi il a fait confiance à Mgr Williamson, aborde la question de la sanctification du dimanche et du nouveau code. Nous le remercions vivement d’avoir pris le temps de nous répondre, malgré ses activités très chargées.

Abbé François Pivert : Monseigneur, pour commencer, pourriez-vous nous rappeler pourquoi vous avez accepté l’épiscopat.

Mgr Michal Stobnicki : En fait, je peux indiquer une raison principale : le sens du devoir envers Dieu. Y a-t-il quelque chose de plus important dans la vie d’un homme que d’accomplir la volonté de Dieu ? C’est la raison pour laquelle je suis devenu prêtre. Après avoir quitté le séminaire de la Fraternité Saint Pie X  à Zaitzkofen, en Allemagne, humainement parlant, je ne voulais plus être prêtre, j’étais très déçu de ce que j’y avais trouvé. Sur la base des livres et des sermons de Mgr Lefebvre, je m’imaginais le séminaire de la Fraternité Saint Pie X tout à fait différent de ce qu’il était en réalité. Malheureusement, un esprit libéral régnait déjà dans ce séminaire. Mais le sens du devoir ne me quittait pas, l’idée que je devais reprendre le chemin du sacerdoce revenait toujours. Il n’y avait là rien d’émotionnel ou de sentimental. Seule et unique, c’était la raison qui m’indiquait la nécessité de devenir prêtre conformément à la volonté de Dieu. Lorsque Mgr Williamson m’a dit qu’il voulait m’ordonner prêtre, cela a été pour moi comme un appel à servir Dieu.

À l’époque, je ne pensais pas que je deviendrais un jour évêque. Mais une fois de plus, la volonté de Dieu s’est révélé différente de ce que j’avais imaginé. Le sens du devoir envers Dieu m’a poussé à devenir évêque. Une fois encore, lorsque Mgr Williamson m’a dit qu’il voulait me consacrer évêque, cela a été pour moi un appel sous les drapeaux du Christ-Roi. Dans l’Évangile, notre Seigneur prononce ces paroles pleines de compassion : Misereor super turbam, quia ecce iam triduo sustinent me nec habent quod manducent ; et si dimisero eos ieiunos, deficient in via, J’ai compassion de cette foule, car voilà déjà trois jours qu’ils sont avec moi, et ils n’ont pas de quoi manger  ; et si je les renvoie à jeun dans leurs maisons, ils défailliront en chemin. (Marc 8.2). Ces mots résonnent particulièrement fort à notre époque, où tant de membres du clergé, dans la Tradition aussi, se sont révélés être des imitateurs de Judas Iscariote. L’Église catholique, selon la volonté du Christ lui-même, a besoin d’évêques pour exister. Mgr Williamson l’a parfaitement compris. C’est pourquoi il a laissé ses successeurs, des évêques qui doivent poursuivre la mission que le Sauveur a confiée à ses apôtres. Priez pour moi, s’il vous plaît, afin que je puisse accomplir au mieux cette mission difficile et lourde.

Abbé Pivert : Pourquoi avez-vous fait confiance à Mgr Williamson ?

J’ai eu l’occasion de rencontrer et de discuter avec les quatre évêques de la Fraternité Saint Pie X. En réponse à cette question, je peux également indiquer une raison principale : Mgr Williamson était un défenseur sincère et dévoué de la Vérité. Comme jeune séminariste, j’ai été vraiment choqué de voir avec quelle aversion les supérieurs du séminaire de Zaitzkofen le traitaient. Ils ont non seulement suggéré aux clercs de ne pas assister aux conférences de Mgr William­son, mais ils ont également ridiculisé les thèmes abordés par ce dernier concer­nant le Nouvel Ordre Mondial, la franc-maçonnerie ou ceux qui ont traversé la mer Rouge à pied sec. Mais comment un prêtre peut-il lutter pour le Christ Roi s’il n’a aucune idée de qui est l’ennemi ? On lit dans les Écritures : Militia est vita hominis super terram, Le sort de l’homme sur la terre est celui d’un soldat. (Job 7.1). La mission d’un soldat est le combat, et c’est exactement ce qu’a fait Mgr Williamson. Il ne cherchait pas d’amis parmi les fils de ce monde, il ne mendiait pas un accord pratique avec les traîtres à la Vérité, il ne cherchait pas de compromis avec les ennemis de Jésus-Christ. Un vrai soldat du Christ-Roi, qui souffrait pour la Foi, parce que il a prêché la parole, il a insisté en toute occasion, favorable ou non (II Timothée 4.2). Malheureusement, il était le seul des quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre à le faire en ces dernières années. Et c’est ce qui m’a incité à lui faire confiance. Beaucoup de prêtres et de fidèles traditionnels préfèrent se laisser séduire par des paroles douces et diplomatiques et par un sourire artificiel et stupide collé au visage, mais c’est le chemin qui mène tout droit dans les bras du diable. Nous ne devons pas oublier, que même la Messe de toujours la plus pieuse ne servira à rien si l’on n’a pas la Foi Catholique.

Abbé Pivert : Monseigneur, quelle est la situation de la Fidélité Catholique en Pologne ? Êtes-vous aidé par des prêtres ?

Mgr Stobnicki : La situation de la Fidélité Catholique, comme partout ailleurs, n’est pas facile. Pourquoi ? La religion postconciliaire de l’homme est confor­table : il n’est pas nécessaire de lutter, on peut s’amuser ; il n’est pas nécessaire de se soucier de la justice divine, il suffit de croire en la miséricorde divine ; il n’est pas nécessaire de suivre le seul Sauveur, car on a d’autres « sauveurs » à sa disposition. En outre, parmi ceux qu’on appelle catholiques traditionnels, il y a beaucoup de libéraux qui croient aux slogans sur la paix et l’unité et de personnes qui sont plus attachées émotionnellement à telle ou telle chapelle, à telle ou telle Fraternité, qu’à Notre Seigneur Jésus-Christ. Que cela nous plaise ou non, nous sommes tous engagés dans une guerre spirituelle dont l’enjeu est notre vie éternelle. Pour l’obtenir, nous devons conserver jusqu’à notre dernier souffle la foi catholique, sans laquelle, comme le rappelle saint Paul Apôtre, il est impossible de plaire à Dieu. C’est pourquoi nous essayons de former des catho­li­ques solides qui utilisent leur raison. Si un catholique connaît le catéchisme, s’il sait en quoi il croit, il ne se laissera pas tromper par de faux prophète et sera capable de conserver la foi et la grâce sanctifiante.

En ce qui concerne les chiffres – même si nous devons garder à l’esprit que la qualité est plus importante que la quantité – il y a une certaine augmentation. Nous avons plus de 25 centres de messe en Pologne : plusieurs dans la région de Varsovie et de Podkarpacie (sud-est de la Pologne), ainsi qu’en Silésie (près de Katowice), à Lublin, à Wroclaw, à Bydgoszcz, ainsi que dans la région de Poznan, au nord près de la mer, à l’ouest près de la frontière avec l’Allemagne et à l’est près de la frontière avec la Biélorussie. En outre, je m’occupe également du ministère pastoral auprès des fidèles dans d’autres pays surtout d’Europe centrale et orientale. Au total, je collabore avec 12 prêtres dans mon travail pastoral.

Abbé Pivert : Monseigneur, comment les fidèles de la Fidélité Catholique sanctifient-ils le dimanche quand vous ne les visitez pas ?

En principe, lorsqu’ils ne peuvent pas assister à la Messe, ils sanctifient le dimanche par une dévotion privée. Ce n’est pas une nouvelle invention, c’est la pratique de l’Église. Si vous ne pouvez pas assister à la Messe catholique, vous devez sanctifier le dimanche et honorer le bon Dieu d’une autre manière. L’exemple des fidèles en Croatie, où il y a beaucoup de jeunes fidèles, qui se réunissent pour prier ensemble, réciter le chapelet et apprendre le catéchisme, est remarquable. Ce que nous oublions souvent, c’est que la Sainte Messe est la couronne. La couronne est posée sur la tête lorsqu’une personne est déjà correc­tement habillée. Si vous ne connaissez pas la foi catholique ou – horreur – si vous faites partie de ces âmes qui se considèrent comme catholiques traditionnels, mais rejettent l’enseignement de l’Église, vous ne méritez pas cette couronne ! C’est un énorme problème dont on ne parle pas. Beaucoup de personnes veulent assister à la Messe pour la Messe, c’est-à-dire qu’ils ne désirent pas y assister pour rendre grâce à la Très Sainte Trinité, mais pour se sentir bien (quel bon catholique je suis, puisque je suis venu à la chapelle dimanche !) ou pour des raisons humaines (ah, c’est l’occasion de retrouver mes amis !). Ces âmes sont-elles prêtes à lutter pour la Foi ? Non. Et malheureusement, ces âmes sont aujourd’hui formées non seulement par les communautés officieuses de la néo-Église conciliaire, mais aussi par la Fraternité Sacerdotale du Saint-Pie X, qui poursuit ses efforts insensés pour obtenir la reconnaissance des successeurs spirituels de Judas Iscariote. Elle est donc devenue esclave de la hiérarchie romaine et ne vous garantit pas, à vous et à vos enfants, une protection contre le libéralisme et le modernisme. Au contraire.

Abbé Pivert : Monseigneur, est-il permis de prendre le code de droit canonique de 1983 pour règle ? Particulièrement quant aux nullités de mariage ?

Mgr Stobnicki : Le nouveau code de droit canonique n’est pas seulement un problème juridique. C’est une question beaucoup plus grave qu’il n’y paraît. La nouvelle Église conciliaire n’a pas seulement créé une nouvelle théologie et une nouvelle liturgie. Elle avait également besoin de nouvelles traductions (falsifiées) des Écritures, d’un nouveau Rosaire, d’une nouvelle morale et enfin d’un nouveau droit canonique qui répondrait aux besoins de la nouvelle Église conciliaire. Cela est particulièrement évident dans le cas du mariage. Dans le cas de ce sacrement, l’attaque principale n’a pas été menée par le changement du rite, mais par le droit canonique. Les objectifs du mariage ont été modifiés et son indissolubilité a été remise en cause, parce que conformément aux nouvelles prescriptions légales il est assez facile d’obtenir une « déclaration de nullité ».

Abbé Pivert : Monseigneur, je vous remercie et je vous assure de notre prière. Je suis certain que nos fidèles auront à cœur de prier pour vous et votre apostolat.

24 juillet 2025