Exercices préparatoires à la consécration à Marie
Troisième semaine : connaître Jésus-Christ

TROISIÈME SEMAINE
CONNAISSANCE DE JÉSUS-CHRIST

Premier Jour
Ô SAGESSE ÉTERNELLE !

La troisième semaine de notre Préparation doit être employée à connaître Jésus-Christ, la Sagesse ÉTERNELLE et Incarnée.

Comme l’indique l’exclamation d’amour du début de sa formule de Consécration, nous savons que sous cette appellation de « Sagesse », le Père de Montfort entend désigner avant tout la seconde Personne de la Sainte Trinité, le Fils de Dieu engendré par le Père de toute éternité, qui s’est fait homme dans le sein de la Vierge Marie ;

Jésus-Christ, Verbe incarné, est la Sagesse substantielle et incréée, renfermant en lui tous les trésors de grâce et de science de la Divinité, sous les attraits incomparables de son Humanité sainte. Il possède à l’infini les biens que notre esprit et notre cœur peuvent désirer. Il rassasie ceux qui ont faim et soif de sa Vérité, de sa Bonté, de sa Beauté, de sa Béatitude parfaite.

Dès sa jeunesse cléricale, Montfort s’en est épris avec passion. Il a composé un premier ouvrage, qu’il intitule à dessein « l’Amour de la Sagesse ÉTERNELLE » voulant nous conquérir comme lui à ses charmes. Nous allons le suivre dans ce long et amoureux regard qu’il a fixé sur Elle avant son Incarnation et au temps de son Incarnation. Cette contemplation nous fera saisir pourquoi il n’assigne point d’autre but à sa Consécration que la Possession de la Sagesse, c’est-à-dire de la Personne elle-même de Jésus-Christ avec tous les Biens cachés sous ce nom savoureux de « Sagesse ».

En ce premier Jour, suivons-le contemplant la Sagesse ÉTERNELLE : 1° dans son ORIGINE au sein de Dieu ; 2° dans la CRÉATION de l’univers ; 3° dans son véhément DÉSIR de se donner aux hommes après la chute d’Adam.

Comme aux semaines précédentes, nous réciterons les litanies du Saint-Esprit et l’Ave, Maris Stella, en y ajoutant chaque jour les litanies du Saint Nom de Jésus ou du Sacré-Cœur. On pourra dire aussi l’oraison de saint Augustin (VD, N° 67). Ne craignons pas de trop prier durant cette dernière semaine, qui doit être la plus riche et la plus féconde.

I
L’ORIGINE DE LA SAGESSE ÉTERNELLE

« Ô profondeur et immensité, ô incompréhensibilité de la Sagesse de Dieu ! » s’écrie Montfort avec saint Paul (Rom. 11, 33). Et avec le prophète Isaïe : Qui racontera son origine ? (Is 53, 8). « Quel est l’Ange assez éclairé et l’homme assez téméraire pour entreprendre de nous expliquer comme il faut son origine ? C’est ici qu’il faut que tous les yeux se ferment, de peut d’être éblouis d’une si vive et brillante lumière. C’est ici qu’il faut que toute langue se taise, de peur de ternir une beauté si parfaite en voulant la découvrir. C’est ici qu’il faut que tout esprit s’anéantisse et adore, de peut d’être opprimé par le poids immense de la gloire de la divine Sagesse, en voulant la sonder » (ASE, N° 15).

Seuls, les textes inspirés pourront nous en donner une idée ; ceux des Livres sapientiaux ont préparé la complète Révélation du Nouveau Testament [1]. Il y a d’abord les deux versets du Livre de la Sagesse (7, 25, 26) qui décrivent la Sagesse divine avec une vivacité d’expressions remarquable :

Elle est un souffle de la puissance divine,
Une effusion toute pure de la gloire du Tout-Puissant ;
Aussi, rien de souillé ne pénètre en elle.

Elle est un reflet de la lumière éternelle, Un miroir sans tache de l’activité de Dieu, Une image de son excellence.

Nous avons là autant de comparaisons qui tentent de décrire ses origines mystérieuses. Issue de Dieu, consubstantielle à Dieu, cette Sagesse ne peut être qu’immatérielle comme lui, infiniment pure, simple et souverainement efficace.

C’est encore de la Sagesse qu’il est dit au Livre des Proverbes (8, 22-26), qu’elle a été créée, c’est-à-dire produite dès le commencement, avant toutes choses et avant tous les siècles. Elle dit d’Elle-même :

Yahvé m’a créée au début de ses desseins,
Avant ses œuvres les plus anciennes.
Dès l’éternité je fus fondée,
Dès le commencement, avant l’origine de la terre.
Quand l’abîme n’était pas, je fus enfantée,
Quand n’étaient pas les sources jaillissantes.
Avant que fussent implantées les montagnes, Avant les collines, je fus enfantée ;
Avant qu’il eût fait la terre et la campagne,
Et les premiers éléments de la poussière du monde,
Quand il affermit les Cieux, j’étais là…

Comment mieux décrire, en langage poétique, la préexistence éternelle de la Sagesse ? En nous disant qu’elle existait « avant l’origine de la terre, avant l’abîme » qui, au commencement, recouvrait tout, l’auteur inspiré fait une allusion évidente au verset de la Genèse (1, 2) : « Au commencement… les ténèbres couvraient l’abîme », et au Psaume 103, qui est un hymne au Créateur : « La terre… tu l’avais enveloppée de l’abîme comme c’un vêtement » (verset 6). La Sagesse est donc antérieure à toute création.

L’auteur des Proverbes précise même qu’« Elle fut enfantée » avant l’existence du monde, ce qui évoque l’idée de la génération. Elle tient donc de Dieu son être, et cela depuis toujours.

Ainsi, la Sagesse nous livre le secret de son origine ; sans atteindre au relief d’une personnalité vivante, elle nous est montrée comme procédant de Dieu, fondée en Dieu, distincte de lui, éternelle comme lui.


L’apôtre saint Paul, en possession de la claire Révélation du mystère de la sainte Trinité, n’a pas hésité à entendre directement de la Personne même de Jésus-Christ ce que ces beaux textes et d’autres encore des Livres sapientiaux disent de la sagesse divine [2].

Saint Jean, le Voyant de Patmos, s’est trouvé alors compléter saint Paul, en appelant du nom de « Verbe » cette Sagesse « sortie de al bouche du Très-Haut » (Eccli. 24, 3), préexistant à tout, et remplissant de sa présence la Révélation encore voilée de l’Ancien Testament.

In principio erat Verbum… (1, 1) : « Au commencement était le Verbe… », ou le Fils de Dieu ou la Sagesse ÉTERNELLE. Par ce nom de « Verbe », saint Jean nous dévoilait quelle sublime génération d’intelligence, génération toute spirituelle, toute immaculée, son regard découvrait au sein de la Trinité. Le Père, étant à lui-même objet infini de connaissance « et de contemplation, produit, engendre un Fils qui est sa Pensée subsistante, sa Parole intérieurement proférée, son Image parfaite, identique en nature, égale en perfection, son Verbe intime et inséparable, autre Lui-même, par lequel il s’exprime à soi son inépuisable richesse.

« Au commencement était le Verbe » ; c’est-à-dire lorsque commencèrent les choses qui ont eu un commencement, déjà le Verbe existait. Il est donc éternel, car par-delà le temps, avant la création des choses contingentes, il n’y a que l’éternité.

Dans cette immobile éternité, « le Verbe habitait auprès de Dieu », comme Idée de la divine Beauté se contemplant elle-même, comme Personne distincte menant avec Dieu une même vie en commun.

« Et le Verbe était Dieu », consubstantiel à Dieu, possédant la même nature que Dieu. Rien de plus profond ne pouvait être dit. Ainsi, tout s’accorde dans les Livres saints, pour nous montrer la Sagesse plongeant son origine jusqu’aux profondeurs de l’éternité : elle vient de Dieu et elle est Dieu. Adorons-la, louons-la, glorifions-la avec saint Louis-Marie de Montfort.

II
LA SAGESSE ÉTERNELLE DANS LA CRÉATION

« La Sagesse a commencé d’éclater hors du sein de Dieu… lorsqu’elle a fait la lumière, le Ciel et la terre. Saint Jean dit que tout a été fait par le Verbe, c’est-à-dire la Sagesse ÉTERNELLE : Omnia per ipsum facta sunt (1, 3). La Sagesse est la mère et l’ouvrière de toutes choses : (Sap. 7, 12 et 21).

Cette Beauté souverainement droite, après avoir créé le monde, y a mis la belle ordonnance que nous admirons. Elle a séparé, elle a composé, elle a ajouté, elle a compté tout ce qui est. Elle a étendu les Cieux ; elle a placé le soleil, la lune, les étoiles et les planètes avec ordre. Elle a posé les fondements de la terre ; elle a donné des bornes et des lois à la mer et aux ondes jaillissant des hauteurs. Elle a formé les montagnes ; elle a tout pesé et balancé jusqu’aux fontaines. Enfin, dit-elle, j’étais avec Dieu, et je réglais toutes choses avec une justesse si parfaite que c’était une espèce de jeu que je jouais pour me divertir et divertir mon Père (Prov. 8, 30, 31).

Ce jeu ineffable de la divine Sagesse se voit, en effet, dans les différentes créatures de l’univers. Car, sans parler des différentes espèces d’anges, qui sont, pour ainsi dire, infinis en nombre ; sans parler des différentes grandeurs des étoiles, ni des différents tempéraments des hommes, quel admirable changement ne voyons-nous pas dans les saisons et dans les temps, quelle variété d’instincts dans les animaux, quelles différentes espèces dans les plantes, quelles différentes beautés dans les fleurs, quels différents goûts dans les fruits ! Quel sage comprendra cela ? (Ps. 106, 43). Qui est celui à qui la Sagesse s’est communiquée ? Celui-là seul aura l’intelligence de ces mystères de la nature.

La Sagesse les a révélés aux saints, comme nous voyons dans leurs vies, et ils ont été quelquefois si surpris de voir la beauté, la douceur et l’ordre de la divine Sagesse dans les plus petites choses, comme une abeille, une fourmi, un épi de blé, une fleur, un petit ver de terre, qu’ils en tombaient dans l’extase et le ravissement » (ASE, N° 31-34).

Admirer dans la nature, au cours des saisons comme au long des jours, ces merveilles de l’ÉTERNELLE Sagesse ; en profiter chaque fois pour la remercier, la bénir d’un élan du cœur, c’est porter en soi une âme d’oraison.


« Si la puissance et la douceur de la sagesse ÉTERNELLE a tant éclaté dans la création, la beauté et l’ordre de l’univers, elle a brillé bien davantage dans la création de l’homme, puisqu’il est son admirable chef-d’œuvre, l’image vivante de sa beauté et de ses perfections, le grand vaisseau de ses grâces, le trésor admirable de ses richesses, et son représentant unique sur la terre : C’est par votre Sagesse que vous avez fait l’homme pour qu’il domine toutes les créatures que vous avez faites. (Sap. 9, 2) » (N° 35).

Saint Louis-Marie de Montfort écrit ici, à la gloire de cette puissante Ouvrière, une page magnifique sur la beauté et l’excellence originelle de l’homme : « Elle fit, pour ainsi dire, des copies et expressions brillantes de sont entendement, de sa mémoire et de sa volonté, et les donna à l’âme de l’homme pour être le portrait vivant de la Divinité. Elle alluma dans son cœur un incendie de pur amour pour Dieu ; elle lui forma un corps tout lumineux, et elle renferma en lui, comme en raccourci, toutes les perfections différentes des anges et des autres créatures.

 « Tout dans l’homme était lumineux sans ténèbres, beau sans laideur, pur sans souillures, réglé sans désordre et sans aucune tache ni imperfection. Il avait pour apanage la lumière de la sagesse dans son esprit, par laquelle il connaissait parfaitement son Créateur et ses créatures ; il avait la grâce de Dieu dans son âme, par laquelle il était innocent et agréable aux yeux du Très-Haut. Il avait dans son corps l’immortalité. Il avait le pur amour de Dieu dans son cœur sans crainte de la mort, par lequel il l’aimait continuellement sans relâche, et purement pour l’amour de lui-même. Enfin, il était si divin, qu’il était continuellement hors de lui-même, transporté en Dieu, sans qu’il eût aucune passion à vaincre ni aucun ennemi à combattre ! Ô libéralité de la Sagesse ÉTERNELLE envers l’homme ! Ô heureux état de l’homme dans son innocence ! » (N° 37-38).

Mais voilà que l’homme pèche et perd cette innocence, cette beauté, cette immortalité. Il perd tous les biens qu’il avait reçus. Il se voit condamné à la mort, chassé du paradis terrestre et de la présence de Dieu. Il voit la justice de Dieu qui le poursuit avec sa postérité ; il voit le Ciel fermé et l’enfer ouvert, et personne pour lui ouvrir l’un et fermer l’autre.

Que va faire la Sagesse ÉTERNELLE ?

III
LA SAGESSE ÉTERNELLE APRÈS LA CHUTE DE L’HOMME

« Elle est vivement touchée du malheur du pauvre Adam et de tous ses descendants. Elle voit, avec un grand déplaisir, son vaisseau d’honneur brisé, son portrait déchiré, son chef-d’œuvre détruit, son représentant sur la terre renversé. Elle prête tendrement l’oreille à sa voix gémissante et à ses cris. Elle voit avec compassion les sueurs de son front, les larmes de ses yeux, les peines de ses bras, la douleur de son cœur et l’affliction de son âme.

« Il me semble voir cette aimable Souveraine rappeler et assembler une seconde fois, pour ainsi dire, la Sainte Trinité, pour réparer l’homme, comme elle avait fait pour le former. Il me semble que, dans ce grand conseil, se livre une espèce de combat entre la Sagesse ÉTERNELLE et la Justice de Dieu.

« La Sagesse dit qu’à la vérité l’homme mérite, par son péché, le sort des anges rebelles, mais qu’il faut avoir pitié de lui, parce qu’il a plus péché par faiblesse et ignorance que par malice. Elle représente, d’un côté, que c’est un grand dommage qu’un chef-d’œuvre si accompli demeure pour jamais l’esclave de son ennemi, et que des millions d’hommes soient à jamais perdus par le péché d’un seul. Elle montre, de l’autre, les places du Ciel vacantes par la chute des anges apostats, qu’il est à propos de remplir, et la grande gloire que Dieu recevra dans le temps et l’éternité si l’homme est sauvé.

« La Justice répond que l’arrêt de mort est porté contre l’homme et se descendants, et qu’il doit être exécuté sans remise et sans miséricorde… ; que l’homme est un ingrat pour les bienfaits qu’il a reçus, qu’il a suivi le démon en sa désobéissance et son orgueil, et qu’il le doit suivre sans ses châtiments, parce qu’il faut nécessairement que le péché soit puni.

« La Sagesse ÉTERNELLE, voyant qu’il n’y avait rien dans l’univers qui fût capable d’expier le péché de l’homme, de payer la Justice et d’apaiser la colère de Dieu, et voulant cependant sauver l’homme qu’elle aimait d’inclination, trouve un moyen admirable. Chose étonnante, amour incompréhensible qui va jusqu’à l’excès, cette aimable et souveraine Princesse s’offre elle-même en sacrifice à son Père pour payer sa justice, pour calmer sa colère et pour nous retirer de l’esclavage du démon et des flammes de l’enfer, et nous mériter une éternité de bonheur.

« Son offre est acceptée. Le conseil en est pris et arrêté : la Sagesse ÉTERNELLE, ou le Fils de Dieu, se fera homme dans le temps convenable et dans les circonstances marquées » (N° 41-46).


En attendant ce temps de son Incarnation, elle témoignera de toutes manières, aux descendants d’Adam, l’amitié qu’elle leur porte, le grand désir qu’elle a de leur communiquer ses faveurs et de s’entretenir avec eux : « Mes délices, a-t-elle dit, sont d’être avec les enfants des hommes ». (Prov. 8, 34).

De la sorte, elle a préservé de la damnation tous ceux qui ont eu foi en sa venue. Elle a conservé Adam et l’a délivré de sa faute par le repentir et l’expiation. Lorsque le déluge inonda la terre à cause de Caïn et de sa descendance perverse, elle sauva encore le monde en gouvernant le juste Noé, toujours docile à ses ordres. Avant Noé et après lui, c’est elle qui forma tous les saints Patriarches, gardiens et transmetteurs de la Révélation primitive.

Lorsque les nations conspirèrent ensemble pour s’abandonner au mal, elle s’est préparé, en la personne d’Abraham, un peuple de croyants. Elle le retira de la Chaldée, son milieu d’origine, pour le fixer en terre cananéenne, dans ce pays qui la verrait s’incarner [3].

L’auteur de l’Ecclésiastique (ch. 24) nous la montre établissant sa résidence en Israël, chez le peuple élu :

Chez tous les peuples et toutes les nations, j’ai régné.
Parmi eux tous j’ai cherché le repos,
J’ai cherché en quel patrimoine m’installer.
Alors le Créateur de l’univers m’a donné un ordre,
Celui qui m’a créée m’a fait dresser ma tente.

Il m’a dit : Installe-toi en Jacob, Entre dans l’héritage d’Israël.
Dans la Tente sainte, en sa présence, j’ai officié ;
C’est ainsi qu’en Sion je suis établie,
Et que dans la cité bien-aimée J’ai trouvé mon repos,
Qu’en Jérusalem j’exerce mon pouvoir

Établie en Israël, la Sagesse y a vigoureusement poussé ses racines :

Je me suis enracinée chez un peuple plein de gloire,
Dans le domaine du Seigneur, en son patrimoine.

Elle y a pris des accroissements magnifiques. Elle y a porté des fruits incomparables de sainteté. Pour les décrire, l’auteur inspiré a recours aux comparaisons les plus poétiques, qu’il continue de placer dans la bouche de la Sagesse :

J’ai grandi comme le cèdre du Liban, Comme le cyprès sur le mont Hermon. J’ai grandi comme le palmier d’Engaddi, Comme les plants de roses de Jéricho, Comme un olivier magnifique dans la plaine, J’ai grandi comme un platane.

Après ces comparaisons avec les arbres les mieux venus, ou dont les fruits sont les plus appréciés, en voici d’autres avec les parfums végétaux les plus recherchés :

Comme le cinnamome et l’apalath J’ai donné du parfum, Comme une myrrhe de choix j’ai embaumé, Comme du galbanum, de l’onyx et du stacte, Comme la vapeur d’encens dans la Tente.

Enfin, deux dernières comparaisons nous disent sa prodigieuse fécondité :

J’ai étendu mes rameaux comme le térébinthe, Ce sont des rameaux de gloire et de grâce. Je suis comme une vigne aux pampres charmants, Et mes fleurs sont des produits de gloire et de richesse.

Aussi, voyons-nous sortir de ce peuple privilégié d’illustres et saints personnages comme Moïse, Samuel, Élie, Élisée ; des poètes de génie qui nous ont laissé les Psaumes et les Livres sapientiaux ; de grands Voyants dont nous admirons les écrits prophétiques. L’Église s’en sert tout au long de son année liturgique.

Entre les cinq Livres sapientiaux, celui de « La Sagesse », composé au 1er siècle avant Jésus-Christ, a immédiatement préparé l’Évangile. Il déborde d’éloges sur les excellences, les beautés, les amabilités de la Sagesse ÉTERNELLE, et sur le désir qu’elle a de gagner le cœur de l’homme. Ce Livre, nous dit Montfort, a été écrit exprès pour cela : il faut le considérer comme une lettre d’une amante à son amant pour gagner son affection. Les désirs qu’elle y témoigne du cœur de l’homme sont si empressés, les recherches qu’elle y fait de son amitié sont si tendres, ses appels et ses vœux y sont si amoureux, qu’à l’entendre parler vous diriez qu’elle n’est pas la Souveraine du ciel et de la terre et qu’elle a besoin de l’homme pour être heureuse.

Tantôt, pour trouver l’homme, elle court dans les grands chemins ; tantôt elle monte sur la pointe des plus hautes montagnes ; tantôt elle vient aux portes des villes ; tantôt elle entre jusque dans les places publiques, au milieu des assemblées, criant le plus haut qu’elle peut : Ô hommes ! Ô enfants des hommes, c’est à vous que ma voix crie depuis si longtemps. (Prov. 8, 4). C’est vous que je désire, c’est vous que je cherche, c’est vous que je réclame. Écoutez, venez à moi : je veux vous rendre heureux…

Et comme si les hommes craignaient encore, à cause de son éclat merveilleux et de sa majesté souveraine, de s’approcher d’elle… elle leur fait dire qu’elle est d’un accès facile ; qu’elle se laisse aisément voir à ceux qui l’aiment ; qu’elle prévient ceux qui la désirent ; qu’elle se monter à eux la première, et que celui qui se lèvera matin, pour la chercher, n’aura pas beaucoup de peine, car il la trouvera assise à sa porte [4] (ASE, N° 65, 66, 69).


Cependant, si malgré ces désirs empressés de la Sagesse ÉTERNELLE, des milliers d’années se sont écoulées avant son Incarnation, c’est que la réponse des hommes n’avait pas encore assez de force pour l’attirer du sein de son Père.

Les saints de l’ancienne Loi, il est vrai, ont demandé le Messie avec d’instantes prières. Ils gémissaient, ils pleuraient, ils s’écriaient : Ô nues, pleuvez le Juste ! Ô terre, germez le sauveur ! Ô Sagesse qui êtes sortie de la bouche du Très-Haut… venez nous délivrer. (Grande Antienne de l’Avent) Mais leurs appels et leurs sacrifices n’étaient pas d’un assez grand prix pour mériter cette grâce des grâces. Le peuple élu lui-même, malgré les avertissements, les remontrances de ses Prophètes, s’était montré tant de fois prévaricateur. Et le monde, au dire de saint Augustin, l’immense monde païen était indigne de recevoir le Fils de Dieu immédiatement des mains du Père.

Il n’y a eu que l’humble Marie qui ait mérité, par la force de ses prières et la hauteur de ses vertus, de voir le Verbe éternel, la Sagesse ÉTERNELLE, se faire homme en son sein. Ce qui nous montre quel Trésor infini est cette divine Sagesse, et quel ardent désir nous devons voir de la posséder, à l’exemple du Père de Montfort qui chantait :

Digne Mère de Dieu, Vierge pure et fidèle,
Communiquez-moi votre foi ;

J’aurai la Sagesse par elle,
Et tous les biens viendront en moi.

Sagesse, venez donc par la foi de Marie,
Vous n’avez pu lui résister ;

Elle vous a donné la vie,
Elle vous a fait incarner.  
(Cant. N° 74)

LECTURES

ÉVANGILE selon saint Mathieu, chap. 16, 1 à 16 : Conspiration contre Jésus. Le repas de Béthanie. Trahison de Judas.
IMITATION de Jésus-Christ, livre 4, ch. 1 et 2 : De la Sainte Communion. Sa préparation et son action de grâces.

Évangile
Saint Mathieu

Alors les pharisiens et les sadducéens s’approchèrent de Lui pour Le tenter, et ils Le prièrent de leur faire voir un signe qui vînt du Ciel.  Mais Il leur répondit : Le soir venu, vous dites : Il fera beau, car le ciel est rouge. Et le matin : Il y aura aujourd’hui de l’orage, car le ciel est sombre et rougeâtre. Vous savez donc discerner l’aspect du ciel, et vous ne pouvez pas connaître les signes des temps ! Cette génération mauvaise et adultère demande un signe, et il ne lui sera pas donné d’autre signe que celui du prophète Jonas. Et les laissant, Il s’en alla.

Or Ses disciples, étant passés sur l’autre rive, avaient oublié de prendre des pains. Il leur dit : Voyez, et gardez-vous du levain des pharisiens et des sadducéens. Mais ils pensaient et se disaient entre eux : C’est parce que nous n’avons pas pris de pains. Jésus, le sachant, dit : Hommes de peu de foi, pourquoi pensez-vous en vous-mêmes que vous n’avez pas de pains ? Ne comprenez-vous pas encore, et ne vous souvenez-vous pas des cinq pains distribués à cinq mille hommes, et du nombre des paniers que vous avez emportés ? ni des sept pains distribués à quatre mille hommes, et du nombre de corbeilles que vous avez emportées ?

Comment ne comprenez-vous pas que ce n’est point au sujet du pain que Je vous ai dit : Gardez-vous du levain des pharisiens et des saducéens ? Alors ils comprirent qu’Il ne leur avait pas dit de se garder du levain qu’on met dans le pain, mais de la doctrine des pharisiens et des sadducéens.

Jésus vint aux environs de Césarée de Philippe, et Il interrogeait Ses disciples, en disant : Que disent les hommes touchant le Fils de l’homme ? Ils Lui répondirent : Les uns, qu’Il est Jean-Baptiste ; les autres, Elie ; les autres, Jérémie, ou quelqu’un des prophètes. Jésus leur dit : Et vous, qui dites-vous que Je suis ? Simon Pierre, prenant la parole, dit : Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant.

Imitation de Jésus-Christ
La sainte Eucharistie

Voix de Jésus-Christ

Venez à moi, vous tous qui êtes épuisés de travail, et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. Le pain que je donnerai c’est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde. Prenez et mangez, ceci est mon corps qui sera livré pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie.

1. Avec quel respect il faut recevoir Jésus

Voix du disciple

1. Le fidèle : Ce sont là vos paroles, ô Jésus ! vérité éternelle ! quoiqu’elles n’aient pas été dites dans le même temps et qu’elles ne soient pas écrites dans le même lieu. Et puisqu’elles viennent de vous et qu’elles sont véritables, je dois les recevoir toutes avec une foi pleine de reconnaissance. Elles sont de vous car c’est vous qui les avez dites ; mais elles sont aussi à moi parce que vous les avez dites pour mon salut. Je les reçois avec joie de votre bouche, afin qu’elles se gravent profondément dans mon cœur.

Ces paroles pleines de tant de bonté, de tendresse et d’amour, m’animent ; mais la pensée de mes crimes m’effraye et ma conscience impure m’éloigne d’un mystère si saint. La douceur de vos paroles m’attire, mais le poids de mes péchés me retient.

2.Vous m’ordonnez d’aller à vous avec confiance, si je veux avoir part avec vous, et de me nourrir du pain de l’immortalité, si je veux obtenir la vie et la gloire éternelle. Venez, dites-vous, venez à moi, vous tous qui souffrez et qui êtes oppressés, et je vous ranimerai.

Ô douce et aimable parole à l’oreille d’un pécheur ! vous invitez, Seigneur mon Dieu, le pauvre et l’indigent à la participation de votre corps sacré. Mais qui suis-je, Seigneur, pour oser m’approcher de vous ? Voilà que les cieux ne peuvent vous contenir, et vous dites : Venez tous à moi.

3. D’où vient cette miséricordieuse condescendance, une si tendre invitation ? Comment oserai-je aller à vous, moi qui ne sens en moi-même aucun bien qui puisse me donner quelque confiance ? Comment vous recevrai-je en ma maison, moi qui ai si souvent outragé votre bonté ? Les anges et les archanges vous adorent en tremblant, les saints et les justes sont saisis de frayeur ; et vous dites : Venez tous à moi ! Si ce n’était vous qui le dites, Seigneur, qui pourrait le croire ? Et si vous n’ordonniez vous-même d’approcher de vous, qui en aurait l’audace ?

4. Noé, cet homme juste, travailla cent ans à construire l’arche, pour se sauver avec peu de personnes ; et moi, comment pourrai-je en une heure me préparer à recevoir dignement le Créateur du monde ?

Moïse, le plus grand de vos serviteurs, pour qui vous étiez comme un ami, fit une arche de bois incorruptible, qu’il revêtit d’un or très pur, afin d’y déposer les tables de la loi ; et moi, vile créature, j’oserais recevoir si facilement le fondateur de la loi et l’auteur de la vie !

Salomon, le plus sage des rois d’Israël, employa sept ans à élever un temple magnifique à la gloire de votre nom ; il célébra pendant huit jours la fête de sa dédicace ; il offrit mille hosties pacifiques et, au son des trompettes, au milieu des cris de joie, il plaça solennellement l’arche d’alliance dans le lieu qui lui était préparé. Et moi, misérable que je suis et le plus pauvre des hommes, comment vous introduirai-je dans ma maison, moi qui sais à peine employer pieusement une demi-heure ? Et plût à Dieu que j’eusse une seule fois employé dignement un moindre temps encore !

5. Ô mon Dieu ! que n’ont point fait ces saints hommes pour vous plaire, et combien, hélas ! ce que je fais est peu ! combien est court le temps que je consacre à me préparer à la communion ! Rarement suis-je bien recueilli, plus rarement suis-je libre de toute distraction. Et certes, en votre divine et salutaire présence, nulle pensée profane ne devrait s’offrir à mon esprit, nulle créature ne devrait l’occuper, car ce n’est pas un ange, mais le Seigneur des anges que je dois recevoir en moi.

6. Quelle distance infinie, d’ailleurs, entre l’arche d’alliance avec ce qu’elle renfermait, et votre corps très pur avec ses ineffables vertus ; entre les sacrifices à venir, et la véritable hostie de votre corps, accomplissement de tous les anciens sacrifices !

7. Pourquoi donc ne suis-je pas plus enflammé en votre adorable présence ? Pourquoi n’ai-je pas soin de me mieux préparer à la participation de vos saints mystères, lorsque ces antiques patriarches et ces saints prophètes, ces rois et ces princes avec tout leur peuple, ont montré tant de zèle pour le culte divin ?

8. David, ce roi si pieux, fit éclater ses transports par des danses religieuses devant l’arche, se souvenant des bienfaits que Dieu avait répandus sur ses pères ; il fit faire divers instruments de musique, il composa des psaumes que le peuple chantait avec allégresse, selon ce qu’il avait ordonné, et, animé de l’Esprit-Saint, souvent il chantait lui-même sur sa harpe ; il apprit aux enfants d’Israël à louer Dieu de tout leur cœur et à unir chaque jour leurs voix pour le célébrer et le bénir.

Si la vue de l’arche d’alliance inspirait tant de ferveur, tant de zèle pour les louanges de Dieu, quel respect, quel amour ne doit pas m’inspirer, et à tout le peuple chrétien, la présence de votre Sacrement, ô Jésus ! et la réception de votre corps adorable ! 9.Plusieurs courent en divers lieux pour visiter les reliques des saints ; ils écoutent avidement le récit de leurs actions ; ils admirent les vastes temples bâtis en leur honneur, et baisent leurs os sacrés, enveloppés dans l’or et la soie. Et voilà que vous-même, ô mon Dieu ! vous êtes ici présent devant moi sur l’autel, vous le Saint des saints, le Créateur des hommes, le Roi des anges. Souvent c’est la curiosité, le désir de voir des choses nouvelles, qui fait entreprendre ces pèlerinages ; et de là vient que, guidé par ce motif frivole, sans véritable contrition, on en tire peu de fruit pour la réforme des mœurs.

Mais ici, dans le sacrement de l’autel, vous êtes présent tout entier, ô Christ Jésus ! vrai Dieu et vrai homme, et toutes les fois qu’on vous reçoit dignement et avec ferveur, on recueille en abondance les fruits du salut éternel.

Ce n’est pas la légèreté, ni la curiosité, ni l’attrait des sens, qui conduit à ce banquet sacré ; mais une foi ferme, une vive espérance, une charité sincère.

10. Ô Dieu Créateur invisible du monde ! que vous êtes admirable dans ce que vous faites pour nous ! avec quelle bonté, quelle tendresse vous veillez sur vos élus, vous donnant vous-même à eux pour nourriture dans votre Sacrement ! C’est là ce qui surpasse toute intelligence, ce qui, plus qu’aucune autre chose, attire à vous les cœurs pieux et enflamme leur amour. Car vos vrais fidèles, occupés toute leur vie de se corriger, puisent dans la fréquente réception de cet auguste sacrement une merveilleuse ferveur et un zèle ardent pour la vertu.

11. Ô grâce admirable et cachée du sacrement, connue des seuls fidèles serviteurs de Jésus-Christ ! car les serviteurs infidèles, asservis au péché, ne peuvent en ressentir l’influence. La grâce de l’Esprit-Saint est donnée dans ce sacrement ; il répare les forces de l’âme et lui rend la beauté première, que le péché avait effacée. Telle est quelquefois la puissance de cette grâce et la ferveur qu’elle inspire, que non seulement l’esprit, mais le corps languissant en reçoit une vigueur nouvelle.

12. Et c’est pourquoi nous devons déplorer avec amertume la tiédeur et la négligence qui affaiblissent en nous le désir de recevoir Jésus-Christ, unique espérance des élus et leur seul mérite. Car c’est lui qui nous sanctifie et qui nous a rachetés ; il est la consolation de ceux qui voyagent sur la terre et l’éternelle félicité des saints. Combien donc ne doit-on pas gémir de ce que plusieurs montrent tant d’indifférence pour ce sacré mystère, qui est la joie du ciel et le salut du monde ! Ô aveuglement, ô dureté du cœur humain ! d’être si peu touché de ce don ineffable, qu’il semble perdre de son prix à mesure qu’on en use davantage !

13. Si cet adorable sacrement ne s’accomplissait qu’en un seul lieu et qu’un seul prêtre dans le monde entier consacrât l’hostie sainte, avec quelle ardeur les hommes n’accourraient-ils pas en ce lieu, vers ce prêtre unique, pour voir célébrer les saints mystères ! Mais il y a plusieurs prêtres, et le Christ est offert en plusieurs lieux, afin que la miséricorde et l’amour de Dieu pour l’homme éclatent d’autant plus, que la sainte communion est plus répandue dans le monde.

Je vous rends grâce, ô Jésus, pasteur éternel, qui dans notre exil et notre indigence, daignez nous nourrir de votre corps et de votre sang précieux, et nous inviter de votre propre bouche à la participation des ces sacrés mystères, disant : Venez à moi, vous tous qui portez votre fardeau avec travail, et je vous soulagerai.

2. Combien Dieu manifeste à l’homme sa bonté et son amour dans le Sacrement de l’Eucharistie

Voix du disciple

1. Plein de confiance en votre bonté et votre grande miséricorde, je m’approche de vous, Seigneur ; malade, je viens à mon Sauveur ; consumé de faim et de soif, je viens à la source de la vie ; pauvre, je viens au Roi du ciel ; esclave, je viens à mon Maître ; créature, je viens à celui qui m’a fait ; désolé, je viens à mon tendre consolateur. Mais qu’y a-t-il en ce misérable qui vous porte à venir à lui ? que suis-je pour que vous vous donniez vous-même à moi ? Comment un pécheur osera-t-il paraître devant vous ? et comment daignerez-vous venir vers ce pécheur ? Vous connaissez votre serviteur et vous savez qu’il n’y a en lui aucun bien qui mérite cette grâce. Je confesse donc ma bassesse, je reconnais votre bonté, je bénis votre miséricorde, et je vous rends grâce à cause de votre immense charité.

Car c’est pour vous-même et non pour mes mérites que vous en usez de la sorte, afin que je connaisse mieux votre tendresse et que, embrasé d’un plus grand amour, j’apprenne à m’humilier plus parfaitement, à votre exemple. Et puisqu’il vous plaît ainsi et que vous l’avez ainsi ordonné, je reçois avec joie la grâce que vous daignez me faire ; et puisse mon iniquité n’y pas mettre obstacle !

2. Ô tendre et bon Jésus ! quel respect, quelles louanges perpétuelles ne vous devons-nous pas pour la réception de votre sacré Corps, si élevé au-dessus de tout ce que peut exprimer le langage de l’homme ! Mais que penserai-je en le recevant, en m’approchant de mon Seigneur, que je ne puis révérer autant que je le dois, et que cependant je désire ardemment recevoir ? Quelle pensée meilleure et plus salutaire que de m’abaisser profondément devant vous et d’exalter votre bonté infinie pour moi !

Je vous bénis, mon Dieu, et je veux vous louer éternellement. Je me méprise et me confonds devant vous dans l’abîme de mon abjection.

3. Vous êtes le Saint des saints, et moi le rebut des pécheurs. Vous vous inclinez vers moi, qui ne suis pas digne de lever les yeux sur vous. Vous venez à moi, vous voulez être avec moi, vous m’invitez à votre table. Vous voulez me donner à manger un aliment céleste, le pain des Anges, qui n’est autre que vous-même, ô pain vivant ! qui êtes descendu du ciel, et qui donnez la vie au monde. 4.Voilà la source de l’amour et le triomphe de votre miséricorde. Que ne vous doit-on pas d’actions de grâces et de louanges pour ce bienfait ! Ô salutaire dessein que celui que vous conçûtes d’instituer votre Sacrement ! ô doux et délicieux banquet, où vous vous donnâtes vous-même pour nourriture ! Que vos œuvres sont admirables, Seigneur ! que votre puissance est grande ! que votre vérité est ineffable ! Vous avez dit et tout a été fait, et rien n’a été fait que ce que vous avez ordonné. 5.Chose merveilleuse, que nul homme ne saurait comprendre mais que tous doivent croire, que vous, Seigneur mon Dieu, vrai Dieu et vrai homme, vous soyez contenu tout entier sous la moindre partie des espèces du pain et du vin, et que sans être consumé, vous soyez mangé par celui qui vous reçoit.

Souverain maître de l’univers, vous qui, n’ayant besoin de personne, avez cependant voulu habiter en nous par votre Sacrement, conservez sans tache mon âme et mon corps afin que je puisse plus souvent célébrer vos saints mystères avec la joie d’une conscience pure, et recevoir pour mon salut éternel ce que vous avez institué principalement pour votre gloire, et pour perpétuer à jamais le souvenir de votre amour.

6. Réjouis-toi, mon âme, et rends grâce à Dieu d’un don si magnifique, d’une si ravissante consolation, qu’il t’a laissée dans cette vallée de larmes. Car toutes les fois qu’on célèbre ce mystère et qu’on reçoit le corps de Jésus-Christ, l’on consomme soi-même l’œuvre de sa rédemption et on participe à tous les mérites du Christ. Car la charité de Jésus-Christ ne s’affaiblit jamais, et jamais sa propitiation infinie ne s’épuise.

Vous devez donc toujours vous disposer à cette action sainte par un renouvellement d’esprit, et méditer attentivement à ce grand mystère de salut. Lorsque vous célébrez le divin sacrifice ou que vous y assistez, il doit vous paraître aussi grand, aussi nouveau, aussi digne d’amour que si ce jour-là même, Jésus-Christ descendant pour la première fois dans le sein de la Vierge, se faisait homme, ou que suspendu à la croix, il souffrît et mourût pour le salut des hommes.


[1] Il ne semble pas que, vivant dans la foi de l’Ancien Testament, leurs auteurs aient envisagé la Sagesse comme une personne ; mais ils la dépeignent en des traits qui conviennent excellemment à une personne (Voir E. Osty, P.SS. Le livre de la Sagesse. Introduction, PP 18 et 19).

[2] Voir 1 Cor. 24, 30 ; Col. 1, 15-16. Heb. 1, 3. Quant aux Livres sapientiaux, les passages les plus remarquables sont : Proverbes (8, 9) ; Ecclésiastique (1, 24) ; Sagesse (6, 9). « Il faut les entendre, dit le P. Saint-Jure, selon l’interprétation commune des Pères, de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la Sagesse incarnée » (De la Connaissance et de l’Amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Tome 1, ch. 4).

[3] Voir tout le chapitre 10 du Livre de la Sagesse.

[4] Sap. 4, 12 et suiv.