Exercices préparatoires à la consécration à Marie
Troisième semaine : connaître Jésus-Christ

Deuxième Jour
Ô SAGESSE INCARNÉE !

« Le temps marqué pour la rédemption des hommes étant donc arrivé, la Sagesse ÉTERNELLE commença par se bâtir elle-même une maison, une demeure digne d’elle : Sapientia aedificavit sibi domum (Prov. 9, 1).

« Elle créa et forma la divine Marie dans le sein de sainte Anne, avec plus de plaisir qu’elle n’avait pris en créant l’univers. Il est impossible, poursuit Montfort, d’exprimer, d’un côté, les ineffables communications de la Très Sainte Trinité à cette belle créature, et, de l’autre, la fidélité avec laquelle elle correspondit aux grâces de son Créateur.

« Le torrent impétueux de la bonté infinie de Dieu, arrêté violemment par les péchés des hommes depuis le commencement du monde, se décharge en plénitude dans le Cœur de Marie… Ô chef-d’œuvre du Très-Haut, ô miracle de la Sagesse ÉTERNELLE, ô prodige de la Toute-Puissance, ô abîme de la grâce, il n’y a, je l’avoue avec tous les saints, il n’y a que celui qui vous a créée qui connaisse la hauteur, l’étendue et la profondeur des grâces qu’il vous a faites.

« La divine Marie eut, en quatorze ans de vie, de si grands accroissements dans la grâce et la sagesse de Dieu et une fidélité si parfaite à son amour, qu’elle ravit en admiration, non seulement tous les anges, mais encore Dieu même. Son humilité profonde jusqu’au néant le charma ; sa pureté toute divine l’attira ; sa foi vive et ses prières ferventes le forcèrent. La Sagesse est vaincue par de si amoureuses recherches…

« Cette Sagesse, voulant descendre du sein de son Père dans le sein d’une Vierge pour s’y coucher parmi les lis de sa pureté, envoya l’archange Gabriel la saluer de sa part, et lui dire qu’elle désirait se faire homme en elle, si elle-même voulait y consentir.

« Dans l’instant où Marie accorda ce consentement ineffable… le Saint-Esprit forma du plus pur sang de son cœur un petit corps et l’organisa parfaitement. Dieu créa l’âme la plus parfaite qu’il eût jamais créée. La Sagesse ÉTERNELLE ou le Fils de Dieu s’unit en unité de Personne à ce corps et à cette âme.

« Et voilà la grande merveille du Ciel et de la terre, l’excès prodigieux de l’amour de Dieu : VERBUM CAR FACTUM EST : le Verbe s’est fait chair, la Sagesse ÉTERNELLE s’est incarnée. Dieu est devenu Homme, sans cesser d’être Dieu ; et cet Homme-Dieu s’appelle Jésus-Christ, c’est-à-dire Sauveur » (ASE, N° 105-108).

Montfort parcourt alors sommairement les étapes de la VIE de la Sagesse Incarnée, depuis sa naissance dans l’étable de Bethléem jusqu’à son Ascension sur le mont des Oliviers (109-116). Mais, comme cette divine Sagesse ne s’est faite homme que pour attirer les cœurs des hommes à son amitié et à son imitation, et que, dans ce but, elle a pris plaisir à se parer de toutes les amabilités, nous allons d’abord la contempler avec lui, en ce deuxième Jour, dans le charme de ses ATTRAITS humains et dans la sublimité de ses ORACLES évangéliques. Sa dépendance de Marie nous retiendra dans les méditations suivantes.

Demandons à la Sainte Vierge la grâce de bien mettre à profit les grandes lumières de cette troisième semaine. Ave, Maria.

I
LES ATTRAITS DE LA SAGESSE INCARNÉE

Comme nous allons le voir, Montfort les ramène tous à cette constante DOUCEUR qui rayonnait de son Humanité sainte.

1° La douceur de son TEMPÉRAMENT. Elle est née de la plus douce, de la plus tendre et de la plus belle de toutes les mères. Expliquez-moi la douceur de Jésus. Expliquez-moi auparavant la douceur de Marie, sa Mère, à qui il ressemble dans la douceur du tempérament. Jésus est l’enfant de Marie, et, par conséquent, il n’y a en lui ni fierté, ni rigueur, ni laideur, et encore infiniment moins que dans sa Mère, puisqu’il est la Sagesse ÉTERNELLE, la douceur et la beauté même.

« Les Prophètes à qui, par avance, cette Sagesse Incarnée a été montrée, la nomment une brebis et un agneau de douceur (Jér. 11, 19). Ils prédisent qu’à cause de sa douceur, elle n’achèvera pas de rompre un roseau demi rompu, ni d’éteindre une mèche encore fumante (Is. XLII, 3). C’est-à-dire qu’elle aura tant de douceur que, lorsqu’un pauvre pécheur serait à demi brisé, aveuglé et perdu par ses péchés, elle ne le perdra pas à moins qu’il ne l’y contraigne.

« Saint Jean-Baptiste, qui fut près de trente ans dans les déserts pour y mériter, par ses austérités, la connaissance et l’amour de cette Sagesse Incarnée, ne l’eut pas plus de vue, qu’il s’écria, en la montrant du doigt à ses disciples : Ecce Agnus Dei… Voilà l’Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde (Jean, 1, 29). Il ne dit pas, comme il semblait devoir dire : Voilà le Très-Haut, voilà le Roi de gloire, voilà le Tout-Puissant ; mais comme il le connaissait plus qu’aucun homme qui ait été et qui sera jamais : Voilà l’Agneau de Dieu, voilà cette Sagesse ÉTERNELLE qui, pour charmer les cœurs et remettre nos péchés, a uni en soi toute la douceur de Dieu et de l’homme, du Ciel et de la terre ».

2° La douceur de son NOM. « Jésus est le nom propre de la Sagesse Incarnée. Que nous marque ce nom, si ce n’est une charité ardente, un amour infini et une douceur charmante ? Jésus, Sauveur, celui qui sauve l’homme, dont le propre est d’aimer et de sauver l’homme !

Nil canitur suavius,
Nil auditur jucundius,
Nil cogitatur dulcius
Quam Jesus, Dei Filius.

« Aucun chant plus suave, aucune voix plus agréable, aucune pensée plus douce que Jésus, le Fils de Dieu.

 « Oh, que ce nom de Jésus est doux à l’oreille et au cœur d’une âme prédestinée : c’est un miel très doux à la bouche, une mélodie agréable à l’oreille et une jubilation parfaite au cœur. Mel in ore, in aure melos, in corde jubilus (Saint Bernard) ».

3° La douceur de son VISAGE. « Ce très aimable Sauveur a un visage si doux et si débonnaire, qu’il charmait les yeux et les cœurs de ceux qui le voyaient. Les pasteurs, qui vinrent le voir dans l’étable, étaient tous si charmés de la douceur et de la beauté de son visage qu’ils demeuraient des jours entiers comme hors d’eux-mêmes à le regarder. Les rois eux-mêmes n’eurent pas plus tôt senti les traits amoureux de ce bel Enfant que, déposant toute fierté, ils tombèrent sans peine au pied de la crèche. Combien de fois se dirent-ils l’un à l’autre : Amis, qu’il est doux d’être ici ! On ne trouve point, dans nos palais, des plaisirs semblables à ceux qu’on goûte en cette étable à voir ce cher Enfants-Dieu.

« Jésus étant encore fort jeune, les personnes affligées et les enfants venaient, de tous les lieux circonvoisins, le voir pour se réjouir, et ils s’entre disaient : Allons voir le petit Jésus, le bel Enfant de Marie. La beauté et la majesté de sa face, dit saint Jean Chrysostome, était si douce et si respectable tout ensemble, que ceux qui le connaissaient ne pouvaient s’empêcher de l’aimer… Quelques auteurs assurent que, si les soldats romains et les Juifs lui voilèrent le visage, ce n’était que pour le souffleter et le maltraiter plus aisément, parce qu’il sortait de ses yeux et de son visage un éclat de beauté si doux et si ravissant qu’il désarmait les plus cruels ».

4° La douceur de ses PAROLES. « On ne l’a jamais entendu crier ni disputer, (Is. XLII, 2 ; Mat. 12, 19). Tous ceux qui l’écoutaient sans envie étaient si charmés des paroles de vie qui sortaient de sa bouche, qu’ils s’écriaient : Personne n’a jamais parlé comme cet homme (Jean, 7, 46) ; et ceux même qui le haïssaient, tout surpris de l’éloquence et de la sagesse de ses paroles, demandaient : D’où lui vient sa sagesse ? (Mat. 13, 54). Jamais homme n’a parlé avec tant de douceur et de grâce. Où est-ce qu’il a reçu une telle sagesse dans ses paroles ?

« Plusieurs milliers de pauvres gens quittaient leurs maisons et leurs familles pour aller l’écouter jusque dans les déserts, passant plusieurs jours sans boire et sans manger, rassasiés de la douceur de sa seule parole. Ce fut par la douceur de ses paroles qu’il attira, comme avec un appât, ses apôtres à sa suite, qu’il guérit les malades les plus incurables et qu’il consola les plus affligés. Il ne fit que dire à Marie-Madeleine toute désolée ce seul mot : Marie, et il la combla de joie et de douceur ».

5° La douceur de ses ACTIONS. « Jésus enfin est doux en ses actions et en toute la conduite de sa vie : Il a bien fait toute chose (Marc, 7, 37) ; il a bien fait toutes ses actions, c’est-à-dire que tout ce qu’a fait Jésus-Christ est fait avec tant de justesse, de sagesse, de sainteté et de douceur, qu’on n’y peut remarquer aucun défaut ni aucune difformité…

« Les pauvres et les petits enfants le suivaient partout comme leur semblable. Ils voyaient en ce cher Sauveur tant de simplicité, de bénignité, de condescendance et de charité, qu’ils faisaient la presse pour l’approcher. Un jour qu’il était à prêcher, les enfants s’empressèrent auprès de lui. Les apôtres les repoussaient. Jésus reprit ses apôtres et leur dit : Laissez venir à moi ces chers petits enfants (Marc, 10, 14). Puis il les embrassa et les bénit en leur imposant les mains. Oh ! quelle douceur et quelle bénignité.

 « Les pauvres, le voyant habillé pauvrement et simple en toutes ses manières, sans faste et sans fierté, ne se plaisaient qu’en sa compagnie, prenaient partout sa défense contre les riches et les orgueilleux qui le calomniaient et le persécutaient ; et lui, de son côté, leur donnait en toute rencontre mille louanges et bénédictions.

« Mais qui pourra expliquer la douceur de Jésus envers les pauvres pécheurs ! Avec quelle douceur il traitait Madeleine la pécheresse ! Avec quelle douce condescendance il convertit la Samaritaine ! Avec quelle miséricorde il pardonnait à la femme adultère ! Avec quelle charité allait-il manger chez les pécheurs publics pour les gagner ! Ses ennemis ne prirent-ils pas occasion de cette grande douceur pour le persécuter, en disant qu’il faisait par sa douceur transgresser la loi de Moïse, et en l’appelant comme par injure l’ami des pécheurs et des publicains ? Avec quelle bonté et humilité tâcha-t-il de gagner le cœur de Judas qui le voulait trahir, en lui lavant les pieds et en l’appelant son ami ! enfin, avec quelle charité demanda-t-il pardon à Dieu son Père pour ses bourreaux, en les excusant à cause de leur ignorance !…

« Et qu’on ne s’imagine pas que Jésus, pour être maintenant triomphant et glorieux, en soit moins doux et condescendant. Au contraire, sa gloire perfectionne, en quelque manière, sa douceur : il n’a pas tant de désir de paraître que de pardonner, d’étaler les richesses de sa gloire que celles de ses miséricordes.

« Quand cette Sagesse incarnée et glorieuse s’est montrée à ses amis, elle leur a apparu non d’une manière tonnante et foudroyante, mais d’une manière douce et bénigne ; elle n’a pas pris la majesté d’une souveraine et du Dieu des armées, mais la tendresse d’un époux et la douceur d’un ami. Elle s’est quelquefois fait voir dans l’Eucharistie ; mais je ne me souviens pas avoir lu qu’elle y soit apparue autrement que sous la forme d’un doux et bel enfant…

« Après cela, n’aimerons-nous pas cette Sagesse ÉTERNELLE qui nous a plus aimés et nous aime encore plus que sa vie, et dont la beauté et la douceur surpassent tout ce qu’il y a de plus beau et de plus doux au ciel et sur la terre ! » (ASE N° 118 à 128 et 131).


On sait que, pendant la mission qu’il donnait à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en avril 1716, le Père de Montfort fut brusquement terrassé par la maladie. Se sentant cette fois frappé à mort, il voulut néanmoins monter en chaire, en raison de la présence de Mgr de Champflour, évêque de la Rochelle, venu présider l’une des cérémonies. Tremblant de fièvre, la poitrine oppressée, haletante, il parla sur la douceur de Jésus, et avec un tel amour, en des termes si pleins d’onction que tout l’auditoire fondit en larmes.

Ce fut son dernier sermon. Nous en avons toute la substance dans les pages que nous venons de méditer.

II
 LES ORACLES DE LA SAGESSE INCARNÉE

Plus encore que par sa mansuétude, Jésus se révèle la sagesse Incarnée dans ses Oracles évangéliques. Aussi Montfort a-t-il recueilli et rassemblé les plus propres à maintenir nos esprits en face du sérieux de cet enseignement. Il se contente de rapporter les paroles du divin Maître, sans y mêler aucun commentaire ; mais le choix des textes et leur ordonnance heureuse prouvent combien son âme les a pesés et médités avant de nous les livrer.

Nous allons donc entendre la Sagesse ÉTERNELLE nous parler, non plus par les Patriarches et les Prophètes de l’ancienne Loi, ni dans les immortelles sentences des livres sapientiaux ; mais directement par elle-même, en un langage qui sonne à nos oreilles. En Jésus-Christ, c’est le Verbe, Sagesse substantielle et personnelle, qui a parlé aux hommes.

1° Partant du principe fondamental posé par cette Sagesse infinie, à savoir que, pour être son disciple, il faut se renoncer jusqu’à la croix (Luc, 9, 32), garder ses commandements (Jean, 14, 23), chercher la paix avec nos frères (Mat. 5, 23), Montfort entre aussitôt avec le Christ dans le détail des renoncements exigés :

— renoncement aux affections charnelles (Luc, 14, 26) ;
— renoncement aux biens de ce monde (Mat. XIX, 21, 29) ;
— renoncement à la volonté propre (Mat. 7, 21, 24) ;
— renoncement à toute duplicité : se convertir et devenir comme des enfants (Mat. 18, 3) ;
— renoncement à l’esprit de violence et d’orgueil : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes (Mat. 11, 29).

2° Pour réaliser ces renoncements, toujours durs à la nature, il faudra prier de la manière recommandée par la Sagesse (Mat. 6, 5, 7-8 ; Marc, 11, 24-25) ;

Il faudra savoir maîtriser ses sens par le jeûne (Mat. 6, 16), et réparer le passé par la pénitence (Luc, 15, 7 ; 5, 32) ;

Il faudra trouver son bonheur sans les persécutions du monde (Mat. 5, 10 ; Luc, 6, 22-23). Si le monde vous hait et vous persécute, sachez qu’il m’a eu en haine le premier… (Jean, 15, 18-19).

Bien des fois, nous serons tentés de découragement. Mais la Sagesse n’est-elle pas là pour nous soutenir, nous consoler ? Venez à moi, vous tous qui êtes affligés et chargés, et je vous consolerai (Mat. 11, 28).

N’est-elle pas le Pain de vie, capable de nous fortifier ? (Jean, 6, 51-52, 56-57).

Ne prend-elle pas soin de nous, quand les hommes nous font souffrit ?… Je vous promets que pas un cheveu de votre tête ne tombera que je n’en aie soin (Luc, XXI, 17-18).

Nous n’avons donc rien à craindre, pourvu toutefois qu’elle soit l’unique Souveraine de notre cœur, car personne ne peut servir deux maîtres à la fois… (Mat. 6, 24) ; et l’homme vaut ce que vaut son cœur. Si le cœur est mauvais, rien de bon n’en sortira (Mat. 15, 19-20 ; 12, 35).

3° Suivent quelques Conseils, dictés pareillement par l’ÉTERNELLE Sagesse :

Ne jamais regarder en arrière (Luc, 9, 62) et faire confiance au Sauveur (Luc, 12, 7 ; Jean, 3, 17).

Aimer vivre dans la Lumière (Jean, 3, 20) car Dieu est Esprit… (Jean, 3, 20), et… la chair ne profite de rien… (Jean, 6, 64), et quiconque fait le péché se rend esclave du péché… (Jean, 8, 34-35) ; mais celui qui est fidèle dans les petites choses comme dans les plus grandes (Luc, 16, 10), celui-là fait des œuvres de lumière… (Mat. 5, 16).

Rechercher une justice abondante, plus que celle des scribes et des pharisiens (Mat. 5, 20) ; une justice prête à tous les sacrifices… qu’il s’agisse d’un membre, si ce membre nous scandalise (Mat. 5, 29 ; 11, 12) ; ou de trésors que la rouille peut corrompre et les voleurs dérober (Mat. 6, 19-20) ; ou surtout de jugement porté sur le prochain, car le même jugement nous sera appliqué (Mat. 7, 1-2).

Se montrer toujours circonspect, soit vis-à-vis des faux prophètes couverts d’une peau de brebis (Mat. 7, 15-16) ; soit vis-à-vis des plus petits enfants : il faut prendre garde de n’en mépriser aucun, car leurs anges dans le Ciel voient sans cesse la face du Père (Mat. 18, 10). De plus, se montrer vigilant, puisque nous ne savons ni le jour, ni l’heure où le Seigneur viendra (Mat. 25, 13).

Ne s’inquiéter que du salut de son âme et du jugement de Dieu. Donc, ne pas craindre ceux qui ne peuvent tuer que le corps (Luc, 12, 4-5), et ne pas se tourmenter au sujet de la nourriture et du vêtement, car le Père céleste sait bien ce qui nous est nécessaire (Luc, 12, 22, 30) ; mais avoir la ferme conviction que tout ce qui est présentement caché et secret sera un jour découvert et révélé (Luc, 8, 17).

Pratiquer enfin le bien vis-à-vis de tous, amis et ennemis (Mat. 20, 26-27) ; 5, 44), dans un grand esprit de désintéressement, surtout vis-à-vis des richesses (Marc, 10, 23 ; Luc, 18, 23). Malheur, en effet, à ceux qui ont leur consolation en ce monde (Luc, 6, 24).

4° Telle est la Porte étroite, indiquée par la Sagesse (Mat. 7, 13-14 ; 20, 16). Toujours, son humble disciple se souviendra qu’il doit donner (Act. 20, 35), pardonner (Mat. 5, 39-40), prier sans jamais s’en lasser (Luc, 18, 1 ; Mat. X17, 41), faire l’aumône (Luc, 6, 41), et aimer s’humilier (Luc, 14, 11).

Il aura alors accès aux Béatitudes promises et ce sera sa récompense, même dès ici-bas :

Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des Cieux est à eux !
Heureux ceux qui sont doux, car ils posséderont la terre !
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !
Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
Heureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu !…
(Mat. 5, 3-9)

Tout ceci est la révélation de Dieu aux humbles et aux petits : Je vous bénis, Père, Seigneur du Ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux prudents du siècle, et les avez révélées aux petits… (Mat. 11, 25-26).


« Voilà, conclut Montfort, l’abrégé des grandes et importantes vérités que la Sagesse ÉTERNELLE est venue elle-même nous enseigner sur la terre, après les avoir pratiquées la première… Bienheureux ceux qui ont l’intelligence de ces vérités éternelles. Plus heureux ceux qui les croient. Mais très heureux ceux qui les croient, les pratiquent et les enseignent aux autres ; car ils brilleront dans le Ciel comme des étoiles pendant l’éternité » (ASE, N° 133-153).

Quel enrichissement dans ces pages sur tout ce qui avait déjà été dit pendant nos douze Jours préliminaires et pendant notre première semaine ! Il sera bon de les relire et méditer souvent. Chaque fois, nous sentirons comme une grâce de réflexion profonde envahir notre entendement et le subjuguer. Remercions Marie, la Mère de la Sagesse Incarnée, pour tant de lumières déversées en nos âmes.

LECTURES

ÉVANGILE selon saint Mathieu, chap. 27, 1 à 31 : Jésus devant Pilate. La sentence de mort.
IMITATION de Jésus-Christ, livre 4, ch. 4 : Des fruits de la Sainte Communion.

Évangile

Saint Mathieu, ch. 27, 1-31

Le matin étant venu, tous les princes des prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus, pour Le faire mourir. Et L’ayant lié, ils L’emmenèrent et Le livrèrent à Ponce Pilate, le gouverneur.

Alors Judas, qui L’avait trahi, voyant qu’Il était condamné, poussé par le repentir, rapporta les pièces d’argent aux princes des prêtres et aux anciens en disant : J’ai péché, en livrant le sang innocent. Mais ils dirent : Que nous importe ? c’est ton affaire. Ayant jeté les pièces d’argent dans le temple, il se retira, et alla se pendre. Mais les princes des prêtres, ayant pris les pièces d’argent, dirent : Il ne nous est pas permis de les mettre dans le trésor, parce que c’est le prix du sang. Et ayant tenu conseil, ils en achetèrent le champ d’un potier, pour la sépulture des étrangers. C’est pourquoi ce champ a été appelé jusqu’à ce jour Haceldama, c’est-à-dire champ du sang. Alors s’accomplit ce qui avait été prédit par le prophète Jérémie : Ils ont reçu les trente pièces d’argent, prix de Celui qui a été évalué, qu’on a évalué de la part des enfants d’Israël, et ils les ont données pour le champ d’un potier, comme le Seigneur me l’a ordonné.

Or Jésus comparut devant le gouverneur, et le gouverneur L’interrogea en ces termes : Es-Tu le Roi des Juifs ? Jésus lui répondit : Tu le dis. Et comme Il était accusé par les princes des prêtres et les anciens, Il ne répondit rien.

Alors Pilate Lui dit : N’entends-Tu pas quels graves témoignages ils portent contre Toi ? Mais Il ne lui répondit pas un seul mot, de sorte que le gouverneur en fut très étonné.

Or, le jour de la fête, le gouverneur avait coutume de délivrer un prisonnier, celui que le peuple demandait. Il avait alors un prisonnier insigne, nommé Barabbas. Comme ils étaient donc assemblés, Pilate leur dit : Qui voulez-vous que je vous délivre ? Barabbas, ou Jésus, qui est appelé Christ ? Car il savait que c’était par envie qu’ils L’avaient livré.

Pendant qu’il était assis sur son tribunal, sa femme lui envoya dire : Qu’il n’y ait rien entre toi et ce juste ; car j’ai beaucoup souffert aujourd’hui en songe, à cause de Lui. Mais les princes des prêtres et les anciens persuadèrent au peuple de demander Barabbas et de faire périr Jésus. Le gouverneur, prenant la parole, leur dit : Lequel des deux voulez-vous que je vous délivre ? Ils dirent : Barabbas. Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus, qui est appelé Christ ? Ils répondirent tous : Qu’il soit crucifié ! Le gouverneur leur dit : Mais quel mal a-t-Il fait ? Et ils crièrent encore plus fort, en disant : Qu’Il soit crucifié !

Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte allait croissant, prit de l’eau, et se lava les mains devant le peuple, en disant : Je suis innocent du sang de ce juste ; c’est à vous de voir. Et tout le peuple répondit : Que Son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! Alors il leur délivra Barabbas, et après avoir fait flageller Jésus, il Le leur livra pour être crucifié.

Alors les soldats du gouverneur, emmenant Jésus dans le prétoire, rassemblèrent autour de Lui toute la cohorte. Et L’ayant dépouillé, ils Le revêtirent d’une chlamyde écarlate ; puis, tressant une couronne d’épines, ils la mirent sur Sa tête, et un roseau dans Sa main droite ; et fléchissant le genou devant Lui, ils se moquaient de Lui, en disant : Salut, Roi des Juifs ! Et crachant sur Lui, ils prenaient le roseau, et Lui frappaient la tête.

Lorsqu’ils se furent moqués de Lui, ils Lui ôtèrent la chlamyde, Lui remirent Ses vêtements, et L’emmenèrent pour Le crucifier.

Imitation de Jésus-Christ
Chapitre 4 Les fruits de la sainte communion

Voix du disciple.

1. Seigneur mon Dieu, prévenez votre serviteur de vos plus douces bénédictions[1], afin que je puisse approcher dignement et avec ferveur de votre auguste Sacrement.  Rappelez mon cœur à vous ; réveillez-moi du profond assoupissement où je languis. Visitez-moi pour me sauver. pour que je goûte intérieurement la douceur qui est cachée en abondance dans ce Sacrement, comme dans sa source.  Faites briller aussi votre lumière à mes yeux, afin qu’ils discernent un si grand mystère, et fortifiez ma foi pour le croire inébranlablement.  Car c’est l’œuvre de votre amour et non de la puissance humaine : c’est votre institution sacrée, et non une invention de l’homme.  Nul ne peut concevoir par lui-même des merveilles au-dessus de la pénétration des Anges mêmes.  Que pourrai-je donc, moi, pécheur indigne, moi, cendre et poussière, découvrir et comprendre d’un mystère si haut ?

2. Seigneur, dans la simplicité de mon cœur, avec une foi ferme et sincère, et sur le commandement que vous m’en avez fait, je m’approche de vous plein de confiance et de respect ; et je crois, sans hésiter, que vous êtes ici présent dans ce Sacrement, et comme Dieu et comme homme.  Vous voulez donc que je vous reçoive et que je m’unisse à vous dans la charité ?  C’est pourquoi j’implore votre clémence, et je vous de mande en ce moment une grâce particulière, afin qu’embrasé d’amour, je me fonde et m’écoule tout entier en vous, et que je ne désire plus aucune autre consolation.  Car cet adorable Sacrement est le salut de l’âme et du corps, le remède de toute langueur spirituelle. Il guérit les vices, réprime les passions, dissipe les tentations ou les affaiblit, augmente la grâce, accroît la vertu, affermit, la foi, fortifie l’espérance, enflamme et dilate l’amour.

3. Quels biens sans nombre n’avez-vous pas accordés, et n’accordez-vous pas encore chaque jour dans ce Sacrement, à ceux que vous aimez, et qui le reçoivent avec ferveur, ô mon Dieu ! unique appui de mon âme, réparateur de l’infirmité humaine, source de toute consolation intérieure !  Car vous les consolez avec abondance en leurs tribulations diverses ; vous les relevez de leur abattement par l’espérance de votre protection ; vous les ranimez intérieurement et les éclairez par une grâce nouvelle ; de sorte que ceux qui se sentaient pleins de trouble et de tiédeur avant la communion, se trouvent tout changés après s’être nourris de cette viande et de ce breuvage célestes.  Vous en usez ainsi avec vos élus, afin qu’ils reconnaissent clairement, et par une manifeste expérience, toute la faiblesse qui leur est propre, et tout ce qu’ils reçoivent de votre grâce et de votre bonté.  Car d’eux-mêmes, froids, durs, sans goût pour la piété, par vous ils deviennent pieux, zélés, fervents.  Qui, en effet, s’approchant humblement de la fontaine de suavité, n’en remporte pas un peu de douceur ? ou qui, se tenant près d’un grand feu, n’en reçoit pas quelque chaleur ?  Vous êtes, mon Dieu, cette fontaine toujours pleine et surabondante, ce feu toujours ardent, et qui ne s’éteint jamais.

4. Si donc il ne m’est pas permis de puiser à la plénitude de la source, et de m’y désaltérer parfaitement, j’approcherai cependant ma bouche de l’ouverture par où s’écoulent les eaux célestes, afin d’en recueillir au moins une petite goutte pour apaiser ma soif, et ne pas tomber dans une entière sécheresse.  Et si je ne puis encore être tout céleste et tout de feu, comme les Chérubins et les Séraphins, je m’efforcerai pourtant de m’animer à la piété, et de préparer mon cœur, afin qu’en participant avec humilité à ce Sacrement de vie, je reçoive au moins quelque légère étincelle de ce feu divin.  Bon Jésus, Sauveur très saint, suppléez vous-même, par votre bonté et votre grâce, à ce qui me manque, vous qui avez daigné appeler à vous tous les hommes, en disant : Venez à moi, vous tous qui êtes accablés de travail et de douleur, et je vous soulagerai.

5. Je travaille à la sueur de mon front, mon cœur est brisé de douleur, le poids de mes péchés m’accable, les tentations m’agitent, une foule de passions mauvaises m’enveloppent et me pressent ; et il n’y a personne qui me secoure, qui me délivre, qui me sauve, si ce n’est vous, Seigneur mon Dieu, mon Sauveur, entre les mains de qui je me remets, et tout ce qui est à moi, afin que vous me protégiez et me conduisiez à la vie éternelle.  Recevez-moi pour l’honneur et la gloire de votre nom, vous qui m’avez préparé votre corps et votre sang pour nourriture et pour breuvage. « Faites, Seigneur mon Dieu, mon Sauveur, que ma ferveur et mon amour croissent d’autant plus, que je participe plus souvent à ce divin mystère. »