Exercices préparatoires à la consécration à Marie
Troisième semaine : connaître Jésus-Christ

Le 8 décembre, en la fête de l’Immaculée conception de la Très Sainte Vierge, la communauté du Prieuré Notre Dame du Christ-Roi renouvellera la consécration à Jésus par Marie, au cours d’un salut du Saint-Sacrement, à 18 h. Cette cérémonie sera diffusée sur Internet, il suffira de se rendre sur la page du chapelet et de cliquer un des boutons “chapelet en direct”. Soyez nombreux à en profiter : la consécration à Jésus par Marie est un don du ciel pour les temps de persécution.

Sixième Jour
JÉSUS SAGESSE AIMÉE ET IMITÉE

Au terme de cette troisième semaine et à la veille d’émettre notre Consécration, nous ne pouvons mieux faire que de fixer nos regards sur la formule de donation jaillie de l’esprit et du cœur de Montfort, et qu’il intitule : Consécration de soi-même à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, par les mains de Marie.

C’est à l’aimable Personne de Jésus qu’il l’adresse, et c’est Jésus dépendant de Marie qu’il désire imiter et posséder.

Recueillons en nos âmes la richesse de doctrine et l’intensité d’amour qu’elle contient dans son Prélude, sa Partie centrale, sa Prière finale.

Ave, Maria.

I

Le PRÉLUDE commence par cette invocation de lumière, que nous avons longuement méditée : « Ô Sagesse éternelle et incarnée, ô très aimable et adorable Jésus, vrai Dieu et vrai Homme, Fils unique du Père éternel et de Marie toujours vierge » ! et aussitôt, Montfort parcourt dans leur ordre les quatre grandes fins du sacrifice de la messe, qu’il accorde au sacrifice qu’il veut faire de lui-même entre les mains de Marie.

« JE VOUS ADORE profondément dans le sein et les splendeurs de votre Père pendant l’éternité, et dans le sein virginal de Marie, votre très digne Mère, dans le temps de votre Incarnation ». Ce sont les deux demeures de vos complaisances, où je me plais moi-même à vous chercher et à vous trouver.

« JE VOUS RENDS GRÂCES de ce que vous vous êtes anéanti vous-même en prenant la forme d’un esclave(Philip. 2, 7), pour me tirer du cruel esclavage du démon ; JE VOUS LOUE ET GLORIFIE de ce que vous avez bien voulu vous soumettre à Marie, votre sainte Mère, en toutes choses, afin de me rendre par elle votre fidèle esclave ».

En d’autres termes, recevez, ô Jésus, ma plus ardente reconnaissance pour votre dépendance de nature et pour votre dépendance de volonté. La première découle de votre Incarnation. En prenant notre nature humaine, notre nature créée, vous vous êtes fait dépendant de votre Père céleste. Ainsi, vous avez pu opérer notre Rédemption, nous arracher à la tyrannie de Satan et nous placer sous votre douce et suave domination. La seconde est votre filiale soumission à Marie. Soumission qui s’est manifestée, ainsi que nous l’avons vu, dans votre vie cachée et votre vie publique, dans votre passion et votre mort en croix, dans votre triomphe et votre gloire. Par cette soumission d’amour, jamais ininterrompue, vous m’avez enseigné à me soumettre moi-même à vos droits de Rédempteur. Puisque je suis votre esclave racheté au prix de votre sang, il est juste que je reconnaisse mon entière appartenance et que je vous demeure inlassablement fidèle. Ce sera le bienfait de mon entière Donation, bienfait dont je ne vous remercierai jamais trop.

Après l’Adoration et la Reconnaissance, voici la RÉPARATION et la DEMANDE :

« Mais, hélas ! Ingrat et infidèle que je suis, je ne vous ais pas gardé les vœux et les promesses que je vous ai si solennellement faits dans mon baptême. Je n’ai point rempli mes obligations. Je ne mérite pas d’être appelé votre enfant ni votre esclave. Et comme il n’y a rien en moi qui ne mérite vos rebuts et votre colère, je n’ose plus par moi-même approcher de votre sainte et auguste Majesté ».

Admirables sentiments d’un cœur contrit, humilié, repentant de ses fautes, qui cherche par quel moyen il pourra réparer le passé, et se présenter à nouveau devant la Sainteté divine offensée. Ce moyen, c’est Marie, miséricordieusement placée entre cette Sainteté et sa misère. Aussi, s’empresse-t-il d’exposer à Jésus cette très humble demande : « C’est pourquoi, j’ai recours à l’intercession et à la miséricorde de votre très sainte Mère, que vous m’avez donnée pour Médiatrice auprès de vous ; et c’est par son moyen que j’espère obtenir de vous une double grâce : d’abord, la contrition et le pardon de mes péchés, grâce qui purifiera et guérira mon âme ; ensuite, l’acquisition et la conservation de la Sagesse, grâce qui me transformera progressivement, et qui n’est autre que la possession du Trésor de votre aimable Personne, ô Sagesse incarnée, telle que nous vous avons contemplée dans tous vos mystères.

S’adressant alors à Celle que « Jésus lui a donnée pour Médiatrice », Montfort salue d’enthousiasme la grandeur de sa Maternité divine. « Je vous salue donc, ô Marie immaculée, Tabernacle vivant de la Divinité, où la Sagesse éternelle cachée veut être adorée des anges et des hommes ».

Le Fils de Dieu a pris plaisir à se cacher dans son sein virginal, voulant recevoir là les adorations des anges dès le premier instant de son Incarnation, et aussi les adorations des hommes qui, dans la suite des siècles, découvriront les splendeurs de ce mystère d’abaissement.

À cause de cette Présence du Verbe fait chair en Marie Immaculée, le Père lui a communiqué l’universalité de sa Puissance, et le Saint-Esprit l’attirance de sa miséricordieuse Bonté, Montfort salue pareillement ces privilèges : « Je vous salue, ô Reine du Ciel et de la terre, à l’empire de qui tout est soumis, tout ce qui est au-dessous de Dieu. Je vous salue, ô Refuge assuré des pécheurs, dont la miséricorde n’a manqué à personne ».

II

Ces hommages rendus, Montfort aborde la PARTIE CENTRALE de sa formule de Consécration, en exprimant de suite à Marie la demande précédemment faite à Jésus : obtenir la divine Sagesse, posséder à tout jamais ce Trésor des trésors qu’est l’aimable et adorable Personne de Jésus. C’est la FIN ardemment souhaitée. Il ne se consacrera l’esclave de Marie que pour arriver ici-bas à cette béatifiante Possession :

« Exaucez, ô Marie, les désirs que j’ai de la divine Sagesse, et recevez POUR CELA les vœux et les offres que ma bassesse vous présente ».

Les VŒUX, c’est-à-dire les promesses renouvelées de son baptême, son entière Donation à Jésus-Christ.

Les OFFRES, c’est-à-dire sa Donation totale à Marie, afin d’être plus fidèle à Jésus-Christ.

Notre Consécration comporte ces ceux choses. Elle est, au premier plan, une PARFAITE RÉNOVATION des promesses du saint baptême. Elle les perfectionne, d’abord en nous les faisant ratifier, non par des procureurs ou répondants, mais par nous-mêmes, avec connaissance de cause et après une sérieuse préparation ; ensuite, en nous les faisant ratifier expressément entre les mains de Marie, prenant la Mère de Jésus comme témoin et gardienne de ces solennels engagements.

Le but visé par notre saint missionnaire était de remédier le plus efficacement possible au dérèglement d’infidélités où vivent tant de chrétiens, oublieux de leur appartenance à Jésus-Christ et du sérieux de leurs promesses baptismales. Pauvres âmes, qui demeurent inconscientes comme au premier jour, tristement ignorantes de l’immense grâce reçue et acceptée.

Sa Consécration vient réveiller les consciences qui en ont besoin, et les remettre en face des réalités surnaturelles d’une manière forte et suave à la fois, puisqu’elle oblige chacun à ratifier ses propres engagements dans la lumière d’une longue préparation appropriée, et entre les mains de la douce Médiatrice, saluée avec tant d’amour.

« Moi, N…, pécheur infidèle, je renouvelle et ratifie aujourd’hui entre vos mains les vœux de mon baptême. Je renonce pour jamais à Satan, à ses pompes (les séductions des plaisirs mauvais) et à ses œuvres (de péché) ; et je me donne tout entier à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, pour porter ma croix à sa suite tous les jours de ma vie ; et afin que je lui sois plus fidèle que je n’ai été jusqu’ici… ».

Montfort offre alors à Marie tout ce que comprend sa DONATION D’ESCLAVE :

« Je vous choisis, aujourd’hui, en présence de toute la Cour céleste, pour ma Mère et ma Maîtresse. Je vous livre et consacre, en qualité d’esclave, mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs, et la valeur même de mes bonnes actions passées, présentes et futures, vous laissant un entier et plein droit de disposer de moi et de tout ce qui m’appartient, sans exception, selon votre bon plaisir, à la plus grande gloire de Dieu, dans le temps et l’éternité ».

Ces lignes, dans le texte original, sont soulignées de la main du Père de Montfort, pour bien marquer qu’elles expriment ce qui spécifie et caractérise sa Consécration, dont le propre est de se manifester absolument totale, en réponse aux droits de la Maternité spirituelle de Marie adéquatement comprise.

Je vous choisis, ô Marie, pour ma Mère et Maîtresse, MATER ET DOMINA (comme cela a été expliqué) ; et c’est pourquoi je me livre et consacre à vous en qualité d’esclave. Votre domination maternelle, qui s’étend sur mon être de grâce et même sur mon être de nature, appelle, réclame ma dépendance la plus entière. Je vous livre donc et consacre mon corps et mon âme ; mes biens extérieurs qui affectent plus spécialement mon corps et sont ordonnés à ma vie présente ; mes biens intérieurs qui sont la richesse de mon âme et préparent mon éternité bienheureuse.

Ceux-ci étant notre plus précieuse offrande, Montfort précise que nous livrons à Marie ces biens eux-mêmes : grâces, vertus, mérites ; et, en plus, la valeur que renferment nos bonnes actions passé »s, présentes et futures. Leur valeur de mérite – titre de justice à la gloire éternelle – est confiée, rappelons-le, à la garde de la Très sainte Vierge, car cette richesse est inaliénable ; mais, entre ses mains, nous savons qu’elle est plus en sûreté qu’entre les nôtres. Leur valeur de prière et de sacrifice (obtention de grâces et force de réparation) est laissée à sa libre disposition, dans le plus grand désintéressement de nous-mêmes. Que ce soit en notre faveur ou en faveur d’autrui, ceci la regarde. Qu’elle se serve de nos revenus pour exercer sa charité en notre nom envers le prochain de l’Église militante ou de l’Église souffrante, c’est son affaire. Elle connaît mieux que nous ce qui peut davantage nous sanctifier et augmenter nos mérites. Elle connaît les intentions qui nous tiennent le plus à cœur, ce qui ne nous empêche pas, d’ailleurs, de les lui recommander. Mais le mieux sera toujours de les perdre dans ses grandes intentions, éloignant ainsi tout sentiment de retour sur soi, toute pensée d’égoïsme ou d’intérêt personnel qui viendrait entacher la pureté, la générosité de notre offrande.

Cet abandon de la valeur de toutes nos bonnes actions enrichit notre Consécration d’un perfectionnement qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Ni les promesses du baptême, ni les vœux de religion n’exigent un semblable détachement. C’est pourquoi, de tous les groupements religieux (Ordres anciens ou Congrégations récentes), des âmes viennent à la Formule montfortaine, heureuses d’ajouter sa Donation totale aux sacrifices déjà consentis. Toutes peuvent en bénéficier, sans rien changer à la teneur ni à l’esprit de leurs Constitutions. Il n’est question, ici, que d’un enrichissement de la vie intérieure de chacune, lequel enrichissement ne peut être limité.

Continuons donc de dire, avec Montfort, en pesant bien chacun de ses mots : Vous laissant, ô Marie, un entier et plein droit de disposer de moi, de ma personne, corps et âme, et de tout ce qui m’appartient, biens temporels et spirituels strictement liés à ma personne ; sans exception, sans aucune réserve, sans délimitation d’aucune sorte : tout ce que j’ai déjà acquis dans le passé, depuis le moment où j’ai commencé de correspondre à la grâce de mon baptême ; tout ce que je pourrai acquérir encore dans l’avenir, en tenant compte, bien entendu, de mes obligations de justice et des devoirs de mon état.

De ce capital en augmentation continue usez à votre gré, selon votre bon plaisir, selon ce qui contentera le plus votre cœur de mère d’innombrables enfants. Je suis assuré – et je m’en réjouis – que tout sera offert par vous à la plus grande gloire de Dieu, et que cette fin, la plus élevée qui soit, sera toujours pleinement atteinte dans le temps et l’éternité, car notre Consécration nous accompagne dans l’au-delà, où elle nous vaudra un Ciel plus rapide et plus beau.

III

Dans sa PRIÈRE FINALE, Montfort expose en premier lieu à Marie les raisons qui ont commandé sa Consécration d’esclave. La principale et la plus marquante fut son grand désir d’honorer la dépendance filiale de Jésus et de s’y unir le plus étroitement possible.

 « Recevez, ô Vierge bénigne, cette petite offrande de mon esclavage en l’honneur et union de la soumission que la Sagesse éternelle a bien voulu avoir de votre Maternité ».

Précédemment, il avait dit : « Je vous loue et glorifie, ô très aimable et adorable Jésus, de ce que vous avez bien voulu vous soumettre à Marie, votre sainte Mère, en toutes choses, afin de me rendre par elle votre fidèle esclave ». Les deux passages se rejoignent.

Cette ineffable soumission volontaire, amoureusement contemplée, le jetait – de son propre aveu – comme hors de lui-même. Soumission d’une Personne Divine à la personne humaine de Marie ! « Dieu le Fils… a trouvé sa liberté à se voir emprisonné dans son sein virginal ; il a fait éclater sa force à se laisser porter par cette petite fille… il a glorifié son indépendance et sa majesté à dépendre de cette aimable Vierge…

« Ô admirable et incompréhensible dépendance d’un Dieu que le Saint-Esprit n’a pu passer sous silence dans l’Évangile… Oh ! qu’on glorifie hautement Dieu quand on se soumet pour lui plaire à Marie, à l’exemple de Jésus-Christ, notre unique Modèle ! » (VD, N° 18).

« C’est ici, je le répète, que l’esprit humain se perd, lorsqu’il fait une sérieuse réflexion à cette conduite de la Sagesse incarnée… Cette Sagesse infinie, qui avait un désir immense de glorifier Dieu son Père et de sauver les hommes, n’a point trouvé de moyen plus parfait et plus court pour le faire que de se soumettre en toutes choses à la Très Sainte Vierge… » (VD, N° 139).

Même à présent que la Rédemption est accomplie et que Jésus est remonté vers son Père, sa dépendance filiale de Marie ne cesse pas pour autant. Elle continue de se manifester dans les activités de la vie glorieuse. « La grâce perfectionnant la nature et la gloire perfectionnant la grâce, il est certain, affirme Montfort, que Notre-Seigneur est encore dans le Ciel aussi Fils de Marie qu’il l’était sur la terre et que, par conséquent, il a conservé la soumission et l’obéissance du plus parfait de tous les enfants à l’égard de la meilleure de toutes les mères » (N° 27). Ce qui signifie que Jésus au Ciel ne déverse sur nos âmes les bienfaits de sa Rédemption qu’en dépendance voulue de sa sainte Mère.

Cette dépendance filiale n’aura donc jamais de fin. Elle a commencé dans le temps, et c’est pour se prolonger dans l’éternité. Oui, même lorsque le nombre des élus sera au complet, quand toutes les places du Ciel auront été occupées, quand les portes de la Salle du Festin des Noces de l’Agneau seront fermées définitivement, Jésus demeurera toujours dans la même disposition d’amour, puisque la gloire étant l’épanouissement de la grâce, éternellement il nous donnera cette gloire comme présentement il nous donne son germe, par son Humanité triomphante qu’il tient à jamais associée dans un rang à part à son triomphe.

Voilà l’EXEMPLAIRE vivant et permanent que Montfort a contemplé et qu’il entend honorer par sa Donation totale : « Recevez, ô Vierge bénigne, cette petite offrande de mon esclavage en l’honneur et l’union de la soumission que la Sagesse éternelle a bien voulu avoir de votre Maternité ». C’est comme s’il disait : Ah ! Je sais bien qu’il n’y a pas, qu’il ne peut pas y avoir de proportion entre ma manière et sa manière de vous honorer ; entre ce que je vous donne et ce que Lui vous a donné. Jamais je n’arriverai à vous aimer comme son Cœur d’Homme-Dieu vous a aimée. Mais enfin, j’ai voulu faire comme il a fait le premier et perdre ma conduite dans la sienne.

 Ainsi, la « petite offrande de mon esclavage » sera mon humble réplique à son éternelle dépendance à Lui. Il est la Sagesse éternelle, la Sagesse incréée, émanée du sein du Père. Il est donc l’éclatante justification de mon amour pour vous. C’est pourquoi, à sa dépendance filiale et aimante j’unis ma dépendance filiale et aimante. Je veux qu’elle en soit la fidèle imitation, la reproduction, la continuation, le prolongement, en même temps que la glorification.


À cette première raison, si noble et si désintéressée, Montfort ajoute deux autres également glorifiantes : « Recevez, ô Vierge bénigne, la petite offrande de mon esclavage… en hommage de la Puissance que vous avez tous deux (Votre Fils et vous), sur ce petit vermisseau et ce misérable pécheur ; et en action de grâces des privilèges dont la sainte Trinité vous a favorisée ».

Gardons-nous, en effet, d’oublier qu’antérieurement à toute démarche de notre part, Jésus et Marie ont Puissance sur nous, sur notre être de nature et sur notre être de grâce.

Dans l’ordre de nature, Jésus, en tant que Dieu, est notre Créateur et Souverain Seigneur ; en tant qu’Homme, il est notre Roi par droit de naissance. À ce double titre, toutes les créatures lui appartiennent d’une manière absolue. Toutes sont ses sujets et ses esclaves.

Dans ce même ordre, Marie est notre dame et Souveraine, puisque ce que Jésus possède par droit Marie le possède par grâce de donation. Elle a donc la même Puissance que son divin Fils ; elle aussi possède autant de sujets et d’esclaves qu’il y a de créatures sorties des mains de Dieu (VD, N° 76). En conséquence de sa divine Maternité, toutes lui ont été royalement offertes, de sorte que son empire s’étend sur l’univers entier dont chacun de nous forme une parcelle.

Voilà pourquoi, ne se regardant que comme un « petit vermisseau » au sein de l’immense création, domaine commun de Jésus et de Marie, Montfort les prie d’agréer sa Donation d’esclave « en hommage de la Puissance » qu’ils ont tous deux sur lui, sur sa vie, sur ses biens, dès le premier instant de son existence.

Dans l’ordre de la grâce, leur Puissance s’affirme plus encore : Jésus est notre Rédempteur de justice, Marie notre Corédemptrice de miséricorde, comme nous l’avons expliqué. Tous deux, bien qu’à titre différent, ont droit et domination sur nos âmes et sur toutes nos œuvres d’esclaves rachetés. C’est ce droit que Montfort entend glorifier, lorsqu’il les prie d’agréer sa « petite offrande » en hommage de la Puissance qu’ils ont tous deux « sur ce misérable pécheur » ; pécheur racheté, régénéré, pardonné, sanctifié ; pécheur qui leur doit tout et qui n’est rien, ne peut rien sans leur influx surnaturel.

Reconnaissons le bien-fondé de cet hommage du « misérable pécheur » s’ajoutant à celui du « petit vermisseau ». L’un et l’autre nous font comprendre qu’appartenant à Jésus et à Marie comme leurs esclaves, et relevant donc de leur Puissance, notre Consécration nous accorde à ce qui existe en fait comme en droit. Quelle assurance de nous savoir ainsi dans la vérité ! Combien de personnes, mises en face de la Donation montfortaine, commencent par se récrier et y mettre opposition, ne voulant pas se livrer « en qualité d’esclaves » ! Combien d’autres, au contraire, sont heureuses de pouvoir émettre cet acte d’élémentaire soumission et de reconnaissante justice ! Elles vivent dans la lumière ; leur humilité plaît à celle qui s’est proclamée l’esclave du Seigneur, et dans le moment même où elle devenait sa Mère.

Enfin, Montfort prie Marie d’accueillir sa petite offrande « en action de grâces des privilèges dont la Sainte Trinité l’a favorisée ». Dieu le Père l’a choisie pour sa Fille bien-aimée ; Dieu le Fils, pour sa Mère très digne et son Associée dans l’œuvre du salut de nos âmes : Dieu le Saint-Esprit, pour sa très fidèle Épouse dans l’œuvre de la sanctification des élus.

C’est donc toujours la même humilité, le même oubli de soi que précédemment, le même sentiment de n’avoir que peu de chose à offrir en regard des munificences divines. Il a confiance cependant que Notre-Dame acceptera sa Donation. C’est pourquoi il la prie sous le vocable de VIERGE BÉNIGNE, c’est-à-dire indulgente, condescendante, d’accueil toujours bienveillant. Sa bonté maternelle saura tenir compte qu’il a surtout voulu la glorifier, à la suite de sont divin Fils et de la Trinité tout entière.

Ce vouloir lui tient si fortement à l’âme qu’avant de poursuivre sa prière, il entend déclarer hautement à Marie la ferme résolution qui l’anime de vivre au maximum de dévouement son titre d’esclave : « Je proteste que je veux désormais, comme votre véritable esclave, chercher votre honneur et vous obéir en toutes choses ». Chercher votre honneur, en travaillant à étendre votre Règne par tous les moyens en mon pouvoir. Vous obéir en toutes choses, à l’exemple de votre divin Fils qui vous fut soumis en toutes choses, dans les humbles travaux de Nazareth comme dans l’accomplissement de ses miracles. Donc zèle de pur amour et docilité sans défaillance.


Suivent trois invocations pressantes, solliciteuses de grâces, qui atteignent encore Jésus à travers Marie :

« Ô MÈRE ADMIRABLE, présentez-moi à votre cher Fils en qualité d’esclave éternel ; afin que, m’ayant racheté par vous, il me reçoive par vous ». Montfort a conscience que son appartenance à Marie – appartenance reconnue, aimée, embrassée d’enthousiasme – ne finira jamais. Elle est plus forte que tous les liens de la chair et du sang. La mort elle-même ne pourra pas la briser. Bien mieux, sa mort de prédestiné ne fera que l’épanouir au sein d’une félicité sans ombre et sans entrave.

C’est pourquoi il supplie Marie de le présenter dès ce jour à Jésus sous ce beau titre d’« esclave éternel »… Esclave ici-bas dans la grâce, esclave Là-haut dans la gloire. Ici-bas, c’est le commencement ; Là-Haut, ce sera la consommation.

Marie n’est-elle pas désignée pour nous présenter ainsi à son divin Fils ? Elle était dans notre rédemption, elle sera de même dans notre glorification. Quelle joie pour son Cœur maternel d’accueillir en son Royaume ses enfants de prédilection, marqués du signe de leur appartenance éternelle, et de les présenter comme tels à son divin Fils ! Montfort attend d’une espérance ferme ce moment bienheureux. On comprend qu’il s’adresse à la « Mère admirable », à la fois Mère et Associée de Jésus, Mère du Chef et des membres, Mère et Maîtresse des prédestinés, Souveraine du cœur des élus, leur sanctificatrice, leur introductrice en la patrie où la dépendance est sans fin ; Mère qui porte la sollicitude de ses innombrables  enfants depuis l’instant de leur régénération de grâce jusqu’à celui de leur présentation de gloire. Quelle autre femme a jamais porté le poids d’une telle Maternité ?

Ayant ainsi assuré entre les mains de Marie la pérennité de son titre d’esclave, Montfort revient à la demande qui domine toute sa formule de Consécration : l’obtention de la divine Sagesse : « Ô Mère de miséricorde, faites-moi la grâce d’obtenir la vraie Sagesse de Dieu ». Il ne s’est livré que pour cette fin : « Exaucez, disait-il, les désirs que j’ai de la divine Sagesse et recevez pour cela les vœux et les offres que ma bassesse vous présente ». Il s’adressait alors à Celle « dont la miséricorde n’a manqué à personne ».

Il s’adresse encore à elle avec une insistance accrue : « Ô MÈRE DE MISÉRICORDE, à présent que je me suis consacré votre esclave et pour l’éternité, « faites-moi la grâce d’obtenir la vrai Sagesse de Dieu », que Jésus, étant la Sagesse éternelle et incarnée, n’a cessé de nous manifester en son enseignement et en sa conduite. Et pour que j’obtienne cette grâce, mettez-moi au nombre de vos prédestinés les plus chers, en qui vous exercez librement vos fonctions de Mère et de Maîtresse des âmes, et que vous regardez, à cause de leur aimante et inlassable docilité, comme « vos enfants et vos esclaves. Vous les aimez, vous les enseignez, vous les conduisez, vous les nourrissez, vous les protégez », en Mère toujours présente et agissante.

Pour terminer, l’invocation à la VIERGE FIDÈLE sollicite une dernière grâce, couronnement des autres : celle d’atteindre, par de persévérants et toujours grandissants progrès en notre Saint Esclavage, le degré de sainteté marqué par Dieu de toute éternité pour chacun d’enter nous.

« Ô Vierge fidèle », vous qui avez toujours répondu aux appels du Seigneur, « rendez-moi en toutes choses », dans les circonstances les plus importantes de ma vie comme par les actions ordinaires qui remplissent mes journées, « un si parfait disciple, imitateur et esclave de la Sagesse incarnée, Jésus-Christ, votre Fils » ; disciple attentif à ses enseignements, imitateur de sa filiale et permanente dépendance, esclave de ses volontés comme il le fut des volontés de son Père, « que j’arrive par votre intercession » de Médiatrice à laquelle je me suis empressé d’avoir recours, et « à votre exemple » de Vierge toujours fidèle, « à la plénitude de son âge sur la terre et de sa gloire dans les Cieux », c’est-à-dire à ce degré de ressemblance qui sera l’âge parfait de ma vie de gloire là-haut.


Ainsi s’achève notre formule de Consécration à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, par les mains de Marie. Elle justifie pleinement son titre. De sa première ligne à la dernière, nous ne quittons pas l’aimable et adorable Jésus, puisqu’en nous livrant à sa sainte Mère comme Montfort nous demande de le faire, notre intention première est de nous livrer plus parfaitement à lui-même, d’arriver à le posséder dans la marque distinctive de sa sainteté de Verbe incarné, éternellement dépendant de Marie.

Jésus, Sagesse aimée, imitée et possédée, telle est la béatitude que nous offre notre Consécration. Savourons-la d’un cœur confiant, exempt de crainte.

LECTURES

ÉVANGILE selon saint Jean, chap. 17, 1 à 26 : Prière sacerdotale de Jésus.
IMITATION de Jésus-Christ, livre 4, ch. 14 : La douceur de l’Eucharistie.

Évangile

La prière sacerdotale

Ayant dit ces choses, Jésus leva les yeux au ciel, et dit : Père, l’heure est venue ; glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie en donnant, selon la puissance que vous lui avez accordée sur toute chair, la vie éternelle à tous ceux que vous lui avez donnés. Or la vie éternelle, c’est qu’ils vous connaissent, vous le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ.

Je vous ai glorifié sur la terre ; j’ai accompli l’œuvre que vous m’aviez donnée à faire. Et maintenant, glorifiez-moi, vous, Père, auprès de vous-même, de la gloire que j’ai eue auprès de vous, avant que le monde fût. J’ai manifesté votre nom aux hommes que vous m’avez donnés du milieu du monde. Ils étaient à vous, et vous me les avez donnés ; et ils ont gardé votre parole.

Maintenant, ils savent que tout ce que vous m’avez donné vient de vous ; car je leur ai donné les paroles que vous m’avez données, et ils les ont reçues, et ils ont vraiment connu que je suis sorti de vous, et ils ont cru que vous m’avez envoyé.

C’est pour eux que je prie ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que vous m’avez donnés, parce qu’ils sont à vous. Tout ce qui est à moi est à vous, et ce qui est à vous est à moi : et j’ai été glorifié en eux. Et déjà je ne suis plus dans le monde ; mais eux, ils sont dans le monde, et moi je viens à vous. Père saint, gardez en votre nom ceux que vous m’avez donnés, afin qu’ils soient un comme nous. Lorsque j’étais avec eux, je les gardais en votre nom. Ceux que vous m’avez donnés, je les ai gardés, et aucun d’eux ne s’est perdu, si ce n’est le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie.

Mais maintenant je viens à vous, et je dis ces choses dans le monde, afin qu’ils aient ma joie complète en eux-mêmes. Je leur ai donné votre parole, et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi non plus, je ne suis pas du monde. Je ne vous prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. Ils ne sont pas du monde, comme moi non plus, je ne suis pas du monde. Sanctifiez-les dans la vérité. Votre parole est vérité. Comme vous m’avez envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. Et je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité.

Ce n’est pas seulement pour eux que je prie, mais aussi pour ceux qui doivent croire en moi par leur parole afin que tous soient un, comme vous, Père, êtes en moi, et moi en vous, afin qu’ils soient, eux aussi, un en nous, pour que le monde croie que vous m’avez envoyé. Et la gloire que vous m’avez donné, je la leur ai donnée, afin qu’ils soient un, comme nous sommes un, nous aussi. Moi en eux, et vous en moi, afin qu’ils soient consommés dans l’unité, et que le monde connaisse que vous m’avez envoyé, et que vous les avez aimés, comme vous m’avez aimé. Père, je veux que, là où je suis, ceux que vous m’avez donnés y soient aussi avec moi, afin qu’ils voient ma gloire que vous m’avez donnée, parce que vous m’avez aimé avant la création du monde. Père juste, le monde ne vous a pas connu ; mais moi, je vous ai connu, et ceux-ci ont connu que vous m’avez envoyé. Je leur ai fait connaître votre nom, et je le leur ferai connaître (encore), afin que l’amour dont vous m’avez aimé soit en eux, et moi aussi en eux.

Imitation de Jésus-Christ

La douceur de l’Eucharistie

Voix du disciple.

1. Combien est grande, ô mon Dieu, l’abondance de douceur que vous avez réservée à ceux qui vous craignent !

Quand je viens à considérer avec quel désir et quel amour quelques âmes fidèles s’approchent, Seigneur, de votre sacrement, alors je me confonds souvent en moi-même, et je rougis de me présenter à votre autel et à la table sacrée de la Communion avec tant de froideur et de sécheresse ; d’y porter un cœur si aride, si tiède, et de ne point ressentir cet attrait puissant, cette ardeur qu’éprouvent quelques-uns de vos serviteurs, qui, en se disposant à vous recevoir, ne sauraient retenir leurs larmes, tant le désir qui les presse est grand, et leur émotion profonde. Ils ont soif de vous, ô mon Dieu, qui êtes la source d’eau vive ; et leur cœur et leur bouche s’ouvrent également pour s’y désaltérer. Rien ne peut rassasier ni tempérer leur faim, que votre sacré Corps, qu’ils reçoivent avec une sainte avidité et les transports d’une joie ineffable.

2. Oh ! que cette ardente foi est une preuve sensible de votre présence dans le sacrement ! Car ils reconnaissent véritablement le Seigneur dans la fraction du pain, ceux dont le cœur est tout brûlant, lors que Jésus est avec eux. Qu’une affection si tendre, un amour si vif, est souvent loin de moi !

Soyez-moi propice, ô bon Jésus, plein de douceur et de miséricorde ! Ayez pitié d’un pauvre mendiant, et faites que j’éprouve, au moins quelquefois, dans la sainte Communion, quelques mouvements de cet amour qui embrase tout le cour, afin que ma foi s’affermisse, que mon espérance en votre bonté s’accroisse, et qu’enflammé par cette manne céleste, jamais la charité ne s’éteigne en moi. 3. Dieu de bonté, vous êtes tout-puissant pour m’accorder la grâce que j’implore, pour me remplir de l’esprit de ferveur, et me visiter dans votre clémence, quand le jour choisi par vous sera venu. Car encore que je ne brûle pas de la même ardeur que ces âmes pieuses, cependant, par votre grâce, j’aspire à leur ressembler, désirant et demandant d’être compté parmi ceux qui ont pour vous un si vif amour, et d’entrer dans leur société sainte.