Exercices préparatoires à la consécration à Marie
Troisième semaine : connaître Jésus-Christ

Le 8 décembre, en la fête de l’Immaculée conception de la Très Sainte Vierge, la communauté du Prieuré Notre Dame du Christ-Roi renouvellera la consécration à Jésus par Marie, au cours d’un salut du Saint-Sacrement, à 18 h. Cette cérémonie sera diffusée sur Internet, il suffira de se rendre sur la page du chapelet et de cliquer un des boutons “chapelet en direct”. Soyez nombreux à en profiter : la consécration à Jésus par Marie est un don du ciel pour les temps de persécution.

Cinquième Jour
Jésus SAGESSE GLORIEUSE ET TRIOMPHANTE

Nous avons contemplé Jésus dépendant de Marie jusqu’à la mort et la mort de la croix. Glorieux vainqueur de cette mort et remonté vers le Père, il demeure plus que jamais son Fils très aimant et très reconnaissant, au point de l’appeler au terme de sa vie terrestre à le rejoindre en corps et en âme, pour partager son triomphe dans la béatitude céleste.

Mais, suivons-le d’abord au temps de sa Résurrection, de son Ascension et de la Pentecôte. Que de grâces ont été déversées en ces jours privilégies sur les membres de l’Église naissante ! Grâces de FOI, d’ESPÉRANCE et de CHARITÉ, fortes assises de la vie chrétienne pour les siècles à venir.

Les saines femmes, que nous avons vues auprès de la Croix et que nous allons retrouver au Tombeau du jardin de Joseph d’Arimathie, s’étaient retirées avec la Sainte Vierge et saint Jean dans une maison de famille, à Jérusalem. Simon-Pierre, en proie à sa douleur, ne tardera pas à les retrouver. Les autres apôtres avaient dû s’enfuir selon toute vraisemblance vers Béthanie, dans la nuit de l’arrestation de leur Maître. Ne voyant plus ni Jean, ni Pierre, ils devaient penser qu’eux aussi avaient été arrêtés, et cela avait décuplé leur terreur panique. Lorsqu’ils apprirent les événements de la journée du Vendredi Saint, leur premier souci fut de se regrouper au Cénacle. Ils y étaient le dimanche de Pâques, croyant bien que tout était fini. Et voici que tout recommence, selon que l’avait prédit le Sauveur.

Demandons à Marie d’entrer, avec toute sa foi restée intacte, dans ce recommencement si calme, si secret, si réservé, pourrait-on dire, qui suivit le succès incontestable des hautes autorités de la nation juive. Nous abordons les trois grands Mystères qui ont renouvelé la face du monde.

Ave, Maria.

 I
LES GRÂCES DES TROIS PREMIERS MYSTÈRES GLORIEUX

S’il est une chose surprenante à première vue, c’est l’étrange difficulté qu’eurent les apôtres à croire en la Résurrection de leur divin Maître. Les saintes femmes, intimement mêlées à ce Mystère, les dépassent incomparablement. Le soir du Vendredi Saint, après avoir suivi les rites de l’ensevelissement, et examiné comment le corps avait été placé, elles ne pouvaient se résigner à quitter le sépulcre. Saint Mathieu (22, 61) nous montre Madeleine et Marie-Cléophas assises en face de la lourde pierre qui en fermait l’entrée. Elles finirent cependant par s’éloigner, mais résolues à revenir dès que possible, pour compléter l’embaumement qu’on avait dû faire en hâte avant l’heure commençante du Sabbat.

Ayant religieusement observé ce Sabbat, le plus solennel de l’année, nous les voyons accourir de très bonne heure au matin de Pâques vers le Tombeau avec des aromates et des parfums. Salomé, la mère de Jean, est avec elles. Tout en traversant les rues de la ville, elles s’inquiétaient de savoir qui roulerait la pierre du sépulcre pour leur permettre d’y pénétrer. Elles ignoraient que les Juifs, la veille, y avaient aposté des gardes ; et, d’ailleurs, les gardes épouvantés s’étaient déjà enfuis. Tout était calme dans le jardin quand elles y arrivèrent (Luc, 24, 1). Madeleine avance la première. Parvenue à proximité du sépulcre, elle vit que la pierre avait été roulée et que le corps n’était plus là. « On a enlevé le Seigneur du tombeau ! », s’écria-t-elle ; et, sans plus attendre, elle revint en courant vers Pierre et Jean, leur criant à tous deux : « On a enlevé le Seigneur du tombeau ! Et nous ne savons où on l’a mis ! ».

Pendant ce temps, les deux autres femmes s’étaient approchées du tombeau ouvert. Elles y entrent et s’assurent qu’il est réellement vide. Soudain, deux anges éblouissants apparurent. « Pourquoi, dirent-ils, cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Le Christ n’est plus ici, il est ressuscité. Voici la place où on l’avait déposé. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre ceci : Il vous précède en Galilée ; là, vous le verrez, comme il vous l’a dit. Souvenez-vous de ce qu’il vous a dit, étant encore en Galilée, au sujet du Fils de l’homme, à savoir qu’il devait être livré aux mains des pécheurs, être crucifié et ressusciter le troisième jour ».

Tremblantes de crainte, elles s’enfuirent et ne purent rien dire sur le moment aux apôtres, tant leur effroi était grand (Marc, 16, 8). Cependant, prévenus par Madeleine, Pierre et Jean se rendent en courant au Tombeau. Jean y arrive le premier, mais n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, y pénètre, aperçoit des bandelettes posées à terre, et le linceul soigneusement plié et rangé. Jean entre à son tour : il voit de ses yeux et il croit. Il fut le premier des apôtres à recevoir cette immense grâce (Jean, 20, 8).

Après avoir alerté Pierre et Jean, Madeleine ne tarda point à revenir au jardin du Tombeau. Inconsolée et pleurant de toutes ses larmes, elle se tenait dehors. Et voici qu’une clarté sortit du sépulcre : deux anges vêtus de blanc étaient là, assis l’un à la tête, l’autre aux pieds, où le corps avait été posé. Les anges lui dirent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? – Parce qu’ils ont enlevé mon Maître, et je ne sais où ils l’ont mis ». S’étant retournée, elle aperçoit qui lui dit comme les anges : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Madeleine, pensant au gardien du jardin : « Si c’est vous qui l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez mis, et j’irai le prendre ! ».

 Jésus se découvre alors en l’appelant de son nom « Maria ». « Ah, Maître, s’écria-t-elle en se précipitant à ses pieds, comme pour le retenir et ne plus le perdre. – Ne me touche point, dit Jésus, car je ne suis pas encore monté à mon Père ». L’heure n’est pas aux effusions ; le plus pressé est d’aller à mes frères et leur annoncer ma Résurrection, ainsi que mon prochain retour à mon Père. Madeleine le comprit et s’empressa d’annoncer aux apôtres, et même aux disciples qui se regroupaient dans la ville, « qu’elle avait vu le Seigneur ». C’est la première Apparition dont fasse mention l’Évangile (Jean, 20, 14-17). Les apôtres et les disciples ne tinrent aucun compte de ce message.

À leur tour, Marie-Cléophas et Salomé reviennent au Tombeau, accompagnées cette fois des autres saintes femmes du Calvaire, celles qui se tenaient un peu à l’écart. Jésus ressuscité se présente à leur rencontre. D’un élan spontané, elles se prosternent devant lui et baisent ses pieds. « Ne craignez pas, leur-dit-il, allez dire à mes frères qu’ils aillent bientôt en Galilée, car c’et là qu’ils me reverront ». Ce nouveau message ne trouva pas davantage créance auprès des apôtres (Luc, 24, 11). Il faudra que Jésus se manifeste à eux en personne, et encore ils douteront.

Les réponses des deux disciples d’Emmaüs au Voyageur inconnu, qui les aborde le soir de Pâques, nous expliquent cet état d’esprit des amis du Sauveur. Ceux-ci avaient mis en lui toutes leurs espérances, pensant bien « qu’il délivrerait Israël » et lui rendrait son ancienne splendeur. Mais voilà, disait Cléophas, que nos grands prêtres et nos magistrats l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié ; et nous sommes au troisième jour depuis que ces choses ont eu lieu. « Il est vrai, ajoutait-il, que quelques femmes de notre groupe, s’étant rendues de grand matin au Tombeau, n’ont pas trouvé le corps. Elles sont même venues dire qu’elles avaient vu une apparition d’anges qui l’assuraient en vie. Et quelques-uns des nôtres sont allés au Tombeau, et ils ont vu les choses comme les femmes les avaient dites ; mais lui, ils ne l’ont pas vu ! »

Ces esprits droits, entièrement conquis au Christ, attendaient tout au moins une Résurrection éclatante, qui aurait été la revanche immédiate sur ceux qui l’avaient condamné et aussi le rétablissement de l’ancien royaume d’Israël, leur rêve national de toujours. Mais rien n’a changé, les maîtres de l’heure sont les mêmes, tout est donc bien fini.

Le Voyageur qui les écoute leur reproche d’être lents à croire ce qu’avaient annoncé les prophètes concernant le Messie : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît et entrât ainsi dans sa gloire ? ». Et au long du chemin, il reprend et commente tout ce qui avait été dit à son sujet dans les Écritures. On connaît la suite du récit de saint Luc. Ce qu’il nous faut surtout retenir, c’est l’argument dont se sert Jésus pour ranimer la foi au cœur de ces disciples découragés, et lui assurer son vrai et solide fondement : l’autorité de la parole divine. Nous devons croire en ce que Dieu a pris soin de nous révéler par ses Prophètes et par son Fils. Bienheureux ceux qui acceptent cette révélation et lui accordent toute leur confiance, quoi qu’il advienne !

Dans ce mystère qui nous occupe, la Sainte Vierge demeure le modèle unique. Elle seule a cru sans défaillance, et les âmes, qui ont cru les premières, sont précisément celles qui l’accompagnèrent jusqu’à la Croix et jusqu’au Tombeau : l’apôtre Jean d’abord, puis Madeleine ; et après Madeleine, Marie-Cléophas et Salomé, avec les autres suivantes de Jésus au temps de ses prédications. Toutes ces femmes ont eu l’insigne privilège de voir aussitôt Jésus ressuscité, et elles ont cru immédiatement. Jean n’a vu que le tombeau vide, mais cela lui a suffi pour croire.

 Les autres apôtres, malgré les messages des saintes femmes et malgré le récit haletant des disciples d’Emmaüs, persistaient dans leur incrédulité. Ces derniers, après la révélation de la fraction du pain et malgré l’heure avancée, avaient repris de suite la route de Jérusalem et s’étaient rendus au Cénacle pour communiquer à tous leur joie d’avoir entendu et vu le Christ ressuscité. Les apôtres étaient là, à l’exception de Thomas. Saint Marc fait remarquer qu’ils ne crurent pas non plus la merveilleuse Apparition qu’on leur racontait (16, 13). Et voici que, soudain, Jésus lui-même parut au milieu d’eux, dans cette salle dont cependant les portes étaient soigneusement closes, par peur des Juifs. « La paix soit avec vous, leur-dit-il, c’est moi, ne craignez point. ». Mais eux, troublés, effrayés, croyaient voir un fantôme. « Pourquoi êtres-vous si troublés, reprit Jésus, et pourquoi laissez-vous des incertitudes s’élever en vos cœurs ? Voyez mes mains et mes pieds ; oui, c’est bien moi. Touchez, regardez, rendez-vous compte qu’un esprit n’a ni chair ni os, comme vous constatez que j’en ai ». Et tout en leur montrant ses mains et ses pieds transpercés, il leur reprochait leur incrédulité, leur dureté de cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru à ceux qui l’avaient vu ressuscité.

Avant cette Apparition du Cénacle et celle d’Emmaüs, Jésus s’était montré à Simon-Pierre. Saint Luc nous l’atteste (24, 34), et aussi saint Paul en sa première Épître aux Corinthiens (15, 5) ; mais nous n’avons aucun détail de cette Apparition. Par humilité, l’apôtre qui avait renié son divin Maître voulu garder le silence sur cette condescendante sollicitude à son endroit. Dès le matin de Pâques il se savait pardonné, puisque nous le voyons accourir au Tombeau avec Jean, après avoir entendu ce que leur rapportait Madeleine. Il y était revenu seul peu après, et ce fut durant ce trajet que le Sauveur dut lui apparaître. On peut se représenter l’apôtre fondant en larmes à la vue du divin Ressuscité, et se jetant à ses pieds, sans oser toutefois les toucher et les baiser. Et Jésus ne lui adressa aucun reproche, mais lui témoigna un amour encore plus grand qu’auparavant.

Après la nuit de son reniement, Pierre avait dû retrouver Jean témoin de sa chute, « et sans doute aussi la Sainte Vierge, à qui il sentait un irrésistible besoin de confesser sa faute et de demander pardon. Il était avide de savoir ce qui s’était passé depuis la condamnation chez Caïphe ». Quel torrent de pleurs aura-t-il versé alors ! Marie lui avait rendu confiance, elle avait prié, elle avait obtenu pour lui cette Apparition privilégiée du matin de Pâques. Pierre fut donc le premier des Apôtres à voir de ses yeux Jésus ressuscité ; Pierre, demeurant toujours le Chef du Collège apostolique et devenant ainsi le premier témoin attitré de la Résurrection du Sauveur. Oui, Apparition privilégiée, comme celle accordée à Madeleine.

Comment douter après cela que Jésus n’ait commencé par se manifester à sa sainte Mère ? L’Évangile n’en parle point. L’Évangile n’avait pas à en parler : il rapporte les Apparitions dont le but était de prouver la victoire du Christ sur les tourments et la mort, et par le fait d’obtenir une foi à toute épreuve dans le succès de l’œuvre rédemptrice, malgré les apparences contraires. Marie, nous l’avons dit, n’avait cessé de croire à la Résurrection ; aussi, ne la voyons-nous pas prendre une part quelconque aux préoccupations des saintes femmes touchant l’embaumement du Corps enseveli. Cette attitude avait dû frapper l’esprit observateur et intuitif de l’apôtre Jean ; c’est pourquoi, devant le Tombeau vide, il s’était rendu aussitôt à l’évidence du grand miracle.

Quelle fut la béatitude de Marie en contemplant le Corps désormais glorieux de son Jésus ? Les mots nous manquent pour l’exprimer. C’était bien ce même Corps reçu d’elle, et qu’elle avait vu grandir, souffrir, mourir sur la Croix et porter au sépulcre de Joseph d’Arimathie. Les stigmates y ajoutaient leur preuve impressionnante. Cette Apparition ne ressemblait en rien à celles qui allaient suivre, tant elle les dépassait par sa splendeur, sa douce et sainte intimité, par ses effusions célestes, ses embrassements, ses échanges de tendresse, par ses actions de grâces aussi après tant de souffrances ensemble endurées et surmontées. C’était une joie sublime, intraduisible ; un bonheur surhumain qui dépasse nos conceptions, en même temps qu’une juste et royale récompense de sa foi. Quelle divine leçon pour nous encourager à implorer de Marie cette FOI inébranlable, qui s’appuie avant tout sur la certitude de la parole révélée, en attendant la vision de gloire ! Resurrexit sicut dixit, Il est ressuscité comme il l’avait dit (Antienne du Regina cœli lætare).


Jésus ressuscité avait demandé à ses apôtres de se rendre en Galilée, loin de la crainte des Juifs. Dans cette tranquille contrée, qui fut le berceau de leur vocation, il va les préparer à son départ et leur confier le soin de son Église, où toutes les âmes chrétiennes puiseront l’ESPÉRANCE de le rejoindre un jour.

Déjà, le soir de Pâques, au Cénacle de Jérusalem, il leur avait transmis le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés, les établissant ainsi juges des consciences. Et maintenant, sur les bords du lac de Tibériade, c’est l’investiture solennelle de Simon-Pierre comme Chef de toute l’Église. « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » lui demanda Jésus par trois fois en compensation du triple reniement. « Sois le Pasteur de mes Agneaux… Sois le Pasteur de mes Brebis ». Sois le Pasteur suprême du troupeau entier, fidèles et prêtres à tous les degrés de la hiérarchie.

Après la consécration définitive de la primauté de Pierre, Jésus convoqua ses apôtres sur une montagne de Galilée dont on ne dit pas le nom, peut-être le Thabor. Les « Onze » étaient là, qui entendirent ces paroles : « Toute Puissance m’a été donnée au Ciel et sur la terre. Allez donc enseigner toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur enseignant à pratiquer tout ce que je vous ai commandé. Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation du siècle ».

Sublime mission apostolique ! Avant de prendre possession du Ciel, il entend, par se envoyés, prendre possession de la terre : portez à tous les peuples mon Évangile, la « Bonne Nouvelle » du Royaume des Cieux. Puis, à ceux qui croiront en votre parole, communiquez la vie surnaturelle par le Baptême, et les autres sacrements destinés à la maintenir et développer. Enfin, apprenez-leur à observer tous mes commandements, car il importe de produire, au prix d’efforts persévérants, des œuvres de renoncement, de charité, de sacrifice. Le Ciel est une récompense qu’il faut personnellement mériter. L’Église devient alors pour les âmes croyantes et pratiquantes comme le vestibule du Paradis, la véritable maison de l’Espérance chrétienne.

Cependant, ce n’est pas en Galilée que Jésus entend faire à ses apôtres son adieu terrestre. Il leur enjoint donc de regagner Jérusalem et leur assigne comme dernier rendez-vous ce Cénacle où il les a consacrés ses prêtres et les dispensateurs de son Eucharistie. Nous les y trouvons dix jours exactement avant la Pentecôte, disposés à recevoir ses recommandations suprêmes. Leur prédication devra d’abord s’appuyer sur l’autorité des Écritures. Il fallait que soit accompli tout ce qui avait été dit à son sujet dans la Loi de Moïse et dans les Prophètes et dans les Psaumes : ses souffrances, sa mort en croix, sa résurrection le troisième jour. Ensuite, ils devront proclamer à la face du monde les faits dont ils ont été les témoins, et on croira sur leurs affirmations. Sous peu d’ailleurs, l’Esprit-Saint les revêtira de sa force. Jésus le leur annonce.

Et il les emmena sur la montagne des Oliviers. Là, étendant les mains sur eux, il les bénit et s’éleva au Ciel. Tous le virent monter majestueusement dans les airs : les apôtres, plusieurs disciples, et Marie avec les saintes femmes venues avec eux au Cénacle.

On était à l’heure de midi. Le soleil inondait le firmament. En tranquille triomphateur, à peu de distance du prétoire de Pilate, Jésus retournait à son Père dans le Royaume de l’éternel rendez-vous. « Je vais vous préparer une place », avait-il dit aux siens dans son discours après la Cène (Jean, 14, 2). Quelle douce et lumineuse invitation ! Comment mieux nous laisser entendre que l’Église, de là-haut, n’est qu’une suite à celle d’ici-bas.

Apôtres et disciples retournèrent à Jérusalem en grande allégresse, note saint Luc (24, 52). Toute crainte avait disparu. Leurs illusions juives, pourtant si tenaces, venaient de s’évanouir. Ils n’espéraient plus dans le relèvement temporel de l’ancien royaume, et comprenaient enfin que Jésus n’était pas venu pour cela. Une autre espérance, autrement grande et belle, emplissait leurs cœurs. Deux anges venaient de leur dire que ce Jésus, enlevé au Ciel, en reviendrait un jour tel qu’ils l’avaient vu monter. Alors, il apparaîtra sur les nuées dans toute sa gloire, pour juger le monde et inaugurer un Règne sans fin. Et puis, Jésus disparu, Marie restait avec eux. Elle avait déjà tant intercédé devant leur lenteur à croire. Elle s’était réjouie avec les saintes femmes des Apparitions merveilleuses qui se succédaient, totalement à l’insu des autorités de la nation. Elle n’ignorait pas leur incalculable portée, malgré la discrétion qui les enveloppait présentement. Elle n’avait cessé d’admirer, de louer, de bénir cette mystérieuse Présence prolongée, tantôt visible, tantôt cachée, du Sauveur au milieu des siens. Si son bonheur avait été grand de voir de ses yeux son Fils ressuscité, plus grand encore fut celui de le voir monter au Ciel avec ce Corps qu’elle lui avait donné pour souffrir et que la Gloire enveloppait maintenant de sa splendeur.

Ô Sagesse victorieuse et triomphante ! Pouvait-elle s’écrier en descendant les pentes du mont des Oliviers. Quel contraste avec sa descente du Calvaire, le soir du Vendredi Saint ! Son espérance était déjà comblée dans la Personne du glorieux Ressuscité, en attendant de l’être en sa propre personne. Quel encouragement pour nous à attendre le Ciel, après toutes nos épreuves d’ici-bas, chrétiennement supportées comme l’achat de la béatitude éternelle !


Au Cénacle de Jérusalem, où les apôtres, en compagnie de la Sainte Vierge, des saintes femmes et des disciples, commencent leur Retraite de dix jours, la CHARITÉ sera l’âme de cette fraternelle assemblée. Quelle union, quelle ferveur soutenue, quelle persévérance dans la prière, entre ces murs embaumés du souvenir eucharistique ! Quelle unité des esprits, quelle fusion des cœurs autour de la Mère de Jésus ! C’est elle qui concilie et pacifie. C’est elle qu’on vénère et qu’on écoute.

 Lorsque Simon-Pierre propose à ses collègues de donner un successeur à Judas, l’élection se passe dans une concorde parfaite, sans l’ombre d’une opposition ou d’une divergence. Mathias est ainsi désigné et reconnu par les « Onze ». Tous les apôtres considèrent Marie comme tenant au milieu d’eux la place du Sauveur monté au ciel. N’est-elle pas aussi leur Mère ? Sa Maternité ne fut-elle pas proclamée du haut de la Croix ? Mère des pasteurs et de fidèles, Mère du Pasteur suprême lui-même, Mère de ces enfants privilégiés, les choisis, les intimes de Jésus, les premiers membres de son Corps mystique !

Combien elle les aime et désire les voir toujours s’aimer les uns les autres, selon le commandement nouveau, comme ils s’aiment en ce moment sous son regard ! C’est pour eux qu’elle prie ; c’est sur eux tous qu’elle appelle la descente de l’Esprit consolateur. Sa pure et belle dilection avive en chacun le désir de recevoir ce divin Paraclet, tant de fois promis par son Fils et dont elle demeure l’Épouse très fidèle et très aimante.

Voilà de longues années qu’Elle-même a reçu sa venue et sa survenue ; mais il faut qu’elle le reçoive encore, ostensiblement cette fois, pour le communiquer à l’Église naissante. Il importe qu’on la reconnaisse dans le plein exercice de ses fonctions maternelles. C’est pourquoi le Livre des Actes nous a signalé expressément sa présence parmi les apôtres et les disciples en prière. Encore quelques jours, et l’Amour personnel du Père et du Fils déversera par eux sa charité sur le monde. Marie les prépare en leur infusant son propre amour. Au matin de Pentecôte, avant que ne s’ouvrent les portes du Cénacle, c’est sur Elle en premier lieu que va descendre l’Esprit-Saint et, par elle, il se répandra dans la plénitude de ses dons sur chacune des personnes présentes.

Alors, sous la poussée du grand souffle venu d’en haut, ce sera l’embrasement des cœurs et le déliement des langues. Plus rien désormais n’arrêtera les apôtres. Dans Jérusalem surprise et étonnée, entendons-les – Simon-Pierre à leur tête – prêcher hardiment le Christ ressuscité d’entre les morts. Et ces milliers de pèlerins, accourus des provinces les plus reculées pour la Fête des moissons, l’une des trois grandes de l’année, les écoutent et les comprennent malgré la diversité de leurs idiomes particuliers. « Nous sommes les témoins de sa Résurrection » disent-ils ; et cette Résurrection fut annoncée par David, son Prophète, de même que sa condamnation et sa Passion (Act. 2, 7).

Impossible de leur reprocher d’avoir cru à la légère ou par influence des uns sur les autres. Ils ont été, au contraire, les plus rebelles à croire ; Jésus a dû les gagner et les convaincre un à un, pour ainsi dire. Leur affirmation ne craint aucun démenti. C’est elle qui convertit en masse ces premiers auditeurs : on les croit sur parole, comme le divin Maître le leur avait prédit : on tient la preuve de la Divinité du Christ et de la vérité de son Évangile. C’est elle aussi qui fermera la bouche aux ennemis prêts à reparaître : « Nous ne pouvons pas taire ce que nous avons vu et entendu ».

Cette puissance de conviction, émanant de l’Esprit qui les enflamme, leur fera braver les menaces, les tribunaux, l’emprisonnement, la mort violente elle-même. Tous finiront par le martyre, heureux de verser leur sang pour les âmes rachetées dans le sang de Jésus. « Il n’est pas de plus grand amour que celui de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jean, 15, 13). Sublime exemple d’amour de Dieu et du prochain. Ainsi, le mystère de la Pentecôte nous apporte cette grâce de parfaite charité, faisant suite aux grâces de foi et d’espérance des deux mystères précédents.

II
JÉSUS GLORIFIÉ VEUT GLORIFIER SA MÈRE

Combien d’années, après son départ et la descente de l’Esprit-Saint, Jésus laissa-t-il Marie sur la terre ? Aucun texte sacré ne nous le fait connaître. Le nom de la Vierge disparaît des Écritures. Retirée auprès de l’apôtre Jean, cette dernière phase de sa vie fut la phase à dominance contemplative, comme le laisse entendre le silence même des pages inspirées. La vigilance du disciple bien-aimé la délivrait de tout souci temporel. Sa messe lui apportait le réconfort du Pain eucharistique et remettait chaque fois sous ses yeux le souvenir de la divine institution, intimement liée à l’immolation sanglante du Calvaire. Qui, plus que Marie, pouvait pénétrer ce mystère de douleur et d’amour ? Qui pouvait plus profondément découvrir l’identité absolue du sacrifice de l’autel avec celui de la croix ? Elle revivait alors les heures du Vendredi Saint, mais c’était dans une action de grâce d’extase ; car son Fils n’avait plus à souffrir et les trésors de sa Rédemption se déversaient sur le monde. Elle-même augmentait de plus en plus ses mérites par ce sacrement de l’Eucharistie, le seul qui convenait à son âme encore voyageuse ici-bas. Quelle merveille de grâce ! Recevoir le Verbe fait pain, Elle, la Mère du Verbe fait chair ! Recevoir sacramentellement Celui qu’elle a conçu spirituellement et corporellement !

Sans doute aimait-elle aussi se remémorer au long des jours les années d’intimité de Nazareth, ce long temps que Jésus lui avait consacré avant de se donner aux autres. Tous ces souvenirs demeuraient vivants dans son cœur ; mais le fait de sa présence à Jérusalem ramenait irrésistiblement ses pensées aux Mystères de la Résurrection, de l’Ascension et de la Pentecôte, qui célébraient le triomphe de son Fils et soutenaient en ce moment la marche de l’Église.

Marie, d’ailleurs, ne pouvait qu’être maternellement attentive à cette chrétienté de la capitale, déjà aux prises avec les autorités juives et si heureuse de son assistance. Par Jean, elle connaissait et suivait l’avance de la prédication apostolique en Judée, en Samarie, et au-delà. Combien elle dut admirer et louer la force d’âme du saint diacre Etienne, le premier martyr ! Avec quelle ferveur elle implorait la conversion de Saul de Tarse, le plus acharné des persécuteurs ! Elle remerciait le Seigneur de savoir les apôtres dans la jubilation, après avoir été emprisonnés et battus de verges pour l’amour de leur Maître.

Plus tard, quand s’étendra la persécution, elle sera là pour consoler et soutenir les amis de son Fils. Après la fondation de l’Église d’Antioche, elle livrera aux Évangélistes, à Luc en particulier, le fidèle compagnon de Paul, les plus intimes secrets de son cœur, le récit de l’Annonciation, son cantique du Magnificat, et tant de détails qu’elle était seule à connaître.

Tout cela n’arrêtait pas sa contemplation, mais la surélevait bien plutôt, et l’étendait sur toutes les âmes qui viendront boire, dans la suite des temps, à la source évangélique. Jésus, cependant, ne pouvait tarder davantage à l’appeler à lui. Nous aimons, selon la Tradition la plus ancienne, la voir partir de ce monde en cette ville de Jérusalem, à jamais sanctifiée par la mort et la Résurrection de son Fils. Les apôtres, pour la plupart, s’étaient dispersés à travers les nations ; saint Jean, son prêtre et son confident, demeurait fidèlement auprès d’elle, en la maison de Gethsémani, sans doute avec quelques parents et chrétiens dévoués. C’est lui qui aurait pu nous décrire ces journées d’attente paisible qui précédèrent sa dormition ; ou bien nous dire en termes clairs qu’il l’avait vue, ainsi que d’autres personnes présentes, s’en aller corporellement, vivante, immortelle, et non ressuscitée. Il a préféré le silence, se contentant en son Apocalypse de soulever un coin du voile comme nous allons le voir, en laissant à l’Église le soin de définir en son temps ce mystérieux départ. Il a fallu des siècles.

Notre génération a été l’heureuse bénéficiaire de la Définition dogmatique, faite par S.S. Pie XII, le matin du 1er novembre 1950, sur la place Saint-Pierre de Rome. Elle a pu entendre directement, ou par les ondes, ces solennelles et infaillibles paroles : « …Nous prononçons, Nous déclarons et Nous définissons comme un dogme divinement révélé que Marie, Mère Immaculée de Dieu et Vierge perpétuelle, au terme de sa vie terrestre, a été élevée avec son corps et son âme dans la gloire du Ciel ».

C’est bien à dessein que, dans cette Définition, aucune mention n’est faite de la mort ni de la résurrection de la Très Sainte Vierge. De même, dans la nouvelle messe de l’Assomption, le Souverain Pontife a fait supprimer l’allusion à la mort de Marie que nous lisions à la Secrète. Et l’Introït de cette messe n’est plus le Gaudeamus omnes in domino, commun à plusieurs autres messes du Missel, mais le Signum magnum apparuit in cœlo du XIIe chapitre de l’Apocalypse, qui nous met de suite en présence de la grandiose vision de saint Jean, exilé à Pathmos. L’apôtre revoit et contemple, dans la Jérusalem céleste, Marie en corps et en âme, parée de tout ce qu’il y a de lumineux dans notre firmament.

Le soleil l’enveloppe comme d’un manteau ; la lune est placée sous ses pieds ; douze étoiles forment couronne autour de la tête. Ce SIGNE merveilleux n’est-il pas la description symbolisée de son Assomption de créature immaculée et immortelle ? Une pareille splendeur ne nous laisse-t-elle pas entendre qu’elle fut la plus glorieuse qui puisse lui convenir ? La Divinité de son Fils est son vêtement de gloire. Tous les élus, ses enfants, l’entoureront à jamais de leur vivante couronne. Représenté par la lune qui reçoit sa clarté du soleil, notre monde inférieur apparaît sous ses pieds, pour nous dire qu’elle l’a traversé en pureté et beauté, dans le rayonnement de son Fils, sans avoir connu nos misères et notre fin charnelle. Si l’on peut, d’ailleurs, parler de mort au sujet de la Vierge, on doit dire qu’au Calvaire elle l’avait expérimentée en la Personne de Jésus Rédempteur. Le glaive de la Passion transperçait alors son âme de Mère Corédemptrice. Désormais, la Rédemption étant entièrement accomplie, l’entrée de Marie dans la grâce sans l’ombre du péché appelait son entrée dans la gloire sans l’attouchement de la mort. La Définition dogmatique de Pie XII, portant uniquement sur sa glorification en corps et en âme à la fin de sa vie terrestre, laisse la voie ouverte à cette interprétation reposante. Ainsi le plan de revanche sur le démon apparaît total et sans restriction, au moins dans un membre de l’humanité rachetée.


Que dire à présent de l’accueil fait par Jésus à sa Mère, quand les anges la virent élevée au-dessus de leurs hiérarchies les plus hautes dans le Ciel de la Trinité ? C’est lui, ce Fils bien-aimé, qui la présente, la livre à son Père pour être mise éternellement en possession de la béatitude des trois Personnes, dans la vision face à face. C’est lui qui la fait asseoir à ses côtés sur le même trône : Adstitit Regina a dextris tuis (Ps. 131, 8), pour son Couronnement de gloire.

Dans le N° 38, page 562, l’Ami rapporte le petit fait suggestif de la photographie d’une prière à Marie dans son Assomption, avec une correction autographe de Pie XII, supprimant les paroles relatives à la mort de la Vierge ;

 Y eut-il un rite sensible de cette Intronisation et de ce Couronnement, puisque Jésus couronnait ici, comme homme, la tête glorifiée de sa Mère ? Sans doute, une bénédiction, une consécration, une imposition de ses mains adorables, comme le pense Mgr Gay. « Quant à dire, ajoute cet auteur mystique, l’ampleur, la grâce, l’incomparable beauté de ce geste du Christ, l’expression que prit alors son visage, toute son attitude enfin au moment où il servit d’organe aux trois Personnes divines pour couronner sa Mère, ni le plus sublime génie de l’art ne l’a rêvé, ni la plus haute contemplation des plus grands saints n’a pu l’entrevoir. Ce fut dans le ciel tout entier la cause d’un vrai transport, mais cela reste pour nous indescriptible et ineffable ; et il faut en dire autant de l’attitude et de la physionomie de la sainte Vierge1 ». Quelle exaltation de son humilité d’esclave du Seigneur au matin de l’Annonce angélique, et combien son cantique du Magnificat est admirablement placé sur nos lèvres dans l’Évangile de la nouvelle messe d’Assomption !

La voilà Souveraine bienheureuse de la Cour céleste et « Toute – Puissance – Suppliante » auprès de son Fils, en faveur de ses enfants de la terre. Constamment occupée de nous, elle prépare ainsi notre place, la place de nos âmes au moment de notre mort ou de notre sortie du Purgatoire, la place de nos corps eux-mêmes au jour de la résurrection générale. Nous participerons alors entièrement à sa béatitude, selon le degré de nos mérites.

Faisons confiance à cette toute-puissante intercession, nous surtout qui, par notre Consécration, permettons à Marie d’exercer sur nos âmes et sur nos corps toute son action de mère et de Maîtresse. Laissons-la nous former, nous transformer, nous appeler, nous attirer, en ne lui offrant – redisons-le encore – que dépendance amoureuse et persévérante docilité. Remercions-la de nous avoir conduits tout au long de ces Mystères que nous venons de méditer. C’est elle qui les avait commencés, c’est elle qui les clôture ; mais sa mission ne sera terminée que lorsqu’elle verra tous ses enfants réunis autour d’elle dans le Ciel de l’Agneau, comme une couronne de joie ajoutée à sa couronne de gloire. Jésus, Sagesse éternellement glorieuse et triomphante en son Humanité et en sa Mère, le sera aussi dans ses élus : et ce sera le Règne qui ne connaîtra plus aucune des ombres et des vicissitudes d’ici-bas.

Laissons-nous soulever par l’espérance vers cette récompense d’un bonheur sans fin.

LECTURES

ÉVANGILE selon saint Jean, chap. 15, 1 à 27 : Discours prononcé sur le chemin de Gethsémani.
IMITATION de Jésus-Christ, livre 4, ch. 13 : Des désirs ardents de l’âme pour la Communion.

Évangile

Saint Jean ch. 15 Le cep et les sarments

Je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui ne porte pas de fruit en moi, il le retranchera ; et tout sarment qui porte du fruit, il l’émondera, afin qu’il porte plus de fruit. Vous êtes déjà purs, à cause de la parole que je vous ai annoncée. Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez pas non plus, si vous ne demeurez en moi. Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, porte beaucoup de fruit ; car, sans moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il sera jeté dehors comme le sarment, et il séchera ; puis on le ramassera, et on le jettera au feu, et il brûlera. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. En ceci mon Père sera glorifié, que vous portiez beaucoup de fruit, et que vous deveniez mes disciples.

Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme j’ai moi-même gardé les commandements de mon Père, et que je demeure dans son amour. Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. Ceci est mon commandement : que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. Personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appellerai plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous ai appelés amis, parce que tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis, et je vous ai établis afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure ; afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres.

L’œuvre du Saint-Esprit et la mort de Jésus

Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui serait à lui ; mais, parce que vous n’êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela le monde vous hait. Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. Mais ils vous feront toutes ces choses à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. Si je n’étais pas venu, et que je ne leur eusse pas parlé, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant, ils n’ont pas d’excuse de leur péché. Celui qui me hait, hait aussi mon Père. Si je n’avais pas fait parmi eux des œuvres qu’aucun autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché ; mais maintenant, ils ont vu, et ils ont haï et moi et mon Père afin que la parole qui est écrite dans leur Loi soit accomplie : Ils m’ont haï sans sujet. Mais, lorsque le Paraclet que je vous enverrai de la part du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, sera venu, il rendra témoignage de moi. Et vous aussi vous rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement.

Imitation de Jésus-Christ

 Ch. 13 Des désirs ardents de l’âme pour la Communion

Voix du disciple.

1. Qui me donnera, Seigneur, de vous trouver seul, et de vous ouvrir tout mon cœur, et de jouir de vous comme mon âme le désire ; de sorte que je ne sois plus pour personne un objet de mépris, et, qu’étranger à toute créature, vous me parliez seul, et moi à vous, comme un ami parle à son ami, et s’assied avec lui à la même table ? Ce que je demande, ce que je désire, c’est d’être uni tout entier à vous, que mon cœur se détache de toutes les choses créées, et que, par la sainte Communion et la fréquente célébration des divins mystères, j’apprenne à goûter les choses du ciel et de l’éternité. Ah ! Seigneur mon Dieu, quand, m’oubliant tout à fait moi-même, serai-je parfaitement uni à vous, et absorbé en vous ? Que je sois en vous, et vous en moi, et que cette union soit inaltérable !

2. Vous êtes vraiment mon bien-aimé, choisi entre mille , en qui mon âme se complaît et veut demeurer à jamais. Vous êtes le Roi pacifique  ; en vous est la paix souveraine et le vrai repos ; hors de vous, il n’y a que travail, douleur, misère infinie. Vous êtes vraiment un Dieu caché ; vous vous éloignez des impies, mais vous aimez à converser avec les humbles et les simples. Oh ! que votre tendresse est touchante, Seigneur, vous qui, pour montrer à vos enfants tout votre amour, daignez les rassasier d’un pain délicieux qui descend du ciel !   Certes, nul autre peuple, quelque grand qu’il soit, n’a des dieux qui s’approchent de lui  comme vous, ô mon Dieu ! Vous vous rendez présent à tous vos fidèles, vous donnant vous-même à eux chaque jour, pour être leur nourriture, et pour qu’ils jouissent de vous, afin de les consoler et d’élever leur cœur vers le ciel. 3. Quel est le peuple, en effet, comparable au peuple chrétien ? Quelle est, sous le ciel, la créature aussi chérie que l’âme fervente en qui Dieu daigne entrer pour la nourrir de sa chair glorieuse ? Ô faveur ineffable ! Ô condescendance merveilleuse ! Ô amour infini, qui n’a été montré qu’à l’homme ! Mais que rendrai-je au Seigneur pour cette grâce, pour cette immense charité ? Je ne puis rien offrir à mon Dieu qui lui soit plus agréable que de lui donner mon cœur sans réserve, et de m’unir intimement à lui. Alors mes entrailles tressailliront de joie, lorsque mon âme sera parfaitement unie à Dieu. Alors il me dira : Si vous voulez être avec moi, je veux être avec vous. Et je lui répondrai : Daignez demeurer avec moi, Seigneur ; je désire ardemment d’être avec vous. Tout mon désir est que mon cœur vous soit uni.