Saint Pie X : Marie corédemptrice, médiatrice et mère

La dernière atteinte de Léon XIV contre la Très Sainte Vierge est gravissime, car Marie et la dernière planche de salut dans le monde moderne.

Parce que Marie est corédemptrice, par elle nous avons accès à la Croix de Jésus, même là où nous n’avons pas la messe. Parce qu’elle et médiatrice de toute grâce, elle forme les chrétiens piliers de l’Église là où la hiérarchie l’ébranle. Parce qu’elle est mère, elle rend aux chrétiens désemparés courage pour porter leur croix.

Heureusement, nous pouvons nous appuyer sur saint Pie X pour tenir fermement la doctrine mariale.

Texte complet de l’encyclique de saint Pie X Ad diem illum

Saint Pie X à la grotte de Lourdes du Vatican

Le 2 février 1904, première année de son pontificat, saint Pie X publia l’encyclique Ad diem illum laetissimum, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la définition dogmatique de l’Immaculée Conception. Il entendait ainsi montrer que le dogme proclamé par Pie IX appartient au cœur même du mystère chrétien et que Marie, par la volonté de Dieu, occupe une place essentielle dans l’économie du salut. L’Immaculée Conception n’y est pas présentée comme un privilège isolé ou un honneur personnel, mais comme une clé décisive pour comprendre la Rédemption et la vie de l’Église.

Le Pape inscrit Marie dans le plan éternel de Dieu, préservée de toute souillure du péché originel dès le premier instant de sa conception et comblée de la plénitude de la grâce. Cela signifie non seulement une sainteté exceptionnelle, mais aussi une préparation providentielle à une mission unique : être la Mère du Rédempteur et être indissociablement liée à son œuvre de salut. Cette préservation n’était ni passive ni simplement négative : Dieu a voulu une Mère parfaitement sainte pour son Fils, et il l’a voulue ainsi pour être intimement associée à la Rédemption du genre humain. C’est pourquoi, contemplant Marie au moment culminant du Calvaire, le Pape écrit : « Quand l’heure suprême du Fils arriva, Marie se tenait près de la Croix de Jésus, et elle a participé si pleinement à sa Passion que, si cela avait été possible, elle aurait volontiers enduré tous les tourments de son Fils. » De là découle une conséquence doctrinale décisive : « De cette communion de volonté et de souffrance entre le Christ et Marie, elle a mérité de devenir, de la manière la plus digne, la rédemptrice du monde perdu et la dispensatrice des dons que notre Sauveur nous a acquis par sa mort et son sang. » Voici, clairement formulée, la doctrine de la corédemption mariale. Il ne s’agit pas d’une rédemption parallèle ni d’une égalité avec le Christ, seul Médiateur par nature entre Dieu et les hommes, à qui la Rédemption, dans son sens propre et effectif, appartient exclusivement. Mais précisément parce que le Christ a voulu associer sa Mère à son sacrifice, Marie coopère d’une manière réelle, subordonnée et voulue par Dieu.

De cette association découle la médiation mariale. Saint Pie X affirme que Marie ne peut être dotée d’un pouvoir productif de grâce, qui appartient à Dieu seul ; mais il ajoute que, par son union singulière avec le Christ et son association à l’œuvre de la Rédemption, Marie mérite pour nous ce que le Christ mérite pleinement et agit comme ministre suprême dans la distribution des grâces. Le Christ est la source ; Marie est le canal maternel établi par la Providence : « Puisque la divine Providence a voulu que nous ayons le Dieu-Homme par Marie, nous n’avons d’autre choix que de recevoir le Christ des mains de Marie. » Il ne s’agit pas d’un choix de dévotion ou d’une sensibilité particulière, mais bien de l’ordre même du salut voulu par Dieu. Séparer le Christ de Marie, c’est pervertir cet ordre ; les accueillir ensemble, c’est entrer pleinement dans le dessein divin.

Dans ce contexte doctrinal, Pie X évoque Lourdes : « À peine Pie IX avait-il proclamé comme vérité de la foi catholique que Marie, dès son origine, était exempte de péché, que dans la ville de Lourdes, par l’œuvre de la Vierge elle-même, commencèrent d’admirables prodiges ; d’où naquit, grâce à d’immenses efforts et à un travail magnifique, l’édification de temples dédiés à la Mère Immaculée ; et les prodiges qui s’accomplissent chaque jour – obtenus par la Divine Mère par son intercession – sont autant d’arguments éloquents pour vaincre l’incrédulité des hommes de notre temps. » Cette citation est essentielle. Lourdes n’apparaît pas comme un phénomène marginal ou sentimental, mais comme le fruit providentiel immédiat du dogme, la réponse du Ciel à l’acte solennel du Magistère. Lourdes est la confirmation historique et pastorale de l’Immaculée Conception et de ses miracles, arguments contre l’incrédulité moderne. Lourdes incarne historiquement ce que le pape anti-moderniste expose doctrinalement dans Ad diem illum laetissimum. Car dans les Pyrénées françaises, au bord du Gave, la Médiatrice est vue à l’œuvre ; là se manifeste la fécondité de sa corédemption ; là, l’Immaculée conduit à la conversion, à la pénitence et à la grâce. Lourdes rend visible la vérité proclamée.

Un mois après avoir signé cette encyclique, le 28 mars 1905, Pie X inaugura un « autre » Lourdes dans les jardins du Vatican : une réplique exacte de la grotte de Massabielle, où la Vierge Marie était apparue à sainte Bernadette.