Exercices préparatoires à la consécration à Marie
Dernier jour : la consécration

Jour de Clôture
CONSÉCRATION ET VIE D’UNION

Le 8 décembre, en la fête de l’Immaculée conception de la Très Sainte Vierge, la communauté du Prieuré Notre Dame du Christ-Roi renouvellera la consécration à Jésus par Marie, au cours d’un salut du Saint-Sacrement, à 18 h. Cette cérémonie sera diffusée sur Internet, il suffira de se rendre sur la page du chapelet et de cliquer un des boutons “chapelet en direct”. Soyez nombreux à en profiter : la consécration à Jésus par Marie est un don du ciel pour les temps de persécution.

Ceux qui ne pourront pas se confesser et communier, devront cependant se consacrer sans crainte, puisque la consécration à Jésus est — comme le nom même l’indique — le moyen le plus efficace de vivre dans l’union à Dieu lorsqu’on ne peut recevoir les sacrements.


« Au bout de ces trois semaines (ceux et celles qui ont suivi les Exercices de préparation) se confesseront et communieront à l’intention de se donner à Jésus-Christ, en qualité d’esclaves d’amour, par les mains de Marie. Et après la communion, ils réciteront la formule de leur Consécration. Il faudra qu’ils l’écrivent ou la fassent écrire, si elle n’est pas imprimée, et qu’ils la signent le même jour qu’ils l’auront faite. Il sera bon que, ce jour, ils payent quelque tribut à Jésus-Christ et à sa sainte Mère, soit pour pénitence de leur infidélité passée aux promesses de leur baptême, soit pour protester leur dépendance du domaine de Jésus et de Marie… » (VD, N° 231-232).

CONSÉCRATION DE SOI-MÊME
À JÉSUS-CHRIST LA SAGESSE INCARNÉE,
PAR LES MAINS DE MARIE

L’hommage à Jésus

Ô Sagesse éternelle et incarnée ! Ô très aimable et adorable Jésus, vrai Dieu et vrai homme, Fils unique du Père éternel et de Marie toujours Vierge !

Je vous adore profondément dans le sein et les splendeurs de votre Père pendant l’éternité, et dans le sein virginal de Marie, votre très digne Mère, dans le temps de votre incarnation.

Je vous rends grâces de ce que vous vous êtes anéanti vous-même en prenant la forme d’un esclave, pour me tirer du cruel esclavage du démon. Je vous loue et glorifie de ce que vous avez bien voulu vous soumettre à Marie, votre sainte Mère, en toutes choses, afin de me rendre par elle votre fidèle esclave.

Mais, hélas ! ingrat et infidèle que je suis, je ne vous ai pas gardé les vœux et les promesses que je vous ai si solennellement faits dans mon baptême ; je n’ai point rempli mes obligations ; je ne mérite pas d’être appelé votre enfant ni votre esclave ; et, comme il n’y a rien en moi qui ne mérite vos rebuts et votre colère, je n’ose plus par moi-même approcher de votre très sainte et auguste Majesté.

C’est pourquoi j’ai recours à l’intercession et à la miséricorde de votre très sainte Mère, que vous m’avez donnée pour Médiatrice auprès de vous ; et c’est par son moyen que j’espère obtenir de vous la contrition et le pardon de mes péchés, l’acquisition et la conservation de la Sagesse.

 L’hommage à Marie

Je vous salue donc, ô Marie immaculée, tabernacle vivant de la Divinité, où la Sagesse éternelle cachée veut être adorée des anges et des hommes.

Je vous salue, ô Reine du Ciel et de la terre, à l’empire de qui tout est soumis, tout ce qui est au-dessous de Dieu.

Je vous salue, ô Refuge assuré des pécheurs, dont la miséricorde n’a manqué à personne ; exaucez les désirs que j’ai de la divine Sagesse, et recevez pour cela les vœux et les offres que ma bassesse vous présente.

Rénovation des vœux du baptême

Moi N…, pécheur infidèle, je renouvelle et ratifie aujourd’hui entre vos mains les vœux de mon baptême ; je renonce pour jamais à Satan, à ses séductions et à ses œuvres, et je me donne toute entier à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, pour porter ma croix à sa suite tous les jours de ma vie ; et afin que je lui sois plus fidèle que je n’ai été jusqu’ici :

Donation à Marie

Je vous choisis aujourd’hui, ô Marie, en présence de toute la cour céleste, pour ma Mère et Maîtresse. Je vous livre et consacre, en qualité d’esclave, mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs, et la valeur même de mes bonnes actions passées, présentes et futures, vous laissant un entier et plein droit de disposer de moi et de tout ce qui m’appartient, sans exception, selon votre bon plaisir, à la plus grande gloire de Dieu, dans le temps et l’éternité.

Prière finale

Recevez, ô Vierge bénigne, cette petite offrande de mon esclavage, en l’honneur et union de la soumission que la Sagesse éternelle a bien voulu avoir de votre maternité ; en hommage de la puissance que vous avez tous deux sur ce petit vermisseau et ce misérable pécheur, et en action de grâces des privilèges dont la Sainte Trinité vous a favorisée. Je proteste que je veux désormais, comme votre véritable esclave, chercher votre honneur et vous obéir en toutes choses.

Ô Mère admirable ! présentez-moi à votre cher Fils en qualité d’esclave éternel, afin que m’ayant racheté par vous, il me reçoive par vous.

Ô Mère de miséricorde ! faites-moi la grâce d’obtenir la vraie Sagesse de Dieu, et de me mettre pour cela au nombre de deux que vous aimez, que vous enseignez, que vous conduisez, que vous nourrissez et protégez comme vos enfants et vos esclaves.

Ô Vierge fidèle ! rendez-moi en toutes choses un si parfait disciple, imitateur et esclave de la Sagesse incarnée, Jésus-Christ, votre Fils, que j’arrive par votre intercession, à votre exemple, à la plénitude de son âge sur la terre et de sa gloire dans les Cieux. Ainsi soit-il.


L’essentiel à présent sera de vivre cette Consécration dans une constante dépendance de Marie. Nos méditations des trois semaines n’ont pas été sans nous laisser entrevoir quelle intense VIE d’UNION pouvait en résulter. Pour favoriser son développement progressif, saint Louis-Marie de Montfort nous demande de faire toutes nos actions PAR Marie, AVEC Marie, EN Marie et POUR Marie. Ce qui veut dire :

– Lui obéir docilement, puisque nous l’avons choisie pour notre Mère et Maîtresse. La regarder comme notre Modèle accessible.

– Vivre dans son sein, de plus en plus unis à Jésus. Être heureux de la servir en vue de son Règne.

Voie très simple, accueillante à toutes les âmes qui veulent monter.

Enfants et esclaves de Marie, notre premier souci doit être de nous montrer dociles à suivre les inspirations, les grâces actuelles qu’elle fait passer sur notre âme comme autant de souffles d’En-Haut. Ne les percevons-nous pas ces souffles, depuis l’instant de notre lever jusqu’à celui de notre coucher ? C’est la Vierge qui prend les devants de notre vie spirituelle ; qui nous sollicite suivant les circonstances du moment, de la suivre, de lui obéir, de nous laisser prendre, emporter par le mouvement qu’elle nous imprime ; de ne pas résister à son influence de grâce, et de produire ainsi des actes surnaturels, vraiment méritoires, dignes de la récompense éternelle.

Montfort appelle cela se laisser conduire par l’esprit de Marie, qui est – ajoute-t-il – le Saint esprit de Dieu ; parce que la Vierge ne s’est jamais conduite par son propre esprit, mais toujours par l’Esprit de Dieu ; en sorte que cet Esprit divin fut tellement le Maître en son âme et dans les puissances de son âme qu’il est devenu son propre esprit (VD N° 258).

Doctrine très belle, très consolante, puisqu’en obéissant à Marie nous sommes assurés d’obéir à l’Esprit-Saint lui-même. En suivant les inspirations de Marie, nous suivons les inspirations de l’Esprit-Saint. Nous marchons dans la sainteté, une sainteté rendue plus douce sous la suavité des influences de la Vierge, comme si l’action de l’Esprit-Saint se faisait maternelle en passant par Marie, et ainsi plus à même de nous émouvoir et de provoquer notre docilité.

Obéir aux inspirations de la grâce a toujours été la marque de la véritable sainteté, la marque des vrais enfants de Dieu, selon le grand enseignement de l’apôtre saint Paul (Rom. 8, 14), que Montfort rappelle à cet endroit de son Traité : « Ceux qui sont agis, conduits par l’Esprit de Dieu, sont des fils de Dieu ». Et de même, obéir à Marie sera toujours notre marque de vrais enfants et esclaves de Marie, qui l’avons choisie pour notre Mère et Maîtresse ; donc qui nous sommes placés sous son influx de grâce, dans sa dépendance, sous sa direction ; afin qu’elle nous conduise dans le sens de notre donation totale, afin de nous laisser conduire PAR ELLE dans le sens de cette donation totale.

 Pour nous entraîner à cette obéissance parfaite, Montfort indique deux moyens, sur lesquels notre Préparation a grandement projeté sa lumière : nous renoncer et nous abandonner. Renoncement à soi, abandon à Marie.

Renoncement à soi, au moment de commencer une action. Renoncement à ce que nous sentons venir de notre nature, recherchant une satisfaction opposée à la grâce. Presque toujours, en effet, à ce moment-là, une voix en nous se fait entendre, toute différente de celle de la Sainte Vierge. Par exemple, à l’heure de notre lever matinal, la nature trouvera des prétextes pour prolonger le repos de la nuit. Si nous renonçons à l’écouter, ce sera notre première victoire, notre première obéissance, notre premier mérite de la journée. Si nous la suivons, ce sera la première défaite, qui sera, hélas, suivie de bien d’autres. N’est-ce pas ce renoncement à soi que Notre-Seigneur exige en premier lieu de toute âme décidée à le suivre dans la voie de ses préceptes ou de ses conseils, et à plus forte raison de sa dépendance mariale ? Nous marchons avec l’Évangile, en plein accord avec les méditations de notre première semaine.

À ce renoncement, il faut joindre l’abandon qui d’ailleurs le facilite. Car on ne se renonce pas pour se renoncer, mais pour se livrer et s’abandonner entre les mains de Marie, illuminatrice et conductrice. Alors, il y a la joie d’une âme victorieuse, libérée d’elle-même, ouverte à la grâce, en belle marche vers la vie d’union.

« Il faut, dit Montfort, se mettre et se laisser enter les mains virginales de Marie, comme un instrument entre les mains de l’ouvrier », avec cette différence que nous sommes des instruments vivants, intelligents, conscients, amoureusement dociles à nous laisser manier, comme elle voudra.

Pour se livrer ainsi, il suffit « d’une œillade de l’esprit, d’un petit mouvement de la volonté », ou d’une parole murmurée à voix basse : « Mère, je me donne à vous… » Et peu importe que nous éprouvions ou non une douceur sensible à cet acte d’union. La volonté s’y trouve, c’est l’essentiel.

Et qu’on ne craigne pas de renouveler, aussi souvent que possible dans la journée, la même entière offrande, le même filial abandon ; car il ne faut pas que s’interrompe le courant de grâce. « Plus on le fera, plus tôt on se sanctifiera, plus tôt on arrivera à l’union à Jésus-Christ, qui suit toujours nécessairement l’union à Marie » (VD N° 259).


La formule AVEC MARIE nous invite à regarder la Vierge en chacune de nos actions, pour nous appliquer à l’imiter selon notre faiblesse. Puisque nous nous sommes mis entre ses mains comme des instruments dociles, fixons sur elle l’amoureux regard de notre âme. N’est-elle pas le Modèle accompli de toute vertu et perfection que le Saint-Esprit a formé dans une pure créature, c’est-à-dire dans une simple personne humaine comme nous ? Elle reste donc à la fois le Modèle idéal et accessible, fait pour nos yeux, sans danger de les éblouir.

Quel bonheur de pouvoir la regarder dans nos prières, travaux, souffrances ! Il faut qu’en chaque action nous regardions comment Marie l’a faite lorsqu’elle vivait sur la terre, ou la ferait si elle était présentement à notre place. Sa vie, en ses différentes étapes, s’est déroulée au sein d’occupations qui sont les nôtres ou dont nous sommes chaque jour les témoins. Il n’est donc que de la placer devant nos yeux pour la suivre en sa croissance spirituelle jamais interrompue.

Comme à la formule précédente, Montfort nous indique deux moyens très efficaces : examiner et méditer les grandes vertus que Notre-Dame a pratiquées pendant sa vie. Examiner, c’est le regard actuel de notre âme, celui du moment présent. Méditer sera le regard habituel, celui de notre attrait intérieur en tout temps.

Le regard actuel porte sur l’action du moment où nous sommes. Reprenons l’exemple de notre lever. Notre lever ressemble-t-il au lever de Marie ? Rappelle-t-il quelque chose de celui de Marie ? Regardons-la au Temple ou à Nazareth à cet instant de son réveil. Quel bond immédiat de son âme dans le cœur de son Bien-Aimé ! À lui l’offrande de ce premier instant de son réveil. Quel bond immédiat de son âme dans le cœur de son Bien-Aimé ! À lui l’offrande de ce premier instant de grâce. À lui les prémices de la journée nouvelle. À lui la ferveur d’amour de ces minutes qui marquent le temps du mérite. « Ô ma divine Mère, aidez-moi à mettre dans mon lever quelque chose de la ferveur du vôtre… ». Il y a donc mieux, maintenant, que le lever viril, le lever au premier signal. Il y a le lever d’une âme qui a, tout de suite, regardé Marie et qui s’efforce de l’imiter. Et c’est un progrès. Ce seul exemple nous fait saisir le mouvement de marche en avant de la formule « Avec Marie ». on monte dans la lumière.

Regardons pareillement Marie dans nos autres actions : dans notre oraison, notre messe, notre communion ; dans nos conversations et relations avec le prochain. Regardons-la et examinons-nous. Si nous sommes sincères avec nous-mêmes, nous gagnerons chaque fois en humilité, tant nous nous trouverons éloignés de ce Modèle idéal. Nous gagnerons aussi en émulation sainte, en désirs de faire mieux, puisque ce Modèle nous demeure accessible. Nous voudrons approcher le recueillement de Marie, son esprit de prière, sa pénétration du Saint Sacrifice, sa faim eucharistique, son activité silencieuse et ordonnée, sa charité fraternelle, son sentiment de la présence de Dieu… Nos actions s’élèvent ainsi progressivement et tendent à revêtir la pureté, la beauté, la sainteté de celles de Marie. Nous nous établissons dans la vertu solide.

Ce progrès ira toujours en s’accentuant, si nous ajoutons au regard d’examen qui porte sur l’action présente le regard de méditation qui va porter précisément sur les « grandes vertus » du Cœur de Marie. Montfort leur donne ce qualificatif de « grandes », parce que la Vierge les possédait couronnées par les dons du Saint-Esprit, toujours en rayonnante activité dans son âme.

Le mieux, ici, sera de suivre les mystères du Rosaire, en les accordant aux fêtes qui se succèdent tout au long de l’année liturgique. Il nous est facile de découvrir en chacun la vertu que Notre-Dame y a pratiquée de façon éminente. Le grand avantage de cette méditation sera de nous mettre en face, non pas de la vertu abstraite ou figée dans un livre, mais de la vertu vivante et attrayante, épanouie dans la créature la plus aimée de Dieu. Une telle méditation, passée en habitude, ne peut qu’inviter et exciter notre âme à de continuels progrès ; et ce mouvement progressif est chose capitale, car ce qui compte en spiritualité, ce n’est pas la vertu considérée en bloc, mais la vertu considérée en détail et vécue dans nos actions de tous les jours.

 Méditer et imiter chacune des vertus de Marie, c’est ce que Montfort appelle « garder les voies de la Sainte Vierge », suivre ses traces, avancer sur son chemin toujours montant. Il affirme même, en se servant d’un texte des Livres sapientiaux (Prov. 7, 32), que cette marche en avant avec Marie est la marque infaillible de notre prédestination : Bienheureux ceux qui garent mes voies. Bienheureux ceux qui pratiquent mes vertus et marchent sur les traces de ma vie avec le secours de la divine grâce (VD, N° 200). Plus fortement encore, comme nous l’avons vu le troisième Jour de notre deuxième semaine, il fait dire à l’Esprit-Saint voulant se former des élus en collaboration avec Marie : Jetez vos racines parmi mes élus (Eccli. 24, 13) « Jetez, ma Bien-Aimée et mon Épouse, les racines de toutes vos vertus dans mes élus, afin qu’ils croissent de vertu en vertu et de grâce en grâce. J’ai pris tant de complaisance en vous, lorsque vous viviez sur la terre dans la pratique des plus sublimes vertus, que je désire encore vous trouver sur la terre sans cesser d’être au Ciel. Reproduisez-vous pour cet effet dans mes élus : que je voie en eux avec complaisance les racines de votre foi invincible, de votre humilité profonde, de votre mortification universelle, de votre oraison sublime, de votre charité ardente, de votre espérance ferme et de toutes vos vertus » (N° 34).

L’âme vertueuse devient alors comme une « copie vivante » de la Très Sainte Vierge. L’expression est encore de notre Saint (N° 217). L’imitation persévérante des vertus de Marie imprime infailliblement en nous son image et ressemblance. Notre pratique intérieure « avec Marie » produit pleinement son effet.


EN MARIE nous réserve les délices de la vie d’union à Jésus. Si mystérieuse que puisse paraître au premier abord cette formule, elle ne nous demande cependant qu’une chose : prendre conscience d’un fait existant, d’une réalité surnaturelle insoupçonnée du grand nombre, à savoir que tous, nous puisons notre vie divine dans le sein spirituel de Marie, où nous sommes de plus en plus unis à Jésus.

Admirable mystère de grâce ! Le Verbe, deuxième Personne de la Sainte Trinité, est entré en Marie au matin de l’Annonciation, et depuis ce jour, il ne cesse d’y demeurer comme en son paradis terrestre. Il y demeure, non plus par son corps naturel et physique, mais par son Corps spirituel et mystique. Car Jésus, en tant qu’homme, est sorti du sein de Marie après neuf mois de séjour. C’est le mystère de la Maternité divine. Mais Jésus, en tant que Sauveur des hommes, Chef ou Tête des prédestinés, n’est pas sorti et ne sortira pas du sein spirituel de Marie, tant qu’un prédestiné restera sur terre. C’est le mystère de la Maternité spirituelle, prolongement de l’Incarnation. Ô Jésus, vivant toujours en marie, pour nous communiquer en elle votre vie divine ; puisque vous avez miséricordieusement voulu que nous recevions la vie de nos âmes, comme nous recevons celle de nos corps, dans le sein d’une mère, dans le sein de votre Mère qui devient ainsi la nôtre.

Montfort nous demande simplement de prendre conscience de cette réalité surnaturelle et de savourer ce mystère d’union. Quel bonheur, dit-il, de pouvoir entrer et demeurer en Marie ! (N° 262). Entrer à la suite de Jésus et y demeurer unis à Jésus. ENTRER d’abord en Marie d’une manière consciente. C’est une grâce particulière à obtenir de l’Esprit-Saint. On obtient cette grâce par une grande fidélité à faire toutes ses actions par Marie et avec Marie, c’est-à-dire en docilité aux inspirations de Marie et en imitation de ses vertus.

 L’âme, fidèle à faire toutes ses actions « par Marie », est devenue entre ses mains entièrement dépendante, docile et souple. La Vierge la possède, la gouverne, la conduit, la meut à son gré. Elle est sa Mère en plénitude, parce que sa Souveraine en toute liberté d’action. De plus, l’âme, fidèle à faire toutes ses actions « avec Marie », s’est appliquée à reproduire le Modèle virginal, approprié à sa faiblesse. La voilà riche de vertus solides, activées par les dons du Saint-Esprit. Cette âme est donc parvenue à la ressemblance souhaitée. Conséquemment, elle reçoit « en Marie », elle puise en Marie la grâce dans une plus grande abondance ; la grâce, c’est-à-dire la vie même de Jésus et de Jésus résidant en Marie. Elle perçoit cette grâce. Elle découvre que c’est en Marie qu’elle la reçoit. Elle entre ainsi, d’une manière consciente et aimante, là où se trouve Jésus, là où se complaît Jésus ; et elle en éprouve de la joie. Oh ! quel bonheur de pouvoir entrer en Marie, par suite de notre fidélité à dépendre d’elle et à imiter ses vertus !

Chaque matin, dès l’instant du réveil, nous nous trouvons être aussitôt en Marie. Notre première pensée nous y porte, notre cœur nous y entraîne, tout notre être surnaturel y aspire la grâce. Et de même, nous prions en Marie, nous communions en Marie, nous travaillons en Marie ; nous nous portons à nos différentes occupations, sans quitter cet intérieur enchanté. Ce sont là des grâces d’union à Jésus vivant en Marie.

Montfort ajoute : « Après que par sa fidélité on a obtenu cette insigne grâce (l’entrée aimante en Marie), il faut DEMEURER dans le bel intérieur de Marie avec complaisance » (N° 264). Demeurer, y vivre à demeure, s’y établir d’une manière fixe et permanente, y résider pour tout de bon ; et savourer le bonheur d’être là, de plus en plus étroitement unis à Jésus. Jésus y a pris, il y prend encore ses complaisances. Nul autre séjour créé ne l’attire et ne le retient autant. Là, nous le trouvons, nous jouissons de son intimité, nous nous abandonnons aux délices de la vie d’union. C’est le véritable amour de complaisance, c’est la joie spirituelle à ses degrés supérieurs. Cet épanouissement de notre être est le signe caractéristique, la marque indéniable du contact vital et conscient avec le Bien-Aimé.

Les membres de phrase que Montfort accumule à cet endroit de son Traité en sont la description mystique. Le sein virginal de Marie, dit-il, nous sera une demeure de repos… une demeure de confiance… une demeure de sûreté contre nos ennemis, le démon, le monde, le péché ; enfin, il sera la demeure de notre transformation dans le Christ Jésus, de notre adaptation à Jésus comme son membre ressemblant, bien adhérent et ne faisant qu’un avec lui (N° 264). Telle est la grâce précieuse de l’union vitale transformante. L’âme arrive à son état de perfection dans le corps mystique. Elle atteint, ou elle est sur le point d’atteindre son âge parfait, l’âge parfait de sa vie de grâce. Elle n’a plus qu’à attendre le jour de sa naissance à la béatitude éternelle.


Quant à la formule POUR MARIE, elle couronne les trois autres, de même qu’a la doxologie du canon de la messe les mots omnis honor et gloria disent l’achèvement suprême au per Ipsum, cum Ipso et in Ipso ; « par le Christ, avec lui et en lui, que tout honneur et toute gloire vous soient à jamais rendus, ô Trinité sainte » ! Ainsi voulons-nous rendre à la Vierge, comme à notre fin prochaine, tout honneur et toute gloire, dans le bonheur de la servir, en vue d’avancer son Règne. Servir notre bien-aimée Souveraine, estimer que c’est un grand honneur de nous dévouer pour elle, de rechercher ses intérêts, de procurer sa gloire, de promouvoir son

Règne, avec la noble ambition de nous rapprocher le plus possible de ces esprits bienheureux qui, Là-Haut, forment sa Cour.

Au chapitre préliminaire de son Traité, Montfort nous montre, à la suite de saint Bonaventure, tous les chœurs angéliques clamant sans cesse à leur Reine : Sancta, Sancta, Sancta Maria… et lui offrant des millions de fois chaque jour la salutation Ave, Maria, en se prosternant devant elle, et lui demandant pour grâce de les honorer de quelques-uns de ses commandements. Jusqu’à saint Michel, ajoute-t-il avec saint Augustin, qui, bien qu’étant le Prince de toute la Cour céleste, se montre le plus zélé à lui rendre et à lui faire rendre toutes sortes d’honneurs (N° 8).

Voulant ainsi servir Marie comme le servent les anges, nous veillerons à mettre, en chacune de nos démarches, la plus grande pureté d’intention. Qu’il n’y ait aucune pensée d’intérêt personnel, aucun retour sur soi. Que tout ce qui se présente, et tout ce qu’on accomplit, et tout ce qu’on endure, soit au profit de Marie. Pour elle, le mérite de notre lever fervent. Pour elle, notre recueillement du matin. Pour elle, la richesse de notre messe et de notre communion. Pour elle, ce travail qui recommence avec sa joie, ou sa peine, ou sa monotonie, et qui constitue le devoir d’état quotidien. Pour elle, pour qu’elle soit plus connue, plus aimée, plus honorée, plus glorifiée.

À cette pureté d’intention nous ajouterons un grand esprit de zèle, nous efforçant de rayonner Marie le plus possible autour de nous. Nous serons ses apôtres par la prière, par la souffrance, par la parole ou par la plume, par l’action missionnaire. « il faut, recommande Montfort, entreprendre et faire de grandes choses pour cette auguste souveraine » (N0 265). Il parlait d’expérience. Qui fut plus que lui l’apôtre de Marie, son prêtre de feu ? Qui lutta davantage contre les ennemis de la Vierge, contre les abus introduits dans sa Dévotion ? Qui stigmatisa, comme il l’a fait, les faux dévots à Marie ? Qui surtout gagna plus d’esclaves d’amour à la Reine des cœurs ? Suivons son exemple. Si restreint que soit notre champ d’apostolat, tous nous pouvons collaborer à cette grande chose : assurer, hâter le triomphe universel du Christ en propageant autour de nous le Règne précurseur de Marie. Le temps de ce Règne semble bien être le nôtre. « Quand viendra, interrogeait Montfort, cet heureux temps où la divine Marie sera établie Maîtresse et Souveraine dans les cœurs, pour les soumettre pleinement à l’empire de son grand et unique Jésus ? ». Et lui-même répondait : « Ce temps ne viendra que lorsqu’on connaîtra et pratiquera la dévotion que j’enseigne » (N° 217). C’est chose faite. Aujourd’hui, sa Consécration est connue, pratiquée, vécue, aimée par des âmes ferventes dans le monde entier.

Savourons donc toujours plus le bonheur de notre appartenance à la divine Mère et Maîtresse, cette grâce inappréciable de nous savoir ici-bas son vivant domaine, et dans l’heureuse obligation de fructifier à son profit, pour son Règne, pour l’honneur de la servir et de la glorifier.